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Full text of "Histoire littéraire de la France"

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3  9007    0318    7896    0 


HISTOIRE 


LITERAIBE 


DE   LA  FRANCE 


TOME    II. 


HISTOIRE 

LITERAIRE 

DE  LA  FRANCE 

OU    L'OW     TRAITE 

DE   L'ORIGINE   HT   DU  PROGRÈS,  DE  LA  DÉCADKNGE 

et  du  rétablissement  des  Sciences  parmi  les  Gaulois  et  parmi  les  François  ; 
Du  goût  et  du  génie  des  uns  et  des  autres  pour  les  Letres  en  chaque  siècle  ; 
De  leurs  anciennes  Ecoles  ;  De  l'établissement  des  Universités  en  France  ; 
Des  principaux  Collèges  ;  Des  Académies  des  Sciences  et  des  Belles  Letres  ; 
Des  meilleures  Bibliothèques  anciennes  et  modernes;  Des  plus  célèbres 
Imprimeries  ;  et  de  tout  ce  qui  a  un  rapport  particulier  à  la  Literature. 

AVEC 

Les  Eloges  historiques  des  Gaulois  et  des  François  qui  s'y  sont  fait  quelque  réputation , 
Le  Catalogue  et  la  Chronologie  de  leurs  Ecrits;  Des  Remarques  historiques  et 
critiques  sur  les  principaux  Ouvrages  ;  Le  dénombrement  des  différentes  Editions  : 
Le  tout  justifié  par  les  citations  des  Auteurs  originaux. 

Par  des  Religieux  Bénédictins  de  la  Congrégation  de  S.  Maur. 

TOUR  II. 

Qui  comprend   le  cinquième  Siècle  de  l'Eglise. 

MHAKIlt,    H'1II<>.V    i  "NH'l:*!'     *    IJl    l-HH.fm-AIF    Kl    III  vm. 

»  i  f 

M.     PAULIN     PARIS,    Membre    de    l'Institut 


A      PARIS, 

librairie  de  VICTOR  PALMÉ,  25,  rue  de  Grenelle-Saint-Germain. 


M.    DOX-    I  XV. 

KRAUS  REPRINT 

Nendeln/Liechtenstein 

1973 


à/ 


îu 


Réimpression  avec  L'accord  de 
L'Académie  des  Inscriptions  et  Belles -Lettres,  Paris 

KRAUS  REPRINT 

A  Division  of 

KRAUS-THOMSON  ORGANISATION  LIMITED 

Nendeln/Liechtenstein 

1973 

Printed  in  Germany 
Lessingdruckerei  Wiesbaden 


AVERTISSEMENT 


s- 1- 

Eclaircissement  de  quelques  difficultés  quon  fait  naitre  sur 

notre  Ouvrage. 


Quelques  sages  mesures  que  nous  aïons  prises,  pour 
ne  former  le  plan  de  nôtre  Ouvrage  que  sur  les  idées 
des  personnes  habiles  el  de  bon  goût,  nous  ne  nous  som- 
mes pas  néanmoins  fiâtes  qu'il  fût  si  généralement  ap- 
prouvé, qu'aucun  Critique  n'y  trouvât  à  redire.  Un  siècle 
aussi  fécond  qu'est  le  nôtre  en  beaux  esprits  et  en  gens 
sçavans,  peut  bien  les  avoir  rendus  plus  éclairés  que  ceux 
des  siècles  passés,  mais  non  pas  leur  avoir  inspiré  l'uni- 
formité de  pensées  et  de  jugemens.  De  même,  quelques 
soins  que  nous  aïons  apportés  pour  exécuter  nôtre  des- 
sein de  la  manière  la  plus  parfaite  qu'il  nous  a  été  pos- 
sible, nous  n'avons  point  eu  la  téméraire  présomtion  de 
croire  que  nous  n'y  ferions  point  de  fautes.  Au  contrai- 
re '  en  annonçant  l'Ouvrage  au  Public,  nous  avons  été  at-  Hist.Lit.,t.i.,Pr. 
tentifs  à  le  prévenir  sur  ce  sujet,  et  à  prier  avec  instance  les  p-  xxvn-  XXTI" 
Sçavans,  de  vouloir  bien  nous  les  faire  connoître. 

Quelques-uns,  sensibles  à  nos  prières,  ont  eu  la  bonté  de 
le  faire,  non-seulement  avec  cette  équité  naturelle,  qui  porte 
à  rendre  aux  autres  ce  qu'on  est  en  droit  d'attendre  d'eux, 
mais  encore  avec  une  politesse  ingénieuse  qui  sied  si  bien 
aux  gens  de  Letres,  et  leur  donne  un  nouveau   relief.  D'au- 

Tome  H.  a 

i  * 


h  AVERTISSEMENT. 

très,  qui  apparemment  n'avoient  pas  lu  cet  endroit  de  nôtre 
Préface,  ont  pris  une  route  opposée,  et  au  lieu  de  nous  com- 
muniquer à  nous-mêmes  ce  qui  leur  a  paru  de  défectueux 
dans  nôtre  dessein  et  son  exécution,  Hs  ont  crû  devoir  en 
avertir  directement  le  Public. 

Du  nombre  de  ces  Critiques  sont  deux  Ecrivains  qui,  bien 
qu'ils  parlent  dans  le  même  écrit  sans  se  faire  connoître  par 
leur  nom,  ne  laissent  pas  d'être  connus  avantageusement 
dans  la  république  des  Letres.  (1.)  Le  premier,  qui  écrivoit  à 
.  Londres,  où  il  faisoit  alors  son  séjour,  s'explique  de  la  sorte  : 
l«  Pour «t  contre,  «  '  On  a  porté  ici  (à  Londres)  un  jugement  tout  contraire  (à 
nom.  xv,  p.  345.  a  cejuj  qU'on  y  a  porté  du  Dictionnaire  de  Bayle)  d'un  Livre 
«  qui  vient  de  passer  la  mer  :  je  parle  de  l'Histoire  literaire 
«  de  la  France.  Sans  m'arrêter  à  la  Préface,  je  vois  que  les 
«  Anglois,  fiers  peut-être  de  leur  M.  Cave,  mettent  cet  essai  au- 
«  dessous  de  lui,  et  même  de  M.  Du  Pin.  La  critique,  disent-ils, 
«  ne  consiste  point  dans  quelques  réflexions  hasardées  sur  le 
«  mérite  d'un  Auteur,  dans  le  récit  de  quelques  traits  de  sa  vie, 
«  et  dans  le  catalogue  de  ses  ouvrages .  Cependant  une  Histoire 
«  Literaire  qui  n'est  point  en  même  temps  une  Histoire  criti- 
«  que,  ne  sçauroit  être  un  ouvrage  fort  utile.  » 

Ici  le  Public  n'a  point  pris  le  change.  Il  a  sçû  discerner 
sans  peine  la  voix  du  particulier  de  celle  de  la  Nation,  à  qui 
il  prête  de  lui-même  son  organe.  Mais  sans  vouloir  appro- 
fondir les  motifs  qui  ont  porté  le  Critique  anonyme  à  se  pa- 
rer ainsi  du  suffrage  supposé  d'une  Nation  entière,  que  ses 
lumières  et  son  équité  pourroient  bien  engager  un  jour  à 
le  desavouer;  voïons  s'il  y  a  dans  sa  censure  autant  de  justesse 
et  de  vérité,  qu'il  fait  paroître  de  confiance  à  la  produire  au 
grand  jour. 

Elle  se  réduit  cette  censure  à  deux  points  capitaux.  On 
prétend  d'une  part,  que  Y  Histoire  Literaire  de  la  France  est 
au-dessous  du  Dictionnaire  de  Bayle;  et  l'on  fait  entendre  de 
l'autre,  que  c'est  un  Ouvrage  dénué  de  toute  critique.  Car 
enfin  c  est-là  que  tendent  les  principes  que  pose  noire  Cen- 
seur ;  principes  au  reste  dont  l'application  à  nôtre  Histoire 
est  aussi  fausse,  qu'ils  sont  vrais  en  eux-mêmes. 

Qu'il  nous  soit  permis  de  demander  d'abord,  depuis  quand 
le  mérite  d'un  Livre  est  devenu  un  titre  suffisant  pour  passer 
condamnation  d'un  autre  Livre,  dont  l'objet  n'est  pas  tout- 
à-fait  le  même.  11  faut  cependant  que  cela  soit,  sans  quoi  le 


AVERTISSEMENT,  m 

raisonnement  de  l'Anonyme  ne  seroit  rien  moins  que  con- 
cluant. Mais  la  bonne  critique,  et  encore  moins  l'équité  na- 
turelle, ont-elles  jamais  permis  d'établir  un  tel  parallèle, 
pour  favoriser  l'envie  qu'on  auroit  de  décrier  un  Ouvra- 
ge? Pour  en  juger  sainement  il  faut  l'examiner  en  lui-même, 
et  non  relativement  à  d'autres  qui  lui  sont  étrangers.  Il  faut 
voir  si  le  plan  en  est  juste,  puis  entrer  dans  le  détail,  et  ob- 
server s'il  est  bien  exécuté.  Il  en  est  des  écrits  comme  des 
personnes,  au  sujet  desquelles  on  sçait  qu'en  ce  sens  toutes 
comparaisons  sont  odieuses.  Qu'on  nous  rende  donc  la  jus- 
tice que  nous  nous  rendons  nous-mêmes.'  Nous  n'avons  gar-  ».  Cor.  10.  il. 
de  de  nous  comparer  à  personne,  mais  nous  nous  mesurons 
sur  ce  que  nous  sommes  véritablement  eh  nous,  et  nous  ne 
fious  comparons  qu'avec  nous-mêmes. 

Que  le  Dictionnaire  de  Bayle  soit,  si  l'on  veut,  le  plus  ex- 
cellent Livre  qui  ait  paru  en  ce  genre  ;  que  '  l'Auteur  y  prodi-  u  Four  et  Contre, 
que  ses  propres  richesses  pour  faire  honneur  à  celles  d 'autrui;  u"d  »  p-  M5- 

Îu'il  soit  aussi  vrai  qu'on  le  prétend,  qu'en  retranchant  de  ce 
actionnaire  tout  ce  qui  est  de  Bayle,  ce  ne sera  plus  qu'un  li- 
vre ordinaire  ;  que  les  ouvrages  de  M.  Cave  et  de  M.  Du  Pin 
aient  encore  plus  de  perfections  qu'on  ne  leur  en  suppose,  que 
s'ensuivra-t'il  de-là ?  S'ensuivra-t'il  quel' Histoire Literaire de 
la  France  soit  un  mauvais  Livre  ?  s'ensuivra-t'il  que  le  Plan 
n'en  soit  pas  juste,  ou  que  l'exécution  ne  réponde  pas  au  des- 
sein ?  S'ensuivra-t'il  qu'il  ne  s'y  trouve  ni  érudition,  ni  recher- 
ches, ni  découvertes  interressan tes?  S'ensuivra-t'il  enfin  que 
ce  soit  un  Ouvrage  dénué  de  toute  critique  ?  C'est  là  néan- 
moins le  raisonnement  qu'établit  nôtre  Censeur  pour  le  per- 
suader. Nous  laissons  au  Public,  qui  est  un  Juge  aussi  éclairé 
qu'impartial,  à  juger  lui-même  de  la  justesse  de  ce  raison- 
nement. Mais  ne  passons  pas  avec  tant  de  rapidité  sur  le 
dernier  point,  auquel  nôtre  Censeur  s'arrête  davantage. 

Nous  convenons  avec  lui,  que  la  Critique  ne  consiste  point 
dans  quelques  réflexions  hazardéessur  le  mérite  d'un  auteur, 
dans  le  récit  de  quelques  traits  de  sa  vie,  et  dans  le  catalogue 
de  ses  Ouvrages.  Nous  convenons  encore  avec  lui,  qu'une 
Histoire  Literaire,  qui  n'est  point  en  même  temps  une  Histoire 
Critique,  ne  sçauroit  être  un  Ouvrage  fort  utile.  Mais  nous 
soutenons  contre  lui,  que  tous  ces  caractères  désavantageux  ne 
sont  point  ceux  de  l'Histoire  Literaire  de  la  France,  et  qu'elle 
en  a  de  tout  opposés.  La  preuve  que  nous  en  produisons,  c'est 

Aij 


iv  AVERTISSEMENT. 

le  Livre  même,  et  le  jugement  qu'en  ont  déjà  porté  des  Ecri- 
vains impartiaux  et  reconnus  pour  habiles  connoisseurs. 

Qu'on  se  donne  donc  la  peine  d'ouvrir  le  Livre  à  quel 
article,  ou  à  quelle  page  on  voudra,  et  qu'on  juge  s'il  n'y  a 
véritablement  que  quelques  réflexions  hazardées  sur  le  mérite 
des  Auteurs,  ou  si  ce  n'est  pas  plutôt  un  jugement  hasardé 
que  de  le  prétendre.  Nous,  hazarder  des  réflexions,  après  l'at- 
tention perpétuelle  que  nous  avons  à  citer  nos  garans,  et  au 
défaut  de  garans,  àappuïerce  que  nous  avançons  sur  des  rai- 
sonnemens  tirés  des  choses  mêmes  !  Pour  nous  faire  un  pa- 
reil reproche,  il  faut  ou  n'avoir  pas  lu  nôtre  Ouvrage,  ou  vou- 
loir s'exposer  à  passer  soi-même  pour  un  homme  qui  hasarde 
ses  conjectures. 

Que  l'on  continue  à  parcourir  le  Livre  ;  et  pour  peu  qu'on 
veuille  faire  usage  de  ses  yeux  et  de  sa  bonne  foi,  y  trouvera- 
t'on  que  nous  nous  y  soïons  bornés  au  récit  de  quelques 
traits  de  lavie  de  nos  Ecrivains?  M.  Cave  et  M.  Du  Pin  qu'on 
nous  oppose  ici,  et  auxquels  nous  avons  déjà  déclaré  que  nous 
ne  prétendions  point  nous  cpmparer,  ont-ils  mieux  réussi  à  ca- 
ractériser la  personne  des  Auteurs  dont  ils  parlent,  que  nous 
celle  des  Hommes  de  Letres  dont  nous  donnons  l'histoire1? 
S'il  est  trop  embarrassant  de  conférer  les  portraits,  on  peut 
bien  s'en  rapporter  au  sçavant  Auteur  du  Journal  de    Tre- 

jonm.    de  Trov.  voux,  '  qui   rendant  compte  de  nôtre   Ouvrage,    s'exprime 

1896.' pag'  im  ainsi  au  sujet  des  premiers  Gaulois  qui  y  paroissent  :  «  Nous 
«  pouvons  assurer,  dit-il,  que  nos  Historiens  n'ont  rien  omis 
«  pour  mettre  le  Public  en  état  de  les  bien  connoître.  » 

Il  ne  faut  non  plus  que  des  yeux  et  de  la  droiture  de  cœur 
pour  convenir  que  nous  faisons  autre  chose  que  donner  un 

mst.  ut.,  t.  i.,pr.  simple  cataloquedes  Ouvrages  de  nos  Sçavans.  '  La  Préface 
générale  de  notre  Histoire  promet  à  ce  sujet,  non-seulement 
des  remarques  critiques  et  historiques  ;  mais  elle  annonce 
encore  que  presque  toujours  nous  faisons  des  extraits  et 
souvent  des  sommaires,  ou  même  des  analyses  entières  des 
écrits  les  plus  considérables.  Assurément  nous  avons  été 
exacts  à  remplir  les  engagemens  que  nous   avons  contractés 

Le  Pour  et  Corn.,  par  cette  Préface.  Mais  comme 'notre  Critique  avoue  lui- 
même  ne  s'y  être  pas  arrêté,  qu'il  se  donne  la  peine  de  recou- 
rir aux  endroits  où  nous  traitons  des  écrits  de  nos  Auteurs. 
A  commencer  par  Pitheas  et  Euthymenes  et  à  aller  de  suite 
d'article  en  article  à  Val.  Cato,  à  Corn.   Gallus,  P.   Teren- 


AVERTISSEMENT.  v 

tius  Varro,  Trogue  Pompée,  Germanicus,  l'Empereur  Clau- 
de, Pétrone,  et  tant  d'autres  ;  peut-on  dire  sans  être  soup- 
çonné de  vouloir  imposer  au  Public,  qui  a  le  moïen  de  s'en 
convaincre  par  lui-même,  que  nous  ne  faisons  que  donner  un 
simple  catalogue  de  ces  grands  Hommes?  Outre  les  remar- 
ques historiques  et  critiques  promises  dans  le  titre  de  l'His- 
toire, n'y  voit-on  pas  le  soin  que  nous  y  avons  par-tout  d'en 
marquer  la  chronologie,  le  sujet,  l'occasion,  le  sort,  les  prin- 
cipales avantures,  et  d'en  rapporter  des  extraits?  Nous  pous- 
sons encore  les  choses  plus  loin  aux  articles  de  Mamertin,  d'Eu- 
mene,  de  Laclance,  d'Ausone,  des  Pères  de  l'Eglise.  Et  le 
grand  nombre  des  différentes  éditions  de  tous  ces  écrits,  qui 
est  censé  frire  partie  de  leurs  catalogues,  doit-il  être  compté 
pour  rien? 

Une  Histoire  Literaire  exécutée  de  la  sorte,  peut  sans  con- 
tredit passer  pour  être  en  même  tems  une  Histoire  critique. 
Qu'est-ce  en  effet  que  la  critique  parmi  le  monde  sçavant,  si- 
non un  goût,  un  discernement,  une  science,  une  certaine  saga- 
cité qui  fait  juger  sainement  des  choses,  qui  fait  démêler  le  vrai 
d'avec  le  faux,  le  certain  d'avec  le  douteux,  l'effectif  d'avec  le 
supposé,  et  qui  porte  à  choisir  l'un,  à  rejetter  l'autre,  à  préfé- 
rer un  sentiment  mieux  fondé  à  celui  qui  l'est  moins  ?  Or  il 
est  constant,  et  le  Public,  au  tribunal  auquel  nôtre  cause  est 
pendante,  en  jugera,  s'il  n'en  a  déjà  jugé,  que  la  manière  don 
[Histoire  Literaire  de  la  France  est  exécutée,  montre  par- 
tout qu'on  y  a  suivi  ces  régies.  Oui,  nous  osons  l'avancer, 
soit  qu'on  l'examine  en  elle-même,  soit  qu'on  ne  fasse  que 
lire  les  extraits  qu'en  a  donnés  une  habile  plume  dans  les 
Journaux  des  Sçavans  de  Paris,  on  n'en  prendra  point  d'autre 
idée. 

L'autre  Critique  auquel  nous  avons  à  répondre,  est  en- 
core un  Anonyme  ,  mais  qui  n'avoit  point  d'intérêt,  com- 
me le  premier,  à  faire  sa  cour  aux  Anglois  par  des  compa- 
raisons qui  tournent  presque  toujours  à  l'avantage  dé  l'Angle- 
terre. Celui-ci  a  pris  la  peine  de  lire  l'Ouvrage,  et  de  l'exami- 
ner en  lui-même,  tant  par  rapport  au  dessein,  qu'à  l'exécution 
du  dessein.' Le  jugement  qu'il  en  porte,  tient  du  génie  de  Nom.xxi.,Pag.i36 
l'écrit  où  il  s'en  explique.  11  y  a  du  Pour,  il  y  a  du  Contre, 
du  bien  et  du  mal,  des  choses  avantageuses,  et  d'autres  qui 
ne  le  sont  pas.  Les  premières  peuvent  être  au-dessus  du  mé- 
rite de  l'Ouvrage,  et  sont  certainement  au-dessus  de  celui 


vi  AVERTISSEMENT. 

des  Auteurs  ;  mais  elles  ne  seront  jamais  au-dessus  de  leur 
juste  reconnoissance.  Pour  les  autres,  elles  exigent  de  nous, 
que  nous  entrions  dans  quelques  explications  ;  et  nôtre  nou- 
veau Censeur  a  trop  d'équité  et  de  politesse  pour  le  trouver 
mauvais.  * 

Deux  objets  principaux,  auxquels  se  rapportent  tout  le  reste 
font  la  matière  de  sa  Critique  :  la  vaste  étendue  de  nôtre  entre- 
ph  i35. 136.  prise,  et  les  sujets  qui  doivent  entrer  dans  son  exécution.  '  L'ou- 
vrage, donne-t'on  à  entendre,  est  d un  travail  si  immense  quV/ 
paroit  au-dessus  des  forces  de  F  humanité,  et  peu  convenable  à 
la  courte  durée  de  la  vie.  Sa  seule  idée  fait  frémir  la  paresse 
humaine.  Il  exige  des  connoissances  dune  prodigieuse  éten- 
due ;  et  Ton  a  d  abord  de  la  peine  à  se  persuader  que  les  Au- 
teurs viendront  à  bout  de  leur  dessein.  Voilà  le  Contre.  Mais 
il  est  certain,  ajoute-t'on  aussi-tôt,  qu'il  y  a  des  hommes  labo- 
rieux à  F  excès,  et  dun  courage  surprenant,  que  ces  grandes 
entreprises  literaires  n  effraient  point  ;  et  ce  qui  nous  con- 
fond, c'est  quils  en  viennent  à  bout.  Voilà  le  Pour. 

A  quel  dessein  après  tout  nous  rappeler  ici  une  difficul- 
té, que  nous  avons  déjà  prévenue  et  fait  sentir,  sinon  avec 
les  mêmes  termes,  peut-être  au  moins  avec  autant  d'énergie  ? 
Qu'on  se  donne  la  peine  de  jetter  les  yeux  sur  la  troisième  et 
quatrième  page  de  notre  Préface  générale  ;  et  l'on  verra  que 
cette  difficulté  y  est  développée  et  mise  dans  tout  son  jour. 
Et  que  nous  auroit-il  servi  de  vouloir  la  dissimuler?  Le  seul 
titre  de  nôtre  Ouvrage  n'auroit-il  pas  trahi  toutes  nos  précau- 
tions? Mais  sans  prétendre  nous  autoriser  des  exemples  des 
Baronius,  des  de  Thou,  des  Codwelts,  des  Bayles,  qu'on 
produit  ici,  et  nous  confiant  à  la  seule  protection  de  celui  qui 
est  la  force  des  foibles,  et  qui  sçait  se  servir  des  plus  vils  ins- 
trumens  pour  opérer  les  plus  grandes  choses,  nous  espérons, 
quoi  qu'on  en  puisse  dire,  pousser  fort  loin,  si  même  nous  ne 
le  portons  pas  à  son  dernier  terme,  l'Ouvrage  dont  on  re- 
levé si  fort  la  vaste  étendue.  Un  travail  assidu  de  dix-neuf  ans,  • 
joint  aux  secours  étrangers  que  nous  avons  déjà  reçus,  et 
que  nous  pourrons  encore  recevoir,  nous  a  procuré  des  pro- 
visions assez  considérables,  pour  que  nôtre  espérance,  soute- 
nue par  le  bénéfice  du  temps,  ne  puisse  pas  passer  pour  témé- 
raire, autant  toutefois  qu'il  est  permis  de  compter  sur  le  lende- 
main. 

De  cette  difficulté  l'on  passe  à  une  autre,  qui  demande  une 


AVERTISSEMENT.  vu 

plus  grande  discussion.  L'on  désaprouve  que  nous  fassions  in- 
différemment entrer  dans  nôtre  Histoire  tous   les  Ecrivains 
qu'ont  produit  les  Gaules,  et  que  nous  y  donnions  place  à  quel- 
ques Hommes  de  Letres  qui  n'ont  rien  écrit;'  quoique  nous  ffist.Lit.,  ib.,p. n. 
nous  soïons  déjà  expliqués  sur  ce  dernier  point,  de  manière  à 
écarter  toute  critique."  Un  voudroit  que  nous  ne  parlassioiis  •  Le  Pour  et  Com. 
que  de  ceux  gui  ont  laisse  des  ouvrages  a  fa  postérité,  et  que 
nous  ne  fissions  pas  même  cet  honneur  à  ceux  dont  il  ne  reste 
aucun  monument  ;  si  ce  n'est  à  guelgues  Auteurs  célèbres  dans 
f  antiquité,  dont  les  ouvrages  ont  été  malheureusement  per- 
dus. '  On  voudroit  encore  que  nous  missions  à  T écart  les  Pe-  Pag.  m. 
res,  les  Auteurs  Ecclésiastiques,  les  Hérétiques,  les  Contro- 
versistes,  '  et  tout  ce  qui  regarde  l  Histoire  des  hérésies  et  les  Pag.  m. 
Conciles,  parce  que  ce  sont  des  matières  si  souvent  traitées,  et 
maintenant'  épuisées.  On  voudroit  enfin  que  nous  fissions  un  Pag.  iu. 
choix  des  choses  qui  concernent  tes  Ecrivains  dont  on  parle- 
rait, sans  nous  embarrasser  dune  infinité  de  citations. 

Tel  est  en  peu  de  mots  le  nouveau  plan  qu'on  nous  trace 
ici,  plan  au  reste  qui  favoriseroit  beaucoup  la  paresse  trop 
naturelle  à  l'homme,  et  qui  nous  épargneroit  infiniment  de 
travail,  s'il  nous  étoit  permis  de  le  suivre.  Mais  en  nous  y 
attachant,  dans  quel  embarras  nous  jetterions-nous,  tant  par 
rapport  à  faire  choix  des  Auteurs,  qu'à  contenter  le  Public 
sur  ce  choix?  Si  quelques-uns  approuvoient  que  nous  mis- 
sions à  l'écart  tels  et  tels  Ecrivains,  combien  s  en  trouveroit- 
il  d'autres  qui  le  blâmeroient,  prétendant  qu'ils  mériteroient 
moins  d'être  rejettes,  que  ceux  que  nous  aurions  choisis  ? 
Cet  inconvénient  se  fait  encore  mieux  sentir  qu'on  ne  le  peut 
exprimer.1 

D'ailleurs  pourrions-nous  véritablement  passer  pour  don- 
ner une  Histoire  Literaire  de  la  France,  comme  nous  nous 
le  sommes  proposé  ?  Ne  seroit-ce  pas  plutôt  une  simple  Bi- 
bliothèque choisie  des  Auteurs  seulement  profanes  de  la 
France  ?  Que  penseroit-on  d'un  Géographe  qui,  aïant  en- 
trepris de  faire  une  carte  ancienne  et  moderne  de  toute  l'é- 
tendue des  Gaules,  n'y  feroit  entrer  ni  Paris,  ni  Rouen,  ni 
Lyon,  ni  Toulouse,  ni  Bourdeaux,  ni  la  Seine,  ni  la  Loire, 
ni  le  Rhône,  parce  qu'ils  sont  assez  connus;  et  qui  des  au- 
tres Villes  et  Rivières  n'y  marqueroit  que  les  principales  ? 
Que  penseroit-on  d'un  Historien  qui,  aïant  formé  le  projet 
d'une  Histoire  ecclésiastique  et  séculière  de  la  France,  n'y 


vin  AVERTISSEMENT. 

f)arleroit  ni  de  nos  premiers  Evêquts,  ni  des  personnages 
es  plus  illustres  en  sainteté,  ni  des  mœurs,  ni  du  gouver- 
nement de  la  Nation,  etc.,  sous  prétexte  que  toutes  ce*  ma- 
tières ont  été  si  souvent  traitées,  et  se  trouvent  épuisées  ?  Ce 
que  l'on  penserait  de  ces  deux  entreprises  ainsi  exécutées,  on 
le  penserait  de  nôtre  Histoire,  si  nous  la  mesurions  sur  le  nou- 
veau plan  qu'on  nous  en  trace.  Quel  affreux  vuide  y  paraî- 
trait depuis  le  iv  siècle  jusqu'au  xv!  Et  dans  les  siècles  sui- 
vans ,  comme  dans  les  autres  ,  que  d'Ecrivains  François 
ou  anéantis,  ou  renvoies  peupler  un  autre  monde  !  De 
plus  de  trois  mille  Auteurs  qu'ont  recueillis  la  Croix  du 
Maine  et  du  Verdier,  il  faudrait  en  retrancher  plus  des  trois 
quarts.  Que  deviendrait  par-là  la  peine  que  nous  avons  déjà 
prise  d'en  faire  une  compilation,  et  d'y  en  joindre  plus  de 
mille  autres  ? 

Bien  davantage,  il  ne  nous  serait  pas  même  permis  de 
faire  sortir  de  l'obscurité,  où  jusqu'ici  ils  auraient  été  ense- 
velis, des  Auteurs  Ecclésiastiques,  de  quelque  mérite  qu'ils 
(lussent  être,  et  d'en  grossir  le  catalogue  de  nos  Ecrivains 
François.  Encore  moins  nous  seroit-il  permis  de  revendi- 
quer à  quelques  autres  entre  ceux-ci ,  des  ouvrages  qu'on 
leur  auroit  ôtés  pour  les  transporter  à  des  étrangers.  Il  n'est 
cependant  guéres  de  siècles  où  l'occasion  ne  se  présente  de 
faire  l'un  et  l'autre,  comme  on  a  vu  qu'elle  s'est  présentée  au 
jonm  des  sçav.  |V,  et  que  nous  l'avons  saisie  avec  un  succès  '  qui  a  mérité 
l'applaudissement  du  Journal  des  Sçavans  de  Paris. 

Mais  nous  nous  trompons  ;  celui  qui  nous  prescrit  des 
bornes  si  étroites,  ne  le  fait  apparemment  que.  par  rapport 
à  lui,  et  à  ceux  qui  peuvent  penser  comme  lui.  S'étant  fa- 
miliarisé avec  le  brillant,  le  nouveau,  le  magnifique,  il  vou- 
drait ne  voir  paraître  de  Livre  que  dans  le  même  goût. 

Non  sans  doute,  son  intention  ne  peut  aller  plus  loin. 
L'Histoire  Literaire  qui  nous  occupe,  est  un  tout,  et  ne 
peut  par  conséquent  subsister  sans  toutes  ses  parties.  Il  est 
donc  nécessaire  que  la  doctrine  essentiellement  liée  avec  la' 
Literature,  et  en  conséquence  l'histoire  des  hérésies  qui  en 
est  une  suite,  y  entrent  pour  quelque  chose.  Comment,  par 
exemple,  pouvoir  donner  une  juste  idée  du  génie  du  xvi 
siècle  pour  les  Letres,  sans  dire  quelque  chose  des  hérésies 
de  Luther  et  de  Calvin,  qui  y  exercèrent  les  plumes  de  part 
et  d'autre  avec  tant  de  chaleur?  Et  quoi!  peut-on  trouver 

mauvais 


AVERTISSEMENT.  ix 

mauvais  que  pour  la  gloire  de  nôtre  Nation,  nous  recueil- 
lions en  un  corps  d'Histoire  tout  ce  qui  concerne  la  Literatu- 
re  Françoise,  ce  que  personne  n'a  encore  exécuté? 

Sur  ce  principe,  les  Scriblings  François,  comme  les  Au- 
teurs du  premier  ordre,  doivent  y  trouver  leur  place,  quoi- 
3ue  chacun  suivant  son  mérite.  On  peut  préjuger,  sans  peine 
e  quelle  sorte  on  tomberoit  sur  nous,  si  nous  nous  avisions 
de  mettre  à  F  écart,  nous  ne  disons  pas  les  Pères  de  F  Eglise, 
mais  seulement  même  les  Scholastiques,  les  Casuistes,  les  Ser- 
monaires,  les  Auteurs  Ascétiques  ;  on  peut,  dis-je,  le  préju- 
ger' par  la  sortie  qu'on  a  déjà  faite  sur  nous,  pour  avoir  an-  Jour.deTrer.i833. 
nonce  que  nous  passerions  légèrement  sur  ces  sortes  d'Ecri-  p' 
vains.  Nous  sera-l'il  cependant  permis  de  dire  ici,  que  le  procès 
qu'on  nous  fait  à  cette  occasion,  l'on  pouvoit  nous  l'épargner, 
en  concluant  delà  ,  conformément  à  nôtre  intention,  que  nous 
ferions  encore  moins  d'honneur  aux  Auteurs  de  Romans  insi- 
pides, d  Ecrits  satyriques,  de  Poésies  obscènes,  d  Ouvrages 
burlesques,  de  Libelles  diffamatoires,  etc.  Assurément  on  ne 
nous  accusera  jamais  avec  justice,  de  donner  à  ces  sortes  de 
Scriblingsldi  préférence  sur  les  Auteurs  Ecclésiastiques. 

A  l'égard  des  Conciles,  '  ce  que  nous  avons  déjà  dit  pour  ■•«■  lu.  ib.  p. 
montrer  qu'ils  ne  doivent  point  être  exclus  d'une  Histoire 
Literaire,  est  plus  que  suffisant  pour  le  persuader,  quelque 
inclination  que  nous  eussions  d'ailleurs  de  ne  leur  y  point  ac- 
corder d'entrée. 

Nous  n'entreprendrons  pas  au  reste  de  suivre  nôtre  ingé- 
nieux Critique,  '  dans  tout  ce  qu'il  dit  pour  prévenir  ses  Lee-  u  Nr  et  co*t. 
teurs  en  faveur  de  la  première  partie  du  nouveau  plan  qu'il  '  p 
nous  propose.  C'est  une  plume  agréable  qui  cherche  à  badiner 
et  à  plaisanter.  Il  faut  avouer  qu'elle  le  fait  avec  grâce  et 
avec  esprit,  quoiqu'aux  dépens  de  plusieurs  illustres  Gaulois, 
qu'elle  suppose  morts  peut-être  même,  dit-elle,  de  leurvivant. 
Mais  si  cela  est,  comment  le  Continuateur  de  César,  com- 
ment Ovide,  Columelle,  Seneque  père  et  fils,  Lucain,  Mar- 
tial, les  deux  Plines,  Suétone,  Tacite,  Galien,  ont-ils  eu  la 
vertu  de  les  ressusciter  ?  Voilà  une  partie  de  ceux  qui  ont,  ou 
vu,  ou  entendu  parler  de  M.  Antoine  Gniphon,  de  Telon,  de  Gya- 
rée,  dAgrotas,  de  Julius  Grœcinus,  etc.,  et  ce  n'est  que  d'après 
eux  que  nous  les  avons  fait  revivre. 

Du  plaisant'  on  passe  ensuite  au  sérieux;  et  ton  ne  voit     «42.2*3. 
pas,  dit-on,  que  les  Césars  à  qui  nous  donnons  place  dans  nôtre 
Tome  II.  b 


x  AVERTISSEMENT. 

Histoire,  méritent  cet  honneur  à  titre  d Hommes  de  Letres  et 
d'Ecrivains.  On  devoit  au  moins  en  excepter  l'Empereur  Claude, 
Numerien ,  et  peut-être  Gratien .  Les  deux  premiers  dé- 
voient certainement  y  paroître,  suivant  le  plan  même  qu'on 
nous  trace.  Ils  sont  en  effet  de  ces  auteurs  célèbres  dans  F  anti- 
quité', dont  des  Ouvrages  ont  été  malheureusement  perdus ,  et 
dont  on  nous  permet  de  parler.  Il  n'est  point  d'Empereur  païen 
qui  ait  plus  écrit  que  Claude;  ce  que  nous  avons  dit  de  ses  Ou- 
vrages en  divers  genres  de  Literature,  en  fait  preuve  ;  et  Nu- 
merien avoit  laissé  assez  grand  nombre  de  pièces  en  prose  et 
en  vers,  pour  mériter  le  titre  d  Ecrivain  et  d  homme  de  Letres. 
Nous  renvoïons  à  son  histoire  et  à  celles  des  autres,  sur-tout  à 
la  fin  de  celle  de  Gratien. 

Du  reste,  quoique  nous  ne  puissions  pas  nous  conformer 
au  nouveau  plan  pour  les  raisons  qu'on  vient  de  déduire, 
nous  respectons,  néanmoins  si  sincèrement  les  lumières  de 
celui  qui  nous  le  propose  que  nous  nous  ferons  un  mérite 
d'en  profiter  dansla  suite,  pour  nous  resserrer  encore  davan- 
tage dans  ce  qui  concerne  la  Literature.  On  pourra  même 
s'apperceVoir  dès  nôtre  VII  siècle,  que  nous  en  avons  déjà  tiré 
quelque  fruit. 

S-  "■ 

Diverses  additions  et  corrections  à  faire  à  nôtre 
premier   volume. 

On  ne  doit  pas  douter  que  nous  n'aïons  au  moins  la  mê- 
me attention  à  profiter  des  avis  qu'on  a  bien  voulu  nous 
donner  dans  le  particulier.  Passionnés  que  nous  som- 
mes pour  la  perfection  de  nôtre  ouvrage,  nous  serons  soigneux 
de  saisir  tout  ce  qui  pourra  y  contribuer  de  quelque  manière 
que  nous  en  aïons  connoissance.  C'est  dans  ce  dessein  que 
nous  allons  rapporter  ici  quelques  observations  qu'on  nous  a 
communiquées  sur  nôtre  premier  volume,  et  d'autres  que 
nous  y  avons  faites  nous-mêmes,  en  continuant  nos  recher- 
ches pour  nos  volumes  suivans (,). 

*  C'est  I  la  fin  du  premier  volume  que  nous  avons  cru  devoir  placer  les  additioni  et 
corrections  qui  se  rapportoient  a  ce  premier  volume,  et  dont  parle  ici  dom  Rivet.  Quant 
aux  additions  et  corrections  qui  se  rapportent  an  texte  dn  second  volume,  on  les  trou 
vera  également  à  la  fin  de  celui-ci.  (N.  E.) 


XI 


AVERTISSEMENT 

SUR    LA    TABLE    SUIVANTE 


D 


ET  SUR  LES  CITATIONS  DU  LIVRE. 


ANS  l'obligation  que  nous  nous  sommes  imposée  de  marquer  avec  le  plus 

d'exactitude  qu'il  serait  possible,  d'ouest  tiré  ce  que  nous  raportons  dans 
nôtre  Ouvrage,  nous  nous  sommes  trouvés  engagés  à  charger  les  marges  d'un 
grand  nombre  de  citations.  Ainsi  il  a  fallu  les  faire  fort  abrégées,  et  par 
conséquent  un  peu  obscures.  Afin  donc  qu'on  les  puisse  entendre  sans  diffi- 
culté, nous  mettons  au  commencement  de  chaque  tome  une  table  de  toutes 
les  citations  qui  y  sont  emploiées.  Nous  y  spécifions  même  les  éditions  dont 
nous  nous  sommes  servis ,  afin  que  ceux  qui  les  auront,  puissent  aisément 
trouver  ce  qu'ils  chercheront  par  les  pages  ajoutées  aux  citations.  On  ne 
met  point  dans  cette  table  les  citations  de  l'Ecriture  Sainte,  parce  que  lors- 
qu'on la  cite,  on  le  fuit  de  la  manière  ordinaire  et  connue  de  tout  le  monde. 

Quand  après  avoir  cité  un  Auteur  à  la  marge  du  livre,  on  a  besoin  d'en 
citir  quelque  autre  endroit,  on  se  contente  de  marquer  dans  la  seconde  ci- 
tation ce  quelle  a  de  différent  de  la  première  sans  répéter  le  nom  de  l'Au- 
teur, à  moins  qu'il  n'y  ait  un  autre  Auteur  cité  entre  deux.  Dans  ce  cas  on 
répète  la  citation  toute  entière.  Par  exemple,  après  avoir  mis  à  une  citation 
Tac.  an.  1.  2.  n.  3.  Si  l'on  a  besoin  de  citer  ensuite  le  livre  troisième  et  le 
nombre  quatre,  on  mettra  seulement,  1.  3.  n.  4.  Si  c'est  quelque  autre  ou- 
trage du  même  Auteur,  comme,  ou  son  histoire  ou  la  vie  d'Agricola,  on  met- 
Ira  hist.  1.  4.  n.  I.  ou  vit.  Agr.  n.  4.  et  ainsi  des  autres.  Mais  si  entre  ces 
citations  du  même  Auteur  on  est  obligé  d'en  citer  un  autre,  alors  on  répète, 
Tac.  hist.  1.  4.  ou  Tac.  vit.  Agr.  Quand  nims  citons  plusieurs  bibliothèques 
de  suite,  ce  qui  anive  lorsque  nous  faisons  le  dénombrement  des  éditions 
d'un  Auteur,  nous  marquons  dans  la  première  citation  Bib.  et  aux  sui- 
vantes nous  substituons  quelques  points  à  ce  mot  pour  éviter  la  répétition. 
Par  exemple,  après  avoir  cité  la  bibliothèque  du  Cardinal  liarberin  en 
cette  sorte,  Bib.  Barb.  t.  4 .  p.  25,  et  que  l'on  cite  celles  de  M.  Le  Tellier 
de  M.  Baluze,  etc.,  on  le  fait  ainsi..  Tel.  p.  20...  Bal.  t.  4.  p.  30.  etc. 

Quand  nous  citons  plusieurs  Auteurs,  ou  plusieurs  endroits  d'un  même 
Auteur  sur  un  même  lieu,  nous  les  distinguons  par  une  barre  |  . 

Chaque  citation  commence  à  l'endroit  où  l'on  trouve  marqué  ou  un  petit 
trait,  ou  une  lettre  de  l'alphabet. 

Nous  citons  en  latin  les  ouvrages  latins,  et  en  franço'is  les  ouvrages 
françois. 

Le  p.  marque  indifféremment  les  pages,  les  feuillets,  ou  les  colonnes  qui 
ont  leur  chiffre  particulier. 

4.  mis  après  le  chiffre  de  la  page,  est  pour  la  première  colonne,  ou  le 


Bij 


xii  AVERTISSEMENT. 

recto  des  feuillets  ;  et  2.  pour  le  verso,  ou  pour  la  seconde  colonne  de  la 
page. 

app.  est  emploie  pour  appendix,  lorsqu'il  est  précédé  (Cunnom  d'Auteur. 

c.  devant  la  page  marque  ou  le  chapitre,  ou  t  article. 

1.  signifie  le  livre,  hormis  les  citations  des  Codes,  où  il  marque  la  loi. 

n.  est  pour  marquer  les  divers  nombres  ou  numéro  des  livres  ou  des  pages. 

not.  renvoie  aux  notes  sur  l'Auteur  nommé  auparavant. 

pr.  signifie  préface,  prolégomènes,  ou  avertissement,  qui  sont  à  la  tête 
des  livres. 

t.  marque  le  tome  ou  la  partie  de  l'ouvrage  cité,  hormis  dans  les  Codes 
où  il  signifie  les  titres  qui  partagent  les  livres.  Ib.  ou  ibid.  pour  ibidem  si- 
gnifie, quand  il  est  seul,  que  la  citation  précédente  est  encore  pour  cet  en- 
droit. 

Lorsqu'entre  les  chiffres,  soit  des  chapitres,  soit  des  pages,  etc.,  il  se 
rencontre  une  petite  ligne,  par  exemple  c.  1-5.  p.  3-10,  cela  signifie  que  ce 
que  l'on  raporte,  est  traité  dans  tous  les  chapitres  qui  sont  depuis  le  pre- 
mier jusqu'au  cinquième,  et  dans  toutes  les  pages  depuis  la  troisième  jus- 
qu'à la  dixième. 


TABLE.  xhi 


TABLE 


DE  CE  QUI  EST  CONTENU  DANS  CE  VOLUME. 


Avertissement.  Page   j 

Taille  des  citations  et  des  éditions  dont  on  s'est  servi.  xj 

État  des  Letres  dans  les  Gaules  en  ce  siècle.  I 

S.  Delphin,  Éveque  de  Bourdeaux.  44 

llespére,  Proconsul  d'Afrique  et  Préfet  des  Gaules.  40 

Marcel ,  Médecin  surnommé  l'Empirique.  48 

Valerien,  Préfet  de  Rome.  53 

Sancte,  Poëtc  chrétien.  5'» 

Vigilance  ,   Prêtre  d'Aquitaine.  57 

Vincent,   Préfet  des  Gaules.  03 

Jove,  homme  d'érudition.  C5 

Lachanius,  Gouverneur  de  Toscane.  07 

Rutilius,   Préfet  de  Rome,   Poêle.  70 

Anonyme ,   Poète    chrétien.  70 

Alethe ,   Éveque  de  Cahors.  83 

Ripaire ,  Prêtre  d'Aquitaine.  85 

Didier,   Prêtre  d'Aquitaine.  80 

S.   Procule,   Éveque  de  Marseille.  <JO 

Il  Concile  de  Valence  dans   la   Viennoise.  \)i 

S.  Severc  Sulpice,   Prêtre  d'Aquitaine.  95 

Gallus,  disciple  de  S.   Martin.  Ile, 

Évagre,   Prêtre,  disciple  de  S.  Martin.  U«J 

Dardane,    Préfet  des  Gaules.  138 

Paulin,   Éveque  de  Bezicrs.  131 

Disaire,   Médecin.  132 

Protade,   Préfet  de  Rome.  134 

Minerve,  Intendant  du  Domaine,   et  Florentin,  Préfet  de  Rome.           138 

S.  Castor,  Évoque  d'Apt.  140 

Exuperance,  Préfet  des  Gaules.  141 

Minerve  et  Alexandre,   Solitaires.               .  143 

Anonyme,  Auteur  des  Actes  de  S.  Épipode  et  de  S.  Alexandre.                      145 

S.   Héros ,  Éveque  d'Arles ,  et  Lazare ,  Évoque  d'Aix.  147 

Concile  des  Gaules  au  sujet  du  Pélagianùme  dans  la  grande  Bretagne.  152 
S.  Honorât,  Fondateur  et  premier  Abbé  du  Monastère  de  Len'ns,  et  enfin 

Évoque  d'Arles.  |jC 
2 


xiv  TABLE. 

Anonyme,  Auteur  des  Actes  de  S.  Saturnin,  premier  Évéque  de  Toulouse 

et  Martyr.  161 

Cythcre,  homme  de  Letres.  163 

Lcporius,  Prêtre  de  l'Église  d'Hippone.  165 

S.  Amand,  Évoque  de  Bourdeaux.  175 

S.   Paulin,   Évoque  de  Noie.  179 

Aper,   Prêtre  d'Aquitaine.  199 

Urane ,  Prêtre  de  l'Église  de  Noie.  202 

Pacatus ,  Poète  chrétien.  204 

Posthumien,  Prêtre  de  l'Église  de  Noie.  205 

Hilaire,  Défenseur  de  la  grâce  de  I.   C.  209 

Jean  Gassien ,  Prêtre  et  Abbé   à  Marseille.  215 

Anonyme,  Auteur  des  Actes  de  S.  Victor,  Martyr  à  Marseille.  230 

Concile  de  Ries.  232 

1  Concile  d'Orange.  234 

I  Concile  de  Vaison.  237 

III  Concile  d'Aries.  239 
Concile  de  Besançon.  '  242 
Claudius  Marius  Victor,  Poëtc  chrétien.  244 
Anonyme ,  Poète.  248 
Consencc  1 ,  Poète  ,  Orateur ,  Philosophe.  249 
S.  Orient,  Évéque  d'Auch.  251 
S.  Germain,  Évoque  d'Auxcrre.  256 
S.  Hilaire,  Évéque  d'Arles.  262 
S.  Eucher,  Évéque  de  Lyon  et  Docteur  de  l'Église.  275 
Salvius ,  ou  Silvius  ,  Évéque  d'Octodure.  294 
Pallade,  Poète  et  Philosophe.  297 
Kusebe,  Évéque  dans  les  Gaules.  301 
Anonyme,  Auteur  des  Actes  de  S.  Symphorien,  Martyr  à  Autun.  303 
S.  Vincent,  Prêtre  et  Moine  à  Lcrins.  305 
Anonyme ,  Auteur  des  Actes  de  S.  Vincent  d'Agen.  316 
Gratus ,  ou  Grccus ,  Diacre  dans  la  Provence.  317 
Concile  des  Gaules,  à  l'occasion  de  la  Letre  du  S.   Léon,   Pape,  à 

Flavien.  320 

1  Concile  d'Angers.  322 

IV  Concile  d'Arles.  323 
Prosper  Tyro,  ou  Tiro  Prosper.  325 
Avite,  Empereur.  333 
S.  Valerien,  Évéque  de  Gemcle.  335 
Poète  inconnu,  que  l'on  a  confondu  avec  Marbode.  Évéque  de  Rennes.  338 
Musée,  Prêtre  de  l'Église  de  Marseille.  340 
Arnobe ,  surnommé  le  Jeune  Prêtre  342 
Édese,  Poète  chrétien.  352 
Ravenne,  Évéque  d'Arles.  354 
S.  Maxime,  Évéque  de  Ries.  357 


TABLE.  xv 

Vaterien  ,  Préfet  des  Gaules.  360 

Paulin,  surnommé  le  Pénitent,  Poète  chrétien.  362 

S.  Rustique ,  Évèquc  de  Narbone.  363 

I  Concile  de  Tours.  364 

S.  Mamertin,  Abbé   de  S.  Marien  à  Auxerrc.  367 

S.  Prospcr.  369 
Anonyme,  Auteur  des  Actes  des  SS.  Donatien  et  Rogatien,  Martyrs  à 

Nantes.  407 

Livius,  Poëtc  chrétien.  408 

Concile  à  l'occasion  d'un  Évéque  ordonné  à  Die  par  S.  Mamert.                   410 

Vincent,  Prêtre  en  Provence.  413 

1  Concile  de  Vannes.  415 

S.  Loup,  Évoque   de  Baïeux.  417 

Victorius,   Poète.  419 

Anonyme,  Auteur  des  Actes  de  S.  Julien,  Martyr.  420 

Anonyme,  Auteur  des  Actes  de  S.  Ferreol,  Martyr  à  Vienne.                          422 

Domice,  Professeur  des  belles  letres.  423 

Victorius,   Auteur  d'un  cycle  pascal.  424 

Rustique,   homme  de  letres.  428 

Serran ,  Orateur.  /,2g 

Conscnce  II,  Comte  du  Palais.  431 

S.  Salone,  Évéque  de  Genève.  433 

Héron,  Poète.  437 

Eutrope,   Préfet  des   Gaules.  43g 

Pierre,  Secrétaire  d'État.  439 

Mamert  Claudien ,   Prêtre  de  l'Église  de  Vienne.                                    442 

Lucide,  Prêtre  en   Provence.  454 

V  Concile  d'Arles.  45g 

H  Concile  de  Lyon.  459 

Benoit  Paulin.  4gj 

S   Euphrone,  Évéque  d'Autun.  4g5 

Paulin  de  Périgueux,  Poète  chrétien.  4grj 

S.  Eutrope ,  Évèquc  d'Orange.  473 

S.  Veran ,  Évoque  de  Vence.  47g 

S.   Auspice,  Évéque  de  Toul.  47g 
S.  Mamert,  Évéque  de  Vienne. 
S.  Loup,  Évéque  de  Troies» 

Lampride,  Poète  et  Orateur.  Iqi 

Sapaude,  Professeur  des  belles  letres.  4™ 

Nicct ,  Orateur.  .                      r  j™ 

Sccondin ,   Poète.  w 

S.  Patient,  Évéque  de  Lyon.  cq. 

Domnule,  Questeur  de  l'Empire.           .  ™, 

Severicn ,  Poëtc  et  Rhéteur.  c^q 

Léonce,  Évéque  d'Arles.  c. , 


480 
48C 


xvi  TABLE. 

Polemc,  Préfet  des  Gaules.  511 

Salvien ,  Prêtre  de  l'Église  de  Marseille.  517 

Jean,  Professeur  des  belles   letres.  535 

Anthedius,  Poète.  537 

Proeule,  Poète.  538 

Tonance  Fcrreol ,  Préfet  des  Gaules.  510 

Constance,  Prêtre  de  l'Églisu  de  Lyon.  513 

Arbogaste,  Évéque  de  Chartres.  5i8 

S.  Apollinaire  Sidoine,  Évéque  de  Glennont.  550 
Divers  hommes  de  letres,  contemporains  de  S.  Sidoine,  desquels  on 

sçait  peu  de  choses.  571 

Rcdicc,  Comte,  Général  d'Armée,   et  Patrice.  578 

Pragmace ,  Assesseur  d'un  Préfet  des  Gaules.  58(1 

Pétrone,  Jurisconsulte.  581 

Loup ,  Poète  et  Rhéteur.  583 

Fauste ,   Abbé  de  Lerins ,  puis  Évéque  de  Kiès.  585 

S.  Perpétue,  Évoque  de  Tours.  Gl'.l 

Léon  ,  Ministre  d'État.  627 

Gennade ,  Prêtre  de  l'Église  de  Marseille.  638 

S.  Honorât,  Évéque  de  Marseille.  611 

Pi-oIkï,   homme  d'érudition.  fil!) 

Syagre,   homme  de  letres.  651 

Consencc  111,  Poète.  653 

llespérc,   Poète.  65(1 

Félix,  Préfet  du  Prétoire,  Patrice,  et  enfin  Moine.  658 

Verus,    Évéque  d'Orange.  663 

Ponicrc,  Abbé  à  Arles.  665 

S.  Rusticc  ou  Rustique,  Évéque  de  Lyon.  675 

Conférence  de  Lyon  contre  les  Ariens.  678 

Firmin ,  homme  de  letres.  681 

Bourguignon ,  Orateur.  685 

S.  Porcaire  ou  Porchaire,  Abbé  de  Lerins.  687 

Anonyme,  Auteur  de  la  vie  de  S.  Paul,  Évéque  de  Narbone.  68!) 

Anonyme,  Auteur  de  la  vie  de  S.  Loup,  Évéque  de  Troïcs.  690 

Table  chronologique.  693 
Table  des  matières. 


XVII 


TABLE 

DES   CITATIONS   CONTENUES  EN  CE   VOLUME, 

AVEC  LES  EDITIONS  DONT  ON   S'EST  SERVI. 


Autel,  fur. 


Act.  Mari.  .  fta  prjmoruni  Martyrum  sinrcra   et  selecta,  a    D.   Theodorico   Rui- 

Anart.  Parisiis,  1689.  4". 
Ado.  chr.  an.  i*î.  Adonis  Viennensis  Arcliicpiscopi  breviarium  chronicorum  ad  annum  442. 
et  sic  de  c;eleris  :  in   Inttliolhcca  Patrum,  tom.   16.   Lugduni,   1677. 
fol. 
Atf.  i.  *.  r.  n.     Pauli  iEgineUne  de  re  medica  Iib.  4.  cap.  11.  et  sic  de  caeteris,  inter 

médita-  artis  principes,  etc.  tom.  1.  parte  1.  Paris.  1K67.  fol. 
AroIi.  app.  Appendix   ad   opéra  S.    Agobardi     Vrchiepiscopi    Lugdunensis.     Paris. 

1666.  8". 
Am,)-  S.  Aml)rosii  Mediolanensis  Episcopi  Opéra  in  2.  tom.  distinct».  Paris. 

1686.  et  1690.  fol.  Sic  autem  citantur  : 
•*■  '  cpistola  1.  et  sic  de  cetcris,  tom.  2. 

«!.-•  oit.  i.  i.  ,je  ofjjeiis  m,.  2.  et  sic  de  est.  tom.  2. 

v"  Vita  per  Paulinum,  ad calcem,  tom.  2. 

Am.  .ru.  i.  i.       lcs    \ménii(>s  de  la  criti(|ue,  ou  dissertations  et  remarques  nouvelles 

sur  divers  points  de  l'antiquité,  tom.  1.  12".  à  Paris  1717. 
AmP  Pr-  Ad  Lucium  Ampelium  pra-tatio  Salmasii,  ex  editionc   Amstelod.    1674. 

4°. 
Joscphi  Anteluii  de  initiis  ecclesiœ  Forojuliensis  dissertatio,  etc.  Aquis 
Sextiis,  1680. 4°. 
<io  op.  ieo.  (je  verjs  Operibus  SS.  Patrum,  Leonis  Magni  et  Prosperi  Aquit.  disserta- 

liones  criticae,  etc.  Parisiis,  1689.  4°. 
iiesym.  jg  SymDOi0  Athanasiano  nova  disquisitio.  Parisiis,  1693. 

A"1"1-  Antidoton    contra   diversas   omnium   fere  sœculorum   hœreses.  Basileae, 

1528.  fol. 
Apo.  des  pp.  i.  t.  Apologie  pour  les  SS.   Pères   de    l'Eglise  Défenseurs  de  la  grâce  de 
c  '•  J.  C.   1.  1.  ou  partie  première,  en.  ou  article  1;  ainsi  des  autres. 

A  Paris,  1651.4°. 
Am.  m.  ps.  37.      Amobii  Junioris  commentarius  in  Psalmum  37 ,  et  sic  de    caeteris,    in 
;  bibliotheca  Patrum,  tom.  8.  Lugduni,  1677.  fol. 

confl-  Conflictus  de  Deo  trino,  etc.  ibid. 

no1-  nota?  Feuardentii  in  eumdcm,  ibid. 

pr-  praefatio,  seu  prologus  in  fronte  ejusdem  operis. 

*■*  S.  Aurelii  Augustini  Hipponensis  Episcopi  opéra.    Parisiis,   1679-1700. 

fol.  Sic  autem  citantur  : 
3pp'  varia?  appendices. 

2  É  Tome  II.  c 


xviii  TABL  E 

ii«  .iv.  de  Civilate  Dei,  tom.  7. 

de  cur.  moi.  de  cura  gcrcnda  pro  morluis,  tom.  fi. 

ench.  enchiridion  de  fide,  t.  6. 

ep.  85.  epistola  25,  et  sic  de  cœteris,  t.  2 

gesi.  pei.  degestis  Pelagii,  t.  10. 

injui.  in  Julianum,  t.  10. 

noi.  notae  tum  in  cpistolas,  tum  in  alia  opéra. 

de  pers.  de  perseverantia,  t.  10. 

de  prœd.  de  preedestinatione  SS.  Ihid. 

in  p«.  in  Psalmos,  t.  4, 

Serm.  Scrmones,  t.  5. 

Supp.  Supplementum,  ibid. 

Avit.  ep.  4.  S.  Alcimi  Aviti  Viennensis  Episcopi  epistola  4,  et  sic  de  cœteris,  inter  opéra 
varia  Jacobi  Sirmondi  S.  J.  tom.  2.   Parisiis,  1096,  fol.  homilia  de 

rog.  rogationibus,  ibid. 

Aum.              -  Tradition    de    l'Eglise    sur    l'aumône  chrétienne    et    ecclésiastique.    A 

Paris,  1651. 

Au».  D.    Magni   Ausonii  Burdigalensis    opéra.    Amstelodami,    1671.   8°.    Sic 
autein  citantur  : 

Cons.  gratiarum  actio  pro  Consulatu. 

op.  19.  epistola  19,  et  sic  de  cseteris. 

epi.  i.  epigramma  1,  et  sic  de  cœt. 

par.  c.  i.  parentalia,  carmen,  seu  cap.  1.  et  sic  de  cœteris. 

pr.  prœfationes  varia;. 

prof.  c.  i.  Commemoratio  Professorum  Burdigalensium,  c.  1.  et  sic  de  cœt. 

protr.  protrepticon  ad  nepotem. 


SaP.  ludus  septem  Sapientum. 


B. 


Bail.  jug.  poë.  lat.  Adrien   Baillct,   Jugement   des    Scavants,    Poëtcs    latins,    tome   6.    A 
Paris,  1686.  12°. 

préj.  des  préjugés,  au  tome  1.  A  Paris,  1685,  in-12". 

28  Août.  28e  jour  dAoùt,    et  ainsi  des  autres,  dans  les    vies  des  Saints.    A 

Paris,  1701.  fol. 

23.  Juit.  23e  jour  de  Juillet,  ainsi  des  autres. 

25.  Juin.  25e  jour  de  Juin,  et  ainsi  des  autres. 

29.  Mai.  29'  jour  de  Mai,  ainsi  des  autres. 

17.  M»rs.  17*  jour  de  Mars,  ainsi  des  autres. 

16.  Nov.  16e  jour  de  Novembre,  ainsi  des  autres. 

22.  Sep.  22e  jour  de  Septembre,  ainsi  des  autres. 

tab.  crit.  Table  critique,  à  la  tête  de  chaque  mois. 

Bal.  conc.  Stephani     Baluzii    nova     collectio     Concilionim.    Parisiis,    1683.    fol. 

mise.  t.  i.  miscellaneorum  tom.  1  :et  sic  de  cœteris.  Paris.  1678-1713.  8°. 

Bar.  an.  475.  n.    Kinin.    Cardinal is    Baronii   annales,  ad  anriuin   475.    nuui.    10,  et  sic 
io.  de  cœteris.  Antuerpiae,  1612.  fol. 

Bay.  a.  Bayle,  dictionnaire  historique  et  critique  à  la  letre  A,  et  ainsi  des  autres,  k 

Roterdam,  1715,  fol. 
M.  iiisi  1. 1  e.  io.  Venerabilis     Bcd*     Anglo-Saxonis    Presbyteri     historiée     ecclesiasticse 


DES    CITATIONS. 


XIX 


muli. 

de  i.-iii]i.  c.  49. 

Ben.  Mfi  c.  13. 

Bil>. 


S-  Alb.  And. 
Angel. 

Ii:.l.    t.    I. 

Barb. 

S.  Ben.   Mil. 
Budl. 

Cas.  Ben. 

Casan. 

Casl.  Vich. 
Colb.  l.  1. 

Cord. 
eeel. 


exq. 


b.  Faul. 

D.  Flo. 
S.  Flo.  Sal. 

Hisp. 

Imp. 

Kon. 

I).  Lorch. 
Lug-Bal. 

Maj.   mon. 


gentis    Anglorum    lib.    1.    cap.   10.   tom.   3.  ejusdem  operum.  Co- 
lonise Agrippinœ,  1612.  fol. 
de  arte  metrica,  tom.  1.  Ibid. 
de  tcmporum  ratione  cap.  49.  tom.  2.  Ibid. 

S.  Benedieti  régula,  cap.  13.  et  sic  de  cœteris.  Parisiis,  1663.  8°. 

Bibliothèque.  Celles  dont  nous  citons  les  pages,  sont  celles  dont 
les  catalogues  ont  été  imprimés.  Lorsque  nous  ne  marquons  pas 
la  page ,  il  s'agit  des  vaisseaux  mêmes  des  bibliothèques  que  nous 
avons  visitées  nous-mêmes,  ou  par  le  moïen  de  nos  amis.  Voici  comme  on 
les  cite: 
abbatiae  S.  Albini  Andegavensis,  ordinis  S.  Benedieti,  e  congregatione 

S.  Mauri. 
Angelica,  sic  dicta  ab  Angelo  Bocea  fundatore,  nunc  magni  conventûs 
Bomani  BB.  PP.  Eremitarum  ordinis  S.  Augustini. 
Baluziana,  scu  catalogus  librorum  V.  C.  D.  Stephani  Baluzii  Tutelensis, 
tom.  1.  et  sic  de  cœteris.  Parisiis,  1719.  12°. 

Barberina,  scilicet  D.  Francisci  Barberini  S.  R.  E.  Cardinalis,  Vice- 
cancellarii,  etc.  tom.  1.  et  sic  de  2.  Borna;,  1681.  fol. 
S.  Benedieti  Macloviensis,  e  congregatione  S.  Mauri. 
Bodlejana,   seu   catalogus    impressorum  lib.  bibliothecœ   Bcdlcjanae  in 
academia  Oxoniensi.  Oxonii,  1674.  fol. 

abbatiae  Casalis   Benedieti,  vulgo  Chezal-Benolt ,    ord.    S.    Bened.    e 
.    congreg.  S.  Mauri. 
Casanatensis  Bomae,  sic  dicta  ab  Em.  Cardinali  Casanate  fundatore,  nunc 
BB.  PP.  Dominicanorum,  conventûs  Minervae. 
Caelestinorum  Vichicnsium,  vulgo  de  Vichy. 

Colbertina,  seu  catalogus  librorum  bibliothecse  quae  fuit  primum  illusl. 
V.  D.  Joh.  Baptistae  Colbert,  etc.  Parisiis,  1728.  3.  vol".  12°. 
Cordesiana,  Paris.  1643.  4°. 

ecclesiaslica,  in  qua  continentur  de  Scriptoribus  ecclesiasticis  S.  Hyerony- 
mus,  Gennadius  Masiliensis,  etc.  Hamburgi,  1718.  fol. 
exquisitissima  librorum  insignium.  La  Haye,  1732. 
D.  Joachimi  Faultrier  Abbatis  B.  V.  Arduennensis  et  S.   Lupi,  etc. 
Parisiis,  1709.  8". 

D.  Florens,  4°  [sine  chronicis  notis]. 

abbatiae  S.   Florentii  Salmuriensis,  ord.  S.    Benedieti    e  congreg.  S. 
Mauri. 

Hispanica    vêtus,   auctore  Nicolao 
1697.  fol. 
D.    Josephi   Renati  Imperialis    S. 

1711.  fol. 

bibliopolium    Konigianum ,    sive 

1722.  8°. 

D.  de  Lorchere,  Lieutenant  Général  du  Mans. 

Lugduno-Batava,  seu   catalogus  librorum  tam  impressorum  quam  manu- 

scriptorum  bibliothecae  publicai  Universitatis  Lugduno-Batavae.  Lugduni 

apudBatavos.  1716.  fol. 

Abbatiae  Majoris  monasterii,  vulgo  Marmoutier,  prope  Turones,  ordinis  S. 


Antonio  Hispalensi,    t.    1.    Bomae, 

B.  E.  Diaconi  Cardinalis.  Bomae, 

catalogus     lib.,     etc.     Hamburgi , 


nx  TABLE 

Benedicti  e  congregatione  S.  Mauri. 
B.  M.  de  Ebr.        abbatiœ  B.  Mariae  de  Ebronio,  vulgo  A'Evron,  ord.  S.  Bene.  congreg. 

S.  Mauri. 
tr.  Min.  On.         Fratrum  Minorum  Cenomanensium. 

Mei.  Red.  S.  Melanii  Redonensis,  ord.  S.  Bcnedicti  e  congregatione  S.  Mauri. 

Miss.  Ccn.  Missionariorum  Cenomanensium. 

Or.  ciar.  Oratorii  Claromonl. 

Or.  Nan.  Oratorii  Nannetensis. 

ottob.  I).  Cardinalis  Ottoboni,  Romx. 

pp.  t.  6.  veterum  Patrum  et  antiquorum  Scriptorum  ecclesiasticornm.  etc.  tom.  6. 

cl  sic  de  cœteris.  Lugduni  1677.  27  vol.  fol.  Ubi  vero  Padditur,  désignât 

bibliotliecam  Patrum  Parisienscm  anni  1644. 
s.  Pet. deCni.        abbatise  S.  Pétri  de  Gultura,  vulgo  la  Coulure,  Ccnomani,  ord.  S.  Ben.  c 

cong.  S.  Mauri. 
s.  Pet.  Mon.  S.    Pclri    Monasteriensis,    vulgo    .S.    IHevre-Uoulier ,  ordinis  Clunia- 

censis. 
it.  Pnud.  Ccn.        Fratrum  Prsedicatorum  Cenomanensium. 
s.  Saiv.  do  Rot.      S.  Salvatoris  de  Rotono,  vulgo  Uedon,  ord.  S.  Benedicti  c  congregatione 

S.  Mauri. 
s.  Serg.  And.        abbatise  S.  Sergii  Andegavensis,  ord.  S.  Ben.  e  cong.  S.  Mauri. 
mon.  Silv.  Monasterii  Silviniacensis,  vulgo  Souviynu,  ordinis  Cluniaccnsis. 

s.  Suip.  Bit.         abbatise  S.  Sulpitii  Bituriccnsis,  ordinis  S.  Bcned.  c  cong.  S.  Mauri. 
Tell.  Tcllcriana,  sive  catalogus  librorum  bibliothecse  D.  Mauricii  le  Tellier 

Archiep.  Remensis.  Paris.  1693.  fol. 
Vailicei.  Vallicelliana ,  sic  dicta   ab  eeclcsia  hujusce  loci,  quse  sic  ab  auliquo 

appellalur,  nuncPP.  Oratori  S.  Philippi  Nerii  Iîoui.t. 
Vatk.  Vaticana  Romav 

s.  vin.  On.  Jibbatiœ     S.    Vinccntil    Cenomancnsis,   ord.    S.  Benedicti  e  cong.  S. 

Mauri. 
BoM.  bib.  bist.      Pauli  Bolduani  bibliotheca  historien,  sive  elenchus  scriptorum  historicorum, 

etc.  Lipsise,  1620.  4°. 
oll.  Acta  Siinctoruin,  etc.  cura  Johannis  Bollandi  ac  Sociorum  ejus,  S.  J.  Antuer- 

pias  1643-1729.  fol.  Sic  autem  citanlur  • 
2$.  Apr.  die  22.  Aprilis,  et  sic  de  caHeris, 

28.  Feb.  die  28.  Fcbruarii,  et  sic  de  cset. 

î.  Janv.  die  1.  Januarii,  et  sic  de  net. 

2.  juin.  die  2.  Junii,  et  sic  de  caM. 
s.  Mai.                die  5.  Maii,  et  sic  de  cset. 

3.  Mar.  die  3.  Martii,  et  sic  de  ca;t. 

Bon.  not.  ne.        Johannis    Bona    S.   R.    E.    Cardinalis    notitia    auclorum    et   librorum. 

in    fronte    ejusdem    libri  de    divina    psalmodia,    etc.  Parisiis,   1663. 

4°. 
Bosq.  i.i.  Francisci  Bosqucti  ecclesise  Gallicana;  historiarum,  lib.  l.et  sic  de  cseteris. 

Paris,  etc.  1636.  4°. 
Buch.  jEgidii  Bucherii  Atrebatis  S.  J.  de  doctrina  tcmporv.n  commentarius  in  Vic- 

torium,  Antuerpise,  1644.  fol. 
Unit.  Iù»t  occ.  t.  2.  Loiiis  Bulteau  delà  Congrégation  deS.  Maur,  histoire  monastique  d'Occident, 

ou  abrégé    de   l'histoire  de  l'Ordre    de    S.   Benoit  ,  etc.   A    Paris . 

1684.  4°. 


DES     CITATIONS.  xxi 

C. 

i;,ii  ni  Gai.  S.  C;deslini  Papœ  epislola  ad  Gallos,  inter  Prosperi  opéra.  Parisiis  1711,  f". 

Cas.  Iiopi.  2^.         S.  Ca-sirii  Episcopi  Arelatensis  liomilia  25.  inter  caUcras  ejusdem.   tom.  8. 
hihliothec.TR  Palrum.  Lugd.  1677.  fol. 
vii.  n.  il.  vila  inter  acta  Saneloruni  ordinis  S.  Benedicli,  tom.  seu  sreiulo  1.  Parisiis. 

1668.  fol. 
not.  nota;  in  eamdem. 

c.uiis.  t.  i.  Canisii   anliquœ   lccliones ,   tom.   1.   sic  de  ester».   Ingolsladii ,    1601. 

4°. 

Uni  vero  B  additur,  désignât  idem  opus  a  Jacobo  Basnage  reeusum.  An- 
tuerpia;,  1725.  fol. 
c»sii.  cln.  Magni  Aurelii  Cassiodori  Senatoris  ehronieon,  inter  ejusdem  opéra,  loin.  1. 

Botomagi,  1679.  fol. 
«pi- 1.  epislola  prima  lib.  2.  variarum,  et  sic  de  cieteris,  tom.  1. 

in*'  de  institutione  divinarum  lilcrarum.  tom.  2. 

"<>i-  nota;  ibidem  affixa;. 

pr-  praefatio. 

•n  ps.  n.  in  psalmum  11.  et  sic  de  e:eteris,  loin.  2. 

Cass.  col.  î.  Johannis  Cassiani  collatio  1,  et  sic  de  cœleris,  inter  ejusdem  opéra  Alrebali, 

1628.  Toi. 
de  inc.  de  incarnalionc,  contra  Nestorium. 

inst.  institutioncs,  seu  de  institutis  Cœnobiorum. 

pr.  varia;  pnefationes,  seu  prologi. 

vii.  vita  per  Josiam  Simlerum  inter  scripta  veterum  latina  adversus  Nesto- 

rium, etc.  Tiguri,  1571.  fol. 
Cave.  Guillclmi  Cave  scriptorum  Ecclesiasticorum  historia  literaria,  etc.  Genev;e, 

1705.  fol. 
Chor.  i.4. 1 14.     Nicolas  Chorier,  livre  4.  §.  14.  de  l'histoire  générale  du  Dauphiné.  A  Gre- 
noble, 1661.  fol. 
ciior.  pou.  Chorus  poëtarum  classicorum  duplex,  saerorum  et  profanorum.  Lugduni, 

1616.  4°. 
01.  M.  de  au.  î.i.  Mamerti  Claudiani  de  natura  anima)  lib.  1.  et  sic  de  cet.  tom.  6.  bibliotheca; 
Patrum,  Lugduni,  1677.  fol. 
pi.  pra;fatio. 

ad  Sap.  epistola  ad  Sapaudum,  loin.  6.  miscelleanorum  Steph.  Baluzii.  Parisiis, 

1713.  8». 
ci.  rap.  Pros.  i.  a.  Claudii  Claudiani  de  raptu  Proscrpina;  lib.  2.  prœfatio,  inter  ejusd.  opéra, 
p..  Paris.  1677.  4°. 

Cod.  Th.  9.  t.  16.  Codex  Theodosianus  lib.  9.  lit.  16.  leg.  1.  et  sic  de  eseteris.  Lugduni,  1665, 
1.  i-  fol.  vol.  6. 

cin.  chronologia,  tom.  1. 

pros.  prosopographia,  tom.  6. 

Cod.  «g.  Codex  regularum.  etc.  collectus  olim  a  S.  Benedicto  Ananiensi  Abbate,  et  a 

Luca  Holstenio  in  lucem  editus.  Parisiis,  1663.  4°. 
ajip.  appendix,  in  qua  SS.  Patrum  exhortaliones  ad  Monachos  et  Virgines,  etc. 

ibid. 
pr.  prsefatio  in  fronte  operis. 


XXII 


TABLE 


«:oiic.  i.  i.  Concilia  ad  regiam  editionem  cxacla,  studio  Philippi  Labbau  et  Gabriel» 

Cossartii  S.  i.  tom.  2.  et  sic  de  estais.  Parisiis,  1671.  fol.  (II  est  impor- 
tant de  remarquer,  que  dans  le  quatrième  tome  les  pages  1029  et  suivan- 
tes jusqu'à  la  1080  inclusivement,  sont  répétées.  Ainsi,  comme  nous  les 
citons  souvent,  si  on  ne  les  trouve  pas  en  un  endroit,  il  faudra  les  cher- 
cher en  l'autre.  Lorsque  nous  ciions  d'antres  éditions  que  colle  du  P. 
Labbe,  nous  avons  soin  d'ajouter  une  lelre  majuscule,  qui  indique  celle 
dont  il  s'agit,  comme  nous  en  donnons  ici  des  exemples.) 
G.  i.  i.  Concilia  antiqua  Galliae,  cura  Jacobi  Sirmundi,  tom.  1.  Parisiis,  1029.  fol. 

n.  t.  *.  Collectio  regia,  tom.  4.  et  sic  de  cœteris.  Parisiis,  1644.  fol. 

supp.  Conciliorum  antiquorum  Galliae  a  Jacobo  Sirmundo  S.  J.  editorum  supple- 

menta,  opéra  et  studio  pétri  Delalandc  Ricomagensis,  etc.  Paris.  1666.  fol. 


D. 


Dam.  car.  9.  S.  Damasi  Papai  carmen  9.  inter  ejusdem  opéra,  tom.  27.  bibliotheca;  Pa- 

trum.  Lugduni,  1677   fol. 
DuCIimm.  1. 1.       Andréa;  Du  Chesne  histoiia-  Fraiicoruin  Scriptorcs,  etc.  tom.   1.  Parisiis, 

1636.  fol. 
Du  i>in,  bib.  i.  3.    Nouvelle  bibliothèque  des  Auteurs  ecclésiastiques,  etc.  par  Messirc  Elies  Du 

Pin,  tom.  3.  et  ainsi  des  autres.  A  Paris,  1689.  1690.  8°. 


E. 


Kgas.  tint.  i.  i.      Caesaris  Egassi  Bulœi  historia  Universitatis  Parisiensis,  tom.  1.  Paris.  1665. 

fol. 
Emiss.  boin.  i.       Eusebii  Emisscni  homilia  1.  et  sic  de  caeteris,  ad  calcem  aliarum  sub  ejusdem 

nomine  editarum.  Patisiis,  1573.  8°. 
Knn.  i.  ±  e[..  6.      Magni  Felicis  Ennodii  episcopi  Ticincnsis  lib.  2.  eplst.  6.  et  sic  de  cœteris, 

inter  ejusdem  opéra,  ex  editione  Sirmundi.  Parisiis,  1611.  8°. 
vit.  Ant.  vita  Antonii  Monachi  Lerinensis.  Ibid. 

vit.  Epi.  vità  Epiphanii  episcopi  Ticinensis.  Ibid. 

Epi.  et  poë.  vct.     Epjgfammata  6t  poëmatia  vetera,  lib.  1.  seu  pars  1.  et  sic  de  2.  Parisiis, 
t.  i.  1590.  12°.    • 

Evag.  i.  i.  Evâgrii  Scholastici  historiae  ecclesiastica?  lib.  1.  et  sic  de  caeteris,  una  <um 

Theodoreto  et  aliis.  Parisiis,  1673.  fol. 
Ettch.  rorm.  S.  Ettcheril  episcopi  Lugdunensis  liber  formttlartim  spiritalis  intelligenliae, 

inter  ejusdem  opéra.  Basileae,  1531.  fol. 
in  Gen.  in  Gcncsiin.  Ibid. 

ad  BU.  ad  Hilarium  de  laudibus  eremi,  cum  oratione  funebri  de  S.  Hoitoralo.  Pa- 

risiis, 1579.  8°. 
nom.  13.  homilia  13.  et  sic  de  caiteiis,  tom.  6.  bibliothccaePatrum  Lugduni. 

pr.  praefatiottes.  seuprologi. 

qu*si.  de  qua'stionibus  veteris  et  novi  Testamenti.  Basile»,  ut  supra, 

in  r.r-, .  in  libros  Hrgum,  Ibid. 


DES    CITATIONS. 


XXIII 


;l,i  siiv.  ad  Silvium,  tom.  6.  bibliolheca^  Patrum  editionis  Lugdunensis,  i G 77 . 

ad  val.  ad  Valerianum  cognai  uni  suum  cpistola  paraenelica.  Basile»,  ut  supra. 

Lu»,  ciir.  Eusebii  PamphiU  GMW6B  Palestine  Episcopi  chronicon.  Amstelodami,  1658, 

fol. 


F. 


l'ab.  bit),  lat.         Joh.  Alberti  Fabricii  bibliolheca  latina,  sive  notitia  veterum  Auctorum  latino- 
rum,  quorumeumque  scripta  ad  nos  pervenerunt.  Hamburgi,  1696.  12°. 
app.  appendices  ad  hanc.  bibliothecam. 

Kac.  l.  |.  t.  14.       Facundi  Hermianensis  pro  defensione  trlum  capitulorum,  lib.  i,  cap.  4.  et  sic 
de  caHeris,  ex  edilione  Sirmundi.  Parisiis,  1629.  8°. 
in  Moc.  in  Mocianum  scholasticum  liber.  Ibid. 

Faust,  ep.  iti.         Fausti  Regiensis  Episcopi  epistola  16,  in  bibliolheca  Patrum,  tomo  8.  Lug- 
duni,  1677.  fol. 
ad  Fet  ad  Felicem  Patricium,  ibidem, 

do  gr.  1. 1 .  de  gralia  et  libero  arbitrio  lib.  1.  et  sic  de  2.  ibid. 

a«i  «rai.  ad  Gratum  epistola,  ibid. 

ad  Léon.  ad  Lcontium  Arelatenscm  episcopum,  ibid. 

ad  Luc.  ad  Lucidum  presbyterum,  ibid. 

ad  Paul.  ad  Benedictum  Paulinum,  ibid. 

t*  Hur.  ad  Ruricium  Lemovicenscm  episcopum,  ibid. 

Fieu.  H.  E.  i.  s.      M.  l'Abbé  Fleury,  Histoire  Ecclésiastique,  tom.  5.  et  ainsi  du  6.  A  Paris, 
1697.  1699.  4°. 
mœ.  du.  les  mœurs  des  Chrétiens.  A  Paris,  1682.  12°. 

Fior.  Wb.  t.  8.       Floriacensis  veteris  bibliothecai  lomus  2.  Lugduni,  1605.  8°. 
Fort.  i.  ».  Venantii  Fortunati  Pictaviensis  episcopi  lib.  2.  et  sic  de  caeteris.  Moguntise, 

1603.  1°. 
Vi|-  m.  vita  Martini  lib.  1 .  et  sic  de  esteris.  Ibid. 

Frag.  poe.  Fragmenta  Poëtarum  vetenim  latinorum,  quorum  opéra  non  exstant.  Apud 

I  li 'M  ri  m  m  Slephanuin,  1564,  8". 
Fris.  bib.  ph.         Johannis-Jacobi  Frisii  bibliolheca ,   Philosophorum  classicorum    Auctorum 

chronologica,  ctc.Tiguri,  1592.  4°. 
Fred.  epit.  Fredegarii  Scholastici,  seu  S.  Gregorii  Turonensis  historia  epitomata,  inter 

ejusd.  S.  Gregorii  opéra.  Paris.  1699.  fol. 
Fuig.  de  gr.  i.  2.     s.  Fulgentii  Ruspensis   episcopi  de  gratia  lib.  i.  inter  ejusdem  opéra. 
»•«•  Paris.  1684  4°. 

aii.Mon.  ad  Monimum.  Ibid. 

ad  J'et.  ad  Petrum.  Ibid. 


Gaii.  dir.  nov.  t.    Galba    christiana ,    seu    séries    et    historia    Archiepiscoporum ,    Eptsco- 
*•  porum  et  Abbatum  Francise,  etc.  novae  editionis,  a  Dionysio  Sammarthano 

et  sociis,  tom.  1.  et  sic  de  2.  3.  et  4.  Parisiis,  1715-1728.  fol. 
vel  '•  i-  veteris  editionis,  a  Fratiibus  Samtuarihanis,  tom.  1.  el  sic  de  caet.  Paris. 

1656. 


xxiv  T  A  B  L  E 

tionn.  dog.  Gennadii  Massiliensis  de  dogmatibus  ccclpsiasticis.  in  appendice  tomi  oclavi 

S.  Augustini.  Parisiis,  1688.  loi. 
»ir.  iii.  c.  à:;.       de  viris  illuslrihus,  seu  de  Suïptoribus  ecclesiasticis  cap.  2.r>.  et  sic  de 

cscl.  in  bibliotheca  ccclcsiastica.  Hamburgi,  1718.  fol. 
noi.  nota'  variorùm.  Ibid. 

Crsii. bih.  un .i.i.  Conradi  Gesneri  Tigurini  bibliolheca  universalis,  toni.   1.  Tiguri.  1545. 

fol. 
dut.  an.  m.         Antoine  Godcau  Evoque  de  Vcnce  dans  son  histoire  ecclésiastique  à  l'an  111; 

ainsi  des  autres.  A  Paris,  1663  et  suivants,  fol. 
Gr  H.dia.  i.  3.      S.  Gregorii  Magni  Papa;  dialogorum  lib.  3.  cap.  1.  et  sic  de  ca^teris,  inler 
e.  i.  ejusdem  opéra,  tom.  2.  Parisiis,  1705.  fol. 

1.  n.  pp.  «i.  lib.  9,  epistola  61.  et  sic  de  ca't.  Ibid. 

Ci.  T.  rpii.  n.  7.   S.  Gcorgii  Florentii  Gregorii  Turonensis  episcopi  Historia  Francorum  epilo- 
mata  per  Fredegarium  Scolaslicum,  inter  ejusdem  S.  Gregorii  opéra.  Pa- 
risiis,  1009.  fol. 
ni.  Conf.  de  gloria  Gonfessorum.  Ibid. 

»••  M"  de  gloria  Martyrurn.  Ibid. 

h.  Fi  i.  i.  historia1  Francorum  lib.  1.  Ibid. 

mil.  Ml.  i.o.H.       demiraculis  S.  Martini  lib.  1.  cap.  6.  Ibid. 
not.  notai  in  cumdem.  Ibid. 

l'.yr.poé.  iiist.  .lia.   Lilii   Gregorii    Gyraldi    Ferrariciisis    de    historia    Poétarum    diaio^i   lib. 
i.  1.  et  sic  de  esteris,  inler  ejusdem  opera.  Lugduni  Ralav.  1696.  fol. 

H. 

Unm.  Conc.  t.  i.    M.  Hermant,  histoire  des  Conciles,  loin.  1.  A  Rouen,  1701.  12". 

S.  Euscbii  Hieronymi  in  prophetam  Amos,  inler  ejusdem  opera,  tom.  3.  l'a- 
ris,  1701.  fol. 

apologia  adveesus  Rufmum,  lib.  I.  et  sic  de  2.  inter  ejusd.  opera,  lom.  i. 
Parisiis,  1706.  fol. 

appendix  tomi  quinti  continens  opera  supposititia. 
epistol»  criticœ,  tom.  2.  ejusd.  operum,  1699. 
epistola  ad  Algasiam,  tom.  i.  1706. 
Ad  Amandum.  Ibid. 
ad  Florent ium.  Ibid. 
ad  I ledit ii.ii ii .  Ibid.   . 
ad  Minerviiiin.  Ibid. 

epistola  4.  ot  sic  de  eseteris  aliquo  numéro  pramotatis,  lomi  i.  parle  se- 
cunda. 

in  prophetam  Ezechiclem,  lom.  3. 

pra'fatio  secunda  in  secundum  librum  commentatorium  in  epistolam  ad  Ga- 
latas,  t.  4. 

inGenesim  tom.  1. 1693. 
in  Malachiam  prophetam,  tom.  3. 
varia*.  pra?faliones,  seu  prologi. 
apologia  adversus  Rufmum  lib.  2.  et  sic  de  3.  lom.  4. 
adversus  Vigilantiuni,  tom.  4. 

de.  viris  illustribus  liber,  in  bibliolheca  ecclesiastica.   Hamburgi,   1718. 
fol. 


ier.  in  Am. 

anol.  1.  1 

app. 

pp.  eril. 

ad.  A  L'. 

.ut  Am. 

:i  I  FI... 

a.l  ll.-.l. 

ail  Min. 

..p.  1. 

in  El 

in  Cal.  pi 

o 

in  Ken. 

in  Mal. 

p.. 

in  Rnf.  1. 

3. 

in  Vi«. 

\i  r.  III. 

b  i:  S   CITATIONS. 


XXV 


m  Zach.  in  Zachariam  prophclam',  loni.  3. 

Hii.  aJ.  Eucii.        S.  Hilarii  Arelalensis  Kpiscopi  epistola  ad  Eucherium,  una  cum  oratione  fu- 
DCbri  de  S.  Honorato.  Parisiis,  157!).  8. 
de  Hon.  de  S.  Honoralo  oratio  funehris.  Ibid. 

Hii.  app.  S.  Hilarii  Pictavorum  episcopi  appcndix    operum,  ad  calcem.  Paris,  1693. 

fol. 
de  Sjn.  de  Synodis.  Ibid. 

noi.  nota;.  Ibid. 

Hon.  Sert.  dccI.      Honorii  Àugustoduneiisis  de  Luminaribus  Eeclesiœ,  sive  de  Scriptoribus  ec- 
clesiasticis  m  bibliolheca  eeelesiastica.  Hamburgi,  1718.  fol. 

I. 


Jac.  l>ib.  ponl.  I.  ï. 
Ida.  du. 

Fasl. 
Ind.  lib.  a  R.  Step. 

Joly,  ccol.  par.   I. 
c.  3. 

Jorn. 


lsid.  oIT.  1.  1. 
•rif.  I.  7. 

Se  ri.  ceci. 
Isle.-B.  I.  I. 


Ludovici  Jacob  bibliotheca  pontificia,  lib.  2.  Lugduni,  1043. 4°. 

Idatii  episcopi  chronicon,  inter  varia  Jacobi  Sinnundi  opéra,  loin.  2.  Parisiis, 

1690.  fol. 

fasti  Consulares.  Ibid. 
Index  librorum  in  officina  Hoberti  Stepbani  impressorum.   Luteliai,  1552. 

8°. 
Claude  Joly  chantre  et  chanoine  de  l'Eglise  métropolitaine  de  Paris,  traité 

historique  des  écoles  épiscopales  et  ecclésiastiques,  etc.  partie  1.  chap.  3. 

et  ainsi  des  autres.  A  Paris.  1678.  12°. 
Jornandes,  seu    Jordanus   episcopus    Ravennas    de   Getarum    sive    Go- 

thorum    gestis,    ad   calcem   tomi    1.    M.  A.   Cassiodori.   Rotomagi , 

1679.  fol. 
S.  Isodori   Hispalensis  de  ofheiis  lib.   1.  inter  ejusdem    opéra.   Parisiis, 

1580.  fol. 

originum  lib.  7.  el  sic  de  caileris.  Ibid. 

de  Scriptoribus  ccclosiasticis  liber,  in  bibliotheca  eeelesiastica.  Hamburgi, 

1718.  fol. 
Les  masures  de  l'Abbaïe  ruïalc  de  L'isle-Barbe  lez  Lyon,  etc.  par  Mr.  le  La- 
boureur, tom.  1.  A  Paris,  1090.  i". 


K. 

Kon.  bib.  vet.  ei  Georgii   Mathia'    Konigii    bibliotheca     velus    cl    nova.    Altadorfi,  1078. 

nov.  fol. 


Lab.  cône.  syn.      Philippi  Labbei  Biturici  S.  J.  conciliorum  synopsis.  Parisiis,  1661.  4°. 
chr.  chronologie  historica;  pars  secunda,  seu  tom.  2.  Parisiis,  1070.  fol. 

nov.  bib.  1. 1.        nova  bibliotheca   manuscriptorum   librorum,  tom.    1.    Parisiis,   1057. 

fol. 
Scri.  t.  i.  de  Scriptoribus  ecclesiasticis  quos  attigit  Cardinalis  Bellarminus  philologica 

et  historica  dissertatio,  tom.  1.  et  sic  de  2.  Parisiis,  1060.  8°. 
Lau.  do  5  Vict.       Job.  Launoi  Constanliensis  appendix  de  quinque  Victorinis  ad  dissertationem 
de  Viclorino  episcopo  et  Mari.  Paris,  1653.  12°. 

Tome  II.  d 


xxvi  T  A  IJ  L  R 

Léo.  S.  Leonis  Magni  Papas  primi  opéra,  etc.  a  r.iscliasio  Uuesnel  édita.  Pansus, 

1075.  4.  2.  vol. 
d   •.  2.  "disserlalio  2.  et  sic,  de  ca'tcris,  loin.  2. 

cp.  epistolœ,  loin.  I. 

iioi.  not;e  et  observationes  Editons,  loin.  2. 

Lop.  Lcporii  prcsbvleri  libellas  enieiidationis,  inler  opéra  varia  Jacobi  Sirnnindi. 

tom.  1.  Parisiis,  1690,  fol. 
not  nota'  Jacobi  Sirmundi,  née  non  Joliannis  Gantera  in  eumdem. 

pr.  pncfatio,  seu  veterum  Scriptorum  lestimonia.  Ibid. 

Lcrin.  Chronologia  Saucloruui  et  alioruni  viroruni  illuslriuin  ac  Abbalum  sacra  in- 

suke  Lerinensis.  Lngdnni,  1643.  1°.  [obi  t.  non  apponitor,  agitur  de  1. 
parte  :  ubi  vero  additur  t.  2.  agitur  de  2.  parle.] 
Lip.  bib.  ph.         Martini  Lipenii  bibliolheea  realis  phUosopbica,    ete.     Francofurti,    1082. 
fol. 
Th.  t.  •  Thcologica,  tom.  "2.  Ibidem,  1683.  fol. 

Lo  Long.  Bàb.sac.   Jacobi  Le  Long  Parisini  Congrégations  Oratorii  bibliothcea  sacra,  etc.  Pari- 
siis, 1123.  fol. 
Hjs(<  bibliothèque  historique  de  France,  ete.  A  Paris.  171!).  fol, 


M. 

Mab.  act.  ù.  i  i     Joli.  Mahillon  aela  Sanctorum  Ordinis  S.  Bcnedicti,  tom.  seu  s:eculum  I.  Pa- 
ris. 1068.  fol. 
;ina.  t.  2.  analeetoruni  veterum,  loin.  2.  Parisiis,  1070.  8°. 

unn.  1. 1.  annalium  ordinis  S.  Bcnedicti  toinus  1.  Parisiis,  1703. 

t.  3.  tom.  3.  Ibid.  1706. 

lit.  de  Iilurgia  Gallicana.  Iliid.  1683.  i". 

Macr.  Sat.  1. 1.  c    Aureffi  Marrobii  Anibrosii  Thcodosii  Saturnaliorum  lib.  2.  cl  sic  de  ca'tcris. 
u.  Lug.-Batav.  1670.  8°. 

.Mai.  Gaii.  Martvroîogium  Gallicanum,   Auctorc  Andréa  de  Saussav.   Parisiis,  1687. 

fol. 
Har.  «le  Wu.i  Marcelli  de  medieaincntis  liiicr,  inler  médira1  artis  principes,  etc.  tonio  i. 

parle  3.  Paris.  1367.  loi. 
op.  ded.  episloli  dedicaloria  Jani  Gornarii. 

pr.      ,  praTaiio  Auetoris. 

;:  i/ .  idarbodi  Eledoncasis  episcopî  opnscob,  ad  calceni  operum  vencrabilis  Ililde- 

uërti.  Paris.  1 708.  fol. 
I».  ubi  vero  P.  additur,  encliiridion  Marbodi  Galli  de  lapidibus  preliosis  indieal. 

Paris.  1331.  8". 
pr.  pncfatio cumepLstola  dedicatoria. 

■areol.  hist.  t.  i.   Guillaunie  Marée!,  histoire  de  l'origine  et  des  progrès  de  la  Monarchie  Fran- 
çoise, loine  I.  A  Paris,  1086.  12". 
llnrfcl.  du.  Marcellini   V.  G.  romilis  lllyrieiani  chronicon,  inler  opéra  varia  Jacobi  Sir- 

mundi tom.  2.  Paris.  1090.  fol. 
M.ui.    am.    coll.    Edniundi  Marlciie  velennn  Scriplonmi  et  inoiiuiiieiiloriiui ,  etc.  amplissi'iia 
t.  s.  colleciio.  tom.  S.  Parisiis,  1720.  fol. 

i.  i.  thésaurus   anecdotorum,    loin.    I.    cl    sic  de   3.   Parisiis,    1717.    fol. 


I)  E  S    CITATIONS. 


XXVII 


vw.  «cri. 

III. 

Mail);.  1.  2. 

lUu.l.  il.  |irin 

m.ii.  Sert. 

M    !■:<■-.    1.   1. 

Mer.  ma.  e. 

vétéran  Seriptoram,  etc.  eollectio  nova,  Rotomagi,  I7fli),  4". 
prsefalio. 

GOberli  Mauguin  vétéran  Auctorum,  qui  nono  sreculo  de  pradestinatione  et 
gralia  srripsiM-unl,  opow  il  fragment.!,  ciiin  cjusdem  ehronica  et  historien 
synopsi,  etc.  loin.  '2.  Parisiis,  1650.  i°: 
t.  a.   Médira-  artis  principes  post  ilipocralcm  et  Galenuni,  etc.  tom.  2.  parte  3. 
Parisiis,  1507.  fol. 
Anonymi  Mellicensis  sa-culo  xn.  elari,de  Scriptoribns  eeclesiasticis  liber,  in 
bililiotheca  eec!esi:is!ica.  Humbnrgi,  1718.  loi.  [Aliquando  sic  citatur  hic 
Auctnr  :  An.  Mcll.| 
Menagiana.  on  les  lions  mots  et  remarques  critiques,  etc.  de  Mr.  Men;;gc, 
tom.  1.  A  Paris,  171.1  12°. 
3.      Marii  Mercatoris  commnnilurium,   cap.   3.   et   sic.  de  CSteris,   e\  edilione 
Johannis  Garnerii  S.  i.  cuj'is  tonius  primas  ea  que  ad  lia:resiin  pchgianam 
pertinent   continel,  et  tomas  scciindns  en  qu.e  ad  iMereriiii  Ncslorianam 
spcctanl  comp'cctilur.  Paris,  1073.  foi. 
pi .  pncfalio.  Iliid. 

Mil .  netr.  ànberti  Mirai  auctiiariuni  (ic  Scriplorihus  eiclesiasticis,  in  bibliotheca  ecele- 

siislic..  Hamb.  1718.  Toi. 
m. h.  a.  Loiiis  Morcri,  ou  le  grand  Uicliouu  lire  historique,  etc.  [compose"  d'abord 

par  cet  Auteur,  puis  revu  et  augmenté  par  divers  autres  Ecrivains.]  à  la 
lettre  A.  et  ainsi  des  autres  lelres  de  l'alphabet.  A  Paris,  1725.  0  vol 
fol. 
•fur.  anor.  i.  i.       Ancedota  qu;e  ex  Ambrosiame  bibliotheca'  codicibus  nunc  prhmitn  cruil  Lu- 
dovicus  Antonius  Mnratorins,  tom.  1.  Mediolani,  1607.  i". 
i.  2.  tninus  2.  Ibid.  1698: 

N. 


N..r.  h.  |iei.  i.  a.     Henrici  de  Noris  Augustiniani  hisloria   pelagiana ,   etc.    Palivii,    1673. 

t.  ifi.  fol. 

Ncik.  int.  Scr.         Nolkerus  Balhnlus  de  Inlerpretibiis  divinarum  Sciiplurarum,   in  lomo  1. 

thesauri  ncedotormn  I).  Berna.di  P.  z.   Auguste  vindelicorum.  1721. 

fol. 


O. 

Onupii.  Onuphri  Panvini   conimentarii  in  faslos  Consulares.   Heidelbei'ga-,   1388 

fol. 
Oii.  com.  i.  t.         S.    Orientii    commonitorium,    lib.    1.    et   sic   de   2.    in   collcctione  nova 

veterum    Scriplorum    à    D.    Edm.    Martene    édita.    Rotomatd.    1700. 


Oros.  t.  2.  c.  19.      Pauli  Orosii  historia,  lib.  2.  cap.  19.  in  tomo  6.  bibliothecœ  Patrum.  Lug 

duni,  1077.  fol. 
Oiihoii.  i.  i.  Orlhodoxographa  theofogia  sacro-sancts  ac  sincerioris  fidei  Doct.  etc.  tom  1 

Basilex,  1553.  loi. 
i.  2.  tom.  2.  seu  editio  secunda.  Ibid.  1500.  fol. 

Ou<i.  Scvi.  i.i.      Casimiri  Oudini  Camimentarius  de  Scriplorihus Ecclesia; antiquis,  etc.  tom. 

Lipsia'.  1722.  fol. 


wvm  TABLE 

P. 

l'ail,  (lia.  Palladii  dialogus  de  vita  S.  Johannis  Chrisnstomi.  Parisiis,  1080. 

l'ail.  .1er,-  nisi.       Palladius  Rutilins  Taurus  /Emilianus  de  re  rusliea.  cum  Catone,  Varrone  et 
Columella.  Parisiis,  1341).  fol. 
de  Un.  de  iiisiliouc.  Ilud. 

pi.  pnefationes. 

Pan.  H.  Panegirici  vetercs  opéra  et  studio  Jacobi  de  la  Baune  S.  J.  editi.  Paiïsiis, 

1676.  -4°. 
Pu»,  voi.  Pancneticorum  veterum  pars  prima.  Tnsula;  (seu  Gcneva*),  1604.  4°. 

not.  Melchioris  Goldasli  nota!.  Ibid. 

l'asij.rocH.i.i.  c.  i.  Etienne  Pasquier,  les  reeherehes  de  la  France,  livre  I.  cliap.  I.  A  Paris, 

1683.  fol. 
l'aul.  app.  Ad  S.  Paulini  Nolensis  episcopi  opéra  appendix,  loin.  2.  ejusdem  operum. 

Parisiis,  1083.  -4°. 
car.  io.  carmin  10.  ejnsdem,  tom.  1.  Ibidem. 

liss.  3.  dissertatio  3.  Editons,  et  sic  de  ca'tcris,  tom.  2. 

op.  1.  cpistola  1.  et  sic  de  céleris,  tom.  I. 

not.  i.  nota,  seu  observatio  1.  et  sic  de  caiteris,  tom.  2. 

vit.  c  i.  vita  ex  ipsius  Sancti  Paulini  et  veterum  Scriptorum  operibus  concinnata  a 

Domino  le  Brun  Editore,  tom.  2. 
l'aul.  iii.  Pétri  Francisci  Chiflletii  Paulinus  illustratus.  Divione,  1662.  4°. 

Paul.  euch.  Paulini  [Pœnitentis  diclij  eucharisticon  Deo,  ad  calccm  Paulini  Petrocbrii 

poëmatum.  Lipsiœ,  1686.  8°. 
not.  nota;  in  id  opus. 

Paul.  vil.  Mai.        Paulini  Petrocorii  vita  S.  Martini  Turoncnsis  versibus  exarata.  Lipsia-, 
1686.  8°. 
Jenep.  de  visitatione  nepotuli  sui,  ad  calcem  operis  praced 

noi.  notae  Francisci  Jureti.  Ibid. 

pr.  prafationes,  seu  prolegomena. 

Pct.ciuy.  ser.136.  S.  Pétri  Chrysologi  Archiepiscopi  Ravennalis  sermo  136.  in  tomo  7.  biblio- 

thec.  Patrum  Lug.  1677.  fol. 
Peir.  Dia.  vir.  ill.   Pétri  Diaconi  Monachi  et  Bibliotheearii  Cassinensis  de  viris  illustribus,  in 

hibliotheca  ecclesiastica,  Hamburgi.  1718.  fol. 
l'i'z,  anec.i.  i.  pi.   Domini  Bernardi  Pez  prafatio  in  primum  tomum  thesauri  anecdotorum.  Au- 

gusta;  vindclicorum,  1721.  fol. 
Piiiiost.  i.  ti.         Philostorgii  historia  ecclesiastica,  lib.  11.  una  cum  Theodoreto  et  aliis.  Pari- 
siis, 1673.  fol. 
Phot.  c.  80.  Photii  myriobiblon,  seu  bibliotheca,  codice  80.  et  sic  de  eœteris  Rotouiagi. 

1633.  fol. 
Poê,  lat.  eor.  Corpus  ommium  veterum  poëtarum  latinorum,  etc.  Geneva;,  1627.  4°. 

Pom.  vit.  con.  Li.  Juliani  Pomeri  de  vita  contemplativa  lib.  I.  et  sic  de  cœteris,  in  appendice 
operum  S.  Prosperi  Aquitani.  Parisiis,  1711.  fol. 
t»  •  pnefationes,  seu  prologi. 

ft»d.  i.  i.  Pra'dcstinatus  ,     sive    pra;destinatorum     hieresis  ,     in    tomo    27.   biblio 

thcca-   Patrum.    Lug.    1677.   fol.    L'bi    vero   additur    S.   indigilat  edi- 
tionem  Sirmundi,  inler  ejusdem  opéra  varia,  tomo  1.  Parisiis,    1606 
fol. 


DES     CITATIONS.  xxix 

hœr.  m  hœresis  45. 

pr.  Sirmundi  praefatio. 

Pr°s-  S.  Prosperi  Aquitani  opéra.  Parisiis,  1711.  fol.  Sic  autem  citantur  : 

adm.  admonitio  in  fronte  appendicis  ad  ejusd.  opéra.- 

app-  appendix  ad  calcem. 

appr-  approbation  de  M.  Godeau  à  la  tête  de  la  Traduction  françoise  du  Poëme 
contre  les  Ingrats.  A  Paris,  1647.  4°. 

«Tantp.  avant-propos,  ou  préface  de  M.  de  Sacy  sur  sa  Traduction  françoise  du 
même  Poème. 

chr-  chronicum  inter  ejusdem  opéra,  ut  supra. 

ta  CoU-  contra  Collatorem.  Ibid. 

Conf-  confessio  quae  dicitur  Prosperi.  Ibid. 

ad  Gaii.  responsiones  ad  capitula  objectionum  Gallorum.  Ibid. 

»d  G«n-  ad  excerpta  Genuensium.  Ibid. 

eP'-  epigrammata. 

*•  ing.  carmen  de  ingratis. 

obj.  yin.  responsiones  ad  objectiones  Vincentianas. 

Pr-  praefationes,  seu  prologi. 

de  prov.  de  providentia  divina. 

ta  p».  Commentarius  in  psalmos. 

ad  Rnf.  epistola  ad  Rufinum. 

•*•  vita  in  fronte  ejusdem  operum. 

de  voc.  1. 1.  c.  i.  de  vocatione  gentium  lib.  1 .  cap.  4 .  et  sic  de  caeteris,  in  appendice. 

ad  m.  poëma  conjugis  ad  uxorem.  Ibid. 

Pros.  t.  chr.  Prosperi  Tironis  chronicon,  in  appendice  operum  S.  Prosperi  Aquitani.  Pari- 
siis, 1711.  fol. 

Prud.  in  Sym.  Aurelii  Prudentii  démentis  in  Symmachum,  ad  calcem  ejusd.  Symmachi 
epistolarum.  Paris.  1580.  4°. 

Q. 

Quenst.  Johannis  Andréa;  Quenstedt  dialogus  de  patriis  illustrium  doctrina  et  scriptis 

virorum.  Wittebergae,  1691.  4°. 
Quint,  deci.  pr.  P.   Pétri  Pithœi  praefatio  in  declamationes  M.  Fabii  Quintiliani,  inter  ejusdem 

Pithœi  opuscula.  Parisiis,  1609.  4°. 
inst.  or.  i.  9.c.  Quintiliani  de  oratoria  institutione  liber  9.  cap.  2.  et  sic  de  caeteris.  Parisiis, 
s.  1725.  fol. 

R. 

Ray.  t.  8.  Theophili  Raynaudi  Theologi  S.  J.  tomus  octavus.  Lugduni,  1665.  fo.. 

Riv.  crit.  1. 1.  c.  7.  André»  Riveti  Critici  sacri  spécimen,  1.  1.  c.  7.  et  sic  de  caeteris.  Sine 

chronicis  notis.  12°. 
Rosw.  vit.  pp.       Heriberti  Rosweidi  vitae  Patrum.  An'tuerpiae,  1628.  fol. 

pr.  prolegomena. 

Ruf.  1. 1.  c.  3i.      Rufini  Aquileiensis  historia  ecclesiastica.  Antuerpiae,  1548.  fol. 
Rnr.  1. 1.  ep.  8.     S.  Ruricii  Lemoviceni  episcopi  liber  1:  epist.  8.  et  sic  de  caeteris,  in  biblio- 

theca  Patrum,  tom.  8.  Lugduni,  1677.  fol. 
Rut.  it.  i.  i.«v.  ao.  Claudii  Rutilii  Numatiani  Galli  itinerarium,  Ub.  1.  vei's.  20.  et  sic  decael. 
Amstelodami,  1687.  16°. 
noi.  notae  variorum  in  eumdem. 

3 


xx\  T  A  It  I.  E 


Ssiv.  in  m.         Salviani  Massilicnsis  advcrsus  avariliam.  eum  ca'leris  ejusdcm  opcribus.  IV 
risiis,  1686.  H°. 
ep.  i.  epistola  [trima,  et  sic  de  rxteris.  Il)iil. 

gub.  i.  i.  de  gubcmalione  i)ei  lit»,  i.  et  sic  de  ea't.  Ibid. 

not.  nota-  Stephani  Baluzii  ad  ealceai  opcris. 

pr.  pnr-fatio  Baluzii. 

pr.  P.  pnefatio  in  Ironie  editionis  Pitliœana'.  Parisiis,  1880.  8°. 

Sav.  in  Sid.  Commentarius  Joliannis  Savaronis  in  Sidonium  ima  eum  ejusdem  Sidonii 

textu.  Paris.  100!).  4". 
Sm.  vat.hu.  Scripta  velennn  litina  de  i  na  persona  et  duabus  naturis  Domini  et  Scrvaloris 

nostri  J.  C.  advcrsus  Neslorium,  Kulicliem,  etc.  Tiguri.  1871.  loi. 
Sid.  car.  i.  GaiiSollii ApollinarisSidonii  Arvcrnorum  episeopi  carmen  1.  et  sic  de  MrtcW«, 

intcr  ejusdem  opéra.  Parisiis,  1600.  4".  Uni  vero  S.  additur  hoc  modo  : 
Sid.  S.  :  Sirniundi  désignai  edilionem,  qui  haltetur  inler  ejusdem  opéra 
varia,  tom.  1.  Pariais,  1<>!>(>.  loi. 
i.  i.  ep  ».  liber.  \.  epistola  1.  et  sic 'de  ca'.teris.  Ibid. 

noi.  note  aut  Savaronis  aut  Sirniundi. 

pr.  prélatin,  seu  veterum  elogia. 

vii.  ii Sav.  vita  à  Johanne  Savarone  conririnata. 

vil.  ;i   Sir.  VÎtîl  à  JaCOllO  Sil'lll:  UllO. 

Si(îL'l>.  «ni.  ceci.       Sigeberti  Monaebi  (lemblarcnsis  de  Scriploril)us  Kcelesiaslicis  liber,  ni  b.- 

bliotheea  ecelesiaslica.  Harabuxgi,  171  S.  loi. 
Siml.  Josi.-e  Simleri  Tigurini  bibliolii.ca   inslilula  et  collecta  prinium  à  Conradn 

Gesnero,  Tiguri,  1571.  Col. 
Sir.  i.  i.  Jacobi  Sirniundi  S.  J.  presbyteri  opéra  varia,  etc.  loin.  1.  Parisiis.  10f'(!.  loi. 

in  Avit.  nota;  in  Avitum,  tom.  2. 

in  su.  nota;  in  epislolas  el  carmina  Apollinaris  Sidonii.  11. 

Six.  bii>.  i.  i.        S  xii  Senensis  Iribliolhccae  sacra  liber  t.  Lngduui,  I57S.  loi. 
S.«.  I.  !).  llcrnuic  Sozomeni  bislori.r  ecelesiaslica' liber  9.  cl  sic  de  ca-leris,   una  cnm 

Socrale.  Parisiis.  KiiiS.  loi. 
Spic  t.  a.  Spirilegium  veterum  aliijuot  Scriptorum,  etc.  a  Domino  Luea  Daeherio, 

tom.  3.  Parisiis,  105!).  i". 
i.  t.  loin.  i.  Ibid.  1681.  i". 

t.  5.  tom.  B.  Ilud.  1681.  i". 

pr.  pra'falio  ad  liiiuc  lomiiiu. 

i.7.  loin.  7.  Ibid.  1CG0.  i". 

i.  io.  loin.  10.  Ibid.  1071    4». 

i.  m.  ton.  12.  Ibid.  1673.  4". 

f.  ia.  loin.  I,i.  Ibid.  1077.  '.". 

app.  appendix  ad  lumc  lomum. 

Suid.  a.  Suii!a'  lexico!)  gravn  lalinnin  ad  lileram  a,  et  sic  de  ra'teris.    Canhbrigi.v, 

1703.  3.  vol.  fol. 
Sui.  ati.Aur.         Sulpilii  Severi  presbytéri  epistola  ad  Aurelium,  inter  ejusdem  opéra,  eum 
leetissimis  commentariis  Gcorgil  llornii.  Amstclodani.  1688.  8". 
ad  lias».  ad  Bassulam  soeruin  snain  epistola.  Ibid. 


I)  K  S     CIT  A  T  i  0  N  S.  xxxi 

mtcttm  ;kI  Glaudiam  sororem  suam  epistola,  in  tomo  t.  miseellaneorum  Balu/ii. 

l'arisiis,  UiïH.  8°. 

■'•a-  l.  dialogus  1.  et  sic  de  2.  et  3.  inler  ejusdem  opéra,  ubi  supra. 

'■l'-'ii'ii.  cpistolii  dedieatoria  Ediloris.  Ibid. 

ad.  Rua.  ad  Eusebium  prcshylcnuu  epistola.  Ibid. 

Hat.  i.  I.  histori.r  sacne  liber  i.  et  sic  de  2.  Iltid. 

i»--  pnriaiio,  son  protogome».  Ibid. 

vit.  m.  viia  S.  M l'tini  Turonensis  episcopi. 

Sur.  M  api .  Laurent»  Suiïi  Carthusiani  de  probatis  Sanctornm  historiis.  etc.  ad  dieni 

22  Aprilis  et  sic  de  eneteris  diebus.  Colonia;  Àgrippiiue,  li»71-tî»7G.  fol. 

M.  Aug.  iiie  22.  Augusti,  et  sic  de  caetera. 

i"  J  i»  die  IG.  Januarii,  et  sic  de  art. 

3i.  J«ii  die  31.  Julii,  et  sic  de  «taris. 

*i-  Jun.  die  22.  Junii.  et  sic  de  cseteris. 

20.  Mai.  die  2!).  Maii,  et  sic  de  i -cteris. 

ii.  Nov.  die  12.  Novembris,  et  sic  de  «et. 

2.  Se|.t.  die  2.  Scptembris,  et  sic  de  ca,'t. 

s>u.  |.,r.  du.        Syllabns  IMct  arum  rhristianoram  veterum  et  eorum  editionum.  pnclixus  ope- 

ribns  Paulini  Petrocorii  a  christiano  D.iumio.  Lipsiœ.  168(î.  12°. 
s>n>.  i.  i.ep.  s       Q.  Aurelii  Synini ubi  V.  G.  lilter  1.  epistola  8.  et  sic  de  caîteris.  Parisiis. 
IGOi.  i". 

misai.  niiscellanea  el  nota  ad  epistolis  ejusdem  Symmachi.  Ibid. 


Tin.  i:>ti|>.  i.  ->.      M.  de  Tillcniont,  histoire  des  Empereurs  et  des  autres  Princes  qui  ont  rogné 

dunnt  les  six  premiers  s:ëcles  de  l'Eglise,  etc.  tom.  2.  et  ainsi  des  autres. 

A  Paris,  Kî!)l-I7lli.  i". 
n.  K.  i.  a.  Mémoires  pour  servir  à  l'Histoire  Ecclésiastique  des  six  premiers  siècles,  etc. 

toise  3.  ei  ainsi  des  autres.  A  Paris,  JG'Ji-1712. 
Tuiii.  scri.  n  cl.       Joliaiinis  Trilbcniii  Aiib :il  s  Bpanhemensis  liber  de  eeclesiasticis  Scriptoribus, 

in  bibliollieca  ecclrsiastica.  ftnmbarp,  1718.  fol. 

V. 

Val.  nui.  o.iii.         Hadriani  Valesii  nolilia  Galliarum.  ele.  Paris,  107.').  loi. 
V:.!,r  ci.  S.  Valeriani  episcopi  Geniclieiisis  epistola,    cuni  hoiniliis  ejusdem.  Parisiis, 

I(ii2.  12". 
hom.  Iiomilix,  ibid. 

cil.  Meleliioris  Goldasti  eollectanea  in  sermonem  de  bono  disciplina!.  1601.  12". 

i„.  Sirmundi  pnetatio  in  fronle  liomiliarum  S.  Valeriani,  ol»i  supra. 

l)r.  ±.  ejusdem  Sirmundi  pnefâtio  altéra,  in  tomo  1.  varioriim  ejusdem  operum. 

Parisiis.  l(i!)(>.  fol. 
Ifih.  t.  (i.  Eerdinandi   Ughelli   Florentini   llalii   sacra,   sive  de  episcopis  Etatise,  etc. 

loin.  (i.  lUmi:c,  ititSD.  fol. 
Vkt.  eau.  i*;.s.        Vietorii  Aquitain  Ganon  paschalis  cum  Bucherii  commentario.  Antuerpi;e. 
1644.  fol. 
in.  prxfatio,  seu  proiegomena. 


xxxii  TABLE  DES  CITATIONS. 

Vig-Mar.  t.  2.        Vigneul  Marville,  mélanges  d'histoire  et  de  literature,  tom.  2.  À  Rouen, 

4700.  12». 
Vin.  in  Ans.  |.  40.  Eliae  Vineti  coramentarius  in  Ausonium  §.  40.  et  sic  de  caeteris,  una  cum 

textu  Ausonii.  Bnrdigalœ,  1590.  4°. 
Vinc.  Lir.  Vincentii  Lirinensis  commonitorium,  ad  calcem  Salviani  Massiliensis  operum. 

Parisiis,  1684.  8°. 

nota;  Steph.  Baluzii,  ad  calcem  operis. 
Joh.  Ludovici  Vivis  de  ratione  dicendi,  inter  ejusd.  opéra,  tom.  2.  Basil., 
1555.  fol. 

de  ratione  studii  puerilis.  Ibid. 
Gerardi  Johannis  Vossii  de  arte  grammatica  liber.  Amstelodarai,  1695.  fol. 
de  artium  et  scientiarum  natura.  Ibid.  1696.  fol. 
de  Historicis  latinis.  Ibid.  1697.  fol. 

historiae  de  controversiis  quas  Pelagius,  ejasque  reliquise  moverunt,  li- 
bri  7.  Ibid.  1655.  4». 

de  Poëtis  latinis,  cum  Poëtis  grs.  Ibid.  1696.  fol. 
Uranii  presbyteri  epistola  ad  Pacatum  de  obitu  S.  Paulini  episcopi  Nolani,  in 
tomo  2.  operum  ejusdem.  Parisiis,  1586.  4°. 
pr  praefatio. 

z. 

Zos.  i.  «.  Zosimi  comitis  historiarum  liber  6.  et  sic  de  cseteris,  in  historia  augusta. 

Francofurdi,  1590.  fol. 


not. 

Viv.  de  rat.  die. 

de  rat.  stad. 

Voss.  art.  gr. 

art.  nat. 

Hist.  lat. 

hist.  Pel. 

Poe.  lat. 

Uran. 

FIN   DE  LA  TABLE  DES  CITATIONS. 


HISTOIRE 

LITERAIRE 

DE  LA  FRANCE 

CINQUIEME   SIECLE 

ETAT  DES  LE  TRES  DANS  LES  GAULES 

en  ce  Siècle. 


Tous  les  temps  n'ont  pas  été  également  heureux  pour 
les  letres  dans  nos  Gaules,  non  plus  qu'ailleurs.  Si 
elles  y  ont  fait  d'illustres  progrès  durant  les  siècles  pré- 
cédens ,  elles  y  ont  été  sujettes  aussi  à  de  fâcheuses  dé- 
cadences dans  les  siècles  qui  vont  suivre.  Nous  en 
verrons  de  tristes  preuves,  avant  que  de  sortir  de  l'Histoire  de 
celui-ci.  Telle  est  la  condition  des  meilleures  choses  qui  dépen- 

Tome  II.  A 

3   * 


S36 


2  ETAT  DES  LETRES 

dent  des  hommes.  Il  est  presque  impossible  qu'elles  ne  se  sen- 
tent de  leur  inconstance,  et  qu'elles  ne  soient  enveloppées  dans 
les  révolutions  que  causent  la  suite  des  temps,  et  les  divers  éve- 
nemens  de  la  vie  ;  les  Sciences,  quoique  très-utiles,  disons 
çl  m. ad  iap.,  p.  même,  très-nécessaires  à  l'homme  ,  'comme  servant  à  l'élever 
au-dessus  de  l'état  des  bêtes,  n'ont  encore  pu  se  soustraire  nulle 
partauxloixfatalesdel'affoiblissementetde  l'altération.  Nul  pais 
jusqu'ici  ne  se  peut  vanter  d'avoir  trouvé  le  secret  de  les  en  af- 
franchir ;  et  il  ne  faut  pas  se  dater  que  nos  Gaules  aient  eu  un 
privilège,  qui  n'a  été  accordé  ni  à  la  Grèce,  ni  à  Home ,  ces 
mères  célèbres  des  Sciences  et  des  beaux  Arts. 

II.  Mais  quoique  ce  siècle  soit  la  première  époque  bien  sen- 
sible de  la  décadence  des  letres  dans  les  Gaules,  elles  n'ont 
pas  laissé  de  produire  encore  durant  ce  temps-là  un  très- 
grand  nombre  de  Soavans  de  tous  les  ordres.  On  y  a  vu  en- 
core, comme  auparavant ,  quantité  de  Théologiens,  de  Phi- 
losophes, de  Mathématiciens,  d'Historiens,  de  Poètes,  d'O- 
rateurs, d'hommes  versés  en  toute  sorte  d'érudition  sacrée  et 
profane.  On  y  a  fait  encore,  comme  auparavant ,  une  infi- 
nité d'Ouvrages  en  tout  genre  de  litérature,  qui  à  la  vérité 
ne  sont  pas  tous  venus  jusqu'à  nous;  mais  ce  qu'on  en  sçait, 
suffit  avec  ceux  qui  nous  restent ,  pour  juger  de  la  fécondité 
de  ce  siècle  en  gens  de  lelres  et  en  beaux  esprits.  De  même , 
lorsqu'il  y  a  paru  quelque  erreur,  soit  qu'elle  ait  pris  naissance 
dans  le  sein  même  des  Gaules,  soit  qu'on  l'y  ait  apportée  des 
pais  ou  voisins  ou  éloignés,  on  y  a  continué  de  la  combattre 
aussi-tôt  avec  zélé,  et  toujours  avec  avantage.  Nous  mar- 
quons celle  parlicularilé  de  l'Histoire  comme  essentielle  à  no- 
tre sujet;  puisqu'elle  nous  fournit  une  preuve  solide  que 
l'ignorance  à  la  faveur  de  laquelle  l'erreur  se  glisse ,  se  répand 
et  s'accrédite,  n'avoit  pas  encore  pris  tout-à-fait  la  place  de  la 
science  et  de  l'érudition.  En  un  mot,  si  nos  Gaulois  de  ce 
siècle  ne  méritent  pas  qu'on  leur  attribue  la  gloire  d'avoir  dé- 
tourné le  torrent  de  la  Barbarie  qui  a  inondé  tout  leur  pais, 
on  ne  peut  au  moins  leur  refuser  la  justice  dédire  à  leur  louan- 
ge, qu'ils  ont  opposé  quelques  efforts ,  et  mis  pour  un  temps 
quelques  barrières  à  l'impétuosité  de  son  cours.  Entrons  dans 
le  détail ,  et  distinguons  dans  ce  siècle  même  les  temps  les  uns 
des  autres. 

III.  Il  est  certain  que  durant  les  premières  années,  que 


DANS  LES  GAULES.  IV  SIECLE.  3 

nous  pouvons  étendre  jusques  vers  le  milieu  du  siècle  ,  les 
letres  ne  paroissent  pas  être  considérablement  déchues  dans 
nos  Gaules  de  cette  grande  réputation  où  nous  les  avons  vues 
au  siècle  précédent  :  comme  l'on  y  avoit  encore  et  la  même 
liberté  et  les  mêmes  motifs  pour  les  attirer,  l'on  y  apportoit 
aussi  la  même  application,  et  l'on  y  avoit  le  même  succès. 
Entre  les  divers  moïens  que  l'on  y  emploïoit,  les  plus  ordi- 
naires* étoient  les  Ecoles  publiques  où  l'on  enseignoit  tou- 
tes les  sciences  dont  les  Romains  faisoient  profession.  Il  y 
avoit  de  ces  Ecoles  établies  presque  dans  toutes  les  princi- 
pales villes  des  Gaules,  comme  nous  l'avons  montré;  et  elles  y 
subsistèrent  avec  éclat  jusqu'à  ce  que  les  Barbares  s'élant  ren- 
dus maîtres  du  pais,  le  réduisirent  en  servitude,  et  y  firent  tom- 
ber le  goût  pour  les  letres  ave  la  politesse  de  ceux  qui  les  culti- 
voient.  Alors  en  y  établissant  une  nouvelle  domination ,  ils  y 
établirent  aussi  des  mœurs  étrangères. 

IV.  Jusques-là  nos  Gaulois  eurent  une  pleine  liberté  de 
continuer  la  pratique  d'un  autre  moïen,  qu'ils  emploïoient 
pour  se  perfectionner  dans  les  sciences.  Ç'étoit  de  fréquen- 
ter les  Ecoles  des  pais  étrangers  qui  avoient  le  plus  de  répu- 
tation pour  les  belles  connoissances,  et  le  goût  le  plus  fin 
pour  la  belle  literature.  'Lors  donc  qu'ils  avoient  fait  leurs  Hier. ep. 95. p. 771. 1 
études  dans  leur  pais,  où  selon  le  témoignage  de  S.  Jérôme,  ^ï.iiftî'&ifî.' 
elles   étoient  très-ilorissantes ,  ils  alloient  ordinairement  à  *■    1  '■  "i  i*89, 
Rome,  tant  pour  se  perfectionner  dans  la  science  du  Droit,  «.  ».  Ijum.  **' 
en  fréquentant   le  Barreau,  que   pour  polir  leur  éloquen- 
ce ,  en  modérant  par  la  gravité  Romaine  ce  qu'ils  avoient 
naturellement  ou  de  trop  abondant,  ou  de  trop  diffus.  C'est 
ce  que  firent  en  ce  siècle  un  très-grand  nombre  de  jeunes 
Gaulois  d'entre  la  noblesse.   Nous   ne  nommerons  ici   que 
Protade ,  Minerve  et  Florentin  ses  frères,  S.  Germain  de- 

Euis  Evêque  d'Auxerre,  S.  Rustique,  qui  le  fut  de  Nar- 
one  dans  la  suite,  le  Poète  Rutilius,  Pallade  son  parent  ; 
et  ceux-ci  suffisent  pour  nous  assurer  de  ce  que  firent  les 
autres.  On  verra  dans  leurs  éloges  combien  ils  ont  fait  d'hon- 
neur à  leur  nation  dans  cette  capitale  de  l'Empire.  Il  fallait 
qu'ils  s'y  distinguassent  bien  éminemment  au-dessus  des  au- 
tres étrangers  et  des  naturels  du  pais  ;  puisque  très-souvent 
on  les  choisissoit  préférablement  à  tous  les  autres,  pour  y  rem- 
plir les  chaires  d'éloquence,  et  y  exercer  les  premières  charges 
qui  demandoient  un  scavoir  au-dessus  du  commun. 

Aij 


4  ETAT  DES  LETRES 

V.  Non-seulement  nos  Gaulois  alloient  fréquenter  les 
Ecoles  de  Rome,  mais  ils  entretenoient  encore  d'étroites 
liaisons  de  literature  dans  les  autres  pais  beaucoup  plus  éloi- 
gnés, où  il  se  trouvoit  des  gens  célèbres  pour  l'érudition. 
L'Afrique ,  la  Palestine ,  la  Campanie ,  possédoient  alors  les 
trois  plus  grandes  lumières  qui  fussent  dans  l'Eglise,  S.  Au- 

?;ustin ,  S.  Jérôme  et  S.  Paulin  de  Noie.  Ils  étoient  comme 
es  trois  Oracles  des  Chrétiens  au  commencement  de  ce  siè- 
cle. Nos  Gaulois  furent  de  ceux  qui  témoignèrent  et  plus 
•    d'émulation  pour  les  consulter,  et  plus  d'empressement  pour 
profiter  de  leus  doctes  avis.  Ni  le  trajet  des  mers,  ni  les  au- 
tres difficultés  des  chemins  n'étoient  point  capables  de  for- 
mer des  obstacles  à  leur  juste  zélé,  et  de  les  empêcher  de  s'ins- 
truire auprès  de  ces  grands  hommes.  Non  contens  de  les  en- 
mer,  ep. 89. p. 7».  tretenir  par  letres,  'ils  alloient  fort  souvent  eux-mêmes  en 
i  îug  Diplas6n' *'.  personne  jouir  de  leurs  sçavantes  conversations.   Sans  en- 
io.  treprendre  une  exacte  énumération  de  tous  ceux  qui  par  leurs 

letres  ou  par  leurs  voïages  ont  entretenu  ces  nobles  liaisons , 
nous  pouvons  nommer  S.  .Rustique  de  Narbone  ,  qui  revient 
ici  sur  les  rangs,  un  autre  Rustique  différent  de  cet  Evêque,  S. 
Delphin  de  Rourdeaux,  S.  Amand  son  successeur,  S.  Severe 
Sulpice,  S.  Prosper,  Hilaire  son  collègue  dans  la  défense  de  la 
Grâce  de  J.  C.  les  Prêtres  Didier,  Ripaire,  Posthumien,  les 
Moines  Alexandre ,  Minerve  ou  Minere ,  le  Poêle  Sanctus, 
Dardane  Préfet  des  Gaules.  Ici  il  faut  se  rappellerle  grand  nom- 
bre de  letres  aussi  édifiantes  qu'instructives,  et  les  autres  écrits 
sur  des  matières  ou  de  pieté  ou  de  controverse ,  et  sur  l'Ecri- 
ture Sainte,  auxquels  cet  heureux  commerce  de  nos  Gaules  a 
donné  ou  le  jour,  ou  l'ocasion  de  les  produire  au  jour. 

VI.  Il  n'étoit  pas  jusqu'au  sexe  le  moins  letré  qui  ne  vou- 
lût entrer  pour  quelque  chose  dans  un  commerce  qui  avoit 
des  suites  si  avantageuses.  Comme  l'étude  et  le  goût  pour  l'E- 
criture Sainte  regnoit  alors  parmi  les  Fidèles  de  l'Eglise  des 
Gaules,  et  que  les  femmes,  ainsi  que  les  autres,  s'y  appliquoient 
avec  un  grand  zélé  ;  celles  qui  y  Irouvoient  des  difficultés 
avoient  ordinairement  recours  à  S.  Jérôme  pour  en  avoir  l'ex- 
plication. Nous  en  avons  entr'aulres  deux  illustres  exemples 
dans  Hedibie  et  Algasie,  deux  dames  Gauloises  célèbres  dans 
l'Histoire.  Nous  saisissons  l'ocasion  d'en  parler,  parce  qu'elle 

Hier. ad.,  lied.,  P.  ne  se  présentera  plus  dans  la  suite.  'Hedibie  étoit  descendue 
de  Patére  et  de  Delphide,  ces  célèbres  Orateurs  de  it  nous 


DANS  LES   GAULES.   V  SIECLE.  5 

avons  parlé  sur  le  IV  siècle.  S.  Jérôme  ne  la  connoissoit  pas 
personnellement;  mais  il  n'ignoroit  pas  l'ardeur  de  sa  foi, 
quoiqu'elle  demeurât  à  l'extrémité  des  Gaules ,  '  peut-être  à  tiii.  h.  e.,  t.  «., 
Baïeux,  dont  on  croit  que  sa  famille  étoit  originaire.  "Elle  en-  «Hier,  ad  Aig.,  p. 
voïa  en  une  seule  fois  au  S.  Docteur  douze  questions,  parle  186- 
moïen  d'un  homme  de  Dieu  nommé  Apodéme,  oui  étant 
parti  des  derniers  confins  des  Gaules  et  des  bords  de  l'Océan , 
alloit  le  trouver  à  Bethléem.  '  La  première  de  ces  douze  ques-  Ad  Hed.iiiM. 
tions  est  pour  sçavoir  comment  on  peut  être  parfait,  et  quelle 
conduite  doit  tenir  une  veuve  qui  n'a  point  d'enfans.  Les  au- 
tres questions  regardent  d'autres  matières,  et  la  plupart  la  dif- 
ficulté qu'il  y  a  d'accorder  les  Evangelistes  sur  le  sujet  de  la 
résurrection  de  J.  C. 

VIL  'Ce   fut  par   le  même   Apodéme    qu'Algasie,  qui  Ad  ai*. 
semble  avoir  fait  alors  sa  demeure  vers  Cahors,  proposa 
aussi  à  S.  Jérôme  onze  autres  questions  sur  divers  endroits  de 
l'Evangile  et  de  S.   Paul.  Algasie  avoit  la  réputation  d'une 
personne  éminente  en  piété.   Elle  étoit  à  Dieu  de  tout  son 
cœur,  et  le  péché  ne  regnoit  point  en  elle.  '  S.  Jérôme ,  qui  ibid.  |  ad  Hed. 
étoit  toujours  charitablement  disposé  à  aider  les  pieux  efforts 
du  sexe  dévot,  répondit  aux  dames   Gauloises   séparément 
par  deux  sçavantes  letres,  qui  pourroient  passer  pour  des 
traités  entiers.  '  Quoique  ses  réponses  soient  fort  justes  et  Dupin,  bu»,  t.  3. 
fort  instructives,  "le  Saint  ne  laisse   pas  de  renvoïer   ces  ? H*'r ; ^  Alg 
deux  Dames ,  pour  avoir  de    plus  amples  éclaircissemens , 
à  son   Commentaire   sur   S.    Mathieu ,  '  et  à  divers  autres  Ad.  Hed. 
de   ses    Ouvrages.  '  Il  renvoie   Algasie   en    particulier    au  Ad.Aig. 
Prêtre   Alethe  depuis   Evêque  de   Cahors ,    afin    d'en  tirer 
des  réponses  de   vive  voix.  Presqu'en  même  temps  'il  en-  in  zach.  p.,  p. 
voïa  dans  les  Gaules  par   le  Moine   Sisinne  qui  étoit  allé  p^'oe.1" Mal'  pr" 
le  visiter ,  ses  Commentaires  sur  les  Prophètes  Zacharie  et 
Malachie ,  qu'il  dédia  l'un  ù  S.  Exupere  Evêque  de  Toulou- 
se ,  et  l'autre  aux  deux  serviteurs  de  Dieu  Alexandre  et  Mi- 
nerve. 

VIII.  Ce  zélé  et  cette  application  à  cultiver  les  letres 
dans  nos  Gaules ,  les  y  conservèrent  presque  dans  tout  leur 
ancien  lustre  durant  les  premières  années  de  ce  siècle.  C'est 
de  quoi  nous  fournissent  des  preuves  incontestables  les  mo- 
numens  précieux  qui  nous  restent  de  ce  temps-là.  Tels  sont  les 
écrits  de  S.  Severe  Sulpice ,  de  S.  Hilaire  d'Arles ,  de  S.  Eu- 
cher,  de   S.  Prosper,  de   Salvien,  de   Vincent  de  Lerins , 


G  ETAT  DES  LETRES 

de  Cassien,  particulièrement  son  traité  sur  l'Incarnation.  On 
voit  par  ces  écrits,  que  la  langue  latine  qui  en  ce  siècle ,  com- 
me dans  ceux  qui  l'ont  précédé,  étoit  la  langue  vulgaire  de 
nos  Gaulois ,  retenoit  encore  ses  principales  beautés ,  et  que 
le  bon  goût  pour  la  belle  éloquence  n'étoit  pas  encore  en- 
tièrement tombé  parmi  eux.  On  y  voit  aussi  avec  quelle  po- 
litesse ils  écrivoient  l'Histoire ,  et  qu'ils  possédoient  encore 
dans  toute  sa  perfection  la  véritable  manière  de  traiter  la 
Théologie ,  en  la  puisant  dans  ses  seules  et  véritables  sour- 
ces, qui  sont  l'Ecriture  et  la  Tradition  :  manière  qui  a  mérité 
depuis  de  servir  de  modèle  dans  les  siècles  les  plus  éclairés, 
et  d'un  goût  le  plus  exquis  pour  les  hautes  Sciences.  De  mê- 
me, le  peu  de  pièces  de  poésie  qui  nous  reste  du  commen- 
cement de  ce  Y  siècle,  comme  le  Poëme  d'un  mari  à  sa  fem- 
me ,  composé  certainement  par  un  Gaulois  ;  le  Poëme  sur  la 
Providence ,  attribué  avec  le  précédent  à  S.  Prosper ,  mais 
sans  raison  ;  le  poëme  incomparable  de  celui-ci  contre  les  in- 
grats; celui  du  Poëte  Rutilius  sur  son  retour  de  Rome  dans 
les  Gaules  sa  patrie  :  ce  peu  de  pièces ,  dis-je,  nous  fait  voir 
que  la  poésie  conservoit  encore  alors  parmi  nos  Gaulois  pres- 
v.,  ep.  i de  rat.  que  toute  son  élévation,  et  toute  son  élégance.  'Un  célè- 
bre Critique  ne  fait  pas  même  difficulté  de  soutenir  que  certains 
endroits  de  ces  Poërnes  approchent  de  la  beauté  et  de  la  poli- 
tesse de  ceux  des  Anciens ,  et  que  quelques  autres  vont  même 
jusqu'à  les  éclipser. 

IX.  Il  y  a  toujours  eu,  et  il  y  aura  toujours  une  grande 
connexion  entre  la  Science  et  la  conservation  de  la  doctrine 
de  l'Eglise.  Celle-ci  sur  tout  dépend  de  l'autre  autant  que  de 
toute  autre  chose.  Plus  on  est  instruit,  plus  on  est  en  état  de 
veiller  à  la  conservation  de  ce  dépôt  sacré,  et  de  s'opposer  à  l'er- 
reur qui  voudroitou  l'enlever  ou  le  corrompre.  Au  contraire 
plus  l'ignorance  est  grande ,  moins  l'erreur  trouve  d'opposition, 
et  plus  elle  fait  de  progrès.  Nous  avons  déjà  vu  de  quelle 
utilité  fut  dans  ces  conjonctures  la  science  de  nos  Gaulois 
contre  les  hérésies  des  Donatistes,  des  Ariens,  desPriscillianistes 
et  des  Ithaciens  au  IV  siècle.  En  celui-ci  elle  ne  fut  pas  moins 
utile  à  l'Eglise  contre  les  autres  hérésies  qui  s'élevèrent ,  soit 
dans  nos  Gaules ,  soit  ailleurs.  Il  semble  même  que  Dieu 
y  conserva  les  Sciences  dans  un  état  encore  si  florissant ,  par- 
ticulièrement à  dessein  d'y  former  de  zélés  défenseurs  pour  les 
combattre. 


u.t 


DANS  LES  GAULES.    V  SIECLE.  7 

X.  La  première  qui  osa  se  montrer,  fut  celle  de  Pelage. 
Quoiqu'elle  ne  parût  pas  d'abord  dans  les  Gaules ,  nos  Gau- 
lois eurent  néanmoins  la  gloire  d'être  des  premiers  qui  l'atta- 
quèrent de  front.  '  Deux  de  leurs  Evêques ,  S.  Héros  d'Ar-  Aug.,  ep.  m,  n.i, 
les,  et  Lazare  d'Aix ,  tous  deux  injustement  déposés  de  l'é-  not" 
piscopat ,  et  chassés  de  leurs  sièges ,  se  trouvèrent  par  une 
providence  particulière  en  Palestine,  où   Pelage  répandoit 
le  venin  de  son  hérésie.  Si-tôt  que  nos  deux  généreux  Pré- 
lats en  eurent  connoissance ,  ils  emploieront  tout  leur  zélé 
pour  arrêter  le  cours  d'une  hérésie  si  pernicieuse.  'Ils  firent  c,esi.  Poi.,  n.2.  9. 
un  abrégé  des  erreurs  qu'ils  avoient  recueillies  des  livres  de 
Pelage,  et  de  ceux  de  Célestius  son  disciple.  '  A  cet  abrégé  n.  m. 
ils  joignirent  les  articles  sur  lesquels  Célestius  avoit  été  con- 
damné au  Concile  de  Carthage  en  412,  et  ceux  qu'Hilaire 
avoit  envoies  de  Sicile  à  S.  Augustin.  'Ensuite  ils  présente-  ■. s.».. |i»J«l.,i. 
rent  cet  écrit  en  latin  à  Euloge,  qui  présidoil  au  Concile  as- 
semblé  à  Diospolis  en  415,  exprès  pour  examiner  les  erreurs 
dénoncées  par  ces  deux  prélats.  'Cependant  l'un  d'eux  étant  Gest.  poi.,  n.  s.  63. 
tombé  dangereusement  malade ,  ils  ne  purent  se  trouver  au 
Concile  au  jour  marqué  :  '  de  manière  que  Pelage  n'aïant  point  «.3. 
d'accusateur  en  tête,  '  n'eut  pas  de  peine  à  se  justifier,  et  à  élu-  n.  2. 3.  n.  45. 56. 
der  par  ses  artifices  le  jugement  des  Evêques  assemblés.  p.  ».*" 

XL  Le  mauvais  succès  du  Concile  de  Diospolis  ne  refroi- 
dit point  le  zélé  de  nos  deux  Evêques  Gaulois.  '  Ils  écrivi-  ep.  ns.,».  i,  ep. 
rent  contre   Pelage  aux  Evêques  d'Afrique;  et  leurs  letres 
présentées  par  Orose  furent   lues  dans   un  Concile  de  68 
Evêques   de   la   Province   Proconsulaire,   tenu   à  Carthage 
en  416.  Pelage  et  Célestius  y  furent  anathematizés.  Ces  Hé- 
résiarques ne  s'en  tenant  point  à  cette  condamnation,  et  se 
croïant  injustement  persécutés  en  Occident ,  s'adressèrent  aux 
Evêques  d'Orient,  et  envoïerent  à  Constantinople  quelques- 
uns  de  leurs  Evêques  fugitifs.  Mais  ils  eurent  toujours  de're-  *•«•.  "»«.,  t.  3, 
doutables  adversaires  en  nos  deux  Prélats  Héros  et  Lazare,  p' 
qui  accusèrent  de  nouveau  Pelage  en  417 ,  dans  un  Con- 
cile  où   présidoit   Theodote  Evêque  d'Antioche.    Enfin   cet 
Hérésiarque  y  fut  condamné,  et  chassé  des  saints  lieux  de  Jé- 
rusalem. 

XII.   Dans   les    Gaules   mêmes  nos  autres   Evêques    ne 
firent  pasparoître  moins  de  zélé,  pour  combattre  l'hérésie  de 
Pelage,  lorsqu'elle  s'y  montra.  'Un   Moine   nommé  Lépo-  G*».,  «**,*». 
rius  en  fut  infecté,  quoique  le  fonds  de  son  hérésie  eût  un 


|  S.  c.  1,  p.   951 
10.  7. 


8  ETAT  DES  LETRES 

autre   principe.   11  étoit  distingué  par  l'innocence  de  sa  vie 
et  la  pureté  de  ses  mœurs.  Mais  suivant  la  doctrine  de  Pelage, 
il  attribuoit  sa  vertu  à  son  libre  arbitre  et  à  ses  propres  for- 
ça»», ine. i. i.,c.j.  ces.  Il  poussa  plus  loin  ce  mauvais  principe,  'et  joignan 
à  l'hérésie  de  Pelage  l'ancienne  impiété  des  Ebionites ,  il  sou- 
tint que  J.  C.  n'étoit  qu'un  pur  homme;  mais  qu'il  avoitfait 
iwd.  i  i.  v.c.3.  i    un  si  bon  usage  de  son  libre  arbitre,  'qu'il avoit  vécu  sans 
iom'.  W'  p'  966'  péché,  et  mérité  par  ses  bonnes  œuvres  d'être  Fils  de  Dieu. 
•Genn.ibw.  i  Cas».  a  Plusieurs  scavans  hommes  des  Gaules    l'exhortèrent  à  se 
Ifïi'p!p'3*7Pl'Fac.  rétracter.  Ce  fut  inutilement,  et  il  persista  encore  dans  son 
1. 1.  c.  ♦,  p. 32.      erreur;  ce  qui  obligea  Procule  de  Marseille,  et  Cylinne  autre 
Evêque  Gaulois ,  de  condamner  sa  doctrine ,  et  de  le  faire 
chasser  des  Gaules  .  Il  eut  cependant  dans  la  suite  le  bonheur 
de  reconnoitre  la  vérité,  et  de  l'embrasser,  comme  nous  di- 
rons plus  amplement  ailleurs,  où  nous  ferons  voir  que  cela 
se  passa  avant  l'an  419,  quoique  d'autres  le  mettent  plus 
tara. 

XIII.  A  ce  zélé  de  nos  Evêques  contre  le  Pélagianisme , 
Cohcii.  c,  1. 1,  p.  se  joignit   celui   des  Empereurs.      Le   9   de  Juillet    425 , 

Théodose  le  jeune  et  Valentinien  III  adressèrent  à  ce  su- 
jet un  rescnt  à  Armace ,  ou  Amace,  Préfet  des  Gaules. 
Entr'autres  reglemens  ils  veulent  que  Patrocle  alors  Evê- 
que d'Arles  assemble  un  Concile  contre  les  Evêques  qui 
pourroicnt  être  tombés  dans  l'hérésie  de  Pelage  et  de  Cé- 
lestius.  Le  rescrit  porte  que  l'on  donneroit  vingt  jours  pour 
se  rendre  au  Concile,  et  que  si  les  Evêques  qui  se  trouveraient 
infectés  de  l'hérésie,  n'y  renonçoient  avant  ce  terme ,  ils  se- 
raient chassés  des  Gaules  et  d'autres  mis  à  leur  place.  Il  ne 
paroît  nulle  part  que  l'on  ait  assemblé  ce  Concile.  Aussi  selon 
toute  apparence  ne  fut-il  pas  nécessaire,  puisque  l'on  ne  trouve 
point  qu'aucun  Prélat  Gaulois  eût  donné  dans  le  pur  Péla- 
gianisme. 

XIV.  Au  contraire  les  Evêques  des  Gaules  étoient  en 
une  si  grande  réputation  d'érudition  et  de  saine  doctrine  ,t 

Sur;  ■V»1  •  p*16.  que  vers  l'an  428  les  Fidèles  de  la  Grande  Bretagne  vinrent 

n.  19.    Pro».  Chr ,    "       ,  ,  ,  .  ~,  . 

p.  743.  implorer  leur  secours  contre  les  ravages  que  causoit  cette  mê- 

me hérésie  dans  leur  pais.  Ce  point  d'Histoire  est  impor- 
tant pour  la  gloire  de  nôtre  nation,  et  nous  en  donnerons 
ailleurs  le  détail.   En  attendant  il  suffit  de  remarquer  ici , 

sur.  ibid.  '  qu'à  l'arrivée  des  députés  Bretons  dans  les  Gaules,  on  assem- 

bla un  nombreux  Concile.  De  l'avis  de  tous  les  Evêques  qui 

le 


DANS  LES  GAULES.   V  SIECLE.  9 

le  composoient ,  on  pria  S.  Germain  d'Auxerre  et  S.  Loup 
de  Troïes  de  se  charger  de  cette  entreprise,  qui  réussit 
à  la  gloire  de  la  Religion  et  à  l'honneur  de  l'Eglise  Gallica- 
ne. '  Les  Hérétiques  furent  ou  convertis  ou  confondus;  mais  p.  *n.tw. 
l'hérésie  ne  fut  pas  entièrement  exterminée.  'Elle  prit  de  P. 421. 4M, 
nouvelles  forces,  et  fit  de  nouveaux  progrès.  On  appella  une 
seconde  fois  S.  Germain  au  secours  de  l'Eglise.  Ce  Prélat 
plein  de  zélé  pour  les  intérêts  de  la  Religion ,  reprit  le  che- 
min de  la  Grande-Bretagne  en  446,  accompagné  de  S. 
Sévère  Evêque  de  Trêves;  et  il  en  bannit  entièrement  l'hé- 
résie. 

XV.  Le  Pélagianisme  ainsi  exterminé  de  tous  ces  endroits , 
n'osa  plus  se  montrer  dans  les  Gaules,  tant  à  cause  de  la  guer- 
re que  lui  avoient  déclarée  nos  Evoques,  que  parce  qu'il  por- 
toit  son  impieté  et  sa  condamnation  sur  le  front.  Mais  il  ne 
fut  pas  long-temps  sans  trouver  le  secret  de  s'y  reproduire  ,  en 
prenant  une  forme  moins  hideuse  que  la  première.  L'hérésie 
sous  ce  masque  emprunté  trouva  moins  d'opposition,  et  fit 
plus  de  progrès ,  parce  qu'elle  sembloit  respecter  la  Grâce , 
quoiqu'au  fond  elle  ne  cherchât  qu'à  la  détruire,  et  que  le 
poison  qu'elle  offroit ,  fût  d'autant  plus  dangereux  qu  il  pa- 
roissoit  et  plus  adouci,  et  mieux  préparé.  L'on  convint  dans 
la  suite  avec  beaucoup  de  fondement  de  lui  donner  le  nom 
de  Sémipélagianisme.  Comme  cette  hérésie  prit  naissance  dans 
le  sein  même  des  Gaules,  qui  lui  servirent  de  théâtre ,  après 
lui  avoir  servi  de  berceau ,  et  qu'elle  devint  hérésie  chérie 
de  la  plupart  de  nos  Gaulois,  son  histoire  demande  un  dé- 
tail particulier.  Nous  pouvons  dire  par  avance  que  si  elle  eut 
de  puissans  défenseurs,  elle  y  trouva  encore  de  plus  puissans 
adversaires  ;  et  que  si  elle  y  causa  des  maux  très-funestes  dans 
leurs  commencemens  et  dans  leurs  suites ,  elle  y  produisit 
aussi  tous  les  avantages  que  produisent  ordinairement  les  hé- 
résies; c'est-à-dire  qu'elle  servit  à  y  soutenir  les  letres,  en  exer- 
çant les  esprits  et  les  plumes ,  et  à  éclaircir  la  vérité ,  en 
donnant  occasion  à  une  infinité  d'Ouvrages  lumineux  qui  dissi- 
pèrent enfin  les  ténèbres  de  l'erreur. 

XVI.  'On  ne  doute   point,   dit  le  Cardinal  Noris,  que  fer. I.M.,  L s. 
le  Sémipélagianisme  n'ait  tiré  son  origine  des  écrits  de  Cassien  c-1,p' 158' 
appuies  par  son  autorité.  Cet  Abbé  célèbre  par  son  sçavoir  et 
par  la  sainteté  de  sa  vie ,  après  s'être  nourri  dans  la  doctri- 
ne des  Grecs,  'vint  s'établir  à  Marseille  peu  après  l'an  404.  Genn.vir.iii.c.ei. 
Tome  II.  B 


Il 


183 


Cass. 

,  coll.  13. 

c. 

M, 

p.  608.  609. 

c. 

18. 

p.  623. 

c. 

13, 

p.  613. 

c. 

15, 

p.  GIS. 

10  ETAT  DES  LETRES 

Pro».  ia Coll.  s.  c.  'Il  passoit  sans  contradiction  pour  le  plus  habile  des  serviteurs 
de  Dieu,  et  il  paroît  qu'il  fut  le  seul  qui  osa  mettre  ses  sen- 
timents par  écrit.  Il  le  fit  dans  des  circonstances  fâcheuses,  et 

Tiii.  H.E.,t.i4,p.  où  les  disputes  sur  la  Grâce  étoient  encore  fort  animées.  'Car 
les  Pélagiens  venoient  d'être  condamnés  en  Afrique,  à  Rome 
et  en  Orient,  lorsque  vers  l'an  426  tout  au  plus  lard ,  Cassien 

{mblia  sa  treizième  conférence.  C'est  là  que  son  erreur  sur 
a  Grâce ,  qu'il  avoit  déjà  touchée  dans  ses  Institutions , 
est  particulièrement  renfermée.  '  Il  y  enseigne  nettement  entre 
plusieurs  autres  points  erronés  de  doctrine  :  '  Que  l'homme 
peut  de  soi-même  avoir  le  désir  de  se  convertir.  '  Que  le  bien 
que  nous  faisons  ne  dépend  pas  moins  de  nôtre  libre  arbi- 
tre que  de  la  Grâce  de  J.  C.  Que  cette  Grâce  est  gratuite, 
'  que  Dieu  cependant  la  donne,  non  selon  sa  puissance  sou- 
veraine, mais  selon  la  mesure  de  la  foi  qu'il  trouve  dans  cha- 

c.  u,  p.  6ir,.  cun,  ou  qu'il  y  a  mise  lui-même.  '  Qu'il  y  a  réellement  dans 
l'homme  une  foi  que  Dieu  n'y  a  pas  mise,  comme  il  paroît , 
dit-il ,  par  celle  que  J.  C.  loue  dans  le  Centenier  de  l'E- 
vangile. 

XVII.  Cette  Doctrine  aïant  paru  dans  le  public  ,  trou- 
va d'autant  plus  de  sectateurs,  qu'elle  est  plus  conforme  aux 
sentimens  orgueilleux  du  cœur  de  l'homme.  Car,  il  faut  l'a- 
vouer, nous  naissons  tous  naturellement  portés  à  l'orgueil 
et  à  l'indépendance.  Ce  qui  servit  encore  beaucoup  à  l'ac- 
créditer, fut  d'une  part  qu'étant  ainsi  mitigée  elle  paroissoit 
n'être  pas  la  même  que  celle  que  l'Eglise  venoit  de  con- 
damner, et  que  de  l'autre  elle  n'étoit  propre  qu'à  flatter 
l'homme,  au  lieu  que  celle  de  S.  Augustin  que  l'Eglise  oppo- 
soitaux  erreurs  condamnées  des  Pélagiens,  ne  tendoit  qu'à 
l'humilier.  De  Marseille  où  elle  avoit  pris  naissance,  elle  se 
répandit  bientôt  à  Arles,  à  Lerins ,  et  sans  doute  par  tout  où 
pénétra  la  treizième  conférence.  A  Lerins  elle  put  se  forti- 
fier plus  qu'ailleurs ,  par  le  moïen  de  Fauste,  qui  s'y  étoit  re- 
tiré depuis  peu  de  la  Grande  Bretagne  sa  patrie  ,  d'où  il  avoit. 
pu  apporter  quelque  germe  de  Pélagianisme,  qui  ravageoit 

Pros.  incoii.,  c.  1,  cette  lsle,  comme  nous  l'avons  marqué.  '  Ceux  qui  embras- 

n.lAug.ep.  225,  .     j  .  ,.1  -.    •       »     J 

n.  3.  |  ep.  226,  n.9,  serent  des  premiers  ces  nouvelles  erreurs ,  etoient  des  pér- 
ils, p.  94i.         sonnes  illustres  qui  brilloient  par  leur  science  et  par  leur  ver- 
J      tu,  et  à  qui  le  rang  qu'ils  tenoient  dans  l'Eglise ,  et  la  pieté 
dont  ils  faisoient  profession ,  avoient  acquis  un  grand  respect 
parmi  le  peuple  :  ce  qui  contribua  autant  que  tout  le  reste 


DANS  LES  GAULES.  V  SIECLE.  11 

à  grossir  la  nouvelle  secte.  '  Mais,  comme  le  remarque  un  Pros.  n.  941. 
ancien  Auteur  ,  qui  a  passé  long-temps  pour  être  ou  S. 
Ambroise,  ou  S.  Prosper,  il  n'y  en  a  point  qui  soient  plus 
susceptibles  des  erreurs  Pélagiennes,  que  ces  sortes  de  per- 
sonnes ;  ceux  qui  ont  reçu  beaucoup  de  dons  de  Dieu,  étant 
les  plus  capables  d'en  abuser,  en  s'en  élevant  et  se  les  attri- 
buant à  eux-mêmes. 

XVIII.  D'abord   ceux   qui   avoient   embrassé   ces    nou- 
velles erreurs  ,  '  que  S.  Prosper  qualifie  les  restes  del'héré-  Aug.,  ep.  225,  n.  7. 
sie  de  Pelage  ,  n'aïant  point  de  principes  assurés,  '  disoient  n.  4. 

tantôt  une  chose ,  tantôt  une  autre.  Il  y  en  avoit  même  qui 
suivant  la  doctrine  la  plus  pernicieuse  des  Pélagiens ,  ne 
reconnoissoient  point  d'autre  Grâce  que  la  raison  et  le  libre 
arbitre  que  Dieu  a  donné  à  tous  les  nommes  dans  leur  créa- 
tion. '  D'autres  arrêtés  par  les  écrits  de  S.  Augustin  contre  n.  2, 
ces  Hérétiques,  aimèrent  mieux,  durant  quelque  temps,  accu- 
ser leur  peu  d'intelligence  ,  que  d'oser  condamner  ce  qu'ils 
n'entendoient  pas.  Quelques-uns  même  d'entr'eux  vouloient 
consulter  S.  Augustin,  et  lui  demander  une  explication  plus 
claire  et  plus  nette.  '  De  ce  nombre  étoit  S.  Hilaire  Evêque  n.  9. 
d'Arles,  qui  bien  qu'en  tout  le  reste  il  suivit  la  doctrine  de 
S.  Augustin,  et  qu  il  fût  un  de  ses  admirateurs,  avoit  néan- 
moins de  la  peine  sur  le  point  de  la  prédestination.  Cet  em- 
barras pouvoit  encore  être  augmenté  par  le  changement  de 
doctrine,  dans  lequel  ce  nouvel  engagement  les  avoit  jet- 
tés  :  '  car  ils  étaient  reconnus  pour  avoir  eu  auparavant  des  n.  e. 
sentimens  plus  conformes  à  la  vérité. 

XIX.  '  Dans  cette  perplexité  où  ils  étoient  au  sujet  de  la  n-  2. 
doctrine,  la  divine  Providence  par  un  ordre  inespéré,  fit  pas- 
ser à  Marseille  le  Livre  de  la  Correction  et  de  la  Grâce,  que 

S.  Augustin  avoit  fait  pour  répondre  aux  Moines  d'Adru- 
met ,  sur  les  mêmes  difficultés  que  souffraient  ceux  de  Mar- 
seille ,  et  les  autres  qui  pensoient  comme  eux.  De  sorte 
qu'il  arriva  que  ce  S.  Docteur  répondoit  aussi  précisément 
à  toutes  les  objections  ,  sur  lesquelles  ceux-ci  vouloient  le 
consulter,  que  s'il  eût  eu  en  vue  d'appaiser  le  trouble  de  l'E- 
glise des  Gaules.  Son  Livre  néanmoins  n'y  eut  pas  cet  effet. 
Il  fut  une  odeur  de  vie  pour  les  uns,  et  une  odeur  de  mort 
pour  les  autres.  Ceux  qui  auparavant  s'étoient  déclarés  pour 
la  vérité  ,  y  trouvèrent  de  nouvelles  lumières,  et  de  nouvelles 
armes  pour  la  défendre.  Mais  ceux  à  qui  leurs  préjugés  avoient 

Bij 


n.  7 


n.  S 


n.  7 


12  ETAT  DES  LETRES 

bouché  les  yeux,  tombèrent  dans  des  ténèbres  encore  plus 
épaisses,  et  s'éloignèrent  encore  davantage  de  la  vérité.  L'on 
s  obstina  ainsi  à  défendre  des  erreurs  ,  qui  gagnoient  tous  les 
jours.  '  Car  le  respect  que  l'on  portoit  à  ceux  qui  les  avoient 
embrassées,  comme  étant  des  personnes  considérables  dans 
l'Eglise,  parmi  lesquelles  on  voïoit  même  des  Evêques,  en- 
gageoit  à  les  suivre  ceux  qui  n'étoient  pas  instruits,  et  re- 
tenoit  dans  un  silence  inutile  ceux  qui  avoient  plus  de  lu- 
mières. '  C'étoit  une  chose  bien  déplorable,  dit  S.  Prosper, 
de  voir  d'une  part,  que  l'esprit  de  l'impiété  Pélagienne  eût 
fait  illusion  à  des  personnes  si  illustres  par  toutes  sortes  de 
vertus,  et  de  l'autre,  que  les  plus  simples  entraînés  par  leur 
autorité  à  les  suivre  sans  examen,  crussent  être  dans  la  bon- 
ne voie,  à  cause  de  la  grande  vénération  qu'ils  leur  portoient. 
Mais  il  n'étoit  pas  moins  triste  de  voir  que,  dans  cette  ex- 
trémité ,  '  personne  ne  résistât  à  l'erreur,  hors  un  très-petit 
nombre  d'amateurs  intrépides  de  la  vraie  grâce. 

XX.  A  mesure  que  se  grossit  le  parti  de  l'erreur,  il  se  for- 
ma comme  insensiblement  un  système  suivi  de  doctrine.  On 
en  peut  voir  toute  l'économie  dans  les  letresde  S.  Prosper 
et  d'Hilaire  à  S.  Augustin,  où  ils  ont  réussi  à  la  développer, 
et  à  en  marquer  les  chefs  principaux.  Mais  afin  d'en  avoir  ' 
une  plus  grande  connoissance,  et  de  reprendre  les  choses  dès 
la  source,  il  faut  joindre  à  la  lecture  de  ces  deux  Ecrits  celle 
de  la  treizième  conférence  de  Cassien.  On  y  verra  que  tous 
les  points  de  ce  nouveau  système  ne  tendent  à  rien  moins, 
qu'à  détruire  presque  entièrement  la  nécessité  de  la  grâ- 
ce, et  à  mettre  l'homme  au-dessus  de  Dieu.  Qu'on  juge  des 

»p.«5,n.6.  |ep.  autres  par  celui'  qui  établit  que  la  grâce  ne  se  soumet  point 
m.,  n.s.  ja  voionté  de  l'homme;  mais  que  c'est  la  volonté  de  l'hom- 

me qui  s'attire  le  secours  de  la  grâce,  et  qui  la  précède  :  de 
sorte  que  le  commencement  du  salut ,  suivant  ce  système  , 
yenoit ,  non  de  celui  qui  sauve  ,  mais  de  celui  qui  est  sauvé. 
C'est  pour  cela  qu'ils  craignoient  d'attribuer  à  Dieu  les  mé- 
rites des  Saints ,  comme  n'étant  que  des  dons  de  sa  pure 
miséricorde. 

XXI.  Dans  la  suite  ces  nouveaux  Docteurs  furent  obligés 
de  se  relâcher  un  peu  sur  ce  dangereux  principe,  ou  pour 
mieux   dire  ,  de  le  colorer  ,  parce  qu'il  étoit  trop  odieux. 

Nor.  h.  Pei.,  i.  s.  '  Comme  les  défenseurs  de  la  vraie  grâce  de  J.  C,  en  suivant 
e.  îs.p.sM.         jeg  traces  (je  g   Augustin,  les  pressoient  vigoureusement  sur 


DANS  LES  GAULES.  V  SIECLE.  13 

ce  point,  en  leur  montrant  que,  dans  leur  nouvelle  doctri- 
ne, l'homme  étoit  le  premier  qui  opéroit  son  salut  ;  ce  qui 
étoit  faire  une  injure  énorme  au  Tout-puissant  et  à  sa  grâce  ; 
ils  répondoient  qu'un  tel  reproche  étoit  une  pure  calomnie, 
puisqu'ils  enseignoient  que  la  grâce  de  Dieu  prétient  tou- 
jours la  volonté  de  l'homme  en  ce  qui  regarde  le  salut.  En 
effet,  pour  éloigner  d'eux  un  reproche  si  accablant,  mais  si 
légitime,  et  ne  pas  paroître  dans  des  sentimens  de  cette  na- 
ture, qui  portoient  l'orgueil  à  son  dernier  période  ,  '  ils  ad-  a™,  inps.ue, 
mettoient  une  grâce  générale  accordée  à  tous  les  hommes  ,  p' 3Î6' 387' 
et  qui  prévenoit  toute  bonne  volonté.  «  '  L'on  nous  repro-  p.  326. 2. 
«  cne  ,  dit  Arnobe  le  jeune,  l'un  des  plus  zélés  Sémipélagiens 
«  de  ce  temps-là  ;  l'on  nous  reproche  d'établir  une  doctrine 
«  qui  enseigne  que  la  volonté  de  l'homme  précède  la  grâce  de 
«  Dieu.  Mais  que  l'on  agisse  de  bonne  foi,  et  sans  désir  de 
«  nous  calomnier,  et  l'on  verra  que  nous  admettons  une  grâce 
«  générale  répandue  généralement  sur  tous  les  hommes.  »  En- 
suite, après  avoir  expliqué  en  quoi  consiste  cette  grâce  géné- 
rale ,  '  il  adresse  la  parole  à  ses  adversaires,  qu'il  qualifie  6. 327.  1. 
Prédestinatiens,  et  ajoute  :  «  Remarquez  bien  ce  que  je  dis, 
«  puisque  c'est  pour  vous  que  je  le  dis  ;  la  grâce  de  J.  C.  pré- 
«  cède  toute  bonne  volonté  de  l'homme,  suivant  l'ordre  que 
«  je  viens  d'établir.  » 

Mais  tout  ce  qu' Arnobe  dit  en  expliquant  sa  grâce  gé- 
nérale, fait  voir  clairement:  'Que  ce  n  étoit  qu'une  grâce  Nor.ibid.,p.  tes. 
extérieure,  commune  aux  infidèles  comme  aux  fidèles  ;  qu'une 
grâce  qui  consistait  dans  la  loi,  l'exemple,  les  miracles,  l'in- 
struction. Il  n'y  a  qu'à  lire  quelques  endroits  du  même  Au- 
teur sur  les  Pseaumes,  et  de  Fauste  de  Ries  dans  ses  Livres 
sur  la  grâce  et  le  libre  arbitre,  pouf  se  convaincre  que  les 
Sémipélagiens  n'avoient  point  d'autre  doctrine  sur  la  grâce 

{>révenante.  Telles  étoient  les  erreurs  capitales,  qui  formoient 
a  nouvelle,  hérésie.  Et  ce  qui  doit  paroître  étonnant ,  '  c'est-  Aog.,  «p. «5.  n. 
3ue  la  plupart  de  ceux  qui  s'y  étoient  engagés,  croioient  ne 
onner  par-là  aucune  atteinte  à  la  Foi  Catholique.  Il  est 
vrai  que  bien  qu'il  y  eût  beaucoup  de  danger  à  la  soute- 
nir, '  elle  n'étoit  pas  néanmoins   tout-à-fait  la  même  que  Pros.  inCoi.,c.3, 
celle  qui  venoit  d'être  condamnée  par  l'Eglise  dans  Pelage  n'  *• c' 5'  "'  3' 
et  ses  Sectateurs ,  comme  6.  Prosper  en  convient  lui-même. 
Ceux  dont  nous  entreprenons  de  parler ,  se  distinguoient 
principalement  des  Pélagiens  en  ce  '  qu'ils  faisaient  profession  Aug.,ep.,ïM.  n.3, 

|  I  ep.  ÎKJ. 


14  ETAT  DES  LETRES 

de  croire  que  tous  les  hommes  ont  poché  en  Adam,  et  qu'aucun 
n'est  sauvé  par  ses  œuvres,  mais  par  la  grâce  de  la  regénération. 

XXIII.  On  mit  cependant  tout  en  œuvre  pour  don- 
ner du  crédit  à  cette  nouvelle  doctrine.  Mais  il  étoit  impos- 
sible de  l'établir  qu'après  avoir  ruiné  celle  de  S.  Augustin, 

3ui  lui  étoit  entièrement  opposée;  et  qui  étoit  devenue  celle 
e  toute  l'Eglise.  '  Car  l'Eglise  de  Rome,  dit  S.  Prosper, 
celle  d'Afrique,  tout  ce  qu'il  y  avoit  d'enfans  de  la  Promesse 
dans  toutes  les  parties  du  monde,  et  un  grand  nombre  de  per- 
sonnes dans  les  Gaules  mêmes,  où  s'éleva  cette  nouvelle  dispu- 
te, étoient  unis  avec  ce  S.  Docteur  dans  les  maximes  de  la  grâ- 
ce. De  son  vivant  on  le  regardoit  par-tout  non-seulement 
comme  le  plus  illustre  Evêque  qui  fût  alors  dans  l'Eglise  , 
mais  encore  comme  un  homme  que  l'Esprit  de  vérité 
avoit  comblé  de  ses  dons,  et  particulièrement  de  celui  de 
la  sagesse  et  de  la  science,  -pour  combattre  par  la  force  in- 
vincible de  sa  doctrine  les  hérésies  qui  avoient  paru,etnom- 

m coll., ci,  n.2.  mément  celle  de  Pelage.  '  C'étoit  sous  sa  conduite  que  l'E- 
glise combatloit  depuis  plusieurs  années  contre  les  ennemis 
de  la  grâce  de  Dieu,  et  qu'elle  en  étoit  devenue  victorieuse. 

.-uinus.ibiti.  Il  n'étoit  donc  pas  aisé  de  ruiner  '  une  doctrine  si  salutaire  , 
où  les  Fidèles  puisoient  celle  de  J.  G.  et  des  Apôtres  ,  et  qui 
servoit  tous  les  jours  à  former  les  membres  de  l'Eglise,  sui- 
vant l'expression  de  S.  Prosper.  Les  Sémipélagiens  eurent 
néanmoins  la  témérité  de  le  tenter,  mais  à  la  manière  ordi- 
naire à  tous  les  Hérétiques,  qui  entreprennent  de  combattre 
la  vérité;  c'est-à-dire,  en  y  emploïant  toutes  sortes  d'artifices, 
les  médisances,  les  calomnies,  les  fourberies,  les  ruses,  les  im- 
postures. 

XXIV.  Ils  commencèrent  par  la  décrier  en  bien  des  ma- 
Aop..eP.  ai3.il.  nieres  différentes.  D'abord  '  ils  prétendoient  que  c'étoit  une 

;  I  «p.  8*6,  ii.  s.  jociri,„.  tout(!  nouvelh;,  et  que  jamais  personne  n'avoit  ex- 
pliqué S.  Paul,  comme  l'expliquoit  S.  Augustin.  Ils  disoient 
vrai  en  partie;  mais  aussi  ils  dévoient  faire  attention  que 
personne  jusqu'à  Pelage  n'aïant  osé  attaquer  les  dogmes  de 
la  grâce  et  de  la  prédestination  ,  l'on  n'avoit  pas  été  dans  la 
nécessité  d'approfondir  ce  que  dit  cet  Apôtre  sur  ces  gran- 

cp.  .h:.-.,  h.  .'!.  des  vérités.  '  Et  quand  on  demandoit  aux  Sémipélagiens, 
en  quel  sens  ils  vouloient  eux-mêmes  qu'on  l'expliquât ,  ils 
avouoienl  qu'ils  n'en  poiivoienl  trouver  qui  les  satisfit.  Ils 

ip.  *>g,  n.  s.        appuïoienl  celle  prétention  de  nouveauté  '  sur  ce  que  S.  Au- 


DANS  LES  GAULES.   V  SIECLE.  15 

gustin  avoit  terni  un  autre  sentiment  dans  ses  Livres  du  li- 
bre arbitre,  sur-tout,  quant  aux  enfans,  en  qui  la  prédesti- 
nation de  Dieu  paroit  d'une  manière  partieuliere.  Ils  aile-  n.  3. 
guoient  divers  passages  des  Ecrits  que  le  S.  Docteur  avoit 
publiés  avant  la  naissance  du  Pélngianisme  ;  et  ils  disoient 
que  c'étoit-là  leur  croïance,  aussi-bien  que  tout  ce  que  le 
Saint  s'objectoit  dans  le  Livre  de  la  Correction  et  de  la  Grâ- 
ce. Ainsi  ils  accusoient  la  doctrine  de  S.  Augustin  et  de 
nouveauté  et  de  contradiction  tout  ensemble. 

XXV.  Ils  poussèrent  encore    plus  loin  leurs  calomnies, 

'  et  s'efforcèrent  de  la  faire  passer  même  pour  contraire  à  la  <>p-  2»,  n.  2. 
doctrine  de  l'Eglise,  et  au  sentiment  des  Pères.  '  Pour  y  réus-  n.  3. 
sir  ils  disoient  qu'enseigner,  comme faisoit  S.  Augustin,  que 
Dieu  par  une  pure  miséricorde,  et  sans  aucune  vùë  des  mé- 
rites, a  choisi  de  tous  les  hommes  ceux  qu'il  lui  plaît  de  sau- 
ver, et  qu'il  leur  a  préparé  des  secours  par  lesquels  ils  se  sau- 
vent infailliblement,  cela  introduit  le  destin  par  lequel  tou- 
tes choses  arrivent  aux  hommes, quoi  qu'ils  fassent.  'Qu'une  ep.225,  n.  3.  c. 
telle  doctrine    anéantit  la   pratique  des  bonnes  oeuvres,  et  ep'  " 
fait  perdre  le  soin  de  s'y  exercer.  '  Qu'elle  porte   les  saints  «p-  *b ,  n.  3. 
et  les  pécheurs  à  la  tiédeur  ;  parce  que  comptant  sur  l'élec- 
tion infaillible  de  Dieu,  ils  négligeoient  de  travailler  à  leur 
salut.  Qu'ainsi,  quand  bien  même  cette  doctrine  seroit  véri- 
table, il  ne  falloit  pas  néanmoins  la  rendre   publique;    parce 
qu'elle  avoit  des  conséquences  dangereuses,  '  et  qu'elle  rendoit  n.  c  |  eP.  22c,  n.a. 
inutiles  les  exhortations  et  les  corrections.  '  Ils  allèrent  même  Pn».^*».,».  4 
jusqu'à  dire  que  S.  Augustin  détruisoit  entièrement  le  libre  ar- 
bitre.  Que  sous  prétexte  d  établir  la  grâce,  il  introduisoit  une 
fatale  nécessité,  et  qu'il  enseignoit  qu'il  y  avoit  deux  masses  et 
deux  différentes  natures,  afin  de  le  traduire  par  de  tels  discours 
pour  enseigner  le  Paganisme  et  les  erreurs  des  Manichéens.  Nous 
verrons  par  la  suite  de  l'Histoire,  qu  'ils  n'en  demeurèrent  pas 
encore  là. 

XXVI.  '  Cependant,    comme   ceux    qui  faisoient   courir  inCoii.c.  1,  ni. 
ces  mauvais  bruits,  étoient  recommendables    pour  leur  es- 
prit, leur  science,  leur  pieté  extérieure  et  le  rang  qu'ils  te- 

noient  dans  l'Eglise,  ils  atliroient  à  eux  beaucoup  de  per- 
sonnes peu  instruites,  et  troubloient  ceux  qui  avoient  peu 
de  discernement.  Leurs  discours  empoisonnés  faisoient  juger 
et  que  la  cause  de  la  grâce  avoit  été  mal  défendue,  et  que 
les  Pélagiens  avoient  été  condamnés  injustement.  Ainsi  le  mal 


16  ETAT   DES   LETRES 

qui  d'abord  n'avoit  eu  que  de  faibles  commencemens,  s'aug- 
mentoit  de  plus  en  plus,  et  devenoit  tous  les  jours  et  plus  grand 
et  plus  dangereux.  Ilétoit  donc  très-important  d'en  arrêter  le 
coure.  Mais  il  n'appartenoit  qu'à  la  grâce  de  J.  C.  d'y  remédier 
comme  de  se  choisir  et  de  se  former  des  défenseurs.  S.  Pros- 

{>er  et  Hilaire  furent  de  ce  nombre,  et  les  deux  qui  se  signa- 
erent  davantage  dans  un  si  glorieux  combat.  '  La  Providence 

£4.  ro,TI  avojt  appelle  le  premier  d'Aquitaine  à  Marseille,  exprès, 
comme  il  semble,  pour  l'opposer  aux  ennemis  de  la  grâce. 

Conc.,t.4.p.i263.  '  C'étoit  un  homme  très-religieux,  *  à  qui  Dieu  avoit  com- 

»Aug.,eP.2î5,  n.7.  mUniqué  de  grandes  lumières,   et  qui  étoit  très-versé    dans 

Gann.,vit.iu.,  c.  |.  la  Lecture  des  écrits  de  S.  Augustin.  11  joignoit  à  tout  cela  une 
force  de  raisonnement  et  une  éloquence  pleine  de  vigueur. 

Aug.,ep.  886,  n.  L'autre  ^toit  aparemment  de  Provence  même,  '  et  avoit 
eu  le  bonheur  de  se  nourrir  de  la  doctrine  salutaire  de  S.  Au- 
gustin, et  de  passer  quelques  années  auprès  de  ce  grand  hom- 

n.  9.  me.  Il  paroît  qu'ils  n'étoient  crue  laïcs  l'un  et  l'autre,  mais 

sans  sortir  du  respect  qu'ils  dévoient,  selon  les  règles,  aux 
Puissances  Ecclésiastiques,  Jls  entreprirent  de  défendre  la  vé- 
rité attaquée,  avec  tout  le  zélé  que  Dieu  vouloit  bien  leur 
inspirer. 

n.  w|ep.  885.,n.  XXVII.  '  Ils  s'appliquèrent  de  concert  à  reconnoître  les 
erreurs  qui  troubloient  l'Eglise  des  Gaules,  et  les  artifices  de 
ceux  qui  soutenoient  ces  erreurs.  Ensuite  ils  prirent  le  parti 

Proi.adRus.,  n.4.  d'en  écrire  à  S.  Augustin,  '  qui  jusqu'alors  avoit  combattu 
avec  tant  de  zélé  pour  les  intérêts  de  la  grâce  du  Sauveur, 

AuK.,ep.225.,n.a.  et  triomphé  avec  tant  de  gloire  de  ses  ennemis.  '  En  lui  fai- 
'  sant  le  détail  des  points  pernicieux  de  la  nouvelle  hérésie, 

eP.  226,  n.  io.       '  ils  le  prièrent,  selon  la  grâce  que  tout  le  monde  admiroit 

eP.  225,  n.  î.;  en  lui ' ,  et  cette  vigilance,  cette  sollicitude  industrieuse  qu'il 
avoit  pour  tous  les  Fidèles ,  comme  le  défenseur  par  excel- 

n-  9-  lence  de  la  Foi  de  l'Eglise ,  de  les  aider  de  ses  lumières ,  et 

pned.,  e.  i,n.i|  de  ses  avis,  dans  la  carrière  où  ils  étoient  entrés.,  S.  Augus- 
tin, sensible  à  leurs  justes  prières,  répondit  à  leurs  letres, 
vers  la  fin  de  429,  par  deux  Livres  intitulés,  l'un  de  la  Pré- 
destination des  Saints,  et  l'autre  du  Don  de  la  persévérance , 
tous  deux  addressés  à  Prosper  et  à  Hilaire.  Ces  deux  Ouvra- 
ges ,  quoique  remplis  de  lumière  et  de  force,  ne  furent  pas 
néanmoins  capables  de  dissiper  les  ténèbres  que  les  Sémipé- 
lagiens  répandoient  sur  la  sainte  doctrine. 
XXVIII.  S.  Prosper  fut  donc  obligé  de  prendre  lui- 
même 


DANS  LES  GAULES.  V  SIECLE.  17 

même  la  plume,  et  de  défendre  la  vérité  par  ses  écrits  ,  com- 
me il  avoit  déjà  fait  par  ses  discours.  Après  avoir  dévoilé  les 
faux  principes  de  ses  ennemis  dans  sa  letre  à  S.-  Augustin,  il 
crut  devoir  découvrir  leurs  ruses  et  leurs  artifices  dans  une 
autre  excellente  letre  qu'il  adressa  à  Rufm  son  ami.  L'on  y 
voit  les  principaux  traits  de  leur  conduite  pour  réussir  à  éta- 
blir leur  fausse  doctrine  sur  les  ruines  de  celle  de  S.  Augustin  : 
conduite  d'autant  plus  dangereuse,  qu'elle  étoit  plus  cachée. 
' N'aïant garde  de  se  déclarer  ouvertement  contre  le  Saint,  Pros.adRu».,n.5. 
parce  qu'ils  sçavoient  trop  l'estime  que  l'on  faisoit  de  son  mé-» 
rite,  et  qu'ils  connoissoient  trop  le  courage  de  ses  défenseurs  ; 
ils  se  contentoient  de  répandre  en  secret  leurs  calomnies.  Ils 
voioient  avec  regret  de  quelle  manière  S.  Prosper  et  les  autres 
qui  lui  étoient  unis ,  réfutoient  ce  qu'ils  semoient  dans  leurs 
fréquentes  conférences.  Ils  comprenoient  que  s'ils  avoient 
la  hardiesse  de  vouloir  parler  ou  devant  les  Evoques ,  ou  de- 
vant les  peuples ,  ils  seroient  accablés  par  une  foule  de  passa- 
ges de  S.  Augustin  même.  Que  ces  passages  confondroient 
leurs  calomnies  ;  et  que  faisant  paroitre  la  vérité  dans  toute  sa 
force,  ils  vaincroient  aisément  dans  l'esprit  de  ceux  qui  avoient 
un  peu  de  foi,  tout  ce  que  la  vanité  de  leur  imagination  leur 
faisoit  produire,  pour  élever  leur  propre  justice  contre  la 
grâce  de  Dieu. 

XXIX.  Ce  reproche  que   S.  Prosper  leur  fît  de  n'oser 
produire  en  public  leurs  fausses  accusations ,  les  piqua  vive- 
ment. '  Quelqu'un  d'entr'eux,  qui  y  fut  le  plus  sensible,  ep., p. m.  192.193. 
voulut  entreprendre  d'écrire  contre  S.  Augustin  ;  mais  il  n'osa 

encore  le  faire  que  sous  un  nom  emprunté.  Sitôt  que  son 
dessein  eut  transpiré,  '  S.  Prosper  le  réfuta  par  avance  en  deux  p.  191. 195. 
Epigrammes  qui  nous  ont  été  conservées.  '  Il  y  fait  voir  que  p.  191. 102. 
ce  dessein  tend  à  prêter  des  armes  à  des  ennemis  déjà  vain- 
cus et  terrassés.  Que  ce  nouveau  combat  ne  peut  que  causer 
la  ruine  de  celui  qui  pense  à  l'entreprendre.  '  Que  pour  écri-  ep.  s, p.  193.  m. 
re  contre  S.  Augustin ,  il  faut  être  disciple  ou  de  Pelage ,  ou 
de  Julien  d'Eclane.  '  Qu'au  reste  il  peut  se  montrer  hardi-  p.  195. 190. 
ment  sans  se  cacher,  et  s'entortiller  davantage  sous  ses  ruses 
artificieuses  et  trompeuses;  parce  qu'il  lui  sera  impossible 
d'éviter    ce    vénérable    vieillard  ,    qui    avoit    déjà    marché 
sur  les  aspics  et  sur  les  basilics ,  après  leur  avoir  écrasé  la 
tête. 

XXX.  Ce  n'étoit  pas  encore  assez   pour  le  zélé  qu'a- 
tome H.  C 

4  * 


18  ETAT  DES  LETRES 

voit  S.  Prosper  de  remédier  aux  maux  do  l'Eglise  des  Gaules, 
que  de  réfuter  ainsi  eeux  qui  les  causoicnt ,  et  de  démasquer 
Dninp  ,v.  1.3.      leur  conduite  artificieuse.  Il  jugea  encore  nécessaire  '  de  tra- 
vaillera préserver  de  la  séduction  les  Fidèles  ses  frères,  et  à 
leur  inspirer  l'amour  de  la  vérité.  C'est  ce  qu'il  entreprit,  et 
qu'il  exécuta  très -heureusement  par  sou  Poème  admirable 
contre  les  ingrats,  c'est-à-dire,  contre  ceux  qui  refusoient  de 
reconnoitre  que  nos   mérites  sont  l'effet ,    et  non  la    cause 
delà  grâce.  Tout  cela  fut  encore  insuffisant  pour  retenir  les 
Mm*, i.2,i).i73.  langues  médisantes,  et  empêcher  la  division.  '  Cependant 
les  Evoques,  qui  d'abord  «Voient  eu  quelque  peine  sur  la 
doctrine  de  S.  Augustin,  comme  S.  Uihiire  d'Arles,  ou  avoient 
reconnu  la  \érité,  ou  attendoient  dans  un  humble  silence  que 
Cœi.  ad.  Gai.,  n.  Dieu  la  leur  fit  connoître.  '  Mais  certains  Prèlres  continuoient 
'•  toujours  à  troubler  l'Eglise,  et  à  exercer  la  patience  et  la  plu- 

me de  S.  Prosper. 

XXXI.  S.  Augustin  étoît  peut-être  encore  au  monde, 
Pros  ad  r.aii.  pr.  lorsque  '  quelques-uns  d'en tr. eux  jetteront  dans  le  public 
p.  *03. *m.  plusieurs  fausses  propositions,  comprises  en  lîi  articles,  qu'ils 

disoient  avoir  tirées  des  Livres  de  ce  S.  Docteur.  Leur  des- 
sein en  cela  étoit  de  décrier  cl  de  diffamer  sa  mémoire  ,  en 
décriant ,  comme  ils  faisoient ,  la  doctrine  de  la  prédestination 
gratuiti!  qu'il  a  voit  enseignée.  S.  Prosper  attentif  à  tout  ce 
qui  se  passait  dans  cette  cause ,  y  répondit  aussi-tôt  article  par 
article,  de  manière  à  confondre  l'imposture,   et  à  fermer  la 
bouche  à  la  calomnie.  Cela  n'empêcha  pas  néanmoins  qu'un 
kj.  viiie.  pr.,  p.  autre  Prêtre   '   nommé'  Vincent,  ne  publiât  encore  vers  le 
même    temps  seize    propositions    remplies    d'erreurs ,  qu'il 
attribuoit  à  S.  Prosper,  afin  de  noircir  par  celle  liste  diabo- 
lique la  réputation  du  maître,  en  ternissant  celle  du  disciple. 
Quoique  ee  ne  fût  qu'une  répétition  masquée  des  articles  des 
Gaulois,  et  qu'ainsi  elle  fui  déjà  réfutée  par  avance,  S.  Pros- 
per uuilut  bien  cependant  y  opposer  un  nouvel  écrit,  et  y 
joignit  une  profession  delà  foi  qu'il  défendoil  contre  les  Pé- 
l'mv ,  |,..mi.  ain.   lagienssur  l'autorité  du  S.  Siège.  '  Peu  de  temps  après,  ceux 
deGennes,qui  agissoient,    comme    il  paroît ,  de  meilleure 
p.  705.  700.  foi  que  les  Gaulois,  '  proposèrent  neuf  extraits  contenant  les 

difficultés  qu'il  avoienl  particulièrement  sur  les  Livres  de  la 
Prédestination  des  Saints  el  du  Don  de  la  persévérance. 
S.  Prosper  les  satisfit,  en  leur  expliquant  chaque  article,  tant 
par  l'autorité  de  l'Ecriture,  que  par  d'autres  endroits  des  Ou- 
vrages de  S.  Augustin. 


fil.  Ï22N. 


'li.  Hi, 


DANS  LES  GAULES.  V  SIECLE.  19 

XXXII.    Les    Semipélagiens  ne    se    rendirent    point  en- 
core à  tant  d'écrits  lumineux.  Après  !;i  mort  de  S.Augustin 
ils   continueront,    comme  auparavant,  d'attaquer  et  sa  mé- 
moire  et    sa    doctrine.  '  Quoique,   les  Papes    prédécesseurs  oi.aii.  G»n.,n. 
de  S.  Celeslin,  l'eussent  regardé  comme  l'un  des  plusexcellens 
Maîtres,  et  (pic  tout  le  inonde  eût  pour  lui  de  l'amour  et  du 
respect,  les  ennemis  de  la  grâce  ne  faisant  nul  cas  de  son 
autorite,  '  déclarèrent  qu'ils  ne  vouloient  suivre  sur  ces  ma-  l'ns.  p  27;. 
tieres  contestées  que  ce  que  le  S.  Siège  auroit  décidé.  Ce 
nouveau  subterfuge  obligea  '  S.  Prosper  etllilaireà  faire  le  <>t   mi  g«u.  n 
voïage  de  Rome  pour  exposer  au  Pape  S.  Célestin  l'état  des 
choses  dans  les  Cailles.   Ce  Pontife  leur  fit  tout  l'accueil  que 
méritoient  ces  défenseurs  intrépides  de  la  grâce  de  J.  C.  et 
de  la  réputation  du  grand  S.  Augustin.  '  Touché:  de  leurs  rai-  n- 1. 
sons,  il  écrivit  une  lelre  célèbre  à  tous  les  Evèques  des  Gau- 
les, '  par  laquelle  il  se  plaint  amèrement  de  leur  indifférence  »•  *■ 
et  de  ce  qu'ils  soulfroient  que  l'on  troublât  ainsi  l'Eglise.  '  Il  n.  s. 
les  conjure  donc  d'y  apporter  du.  remède;  de  reprendre  les 
auteurs  de  la  division  ;  de  ne  les  pas  laisser  davantage  semer 
des  discours  injurieux  et  à  la  mémoire  des  Evoques  déjà  morts, 
et  à  la  réputation  de  ceux  qui  en  prenoient  la  défense.  '  11  finit  »•  *• 
par  un  grand  éloge  de  S.  Augustin,  qui,  dit-il,  n'a  jamais  été 
soupçonné  de  la  moindre  erreur. 

XXX1IL  '  A  cette  lelre  de  S.  Célestin  on  joint  ordinai-  N».  p.  2-1.  t*. 
rement  un  recueil  de  divers  passages  des  Papes  et  des  Con- 
ciles d'Afrique  approuves  par  les  Papes.  Ce  recueil  est  fait 
pour  répondre  au  Sémipélagiens,  qui  ne  vouloient  s'arrêter 
qu'à  ce  qui  avoit  été  décidé  par  le  S.  Siège.  On  nepeutgué- 
res  douter  qu'il  ne  fût  dressé  à  Home  à  l'occasion  du  voïage 
qu'y  lit  S.  Prosper  avec  Ililaire,  et  que  ce  ne  fût  lui-môme 
qui  y  mît  la  main  par  ordre  du  Pape  S.  Célestin.  Des  auto- 
rités si  considérables  apportées  de  Home  dans  les  Gaules , 
dévoient  assurément  y  appaiser  tous  les  troubles.  Mais 
elles    n'eurent    point    cette     vertu.   '   Comme    S.     Célestin  Pros-  '»  Coii 

•      fi  t       t  vtt 

avoit  autorise  seulement  en  gênerai  la  doctrine  de  S.  Augus- 
tin, on  prétendit  que  n'aïant  point  parlé  en  particulier  de 
ses  derniers  Ouvrages,  il  falloit  qu'il  ne  les  approuvât  pas. 
Outre  que  celte  chicane  étoil  sans  fondement ,  les  défen- 
seurs de  la  grâce  se  fussent  aisément  contentés  que  les  Sé- 
mipélagiens eussent  approuvé  les  premiers  Ouvrages  de  ce 
Père  contre  Pelage  :  car  on  y  eût  trouvé  de  reste  la  condam- 

G  ij 


SI.  11.  a  '  vil.  ï  S. 


20  ETAT  DES  LETRES 

nation  de  leur  erreur.  Mais  ils  n'avoient  garde  de  le  faire, 
vu.  ibid.  |  Tin.  '  De  sorte  qu'après  la  mort  de  S.  Céleslin,  qui  arriva  en  432, 
iM'  on  continua  toujours  à  calomnier  S.  Augustin.  On  s'efforça  de 

dire,  comme  auparavant,  qu'il  n'avoit  pas  bien  défendu  la  grâ- 
ce. On  troubla  tout  de  nouveau  la  paix  et  la  victoire  de  l'Eglise, 
en  reprenant  les  armes  de  ses  ennemis,  et  en  y  emploïant  les 
plaintes  des  condamnés  et  les  injures  insolentes  de  Julien. 
Pros.inCoii., ci,  XXXIV.  '  Ces  nouveaux  efforts  des  calomniateurs  obli- 
"'  '•  gèrent  S.  Prosper  de  reprendre  la  plume,  pour  soutenir  l'hon- 

neur de  S.  Augustin,  et  en  même  tems  de  tous  les  Evêques, 
particulièrement  de  ceux  de  Rome  ,  qui  avoient  approuvé 
n.  ».  ses  sentimens,  comme  nous  l'avons  vu.  '  Dans  ce  dessein  il 

examina  les  nouvelles  lumières  et  la  doctrine  la  plus  exacte 
de  ces  nouveaux  Docteurs,  qui  s'érigeoient  en  censeurs  d'un 
Saint ,   sous  la  conduite  duquel  l'Eglise  triomphoit  depuis 
c.  s,  n.  i.  plus  de  vingt  ans  de  l'hérésie  Pelagienne.  '  Il  choisit  le  plus 

habile  et  le  plus  célèbre  d'entr'eux  qui  avoit  déclaré  ses  sen- 
timents par  des  écrits  publics,  et  que  l'on  ne  pouvoit  desavouer. 
Il  ne  le  nomme  point;  mais  on  voit  clairement  qu'il  désigne 
l'Abbé  Cassien,  en  nommant  son  Ouvrage  ,  c'est-à-dire  sa 
treizième  conférence  sur  la  protection  de  Dieu,  dans  laquelle 
il  fait  parler  l'Abbé  Chéremon  sur  la  grâce  de  Dieu  et  le 
libre  arbitre  de  l'homme,  de  la  manière  que  tout  le  monde 
e.M.n.  4.  sçait.  '  On  étoit  alors  sous  le  Pontificat  de  S.  Sixte,  qui  avoit 

Nor.  h.  Pei.,  i.  a,  succédé  à  S.  Célestin  dès  le  mois  d'Avril  432.  '  S.  Prosper 
c  io,  P.  239.        (jans  cej  ouvrage  rapporte  les  propres  termes  de  la  confé- 
rence,   en   réfute   toutes  les  erreurs,  et  fait  voir  combien 
cette  pièce  s'accorde  peu  avec  elle-même  et  avec  les  prin- 
cipes de  l'Eglise. 

XXXV.  S.  Prosper  fit  encore  dans  la  suite  divers  autres 
Ouvrages,  soit  pour  expliquer,  soit  pour  défendre  les  vérités 
de  la  grâce  du  Sauveur.  On  peut  dire  que  ce  fut  à  quoi  contri- 
buèrent considérablement  son  commentaire  sur  les  Pseau- 
mes,  et  particulièrement  le  Recueil  des  Sentences  tirées  des 
Tiii.  h.  e.,  1. 16,  écrits  de  S.  Augustin.  '  Ce  dernier  Ouvrage  est  comme  un 
?.'  If 'pam. blb "'  corps  abrégé  de  Théologie  qu'il  s'étoit  faite  pour  se  rendre 
plus  familiers  les  principes  de  ce  grand  Docteur,  et  qu'il 
Pros.,  p.  6ii.  6i2.  publia  pour  les  faire  connoître  et  aimer  des  autres.    Mais 
afin  de  les  mieux  imprimer  dans  la  mémoire  de  ses  lecteurs, 
il  prit  le  soin,  au  milieu  de  tant  de  travaux  importans  pour 
p.  eis.  680.         l'Eglise,  de  tourner  ces  sentences  en  vers,  '  et  d'en  compo- 


DANS  LES  GAULES.  V  SIECLE.  21 

ser  plus  de  cent  épigrammes.  '  Il  n'exprime  dans  ces  vers  que  p.  6is.  6i6. 
ce  que  la  pieté  nous  a  enseigné,  et  nous  invite  à  aimer.    Il  Aug.,t.  io,  app.. 
paroit   que  ces    sentences    servirent    beaucoup   aux    Pères  p' 
du  II  Concile   d'Orange,    pour  éclaircir  les  grandes  véri- 
tés  de  la  grâce,   que  ce  Concile  mit  à  couvert  de  toute 
insulte. 

XXXVI.  Telle  fut  l'origine,  tels  furent  les  premiers 
progrès  du  Sémipélagianisme  dans-  nos  Gaules.  Pendant  que 
S.  Prosper  et  Hilaire  vécurent,  il  eut  en  eux  de  puissans  ad- 
versaires. Mais  il  ne  paroît  pas  qu'après  leur  mort  personne 
prit  si-tôt  ouvertement  la  défense  de  la  vérité.  L'erreur  dans 
la  suite,  à  la  faveur  et  sous  les  auspices  de  Fauste  Abbé  de 
Lerins,  puis  Evêque  de  Ries,  qui  s'en  déclara  zélé  partisan, 
fit  des  progrès  énormes.  Ce  Prélat  imbu  de  cette  doctrine, 
dont  il  avoit  peut-être  apporté  les  premières  semences  de 
la  Grande  Bretagne  sa  patrie  ,  dans  le  Monastère  de  Le- 
rins, ou  qu'il  avoit  apprise  de  Julien  le  Pélagien,  qui  se  re- 
tira quelque  tems  dans  cet  Abbaïe,  comme  1  on  croit,  n'ou- 
blia rien  et  pour  la  soutenir,  et  pour  la  répandre.  Si  l'on 
pouvoit  s'en  rapporter  au  sentiment  de  quelques  Auteurs,  qui 
l'avancent  sans  preuves,  on  croiroit  même  que  Vincent, 
Moine  à  Lerins  sous  Fauste,  n'auroit  écrit  son  célèbre  Mé- 
moire, que  par  ordre  de  son  Abbé  et  dans  le  dessein  de  faire 
triompher  le  Sémipélagianisme  de  la  doctrine  de  S.  Augus- 
tin.'Mais  il  est  certain  d'ailleurs  que  Fauste  mit  tout  en  œu- 
vre pour  élever  ses  opinions  favorites  sur  les  ruines  des  véri- 
tés de  la  grâce  et  de  la  prédestination.  Il  ne  lui  manquoit 
plus  pour  mettre  le  comble  à  ses  efforts,  que  d'emploïer  sa 
plume  pour  les  transmettre  à  la  postérité.  Et  c'est  ce  qu'il  fit 
avant  que  de  mourir,  par  son  fameux  Ouvrage  sur  la  grâce 
et  le  libre  arbitre ,  qui  attira  plusieurs  réponses  de  la  part  des 
plus  sçavans  hommes  de  ce  siècle  et  du  suivant,  tant  dans  nos 
Gaules  qu'ailleurs. 

XXXVII.  La  hardiesse  avec  laquelle  Fauste  agit  en 
faveur  de  ses  préjugés,  se  trouvant  soutenue  par  la  réputa- 
tion que  l'austérité  de  sa  vie  et  un  long  épiscopat  lui  avoient 
acquise  contribua  le  plus  à  donner  du  crédit  à  ses  sentimens. 

D'ailleurs  '  il  y  avoit  alors  plusieurs  Evêques  dans  les  Gau-  TiiL,ibid.,p.  778.1. 
les,  qui  bien  qu'ils  ne  tombassent  pas  dans  toutes  les  erreurs 
de  Fauste,  avoient  néanmoins  de  la  peine  à  suivre  la  vérité 
de  la  doctrine  de  S.  Augustin  dans  toute  sa  pureté.  Ainsi  ils 


I04i. 


8U 


22  ETAT  DES  LE  TU  ES 

éloient  assez  disposés  à  être  surpris  par  les  arlilicos  île  Eaus- 
te,  et  à  ne  pas  appercevoir  ses  faux  principes.  Tout  cela  cons- 

Conc.i.  i,  p.  pira  à  fortifier,  et  même  à  accroître  '  le  Sémipélagianisme 
dans  les  Gaules,  où  il  causa  duranl  plus  de  cent  ans  des  trou- 
bles et  des  divisions  fâcheuses,  en  commettant  les  uns  avec 
les  autres  les  plus  saints  et  les  plus  sçavans  personnages  de  ce 
V  siècle.  Enfin  ce  long  différent  ,  dit  le  I\  Sirmond,  fut 
terminé  en  529,  dans  le  11  Concile  d'Orange,  qui  décida 
par  les  sentimens  de  S.  Augustin  toutes  les  disputes  sur  la 
grâce  et  le  libre  arbitre.  11  est  remarquable  que  comme 
c'étoit  un  Evêque  des  Gaules  qui  a\oit  le  plus  contribué  à 
appuïer  et  répandre  l'erreur,  Dieu  voulut  se  servir  d'un  au- 
tre Evêque  Gaulois  pour  la  détruire.  S.  Cesaire  d'Arles  fut 

Genn..  vu.  m.,  c.  choisi  pour  cette  glorieuse  exécution.  D'abord  il  écrivit  con- 
tre Fauste  un  Traité  de  la  grâce  et  du  libre  arbitre,  que  nous 
n'avons  plus  malheureusement  ,  et  dans  lequel  il  prouvait 
par  l'Ecriture  et  les  Pères,  que  l'homme  ne  peut  de  lui-mê- 
me faire  aucun  bien,  s'il  n'est  prévenu  de  la  grâce  de  Dieu. 

Conc,  t.  t,  p.   'Ensuite  il  présida  au  II  Concile  d'Orange;  et  par  les  soins 

1672.    1C87.    ItUttf.  ,-,  1  1       I        f   •  1      t!     C'  '  ».    1 

a  u  ig78  ni-!»      (IU  "  se  donna  de  le  laire  approuver  par  le  S.  Siège,    et  île 
b Tiii.  Uwi.  s.       I  appuïer  par  la  prédication  de  sa  doctrine,  '' il  \intabout, 
quoiqu'avec  peine,  d'étouffer  le  reste  du  Pélagianisme  dans 
les  Gaules. 

XXXVIII.  Au  reste  quelque  répandu  qu'y  fût  le  Sé- 
mipélagiauisme  en  ce  siècle,  il  ne  faut  pas  s'imaginer  qu'il 
eût  entièrement  gagné  tout  le  monde  La  vérité  se  réserve 
toujours  des  adorateurs.  Outre  les  grands  hommes  qui  le 
Aag.  ep.  825.n.7.  combattirent  de  front,  comme  S.  Prosper ,  Hilaire,  '  et  quel- 
ques autres  généreux  amateurs  delà  vraie  grâce,  il  paroil 
par,  ce  qui  nous  reste  des  Ecrits  de  plusieurs  autres,  qu'ils  n'é- 
loient  point  souillés  de  cette  tache.  On  doit  mettre  de  ce 
nombre  S.  Hilaire  d'Arles,  comme  nous  le  montrerons  dans 
la  suite  ,  quoique  d'abord  prévenu  contre  la  doctrine  de 
S.  Augustin  ;  S.  Eucher  Evêque  de  Lyon,  Mamerl  Claudien. 
Prêtre  de  l'Eglise  de  Vienne;  S.  Loup  Evèque  de  Troies  ; 
Salvien,  quoique  Prêtre  de  Marseille  même  qui  fut  le  pre- 
mier berceau  de  cette  hérésie;  l'Auteur  des  premiers  actes 
de  S.  Victor  Martyr  delà  même  Ville;  l'Auteur  du  poëme 
d'un  mari  à  sa  femme  ,  que  nous  nommons  Prosper  Tiro 
après  le  vénérable  Bede;  Constance  Prêtre  de  l'Eglise  de 
Lyon;  S.  Honorât  Evèque  de  Marseille;  S.  Apollinaire  Si- 


DANS  LES  GAULES.   V  SIECLE.  23 

doinr  Evêque  do  Clermont,  quoique  grand  ami  de  Fausle, 
et  l'admirateur  de  sa  manière  d'écrire;  l'Abbé  Pomére  ,  et 
plusieurs  au  1res  que  nous  pourrions  encore  nommer,  si, cela 
n'étoit  trop  eunuïeux.  Non-seulement  ce  qui  nous  reste  de 
leurs  Ecrits ,  n'est  point  infecté  des  erreur  du  Sémipélagia- 
nisme  ;  mais  il  s'y  trouve  menu;  plusieurs  endroits,  qui  con- 
tiennent une  doctrine  toute  opposée.  De  même,  quoique  tout 
le  monde  ne  goûtât  pas  les  grandes  vérités  de  la  doctrine  de 
S.  Augustin  sur  la  grâce  et  la  prédestination ,  les  Ecrits  de 
ce  Père  ne  laissoient  pas  d'avoir  un  très-grand  nombre  de 
personnes  qui  les  lisoient.  Nous  avons  même  des  preuves  sw.  s.,i.»,ep. 
dans  S.  Sidoine,  qu'ils  éloient  entre  les  mains  des  femmes  p' 
comme  entre  celles  des  Sçavans. 

XXXIX.  Dans  tout  ce  que  nous  venons  de  dire  sur  le 
Sémipélagianismo,  nous  n'avons  pas  fait  difficulté  de  le  qualifier 
une  béresie,  en  parlant  de  ses  commencemens  comme  de  ses 
progrès.  Ce  ne  fut  toutefois  qu'après  le  second  Concile  d'O- 
range en  »2(.) ,  qu'il  mérita  proprement  celte  qualification. 
De  sorte  qu'avant  ce  temps-là  on  pom oit  parler  et  écrire  en 
Sémipelagien  ,  sans  être  formellement  bérétique.  Mais  il  est 
néanmoins  vrai  dédire ,  qu'il  y  avoit  autant  de  danger  que 
de  témérité  de  contredire  et  de  combattre,  comme  faisoient 
les  partisans  de  cette  bérésie ,  une  doctrine  qu'on  ne  pou-  Pro».  ad  Rn.  n. 
voit  pas  ignorer  être  celle  de  toute  l'Eglise.  Une  des  plus  fu- 
nestes suites  du  Sémipélagianisme  fut  le  Prédestinatianisme, 
si  fameux  dans  les  Ecrits  qui  nous  restent  des  Sémipélagiens. 
On  sait  assez ,  sans  qu'il  soit  besoin  d'en  parler,  combien 
Fausto  de  Hiès  en  particulier  sut  le  faire  Valoir  contre  ceux 
qui  ne  pensoient  pas  comme  lui. 

XL.  Autant  que  le  Sémipélagianisme  servit  à  soutenir 
les  letres  dans  nos  Gaules,  en  y  exerçant  les  esprits  et  les 
plumes;  autant  et  même  encore  plus  de  préjudice  leur  porta 
l'irruption  qu'y  firent  en  ce  siècle  plusieurs  Nations  barbares, 
dont  quelques-unes  y  fixèrent  leur  demeure.  '  On  y  vit  en  TiM.  Emp.,  t.  :;, 
même  tems  les  Quades  ,  les  Vandales ,  les  Sarmates  ,  les  S».  547'  ,t9' 
Alains,  les  Gépides,  les  Erules ,  les  Saxons,  les  Bourgui- 
gnons, les  Suéves,  les  Huns,  et  d'autres  après  ceux-là.  D'un 
autre  côté  les  Germains  étendirent  leurs  limites  dans  les  pais 
de  Spire,  de  Wormes  et  de  Maïenee.  Ils  s'emparèrent  de 
Strasbourg,  de  Terouane,  de  Tournai,  d'Arras ,  de  Reims 
et  d'Amiens.  'Ces  ravages  commencèrent  dans  nos  Gaules  pros.rhr..P.739| 

Jorn.,e.  31,  p.  411. 


24  ETAT  DES  LETRES     • 

dès  le  dernier  jour  de  l'an  406  ,  les  Alains  et  les  Vandales 
Pro».  de  Prov.,Y.  s'y  étant  jettes  ce  jour-là,  après  avoir   passé  le  Rhein.  'On 
Jîfp.  7«.IW'' ep'  voit  par  le  Poëme   sur  la  Providence  parmi  les  Œuvres  de 
S.  Prosper,  par  la  letre  de  S.  Jérôme  à  Averuchie,  par 
Salvien  et  divers  autres  Ecrivains  du  temps ,  en  quel  déplo- 
rable état  ces  Barbares  et  les  autres  qui  les  suivirent  de  près, 
réduisirent  toutes  les  Gaules.  Les  principales  villes  y  furent 
ruinées,  les  campagnes   ravagées ,  les  peuples  partie  égor- 
gés ,  partie  emmenés  captifs, 
jprn.  ibid.  i  Tiii.       XLI.  '  Il  est  vrai  qu'en  409  le  passage  des  Pyrénées  étant 
Emp,  t.s,  p.586.  ouverts  presque  tous  les  Barbares  qui  inondoient  les  Gaules, 
se  débordèrent  dans  l'Espagne.  Mais  ce  ne  fut  que  pour  ce- 
Pros.  chr..  p. 739 1   der  leur  place  au  Gots,  '  qui  aïant  quitté  l'Italie  sous  la  con- 
ibw!,pb6».'  TlM-  duitedeleur  Roi  Ataulphe,  vinrent  en  412  ravager  les  Gau- 
•  p.  640.  les  à  leur  tour. a  Ils  en  sortirent  pourtant  en  414  ou  415, 

pour  passer,  comme  les  autres  Barbares,  dans  l'Espagne,  d'où 
ils  retournèrent  de  nouveau  dans  les  Gaules  dès  l'année  418 
ou  419.  Alors  Constance,  qui  étoit  Général  de  l'Empe- 
reur Honorius ,  et  qui  fut  depuis  Auguste  lui-même ,  leur 
céda  le  pais  depuis  Toulouse  jusqu'à  l'Océan.  Ce  fut  ainsi 
que  les  Gots ,  qui   à  une  barbarie  extrême  joignoient  l'im- 

fuété  Arienne ,  s'établirent  dans  nos  Gaules.  Toulouse  fut 
eur  Capitale  durant  88  ans  que  dura  leur  Empire,  qu'ils 
étendirent  le  plus  qu'il  leur  fut  possible,  et  jusques  dans  l'Au- 
vergne d'un  côté,  et  de  l'autre  jusques  dans  le  fond  de  la 
Provence.  Cette  résidence  des  Gots  dans  nos  Gaules  servit 
MiÊr'7,B'i<96'  beaucoup  à  adoucir  leur  naturel  sauvage  et  barbare.  '  On 
i,  p.  tV'a .  "  croit  sur  un  endroit  de  S.  Sidoine ,  que  Theodoric  leur  Roi 
étudia  le  Droit  et  les  belles  letres  à  Toulouse ,  et  que  ce 
fut  sous  ce  même  Roi,  ou  sous  Euric  son  successeur,  que  les 
Gots  commencèrent  à  rédiger  par  écrit  les  loix  de  leur  gou- 
vernement. Enfin  après  que  Dieu  s'en  fut  servi  pour  humi- 
lier les  Gaulois,  et  punir  leurs  péchés,  il  les  fit  chasser  des 
Gaules  par  les  François,  qui  s'y  étoient  aussi  établis ,  com-, 
me  nous  allons  dire. 

XLIl.  Nous  ne  touchons  ces  tristes  évenemens  qu'au- 
tant qu'il  est  nécessaire  pour  montrer  le  rapport  qu'ils  ont  au 
sujet  que  nous  traitons.  On  verra  par  la  suite  qu'ils  furent 
l'origine  fatale  de  la  décadence  des  letres  dans  les  Gaules, 
comme  la  source  de  la  ruine  entière  de  l'Empire  en  Occi- 
dent. Et  déjà  l'on  comprend  sans  peine  qu'il  étoit  impossi- 
ble 


DANS  LES  GAULES.  V  SIECLE.  25 

ble  que  les  Letres,  dont  la  conservation  et  le  progrès  sont 
étroitement  liés  avec  la  paix,  la  tranquillité  et  le  calme  ,  se 
soutinssent  avec  quelque  honneur  au  milieu  de  tant  d'agita- 
tions, de  troubles ,  de  ravages ,  de  cruautés.  Quel  moïen  que 
la  politesse  de  nos  Gaulois ,  et  la  langue  Latine  qu'ils  par- 
loient  encore  assez  purement,  pussent  tenir  contre  des  mœurs 
et  un  jargon  aussi  barbares  que  l'étoient  les  noms  des  peu- 

tiles  étrangers  qui  les  dominoient  ?  Les  vaincus  en  subissant 
ejoug  des  victorieux,  ne  peuvent  se  dispenser  de  se  faire  à 
leurs  maximes,  et  de  suivre  leurs  coutumes.  Ce  fut  par  ce 
moïen  que  nos  Gaules  changèrent  entièrement  de  face  sous 
la  domination  de  tant  de  nations  étrangères ,  qui  n'aïant  de 
passion  que  pour  la  chasse  et  la  guerre ,  ne  pouvoient  avoir 
que  du  mépris  pour  les  Sciences  et  les  beaux  Arts,  dont  nos 
Gaulois  faisoient  profession. 

XLIII.  On  peut  juger  du  dommage  que  les  Letres  re- 
çurent dans  les  Gaules  de  l'irruption  de  ces  barbares ,  par 
celui  qu'elle  y  causa  à  l'Eglise.  '  Eu  rie  un  des  Rois  des  Vi-  sid.  s.,i.7,ep.  6, 
sigots,  qui  suivant  les  traces  de  ses  prédécesseurs,  travail-  l'' 
loit  à  y  étendre  sa  domination ,  n'en  vouloit  pas  moins  au 
Christianisme    qu'aux  Villes  qui   tenoient  encore  pour  les 
Romains.  Le  nom  de  catholicité  lui  étoit  si  odieux,  qu'il  se- 
roit  difficile  de  dire  laquelle  des  deux  passions  étoit  la  plus 
grande  en  lui ,  ou  celle  de  régner,  ou  celle  de  soutenir  son 
hérésie,    oui    étoit  l'Arianisme.  '  Il  avoit    fait  égorger    les  p-  ««*•  *<*5. 
Evêques  d  Auch,  de  Basas,  d'Eause  ,  de  Cominge  ,  de  Cabales 
aujourd'hui  Mande ,   de  Bourdeaux ,  de  Rhodes ,  de  Péri- 
gueux  ,  de  Limoges,  et  ne  souffroit  point  qu'on  leur  donnât 
de  successeurs ,  non  plus  qu'à  ceux  '  que  l'on  avoit  envoies  en  p-  «»6- 
exil.  '  De  sorte  que  la  foi  périssoit   avec  les   Evêques  ,  qui  p-  1025- 
l'annonçoient  au  peuple,  et  qui  la  défendoient  contre  ses  en- 
nemis. La  discipline  de  l'Eglise  ne  tomboit  pas  seulement  ; 
'  mais  le  souvenir  même  s'en  perdoit.  Par  ce  défaut  de  suc-  p-  ll)26- 
cession  des  evêques,  lorsqu'il  en  mouroit  quelqu'un,  c'étoit 
moins  un  Evêque  qui   mouroit  pour   cette  Eglise ,  que  le  Sa- 
cerdoce même.  Enfin  il  semble  que  l'on  n'avoit  point  d'au- 
tre but   que   de  détruire  la  Religion  Catholique ,  et  en  la 
détruisant ,  d'anéantir  les  Sciences  ecclésiastiques  et  profanes. 
Car  encore  alors,  et  cela  dura  jusqu'à  l'établissement  des  Mo- 
nastères,  des  Collèges  et  des  Universités,  on  n'enseignoit 
les  Sciences  ecclésiastiques  que  dans  les  Séminaires  sous  les 
Tome  IL  D 


gfi  ETAT  DES  LETRES 

yeux  des  Evêques,  qui  le  plus  souvent  prcnoient  eux-mêmes 
ce  soin.  Pour  les  Sciences  humaines ,  on  les  étudioit  dans  des 
Ecoles  publiques  ;  mais  quelle  apparence  y  avoil-il  d'en  ou- 
vrir sous  une  domination  qui  ne  les  pouvoit  goûter?  Elle  ne 
pcnnctloit  pas  même,  cette  domination,  que  l'on  sortit  des 
Gaules  pour  aller   ailleurs   fréquenter  les  Ecoles   célèbres. 
!.  9.  ep.  14,  p.       'On  en  trouve  un  exemple  en  la  personne  de   Bourguignon, 
jeune  homme  de  mérite,  fort  désireux  de  s'avancer  dans  les 
Sciences.    Mais   comme   il   demeuroit  en   Auvergne  ,   dont 
les  Visigols   se  rendirent   maîtres  vers  475  ,  les  conditions 
de  la  paix  avec  ces  barbares  l'empêchoient  d'aller  étudier  à 
Home ,  comme  il  le  souhaitoit. 
XLIV.  Cinq   ou  six  ans  avant  que  les  Gots  eussent  fixé 
Tiu.Emp.,1.5.  p.  leur  demeure  dans  les  Gaules,  '  les  Bourguignons,    qui  y 
avoient  déjà  fait  une  irruption ,  passèrent  le  Rhein  en  plus 
grand  nombre  qu'auparavant ,  et  s'y  vinrent  aussi  établir  en 
M'.).  C'est  à  celte  année  que  l'on   rapporte   le  commence- 
ment de  leur  empire  dans  les  Gaules  sous  leur  Hoi  Gondi- 
caire.  Outre  le  pais  auquel  ils  ont  donné  leur  nom,  ils  en 
possédèrent  encore  beaucoup  d'autres  dans  ce  que  nous  appel- 
ions aujourd'hui  le  Dauphiné  et  la  Savoie.  Us  furent  assez  long- 
ci.or.,  i.  4,  |  h,  temps  maîtres  de  Lyon  '  et  de  Vienne ,  dont  ils  lirem  la  capi- 
•  si'i  i'ar  i*  v    ,a',;^e  leurs  Etats.  aS.  Sidoine  fait  une  description  de  leur  exté- 
»■  !»•  rieur  et  de  leurs  mo'urs,  laquelle  n'est  pas  fort  avantageuse. 

Tiii.  ibi.i  .[..en.  h  |),ys  |»an  4|7  iis  embrassèrent  la  Eoi  Catholique  ;  mais  dans 
la  suite  après  410,  ils  eurent  le  malheur  dese  laisser  infecter  de 
l'hérésie  Arienne,  peut-être  parle  commerce  qu'ils  eurent  avec 
les  Gots.  C'est  à  cause  de  cette  hérésie  que  ces  deux  nations 
prolessoient  dans  nos  Gaules ,  que  la  plupart  des  Homélies 
imprimées  sous  le  nom  d'Eusebe  d'Emese,  mais  qui  sont  des 
Evêques  Gaulois  de  ce  siècle,  contiennent  plusieurs  traits 
contre  les  Ariens  et  les  Photiniens.  Au  reste  les  Bourgui- 
gnons étoient  presque  tous  artisans,  et  fort  satisfaits  de  ga- 

iijid.  |  Emis,  i gner  leur  vie  par  leur  travail. '  Ils  aimoient  naturellement  la' 

s*. p. $«.  t.».     pa&  }  et  trailoient  les  Gaulois  de  leurs  Etats  avec  douceur, 
sans  leur  faire  de  tort  ;  non  comme  dvs  peuples  conquis , 
mais  comme  leurs  frères  en  .1.  C.  Ainsi  à  leur  langage  près, 
sij.  iimi.  'qui  étoit  un  dialecte  du  Germain,  ils  ne  pouvoient  guéres 

nuire  à  la  profession  que  faisoient  nos  Gaulois  des  Sciences 
et  des  beaux  Arts.  Us  souiïroient  même  des  Ecoles  publi- 
ques à  Lyon  et  à  Vienne ,  comme  nous  dirons  dans  la  suite. 

Q A 


DANS  LES  GAULES.  V  SIECLE.  £7 

XLV.  Pour  ce  qui  est  des  François  ou  Franc»,  la  nation 
la  plus  belliqueuse  de.  celles  qui  vinrent  fondre  sur  les'Gaules  , 
ils  avoient  déjà  tenté  souvent  d'y  pénétrer.  Mais  ce  ne  fut  tui.  ibia.,p.  638. 
que  vers  il'H;  qu'ils  commencèrent  enfin  à  s'y  établir  ,  sur  les 
confins  du  Diocèse  de  ToHgres  prés  de.  Bruxelles  ,  sous  la 
conduite  de  Clodion  leur  Roi.  Plus  heureux  que  tous  les  au- 
tres peuples  étrangers,  qui  s'y  éloienl  jettes  avant  eux,  ils  subju- 
guèrent non-seulement  une  partie  des  (îaules,  comme,  avoient 
fait  les  Gots,  mais  ils  se  rendirent  encore  maîtres  de  tout  le. 
pais,  et  en  chassèrent  tous  les  Barbares  qui  y  a\ oient  choisi 
des  retraites,  hors  les  Bourguignons  qui  recherchèrent  leur 
amitié,  hiiss'y  étant  allérmis  et  rendus  puissans.  ils  se  mêlè- 
rent et  incorporèrent  de  telle  sorte  avec  les  Gaulois,  qu'ils 
ne  firent  plus  qu'une  seule  et  même  nation  :  avec  cet  avantage 
glorieux  pour  les  François,  que  la  nation  ainsi  composée  prit 
leur  nom  dans  la  suite,  comme  fit  aussi  la  Monarchie  qu'ils 
établirent,  et  qui  subsiste  encore  aujourd'hui  avec  autant 
de  réputation  et  de  gloire  que  jamais.  '11  arriva  de  Tu-  Bail.  jog. prej.,«. 
nion  de  ces  deux  peuples  et;  que  l'on  voit  arriver  du  mê-  lis  \  riaàr.  m™. 
lange  de  deux  différentes  couleurs,  qui  s'alliant  ensem-  clir-.n.  58,p.357 
ble,  perdent  chacune  de  sa  force,  et  forment  une.  troisième 
couleur  qui  efface  les  deux  autres.  De  même  ces  deux  peu- 
ples s'étant  étroitement  alliés  l'un  avec  l'autre,  s'enlre-com- 
muniquerent  leurs  lionnes  et  leurs  mauvaises  qualités.  Les 
François  s'adoucirent  par  le  commerce  et  les  habitudes  des 
Gaulois,  mais  les  Gaulois  devinrent  plus  iguorans  et  plus 
grossiers  ;  et  des  uns  et  des  autres  il  se  forma  une  nation 
comme  toute  nouvelle,  qui  n'étoit  ni  grossière ,  ni  barbare 
comme  Tavoient  été  les  Francs ,  mais  qui  n'étoit  non  plus 
ni  polie,  ni  instruite  dans  les  Letres,  comme  l'avoient  été  les 
Gaulois. 

XLVI.  11  y  auroit  beaucoup  de  choses  à  dire  sur  le  gé- 
nie de  ces  premiers  François  ;  mais  il  suffi  pour  notre  des- 
sein de  remarquer  ici,  '  qu'ils  vivoienl  enlr'eux  avec  beau-  rai.  Emp.,  t.  s, 
coup  d'union,  de  fidélité  et  de  justice,  et  qu'ils  étoient  bons  '''  *'97' 
et  civils  envers  les   étrangers.  C'est  le,  témoignage  que  leur 
rend  Agathias  ,  qui  vivoit  peu  de  temps  après  Procope  ,  qui 
n'en  parle  pas  si  avantageusement.  '  D'ailleurs ,   quoique   le  P.  mo. 
corps  de  la  nation  ait  persisté  dans  le  Paganisme  jusqu'à  la  con- 
version de  Clovis  ,  plusieurs  d'entr'eux  dès  long-temps  aupara- 
vant avoient  déjà  embrassé  la  Religion  Chrétienne,  qui  sert  plus 


23  ETAT  DES  LETRES 

Îue  toute  autre  chose  à  civiliser  les  peuples  les  plus  barbares, 
ïnsi  l'on  peut  dire  que  les  Francs,  lorsqu'ils  s'établirent  dans 
les  Gaules,  avoient  quelque  politesse  qui  devoit  les  rendre 
et  plus  susceptibles  de  celle  qu'ils  y  trouvèrent ,  et  plus  pro- 
pres à  y  hériter  des  Sciences  et  des  beaux  Arts  qui  y  fleuris- 
soient,  si  leur  passion  dominante  pour  là  chasse  et  pour  la 
guerre  ne  l'eût  emporté.  Ils  n'étoient  pas  même  sans  quelque 

voss.art.grara.,i.  connoissance  des  Letres,  'au  rapport  d'un  Ecrivain  assez 

*■ c' 9'  moderne,  qui  assure  qu'ils  avoient  à  leur  usage  trois  sortes  de 

caractères.  Les  uns  étoient  presque  semblables  aux  letres 
Grecques  ;  et  ce  fut  avec  ce  caractère  qu'un  certain  Wastalde 
écrivit  l'Histoire  des  Francs  en  la  langue  de  leur  pais.  Les 
autre  caractères  différent  de  ceux  de  Wastalde  avoient  .été 
inventés,  ou  plutôt  introduits ,  par  un  nommé  Dorac.  En- 
fin la  troisième  espèce  de  ces  caractères  avoit  été  apportée 
par  Hichus,  Franc  de  nation,  qui  étant  sorti  de  Scythie,  se  re- 
tira avec  Marcomir  vers  le  Rhein.  Vossius,  qui  rapporte  ce 
trait  d'Histoire  d'après  Corneille  Agrippa ,  remarque  n'a- 
voir rien  trouvé  de  semblable  dans  les  Auteurs  qui  l'ont 
précédé. 

XLVII.  Cela  n'empêcha  pas  que  la  domination  des  Fran- 
çois et  des  autres  nations  étrangères,  étant  ainsi  établie  , 
et  y  aiant  entièrement  éteint  celle  des  Romains ,  elle  n'en- 
sevelit sous  les  ruines  de  celle-ci  les  belles  Letres  avec  pres- 
que toutes  les  Sciences  qui  faisoient  auparavant  la  plus  grande 

Bail. ibid..  p. aïo.  gloire  de  cet  Empire.  'La  langue  Latine,  qu'on  avoit  parlé 
communément  dans  le  pais  depuis  lès  Empereurs ,  dégénéra 
successivement  en  langue  Romaine  ;  c'est-à-dire  en  une  lan- 
gue rustique,  qui  ne  retenoit  rien  de  l'autre  qu'une  émanation 
monstrueuse  et  corrompue,  et  que  l'on  ne  reconnoissoit  pres- 
que plus  que  par  le  caractère  de  ses  Idiomes.  Cette  corruption 
put  avoir  plusieurs  différentes  sources;  mais  elle  vint  parti- 

p.  si6.  an.  culierementde  ce  que  '  les  étrangers  habitués  dans  nos  Provin- 
ces, voulant  se  mêler  de  parler,  ou  d'écrire  en  Latin  qu'ils  ne» 
sçavoient  pas,  cette  ignorance  les  obligeoit  d'y  substituer  une 
infinité  de  mots  de  leur  langue  barbare ,  en  leur  donnant  des 
terminaisons  et  des  inflexions  latines.  Ensuite  ces  mots  ainsi 
fabriqués  passoient  d'autant  plus  aisément  en  usage ,  que  l'on 
se  piquoit  moins  de  conserver  la  pureté  de  la  Langue.  Ce 

sid.  s..i.  v.,ep.  mal  commença  de  bonne  heure  dans  nos  Gaules.  'Car  nous 
voïonsque  S.  Sidoine  s  en  plaignoit  de  son  temps,  cest-à- 


10,  p.  807. 


DANS  LES  GAULES.  V  SIECLE.  29 

dire  30  à  40  ans  avant  la  fin  de  ce  siècle.  '  Il  dit  ailleurs  en  ré-  car.  is,  t.  i.  e. 

pondant  à  Catullin  qui  lui  avoit  demandé  un  épithalame, 

qu'il  n'y  avoit  plus  moïen  de  faire  des  vers  au  milieu  d'une 

nation  qui  neparloit  que  le  Germain  ou  l'Allemah.  Il  veut 

dire  les  Bourguignons,  qui  étoient  alors  maîtres  de  Lyon,  où  il 

demeuroit. 

XLVIII.  'Il  falloit  donc  que  ceux  qui  vouloient  se  dis-  Bau.  oai.,  p.ais. 
tinguer  et  passer  pour  sçavans ,  étudiassent  la  langue  Latine 
comme  une  langue  étrangère.  Mais  il  y  en  avoit  très-peu 
qui  voulussent  s'en  donner  la  peine.  On  n'avoit  plus  les  mo- 
tifs et  l'émulation  qui  portoient  auparavant  à  cultiver,  et  à 
acquérir  les  Sciences.  'Une  domination  étrangère  énervoit  sid.  s..  i.3,«p.8, 
tous  les  jours  les  forces  de  l'Empire,  et  le  poussoit  avec  vio-  p-9,s- 
lence  à  sa  ruine.  Il  ne  lui  restoit  plus  ni  charges  ni  dignités 
pour  récompenser  le  mérite  de  ses  sujets;   et  cette  recom- 
pense leur  manquant  plutôt  que  leur  courage  pour  s'en  ren- 
dre dignes,  ils  négligeoient  et  de  fréquenter  les  Ecoles,  et 
de  hanter  le  Barreau,  qui  étoient  les  voies  ordinaires  pour  ar- 
river aux  honneurs.  '  Les  dignités  qui  servoient  le  plus  ordinai-  1. 8,  «p.  %  p. 1053. 
rement  à  distinguer  les  grands  du  commun  du  peuple,  étoient 
tellement  tombées  avec  l'Empire,  dès  le  temps  de  S.  Sidoine, 
que  la  çonnoissance  des  letres  étoit  le  seul  endroit  par  lequel 
la  noblesse  se  distinguoit  du  reste  des  citoïens.  Mais  comme 
cette  dernière  marque  de  distinction ,  et  ces  mêmes  dignités 
étoient  connexes,  celles-ci  venant  à  tomber  il  falloit  qu'elles 
entraînassent  l'autre  dans  leur  chute  ;  et  c'est  ce  qui  arriva. 
Quant  aux  étrangers  qui  dominoient  dans  les  Gaules,  ils 
étoient  de  ceux 'dont  parle  le  même  S.  Sidoine,  qui  n'en-  1.5,  ep.  io,p.983. 
tendant  rien  aux  Sciences  et  aux  beaux  Arts,  ne  faisoient 
aucun  cas  de  ceux  qui  s'y  appliquoient.   De  sorte  que  tout 
conspiroit  à  faire  négliger  l'étude,  et  qu'il  se  trouvoit  très- 

f>eu  de  personnes  qui  fissent  honneur  aux  Letres.  '  Le  soin  que  1.  ».,  ep.  »,  p. 
'on  prenoit  d'y  avancer,  au  jugement  du  même  Auteur,  ne  mé-  96i' 
ritoit  pas  qu'on  en  parlât ,  et  il  n'y  avoit  pas  plus  d'espérance 
pour  1  avenir. 

XLIX.   La  suite  des  temps  ne  vérifia  que  trop  la  juste 
crainte  de  S.  Sidoine  à  ce  sujet.  Nos  Gaulois  comme  les  au- 
tres 'négligèrent   presque   entièrement   l'étude    des  Histo-  Baii.,ibid.,p.3i7. 
riens ,  des  Poètes ,  des  Orateurs  et  des  autres  Auteurs  pro- 
fanes. 'Le  mal  en  étoit  venu  jusqu'à  ce  point  dans  lesGau-  ci.  m.  adsap.,p. 
les,  que  Mamert  Claudien,   qui  en  gémissoit  amèrement,  536- 
5 


30  ETAT    DES    EETRES 

('■toit  prêt  en  son  temps  ,  c'est-à-dire ,  environ  dix  à  douze  ans 
après  le  milieu  de  ce  siècle,  de  l'aire  l'épitaphe  des  Sciences  , 
sans  l'espérance  que  lui  donnoit  un  petit  nombre  de  Sçavans, 
qui  travailloient  encore  à  les  faire  revivre.  Non-seulement 
on  y  négligeoit  la  langue  Latine ,  mais  on  avoit  même 
quelque  honte  de  la  parler.   Ea  Grammaire  y  étoit  souverai- 

p.  .%37  nement  méprisée.  'On  y  redoutoit  la  Dialectique ,  selon  l'ex- 

pression de  ce  sçavant  Gaulois,  comme  une  Amazone  qui  va 
au  combat  l'épée  à  la  main.  On  y  rejeltoit  la  Musique ,  la  Géo- 
métrie et  l'Arithmétique,  comme  autant  de  furies;  et  l'on  n'y, 
parloit  de  la  Philosophie  que  comme  d'une  bête  de  mauvais 
augure. 

p.  531.  sis.  E.  'Pour  la  véritable  Rhétorique,  on  ne  lui  faisoit  plus 

aucun  accueil  ;  ou  si  on  lui  en  faisoit,  ce  n'étoit  que  pour  la 

p.  s»,  traiter  indignement, 'soit  en  énervant  sa  force  naturelle  par 

des  cadences  étrangères  et  affectées,  soit  en  la  réduisant  à  de 
grands  mots  qui  remplissoient  la  bouche ,  mais  que  souvent 
on  n'entendoit  pas,  ou  qui  ne  signilioient  rien.  Ainsi  dès  ce 

Tiii.  i.  i;.,  i.  16,  V  siècle  on  commença  '  à  faire  consister  l'art  de  l'Eloquon- 

p'  l89'  ce  à  ne  se  faire  entendre  qu'à  peu  de  personnes,  et  par  une 

grande  contention  d'esprit.  C'est  de  quoi  nous  fournissent 
des  preuves  les  Ecrits  de  S.Apollinaire  Sidoine,  et  de  quel- 
ques autres  Auteurs  de  ce  même  temps.  Ea  Poésie  se  sentit 

p.mi.  vit.  Man.  aussi  de  la  décadence  de  tout  le  reste.  'Elle  commença  dès 
ce  même  siècle  à  perdre  beaucoup  de  ses  anciennes  beau- 
tés. Nos  Poêles  se  donnèrent  dès  lors  la  licence,  à  l'exem- 
ple dos  Grecs,  do  changer  la  quantité  des  syllabes,  en  faisant 
longues  celle;  qui  son  brèves  de  leur  nature,  et  brèves  cel- 
les qui  sont  longues.  On  en  accuse  en  particulier  S.  Sidoi- 
ne, Paulin  de  Périgueux  ;  et  l'on  prétend  même  le  faire  re- 
monler  jusqu'à  S.  Prosper.  Il  n'y  eut  pas  jusqu'à  la  Méde- 
cine sur  laquelle  la  barbarie  n'étendit  son  empire.  Au  lieu  de 

s..i .,  i.  -i,  pp.  ti,  ces  Médecins  habiles  de   l'antiquité,  'ceux  de   ce  V   siècle 

''•  "'"•  éloientii  la  vérité  très-prompts  à  proposer  des  remèdes,  mais 

non  à  s'accorder  ensemble  ;  assez  assidus  auprès  des  malades, 
mais  peu  habiles  à  les  soulager,  et  en  tuoient  plusieurs  par  l'ex- 
cès de  leurs  bons  offices. 

ci.  m.,  ihi.i.,  p.  Ll;  'Ce  n'est  pas  que  ce  siècle  n'eût  encore  dans  nos  Gau- 
les des  esprits  propres  à  toutes  ces  sciences.  Ils  y  étoient 
eqçore  tels  qu'on  les  y  avoit  vus  anciennement  ;  car  le  genre 
humain  ne  peut  pas  être  différent  de  lui-même.  Mais  c'est 


i" 


DANS    LES  GAULES.  V  SIECLE.  31 

que  l'on  y  manquait  et  de  zélé  et  d'application  pour  l'étude. 
C'étoil  donc  moins  au  génie  des  hommee  de  ce  siècle,  qu'il 
falloit  s'en  prendre,  qu'à  leur  négligence  affectée.  Bien  loin 
de  s'appliquer  à  perfectionner  ce  qui  avoit  été  déjà  inventé, 
ils  ne  vouloient  pas  même  se  donner  la  peiné  de  s'en  instrui- 
re f)e  cette  négligence  déplorable  à  acquérir  les  sciences, 
s'ensuivit  la  ruine  entière  '  de  la  vertu  à  laquelle  les  scien- 
ces servent  d'introduction.  Nos  Gaulois  aïaut  ainsi  perdu  le 
goût  pour  les  belles  Letres  ,  n'en  eurent  plus  que  pour 
les  délices ,  et  tournèrent  tous  leurs  soins  à  amasser  des  ri- 
chesses. Leur  vie  ne  fut  plus  qu'une  vie  d'oisiveté,  de  mo- 
lesse  et  d'ignorance.  C'est  ainsi  qu'en  parle  Mamert  Clau- 
dien.  '  S.  Sidoine  reprend  les  mêmes  défauts  dans  la  jeunesse  sid.,  t.  1,  «P.  3, 
Gauloise  de  ce  lems-là ,  et  l'accuse  d'être  tout  ensemble  et  p 
superbe  et  paresseuse;.  '  S'érigeant,  dit-il ,  en  Philosophes  à  q>.  *,  p-  se. 
contre-temps,  ils  font  semblant  au  milieu  de  leurs  débauches 
de  méprisci-  les  dignités,  auxquels  il  n'osent  aspirer;  parce 
qu'ils  n'ont  pas  le  courage  de  travailler  pour  les  mériler,  et 
pour  se  rendre  capables  de  les  exercer.  La  gradation  est 
tout-à-fait  remarquable.  L'irruption  des  barbares  causa  la 
ruine  entière  de  l'Empire;  la  ruine  de  l'Empire  entraîna  avec 
elle  l'émulation  que  l'on  avoit  à  cultiver  les  sciences;  ce  dé- 
faut d'émulation  causa  la  négligence  et  le  mépris  pour  les 
Letres;  cette  négligence  et  ce  mépris  conduisirent  à  l'oisi- 
veté et  à  la  paresse;  l'oisiveté  et  la  paresse  jetterent  dans  l'i- 
gnorance, qui  en  est  la  suite  nécessaire;  et  l'ignorance  enfin 
précipita  dans  le  vice  et  le  dérèglement. 

LU.  Il  seroit  difficile  de  détailler  toutes  les  autres  fâcheu- 
ses suites  qu'eut  l'ignorance,  aussi-bien  que  toutes  les  diffé- 
rentes causes  qui  conspirèrent  à  la  produire.  Mais  nous  ne 
devons  pas  oublier  de  mettre  de  ce  nombre  la  maxime  de 
réduire  en  abrégé  ce  que  les  Anciens  avoient  écrit  en  de 
gros  volumes.  On  vil  des  exemples  de  cette  pratique  dès  les 
siècles  précédons  ;  '  mais  ce  fut  en  celui-ci  qu'elle  com-  Amp.  pr,  p. s. 
menca  à  passer  en  usage.  Comme  le  nombre  des  personnes 
studieuses  ,  et  portées  à  lire  beaucoup,  diminuoit  tous  les 
jours  ,  les  Auteurs  négligèrent  la  lileralure  ,  et  se  dégoû- 
tèrent d'écrire;  car  on  ne  se  plaît  à  le  faire  qu'autant  qu'on 
se  peut  flatter  qu'on  aura  de  lecteurs.  Mais  au  lieu  d'Auteurs 

1  '  On  lil  dans  le  I  s\|p,  pnsium  ptirro  ile.lit  cum  doctrina  virlutem;  mais  le  sens  fait    Ci.  M.  ad  San.,  p. 
voir  qu'il  faut  lire,  yessum  porrà  tiédit,  etc.  53g. 


32  ETAT  DES  LETRES 

originaux  il  s'éleva  beaucoup  d'abréviateurs.  Ceux-ci  dans 
le  dégoût  où  l'on  étoit  pour  la  lecture,  crurent  faire  plaisir  au 
public  ,  en  lui  donnant  le  moïen  de  lire  en  quelques  heu- 
res ce  qu'il  n'auroit  pu  faire  en  plusieurs  mois.  Aspirant  donc 
à  passer  eux-mêmes  pour  sçavans,  et  vo'iant  les  gros  Ou- 

p.  s.  vrages  des  Anciens  ensevelis  dans  la  poussière ,  '  sans  que 

presque  personne  daignât  les  ouvrir  pour  les  lire,  la  triste 
nécessité  présente  leur  inspira  un  moïen  de  les  faire  connoî- 
tre  aux  public,  et  de  se  procurer  à  eux-mêmes  de  la  réputa- 
tion, par  le  soin  qu'ils  prendroient  de  renouveller  celle  des 
autres.  C'est  en  quoi  ils  crurent  réussir,  en  donnant  des  abré- 
gés de  ces  gros  volumes. 

ibid.  LUI.  '  Tous  les  Abréviateurs  ne  s'y  prirent  pas  de  la 

même  manière.  Les  uns  se  bornèrent  à  faire  simplement  un 
abrégé  de  leurs  Auteurs,  en  se  servant  de  leurs  expressions 
mêmes,  sans  y  rien  [changer,  ou  tout  au  plus  que  très-peu 
de  chose.  D'autres  composoient  ces  abrégés  en  les  puisant 
dans  divers  Auteurs,  mais  dont  ils  prenoient  seulement  ce  qui 
leur  sembloit  le  plus"  digne  de  remarque,  en  le  mettant  dans 
le  style  qu'ils  se  îbrmoient.  Il  semble  que  ce  soit  de  cette  sorte 
qu'Ampelius  a  dressé  le  Mémoire  abrégé  que  nous  avons 
de  lui.  Quelques  autres  aiant  devant  eux  plusieurs  Auteurs 
sur  «la  même  matière ,  prenoient  des  lambeaux  tantôt  de 
l'un,  tantôt  de  l'autre,  et  en  formoient  ainsi  un  corps  d'Ou- 
vrage. C'est  de  cette  sorte  que  Tribonien  composa  les  Diges- 
tes, des  Ecrits  et  des  Commentaires  de  divers  Jurisconsul- 
tes. Ceux-ci  exécutoient  leur  dessein  en  rédigeant  en  lieux 
communs  ,  et  sous  divers  titres,  tout  ce  qu'ils  recueilloient 
de  meilleur  des  Auteurs  qu'ils  lisoient.  On  croit  que  ce  fut 
ainsi  que  Constantin  Porphyrogenete  long-tems  après  ,  au 
X  siècle  composa  son  Histoire ,  et  que  c'est  par  le  même 
moïen  que  se  sont  conservés  quelques  fragmens  des  Anciens, 

p- 1-  comme  de  Polybe  ,  de  S.  Jean  de  Damas,  etc.  '  Ceux-là  se 

contentaient  de  jetter  sur  le  papier  les  plus  belles  senten- 
ces ,  les  portraits  des  personnes ,  les  descriptions  des  lieux 
et  des  autres  choses  qui  leur  plaisoient  le  plus  dans  leurs-  lec- 
tures. Enfin  beaucoup  d'autres  à  mesure  qu'ils  lisoient ,  met- 
taient par  écrit  pour  leur  usage  particulier,  ce  qu'ils  en  iu- 
geoient  le  plus  intéressant,  en  conservant  néanmoins  l'ordre 
de  ce  qu'ils  avoient  lu.  Dans  la  suite  il  est  arrivé  que  ces  Mé- 
moires ou  Extraits,  ces  Précis  ou  Analyses  se  trouvant  dans 


DANS  LES  GAULES,  V  SIECLE.  33 

les  Bibliothèques,  ont  passé  pour  les  Ouvrages  entiers  des 
Auteurs  originaux  ;  et  la  postérité  le  a  long-tems  regardés 
comme  tels. 

LIV.  '  Il  se  trouve  des  Sçavans  qui  blâment  fort  ces  Abré-  P.  8. 
viateurs ,  comme  coupables  de  la  perte  de  tant  d'excellens 
Ouvrages  des  Anciens  ,  dont  ces  sortes  d'Abrégés  ont  été 
la  première  cause.  Car  la  postérité  étant  devenue  moins  stu- 
dieuse, elle  se  contentoit  aisément  de  ces  Extraits,  et  né- 
gligeoit  de  conserver  les  Originaux ,  qui  lui  étoient  devenus 
à  charge  pour  leur  grosseur.  D'autres  au  contraire  prétendent 
que  ces  Abréviateurs  n'ont  pas  été  si  préjudiciables  à  la  li- 
terature  que  l'on  pourroit  se  l'imaginer.  Pour  appuïer  ce  sen- 
timent ,  ils  supposent  comme  certain,  que  si  ces  Abréviateurs 
ne  nous  eussent  pas  conservé  quelques  planches  de  ce  nau- 
frage que  les  barbares  causèrent  aux  letres,  il  ne  nous  seroit 
rien  resté  de  ces  sçavans  monumens  de  l'antiquité.  Ainsi  ils 
jugent  qu'il  vaut  bien  mieux  en  avoir  quelques  fragmens,  que 
de  n'en  avoir  rien  du  tout.  Mais  si  l'on  croit  ce  raisonnement 
capable  de  décharger  les  Abréviateurs  du  blâme  dont  on  les 
charge,  il  ne  les  justifie  point  d'avoir  contribué  à  introduire 
l'ignorance,  en  contribuant  à  entretenir  la  paresse.  En  effet 
on  doit  raisonner  à  peu  près  de  ces  anciens  Abrégés  comme 
les  plus  habiles  raisonnent  des  Dictionnaires  historiques  et 
moraux,  qui  sont  devenus  aujourd'hui  si  fort  à  la  mode,  et 
qui,  selon  eux,  pour  quelques  connoissances  superficielles 
qu'ils  donnent,  détournent  grand  nombre  de  personnes  de 
s'instruire  à  fond  sur  les  sources  et  les  originaux. 

LV.  En  perdant  ainsi  le  bon  goût  pour  les  Anciens,  on 
perdit  la  connoissance  de  l'antiquité,-  et  on  laissa  tomber  la 
bonne  critique.   De-là  s'ensuivirent  divers  fâcheux  inconvé- 
niens  pour  la'  literature.  Car 'faute  de  ces  secours  on  reçut  fuu.  mœ.  chr.,n. 
aisément  des  Ecrits  supposés  sous  des  noms  illustres  d'Auteurs  M'  p" 3M" 359' 
Ecclésiastiques  ;   et  l'on  devint  trop  crédule  pour  les  mi- 
racles. Il  étoit  si  constant  que  les  Apôtres  et  leurs  Disciples 
en  avoient  fait  une  infinité,  et  qu'il  s'en  faisoit  tous  les  jours 
aux  tombeaux  des  Martyrs ,   que   l'on  n'y  apportoit  plus 
d'examen.  Les  Histoires  qui  en  contenoient  un  plus  grand 
nombre,  et  de  plus  d'extraordinaires,  étoient  les  plus  agréables 
et  les  mieux  reçues.  Cependant  on  ne  vit  presque  plus  dans  la 
suite  d'autres  Ecrivains,  sinon  des  Théologiens  et  des  Au- 
teurs de  semblables  Histoires.  '  Les  premiers  étoient  ceux  Baii.,ibid.,p.  317. 
5  *       Tome  IL  E 


34  KTAT  DES  LE TRES 

qui  ;ri;inl  quelques  lalens  plus  que  les  «titres,  les  emploïoient 
à  catéchiser  les  ignorans  el  à  écrire  pour  lu  conversion  de 
ceux  des  barbares  qui  étoienl  (tu  païens  ou  hérétiques.  Mais 

i,.3i8.  u'aïaiil  aucune   teinture  des  belles  lelres,  '  ils  se  soudoient 

peu  de  la  pureté  du  discours,  el  ne  recberclioient  que  celle 
de  la  loi  et  des  mœurs.  Les  seconds  n'avoienl  presque  pas 
d'autres  qualités  remarquables  que  la  naïveté  et  la  bonne  loi. 
Comme  ils  manquoient  tous  de  critique,  et  que  la  plupart 
éloient  faciles  ,  simples  et  crédules  ,  il  se  laissoient  volon- 
tiers imposer;  et  le  défaut  d'exactitude  et  de  précaution  les 
faisoit  aisément  tomber  dans  la  séduction  et  l'erreur. 

LV1.  Encore,  quelque  peu  estimables  que  fussent  ces  His- 
toriens, l'ardeur  qu'ils  pouvoient  avoir  pour  écrire,  se  trou- 
vait arrêtée  par  une  basse  el  maligne  passion  ,  qui  porloit  à 
critiquer  ce  qu'ils  écrhoienl.  On  vit  des  traces  de  cette  ma- 
ladie dans  les  Gaules  avanl  la  fin  de  ce  siècle;  el  l'on  ne  sçau- 
roil  dire  au  vrai  à  quoi  elle  devait  son  origine,  l'eul-êlre 
le  dégoût  et  le  mépris  que  la  plupart  avoienl  alors  pour  les 
lelres,  en  éloient  la  première  et  principale  source.  On  est  na- 
turellement porté  à  censurer  ce  que  l'on  ne  goûte  pas ,  et 
que  l'on  méprise,  et  à  concevoir  de  la  jalousie  de  l'honneur 
qu'en  tirent  les  autres.  Ainsi,  comme  dans  celle  décadence 
des  lelres  il  n'y  avoit  presque  plus  que  les  Ecclésiastiques  et  les 

s;a.  <i.  i.  3,  ep.  Moines  qui  se  mêlassent  d'écrire,  '  si-tôt  qu'ils  commençoient 
un  Ouvrage,  particulièrement  sur  l'Histoire,  ils  éloient  assu- 
rés de  s'attirer  de  l'envie  et  de  la  jalousie;  et  ils  ne  l'avoient 
pas  fini ,  que  la  hame  étoit  la  récompense  de  leur  travail. 
Quelque  sujet  qu'ils  entreprissent  de  traiter ,  s'ils  y  faisaient 
mention  des  gens  de  bien ,  ils  en  recevaient  peu  de  satisfac- 
tion. S'ils  y  parloient  des  personnes  distinguées  par  leur  rang, 
aussi-lôl  on  regardait  ces  Écrits  comme  des  espèces  de  Saty- 
res. S'ils  ne  donnoient  que  quelque  ebose  de  simple  et  de  mé- 
diocre, on  les  faisoit  passer  pour  des  insensés.  S'ils  publioient 
nu  ou\rage  exact  et  parfait,  on  les  laxoil  de  présomption.  S'il 
s  a^issoit  d'écrire  sur  ce  qui  se  pussoit  actuellement,  ils  ne  le 
|iou\oieiil  l'aire  qu'à  demi,  pour  le  péril  qu'il  y  avoit  à  dire 
la  vérité.  D'un  autre  côté  il  n'y  avoit  pasmoïeu  d'écrire  pour 
ne  dire  que  des  faussetés,  à  cause  de  la  boute  dont  il  se  se- 
roienl  couverts.  Que  s'ils  entreprenoient  de  ne  parler  que  de 
te  qui  les  regardoil,  ils  passoient  pour  arrogans.  S'ils  tou- 
elioienl  ce  qui  regardoil  les  autres,  on  les  accusoit  de  témé- 


1>.  9Ct. 


DANS  LES  GAULES.  V  SIECLE.  33 

rite.  Enfin  si  pour  éviter  ces  inconvcniens ,  ils  n'écrivoient 
que  sur  les  faits  du  temps  passé,  ou  le  traitoit  d'amusement 
inutile.  De  sorte  que  tout  cela  iuspiroit  aux  gens  de  lelres  une 
aversion  extrême  pour  le  genre  historique. 

LV1I.  La  divine  Providence,  dont  les  ressources  sont  in- 
finies, et  qui  avoit  sur  nos  Gaules  des  vues  particulières  que 
nous  apperccvons  aujourd'hui  mieux  que  jamais  ,  apporta 
deux  principaux  remèdes  à  cette  corruption  générale ,  qui 
avoit  si  étrangement  défiguré  la  face  de  nos  Provinces.  Le  pre- 
mier et  le  plus  efficace  fut  sans  contredit  d'y  conserver  la  Reli- 
gion, qui  contribua  plus  que  tout  le  reste  à  y  entretenir  quel- 
que politesse  et  quelque  connoissance  des  lelres.  L'autre  re- 
mède fut  d'y  répandre  l'institut  monastique,  qui  servit  beau- 
coup à  y  conserver  la  Religion  elle-même  dans  sa  pureté. 
Nous  l'a\ons  déjà  vu  établi  dans  nos  Gaules  dés  le  siècle  pré- 
cédent; mais  ce  fut  en  celui-ci  qu'il  se  répandit  presque  par 
toutes  nos  Provinces.  Le  grand  nombre  de  Monastères  qui 
s'y  formèrent,  furent  autant  d'écoles  de  pieté  contre  la  cor- 
ruption du  siècle  ,  et  autant  d'azyles  contre  la  décadence 
des  letres.  On  y  enseigna  non-seulement  les  letres  sacrées  et 
ecclésiastiques,  mais  encore  les  sciences  humaines  et  les  arts 
libéraux  ,  tant  aux  Etrangers  qu'aux  Moines  qui  habitoient 
ces  Monastères.  C'est  ce  que  nous  ferons  voir  plus  en  détail  sur 
les  siècles  suivans.  Nous  nous  bornerons  ici  à  en  donner  les 
premières  preuves,  en  faisant  le  dénombrement  des  princi- 
paux Monastères  que  l'on  érigea  en  ce  siècle,  sans  néanmoins 
entreprendre  de  les  nommer  tous  si  exactement ,  que  nous 
n'en  oubliions  aucun. 

LVIIL  '  Cassien,  qui  au  commencement  de  ce  siècle  etoit  ««m.  vir.  iii.  e. 
venu  fixer  sa  demeure  à  Marseille,  comme  nous  l'avons  déjà  "' 
dit,  y  en  établit  deux,  l'un  d'hommes,  el  l'autre  de  filles.  '  Le  <;aii.  chr.  no»,  i. 
premier,  qui  est  aujourd'hui  l'Abbaïe  de  S.  Victor,  a  toujours  '"  p* 610' 68'' 
été  fort  célèbre,  et  a  donné  de  grands  hommes  à  notre  Fran- 
ce. Ce  fut  dans  ce  Monastère  eu  particulier,  que  s'élevèrent 
après  les  premières  années  de  ce  siècle  les  fameuses  contesta- 
tions sur  les  matières  de  la  Grâce,  qui  troublèrent  long-temps 
l'Eglise  des  Gaules.  'S.  Castor  Evêque  d'Apt  avoit  établi  un  au-  Cui.imi.  pr.p.i. 
tre  Monastère ,  soit  à  Nîmes ,  comme  quelques-uns  préten- 
dent, soit  dans  son  Diocèse,  ce  qui  paraît  plus  vrai-semblable. 
Ce  Monastère  étoit  encore  informe,  lorsque  cet  Evêque  porta 
Cassien  à  lui  écrire  les  Instituts  des  Pères  de  l'Egypte  et  de  la 

E  i j 


36  ETAT  DES  LETRES 

coii.i.pr.,p.297.  Palestine,  afin  qu'ils  servissent  à  former  ses  Moines.  '  Au  bout 
de  quelque  temps  il  pressa  encore  Cassien  de  lui  écrire  de  la 
même  manière,  et  pour  la  même  fin,  le3  conférences  spirituel- 

cou.  ii.  i8.  pr.,  les  qu'il  avoient  eues  avec  les  Solitaires  de  Sceté.  '  Les  Isles  Stœ- 

p.  553-7M.  cades,  ou  Stoccades  aujourd'hui  d'Hyeres  ("  sur  la  côte  de 

Provence,  étoient  encore  une  pépinière  de  Moines,  qui  fai- 
sant fleurir  la  vie  des  Cénobites  et  des  Anachorètes  dans  les 

Euch.  ad  Hu.,  p.  Provinces  des  Gaules,  '  y  représentoient  une  image  de  l'Egyp- 

Tcass  ibid         *e*  *  ^e  ^u*  aux  Moines  de  ces  Isles  Stoccades,  que  Cassien 
adressa  ses  sept  dernières  Conférences,  vers  l'an  427.  Peu  de 
■nu.  h.  E.,t.  i6,  temps  après,    et  avant  le  milieu  de  ce  siècle,  on  vit  se  for- 
p.  1*4-146.  raer  je  c£j£{jre  Monastère  de  Condat  ou  Condatiscone ,  au- 

Boii.  asFev.  740.  jourd'hui  de  S.  Claude  en  Franche-Comté  ;  '  et  bientôt  de  ce- 
746'  lui-là  en  sortirent  plusieurs  autres  dans  la  Sequanoise,  comme 

sid.  s.  î.  9.  eP.  celui  de  la  Baume  pour  des  filles,  et  celui  de  Laucone.  '  Dom- 
î»5  9684iii8.'ni9.'  nule  illustre  Poète  de  ce  temps-là,  se  faisoit  un  mérite  de 
visiter  souvent  ces  Monastères  du  Mont  Jura,  qui  donnèrent 
quelques  hommes  de  letres  au  siècle  suivant. 
Boii.i.Jan.,p.55.      LIX.  '  Le  Monastère  deJGrinni,  ou  Grigni,  que  les  Evo- 
ques de  Vienne  fondèrent  dans  leur  Diocèse,  devint  aussi 
fort  célèbre  dès  ce  même  siècle.  On  y  comptoit  jusqu'à  qua- 
sid.,  i.  7,  eP.  i7,  tre  cens  Moines,  qui  suivoient,  ce  semble,  une  règle  diffe- 
p' 47î'  rente  de  celle  des  Moines  de  Lerins.  Il  y  a  toute  apparence 

sid.,  î.  4,  ep.  n,  que  ce  fut  dans  ce  Monastère  que  Mamert  '  Claudien  depuis 
Prêtre  de  l'Eglise  de  Vienne,  se  fit  Moine  en  sa  jeunesse.  Il 
faut  que  les  études  y  fussent  bien  florissantes ,  puisqu'il  y  com- 
mença d'acquérir  par  l'étude  des  Auteurs  Grecs  et  Latins , 
i.  7,  eP.  i7,  p.  ce  sçavoir  éminent  qui  le  rendit  si  célèbre  dans  la  suite.  '  Vers 
ce  même  temps  il  y  avoit  un  autre  Monastère  en  Auvergne 
près  de  Clermont.  Abraham  qui  étoit  venu  des  pais  Orien- 
Mab.  aci.  b.,  1. 1,  taux,  en  fut  le  premier  Abbé.  '  Avant  la  fin  de  ce  siècle  on  en 
p^s63|Rur.,  î.î,  vjt  encore  ^eu%  autreSi  i'un  a  ^gde  fondé  par  S.  Sevére,où 

il  y  avoit  360  Moines;  l'autre  à  Arles ,  ou  dans  le  voisinage, 
ça»,  vit.,  1. 1,11.  Celui-ci  étoit  gouverné  par  le  sçavant  Abbé  Pomere,  'qui 

auparavant  avoit  enseigné  la  Réthorique  dans  la  même  ville, 
Enn.,  i.  s,  ep.  6,  '  où  il  continua  de  faire  fleurir  la  belle  latinité  sur  les  bords 
Çiii.,'ibid.,P.i*4.  du  Rhône.  '  A  Lyon  l'Abbaye  d'Ainay  paroît  avoir  subsisté  au 

moins  dès  ce  même  temps  ;  puisque  la  Reine  Brunehaud  la  fit 
t.  3,  p.  ae.         rétablir  ;  ce  qui  marque  qu'elle  étoit  alors  fort  ancienne.  '  On 

Val.,not.  Gall.,n.       1    Monsieur  Valois  vent  cependant  que  ce  soit  celles  d'If,  et  les  deux    antres   qui 
532.  2.  «ont  devant  Marseille. 


p.  260. 


!i 


DANS  LES  GAULES.   V  SIECLE.  37 

croit  qu'elle  fut  bâtie  au  même  endroit  où  étoit  le  Temple 
qui  servoit  aux  fameux  exercices  literaires  en  Grec  et  en  La- 
tin ,  dont  nous  avons  parlé  sur  le  premier  siècle.  Il  se  nom- 
moit  Athanacum ,  peut-être  pour  Athenœum.  C'est  de-là  que 
seront  venus  à  cette  Abbaïe ,  aujourd'hui  Eglise  collégiale , 
le  nom  latin  Monasterium  Athanacense,  et  le  nom  vulgaire 
d'Ainay.  L'on  rapporte  aussi  à  l'an  498  les  commencemens  de 
l'Abbaïe  de  Micy,  ou  S.  Mesmin  près  d'Orléans. 

LX.   Mais  de  tous  les  Monastères  qui  s'établirent  dans 
les  Gaules  en  ce  siècle,  'il  n'y  en  eut  aucun  qui  fût  aussi  il-  1. 12.  P.  *7t. 
lustre  que  celui  de  l'Isle  de  Lerins.  Tout  ce  qui  regarde  cette 
Isle  célèbre  est  précieux  et  mériteroit  d'être  connu.  Elle  est 
située  à  l'extrémité  de  la  Provence,  et  opposée  à  l'ancienne 
ville  d'Antibe ,  dont  l'Evêché  a  été  transféré  à  Grasse.  Au- 
jourd'hui elle  est  de  ce  Diocèse ,  quoiqu'il  conste  par  l'His- 
toire qu'elle  reconnoissoit  alors  l'Evêque  de  Frejus.  On  croit 
ue  c'est  la  même  Isle  que  Strabon  appelle  Planasie,  et  où 
u  temps  de  Pline  il  restoit  encore  quelque  mémoire  d'une 
ville  qui  y  avoit  été  autrefois  nommée  Vergoanne.  '  Lors-  hu.  de  Hon.,  p. 
que   S.  Honorât,  depuis  Evêque  d'Arles,  s'y  retira,   elle  M' '" 
étoit  déserte  et  sans  habitans.  On  n'osoit  même  y  aborder  à 
cause  de  la  quantité  de  serpens  qui  en  faisoient  un  lieu  d'hor- 
reur. 'Ce  fut  là  que  ce  Saint  dans  les  premières  années  de  ce  TM.,ibid.,p.*75. 
siècle,  bâtit  le  célèbre  Monastère  qui  prit  le  nom  de  l'Isle , 
et  qui  devint  bien-tôt  'une  pépinière  de  Saints  qui  vivoient  uu.Jd.& | la*, 
plutôt  comme  des  Anges  que  comme  des  hommes,  un  Sémi-  —  ""••  p-  86'  2- 
naire  d'Evêques  et  d'Abbés,  et  une  école  de  Sçavans.  Il  n'est 
point  d'éloge  ni  plus  pompeux  ni  plus  édifiant  tout  ensemble , 

Sue  celui  que  S.  Eu  cher,  avec  son  éloquence  ordinaire,  fait 
e  ce  sacré  désert.  '  C'est  cette  Isle,  dit  S.  Césaire ,  qui  l'avoit  c^s.  hom.  25.  p. 
habitée  après  le  même  S.  Eucher,  c'est  cette  Isle  qui  forme  M*' a- 
d'excellens  Moines,  et  qui  les  envoie  pour  Evêques  dans  toutes 
les  Provinces.  Elle  les  reçoit  tous  petits ,  et  elle  les  rend  ensuite 
grands.  De  soldats  foibles  et  sans  expérience,  elle  en  fait  des 
Rois.  Ceux  qu'elle  reçoit  dans  son  sein  elle  les  fait  ordinaire- 
ment monter  jusqu'au  plus  haut  degré  des  vertus  ;  les  élevant  à 
J.  C.  sur  les  aîles  de  sa  charité  et  de  son  humilité. 

LXI.  C'est  de  cette  Isle  heureuse,  comme  la  nomme 
le  même  Prélat,  que  sortirent  en  ce  siècle,  outre  S.  Hono- 
rât qui  en  fut  le  premier  Abbé,  S.  Hilaire  d'Arles,  S.  Eucher, 
qui  avoit  cependant  choisi  pour  sa  retraite  particulière  l'Isle 


Sur. 

:«m. 

2!>,     Jul. 

Bail, 

17.    M.1I: 

Hall 

1  ■••  1 

.  clir.  vc 
..  MB. 

Bnd 

rai.  i 

i.  là  llill 

SmI. 
p.  3 

.1.8,  ap 
i7. 

Till.  H.E.,  1. 
p.   480. 

:18  ETAT  DES  L ETRES 

de  Lero  ;  S.  SaloneetS.  Veran  ses  (ils,  qui  furent  tous  deux 
Evoques;  S.  Maxime  et  Eauste,  qui  le  furent  de  Ries  l'un 
après  l'autre  ;  le  docte  Salvien  ;  le  Moine  Vincent,  si  connu 
pour  son  beau  Mémoire;  et  tant  d'autres  dans  les  siècles  pos- 
P.  teneurs,  tous  personnages  de  sainteté  et  de  scavoir.  S.  Loup 
depuis  Evèque  de  Troïes,  passa  aussi  quelque  temps  à  Lerins 
,  p.  sous  la  conduite  de  S.  Honorât.  '  Le  célèbre  S.  Patrice  Apô- 
tre de  l'Hibernie  ou  l'Irlande,  s'y  forma  aussi  sous  le  même 
.  i.  Abbé  durant  neuf  ans,  et  peut-être  en  la  compagnie  '  de  S.  Jac- 
ques premier  Evèque  de  Taranlaise  en  Savoie,  qui  y  vécut 
,  p.  aussi  quelque  temps  sous  S.  Honorât.  '  Vincent  frère  de  S. 
Loup,  différent  de  l'autre  Moine  du  même  nom  ,  et  que 
l'on  croit  avoir  été  Evèque  de  Saintes,  l'y  suivit  de  près; 
14,  'et  Antiole  qui  fut  ensuite  Evèque  ,  peut-être  dans  la  Bel- 
gique, l'y  accompagna.  Celle  célèbre  école  souffrit  cepen- 
dant quelque  taclu;  dans  sa  réputation,  par  l'entrée  qu'y  trou- 
12,  va  le  poison  de  la  doctrine  Sémipélagienne.  'Car  l'Abbé 
Cassien  vers  420  Sfiarit  adressé  à  S.  Honorât  et  à  S.  Eucher 
sa  H1'  Conférence  avec  les  six  suivantes  ;  ta  13*  qui  est  de  ce 
nombre,  et  qui  excita  dans  nos  (îaules  contre  la  doctrine  de 
la  Grâce  les  troubles  dont  nous  avons  parlé,   nuisit  partieu- 

Am.  For.,  p.  76.  lieremcnt  aux  Solitaires  de  Lerins. 'Mais  on  assure  que  cela 
n'arriva  point  tant  que  ce  Monastère  fut  gouverné  par  S. 
Honorât. 

LX1L  Outre  ces  remèdes  généraux,  qui  servirent  encore 
plus  dans  les  siècles  suivans  qu'en  celui-ci  contre  la  décadence 

Bar. an.  475, n. io.  des  letrcs  et  de  la  politesse  Gauloise,  ' Dieu  par  un  effet  ad- 
mirable de  sa  Providence,  en  prépara  un  tout  particulier  con- 
tre les  extrêmes  misères  qui  affligèrent  nos  Provinces  durant 
tout  ce  V  siècle.  Ce  Tu t  d'y  consoler,  et  d'y  soutenir  l'Eglise 
et  les  Sciences,  en  donnant  à  nos  Gaules  plusieurs  grands 
Evoques  et  autres  seavans  personnages,  qui  par  leur  sainteté 
merveilleuse  et  leur  scavoir   éminent  brillèrent  comme  des 

Bail.  jug.  prej.,  c.  astres  au  milieu  de  ces  ténèbres.  De  sorte  que  '  ce  fut  dans  ces  ' 

7,  |.  9,  p.  ah.  jacju.us,.s  conjonctures  que  les  Gaules  se  signalèrent  enco- 
re autant  que  jamais  par  le  grand  nombre  d'illustres  Théolo- 
giens et  d'autres  personnes  de  toute  érudition.  Que  si  la  Bar- 
barie y  prévalut  enfin,  ce  ne  fut  qu'après  y  avoir  été  puissam- 
ment combattue.  On  en  vit  même  alors  sortir  deux  avantages 
dignes  de  remarque  ;  car  nos  Théologiens  comprenant  les 
desseins  de  Dieu  sur  l'Empire  et  sur  l'Eglise,  les  suivirent 


t 


DANS  LES  GAULES.   V  SIECLE.  39 

d'une  manière  aussi  honorable  pour  l'un  qu'elle  l'ut  utile  pour 
l'autre.  Les  lelres  humaines  el  la  politesse,  qui  faisoient  la 
gloire  de  cet  Empire  avant  sa  ruine,  trouvèrent  après  cette 
disgrâce  une  honnête  sépulture  dans  leurs  écrits.  L'Eglise  de 
son  côté  y  trouva  aussi  un  avantage  merveilleux  ,  s'étant  servie 
de  leurs  ouvrages  el  de  leurs  personnes  pour  faire  passer  la  Re- 
ligion aux  Barbares,  et  les  incorporer  insensiblement  aux  Ro- 
mains sous  un  même  chef. 

LX111.  Ce  ne  fut  donc  pas  tout-à-coup ,  mais  seulement 
ar  dégrés,  que  ce  siècle  \it  dans  nos  Gaules  l'extinction  de 
a  belle  litérature.  En  distinguant  dans  ce  siècle  même  diffé- 
rentes époques,  nous  avons  montré  que  les  études  y  étoient 
aussi  (tarissantes  que  jamais  durant  les  40  et  ;>0  premières  an- 
nées ;  quoique  les  Barbares  s'y  fussent  répandus  dès  l'an  4U7. 
Après  le  milieu  du  siècle  les  haies  commencèrent  à  se  sen- 
tir considérablement  de  leur  domination  ,  et  à  pancher  vers 
leur  propre  ruine.  Mais  elles  n'arrivèrent  point  à  leur  entière 
décadence,  sans  faire  divers  efforts  pour  tâcher  de  se  soute- 
nir. Encore  après  le  milieu  de  ce  siècle ,  et  dans  les  lieux 
mêmes  où  doininoient  les  nations  étrangères ,  on  vit  plusieurs 
écoles  publiques  pour  l'instruction  de  la  jeunesse.  'On  y  en-  ^jJ'i ls^K 
seignoil  avec  réputation  la  philosophie ,' la  poétique  et  les  fc  •"•,{£••  *• 
belles  letres.  Dans  les  unes  on  lisoit  Aristote,  et  dans  les  au- 
tres Virgile  ^  Ciceron,  'Plante,  Naevius,  Caton ,  Varron, 
Gracchus,  Chrysippe,  Fronton.  Ces  écoles  étoient  encore 
alors  ordinairement  fort  fréquentées,  et  donnoient  quel- 
que lueur  d'espérance  de  voir  revivre  dans  les  Gaules  les  bonnes 
études.  Si-tôt  que  la  jeunesse  que  l'on  y  instruisoit ,  commen- 
çât à  prendre  l'essort ,  c'étoit  autant  de  maîtres  d'éloquence, 
qui  se  dispersaient  pour  aller  ailleurs  l'enseigner  aux 
autres. 

LX1V.  Sans  parler  des  autres  endroits  dont  l'antiquité 
ne  nous  a  pas  conservé  de  connoissance  ,  on  trouve  des  vesti- 
ges de  ces  sortes  d'écoles  établies  à  Lyon  et  à  Vienne,  qui 
étoient  sous  la  domination  des  Bourguignons  ;  à  Bourdeaux  , 
à  Arles  et  ailleurs  sous  celle  des  Visigots;  à  Clermont  en 
Auvergne,  et  aussi,  comme  il  semble  à  Agen  et  à  Perigueux.  'A  "■&' l;  *'  ?'*' 
Lyon  Eusebe,  dont  S.  Sidoine  loue  le  scavoir  et  la  sa- 
gesse, enseignoil  publiquement  la  philosophie  peu  d'années 
avant  le  milieu  de  ce  siècle ,  et  continua  sans  doute  le 
même  exercice  dans  la  suite.  Il  eut  pour  disciples  le  même 


Cl.  M.  iulSup.,  p. 
43u.  5:sk. 


40  ETAT  DES  LETRES 


i.  3,  ep.  i,p.907.  S.  Sidoine,  '  Avite  son  cousin  par  les  femmes,  •Probe  qui  fut 
î».  *  ep'  *'  p'  un  ^es  sçav*1113  hommes  de  la  fin  de  ce  siècle,  et  plusieurs 
»  car.  i,  v.s5.28|  autres  jeunes  gens  de  la  première  distinction.  "Au  même  en- 
car.  9, v. 308.310.  fo0ft  jjoëne,  que  S.  Sidoine  qualifie  un  homme  vénérable, 
et  Victor,  qui  fut  ensuite  Questeur  sous  l'Empereur  Anthe- 
me  vers  470 ,  enseignoient  la  poétique,  au  même  tems  qu'Eu- 
sebe  la  philosophie.  S.  Sidoine  les  reconnoît  pour  ses  maî- 
tres dans  cet  art ,  où  il  fit  tous  les  progrès  que  l'on  pouvoit 
presque  faire  en  son  temps.  Les  autres  écoles  que  nous  avons 
nommées,  ne  furent  pas  moins  célèbres  que  celles  de  Lyon. 
Mais  pour  éviter  les  redites ,  nous  réservons  à  dire  ce  qu'on 
en  scait,  dans  les  éloges  des  Professeurs  qui  y  enseignèrent  vers 
la  fin  de  ce  siècle.  Si  nous  n'en  avons  pas  usé  de  même  à  l'égard 
de  celles  dontnous  venons  de  parler,  c'est  que  nous  n'avons  point 
d'éloges  particuliers  d'Eusebe,  d'Hoëne  et  de  Victor ,  qu  elles 
avoient  à  leur  tête  ;  ne  sachant  rien  sur  leur  sujet,  que  ce  que 
nous  en  venons  de  rapporter. 

LXV.  Pour  ce  qui  est  des  bibliothèques  des  sçavans  Gau- 
lois de  ce  siècle,  on  ne  nous  en  apprena  presque  rien.  Néan- 
moins il  est  à  présumer  que  le  nombre  en  étoit  proportionné 
à  celui  des  hommes  de  letres,  qui  n'étoit  pas  médiocre,  et 
que  dans  les  ravages  des  barbares  elles  ne  furent  pas  autant 
sid.jS.  i.  8,ep.n,  respectées  qu'elles  le  méritoient.  'On  parle  avec  éloge  de 
p'  celle  que  s' étoit  formée  Loup ,  qui  semble  avoir  enseigné 

alternativement  vers  la  fin  de  ce  siècle,  et  à  Périgueux  dont 
c«. s*, r. 90. 95.  i\  étoit  natif,  et  à  Agen  où  il  s'étoit  marié.  'Le  Consul  Ma- 
gnus,  qui  faisoit  sa  résidence  ordinaire  à  Narbone,  en  avoit 
formé  une  fort  riche,  qui  passa  ensuite  à  Probe  son  fils ,  dont 
nous  donnerons  l'éloge.  On  peut  juger  que  celle  de  S.  Ru- 
rice  Evoque  de  Limoges ,  dont  nous  parlerons  sur  le  siècle 
suivant ,  mais  qui  fleurissoit  dès  la  fin  de  celui-ci ,  étoit  et 
i.5.ep.i5,p.988.  fort  nombreuse ,  et  bien  conditionnée,  'par  le  soin  qu'il 
prenoit  d'emploïer  les  plus  habiles  Ecrivains  à  copier  des  li- 
vres pour  son  usage.  Il  en  faisoit  même  copier  quelquefois, 
pour  ses  amis  ;  et  S.  Sidoine  le  remercie  de  lui  avoir  envoie 
par  son  Copiste  même  les  cinq  livres  de  Moyse ,  avec  les  trois 
1.  a.ep.  9,p.983.  suivans  et  les  Prophètes.  '  Le  même  S.  Sidoine  parle  en 
général  des  bibliothèques  qui  étoient  à  l'usage  des  Professeurs 
des  belles  letres,  comme  étant  et  des  mieuxfournies  de  livres,  et 

1  S.  Sidoine  nomme  ces  hait  livres  l'Heptaleuqae,  qui  lignifie  les  sept  livres,  quoiqu'il 
y  en  eût  hait.  Hais  les  Anciens  joignoient  le  livre  de  Rulli  *  celai  des  loges. 

et 


DANS  LES  GAULES.   V  SIECLE.  41 

des  mieux  ordonnées.  'Le  peu  qu'il  nous  apprend  de  celle  de  Car.  u,  v.  93.94. 
Philagre,  fait  juger  qu'elle  étoit  fort  considérable. 

LXVL  Mais  la  plus  curieuse,  et  peut-être  aussi  la  plus 
riche  de  toutes  les  bibliothèques  de  ce  siècle ,  dont  on  nous 
a  conservé  quelque  connoissance ,  étoit  'celle    qu'avoit  To-  iwa.  p.  894-893. 
nance  Ferreol  dans  sa  belle  maison  de  Prusiane  sur  le  bord  896' 
de  la  rivière  du  Gardon,  entre  Nîme  et  Clermont  en  Au- 
vergne. '  Le  choix   et  l'arrangement  de  cette    bibliothèque  p.  893. 
faisoient  voir  tout  ensemble  et  le  bon  goût  de  ce  Seigneur, 
et  l'amour  qu'il  avoit  pour  le  bel  ordre.  On  l'auroit  prise 
volontiers,    dit   S.   Sidoine  qui  la  connoissoit  particulière- 
ment, pour  une  de  celles  de  ces1  fameux  musées  publics , 
que  l'on  voïoit  à  Rome  et  à  Alexandrie  ;  '  elle  étoit  parta-  p.893. 894. 
gée  en  trois  classes  avec  beaucoup  d'art. 'Dans  la  première  p.  894. 
étoient  les  livres  de  pieté  à  l'usage  du  sexe  dévot,  rangés  aux 
côtés  des  sièges  destinés  pour  les  Dames  ,  et  différens ,  com- 
me il  paroît  par-là,  de  ceux  des  hommes.  'De  sorte  que  de  p-  893. 
leurs  sièges  elles  avoient  ces  livres  à  main,  avec  toute  la  com- 
modité, et  en  si  grand  nombre  qu'elles  pouvoient  souhaiter. 
'  La  seconde  classe  contenoit  les  livres  de  literature,  et  d'un  p.  894. 
style  plus  élevé.  Ceux-ci  étoient  destinés  pour  les  nommes, 
et  rangés  comme  les  autres  aux  côtés  de  leurs  sièges.  Enfin 
dans  la  troisième  classe  étoient  placés  les  livres  communs 
aux  personnes  des  deux  sexes.  On  marque  entr'autres  S.  Au- 
gustin, Prudence,  Origene  de  la  version  de  Rufin,  Varron  , 
Horace.  Il  ne  faut  pas  s'imaginer  que  cette  bibliothèque, 
disons-en  autant  des  autres,  fût  seulement  pour  une  vaine  pa- 
rade. Les  personnes  qui  se  trouvoient  dans  la  maison,  les 
étrangers  comme  les  autres,  en  faisoient  un  usage  réglé  et 
journalier.  On  y  emploïoit  à  la  lecture  une  partie  de  la  ma- 
tinée immédiatement  avant  le  dîner;  et  on  s'entretenoit  du- 
rant le  repas  de  ce  qu'on  avoit  lu,  en  joignant  ainsi  dans 
le  discours  l'érudition  à  la  gaieté  de  la  conversation.  'S.  Si-  1.  8,  ep.  *,  P. 
doine  parle  encore  avec  estime  de  la  bibliothèque  qu'avoit  1856' 
Consence  dans  sa  belle  maison  nommée  Octavienne,  près  de 
Narbone.  Cette  bibliothèque  étoit  riche  et  nombreuse,  com- 
me aïant  été  formée  de  longue  main  par  son  père  et  son 
aïeul ,  deux  grands  hommes  de  letres ,  tel  qu'il  l'étoit  lui- 
même. 

LXVII.   Pour  ne  rien  omettre  de  ce  qui  s'est  passé   de 
principal  dans  les  Gaules  en  ce  siècle,  par  rapport  à  nô- 

Tome  II.  F 


12  ETAT  DES  LETRES 

tre  dessein,  nous  ne  devons  pas  oublier  les  (rails  mémora- 
bles du  zélé  que  nos  Gaulois  firent  paroître  contre  les  hé- 
i.«o,  ep.  m,  p.  résies  de  Nestorius  et  d'Eulyche.  En  450 'S.   Léon  envoïa 
ssmm6.|«p.  si,  dang  ies  Gaules  sa  letre  célèbre  à  Flavien,  par  le  Prêtre  Pé- 
trone et  le  Diacre  Régule,  qui  éloient  allés  à  Rome  au  su- 
jet du  fameux  différend  entre  les  Eglises  d'Arles  et  de  Vien- 
*p. si,  p. m*,       ne.  'Il  y  avoit  joint  une  letre  de  S.  Cyrille,  qui  étoit  toute 
Tiii.  h.  e.,  1. 15,  conforme  à  la  sienne;  'c'est-à-dire,  la  seconde  de  Nestorius, 
p' fix>  et  apparemment  plusieurs  autres  pièces  qui  regardoient  l'hé- 

Lehibid.  résie  d'Entiché.  'S.  Léon  adressoit  tous  ces  écrits  à  Ravenne 

Evêque   d'Arles,  le   priant  de  le  communiquer  à  tous  les 
Evêques,  afin  de  fortifier  par-là  les  Eglises  des  Gaules,  con- 
Tiii., ibM.  Ire  ceux  qui  prétendoient  établir  une  nouvelle  hérésie.  'Ra- 

venne s'acquitta  sans  doute  de  la  commission  que  le  Pape 
lui  donnoit  de  répandre  par-tout  ces  écrits,  et  il  les  fit  peut- 
uai.  ebf.,  p.  304.  êtrepasser  jusques  en  Espagne.  Car'ldace  remarque  qu'on 
y  apporta  des  Gaules  la  letre  de  Flavien  à  S.  Léon  contre 
Eutyche ,  avec  la  réponse  de  S.  Léon,  des  écrits  de  S.  Cyrille 
à  Nestorius,  des  actes  et  d'autres  écrits  de  quelques  autres 
Evêques. 
Lco,  i.  i,  p.  580.  LXVUI.  'La  letre  à  Flavien  en  particulier  fut  reçue  par- 
tout dans  les  Gaules  avec  une  joye  et  une  estime  extraordi- 
naire. Tous  ceux  qui  n'étoient  pas  indifferens  pour  le  Mys- 
tère de  nôtre  Redemtion  ,  l'embrassèrent  comme  un  symbole 
de  foi,  et  l'apprirent  même  par  cœur  ,  afin  d'être  toujours 
prêts  à  répousser  les  erreurs  contraires.  Reaucoup  de  person- 
nes se  réjouirent  d'y  trouver  la  foi ,  dont  ils  avoient  toujours 
fait  profession.  D'autres  qui  n'avoient  pas  eu  tant  de  soin  de 
s'instruire  du  Mystère  de  l'Incarnation,  y  trouvoient  la  lu- 
mière qu'ils  n'avoient  pas  eue  jusqu'alors,  pour  prêcher  nel- 
Tiii.  ibid.  tement  et  avec  assurance  les  vérités  'qu'ils  ne  connoissoient 

Léo,  t.  i,  p.  578,  auparavant  que  confusément.  '  Il  ne  se  trouva  néanmoins  dans 
c  '"  les  Gaules  personne  qui  eût  besoin  de  ce  remède  pour  être 

dégagé  de  l'erreur.  On  lisoit  publiquement  cette  letre  dans 
e  a.  les  Eglises;  'et  non-seulement  les  Evêques,  mais  beaucoup 

p.  5to.  :.8o  de  laïcs   mêmes  en  vouloient  avoir  des1  copies.  '  Nos  Evê- 

S[ues  s'assemblèrent ,  comme  nous  dirons  plus  amplement  en 
àisant  l'Histoire  du  Concile  qu'ils  tinrent  à  ce  sujet  ;  et  en- 
volèrent à  S.  Léon  un  témoignage  authentique  de  l'estime 
qu'ils  faisoient  de  cette  letre  admirable.  La  leur  est  signée  de 
ep.77,  p.î».!.:*i.  44  Evêques.  'Ingenuus  d'Embrun  fut  député  pour  la  porter 


DANS  LES  GAULES.  V  SIECLE.  43 

au  Pape,  qui  la  reçut  avec  de  grandes  marques  d'eslirae  et 
de  joie.  Dans  la  réponse  qu'il  fit  à  nos  Evêques,  il  "donne  à 
leur  foi  et  à  la  pureté  de  leur  doctrine  des  éloges  que  nous 
ne  pouvons  mieux  exprimer  que  par  ses  propres  termes.  Eau 
epistolas ,  dit-il,  cum  gaudio  recensentes  probavimus,  sicut 
confidebamw  eruditione  Spiritus  Sancti  cœlestem  in  vobis  vi- 
gere  doctrinam. 

LXIX.  Il  n'y  a  presque  pas  lieu  de  douter  que  cette 
grande  affaire  ne  produisît  bien  d'autres  écrits,  tant  de  la  part 
des  Evêques  que  d'autres  personnes  de  nos  Gaules.  Mais 
il  ne  nous  en  est  rien  resté  que  la  letre  des  44  Evêques , 
dont  nous  venons  de  parler.  De  même  la  dispute  célèbre  que 
l'on  vit  s'élever  en  ce  siècle  sous  les  Pontificats  de  S.  Zosime 
et  de  S.  Léon,  et  qui  dura  encore  sous  celui  de  S.  Hilaire  , 
entre  les  Eglises  d  Arles  et  de  Vienne  au  sujet  de  la  prima- 
tie,  donna  aussi  naissance  sans  difficulté  à  grand  nombre 
d'autres  écrits.  Car  elle  fut  soutenue  avec  cbaleur  et  exerça  à 
différentes  reprises  durant  plusieurs  années  la  plume  des  Evê- 

3ues  des  deux  Provinces ,  pour  soutenir  leurs  droits  auprès 
u  S.  Siège.  Néanmoins  de  toutes  les  letres,  mémoires,  ins- 
tructions et  autres  écrits  que  ce  fameux  différend  a  pu  pro- 
duire,  rien  ne  nous  a  été  conservé,  '  sinon  le  peu  de  vestiges  i-c>,  •?.  so,  v. 

i  il,         j  i»   r        ii  538.041.    I  Cône. 

que  nous  en  trouvons  dans  les  letres  de  ces  Papes.  U  ne  nous  t.*.p.  1043.104- 
reste  rien  non  plus  sur  la  grande  affaire  d'Acace  de  Constan- 
tinople,  dont  la  déposition  causa  tant  de  troubles  dans  l'E- 
glise sur  la  fin  de  ce  siècle.  '  Cette  affaire  cependant  fut  agi-  Conc.,i.4,p.i2(io. 
tée  dans  nos  Gaules  ,  et  nos  Evêques  pressés  de  prendre  la 
plume  à  ce  sujet;  le  Pape  S.  Gelase  aïant  prié  S.  Rusticede 
Lyon  de  lui  en  dire  son  avis,  et  d'avoir  ceux  des  autres 
Evêques  des  Gaules  sur  la  même  affaire.  Mais  de  combien 
d'autres  monumens,  que  ce  siècle  seul  avoit  vu  naître  dans 
nos  Gaules,  l'Eglise  et  la  République  des  letres  sont-elles 
privées  !  Combien  d'Actes  de  Conciles  ,  combien  de  Vies  des 
Saints,  combien  d'autres  écrits  en  tout  genre  d'érudition  sa- 
crée et  profane,  nous  ont  été  enlevés,  soit  par  le  malbeur  des 
temps,  soit  par  la  mauvaise  volonté,  ou  la  négligence  des 
hommes  î  On  verra  par  la  suite  que  sans  parler  de  ceux 
dont  nous  n'avons  nulle  connoissance  ,  on  feroit  un  grand 
nombre  de  gros  volumes  de  ceux  que  nous  avons  perdus,  et 
dont  il  nous  reste  seulement  ou  les  titres,  ou  quelques  indi- 
ces qu'ils  ont  existé. 

i'ij 


JL!!ecl!_  U  S-    DELPHIN, 

LXX.  Ce  sont  là  les  traits  de  literature  que  nous  avons 
cru  devoir  recueillir  et  lier  ensemble  ,  afin  de  faire  voir  com- 
me d'un  coup  d'oeil,  l'état  des  1  êtres  dans  les  Gaules  en  ce 
siècle.  On  va  le  voir  plus  en  détail  dans  les  éloges  histori- 
ques que  nous  allons  donner  de  nos  sçavans  Gaulois  qui 
ont  travaillé  à  les  faire  fleurir  durant  ce  temps-là. 


SAINT  DELPHIN, 

EVEQUE     DE     BOURDEAUX. 

Quoique   S.    Delphin  soit  peu    connu   pour   son  sça- 
voir,  il  a  eu  néanmoins  trop  de  liaison  avec  les  plus 
grands  hommes  de  letres  de  son  temps;  et  ceux-ci  ont  fait 
trop   d'estime  de   sa  doctrine  ,   pour  pouvoir  légitimement 
Tiir.  h.  e.,i.  io,  nous  dispenser  de  parler  de  lui  dans  cet  ouvrage  de  litératu- 
»  Conc    t    2       re*    ^  ^u*  ^  Evêque  de  Bourdeaux,  au  plus  tard  en  l'année 
ioo9nc"   '    ' p'  380.  "Le  quatrième  jour  d'Octobre  de  la  même  année  il  se 
sui.  hist.,i.  a.n.  trouva  au  Concile  de  Saragoce ,   où  les  Priscillianistes  fu- 
63,  p.  422-423.       rent  condamnés.    Quelque  temps  après,    lorsque  ces  héré- 
tiques passoient  par  l'Aquitaine  pour  aller  à  Rome,  S.  Del- 
phin leur  fit  refuser  l'entrée  de  Bourdeaux.  Mais  il  ne  put 
empêcher  qu'ils  ne  fissent  de  grands  désordres  dans  son  Dio- 
cèse. Nous  en  avons  touché  quelques-uns  ailleurs,  à  l'oc- 
n.  6*,  a.  446.       casion  d'Eucrocie  veuve  du  célèbre  poète  Delphide.  En  384 
'  on  tint  à  Bourdeaux  même  contre  ces  hérétiques  un  Con- 
spic.,t.5,pr.p.n.  cile,  dont  nous  avons  parlé  sur  le  siècle  précédent,  et  auquel 
S.  Delphin  assista.  '  Il  y  présida  même,  suivant  l'opinion  d'un 
sui.,ibid.  moderne,  qui  paroît  l'avoir  sçû  de  la  personne  qui  avoit  en- 

tre ses  mains  les  actes  de  ce  Concile.  '  La  vérité  y  fut  re- 
connue ;  mais  les  Evêques  eurent  assez  de  foiblesse  pour  souf- 
frir que  Priscillien  refusât  de  répondre  devant  eux ,  et  qu'il 
Pani.,  ep.3,  d.  4.  i   appellât  à  Maxime,  qui  étoit  alors  le  maître  des  Gaules. 
g^uUfcim,      /  En  390  au  plus  tard  s    Delphin  baptisa  le  grand  S. 

Paulin,  depuis  Evêque  de  Noie,  et  son  frère  dont  on  ignore 
p»oi.,eP.  ii),n.i.  le  nom.  Il  paroît  qu'il  avoit  beaucoup  contribué  à  la  con- 
version du  premier ,  '  qui  depuis  eut  toujours  un  très-grand 
•p.  »,  n.  i.  respect  pour  lui ,  et  qui  le  regarda  comme  son  père.  Lorsque 

S.  Paulin  eut  quitté  Bourdeaux,  '  S.  Delphin  entretint  avec 


EVEQUE  DE  BOURDEAUX.  45     y  §iecle 


lui  par  letres  un  commerce  réglé  et  non  interrompu.  Il  nous 
reste  encore  aujourd'hui  plusieurs  de  celles  que  S.  Paulin  lui 
adressa;  mais  aucune  de  celles  de  nôtre  S.  Evêque  n'est  ve- 
nue jusqu'à  nous. 

Outre  S.  Paulin  de  Noie  ,  '  S.  Delphin  étoit  encore  ex-  Arab.,ep.87,n.  2. 
trêmement  uni  avec  S.  Phébade  d'Agen  ;  et  l'un  et  l'autre 
l'étoient  aussi  beaucoup  avec  S.  Ambroise  de  Milan.  Ils 
avoient  tous  deux  un  commerce  ordinaire  de  letres  avec  ce 
saint  Docteur;  mais  on  ne  nou3  a  conservé  qu'une  seule 
adressée  à  tous  deux.  On  y  voit  que  leur  union  étoit  si 
étroite  ,  qu'ils  aimoient  mieux  qu'on  leur  écrivit  par  une 
letre  commune,  qu'à  chacun  en  particulier;  leur  affection 
mutuelle  ne  pouvant  souffrir  que  l'on  séparât  même  leurs 
noms.  Aussi  est-ce  de  la  sorte  qu'en  usoit  S.  Ambroise,  lors- 
qu'il leur  écrivoit.  '  Une  fois  cependant  à  la  sollicitation  du  n.  i.  3. 
Proconsul  Polybe  ,  S.  Ambroise  leur  écrivit  à  chacun  d'eux 
en  particulier;  mais  en  marquant  qu'il  se  contentoit  qu'ils 
lui  fissent  une  réponse  en  commun  ,  comme  ils  avoient  de 
coutume. 

'  Dans  cette  letre  S.  Phébade,  qui  est  mal  nommé  Séba-  n.  1. 
de,  tient  le  premier  rang.  '  C'est  sans  doute  à  cause  de  son  an-  rai.,  ibid.,  p.  522. 
cienneté  et  de  son  mérite  personnel;  car  il  n'y  a  pas  lieu 
de  douter  que  S.  Delphin  fut  son  Métropolitain.  C'est  aussi 
pour  les  mêmes  raisons  qu'il  est  nommé  le  premier  dans  le 
Concile  de  Saragoce,  auquel  S.  Delphin  étoit  présent.  Saint 
Amand  dont  nous  parlerons  dans  la  suite,  étoit  alors  auprès 
de  S.  Delphin.  Il  pouvoit  être  son  Prêtre;  et  il  fut  ensuite  son 
successeur  immédiat  dans  le  même  Siège.  '  Il  est  certain  qu'il  Paul.,  eP.  9,  n.  1 
avoit  été  instruit ,  et  peut-être  élevé  par  le  saint  Evêque  , 
comme  l'avoit  été  S.  Paulin  qui  le  qualifie  leur  père  commun. 

'On  croit  que  S.  Delphin  mourut  au  plus  tard  l'an  403,  Tiii.,ibi<i.,p. 52$ 
ou  même  dès  l'année  402,  s'il  est  mort  le  24e  de  Décembre 
auquel  le  Martyrologe  Romain   marque  sa  Fête.  '  On  tire  Paul.  car.  27. 
cette  époque  d'un  Poëme  que  S.  Paulin  fit  en   404  ,  et  où 
marquant  les  Saints  les  plus  illustres  de  chaque  pays ,  qui 
honoroient  et  sanctifioient  leurs  Provinces  par  leurs  tom- 
beaux et  leurs  cendres ,  '  il  dit  que  c'est  en  cette  manière  v.  79. 
que  l'Aquitaine  s'attribue  S.  Delphin. 

Aujourd'hui  l'on  ne  trouve  nulle  part  aucune  des  letres  de 
S.  Delphin;  quoiqu'il  soit  constant,  et  par  celles  de  S.  Am- 
broise, et  par  celles  de  S.  Paulin  que  nous  venons  de  citer, 

6 


V    SIECLE. 

ep.  9,  n.  1. 
ep.  1»,  n.  2. 


40  II  ESPERE, 

qu'il  en  a  écrit  un  assez  grand  nombre.  La  perte  en  est  d'au- 
tant plus  grande ,  que  ceux  qui  en  avoient  eu  connoissance 
en  font  plus  d'estime.  '  S.  Paulin  qui  est  de  ceux-là,  n'en  parle 
qu'avec  éloge  ,  les  louant  comme  pleines  du  sel  de  la  sa- 
gesse divine,  '  et  les  instructions  qu  elles  contenoicnt ,  com- 
me un  pain  très-délicieux,  et  propre  à  satisfaire  la  faim  de 
son  âme. 


HESPERE, 

Proconsi  l  d'Afrique  et  Préfet  des  Gaules. 

sym.,  1. 1,  ep.73.  tt  espère,  Homme  d'esprit  et  d'érudition,  'naquit, 
J  I  pour  ainsi  dire,  dans  le  sein  des  Muses.  Il  vint  au 
monde  à  Bourdeaux  avant  le  milieu  du  IV  siècle,  comme 
Ans.  i»rof..r..n  p.  il  paroît ,  lorsque  le  Poëte  Ausone  son  père  y  enseignoit  pu- 
pîk!r°8*.,P|ir»,  bliquement  les  letres  humaines.  'Il  eut  pour  mère  Attusia 
P.  i*2-iïi.  Lucana  Sabina  ,  sortie  d'une  ancienne  famille  des  Sénateurs 

,.]».  a,  p.  «i.  de  la  même  Ville,  mais  qu'il  perdit  dès  son  enfance.  '  Son 
ivot..  p.  303-338.  père  prit  un  soin  particulier  de  son  éducation  ,  '  et  lui  fit  faire 
de  grands  progrès  dans  les  belles  letres;  puisqu'il  soûmettoit 
quelquefois  à  son  jugement  les  pièces  qu  il  composoit.  Hes- 
pére  cependant  acquit  moins  de  réputation  dans  les  sciences 
que  dans  les  charges  qu'il  exerça, 
■nu.  i:,..p.,i.  5,  p.  '  Le  crédit  que  son  père  avoit  à  la  Cour,  en  qualité  de  Pré- 
cepteur d'un  César ,  procura  à  llespere  et  à  toute  la  famille 
2i.  des  avancemens  considérables.  '  D'abord  il  fut  Vicaire  des 
Préfets  en  Macédoine.  Ge  ful-là,  ce  semble,  'qu'il  épousa  la 
p.  n'.  ii2.  Qlle  de  Severus  Censor  Julianus   et  de  Pomponia  Urbica  , 

louée  pour  sa  Noblesse  ,  et  l'un  et  l'autre  pour  leurs  mœurs. 
Paul. Eueii., v.  i.  '  AvanI  que  de  quitter  la  Macédoine,  sa  femme  lui  donna  un 
iils  nommé  Paulin,  qui  fut  célèbre  au  commencement  de  ce 
a».. par., cil.  p.  siècle  et  par  sa  disgrâce  et  pur  sa  pénitence.  '  Il  eut  de  ce 
mariage  encore  deux  autres  enfans  au  moins,  l'un  desquels 
nommé  Paslor  ,  mourut  dès  ses  plus  tendres  années.  De  Ma- 
rin., il,;,!. ,  p.  7ii.  cédoine  '  llespere  fut  appelle  en  Afrique,  pour  gouverner 
'i-'»1"'1'  cette  province  en  qualité  de  Proconsul.    11  entra  dans  cette 


p.    1X8. 

l'aul.  Eoefa 

2U. 

Aii^.  pur.,  c.  22.10 


T>"  •  W*  nouvelle  charge  le  dixième  jour  du  mois  de  Mars  de  l'an  376, 


PREFET  DES  GAULES.  M    _  MMM 

V    SIECLE. 


et  l'exerça  environ  dix-huit  mois.  "  Il  fut  ensuite  Préfet  du  ,    m 
Prétoire  en  378,  379,  380,  et  peut-être  encore  au-de  là. 

Il  y  a  quelque  difficulté  à  dire  précisément  quelle  fut  la 
Préfecture  qu'iLexerça.  '  Les  uns  veulent  que  ce  soit  celle  p.™*-  va. 
de  l'Italie,  et  par  conséquent  aussi  de  l'Afrique  qui  en  dé- 
pendoit.  D'autres  soutiennent  que  c'étoit  celle  des  Gaules, 
qu'il  exerçoit  conjointement  avec  Ausone  son  père;  soit 
qu'ils  partageassent  ensemble  l'exercice  de  cette  Charge  , 
soit  qu'on  eût  divisé  en  leur  faveur  les  Provinces  de  la  même 
Préfecture.  On  peut  assurer  que  ce  dernier  sentiment,  qui 
est  celui  de  M.  Valois,  est  le  mieux  fondé  ,  et  le  texte  '  d' Au- 
sone paroît  n'y  laisser  aucun  doute,  après  avoir  prouvé,  com- 
me nous  r«uOS  fait,  que  c'étoit  la  Préfecture  des  Gaules 
qu'Ansone  exereoit,  lorsqu'il  en  parloit  comme  la  partageant 
avec  son  fils. 

Ces  grandes  Charges  procurèrent  à  Hespere  des  amis  de 
la  première  distinction.  Le  plus  connu  fut  Syminaque  l'Ora- 
teur, l'un  des  plus  zélés  Païens  de  ce  temps-là.  Mais  cela 
n'empêcha  pas'  qu'il  ne  liât  avec  Hespere  qui  étoit  Chrétien,  Sym.,  i.  i,cp.  is. 
une  amitié  si  étroite,  qu'il  le  regardoit  comme  un  autre  lui- 
même,  et  qu'il  vouloit  n'en  être  point  regardé  autrement. 
'  Ils  s'écrivoient  souvent  l'un  à  l'autre,  et  nous  avons  encore  »p<  ••■  si. 
li  letres  de  celles  que  Symmaque  adressa  à  cet  ami.  '  En  lui  ep-  7j. 
recommandant  dans  une  de  ses  lettres  le  soin  de  faire  paier  la 
pension  que  le  Sénat  avoit  accordée  au  Philosophe  Priscien, 
il  dit  à  Hespere  que  son  érudition  et  la  gloire  qu'il  avoit  ac- 
quise ,  étoient  intéressées  en  cette  affaire.  Qu'il  sçavoit  bien 
que  les  beaux  Arts  ne  se  soutiennent  que  par  l'honneur  qu'en 
retirent  ceux  qui  travaillent  à  les  faire  fleurir.  '  Symmaque  ep.  w. 
faisoit   beaucoup   de   cas  de  son   estime  ;    et  l'approbation 
qu'IIespere  avoit  donnée  à  quelqu'un  de  ses  discours,  llatoit 
agréablement  l'amour  propre  de  cet  Orateur. 

'On  ne  doute  point  qu'IIespere  dont  nous  parlons  ici,  ne  Tul, ttid., p.  iss. 

soit  ce  Comte  de  même  nom ,  que   l'Empereur  Valentinien 

II  emploïoit  dans  les  affaires  les  plus  importantes.  On  ne 

doit  pas  douter  non  plus  qu'il  n'ait  survécu  Ausone  son  père  : 

mais  il  faut  qu'il  soit  mort  dans  les  premières  années  de  ce 

siècle.  'C'est  ce  que  dit  assez  clairement  Paulin  son  fils,  en  Paul.    Eucii.,  v. 
1  23->i;f8. 

'1.    Ad  praefocturae    collegiutn  ûlius    cum  paire  eonjunctus.  ..et  lui  tan  lu  ni  prafeclurn    .Vus.  cons.,  p.  701. 
heneticii.  quse   et  ipsa  non  vult  vice  simplici  gratulari,    liberalius   divisa  quam  juncta  :    703, 
quum  ttneamus  duo  inlegrum,  neuter  desiderat  separatum. 


V   SIECLE. 


48  HESPERE, 


liant  la  mort  d'Hespere  avec  l'entrée  des  Barbares  dans  les 
Gaules,  où  ils  se  jetterent,  comme  nous  avons  vu ,  dès  le 

Aus.,«p.  i,p.  91.  dernier  jour  de  406.  '  Ausone,  comme  nous  l'avons  marqué 
ailleurs,  avoit  composé  des  Fastes,  ou  plutôt  un  corps  entier 
d'Histoire  Romaine  pour  l'usage  particulier  d'Hespere.  Il  la 
commençoit  aux  premiers  Rois  de  Rome,  et  l'avoit  conduite 
jusqu'à  son  consulat,  c'est-à-dire,  jusqu'à  l'an  379.  Cette 
Histoire  ne  nous  a  pas  été  conservée;  mais  nous  avons  une 
Epigramme  de  l'Auteur,  dans  laquelle  il  nous  a  laissé  une 
idée  de  son  dessein.  Cette  Epigramme  est  surtout  pour  exhor- 

p.  s*.  ter  Hespere  à  continuer  l'ouvrage,  '  et  à  faire  en  sorte  que 

son  nom  s'y  trouvât  joint  à  celui  d'Ausone  au  rang  des  Con- 
suls. 

p.  91.  »*.  '  Tu  quoque  venturos  per  longum  consere  Janos, 

Ut  mca  congessit  pagina  prateritos. 
Exemplum  jam  patris  habcs  :  ut  protinus  et  te 
Aggcret  Ausoniis  Purpura  Consulibus. 

Hespere  cependant  ne  fut  point  Consul  comme  Ausone 
le  sounaitoit.  Au  moins  son  nom  neparoît  pas  dans  les  Fastes 
des  Consuls  ordinaires.  Mais  cela  n'empêche  point  qu'il  n'ait 
pu  continuer  l'Histoire  que  son  père  avoit  poussée  si  loin  ; 
quoique  nous  n'aïons  aucune  connoissance  qu  il  l'ait  fait  véri- 
tablement, à  cause  de  la  perte  de  cet  ouvrage. 


MARCEL, 

Médecin,   surnommé   l'Empirique.  (1) 

S-  I- 
HISTOIRE   DE   SA   VIE. 


S 


i  Marcel  dont  nous  entreprenons  l'éloge,  porte  le  titre 
de  Médecin ,  il  paroît  que  c'est  moins  pour  avoir  pro- 
fessé la  Médecine  que  pour  avoir  écrit  sur  certains  remèdes 
Cod.Th.,  t.  g,  p.  qu'elle  emploie  dans  ses  cures.  '11  étoit  non-seulement  Chré- 
su?<i.,  t.  u.  p.  tien;  mais  il  faut  encore  '  que  sa  vertu  et  sa  probité  fussent 

498.-iTiil.ICmp., 

t.  5,  p.  431.  ,  c'esi_4.ilir0  selon  la  force  du  mot  Grec,   un  homme  qui  ne  se  fonde  que  sur  l'e*- 

périence  dans  les  remèdes  qu'il  prescrit  pour  la  guérison  des  maladies. 

bien 


MARCEL,    MEDECIN.  49 


V    SIECLK. 


bien  éclatantes,  puisque  Suidas  le   qualifie  un  monde,  ou 
un  amas  de  toutes  sortes  de  vertus,  ou  plutôt  la  vertu  vivante 
même  dans  un  corps  mortel.  '  La  manière  toute  chrétienne  Mar.  de  med.  pr. 
dont  il  parle  lui-même  à  ses  enfants,  confirme  parfaitement  p  ***' 
cette  idée.  En  les  exhortant  à  communiquer  libéralement  à 
tout  le  monde  le  recueil  des  remèdes  qu'il  leur  adresse,  il 
veut  qu'ils  le  fassent  sur  tout  envers  les  pauvres  et  les  étran- 
gers. La  raison  qu'il  en  donne,  c'est,  dit-il,  que  le  soin  qu'on 
Êrend  de  ces  sortes  de  personnes  est  plus  agréable  aux  yeux  de 
lieu,  et  plus  honorable  devant  les  hommes. 
'Marcel  étoit  Gaulois,  "et  de  la  ville  même  de Bourdeaux,  cod.  Th..  m*. 
selon  plusieurs  auteurs.  Nous  avons  vu  en  effet  sur  le  siècle  JJP?«jJ;  ,Aub9s 8 
précédent,  qu'il  y  avoit  à  Bourdeaux  une  famille  de  ce  nom  :  t.  1  p.aa%  i  Mari 
mais  si  nôtre  Médecin  étoit  de  cette  famille,  on  peut  assurer  *  ££?/  ep-  ded 
que  ce  n'a  pas  été,  comme  ces  mêmes  auteurs  le  prétendent, 
en  qualité  de  père  de  Marcel   le   Grammairien ,  qui  paroît 
avoir  été  plus  ancien  que  lui.  Il  suffit  de  se  souvenir  que  nous 
avons  montré  qu'il  étoit  mort  après  avoir  enseigné  assez  long- 
temps à  Narbone,  lorsqu'Ausone  faisoit  son  éloge,  et  avant 
que  Marcel  se  fût  rendu  si  célèbre. 

Celui-ci  passa  de  Bourdeaux  à  la  Cour  de  l'Empereur  ;  et  cod.  Th.  u>id. 
sous  Théodose  le  Grand  il  fut  Maître  des  Offices.    Il  conti-  iwd.  i  suid.  a>a 
nua  d'exercer  la  même  charge  sous  l'Empereur  Arcade  son 
fils  :  '  mais  Eutrope  ce  fameux  Eunuque,  qui  dominoit  alors  m.  EmP.  t.  5 
à  la  Cour,  en  déposséda  Marcel,  pour  la  faire  passer  à  Osius  p'  43° 
son  confident,  et  son  principal  ministre,  quoique  ce  ne  fût 
qu'un  simple  valet  Espagnol.  On  a  vu  que  «fuie  Ausone  com- 
patriote de  Marcel,  avoit  été  premier  Médecin  de  l'Empe- 
reur Valentinien  I.  On  peut  croire  que  ce  fut  lui,  ou  le  Poète 
Ausone  son  fils,  qui  introduisit  Marcel  à  la  Cour  Impériale , 
et  qui  contribua  à  l'avancer  dans  les  charges.  Au  reste,  sup- 
posé que  Marcel  ait  réellement  professé  la  médecine,  il  ne 
doit  point  paroître  étrange,  après  ce  que  nous  avons  dit  sur 
Jule  Ausone ,  de  voir  que  les  Médecins  des  Princes  fussent 
alors  élevés  aux  premiers  honneurs. 

'  Il  y  a  deux  loix  de  l'Empereur  Arcade  adressées  à  Marcel  cod.  Th.  t.  s.  P. 
en  qualité  de  Maître  des  offices.  Elles  sont  dattées  l'une  et  awt-  °  p  148  - 
l'autre  de  Constantinople  l'an  395.  '  Par  la  première,  qui  est  1  2  p  *». 
du  premier  jour  de  Juin,  l'Empereur  enjoint  à  Marcel  d'en- 
voier  en  chaque  Province  des  Agens  ou  Inspecteurs  publics, 
et  lui  prescrit  de  quelle  manière  ils  doivent  se  conduire  dans 

,       Tome  H.  G 


V    SIECLE. 


liO  M  A  II  C  E  L 


leur  charge.  '  Dans  l'autre  loi,  qui  esl  du  24e'  jour  de  Novem- 

i.  6.  p.  us.  bre,  Arcade  lui  ordonne  de  chercher  s'il  ne  trouveroit  point 
quelques  hérétiques  parmi  les  moindres  Officiers  de  son  Fa- 
lais  ;  et  non-seulement  de  les  casser,  mais  aussi  de  les  bannir 
de  la  ville,  et  même  d'en  bannir  ceux  par  la  faute  desquels 
ils  étoient  entrés  dans  ces  charges.  Cette  loi  est  un  illustre 
monument  en  faveur  de  la  pureté  de  la  foi  de  Marcel  ;  et  lune 
et  l'autre  marquent  la  confiance  que  l'Empereur  avoit  en  son 
zélé  et  sa  solicitude. 

i>   M9i.  i  Mai        '  Marcel  vécut  jusques  sous  l'Empire  de  Théodose  le  jeu- 

1    '         ne,  comme  il  paroit  par  le  titre  de  1  ouvrage  qu  n   nous  a 

laissé,  dans  lequel  il  prend  la  qualité  d'Officier  de  Théodose 

l'ancien  ,  avec  celle  d'Illustre.  '  11  fut  marié,  et  eut  des  en- 

p*««rr  '  ''  "'  fanls  de  son  mariage,  desquels  Libanius  fait  mention  dans 
sa  lettre  353  à  Anatole.  C'est  tout  ce  que  nous  avons  pu  re- 
cueillir de  remarquable  sur  la  personne  de  Marcel. 

S-  IL 
SES    ECRITS. 

"ar1  3'  .pra4"1'2-  T  'mlv,U(;K  ^°  Marcel  dans  l'édition  qu'Henri  Estienne 
Ju nous  en  a  donnée,  et  de  laquelle  nous  nous  sommes 
servis,  n'a  point  d'autre  titre  que  celui-ci  de  Mcdicameiitis,  des 
Ilemedes.  Mais  l'Auteur  dans  sa  préface  le  nomme  un  Ilecueil 
De  empiricis  remediorwu  p/tysicorum,  vive  rationaltiHum 
confectionibus    et    annotatiombus   farlutn    wtde   collectif,. 

.Vop  "js11!?11  ''5'  '  ^oss*us  abrégeant  ce  long  titre,  le  réduit  à  celui-ci  :  Des  re- 
mèdes empiriques,  physiques  et  fondés  sur  le  raisonnement. 

Mar.  île  mort.  pr.  '  Marcel  témoigne  avoir  apporté  tout  le  soin  et  toute 
l'exactitude  possible  à  faire  ce  recueil.  Il  dit  avoir  imité  en  cela 
l'exemple  de  plusieurs  personnes  studieuses,  qui  bien  qu'elles 
ne  fissent  pas  une  profession  expresse  de  Médecine,  n'avoient 
pas  laissé  de  s'occuper  à  en  traiter.  Non-seulement  il  profita 
de  ses  lectures,  en  recueillant  soigneusement  ce  qui  s'y  pré- 
sentoit  de  convenable  à  son  dessein  ;  mais  il  inséra  encore 
dans  son  recueil  ce  qu'il  apprenoit  des  autres,  et  ce  qu'il  avoit 
éprouvé  lui-même  être  utile  à  la  santé.  Il  y  joignit  aussi  les 
remèdes  les  plus  simples,  que  les  gens  de  la  campagne  et  le 
petit  peuple  avoient  trouvé  par  hazard.  Il  ne  se  servit  que 
des  Médecins  qui  avoient  écrit  en  latin.  Entre  les  anciens  il 
nomme  les  deux  Plines ,  Apulée ,   Celse  Apollinaire  et  De- 


MEDECIN.  51 

V    SIECLE. 


signalien.  Entre  ceux  (|ui  vivoient  peu  de  temps  avant  lui, 
et  qu'il  qualifie  ses  concitoïens,  il  nomme  Sibure,  Eutrope 
et  Ansune. 

Le  motif  qui  le  porta  à  entreprendre  ce  travail,  fut  de  iimi. 
fournir  par  là  à  ses  enfants  un  moïen  présent  pour  remédier  à 
leurs  maladies,  sans  être  obligé  de  recourir  aux  Médecins. 
Si  néanmoins  il  s'agissoit  de  remèdes  composés,  il  les  exhor- 
te à  n'en  point  user  d'eux-mêmes,  sans  y  appeller  les  Méde- 
cins les  plus  habiles.  '  C'est  de  quoi  il  donne  plusieurs  raisons  p.  m.  ->a. 
fort  sensées. 

'  Il  eut  soin  de  mettre  à  la  tète  de  son  recueil  les  différents  mm. 
poids  et  mesures,  avec  les  caractères  qui  servent  à  les  expri- 
mer selon  l'usage  de  la  Grèce,  et  les  anciens  Médecins.  '  On  P.  sms.  sms 
les  y  retrouve  encore  en  latin,  comme  il  témoigne  les  y  avoir 
mis;  et  l'éditeur  y  a  ajouté  en  grec  ceux  dont  se  servent  les 
Crées  aussi  dans  la  Médecine. 

'  La  préface  de  Marcel  et  sa  liste  des  poids  et  des  mesures,  p  au  *;o 
est  suivie  de  plusieurs  lelres  de  divers  Médecins,  dont  il  s'é- 
loit  proposé  de  suivre  l'exemple.  On  y  en  voit  deux  d'IIippo- 
crate  ,  une  de  Largius  Designatianus,  une  autre  de  Pline , 
deux  de  Cornélius  Celsius,  et  une  de  Vindicien. 

Tout  l'ouvrage  de  Marcel  est  divisé  en  'M>  chapitres,  dans  cha- 
cun desquels  il  assigne  divers  remèdes  propres  à  guérir,  com- 
me il  prétend,  les  différentes  maladies  du  corps  humain.  '  On  e.  yo.  p.  358  1  r 
trouve  en  plusieurs  endroits  de  ce  recueil,  des  preuves  quicon-  33'  p'  3>8- 
Arment  que  l'Auteur  étoit  Gaulois,  et  qu'il  écrivoit  pour  des 
Gaulois.  En  effet,  lorsqu'il  nomme  certaines  plantes,  il  donne 
souvent  les  noms  qu'elles  portoient  dans  les  Gaules.  '  De  mè-  e.  1  p.  te». 
me  en  parlant  de  l'hierabotane,  ou  peristereon,  il  dit  ces  pa- 
roles remarquables,  quam  nos  Verbenam  die imus.  Or  il  est  con- 
stant que  les  Gaulois  nommoient  ainsi  cette  plante. 

Au  Chapitre  23  Marcel  avance  comme  une  chose  dont  ■».  ou.  e.  » 
il  ne  doutoit  pas  que   la   Couronne   de  Notre-Seigneur  fut  p  :!i7' 
faite  d'épine  blanche. 

'  Il  mita  la  lin  de  son  ouvrage,  un  petit  Poëme  en  vers  he-  p.  «ta.  m. 
xametres,  sur  les  dilférentes  espèces  de  drogues  dont  il  parle 
dans  tout  son  recueil.  Ce  Poëine  contient  78  vers;  et  l'Au- 
teur souhaite  à  ses  lecteurs  qu'ils  puissent  vivre  autantd'années. 


'  Pierre  Pithou  nous  a  donné  ce  Poëme  entre  les  autres  pe- 
tites pièces  de  Poésie  des  Anciens,  imprimé:  en  1590. 


Epi.  tiVoê.  vel 
2.  p.  SM-243. 


'  Marcel  dédia  son  recueil  de  remèdes  à  ses  propres  en-  ■».  >u>  mai.  pr. 

r      r..  p.  212. 


V     SIECLE. 


52  MARCEL 


~"  fants,  et  ne  le   publia  que  sous  l'Empire  de  Théodose  le 
jeune,  vers  les  premières  années  de  ce  siècle, 
ep.  ded.  p.  240.       '  On  remarque  avec  beaucoup  dn  fondement  que  la  plu- 
part des  remèdes  recueillispar  cet  auteur,  sont  autant  de  su- 
c.  2.  p.  255.  i  c.  perslitions.  '  Telles  sont  en  particulier  ces  observations  qu'il 
se.  P.  358.  attache  très-souvent  à  ses  secrets:  qu'il  faut,  par  exemple, 

c.  ».  P.  279.  cueillir  de  la  main  gauche  les  simples  qu'il  prescrit.  '  Rien 
n'est  encore  plus  superstitieux  que  ce  qu'il  assigne  contre  les 

Petites  pailles  qui  entrent  dans  les  yeux;  il  veut  qu'ouvrant 
œil  avec  trois  doigts  de  la  main  gauche  sans  anneau,  l'on  cra- 

eP.  ded.  p  240.  che  trois  fois,  en  disant  autant  de  fois  rica,  rica,  soro.  '  Il  est 
surprenant  de  ce  que  Marcel  étant  Chrétien ,  comme  nous 
l'avons  montré,  et  qu'il  paroît  par  quelques  endroits  de  son 
ouvrage,  il  se  soit  amusé  à  nous  débiter  des  choses  aussi  vai- 
nes et  ridicules,  dont  les  Païens  même  se  riroient.  On  croit 
y  voir  plusieurs  de  ces  prestiges  et  rêveries  dont  Xenocrate 
Aphrodisien  ,  et  un  certain  Pamphile  avoient  chargé  leurs 
écrits,  au  rapport  de  Galien.  Il  semble  aussi  que  Marcel  y  a  in- 
séré d'autres  choses  obscures,  à  dessein  d'y  faire  attacher  quel- 
que vertu  secrète  et  cachée.  Que  l'on  se  souvienne  de  ce  que 
nous  avons  dit  de  l'espèce  de  médecine  en  usage  chez  nos 
anciens  Druides;  et  en  lisant  les  secrets  de  Marcel,  on  con- 
viendra que  la  plupart  n'ont  point  d'autre  origine. 

Au  reste,   quelque  peu  estimable  que   soit   l'ouvrage  de 
Marcel,  il  n'a  pas  laissé  d'être  cité  par  ceux  qui  ont  écrit 

Mg.  r  4  c.n  p.  après  lui.  '  Paulus  ^Egineta  en  particulier  le  cite  touchant  les 

5OT'  remèdes  qu'il  assigne  pour  les  brûlures. 

Mai.  de  med.  ep.       '  Jérôme  Froben  Imprimeur  à  Basle,  parolt  être  le  pre- 

ded.  p  240  mier  qui  a  mis  au  jour  le  recueil  de  Marcel.  Il  en  avoit  déjà 
publie  une  édition  dont  on  ne  marque  pas  l'année,  lorsqu'en 
1535  Jean  Cornaro  à  sa  prière  revit  le  texte  de  l'Auteur.  Il 
se  trouva  fort  défiguré  ;  et  ce  ne  fut  qu'avec  bien  du  travail  que 
cet  éditeur  parvint  à  le  purger  de  ses  fautes.  Cornaro  observe 
que  Marcel  dans  son  recueil  a  inséré  l'ouvrage  entier  de 
Scribonius  Largus ,  qui  s'y  trouve  répandu  en  divers  en- 
droits. Ce  Scribonius  vivoit  sous  Tibère  et  Claude,  Marcel 
néanmoins  ne  nomme  point  cet  Auteur  entre  ceux  dont  il 

P.  mi.  s'est  servi.  '  C'est  ce  qui  fait  croire  à  Cornaro  que  c'est  l'écrit 

de  Scribonius  que  Sibure  aïant  traduit  de  grec  en  latin,  Mar- 
cel attribue  au  même  Sibure,  qui  pouvoit  avoir  mis  son 
nom  à  la  traduction  qu'il  en  avoit  faite  :  mais  nous  avons 


MEDECIN.  53 


V  SIECLE. 


fait  voir  ailleurs  que  cette  opinion  est  sans  fondement. 

'  L'édition  de  l'ouvrage  de  Marcel  par  Cornaro  parut  à  Bib.  Lug.  Bat.  P 

Baslel'an  1536,  avec  quelques  écrits  de  Galien  traduits  par  1361' 

le  même  éditeur.  '  Depuis,    le   recueil  de  Marcel  fut  inséré  ....  Barb 


p.  23.  2. 


t.  s. 


parmi  les  ouvrages  des  anciens  Médecins,  imprimés  à  Ve- 
nise en  1547.  '  Ensuite  il  fut  réimprimé  entre  les  principaux  Med.  ar.prin.  t. 2. 
Médecins  dont  Henri  Estienne  donna  une  édition  à  Paris  JE;  3  p  î48~ 
l'an  1567,  en  deux  gros  volumes  in  folio  (1). 


VALERIEN, 

Préfet  de  Rome. 

Ce  siècle  nous  fournit  plusieurs  sçavants  Gaulois ,  qui  ont 
porté  le  nom  de  Valerien.   Le  premier  qui  se  présente 
selon  l'ordre  des  temps,  '  étoit  un  ami  de  Symmaque  l'Ora-  Sym.  1.8.  ep.es.  1 
teur,  qui  nous  a  en  conservé  la  connoissance.  Nous  avons  en-        ep 
core  deux  letres  que  celui-ci  lui  écrivit ,  et  qui  nous  font 
voir  qu'ils  s'en  étoient  écrit  l'un  à  l'autre  un  très-grand  nom- 
bre. '  Leur  amitié  étoit  assez  ancienne  pour  avoir  banni  de  1.  9.  ep.  13. 
leur  commerce  toute  façon  d'agir. 

On  trouve  un  Valerien  Préfet  de  Rome  en  381,  sous  Cod.    Th.    chr. 
Gratien  et  Valentinien  II,  '  qui  lui  adressent  plusieurs  loix  p.  «m.  |pro».  p. 
sur  divers  sujets,  dattées,  les  unes  de  Milan,  les  autres  d'A-  490  2 
quilée  ou  de  Trêves.  Nous  ne  voïons  rien  qui  empêche  que 
ce  Préfet  ne  soit  le  même  que  le  Valerien  dont  nous  entre- 
prenons de  parler  ici.  Son  union  avec  Symmaque,  qui  n'a- 
voit  presque  point  de   liaison   qu'avec  des   personnes    qui 
avoient  passé  par  les  dignités,  semble  appuïer  nôtre  senti- 
ment. Mais  ce  Valerien  est  sans  doute  différent  '  d'un  Se-  sym.i.  io.eP.  44. 
nateur  de  même  nom  habitué  dans  l'Epire,  duquel  Symma- 
que se  plaint  à  l'Empereur  Theodose  le  Grand,  comme  d'un 
homme  qui  étant  accusé  de  crimes,  se  servoit  de  son  autorité 
pour  faire  violence  à  la  justice. 

'  Valerien  étant  déjà  fort  avancé  en  âge  se  retira  à  la  cam-  1.  8.  ep.  es. 
pagne  dans  les  Gaules  sa  patrie  ;  là  il  faisoit  de  l'agriculture 
son  occupation  la  plus  ordinaire,  sans  négliger   néanmoins 
la  literature,  et  le  soin  d'enrichir  sa  Bibliothèque.  Symma-  1.  9.  ep.  is. 
que  lui  aïant  fait  copier  un  Tite-Live  entier,  Valerien  n'at- 


M  VALERIEN,  PREFET  DE  ROME, 

v  siècle. 

tendit  qu'avec  une  espèce  d'impatience  qu'il  fût  corrigé  pour 
i  h.  ip.  gh.  le  recevoir.  '  11  paroit  qu'il  avoit  l'ait  autrefois  une  élude  parti- 
culière des  belles  Letres.  Encore  en  son  vieil  âge  i!  écrivait  en 
latin  avec  tant  de  perfection,  que  Symniaque,  après  avoir  per- 
du ses  harangues,  ne  trouvoit  rien  qui  lui  plus  propre  à  lui  faire 
reprendre  ce  genre  d'écrire,  que  les  letres  de  cet  ami  :  c'est 
pourquoi  il  le  pressoit  de  lui  en  écrire  souvent,  afin  de  rani- 
mer ses  études  languissantes,  et  d'aider  par-là  1  avancement 
de  celles  de  son  fils,  qui  l'avoit  engagé  à  travailler  lui-même 
à  l'y  perfectionner.  Il  semble  par  quelques  termes  dont  Sym- 
niaque se  sert,  que  Valerien  se  mèloit  aussi  de  Poésie;  en  un 
mot,  tout  ce  qui  sortoit  de  sa  plume,  au  sentiment  de  cet 
Orateur,  éloit  de  telle  nature,  qu'on  auroit  pensé  que  les 
(laules  qu'il  habitoit,  représentoient  le  mont  Ilelieon,  un  des 
lieux  du  séjour  des  Muses.  C'étoit  sur  la  fin  du  IV  siècle  que 
Syrnmaque  parloit  ainsi  de  Valerien,  qui  aura  pu  vivre  sans 
peine  jusques  dans  les  premières  années  de  ce  V  siècle. 


S  A  N  G  T  E  , 

Poète  chhétifn. 
Paul  cp.28.  n  g.  i    '  -^  kTRE    jos   .,|us    intimes   amis    de    S.   Paulin  ,    depuis 

ep.  40.   il.   20.  h     .,     ,  i        ivt    i  r.  r> 

M-À  Evequc  de  INole,    on  trouve  un    Sanctus,   et    un    En- 

Bih.  pp.  i.  g.  p.  ck-lechius,  '  à  «|ui  l'on  donne  aussi  les  prénoms  de  Severus 
Sauctus.  Cette  circonstance  pourroit  faire  croire  que  Sancte 
et  Endeleque  ne  seraient  qu'une  môme  personne,  qui  aiant 

l'aui.  vil.  c.  m.  différents  noms,  auroit  porté  tantôt  l'un  tantôt  l'autre.  '  Mais 
S.  Paulin  ne  permet  pas  que  l'on  en  porte  e<;  jugement;  puis- 
qu'il nous  les  représente  comme  deu\  personnes  diff rends. 
En  effet,  parlant  assez  souvent  de  ses  deux  amis  dans  ses 
letres,  il  donne  toujours  à  l'un  le  nom  de  Sanetus,  et  à  l'an-. 

p'"usKmp  '  r>'  're  cem*  d'Endelechius  sans  variation.  D'ailleurs  '  Endele- 
que enseignoit  la  Rhétorique  à  Rome  en  39o  ,  lorsque 
Sancte  paroît  avoir  été  dans  les  Caules,  d'où  nous  n'avons 
point  de  preuves  qu'il  soit  sorti.  C'est  donc  de  ce  dernier 
uniquement  que  nous  entreprenons  de  parler  dans  cet  Ar- 
ticle. 

Paul.  rP.  4o.n.  s-       'Dès  avant  la  conversion  de  S.  Paulin ,  et  sa  retraite  hors 


SANCTE,  POETE  CHRETIEN.  55 

V    S1ECLK. 


des  Gaules,  il  y  avoil  une  très-grande  familiarité  entre  lui  et 
nôtre  Poète.  C'est  ce  qui,    joint  à  ses  autres  habitudes,   fait 
juger  qu'il  étoit  de  même  pais  que  S.   Paulin,  et  aparem- 
mt'iit  de  la  ville  même  de  Bourdeaux.  '  Ausone  nous  a  laissé  Ans.  par.  c.  18.  p. 
l'épitaphe  d'un  Elavius  Sanctus,  qui  avoit  épousé  Pudentille  ,W- 
sœur  de  sa  femme,  et  qui  eut  au  moins  un  fils  de  ce  maria- 
ge. '  Il  est  à  présumer  que  Sancte  qui  fait  le  sujet  de  cet  éloge,  c.  «>.  p.  133. 
étoit  de  la  même  famille,  et  peut-être  même  le  fils  de  Ela- 
vius Sanctus. 

La  retraite  de  S.  Paulin  à  Barcelone,  puis  à  Noie 'ne  fut  r-aui.vii.  0.25.1.. 
point  capable  de  rompre  l'étroite  amitié  qu'il  avoit  contrac-  2     . 
lée  avec  Sancte,  quoique  dans  ses  commencements  elle  fût 
toute  humaine,  et  qu'elle  n'eût  point  son  fondement  en  J.  C. 
D'abord  ils  s'écrivoient  fort  souvent,  jusqu'à  ce  que  S.  Pau- 
lin, dégoûté  absolument  du  monde,  s'aperçut  que  les  letres 
de  Sancte  ne  nourissoient  point  son  ame  ;  et  sur  cette  consi- 
dération il  cessa  de   lui  écrire,  sans  cesser  de  l'aimer.  Mais 
Sancte  aïant  changé  lui-même  de  vie,  '  prévint  S.  Paulin  par  op.  10.  n.  s. 
une  letre  puisée  dans  les  saintes  écritures,  el  qui  ne  respiroit 
que  la  douceur  de  la  parole  de  Dieu.  Ils  renouèrent  ainsi 
leur  commerce  mutuel,  qui  dura  au  moins  jusques  vers  l'an 
405. 

'Sancte  étoit  aussi  fort  uni  avec  on  nommé  Amand,  que  n.  3. 
S.  Paulin  qualifie  son  frère,  et  un  enfant  de  bénédiction,  et 
qui  par  conséquent  est  différent  de  S.  Amand,  dès-Ioïs  Evo- 
que de  Bourdeaux,  comme  nous  dirons  dans   la  suite.  De- 
puis cette  union  avec  Amand ,  Sancte  pour  l'ordinaire  n'é- 
crivoit  à  S.  Paulin  que  conjointement  avec  lui  ;  '  et  le  Saint  ep.  *o  P.  -m. 
leur  répondoit  de  même  par  une  letre  commune  à  Fun  et  à 
l'autre.  '  Il  ne  nous  en  reste  plus  que  deux  de  cet  heureux  *i>.  «-«.p.  2*2 
commerce,  et  toutes  les  deux  sont  de  S.    Paulin;  il  semble  *53' 
même  qu'originairement  elles  ne  faisoient  qu'une  seule  qui 
étoit  fort  longue;  mais  dans  la  suite  on  a  jugé  à  propos  de 
la  diviser  en  deux. 

'S.  Paulin  y  loue  la  charité  de  Sancte,  comme  venant  cp.  40  n.  1 
d'un  cœur  pur,  d'une  bonne  conscience  et  d'une  foi  sincère. 
'  Ce  qu'il  y  dit  de  ses  autres  vertus,  et  des  letres  qu'il  en  recc-  n.  1-3. 
voit,  montre  que  Sancte  étoit  un  fidèle  serviteur  de  Dieu,  par- 
faitement versé  dans  la  science  des  écritures.  On  ne  peut 
pas  apparemment  dire  que  Sancte  eût  quelque  degré  dans 
l'Eglise,  '  sur  co  que  S.  Paulin  ,  qui  étoit  alors  Prêtre,  lui  p.  2*1. 


Y  SIECLE. 


56  S  A  N  C  T  E, 


donne  la  qualité  de  frère;  parce  que  ce  saint  qualifie  ainsi 

quelques  personnes  qui  paroissent  n'avoir   été  que  simples 
laïcs.  Depuis  l'an  405  auquel  on  place  les  letres  de  S.  Paulin 
à  Sancle,  l'histoire  ne  nous  fournit  plus  rien  sur  celui-ci  :  rien 
n'empêche  néanmoins  qu'il  n'ait  vécu  au-delà  de  ce  terme. 
ep.  m.  n.  î.  '  Sancte  et  Amand  avoient  mis  au  dos  de  quelques-unes  de 

leurs  letres,  une  liste  de  celles  de  S.  Paulin,  qui  se  souvenoit 
si  peu  de  la  plupart  de  ces  letres,  qu'il  n'auroit  pas  scû  qu'el- 
les fussent  de  lui,  s'il  ne  l'eût  crû  sur  leur  témoignage.  On 
voit  par-là  que  Sancte  et  Amand  avoient  soin  de  faire  un 
recueil  des  letres  de  S.  Paulin,  et  qu'ils  peuvent  avoir  con- 
tribué à  nous  conserver  le  peu  qui  en  est  venu  jusqu'à  nous. 
iw<i.  '  Mais  entre  les  principaux  talents  de  Sancte,  S.   Paulin 

loue  en  particulier  celui  qu'il  avoit  pour  la  poésie  Chrétien- 
ne. De  toutes  les  pièces  néanmoins  qu'il  a  pu  composer  en 
ce  genre  de  literature,   nous  n'avons  connoissance  que  de 
son  poëme  sur  la  parabole  des  dix  Vierges  de  l'Evangile  ;  en- 
core est-il  perdu.  Ul'avoit  envoie  à  S.  Paulin,  qui  semble  le 
lui  avoir  demandé,  et  oui  l'en  remercie  dans  sa  letre  41e  en 
donnant  à  cette  pièce  le  titre  d'hymnes,   comme  s'il  y  en 
avoit  eu  plusieurs. 
Bib.  pp.  t.  e.  p.       '  Nous  avons  dans  la  Bibliothèque  des  Pères  et  ailleurs, 
p76't  Vp.  579.  une  Eglogue  ,  réimprimée  depuis  à  Leyde  l'an  1715  en  un 
»°-  [  Y  ?  l£  Peht  volume  in-8°.  dans  laquelle  il  est  parlé  d'une  contagion, 
Îm.  '  qui  après  avoir  ravagé  laPannonie,  l'Illyrie  et  la  Belgique, 

ruinoit  les  troupeaux  :  mais  elle  ajoute  que  les  Chrétiens  en 
Bar.  «n.  376.  ap.  i  préservoient  les  leurs  par  le  signe  de  la  Croix.  '  Baronius 
us.  Emp'  '  5"  p'  rapporte  cette  Eglogue  à  la  peste  dont  parle  S.  Ambroise 
en  écrivant  sur  S.  Luc,  et  que  Mr.  de  Tillemont  place  en 
Bib.  pp.  t.  e.  p.  l'année  377.  '  Cette  Eglogue  est  faite  assurément  par  un 
377  *"  Chrétien  dans  le  temps  que  J.  C.  seul  étoit  adoré  dans  les 

?  grandes  villes  :  ce  qui  convient  fort  bien  à  ce  temps-là,  que 
e  Paganisme  n'étoit  presque  plus  en  vigueur  qu'à  Rome  et 

p.  376.  s.  à  la  campagne.  '  On  l'attriimè  à  un  Severus  Sanctus  Endelei-, 

chus,  en  ces  termes  :  Severi  Sancti  id  est  Endeleichi  rhetoris  : 

Tui.  ibid.  '  expression  qui  feroit  penser,  remarqne  M.  de  Tillemont, 

qu'Endeleque  Rhétoricien,  à  qui  on  donne  cette  Eglogue, 
se  serait  caché  sous  le  nom  de  Severus  Sanctus.  Mais  ne  se- 
roit-ilpas  au  moins  aussi  naturel  de  dire  sur  cette' inscription, 
que  l'Eglogue  est  du  Poète  Sancte,  dont  noua  venons  de  par- 
ler, et  que  dans  la  suite  quelque  copiste  aura  ajouté  à  Severi 

Sancti 


POETE  CHRETIEN.  57 

V    SIECLE. 


Sancti,  qui  semble  avoir  été  l'inscription  originale,  ces  au-    

très  mots,  id  est  Endeleichi  Rhetoris ',  qui  paroissent  visible- 
ment être  une  addition?  Dans  ce  cas  il  faudra  dire  que  Sancte 
de  Bourdeaux  aura  eu  le  prénom  de  Sévère.  '  Mr.  Pithou  qui  ePi.  et  poe.  ml  i. 
nous  a  donné  aussi  cette  églogue,  croit  que  son  Auteur  étoit  *■  p  478 
d'Aquitaine,  ce  qui  confirme  nôtre  sentiment. 


VIGILANCE, 

Prêtre  en  Aquitaine. 

Vigilance  naquit  après  le  milieu  du  IV  siècle  au  pais  Hier,  in  vig.  p. 
de  Cominges  dans  la    troisième   Aquitaine.    Il   descen-  *88 
doit,  selon  S.  Jérôme  ,  de  cette  troupe   de   brigands  ,  que 
Pompée  revenant  autrefois    victorieux     d'Espagne,  ramassa 
et  établit  dans  l'endroit  des  Gaules  auquel  on  donna  pour  ce 
sujet  le  nom  latin  de  Convenœ.  'Il  paroît  par  S.  Paulin  de  paui.ep.s.n.in. 
Noie  que  Vigilance   étoit  de    la  dépendance  de  S.    Sévère 
Sulpice,  peut-être  comme  étant  né  sur  quelqu'une  de  ses 
terres.  Mais  en  quelque  lieu  qu'il  ait  pris  naissance,  il  est 
certain  qu'il  eut  dans  la  suite  plusieurs  différentes  demeures. 
'  S.  Jérôme  nous  le  représente  tantôt  comme  habitant  au  Hier.  iwa.  p.  284. 
pied  des  Pyrénées  dans  le  voisinage  d'Espagne,  ce  qui  re- 
vient au  pais  de  Cominges.  ;  '  tantôt  comme  demeurant  entre  ep.  37.  P.  279. 
la  mer  Adriatique  et  les  Alpes  Cottienes,  qui  séparent  l'Italie 
de  ce   que  nous  appelions   aujourd'hui   le  Dauphiné  et  la 
Provence.  '  D'autres  fois  il  parle  de  lui  comme  étant  établi  jD  vif.  p.  m. 
à  Cala  horra  en  Espagne,  selon  quelques-uns,  ou  plutôt  à 
Calaguri,  petit  Bourg  près  de  Cominges;  '  et  enfin  Genna-  Genn.  vir.  m.  c. 
de  nous  assure  que  lorsqu'il  fut  Prêtre,  il  gouverna  une  Eglise  ""  p  i8- 
au  Diocèse  de  Barcelone  en  Catalogne  :  '  c'est  ce.  qui  a  fait  Bar.  ann.  *oe.  n. 
croire  à  Baronius  que  Vigilance  étoit  Espagnol  de  nation  :  ' 

/  vi..:  .    c?      T/-_ft t .  >•!     1.    •.     ^»       1    . 


39. 


'  Mais  S.  Jérôme   suppose  par-tout  qu'il  étoit   Gaulois  ;   et  Hier,  in  vig.  P. 
a  Gennade  le  dit  formellement 


a  Genn.  iliid. 


Le  premier  métier  de  Vigilance  fut  celui  de  cabaretier ,  Hier.  in.  vi».  P 
ou  pour  parler  comme  S.  Jérôme ,  de  goûter  le  vin ,  et  de  f^-  ' ep-  x-  p 
prendre  garde  si  l'argent  qu'il  recevoit  étoit  bon.  C'étoit  ap- 
paremment la  profession  de  son  père,  sous   qui  Vigilance 
l'exerça  en   sa  jeunesse.    Cette  occupation  n'empêcha  pas 
Tome  II.  H 


V    SIECLE 


58  Y  Mil  LANCE. 


néanmoins  qu'il  n'étudiât   les  belles  letres,  et  qu'il  n'y  fit 

<;'""- M,itl-  même   du  progrès.  '  Gennadè   témoigna  (ju'il  parloit    poli* 

Tui.  h.  e.  i.  ia.  mont;  '  et  Erasme  trouve  que  le  jugement  de  (îennade  est 

•'•  m;  véritable,   selon  les  endroits  que  S.   Jérôme  même  cite  de 

Gona.  îbid.  Vigilance»  '  D'abord  il  entreprit  d'écrire  certaines  choses  par 

le  zèle  qu'il  avoit  pour  la  Religion  :  mais  le  désir  de  la  vaine 

gloire  le  corrompit  dans  la  suite,  et  le  porta  à  écrire  diverses 

badineries. 

11  n'en  éloit  pas  apparemment  encore  venu  là,  lorsqu'il 
entra  en  commerce  avec  les  hommes  les  {dus  célèbres  du 
Paul.  ep.  s.  n.  i.  commencement  de  ce  siècle.  En  3U£I  '  il  porta  une  letre  de 
"  S.  Sévère  Snlpice  à  S.  Paulin,  déjà  retiré  à  Noie.   Dans  ce 

voïage  Vigilance  fut  saisi  d'une  fièvre  qui  le  retint  quelque 
temps  auprès  de  S.  Paulin.  Après  qu'il  en  lut  délivré'  ,  ce 
Saint  le  renvoïa  dans  les  Gaules  porter  sa  5e  letre  à  S.  Snlpi- 
ce. Aïant  occasion  d'y  parler  de  lui,  il  témoigne  qu'il  étoit 
th.  ii.id.  p.  i;»3.  baptise  :  mais  il  ne  le  qualifie  que  nôtre  Vigilance;  '  on  juge 
M8,  par-là  qu'il  n'avoit  encore  alors  aucun  degré  dans  le  Ministè- 

re Ecclésiastique.   Néanmoins  il  y  fut  élevé  aussi-tôt  après, 
iiicr.  «p.  *o.  p.  '  et  il  est  certain  qu'il  étoit  déjà  Prêtre  lorsqu'il  alla  en  Pa- 

^i8-  ....  lestine.  comme  l'on  va  voir;  'ce  qui  arriva  au  plus  tard  sur 

Till.  ibid.  p.  Gii.   ,    ,.      .    ,,        ,    oaa  ^  * 

la  fin  de  1  année  .11M). 

11  y  a  bien  de  l'apparence  ou  que  S.  Sulpice  renvoïa  en- 
core Vigilance  à  S.   Paulin,  ou  que  Vigilance  aïant  dessein 
de  visiter  les  lieux  saints,  passa  chez  ce  saint  Prêtre  en  Lam- 
iher.  op.  .le.  w.  pauic.   Quoiqu'il  en  soit,  '  S.  Paulin  chargea   Vigilance  du 
i>.  -sn.  5ou.  'M»,  panégyrique  de  l'Empereur  Théodose   qu'il  avoit  composé , 
afin  de  le  porter  à  S.  Jérôme  en  Palestine.  Il  y  joignit  une 
letre,  où  il  rendait  un  témoignage  avantageux  de  Vigilance, 
cp.  v.).  p.  sus.      '  Aussi  S.  Jérôme 'le  reçut  d'une  manière  fort  gracieuse,  et 
eP.  :«j.  p.  -m.      avec  de  grandes  démonstrations  d'amitié.  '  Il  ne  fut  pas  ce- 
pendant longtemps,  sans  découvrir  en  lui  de  grands  défauts  . 
peu  d'espril,    peu  de  jugement,  beaucoup  d'impolitesse,  et 
encore  plus  de  présomption  :  mais  il  s'arrêta  moins  alors  à  sa' 
propre  connoissance,  qu'au  jugement  qu'en  porloit  S.  Paulin. 
p.  *7(i.  '  Après  que  Vigilance  eut  passé  quelques  jours  auprès  de 

S.Jérôme,  il  fit  un  voïage  en  Egypte,  puis  retourna  à  Belh- 
Tiii.  H.  e.  i.  u.  léem.  '  On  croit  que  comme  S.  Jérôme  éloit  alors  fort  brouillé' 
avec   Hufin  et  Jean  de  Jérusalem,   Vigilance  se  mêla  dans 
nier.  apoi.  i.3.d.  ce  trouble,   et  qu'il   parla  contre  le  S.   Docteur.  '  Il  est  au 
moins  vrai  que  S.  Jérôme  accuse  Kulin  d'avoir  soulevé  con- 


VIGILANCE.  39 

Y   SIECLE 


Ure  lui  Vigilance,  qui  lui  reprochoil  les  mêmes  choses  que 
Hufin,  cl  de  s'être  servi  de  sa  simplicité  et  de  son  impruden- 
ce pour  lui  faire  porter  les  coups  malins  de  sa  mauvaise  vo- 
lonté. Vigilance  commença  à  se  déclarer  contre  le  Saint,  ep.  30.  p.  m. 
en  témoignant  trouver  mauvais  qu'il  lût  Origene.  Il  lui  en 
fit  ensuite  un  crime  ,  et  l'accusa  même  avec  emportement 
d'en  suivre  les  erreurs  ;  quoiqu'il  eut  lui-même  à  son  usage  le 
traité  de  ce  Père  sur  Job. 

'  Néanmoins  avant  que  de  quitter  la  Palestine,  il  reconnut  p.  278. 
sa  faille,  en  demanda  pardon  à  S.  Jérôme,  et  se  réconcilia 
avec  lui.  S'etant  ainsi  séparés  bons  amis,  Vigilance  reprit  le 
chemin  des  Gaules  par  la  Campanie,  '  et  porta  à  S.  Paulin  op.   49.   p.  5G3. 
la  réponse  de  S.  Jérôme,  qui  est  sa  belle  letre  sur  la  conduite  5B8, 
d'un  Moine.  '  S.  Jérôme  y  parle  avec  éloge  de  Vigilance  ,  p.  n». 
qu'il  qualifie  un  saint  Prêtre.   Il  dit  à  S.  Paulin  qu'il  aime 
mieux  qu'il  apprenne  de  lui-même,  que  de  lui  dire  dans  sa 
letre  avec  quel  empressement  il  l'a  reçu.  Il  s'y  plaint  même 
de  ee  qu'il  a  quitté  si-tôt  sa  compagnie,  quoiqu'il  l'eût  rete- 
nu quelque  temps,  malgré  la  diligence  qu'il  faisoit  pour  s'en 
retourner,  et  qu'il  lui  eût  fait  un  assez  bon  accueil  pour  lui 
faire  sentir  son  amitié. 

'Vigilance  ne  fut  pas  de  retour  dans  les  Gaules,  qu'où-  .-p. n.  p.  270. 
bliant  tous  les  bons  offices  de  S.  Jérôme  à  son  égard,  il  dé- 
clama  ouvertement  contre  lui.  '   Il  l'accusa  tout  de  nouveau  ep.  sg.  p.  aw. 
de  lire  Origene,  et  d'en  suivre  les  erreurs.  '  11  alla  jusqu'à  se  p.  177. 
vanter  que  ce  S.  Docteur  n'avoit  pu  résisler  à  son  éloquence, 
et  qu'il  avoil  craint  en  lui  les  pointes  aiguës  de  Chrysippe. 
Il  composa  même  contre  ce  Père  un  ouvrage  '  que  Gennade  Genn.  m\. 
semble  avoir  voulu  marquer.  '  El  afin  de  répandre  davantage  nier.  eP.  m.  p 
ses  calomnies,  il  prodigua  son  argent  à  des  copistes  pour  *"' 
multiplier  les   exemplaires  de   ses  Libelles.    Il  enveloppoit 
avec  S.    Jérôme   dans  les   mêmes   accusations   les   Prêtres 
Vincent  et   Paulinien ,   et  les  serviteurs  de  Dieu  Océan  et 
Eusebe. 

'  S.  Jérôme  en  aïant  eu  avis,  crut  devoir  y  répondre  ;  et  il  p.  275-278. 
le  fit  par  sa  letre  30  adressée  à  Vigilance  même.  '  On  la  met  p.  275. 
en  390;  mais  elle  ne  fut  peut-être  écrite  '  que  l'année  sui-  tui.  1. 12.  P.  m. 
vante,  un  peu  avant  la  réconciliation  de  S.  Jérôme  avec  Jean 
de  Jérusalem  et  Rufin.  'Le  Saint  dans  celte  lelre  traite  Vigi-  Hier.  op.  x.  P. 
lance  avec  un  souverain   mépris;  "  comme  un  homme  qui  Hffîm. 
poussé  par  un  zélé  diabolique,  et  dans  le  désir  d'acquérir  de 

H  ij 


60  VIGILANCE. 

V   SIECLE. 

la  réputation,  rendoit  tous  les  hommes  témoins  de  son  igno- 
rance et  de  ses  folies;  qui  joignoit  à  une  extrême  foiblesse 
une  extrême  présomption;  qui  ignoroit  les  Saintes  Ecritu- 
res; et  qui  voulant  passer  pour  le  seul  Caton  de  son  siècle, 
avoit  néanmoins  besoin  d'étudier  la  Grammaire,  la  Rhétori- 
que et  les  opinions  des  Philosophes  ,  pour  apprendre  à  se 
taire.  Il  témoigne  cependant  qu  il  veut  bien  "l'épargner,  par- 
ce qu'il  sçait  qu'il  agit  contre  un  Chrétien  ,  et  qu'il  n'oublie 
pas  qu'il  est  Chrétien  lui-même. 

tui.  t.  m.  p.  74.  '  Vigilance  pour  n'avoir  pas  sçû  user  de  la  grâce  que  Dieu 
lui  avoit  faite,  d'être  uni  avec  tant  de  Saints,  tomba  de  la 
calomnie  dans  l'abyme  de  l'hérésie.  Il  s'éleva  contre  l'Eglise, 
et  publia  diverses  erreurs  qui  lui  font  tenir  aujourd'hui  le  pre- 

Hier.  m  vig.  p.  mier  rang  parmi  les  hérétiques  des  Gaules;  'car  jusqu'alors 
les  Gaules  n'avoient  produit  aucun  monstre  :  mais  Vigilance, 
venant  à  paroître,  ravit  cet  honneur  à  la  mère  qui  lui  avoit 
donné  le  jour. 

•p.  3t.  p.  *78.       '  Ce  fut  au  commencement  de  ce  V  siècle  qu'il  publia  ses 

ibia.  |  in.  vig.  p.  erreurs  dans  un  ou  plusieurs  ouvrages  de  sa  façon.  '  Il  soûte- 

W5-  noit  qu'il  ne  falloit  pas  honorer  les  tombeaux  des  Martyrs  ni 

leurs  reliques ,  et  nommoit  Cendriers  et  idolâtres  ceux  qui 
les  honoroient.  Il  combattoit  les  miracles  qui  se  font  dans 
leurs  Eglises,  et  la  coutume  d'y  célébrer  le  veilles  de  la 
nuit.  Par-là  Vigilance  ruinoit  le  Martyre  :  ce  qui  étoit  une 

ep.  37.  p.  «9  i  in  erreur  des  Valentiniens  et  des  Gnostiques.  '  Il  traitoit  de  su- 
,g  p  W2'  perstition  Païenne  la  coutume  d'allumer  des  cierges  durant  le 

in  vig.  p.  î83.  jour  aux  tombeaux  des  martyrs.  '  Il  disoit  que  les  Saints  qui 
sont  morts,  étoient  détenus  dans  une  honnête  prison,  et  ne 
vouloit  pas  que  Dieu  exauçât  les  prières  d'aucun  d'entr'eux. 

p.  mi  '  Il  blâmoit  les  jeûnes,  les  veilles,  la  continence  des  Clercs- 

p.  t87.  et  des  Diacres,  et  la  profession  Monastique.  '  Il  n'approuvoit 

Eoint  que  l'on  distribuât  tout  son  bien  aux  pauvres  pour  em- 
rasser  la  pauvreté  évangélique,  ni  qu'on  envoïàt  des  aumô- 
p.  m.  nés  à  Jérusalem.  '  H  trouvoit  encore  mauvais  que  l'on  chan^ 

tât  Y  Alléluia  en  d'autre  temps  qu'à  Pâque. 
».  37.  p.  «78.       '  Ripaire,  Prêtre  dans  le  voisinage  de  Vigilance,  qui  de- 
mi p    meuroit  alors  dans  les  Alpes  Cottienes,  fut  le  premier  qui 
n.  34.  p.  m-  donna  avis  de  ses  erreurs  à  S.  Jérôme.  '  Ce  Père  commença 

dès-lors  à  les  réfuter  dans  la  réponse  qu'il  fit  à  Ripaire  vers  l'an 
p.  mo.  404.  '  Il  pria  Ripaire  dans  cette  même  letre,  qui  n'est  que  le 

prélude  a  une  plus  ample  réfutation  ,  de  lui  envoyer  le  livre 


VIGILANCE.  61     vaîP„IC 

V  SIECLE. 

de  Vigilance.  '  Didier,  autre  Prêtre  du  voisinage  de  Ripaire,  jn  Vi  Mf 

se  joignit  à  lui,  et  de  concert  ils  envoierent  cet  ouvrage  à  S.  282. 
Jérôme  par  Sisinnius,  qui  faisoit  un  voiage  en  Palestine.  Ils  y 
joignirent  une  letre  pour  lui  exposer  le  desordre  que  causoit 
l'hérésie  dans  leurs  Paroices,  et  le  prier  d'y  remédier  en  réfu- 
tant l'ouvrage  qui  la  contenoit.  '  Ils  semblent  avoir  marqué  dans  p.  285.  286 
cette  letre  des  erreurs  qui  ne  se  trouvoient  pas  dans  les  écrits  de 
Vigilance . 

S.  Jérôme  se  rendit  d'autant  plus  volontiers  à  la  prière  de 
ces  deux  Prêtres,  qu'il  étoit  déjà  plus  engagé  ^  combattre  la 
nouvelle  hérésie.  'Il  composa  donc  vers  406,  comme  l'on  p.  sso-a» 
croit,  environ  deux  ans  après ,  sa  letre  à  Ripaire  sur  le  même 
sujet,  son  fameux  traité  contre  Vigilance,  qu'il  envoïa  aussi- 
tôt dans  les  Gaules  par  le  même  Sisinnius.  Il  y  traite  Vigilance 
avec  le  même  mépris  qu'il  avoit  déjà  fait  dans  les  deux  le- 
tres  précédentes  dont  nous  avons  parlé.  '  Il  dit  qu'il  ne  peut  se  p.  28i. 
retenir  après  l'injure  que  cet  hérétique  a  faite  aux  Apôtres  et 
aux  Martyrs.  'Il  le  menace  même  que  s'il  prétend  répliquer,  p  «88.  œs. 
il  le  traitera  bien  d'une  autre  manière  lui  et  ses  disciples.  Il  y 
répond  en  particulier  à  toutes  ses  erreurs ,    qu'il  dit  avoir  été  p.  531. 
réfutées  par  avance  dans  le  traité  de  Tertulien,  intitulé  Scorpia- 
cum.  Seulement  il  ne  dit  rien  '  sur  V Alléluia  que  l'on  ne  devoit  P.  ssi. 
chanter  qu'à  Pâque,  selon  Vigilance.  '  En  le  réfutant  sur  les  P.  *«. 
autres  points,  il  rapporte  quelques  endroits  de  ses  propres  écrits; 
'  lui  reprochant  d'y  citer  des  livres  apocryphes  sous  les  noms  P.  283.  28*. 
de  Salomon  et  d'Esdras,  que  S.  Jérôme  assure  ne  point  con- 
noître. 

'  Quant  aux  cierges  que  Vigilance  ne  vouloit  pas  qu'on  P.  28*. 
allumât  durant  le  jour  sur  les  tombeaux  des  Martyrs,  S.  Jé- 
rôme répond  que  ce  n'étoit  point  la  pratique  de  l'Eglise  ; 
quoique  dans  tout  l'Orient  on  en  allumât  en  signe  de  joie 
lorsqu'on  lisoit  l'Evangile.  Il  ajoute  que  si  néanmoins  cela 
se  faisoit  par  quelques  séculiers  simples  et  ignorants,  ou  par 
quelques  femmes  dévotes  plus  zélées  qu'éclairées,  on  ne 
pouvoit  point  y  trouver  à  redire,  et  même  que  ceux  qui  le 
faisoient  en  seroient  recompensés  selon  leur  foi  ;  et  comme 
Vigilance  disoit  que  c'étoit  une  pratique  du  Paganisme,  afin 
de  paroUre  fondé  à  la  blâmer,  S.  Jérôme  ruine  cette  raison , 
en  lui  répondait  que  cette  pratique  étoit  détestable  dans  les 
Païens,  parce  qu'ils  s'en  servoient  pour  honorer  leurs  Idoles, 
mais  qu  elle  est  louable  dans  les  Chrétiens ,  parce  qu'ils  en 


\   »iec  LE. 


(>2  VIGILANCE 


i>.  iw>. 


usent  pour honorer  les  Martyrs  de  Jésus  Christ. 

11  y  a  quelque  lieu  d'être  surpris  de  voir  que  S.  Jérôme 
ignorât  alors  que  c'éloit  déjà  la  coutume  en  décident  d'allu- 

l'.uii.  ,ai.  k.  v.  nier  des  cierges  aux  tombeaux  des  Martyrs;  'car  S.  l'aulin  de 

,0""ini  Noie  dans  un  Pocmc  composé   au    commencement  de   l'an 

'.VM\  pour  le  jour  de  la  fête  de  S.  Eelix,  qui  se  céléliroil  alors 
comme  aujourd'hui  dans  le  mois  de  Janvier,  l'ait  mention 
du  grand  nombre  de  cierges  el  de  luminaires, qui  brûloieut 
jour  et  nuit  au  tombeau  de  ce  Saint.  Pour  Vigilance,  il  ne 
pouvoit  l'ignorer,  puisqu'il  avoit  passé  quelque  temps  auprès 
de  S.  Paulin  :  et  c'est  ce  qui  découvre  en  lui  tin  nouveau  degré 
de  malignité,  que  d'avoir  osé  traiter  de  superstition  Païenne, 
un  usage  autorisé  par  un  Prêtre  aussi  saint  el  aussi  éclairé  que 
l'étoit  S.  Paulin  de  Noie. 

iiicr.  in.  vi«.  p.       '  La  vie  de  Vigilance  telle  que  nous  la  représente  S.  Jérô- 

281  •  me,  étoit  conforme  a  sa  doctrine.   Ce   Père  pareil  dire  en 

effet  qu'il  ne  gardoit  point  la  continence  .  quoiqu'il  fût  Prê- 
tre, comme  nous  l'avons  vu.  'Il  l'accuse  encore  d'avoir  vécu 
dans  la  bonne  chère,  d'avoir  élé  sujet  à  l'avarice  et  à  d'autres 

.p.  37.  p.  279  grands  crimes.  '  Le  même  Père  se  plaint  aussi  de  ce  que  le 
saint  Evoque  sous  qui  Vigilance  faisoit  les  fonctions  de  Prê- 
tre, acquiesçoit  à  sa  fureur,  au  lieu  d'user  de  la  verge  Aposlo- 

inVig.n.  &£  lique,  pour  briser  ce  vase  inutile  et  dangereux. 'On  tenoil 
même  qu'il  avoit  des  Evêques  pour  complices  de  son  crime. 
Il  y  a  néanmoins  toute  apparence  que  S.  Jérôme  arrêta  le 
cours  de  ses  erreurs;  car  on  ne  voit  point  qu'elles  aient  eu 
de  suite  nulle  part  ;  on  peut  dire  seulement  qu'elles  ont  élé  rc- 
nouvellées  par  les  Hérétiques  des  derniers  siècles. 

Depuis  l'ouvrage  de  S.  Jérôme  contre  Vigilance,  publié, 
comme  nous  avons  dit,  eu  400,  l'histoire  ne  nous  apprend 
plus  rien  de  nouveau  au  sujet  de  cet  hérétique.  Il  se  peut  ai- 
nénaenl  faire  que  le  reproche  que  S.  Jérôme  avoit  fait  à  son 
Evêque  Ai'^  iltl  dans  sa  lelre  à  Kipaire ,  portât  ce  Prélat  à 
l'obliger  de  quitter  ensuite  les  (iaules.  Ce  fut  pour  cela  sans 

i i.  mi.  ai.  <•.  (toute,    qu'il  se  relira  dans  le  Diocèse  de  Barcelone,  où  il 

fut  chargé  du  soin  d'une  Eglise ,  comme  (iennade  le  rappor- 
te. Cette  nouvelle  dignité  dont  Vigilance  fut  revêtu ,  jointe 
à  l'extinction  de  son  hérésie  ,  est  un  fondement  légitime  pour 
croire,  ou  qu'il  s'en  sera  rétracté  publiquement,  ou  qu'il  l'au- 
ra abandonnée  d'une  manière  tacite  ,  mais  sincère  et  sans  ré- 
serve. 


..     |>     18. 


VIGILANCE 


03 


Outre  les  écrits  qu'il  pultlia  pour  établir  ses  erreurs,  et  les 
autres  qu'il  lit  contre  S.  Jérôme,  Gennade  nous  apprend 
qu'entreprenant  au-dessus  de  ses  loi-ces  ,  et  sans  s'être  appli- 
qué à  l'étude  des  saintes  Ecritures  ,  il  lit  une  exposition  mali- 
gne de  la  seconde  vision  de  Daniel,  Gennade  ajoute  que 
cet  écrit  de  Vigilance  avec  les  autres  inepties  qu'il  avoit  pu- 
bliées ,  ne  méritoient  point  de  tenir  d'autre  rang  que  parmi 
les  ouvrages  des  bérétiques.  Celte  exposition  de  Daniel ,  ou 
'  du  songe  de  Nabucliodonosor  touchant  la  Statue,  est  appa- 
remment un  des  premiers  écrits  de  Vigilance  :  elle  avoit  pa- 
ru avant  que  S.  Jérôme  lui  adressât  sa  lelre  30,  dans  laquelle  il 
lui  rep'roche  d'avoir  expliqué  ce  songe  d'une  manière  qui  tient 
du  blasphème,  en  prétendant  que  la  montagne  n'est  autre  chose 
que  le  Démon  et  que  la  pierre  qui  s'en  éloit détachée  sans  le  se- 
cours d'aucun  homme,  est  J.  C. 


IV    SIECLE. 


II. Ml. 


lliir. 

278. 


op.     30. 


VINCENT, 

Préfet  des  Gaules. 


Ce  Magistrat  mérite  à  plus  d'un    titre ,  de  trouver   place 
parmi  les  hommes  de  letres  qu'ont  produit  nos  Gaules. 
Les  dignités  qu'il  remplit,  '  et  les  grandes  liaisons  qu'il  y  Sym.  i.  ».ep.  » . 
avoit  entre  lui  et  Symmaquc  l'Orateur,  comme  le  supposent 
les  letres  qu'il*  s'écrh  oient  souvent  l'un  à  l'autre,  l'ont  voir  que 
Vincent    éloit    un    homme  d'érudition   et  de    literature   et 
qu'il  avoit  une  connoissance  particulière  des  loix.  11  ne  faut 
pas  le  confondre'  avec  un  autre  Vincent  son  contemporain,  Of-  n\\.  Emp.  t.  an  p. 
licier  d'année  qui  i'ut  tué  en  MIS,  comme  partisan  du  fameux  :'-:i- 
Slilicon. 

Celui  dont  nous  entreprenons  de  parler,  'étoit  né  dans  les  sui.  «nui.  i.n.  n. 
Gaules,  comme  il  paroît  par  S.  Sévère  Sulpice,  qui  parle  de  ■'    ,2"'- 
lui  avec  éloge.  'Vincent  exerça  plusieurs  années  dans  sa  pro-  thi.  iwu 
pre  patrie  la  Judicature  et  les  Finances  en  qualité  de  Pré- 
fet du  Prétoire  des  Gaules.  On  croit  qu'il  succéda  à  Théo- 
dore dans  cette  charge  l'an  390  ;  et  il  l'exerça  au  moins  du- 
rant l'espace  de  cinq  ans.  '  Nous  avons  diverses  Loix  de  J'Em-  c«i.  ThéoU.  piu*. 
pereur  Honorius  qui  lui  sont  adressées  en  397,398,  399  et  ''  ''"  '• 
400.  'L'année  suivante  Vincent  fut  élevé  au  Consulat,  qui  ht*. p. sa. jTai. 


64  VINCENT,  PREFET  DES  GAULES. 

V   SIECLE. 

— — "  étoit  alors  le  comble  de  l'honneur  pour  un  particulier.  '  Il  est 

BÏch.'îbid.  nommé  dans  les  Fastes  Ragonius  Vincentius  Celsus;  et  Onu- 

phre  croit  que  c'est  le  même  à  qui  l'on  dressa  à  Rome  une  Sta- 

Tii.  iwd.  not.  tuë  dès  l'année  389.  '  D'autres  néanmoins  estiment  que  s'il  avoit 
eu  ces  trois  noms,  il  auroit  été  marqué  par  celui  de  Celse  dans 
le  Code  et  les  autres  monuments  publics. 

Mais  ce  qui  est  incomparablement  plus  glorieux  pour  la 

sui.  iwd.  mémoire  de  Vincent,  'c'est  que  selon  le  témoignage  de  S. 

Sévère  Sulpice  il  avoit  la  réputation  du  plus  excellent  Ma- 
gistrat en  toutes  sortes  de  vertus  ,  qui  fût  alors  dans  les  Gau- 
les. Le  même  auteur  remarque  néanmoins  que  Vincent  qui 
passoit  souvent  à  Tours,  ne  put  jamais  obtenir  que  S.  Mar- 
tin lui  donnât  à  manger  dans  son  Monastère  de  Marmoutier.  La 
seule  vertu  qui  étoit  le  principe  de  cette  pieuse  ambition  , 
fut  aussi  le  principe  du  refus  de  S.  Martin.  Vincent  ne  souhai- 
toit  cet  avantage,  que  par  le  respect  que  sa  pieté  lui  avoit  inspiré 
pour  ce  grand  Saint  ;  et  celui-ci  ne  persista  à  le  lui  refuser,  que 
pour  retrancher  toute  occasion  de  vaine  gloire  ,  quoiqu'il 
eût  devant  les  yeux  l'exemple  de  S.  Ambroise,  qui  en  usoit  au- 
trement. 

Il  ne  nous  reste  plus  que  trois  letres  du  commerce  qui 
étoit  entre  Vincent  et  Symmaque,  et  toutes  les  trois  sont  de 

sym.  1. 7.  eP.  7.  ce  dernier.  '  L'une  est  pour  porter  Vincent  à  donner  sa  fille 
en  mariage  à  Auxence  ami  de  Symmaque ,  qui  veut  bien 
répondre  de  lui  comme  d'un  homme  qui  possédoit  tous  les 

ep  9.  dons  de  la  nature,  et  tous  les  avantages  de  la  fortune.  'Par 

une  autre  de  ces  trois  letres  Symmaque  prie  Vincent  de  re- 
cevoir près  de  sa  personne  Zénodore  sen  ami ,  qui  désiroit 
d'entrer  à  son  service  ,  apparemment  en  qualité  de  quelqu'un 

ep.  23.  des  Officiers  de  sa  maison.  '  Enfin  la  troisième  letre  de  Sym- 

maque est  pour  prier  Vincent  d'écrire  en  faveur  des  gens 
que  Symmaque  avoit  envoies  en  Espagne  acheter  des  che- 
vaux ,  et  pour  les  faire  accompagner  même  par  un  Appari- 
teur :  ce  qui  fait  voir  que  Vincent  étoit  alors  en  exercice  de  la 
Préfecture. 

Bar.  «n.  «».  n         Quelques  Auteurs  fort  célèbres  ont  cru  que  ce  Vincent 

18  est  le  même  qui  se  rendit  ensuite  Moine  à  Lerins  ,  et  qui 

est  si  connu  pour  son  Mémoire  contre  les  hérésies  :  mais  il  n'y 
a  presque  aucune  apparence  à  ce  sentiment ,  que  la  confor- 
mité des  noms,  comme  nous  dirons  plus  amplement  ailleurs. 


05 

V  SIECLE. 


JOYE, 

HOMME    DE    LE TRES 


Au  commencement  de  ce  siècle  il  y  avoit  dans  les  Gau- 
les et  les  pais  voisins  plusieurs  personnes  illustres,  qui 
portoient  le  nom  de  Jove.   'L'un  qui  se  trouve  quelquefois  ra.  Emp.  1. 1.  p. 
nommé  Jovinien,  avoit  le  titre  de  Comte  en  399,  sousl'Em-  5i4' 
pereur  Honorius,  'un  autre  fut  Préfet  de  l'Illyrie  en  408*  «p. xs. 
'et  de  l'Italie  en  409,  c puis  Patrice  et  le  plus  puissant  Sei-  bP.  8i6. 
gneur  de  la  Cour.   Il  se  rendit  encore  très-fameux  au  milieu  JÏ'm' 9m'n9m 
des  troubles  du  commencement  de  ce  siècle.  dUn  troisième  «P.  »79.  «».  i 
illustre  pour  son  érudition,  et  distingué  par  plusieurs  autres  ex-  Zos' l'  6-  p-  8S* 
cellentes   qualités,   fut  envoie   l'an  489  en  Ambassade  par 
Constantin  qui   régnoit   dans   les  Gaules,    vers  l'Empereur 
Honorius.  Enfin  un  quatrième,  s'il  n'est  pas  le  même  que  le 
précédent,  comme  il  y  a  toute  apparence  qu'il  l'est,  'mais  toi.  h.  e.  t.  u. 
qu'il  faut  distinguer  de  Jovin,  qui  prit  la  Pourpre  en  411,  ?'  84, 
pour    mourir    aussi-tôt    avec    le    titre    d'Empereur,    '  étoit  Paut.  car.  o.  r. 
parent  de  S.  Paulin  Evêque  de  Noie,  et  l'un  des  plus  grands  i63' 
nommes  de  son  siècle  pour  les  letres. 

C'est  de  ce  dernier  que  nous  entreprenons  ici  l'éloge.  'Il  étoit  ep.  ie.  n.  \. 
de  même  pais  que  S.  Paulin,  et  avoit  son  patrimoine  sur  une 
côte  maritime  des  Gaules,  près  d'une   ville  où   ils  avoient 
demeuré,  ou  même  pris  naissance  l'un  et  l'autre,  in  quofami- 
liare  nobis  oppidum.  C'est  apparemment  ou Bourdeaux  ou  Ebro- 
mage.    Jove  avoit  reçu  de  la  nature  un  esprit  sublime,  'et  car.  19.  t.  n. 
une  grande  inclination  pour  les  sciences.  11  apprit  parfaite-  * ep; 16'  "'  6- 
ment  la  langue  greque  et  la  latine  ;  et  avec  ces  secours  il  lut 
tous  les  Poètes,  les  Orateurs,  les  Philosophes,  et  se  fit  un 
fonds  merveilleux  d'érudition  de  ce  qu'ils  contiennent  de  plus 
beau.  Rempli  de  la  science  de  tous  ces  Auteurs,  il  travailla  à 
devenir  Auteur  lui-même.  Il  s'appliqua  sur-tout  '  à  la  Poésie  Car.  19.  t.  io. 
avec  tant  de  succès,  qu'il  y  acquit  une  réputation  éclatante. 

A  toutes   ces  grandes  qualités  'il  joignoit   beaucoup  de  ep.  io.n.  a. 
prudence  et  naturelle  et  acquise  :  mais  ce  n'étoit  qu'une  pru- 
dence de  la  chair,  qui  ne  sçut  pas  lui  faire  éviter  '  la  Secte  n.  u.    . 
des  Philosophes  Académiciens,  qu'il -suivit  avec  trop  de  pas- 
sion '  et  qui  forma  comme  des  nuages  qui  l'empêchoient  de  n.  «• 

,  #  Tome  II.  I 


66  .1  0  V  E 

V   SIECLE. 


n.  11. 


u  « 


""  porter  plus  haut  sa  vûë,  et  d'envisager  les  choses  célestes. 
Car  ces  Philosophes  faisant  naître  sans  cosse  des  disputes  sur 
la  divinité,  la  cherchoient  toujours,  et  ne  la  trouvoient  ja- 
mais; parce  qu'ils  n'étoient  ni  assez  purs,  ni  assez  intelli- 
gents pour  voir  Dieu,  et  qu'ils  manquoienl  d'humilité  pour 
le  croire  sans  le  voir, 
n-  e.  '  Jove  convenoit  cependant  que    les  Letres  Saintes  méri- 

taient d'être  préférées  aux  sciences  humaines  ;  et  néanmoins 
il  étoit  plus  attaché  à  celles-ci  qu'aux  autres.  11  reconnoissoit 
"•  *•  aussi  J.  G.  pour  la  source  de  la  lumière,  'et  témoignoit  par 

l'amour  qu'il  avoit  pour  S.  Paulin,  qu'il  n'avoit  point  d'éloi- 
gnement  pour  les  Chrétiens,  ni  même  pour  la  profession  des 
Moines,  que  S.  Paulin  avoit  embrassée  :  'mais  il  ditféroit  de 
suivre  la  lumière  qu'il  voïoit,  sous  prétexte  qu'il  étoit  trop  foi- 
ble,  et  par  conséquent  incapable  de  contempler  Dieu,  et 
que  d'ailleurs  il  étoit  embarassé  à  paier  des  tributs,  dont  les 
plus  grands  Seigneurs  n'étoient  point  exemts.  11  ne  touehoit 
pas  la  véritable  cause  de  son  délai,  qui  ne  venoil  que  de  son 
orgueil,  de  safoiblesse,  de  son  attache  aux  créatures.  Il  pous- 

Paui.  ep.  le.  n.  soit  encore  son  égarement  'jusqu'à  ne  point  reconnoître  de 
Providence,  et  à  attribuer  tous  les  événements  au  destin  et 
à  la  fortune,  c'est-à-dire  selon  lui,  à  certaines  puissances  sécrè- 
tes opposées  à  Dieu.  Comme  S.  Paulin  étoil  parent  de  Jove, 
et  qu'il  souhailoit  ardemment  de  le  tirer  de  l'erreur,  pour  lui 
faire  embrasser  la  foi  et  la  pieté  Chrétienne,  '  il  entretenoit 
avec  lui  un  commerce;  d'amitié,  et  lui  écrivoit  aussi  sou- 
vent qu'il  en  trouvoit  l'occasion.  Il  ne  nous  reste  néanmoins 
de  ce  commerce  de  charité,  qu'une  seule  letre  avec  un  poè- 
me, l'un  et  l'autre  de  S.  Paulin.  La  letre  est  la  seizième  par- 

p»oi.  vu.  c.  34.  mi  celles  du  Saint;  'et  l'on  remarque  que  sa  science  et  la 
beauté  de  son  esprit  y  brillent  plus  que  dans  les  autres.  S'agis- 
sant  de  convaincre  un  homme  éloquent  qui  recherchoil  l'élo- 
quence, S.  Paulin  crut  sans  doute  de\oir  faire  usage  de  sa 
science  ulin  de  mieux  réussira  gagner  un  Sçavant  qu'il  vou- 
loit  faire  sortir  de  l'erreur,  et  ramener  à  la  vérité. 

•p.  ic.  ».  t-s.  'Dans  la  première  partie  de  cette  letre,  S.  Paulin  tâche  de 

donner  à  Jove  une  connoissance  de  Dieu,  comme  Créateur 
et  maître  absolu  tant  des  hommes  que  des  autres  créatures, 

"• 9'  ,0«  qu'il  gouverne  avec  une  souveraine  sagesse.  'Il  emploie  la 

seconde  partie  à  lui  faire  ronnottre  ce  qu'est  l'homme  par 
lui-même,  el  ce  qu'il  devient  eu  s'altachant  à  Dieu.  Le  su- 


n.  1. 


HOMME    DE    LETRES.  07     v  __ 

V  SIECLE. 

jet  tiu  poc-nie  est  à  peu  près  le  même.  "Dans  l'un  et  liansl'au-  «ep.is.  6.9.».  1 
tre  il  presse  vivement  Jove  de  donner  toute  son  application  car' ,9-  v*  4~13- 
aux  choses  de  Dieu  ;  de  retirer  toutes  ses  pensées  de  la  terre 
pour  les  élever  au  Ciel  ;  de  rectifier  sa  Philosophie  par  les  lu- 
mières de  la  foi  et  par  les  sentiments  de  la  Religion  ;  de  de- 
venir  sage,    non   en  cherchant  Dieu  comme  les  Académi- 
ciens, mais  en  l'imitant  comme  les  Philosophes  du  Christia- 
nisme. Il  l'exhorte  à  emploïer  ses  grands  talents  à  des  cho- 
ses solides,  comme  à  faire  paroitre  la  beauté  réelle  de  la 
vérité  ;  à  en  faire  usage  en  travaillant  sur  des  sujets  utiles  aux 
hommes,  au  lieu  d'eu  abuser  pour  leur  imposer,  et  les  en- 
tretenir dans  la  vanité,  en  n'écrivant  que  pour  flaler  leurs 
oreilles;  à  devenir  un  Philosophe  et  un  Orateur  tout  occu- 
pé de  Dieu  :  à  emploïer  son   éloquence  et  sa  plume  à  pu- 
blier ses  grandeurs  et  ses  merveilles,  comme  l'occupation  la 
plus  louable,  et  la  plus  propre  soit  à  bien  régler  sa  conduite, 
soit  même  à  lui  acquérir  do  la  gloire.  Il  ajoute  que  ces  divins 
objets  fourniroient   à   son   éloquence    une  ample  matière  à 
s'exercer,  et  à  lui-même  de  quoi  lui  remplir  l'esprit  de  saintes 
pensées. 

On  ne  scait  point  quelle  impression  firent  ces  exhortations 
sur  l'esprit  de  Jove,  ni  ce  qu'il  devint  dans  la  suite.  Il  y  a 
tout  lieu  de  croire  que  c'est  le  même  à  qui  Symmaque  l'O- 
rateur adresse  plu  .--leurs  de  ses  lelres.  '  Dans  l'une  il  congratule  Sym-  '•  ,s  •*  30- 
•love  d'avoir  été  élevé  à  uni!  charge  considérable,  s'assurant 
que  cette  nouvelle  élévation  Jui  seroit  un  motif  pour  cultiver 
les  beaux  arls  avec  un  nouveau  succès.  '  Dans  une  autre  Sym-  ep'  *" 
maque  se  plaint  du  silence  de  .love,  et  lui  marque  le   désir 
qu'il  a  de  recevoir  souvent  (ie  ses  letres.  'Il  lui  en  adresse  une  '•'••p  ^ 
troisième,  qui  ne  contient  rien  de  bien  remarquable*  C'est 
pour  lui  recommander  un  Eusebe  ancien  Officier  d'armée. 


LACHANIUS, 

GOUVERNEUR    DE    TOSCANE. 

(Jl'ESTKrit    ET    PuÉFET    DU    PhÉTOIRE. 

Noi  s  n'avons   point   d'autres   titres   qui  nous  autorisent 
à    mettre    ce  Magistrat    au    nombre  de    nos    Scavants 
Gaulois,  que  les  dignités  qu'il  a  remplies  :  mais  la  Questure 

lij 


V  SIECLE. 


63 


LACHANIUS, 


Casd.l.i.  op.12.  | 
1.  5.  ep.  *. 
»  1.  S.  ep.  4. 

M.l.ep.  12. 

Sym.  mise.  1.1. p. 


Rut.    it.   I.    1.  v. 

595.  |  not.  p.  80. 

•  Till.  Emp.t.5.p. 

658. 

>>  Rot.  U.2.T.W3. 

496.510. 


p.  208-21:1. 


T.  19.  80. 
v.  583.  585. 


t.  579-587. 


seule  seroit  un  fondement  légitime  et  suffisant  pour  lui  don- 
ner cette  place.  On  sçait  que  cette  dignité  demandoit  un 
homme  de  letres  et  d'érudition,  et  môme  qui  fût  versé  dans 
la  Jurisprudence,  parce  que  c'étoit  les  Questeurs,  qui  de- 
puis lu  fin  du  III  siècle  au  moins,  étoient  chargés  du  soin 
de  dresser  les  Loix  que  l'on  publioit  pour  la  Police.  C'est  ce 
qui  fait  que  '  Théodoric  Roi  des  Ostrogots  nomme  la  Ques- 
ture une  dignité  des  letres.  'Tous  ceux  qui  y  étoient  élevés 
passoient  pour  des  hommes  très-sçavants  ;  bet  l'on  n'y  en 
élevoit  point  qui  ne  le  fussent  en  effet.  '  Ceux  qui  avoient  cet 
honneur,  devenoient  les  arbitres  de  l'univers,  les  protecteurs 
et  les  conservateurs  de  la  Justice  sous  les  auspices  du  Prince, 
les  pères  des  pauvres.  Ils  avoient  le  soin  d'entretenir  le  bon 
ordre  par  l'équité  de  leurs  jugements,  et  faisoient  souvent 
l'office  de  Secrétaires  d'Etat. 

'  Lachanius  étoit  père  du  Poëte  Rutilius,  dont  nous  parle- 
rons bien-tôt.  Quelques-uns  les  ont  cru  de  Toulouse  a,  ou  du 
voisinage.  Ils  se  fondent  apparemment,  ''sur  ce  que  Ruti- 
lius parlant  de  Victorin ,  qui  étoit  de  cette  Ville,  et  qu'il 
visita  en  passant  à  Volterre,  il  le  qualifie  son  compatriote  :  mais 
cette  expression  ne  signifie  peut-être  autre  chose,  sinon  qu'ils 
étoient  Gaulois  l'un  et  l'autre.  On  seroit  sans  doute  mieux  fon- 
dé à  faire  Lachanius  de  Poitou  ou  de  Poitiers  même;  car 
Rutilius  son  fils,  faisant  l'éloge  de  Pallade  fils  d'Exuperance, 
qui  étoit  de  Poitiers,  comme  nous  verrons  dans  la  suite,  le 
nomme  l'espérance  et  l'ornement  de  sa  propre  famille,  gene- 
ris  spemque  decusque  met  :  ce  qui  semble  marquer  que  la  fa- 
mille de  Rutilius  étoit  aussi  ou  de  la  même  ville  ou  de  la  mê- 
me Province.  Quoiqu'il  en  soit,  il  nous  suffit  que  Lachanius 
'  fût  Gaulois,  tel  qu'il  étoit  en  effet  :  on  peut  juger  de  son 
mérite  par  les  grandes  dignités  qu'il  remplit.  '  Il  fut  Questeur, 
Intendant  des  largesses ,  et  ce  semble  aussi  Préfet  du  Pré- 
toire, ou  de  la  ville  de  Rome.  Il  exerça  ces  grandes  charges 
sous  des  Empereurs  Chrétiens,  quoiqu'il  y  ait  toute  appa- 
rence qu'il  fût  Païen,  comme  l' étoit  sons  fils. 

'Lachanius  fut  encore  Gouverneur  de  Toscane;  et  cette 
charge  avoit  pour  lui  tant  d'agrément,  qu'il  la  préféra  à 
toutes  les  autres,  qui  étoient  beaucoup  plus  relevées.  Il  s'étoit 
extrêmement  affectionné  aux  peuples  de  cette  Province  ;  et 
ils  avoient  conçu  eux-mêmes  un  sincère  attachement  pour 
lui.  Eloigné  de  cet  esprit   de  domination  trop  ordinaire  à 


PREFET   DU   PRETOIRE.  69     .  MCtm 

V      ïmECLE. 

cette  sorte  d'Officiers    il  gouverna  les  Toscans  avec  autant  v.  589.  590. 
de  douceur  que  de  fermeté  ;  '  et  ils  furent  si  satisfaits  de  sa  v.  573-577. 593. 
conduite  qu'ils  lui  dressèrent  à  Pise  et  ailleurs  diverses  Sta- 
tues et  inscriptions  publiques.  '  Il  avoit  établi  dans  laTosca-  c.  595-598.  1  not. 
ne,  que  Rutilius  désigne  par  le  nom  de  Lydie,  comme  étant  p- 3I5 
une  Colonie  de  Lydiens,  une  excellente  Police  qui  y  subsi- 
stoit  encore  après  sa  mort.  On  ajoute  qu'elle  faisoit  mériter 
à  cette  Province  d'être  toujours  gouvernée  par  des  gens  de 
bien.  'Il  y  avoit  déjà  quelque  temps  qu'il  étoit  mort,  "lors-  rv59£-  ^    873 
qu'en  417  Rutilius  son  fils  en  s'en  retournant  de  Rome  dans  575.576. 
les  Gaules  sa  Patrie,  passa  par  Pise,  où  on  lui  montra  les  mo- 
numents que  l'on  avoit  érigés  à  l'honneur  de  son  père.  On 
sera  peut-être  bien  aise  de  voir  ici  de  quelle  manière  Ruti- 
lius en  parle  lui  même.  Ce  qu'il  en  dit  peut  servir  d'épitaphe  à 
la  mémoire  de  Lachanius. 


'  Namque  pater  quondam  Tyrrhenis  prœfuit  arvis,  T  579.59e. 

Fascibus  el  senis  crédita  jura  dudit. 
Narrabat,  raemini,  multos  emensus  honores, 

Tuscorum  rcgimen  plus  placuisse  sibi. 

Nam  neque  opum  curam,  quamvis  sit  magna,  sacrarum, 

Nec  jus  (Juiesturao  grata  fuisse  magis. 
Ipsam,  si  fas  est,  postponere  Prœfee  turam , 

Pronior  in  Tuscoa  non  dubitabat  amor. 

Nec  fallebatur,  tani  carus  et  ipse  probatis, 

AEternas  grates  mutua  cura  canit  : 
Constantemque  sibi  pariter  mitemque  fuisse 

Insinuant  natis  qui  memincre  senes. 
Ipsum  me  gradibus  non  dégénérasse  parentis 

Gaudent,  et  duplici  sedulitate  fovent. 

Hœc  eadetn  cum  Flamminiœ  regionibus  irem 

Splendoris  patrii  saepe  reporta  fides. 
Famam  Lachanii  veneratur  numinis  instar 

Inter  terrigenas  Lydia  tota  suos. 


Godefroi  est  dans  l'opinion  que  le  père  de  Rutilius  est  ce  Cod.  Th.  pros. 
Claude    Gouverneur    de    Toscane  sous  Valentinien   II,  et  355'  *'  *• 
Préfet  de  Constantinople  sous  Arcade  en  396.  Il  ne  dit  point 
sur  quoi  il  appuie  son  opinion,  peut-être  n'en  a-t-ilpas  d'au- 
tre fondement  que  le  nom   de  Claude  que  Rutilius  portoit 


V    SI    CLE. 


70  RUTIUUS, 

effectivement   avec  ceux   de  Rutilius  Numatianus.  Mais  ce 
fondement  est  bien  foible  pour  y  établir  quelque  certitude. 


RUT.IL  IUS, 

PRÉFET    DE    ROME.    POETE. 

8-    1. 
HISTOIRE  DE  SA  VIE. 


P.  î. 


Rnt.  it.  i.  î.  v.  T>  '  timus,    fils    de    Lachanius,    dont   nous   venons  de 
m-  l\  parler,    devroit    plutôt    se    nommer    Numalien      puis- 

qu'à  la  tête  d'un  Poëme  que  nous  avons  de  lui.  il  est  nommé' 
sid.  s.  pi.  Claudius  Rutilius  Numatianus  ;  'et  que  l'usage  de  ces  temps- 
là  vouloit  que  le  dernier  nom  fût  le  nom  propre  de  la  p<  r- 
nut.  ibi<i.  2.V.20.  sonne  qui  en  avoit  plusieurs.  'Il  étoit  Gaulois  de  nation,  el 
peut-être  de  Toulouse,    comme   il   semble  à  quelques-uns, 
mais  plus  probablement   de  Poitiers  ou  de  Poitou,   comme 
v.  i-36.  nous  l'avons  déjà  remarqué.  '  Il  alla  à  Home  où  il  fit  un  sé- 
jour de  plusieurs  années,    apparemment  pour  fréquenter  le 
▼  «n-îio.  Barreau,  'et  s'y  perfectionner  dans  la  science  du  Droit.  C'est 
le  même  sujet  qui  y  avoit  conduit  le  jeune  Pallade  son  pa- 
rent, qui  y  passa  quelque  temps  avec  lui. 

Rutilius  étoit  Païen,  et  se  déclare  tel  dans  tout  son  Poëme  ; 
v.  591-592.  cela   n'empêcha   pas   néanmoins  '  qu'il   ne   fût   élevé   à  de 
grands  honneurs,  et  à  des  charges  aussi  éminentes  qne  celles 
Tiii.  Emp.  t.  s.  que  son  père  avoit  exercées.  '  Il  fut  Maître   des  Offices,  on 
p'  659  ne  sçait  pas  en  quer  temps,  et  Préfet  de  Rome  :  deux  des  pre- 

mières dignités  de  l'Empire,  auxquelles  on  ne  montoit  que 
Rut.  ibid.  v.  157-  par  beaucoup  d'autres.  '11  marque  lui  même  sa  Préfecture, 
qui  fut  fort  pacifique,  et  qui  se  passa  sans  tirer  l'épée,  et  sans 
v.  466-46».  aucune  exécution   criminelle.    '  Il  eut  Albin  pour  son  suc- 

Tiii.  ibid.  p.  su.  cesseur  immédiat  dans  cette  charge  :  ainsi  l'on  croit  que  Ru- 
tilius y  avoit  succédé  à  Eutychien  en  414,  et  qu'il  ne  l'exer- 
Knt.  ibid.  v.  208-  ça  qUe  les  huit  premiers  mois  de  cette  année.  '  Il  comploit 
dans  sa  famille  un  Exuperance,  homme  d'esprit  et  de  sça- 
voir,  dont  nous  parlerons,  el  qui  semble  avoit  été  Préfet  des 
Gaules,  où  il  rélablissoit  lesl.oix  Romaines  après  le  soulève- 
ment des  Armoriques. 


V  SIECLE. 


v.  1-36. 


POETE.  71 

Tant  d'honneurs  dont  Rutilius  fut  comblé  dans  Rome,  et 
peut-être  aussi  son  attachement  au  Paganisme,  qu'y  profes- 
soient  encore  beaucoup  de  personnes  de  distinction,  '  lui  ren- 
doienl  agréable  le  séjour  de  cette  Capitale  de  l'Empire.  Il 
la  quitta  néanmoins  pour  retourner  dans  les  Gaules  sa  patrie 
et  y  revoir  les  tristes  restes  d'un  pais  désolé,  ruiné,   brûlé  par 
les  Guerres,  il  n'y  avoit  point  été  depuis  que  les  Barbares 
avoient  commencé  à  les  ravager  en  407.    Mais   plus   elles 
étoient  affligées,  plus  il  croloil  y  devoir  sa  compassion  et  ses 
soins  à  ses  Citoïens.   'Il  partit  de  Rome,  comme  l'on  croit  tui.  iind.  p. 636. 
en  il 7, 'quoiqu'il  marque  lui  même  son  départ  en  l'année  um.  ibid.v.  133- 
11(19  de  la  fondation  de  Rome  :  ce  qui  reviendroit  à  l'an  136- 
116  de  nôtre  En;  Vulgaire.  '  On  éloit  alors  dans  l'Automne,  v.2*». 
'  lorsque  les  nuits  commencent  à  devenir  plus  longues.  "11  prit  J"1?^. 
son  chemin  par  mer  comme  le  plus  sûr,  parce  que  la  Tosca- 
ne ne  s'étoit  point  encore  remise  de  ce  qu'elle  avoit  souffert 
par  les  ravages  et  les  feux  des  Gots.  Tout  y  étoil  plein  de 
bois  et  d'eaux  ;  et  les  ponts  rompus  n'avoient  point  encore 
été  refaits.  '  Au  sortir  de  Rome  plusieurs  de  ses  amis  le  condui-  v.  îsi-ies. 
sirent  par  honneur;  maisRufius  Volusianus  l'accompagna  plus 
loin  que  les  autres.   'On  croit  que  c'est  ce  Yolusien  célèbre  Ti"-  'bi<1- 
dans  les  letresde  S.  Augustin,  et  l'oncle  de  Sainte  Mélanie  la 
jeune,  lequel  ne  quilla  le  Paganisme  qu'à  la  mort,  vers  l'an  436. 

'  Rulilius  s'embarqua  sur  le  Tibre  avec  le  jeune  Pallade  son  Kut.  >i»d-  »•  «»- 
proche  parent,  iils  d'Exuperance ,  qu'il  aimoit  comme  son 
fils.  E\  itant  la  gauche  à  cause  des  sables,  il  se  rendit  à  Porto, 
où  il  attendit  cinq  jours  la  nouvelle  Lune,  et  le  coucher  des 
Pléiades.  De  Porto  il  renvoïa  Pallade  à  Rome  continuer  ses 
études,  et  se  mit  en  route.  Il  ne  voulut  pas  prendre  la  plei-  v.  2i»-a3t>. 
ne  mer  dans  un  grand  vaisseau,  il  aima  mieux  suivre  les  côtes 
avec  de  petites  barques,  qui  pouvoient  aborder  par-tout  où  il 
voudroit,  soit  pour  voir  ses  amis  qui  se  trouvoient  sur  la  route, 
soit  pour  éviter  le  mauvais  temps.  Il  vit  en  passant  plusieurs 
lieux  célèbres  dans  l'antiquité ,  mais  alors  ruinés ,  dont  il 
nous  a  laissé  des  descriptions  assez  agréables. 

'Il  arrêta  au  Port  de  CenUimcelles ,  aujourd'hui  Civita-  v-  237-i7li- 
Vecchia,  et  alla  voir  à  trois  milles  de-là  les  eaux  chaudes 
qu'on  nommoit  du  Taureau,  parce  que  l'on  prétendoit  en  de- 
voir la  découverte  à  un  animal  de  ce  nom.  Il  y  lut  l'inscrip- 
tion en  vers,  dont  Messala  avoit  autrefois  orné  l'entrée  de 
ces  bains.  Il  en  prend  occasion  de  relever  avec  de  grands 


72  RUTILIUS, 

V    SIECLE.  ' 

v.  277-29*.  éloges  l'éloquence  de  cet  ancien  Auteur.  '  S'étant  rembar- 
qué, il  vit  les  ruines  de  Gravisque  et  de  Cosa.  L'on  tenoit  que 
ce  dernier  endroit  avoit  été  dépeuplé  parles  rats,  ce  que 

v.  351-368.  Rutilius  traite  de  fable  ridicule.  'Il  vit  l'Isle  d'Elbe  plus  célè- 
bre, dit-il,  par  ses  forges,  que  le  Berri,  et  plus  utile  par  ses 
mines  de  fer,  que  le  Tage  par  son  sable  d'or.  Cette  pensée 
lui  donne  occasion  de  décrire  les  mauvais  effets  de  ce  métal, 
et  les  avantages  que  l'on  tire  du  fer. 

v.  3^3-398.  '  Rutilius  parle  d'un  Juif  de  mauvaise  humeur,  qu'il  trou- 
va dans  cette  Isle,  et  la  vûë  duquel  lui  aïant  échauffé  la  Bile, 
le  fait  répandre  en  beaucoup  d  injures  contre  toute  la  nation. 
Il  semble  confondre  les  Juifs  avec  les  Chrétiens,  en  disant 
que  depuis  que  ceux-là  avoient  été  vaincus  par  Pompée,  puis 
par  Tite,  ils  s'étoient  répandus  par-tout,  et  dominoient  avec 
empire  ceux  qui  les  avoient  vaincus.  C'est  un  Païen  qui  par- 
le, et  qui  voudroit  peut-être  marquer  par-là  le  mécontente- 
ment qu'il  avoit  de  voir  le  Christianisme  embrassé  par  les  Em- 

t.  439-452.  pereursetpar  les  sujets  de  l'Empire.  'Il  vit  encore  l'Isle  de 
Caprarie,  qui  étoit  alors  peuplée  de  Moines.  Il  fait  une  des- 
cription de  ces  Solitaires  en  vrai  Païen,  qui  ne  connoît  point 
dautres  biens  que  ceux  des  sens,  et  qui  n'espère  rien  en  l'au- 
tre vie. 

v.  453-492.  'Après  avoir  passé  cette  Ile,  il  aborda  à  Volterre,  où  il 
alla  voir  la  maison  d'Albin,  qui  lui  avoit  succédé  dans  la 
Préfecture  de  Rome.  Il  visita  ensuite  les  Salines  qui  en  étoient 

v.  493-510.  proches  :  'il  y  rencontra  Yictorin  l'un  de  ses  intimes  amis,  qui 
avoit  quitté  Toulouse  sa  Patrie,  prise  par  les  Barbares  vers 
112,  et  s'étoit  établi  à  la  campagne  aux  environs  de  Volterre. 
Il  avoit  été  autrefois  Vicaire  des  Préfets  dans  la  Grande  Bre- 
tagne, et  avoit  été  honoré  du  titre  de  Comte  à  la  Cour  de 
l'Empereur  :  mais  il  avoit  préféré  à  tous  ces  honneurs  la  re- 

v.  515-526.  traite  de  la  campagne.  'Dans  l'Isle  de  Gorgone  au-delà  de 
Volterre  Rutilius  rencontra  encore  un  jeune  homme  de 
son  pais  et  de  ses  amis,  qui  avoit  méprisé  une  naissance, 
illustre  et  de  fort  grands  biens,  pour  se  retirer  parmi  les 
rochers  sur  le  bord  de  la  mer  de  Toscane.  Comme  Ru- 
tilius étoit  privé  des  lumières  de  la  foi,  il  ne  pouvoit 
connoître  les  avantages  de  la  retraite  :  c'est  ce  qui  le  porte  à 
déplorer  la  mort  vivante,  comme  il  la  qualifie,  de  ce  jeune 
Gaulois. 

t.  M7-574.       '  De  là  il  passa  près  de  l'Isle  des  Trois-tours,  et  ensuite  au 

Port 


POETE.  73       VSIECLE. 


Port  de  Pise,  qui  en  est  proche,  formé  parles  seuls  roseaux 
qui  arrêtoient  l'effort  des  vagues.  Il  y  vit  Protade ,  l'un  de 
nos  sçavants  Gaulois,  dont  nous  parlerons  dans  la  suite,  qui 
s'y  trouvoit  apparemment  pour  affaire;  car  il  cultivoit  alors 
une  petite  terre  qu'il  avoit  dans  l'Ombrie.  Rutilius  alla  par 
terre  jusqu'à  Pise;  le  Tribun  qui  étoit  de  ses  anciens  amis, 
lui  niant  fourni  des  chevaux  et  même  un  chariot  pour  faire 
ce  chemin.  '  Il  y  fut  reçu  avec  toutes  sortes  d'honneurs.  Ce  v.  575.596. 
fut-là  qu'on  lui  montra  les  monuments  publics  que  les  Tos- 
cans avoient  érigés  à  la  mémoire  de  Lachanius  son  père,  qui 
avoit  été  autrefois  Gouverneur  de  la  Province. 

'  Rutilius  se  remit  ensuite  en  mer,  et  poussa  jusqu'à  Gé-  1.  2.  y.  63.68. 
nés,  qu'il  paroît  désigner  par  une  terre  féconde  en  beaux 
marbres.  C'est-là  que  finit  son  itinéraire  qui  est  imparfait  et 
peu  exactement  travaillé,  l'Auteur  n'aïant  pas  eu  apparem- 
ment le  temps  de  le  finir  et  de  le  retoucher.  Tout  cela  pour- 
roit  faire  croire  que  Rutilius  seroit  péri  sur  mer  ou  mort  dans 
son  voïage,  avant  que  d'arriver  dans  les  Gaules.  '  Quelques  rai.  Atf.  p.  658. 
Sçavants  veulent  qu'il  ait  été  Consul  subrogé;  mais  on  ne  p  825      2 
trouve  aucun  solide  fondement  pour  appuïer  cette  opinion, 
comme  le  montre  fort  bien  M.  de  Tillemont.  '  Vossius  croit  Voss.  Poe.  ut.  p. 
que  c'est  à  Rutilius  dont  nous  parlons,  que  le  Poète  Flavius  249 
adressa  sa  Comédie  intitulée  Le  Plaintif  de  Plaute,  ou  l'Au- 
lulaire. 

S.  11. 

SES    ECRITS. 

utilius  nous  a  laissé  un  Poëme  en  vers  élégiaques,  Rut.  a,  p.  \,  so. 

qui  contient,  non  l'histoire  de  son  voïage  des  Gaules 
à  Rome,  comme  Onuphre  l'a  avancé,  sans  peut-être  l'avoir 
lu,  mais  celle  de  son  retour  de  Rome  dans  les  Gaules,  com- 
me en  conviendront  tous  ceux  qui  voudront  le  lire.  C'est 
pourquoi  l'on  donne  à  ce  Poëme  le  titre  d'Itinéraire ,  sous  le- 
quel il  est  le  plus  connu.  Il  est  divisé  en  deux  livres;  mais  il 
manque  quelques  vers  au  commencement  du  premier ,  et 
de  tout  le  second  livre  nous  n'avons  que  les  68  premiers  vers. 
Le  premier  livre  nous  conduit  de  Rome  jusqu'à  Pise,  com- 
me nous  l'avons  rapporté  en  abrégé  dans  la  vie  de  l'Auteur  ; 
et  le  peu  qui  reste  du  second  ne  va  que  jusqu'à  Gènes. 

Il  y  a  toute  apparence   que  l'Auteur  le  fit  durant  son 
voïage  même,  '  l'an   1169  de  la  fondation  de  Rome  :  ce  1.  i.  ▼.  iss.  isa. 

Tome  II.  K 


R 


V  SIECLE. 


71  II  U  T  I  L  I  II  S  , 


(|ui  revîendroit,  comme  nous  avons  remarqué  plus  haut,  a 
nu.  Emp.  t.  5.  p.  l'année  110  de  noire  Kre  vulgaire.  '  Mais  un  très-habile  honi- 
810.1.!   «il.  i.  iij);  e)^,jj  jjgvoïr  |(l  mettre  en  il7,  et  soiinailernit  même  le 
reculer  jusqu'en  fêO,  afin  o*e  concilier  certaines  difficultés  de 
Rot.  ii.  j.a.v.  4o.  fjhronologîe  qui  se  rencontrent  à  ce  siijet.  '  Il  est  au  inoins  cer- 
tain qu'il  a  été  composé  après  la  mort  île  Slilieon  en   108, 
Voss.hia.  lai.  i.a.  et  même  après  la  prise  de  Kome  par  les  GqtS  en  410.     On 
prétend  que  llutilius  l'adressa  à  llui'us  Venerius  Volusianus; 
i;t  on  l'a  ainsi  mis  à  la  lète  du  Poème  dans  presdue  toutes  1rs 
itut.  u.  i.  t.  v.  éditions.  '  Mais  quoiqu'il  y  parle  de  cet  ami,  et  qu  il  lui  adresse 
la  parole  eu  un  endroit,  il  ne  paroil  nulle  pari  qu'il  lui  dédie 
autrement  son  Poe  me. 
Tiii  ihi.i  i»  ma        '("cite  pièce  nous  apprend  beaucoup  de  choses  considéra- 
bles pour  l'histoire  de  ce  temps-là,  et  peut  mériler  à  IWililius 
le  litre  d'Historien,  comme  celui  de  Poêle.   Outre  les  traits 
historiques  que  nous  avons  déjà  rapportés  d'entre  ceux  qu'el- 
Gyr. noa.diai.s.p.  |<>  conlienl,  '  il  s'y  on  trouve  plusieurs  autres  (jue  l'on  cher- 
"'*».  iVi'.'  '  '      cheroit  inutilement  ailleurs.  Telle  est,  par  exemple,  l'avanlure 
des  vers  des  Sybilles  que  Slilieon  lit  brûler  à  Kome,   lors- 
qu'il remuoit  contre  l  Empereur    Hbhoritis  son  beau-père. 
Telle  est  encore  la  connoissance  que  ce  Poème  nous   donne 
de  plusieurs  grands  hommes  du  commencement  de  ce  siècle, 
que  nous  ne  conuoissons  point  d'ailleurs,   ou   que   nous  ne 
Voss  hisi.  idi.i.3.  connoîtrions  qu'imparfaitement.  .Mais  il  n'est  pas 'jusqu'aux 
c.2.-caYo,p.3oi.  |„'.,.,'.|i(jucs  <|ui  n'y  blâmenl  la  malice  de  l'Auteur  contre  les 
Voss.  poe.  lai.  p.  Juifs*,    les  Chrétiens  et  surtout  contre  les  Moines.    '   Pierre 
2iy  Pilhou,  au  rapport  de  Vossius,  a  cru  y  voir  quelque  confusion 

et  diverses  transpositions  par  rapporl  à  l'ordre  de  la  roule  que 
Tiii.  ibid.  m.t.       suivit  Kulilius:  'ce  que  d'autres  Sçavants  assurent  n'avoir  point 
remarqué  ,  quoique  l'édition  dont  ils  se  sont  servis  ,  soit  peu 
exacte. 
Gyr.  ibid.  i  voss.       '  Au  reste  l'on  convient  que  ce  Poëme  a  toute  l'élégance 

i.isi  ut  i.  2.  c.  ,.(  |a  j)eaut(;  ,],,ni  son  siècle  etbit  Capable,  et  qu'il  s'élève  mo- 
is. |  Bail. jug. poe.  .  -,  i    V 

lai  p.  4%.  |Cavo,  nie  au  dessus  de  son  siècle.  On  y  voit  que  le  leu  qui  animoit' 
1  les   Poêles   du    bon  siècle,    nétoit  pas  encore  entièrement 

éleinl,  ou  qu'au  moins  il  nsloil  encore  quelque  chaleur  sous 
les  cendres,  selon  l'aveu  de  plusieurs  Critiques  de  réputation. 
'  L'on  prétend  néanmoins  qu'il  n'a  pas  été  travaillé  avec  toute 
l'exactilude  possible  :  ce  que  l'on  croit  devoir  autant  attribuer 
aux  défauts  des  Critiques  et  des  Copistes  qu'à  l'Auteur  mê- 
me, qui  probablement  n'aura  fias  eu  le  temps  de  le  retou- 
cher. 


Bail,  il-i'l     p.  497. 


P  0  K  T  K.  ?ii 

v  s  1 1;  t;  i.  k. 

Il  y  a  ou  assez  grand  nombre  «I'.'mI  i  l  m  .n^  iJ»-  ce  Poème.  'La  Rm /ftW  .. '^  . 
première  édition  eu  parut  à  Naples  l'an  15211  par  les  soins  &*«,  p.  «t.  il 
do  Pierre  Sunnuunlius.  La  même  année  Jean  Baptiste  Pius 
on  |nili!i;i  un  autre  nue  pou  plus  correcte  que  la  précédente, 
;i  Bologne,' chez  Jérôme  oc  Henedieiis. a  Trois  ans  après  en  nii..vaiiicei. 
1.523,  oo  Poëme  fut  encore  imprimô  à  Homo  en  un  volume  a  ,i,lj  vaiic. 
iu-T.   avec  los  traités  de  divers  Ailleurs  intitulés  Homo  an- 
oiono  e!  moderne.  '  François  du  Piémont  l' inséra  ensuite  dans  ihi».  Otto* 
sa  Dissertation  sur  la  Poétique  d'iloraco,  imprimée  à  Venise 
chez  Aide  l'an  1510  en  un  volume  in-i".  '  De  mémo  Onu-  n«.  nm.  ib.d.  | 
plue  le  mit  dans  ses  Commentaires  sur  la  Hépublique  Ho-    *ve*  l,,"J" 
maiucqui  furent  imprimés  à  Venise  Tan  1558  en  un  volume 
in-S".  ol  depuis  réimprimés  à  Francfort  los  années  1575, 
1507.  et  à  Paris,    15NS  in-N".  avec  ce  même  Poëme.  '  Il  pa-  i;ii>.riari>.  t.  2.  P. 
i*ii  1  à  l'a  ris  séparément  selon  la  Bibliothèque  de  Mr.  leCardi- 
nal  H.'irlterin,  en  un  volume  iu-S".  l'an  lï>46,  '  et  à  Basle  en  ii.ni.  |iiii>.  La«d. 
Ï575,  avec:  l'Itinéraire  d'Âutnnin  ol  d'autres  traités,  par  los  «Sii  t-i^pVÎs*. 
soins  <!o  Josias  Simler  en  un  volume  in-12.  A  Borne  Joseph  '• 
Castalion  le  donna  au  public  avec  ih<  notes  de  sa  façon  en  un 
volume  in-S".   l'an  1582,  chez  Vincent  Accolli.  'En  151)0  Fab.  m. iai.  P. 
M'.   Pillmn  L'inséra   dans  son  Recueil  des   Anciens   Poètes.  **•  pE&.à£*- 
'Lu   1  <  »  1 1  ce  Poëme  fut  encore  [)id)lié  entré  les  fragments  •  r«b.  app.  p.  tr. 
imprimés  dans  le  corps  des  Anciens  Poêles  Lalins  à  Genève 
en  deux  volumes  in-i°.  '  A  la  lin  de  l'an  1010  Juste  Zinzer-  Hui.noi.  p. 95.90. 
ling  en  publia  une  édition  à  Lyon  avec  les  noies  de  Théo-  ■'•  -05-3»- 
dore  Sitzmanne  son  ami.  'Gaspard  Parlions  revit  le  Poème  Bib.  Darb.  t.  s.  p. 
ol  y  lit  de   Ires-amples  observations  qui  furent  imprimées  3-s  -■ 
avec  le  texte    à  Francfort  l'an  1025  en  un  volume  in-H".  Bib,  Angel. 
Cette  édition   de  Barlhius  parut  dé  nouveau  au  même  en- 
droit hm  1028  :  mais  la  plus  correcte,  et  la  plus  parfaite 
'  esl   celle   d'Amsterdam    chez    Jean  Wolters  de  l'an   1  <»S 7  mi>.  s.  vin.  c™. 
en  un  Volume  iii-10.  avec  les  noies  eboisies  de  divers  Au- 
tours. A  la  tête  do  ci  Ile  édition  Hiililius  est  qualifié  Tribun 
et  Préfet  du  Prétoire  :  ce  qui  n'a  aucun  solide  fondement.  (11.) 


Kij 


V  SIECLE. 


76 


ANONYME, 

Poète  chrétien. 


S-  I. 

HISTOIRE    DE  SA  VIE. 

e  que  nous  allons  dire  de  ce  Poëte,  est  fondé  sur  son 
propre  ouvrage,   et  sur  un  autre  qne  nous  croïons  de- 
voir lui  donner,  pour  les  raisons  que  l'on  verra  dans  la  suite. 
Pros.  d« _Proy.  v.  '  H  étoit  Gaulois  de  nation," et  ce  semble  né,  ou  au  moins 
habitué  en  Provence.  C'est  ce  que  porte  à  croire  la  destruction 

il  fait  mention.  Il  vivoit  à  la  fin 


C 


16.  17.  27 
30 


des  oliviers  de  son  pais  dont 

y.  i5. 60.  du  IV  siècle,  et  au  commencement  du  suivant;  '  puisqu'il 

fut  témoin  oculaire  des  ravages  que  les  Gots  ou  les  Getes, 
comme  il  les  nomme  ,    firent  dans  les  Gaules  ,  où  ils  en- 

y.  4i.  «.  trerent  le  dernier  jour  de  l'an  406;  et  que  dès  lors  il  parolt 

se  distinguer  des  enfants ,  et  se  mettre  au  nombre  des  hom- 
mes faits. 

conf.  P.  769.  Il  étoit  sorti  de  parents  Chrétiens  ,  '  et  avoit  été  baptisé 

dès  l'enfance,  et  délivré  par  J.  C.  du  péché  originel ,  et  de 
la  servitude  du  démon,  lorsqu'il  n'avoit  encore  aucune  con- 
noissance  de  cet  état  si  funeste.  Mais  il  n'eut  pas  soin  ,  com- 
.  me  il  s'en  plaint  lui-même,  de  conserver  cette  grâce.  Il  s'as- 
sujettit à  tous  les  vices,  qui  lui  firent  abandonner  la  maison 
de  son  Père  Céleste,  pour  le  faire  passer  sous  le  dur  escla- 

P  770.  vage  des  Egyptiens  ,  puis  des  Babyloniens ,  '  sans  avoir  re- 

çu d'autre  récompense  pour  se  perdre,  qu'une  volupté  mor- 
telle. 

De  ProY.  y.  901.       '  Comme  Dieu  se  sert   des  maux  de  ce  monde  et  pour 

905  punir  les  méchants,  et  pour  purifier  les  bons  de  leurs  pé- 

chés, il  s'en  sert  aussi  pour  faire  revenir  à  lui  ceux  qui  s  en 

y.  «.M.  sont  éloignés.  C'est  ce  qui  arriva  à  nôtre  Poëte.  '  Les  Bar- 

bares aïant  ravagé  son  pais  et  brûlé  la  Ville  où  il  faisoit  sa 
demeure,  se  saisirent  de  lui,  de  son  Evêque  qui  étoit  un  saint 
Vieillard ,  et  de  tout  le  peuple  ,  et  les  contraignirent  de 
marcher  à  pied  au  milieu  de  leurs  chariots  et  de  leurs  ar- 

cont.  p.  7io.       mes.  '  Etant  ainsi  au  milieu  d'une  nation  étrangère  et  barba- 


POETE   CHRETIEN.  77 


V  SIECLE. 


re,  qui  avoit  des  gardes  sur  ses  frontières,  de  peur  que  ses 
Captifs  ne  lui  échapassent ,  il  se  sentit  touché  de  Dieu.  Il 
commença  à  rentrer  dans  le  secret  de  son  cœur,  autant  que 
l'esclavage  plus  spirituel  que  corporel  où  il  étoit ,  le  pouvoit 

fjermettre.  Il  s'apperçut  qu'il  s'engageoit  de  plus  en  plus  sous 
a  domination  du  péché,  et  il  en  fut  saintement  troublé .  'Il  P.  769. 
rougit  du  service  qu'il  rendoit  à  un  maître  si  infâme  et  si  cruel. 
'  Il  ouvrit  l'Ecriture  pour  voir  s'il  lui  restoit  encore  quelque  P.  770. 
espérance  de  se  sauver.  Y  aïant  trouvé  sans  doute  des  assu- 
rances de  la  miséricorde  de  Dieu  envers  les  véritables  péni- 
tents, il  versa  des  ruisseaux  de  larmes  dans  la  confusion  d'a- 
voir vendu  au  péché  ce  que  Dieu  avoit  acheté  de  son  sang, 
et  dans  le  regret  de  se  voir  esclave  de  ses  plus  grands  enne- 
mis. 

Loin  de  se  laisser  aller  au  découragement,  '  il  s'anima  à  P.  770 
rompre  promptement  tous  ses  liens,  et  à  retourner  sans  délai 
à  celui  qui  l'avoit  acheté  pour  lui  donner  la  vie.  Il  s'excita 
à  demander,  à  chercher  et  à  frapper  à  la  porte  de  sa  miséri- 
corde, dans  l'espérance  qu'elle  lui  ouvriroit  son  sein.  Lors- 
qu'il songeoit  à  s'aller  présenter  devant  son  père,  et  sa  nom- 
breuse famille  ;  la  nudité  honteuse  où  il  voïoit  son  ame,  le 
couvroit  de  confusion.  Quelque  grande  que  soit  celle  qui  ac- 
compagne les  humiliations  les  plus  dures  et  les  plus  pénibles 
de  la  pénitence,  il  l'embrassa  néanmoins,  parce  qu'elle  n'a 
rien  de  comparable  à  la  violence  du  feu  d'enfer,  et  que  la 
punition  doit  être  plus  rigoureuse  pour  ceux  qui  se  laissent 
accuser  au  jugement  de  Dieu,  que  pour  ceux  qui  d'eux-mê- 
mes lui  confessent  leurs  péchés;  pour  des  pécheurs  opiniâ- 
tres, que  pour  ceux  qui  implorent  la  divine  miséricorde  ;  pour 
des  criminels  que  l'on  traîne  au  tribunal  de  la  justice  divine, 
que  pour  ceux  qui  reviennent  à  Dieu  par  un  retour  sincère. 
Il  semble  par-là  que  nôtre  Auteur  se  soumit,  ou  s'étoit  réso- 
lu de  se  soumettre  à  la  pénitence  publique. 

Telle  fut  sa  conversion,  comme  lui-même  la  rapporte 
dans  un  écrit,  que  nous  allons  prouver  être  son  ouvrage; 
quoiqu'il  ait  longtemps  porté  le  nom  de  Prosper  d'Aquitai- 
ne sous  le  titre  de  Confession.  Il  fut  attentif,  non-seulement  à 
conserver  les  sentiments  de  pieté  que  Dieu  lui  avoit  inspirés 
dans  sa  conversion,  mais  aussi  à  tâcner  de  les  inspirer  aux  au- 
tres. C'est  ce  qui  paroît  par  le  Poëme  qu'il  composa  sur  la 
Providence.  Les  mêmes  maux  qui  l'avoient  fait  retourner  à 

"  Kiij 


V       SIECLI 


78  ANONYME, 


DcProv  v  i9  26  i    Dieu,  '  étoient  aux  autres  un  sujet  de  plaintes  ameres  et  de 
v.  8.1.87.  blasphèmes  contre  la  Providence  divine.  ■  Comme  il  avoit  ac- 

' v' 2"  coutume  de  s'exercera  écrire  divers  ouvrages  en  vers,  et  peut- 

».  i.  être  aussi  en  prose,  '  après  un  an  presque  entier  de  silence 

v.  ni.  il  crut  ne  pouvoir  rien  faire  de  plus  utile,  que  d'emploïer  sa 

v.  s»,  ro.  plume  à  réfuter  ces  blasphèmes,  qui  '  lui  étoient  plus  sensibles 

v.  87.  88.  que  toutes  les  cruautés  des  («ois,  '  qu'il  voïoit  ébranler  la 

v.  93. 9i.  foy  de  la  populace  crédule  et  ignorante.  '  Il  espéroit  par-là 

d'empêcher  les  uns  de  s'engager  dans  les  ténèbres  de  l'erreur, 
et  de  faire  revenir  les  autres  de  leur  égarement,  en  leur  mon- 
trant la  lumière  qu'ils  dévoient  suivre. 
v.97.  iso.  '  11  leur  rappelle  dans  ce  Poëme  l'existence  d'un  Dieu  qui 

a  créé  toutes  choses,  qui  en  dispose  comme  il  lui  plaît,  mais 
t.  iBi.  19*.  toujours  avec  une  souveraine  sagesse;  '  qui  gouverne  l'univers 

v.  195.  mi.  avec  autant  de  vigilance  que  de  bonté;    qui  aïantfait  éclater 

sa  toute-puissance  dans  la  création  du  monde,  et  sur  tout  dans 
la  formation  de  l'homme  qu'il  a  fait  à  son  image,  et  rendu 
capable  de  le  posséder,  étend  encore  ses  soins  à  lui  préparer 
un  remède  en  J.  C.  pour  le  retirer  de  la  mort  où  il  s'etoit  pré- 
v  902.605.  cipilé;  'qui  fait  servir  les  afflictions  temporelles  à  punir  les 

méchants,  quoique  sa  patience  leur  réserve  après  cette  vie 
une  autre  punition  proportionnée  à  leurs  crimes,  comme  à 
puriiier  les  justes  de  leurs  péchés,  et  à  augmenter  leurs  mérites. 
De  ces  grands  principes  nôtre  Poêle  tire  les  conséquences 
aussi  justes  que  propres  à  appaiser  des  murmures  contre  la 
Providence,  et  à  faire  adorer  les  desseins  de  Dieu  sur  les 
hommes. 

Mais  pour  mieux  faire  entrer  les  autres  dans  ces  senli- 
t.  89».  896.  ments  qu'inspirent  la  foi  et  la  piété,  '  il  prie  Dieu  de  le  met- 

tre lui-même  au  nombre  de  ceux  qu'il  châtie  par  sa  miséricor- 
de, et  non  de  ceux  qu'il  abandonne!  à  leur  propre  volonté  et 
à  leurs  passions,  en  retirant  d'eux  les  verges  de  son  châtiment 
paternel.  Il  vient  ensuite  à  exhorter  les  autres  à  faire  ce  qu'il 
avoit  pratiqué  lui-même  au  temps  de  sa  conversion;  c'esl-à- 
y  ois  93,i.  dire  '  à  rentrer  dans  le  secret  de  leur  cœur,  à  y  considérer  les 

souillures  du  péché,  et  les  ravages  qu'y  font  leurs  ennemis 
spirituels  qui  le  tiennent  dans  l'esclavage  ;  à  pleurer  ces  dom- 
mages, plutôt  que  de  s'amuser  à  verser  des  larmes  sur  leurs 
maisons  de  campagne  brûlées,  et  sur  leurs  champs  ravagés  ; 
à  rejetter  sur  leurs  péchés  la  ruine  des  temples,  qui  subsiste- 
roient  encore  pour  annoncer  la  piété  de  ceux  qui  les  avoient 


POETE     CHRETIEN.  79     w  .É„  ■ 

bâtis,  s'ils  avoient  refusé  l'entrée  aux  ennemis  de  leur  salut.  ~ 
'  Il  finit  en  leur  représentant  que  ceux  qui  ont  mis  tous  leurs  v.  9*3.  973 
thrésors  en  J.  C.  ne  doivent  plus  s'occuper  des  choses  périssa- 
bles, qu'ils  n'ont  point  apportées  en  venant  au  monde,  et 
qu'ils  n'emporteront  point  en  le  quittant;  mais  qu'ils  doivent 
faire  tous  leurs  efforts  pour  secouer  le  joug  du  péché,  rom- 
pre leurs  chaînes,  et  rentrer  dans  la  glorieuse  liberté  des  en- 
fants de  Dieu  ,  que  s'élant  ainsi  dépouillés  du  vieil  homme, 
et  revêtus  de  J.  C.  ils  s'adressent  à  lui  pour  lui  demander 
toute  la  force  nécessaire,  alin  de  vaincre  celui  qui  les  a  vain- 
cus. Nous  ne  sommes  entrés  dans  ce  détail,  que  pour  mon- 
trer que  ce  Poète  étoit  un  grand  homme  de  bien  et  d'une 
pieté  aussi  solide  qu'éclairée.  II  vivoit  encore  en  ilG,  ainsi 
qu'on  le  va  voir  par  la  suite. 

s-  n 

SES    ECRITS. 

Nois  avons  de  nôtre  Anonyme  deux  différents  ouvra- 
ges assez  considérables  pour  ce  qu'ils  contiennent , 
mais  encore  plus  célèbres  par  le  nom  de  S.  Prosper  qu'on 
leur  a  fait  porter  assez  long-temps. 

1"  '  Le  premier  est  un  Poëme  sur  la  Providence,  dont  nous  pro3.    P.    785. 
venons  de  donner  quelque  idée  en  faisant  l'histoire  de  la  vie  824' 
de  son  Auteur.  'On  convient  presque  généralement  aujour-  p.  779.786. 
d'hui  qu'il  n'est  point  de  S.  Prosper,  mais  d'un  Auteur  incon- 
nu; et  c'est  le  titre  que  lui  donne  le  dernier  Editeur  des  œu- 
vres de  ce  Saint.  Pour  éviter  les  redites,  nous  supprimons  ici 
les  raisons  que  nous  avons  de  suivre   ce  sentiment,  et  les 
renvoïons  à  1  article  de  S.  Prosper. 

'  Il  y  avoit  déjà  dix  ans  que  les  Vandales  et  les  Gots  ra-  Da  ivov.  t.  27. 
vageoient  nos  Gaules,  lorsque  ce  Poëme  fut  composé,  ce  qui  ,3  3i 
revient  à  l'an  416,  suivant  l'époque  de  leur  première  irruption 
dans  nos  Provinces.  'Les  plaies  dont  Dieu  châtioit  alors  les  Tin.  h.  e.  1. 16. 
péchés  des  hommes,  faisoient  murmurer  les  méchants,  au  p' c' 
lieu  des  les  humilier.  'De  ces  grands  effets  de  la  Providence  l'ros.  do  m.  v. 
divine  ils  tiroient    des    armes  pour  combattre  cette  même  l9'  *'  '  *'**'  **' 
Providence.    Et  comme  ils  voïoient    souffrir    les    innocents 
avec  les  coupables,  ils  en  inféroient  qu'il  n'est  point  vrai  que 
Dieu  gouverne  toutes  choses,  '  et  recouroient    aux   principes  ▼.  ees  ma 
chimériques    du    destin  et  de  la  puissance  dej  astres.  '  Ces  Tiii.  u»d. 


V  SIECLE. 


80  ANONYME, 


blasphèmes  qui  ont  obligé  S.  Augustin  à  faire  son  grand  ou- 
vrage de  la  Cité  de  Dieu,  donnèrent  aussi  occasion  au  Poëme 
dont  nous  parlons.  L'Auteur  qui  avoit  beaucoup  de  piété, 
comme  on  l'a  vu  par  sa  vie,  l'entreprit  dans  le  même  dessein. 
Pros.  iUd.  y.  15.  '  Il  commence  par  décrire  d'une  manière  pathétique  la 
w-  désolation  de  son  païs,  et  l'extrême  cruauté  des  Barbares, 
qui  non  contents  d  avoir  ravagé  la  campagne,  brûlé  les  vil- 
les, ruiné  les  châteaux,  avoient  encore  profané  les  lieux 
saints  et  les  vases  sacrés,  insulté  aux  Prêtres,  aux  Solitaires, 
aux  Vierges,  aux  Veuves,  et  massacré  les  jeunes  enfants.  Il 
entre  ensuite  en  matière,  après  avoir  posé  les  grands  princi- 
pes de  l'existence  d'un  Dieu,  de  sa  sagesse,  de  sa  bonté,  de 
sa  vigilance,  de  sa  justice,  etc.  On  ne  peut  guéres  don- 
ner une  plus  haute  idée  qu'il  donne  de  la  grandeur  de 
Dieu,  et  du  soin  qu'il  prend  des  créatures,  et  sur-tout  des 
hommes;  d'où  il  conclud  la  nécessité  et  l'obligation  qu'ont 
ceux-cy  d'adorer  ses  desseins,  et  de  se  soumettre  à  ses  ordres. 
Ce  Poëme  contient  de  fort  beaux  endroits  sur  la  grâce,  et 
vraiment  dignes  d'un  Disciple  de  S.  Augustin.  Mais  il  faut 
avouer  qu'ils  perdent  quelque  chose  de  leur  mérite,  en  se 
trouvant  mêlés  avec  quantité  d'autres  qui  paraissent  ne  respi- 
rer que  le  Pélagianisme.  Il  seroit  trop  ennuïeux  d'en  faire  ici 
le  détail.  On  peut  les  voir  dans  ce  même  Poëme  de  la  der- 
nière édition  parmi  les  œuvres  de  S.  Prosper,  où  l'éditeur  a 
Tin.  ibid.  p.  ni.  eu  soin  de  les  marquer  par  des  guillemets.  11  est  vrai'  que  ce 
Poëme  fut  fait  en  un  temps  où  l'hérésie  de  Pelage  n'avoit  pas 
encore  fait  un  éclat  considérable  dans  les  Gaules,  et  que 
l'Auteur  a  eu  moins  en  vûë  de  combattre  les  ennemis  de  la 
grâce,  que  ceux  qui  ruinoient  la  liberté  de  la  volonté.  Néan- 
moins on  ne  peut  s'empêcher  de  convenir  qu'il  ne  se  soutient 
point  dans  ses  principes,  puisqu'il  en  pose  de  si  contraires  les 
Pros.  de  Prov.  v.  uns  aux  autres.  De  même  '  après  avoir  établi  la  vérité  de  l'In- 
*  v  450-sw.  carnation,  et  le  dogme  des  deux  natures  en  J.  C.  il  semble 
dire  que  depuis  son  Ascension  ces  deux  natures  n'en  font  plus 
qu'une.  Nec  jam  diverses,  sed  unum  sunt  duo.  Tout  cela 
n'empêche  pas  que  le  Poëme  n'ait  de  grandes  beautés,  et  pour 
les  vérités  qu'il  contient,  et  pour  la  manière  de  les  exprimer. 
On  l'a  toujours  inséré  parmi  les  œuvres  de  S.  Prosper,  de- 
puis l'édition  qu'en  donna  Sebastien  Gryphe  en  l'année  1539. 
2°.  L'autre  ouvrage  de  nôtre  Anonyme  est  la  Confession 
que  le  P.  Sirmond  publia  en  1G19  sous  le  nom  de  Tyro 

Prosper, 


POETE  CHRETIEN.  81     .  „„. 

V    SIECLE. 


Prosper,  à  la  fin  des  Poésies  d'Eugène  et  de  Draconce, 
'  et  que  le  dernier  éditeur  de  S.  Prosper  a  jointe  aux  œuvres  Prosp.  P.  769.770. 
de  ce  Saint  sous  le  nom  de  Prosper  d'Aquitaine.  On  con- 
vient presqu'unanimement  aujourd'hui  que  cet  écrit  n'est 
point  du  grand  S.  Prosper,  comme  nous  dirons  plus  ample- 
ment en  son  lieu.  Mais  on  ne  peut  guéres  se  refuser  au  sen- 
timent que  nous  établissons  ici,  pour  peu  qu'on  veuille  peser 
les  raisons  sur  lesquelles  nous  l'appuïons  ;  elles  sont  prises  ces 
raisons  et  de  la  ressemblance  qu'il  y  a  entre  les  traits  person- 
nels de  l'Auteur  de  cette  pièce,  et  ceux  de  l'Auteur  du  Poë- 
me  sur  la  Providence,  et  de  la  conformité  qui  se  trouve  entre 
les  pensées  et  les  expressions  de  l'un,  et  celles  de  l'autre  ; 
quoique  l'écrit  dont  il  s'agit  soit  en  prose,  et  qu'il  ne  con- 
tienne pas  une  page  entière. 

'  L'Auteur  de  la  Confession  étoit  captif  d'une  nation  étran-  conf.  P.  770 
gère  et  barbare,  parmi  laquelle  il  fut  touché  de  Dieu,  et  se 
convertit  à  lui.  '  Il  avoit  beaucoup  de  pieté,  comme  le  mon-  p.769.  7-0. 
tre  toute  sa  pièce,  et  gémissoit  beaucoup  plus  de  se  voir  sous 
l'esclavage  du  péché,  que  de  se  trouver  assujetti  à  des  étran- 
gers. Tous  ces  traits  conviennent  à  la  letre  à  l'Auteur  du  Poè- 
me sur  la  Providence,  '  qui  aïant  été  emmené  captif  par  les  De  Prov.  v.  57. 
Gots, a  prit  occasion  de  leurs  ravages  et  des  suites  qu'ils  eu- 
rent, de  composer  son  poëme,  où  il  fait  voir  par-tout  une  pié- 
té éminente,  'et  où  il  témoigne  beaucoup  plus  de  sensibilité  v.  87-91. 
des  crimes  que  ces  ravages  faisoient  commettre,  que  de  tou- 
tes les  cruautés  des  Barbares. 

Non  seulement  c'est  le  même  caractère  de  personne  ;  mais 
ce  sont  encore  pour  la  plupart  et  les  mêmes  pensées  et  les 
mêmes  expressions,  autant  que  la  matière  qui  se  présente  à 
traiter  et  la  contrainte  des  vers  qui  est  le  genre  d'écrire 
qu'on  emploie  dans  l'un  des  deux  ouvrages,  peuvent  le  per- 
mettre. '  L'Auteur  de  la  Confession  parlant  chi  péché  originel  Conf.  p.  799. 
qui  assujettit  à  un  état  de  mort  ordinaire,  ou  commun  à  tous 
les  hommes,  mais  dont  ils  sont  délivrés  par  J.  C.  s'exprime  en 
ce3  termes  :  Transfusa  in  me  a  parentibus  ordinarid  mortis 
conditione . . .  inter  ipsa  me  vitœ  initia,  misericors  et  miser  a- 
tor  Domine  liberasti.  L'Auteur  du  Poëme  sur  la  Providence, 
traitant  en  peu  de  mots  le  même  sujet,  s'explique  de  la  même 
manière. 

4  Victus  enim  terrenus  Adam,  transfudit  in  omnes  De  Prov.  v.  489. 

Mortem  homines. ...  i9°- 

Tome  II.  L 


58. 

•v.  1-91. 


V  SIECLE. 


\.   200-211. 


82      ANONYME  ,  POETE  CHRETIEN. 

'  Res  monet  a  primis  apcrire  parentibus  ortum. 
Humani  generis,  caussasque  cvolvere  vitac 
Amissic,  et  rursus,  Christo  donante  reccplœ. 


conf.  r.  769.  'L'un  parlant  des  effets  du  Baptême,   exprime   ainsi  sa 

pensée  :  Renatus  itaquc  in  Christo  Jesu  per  Sptritum  Sanc- 
tum  tuum,  hœres  adscriptus,  filius  nuncupatus. . .  Israël  tuus 
foetus  sum.  L'autre  retient  presque  la  même  manière  de  s'é- 
noncer, en  parlant  de  la  même  chose. 

Dp  Prov.  v.  69i.  '  ^m  quoscumque  sacro  renovavit  Spiritus  Amne, 

<«n.  In  Christo  genitos  mortali  ex  stirpe  recisos, 

Jam  séries  cœlestis  habet,  nec  terrea  nectit 
Progenies,  templum  in  Domini  corpusque  redactos. 

conf.  p.  770.  '  Celui-là  voulant  nous  apprendre  qu'il  n'étoit  point  à  lui- 

même,  mais  qu'il  appartenoit  à  celui  qui  l'avoit  rachel'é  par 
son  sang,  et  qui  étoit  le  souverain  maître  de  toutes  choses 
parle  ainsi  :  Et  mevs  non  eram  ;  scio  enim  me  ejus  redemtum 
sanguine,  cui  cœlestia  et  terrena  et  in  ferma  subjecta  sunt. 
Celui-ci  a  inséré  dans  son  Poëme  et  la  même  pensée  et    les 

d«  Prov.  v.  -j06.  mêmes  expressions.  '  Nec  tuus  ipse  es,  emtus  enim  es  ;  puis 

a  v."  5i6.  parlant  de  celui  qui  l'avoit  racheté,  il  ajoute .  *Rex  Me,  et  rcrwn 

Dominus. 

conf  p.  770.  '  Le  premier  voulant  expliquer  l'immensité  de  Dieu,  le  fait 

en  ces  termes  :  Bene  est  auod  Redemtorem  meum  tenentem 
omnia,  loca  non  tenent.  Prœsens  cœlis,  in  feris  adest ,  totus  in 
abyssisest,  lotus  in  terris.  L'autre  aiant  occasion  de  toucher  la 
même  vérité,  l'exprime  de  la  même  manière. 

De  Prov    v.   nii.  '  Oimiitius  uiius  pnesens qui  totus  ubique 

■77    IKi 

v    170.  183.  '  s'c  ,,u""  immensiis  cohibetur  Une  locorum 

Nilque  adeo  est  magnum  quod  non  certus  modus  arcet  : 
Et  Gelum  et  terras,  et  totum  denique  mundum 
Limes  habet  :  meta  est  altis,  et  meta  profundis. 

Nous  pourrions  pousser  ce  parallèle  encore  plus  loin,  et  don- 
ner d'autres  exemples  de  la  conformité  qu'il  y  a  entre  legénie  de 
ces  deux  écrits  et  de  leurs  Auteurs.  Mais  ce  que  nous  en  venons 
de  dire  suffit  pour  persuader  que  ces  deux  pièces  sont  sorties  de 
la  même  plume,  et  que  celle  qui  a  porté  jusqu'ici  le  titre  de 
Confession  de  Prosper  d'Aquitaine,  ou  de  Tyro  Prosper,  est 
l'ouvrage  de  l'Auteur  du  Poëme  sur  la  Providence. 


ALETHE,  EVÊQUE  DE  CAHORS.  83 


V    SIECLE. 


ALETHE; 

EvÊQUE    DE    CAHORS. 

Alethe    étoit    de  ces    hommes    célèbres  au    commen-  Pui.  «p.  ss.i.i. 
cément   de    ce    siècle,   qui    avoient    d'étroites    liaisons 
avec  S.  Paulin  de  Noie.  Il  faut  que  son  mérite  et  son  sça- 
voir  fussent  bien  éclatants,  '  puisque  la  réputation  s'en  étoit  nier. eP. ad.  ai»,  p. 
répandue  jusques  en  Palestine.  On  t*ouve  cependant  peu  de  188' 
choses  pour  son  histoire.  Le  premier  monument  qui  en  fasse 
mention,  '  est  une  lettre  que  S.  Paulin  lui  écrivit  l'an  403,  en  Paul.  iWd. 
réponse  à  une  de  siennes.  '  Dans  plusieurs  manuscrits  le  titre  tiiss.  3.  n.  2. 
de  "cette  letre,  qui  est  la  33e,  donne  à  Alethe  la  qualité  de 
frère  de  Florent  Evêque  de  Cahors,  '  à  qui  S.  Paulin  adresse  ep-  « 
la  42e.  '  Florent  y  est  loué  comme,  un  excellent  Evêque  qui  p.  s. 
s'acquittoit  dignement  de  son  ministère.  'Il  avoit  écrit  le  pre-  n.  2. 
mier  à  S.  Paulin,  qui  en  faisant  l'éloge  de  sa  letre,  dit  que 
le  sel  Apostolique  dont  elle  étoit  assaisonnée,  faisoit  voir  la 
force  et  la  vigueur  de  la  grâce  que  Dieu  avoit  répandue  dans 
Famé  de  son  Auteur,  comme  la  douceur  de  ses  paroles  mon- 
troit  combien  le  Seigneur  étoit  doux  en  la  personne  de  Flo- 
rent. '  Cette  réponse  de  S.  Paulin  est  de  l'an  405  ;  et  Florent  p.  ans.  1  not.  im. 
étoit  dès  lors  Evêque  de  Cahors,  comme  il  paroît  par  le  titre  p 
dans  tous  les  manuscrits. 

Pour  Alethe  son  frère,  il  n'étoit  encore  que  simple  Prê- 
tre. '  S.  Jérôme  parlant  de  lui  en  407,  ne  lui  donne  point  de  Hier.  iwa. 
qualification  plus  relevée.  Mais  il  çtoit  revêtu  de  cette  digni- 
té au  moins  dès  l'an  403.  '  C'est  ce  que  fait  juger  la  qualité  Paul.  ep.33.  n.  1. 
de  son  saint  et  vénérable  frère  que  lui  donne  S.  Paulin,- en 
répondant  à  la  letre'  qu'Alethe  lui  avoit  écrite  pour  le  porter  n.  2. 
à  entreprendre   quelque   ouvrage  sur    l'Incarnation.     Dans 
cette  réponse,  que  nous  n'avons  pas  entière,  S.  Paulin  relevé 
avec  son  éloquence  ordinaire  la  foi  d'Alethe,  sa  piété,  sa  cha- 
rité, la  pureté  de  son  style,  la  douceur  de  ses  discours  qui  dé- 
couvroient  le  prix  du  thrésor  de  son  cœur  ;  enfin  son  zt  le  et 
son  ardeur  pour  se  nourrir  des  connoissances  lumineuses  de 
l'Evangile.     En  parlant  de  sa  personne  il  nous  le  dépeint  n. 
comme  un  digne  Ministre  du  Seigneur,  qui  annoncoit  la  pa- 

Lij 


n.   I.  2. 


V    SIECLE. 


84  ALETHE,  EVÊQUE  DE  CAHORS. 


rôle  de  Dieu  avec  une  bouche  sainte,  et  dont   les   prières 
étoient  aussi  capables  de  guérir  la  sécheresse  des  cœurs,  que  ses 
letres  d'en  adoucir  l'amertume;  tant  sa  foi  étoit  vive,  et  ses 
■'•  ••  discours  pleins  de  suavité.  'S.  Paulin  et  Alethe  s'écrivoient 

au  moins  tous  les  ans,  se  faisant  tenir  leurs  letres  par  Victor, 
qui  étoit  aussi  l'un  des  messagers,  dont  se  servoil  souvent 
S.  Sevére  Sulpice. 

S.  Jérôme,  quoique  très-éloigné  d'Alethe,  ne  faisoit  pas 

moins  d'estime  de  son  mérite  et  de  son  sçavoir,  qu'en  faisoit 

Hier.  ep.  aii.  Aig.  S.  Paulin.  '  Algasie,  Dame  Gauloise,  lui  aïant  envoie  en  Pa- 

p' 188'  lestine  quelques  questions  sur  l'Ecriture,  pour  le  prier  de  les 

lui  éclaicir,  le  S.  Docteur  la  renvoie  au  S.  Prêtre  Alethe, 

comme  à  un  homme  qui  avoit  autant  de  capacité  que  de  sa- 

f;esse,  pour  résoudre  de  vive  voix  toutes  les  difficultés  qu'elle 
ui  proposoit.  Il  lui  témoigne  même  sa  surprise,  de  ce  que  lais- 
sant cette  source  très-pure  qu'elle  avoit  dans  son  voisinage, 
elle  alloit  chercher  si  loin  le  courant  d'un  petit  ruisseau  :  c'est 

f)Ourquoi  S.  Jérôme  lui  conseille  d'adoucir  l'amertume  qu'el- 
e  pourroit  trouver  dans  ses  écrits,  par  le  miel  et  le  nectar  qui 
couloient  de  la  bouche  d'Alethe,  et  de  tempérer  la  pituite  de  sa 
vieillesse,  par  l'âge  llorissant  de  ce  saint  homme, 
ibid.  'C'étoiten  407  que  S.  Jérôme  parloit  ainsi  d'Alethe,  qui 

Paul.  eP.  48.  |  n'étoit  pas  encore  Evêque.  Mais  en  409  au  plus  tard'  il  avoit 
vu.  c.  49.  n.  3.  succède  à  son  frère  dans  le  Siège  épiscopal  de  Cahors.  '  Car  il 
n'y  a  presque  aucun  lieu  de  douter  qu'Alethe  Evêque  de  cet- 
te Eglise,  que  S.  Paulin  loue  entre  plusieurs  autres  illustres 
Prélats  des  Gaules,  dans  le  fragment  d'une  de  ses  letres  que 
S.  Grégoire  de  Tours  nous  a  conservé,  ne  soit  le  même  que 
ep.  *8.  celui  qui  fait  le  sujet  de  cet  article.  '  Il  est  loué  dans  ce  frag- 

ment comme  un  digne  Pontife  du  Seigneur,  et  un  très-fidéle 
dépositaire  de  la  Foi  et  de  la  Religion. 

C'est-là  tout  ce  que  les  anciens  monuments  nous  appren- 
nent de  l'histoire  de  ce  grand  Evêque,  sans  nous  rien  dire  ni 
Gaii.  chr.  nov.  t.  de  la  durée  de  son  Episcopat,  ni  du  temps  de  sa  mort.  '  Quel- 
ques modernes  ont  avancé  sans  fondement,  qu'Alethe  avoit 
épousé  Rufine,  fille  de  sainte  Paule  :  mais  S.  Jérôme  disant 
que  Rufine  mourut  fort  jeune,  sans  faire  aucune  mention  de 
son  mariage  prétendu,  suffit  pour  détruire  cette  nouvelle 
opinion.  Au  reste  les  siècles  postérieurs  à  ce  sçavant  Prélat  ne 
nous  ont  rien  conservé  de  ses  écrits,  dont  S.  Paulin  relève  si 
fort  le  mérite. 


RIPAIRE,  PRÊTRE.  85 


V   SIECLE. 


N 


RIPAIRE, 

Prêtre    d'Aquitaine. 

ous   sommes   encore    redevables   à   S.    Jérôme   de   la 
connoissance   que   nous  avons    de   ce  saint    et  sçavant 
Prêtre  de  nos  Gaules.  '  Il  nous  le  représente  comme  un  zélé  Hier.  ep.  102.  p. 
défenseur  de  la  saine  Doctrine,  qui  combattoit  sans  relâche  80* 
les  ennemis  de   la  Foi  orthodoxe,    et  qui  par  son  courage 
s'élevoit  au-dessus  de  toutes  les  contrariétés  qu'il  y  avoit  à 
souffrir.  '  Ripaire  gouvernoit  une  Paroice  dans  le  voisinage  in  vig.  p.  281. 
de  Vigilance,  dont  nous  avons  parlé,  c'est-à-dire  au  Diocè- 
se de  Cominges  '  dans  la  Province  Tarraconoise,  et  la  troi-  ep.  37.  p.  278. 
siéme  Aquitaine.  '  Vigilance  aïant  répandu  quelques  écrits  P.  279. 
où  il  enseignoit  ses  erreurs  ;  et  son  Evêque  bien  loin  de  les 
réprimer,  paraissant  y  acquiescer,  '  Ripaire  fut  le  premier  P.  278. 
gui  en  écrivit  à  S.  Jérôme,'    qui  dès  396  avoit  fait  sentir  à  eP.  36.  P.  275. 
Vigilance  la  force  des  traits  de  sa  plume.  '  Il  lui  fit  un  détail  ep.  37.  p.  278. 
des  blasphèmes  que  cet  hérétique  publioit  contre    les  reli- 
ques des  saints  Martyrs,  et  des  accusations  atroces  dont  il 
chargeoit  ceux  qui  les  honorent.  Sur  le  récit  de  Ripaire  S. 
Jérôme  commença  à  réfuter  ses  blasphèmes  dans  une  letre 
qu'il  lui  adressa  en  404.  Mais  afin  de  le  faire  avec  plus  d'éten- 
due et  de  solidité,  '  il  prie  Ripaire  de  lui  envoier  le  livre  de  p.  280. 
Vigilance. 

'  Le  mal  allant  toujours  croissant,  Ripaire  engagea  Didier  in  vig.  p.28i  282. 
autre  Prêtre  de  son  voisinage,  dans  la  cause  qu'il  défendoit. 
Ces  deux  Prêtres  unis  de  la  sorte,  voiant  que  l'hérésie  ga- 
gnoit  leurs  Paroices,  écrivirent  ensemble  à  S.  Jérôme  pour  le 
presser  de  réfuter  le  livre  de  Vigilance,  qu'ils  lui  .envoïoient 
par  Sisinne,  '  qui  alloit  en  Palestine  et  en  Egypte.  '  Ce  fut  p.  288. 
à  leurs  instances  que  S.  Jérôme  reprenant  la  plume,  compo-  a  p.  282. 
sa    son   Traité  contre    Vigilance,    que    nous  avons  encore, 
'et  que  nous  devons  regarder  avec  S.  Jérôme  même,  com-p- asi.  m 
me  un  fruit  de  la  sollicitude  de  ces  deux  saints  Prêtres.  '  Il  pa-  p-  sm.  285.  286 
roît  par  quelques  endroits  de  cet  écrit,  que  Ripaire  et  Di- 
dier avoient  dénoncé  au  S.  Docteur  quelques  autres  erreurs 
de  Vigilance,  que  celles  qui  se  trouvoient  dans  son  livre. 

Liij 


V  SIECLE. 


86  RIPAIRE,  PRÊTRE. 


— ÏÔ2     8o7  T  Nous  avons  encore  une  autre  letre  que  S.  Jérôme  écri- 

mi.lt.  m!  vit  à  Ripaire  par  le  Diacre  Alence  en  417,  à  l'occasion  des 
p.  338.  339.  violences  que  le  Saint  avoit  souffertes  de  la  part  des  Péla- 

giens.  Il  dit  à  Ripaire  qu'il  aura  sans  doute  appris  par  la  re- 
nommée combien  il  a  eu  à  souffrir.  Ensuite  il  lui  fait  quelque 
détail  de  ses  souffrances,  et  ajoute,  que  J.  C.  avoit  étendu 
son  bras  en  sa  faveur  pour  chasser  Catilina,  non-seulement  de 
la  ville,- mais  aussi  des  confins  de  la  Palestine:  que  néan- 
moins il  étoit  fâcheux  que  beaucoup  des  associés  de  sa  con- 
juration fussent  demeurés  à  Joppé  avec  Lentulus.  Il  seroit 
difficile  de  dire  ce  que  S.  Jérôme  entend  par  cette  expression 
figurée,  seulement  on  croit  que  c'est  Pelage  qu'il  désigne 
sous  le  nom  de  Catilina  :  ce  qui  est  plus  vraisemblable  que 
de  l'entendre  de  Rufin,  comme  le  veulent  quelques  autres 
qui  ne  considèrent  pas  que  S.  Jérôme  et  Rufin  s'étoient  ré- 
conciliés long-temps  avant  la  datte  de  cette  letre. 
iiiw.  pp.  ioî.  p.  Quoiqu'il  en  soit,  '  il  paroît  par  cette  même  letre  que  Ri- 
paire continua  toujours  au  moins  jusqu'en  417,  d'entretenir 
sa  première  union  avec  S.  Jérôme  ;  mais  d'un  si  long  com- 
merce de  letres,  qui  traitoient  des  avantages  ou  des  mal- 
heurs de  l'Eglise,  il  ne  nous  est  resté  que  les  deux  de  S.  Jé- 
rôme que  nous  avons  marquées.  Par  la  dernière  le  S.  Docteur 
félicite  Ripaire  sur  les  combats  continuels  qu'il  livroit  aux 
ennemis  de  la  vérité,  et  l'exhorte  à  continuer  un  si  glorieux 
travail,  et  à  ne  point  cesser  de  se  porter  pour  le  défenseur  de 
l'Eglise  de  Jésus-Christ. 


DIDIER, 

Prêtre    d'Aquitaine. 

L'histoire  de  Didier  se  trouvant  liée  en  partie  avec  celle 
de  Ripaire,  nous  avons  jugé  que  nous  ne  devions  pas 
Hï«r.  in  vig.  p.  éloigner  leurs  éloges  l'un  de  l'autre.  '  Didier  étoit  un  saint 
481  •  Prêtre  qui  gouvernoit  une  Eglise  dans  le  voisinage  de  Ripai- 

n.id.  cP.  48.  P.  re,  et  la  troisième  Aquitaine,  vers  Cominges.  '  Il  avoit  con- 
*■'  tracté  des  liaisons  fort  étroites  avec  S.  Jérôme  ;  et  nous  ne 

voïons  rien  qui  empêche  de  croire  que  ce  ne  soit  le  même 
Didier  dont  ce  S.  Docteur  parle  avec  éloge  dans  plusieurs 


DIDIER,  PRÊTRE.  87     v  siecle 


de  ses  écrits.  Nous  sommes  fâchés  de  nous  voir  obligés  de 
nous  éloigner  en  cela  '  du  sentiment  d'un  très-habile" homme  nu.  h.  e.  1. 12. 
qui  sur  une  légère  preuve,  a  cru  devoir  distinguer  plusieurs  p-  *88-  C36'  637" 
personnes  de  ce  nom,  tous  amis  et  en  relation  avec  S.  Jé- 
rôme. 

Mais  il  est  certain  que  la  variété  des  faits  et  le  change- 
ment de  résidence,  qui  paroissent  avoir  donné  lieu  à  cette  dis- 
tinction, ne  sont  point  des  fondements  légitimes  pour  éta- 
blir une  diversité  de  personnes.  S.  Jérôme  nous  fournit  lui-  * 
même  une  preuve  incontestable  de  cette  vérité.  On  le  voit 
naître  en  Pannonie  ;  il  va  étudier  à  Rome,  puis  à  Trêves  ;  il 
passe  ensuite  en  Orient  ;  il  paroit  à  Antioche,  en  Egypte, 
à  Constantinople,  dans  le  désert  de  Calcide  ;  après  quoi  on 
le  voit  à  Rome  Secrétaire  du  Pape  S.  Damase  ;  enfin  il  repa- 
roît  en  Palestine  à  la  tête  d'une  communauté  de  Solitaires, 
sans  que  néanmoins  personne,  que  l'on  sçache,  se  soit  avisé 
de  prendre  occasion  de  ces  différents  états,  de  distinguer  plu- 
sieurs Saints  de  ce  nom.  Il  faut  porter  le  même  jugement  de 
Didier  qui  fait  le  sujet  de  cet  Article  ;  et  l'on  va  voir  que 
tout  ce  que  S.  Jérôme  dit  de  divers  amis  de  ce  nom  comme 
il  a  semblé  à  quelques  -uns  devoir  les  distinguer,  se  rapporte 
naturellement  à  la  même  personne. 

Il  paroît  que  Didier  alla  passer  quelques  années  à  Rome, 
apparemment  pour  perfectionner  ses  études,  suivant  la  cou- 
tume de  nos  anciens  Gaulois,  et  que  ce-fut  là  qu'il  lia  amitié 
avec  S.  Jérôme,  qui  y  étoit  encore  en  385.  '  Lorsque  celui-  Hier.  ep.  48.  p. 
ci  fut  passé  en  Palestine,  Didier  lui  écrivit  assez  long-temps  564' 
après,  pour  lui  demander  les  ouvrages  qui  sortoient  tous  les 
jours  de  sa  plume.  Il  donnoit  dans  sa  letre  de  grandes  louan- 
ges à  l'éloquence  de  S.  Jérôme,  qui  y  répond  par  de  grands 
traits  de  modestie.  Celui-ci  invitoit  Didier  et  sa  sœur  nommée 
Serenille,  tant  en  son  nom  que  de  la  part  de  sainte  Paule, 
de  les  honorer  d'une  visite,  en  prenant  occasion  des  lieux 
saints  pour  faire  ce  voïage .  S.  Jérôme  parle  de  Serenille 
comme  d'une  sainte  Vierge,  qui  exprimoit  par  sa  conduite 
la  signification  du  nom  qu'elle  portoit.  Quant  à  ses  écrits  que 
Didier  lui  demandoit,  il  l'avertit  qu'il  ne  lui  en  envoie  au- 
cun, de  peur  de  lui  envoïer  ceux  qu'il  pourroit  déjà  avoir 
entre  les  mains  :  mais  qu'il  attend  son  arrivée  en  Palestine,  et 
qu'alors  il  lui  donnera  tout  ce  qu'il  souhaitte.  Que  si  quel- 
ques obstacles  l'empêchent  de  faire  le  voïage,  il  aura  soin 


V    SIECLE. 


88  DIDIER, 


de  lui  faire  tenir  ce  qu'il  lui  marquera.  Qu'il  peut  voir  son 

catalogue  des  hommes  illustres,  où  il  a  mis  une  liste  de  ses 
écrits,  et  lui  marquer  ceux  qui  lui  manquent  ;  l'assurant  qu'il 
les  lui  fera  transcrire  peu  à  peu,  s'il  n'aime  mieux  emprunter 
lui-même  les  exemplaires  qu'en  ont  sainte  Marcelle  et 
Domnion. 

Tiu.ibid.  On  met  cette  letre  de  S.  Jérôme  à  Didier  en  l'an  393. 

Il  paroît  presque  certain  qu'on  ne  la  peut  mettre  guéres  plus 

Hier.  t.  4.  p;86*.  tard,  quoique  '  le  dernier  éditeur  de  S.  Jérôme  la  renvoie  à 
l'année  396  ou  même  397.  Car  S.  Jérôme  y  parle  de  son  ca- 
talogue des  hommes  illustres  ,  comme  d'un  livre  nouveau 
3u'il  avoit  poussé  jusqu'à  la  14e  année  de  l'Empire  de  Théo- 
ose,  ce  qui  revient  à  l'an  392.  Didier  pouvoit  être  encore 
à  Rome  ,  lorsqu'il  reçut  cette  letre  ;  on  a  quelque  lieu  de 
le  croire  ainsi,  sur  ce  que  S.  Jérôme  le  renvoie  à  Domnion 
et  à  sainte  Marcelle  qui  y  faisoient  leur  demeure,  pour  avoir 
communication  de  ses  écrits.  Il  faut  néanmoins  avouer  qu'une 
personne  qui  écrivoil  de  Palestine,  pouvoit  fort  bien  ainsi 
parler  à  un  autre  qui  demeuroit  dans  la  troisième  Aquitaine, 
et  qui  par-là  se  trouvoit  assez  à  portée  de  faire  venir  de  Ro- 
me ce  que  S.  Jérôme  lui  indique. 

Quelque  temps  après,  et  peut-être    dès    la    même  année 

Hier  in  Gen.  pr.  393,  '  Didier  écrivit  à  S.  Jérôme  pour  le  porter  à  traduire  en 

p • '■  latin  le  Pentateuque  sur  l'hébreu.  Quelque  difficile  et  péril- 

leux que  parût  ce  travail,  S.  Jérôme  ne  laissa  pas  de  l'entre- 

p  j  prendre  à  la  sollicitation  de  son  ami.  '  Il  commença  par  la 

Genèse  qu'il  lui  dédia.  La  letre  qu'il  lui  écrivit  à  ce  sujet, 
sert  aujourd'hui  de  Préface  à  la  traduction  de  ce  livre.  Le 
Saint  exhorte  Didier  à  lui  obtenir  par  ses  prières  la  grâce  de 
pouvoir  traduire  ces  livres  saints  avec  le  même  esprit  qu'ils 

p  i.|ep.i8.p  ^.6^.  ont  été  écrits  originairement.  '  Faisant  allusion  à  son  nom  la- 
tin, il  le  compare  à  Daniel,  pour  avoir  mérité  comme  lui, 
d'être  appelle  un  homme  de  désirs.  Il  lui  fait  le  même  com- 
pliment dans  sa  letre  précédente,  dont  nous  avons  parlé.- 
Ce  fut  en  394  que  S.  Jérôme  fit  cette  dédicace  à  Didier  : 
car   de   tout  l'Octateuque,    c'est-à-dire  des  cinq    livres  de 

Tiii.  ibid.  P.  i58.  Moyse  et  des  trois  suivants  ,  '  ce  Père  n'avoit  encore  traduit 
que  la  Genèse  en  cette  année-là. 

S.  Jérôme  s'étant  ainsi  rendu  aux  sollicitations  de  Didier, 
il  étoit  juste  que  Didier  se  rendît  aux  siennes.  Il  y  a  donc 

mer.  eP.  *8.  p.  toute  apparence  '  qu'il   fit  le  voïage  de  Palestine ,  et  qu'il 

l'alla 


PRÊTRE.  89 


V  SIECL  E. 


l'alla  visiter  à  Bethléem ,  comme  ce  Père  l'en  avoit  prié.  Il 

put  entreprendre  ce  voïage  en  394  ou  395;  et  il  y  a  tout 

sujet  de  croire  que  c'est  ce  même  Didier  '  par  la  voie  duquel  eP.  «rit.  ad  vu.  P. 

S.  Jérôme   envoïa   quelques  petits  présens  au  Prêtre  Vital  619-  622- 

vers  l'an  395  ou  396.  Ce  Vital  étoit  un  homme  Grec  :  ce 

qui  peut  faire  juger  que  Didier  à  son  retour  de  Palestine  à 

Rome  ou  dans  les  Gaules,  prit  sa  route  par  terre,  en  passant 

par  la  Thrace ,  la  Macédoine ,  etc.  11  n'avoit  apparemment 

alors  aucun  degré  dans  l'Eglise ,  puisque  S.  Jérôme  dans  tous 

ces  endroits  où  il  parle  de  lui,  ne  lui  donne  d'autre  qualité 

que  celle  d'ami. 

Didier  se  trouvoit  dans  son  pais,  '  lorsqu'en  396,  ou  mieux  -nu.  ibid.  P.  288 
en  397 , a  S.  Sévère  Sulpice  lui  adressa  la  vie  de  S.  Martin  ,  fftaipl'vH.M.pr.  r. 
Evêque    de   Tours,  qu'il    avoit  composée    depuis  quelque  *37  *»• 
temps.  Il  avoit  résolu  de  ne  la  montrer  à  personne.  Néan- 
moins il  ne  la  put  refuser  à  l'amitié  de  ce  très-cher  frère, 
comme  il  le  qualifie.  Didier  la  lui  avoit  demandée  plusieurs 
fois ,  et  lui  avoit  promis  de  ne  la  point  communiquer  :  mais 
comme  il  étoit  difficile  qu'en  la  donnant  à  une  personne ,  el- 
le ne  tombât  entre  les  mains  de  beaucoup  d'autres ,  S.  Sul- 
ftice  le  prie,  que  s'il  vient  à  la  publier,  il  ait  soin  d'en  effacer 
e  nom  de  l'Auteur,  afin  qu'il  ne  parût  pas  qu'elle  fût  de  lui. 

'  Vers  406  Didier  gouvernoit  une  Paroice  en  qualité  de  Hier,  in  vig.  p. 
Prêtre  dans  le  voisinage  de  Vigilance.  De  concert  avec  Ri-  280'282 
paire  son  voisin  et  son  collègue  dans  le  Sacerdoce ,  il  écri- 
vit à  S.   Jérôme   contre  les  erreurs  de  cet  hérétique.  Ces 
deux  Prêtres  en  lui  envoïant  son  livre  par  Sisinne,  prioient 
le  Saint  d'y  vouloir  répondre,  à  cause  de  quelques  séculiers 
et  de  quelques  femmes  trop  crédules,  qui  suivoient  les  blas- 
phèmes de  Vigilance  pour  favoriser  leurs  passions.  '  S.  Je-  p.  288. 
rôme  malgré  ses  grandes  occupations,  ne  put  se  refuser  aux 
prières  de  ces  saints  Prêtres,  ni  se  dispenser  de  dresser  la  ré- 
ponse qu'ils  lui  demandoient  :  mais  il  n'y  put  donner  qu'une 
seule  nuit,  de  peur  de  retarder  Sisinne  qui  se  hâtoit  extrê- 
mement d'aller  assister  les  Solitaires  de  l'Egypte. 

Outre   S.    Jérôme  et  S.  Sévère  Sulpice,  'Didier  avoit  p»ui.  «p.  *s.n.  i. 
encore  d'étroites  liaisons  avec  S.  Paulin  de  Noie.  Ils  s'écri-  2" 
voient  assez  souvent  par  une  nommé  Victor  qui  semble  avoir 
appartenu  à  Didier  et  à  S.  Sulpice.  '  Didier  par  une  de  ses  n.  3. 
letres  avoit  prié  S.  Paulin  de  lui  expliquer  les  bénédictions 
que  Jacob  en  mourant  donna  aux  douze  Patriarches.  '  La  p.  ïm 

Tome  II.  M 


V   SIECLE. 


90  DIDIER,  PRÊTRE. 


réponse  de  S.  Paulin  est  de  l'an  40G ,  vers  la  fête  des  Apô- 
tres S.  Pierre  et  S.  Paul.  S.  Paulin  y  donne  à  Didier  la  qua- 

„.  3.  lité  de  son  saint  et  vénérable  frère,  l'objet  de  ses  désirs.  '  Il  s'y 

défend  ensuite  de  lui  accorder  ce  qu'il  lui  demande;  sur  ce 
que  c'étoit  plutôt  à  lui-même  de  lui  développer  ces  mystè- 
res cachés  dans  les  siècles  précédents ,  et  qui  ne  se  décou- 
vrent que  par'la  lumière  de  J.  C.  dont  les  Patriarches  ont 
été  la  figure.  Qu'élant  un  homme  béni,  un  vase  pur,  et  pro- 
pre à  approcher  de  Dieu  ;  qu'aïant  l'esprit  d'autant  plus  vif, 
que  ses  membres  étoient  plus  chastes,  et  l'ame  d'autant  plus 
propre  à  être  remplie  de  J.  C.  que  son  cœur  étoit  plus  pur  et 
plus  humble ,  il  pouvoit  obtenir  de  Dieu  par  sa  foi  et  les 
excellentes  dispositions  de  son  ame  tout  ce  qu'il  lui  deman- 
deroit.  Qu'ainsi  il  étoit  plus  capable  que  tout  autre  de  réussir 
dans  l'explication  qu'il  vouloit  tirer  de  lui.  Didier  cependant 

eP.  «.  n.a.  n'en  fit  rien;  'puisque  S.  Paulin  s'adressa  à  Rufin  pour  l'ex- 
horter à  y  travailler  :  ce  qu'il  exécuta  au  moins  en  partie. 

Hier.  ep.  48.  p.         '  S.  Jérôme  n'avoit  pas  une  moindre  idée  du  sçavoir  de 

564  Didier  qu'en  pouvoit  avoir  S.   Paulin.  Il  nous  le  représente 

comme  un  homme  d'une  grande  réputation,  qui  avoit  beau- 
coup d'éloquence ,  et  qui  composoit  même  de  fort  beaux 
ouvrages.  Mais  il  n'en  est  rien  passé  à  la  postérité,  non-plus 
que  tant  de  letres  qu'il  avoit  écrites  à  ces  hommes  célèbres, 
avec  lesquels  il  étoit  en  relation.  Depuis  l'an  406  on  ne  trou- 
ve plus  rien  de  lui  dans  l'histoire  :  ce  qui  n'empêche  pas  tou- 
tefois qu'il  n'ait  pu  vivre  plus  avant  dans  ce  siècle  et  jusques 
vers  418. 


S.     P  R  0  C  U  L  E, 

Evêque  de  Marseille. 

'est  encore  sur  le  témoignage  de  S.  Jérôme,  que 
J  nous  donnons  rang  à  ce  Prélat  parmi  nos  sçavants  Gau- 
ttfer.  ep.  95.  P.  lois.  '  Procule,  selon  ce  Père,  étoit  un  saint  et  très-docte  Pon- 
777  tife ,  dont  les  discours  même  de  vive  voix  étoient  au  dessus 

des  écrits  de  S.  Jérôme,  et  qui  avoit  un  talent  particulier 
conc.  i.  2.  p.  978.  pour  conduire  les  âmes  à  la  perfection  évangelique.  '  Il  gou- 
am  vernoit  l'Eglise  de  Marseille  dès  avant  l'an  381,  puisqu'il 


C 


V    SIECLE. 


S.  PROCULE,  EVÈQUE  DE  MARSEILLE.        91 

assista  cette  même  année  au  Concile  d'Aquilée,  en  qualité  " 
d'Evêque  de  Marseille ,  '  et  de  député  de  la    Province    de  p.  692. 
Vienne,  et  des  deux  Narbonoises,     avec  Constance  d'Oran-  p.979. 
ge ,  et  divers  autres  Evêques  des  Gaules.  Nous  avons  déjà  rap- 
porté ailleurs  quelques  traits  de  l'histoire  de  ce  Concile.  '  L'hé-  p.  979-995 
résie  d'Arius  y  fut  solennellement  proscrite,  et  deux  Evêques 
Ariens,  Pallade  et  Secondien,  avec  un  Prêtre  nommé  Attale, 
y  furent  condamnés ,    et   déposés  du  Sacerdoce.  '  Procule  i>-  990. 
y  parla  à  son  tour  comme  les  autres  Evêques,  et  conclud  à  l'é- 
gard de  Pallade,  que  persistant  à  soutenir  les  blasphèmes  d'A- 
rius, puisqu'il  remsoit  de  les  abjurer,  il  méritoit  d'être  regar- 
dé comme  un  blasphémateur,  et  privé  de  l'Episcopat.  Que  tel 
étoit  le  jugement  qu'il  croïoit  en  devoir  porter  après  plusieurs 
vénérables  Evêques.  '  A  la  fin  de  l'assemblée  les  Pères  du  Con-  p  9w. 
cile  écrivirent  une  letre  aux  Evêques  de  la  Province  de  Vien- 
ne  et  des   deux  Narbonoises ,    pour  les  remercier  de  leur 
avoir  envoie  Constance  et  Procule ,  qui  en  représentant  tous 
les  Prélats  de  leurs  Provinces,  et  par  leur  attachement  à  l'an- 
cienne doctrine,  avoient  donné  beaucoup  de  poids  aux  dé- 
cisions du  Concile. 

Avant  la  fin  du  IV  siècle  '  Procule  se  trouva,  aussi  au  Concile  P.  115s. 
de  Turin ,  qui  témoigne  pour  lui  un  respect  tout  particulier, 
en  lui  donnant  le  titre  de  saint  toutes  les  fois  qu'il  le  nomme.  Il 
lui  accorda  môme  pour  son  vivant  le  droit  de  Primatie  dans 
la  seconde  Narbonoise,  c'est-à-dire,  dans  ce  qui  forme  au- 
jourd'hui la  Province  d'Aix;  sur  ce  que  Procule  avoit  mon- 
tré qu'il  avoit  ordonné  les  premiers  Evêques  des  Eglises  de 
cette  Province ,  '  et  qu'ils  étoient  tous  ses  disciples.  "  On  ju-  p.  1J56. 
ge  par  là  que  Procule  avoit  beaucoup  travaillé  pour  l'Eglise ,  "  ™-0H-  E-  '•  l0 
et  pour  former  plusieurs  disciples  à  l'Episcopat.  '  La  chroni-  Pros.  t.  chr.  P 
que  de  Prosper  Tiro  en  parle  sur  la  15e  année  de  l'Empereur 
Honorius,  comme  d'un  Evêque  fort  célèbre  ;  et  nous  croïons 
que  c'est  lui  '  que  le  Moine  Hartman  invoque  dans  ses  Li-  canis.  b.  t.  2.  3 
tanies ,  en  le  joignant  à  S.  Martin  ,  à  S.  Cesaire,  et  à  S.  Eu-  par-  p- 193- 
sebe. 

Vers  l'an  395  Procule  connoissant  tout  le  mérite  de  S. 
Honorât ,  qui  fut  depuis  Evêque  d'Arles ,  '  fit  son  possible  itoii.  16.  Jan.  P. 
pour  le  retenir  près  de  lui,  et  l'attacher  à  son  Eglise  ;  il  y  em- 
ploya même  les  caresses  et  les  larmes.  Mais  quelque  désir 
qu'en  eût  S.  Honorât,  il  en  avoit  encore  un  plus  grand  de  se 
retirer  dans  la  solitude;  et  il  le  suivit.  '  Procule  aïant  ordonné  conc. 

M  ij 


19. 


1569. 


V    SIECLE. 


92  S.   PROCULE, 


p.  1570. 


—  vers  408  le  célèbre  Lazare  Evêque  d'Aix,  '  le  Pape  Zosime 
lui  fit  un  assez  fâcheux  traitement  pour  avoir  voulu  user  ainsi 
du  droit  qu'il  avoit  reçu  du  Concile  de  Turin,  sous  prétexte 
'     qu'il  avoit  surpris  le  Concile  assemblé  pour  d'autres  affaires, 
p.  is73.  Non  seulement  '  il  lui  fit  défense  de  continuer  ;  mais  encore 

P.  157».  il  voulut  le  condamner  et  le  déposer  de  l'Episcopat,  '  et  nom- 

ma Patrocle  Evêque  d'Arles  comme  Métropolitain  pour 
i»ar.  an.  4i8.  n.  s'opposer  à  lui.  Il  faut  avouer  '  avec  le  Cardinal  Baronius, 
38  •  que  Zosime  surpris  par  Patrocle,  dont  le  nom  sera  toujours 

odieux  dans  l'Eglise,  n'agit  pas  en  cette  affaire  avec  toute  la 
n.  39.  justice  qu'il  devoit.  '  Aussi  les  autres  Papes  ses  successeurs  n'eu- 

rent point  d'égard  à  ce  que  celui-ci  avoit  fait  pour  relever  l'E- 
conc.  ibidem  p.  glise  d'Arles.  '  Procule  ne  laissa  pas  non-plus  de  continuer  ses 
1573  fonctions  de  Métropolitain  ;  et  malgré  tout  ce  que  l'on  a  pu 

dire  contre  lui  à  ce  sujet,  on  l'a  toujours  regardé  comme  un 
saint  Evêque. 
Hier.  ep.  95.  p.       'Ce  fut  vers  411  que  le  Moine  Rustique,  depuis  Evêque 
771  de  Narbonne,  s'étant  adressé  à  S.  Jérôme  pour  avoir  des  ré- 

P.  777.  gles  d'une  conduite  de  vie  ,  '  ce  saint  Docteur  le  renvoïa  à 

Procule,  pour  en  tirer  des  instructions  de  vive  voix.  Quelques 
Genn.  vir.  m.  c.  années  après  '  Léporius  Moine  Gaulois  enseignant  à  Mar- 
3*5.'  Ifti.Tu  5;  se^'e  la  même  doctrine  que  Nestorius publia  ensuite  en  Orient, 
♦•  n-  as.  plusieurs  personnes  habiles  des  Gaules  l'avertirent  charita- 

blement de  se  corriger.  Mais  Léporius  s'opiniâtrant  à  soû- 
Aug.  cp.  219.  n.  tenir  ses  erreurs,  les  Evêques  le  chassèrent  des  Gaules,  '  après 
avoir  frappé  l'enflure  de  son  cœur  par  la  verge  de  l'excom- 
Lep.  p.  358.         munication.  '  S'étant  ensuite  retiré  en  Afrique,  il  y  abjura 
p.  347. 357.         l'hérésie ,  '  et  en  dressa  une  rétractation a  qu'il  envoïa  à  Procu- 
•£345.  |„ot.  P.  l6)  EvêqUe  de  Marseille,   et  à  Ciline  Evêque    d'Aix.  b  Un 
Tin.  ibid.    p.  très-habile  homme  du  dernier  siècle  a  douté  que  ce  Procule 
fût  le  même,  que  celui  qui  fait  le  sujet  de  cet  article,  parce 
qu'il  a  cru  devoir  mettre  cette  rétractation  en  427  ou  428, 
lorsque  Procule  de  Marseille  étoit  déjà  mort  :  mais  nous  mon- 
trerons en  parlant  de  Léporius,  que  cela  se  passa  dès  418. 
ou  419.  Du  reste,  la  grande  réputation  où  étoit  Procule  de 
Marseille,  son  ancienneté  dans  l'Episcopat,    les    habitudes 
de  Léporius  à  Marseille,  tout  prouve  que  l'Evêque  Procu- 
le à  qui  s'adresse  cette  rétractation  ,  est  l'Evêque  de  cette 
ville  dont  nous  parlons. 
Aug.  ep.  îi9.  n.  i.       '  Quatre  Evêques  d'Afrique,  Auréle  de  Carthage ,  S.  Au- 
3  gustin  d'Hippone ,  Florent  de  l'autre  Hippone,  et  Secondin 


b 
699 


EVÊQUE  DE  MARSEILLE.  93 


V    SIECLE. 


n.  1. 


n.  1.  3. 


de  Mergamite,  accompagnèrent  la  rétractation  de  Léporius 
d'une  letre  adressée  aussi 'à  Procule  et  à  Ciline.  Cette  letre 
est  très  honorable  à  la  mémoire  de  Procule  en  particulier. 
'  En  y  disant  qu'il  a  repris  à  propos  et  avec  juste  sujet  Lépo- 
rius de  ses  erreurs,  ils  rendent  témoignage  et  à  son  zélé  con- 
tre l'erreur,  et  à  sa  sagesse  pour  ramener  à  la  vérité  ceux  qui 
s'en  étoient  écartés.  '  Us  nous  font  comprendre  que  Procule 
reprit  d'abord  Léporius  dans  un  esprit  de  douceur,  qu'ensui- 
te l'aïant  trouvé  indocile,  il  avoit  usé  de  la  rigueur  que  l'A- 
pôtre veut  que  l'on  emploie  envers  les  inquiets,  et  l'avoit 
excommunié;  qu'enfin  le  voïant  rebelle  et  incorrigible,  il  n.  7. 
l'avoit  chassé  de  son  Diocèse.  '  Us  louent  la  conduite  que  Pro-  n.  2. 
cule  a  tenue  dans  cette  affaire,  et  ne  font  pas  même  difficul- 
té d'avouer  que  sans  la  sévérité  dont  il  avoit  usé  envers  Lé- 
porius, le  soin  qu'ils  avoient  pris  de  le  ramener  à  la  vérité , 
auroit  peut-être  été  inutile.  '  Ils  lui  disent  qu'ils  lui  envoient  n.  3. 
à  lui  et  à  Ciline  la  rétractation  de  Léporius,  qu'ils  sont  per- 
suadés leur  devoir  être  très-agréable.  En  les  priant  de  la  ré- 
pandre dans  les  Gaules ,  afin  de  lever  le  scandale  que  ses  er- 
reurs y  avoit  causé,  ils  prient  Procule  en  particulier  de  leur 
écrire. 

Ce  fut  apparemment  une  des  dernières  actions  de  la  vie  de 
nôtre  grand  Evêque,  qui  sera  mort  vers  le  même  temps  que 
le  Pape  Zosime  en  418  ou  419.  Il  parolt  presque  certain 
qu'il  n'a  pas  vécu  au-delà  de  ce  terme.  Car  il  faut  se  souvenir 
que  46  à  47  ans  auparavant,  il  avoit  assisté  au  Concile  d'A- 
quilée ,  comme  député  des  Gaules ,  et  comme  aïant  déjà 
par  conséquent  quelques  années  d'Episcopat.  Il  ne  nous  reste 
plus  aujourd'hui  ni  letres  ni  aucun  autre  monument  du  sça- 
voir  de  ce  grand  Evêque. 


II  CONCILE  DE  VALENCE 

DANS  LA  VIENNOISE. 

On  met  un   Concile  à  Valence  dans  cette  partie  de  la  c<m«.  Supp.p.*o. 
Viennoise    que   nous    nommons   aujourd'hui    le   Dau- 
phiné ,  au  sujet  de  Maxime  Evêque  de  cette  Ville  :  mais  il 
ne  parolt  ni  actes  de  ce  Concile,  ni  aucune  preuve  certai- 


V  SIECLE. 


94  II  CONCILE  DE  VALENCE. 


Conc.  I.  2. p. 1j8j. 


ne  qu'il  se  soit  tenu  à  Valence  ou  ailleurs  :  seulement  '  il  est 
certain  que  le  Pape  S.  Boniface  en  indiqua  un  dans  les  Gau- 
les pour  être  célébré  avant  le  premier  jour  de  Novembre  de 
l'an  419.  La  letre  circulaire  pour  sa  convocation  est  dattée 
du  13e  de  Juin  de  la  même  année,  sous  le  Consulat  de  Mo- 

p.  i58*.  naxe ,  '  et  adressée  à  quatorze  Evêques  nommés,  et  en  gé- 

néral à  tous  ceux  des  Gaules  et  des  sept  Provinces.  Les  Evê- 
ques qu'elle  nomme,  sont  Palrocle  d'Arles,  Hilaire  de  Nar- 
bone ,  Castor  d'Api ,  Léonce  de  Fréjus ,  Constantin  ou  plu- 
tôt Constance  d'Orange ,  Rémi ,  Maxime ,  Sevére ,  Valere , 
Julien,  Jean,  Montan,  Marin,  et  Maurice,  desquels  on  ne 
sçait  pas  certainement  les  Sièges. 

ibid.  '  Le  sujet  de  la  convocation  de  ce  Concile  étoit  pour  ju- 

ger la  cause  de  Maxime ,  Evêque  de  Valence.  Les  Ecclé- 
siastiques de  cette  Ville  avoient  présenté  une  Requête  au 
Pape ,  pour  accuser  leur  Erêque  de  divers  crimes  que  l'on 
prétendoit  qu'il  avoit  commis  à  la  vue  de  toute  la  Province. 
Selon  la  letre  de  S.  Boniface ,  on  prétendoit  même  montrer 
par  les  actes  d'un  Synode,  qu'il  avoit  été  engagé  autrefois  dans 
la  Secte  des  Manichéens  :  ce  qu'il  faut  entendre  des  Priscillia- 
nistes,  qui  suivoient  plusieurs  de  leurs  erreurs,  et  qui  s'étoient 
répandus  dans  les  Gaules,  comme  nous  avons  dit  sur  le  siè- 
cle précédent.  On  alléguoit  encore  d'autres  actes  où  il  parois  - 
soit  que  Maxime  avoit  été  appliqué  à  la  question  par  ordon- 
nance des  Juges  civils,  et  condamné  même  comme  coupa- 
ble d'homicide.  Les  Papes  prédécesseurs  de  Boniface  avoient 
souvent  ordonné  qu'il  seroit  jugé  par  les  Evêques  de  sa  Pro- 
vince; et  cela  paroissoit,  ce  semble,  par  les  actes  de  quel- 
que Concile  :  mais  Maxime  avoit  évité  toujours  de  compa- 
roître ,  et  se  tenoit  caché  en  quelque  lieu,  où  il  retenoit  néan- 
moins le  titre  d'Evêque.  On  ne  sçait  point  quel  est  ce  Con- 
cile dont  il  est  parlé  dans  cette  letre,  et  l'on  ignore  si  celui 
qu'ordonna  S.  Boniface  se  tint  effectivement.  On  n'a  pas  plus 
de  lumière  sur  ce  que  devint  dans  la  suite  toute  cette  gran- 
de affaire  de  Maxime. 


V  SIECLE 


12. 


S.  SEVERE  SULPICE.  95 

S.  SEVERE  SULPICE, 

Prêtre  d'Aquitaine. 

si. 

HISTOIRE    DE   SA   VIE. 

'/^ie  saint  si  illustre  dans  l'histoire ,  avoit  pour  nom  propre  nu.  h.  e.  t. 
\à  celui  de  '  Sévère  ,  plus  ordinaire  parmi  les  anciens  qui  p 
parlent  de  lui  et  pour  surnom  celui  de  Sulpice.  Ce  dernier  est 
néanmoins  devenu  le  plus  commun  dans  nôtre  usage.  On  n'en 
sçauroit  donner  de  raison  précise  ;  à  moins  que  de  dire  que 
c'est  peut-être  parce  qu'il  se  nomme  toujours  ainsi  dans  ses  dia- 
logues. ' Il  marque  bien  clairement  qu'il  n'étoit  pas  Gaulois,  Suip.diai.i.n.20.1 
c'est-à-dire  de  la  Celtique,  mais  de  l'Aquitaine,  "comme  hl»1- '  2  "  57 

r  ,      ,       ,.  ..        ^        '     T  ,       .    .  ^  1      r  •»     1      •Gen.vir.ill.c.  I». 

Gennade  le  dit  positivement.   L  opinion  commune  le  fait  de 
la  ville  d'Agen ,  'sur  ce  qu'en  parlant  de  S.  Phébade,  il  l'ap-  suiP.  mm.  i.  2.  n. 
pelle  nôtre  Evêque.  Mais  on  peut  assurer  que  ce  fondement  "*'  p"  40S 
est  très-équivoque;  '  puisqu'un  peu  auparavant  il  donne  la  n.  57.  p.  m. 
même   qualification 2 à  l'Evêque    Gavidius,    qui  se    trouva 
avec  S.  Phébade  au  Concile  de  Rimini.  Ainsi  il  veut  seule- 
ment dire  que  ces  deux  Evêques  étoient  d'Aquitaine  com- 
me lui. 

'Sulpice  étoit  plus  jeune  que  S.  Paulin  de  Noie  son  ami  Paul,  ep.s.n.  1.4. 
intime.  '  C'est  ce  qui  fait  croire  qu'il  ne  sera  né  qu'après  353.  nu.  ou.  p.  usa. 
'  Il  étoit  d'une  famille  illustre,  et  considérable  par  les  titres  qui  Genn.  Ud.  |Paui. 
font  la  grandeur  du  monde.  Il  avoit  l'esprit  doux  et  si  Pau"  eP5  s.'n9^  <!. 
plein  de  bonté ,  qu'il  ne  pouvoit  refuser  qu'avec  peine  et 
confusion.  Il  se  mit  dans  le  Rarreau ,  comme  tous  les  jeu- 

1  C'est  ce  qui  paroit  comme  certain,  'en  personne  qui  en  portoit  plusieurs.  Que  si  Sulp.  ad  Bass.  p. 

ce  qu'il  se  nomme  lui  même  Sulpice  Sévère  nôtre   Saint  »  dans  ses  dialogues  prend  le  489. 

dans  quelques-uns  de  ses  écrits  :  car  nous  nom   de   Sulpice,    c'est   peut-être    qu'il    a  *  Till.  ibid.p.C89. 

avons  déjà  remarqué  ailleurs,  que  la  coû-  voulu  imiter  les  anciens  Romains,  dont  la  1. 

tume  des  Romains  de  ces  temps-là  vouloit  maxime  en  cela  étoit  différente  de  celle  des 

que  le  dernier  nom  fût  le  nom  propre  d'une  Romains  postérieurs. 

*  '  Hoc  ego   Gavidium  Epitcopum  nos-      Diocèse  de  ce  Gavidius;  puisqu'il    paroit   Sulp.  hist.l.3.n.S7. 
trum....re ferre  tolitum  audivi.  U  y  auroit       avoir  eu  avec  lui   une  familiarité   particu- 
même  plus  de  raison  à  faire  S.  Sulpice  du       liere. 


V   SIECLE. 


96  S.  SEVERE 


nés  cents  de  qualité  avoient  accoutumé  de  faire  en  ce  temps- 
là.  C'étoit  la  porte  la  plus  ordinaire  par  laquelle  on  entroit 
dans  les  grandes  dignités.  Sulpice  parut  extrêmement  sur  ce 
théâtre  du  monde.  Il  y  acquit  même  la  gloire  de  surpasser 
les  autres  pour  l'éloquence,  et  d'exceller  soit  dans  les  letres, 

Genn.  ibid.  soit  dans  les  dons  de  l'esprit.  'Gennade  le  qualifie  en  effet  un 

Paul,  ep.ii.n.it.  homme  illustre  pour  l'érudition  ;  'et  S.  Paulin  assure  que  ses 
ouvrages  étoient  aussi  éloquents  que  chastes. 

suip.  >u.  M.pr.p.       'Sulpice  n'avoit  pas  une  si  haute  idée  de  lui-même  :  car  il 

438'  prétend  n'avoir  jamais  acquis  une  capacité  fort  grande  pour 

écrire,  et  qu'en  écrivant  la  vie  de  S.  Martin  vers  397,  il  avoit 

voss.hùt.iau.2.  oublié  le  peu  qu'il  avoit  sçu.  '  Cependant  cette  vie  même  et 
encore  plus  son  Histoire  Sacrée,  passent  aujourd'hui,  au  juge- 
ment des  plus  habiles  dans  les  Letres,  pour  les  ouvrages  les 
mieux  écrits ,  que  nous  aïons  en  latin  entre  les  Auteurs  Ec- 
clésiastiques. Ainsi  Sulpice  par  ces  expressions  ne  veut  appa- 

Paui.  ep.  s.  n.  6.  remment  dire  autre  chose  ,  sinon  'qu'après  avoir  embrassé  la 
profession  du  silence  et  de  la  piété,  il  avoit  renoncé  à  la  lecture 
de  Ciceron,  et  à  toute  autre  é{ude  de  la  Literature  profane,  com- 

Tm.  iwd  p.  «89.  me  le  dit  S.  Paulin  de  Noie  son  ami.  'L'on  voit  cependant  par 
ses  écrits,  qu'il  conserva  plus  que  S.  Paulin  ,  l'air  d'Orateur 
qu'il  avoit  pris  dans  le  monde. 

Paul.  ep.  s.  n.  s.      '  Il  épousa  une  femme  fort  riche  d'une  famille  Consulaire, 

Tiii.  iwd.  p.  587.  '  peut  être  de  celle  des  Basses,  que  Prudence  met  entre  les  fa- 
milles Patriciennes,  qui  avoient  embrassé  des  premières  la  Re- 
ligion Chrétienne  :  mais  elle  le  laissa  bien-tôt  veuf,  dans  la 
jouissance  des  grands  biens  qu'elle  lui  avoit  apportés,  et  ne  lui 
donna  point  d'enfants  ;  au  moins  l'Histoire  ne  nous  en  apprend 

suip.adBass.p.489.  rien.  '  Elle  étoit  fille  de  Bassule ,  qui  semble  avoir  été  de  Tou- 

Paui.ep.s.  n.  h.  louse,  'et  dont  S.  Paulin  parle  souvent  avec  éloge,  et  comme 

19.  i  eP.  31.  n.  i.  j'une  Dame  de  la  plus  éminente  piété. 

ep.s.n.s.  lep.ii.  '  De  la  manière  que  le  même  Saint  nous  représente  la  vie 
de  Sulpice  dans  le  monde ,  où  ils  avoient  lié  une  amitié  très- 
étroite,  il  paroît  qu'elle  avoit  été  plus  conforme  aux  incli- 
nations corrompues  de  la  nature,   qu'aux   sentiments   de 

suip.  ad  Aur.  p.  la  grâce  de  J.  C.  'Sulpice  ne  fait  pas  lui-même  difficulté 
d'en  convenir,  avouant  que  sa  conduite  n'avoit  pas  été  telle, 

Paul,  ep  5.  qu'elle  pût  servir  d'exemple  aux  autres.  '  Mais  un  mouvement 

puissant  de  l'Esprit  Saint  par  un  miracle  visible  ,  lui  fit  rom- 
pre en  un  moment  tous  les  liens  qui  l'attachoient  au  siècle  ; 
quoiqu'il  fût  alors  à  la  fleur  de  son  âge ,  estimé  généralement 

de 


SULPICE.  9?       V  SIECLE. 


de  tout  le  monde ,  et  en  possession  de  beaucoup  de  richesses. 

II  méprisa  avec  la  même  générosité  la  réputation  qu'il  s'étoit 

acquise  par  son  esprit,  '  et  renonça  à  toutes  sortes  d'études  pro-  iwa.  |  Suip.yit.M. 

fanes.  pr'  p' 438' 

'Sulpice  suivit  donc  J.  C.  de  tout  son  cœur,  et  devint  Paui.vit.  m.  i. 
plus  illustre  dans  l'Eglise  par  l'amour  qu'il  conçut  pour  l'hu-  G8nn.  âid.  ' 
milité  et  la  pauvreté  Chrétienne,  qu'il  ne  l'auroit  pu  être  dans 
le  siècle  par  toute  la. noblesse  de  sa  race,  et  par  l'éclat  de 
son  éloquence.  '  Certaines  circonstances  font  juger  qu'il  se  thi.  ibid.  p.  588. 
convertit  vers  l'an  392.  'La  visite  qu'il  rendit  alors  à  S.  Suip.  fit.'  m.  n. 
Martin,  et  l'exemple  de  la  vie  pénitente  de  S.  Paulin,  que 
le  Saint  lui  mit  sous  les  yeux,  pour  le  porter  à  quitter  le 
monde,  et  à  se  donner  à  J.  C.  opérèrent  sans  doute  avec 
la  grâce  cet  heureux  effet  sur  son  cœur.  '  S.  Martin  fit  voir  «liai.  2.  n.  u. 
dès  lors  l'estime  qu'il  faisoit  de  Sulpice,  en  lui  donnant  un 
accès  particulier  auprès  de  sa  personne,  'et  en  le  choisissant  n.15. 
même  quelquefois  pour  l'accompagner  dans  ses  voïages.  '  11  ad  Anr.  p.  485. 
conçut  pour  lui  l'affection  d'un  véritable  père  ;  et  Sulpice  lui  487- 
voua  réciproquement  toute  la  tendresse  d'un  fils. 

'  11  semble  que  son  père ,  qui  vivoit  encore  ,  le  deshérita,  rai.  a>id.  p.  589. 
voïant  qu'il  avoit  pris  le  parti  de  la  pieté.  Mais  outre  le  bien 
qu'il  eut  de  sa  femme,  'il  trouva  une  mère  très-libérale  en  Saip.  ad.  Bass.  p. 
la  personne  de\Bassule  sa  belle-mere.  C'est  apparemment  ce  *89- 
qui  lui  fit  quitter  le  pais  de  sa  naissance ,  pour  se  retirer  dans 
quelqu'une  des  terres  de  sa  femme ,  ou  de  Bassule  vers  Tou- 
louse. '  Il  y  fit  sa  demeure  au  moins  depuis  393,  jusqu'en  405.  toi.  u>id.  p.  593. 
Ce  fut-là  que  vivant  éloigné  du  monde  en  une  compagnie 
de  gents  qui  ne  songeoient  qu'à  servir  Dieu,  il  pratiqua  toutes 
les  observances  d'un  véritable  Moine.-  S.  Paulin  dans  ses  le- 
tres  nous  a  laissé  une  description  aussi  touchante  qu'instructi- 
ve de  la  vie  pauvre  et  pénitente ,  que  son  illustre  ami  mena 
dans  sa  retraite.  Sulpice  cependant  ne  porta  pas  d'abord  la 
pauvreté  aussi  loin  que  S.  Paulin.  'Ilavoùoit  dans  une  letre  Paui.ep.  n.n.  «. 
qu'il  lui  écrivit  vers  397,  qu'il  admiroit  et  sa  pauvreté  et 
son  dénuement  de  toutes  choses  ;  mais  qu'il  ne  l'admiroit  qu'avec 
fraïeur.  Qu'il  souhaittoit  de  l'imiter,  et  de  se  réduire  au  simple 
nécessaire,  sans  penser  au  lendemain  ;  mais  qu'il  n'en  avoit  pas 
encore  la  force. 

'  Gennade  assure  que  S.  Sulpice  étoit  Prêtre  ;  et  l'on  n'en  Genn.  u>id. 
doute  nullement  aujourd'hui  :  mais  il  est  très-difficile  de  dire 
précisément  en  quelle  année  il  fut  ordonné,  'et  les  plus  ha-  Tdi.ibid.p.689.2. 

.  .     Tome  IL  N 


689.  2. 


v  siècle.    98  S.     SEVERE 

592.  "  biles  même  n'osent  rien  décider  sur  ce  sujet.  '  Seulement 

on  juge  que  ce  ne  fut  qu'assez  tard,  et  que  jusqu'en  l'an  413 

il    n'avoit  point  d'autre  qualité  que  celle  de  Serviteur  de 

Dieu,  qui  en  ce  temps-là  étoit  propre  aux  Moines  laïcs.  'Il 

se  trouve  néanmoins  un  manuscrit,  où  dans  l'inscription  de 

sa  première  letre  écrite,  comme  l'on  croit,  en  397  à  un  Prê- 

sui.  ad  Eus.  p.  tre  nommé  Eusebe,  il  le  qualifie  son  frère;  'et  on  l'a  ainsi 

•  a'dAur. P.  482.  mis  dans  les  imprimés.  "Il  donne  la  même  qualité  au  Dia- 

485'  cre  Aurele,  à  qui  il  adresse  sa  seconde  letre  vers  le  même 

temps  :  ce  qui  feroit  croire  que  Sulpice  étoit  dès  lors  revêtu 

ou  du  Diaconat  ou  même  du  Sacerdoce. 

Il  y  avoit  déjà  longtemps  que  S.  Paul  avoit  annoncé  que 
tous  ceux  qui  veulent  vivre  selon  la  pieté  Chrétienne,  seront 
sujets  à.  la  persécution.  S.  Sulpice  en  renonçant  au  monde, 
devoit  s'attendre   il  voir  en   sa  personne  l'accomplissement 

cini  2'»n*33t'  aid  ^e  cet  orac'e  »  et  ^  l'y  v'1  Sn  en*et-    Sa.  vie  étant  opposée  à 

Tia"  U)Vd.  p.  593.  celle  des  gents  du  siècle,  lui  en  attira  les  railleries.  Il  fut  moc- 

qué  et  haï  des  méchants,  parce  qu'il  haïssoit  le  mal,  et  qu'il 

ne  pouvoit  s'empêcher  de  déclamer  contre  le  vice  et  la  cor- 

Suip.  a.i.  ciau.  p.  ruption  du  siècle.  '  11  avoit  une  sœur  nommée  Claudia,  qui  se 

trouva  enveloppée  avec  lui  dans  le  même  mépris  et  les  mêmes 

railleries  de  la  part  des  hommes  charnels,  parce  qu'il  l'avoit 

portée  à  renoncer  au  monde,  afin  de  ne  vivre  dans  la  sui- 

P.  3».  te  ql]e  pour  J.  C.  '  Ils  demeuroient  éloignés  l'un  de  l'autre  : 

p.  Mo.  ainsi  ce  fut  par  ses  letres  qu'il  la  gagna  à  Dieu,  '  et  il  eut  la 

consolation  de  la  voir  établie  dans  une  solide  pieté, 
mi.  ibid.  p.  598.       'S.  Paulin  après  sa  conversion  s'étant  retiré  à  Barcelone, 

fmis  à  Noie,  fit  tous  ses  efforts  pour  attirer  S.  Sulpice  près  de 
ui.  S.  Sulpice  paroit  l'avoir  fort  désiré;  mais  la  maladie 
qui  le  saisit  à  deux  différentes  fois  qu'il  étoit  sur  le  point  de 
partir  pour  ce  voïage,  lui  en  fit  perdre  le  dessein,  et  le  retint 
p.  602.  dans  les  Caules.  '  11  semble  qu'il  faisoitsa  résidence  ordinaire 

Paul.  op.  3i.  n.i.  'àPrimiiliac,  où  il  fit  bâtir  une  Eglise  plus  grande  que  celle 
■cP.  32.  n.  i.  2.  qui  y  étoit  déjà.  '  Il  plaça  le  baptistère  entre  les  deux,  afin 
qu'il  pût  servir  à  l'une  et  à  l'autre,  et  y  fit  peindre  S.  Martin 
et  S.  Paulin  de  Noie.  Il  entretint  toujours  avec  ce  dernier 
l'étroite  amitié  qu'ils  avoient  liée  ensemble  dans  le  siècle, 
ep.  29.  n.  i.         '  Quelquefois  ils  sefaisoient  mutuellement  de  petits  présens, 
convenables  à  leur  état  de  Moines.  S.  Sulpice  aïant  envoie 
n.  ».  une  fois  des  manteaux  de  poil  de  chameaux  à  S.  Paulin,  '  ce- 

lui-ci en  reconnoissarïce  lui  adressa  une  tunique  de  laine  qu'il 


dial 
Clai 

Till 
595 

Suli 
3i">.  33. 


SULPICE.  99     ysIECLE_ 


avoit  reçue  de  Mélanie  alors  si  illustre  pour  sa  pieté. 

'En  405  S.  Sulpice  écrivit  encore  à  S.  Paulin,  qui  l'an-  m.  Ml  «n. 
née  suivante  lui  adressa  deux  letres  que  nous  n'avons  plus 
aujourd'hui.  Depuis  ce  temps-là  nous  ne  trouvons  plus  rien 
de  ce  que  fit  S.  Sulpice.  Seulement  '  Gennade  nous  apprend  Genn.  ibid. 
qu'il  vécut  jusqu'à  la  vieillesse  ;  mais  qu'il  se  laissa  alors  sur- 
prendre par  les  artifices  des  Pélagiens  :  '  ce  que  néanmoins  suip.  pr. 
Guibert  Abbé  de  Gemblours  ne  se  peut  persuader,  '  et  que  Genn.  c.  19.  not. 
quelques  modernes  regardent  comme  une  addition  étrange-  p' 
re  faite  à  l'ouvrage  de  Gennade.  Mais  comme  '  la  vertu  ap-  tui.  ibid. 
parente  de  ces.  hérétiques,  qui  commencèrent  à  se  séparer 
de  l'Eglise  en  l'an  418,  lorsque  S.  Sulpice  pouvoit  passer 
l'âge  de  60  ans,  avoit  été  estimée  et  honorée  de  beaucoup  de 
Saints,  il  ne  seroit  pas  étonnant  que  S.  Sulpice  s'y  fût  laissé 
prendre  comme  tant  d'autres.  On  sçait  qu'avant  que  Pelage 
eût  fait  connoître  son  hérésie,  'S.  Paulin  de  Noie  l'aimoit  com-  Ang.  ep.  i86.n.i. 
me  un  Serviteur  de  Dieu,  etétoit  même  en  commerce  de  letres 
avec  lui,  'et  que  S.  Augustin  avoit  conçu  d'abord  de  l'estime  gest.  p«i.  n.  46. 
pour  cet  hérésiarque. 

Ainsi  il  se  put  aisément  faire  que  S.  Sulpice  eût  quel- 
ques liaisons  avec  les  Pélagiens.  '  Il  put  même  parler  en  fa-  tui.  ibid.  p.  608. 
veur  ou  de  leurs  erreurs,  ou  de  leurs  personnes.  Car  les  plus 
grands  Saints  sont  capables  des  plus  grandes  fautes ,  lorsque 
Dieu  les  laisse  à  eux-mêmes.  Leur  gloire  n'est  pas  de  ne  pas 
tomber,  puisqu'ils  sont  hommes,  mais  de  reconnoîlre  leurs 
fautes  avec  humilité,  et  de  s'en  relever' par  la  puissance  de  la 
grâce.  '  C'est  ce  que  fit  S.  Sulpice.  11  se  condamna  à  un  si-  Genn.  ibid. 
lence  qu'il  garda  jusqu'à  la  mort,  afin  d'effacer  par-là  le  péché 
qu'il  avoit  commis  par  sa  langue.  'Ce  fut  aussi  peut-être  pour  suip.pr.  |Tiii.a>id. 
cela,  que  plusieurs  années  après  la  mort  de  S.  Martin ,  il  passa 
cinq  années  à  Marmoutier  dans  la  cellule  de  ce  S.  Evêque,  sui- 
vant la  tradition  de  cette  Abbaïe  attestée  par  l'Abbé  Guibert  qui 
assure  l'avoir  lu  de  la  sorte  dans  les  monuments  de  ce  monastère, 
lorsqu'il  y  fit  un  voïage. 

On  ne  trouve  rien  ni  du  temps  ni  du  lieu  de  la  mort  de  S. 
Sulpice.  Mais  il  n'y  a  presque  pas  lieu  de  douter  qu'il  n'ait  vécu 
au  moins  jusqu'en  420.  'Sa  chute  n'a  point  empêché  que  ibid. 
l'Eglise  ne  l'ait  honoré  comme  un  Saint.  Il  y  a  plus  de  500  ans 
que  l'Abbaïe  de  Marmoutier  fait  sa  fête  au  29e  jour  de  Janvier. 
Elle  est  marquée  au  même  jour  dans  divers  martyrologes, 
qui  le  qualifient  disciple  de  S.  Martin.  'TiroProsper  lui  don-  Pro».t.chr.P.2ii. 

Nij 


V   SIECLE. 


100  S.  SEVERE 


ne  la  même  qualité  ;  et  assurément  S.  Sulpice  la  mérite  en- 
core plus  pour  avoir  retracé  dans  sa  conduite  les  vertus  de  ce 
grand  Evêque,  que  pour  le  peu  de  temps  qu'il  passa  près  de  sa 
suip.pr.|Tiu.ibid.  personne.  '  Les  martyrologes  qui  parlent  de  noire  Saint  le  font 
p.  608. 690.  69i.  EvêqUe  de  Bourges ,  parce  qu'on  l'a  confondu  depuis  quelques 
siècles,  mais  sans  nul  fondement ,  avec  S.  Sulpice  de  Bourges, 

2ui  ne  vivoit  qu'au  VI  ou  VII  siècle.  11  y  auroit  peut-être  plus 
e  raison  de  dire,  '  que  nôtre  Saint  est  le  même  que  S.  Séverin 
de  Bigore,  dont  S.  Grégoire  de  Tours  rapporte  plusieurs  choses 
et  quelques  miracles. 

Quoi  qu'il  en  soit,  S.  Sulpice  méritera  toujours  nôtre  ré- 
p.  608.  nération,  'et  nôtre  respect,  comme  un  homme  qui  a  honoré 

l'Eglise  Gallicane  par  sa  conversion,  par  sa  vie  pauvre  et 
mortifiée,  par  son  silence  rigoureux,  par  une  pieté  à  laquelle 
les  Saints  ont  donné  de  grands  éloges,  par  une  pénitence 
extraordinaire  pour  une  faute  assez  ordinaire ,  et  par  des  écrits 
qui  font  l'édification  des  Fidèles,  et  l'admiration  des  Sça- 
t.  *.  p.  439.  vants.  '  Il  fut  illustre  dans  le  siècle  par  sa  noblesse  et 
ses  richesses  ;  mais  il  le  devient  encore  davantage  dans  l'Egli- 
se par  sa  science  et  sa  pieté.  L'on  assure  que  Bellarmin  a  cru 
qu'on  devoit  tellement  déférer  à  son  autorité,  que  quand  on 
parloit  de  quelque  histoire  qui  ne  s'y  accordoit  pas  ou  il  la 
rejettoit  comme  fausse,  ou  il  la  rapportoit  aux  siècles  posté- 
rieurs. 

On  ne  faisoit  pas  moins  d'estime  et  de  lui  et  de  ses  écrits  dès 
Pani.yit.Mar. i.5.  le  V  siècle,  quelques  années  après  sa  mort.  '  C'est  ce  que  Pau- 
lin de  Périgueux  exprime  assez  bien  dans  les  vers  suivants,  qui 
peuvent  servir  d'épitaphe  à  nôtre  Saint.   • 


Testis  adest  docto  mirabilis  ore  Severus, 
Et  tota  Christum  cordis  virtute  sccutus, 
lnsignis  niundi  titulis,  sed  clarior  illa 
Qua  mundum  terasit,  sancta;  virtute  lidei. 
Nobilitate  potcns,  sed  multo  extentius  idem 
Nobilior  Cbristi  cultu  quam  sanguinis  ortu. 
Hic  sacrum  canoncm,  distenta)  et  sciïpta  coarctans 
Historiao  geminis  conclusit  cuncta  libellis, 
Quœcumque  a  primis  pcrcurrerat  édita  saiclis. 
Idem  Martini  titulos  vcl  gcsta  retcxens, 
Scrutator  cautus  veri,  fidusque  relator, 
Protulit  in  médium  tam  claraj  insiguia  vite. 


V    SIECLE. 


L 


SULPICE.  101 

Sic  justam  retinens,  œquato  examine,  librara, 

Ne  dubia  astruerel  diccns,  nec  certa  taceret. 

Hic  sancto  persœpc,  pie  sociatus,  adliœsit, 

Ut  solet  in  speculo  cordis  pcrspectio  mentis 

Cognata;  similis  morum  sociarc  figuras. 

Que-  mage  credendum  est  testem  magis  esse  probatum, 

Qui  coram  comperta  doect,  cum  visa  loquatur. 

S-  il 

SES  ECRITS. 

es  écrits  de  S.  Sévère  Sulpice  sont  encore  plus  connus 
que  sa  personne.  Tous  ceux  dont  parlent  les  Anciens,  à 
quelques  lelres  près,  nous  ont  été  heureusement  conservés. 
C'est  ici  le  lieu  d'en  parler  en  détail;  et  nous  Talions  exé- 
cuter avec  toute  la  précision  que  powra  nous  permettre  la 
fécondité  de  la  matière. 

I.  Le  premier  selon  l'ordre  des  tems  est  '  la  vie  de  S.  suip.  p.  437.  417. 
Martin   Evêque  de  Tours.  '  11   forma  le  dessein  de  l'écrire  n.  se. 
dès  la  visite  qu'il  rendit  au  S.  Evêque  à  la  fin  de  l'an  392, 
ou  au  commencement  de  393.    Dès  lors   il  s'informa  fort 
particulièrement  de  ses  actions.  '  Il  en  apprit  plusieurs  cir-  ad  Bass.  p.  493. 
constances  par  la  relation  des  disciples  du  Saint.  '  Il  en  sçut  vu.  m.  n.  s. 
quelques  autres  par  le  Catécumene  que  S.  Martin  avoit  res- 
suscité dans  son  monastère  de  Ligugé  près  de  Poitiers.  '  Enfin  n.  25.  se. 
il  en  apprit  une  autre  partie  de  la  bouche  même  de  S.  Martin. 
'  Car  le  Saint  lui  partait  avec  plus  de  familiarité  et  plus  de  diai.  2.  u. 
liberté  qu'à  personne;  et  il  n'y  avoit  rien  de  si  secret,  que 
Sulpice  ne  l'obligeât  de  lui  déclarer,  malgré  le  désir  qu'il 
avoit  de  cacher  sa  vertu  à  tout  le  monde. 

Avec  de  telles  instructions  '  il  mit  la  main  à  la  plume,  bien  vu.  h.  n.  1. 
éloigné  de  rechercher  à  s'acquérir  une  vaine  gloire,  en  pu- 
bliant un  ouvrage  de  cette  nature.  C'est  ce  qu'il  blâme  lui- 
même  hautement  dans  ces  écrivains  de  l'antiquité  Païenne, 
qui  n'ont  entrepris  d'écrire  les  vies  des  hommes  illustres,  que 
pour  se  faire  connoître  eux-mêmes.  Il  étoit  persuadé  que  dans 
cette  sorte  de  dessein,  on  doit  rechercher  non  à  vivre  long- 
temps dans  la  mémoire  des  hommes,  mais  à  mériter  auprès 
de  Dieu  une  gloire  qui  n'aura  point  de  fin.  L'unique  but 
qu'il  se  proposa  dans  son  entreprise,  fut  donc  d'édifier  l'Eglise 


V    SIECLE. 


102  S.  SEVERE 


pr.  p.  438. . 


"  en  lui  laissant  la  vie  d'un  si  saint  Evèque/et  d'empêcher 
par-là  que  tant  de  vertus  aussi  instructives  qu'admirables,  ne 

»•  »■  demeurassent  ensevelies  dans  l'oubli  ;  '  attendant  de  Dieu  seul 

pr.  P.  *38.  la  récompense  de  son  travail.  '  Poussé  par  ce  désir,  il  prit  la 

résolution  de  ne  point  rougir  de  ses  solecismes,  et  d'exécuter 
un  si  louable  dessein;  quoique  l'étude  qu'il  avoit  faite  autre- 
fois des  belles  Letres,  se  fût  comme  rouillée  par  la  négli- 
gence qu'il  avoit  apportée  à  les  cultiver  depuis  si  long-temps. 
On  peut  remarquer  ici  d'une  part  son  âge  déjà  avancé,  et 
de  l'autre  un  grand  fonds  de  modestie  ;  car  cette  vie  est 
écrite  avec  toute  la  politesse  et  tout  l'agrément  possible. 

n-  *  '  Des  l'entrée  de  l'ouvrage  il  commence  à  protester  de  sa 

sincérité  ;  assurant  qu'il  n'avance  rien  qu'il  ne  sçache  certaine- 
ment, et  qu'il  aimeroit  beaucoup  mieux  se  taire,  que  d'é- 

'■•  *•  crire  des  faussetés.  '  Que  tout  ce  qu'il  rapporte  est  exacte- 

ment vrai,  et  connu  de  tout  le  monde.  Que  c'est  la  certi- 
tude des  faits  et  l'amour  de  J.  G.  qui  l'ont  porté  à  les  écri- 

n-  *«  rc.  '  Que  néanmoins  de  tout  ce  qu'il  a  sçû  de  la  sorte,  il 

a  choisi  ce  qui  lui  a  paru  le  plus  propre  à  son  dessein  ;  omet- 
tant bien  des  choses,  de  peur  d'être  à  charge  à  ses  Lecteurs. 

Til3i7H*  E'  '  10'  '  ^  sem°le  <ïu'il  ail  voulu  suivre  dans  cette  vie  quelque  or- 
dre des  temps  ;  ce  qui  n'empêche  pas  qu'il  n'y  garde  aussi 
un  ordre  des  matières.  Les  Scavants  toutefois  y  remarquent 
quelques  fautes  considérables  de  chronologie. 

TiVip "iJbui M '"'m1  '  Moulin  n'avoit  jamais  étudié  l'éloquence;  et  Dieu  vou- 
lut que  son  histoire  fût  écrite  par  l'un  des  plus  éloquents 
hommes  qUe  le  Christianisme  ait  produit.  Mais  S.  Sulpice 
étoit  encore  plus  digne  de  travailler  à  cet  ouvrage,  par  sa  pie- 
té extraordinaire  qui  le  rendoit  un  digne  disciple  de  S.  Mar- 
tin, et  par  le  mépris*  qu'il  faisoit  de  sa  noblesse,  de  ses  riches- 
ses, et  des  autres  avantages  qu'il  avoit  pour  se  faire  aimer 
et  estimer  du  monde.  On  peut  dire  qu'il  ne  falloit  pas  un  hom- 
me d'un  moindre  mérite,  pour  persuader  les  hommes  d'une 
vie  aussi  remplie  de  merveilles  incroïables,  que  l'est  celle  de . 
S.  Martin.  Après  tout  cela ,  comment  refuser  d'ajouter  foi  à 
ce  qu'écrit  un  homme  relevé  dans  le  monde  par  tout  ce  que 
l'on  y  estime  de  grand,  autorisé  dans  l'Eglise  par  la  qualité 
de  Prêtre,  de  Saint,  d'ami  intime  de  S.  Martin  et  de  S.  Pau- 
lin, et  qui  a  pris  toutes  les  précautions  pour  s'instruire  de 
source  de  ce  qu'il  rapporte ,  et  ne  rien  rapporter  qu'il  ne  ju- 
ge exactement  vrai?  C'est  ce  qui  fait  que  l'on  ne  peut  assez 


SULPICE.  103     vcippi[ 

V   SIECLE. 

s'étonner,  '  de  voir  des  hommes  accuser,  ou  la  trop  grande  Su)p  ep<  ded 
crédulité  de  S.  Sulpice,  en  ce  qu'il  nous  a  laissé  des  actions 
de  S.  Martin,  ou  la  mauvaise  foi  de  ceux  de  qui  il  les  avoit 
apprises,  et  qui  l'ont  ainsi  jette  dans  un  enchaînement  de 
fables,  comme  il  plaît  à  ces  prétendus  esprits  forts  de  s'ex-     ' 
pliquer.  Pour  parler  de  la  sorte,  disons-le,  il  faut  vouloir  s'ex- 
poser, ou  à  passer  pour  téméraire,  ou  à  se  voir  compter  au 
nombre  '  des  ennemis  et  des  envieux  de  la  vertu  de  S.  Mar-  diai.  i.  n.  s. 
tin,  qui  furent  les  seuls  qui  osassent  contester  la  vérité  de  cet- 
te histoire.  '  Tous  les  autres  la  reçurent  avec  un  applaudisse-  ad.  Ens.  47a. 
ment  et  une  estime  extraordinaire,  dès  qu'elle  parut  dans  le  dial-  *■  ■• 16 
public;  '  et  elle  y  parut  du  vivant  même  de  S.  Martin,  en  396  ad.  Anr.  p.  483. 
ou  397  au  plûtard.  ***• 

'  Il  y  avoit  déjà  quelque  temps  qu'elle  étoit  écrite,  lors-  vu.  m.  pr.p.437. 
que  Didier,  que  S.  Sulpice  qualifie  son  très -cher  frère,  438' 
l'aïant  appris,  pressa  souvent  l'Auteur  de  la  lui  communi- 
quer. S.  Sulpice  malgré  la  répugnance  qu'il  avoit  pour  ne 
la  pas  laisser  paroître  dans  le  public,  ne  put  enfin  la  refuser 
à  ce  cher  frère.  Il  la  lui  envoïa,  mais  en  le  priant  d'en  citer 
son  nom,  afin  qu'on  ne  vit  pas  qu'elle  étoit  de  lui.  '  Les  rai-  p.  438. 
sons  qu'avoit  S.  Sulpice  d'en  user  de  la  sorte,  étoient  que 
le  style  en  paroîtroit  négligé,  et  lui  téméraire  pour  avoir 
entrepris  de  traiter  un  sujet,  qui  devoit  être  réservé  aux  plus 
éloquentes  plumes.  C'est  pourquoi  il  a  soin  de  prier  ses  Lec- 
teurs d'avoir  moins  d'égard  à  sa  manière  d'écrire,  qu'à  ce 
qu'il  écrit;  et  de  considérer  que  le  Roïaume  de  Dieu  con- 
siste bien  plus  dans  la  foi  que  dans  l'éloquence.  Didier, 
comme  nous  avons  dit,  étoit  un  Prêtre  des  environs  de  Co- 
minges;  et  ce  fût  lui,  ce  semble,  qui  répandit  cette  vie 
dans  les  Gaules. 

Mais  '  S.  Paulin  de  Noie  fut  sans  doute  un  des  premiers  à  Paui.ep.  n.n.n. 
qui  S.  Sulpice  l'envoia.  Ce  Saint  en  parle  avec  un  éloge 
aussi  honorable  pour  l'Auteur,  que  glorieux  pour  l'ouvrage. 
11  ne  sçait  lequel  des  deux  il  doit  regarder  comme  le  plus 
heureux,  ou  S.  Sulpice  d'avoir  été  choisi  pour  écrire  d'une 
manière  aussi  élégante  l'Histoire  d'un  si  grand  Evêque,  et  d'un 
si  illustre  Confesseur,  ou  S.  Martin  d'avoir  eu  un  aussi  digne  His- 
torien de  sa  vie.  Car,  ajoute  S.Martin,  sises  vertusluiont  acquis 
une  gloire  éternelle  devant  Dieu,  la  plume  de  son  Historien 
le  rendra  immortel  dans  l'esprit  des  hommes.  '  Ce  fut  le  Suip.diai.i.a.ie. 
même  S.  Paulin  qui  la  porta  le  premier  à  Rome.  Elle  n'y  fut 


V    SIECLE. 

dial  3.  n.  21. 
dial.  1.  n.  16. 
Amb.  vit.  n.  1. 


104 


S.  SEVERE 


Bib.  Cas.  Ben. 
Bib.  S.  Vin.  Cen, 
Ibid. 


Am.  crit.  t.  p.  50. 


Bib.  Tell.  p. 22. 


Bib.  S.  Vin.  Cen. 


B.  M.  de  Ebron. 


Bib.  Bod.  t.  1.  p. 
436.  2.  |  t.  2.  p. 
159.  2. 


Snr.   11.  nor.  p. 

248-273 


pas  connue,  que  tout  le  monde  s'empressa  de  l'avoir;  et  les 
libraires  avoùoient  qu'ils  n'avoient  point  de  livres,  dont  le 
débit  fût  aussi  prompt  et  aussi  lucratif  que  celui-là.  '  Le  même 
Saint  la  répandit  encore  dans  toute  l'Italie ,  et  dans  toute 
rillyrie,  '  et  Posthumien,  ami  de  S.  Sulpice,  presque  dans 
tout  l'Orient  et  l'Egypte.  Elle  avoit  même  prévenu  son  ar- 
rivée en  Afrique,  lorsqu'il  y  alla  en  402;  'on  la  lisoit  dès 
lors  à  Carthage  et  ailleurs.  De  sorte  que  peu  d'années  après 
que  cette  vie  fut  sortie  des  mains  de  S.  Sulpice,  elle  se  trouvoit 
répandue  presque  par  tout  le  monde. 

Cet  ouvrage  aiant  été  la  première  production  de  son  Au- 
tour, au  moins  que  nous,  connoissions,  a  été  aussi  le  premier 
qui  ait  été  imprimé.  '  Il  y  en  eut  une  édition  à  Venise, 
chez  Aide  Manuce  dès  l'an  1501,  en  un  volume  in-4°.  avec 
les  opuscules  de  Sédulius,  de  Juvencus,  etc.  '  L'année  sui- 
vante l'ouvrage  fut  réimprimé  au  même  endroit,  et  en  mê- 
me volume.  '  En  1511,  Jérôme  Chlichtoùe  nous  donna  cette 
même  vie,  et  les  deux  dialogues  de  nôtre  Auteur  sur  le  mê- 
me sujet,  avec  la  Confession  de  S.  Martin,  divers  Traités  de 
S.  Grégoire  de  Tours,  de  Fortunat,  et  de  S.  Odon  de 
Cluni.  Cette  édition  parut  à  Paris  chez  Jean  Marchant  pour 
Jean  Petit  en  un  volume  in-4°.  '  L'on  remarque  que  le  pre- 
mier de  ces  deux  dialogues  est  plus  correct  dans  cette  édi- 
tion qu'il  ne  l'est  dans  les  plus  belles,  qui  en  ont  paru  dans 
le  dernier  siècle,  et  qu'il  s'y  trouve  de  quoi  corriger  une  fau- 
te considérable,  dont  nous  parlerons  dans  la  suite. 

'  Wolfgang  Lazius  publia  ensuite  les  mêmes  ouvrages  de 
S.  Sulpice ,  avec  Abdyas  de  Babylone  sur  le  combat  des 
Apôtres,  et  les  vies  de  S.  Matthieu,  de  S.  Marc,  de  S.  Clé- 
ment, de  S.  Cyprien,  de  S.  Apollinaire,  et  quelques  autres 
Opuscules.  Ce  recueil  fut  imprimé  d'abord  à  Basle  chez 
Oporin  l'an  1552  en  un  volume  in-folio.  '  Depuis  il  fut  réim- 
primé à  Paris  chez  Guillaume  Guillard  l'an  1 560  en  un  vo- 
lume in-8°,  '  et  encore  au  même  endroit  chez  Thomas  Belot 
l'an  1571  en  même  volume. 

'  La  même  année  1552  que  Lazius  publia  son  recueil  à 
Basle,  Thomas  Beauxamis  fit  imprimer  à  Paris  la  vie  de  S. 
Martin  par  S.  Sulpice,  avec  des  Scholies  de  sa  façon,  et  la 
profession  de  foi  de  S.  Martin.  L'ouvrage  fut  réimprimé  au 
même  endroit  l'an  1566  en  un  volume  in-8°.  '  On  trouve  en- 
core cette  vie  avec  les  deux  derniers  dialogues  et  quelques 

extraits 


SULPICE.  105     VSIECLE_ 


extraits  de  trois  letres  du  même  Auteur  sur  ce  sujet  au  11e  jour  ~ 
de  Novembre  dans  Surius. 

2°  Les  trois  letres  que  S.  Sulpice  écrivit  sur  le  même  su- 
jet, suivirent  de  près  l'ouvrage  précédent.  Elles  font  avec 
la  fin  du  premier  Dialogue  et  les  deux  suivants  entiers,  la 
suite  de  la  vie  de  S.  Martin.  '  C'est  peut-être  pour  cela  que  Pros.  t.  chr.  P. 
quelques  Anciens  parlant  de  l'Histoire  de  ce  Saint  par  S.  Sul-  2I3' 
pice,  !a  divisent  en  trois  livres. 

'  La  première  de  ces  trois  letres  est  adressée  à  un  Eusebe,  suip.  ad  Eus.  p. 
alors  Prêtre  et  depuis  Evêque,  et  fut  écrite  lorsque  la  Vie  de  *78-  482, 
S.  Martin  étoit  déjà  entre  les  mains  du  public.  Elle  est  pour 
servir  de  supplément  à  cette  Vie,  et  repousser  l'injure  que  fai- 
soient  au  saint  Evoque  qui  vivoit  encore,  les  ennemis  de  sa 
vertu.  On  lui  faisoit  un  reproche  de  ce  que  lui,  qui  avoit  eu 
la  vertu  d'éteindre  des  embrasements,  avoit  pensé  périr  lui- 
même  dans  un  autre.  Comme  S.  Sulpice  avoit  omis  dans  sa 
vie  le  fait  qui  servoit  de  matière  à  cet  injuste  reproche,  il  écri- 
vit cette  letre  pour  le  rapporter  et  l'éclaircir. 

'  La  seconde  est  adressée  à  Aurele  Diacre,  qui  paroît  avoir  ad.  Aur.  p.  483- 
fait  sa  demeure  dans  le  voisinage  de  S.  Sulpice,  et  qui  y  est  488' 
qualifié  son  très-cher  frère  :  c'est  pour  lui  donner  avis  de  la 
mort  de  S.  Martin,  que  S.  Sulpice  venoit  d'apprendre  par 
deux  moines  qui  étoient  venus  de   Tours   lui  en  porter  la 
nouvelle.  S.  Sulpice  touche  encore  dans  cette  letre  quelques 
traits  des  vertus  de  S.  Martin.  Le  reste  de  la  letre  est  une  effu- 
sion de  la  tendresse,  de  l'attachement  qu'il  avoit  pour  lui  du- 
rant sa  vie,  de  la  vénération  qu'il  lui  portoit  après  sa  mort, 
et  de  la  certitude  où  il  étoit  de  son  bonheur  éternel.  '  Elle  ad  Bass.  p.  489. 
fut  écrite  de  Toulouse,  ou  des  environs,  et  aussi-tôt  envoïée 
à  Bassule  qui  étoit  à  Trêves,  par  les  gents  même  de  S.  Sul- 
pice. 

'  Cette  seconde  letre  donna  occasion  à  la  troisième  adressée  p.  489-494. 
à  Bassule  belle-mere  de  nôtre  Saint.  Car  après  l'avoir  reçue 
à  Trêves,  comme  nous  venons  de  le  dire,  elle  écrivit  in- 
continent à  S.  Sulpice,  qui  faisoit  alors  sa  demeure  à  Tou- 
louse, ou  dans  le  voisinage,  pour  lui  témoigner  sa  surprise, 
de  ce  qu'en  parlant  de  la  mort  de  S.  Martin,  il  n'avoit  pas  fait 
le  détail  des  circonstances  de  cette  mort  bien-heureuse.  '  Ce  p.  490. 
fut  donc  pour  y  satisfaire  que  S.  Sulpice  entreprit  cette  3e  le- 
tre :  mais  il  marque  à  Bassule  qu'il  ne  se  rend  à  son  désir,  qu'à 
condition  que  la  letre  qu'il  lui  adresse  sur  ce  sujet,  sera  pour 
Tome  II.  0 


V    SIECLE. 


10G  S.  SEVERE 


p.  m. 


'  cllo  seule.  '  Il  y  débute  par  se  plaindre  d'une  manière  aussi  po- 
lie qu'ingénieuse,  de  ce  que  sitôt  qu'un  écrit  sortoit  de  des- 
sous sa  main,  il  lui  éloit  incontinent  enlevé  pour  le  faire  vo- 
i>  ioi-492.  1er  à  Trêves,  avant  que  lui-même  en  sçût  rien.  '  C'est  dans 
celte  letre  que  S.  Sulpice  nous  a  conservé  ces  belles  Senten- 
ces que  S.  Martin  proféra  au  lit  delà  mort,  telles  qu'il  les  avoit 
apprises  de  quelques-uns  des  disciples  du  Saint  qui  s'y  étoient 
trouvés  présents, 
rieu.  h.  e.  t.  s.  i>.       3°.  '  Le  plus  fameux  ouvrage  de  S.  Sulpice,  est  son  Histoire 
sacrée,  divisée  en  deux  livres,  qui  comprennent  en  abrégé 
toute  la  suite  de  la  Religion   depuis  le  commencement  du 
monde  jusqu'à  son  temps,  c'est-à-dire  jusqu'à  l'an  400  de 
suip.iiisi.i.i.n.13.  J.  C.  '  Il  prend   pour  époque  celte  même  année,  qui  étoil 
Tin.  h.  e.  1. 12.  celle  du  Consulat  de  Stilicon.  '  Il  put  dès-lors  commencer  son 
p' 690'  Histoire,  ou  en  former  le  dessein  ;  mais  il  ne  l'acheva  point 
suip.  uist.  î.a.n.  avant  l'an  403.  Pour  l'exécuter,  '  il  examina  et  conféra  la  Chro- 
îpaui.  op.  as.  n.  nologie,  et  l'Histoire  ancienne  de  toutes  les  nations; a  s'adres- 
ri-  sant  à  S.  Paulin,  déjà  retiré  à  Noie,  pour  en  tirer  certains 
éclaircissements  qu'il  lui  marquoit  sur  l'Histoire  universelle 
du  monde.  Mais  S.  Paulin,  qui  avoue  n'êlre  pas  fort  habile 
sur  cette  matière,  envoïa  le  mémoire  de  son  ami  au  Prêtre 
Uufin,  le  priant  de  donner  à  S.  Sulpice  la  satisfaction  qu'il 
vu.  c.  n.  n.  3.    souhaittoit.  '  On  croit  qu'il  s'agissoit  de  la  difficulté  qui  se  trou- 
ve à  accorder  les  Livres  des  Rois  avec  les  Paralipomenes, 
touchant  la  Chronologie  des   Rois  d'Israël  et  de  Juda.  Ce- 
pendant personne  que  l'on  sçache,  n'avoit  mis  la  main  à  ce 
grand  ouvrage,  jusqu'à  M.  Le  Rrun  des  Marettes,  qui  l'a  fort 
bien  exécuté  de  nos  jours. 
Cp.  as.  n.  s.  '  Ce  fut  pour  l'avantage  de  nôtre  Foi,  que  S.  Sulpice  en- 
treprit tant  de  recherches,  comme  nous  en  assure  S.  Paulin  son 
suip.hisi.i.  i.n.i.  ami.  '  Grand  nombre  de  personnes  désirant  pouvoir  lire  en 
peu  de  temps  toute  l'Histoire  de  l'Ecriture  Sainte,  le  pressè- 
rent de  leur  procurer  ce  secours.  Il  lit  donc  un  abrégé  des  li- 
vres sacrés,  qui  en  contient  en  peu  de  mots  tous  les  faits.  ' 
Mais  afin  de  les  lier  ensemble  et  d'en  éclaircir  la  Chronolo- 
gie, S.  Sulpice  y  ajouta  diverses  choses  de  l'Histoire  profa- 
ne tirées  des  Auteurs  qui  en  ont  traité,  et  une  petite  suite  de 
l'Histoire  de  l'Eglise,  depuis  les  Apôtres  où  finit  l'Histoire 
sainte,  jusqu'à  son  temps.  11  divise  son  ouvrage  en  deux  li- 
1. 1  n.  ot.          vies,  sans  lui  donner  de  titre  particulier.  '11  pousse  le  pre- 
mier jusqu'à  la  captivité  de  Babylone,  et  à  la  ruine  de  Jéru- 


SULPICE.  107 


V    SIECLE. 


1.  2.  n.  1. 


salemsous  Sedecias,  '  et  commence  le  second  livre  à  l'histoire 
de  Daniel. 

'  Le  dessein  que  S.  Sulpice  se  propose  dans  celte  entre-  i.  s,  n.  9. 
prise,  est  de  donner  simplement  une  suite  abrégée  des  événe- 
ments historiques.  Tout  y  est  presque  digne  de  remarque  : 
mais  nous  nous  bornons  aux  observations  suivantes.  '  Il  place  n.  21. 22. 
l'histoire  de  Judith  sous  la  douzième  année  du  règne  de  Da- 
rius Ochus,  qui   succéda  à  Artaxercès  II,  lorsque  les  Juifs 
après  la  captivité  de  Babylone  furent  de  retour  dans  leur  pais, 
mais  avant  qu'ils  eussent  rétabli   toutes  choses.  '  Il  met  la  n.  39. 
naissance  de  J.  C.  au  25e  jour  de  Décembre,  et  la  lie  avec 
le  Consulat  de  Sabin  et  de  Rufin,  trois  ans  par  conséquent 
avant  l'Ere  vulgaire.  Sur  ce  principe  il  assigne  la  29e  année 
de  celte  même  Ere,  pour  l'année  de  la  mort  de  J.  C.  sous  le 
Consulat  des  deux  Geminus. 

'  Lorsqu'il  a  atteint  l'époque  de  la  naissance  du  Sauveur,  p.  3*8. 
il  déclare  que  par  respect  il  ne  touchera  point  à  ce  que  con- 
tiennent les  Evangiles  et  les  Actes  des  Apôtres,  de  peur  que 
le  dessein  qu'il  s'est  proposé  de  ne  parler  que  très-succincte- 
ment des  choses,  ne  fût  pas  digne  de  l'excellence  de  cette 
histoire.  '  Faisant  réflexion  sur  ce  que  les  anciens  Auteurs  pro-  n.  21. 
fanes  ne  parlent  point  des  faits  qui  regardent  l'Histoire  Sa- 
crée contenus  dans  l'Ecriture  Sainte,  il  l'attribue  à  une  per- 
mission particulière  de  Dieu.  Il  juge  qu'il  étoit  indigne  qu'une 
histoire  qui  devoit  être  renfermée  dans  ses  propres  mystères, 
et  n'être  annoncée  que  par  des  bouches  sacrées,  eût  été  la 
reproduction  d'un  esprit  corrompu,  qui  mêle  le  faux  avec  le 
vrai. 

'  11  fait  mention  de  l'Episcopat  de  S.  Pierre  à  Rome  en  lui  n.  *o. 
donnant  S.  Paul  pour  collègue.  '  Il  met  la  première  et  la  se-  n.  4i. 
conde  persécution  contre  les  Chrétiens  sous  Néron,  '  et  pan-  n.  *o. 
che  à  croire  qu'il  étoit  l'Antechrît.  '  Il  ne  reconnoît  en  tout  n.  a.  43. 
que  neuf  persécutions  contre  l'Eglise,  ne  comptant  point  cel- 
le de  Licinius.  Il  dit  que  ce  sont-là  neuf  des  plaies  dont  le 
monde  doit  être  frappé,  et  qu'ainsi  il  n'en  reste  plus  qu'une  à 
venir.  Il  met  la  3e  persécution  sous  Trajan,  la  4e  sous  Adrien, 
la  5e  sous  M.  Aurele,  la  6e  sous  Sévère,  la  7e  sous  Dece,  la 
8e  sous  Valerien,  et  la  9B  qui  dura  dix  ans  et  qui  fut  la  plus 
violente,  sous  Dioclelien  et  Maximien.  '  Il  témoigne  que  la  n.  «. 
Foi  ne  fut  reçue  qu'un  peu  tard  en  deçà  des  Alpes,  et  que 
l'on  ne  commença  a  y  voir  des  Martyrs  que  sous  M.  Aurele. 

Oij 


V    SIECLE. 


108  •  S.  SEVERE 


n.  45. 


'  Il  dit  que  c'est  une  folie,  ou  même  une  impiété  que  de 

ne  pas   recevoir  l'Apocalypse  ,  comme  quelques-uns   refu- 

n.  49.  soient  encore  de  le  faire.  '  11  assure  que  de  son  temps  on 

voïoit  encore  les  vestigesrde" Nôtre  Seigneur  au  même  endroit 

n.  65.  d'où  il  étoit  monté  au  Ciel.  '  11  semble  confondre  ce  qui  se 

passa  aux  deux  Conciles  d'Arles  et  de  Besiers  sur  l'Ananis- 

n.  57.  50.  me,  tenus  l'un  en  353,  l'autre  en  355.  '  11  fait  un  assez  am- 

ple détail  de  celui  de  Rimini,  et  de  ses  suites  fâcheuses, 

n.  57.  '  conformément  à  ce  qu'il  en  avoit  appris  de  Gavidius,  l'un 

n.  66.  des  Evêques  d'Aquitaine,  qui  y  avoient  assisté.  '  S.  Sulpice 

finit  son  histoire  par  la  mort  de  Priscillien,  et  les  suites  fu- 
nestes de  l'affaire  des  Ithaciens,  qui  depuis  15  ans  causoient 
de  grandes  divisions  entre  les  Evêques  des  Gaules.  Cette  épo- 

Pros.  chr.  p.  736.  que,  à  la  prendre  précisément  '  à  1  année  de  la  mort  de  Pris- 
cillien, que  S.  Prosper  marque  sur  l'an  385,  nous  conduira 

suip.  Wst.  1. a.  n.  justement  ' au  Consulat  de  Stilicon,  que  S.  Sulpice,  comme 
nous  avons  déjà  dit,  avoit  choisi  pour  son  époque. 

Genn.  vit.  ui.  c.       '  Gennade  et  S.  Grégoire  de  Tours  donnent  à  l'Histoire 

FrliLirc.7.'|Tiiî]  de  S.  Sulpice  le  nom  de  Chronique  :  titre  qui  lui  a  été  aussi 

h^  e.  t.  îa.  P.  donné  par  d'autres  anciens  Ecrivains.  C'est  particulièrement 
cet  ouvrage  que  les  gents  de  letres  estiment  pour  la  ma- 

Suip.  pr.  niere  d'écrire.  '  Giselin  soutient  qu'entre  tous  ceux  qui  ont 

voulu  faire  des  abrégés  d'histoire,  soit  Chrétiens,  soit  Païens, 
il  n'en  est  point  qui  égale  celui-ci.  L'on  remarque  que  S. 
Sulpice  y  a  beaucoup  imité  Saluste.  Aussi  les  Sçavants  le 

saiv.  p.  Pr.  i  Du-  nomment   le   Saluste  Chrétien.  '  Quelques-uns   vont  même 

pm,  t.  3.  p.  jugqU>£  ^re  qu'il  excelle  au-dessus  et  de  Saluste  et  de  Taci- 
te, parce  qu'il  a  sçû  joindre  la  clarté  à  la  brièveté.  Mais  tou- 

Dupin  ibid.  tes  ces  beautés  n'empêchent  pas  '  qu'il  n'y  ait  quelques  fau- 

tes contre  l'exactitude  de  l'histoire. 

Nous  avons  diverses  éditions  de  l'Histoire  Sacrée  de  S. 
Sulpice,  que  nous  ne  devons  pas  oublier  de  marquer,  avant 
que  nous  donnions  le  dénombrement  des  éditions  de  toutes 

B|b.  vatic.  i  Fab.  ses  œuvres  ensemble.  '  Mathias  Flacius  Illyricus  fut  le  pre-* 

Bib.lat.app.  p. 59.    mjer  ^j  j&  ^  jmprjmer  a  BasJe  l»an  4555  en  un  yolume  Ul-80 

Bib.  Teii.  p.  255.  avec  un  Traité  qui  apour  titre  De  Sacrilegorum  indictis.  '  En 
1560  Jacques  Le  Fevre  Docteur  de  Sorbone  en  donna  une 
autre  édition  à  Paris  chez  Guillaume  Guillard,  en  un  volume 
in-16  avec  l'abrégé  des  Vies  des  Prophètes  et  des  Apôtres 

p.  21.  t.  par  Dorothée  de  Tyr.  '  Paul  Manuce  la  réimprima  à  Rome 

l'an  1564,  en  un  volume  in-folio,  avec  lés  notes  de  Pierre 


SULPICE.  109 


V   SIECLE. 


Galesini,  et  divers  écrits  d'anciens  Auteurs,  comme  les  sept  " 
Livres  de  la  Providence  par  Salvien,  les  Homélies  de  S. 
Maxime  de  Turin,  de  S.  Pacien  de  Barcelone.  '  Bolduain  en  n.><ii.  Mb.  m*. p. 
marque  des  éditions  de  Basic  l'an  1572  in-8°.  de  Cologne     ' 
1513  in-10.  d'Anvers  1574  in-8°.  et  de  Franker  1595  en 
même  volume.  '  La  même  Histoire  pamt  encore  à  Boulogne  l>p^  bjl)-  Ph-Bi|J- 
par  les  soins  de  la  Compagnie  des  libraires  l'an  1581,  en  un  uaiïï.  t.'a.  p. 382! 
volume  in-8°.  avec  les  Commentaires  de  Charles  Sigonius  ;  et  *• 
fut  ensuite  réimprimée  à  Eranckfort  en  1593,  et  à  Ilanavv  en 
1002  en  même  volume.  '  Jean  Drusius  en  donna  une  nouvelle  Lip.  Md^j  Bib 
édition  avec  des  notes,  laquelle  parut  en  deux  différents  en-  Kb.'Xnf. 
droits  la  même  année  1607,  à  Arnhoim,  et  à  Franker  chez  Gi- 
les  Radœus  en  un  volume  in-8°.  aux  deux  endroits.  On  en  trou-  i>ib.  D.Fior.p.ta. 
veune  édition  faite  à  Cologne  en  1010.  '  Jean  Sleidan  après  ...•.FMk.».Mi. 
avoir  continué  cette  Histoire,  la  fit  imprimer  avec  sa  conti- 
nuation à  Leide  chez  les  Elzevirs  l'an  1020,  en  un  volume 
in-8°.  '  Celte  histoire  ainsi  augmentée  par  Sleidan  fut  réïm-  ...Rai.    .  îooo. 
primée  à  Amsterdam  l'an  1051  en  un  volume  in-12.  '  En  ...loa.  p.  m. 
1711  il  y  eut  une  nouvelle  édition  de  cette  Histoire  avec  des 
notes,  mais  sans  la  continuation  de  Sleidan  à  Leispsic  etc. 
en  un  volume  in-12.  '  Les  plus  amples  Commentaires  sur  l'IIi-  «ay.  s.  p.  531.  2. 
sloire  Sacrée  de  S.   Sulpice ,  sont  ceux  de  Christien  Scho- 
tan  imprimés  à  FYanker  l'an  1004,  en  un  volume  in  folio. 

'  Dès  l'année  15G1  il  parut  une  Traduction  Françoise  de  la  Bib.  s.  vin.  cen. 
même  histoire  par  les  soins  de  Jean  Filleau,  Jurisconsulte  de 
Clermont  en  Beauvoisis,  qui  y  ajouta  une  traduction  de  l'ou- 
vrage de  Dorothée  de  Tyr  sur  les  Vies  des  Prophètes  et  des 
Apôtres.  Cette  traduction  fut  imprimée  là  Paris  chez  Guil- 
laume Guillard  et  la  veuve  d'Amauri  Warencore  en  un  vo- 
lume in-8°.  '  En  10201e  P.  L.  Bauldry  Beligicux  Domini-  n»j. 
cain  donna  au  public,  non  une  nouvelle  Traduction  de  l'Hi- 
stoire de  S.  Sulpice,  comme  le  promet  le  titre,  mais  la  mê- 
me que  la  précédente;  n'aïant  fait  qu'y  ajouter  des  notes  et 
des  remarques  de  sa  façon,  et  traduire  la  Préface  de  l'Au- 
teur que  Eilleau  avoit  omise.  La  traduction  du  P.  Bauldry 
fut  imprimée  à  Rouen  chez  Daniel  Couturier  en  un  petit  vo- 
lume in-12,  à  la  fin  duquel  il  a  ajouté  l'explication  des  70  se- 
maines de  Daniel  par  Pierre  Beloy.  '  Pierre  Rabus  a  donné  Bib.  Lug.-Bat.  p. 
une  traduction  de  la  même  histoire  en  langage  Hollandois, 
imprimée  à  Roterdam  l'an  1702  en  un  volume  in-4°. 

4°.  '  Les  Dialogues  de  S.  Sulpice,  divisés  en  trois  livres  suip.  p.  403-572. 


V  SIECLE. 


110  S.    SEVERE 


ou  conférences,  traitent,  l'un  des  Solitaires  de  l'Egypte,  et 

les  deux  autres  de  la  suite  de  la  vie  de  S.  Martin.  Posthumien 
qui  venoit  de  visiter  les  déserts  de  l'Orient  et  de  l'Egypte, 

Diai.  i.  n.  in.  parle  dans  le  [premier,  '  et  Gallus  Disciple  de  S.  Martin  dans 
les  deux  suivants,  qui  sont  pour  suppléer  à  ce  que  S.  Sulpice 
avoit  omis  des  vertus  et  des  autres  actions  de  S.  Martin,  tant 
dans  la  Vie  qu'il  en  avoit  écrite  d'abord,  que  dans  les  trois  le- 
tres  qui  la  suivirent  sur  le  même  sujet.  De  sorte  que  Posthumien 
et  Gallus  fournirent  la  matière  pour  cet  ouvrage,  et  que  S. 

toi,  n.  e.  i.H.p.  Sulpice  ne  lit  qu'y  donner  la  forme.  '  Autrefois  ces  Dialogues, 
selon  Grégoire  de  Tours,  et  quelques  anciennes  éditions  de 
Gennade,  n'étoient  divisés  qu'en  deux  livres;  et  cette  division 
étoit  naturelle.  Car  les  deux  premiers  ne  faisant  que  l'entre- 
tien d'un  seul  jour,  comme  nous  allons  dire,  ne  dévoient  fai- 
re aussi  qu'un  seul  livre. 

snip.  dtai.t.n.tB.       '  Posthumien  aïant  fini  de  racontera  S.  Sulpice  ce  qui  re 


7G. 


r 


garde  les  Solitaires  de  l'Egypte,  il  le  pria  de  la  part  de  plu- 
sieurs serviteurs  de  Dieu,  de  l'entretenir  des  choses  qu'il  avoit 

n.  17.  omises  dans  la  Vie  de  S.  Martin.  '  S.  Sulpice  prit  la  parole, 

et  montra  d'abord  que  ce  qu'avoit  fait  S.  Martin,  étoit  en- 
core plus  grand  que  toutes  les  merveilles  que  Posthumien 
venoit   de  rapporter  des  Solitaires  qu'il  avoit   visités.  Mais 

...  19.  w.  afin  de  donner  à  Posthumien  une  entière  satisfaction,  '  l'on 

convint  que  Gallus,  qui  se  trouvoit  chez  S.  Sulpice,  et  qui 
dès  sa  jeunesse  avoit  demeuré  auprès  de  S.  Martin,  rapporte- 
mil  ce  que  S.  Sulpice  avoit  omis  des  actions  du  S.  Evêque. 

niai.  2.  n.  i.  7.  '  Gallus  le  fit,  et  p;irla  à  ce  sujet  tant  que  le  jour  dura.  C'est 
ce  qui  fait  le  second  livre  des  Dialogues. 

Mai.  a.  n.  i.  '  Le  lendemain  Gallus  reprit  son  discours  en  présence  de 

plusieurs  autres  personnes,  et  continua  à  parler  de  S.  Martin; 

„.  r,.  ce  qui  fait  le  troisième  et  dernier  livre.  Les  faits  y  sont  au- 

torisés par  des  témoins  vivants,  parce  que  quelques  person- 
nes avoient  témoigné  douter  d'une  partie  des  choses  qu'on 
avoit  dites  la  veille.  '  Il  paroit  par  le  récit  de  Gallus  que  S. 
Sulpice  avoit  écrit  le  premier  Dialogue  sur  S.  Martin,  et 
par  conséquent  celui  de  Posthumien  sur  les  Solitaires  de  l'E- 
gypte ,  lorsque  Gallus  parloit  le  second  jour  des  conféren- 

ibia.  |n.  ai.  ces. 'On  y  voit  effectivement  quelques  indices  qui  mar- 
quent, ou  que  S.  Sulpice  y  mit  la  main  aussi-tôt  après  les 
conférences,  ou  même  qu'il  les  écrivit  apparemment  en  no- 

n.  2i.  tes,  à  mesure  que  les  autres  parloient.  '  Il  est  au  moins  cer- 


n.  I 


S  II  L  P  I  C  E.  Ml 


V   SIECLE. 


tain  qu'avant  que  Posthumien  partît  pour  s'en  retourner  en 
Orient,  ce  qu'il  fit  peu  de  jours  après,  S.  Sulpice  le  chargea 
de  porter  à  S.  Paulin  de  Noie  deux  de  ces  Dialogues,  qui 
étoientdéja  rédigés  par  écrit.  Et  peut-être  par  ces  deux  Dia- 
logues entend-t'on  les  trois,  que  l'on  ne  divisoit  ancienne- 
ment qu'en  deux  livres.  'On  croit  que  S.  Sulpice  fil  cet  ou-  m.  m»,  p.  bos. 
vrage  en  405,    la  huitième  année  depuis  la  mort  de  S.  Mar-  &Nip.iw.s.a.!& 


IHul.   3.  11.  I. 


lin,  que  nous  avons  placée  on  l'an  397.  'S.  Sulpice  y  pro- 
teste devant  J.  C.  comme  il  avoit  l'ait  dans  la  Vie  du  Saint, 
qu'il  ne  dit  rien  qu'il  n'ait  vu  de  ses  yeux,  ou  soû  de  person- 
nes très-assurées,  et  pour  l'ordinaire  de  S.  Martin  même, 
qui  n'avoit  pas  besoin  que  l'on  relevât  sa  gloire  par  des  men- 
songes. 

'Ces  Dialogues  sont  composés  avec  tant  d'arl  et  de  justes-  Dupio  ma.  f.vrt. 
se,  que  l'on  ne  se  peut  lasser  de  les  lire,  particulièrement  le 
premier,  qui  traite  de  plusieurs  particularités  des  Moines  d'O- 
rient. '  On  y  porte  d'Origene  un  jugement  très-sage  et  très-  p.  ns. 
modéré.   Quoiqu'on  ne  l'excuse  pas  entièrement,  on   D'ap- 
prouvé pas  néanmoins  la  rigueur  dont  l'Evêque  d'Alexandrie 
avoit  usé  contre  ses  défenseurs.  On  y  déplore  le  malheur  de 
l'Eglise,  qui  éloit  troublée  pour  une  chose  de  si  peu  de  con- 
séquence. '  11  est  parlé  de  S.  Jérôme,  dont  on  y  fait  un  fort  suip.niai.i.n.m. 
bel  éloge.   a  Le  second  et  le  troisième  Dialogue  contiennent  l'i)i'u\^r.'?^ 
plusieurs  Sentences  spirituelles  que  S.  Martin  avoit  profé-  w.  |>u.3.«.tt. 
rées  en  diverses  occasions,  comme  nous  avons  dit  plus  am- 
plement ailleurs. 

'Le  Concile  de  Rome  sous  Oélnse  nomme  les  Dialogues  Conc.M.p.i.a». 
de  S.  Sulpice,  les  Opuscules  de  Câlins  et  de  Posthumien, 
en  les  mettant  au  nombre  des   livres  apocryphes ,  apparem- 
ment a  eau'o  de  l'erreur  des  Millénaires.     Car  S.  Jérôme  m» . m  e».  e. »■ 
nous  apprend  que  S.  Sulpice  suivoit  <  elle  opinion  dans  son  p'  9'2' 
Dialogue  intitulé  Gallus  ,    c'est-à-dire   dans  le  second  et  le 
troisième;  S.  Jérôme  pouvant  ne  le  compter  que  pour  un 
seul.  '  11  n'y  en  a  rien  aujourd'hui  :  mais  l'endroit  marqué  par  tiii.  h.  B.t.  s.  ;> 
S.  Jérôme  pouvoil  être  à  la  fin  du  second  Dialogue,  où  l'An-  S3*> 
teur  rapporte  un  discours  de  S.  Martin  sur  l'Anteehrît.  On 
l'en  aura  peut-être  ôlé  exprès,  comme  nous  avons  remarqué 
qu'on  avoit  retranché  autrefois  les  cinq  derniers  chapitres  de 
l'ouvrage  de  S.  Irenée  contre  les  hérésies.  Le  discours  mê- 
me de  S.  Martin  sur  l'Anlechrît,  qui  contient  quelques  opi- 
nions extraordinaires ,  manque  dans  quelques  manuscrits ,  et 


V  SIECLE. 


112  S.     S  E  V  E  R  E 


t.  10.  p.  317. 


dans  quelques  éditions,  '  de  même  que  ce  qui  y  est  dit,  que 

Néron  doit  venir  avant  l'Antechrît. 
Paul.  vu.  m.  î.  e.       '  Paulin  de  Périgueux  parle  de  ces  Dialogues  avec  éloge,  et 
v.i87-i'.)6.  crut  ne  pOUvoir  mieux  faire  pour  honorer  S.  Martin,  que  de 

mettre  en  vers  ce  que  cet  admirable  Historien,  c'est  ainsi  qu'il 

Sualifie  lui-même  S.  Sulpice,  avoit  écrit  en  prose  avec  tant 
'érudition,  '  soit  dans  la  Vie  de  S.  Martin,  soit  dans  ses  Dia- 
logues. Il  en  composa  cinq  livres  que  nous  avons  encore.  En- 
Fort,  vit.  m.  1. 1.  viron  cent  ans  après  '  Fortunat  de  Poitiers  entreprit  la  même 
pr.  p.  278.  chose.  Mais  quoique  Paulin  n'y  eût  pas  un  entier  succès, 

Fortunat  y  en  eut  encore  moins  ;  et  ces  deux  Poètes  n'ont 
fait  proprement  que  mettre  en  assez  mauvais  vers  une  prose 
Roiw.  vii.pp.pr.  des  plus  agréables  et  des  plus  élégantes.  '  Le  4e  Livre  des 
6' l>' 30'  Vies  des  Pères  du  désert*  est  tiré  en  partie  de  S.  Sulpice,  c'est- 

à-dire,  du  premier  de  ses  trois  Dialogues, 
spic.  t.  s  p.  532-       5°  '  Dom  Luc  d'Achery  nous  a  donné  au  5e  tome  de  son 
•  nii.  h.  e.  1. 12.  Spicilegc  cinq  lelres  attribuées  à  S.  Severe  Sulpice. a  La  pre- 
p-  61-  miere  est  assurément  de  lui,  et  écrite  à  S.  Paulin,  comme  le 

titre  le  porte.  Elle  est  au  sujet  d'un  cuisinier  que  S.  Sulpice 
lui  adresse;  et  ce  qu'il  y  dit  à  ce  sujet,  est  digne  de  l'esprit 
et  de  la  pieté  qui  paroissent  dans  ses  autres  écrits.  Mais  les  qua- 
tre autres  n'ont  rien  ni  de  l'esprit  ni  du  style  de  S.  Sul- 
pice; quoique  la  3°  ne  laisse  pas  démériter  d'être  remarquée. 
0°.  Nous  avons  perdu  un  très-grand  nombre  d'autres  letres 
p.  6oo.  de  notre  Auteur.    Il  est  certain  par  celles  de  S.  Paulin,  qu'il 

en  avoit  écrit  à  ce  S.  Evêque  plusieurs  autres,  outre  les  deux 
qui  sont  marquées  dans  Gennade,  et'  que  nous  n'avons  mê- 
Pauiep.  23.  u.  i.  nie  pas  aujourd'hui.  'Non  seulement,  S.  Sulpice  écrivoit  à 
cp.  12.  n.  i.        S.  Paulin  règlement  chaque  année;  '  mais  encore  il  ménageoit 
toules  les  occasions  qui  se  présentoient  pour  le  faire,  et  lui 
envoïoil  même  exprès  de  ses  gents,  qui  aiant  imité  sa  pieté, 
«mu.  ibid.  étoient  devenus  de  ses  serviteurs,  ses  enfants  spirituels.  '  Le 

même  Gennade  parle  encore  de  quelques  lelres  h  diverses 
personnes,  (|ue  l'on  ne  se  melloit  pas  en  peine  de  copier  avec 
ses  autres  écrits;  parce,  dit-il,  qu'elles  traitoient  quelquefois 
d'affaires  domestiques.  La  perte  néanmoins  en  est  d'autant  plus 
Tiii.  ibiit.  grande,  '  qu'elles  nous  feroient  connoître  davantage  l'esprit, 

le  caractère,  et  peut-être  même  la  sainteté  de  leur  auteur. 
dm.  ibiu.  '  On  recherchoit  avec  plus  de  soin  grand  nombre  d'autres 

letres  qu'il  avoit  écrites  à  sa  sœur  Claudia,  pour  l'exhorter  à 
aimer  Dieu,  et  à  mépriser  le  monde;  mais  le  malheur  des 

temps 


V  SIECLE 

Bal.  Mise.  t. 
329-335. 

l.p. 

p.  329. 

Genn.  ibid. 

Bal.  ibid.  p. 
354. 

335. 

Ain.  crit.  t. 
12-31 . 

1.  p. 

Hier.  t.  5.  p. 
116.    |    Cod. 
app.  p.  820. 

108. 
réf. 

Vin .  crit.  ibid.  p. 
28-30.  ' 

SULPIGE  113 

temps  nous  les  a  enlevées  toutes  à.  la  réserve  d'une,  '  que 
M.  Baluze  nous  a  donnée  en  1678  au  premier  tome  de  ses 
Miscellanea.  Elle  est  sur  le  jugement  dernier,  selon  le  titre 
qui  se  lit  à  la  tête,  et  contient  divers  traits  de  Téminente  pieté 
de  nôtre  Saint.  '  On  y  trouve  des  preuves  qui  confirment 
'  ce  que  dit  Gennade  du  grand  nombre  d'autres  letres  que 
S.  Sulpice  avoit  écrites  à  sa  chère  sœur. 

7°.  '  A  la  suite  de  la  letre  précédente,  M.  Baluze  en  a  fait 
imprimer  une  autre  attribuée  encore  à  S.  Sulpice,  et  adressée 
à  sa  sœur  Claudia.  Mais  assurément  ce  n'est  point  une  pièce 
nouvelle,  '  comme  le  remarque  fort  bien  l'Auteur  des  Amé- 
nités de  la  critique;  puisqu'elle  se  trouve  même  plus  cor- 
recte dans  les  éditions  '  des  œuvres  de  S.  Jérôme,  et  dans 
le  Code  des  Règles  dressé  par  S.  Benoit  d'Aniane,  et  pu- 
blié par  M.  Holstenius.  Dans  ce  dernier  recueil  elle  est  at- 
tribuée à  S.  Athanase  ;  '  et  quelques-uns  l'ont  même  donnée  à 
S.  Augustin.  Abaillard  l'attribue  et  à  S .,  Jérôme  et  à  S.  Pelage. 
Entre  les  Anciens  il  ne  paroît  personne  qui  l'ait  attribuée  à 
S.  Sulpice;  et  aucun  des  modernes  n'a  osé  le  faire,  sinon 
depuis  que  M.  Baluze  l'a  publiée  sous  le  nom  de  cet  illus- 
tre Ecrivain.  On  peut  néanmoins  légitimement  douter  si  elle 
est  de  lui.  Il  est  certain  d'une  part,  qu'il  ne  s'y  trouve  rien 
qui  montre  qu'il  s'y  adresse  à  sa  sœur  Claudia,  pour  qui  l'on 

E rétend  qu'elle  a  été  écrite,  plutôt  qu'à  toute  autre  Vierge, 
•'ailleurs  le  style  de  cet  opuscule,  qui  est  moins  une  letre 
qu'un  assez  long  traité  sur  la  virginité,  n'approche  pas,  quoi- 
que assez  poli,  des  beautés  du  stile  de  S.  Sulpice,  qui  est  bien 
plus  mâle,  plus  énergique,  plus  élégant,  et  dont  les  pen- 
sées sont  beaucoup  plus  élevées,  et  le  tour  plus  délicat.  En 
un  mot,  ce  traité  par  rapport  aux  sentiments  de  pieté  qu'il 
contient,  n'est  du  tout  point  indigne  de  S.  Sulpice;  mais  à 
cela  près,  nous  n'y  voïons  rien  qui  puisse  le  faire  regarder 
comme  son  ouvrage;  car  le  nom  qu'il  porte  en  tête,  lui  sera 
venu  sans  doute  de  la  hardiesse  de  quelque  copiste,  qui  le 
trouvant  sans  nom  à  la  suite  de  la  letre  à  Claudia,  lui  aura  fait 
porter,  comme  cette  letre,  le  nom  de  S.  Sulpice. 

'  Quelques  Auteurs  se  sont  avisés  de  donner  à  S.  Sulpice  Bib.  Bod.  1. 1.  p. 
l'églogue  sur  les  bœufs,  dont  nous  avons  parlé  à  l'article  du  Jg; 2-  ' Cave'  p- 
Poëte  Sancte.  Mais  il  y  a  bien  de  l'apparence  que  tout  le  fon- 
dement de  leur  opinion  est  le  nom  de  Sévère,  que  ,portoit 
le  véritable  Auteur  de  cette  pièce.  De  même'  Honoré  d'Au-  Mon.  au.  scr.ecc. 
,  ,  Jome  //.  P 


1.  2.  c.  19. 


114  S.  SEVERE 

V    SI  KO  LE. 

"  tun  atlribuë,  par  erreur,  à  S.  Sulpice  la  vie  de  S.  Paulin  de 
Noie. 

S    M 

EDITIONS  DE  TOUTES  SES  ŒUVRES. 


0 


utre  les  différentes  éditions   particulières  de  la  vie   de 
S.  Martin,  et  de  l'Histoire  Sacrée   de  S.  Sulpice,  que 
nous  avons  déjà  marquées,  il  y  a  eu  plusieurs  autres  éditions 
générales  de  toutes  ses  œuvres  recueillies  ensemble.  Lapre- 
î.ip.  Mi>.  ph.  p.  miere  que  nous  connoissions,  '  est  celle  que  Lipénius  marque 
î 4orii.».i.  i.  2.  i».  s'être  faite  à  Rasle  l'an  1565  en  un  volume  in-16.  aEn  1569 
4!K)-:.s7.  on  réimprima  toutes  les  œuvres  de  S.  Sulpice  à  Rasle  parmi 

les  Orthodoxographes,  où  la  letre  à  Eusebe  se  trouve  à  la 
tête  de  la  vie  de  S.  Martin;  quoique  naturellement  elle  dût 
Bih.  ».  ivi.  mon.    être  à  la  fin.  '  Victor  Giselini  Médecin  en  donna  une  autre 
édition  avec  des  notes  en   un  volume  in-8°  à  Anvers  chez 
Christophe  Planlin  l'an  1574.  A  la  tête  de  cette  édition,  com- 
me de  plusieurs  autres  qui  l'on  suivie,  S.  Sulpice  est  mal  à 
propos    qualifié    Archevêque    de    Rourges.    C'est  apparem- 
Kii>.  b..,i.  t.  2.  p.  ment  l'édition  de  Giselini,  '  qui  parut  de  nouveau   l'année 
iw.  1.  i.ip.  iu.i.  guivante  157^  à  Paris  en  un  volume  in-8°,  et  dans  le  2  tome 
de  la  bibliothèque  des  Pères  imprimée  la  même  année.  H  y 
en  eut  une  autre  édition  à  Amsterdam  la  même  année  en  un 
B.ii.  Ln«.  Bai.  p.  volume  in-12,  et  à  Cologne  en  un  volume  in-16.  '  Les  écrits 
<i9  '•  de  S.  Sulpice  furent  encore  réimprimés  à  Anvers  l'an  1581, 

i.ip.  ii.i.i.  en  un  volume  in- A"  avec  les  Scholies  de  Pierre  Calesini.  '  On 

en  produit  d'autres  éditions  faites  en  la  même  année  1589, 
uiii.  Boa.  ioiii.  2.  à  Amsterdam  en  un  volume  in-12,  '  et  à  Paris  en  un  volume 
in-8"  Mais  on  ne  marque  point  par  les  soins  de  qui  elles  on! 
up.  ii.i.i.  été  faites,  non  plus  que  les  suivantes  '  de  Franker  1595  en 

un  volume  in-16;  de  Cologne  1599,  el  1600  en  même  \o- 
niii.  Bod. ibiit.  i.  lume;'etde  Paris  1610.  aS  Sulpice  fut  encore  réimprimé 
îo8i<."lb'  ''  ''  p"  avec  les  notes  de  J.  Drusius  à  Franker  en  1607  in-8°. 
Mb.  Bu*,  i.a. p.  L'édition  de  Giselini  parut  de  nouveau  à  Leide  en  un 
S;î.'s'  i?"1"™  volume  in-12  l'an  1635,  et  la  même  année  à  Amsterdam 
B.ii.  Annei.  chez  les  Elzevirs.  '  Elle  fut  renouvelle  à  Leide  l'année  sui- 

vante 1636  en  un  volume  in-16,  avec  la  petite  Chronologie 
Up.  imd.  de  l'éditeur.  '  Lipénius  en  marque  encore  une  édition  d'Ams- 

Bib.  pp.  i.e.  i».  terdam  l'an  1641  en  un  volume  in-12.  '  Depuis,  les  œuvres 
7%37i«.v2.vj   '    de  S.  Sulpice  passèrent  dans  les  bibliothèques  des  Pères  de 


SULPICE.  115     .„    ,, 

V  SIECLK. 

Paris  1644,  et  de  Lyon  1677.  Dans  celle  de  Paris  on  y  a 
qualifié  S.  Sulpice  Archevêque  de  Bourges.  Toutes  ces  édi- 
tions des  œuvres  de  S.  Sulpice  sont  assez  défectueuses.  Geor- 
ge Hornius  entreprit  de  les  revoir,  et  d'en  donner  une  nou- 
velle plus  parfaite.  '  Celle  qu'il  prépara,  fut  publiée  avec  des  mb.  mi.  i>.  «s. 
notes  choisies  de  divers  Sçavants  en  un  volume  in-8°  à  Lei-  '  *'  (on' 

de  chez  François  Hackius  l'an  1647.  'Elle  fut  renouvellée  ...Boj.  ibui.  ■*. 
ensuite  plusieurs  fois  au  même  endroit,  et  nommément  en 
1654,  '  1655,  1665.  La  même  année  1665  elle  parut  aussi  Up.iW.it 
à  Hoterdam,  '  et  à  Amsterdam  chez  les  Elzevirs  en  un  yo-  b«i>.  c.  vin.  on. 
lume  in-8°.  Cette  dernière  édition  est  sans  contradiction  la 

f)lus  complelte  et  préférable  à  tout  s  les  autres,  au  moins  pour 
es  sçavantes  notes  dont  elle  est  enrichie,  et  la  beauté  du  papier 
et  des  caractères. 

'  On  se  plaint  un  peu  cependant  de  ce  qu'Hornius  n'a  fait  Aa.«ii.i.*.p.50. 
que  suivre  le  texte  de  Giselini.   C'est  ce  qu'a  fait  aussi  avec  p-  «•  'io- 
de nouvelles  fautes  Jérôme  Mercier,  Licentié  en  l'un  et  l'au- 
tre Droit,  dans  l'édition  qu'il  publia  à  Paris  l'an   1657, 'et  Mb.  s.  Aib.  Ami 
même  dès  l'année   précédente  1656  chez  Michel  Bobin  en 
un  volume  in-12,  et  depuis  encore  à  Paris  chez  Claude  Thi- 
boust  en  même  volume  les  années  1659,  '  1669  ;  et  1714  chez  •  •  ff-  '.V''11  f:el,l 
Jean-Baptiste  Brocas.  a  Ces  éditions  et  d'Hornius  et  de  Mer-  »'.\m.  «*'.  ma'. 
cier,  et  peut-être  plusieurs  autres,  ont  une  faute  considérable 
'  dans  le  second  dialogue  de  S.  Sulpice,  où  après  ces  mots  suip.diai.a.  u.7. 
de  Posthumien  à Gallus,  Verum  sicuttu  soles  dicere,  cum  eda-    ' 
citatis  arguer is,  Galli  sumus  :  ita  nos  in  hac  parte  nunquam 
vel  Martini  exempte,  vel  luis  disjmtationibus  corrigendi,  ou 
plutôt  corrigendos,  fatemur,  on  a  oublié  ces  deux  mots  essen- 
tiels de  la  réponse  de  Posthumien  :  '  Teuthones  sumus.  L'Au-  Au>.  cm.  i.  i.  p 
teur  des  Aménités  de  la  critique  paroît  être  le  premier  qui  se     ' 
soit  apperçu  de  cette  faute,  et  qui  ait  trouvé  heureusement  de 
quoi  la  corriger,  en  y  ajoutant  ces  deux  mots,  qui  se  lisent  dans    . 
l'édition  du  même  ouvrage  de  S.  Sulpice,  faite  à  Paris  chez 
Jean  Petit  l'an  1511,  comme  nous  avons  dit  plus  haut.  'En  u> Leu. Kfc.  «e. 
1662  Chrétien  Scotan  donna  une  nouvelle  édition  de  toutes  pa"  978' 
les  œuvres  de  S.  Sulpice  avec  de  très-amples  commentaires  en 
deux  volumes  fol.  Cette  édition  est  faite  à  Franker,  où  elle  pa- 
rut de  nouveau  en  1664.  Après  toutes  ces  éditions  de  S.  Sul- 
pice, est  venue  '  celle  qu'en  a  publiée  Jean  Vorstius  avec  des  Lip.  au. 
notes  de  sa  façon.  Elle  parut  à  Berlin  en  un  volume  in-12  l'an 
1668,  '  et  de  nouveau  à  Leipsic  en  un  volume  in-8"  l'an  1703.  Bib.  k0m.  p.  557. 

Pij 


V   SIECLE. 


116  S.    SEVERE  SULPICE. 


"  Cette  édition  a  été  revûë  depuis  par  M.  le  Clerc,  et  re- 
npuvellée  au  même  endroit  chez  Thomas  Fritsch  l'an  1709 
en  même  volume  divisé  en  deux  tomes.  Le  premier  contient 
ce  qui  avoit  été  publié  jusqu'alors  des  oeuvres  de  S.  Sulpice, 
avec  les  notes  de  Vorstius.  Le  second  tome  comprend  les 
sept  letros  données  par  M.  Baluze  et  Dom  Luc  d'Acheri 
sous  le  nom  de  S.  Sulpice,  avec  les  remarques  du  nouvel 
éditeur,  qui  a  fait  une  correction  heureuse  à  une  des  letres, 
où  il  a  rétabli  lomentis  pour  lamentis,  qui  se  lit  dans  l'édition 
de  M.  Baluze.  On  a  vu  au  reste  ce  que  l'on  doit  penser  de  l'at- 
tribution de  ces  sept  letres  à  S.  Sulpice. 
Lip.  ibi«i.  '  M.  Giry  nous  a  donné  une  traduction  françoise  des  œuvres 

de  S.  Sulpice,  imprimées  à  Paris  l'an  1659  en  un  volume 
in-12.  Ce  sont-là  les  éditions  de  S.  Sévère  Sulpice,  qui  ont 
paru  en  des  volumes  séparés.  (III.) 


GALLUS, 

Disciple    de    S.     Martin. 


G 


allus,  dont  nous  avons  touché  quelque  chose  en  par- 
lant des  écrils  de  S.  Sulpice,  mérite  de  trouver  une  pla- 

suip.Diai.  i.n.s.  ce  particulière  dans  cet  ouvrage.  'Il  étoit  Gaulois  de  naissan- 

*•  20"  ce,  étant  né  dans  un  endroit  des  Gaules  fort  éloigné  de  la 

n.  a.  4. 1*.  mer,  et  ce  semble,  dans  la  Belgique.  '  S.  Sulpice  et  Posthu- 
mien  s'entretenant  avec  lui,  le  raillent  agréablement  sur  la 
réputation  qu'avoient  les  gents  de  son  pais,  de  manger  beau- 
coup; de  quoi  il  ne  fait  que  plaisanter  lui-même  avec  esprit. 

n.  4.  ao.  '  Il  avoit  étudié  les  belles   Letres  ;  et  S.  Sulpice  lui  donne 

quelquefois  la  qualité  de  Scholastique  :  ce  qui  signifioit  en  ce 
temps-là,  un  homme  qui  parle  et  qui  écrit  poliment. 

<iiai.  i.  n.  i.  '  Après  que  Gallus  eut  quitté  les  écoles,  il  se  retira  à  Mar- 

moutier  sous   la    conduite    de    saint  Martin  de  Tours.  On 

n.  3.  s.  peut  juger  de  l'estime  que  le  Saint  faisoit  de  son  mérite,  '  par 

le  choix  qu'il  avoit  fait  de  lui  pour  l'accompagner  ordinai- 
rement dans  ses  voiages.  Il  se  trouva  présent  au  miracle  que 
le  Saint  opéra  près  de  Chartres,  en  ressuscitant  un  mort.  Il 
reçut  de  sa  part  en  différentes  rencontres  quelques  autres  mar- 

n.  3.  ques  de  distinction.  '  Il  avoit  un  oncle  maternel  nommé  Evan- 


GALLUS,  DISCIPLE  DE  SAINT  MARTIN.       117     v  ■       ,B 

ce,  qui  bien  qu'engagé  dans  le  siècle,  étoit  un  excellent 
Chrétien.  Evance  étant  tombé  dangereusement  malade, 
S.  Martin  alla  exprès  chez  lui,  et  le  guérit  d'une  manière 
miraculeuse. 

Le  Saint  aïant  quitté  la  terre  pour  aller  au  Ciel  recevoir 
la  récompence  deses  travaux,  '  Gallus  se  retira  auprès  de  saint  <iiai.  i.  '■.  i. 
Sévère  Sulpice,  à  qui  il  devint  très-cher.  Il  y  a  bien  de  l'ap- 
parence qu'il  fut  un  de  '  ces  deux  Moines  de  Tours,  qui  aile-  ad  Aur.  P.  484. 
rent  'à  Toulouse,  ou  dans  le  voisinage,  où  S.  Sulpice  fai-  ad.  Bass.  p.  48». 
soit  alors  sa  demeure,  'pour  lui  apporter  la  nouvelle  de  la  adAur.'iind. 
mort  du  S.  Evêque.  'Quelque  temps   après  Posthumien  de  diai.  î.n.  i. 
retour  de  ses  voïages   d'Orient  et  d'Egypte,  se  rendit  chez 
S.  Sulpice,  .où  il  trouva  Gallus,  avec  qui  il  lia  une  amitié 
très-étroite.  Cette  rencontre  eut  une  heureuse  suite,    puis- 
qu'elle donna  naissance  aux  trois  dialogues  que  S.  Sulpice 
rédigea  par  écrit,  et  que  nous  avons  encore,  comme  nous 
avons  dit  en  son  lieu.  S.  Sulpice,  Gallus  et  Posthumien  sont 
les  trois  personnages  qui  y  parlent.  Posthumien  fournit  la  ma- 
tière du  premier,  qui  traite  des  vertus  des  Solitaires  de  l'E- 
gypte, et  Gallus  la  matière  de  deux  autres. 

'  Posthumien  aïant  fini  de  raconter  ce  qu'il  avoit  à  dire  des  diai  \.  u.  tu.  29. 
Solitaires  qu'il  venoit  de  visiter,  il  pria  S.  Sulpice  de  lui  ap- 
prendre ce  qu'il  avoit  omis  des  actions  de  S.  Martin  dans  la 
vie  qu'il  en  avoit  composée.  Mais  S.  Sulpice  lui  fit  entendre 
que  Gallus  en  qualité  de  disciple  de  ce  grand  Evêque,  s'en 
acquitteroit  mieux  que  lui  pour  men  des  raisons.  Que  d'ailleurs 
il  étoit  juste  que  lui  Sulpice  aïant  déjà  parlé  dans  l'ouvrage 
qu'il  avoit  publié  sur  ce  sujet,  et  Posthumien  dans  la  narration 
qu'il  venoit  de  faire  des  vertus  des  Solitaires  d'Orient,  Gallus 
parlât  à  son  tour  sur  une  matière  qu'il  possedoit  mieux  que  per- 
sonne. '  D'abord  Gallus  s'en  excusa  avec  beaucoup  de  modes-  n.  20. 
tie  et  d'humilité;  'car  selon  la  remarque  de  S.  Sulpice  même,  n.  2.  diai.  3.  n.i. 
qui  a  été  attentif  à  nous  conserver  quelques  traits  de  son  éloge, 
il  avoit  une  noble  pudeur.  '  Enfin  Gallus  se  rendit  à  ce  que  «d.  i.  Ml. 
l'on  exigeoit  de  lui,  protestant  de  ne  rien  avancer  dont  il 
n'eût  été  témoin  lui-même,  '  ou  qu'il  n'eût  sçû  de  personnes  J'ai.  3.  n.  s. 
dignes  de  foi,  et  souvent  de  la  bouche  même  de  S.  Martin. 

'  Il  parla  donc  après  Posthumien  tout  le  reste  de  la  jour-  «*.  2.  n.  16. 
née  presque  jusqu'à  la  nuit,  sur  les  actions  de  S.  Martin, 
'sans  rien  répéter  de  ce  que  S.  Sulpice  en  avait  déjà  publié  diai.  1.  n.  20. 
dans  sa  vie.  '  Le  lendemain  il  reprit  son  discours  sur  le  même  IH.  3.  n.  i. 


V    SIECLE. 


118  GALLUS,  DISCIPLE  DE  S.  MARTIN. 


(liai.   1.  n.  20. 


n.  i.  20. 


sujets  en  présence  de  plusieurs  autres  personnes  qui  n'avoient 
pas  assisté  à  la  première  conférence,   et   dont  quelques-uns 

"•  *■  avoientété,  comme  lui,  disciples  de  S.  Martin.  '  Il  seul  pro- 

fiter de  cet  avantage  pour  autoriser  ce  qu'il   rapportoit,  par 
des  témoins  oculaires,  et  fermer  par-là  toute  voie  à  l'incré- 

jm.s.  n.  «t.  ît.  dulité,  et  la  bouche  à  la  calomnie.  '  Gallus   nous  a   con- 
servé dans  ses  discours  plusieurs  sentences  édifiantes  et  spi- 

diai.  3.  n.  i3.  rituelles.de  S.  Martin.  '  Il  y  cite  quelquefois  les  Poêles  pro- 
fanes, mais  il  ne  le  fait  qu'avec  beaucoup  de  modestie,  et 
sans  affecter  un  air  de  sçavant  ou  de  beau  parleur.  '  Car 
quoiqu'il  eût  de  l'éloquence,  il  avoit  appris  de  S.  Martin 
même  à  mépriser  tous  les  ornements  du  discours.  '  Il  parle 
en  quelques  endroits  du  premier  dialogue,  et  y  témoigne 
n'être  pas  content  d'un  livre  de  S.  Jérôme  qu'il  avoit  lu  de- 
puis cinq  ans,  et  dans  lequel  ce  Pcre  décrioit  la  conduite  de 
tous  les  Moines. 
■i.  n.  in.  p.  '  Lorsque  Callus  parloit  de  la  sorte  de  S.  Martin  chez 
S.  Sulpice,  c'étoit  la  huitième  année  depuis  qu'il  avoit  oui 
de  sa  bouche  une  partie  des  choses  qu'il  rapportoit.  Il  veut 
dire  sans  doute,  que  c'étoit  la  8e  année  depuis  la  mort  du 
S.  Evêque  :  ce  qui  nous  conduirait  à  l'an  405,  auquel  on 
croit  que  ces  dialogues  se  sont  tenus,  et  ont  été  rédigés  par 
écrit.  Comme  l'on  y  qualifie  la  plupart  de  personnes  dont 
on  y  parle,  les  uns  Evêques  les  autres  Prêtres,  et  que  l'on 
n'y  donne  aucune  qualité  à  Callus,  il  est  à  croire  qu'il  n'é- 
toit  que  simple  Moine,  et  que  son  humilité  l'avoit  empêché 
de  prendre  aucun  degré  dans  l'Eglise.  Au  reste,  quoique 
S.  Sulpice  ait  prêté  sa  plume  à  ces  dialogues,  et  qu'il  leur 
ait  donné  la  forme,  on  ne  laissoit  pas  néanmoins  au  V  siè- 
cle de  leur  faire  porter  les  noms  de  Posîhumien  et  de  Gal- 
* •  »■  p-  lus.  'C'est  en  le  leur  attribuant,  que  le  Concile  de  Rome 
en  494,  les  met  au  rang  des  livres  apocryphes. 


rli:.l . 

549. 


Lune. 
1203. 


KVAGRE.    PRÊTRE.  119 

V   SIECLE. 


EVAGRE, 

Prêtre    et    Disciple    de    S.    Martiis. 


S-  i 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Nos  Gaules   ont    eu    leur    Evagre,    comme    la  Syrie  et 
le  Pont  ont  eu  les  leurs,  et  dans  le  même  temps,  c'est- 
à-dire,  à  la  fin  du  IV  siècle  et  au  commencement  du   V. 
'  L'Evagre  des  Gaules  étoit  un  Prêtre,  qui  avoit  été  Moine 
sous  S.  Martin  de  Tours. *  II  se  trouva  en  la  compagnie  du  suip.  aiai.  a.  n.i. 
Saint  Evêque,  lorsqu'il  guérit  miraculeusement  une  muette  à  p- ',r*- ^ 
Chartres.  S'il   éloit  certain  qu'il  eût  été  revêtu  du  Sacerdoce       "' 
dès  le  vivant  de  S.  Martin ,  il  y  auroit  bien  de  1  apparence 
qu'il  seroit  lui-n;ême  '  ce  Prêtre  qui  accompagnoit  ordinai- 
rement le  Saint  dans  ses  voïages.  Ainsi  ce  seroit  Evagre  qui  vit.  m.  n.  «.  p. 
mangeant  avec  S.  Martin  à  la  Table  de  l'Empereur  Maxime,  4G6' 
se  trouvoit  placé  entre  l'oncle  et  le  frère  de  ce  Prince,  '  et 
à  qui  ce  Saint  après  avoir  bû  présenta  la  coupe,  que  Maxi-  p.  *«7. 
me  s'attendoit  de  recevoir  immédiatement  de  la  main    du 
S.  Evêque. 

Evagre  après  la  mort  de  S.  Martin  se  retira,  comme  quel- 
ques   autres    disciples  du   Saint,  chez  Sévère    Sulpice.  '  Il 
est  au  moins  vrai  qu'il  v  étoit  en  405,  et  qu'il  assista  à  la  se-  «liai.  3.  n.  i.  ■ 
conde  conférence  qu'y  fit  Gallus  sur  les  actions  de  ce  grand       ' 
Evêque,  omises  par  S.  Sulpice  dans  la  vie  qu'il  en  avoit  déjà 
publiée.  '  Gallus  l'y  prend  même  poUr  témoin  oculaire  de  ce 
qu'il  avance  sur  ce  sujet.  G'est-là  tout  ce  que  nous  sçavons  n.  a.  p.  552. 553. 
de  plus  certain  touchant  Evagre. 

Mais  nous  croïons  avoir  d'ailleurs  des  preuves  suffisantes 

[>our  montrer  que  c'est  '  cet  Evagre  dont  parlent  Gennade  et 
e  Comte  Marcellin  après  lui,  comme  Auteur  d'un  écrit  qui  Genn.  vir.  ni.  c. 
porte  pour  titre  Dispute  entre  Simon  Juif  et  Théophile  Chrétien .  p°  m!"**    ' h'  ' 
Les  raisons  qui  nous  le  rendent  fort  probable  sont  : 

1°.  Les  caractères  de  cet  Auteur,  qui  étoit  un  écrivain 
Latin  ,  revêtu  du  Sacerdoce ,  et  Moine  de  profession.  C'est 


V     SIECLE. 


120  EVAGRE 


ce  qui  parott  manifestement  par  les  ouvrages  qui  nous  restent 
de  lui,  comme  on  le  verra  par  la  suite. 

2°.  Le  temps  auquel  Gennade  met  cet  Auteur,  qu'il  a  soin 
de  distinguer  de  l'Evagre  du  Pont,  appuie  merveilleusement 
nôtre  sentiment.  Car  il  faut  observer  que  bien  que  Genna- 
de ne  soit  pas  exact  dans  la  chronologie  qu'il  suit,  en  pla- 
çant les  écrivains  dont  il  nous  donne  le  catalogue,  il  a  néan- 
moins voulu,  comme  nous  dirons  plus  amplement  en  son 
lieu,  les  diviser  en  trois  classes.  Il  est  visible  qu'il  met  dans 
la  première  les  Auteurs  qui  ont  fleuri  dès  la  fin  du  IV  siècle  ; 
dans  la  seconde  ceux  qui  ont  paru  avant  le  milieu  du  siècle 
suivant,  et  dans  la  troisième  ceux  qui  sont  venus  depuis.  Or 
Evagre  dont  nous  parlons,  se  trouve  entre  les  premiers  écri- 
Marcei.  ibùi.         vains  de  la  seconde  classe;  'et  le  Comte  Marcellin  le  place 

en  423. « 
Genn.ibid.  3°.  '  La  manière  dont  Gennade  parle  de  l'écrit  d'Evagre, 

en  disant  qu'il  étoit  entre  les  mains  de  presque  tout  le  monde, 
insinue,  si  même  elle  ne  le  prouve  pas  positivement,  que  cet 
écrit  avoit  pris  naissance  dans  les  Gaules.  On  pourroit  fortifier 
Apoi.  des  pp.  P.  cette  preuve  '  par  le  témoignage  de  l'Auteur  de  l'Apologie  des 
*'•  Pères,  qui  soutient  que  la  plupart  des  écrivains  dont  parle  Gen- 

nade, sont  Gaulois. 

4°.  Enfin,  comme  cet  écrit  est  en  forme  de  dialogue,  ce 
suip.  diai.  3.  n.  t.  genre  d'écrire  convient  parfaitement  '  au  Prêtre  Evagre,  qui 
p.  550.  55i.         avojj  soug  |e9  yeux  i'exempie  tout  récent  de  S.  Sévère  Sulpice, 

son  condisciple  et  son  hôte,  qui  venoit  de  publier  ses  dia- 
logues pour  suppléer  à  ce  qu'il  avoit  déjà  écrit  sur  la  vie  de 
S.  Martin. 

Après  tout  si  ces  raisons  ne  rendent  pas  certaine  l'opinion 
que  nous  établissons,  elles  montrent  au  moins  qufl  n'est  nul 
auteur  du  nom  d'Evagre,  à  qui  l'on  puisse  plus  légitimement 
rapporter  l'endroit  cité  de  Gennade,  qu'à  Evagre  qui  fait  le  su- 
jet de  cet  article.  On  verra  par  l'histoire  de  ses  écrits,  que  c'étoit 
un  homme  fort  instruit  de  la  science  ecclésiastique,  et  qui  dans% 
le  secret  de  sa  retraite  travailloit  pour  la  religion,  sans  vouloir 
être  connu  que  de  Dieu. 

Fris.  Mb.   pli.  p.        1  '  Frisiusle  met  aussi  su  commencement  du  V  siècle  entre  400  et  410. 
68.  1. 


A 


PRETRE.  121 

V   SIECLK. 
§•    H- 

SES  ECRITS. 

près  ce  que  nous  venons  de  dire,  on  ne  peut  pas  raison- 
nablement douter  que  la  dispute  entre  Théophile  Chrétien , 
et  Simon  juif ,  n'appartienne  à  Evagre  disciple  de  S.  Mar- 
tin. '  Cet  ouvrage  étoit  fort  répandu  au  temps  de  Gennade  et  Genn.  vir.  m.  c 
du  Comte  Marcellin,  comme  l'on  vient  de  le  voir.  Dans  les  jf35sWarce1'  chr 
siècles  postérieurs  on  ne  le  voit  paroitre  '  que  dans  la  biblio-  sPic.  t.  4.  p.  m, 
theque  de  S.  Riquier,  où  il  se  trouvoit  encore  au  XI  siècle. 
On  le  croïoit  perdu  depuis  long-temps,  '  lorsque  Dom  Mar-  Mavi.  Th.  Anecd 
tene  et  Dom  Durand  nous  l'ont  donné  à  la  tête  du  5e  vo-    '    ' 
lume  de  leur  Thrésor  d'Anecdotes,  après  l'avoir  tiré  d'un 
ancien  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  l'Abbaïe  de  Vendô- 
me. Quelqu'ancien  que  soit  ce  manuscrit  il  ne  laisse  pas  de 
s'y  être  glissé  quelques  fautes  par  la  négligence  des  Copistes  : 
mais  elles  sont  de  peu  de  conséquence. 

L'antiquité  du  manuscrit  est  une  preuve  de  celle  de 
l'ouvrage ,  qui  en  contient  lui  même  quelques  autres,  qui 
remontent  beaucoup  plus  haut.  Telle  est  la  pureté  du  style  qu'y 
emploie  l'Auteur,  et  qui  montre  que  l'écrit  est  antérieur  à 
l'introduction  de  la  barbarie  dans  la  langue  Latine.  Telle  est 
encore  l'ancienne  version  de  l'Ecriture  qu'il  y  suit  par  tout. 
De  sorte  qu'il  n'est  pas  permis  de  révoquer  en  doute  que  ce 
ne  soit  le  même  ouvrage  marqué  par  Gennade  et  le  Comte 
Marcellin. 

On  ne  doit  pas  au  reste  s'attendre  que  l'on  y  trouvera  un 
Traité  entier  de  Controverse  contre  les  Juifs.  Ce  n'est  pro- 
prement qu'un  essai  de  ce  que  l'on  pourroit  foire  sur  ce  su- 
jet. Evagre  s'y  attache  à  une  grande  brièveté.  11  ne  laisse  pas 
néanmoins  d'y  conduire  son  Juif  à  une  entière  conversion, 
et  de  répondre  assez  bien  à  ses  difficultés,  quoiqu'il  ne  leur 
donne  pas  toujours  toute  la  force  qu'elles  pourroient  avoir, 
et  qu'il  ait  quelquefois  recours  au  sens  figuré  pour  les  résou- 
dre. Il  y  établit  assez-bien  la  Filiation,  la  Divinité,  les  deux 
avènements,  la  naissance,  la  mort  et  la  passion  du  Messie. 
Mais  il  passe  légèrement  sur  les  autres  mystères,  et  ne  fait 
aucun  usage  contre  son  Juif  de  l'état  où  se  trouve  sa  Nation 
depuis  la  destruction  du  Temple  de  Jérusalem,  ni  du  terme 
des  semaines  de  Daniel,  qui  prouvent  si  clairement  la  venue 
Tome  II.  y 


122  EVAGRE, 

V     SIKCLE. 

du  Messie  promis  par  la  Loi  et  les  Prophètes.  En  lui  citant 

l'endroit  du  21''  Pseaume  Fodorunt  tnativs  meas,  etc.,  il  ne  lui 
fait  point  répondre  comme  répondent  les  Juifs  modernes, 
cpie  ce  n'est  point  là  la  véritable  leçon  de  ce  verset.  Il  parott 
parla  que  les  Juifs  n'avoit  ni  pas  encore  alors  inventé  celte  mau- 
vaise subtilité. 

p  10.  'L'Auteur  du   Dialogue  y   compte    S.    Matthieu   l'Apôtre 

au  nombre  des  Gentils  qui  crurent  en  J.  C.  avant  sa  Passion. 

i»  »•  »°i  '  Tertullien  avoit  été  dans  le  même  sentiment,  qui  fut  depuis 

p  i3.  combattu  et  détruit  par  S.  Jérôme.    Evagre  suppose  aussi  (pie 

J.  C.  après  son  Haptôme  n'annonça  l'Evangile  que  pendant 

w»i.  un  an,  et  qu'ensuite  il  soulfrit  la  mort  ;  '  c'est  encore  une  opi- 

nion particulière  à  Tertullien.  Mais  on  ne  voit  pas  qu'elle  ait 
été  suivie  par  les  autres  anciens  Pères,  si  l'on  en  excepte 

p.  13.  Lactance.  '  Il  reconnoît  et  cile  le  Livre  de  la  Sagesse  sous  le 

nom  de  Salemon,  conformément  à  la  tradition  attestée  par 
plusieurs  Pères  de  l'Eglise,  dont  nous  avons  parlé  sur  lessie- 

i'- ,(i-  clés  précédents.  '  Evagre   qui  dans  ce  Dialogue  fait  le  per- 

sonnage de  Théophile ,  y  marque  clairement  son  Sacerdo- 
ce, puisqu'il  baptise  et  impose  lui-même  les  mains  à  son  Juif 
converti. 

il  i(i-i8.  'La  prière  qu'il  met  en  la  bouche  de  ce  Prosélyte,  est 

pleine  de  pieté  et  d'une  sainte  reconnoissance  envers  J.  C. 
qui  l'avoil  fait  passer  des  ténibres  de  l'erreur  à  la  lumière  de 
la  vérité. 

S'il  ne  paroît  y  avoir  aucun  doute,  comme  nous  l'avons 
montré,  que  la  dispute  ou  Dialogue  précédent  appartienne 
à  Evagre  disciple  de  S.  Martin,  il  ne  doit  pas  y  en  avoir  da- 

Spio.  t.  io.  p.  i.  vantage  qu'il  ne  soit  aussi  l'Auteur  '  d'un  autre  écrit  publié 


1*1 


par  Dom  Luc  d'Achery  à  la  tête  du  10e  volume  de  son  Spici- 
lége.  Cet  autre  ouvrage  est  divisé  en  trois  livres,  et  porte  pour 
litre  :  Les  Livres  des  constatations  ou  délibérations  de  Zachée 
pr.  p.  i*.  13.         Chrétien  et  d Apollonius  Philosophe '.' 'llaété  tiré  de  trois  manus- 
crits, deux  desquels  avoient  appartenu  autrefois  à  M.  de  Thou, 
et  le  troisième  étoit  de  l'Abbaïe  de  S.  Arnoul  à  Metz.  Comme 
ces  manuscrite  étoient  fort  défectueux  ,  quoique  l'un  parût 
i."i3.  app. p.  188.  |  avoir  800  ans  d'antiquité,  '  le  texte  a  été   depuis  collationné 
a.  p!'  tiM6.     '  *'  sur  deux  autres  anciens  manuscrits,  l'un  de  l'Abbaïe  de  Ven- 
dôme, et  l'aulre  de  la  main  d'Adémar  de  Chabanois,  ou  au 
moins  fait  par  son  ordre  auint  l'an  1010.  Or  voici  les  raisons 
qui  nous  persuadent  que  l'Auteur  du  premier  ouvrage  a  aussi 
composé  le  second. 


PRÊTRE.  123 

V  SIECLE. 


1°.  Le  titre  de  l'un  et  de  l'autre  est  le  même.  Car  quoique  le  " 
second  écrit  soit  intitule'"  Des  Consultations,  '  néanmoins  à  la  sPic.  t.  io.  p.  «t. 
fin  du  premier  et  du  troisième  livre  dans  l'imprimé,  "  et  à  la  îstait.  iind.p.  1.2. 
tète  du  texte  dans  les  manuscrits  de  S.  Martial  de  Limoges  et 
de  l'Abbaïe  de  Vendôme ,  il  porte  pour  titre  :  Dispute  d'A- 
pollonius Philosophe  et  de  Zachée  Chrétien.  D'ailleurs  l'ou- 
vrage dans  ce  dernier  manuscrit  est  immédiatement  suivi  du 
premier,  comme  si  celui-ci  en  faisoit  le  quatrième  livre. 

2°.  '  C'est  le  même  génie,  c'est  la  même  manière  d'écrire  p.  2. 3. 
et  de  raisonner  dans  les  deux  ouvrages.  L'un  et  l'autre  est  en 
forme  de  dialogue.  Dans  l'un  le  Philosophe,  et  dans  l'autre 
le  Juif  proposent  de  telle  manière  leurs  difficultés,  que  le 
Chrétien  qui  les  résoud,  convainc  et  persuade  le  Juif  et  le 
Philosophe." 

3".  '  Le  style  de  l'un  de  ces  écrits  est  le  même  que  le  style  p.  3.  4. 
de  l'autre,  comme  il  est  aisé  de  s'en  convaincre  par  la  lecture, 
particulièrement  en  comparant  les  chapitres  IV,  V  et  VI  du 
second  livre  de  la  Dispute  entre  Zachée  et  Apollonius,  avec 
le  Dialogue  entre  Théophile  et  Simon.  Seulement  dans  la 
dispute  avec  le  Juif  il  est  plus  concis  et  plus  serré,  parce  que 
l'Auteur  s'y  est  étudié  à  être  court;  au  lieu  que  dans  la  dis- 
pute avec  le  Philosophe  il  est  plus  diffus,  parce  que  l'Auteur 
y  a  donné  plus  de  carrière  à  son  esprit. 

Outre  ces  raisons,  il  y  en  a  d'autres  prises  de  l'ouvrage  mê- 
me contre  le  Philosophe,  qui  déposent  spécialement  en  fa- 
veur de  l'opinion  qui  l'attribue  à  Evagre.  '  Il  est  certain  que  sPic.  1.  10  p.  1». 
cet  écrit  fut  composé  au  commencement  du  V  siècle,  temps 
auquel  il  fleurissoit.  C'est  de  quoi  l'on  ne  peut  douter  en  li- 
sant la  description  qu'il  fait  au  livre  3e  des  ravages  qui  déso- 
loient  alors  son  pais,  et  en  la  comparant  avec  ce  que  les 
Ecrivains  du  même  siècle  nous  apprennent  du  triste  état  au- 
quel nos  Gaules  en  particulier  étoient  alors  réduites.  '  C'est  pr.p.  *.  5. 
ce  que  prouvent  encore  plusieurs  autres  traits  de  l'ouvrage, 
nommément  l'énumération  que  l'Auteur  y  fait  des  Hérétiques 
qui  a  voient  paru  jusqu'alors  dans  l'Eglise.  Il  nomme  les  Ma- 
nichéens, les  Marcionites,  les  Photiniens,  les  Sabelliens, 
les  Patropassiens,  les  Ariens,  les  Novatiens,  et  ne  dit  pas  un 
mot  des  Pélagiens  ni  des  Nestoriens,  quoiqu'ils  fussent  si  fa- 
meux après  les  premières  années  du  V  siècle,  et  que  l'Au- 
teur eût  occasion  d'en  parler  sur-tout  au  chapitre  XI  du  se- 
cond livre. 

0  i  j 


V  BIKCLR. 


m  EVAGRE, 


p.  .1.  4. 


'  Il  n'est  pas  moins  certain  que  l'Auteur  étoit  Moine  de 
profession  :  ce  qui  convient  personnellement  à  Evagre.  On 
le  tire  visiblement  de  presque  tout  ce  qu'il  dit  sur  l'état  Mo- 
nastique dans  son  3e  livre.  Car  si  pour  en  parler  sçavamment, 
comme  le  remarque  l'Abbé  Cassien,  il  faut  avoir  suivi  cet 
état,  on  ne  peut  douter  que  l'Auteur  qui  en  dit  tant  de  choses, 
ne  l'eût  embrassé  lui-même.  C'est  ce  que  la  lecture  de  cet  en- 
droit persuadera  sans  peine. 

Nous  ne  voïons  rien  que  l'on  puisse  légitimement  opposer 
au  sentiment  que  nous  venons  d'établir,  sinon  le  silence  de 
Gennade,  qui  donnant  à  Evagre  la  Dispute  de  Théopbile 
Chrétien  avec  Simon  Juif,  ne  dit  rien  de  l'autre  Dispute  de 
Zachée  Chrétien  avec  Apollonius  Philosophe.  Mais  qui  doute 
que  Gennade  n'a  pas  connu  tous  les  écrits  des  Auteurs  dont  il 
nous  a  laissé  un  catalogue? 

La  Dispute  ou  Dialogue  entre  Zachée  et_  Apollonius  est 
un  ouvrage  autrement  intéressant,  que  la  Dispute  entre  Théo- 
phile et  Simon,  tant  pour  la  grandeur  du  volume,  que  pour 
les  choses  qu'il  contient.  L'Auteur  a  eu  soin  d'y  semer  plu- 
sieurs traits  de  la  doctrine  de  l'Eglise.  Mais  quiconque  en- 
1. 13.  p.  185-200 1  treprendra  de  le  lire,  doit  consulter  '  les  variantes  du  texte 
me' ll>'  p' 18*5'  <lue  l'on  a  données  depuis  l'édition  de  l'ouvrage,  sur  les  ma- 
nuscrits que  nous  avons  marqués, 
spic.  t.  io.  p.  i-48.  On  a  déjà  dit  que  l'ouvrage  est  divisé  en  trois  livres.  '  L'Au- 
teur sous  le  nom  de  Zachée  emploie  le  premier  à  instruire 
son  Philosophe  Païen  des  premières  vérités  de  la  Religion 
Chrétienne.  Il  lui  fait  proposer  des  questions  et  des  difficul- 
tés qui  le  conduisent  à  lui  expliquer  la  création  de  l'homme, 
le  péché  originel,  l'histoire  du  déluge,  l'origine  des  Juifs,  ce 
que  Dieu  a  fait  en  leur  faveur.  Mais  il  s'arrête  plus  particuliè- 
rement à  développer  le  mystère  de  l'Incarnation  du  Verbe, 
et  à  éclaircir  les  objections  que  le  Philosophe  lui  fait  sur  les 
divers  points  de  ce  mystère.  Il  entremêle  plusieurs  autres 
instructions  touchant  d'autres  vérités  importantes,  la  nature 
de  l'ame,  la  résurrection  des  corps,  la  vanité  des  Idoles, 
l'impossibilité  du  destin,  tel  que  les  Païens  l'entendoient,  la 
nature  des  Anges,  la  chute  du  Diable  et  des  autres  Anges 
apostats.  La  Théologie  de  l'Auteur  est  exacte  sur  tous  ces 
points.  Il  y  établit  clairement  le  libre  arbitre  de  l'homme  et 
le  mérite  des  bonnes  œuvres.  11  y  suppose  son  Philosophe 
instruit  de  l'existence  et  de  l'unité  d'un  Dieu,  sur  quoi  il  ne 


Y   SIECLE. 


PRÊTRE.  125 

lui  donne  aucune  instruction.  Enfin  il  le  conduit  de  maniè- 
re qu'il  lui  persuade  la  vérité  de  la  Religion  Chrétienne. 

'  Zachée  après  avoir  ainsi  amené  Apollonius  à  la  foi  dans  p  »o-98. 
son  premier  livre,  entreprend  dans  le  second  de  lui  inspirer  le 
désir  de  vivre  pour  Dieu  et  de  renoncer  à  tout  ce  qui  peut 
lui  déplaire.  Pour  cet  effet  il  l'instruit  exactement,  quoiqu'en 
peu  de  mots,  du  mystère  de  la  Trinité ,  et  lui  découvre  les 
principales  erreurs,  dans  lesquelles  les  Juifs,  les  Manichéens 
et  les  autres  plus  fameux  Hérétiques,  qui  avoient  paru  jus- 
qu'alors, étoient  tombés,  pour  lui  en  donner  de  l'horreur  et 
les  lui  faire  éviter.  Il  y  insère  à  propos  divers  éclaircissements 
qui  lui  ont  paru  nécessaires.  Il  lui  explique  ce  que  signifioit  la 
circoncision  des  Juifs,  pourquoi  la  plus  grande  partie  de  leur 
Loi  a  été  abolie  ;  pourquoi  il  étoit  permis  aux  Patriarches  d'a- 
voir plusieurs  femmes,  et  lui  donne  quelque  notion  du  grand 
mystère  de  la  réprobation  des  Juifs  et  de  la  vocation  des  Gen- 
tils. Comme  dans  le  premier  livre  il  ne  disputoit  qu'avec  un 
Païen,  il  n'y  emploie  que  les  raisonnements  naturels  et  quel- 
quesfois  l'autorité  des  Philosophes  et  celle  des  Sibylles.  Mais 
ici  ce  Païen  se  trouvant  converti  à  la  Foi,  Zachée  se  sert 
dp  témoignage  des  Livres  saints  pour  appuïer  les  instructions 
qn'il  lui  donne. 

'  L'aïant  conduit  par  ces  degrés  à  la  connoissance  des  mys-  P.  99-m. 
teres  de  la  Religion ,  et  des  erreurs  qui  leur  sont  opposées, 
il  passe  à  la  morale  ,  et  emploie  presque  tout  le  3e  livre  à 
former  son  Prosélite  aux  bonnes  mœurs.  Il  commence  par 
lui  tracer  un  abrégé  de  la  morale  Chrétienne,  dans  lequel 
il  fait  entrer  un  détail  succinct  des  principales  pratiques  d'une 
conduite  toute  sainte.  Il  met  à  la  tête  le  double  précepte 
d'aimer  Dieu  de  tout  son  cœur,  de  tout  son  esprit,  de  tou- 
tes ses  forces  et  son  prochain  comme  soi-même.  11  vient  en- 
suite à  recommander  les  jeûnes  fréquents,  l'assiduité  à  la 
(iriere,  la  pratique  de  l'humilité  accompagnée  de  douceur, 
e  mépris  de  soi-même,  la  patience  dafas  le  mépris  que  les 
autres  font  de  nous,  la  frugalité  dahsJe  vivre,  la  pauvreté 
dans  le  vêtement,  où  il  veut  néanmoins  qu'il  y  ait  de  la  pro- 
jeté,  mais  sans  luxe.    Continuant  son  sujet,   il  marque 
'assujetissement  de  la  chair  à  l'esprit,  l'éloignement  de  la  co- 
ere,  de  l'envie,  de  la  vaine  gloire,  de  l'arrogance,  de  l'os- 
tentation ,  de  la  médisance ,  la  circonspection  et  la  vigilan- 
ce pour  éviter  de  voir  et  d'entendre  tout  ce  qui  peut  nou» 
1  1 


V  SIECLE. 


126  E  V  A  G  R  E, 


être    un   sujet   d'offencer  Dieu  par  pensée  ou  par  action. 

p.  ioc-115.  '  Il  passe  de-là  à  la  profession  de  l'état  Monastique,  qu'il  repré- 

sente à  son  Philosophe  converti  comme  l'état  le  plus  parfait, 
où  non-seulement  on  évite  plus  aisément  le  péché,  mais  en- 
core l'occasion  du  péché.  11  ne  parle  que  do  deux  sortes  de 
Moines  :  des  Ermites  ou  Anachorètes,  et  des  Cénobites. 
Tout  ce  qu'il  dit  de  leur  genre  de  vie,  de  leurs  austérités  et 
de  leur  Psalmodie  du  jour  et  de  la  nuit,  il  le  prouve  et  par 
l'autorité  de  l'Ecriture  et  par  l'exemple  d'Elie,  de  S.  Jean- 

P.  loe.  107.  Baptiste  et  des  Apôtres.  '  Il  touche  en  passant  la  raison  pour- 

quoi plusieurs  personnes  dès  ce  temps-là,  même  entre  les 
Fidèles,  n'aimoient  pas  les  Moines.  Il  dit  d'abord  que  c'est 
une  injustice,  et  ajoute  que  cette  haine  pouvoit  venir  de  ce 
que  quelques  Moines  sortant  de  leur  état ,  ne  vivoient  pas 
conformément  à  leur  profession. 

p.  ni-113.  '  Cette  matière  le  conduit,  tout  naturellement  à  parler  de 

la  continence  et  de  la  virginité.  Après  avoir  fait  l'éloge  du 
mariage  comme  bon  et  établi  de  Dieu,  il  montre  que  l'é- 
tat des  vierges  et  des  continents  est  incomparablement  plus 
excellent;  mais  qu'il  n'est  que  de  conseil  et  nullement  de 
précepte. 

p.  H5-12U.  '  H  emploie  le  VII  et  le  VIII  chapitre  de  ce  3e  livre  à 

parler  de  la  venue  de  l'Antechrît,  du  temps  et  de  la  durée 
de  son  règne.  Il  dit  que  rien  n'est  plus  certain  que  l'Ante- 
chrît, c'est  à  dire,  comme  il  l'explique  lui-même,  que  le  Diable 
en  la  personne  d'un  homme  viendra  avant  la  fin  du  monde; 
qu'il  prêchera  la  Circoncision,  rétablira  l'ancienne  Loi,  et 
sous  ce  prétexte  séduira  d'abord  les  Juifs.  Cette  opinion  est 

suip.  Diai.  a.  n.  remarquable,  puisqu'elle  est  en  partie  la  même  '  que  celle 
que  Gallus  attribue  à  S.  Martin,  comme  on  l'a  vu  ailleurs. 
Nouvelle  preuve  pour  découvrir  dans  l'Auteur    de   cet  ou- 

spic.  ib.  p.  us.  vrage  un  disciple  de  S.  Martin.  '  A  l'égard  du  temps  de  la 
venue  de  l'Anlechrit ,  l'Auteur  assure  ,  conformément  à  ce 
qu'en  dit  .1.  C.  lui-même,  que  personne  n'en  sçait  rien,  non 

p.  iist  pas  même  les  Anges  qui  sont  au  Ciel.  '  Il  auguroit  néanmoins 

de  ce  qui  se  passoit  sous  ses  yeux,  que  le  temps  de  cet  avène- 
ment n'éloit  pas  loin.  C'est  ce  que  lui  faisoit  conjecturer  le 
renversement  général  où  l'on  voioit  alors  toutes  choses  dans 
l'Empire  :  les  guerres  sanglantes  et  cruelles ,  de  légilimes 
Empereurs  dépouillés  de  leurs  états,  les  fréquents  tremble- 
ments de  terre  ,  les  signes  extraordinaires  qui  paroissoient 


V    SIEOLK. 


P  R  É  T  K  E.  127 

dans  l'air ,  le  règne  tyrannique  d'une  avarice  insatiable  qui 
exposoit  au  péril  continuel  de  perdre  et  ses  biens  et  sa  vie , 
l'extinction  de  la  charité  ,  l'abandon  entier  de  la  justice,  l'a- 
néantissement de  la  pielé  ,  qui  se  voïoit  exilée  de  la  terre, 
et  dont  un  monde  de  scandales  et  de  crimes  avoit  pris  la 
place. 

'  Pour  ce  qui  est  de  la  durée  du  règne  de  l'Antechrît,  l'Au-  P.  m.  îao. 
teur  témoigne  qu'elle  ne  sera  pas  longue;  puisque  J.  C.  ne 
tardera  pas  ensuite  à  paroilre.  Il  ajoute  qu'Elie  viendra  aupa- 
ravant. Qu'il  annoncera  pendant  trois  ans  et  demi  la  venue 
de  l'Antechrît  et  le  dernier  avènement  du  Fils  de  Dieu,  et 
qu'il  mettra  par  là  le  dernier  sceau  à  la  prédication  de  l'Evan- 

'Cette  matière  lui  fait  naître  l'occasion  de  parler  de  la  ré-  p.  121-1*3. 
surrection  des  corps,  de  la  récompense  des  justes,  et  de  la 
punition  des  méchants.  Après  quoi  il  exhorte  son  Prosélyte 
à  persévérer  jusqu'à  la  fin  dans  la  doctrine  et  la  pratique  de 
la  morale  qu  il  vient  de  lui  enseigner ,  parce  que  c'est  à  la 
persévérance  que  la  couronne  est  attachée.  11  l'exhorte  encore 
à  goûter  le  bonheur  de  sa  conversion  à  la  Foi,  à  se  souvenir 
auprès  de  Dieu  de  celui  qui  avoit  pris  soin  de  l'en  instruire, 
à  ne  se  laisser  point  atfoiblir  dans  sa  généreuse  résolution  ni 
par  les  menaces  des  hommes  charnels,  ni  par  la  crainte  d'au- 
tres maux  semblables,  mais  à  porter  même  sa  constance  jus- 
qu'à confesser  la  Foi  devant  les  Tyrans,  si  l'occasion  s'en 
présente,  et  à  mettre  en  Dieu  toute  sa  confiance,  persuadé 
qu'il  lui  accordera  et  la  vertu  de  patience  et  la  gloire  du 
martyre. 

L'Auteur  de  la  Dispute  avec  Simon  Juif,  termine  son  ou- 
vrage, comme  nous  l'avons  remarqué,  en  mettant  en  la 
bouche  de  son  Prosélyte  une  prière  à  Dieu.  '  De  même  Za-  p.  a*.  12.1. 
chee  finit  son  dialogue  avec  Apollonius,  en  mettant  aussi 
en  la  bouche  de  ce  Philosophe  converti  une  prière,  qui  est 
comme  l'Epilogue  de  son  3e  livre.  11  y  cite,  comme  Théo- 
phile dans  sa  dispute,  la  Sagesse  sous  le  nom  de  Salomon. 
Deux  nouvelles  preuves  que  Zachée  et  Théophile  ne  sont 
qu'un  même  Auteur. 

Il  y  auroit  plusieurs  autres  remarques  à  faire  sur  l'ouvrage 
de  Zachée.  Nous  nous  bornerons  aux  suivantes.  '  En  parlant  p.  64. 
des  cérémonies  légales,  il  dit  qu'elles  avoient  été  ordonnées 
aux  Juifs  plutôt  pour  humilier  ce  peuple  rébelle  que  pour  le 


128  E  V  A  G  R  E, 

V  SIECLE 


p.  65 


justifier.  '  Qu'à  ces  sacrifices  sanglants  a  succédé  dans  la  nou- 
velle Loi  le  sacrifice  pur,  où  s'accomplit  la  Prophétie  fai- 
te de  la  personne  de  l'homme  Dieu  :  Vous  êtes  le  Pontife  Eter- 
nel selon  F  ordre  de  Melchisedech  ;  le  sacrifice  où  nous  trouvons 
une  protection  spéciale  contre  les  embûches  de   nôtre  enne- 

p.  si.  mi ,  où  en  recevant  Dieu  ,  nous  devenons  ,  pour  ainsi  dire, 

une  partie  de  lui  même  :  œterni  insuper  sacrifiai  particeps 
foetus  immo  Deum  sumendo  pars  ipsius.  On  voit  clairement 
ici  le  sacrifice  de  l'Autel  et  la  présence  réelle  de  J.  C. 

p-  95-  '  Ailleurs  il  établit  contre  les  Novatiens  le  pouvoir  accor- 

dé à  l'église  pour  remettre  les  péchés  même  les  plus  griefs. 
Mais  afin  que  la  sentence  que  le  Prêtre  prononce  sur  la  terre 
soit,  ratifiée  dans  le  Ciel,  il  exige  que  la  pénitence  soit  accom- 
pagnée d'une  sincère  conversion. 

p-  «h.  H  condamne  expressément  l'opinion  touchant  l'impossi- 

p-25.  bilité  des  Commandements  de  Dieu.  '  Il  dit  que  l'on  voïoit 

encore  en  son  temps  les  impressions  des  pieds  du  Sauveur  au 

pr.  p.  îo.  lieu  d'où  il  étoit  monté  au  Ciel.  '  11  semble  en  certains  en- 

droits ne  pas  assez  s'éloigner  des  erreurs  du  Pélagianisme. 
Mais  cela  ne  vient  que  de  ce  qu'on  n'avoit  pas  encore  alors 

p-  «  discuté  ni  condamné  ce  qui  regarde  cette  hérésie.  '.  Car  en 

d'autres  endroits  il  reconnoît  sans  détour  le  péché  originel , 
la  nécessité  du  Baptême  et  de  la  grâce  du  Rédemteur.  (V.) 


DARDANE, 

Préfet  des  Gaules. 

Tiïi  Enf'V's9811  '  P  LAUD,US  P0811"71118  Dardanus ,  homme  d'esprit  et 
6io."  mp'  ' p'  \j  d'érudition  ,  est  fort  célèbre  dans  les  letres  de  S.  Jé- 
rôme et  de  S.  Augustin.  Il  étoit  Seigneur  de  Théopolis  au- 
jourd'hui Rochetaillée  en  Provence.  Il  avoit  un  frère  nom- 
mé Claudius  Lépidus  qui  portoit  le  titre  de  Comte,  et  qui 
fut  Gouverneur  de  la  première  Germanie,  et  Intendant  du 
Domaine.  Dardane  épousa  Nevia  Galla,  comme  nous  l'ap- 
prenons d'une  ancienne  inscription  dressée  en  l'honneur 
de  l'un  et  de  l'autre,  et  fut  lui  même  Gouverneur  de  la 
Viennoise  ,  et  Questeur.  Cette  dernière  charge  lui  imposoit 
le  soin  de  dresser  les  Loix ,  comme  nous  l'avons  déjà  re- 
marqué 


DARDANE,  PRÉFET  DES  GAULES.     129 


V  SIECLE. 


marqué,  et  supposoit  la  Science  du  droit,  et  un  fonds  d'érudi- 

tion:  A  ces  qualités  '  Dardane  joignoit  beaucoup  d'éloquence;  Hier.  ep.  cru.  p. 
et  S.  Jérôme  ne  fait  pas  difficulté  de  le  qualifier  un  nomme  611' 
très-éloquent.  '  Depuis  il  fut  élevé  à  la  dignité  de  Patrice,  '  et  sir.  ibid. 
eut  deux  fois  l'honneur  de  la  Préfecture  dans  les  Gaules  sa  Pa-  Hier" lbld- 
trie,  in  duplicis Prœfecturœ  honore  transacto' .  Ce  fut  en  cette  cod.  Th.  pros.  p. 
qualité  que  l'Empereur  Honorius  lui  adressa  la  Loi  du  7e  de  35T-  *  ' TlU-  """• 
Décembre  de  l'an,  non  409  auquel  Honorius  ne  possedoit  rien 
dans  les  Gaules,  mais  412  ou  413,  touchant  les  Décurions,  ou 
Chefs  du  conseil  des  Villes. 

'  11  paroît  par  la  fin  d'une  des  lettres  de  S.  Jérôme  écrite  à  mer.  iMd. 
Dardane  même,  qu'il  étoit  né  dans  le  Paganisme.  Mais  il  se 
convertit  si  sincèrement  à  la  foi  de  J.  C.  '  que  le  même  Père  en  p.  eos. 
lui  donnant  le  titre  de  plus  noble  entre  les  Chrétiens,  le  quali- 
fie encore  le  plus  Chrétien  entre  les  Seigneurs  de  son  temps, 
Chnstianorum  nobilissime ,  nobilium  Christianissime  ;  '  le  ep.  33.  p.  va. 
comparant  ainsi  au  célèbre  Pammaque,  à  qui  il  donne  les  mê- 
mes titres.  '  S.  Augustin  ne  parle  pas  avec  moins  d'éloge  que  Aug.  ep.  m.  n. 
S.  Jérôme,  de  l'esprit,  du  sçavoir,  de  la  naissance  et  de  la  vertu  1"22' 
de  Dardane. 

Tous  ces  éloges  qui  nous  représentent  Dardane,  comme  une 
personne  qui  faisoit  profession  de  pieté,  et  d'être  ami  de  Saints, 
sont  bien  opposés  '  au  témoignage  que  lui  rend  S.  Sidoine,  sid.  s.  1. 5.  ep.  ». 
lorsqu'il  assure  qu'il  rassembloit  en  lui  seul  tous  les  vices  par-  p-  900, 
tagés  entre  les  Tyrans  Constantin,  Jovinet  Géronce.  Mais  S.  Si- 
doine parlé  sans  doute  des  temps  qui  avoient  précédé  la  con- 
version de  Dardane.  Il  est  au  moins  vrai,.et  l'on  ne  le  sçauroit 
nier,  qu'il  fut  très-fidéle  aux  Romains  ;  '  puisqu'il  fut  le  seul  tui.  u»d.  p.  «n. 
qui  ne  céda  point  au  Tyran  Jovin,  ou  Jovien;  Il  faut  cependant 
avouer,  'que  l'on  ne  voit  point  qu'il  ait  pu  avoir  de  bonnes  h.e.i.  12.  P.  325. 
raisons  de  tuer  ce  Tyran,  au  lieu  de  l'envoïer  à  l'Empereur  ptî6iJ5Phot' c'  9°' 
Honorius. 

'  Dardane  lisoit  les  ouvrages  de  S.  Jérôme  et  de  S.  Au-  Hier.  eP.  cru.  p. 
gustin,  et  s'étoit  fait  un  mérite  de  lier  commerce  de  letres  m!6"!-**8'  **' 
avec  eux.  Dans  une  des  siennes  il  avoit  demandé  au  premier, 
quelle  est  cette  terre  si  souvent  promise  aux  Hébreux?  Et 
cette  demande  lui  attira  la  belle  réponse  que  lui  fit  S.  Jérô- 
me, et  que  nous  avons  encore.  '  S'adressant  en  une  autre  oc-  Ang.  u>id. 
casion  à  S.  Augustin,  il  lui  proposa  deux  autres  questions 
beaucoup  plus   difficiles  que  la  précédente.  1°  '  Où    étoit  n.  3. 
Jésus  Chrit?  S'il  étoit  par  tout  comme  homme  aussi-bien  que 

1  !  #  Tome  II.  R 


V  SIECLE. 


130     DARDANE  PREFET  DES  GAULES. 


II.  2. 


comme  Dieu,  et  où  étoit  le  Paradis?  2°  '  Sçavoir  si  les  enfants 

ne  connoissent  point  Dieu;  puisqu'il  paroît  que  S.  Jean  l'a 
connu  dans  le  sein  de  sa  mère,  et  si  le  Baptême  donné  aux  fem- 
mes enceintes  n'opère  point  aussi  sur  leurs  enfants? 

La  nature  de  ces  questions,  et  peut-être  de  plusieurs  autres, 

Hier.  t.  s.  p.  tac.  a  fait  dire  '  à  un  Auteur  que  nous  ne  connoissons  que  sous  le 
faux  nom  de  S.  Jérôme,  que  Dardane,  sans  prendre  le  véritable 
point  de  la  difficulté,  emploïoit  la  pénétration  d'un  esprit 
rusé  à  proposer  avec  assurance  grand  nombre  de  questions  sur 
l'Ecriture,  qui  paroissoient  impossibles  à  résoudre.  Mais  S. 
Augustin    en  jugeoit    plus   sainement,  et    se  fit  une   obli- 

Auj.  ibid.n.  i.  gation  d'y  satisfaire.  '  Il  fut  néanmoins  un  été  entier  sans  y 
répondre;  retenu  par  ses  grandes  occupations,  et  par  la  diffi- 
culté des  questions  que  Dardane  lui  avoit  proposées.  Car  il  ne 
vouloit  pas  lui  envoïer  quelque  chose  qui  fût  indigne  de  l'affec- 
tion que  ce  Seigneur  avoit  pour  lui,  et  de  la  pénétration  de 

„.  4.  son  esprit  '  qui  ne  se  contentant  pas  de  peu,  approfondissoil 

les    points    de  doctrine,    et   n'étoit  pas  satisfait   qu'on   les 

n.  i.  traitât  superficiellement.  '  Comme  Dardane  lui  avoit  donné  de 

grands  témoignages  d'estime  et  d'amitié,  le  Saint  lui  répond 
avec  une  cordialité  particulière,  comme  à  un  homme  qu'il 
considéroit  encore  plus  pour  sa  pieté,  que  pour  le  rang  qu'il 
tenoit  dans  le  siècle. 

ibid.  '  Sur  la  première  question  S.  Augustin  examine  avec  beau- 

coup de  soin  et  d'exactitude,  de  quelle  manière  la  nature 
divine  est  présente  en  toutes  choses,  et  comment  en  parti- 
culier elle  habite  dans  son  temple.  Il  entend  par  là  l'homme 
fidèle.  C'est  ce  qui  a  fait  intituler  cette  réponse,  qui  est  un 

iw.  i.  s.'  c.  ».  Traité  entier,  De  la  présence  de  Dieu.  '  En  répondant  à  la  se- 
conde question,  S.  Augustin  songea  particulièrement  à  com- 
battre  l'hérésie  Pélagienne,  qui  causoit  alors  beaucoup  de 
Iroubles  dans  l'Eglise;  quoique  cependant  il  ne  la  nomme 
pas  en  cet  endroit.  Dardane  vivoit  encore  en  417,  comme  il 
paroît  par  les  lelres  de  S.  Jérôme  et  de  S.  Augustin,  que 
nous  venons  de  citer;  et  rien  n'empêche  qu'il  n'ait  encore 
vécu  au-delà  de  ce  terme.  A  la  fin  du  2e  tome  des  œuvres  de 
S.  Jérôme  on  trouve  une  lelre  sur  les  divers  instruments  de 
musique  en  usage  chez  les  Hébreux.  Elle  est  adressée  à  Dar- 
dane qui  avoit  prié  le  S.  Docteur  de  l'instruire  sur  ce  point. 


PAULIN,  EVÈQUE  DE  BESIERS.  131 


V  SIECLE. 


p; 


PAULIN, 

EVÈQUE     DE     BES  IERS. 

ai'lin    premier    du    nom,    gouvernoit    au    commence-  eau.  chr.  yet.  t.  2. 

ment  de  ce  siècle   l'Eglise   de  Besiers  dans  l'ancienne  p-4081- 
Viennoise  seconde,  aujourd'hui  le  bas  Languedoc'  M.  Du-  Dupin,  mu.  t.  *. 
pin  avance  assez  hardiment  que  cet  Evêque  est  le  même  que  p'  m 
Paulin  disciple  de  S.  Ambroise,  dont  il  nous  a  laissé  la  Vie. 
Mais  l'autorité  soûle  d'un  moderne  ne  suffit  pas  pour  établit- 
une  opinion  de  cette  nature.'  Après  les  premières  années  de  ce  tui.  h.  e.  1. 12.  P. 
siècle,  il  arriva  en  plusieurs  endroits  du  monde  Chrétien  divers  348'  M9' 
prodiges  et  signes  extraordinaires.  La  Ville  de  Besiers  fut 
un  des  lieux  où  il  en  parut  de  plus  terribles'  en  l'année  419.  mat.  chr.  p.  298. 
Paulin  évêque  du  lieu  en  dressa  une  relation  qu'il  inséra  dans 
une  letre  circulaire,  pour  en  donner  connoissance  à  toutes 
les  Eglises  de  la  terre.  C'est  ce  que  nous  apprenons  de  la 
Chronique  d'Idace,   qui  ne  spécifie  point  quels  étoient  ces 
prodiges.'  Il  n'en  parle  non-plus  qu'en  général  dans  ses  Fastes,  Fast.  p.  3*3. 
où  il  dit  simplement  que  Jean  Evêque  de  Jérusalem  en  prit 
aussi  occasion  d'écrire  une  letre  circulaire.  Nous  n'avons  plus 
la  relation  qu'en  dressa  Paulin,  et  qui  nous  donneroit  sans 
doute  de  grands  éclaircissements  sur  ces  événements  dignes 
de  nôtre  curiosité. 

Apparemment  ces  prodiges  étoient  de  la  nature  de  ceux 
'dont  parlent  S.  Augustin  dans  un  de  ses  Sermons  au  peuple  Aug.  Se™.  19.  n. 
de  Cartage,  et  le  Comte  Marcellin  dans  sa  Chronique  sur  &$&?,'  chr  '' 
la  même  année  419.  Selon  le  rapport  de  gents  dignes  de  foi, 
il  étoit  arrivé  alors  dans  l'Orient  et  dans  l'Afrique  de  furieux 
tremblements  de  terre  ;  J.  C.  s'étoit  fait  voir  sur  le  Mont  des 
Oliviers  ;  le  signe  de  la  Croix  avoit  paru  empreint  par  miracle 
sur  les  habits  tant  des  Juifs  que  des  autres,  qui  épouvantés 
par  ces  prodiges,  avoient  reçu  le  saint  Baptême. 

'Rosweyde  dans  ses  notes,  sur  S.  Paulin  de  Noie,  doute  Mir.anct.c.G3. 
si  l'Homélie  sur  S.  Genès  d'Arles,  qui  se  trouve  dans  quel- 
ques éditions  entre  les  ouvrages   de  ce  S.  Evêque,    et  que 
Surius  rapporte  au  25e  jour  d'Août,  ne  seroit  point  de  Pau- 
lin Evêque  de  Besiers.'    D'autres,  comme  Papire  Masson  c.  us. 


■      ,.      132  PAULIN,  EVÊQUE  DE  BESIERS. 

V  SIECLE.  '  * 

'  dans  la  description  qu'il  nous  a  donnée  des  rivières  de  Fran- 
ce, attribuent  cette  Homélie  à  S.  Patient  Evêque  de  Lyon  au 
même  siècle. 
Genn.  vir.  m.  c.       'Gennade  parle  d'un  Paulin,  à  qui  il  ne  donne  aucune 
'  p'  qualité,  et  qu'il  assure  avoir  composé  des  Traités  sur  le  com- 

mencement du  Carême.  Cet  écrivain  ajoute,  en  s'exprimant 
d'une  manière  fort  enveloppée,  qu'il  en  avoit  lu  deux  sur  le 
jour  du  Dimanche  de  Pâque,  sur  l'obéissance,  sur  la  Péni- 
tence, sur  les  Néophytes.  Comme  Gennade  place  cet  Auteur 
entre  ceux  qui  ont  fleuri  avant  le  milieu  de  ce  siècle,  et  qu'il 
le  distingue  de  plusieurs  autres  de  même  nom,  nous  n'en 
connoissons  point  à  qui  ce  qu'il  en  dit,  convienne  mieux  qu'à 
Paulin  Evêque  de  Besiers.  Il  n'importe  que  Gennade  ne  lui 
donne  point  le  titre  d'Evêque.  Il  ne  le  donne  point  non  plus 
à  S.  Eucher,  que  l'on  sçait  certainement  avoir  été  Evêque 
de  Lyon.  D'ailleurs  il  aura  pu  aisément  se  faire  que  ces  Trai- 
tés aient  paru  dans  le  public  sous  le  nom  de  Paulin,  dénué 
de  toute  qualification,  quoiqu'ils  fussent  l'ouvrage  d'un  Evê- 
que ;  ce  que  Gennade  n'aura  pas  sçû. 


DISÀIRE, 

Médecin. 

sym.  i.  9.  ep. 4i.  't^isafre     Médecin     de     Profession,      étoit     d'Aquilaine. 
LlS'étant  affectionné  à  une  personne   de    très-grande  di- 


stinction, il  la  suivit  à  Rome,  résolu  de  passer  ses  jours  au- 

î.  3.  ep.  i  Macr.  prés  d'elle.'  Il  parut  avec  beaucoup  d'éclat  dans  cette  Capi- 

sai.  i.  s.  c.  7.  p.  taje  ^g  l'Empire ,  et  y  acquit  à  juste  titre  le  premier  rang 

entre  les  personnes  de  sa  profession.  C'est  ainsi  qu'en  parlent 

Symmaque  l'Orateur,  et  Macrobe  :  le  premier  qui  étoit  in- 

sym.  i.  9.  ep.  44.  time  ami  de  Disaire,  lui  donne  le  titre  de  Clarissime,'    et 

dit  ailleurs  qu'il  méritoit  celui  d'Illustre.  Après  de  si  heureux 

commencements  Disaire  perdit  son  patron,  que  la  mort  lui 

enleva,  et  qui  le  retenoit  à  Rome.  A  la  nouvelle  de  cette 

mort,  le  père  de  nôtre  Médecin  pressa  son  fils  de  revenir  en 

son  pais.  Disaire  ne  put  se  refuser  à  la  tendresse  d'un  père, 

et  reprit  le  chemin  des  Gaules.  Il  étoit  encore  jeune  ;  et  il  y 

a  tout  lieu  de  croire  qu'il  auroit  poussé  fort  loin  et  sa  fortune 


DISAIRE  MEDECIN  133     v  S1ECLE 

et  sa  réputation  ;'  puisqu'il  avoit  déjà  acquis  une  estime  si  gé-  ,  3  ep  37  (  Macr 
nérale.  ■  Symmaque  qui  paroît  avoir  été  sensible  à  son  dé-  *H-    ,  9  ep  41 
part  de  Rome,  écrivit  à  une  personne  établie  en  charge,  et 
fils  du  Patron  de  Disaire,  afin  qu'elle  donnât  les  ordres  né- 
cessaires pour  la  commodité  de  son  voïage.  '  En  une  autre  1. 3.  eP.  37. 
occasion  le  même  Symmaque  écrivit  aussi  à  Ambroise  Ma- 
crobe, en  faveur  d'un  parent  de  Disaire  de  même  nom  que 
lui. 

Ce  Macrobe  étoit  un  homme  élevé  aux  premières  dignités 
de  l'Empire  ;  mais  il  est  encore  plus  connu  par  les  écrits  qu'il 
nous  a  laissés.  Il  faut  qu'il  fût  hé  d'une  manière  particulière 
'  avec  Disaire  ;  puisqu'il  le  fait  paroître  avec  honneur  et  beau-  Macr.  sat.  1. 1.  c. 
coup  de  distinction  dans  ses  sçavantes  conférences,  *  où  il  fait  a'cP2.  p.  iœ.  193. 
rassembler  tous  les  grands  et  les  plus  habiles  gents  de  Rome  m- 
durant  les  vacations  des  Saturnales,  dont  ces  conférences  ont 

fjris  le  nom.'  Dans  celle  où  l'on  agite  la  question,  sçavoir  si  1. 7.  c  4.  P.  m. 
a  digestion  se  fait  mieux  en  ne  prenant  qu'une  nourriture  sim- 
ple, qu'en  usant  de  diverses  viandes,  les  Sçavants,  qui  com- 
posoient  l'assemblée,  convinrent  tous  que  Vettius  Prsetexta- 
tus  ouvriroit  les  opinions,  et  que  les  autres  opineroient  en- 
suite à  leur  rang.'  Mais  Prétextât  s'en  excusa,  et  céda  à  Disaire  p.  587. 
l'honneur  de  la  parole,  parce,  dit-il,  qu'il  connoît  ce  qui  con- 
vient au  corps  numain,  comme  la  nature  qui  l'a  formé,  le 
connoît  elle-même. 

'Sur  cela  Macrobe  fait  parler  Disaire  avec  beaucoup  de  p.  587-591. 
suffisance,  en  faveur  de  l'opinion  qui  établit  que  la  nourritu- 
re simple  est  plus  facile  à  digérer,  que  celle  qui  est  compo- 
sée de  viandes  différentes.  C'est  ce  qu'il  prouva,  au  rapport 
de  Macrobe,  d'abord  par  des  exemples  fort  naturels  et  pris 
de  l'expérience,  puis  par  le  raisonnement,  et  enfin  par  l'auto- 
rité.' Disaire  aïant  ainsi  établi  son  opinion,  en  parlant  en  Mé-  p-  592-597. 
decin,  Eustathe  fils  de  Macrobe  parla  à  son  tour  en  Dialec- 
ticien, et  tâcha  d'établir  l'opinion  contraire  :  après  quoi  Disai- 
re renvoïa  à  l'expérience  pour  en  apprendre  ce  qui  sera  le  plus 
utile  à  la  santé. 

Tous  les  grands  hommes  que  Macrobe  introduit  dans  ses 
conférences,  fleurissoient  et  à  la  fin  du  IV  siècle,  et  au  com- 
mencement du  V.  Ainsi  Disaire  fîeurissoit  lui-même  en  ce 
temps  là.'  Mais  comme  il  étoit  alors  encore  jeune,  selon  le  sym.  1.  9.  ep.«. 
témoignage  de  Symmaque.  il  aura  pu  vivre  sans  difficulté  au 
delà  de  l'an  420. 


V  SIECLE. 


134  PROTADE. 


PROIADE, 
Préfet  de  Rome. 

S-  I 
HISTOIRE    DE   SA   VIE. 

sym.  i. 4.  eP.  i8.  '|) rota de  joignoil  à  un  rare  mérite  une  grande  élo- 
TRfi  iL  v.  r,49.  1-  quence.  a  il  étoit  Gaulois  de  nation,  et  b  faisoit  d'a- 
">Sym.  1.4.  ep.30.  bord  sa  résidence  ordinaire  à  Trêves,  lieu  de  sa  naissance  : 
ce  qui  n'empêchoit  pas  qu'il  ne  fit  souvent  des  voïages  de 
plaisir  dans  les  pais  que  les  Romains  nommoient  les  cinq 
mise  î.  4.  p.  125.  Provinces.'  Ce  sont  la  première  et  la  seconde  Aquitaine, 
ep.  23.  la  seconde  et  la  troisième  Lyonoise,   avec  la  Scnonoise.'  Il 

descendoit  d'une  famille  illustre  selon  le  monde ,  comme  il 
paroît  par  Symmaque  l'Orateur,  son  ami  particulier.  Protade 
soutint  son  extraction  par  une  probité  digne  de  louange,  et 
par  de  grands  honneurs  auxquels  il  fut  élevé. 
Rut.it.  v.  550.  L'on  croit  qu'il  fut  Préfet  de  Rome  ;'  et  la  manière  dont 

en  parle  le  Poëte  Rutilius,  ne  laisse  presqu'aucun  lieu  d'en 
sym.  i.  4.eP.  i7.  douter.'  Symmaque  lui  écrivit  aussi-tôt  pour  le  congratuler 
eP.  «3.  de  son  élévation.'  Ailleurs  il  lui  dit  que  bien  qu'elle  fût  pro- 

portionnée et  à  sa  naissance  et  à  sa  probité,  la  fortune  néan- 
moins ne  lui  avoit  pas  encore  rendu  tout  ce  qu'il  méritoit, 
et  que  tous  les  honneurs  qu'il  en  pourroit  recevoir,  seroient 
ep.  19.  toujours  au-dessous  de  son  mérite.'  En  lui  recommandant  un 

nommé  Flavien,  qui  étoit  une  personne  illustre,  mais  presque 
ruinée,  afin  qu'il  la  protégeât,  il  fait  juger  que  Prolade  étoit 
en  grand  crédit.  On  ne  sçait  pas  précisément  en  quel  temps 
il  exerça  sa  Préfecture  ;  quoiqu'il  paroisse  comme  certain  que 
ce  fut  avant  que  Florentin  son  frere  plus  jeune  que  lui,  y. 
entrât  en  395,  comme  nous  dirons.  Il  y  a  bien  de  l'appa- 
eP.  35.  rence  que  Protade  étant  allé  à  Rome  '  avec  Minerve  son  au- 

tre frere,  pour  y  suivre  le  Barreau,  et  s'y  exercer  dans  l'élo- 
quence du  Palais,  en  nous  servant  de  l'expression  de  Sym- 
maque, il  y  fut  dès  lors  revêtu  de  la  Charge  de  Préfet  de  la 
Ville, 
ep.  m?34  '  '  9"       H  revint  ensuite  dans  les  Gaules  sa  patrie,  '  où  il  conti- 


PRÉFET  DE  ROME.  135    VKtrrtv 

V  ^       I        1,1,1:1 


nùa  toujours  les  étroites  liaisons  qu'il  avoit  avec  Symmaque. 
Celui-ci  parle  par-tout  avec  beaucoup  de  cordialité,  et  té- 
moigne une  estime  extraordinaire  pour  ses  letres,  comme 
remplies  des  fleurs  de  la  belle  éloquence.  Nous  en  avons  en- 
core dix-neuf  de  Symmaque  à  Protade,  sans  y  comprendre 
'  deux  autres  adressées  en  commun  à  lui  et  à  ses  deux  frères  1.4.  cp.  57.  ss. 
Minerve  et  Florentin,  qui  étoient  aussi  deux  hommes  d'éru- 
dition. Nous  en  comptons  dix-neuf,  quoique  le  nom  de  Pro- 
tade ne  paroisse  qu'à  la  tête  de  dix-huit.  Mais  il  est  certain 
'  que  la  51e  du  9e  livre,  laquelle  porte  le  nom  de  Poëmius  dans  1.  ».  ep.  51. 
les  imprimés,  à  été  écrite  originairement  à  Protade,  et  qu'ainsi 
ce  titre  est  erroné.  Pour  s'en  convaincre  à  n'en  pas  douler, 
il  n'y  a  qu'à  la  conférer  avec  la  57e  du  4e  livre  adressée  aux 
trois  frères. 

'  Nous  apprenons  de  ces  deux  letres  que  Protade  avoit  deux  ma  \  1. 1.  ep.  57. 
fils,  qu'il  avoit  envoies  à  Rome  perfectionner  leurs  études  sous 
les  auspices  de  Symmaque.  On  n'en  nomme  qu'un  qui  s'ap- 
pelloit  Némese.  L'autre  mourut  à  Rome  durant  le  cours  de 
ses  études;  et  les  deux  letres  dont  nous  venons  de  parler, 
font  mention  de  cette  mort,  qui  obligea  Némese  de  quitter 
ses  exercices,  et  de  revenir  dans  les  Gaules,  Symmaque  en 
le  renvoiant  à  ses  parents,  en  fait  un  très-grand  éloge.  Il  dit 
que  son  perc  pouvoit  le  regarder,  comme  lui  tenant  lieu  d'une 
nombreuse  postérité.  Qu'il  pouvoit  juger  lui-même  quels  pro- 
grès auroit  fait  ce  cher  fils  et  dans  la  politesse  et  dans  les  letres, 
si  la  crainte  de  blesser  l'ardent  désir  qu'avoit  le  père  de  le  re- 
voir, eût  permis  de  le  retenir  plus  long-temps  à  Rome.  '  C'est  1  4.  eP.  *>. 
sans  aucun  doute  au  sujet  du  même  Némese,  que  Symma- 
que dans  une  autre  letre  congratule  Protade  d'avoir  un  fils 
parfaitement  digne  et  de  lui,  et  des  soins  qu'il  avoit  pris  de 
son  éducation.  Il  le  qualifie  un  jeune  homme  très-éloquent, 
qui  suivoit  de  près  par  son  sçavoir  les  glorieuses  traces  de 
son  père. 

'  Protade  aïant  perdu  de  grands  biens  qu'il  possedoit  dans  Rut.  n.  v.   512. 
les  Gaules,  plutôt  durant  les  ravages  qu'y  firent  les  Barbares  550' 
au  commencement  de  ce  siècle,  '  que  durant  la  tyrannie  qu'y  sym.  mise.  i.  4  p. 
exerça  Maxime  sur  la  fin  du  précédent, a  il  se  retira  dans  une  ]2n'',  .... 
petite  terre  qu  il  avoit  en  Ombrie.  La  usant  également  de  la 
mauvaise  comme  de  la  bonne  fortune,  il  vivoit,  selon  le  té- 
moignage d'un  païen,  avec  la  même  satisfaction  qu'aupara- 
vant ;  parce  que  les  richesses  n'avoient  jamais  tenu  une  gran- 


136  PROTADE. 

V    SIECLE. 

" '  de  place  dans  son  cœur.  Il  se  trouva  par  occasion  à  Pise, 

lorsque  le  Poëte  Rutilius  y  passa  à  son  retour  de  Rome  dans 
les  Gaules.  Ce  fut-là  que  ce  Poëte  lui  rendit  visite,  extrême- 
ment édifié  de  voir  toutes  les  vertus  peintes  sur  son  visage, 
particulièrement  la  prudence  et  la  justice.  C'étoit  en  417  que 
Rutilius  fit  cette  heureuse  rencontre,  et  qu'il  parloit  ainsi  de 
Protade,  qui  aura  vécu  au  moins  jusqu'à  ce  temps  là.  Mais 
le  Lecteur  sera  peut-être  bien-aise  de  trouver  ici  l'éloge  que 
Rutilius  fait  de  lui,  et  qui  peut  servir  d'épitaphe  à  la  mémoi- 
re de  ce  grand  homme. 

Ibid  '  Sed  mihi  Protadium  visere  cura  fuit. 

Quem  qui  forte  velit  certis  cognoscere  signis, 

Virtutis  speciem  corde  vidante  petat. 
Nec  magis  efflciet  similem  pictura  colorem, 

Quam  quœ  de  meritis  mista  figura  venit. 
Aspicienda  procul  certo  prudentia  vultu, 

Formaque  justiciae  Buspicienda  micat. 
Si  fartasse  minus,  si  laudes  Gallia  civem, 

Testis  Roma  sui  Praesulis  esse  potest. 
Substituit  patriis  médiocres  Umbria  scdes, 

Virtus  fortunam  fecit  utramque  parem. 
Mens  invicta  virl  pro  magnis  parva  tuetur, 

Pro  parvis  animo  magna  fuere  suo. 
Exiguus  rerum  rectores  cespes  habebat, 

Et  cincinnatos  jugera  pauca  dabant. 


S-  H- 

SES  ECRITS. 

Il  ne  paroit  nulle  part  aujourd'hui  aucun  écrit  de  Protade. 
Mais  il  est  certain  par  ce  que  nous  avons  déjà  dit,  qu'il 
avoit  écrit  à  Symmaque,  sans  parler  des  autres  avec  lesquels, 
il  étoit  en  relation,  un  assez  grand  nombre  de  letres  dignes 
sym.  i.  4. ep.  34.  de  passer  à  la  postérité.  '  Il  a  contribué aussià  nous  conserver 
celles  de  Symmaque  son  ami,  par  le  soin  qu'il  prit  d'en  faire 
un  recueil.  Et  afin  de  les  mieux  garantir  de  l'injure  des  temps, 
il  les  faisoit  transcrire,  non  sur  du  papier,  ou  sur  de  l'écorce, 
mais  sur  des  rouleaux  de  satin. 
••  i8.  m.  '  Protade  faisoit  de  l'étude  sa  principale  occupation.  Il  avoit 

même 


PREFET  DE   ROME.  137 


V  SIECLE. 


même  entrepris  un  ouvrage  important,  et  digne  des  soins  ~ 

d'un  bon  citoïen.  '  Il  y  travailloit  dès  avant  qu'il  eût  quitté  les  ep.  36. 
Gaules,  pour  se  retirer  en  Ombrie,  où  sa  retraite  lui  fournit 
un  nouveau  loisir  pour  cuhiver  les  letres.  '  Son  dessein  de  li-  ep.  is. 
terature  étoit,  comme  il  paroît,  d'écrire  l'histoire  des  Gaules. 
Mais  il  semble  qu'il  y  vouloit  travailler  en  secret,  et  que 
c' étoit  pour  couvrir  sa  véritable  occupation,  qu'il  donnoit 
quelque  temps  à  l'exercice  de  la  chasse.  C'est  ce  que  Symma- 
que  lui  reproche,  en  lui  disant  que  les  études  sérieuses  ne 
peuvent  se  cacher.  Protade  s'étoit  néanmoins  adressé  à  cet 
ami,  pour  avoir  des  mémoires  sur  l'antiquité  la  plus  reculée 
des  Gaulois.  D'abord  Symmaque  le  renvoia  à  la  fin  de  l'his- 
toire de  Tite-Live,  où  il  trouveroit  un  détail  des  exploits 
militaires  de  César.  '  On  croit  que  cette  partie  des  ouvrages  sir.in.sid.p.im. 
de  cet  Historien  ne  se  trouve  plus  aujourd'hui.  '  Si  cela  ne  sym.  sm. 
vous  suffit  pas ,  dit  Symmaque  à  Protade ,  aïez  recours  à 
l'éphéméride  ou  journal  de  César,  que  j'ai  tiré  de  ma  biblio- 
thèque, pour  vous  en  faire  présent.  Vous  y  trouverez,  ajou- 
te-t'il,  l'origine,  la  description  des  lieux,  les  batailles,  et  gé- 
néralement tout  ce  qui  regarde  et  les  mœurs  et  les  Loix  des 
Gaules.  Enfin  il  lui  promit,  s'il  pouvoit  e^n  avoir  le  temps, 
de  lui  chercher  ce  que  Pline  avoit  écrit  des  guerres  de  Ger- 
manie 

'  Symmaque  fut  exact  à  acquitter  sa  parole,  et  eut  soin  d'en-  ep.  36. 
voïer  à  Protade,  lorsqu'il  étoit  encore  à  Trêves,  les  mémoi- 
res qu'il  lui  avoit  promis.  '  Protade  aiant  ainsi  recueilli  lesmo-  eP.  32. 
numents  nécessaires  pour  son  dessein,  mit  la  main  à  la  plu- 
me pour  l'exécuter.  Il  le  fit  au  moins  en  partie,  comme  il 
parolt  par  les  instances  que  Symmaque  emploïa  auprès  de 
lui,  pour  avoir  communication  de  ce  qu'il  avoit  déjà  com- 
posé. Symmaque  étoit  en  droit  de  faire  cette  demande,  tant 
à  cause  des  mémoires  qu'il  avoit  fournis  à  Protade,  que  parce 

qu'il  se  rendoit  quelquefois  l'arbitre  de  ses  propres  produc-  ep.  29. 
tions.  On  ignore  absolument  ce  que  purent  devenir  les  grands 
desseins  de  Protade.  . 


Tome  IL  S 


v   siècle. 


138  MINERVE 


MINERVE, 

INTENDANT   DU   DOMAINE, 

ET    FLORENTIN, 

PRÉFET    DE    HOME. 


cad 

362 

.  Th. 
2. 

pros, 

P- 

Sym.  I.  4.  ep. 
45.  52. 

18. 

ep. 

35. 

55. 

ep. 

27  57 

.  58. 

'M' 

lYIv 


inerve  et  Florentin  frères  de  Prolade,  dont  nous 
venons  de  parler,  éloient  comme  lui  (îaulois  de  na- 
tion, et  de  la  ville  de  Trêves.  '  Ils  avoient  l'un  et  l'autre  la 
réputation  d'hommes  sçavanls,  et  d'exceller  dans  l'éloquence. 
'  Symmaque  leur  ami  commun,  leur  adresse  à  chacun  en 
particulier  plusieurs  de  ses  Ietrcs,  et  parle  toujours  d'eux  avo' 
de  grands  éloges.  '  Quelquefois  il  leur  écrivoit  à  tous  trois 
ensemble  par  une  même  letrc  ;  et  eux  lui  répondoient  de  la 
même  manière.  Comme  il  nomme  toujours  Minerve  le  pre- 
mier, on  a  lieu  de  croire  qu'il  étoit  l'aîné  des  trois  frères.  De 
même  ne  nommant  Florentin  qu'après  les  autres,  on  peut 
juger  qu'il  étoit  plus  jeune  que  ni  Minerve  ni  Protade. 

ep.  35.  '  Symmaque  avoit  lié  amitié  avec  Minerve,  dès  le  temps 

op.  3.-».  47.  que  celui-ci  suivoit  le  Barreau.  '  Presque  dans  toutes  les  fe- 

tres  qu'il  lui  adresse,  il  témoigne  un  grand  contentement  de 

ep.  29. 30.  se  voir  uni  avec  lui.  '  La  résidence  que  fit  Minerve  à  Rome, 

contribuoit  pour  plusieurs  motifs  à  rendre  encore  plus  agréa- 

eP.  i8. 45.  ble  à  Symmaque  le  séjour  de  la  ville.  '  Cet  Orateur  faisoit 

tant  d'estime  de  son  scavoir,  qu'il  le  choisissoit  souvent  pour 
censeur  de  ses  ouvrages.  C'est  ce  qui  le  porte  à  lui  donner  dans 
une  de  ses  letres  le  titre  de  très-docte  juge  de  ses  écrits,  et  à 

ep.  45.  y  témoigner  avoir  désiré  beaucoup  son  approbation.  '  En  une 

occasion  il  lui  envoïa  deux  de  ses  pièces  d'éloquence,  l'une 
en  faveur  du  fils  de  Polybe,  l'autre  en  faveur  d'une  censure 
que  tout  le  Sénat  avoit  rejettée,  afin  que  Minerve  en  portât 
son  jugement. 

eP.  sa.  3o.  '  Ailleurs  Symmaque  nous  le  représente  comme  élevé  aux 

premières  dignités,  et  comme  une  personne  d'un  grand  cré- 


ET   FLORENTIN.  139     v  .,„- 

V    SIECLE. 

dit  à  la  Cour ,  et  dont  l'élévation  lui  étoit  avantageuse.  '  En  ep,37i38-40, 43 
effet  Symmaque  en  sçavoit  profiter  pour  procurer  de  la  pro-  *s. 
tection  à  ses  amis ,  afin  qu'on  leur  rendit  promptement  justi- 
ce. '11  ne  paroît  pas  toutefois  que  Minerve  eût  de  plus  hau-  tui.  EmP.  t.  s. 
tes  Charges  que  celle  d'Intendant  du  domaine ,  qu'il  exerça  p-  773-  •* 
au  moins  les  années  397  et  398.  'Nous  avons  dans  le  Code  c„d.  Th.  pros.  P. 
Théodosien  diverses  Loix,  qui  lui  sont  adressées  en  cette  qua-  373,  2- 
lité.  'Ce  fut  par  son  moïen  que  Symmaque  envoïa  à  Protade  sym.i.4.  ep.39. 
les  mémoires  qu'il  lui  avoit  demandés  sur  l'origine  des  Gau- 
lois. '  Minerve  avoit  un  fils  nommé  Protade,  dont  le  même  ep.  47. 
Symmaque  parle  avec  estime ,  comme  aïant  toutes  les  qualités 
requises  pour  répondre  à  sa  naissance.  Ce  fils  étoit  déjà  marié, 
lorsque  Symmaque  en  parloit  de  la  sorte. 

'Florentin  poussa  sa  fortune  encore  plus  loin  que  Miner-  ep.  50. 
ve  ;  car  il  eut  la  charge  de  (Juesteur  pour  dresser  les  Loix  ;  '  et  tui.  ibid.  P.  791. 
dès  le  14e  de  septembre  395  il  fut  Préfet  de  Home  jusqu'à  y2cf;  ThU>p- 
la  fin  de  l'année  397  au  moins.  '  Symmaque  fait  mention  de  sym.i.  *.  op.  m. 
sa  Préfecture  en  plusieurs  de  ses  letres,  et  loue  beaucoup 
son  administration,  sur-tout  pour  le  soin  qu'il  prenoit  de  four- 
nir la  Ville  de  vivres.  '  Il  lui  demande  sa  protection  à  la  Cour  ep.  51. 53. 
pour  Flavien  et  Benoît ,  deux  de  ses  amis,  afin  qu'il  les  aidât  à 
se  relever  d'une  fortune  ruinée.  '  Dans  une  autre  lelre  il  se  Dp.  55. 
plaint  de  ce  que  Florentin  ne  lui  avoit  pas  donné  lui-même  avis 
du  mariage  de  son  fils  nommé  Minerve,  qu'il  n'avoil  appris  que 
par  d'autres  personnes.  'L'Empereur  Honorius  adresse  à  Flo-  coj.  jh.  ibid. 
renlin  avec  le  titre  de  Préfet  de  la  Ville,  plusieurs  Loix  que  nous 
avons  encore. 

'C'est  ce  même  Florentin,  qui  porla  le  Poète  Claudien  à  con-  ci.  rap.  Pros.  1. 
tinuer  son  Poème  sur  l'enlèvement  de  Proserpine  ,  qu'il  avoit  2'  pr-p-5*o\55o. 
interrompu.  Aussi  ce  Poète  lui  en  dédia  les  deux  derniers  livres 
par  une  Préface  en  vers,  où  il  nous  le  représente  comme  un  au- 
tre Hercule ,  qui  par  ses  libéralités  soûtenoit  les  gens  de  bien  et 
les  personnes  sçavantes. 

Comme  Protade  frère  de  Minerve  et  de  Florentin  vivoit 
encore  en  417,  on  peut  supposer  que  ses  frères,  dont  l'un 
étoit  plus  jeune  que  lui ,  vécurent  au  moins  jusqu'à  ce  même 
temps.  '  Nous  avons  15  letres  de  Symmaque  à  Minerve ,  et  six  sym.  1.  *.  ep.  35. 
à  Florentin ,  sans  y  comprendre  les  deux  adressées  aux  trois  M- 
frères,  et  sans  parler  de  celles  qui  sont  indubitablement  per- 
dues. On  voit  par  là  que  ces  deux  seavants  hommes  en  avoient 
écrit  un  assez  grand  nombre  ;  '  et  l'estime  qu'en  fait  Symmaque,  ep.  52 

Sij 


297. 

inst.   pr.  p.  2 

p.  1. 


140  S.    CASTOR, 

V    SIECLE.  ' 

porte  à  juger  qu'elles  méritoient  bien  de  nous  être  conservées  ; 

mais  ou  la  négligence  des  hommes,  ou  les  malheurs  des  temps 
nous  en  ont  privés. 


S.     CASTOR, 

EvÊQUE    D'APT. 

Gaii  chr.  nov.  t.    f\H  d°nne  &  Castor  pour  patrie  la  ville  de  Nismes  dans 
i.p.358.  v/ ce  que  nous  nommons  aujourd'hui  le  Languedoc. 'Mais 

Tiii.  h.  e.  1. 14.  on  s'appuie  en   cela  sur   des  monuments  '  qui    paroissent 
p-  175-  peu  assurés.  Ce  que  l'on  dit  de  sa  famille ,  qui  étoit  riche  et 

Cass.  coll.  pr.  p.  considérable ,  n'a  pas  plus  de  fondement.  '  Cassien  de  qui  nous 
apprenons  ce  qu'il  y  a  de  plus  certain  touchant  cet  Evêque, 
dit  qu'il  avoit  pour  frère  S.  Léonce  Evêque  de  Frejus ,  '  et 
témoigne  qu'il  étoit  fort  instruit  des  beautés  de  la  langue  La- 
tine. 'Castor  néanmoins  assure  lui-même,  qu'il  n'avoit  pas  été 
élevé  dans  les  letres  ni  les  sciences  :  ce  qui  n'est  pas  difficile  à 
croire,  s'il  en  faut  juger  par  l'unique  monument  qu'il  nous  en 
a  laissé. 

Mais  par  une  espèce  de  dédommagement  il  possédoit  quel- 
.  *.  que  chose  de  plus  estimable  ;  '  s'étant  rempli  de  toutes  les  ri- 

chesses spirituelles,  et  aïant  acquis  toute  la  perfection  des  ver- 
tus et  de  la  science  des  Saints.  C'étoit  un  modèle  de  pieté  et 
d'humilité  Chrétienne  ;  et  l'exemple  seul  de  sa  vie  suffisoit  pour 
apprendre  le  chemin  de  la  perfection  à  ceux  qui  avoient  recours 
Gaii.  chr.  ibid.     à  lui.  '  L'on  prétend  qu'avant  que  de  passer  à  Apt ,  il  avoit  éta- 
Pros.  t.  chr.  p.  bli  le  monastère  de  S.  Faustin  à  Nismes.  'La  manière  dont 
m.1  ™" ibid'  p'  Prosper  Tiro  parle  du  gouvernement  que  Castor  prit  d'un  mo- 
nastère, pourroit  favoriser  cette  opinion,  et  faire  croire  qu'il 
auroit  été  Abbé  avant  son  épiscopat. 
cass.  ibid.  p.  i.        Quoiqu'il  en  soit,  'il  étoit  déjà  Evêque  d'Apt,  lorsqu'aïant> 
»?i.iiF'm.'l'%  bâti  un  autre  monastère  dans  son  diocèse,  *il  s'adressa  à  Cas- 
•  caas.  ibid.        sien  alors  Abbé  à  Marseille  ,  pour  le  porter  à  écrire  les  insti- 
tuts des  Solitaires  de  l'Egypte  et  de  la  Palestine ,  afin  que 
P.  3.  leurs  maximes  pussent  servir  à  former  ses  Moines.  '  Cassien 

se  rendante  sa  prière,  rédigea  par  écrit  ses  douze  livres  des  Insti- 
Nor.  ibid.  tutions,  et  les  adressa  au  S.  Evêque,  'avant  l'an  417.  'Il  lui 

cass.  ibid.  P.  2 1   donne  les  titres  de  Pape  et  de  Pontife ,  que  l'on  donnoit  alors 

coll.  t.  pr.  p.  297. 


EVEQUE   D'APT.  141  ^^^ 

aux  simples  Evêques.  'S.  Castor  vivoit  encore  en  419 ;  aet  il  Nor  ibill 
est  un  des  Evêques  des  Gaules  à  qui  le  Pape  Boniface  écrivit  «conc.t.î.P.i583. 
cette  même  année  sur  l'affaire  de  Maxime  Evêque  de  Valence 
dans  la  Viennoise. 

L'ouvrage  des  Institutions  ne  suffisant  pas  pour  contenter 
•  le  zèle  de  S.  Castor  pour  les  choses  saintes,  il  pria  encore  Cas-  cass.  cou.  i.  pr. 
sien  d'écrire  de  la  même  manière  les  conférences  spirituelles  p" 
qu'il  avoit  eues  avec  les  Pères  du  désert  de  Scété.  Cassien 
obéit,  comme  la  première  fois  ;  mais  avant  qu'il  eût  achevé  les 
dix  premières  vers  l'an  419  ou  420 ,  S.  Castor  avoit  quitté  la 
terre,  pour  aller  au  ciel  vivre  avec  J.  C.  Cette  mort  fut  cause 
que  Cassien  dédia  son  ouvrage  à  S.  Léonce  frère  de  nôtre  S. 
Evêque ,  et  à  Hellade.  Cassien  parle  de  ce  Léonce  comme  d'un 
Prélat  parfaitement  digne  de  la  qualité  de  frère  d'un  Saint.  '  Ce  m.  de  h™,  p. 
fut  en  partie  pour  jouir  de  son  exemple  et  de  ses  conseils ,  que  16' 
S.  Honorât  choisit  pour  le  lieu  de  sa  retraite  le  désert  de  Lerins, 
qui  étoit  alors  du  diocèse  de  Frejus. 

'On  remarque  que  S.  Castor  se  signala  dans  l'Episcopat  par  caii.  ciw.  iwd.  p. 
tant  de  vertus  et  tant  de  miracles,  que  son  Eglise  l'a  choisi  pré-  3M- 
férablement  à  ses  autres  Evêques,  pour  son  patron  avec  la  Sainte 
Vierge.  'Cette  Eglise  et  celle  de  S.  Victor  de  Marseille  l'ho-  Tai.  ibid. 
norent  comme  Saint  le  21e  jour  de  Septembre. 

'  On  nous  a  conservé  la  letre  qu'il  écrivit  à  Cassien  pour  le  Cass.inst.pr.p.i. 
porter  à  écrire  ses  Institutions.  De  sorte  que  nous  sommes  rede- 
vables de  cet  ouvrage  et  des  conférences  qui  le  suivirent,  au 
zèle  de  nôtre  S.  Evêque.  Nous  avons  perdu  l'autre  letre  'qu'il  mB.i.  pr.p  597. 
paroît  avoir  écrite  pour  avoir  ses  conférences.  '  On  juge  par  tui.  ibid. 
celle  que  nous  avons  que  le  style  de  S.  Castor  est  fort  obscur  et 
peu  Latin. 


EXUPÉRANCE, 

Préfet  des  Gaules. 

Exupérance  étoit  de  la  Ville  de  Poitiers,  *et  très-proche  Lab.nov.bib.t.i. 
parent  du  Poëte  Rutilius ,  qui  parle  de  lui  avec  de  *• J*'  . 
grands  éloges.    Les   charges    qu'il  exerça,   et   les  services  âi6Ut' 
importants  qu'il  rendit  à  l'Empire  en  des  temps  très-fâcheux , 
doivent  nous  le  faire  regarder  comme  un  homme  d'esprit, 
1  2 


V   SIECLE. 


142  EXUPÉRANCE, 

de  sçavoir ,  et  fort  versé  dans  la  Jurisprudence.  Il  avoit  un 
fils  nommé  Pallacje ,  qui  dès  sa  jeunesse  donnoit  de  grandes 
espérances  pour  l'honneur  de  sa  famille,  et  qui  après  s'être  for- 
mé à  l'éloquence  dans  les  Gaules ,  étoit  allé  étudier  le  Droit  à 
Rome. 

iiior.  cp.  99.  p.  '  S.  Jérôme  n'avoit  jamais  vu  Exupérance;  'mais  il  ne  lais- 
sa pas  de  le  connoître,  et  de  l'aimer  par  le  moïen  d'un  frère 
qu'il  avoit,  et  avac  lequel  ce  Saint  s'étoit  lié  d'amitié ,  comme 
avec  un  véritable  serviteur  de  J.  G.  Quintilien ,  c'est  ainsi 
que  se  nommoit  ce  frère  d'Exupérance  ,  aïant  quitté  le  monde, 
s'étoit  retiré  à  Bethléem,  où  sous  l'habit  militaire  il  me- 
noit  la  vie  des  anciens  Prophètes.  Ce  fut  sans  doute  à  sa  priè- 
re ,  que  S.  Jérôme  entreprit  de  travailler  à  la  conversion 
d'Exupérance.  Il  lui  écrivit  à  ce  dessein  une  letre  que  nous 

p- soo.  avons  encore,  'et  dans  laquelle  il  l'exhorte  puissamment  à 

renoncer  à  ses  richesses,  et  au,service  des  Princes  de  la  terre  , 
pour  se  consacrer  au  service  du  Roi  du  Ciel,  en  imitant 
l'exemple  généreux  de  son  saint  frère,  et  en  passant  au  plus  tôt 

p  799.  la  mer  pour  aller  se  réunir  à  lui.  '  Comme  Exupérance  étoit 

alors  veuf,  S.  Jérôme  se  sert  de  cet  affranchissement  pour  le 
presser  encore  davantage.  Il  l'invite  à  entrer  avec  lui  en  com- 
merce de  letres,  afin  qu'il  pût  lui  écrire  avec  plus  de  liberté  ; 

p-  soo.  '  lui  promettant  que  si  ses  letres  lui  étoient  agréables,  il  en  re- 

cevrait souvent. 

Nous  ne  voïons  point  qu'Exupérance  soit  entré  dans  cet 
heureux  commerce  que  lui  offroit  S.  Jérôme.  Mais  nous  sça- 
vons  certainement  qu'il  ne  se  rendit  point  à  ses  pieuses  exhor- 
tations, qui  l'appelloient  dans  la  retraite  de  Bethléem.  Exupé- 
rance continua  d'aimer  le  siècle  ;  et  il  y  périt  malheureusement. 
La  mort  funeste  qui  l'enleva  de  ce  monde ,  comme  nous  allons 
dire,  fut  peut-être  une  juste  punition  de  ce  qu'il  avoit  refusé 
d'écouter  la  voix  de  Dieu  ,  qui  lui  parloit  par  la  plume  d'un 
grand  Saint. 

Rui.  a.  v.  2i3-2»6.  'Exupérance,  du  temps  que  Rutilius  ccrivoit  ,  c'est-à-dire 
en  417 ,  étoit  occupé  à  rétablir  les  Loix  et  la  Police  Ro- 
maine dans  les  Armoriques,  ou  les  Aquitaines,  qui  por- 
toient  alors  ce  nom  ,  avec  la  Province  qui  le  retient  encore 

1  Tontes  les   circonstances  portent  à  ju-  nier  pour  aller  à  Bethléem,  ce  qui  convient 

jjer  que  cet  Exupérance  est  le   Préfet   des  aux  Gaules,    tout  en  un   mol  confirme   ce 

Gaules  dont  nous  parlons.  Le  nom,  le  temps,  sentiment. 
P-  809.                      le»  charge»,  le  lieu,  'car  il  falloit  passer  la 


PRÉFET  DES  GAULES.  143 

V  SIECLE. 

aujourd'hui.    11    y    fit    régner  la  paix  que  le  soulèvement 
de  ces  Provinces  en  avoit   bannie,  '  et  y    rendit  pour  un  ».  21c  not.   P. 
temps  la  liberté  aux  Peuples   que  les   Gots  avoient  subju-  ~'  m 
gués.  '  Cet  emploi  a  fait  croire  à  M.  Valois  qu'Exupérance  tm.  Emp.  t.  5. 
étoit   Gouverneur  de   la   troisième   Lyonoise.  Mais  il  sem-  p' 820' 2 
ble  que  les  paroles  de  Rutilius  marquent  quelque  chose  de 
plus  grand  ;  et  il  est  même  difficile  de  n'y  pas  reçonnoître 
qu'Exupérance,  s'il  n'étoit  pas  dès-lors  Préfet  des  Gaules, 
avoit  au  moins  la  qualité  de  Vicaire.  '  Dans  la  suite  il  fut  Lab.  ibi.i.  1  p«.s. 
revêtu  de  la  Préfecture  ;  et  il  remplissoit  cetle  dignité,  selon     '  '  r  *'  '  ' 
S.  Prosper,  lorsque  sous  le  Gonsulat  de  Castin  et  de  Victor 
en  121,  il  fut  tué  h  Arles  '  dans  une  sédition  militaire  ,  sans 
que  Jean  qui  avoit  usurpé  l'Empire  après  la  mort  d'Hono- 
rius,  se  mît  en  peine  de  venger  cet  attentat  commis  en  la 
personne  d'un  de  ses  premiers  Magistrats.  Telle  fut  la  fin  de 
ce  grand  homme,  qui   auroit   été    incomparablement    plus 
heureux,  et  pour  le  temps,  et  pour  l'éternité,  s'il  avoit  sui- 
vi l'avis  de  S.  Jérôme. 


MINERVE   ET   ALEXANDRE, 

SOLITAIRES. 

Minerve   ou    Minerc ,    comme    il    se    lit   ailleurs,  et  Hier.  cp.  ad  Min. 
Alexandre ,    tous    deux    hommes   de    lelres ,    et    cèle-  ''' 210' 
bras  dans  les  écrits  de  S.  Jérôme,  fleurissoient  au  commen- 
cement de  ce  siècle.  '  Il  semble  qu'ils  étoient  proches  pa-  in  Mai.    pr.   p. 
rents,  et  peut-être  frères.  Mais  ils  étoient  encore  plus  unis  18U0'  ls07 
par  les  liens  de  la  pieté  Chrétienne,  que  par  ceux  du  sang 
et  de  la  nature.  '  Us  faisoient  l'un  et  l'autre  profession  de  la  in  Am.  pr.  3. 
vie    Monastique    ou    Solitaire,    non  dans   l'Egypte,  comme 
l'ont  avancé  quelques  éditeurs  de  S,  Jérôme,  mais  dans  le 
voisinage  de  Toulouse,  et  assurément  dans  les  Gaules.  Il  y 
a  même  bien   de   l'apparence   que  Minerve  descendoit  des 
autres  Sçavants  de  ce  nom,  dont  nous  avons  parlé  sur  le  IV 
siècle.  '  Minerve  et  Alexandre  étoient  des  personnes  sages  ep.  ad  ma.  ibid. 

1  Ce  trait  d'histoire  a  été  omis  dans  l'é-       suivre  l'édition  du  P.   Labba,  où  ce  Irait 
dition  de  S.  Prosper  de  1711,  quoiqu'il  l'é-       d'Histoire  ao  trouve. 

gard  de  la  Chronique  l'Editeur  promette  de 


V  SIECLE. 


144  MINERVE 

et  habiles,  qui  avant  que  de  renoncer  au  monde,  suivoient 
le  Barreau,  et  y  exerçoient  l'emploi  d'Avocat.  C'est  ce  que 
nous  apprend  S.  Jérôme,  en  les  félicitant  d'avoir  quitté  l'é- 
loquence caustique  et  mordicante  du  siècle,  pour  embrasser 
l'éloquence  Chrétienne. 

Comme  ce  S.  Docteur  étoit  en  très-grande  réputation  tant 
dans  nos  Gaules  qu'ailleurs,  pour  l'intelligence  particulière 
qu'il  avoit  des  SS.  Ecritures,  ceux  qui  y  rencontroient  des 
difficultés  considérables,  avoient  ordinairement  recours  à  lui. 
Nous  en  avons  déjà  rapporté  divers  exemples.  Nos  deux  So- 
litaires, qui  dans  leur  retraite  faisoient  leur  principale  occu- 
pation de  la  lecture  des  livres  saints,  furent  aussi  de  ce  nom- 

in  zach.  pr.  p.  bre.  '  Sisinne  que  S.  Jérôme  qualifie  de  fils  de  S.  Exupere 
Evêque  de  Toulouse,  faisant  un  voïage  en  Palestine,  et  de- 
là en  Egypte,  pour  y  porter  les  aumônes  du  saint  Prélat,  nos 
deux  Solitaires  profilèrent  de  l'occasion,  et  écrivirent  à  saint 
Jérôme,  pour  le  prier  de  leur  donner  des  éclaircissements 

ep.  ai.  Min.  p.  sur  divers  endroits  de  l'Ecriture.  '  Ils  le  prioient  sur-tout  de 
leur  expliquer  ce  qu'entend  l'Apôtre  par  ces  paroles  de  sa 
première  épitre  aux  Corinthiens  :  Nous  dormirons  *  tous; 
mais  nous  ne  serons  pas  tous  changés?  Et  ce  que  veut  dire  le 
même  Apôtre  dans  sa  première  aux  Thessaloniciens,  sur  le 
sujet  de  la  Résurrection  ? 

iwd.  '  S.  Jérôme  réserva  les  questions  de  nos  deux  Solitaires  pour 

les  traiter  après  les  autres,  comme  les  plus  difficiles.  Mais 
pressé  de  satisfaire  à  d'autres  consultations  pour  les  Gaules, 
et  de  finir  son  commentaire  sur  Zacharie,  qu'il  vouloit  en- 
voïer  à  S.  Exupere,  il  se  borna  à  leur  dresser  la  letre  que 
nous  avons  encore;  se  confiant  sur  leur  sçavoir,  qu'ils  en 
comprendroient  beaucoup  par  le  peu  qu'il  leur  écriroit.  Il 
y  inséra  divers  passages  des  Commentateurs,  leur  laissant  le 
soin  d'en  composer  eux-mêmes  un  ouvrage,  s'ils  le  vojloient. 
Ces  Auteurs  sont  Théodore  d'Héraclée,  Diodore  de  Tarse, 
Appollinaire,  Didyme,  Acace  de  Césarée,  et  Origene.  Saint 
Jérôme  ajoute  qu'il  reconnoît  ces  hommes  célèbres  pour 
très-doctes,  mais  que  quelques-uns  d'entr'eux  se  sont  trom- 
pés dans  la  vérité  des  dogmes. 

1  C'est  ainsi  qu'on  lisoit  alors;  quoique  dans  nôtre  Vulgate  :   A'oui    ressusciteront 

le  Grec  porte  :  Nous   ne    tomberons    pas  tout;  mais  nous  ne  seront  pat  tous  chan- 

tout    dans  le  sommeil  de  la  mort  ;    mais  gis. 
nous  serons  tous  changés  ;  et  qu'on   lise 


ET  DE  S.  ALEXANDRE.  i45 

V    SIECLE. 

'Il  paroît  que  Minerve  et  Alexandre  avoient  encore  pro-  ^Tsâôr 
posé  d'autres  difficultés  à  S.  Jérôme,  auxquelles  Sisinne  ne  lui 
donna  pas  le  loisir  de  répondre.  Le  Saint  se  borna  alors  à 
leur  faire  espérer  que  bien  que  dans  un  âge  déjà  décrépit ,  il 
y  satisferoit  en  quelqu'autre  occasion.  Il  ne  paroît  nulle  part 
que  le  saint  Docteur  ait  acquitté  sa  promesse.  Mais  soit  nprès 
soit  avant  cette  letre,  'il  dédia  à  nos  deux  Solitaires  son  com-  in  Am.  pr.  3  1  in 
mentaire  sur  le  Prophète  Malachie,  comme  un  fruit  de  son  Mal  pr' 
travail  ordinaire,  et  une  marque  de  l'estime  qu'il  faisoit  de  leur 
mérite. 

'On  trouve  dans  Cassien  un  Minerve  célèbre  Abbé  dons  Cms. coi.  n.  n. 
les  Isles  Stoccades  sur  la  côte  de  Provence  vers  425;  et  rien  pr-  p'  M3'  ""' 
n'empêche  que  ce  ne  soit  celui  dont  nous  venons  de  faire 
l'éloge.  C'est  à  lui  conjointement  avec  Jovinien,  Léonce  et 
Théodore,  que  Cassien  dédie  ses  sept  dernières  Conférences. 
'  Minerve,  comme  il  semble  par  cet  endroit,  avoit  établi  dans  les  ibid.  Pros.  t. 
Provinces  des  Gaules  l'institut  des  Cénobites  dans  toute  sa  pu-  Chr'  p-  213- 
reté  et  sa  plus  grande  vigueur. 


ANONYME, 

Auteur  des  Actes  de  S.  Epipode  et  de  S.  Alexandre. 


T 


out  ce  que  nous  sçavons  ,   ou   même   que  nous  pou- 
vons prétendre  de  sçavoir  de  cet  écrivain ,  se  tire  de 
l'ouvrage  qu'il  nous  a  laissé.  'Ce  sont  les  Actes  de  S.  Epipo-  Aet.  Mar.  P.  ei. 
de  et  de  S.  Alexandre,  qui  souffrirent  le  martyre  à  Lyon  en  67- 
l'année  178,  environ  neuf  mois  après  les  premiers  Martyrs  de 
cette  ville,  dont  nous  avons  parlé  ailleurs.  '  Ces  actes  ne  sont  m.  h.  e.  t.  3. 
point  originaux ,  comme  il  paroît  par  le  style  et  par  les  ha-  p-  30- 
rangues  que  l'on  met  en  la  Couche  des  Saints  et  de  leur  Juge. 
Elles  sont  et  trop  ajustéesVet  trop  longues,  pour  être  leurs 
propres  paroles.  'Il  semble  qu'en  un  endroit  l'Auteur  fait  al-  Ad.  Mar.  P.  66. 
lusion  à  cette  célèbre  sentence  de  Tertullien  :  Le  sang  des  n-  •• 
Martyrs  est  une  source  d'où  naissent  de  nouveaux  Chrétiens , 
ce  que  l'Auteur  des  actes  paroît  avoir  voulu  exprimer  par  ces 
termes  :  Exstingui  non  potest  nomen  Christianum,  quod  ita 

Tome  IL  T 

1  2  * 


V    SIECLE. 


140  ACTES   DE   S.    EPIPODE. 


D.  13. 


Deo  f'undante  firmatum  est ,  ut  et  vita  hominum  custodiatur, 
P.  67.  n.  i2. 13.  et  mortibus  propagetur.  'Il  y  a  même  d'autres  endroits  qui 
marquent  que  l'Auteur  vivoit  dans  la  paix  de  l'Eglise ,  et  assez 
long-tems  après  la  mort  de  ceux  dont  il  parle.  '  Tel  est  l'endroit 
où  il  avoue  qu'il  a  appris  par  une  tradition  assurée  ce  qu'il  rap- 
porte de  leur  martyre. 
Tiu.  ibiu.  '  Mais  la  beauté  et  la  gravité  de  ses  pensées  et  de  ses  ex- 

pressions récompensent  en  quelque  sorte  ce  défaut,  et  font 
juger  que  c'est  quelque  habile  homme  du  IV,  ou  du  V  siè- 
cle de  l'Eglise.  Il  est  d'autant  plus  croïable  en  ce  qu'il  avan- 
Act.  Marc.  ibid.  ce,  qu'il  y  a  plus  lieu  de  croire  qu'il  écrivoit  à  Lyon.  '  Car  il 
parle  comme  témoin  oculaire  des  miracles  qui  se  faisoient  de 
Tiu.  ibid.  son  temps  au  tombeau  des  SS.  Marlyrs.  Il  paroît  même  avoir 

écrit  avant  S.  Eucher,  dont  nous  avons  une  Homélie  sur  les 
Act.  Mart.  p.  ce.  mêmes  Saints.  Ce  qui  le  persuade,  '  c'est  qu'il  dit  assez  nette- 
"•  ,2-  ment  que  leur  tombeau  étoit  de  son  temps  hors  de  la  ville, 

•nu.  ibid.  '  dans  laquelle  il  se  trouvoit  enfermé,  lorsque  S.  Eucher  fai- 

soit  leur  éloge.  Ainsi  nous  devons  placer  cet  écrivain  anony- 
me au  plus  tard  vers  l'an  425. 
An.  Man.  p.  G2.       '  Le  motif  qui  le  détermina  à  écrire  ces  actes,  fut  de  consi- 
■•''  dérer,  que  si  l'on  se  donne  la  peine  de  conserver 'à  la  posté- 

rité l'histoire  de  ceux  qui  se  signalent  ou  pour  leur  patrie,  ou 
pour  le  service  des  Princes  de  la  terre,  on  doit  avoir  tout  un 
autre  soin  de  ne  pas  laisser  dans  l'oubli  les  actions  des  SS.  Mar- 
tyrs, qui  ont  versé  leur  sang  pour  la  Jérusalem  céleste,  et 
pour  le  Roi  du  Ciel.  Le  but  qu'il  se  propose  dans  son  travail, 
est  l'utilité  de  tous  ceux  qui  dévoient  venir  dans  la  suite  des 
siècles;  afin,  dit-il,  que  ceux  qui  ne  rencontreront  pas  l'oc- 
casion de  souffrir  le  martyre,  comme  ces  Saints,  s'excitent 
au  moins  par  le  désir  d'imiter  de  si  grands  exemples,  et  arri- 
vent par  la  mortification  de  leurs  corps  à  la  même  pureté,  et 
à  la  même  innocence,  que  les  Marlyrs  ont  acquises  par  la 
p.  03.  u.  2.  souffrance  des  tourments.  '  L'Auteur  y  fait  mention  de  la  bel- 

le   letre  des   Eglises  de   Vienne    et    de  Lyon  aux   Eglises 
d'Asie  et  de  Phrygie  sur  les  premiers  Martyrs  de  Lyon, 
p.  es.  n.  7.  '  Ces  actes  paraissent  avoit  été  écrits  pour  être  lus  aux  fê- 

tes des  SS.  Martyrs  Epipode  et  Alexandre,  lesquels  ne  se  cé- 
n.  s.  lebroient  pas  au  même  jour,  parce  qu'ils  avoient  souffert  à 

p.  m.  not.  un  jour  d'intervalle  l'un  de  l'autre.  '  C'estpourquoi  la  première 

partie  de  ces  actes  qui  regarde  S.  Epipode,  se  trouve  séparée 
de  l'autre  dans  un  ancien  manuscrit  de  S.  Rémi  de  Reims. 


ET  DE  S.  ALEXANDRE.  147 


V   SIECLE. 


Surius  a  imité  cette  division  ;  '  aïant  donné  ceux  de  S.  Epipo-  S[11.  ai_  A|!l. 
de  au  22e  Avril  auquel  on  l'ait  sa  fête, a  et  ceux  de  S.  Alexan-  mmii." 
dre  au  24e  du  même  mois,  jour  dédié  à  l'honneur  de  son  culte.  'sf*-  Apr' p- 8il- 
b  Les  continuateurs  de  Bollandus,  qui  ont  fait  réimprimer  ces  »doii.  22.  APr.  P. 
mêmes  actes  réunis  ensemble,  et  revus  sur  d'anciens  manus-  8'  !"10'  '" 
crits,  '  croient  que  cette  division  a  été  faite  pour  l'usage  de  l'E-  p.  7.  n.  1. 
glisedeLyon.  '  Enfin  Dom  Ruinart  nous  a  aussi  donné  ces  Act.  Mart.  p.  gs. 
actes  dans  son  recueil  choisi, c  après  avoir  revu  les  imprimés  c  p\  u.  u.  1. 
de  Surius  et  des  continuateurs  de  Bollandus  sur  deux  anciens 
manuscrits,  l'un  de  la  Bibliothèque  de  M.  Colbert,  l'autre 
de  l'Abbaïe  de  S.  Rémi  de  Reims. 


S.     HEROS, 

Evêque  d'Arles  , 

ET    LAZARE, 

EvÈQUE   D'AiX. 

l  n'y  a  pas  moïen  de  séparer  ces  deux  grands  Evêques. 
Leurs  actions  sont  tellement  liées  ensemble,  que  l'on  ne 
sçauroit  donner  le  détail  de  l'un,  sans  faire  en  même  temps 
l'histoire  de  l'autre.  Ils  eurent  la  gloire  d'être  des  premiers 
qui  attaquèrent  avec  succès  la  doctrine  pernicieuse  de  Pelage 
et  de  Célestius  ;  et  après  s'être  réunis  pour  la  défense  de  la 
même  cause,  ils  furent  assez  heureux  pour  se  voir  envelop- 
pés dans  la  même  persécution. 

Héros  étoit  un  homme  d'une  sainte  vie,  qui  avoit  été  Pros.  ciir.  p.  739. 
élevé  sous  la  discipline  de  S.  Martin  Evêque  de  Tours,  d'où 
sortirent  tant  d'autres  illustres  disciples  à  la  fin  du  IV  siècle. 
Il  fut  ensuite  placé  sur  le  Siège  épiscopal  d'Arles,  '  ou  plutôt  th.  h.  e.  t.  13. 
à  la  fin  de  l'an  407,  si  cela  arriva  au  temps  du  Tyran  Cons-  '' G80' 
tantin.  Dès  l'année  412,  '  sous  le  Consulat  d'Honorius  pour  r-ros.  iiùd. 
la  9e  fois  et  de  Théodose  le  jeune  pour  la  5'',  il  fut  indigne- 
ment chassé  de  son  Eglise  par  le  peuple  même  de  la  ville 
quoiqu'il  fût  innocent,  '  et  qu'il  n'eût  commis  aucune  faute,  p.  m 

Tii 


I 


V    SIECLE. 


148  S.  HEROS 


Nor.  hist.  Pei.  i.      Seulement  on  croit  qu'il  s'étoit  attiré  la  haine  du  peuple, 
i.  c.  i2.  p.  79.  «  pour  avoir  ordonné  Prêtre  Constantin,  qui  ne  pouvant  plus 
•  soz.  î.  9.  c.  îs.  soutemr  ie  s^ge  d'Arles,  où  il  éloit  enfermé,  quitta  la  pour- 
pre, e.t  se  réfugia  auprès  de  nôtre  Prélat. 
Pros.  ibid.  '  A  la  place  d'Héros  on  ordonna  Evêque  d'Arles  Patrocle 

ami  et  confident  du  Général  Constance,  dont  on  prétendoit 
parce  moïen  de  gagner  les  bonnes  grâces.  Cette  conduite, 
remarque  S.  Prosper,  fut  la  source  de  beaucoup  de  fâcheu- 
ses disputes,  qui  s'élevèrent  entre  les  Evêques  de  la  Provin- 
Pros.  t.  chr.  p.  ce.  '  Car  Patrocle  ne  se  signala  dans  sa  dignité,  que  par  un 
trafic  infâme  des  choses  les  plus  saintes,  et  par  une  ambition 
démesurée.  Ce  fut  peut-être  un  effet  de  la  justice  de  Dieu, 
qui  permit  qu'un  peuple  qui  avoit  rejette  un  aussi  digne  Pas- 
teur qu'étoit  S.  Héros,  fût  gouverné  par  un  autre  qui  ne  mé- 
ritoit  pas  même  le  nom  d'Evêque. 
Nor.  ibfd.  p.  78.       '  Pour  Lazare,  le  Cardinal  Noris  croit  qu'il  avoit  été  com- 
me S.  Héros  disciple  de  S.  Martin,  et  Prêtre  de  l'Eglise  de 
Tours,  à  cause  de  ce  qu'il  accusa  S.  Brice  dans  le  Concile 
Bar.  an.  «7.  n.  de  Turin  vers  l'an  400.'  On  n'en  trouve  rien  dans  l'histoire  ; 
mais  il  faut  juger  de  lui  par  S.  Héros.  Il  y  a  lieu  de  croire 
dit  le  Cardinal  Baronius,  qu'aïant  été  enveloppés  dans  une 
même  calomnie,  ils  étoient  relevés  par  la  même  vertu.  Car 
les  méchants  n'ont  accoutumé  de  haïr  que  les  bons;  et  les 
Tin.  h.  e.  t.  io.  hérétiques  ne  persécutent  que  les  orthodoxes.  '  Lazare  fut  or- 
p' 189'  donné  Evêque  d'Aix  métropole  de  la  seconde  Narbonoise, 

vers  l'an  408  par  le  célèbre  Procule  Evêque  de  Marseille, 
dont  nous  avons  parlé  en  son  lieu.  Il  put  fort  bien  se  faire, 
Nor.  ibid.  p.  79.  '  comme  le  veut  le  Cardinal  Noris,  qu'après  la  mort  de  Cons- 
tantin au  mois  de  Septembre  411,  Lazare  qui  pouvoit  avoir 
quelques   engagements  avec  lui ,  se   démit   velontairement 
du  gouvernement  de  cette  Eglise,  de  peur  que  l'amitié  de  ce 
Tyran  ne  lui  attirât  l'indignation  de  l'Empereur  Honorius. 
Tin.  1. 13.  p.  68i.       Quoiqu'il  en  soit,  '  Héros  et  Lazare  ainsi  déchargés  du 
fardeau  de  l'épiscopat,  l'un  par  la  violence  du  peuple,  l'au- 
tre ou  par  une  démission  volontaire,  ou  par  une  maxime  d'E- 
tat, ils  allèrent  comme  beaucoup  d'autres  chercher  leur  re- 
Merc.com.  c.  3.  p.  pos  et  leur  édification  dans  les  saints  lieux.  '  Pelage,  qui  s'y 
étoit  aussi  retiré  après  le  sac  de  Rome  par  Alaric  en  410, 
Aug.ep.  176.  n.  4.  'y  semoit  son  hérésie,  et  séduisoit  beaucoup  de  personnes  à  Jé- 
Merc.  ibid.  rusalem  même.  Nos  deux  '  Evêques  zélés  pour  la  vérité,  aïant 

Aug.  gest.  Pei.  n.  eu  connoissance  '  de  cette  doctrine  corrompue,  en  furent 

53. 


ET    LAZARE.  149     . 

V    SIECLE. 

scandalizés,  et  se  résolurent  de  la  combattre.  '  Ils  l'examine-  ep.  176.  n,  4- 
rent  avec  soin ,  et  se  déclarèrent  ensuite  contre  Pelage ,  en 
faveur  de  la  grâce  de  J.  C.  et  de  la  vérité  de  la  foi  orthodoxe. 

Pour  y  procéder  avec  ordre  et  plus  de  succès,  ils  recher- 
chèrent '  les  livres  de  cet  Hérésiarque  ;  et  en  aïant  rencontré  Mcrc.  com.  3.  p. 
deux,  l'un  intitulé  Des  Témoignages,  et  l'autre  A  une  veuve  *8-171-2- 
'  nommée  Livanie  ou  Liriane,  ils  en  choisirent    ce   qu'ils  c.  *.  P.  25. 
jugèrent  à  propos.  Ensuite  '  ils  dressèrent  un  mémoire  en  la-  Aug.  gest.  Pei.  n. 
tin  des  erreurs  dont  ils  soûtenoient  que  Pelage  étoit  coupa-  s'  5'  23'  *  30" 
ble  ;  y  insérant  plusieurs  de  celles  que  Célestius  son  disciple 
avoit  avancées  dans  ses  écrits.  '  Ils  joignirent  à  tout  cela  les  n.  23. 
articles  pour  lesquels  le  même  Célestius  avoit  été  condamné 
par  le  Concile  de  Carthage  en  412,  et  ceux  qu'Hilaire  avoit 
envoies  de  Sicile  à  S.  Augustin,  comme  ils  le  marquoient 
nommément.  '  N'aïant  pu  alors  mettre  les  passages  tout  au  n.  29. 
long,  ils  avertissoient  que  ce  n'étoit  que  des  extraits  qu'ils 
avoient  abrégés.  Quelquefois  même  ils  n'en  prenoient  que 
le  sens,  et  n'en  rapporloient  pas  les  paroles. 

'  Ce  Mémoire  ainsi  dressé,  nos  deux   généreux   Evêques  n.  9. 
le  présentèrent  à  Euloge,  '  que  l'on  croit  avoir   été  Métro-  Bar.  ann.  «5.  n. 
pohtain  de  Palestine. a  On  assembla  à  Diospolis  depuis  nom-  l9Aug  gcst  Pe| 
mée  Lidde,  le  20  Décembre   415,    un    Concile,   où    cette  g^*-  IDïjï- 
grande  affaire  fut  portée.  Il  s'y  trouva   quatorze  Evêques, 
'  à  la  tête  desquels  S.  Augustin  met  Euloge,  comme  y  aïant  Aug.  inJui.  1. 1. 

(>résidé.  S.  Augustin  le  nomme  toujours  le  Concile  de  Pa-  n" 32' 
estine,  aïant  plus  d'égard  à  la  Province  qu'au  lieu  où  il  se 
célébra. 

'  Pelage  y  comparut,  et  y  répondit  en  Grec  aux   chefs  Gest.  Pei.  n.  4. 
d'accusations.  '  Mais  Héros  '  et  Lazare  s'excusèrent  de   s'y  n.  2. 62. 
trouver,  sur  ce  que  l'un  d'eux  éloit  tombé  grièvement  malade. 

On  y  lut  leur  Mémoire  sur  la  doctrine  de  Pelage, a  qui  n.  2. 
avoua  une  partie  des  propositions  qui  y  étoient  contenues;  c.n5443i>.5845.Pho,' 
mais  en  prétendant  les  avoir  entendues  en  un  sens  différent 
de  celui  que  ses  accusateurs  leur  donnoient.    Il    en  désa- 
voua d'autres,  les  rejettant  comme  extravagantes;    et   mê- 
me anathématiza  ceux  qui  les  tenoient.  '  Il  se  plaignit  aussi  Ang.  gest.  Pei.  n. 
de  ce  qu'on  lui  en  objectoit  qui  n'étoient  pas  conçues  en  mê-  12'  *3' 
mes  termes  dans  ses  écrits  :  ce  que  S.  Augustin  rejette  sur 
l'inexactitude  du  manuscrit  dont  s'étoient  servis  ceux  qui 

1  II  s'est  glissé  une  faute  '  dans  le  texte  de  Photius  où  cet  évoque  est  mal  nommé    Phol.  ibid. 
Nénopo;. 


V    SIECLE. 


150  S.    HÉROS, 


avoient  fait  ces  extraits  ;  quoique  cela  pût  venir  de  ce  qu'ils 
avoient  pris  quelquefois  plutôt  le  sens  que  les  paroles,  com- 
me nous  avons  dit. 
r.  i.  ».  n.  *r,.       '  N'y  aiant  donc  personne  au  Concile  pour  agir  contre  cet 
3°  pMi9."  c  ""' c-  Hérésiarque  et  pour  l'obliger  de  s'expliquer,  en  lui  décou- 
viant  le  mauvais  sens  de  ses  livres,  il  lui  fut  aisé  d'user  de  ses 
ruses,  et  de  tromper  l'assemblée  des  Evêques,  en  couvrant 
Aug.  gest.  Poi.  n.  son  hérésie  par  des  professions  ambiguës.  '  Ainsi  sa  personne 
"«.m*  Jul'  ''  y  ^llt  absoude  >  quoique  l'on  ne  laissât  pas  de  condamner  l'hé- 
gest.  Pei.  n.  39.  résie  qu'il  étoit  accusé  de  soutenir.  '  Jean  de  Jérusalem,  son 
protecteur,  profitant  de  l'absence  d'Héros  et  de  Lazare,  par- 
la contre  eux,  et  contre  d'autres  ;  mais  le  Concile  n'y  eut  au- 
cun égard.  Cet  Evoque  en  usa  peut-être  de  la  sorte,  parce, 
comme  le  remarque  S.  Augustin,  qu'il  put  être  trompé  par 
l'interprète  Latin ,  qui    expliquait  en  Grec  le  Mémoire   de 
nos  deux  Prélats  Gaulois. 
n.  r»».  '  Pelage  se  prévalant  de  l'absolulion  que  le  Concile  avoit 

ep.  179.  n.  57.      prononcée  en  sa  faveur,  '  composa  un  écrit  pour  détruire  les 
objections  des  deux  Evêques  ses  Dénonciateurs.  C'est  sans 
ge>t.  Pei.  n.  57.   doute  le  même  '  écrit  qu'il  envoïa  ensuite  à  S.  Augustin,  et 
que  ce  S.  Docteur  taxe  de  mauvaise  foi,  comme  n'étant  pas 
n.19.  conforme  en  ce  qu'il  y  exposoit,  aux  actes  du  Concile.  '  Cet 

écrit  n'eut  pas  plutôt  pénétré  en  Afrique,  que  des  personnes 
de  pieté  entreprirent  de  justifier  le  désaveu  que  Pelage  y  fai- 
soit  de  quelques  propositions,  qu'Héros  et  Lazare  avoient  mi- 
ses sur  son  compte.  Ces  personnes  les  confrontèrent  sur  quel- 
ques-uns de  ses  ouvrages,  et  les  trouvèrent  effectivement 
dans  ses  livres  à  la  veuve  Liviane. 

S.  Héros  et  Lazare  de  leur  côté  ,  soit  qu'ils  eussent  appris 
ce  qu'avoit  fait  Pelage ,  soit  qu'ils  jugeassent  nécessaire  de 
donner  avis  de  ce  qui  s'étoit  passé  dans  le  Concile  de  Diospo- 
lis,  aux  Evêques  d'Afrique  où  l'hérésie  avoit  déjà  été  con- 
ep.  i8«.  n.  ».       damnée,  '  y  écrivirent  des  letres  dans  lesquelles  ils  traitoient 
cp.  icc.  n.  2.       avec  soin  cette  grande  affaire.  'Ce  fut  le  Prêtre  Orose,  qui 
étant  atté  du  fond  de  l'Espagne  en  Afrique ,  consulter  S.  Au- 
gustin, et  qui  de  là  aïant  été  renvoie  à  S.  Jérôme  en  Pale- 
ep.  175.  n.  i.       stine,  '  se  chargea  des  letres  de  nos  deux  Evêques   en  s'en 
retournant  en  Afrique.  Il  les  rendit  aux  Evêques  de  la  Pro- 
vince de  Carthage,  qui  au  nombre  de  68  tenoient  leur  assem- 
Tiii.  1. 13.  p.  coo.  blée  ordinaire  à  Carthage  même.  '  On  croit  que  c'étoit  au 
An»,  ibiii.  mois  de  Juin  de  l'an  416.  'On  y  lut  ces  letres,  qui  repro- 


ET  LAZARE.  151 


choient  à  Pelage  et  à  Célestius  des  erreurs  tout-à-fait  déle- 
stables,  et  dignes  des  anathêmes  de  l'Eglise.  'On  les  lut  aussi  pp.  "6.  n.  1.4. 
dans  un  autre  Concile  assemblé  à  Mileve ,  où  se  trouvoient 
61   Evoques  de  la  Province  de  Numidie.  'Marius  Mercator  Mcrc.  ibid.  P.  i8. 
dit  même  qu'elles  furent  encore  lues  dans  un  troisième  Con- 
cile, mais  que  cet  Auteur  ne  nomme  pas.  'Ces  letres  don-  Aug.cp.  i7«.  n.i. 
noient  avis  que  Pelage  étoit  encore  à  Jérusalem  ,  où  il  sédui- 
soit  diverses  personnes;  quoique  les  plus  éclairés,  et  entre 
autres  S.  Jérôme,  lui  résistassent  fortement.  'Héros  et  Lazare  n\\.  a*L 
ne  manquoient  pas  apparemment  d'y  parler  du  Concile  de 
Diospolis  ;  mais  il  n'en  envoïerent  pas  les  actes,  sans  doute  par- 
ce que  Pelage  par  ses  artifices ,  et  Jean  de  Jérusalem  par  son 
crédit  tâchoient  de  les  supprimer. 

'Les  Pères  des  Conciles  de  Carthage  et  de  Mileve,  pour  a««.  «p.  m.  n. 
s'opposer  encore  plus  efficacement  à  ce  désordre,  résolurent       ep" 
de  porter  l'affaire  au  Siège  Apostolique,  qui  étoit  alors  oc- 
cupé par  S.  Innocent.  Ils  écrivirent  donc  à  ce  Pontife ,  et  lui 
envoïerent  les  letres  d'Héros  et  de  Lazare,  avec  les  actes  du 
Concile  qu'ils  avoient  tenu  en  412;  'et ce  fut  surcesmonu-  Mcrc. ibid. 
ments  que  Pelage  et  Célestius  furent  anathématisés  à  Home. 
Marius  Mercator  suppose  que  nos  deux  Evoques  Gaulois  en- 
voïerent avec  leurs  letres  en  Afrique  les  livres  de  Pelage,  qui 
furent  ensuite  renvoies  à  Rome  par  les  Evoques  d'Afrique. 
Mais  il  faut  peut-être  plutôt  l'entendre  des  extraits  de  ces  livres, 
dont  ils  avoient  composé  leur  Mémoire,  que  des  livres  mêmes 
en  leur  entier. 

Nos   deux  généreux  'Evoques   toujours  ardents   pour  le  ibid. 
bien,  ne  se  bornèrent  pas  à  ces  premières  démarches.'  Pela-  p.  19. 
ge  aïant  été  reconnu  pour  ce  qu'il  étoit ,  ils  firent  de  nouvelles 
instances  auprès  d'un  Concile  auquel  Théodote  Evêque  d'An- 
tioche  présidoit ,  et  y  poursuivirent  la  condamnation  de  Pelage, 

apparemment  en  420,  ou  même  depuis.  ■  Cet  hérésiarque  m.  ibid.  P.  680. 
y  fut  en  effet  condamné,  et  puis  chassé  des  saints  lieux.  Théo-  *Merc- ibid- 
dote  eut  soin  d'envoïer  à  Rome  et  à  Jérusalem  les  actes  de  ce 
Concile,  soit  pour  les  faire  confirmer,  soit  afin  de  rendre  pu- 
blique la  condamnation  de  Pelage. 

Telle  fut  la  conduite  que  S.  Héros  et  Lazare  tinrent  dans 
cette  grande  affaire,  et  qui  doit  nous  rendre  leur  mémoire 
aussi  respectable,  qu'elle  l'a  rendue  célèbre.  Assurément  après 
tant  de  services  rendus  à  l'Eglise ,  ils  méritoient  tout  un  au-  Cône.  t.  2.  p.  uo. 
tre  traitement  que  celui  'que  leur  fit  le  Pape  Zosime,  en  £"*.«£ «ri»; 


V  SIECLE. 


152  S.  HÉROS,  ET  LAZARE. 


les  traitant  comme  des  pestes  qui  troubloient  par  leurs  fan- 
taisies la  paix  et  la  tranquilité  de  toute  l'Eglise  ;  comme  les 
tyrans  de  leurs  collègues  dans  l'Episcopat  ;  comme  des  prélats 
intrus  et  ordonnés  contre  toutes  les  règles ,  et  comme  indignes 
de  l'Episcopat  et  de  la  communion  Ecclésiastique  dont  il  les 
priva  quoique  absents. 

Mais  tout  ce  que  Zosime  et  d'autres  purent  faire  contre 
Ang.  gest.  Pei.  n.  nos  deux  Evêques,  '  n'empêcha  pas  '  que  S.  Augustin  et  les 
si  op.  175  n.i.  peres  du  Concile  de  Carthage  tenu  en  416,  ne  les  regardas- 
sent comme  leurs  saints  frères  et  leurs  collègues  dans  l'Epis- 
copat. C'est  ainsi  qu'ils  les  qualifient  dans  des  monuments  qui 
Mab.  auai.  t.  3.  sont  venus  jusqu'à  nous.  '  Le  nom  d'Héros  en  particulier  est 
Ln3*3i.  Jan.  p.  toujours  demeuré  dans  les  diptyques  de  l'Eglise  d'Arles;  'et 
»**•'•  Bollandus  s'étonne  de  ce  qu'il  ne  se  trouve  pas  dans  les  martyro- 

loges. 
Nor.hist.Pei. î.i.  'Certains  Auteurs  Espagnols  ont  prétendu  ,  les  unsqu'Hé- 
c.  12.  p.  80.  rog  ^  Lazare  ayoient  été  Evêques  en  Espagne,  les  autres 
qu'ils  y  avoient  au-moins  été  transférés  d'Aquitaine.  Mais  l'u- 
ne et  l'autre  opinion  est  entièrement  fausse ,  comme  le  mon- 
tre fort  bien  le  Cardinal  Noris  ;  quoiqu'il  ne  rencontre  guère 
mieux  ,  en  disant  que  Lazare  revint  dans  les  Gaules  en  417. 
Nous  avons  fait  voir  par  Marius  Mercator  Auteur  contemporain, 
que  lui  et  Héros  étoient  encore  en  Palestine  après  420.  On  ne 
sçait  point  ce  que  ces  deux  grands  Evêques  devinrent  dans  la 
suite. 


CONCILE   DES  GAULES 

AU  SUJET  DU   PELAGIANISME 

DANS   LA   GRANDE-BRETAGNE. 


I 


l  est  fâcheux  que  nous  ne  sçachions  presque  rien  de  ce 
Concile ,  qui  paroit  avoir  été  si  célèbre  en  son  temps» 
L'année  de  sa  convocation ,  le  lieu  de  sa  tenue ,  le  nombre 
des  Evêques  qui  le  composèrent;  tout  nous  est  presque  ab- 
solument inconnu  :  et  il  ne  nous  en  reste  rien  de  certain  que 
le  sujet  pour  lequel  il  fut  convoqué.  On  sçait  que  le  venin  du 
Pélagianisme  étoit  sorti  originairement  de  la  Grande-Breta- 
gne. Malgré  les  coups  mortels  que  l'Eglise  lui  porta  presque 
dès  sa  naissance  à  Rome,  en  Afrique  et  ailleurs,  il  ne  laissa 

pas 


CONCILE,  AU   SUJET    DU    PÊLAGIANISME.     153 

V   SIECLE. 

pas  de  se  répandre  dans  cette  Isle.  '  Un  certain  Agricole  Pé-  z      ~      ~ 

i        •  ei      l'ai     i    •  ni  rk  il  >•  Pros-  f!hr-  P-  733- 

lagien,  tus  de  Severien  Evêque  Breton,  sçut  tellement  s  in-  7«. 
sinuer  dans  l'esprit  des  gents  de  sa  nation,  qu'il  infecta  de  son 
hérésie  presque  toutes  les  Eglises  du  païs. 

Le  péril  où  se  trouvoit  la  foi  dans  une  telle  extrémité,  re- 
veilla le  juste  zèle  des  Catholiques,  et  surtout  '  du  Diacre  Pal-  ibid. 
lade.  On  ne  vit  point  de  remède  plus  présent  pour  arrêter 
le  mal,  que  '  d'avoir  recours  aux  Evêques  des  Gaules.  On  sur.  31.  Jui.  p. 
leur  fit  une  députation  pour  les  conjurer  de  secourir  au-plu-  416  "' ,9" 
tôt  la  Foi  qui  étoit  en  danger.  A  ce  sujet,  dit  l'Auteur  de  la 
Vie  de  S.  Germain,  il  s'assembla  un  nombreux  Concile,  qui 
d'un  consentement  unanime  choisit  S.  Germain  d'Auxerre  et 
S.  Loup  de  Troïes  pour  l'exécution  de  cette  grande  œuvre. 
C'étoit  deux  héros  du  Christianisme,  et  d'un  mérite  extraor- 
dinaire. Quoiqu'entrés  depuis  peu  dans  l'Episcopat,  ils  pas- 
soient  déjà  pour  des  lumières  de  l'Eglise  et  des  hommes  apos- 
toliques. Nous  dirons  ailleurs  ce  qu'ils  firent  dans  cette  mis- 
sion célèbre  ;  cela  ne  regardant  pas  le  sujet  que  nous  trai- 
tons ici.  C'est-là  tout  ce  que  nous  trouvons  de  ce  Concile 
dans  les  monuments  anciens.  Le  reste  se  réduit  à  des  con- 
jectures, qui  néanmoins  ne  sont  pas  sans  fondement. 

Par  exemple,  pour  l'année  à  laquelle  il  s'est  tenu,  il  pa- 
roît  assez  clairement  qu'on  ne  peut  pas  le  placer  plus  tardqu  en 
'  429  ;  parce  que  selon  S.  Prosper,  qui  écrivoit  dès  lors,  ce  Pros.  ibid. 
fut  en  cette  année  que  S.  Germain  partit  pour  sa  mission 
dans  la  Grande-Bretagne.  Ainsi  on  ne  doit  point  écouter  '  Si-  conc.  t.   3.  P. 
gebertquile  recule  jusqu'à  l'an  446,  quoiqu'il  semble  être       ' 
appuie  par  le  Vénérable  Bede.  Cet  Ecrivain  aura  apparem- 
ment confondu  '  le  second  voiage  que  S:  Germain  entreprit  Sur.3Uui.P.42i. 
vers  ce  temps-là  dans  le  même  pais  et  pour  la  même  cause  *w   n'      2'4 
avec  S.  Sévère  Evêque  de  Trêves.  Mais  il  s'agit  du  premier 
voiage  qu'il  y  fit  avec  S.  Loup  de  Troïes. 

'  Le  Père  Sirmond  n'ose  rien  décider  sur  l'année  de  ce  conc.  ibid. 
Concile.  Baronius  moins  scrupuleux  que  lui  avec  raison,  le  met 
en  429  à  cause  de  l'époque  fixée  par  S.  Prosper  pour  la  mis- 
sion de  S.  Germain  et  de  S.  Loup.  Peut-être  aussi  pourroit- 
on  '  le  mettre  avec  le  P.  Garnier  Jésuite  dès  427  ou  428.  Car  Merc.  1. 1.  P.  231. 
si  l'époque  de  S.  Prosper  ne  permet  pas  qu'on  le  recule,  elle  *32' 
peut  aisément  souffrir  qu'on  l'avance  au-moins  d'une  année. 

La  vie  de  S.  Loup  paroît  même  le  demander,  puisqu'elle  p.  232.9. 
suppose  que  le  départ  du  S.  Evêque  pour  la  Grande-Breta- 
Tome  II.  V 


V   SIECLE. 


154  CONCILE; 


gne  dut  arriver  dès  le  commencement  de  429.  La  suppu- 
s»r.  29.  jui.  p.  talion  est  aisée  à  faire.  '  Cette  Vie  porte  nue  S.  Loup  aiant 
passé  un  an  à  Lerins  sous  S.  Honorât,  qui  fut  Evoque  d'Arles 
sur  la  fin  de  l'an  426,  on  l'élcva  lui-même  sur  le  Siège  épis- 
copal  de  Troïes,  et  que  deux  ans  après  il  accompagna  saint 
Germain  dans  la  Grande-Bretagne.  Il  est  visible  par-là  que 
S.  Loup  entra  dans  l'Episcopat  dès  l'année  426.  Ainsi  il  faut 
qu'il  soit  parti  avec  S.  Germain  au  commencement  de  l'an 
429,  lorsqu'il  y  avoit  deux  ans  et  quelques  moi3  qu'il  étoit 
Evêque.  Car  si  ce  voiage  ne  se  fût  fait  que  bien  avant  dans 
la  même  année,  il  y  auroit  eu  alors  plus  de  trois  ans  qu'il 
étoit  Evêque  ;  et  l'Auteur  de  sa  Vie  n'auroit  pas  parlé  exac- 
tement en  n'en  marquant  que  deux,  comme  il  fait.  Aussi  dit- 
il  que  ce  fut  en  hiver  qu'il  entreprit  ce  voiage.  Cela  posé,  il 
est  assez  naturel  que  le  Concile  dont  nous  parlons  se  soit 
tenu  dès  428  ;  le  cours  ordinaire  des  choses  demandant  qu'il 
y  ait  eu  quelqu 'intervalle  entre  la  fin  du  Concile  et  le  départ 
des  deux  saints  Evêques. 
p-  232  ,  '  Quant  au  lieu  où  s'assembla  le  Concile,  le  P.  Garnier  nous 

paroît  assez-bien  fondé  pour  l'assigner  à  Arles  sous  S.  Ho- 
norât. '  En  effet,  les  députés  qui  vinrent  de  la  Grande-Bre- 
tagne dans  les  Gaules  pour  demander  du  secours  contre  l'hé- 
résie, durent  s'adresser  à  quelque  Evêque  préférablement  à 
tous  les  autres  :  car  de  s'adresser  à  chacun  en  particulier,  cela 
n'étoit  ni  facile  ni  naturel.  Or  il  n'y  en  avoit  point  alors  qui 
fût  plus  en  état  de  les  secourir  que  l'Evêque  d'Arles.  Il  te- 
noit  sans  contradiction  le  premier  rang,  et  avoit  le  droit  d'as- 
sembler, lorsqu'il  le  jugeoit  à  propos,  les  Evêques  de  plu- 
232  ,  sieurs  Provinces.  '  Sa  Ville  épiscopale  étoit  d'ailleurs  le  lieu 

conc.  g.  1. 1.  p.  de  la  résidence  du*Préfet  des  Gaules.   Outre  cela,  '  dès  le 
»»•  9e  de  Juillet  425  l'Empereur  Valentinien  III  avoit  adressé 

un  rescrit  à  Armace,  ou  Amace,  Préfet  du  Prétoire,  où  en- 
tre autres  règlements  il  vouloit  que  Patrocle  alors  Evêque 
d'Arles  assemblât  un  Concile  contre  les  Evêques  qui  au- 
raient eu  le  malheur  d'embrasser  les  erreurs  de  Pelage  et 
de  Célestius. 
More.  i.  \.  p.  233.  ^  Y  a  b*en  de  l'apparence  que  Palrocle  occupé  de  tout 
autre  chose  que  de  l'avantage  de  la  religion,  négligea  d'exé- 
cuter ces  ordres,  et  en  laissa  le  soin  à  S.  Honorât  son  succes- 
seur. Celui-ci  assez  vrai-semblablement  ne  put  pas  sitôt  s'en  ac- 
quitter, soit  à  cause  des  désordres  que  Patrocle  avoit  causés 


p.  233.   1. 


i 


AU  SUJET  DU  PÉLAGIANISME.  155 

V  SIECLE. 


dans  son  Eglise,  soit  pour  quelqu'autre  raison.  Mais  il  y  a 
tout  lieu  de  croire  qu'il  le  fît  le  plutôt  qu'il  lui  fut  possible  : 
desorte  néanmoins  que  l'exécution  en  put  être  différée  jus- 
qu'en 428.  Il  fut  fort  aisé  que  durant  ce  délai,  les  Bretons 
fussent  avertis  de  l'indication  de  ce  Concile,  et  qu'ensuite 
ils  en  profitassent  psur  obtenir  l'assistance  dont  ils  avoient  be- 
soin contre  le  Pélagianisme.  L'arrivée  de  leurs  députés  dans 
les  Gaules  put  enfin  déterminer  à  assembler  le  Concile.  C'est 
ce  qui  nous  paroit  le  plus  naturellement  s'être  passé  sur  cette 
grande  affaire. 

On  ne  sçail  quels   furent  les  Evêques  qui    composèrent 
'  cette  assemblée  qui  fut  fort  nombreuse,  selon  le  témoigna-  snr.  m.  jni.  p. 
ge  du   Prêtre  Constance   Auteur  de  la  Vie  de  S.  Germain  416'  ""  19- 
d'Auxerre.  '  I^a  Chronique   de  S.    Prosper  nous  oblige  de  Pros.  Chr.  p.  744. 
dire  que  le  Pape  S.  Célestin  y  envoïa  des  Légats  de  sa  part; 
puisqu'elle  attribue  à  ce  S.  Pontife  la  mission  de  S.  Germain, 
'  que  Constance  attribue  au  Concile  même.  Il  est  au-moins  sar.  ibid. 
certain  par  ces  deux  monuments,  que  l'une  et  l'autre  autorité 
y  concourut. 

'  Le  P.  Garnier  compte  ce  Concile  des  Gaules  pour  le  21e  Merc.  t.  î.p.  231. 
entre  ceux  qui  se  sont  tenus  sur  l'hérésie  de  Pelage.  Il  ajoute  *' 

3u'on  en  a  recouvré  les  Actes  en  leur  entier  avec  les  noms 
es  Evêques  qui  y  assistèrent,  et  le  mémoire  dont  ils  char- 
gèrent S.  Germain  et  S.  Loup  pour  leur  mission.  '  M.  de  tm.  h.  e.  1. 15. 
Tillemont  le  confirme,  témoignant  que  ces  Actes,  avec  ceux  p' 16- 
qui  contiennent  l'histoire  de  ce  que  nos  deux  Saints  Mission- 
naires Gaulois  firent  dans  la  Grande-Bretagne,  sont  entre  les 
mains  d'une  personne  célèbre.  Mais  si  cela  est 'ainsi,  pourquoi 
priver  plus  long-temps  le  Public  d'un  thrésor  si  précieux  et  si 
intéressant  pour  l'Eglise  el  pour  nôtre  Nation? 


Vij 


156  S.  HONORAT. 


V  SIECLE. 


S.     HONORAT, 

Evèque  d'Arles. 


HISTOIRE   DE    SA    VIE. 

Hii  deHon      5     C    H0N0RAT>   l'une  des   plus  brillantes    lumières    de    son 

si™,  i.  g.'  t.  '^.  temps,  naquit  dans  les  Gaules  après  le  milieu  du  IV 

12.  p.  675.  siècle.  On  ignore  le  lieu  précis  de  sa  naissance.  Mais  on 

a  un  fondement  légitime  pour  croire  que  ce  fui  l'un  des  deux 

païs  que  l'on  a  nommés  dans  la  suite  la  Lorraine  et  la  Rour- 

Hn.  iwd.  p.  7.2|    gogne.  '  Sa  famille  étoit  illustre  et  avoit  possédé  la  dignité 

Lco,  t.  i.  p.  731.  jju  Consulat.  S.  Hilaire,  qui  fut  depuis  son  successeur  dan» 

le  Siège  épiscopal  d'Arles,  se  dit  son  parent,  et  par-là  nôtre 

sur.  29.  Jui.   p.  Saint  se  trouvoit  allié  '  avec  S.  Loup  de  Troïes,  qui  épou- 

39°-  sa  la  sœur  de  S.  Hilaire. 

Ha.  ibu.p.  s.  2.  |  '  Honorât  excelloit  dans  les  exercices  du  corps,  et  avoit  été 
Tin.  ib.  p.  «*.  assurément  élevé  dans  les  Letres,  comme  toutes  les  person- 
ffii.  p.  9.  i.  nes  de  naissance  l'éloient  alors.   Dés  son  enfance  il  donna 

diverses  marques  de  vertu,  quoiqu'il  ne  fût  encore  que  Ca- 
técuméne.  Sitôt  qu'il  pouvoit  avoir  de  l'argent,  il  le  distri- 
p.  9.1-n.i.         buoit  libéralement  aux  pauvres.  '  Après  son  Raptème  il  prit  la 
résolution  de  renoncer  entièrement  au  monde,  malgré  tout 
ce  que  son  père,  qui  étoit  un  homme  du  siècle,  seul  mettre 
en  usage  pour  l'y  retenir,  et  le  lui  faire  aimer, 
p.  u.  2 1  p.  i5.  i.       '  H  avoit  plusieurs  frères;  mais  on  ne  connoît  que  S.  Ve- 
nant, qui  bien  que  plus  âgé  que  lui,  voulut  être  son  imita- 
p.  !2. 2.  teur  et  son  disciple  dans  la  pieté.  '  D'abord  ils  se  retirèrent  à 

p.  13.  i.  la  campagne  dans  une  de  leurs  terres,  où  l'odeur  de  leur 

vertu  attira  plusieurs  personnes,  qui  allèrent  se  joindre  à  eux^ 
Mais  la  crainte  d'être  tentés  par  les  honneurs,  '  leur  fit  quit- 
tes leur  -païs.  '  Ils  vendirent  ce  que  leurs  aumônes  précéden- 
tes leur  avoient  laissé  de  leurs  biens,  et  le  distribuèrent  aux 
pauvres.  Ainsi  dénués,  ils  allèrent  sous  la  conduite  de  S.  Ca- 
Euch.  ad  Hu.  p.  prais,  '  cet  illustre  Solitaire  de  Lerins  dans  la  suite,  •  s'em- 
^Tin     C7  468      arquera  Marseille  vers  l'an  395.  Cherchant  de  la  sorte  un 
■a.  \f>   p. '  14.  2.  pais  où  l'on  n'entendît  pas  le  Latin,  ils  abordèrent  en  Acaïe, 

15.1.  r 


p.  13.  2. 
p.  14.  1. 


EVEQUE   D'ARLES.  157 


V  SIECLE. 


90.  t  |  il.  SI.  2. 
p.  18.  1  |  il.  2. 


c'est-à-dire  en  Grèce  et  dans  le  Péloponese.  Les  fatigues  du 
voïage  leur  aïant  causé  plusieurs  maladies,  8.  Venant  n'y  put 
résister,  et  mourut  à  Méthone. 

Après  cette  mort  S.  Honorât  avec  S.  Caprais  reprit  le  hu.  u>.  p.  15.  2. 
chemin  des  Gaules  par  l'Italie  et  la  Toscane,  et  alla  fixer  sa 
retraite  dans  l'Isle  de  Lerins.   On  ne  convient  pas  du  temps  -nu.  u>id.  p.  472. 
auquel  il  y  entra  ;  mais  on  peut  dire  que  ce  fut  dans  les  pre-  *73- OT5- 6™ 
mieres  années  du  V  siècle,  entre  400  et  41 0.  D'un  lieu  affreux 
et  désert,  'qui  n'étoit  habité  que  par  les  serpents,  il  en  fit  Hii.iMdp.t6.1a. 
un  lieu  peuplé  d'une  armée  de  Saints,  qui  vivoient    plutôt  |n'nE.vu;  Ant.'J. 
comme  des  Anges  que  comme  des  hommes.  '  Tous  les  païs  «■•/■■.  jEf. 
voisins  y  envoïoient  ceux  oui  cherchoient  Dieu.  Quiconque 
vouloit  se  donner  à  J.  C.  alloit  trouver  Honorât.  'Onvoïoit 
parmi  ces  Moines  des  hommes  presque  de  tous  les  pals  et 
de  toutes  les  Nations  même  les  plus  barbares.  'Le  Samty  p  „  t 
bâtit  des  logements  pour  les  y  retirer,  et  une  Eglise  pour  y 
faire  le  Service  divin. 

Tels  furent  les  commencements   de  ce  désert  si  célèbre, 
qui  devint  bientôt  un  Séminaire  de  saints  Evoques  et  de  sça- 
vants  hommes.    On  y  vivoil  et  en  Cénobites  et  en  Ermites,  Each.ib.p.w.  2 
suivant  la  règle  que  S.  Honorât  y  avoit  établie.'  S.  Honorât  Hom.w. 
de  concert  avec  S.  Caprais  gouvernoit  cette  sainte   troupe 
de  Solitaires.  L'un  en   qualité   d'Abbé  faisoit  les  fonctions 
d'un  Pasteur  actif  et  vigilant  :  l'autre  dans  le  secret  de  sa  cel- 
lule, comme  élevé  sur  une  montagne  à  l'écart,  imploroit  l'as- 
sistance de  Dieu  par  une  prière  continuelle.  '  On  reconnois-  Hii.  de  Hon.  p 
soit  en  S.  Honorât  une  source  de  la  sagesse  céleste,  qu'il  ré-  *■  *  **•  •• 
pandoit  abondamment,  après  y  avoir  puisé  lui-même,  sur 
tous  ceux  qui  l'approchoient. 

'S.  Hilaire  nous  le  représente  comme  un  Supérieur  ac-  p.  «.  2-20.  j. 
compli,  qui  bien  qu'élevé  au-dessus  des  autres  par  sa  charge, 
s'étoit  rendu  le  serviteur  de  tous,  et  fait  tout  à  tous  pour  gagner 
tout  le  monde  à  J.  C.  '  Lorsqu'il  ne  pouvoit  réussir  par  ses  p.  18.  2. 
exhortations  vives  et  animées,  à  convertir  ceux  qui  se  met- 
toient  sous  sa  discipline,  il  avoit  recours  à  Dieu,  en  lui  fai- 
sant une  sainte  violence  par  ses  prières.  '  Ce  fut  beaucoup  plus  >.n.i.«.t|  Léo, 
par  ce  moïen  que  par  ses  discours,  que  dans  un  voïage  qu'il  *^  c7^- c  *  p 
fit  en  son  païs,  il  convertit  et  emmena  à  Lerins  l'illustre  S. 
Hilaire,  '  depuis  Evêque d'Arles.  .     Hii.  p.  25.  t. 

'  Il  semble  aussi  que  S.  Eucher  en  quittant  le  monde  se  8id.  cal.  1S.  v. 
retira  d'abord  dans  ce  sacré  désert.  *  Sajone  son  fils  y  fut  in-  \^eh 

13  p.  S.  49. 


V   SIECLE. 


158  S.    HONORAT, 


Pros.  Chr.  p.  743. 


26.  2 


struil  avec  S.  Veran  son  frère,  dès  l'âge  de  dix  ans  par  S. 
sur.  ibiJ.  Honorât  '  dont  la  réputation  y  attira  aussi  le  célèbre  S.   Loup, 

Kii.ii.  ad  m.  p.  depuis  Evêque  de  Troïes,  et  bien-tôt  après,  '  Vincent 
sti^i  s  c  u  ^rere  de  ce  saint  Prélat.  'S.  Sidoine  parle  encore  d'un  Evê- 
p'.549'.  '  que  nommé  Antiole,  qui  avoit  été  autrefois  à  Lerins  com- 
pagnon de  S.  Loup,  et  de  S.  Maxime,  qui  en  fut  Abbé  après 
nôtre  Saint, 
jiii  ib.p  17.1. 1        'Avant  410  S.  Honorât  avoit  été  élevé  au  Sacerdoce.  Il 

Paul.  op. 51  .n.1.  I  -        ..    .       .  ,       _        •      i,  ,,-.,,  ,    ,  . 

Tiii.ib.  p.  48i.     en  reçut  la  plénitude,  sur  la  un  de  1  an  420,  aiant  ele  ordon- 

Hii.  ami.  p.  ss.s.  né  alors  Evoque  d'Arles,  '  à  la  prière  de  tout  le  peuple  ,  qui 

sans  l'avoir  jamais  vu,  le  demanda  par  une  inspiration  divine 

pour  succéder 'à  Patrocle  mort  la  même  année  selon  Saint 

Prosper.  Celte  Eglise  avoit  besoin  d'un  aussi  saint  Pasteur 

que  le  fut  S.  Honorât,  pour  réparer  ses  perles,  et  remédier 

pros.  t.  chr.  p.  aux  scandales  et  aux  désordres  qu'y  avoil  causés  '  Patrocle 

»  m.  de  non.  p.  par  son  administration  avare  et  symoniaque.  *  Le  premier 

soin  de  S.  Honorât,  lorsqu'il  se  vit  Evêque,  fut  de  réunir 

les  esprits  divisés  par  les  différentes  brigues  que  l'on  avoit 

faites  pour  réussir  dans  des  élections,  qui  n'étoient  pas  ca- 

p.  27.  i.  noniques.  '  Il  bannit  de  la  maison  épiscopale  l'idolâtrie  des 

richesses,  et  dissipa  par  ses  saintes  profusions  les  thrésors  que 

Patrocle  avoit  amassés. 

Tiii.  ibid.  p.  483.       '  On  sçait  peu  de  choses  de  l'Episcopat  de  nôtre   Saint, 

(>arce  que  l'Eglise  d'Arles  jouit  peu  de  temps  de  cet  excel- 
ent  Pasteur.  Seulement  '  on  sçait  qu'il  fut  un  Evêque  aussi  ac- 
compli, qu'il  avoit  été  un  parfait  Abbé,  '  et  que  son  Eglise 
en  si  peu  de  temps  devint  aussi  florissante,  que  l'étoit  l'Ab- 
baïe  de  Lerins  sous  sa  conduite.  '  Il  avoit  beaucoup  de  talent 
pour  la  parole;  mais  ce  qui  est  encore  un  plus  grand  sujet 
d'éloge,  ses  discours  répondoienl  à  sa  vie,  et  sa  vie  étoit  en 
p.  27.21  p. 28.  i.  tout  conforme  à  ses  discours.  Il 'prêcha  encore  au  peuple  le 
jour  de  l'Epiphanie,  avant  que  de  mourir,  et  «ne  cessa  point 
durant  sa  maladie  de  faire  des  exhortations  salutaires  à  ceux 
p.  29. 1.2  qui  l'alloient  voir.  '  Les  premiers  de  la  ville,  et  entre  autres 

le  Préfet  des  Gaules,  et  les  autres  qui  avoient  passé  par  la 
même  dignité,  se  trouvèrent  présenls  à  sa  mort. 
Tiii.  ibid.  p.  484.  'II  mourut  le  10''  jour  de  Janvier  de  l'an  412  ,  "  après 
•  i.«o,  ibid.p.  738.  avoir  gouverné  l'Eglise  d'Arles  deux  ans  et  davantage.  bSon 
»!  'non.  io  janv.  corPâfu'  inhumé  hors  des  murs  de  la  Ville  dans  l'Eglise  de 
p.  25.ii.  i.  S.  Genès,  où  l'on  mit  dans  la  suite  des  Moines  de  S.  Vic- 

tor de  Marseille,  et  qui  porla  le  nom  de  S.  Honorât,  auquel 
on  joignit  depuis  celui  de  Nôtre  Dame. 


27 

•p-  27.  1. 

p.  25.  2.  2li.  1. 


EVEQUE  D'ARLES,  159 

*  V   SIECLE. 


Environ  un  an  après  sa  mort,  S.  Hilaire  son  Successeur  _.„   .... 

.     r  Till.  ibul.  p.  48.>. 

prononça  son  Oraison  mnebre,  qui  est  un  des  beaux  monu- 
ments de  l'antiquité  en  ce  genre.  '  S.  Honorât  y  est  repré-  M.  Mi.  p.  6.  i. 
sente  comme  un  de  ces  hommes  illustres  par  leurs  mérites, 
dont  on  ne  peut  parler  qu'avec  les  plus  grands  éloges.  '  Il  Tiit.  um. 
a  encore  reçu  les  louanges  de  S.  Paulin,  de  S.    Eucher, 
de  Cassien,  de  Salvien,  de  Fauste  de  Ries,  tous  ses  amis, 
ou  ses  disciples,  et  de  plusieurs  autres  dans  la  suite    des 
temps.  '  S.  Eucher  dans  l'éloge  magnifique  qu'il  a  fait  du  *■*•  »d  W-  p 
désert  de  Lerins,  le  loue  sur  tout  de  ce  qu'il  a  mérité  d'avoir 
un  si  digne  Fondateur,  en  qui  l'on  voïoit  la  vigueur  de  l'es- 
prit des  apôtres.  '  Cassien  qui  adresse  à  S.  Honorât  et  à  S.  cass.coii.  u.pr. 
Eucher  sa  II"  Conférence,  dit  que  le   premier   brilloit  par  p 
l'éclat  de  sa  vertu,  à  la  tête  d'un  grand  nombre  de  Moines. 
'  Notker  le  Régue  le  met  au  nombre  des  brillantes  lumie-  Noiw.  m.  ser. 
res  qui  ont   éclairé  l'Occident,  et  le  compte  entre  les  grands  1S  p    " 
hommes  que  l'on  peut  mettre  en  parallèle  avec  ceux  que 
l'Orient  a  produits. 

S-  h. 

SES  ECRITS. 


I 


L  ne  nous  reste  plus   aujourd'hui   aucun   monument  du 
scavoir  de  S.  Honorât.  '  Il  avoit  cependant  beaucoup  d'é-  m.  ami.  p.  22.2. 
loquence,  et  une  grande  facilité  à  s'exprimer;"  et  il  étoit  très-  ifsur.'as.  Aug.  n. 
capable  de  faire  des  écrits  agréables,   polis,  et  dignes  de  893 
passera  la  postérité.    On  loue  beaucoup  la  règle  qu'il  donna  E^u-  Hom.  13. 
aux  Solitaires  de  Lerins.  Néanmoins  comme'  elle  n'est  point  Nor  hist.  Pei.i.s. 
marquée  parmi  celles  dont  S.  Renolt  d'Aniane  a  fait  sa  Con- 
corde, le  Cardinal  Noris  a  cru  que  S.  Honorât  ne  l'avoit 
point  rédigée  par  écrit,  s'étant  contenté  des  exemples  et  des 
règlements  des  Orientaux.  Mais  cette   opinion    ne   se  peut 
soutenir,  '  comme  le  remarque  fort  bien  M.  de  Tillemont.  tîm.  h.  e.  1. 12. 
Car  on  voit  dans  les  anciens  que  l'on  joint  les  règlements  des  p'  475' 
Saints  Pères  de  Lerins  avec  les  règles  écrites  de  S.  Rasile, 
de  S.  Pacôme,  et  de  Cassien.  D'ailleurs  un  autre  ancien  Au- 
teur '  parmi  les  écrits  attribués  à  S.  Eucher,  parle  de  cette  Euch.  ibki. 
règle  comme  existante;  puisqu'il  dit  qu'elle  étoit  tirée   de 
l'ancien  et  du  nouveau  Testament,  et  des  Instituts  des  Pères 
de  l'Egypte.  C'est  encore  ce  que  confirme  d'une  manière  à 
n'y  laisser  aucun  doute,'  le  Concile  d'Arles  tenu,  comme  Conc.i.*.p.i<H5 


V   SIECLE. 


160  S.   HONORAT, 


nous  dirons,  en  454,  en  ordonnant  que  la  règle  établie  de- 
puis long-temps  à  Lerins  par  le  fondateur  de  ce  monastère, 
seroit  observée  en  tous  ses  points  :  Régula  quœ  a  fundcUore  ip- 
sius  mçnasterii  Lirinensis  dudum  conslituta  est,  in  omnibus 

■nu.   ibid.    47».  custodiiâ.  '  D'autres  remarquent  que  cette  règle  étoit  plus  aus- 

476  tere  que  les  règlements  qu'on  praliquoit  et  à  saint  Claude  et  à 

saint  Maurice. 

Hii.ibid. p. sâ.s.  'S.  Hilaire  relevé  beaucoup  les  lettres  de  S.  Honorât.  Il 
faut  qu'il  en  ait  écrit  un  très  grand  nombre;  puisque  le  mê- 
me Auteur  assure  que  malgré  sa  retraite  il  en  recevoit  de  toutes 
parts  presque  une  infinité,  et  qu'il  étoit  exact  à  y  répondre. 
La  perte  en  est  d'autant  plus  grande  qu'on  en  parle  avec  plus 
d'estime,  comme  étant  pleines  d'onction,  de  douceur  et  de 
gravité.  Nôtre  Saint  aïant  écrit  une  fois  à  S.  Euch.er  sur  des 
tablettes  de  cire,  suivant  la  coutume;  S,  Eucher  pour  expri- 
mer la  douceur  qu'il  trouvoit  dans  ses  paroles,  lui  manda  qu'il 
avoit  renfermé  de  nouveau  le  miel  dans  la  cire  d'où  il  avoit 
été  tiré. 

p.  35.  s.  '  Le  même  S.  Hilaire  rejeve  beaucoup  les  discours  que 

S.  Honorât  faisoit  tous  les  jours  à  son  peuple.  Il  relevé  en  parti- 
culier ceux  qui  traitoient  du  mystère  de  la  Trinité  ;  assurant 
qu'il  étoit  difficile  que  personne  en  parlât  d'une  manière 
plus  lumineuse.  Nous  n'avons  plus  rien  de  toutes  ces  pièces 

L«o.  1. 1.  p.  738.  d'éloquence  et  de  pieté.  Seulement  '  S.  Honorât  Evêque  de 

733.  c.  s.  Marseille  dans  la  Vie  qu'il  nous  a  laissée  de  S.  Hilaire  suc- 

cesseur de  nôtre  saint  Prélat,  nous  a  conservé  le  discours  que 
fit  celui-ci,  pour  tirer  l'autre  des  embarras  du  siècle,  et  le 

Hii.  iWd.  p.  ».  conduire  dans  le  port  assuré  et  tranquile  de  la  solitude.  '  De 
même  S.  Hilaire  nous  a  conservé  l'Exhortation  que  nôtre 
Saint  fit  au  lit  de  la  mort  au  préfet  des  Gaules,  et  aux  au- 
tres personnes  de  la  première  qualité,  qui  étoient  présentes, 
afin  de  les  porter  à  mépriser  les  honneurs  et  les  pompes  du 
siècle,  qui  ne  servent  de  rien  à  la  mort  et  à  vivre  de  telle 
sorte  qu'ils  pussent  mépriser  la  mort  même,  en  vûë  de  l'es- 
pérance de  la  résurrection  à  venir,  que  J.  C.  nous  a  méritée 
par  sa  mort  et  sa  résurrection. 

»•*•••.  'Le  même  Auteur  dans  la  Vie  de  nôtre  Saint  a  cru  nous 

devoir  marquer  un  trait  mémorable  de  sa  doctrine  sur  la  grâ- 
ce. Il  y  dit  que  J.C.  qui  est  la  source  de  toutes  les  vertus, 
les  aïant  répandues  sur  S.  Honorât,  et  sur  les  autres  par  son 
ministère,  S.  Honorât  lui  en  rapportoit  toute  la  gloire,  et  lui 

attri- 


3-30.  3. 


EVÉQUE    D'ARLES.  161 


V  SIECLE. 


e.  9.  p.  42. 


attribuoit  tout  le  bien  qu'il  faisoit,  se  disant  sans  cesse  à  lui- 
même  et  aux  autres,  ces  paroles  de  l'Apôtre  de  la  grâce  : 
Quavez-vous  que  vous  riaïez  pas  reçu?  'L'on  assure  sur  cela,  Am.  For.  p.  76. 
que  le  poison  de  la  doctrine  de  Cassien  n'avoit  point  trouvé 
d'entrée  dans  le  monastère  de  Lerins,  tant  qu'il  fut  gouver- 
né par  S.  Honorât.  'En  effet  rien  n'est  plus  fort  que  cette  Tiii.ibid.p48i. 
parole,  soit  contre  le  Pélagianisme,  soit  contre  toutes  les  bran- 
ches qui  en  sont  sorties.  Elle  suffit  aussi  pour  repousser  '  l'in-  vo»s.hut.Pei.i.i 
jure  que  Vossius  fait  à  nôtre  Saint,  en  l'accusant  sur  une 
preuve  mal  entendue,  d'avoir  été  un  des  adversaires  de  saint 
Augustin. 


ANONYME, 

AUTEUR   DES   ACTES  DE   S-    SATURNIN, 

Premier  Evèque  de  Toulouse,  et  Martyr. 


L! 


es  Actes    de   S.    Saturnin  premier   Evoque  de  Tou-  tui.  h.e.  t.  3.  p. 

ilouse,  paraissent  si  estimables,  qu'il  a  semblé  à  quel-  K1 
ques  Sçavants,  qu'ils  avoient  eu  pour  Auteur  S.  Sévère 
Sulpice,  ou  S.  Paulin  de  Noie.  Mais,  comme  nous  n'avons 
point  de  preuves  suffisantes  pour  appuïer  ce  sentiment,  qui 
semble  d'ailleurs  démenti  par  le  style  de  ces  deux  célèbres 
Ecrivains,  nous  sommes  obligés  d'avouer  que  le  véritable  Au- 
teur de  ces  Actes  nous  est  inconu  pour  le  nom.  '  Dom  Thierri  Act.  Man.  p.  107 
Ruinart  n'est  pas  éloigné  de  croire  que  la  première  partie  a 
été  écrite  50  ans  après  le  martyre  du  Saint,  qui  souffrit  peu 
après  l'année  245,  vers  laquelle  on  place  sa  mission  dans  Jes 
Gaules;  et  que  l'autre  partie  qui  traite  de  sa  translations  été 
ajoutée  à  la  première  vers  le  commencement  du  V  siècle.  A 
dire  le  vrai  il  y  a  un  endroit  de  l'ancien  manuscrit  de  S.  Maur  p.  no.  not. 
des  Fossés,  dont  il  s'est  servi  pour  publier  ces  Actes,  qui  fa- 
vorise son  opinion  ;  car  on  y  lit  expressément  le  terme  de  cin- 
quante exprimé  par  la  letre  Romaine  qui  marque  ce  nombre. 
Néanmoins  il  y  a  toute  apparence  que  cet  endroit  est  erroné. 
C'est  ce  que  prouvent  les  paroles  qui  suivent  immédiatement 
dans  le  même  manuscrit,  et  qui  ne  signifient  rien,  tubtisplu- 
rimis,  à  la  place  desquelles  on  a  substitué  actis  publias,  qui  ne 

Tome  //.  X 

1  3  * 


V 

SIECLE. 

Sur. 
013. 

29.  Nov.  p. 
n.   1. 

162  ACTES  DE  S.  SATURNIN, 

s'accordent  pas  avec  les  suivantes,  sicut  fidelirecordatione  re- 
tinetur  :  ce  qui  marque  qu'il  n'y  avoit  alors  sur  ce  sujetqu'une 
tradition  assurée,  et  point  d'écrit. 

Il  paroît  donc  qu'il  en  faut  revenir 'à  la  leçon  de  Surius, 
qui  porte,  ante  annos  satisplurimos,  et  avouer  qu'il  n'y  a  rien 
dans  ces  Actes,  qui  oblige  d'y  reconnoître  deux  différents  Au- 
teurs. Au  contraire  on  y  sent  par-lout  régner  le  même  génie, 
la  même  pieté,  le  même  genre  de  style  ;  et  l'épilogue  com- 
paré avec  la  préface  montre  clairement  que  la  pièce  est  sortie 
Tin.  ibi.i .  delà  même  plume.  'On  juge  avec  beaucoup  de   fondement 

Act.  Man.  p.  112.  que  ce  peut  avoir  été  un  Disciple  '  de  S.  Exupere  autre  Evêque 
"• 6-  de  Toulouse,  qui  fleurissoit  à  la  fin  du  IV  siècle  et  au  com- 

mencement du  V,  et  dont  cet  Auteur  parle  d'une  manière 
p.  no.  n.  2.         fort  avantageuse.  'La  tradition  et  la  mémoire  fidelle  que  les 
hommes  avoient  encore  de  S.  Saturnin,   lorsque  nôtre  Ano- 
Tiii.  ibid.  nyme  écrivoit,  '  font  voir  qu'il  n'était  pas  bien  éloigné  de  son 

siècle,  qui  étoit  le  III  de  l'Eglise.  Ainsi  il  pouvoit  écrire  vers 
l'an  425  ou  430. 
11,1,1  Au  reste,  quel  qu'ait  été  cet  Auteur,  '  l'on  convient  qu'il 

ne  peut  être  qu'un  grand  génie,  et  un  homme  qui  avoit  beau- 
coup d'éloquence,  d'érudition  et  de  pieté.  L'Histoire  qu'il 
nous  a  laissée  est  très  constante,  et  tout-à-fait  conforme  a  ce 
que  S.  Sidoine  et  Fortunat  de  Poitiers  disent  de  S.  Saturnin. 
Ad.  Man.  p.  109.  '  Il  la  commence  par  montrer  l'obligation  que  nous  avons  à 
"  !    .  révérer  les  Saints  Martyrs,  a  et  la  finit  par  une  exhortation,  qui 

ne  respire  que  la  foi  et  la  pieté,  afin  de  porter  les  fidèles  à 
honorer  les  amis  de  Dieu,  c'est-à-dire  les  Saints,  non  comme 
morts,  mais  comme  véritablement  vivants;  parce  que  la  foi 
ne  nous  permet  pas  de  douter  que  si  nous  demandons  leurs 
suffrages,  comme  il  faut,  nous  aurons  le  bonheur  de  sentir 
leur  protection. 
Tiii.ibid.  'Le   style    avec    lequel    cette    histoire  est    écrite,   plein 

d'une  éloquence  aussi  sainte  qu'elle  est  grave,  suffirait  et  pour 
nous  assurer  de  l'antiquité  de  la  pièce,  et  pour  lui  mériter 
l'applaudissement  que  toutes  les  personnes  habiles  lui  don- 
tir.  T.hist.Fr.i.i.  rient.  Il  faut  bien  qu'elle  soit  ancienne  et  considérable  ;  '  puis- 
qu'elle est  citée  dès  le  VI  siècle  par  S.  Grégoire  de  Tours, 
qui  s'en  est  servi  pour  établir  un  des  points  les  plus  impor- 
tants pour  l'histoire  de  l'Eglise  Gallicane.  C'est  au  sujet  de  la 
Acr  Man.  p.  110.  prédication  et  du  progrès  de  la' foi  dans  les  Gaules,  '  où  nôtre 
Auteur  témoigne  qu'elle  ne  s'est  répandue  que  peu  à  peu  et 


n.  28. 


II.   2 


PREMIER  EVÊQUE  DE  TOULOUSE.     163     VCIPrIl, 

V   SIECL  E. 

par  dégrés  ;  '  convenant  en  ce  point  avec  S.  Sévère  Sulpice,  Lir  lL  i'«~i[* 
cet  autre  Ecrivain  si  respectable.  «•  p  366. 

'  Surius  a  publié  les  Actes  dont  nous  parlons,  au  29e  de  sur.  29.  Nov.  p 
Novembre,  jour  auquel  on  célèbre  la  fête  du  saint  Martyr. 
'Dom  Ruinart  nous  les   a  donnés   de   nouveau,1  après  les  Act.  sun.  p.  109- 
avoir  revus  sur  les  meilleurs  manuscrits  qu'il  a  pu  recouvrer.  .   '  107 
Le  plus  remarquable  est  celui  de  S.  Maur  des  Fossés,  qui 
dès-lors  montroit  900  ans  d'antiquité. 


CYTHERE, 

Homme  de  Letres. 

Cythere  ,    homme    illustre    dans   le    monde,    tant    par  Pam.  car.  21.  v 
sa  naissance,  que  par  les  dignités  auxquelles  il  avoit  **"'  *82' 
été  élevé,  fleurissoit  au  commencement  de  ce  siècle. 'Il  étoit  t.  si.tr. 
Gaulois,  comme  il  paroît  par  S.  Paulin,  'et  à  ce  que  l'on  vit.  c.  37.  n.  * 
croit,  ou  d'Aquitaine,  ou  de  cette  partie  de   la  Narbonoise 
que  l'on  a  nommée  dans  la  suite  le  Languedoc.  'Il   avoit  car.  21.  v.  689- 
épousé  une  femme  qui  lui  donna  plusieurs  enfants,  et  dont  S.  697' 
Paulin  loue  beaucoup  la  conduite  toute   Chrétienne.    Mais 
Cythere  étoit  encore  plus  illustre  par  la  pieté,  dont  il  faisoit 
profession,  que   par    tout   ce  qui  le  relevoit    aux  yeux  du 
monde. 

'Dieu  avoit  donné  à  Cythere  un  cœur  humble,  pour  le  v.  483-486. 
rendre  grand  dans  le  Ciel,  et  lui  avoit  inspiré  de  l'amour  pour 
les  pauvres,  afin  de  l'associer  à  la  récompense  de  ceux  qu'il 
comble  des   richesses  célestes.    'Il    étoit    pauvre    d'esprit,  v.  w-ww. 
mais  riche  en  cette  espérance  qui  fait  la  joie  des  pauvres. 
Ses  liaisons  répondoient  au  reste  de  sa  conduite  ;  étant  lié 
particulièrement  avec  deux  des  plus  illustres  Saints  du  com- 
mencement de  ce  siècle,    S.  Sévère  Sulpice,"  et  S.  Paulin  v.  715. 
de  Noie.  Celui-ci  qui  étoit  déjà  Prêtre,  le  qualifie  son  frère  *p.  99. 
en  J.  C.  d'où  apparemment  l'on  ne  pourroit  pas  conclure 
que  Cithere  fût  aussi  revêtu  du  Sacerdoce.  Mais  s'il  n'avoit 
aucun  degré  dans  l'Eglise,  il  voulut  au  moins  avoir  un  de  ses 
enfants  qui  y  tînt  quelque  place. 

Ainsi  '  pénétré  des  mêmes  sentiments,  qui  portèrent  Abra-  v.  soo-sœ. 
ham  à  immoler  son  fils  Isaac,  Cythere  consacra  un  des  siens  • 

Xij 


V  SIECLE. 

v.  715.  715. 
v.  506  897. 


v.  481.  482. 

v.  425-430. 
•T.  3.    430. 

p.  99. 


T.  1.  2.  13.436. 
T.  1-4. 

T.  27.  119-260. 
v.  415-428. 


p.  99. 


164        CYTHERE,  HOMME  DE  LETRES. 

à  Dieu,  'sous  la  conduite  de  S.  Sévère  Sulpice,  afin  d'en 
faire  un  Eunuque  pour  le  Roïaume  des  Cieux.  '  Cette  action 
généreuse  ouvre  une  vaste  carrière  à  S.  Paulin,  qui  emploie 
une  grande  partie  de  son  21e  Poëme,  à  décrire  le  genre  de 
vie  de  cet  enfant,  et  le  bonheur  qui  lui  en  reviendroit  et  à 
lui  et  à  ses  parents  ;  aiant  par  là  le  moïen  de  devenir  un  autre 
Joseph  et  un  autre  Samuel. 

'  A  toutes  ces  grandes  qualités  Cythere  joignoit  une  érudi- 
tion peu  commune,  qui  donnoit  un  grand  lustre  à  la  splen- 
deur de  sa  naissance.  'S.  Paulin  parle  de  ses  écrits, "et  même 
de  ses  simples  letres,  avec  beaucoup  d'éloge  ;  mais  il  ne  nous 
reste  plus  aucun  de  ces  précieux  monuments.  '  C'est  au  même 
Cythere  que  le  Saint  adresse  son  Poëme  sur  le  naufrage  de 
Martinien, 'qui  étoit  un  homme  d'une  grande  pieté,  et  leur 
ami  commun.  'Cythere  l'aiant  chargé  de  ses  letres  pour  S. 
Paulin,  l'avoit  engagé  à  faire  le  voïage  de  Noie  pour  visiter 
ce  Saint  dans  sa  retraite.  '  Martinien  s'embarqua  à  Narbons, 
et  eut  le  malheur  de  faire  naufrage  sur  la  route.  'Mais  il  en 
échappa  par  une  protection  particulière  de  Dieu,  et  se  ren- 
dit enfin  à  Noie.  Il  raconta  ensuite  ses  avantures  à  S.  Pau- 
lin, et  pour  le  dédommager  des  letres  qu'il  lui  portoit,  et 
u'il  avoit  perdues,  il  lui  récita  quelques  endroits  des  écrits 
e  Cythere,  qu'il  sçavoit  par  cœur,  et  dont  S.  Paulin  ne 
peut  assez  admirer  les  beautés. 

Ce  sont  ces  avantures  qui  font  le  sujet  du  21e  Poëme  de 
S.  Paulin,  qui  y  a  pris  occasion  de  nous  laisser  le  peu  que  nous 
sçavons  de  l'histoire  de  Cythere.  '  On  croit  que  le  Saint 
composa  cette  pièce  vers  l'an  400,  lorsque  Cythere  ne  pa- 
roît  avoir  été  qu'à  la  fleur  de  son  âge,  et  qu'il  pouvoit  en- 
core avoir  une  trentaine  d'années  à  vivre. 


3 


V     SIECLE. 


LÊPORIUS,  PRÊTRE.  165 

LÉPORIUS, 

PRÊTRE    DE    L'ÉGLISE    DHIPPONE. 

-— 1 — —      ■  ■-■  . .    i     .  ■    m  i  i     ■  ■■»  '■'■  -■■     —  — 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Léporius,    Gaulois     de    nation,  '  vivoit    au     commence-  Aug.  ep.  ttt.a.i. 
ment  de  ce  siècle.  Il  embrassa  la  vie  monastique   très-  tSTii^éhg.'t.' 
{jrobablement  à  Marseille  sous  Cassien,  comme  il  paroît  par  796.  s. 
a  suite  de  son  histoire,  et  se  distingua  entre  les  Moines  des 
Gau'es  par  l'innocence  de  sa  conduite ,  et  la  pureté  de  ses 
mœurs.  Mais  la  présomption  le  fit  tomber  dans  l'erreur  de 
Pelage.  Loin  de  reconnoître  humblement  que  sa  vertu  étoit 
un  effet  du  secours  de  Dieu,  il  l'attribua  par  orgueil  à  son  libre 
arbitre  et  à  ses  propres  forces.  'Il  semble  qu'il  eût  appris  ces  cass  be.M.e.4. 
sentiments  de  Pelage  même.  Il  les  enseigna  dans  les  Gaules,  p-  968-  969- 
où  Cassien  assure  l'avoir  repris  de  ses  erreurs.  '  Le  texte  de  cet  c.  >>.  p.  962. 
Ecrivain  porte  que  ce  fut  à  Bellay  '  sur  le  Rhône  dans  la  rai.  h.  e.  t.  «. 
Bresse;  quoique  d'autres  y  substituant  une  autre  leçon,  l'en-  p'  10*°' 
tendent  de  Trêves  dans  la  Belgique.  Mais  il  paroît  que  ce 
fut  plutôt  à  Marseille  même  qu'ailleurs  ;  '  et  c'est  le  sentiment  LeP.  not.  p.  m.. 
du  P.  Sirmond.  Ce  qui  a  porte  à  l'entendre  de  Trêves,  est  sans 
doute  '  l'endroit  où  Cassien  dit  que  l'hérésie  dont  Léporius  étoit  Wà.  i  cass.inc.i. 
un  des  Sectaires  et  non  l'auteur,  avoit  pris  naissance  dans  la       " 2"  p  96a' 
première  ville  de  la  Belgique. 

Quoi  qu'il  en  soit  Léporius  poussant  encore  plus  loin  son 
pernicieux  principe,  '  fut  un  de  ceux  qui  en  ce  temps-là  re-  Lep.  p.  3*8-354. 1 
nouvellerent  l'ancienne   impiété   des  Ebionites,  et  posèrent  %T|l's. c.*;?; 
les  fondements  de  celle  de  Nestorius;  en  disant  que  J.  C.  n'é-  10"- 
toit  en  naissant  qu'un  pur  homme.  Qu'il  n'étoit  pas  né  Dieu, 
mais  qu'il  avoit  été  choisi  de  Dieu,  aïant  acquis  la  divinité 
par  le  mérite  des  ses  travaux  et  de  ses  souffrances.  '  Qu'il  avoit  Cass.ibid.  1. 1.  c. 
vécu  sans  péché  non  par  l'union  de  la  divinité,  mais  par  le  f^p96™»/'6'0' 
bon  usage  qu'il  avoit  fait  de  son  libre  arbitre.  Qu'il  n'étoit 

(>oint  venu  au  monde,  pour  donner  aux  hommes  la  grâce  de 
a  rédemtion,  mais  pour  leur  montrer  seulement  l'exemple 
d'une  vie  sainte,  '  De  cette  doctrine  il  s'ensuivoit  nécessaire-  I*  *.*  3.  p.  966. 


v  siècle.    166  LÉPORIUS, 


ment  qu'entre  .1.  C.  et  les  hommes  il  n'y  avoit  aucune  diffé- 
rence, et  qu'ils  pouvoient  tous  aussi  par  eux-mêmes,  et  sans 
le  secours  de  Dieu,  vivre  exempts  de  péché  et  acquérir  tous 
AuK.cp.2i9.n.i.  i  les  autres  avantages  auxquels  J.  C.  étoit  parvenu.  '  LesEvêques 
Lep.  p.  34».  d'Afrique  et  Léporius  lui-même  nous  donnent  un  motif  de 
son  erreur.  C'est  que  craignant  que  la  nature  divine,  par  la- 
quelle le  fils  est  égal  au  Père,  n'eût  souffert  dans  l'incarna- 
tion quelque  altération  ,  ou  quelque  changement ,  et  que 
d'ailleurs  ne  voïant  pas  moïen  d'introduire  une  quatrième 
Personne  dans  la  Trinité,  ce  qui  auroit  été  contraire  au  sym- 
bole, il  nioit  que  le  Verbe  se  fût  fait  homme. 

Telles  étoient  en  général  les  erreurs  de  Léporius,  qui  les 
détaille  lui-même  dans  l'écrit  qu'il  composa  pour  les  rétrac- 
Lep.  p.  347.         ter.  '  Il  a  l'humilité  d'avouer  qu'il  ne  failoit»pas  s'étonner  de 
son  aveuglement  et  de  sa  folie;  puisqu'il  n'avoit  point  eu 
d'autre  maître  que  lui-même,  et  qu'il  avoit  jugé  des  choses 
divines  plutôt  par  son  propre  sens,  que  par  les  lumières  de 
P.  3t7.  348.         la  Foi.  '  Persuadé  de  ses  erreurs,  qu'il  croïoit  comme  autant 
de  vérités,  il  les  publia  dans  un  écrit  qui  blessa  la  charité  des 
Fac.i.i.c.4.p.32.  Orthodoxes,  et  causa  de  grands  scandales.  Ce  fut  ainsi  '  qu'il 
enseigna  dans  les  Gaules  la  même  doctrine,  que  Nestorius  pu- 
blia ensuite  dans  l'Orient  ;  et  c'est  de  cette  doctrine,  qui  en- 
ferme réellement  le  Pélagianisme,  que  l'on  a  inféré  que  Lépo- 
rius étoit  Pélagien. 
Lep.  P.  348.  353.         On  s'éleva  contre  lui  avec  justice.  Mais  voulant  se  défen- 
se- dre,  il  ne  fit  qu'augmenter  le  scandale,  et  se  jetter  dans  de 
cass.  inc.  i.  v.  c.  nouvelles  erreurs.  '  Cassien,  comme  nous  avons  dit  ,  l'avertit 
i.p.  969.  (je  se  corriger  de  ses  mauvais  sentiments; a  et  d'autres  person- 
h  Lep"  p.  347.       nes  habiles  des  Gaules  en  firent  de  même.  b  L'humilité  néan- 
moins n'abbatit  point  la  présomption  que  l'ignorance  formoit 
en  lui;  et  il  se  trouva  être  tout  ensemble  superbe,  téméraire 
et  rébelle.  Les  Evêques  des  Gaules  voïant  son  opiniâtreté,  et 
voulant  couper  cours  aux  disputes,  et  empêcher  le  mal  de  se 
2?9''nidJAug  ep    répandre,'  le  chassèrent  des  Gaules  après  avoir  frappé  l'en-. 

flure  de  son  cœur,  c'est-à-dire  l'avoir  excommunié. 

n.  1.3.  i  Lep.  338.       '  Léporius  dans  une  telle  conjoncture  se  retira  en  Afrique 

avec  quelques  autres,  qui  étoient  aussi  engagés  dans  les  mê- 

Fac.  ibict.  mes  erreurs.  Il  eut  le  bonheur  de  tomber  '  entre  les  mains 

d'Aurele  de  Carthage,  de  S.  Augustin  et  de  quelques  autres, 

qui  travaillèrent  à  le  détromper;  et  Dieu  accompagnant  leurs 

Aug.  ibi.i.  n.  a.  j.  instructions  de  l'onction  de  sa  grâce,  '  elles  opérèrent  sa  con- 


V 

SIECLE. 

Genn 
ibid. 

.ibid. 

Ado. 

Cass 

vit.  p. 

47.2. 

inc. 
909. 

.  1.  c. 

4.  p. 

Lep. 

p.   356 

.  357. 

p.  347.  357 

Cas  s 

ibid. 

PRÊTRE.  167 

version  parfaite.  '  Selon  Gennade  et  Adon  de  Vienne,  ce 
fut  S.  Augustin,  qui  de  tous  les  Evêques  d'Afrique  eut  plus 
de  part  à  cette  grande  œuvre.  Après  cela  on  ne  peut  com- 
prendre comment  '  quelques  modernes  se  sont  avisés  d'attri- 
buer cette  conversion  à  S.  Germain  Evêque  d'Auxerre.  '  Lé- 
porius  revenu  à  lui-même,  et  touché  d'une  vive  douleur, 
reconnut  publiquement  la  corruption  de  sa  doctrine,  '  et  fut 
reçu  dans  la  communion  de  l'Eglise  avec  autant  de  charité," 
que  l'on  avoit  témoigné  de  zèle  contre  son  erreur.  '  Il  en 
dressa  une  rétractation  par  écrit,  '  qu'il  envoïa  dans  presque 
toutes  les  villes  des  Gaules,  afin  de  lever  par-là  le  scandale 
qu'il  y  avoit  causé,  et  que  ceux  qui  avoient  été  témoins  de  sa 
faute,  le  fussent  aussi  de  sa  pénitence. 

'Quatre  Evêques  d'Afrique,  Aurele  de  Carthage,  S.  Au-  Aug.eP.ai9. n.i. 
gustin  d'Hippone,  Florent  de  l'autre  Hippone,  et  Sécondin 
de  Mergamite,  accompagnèrent  cette  rétractation  d'une  letre 
qu'ils  adressent  à  Procule  et  à  Cylinne,  '  ou  Ciline,  le  pre-  Lop.  not.  p.  346. 
mier,  Evêque  de  Marseille,  et  l'autre  d'Aix,  '  auxquels  le  même  p-  3ts. 
Léporius  adresse  aussi  son  écrit.  '  Ils  prient  ces  deux  Evêques  Aug.  ibid.  n.  j.  3. 
Gaulois  de  le  recevoir  en  leur  communion,  comme  ils  l'ont 
reçu  en  la  leur,  et  de  publier  son  abjuration,  afin  que  tous 
ceux  qui  avoient  été  scandalisés  de  sa  chute,  se  réjouissent  de 
l'en  voir  relevé. 

Les  Auteurs  ne  s'accordent  point  à  placer  cet  événement. 
Les  uns  le  mettent  en  420,  les  autres  en  426,  d'autres  en  427 
ou  428,  '  et  quelqu'autres  dès  406  ou  vers  410.  On  peut  dire  Nor.  Mu.  Pei.1.1. 
qu'il  y  a  de  grandes  difficultés  dans  tous  ces  sentiments.  Celui  c  23,  p-  U9- 
qui  établit  l'époque  de  406  ou  410  ,  est  assurément  le  moins 
soûtenable,  '  et  paroît  fort-bien  détruit  par  les  raisons  de  tui.  h.  e.  1. 13. p. 
M.  de  Tillemont.  Mais  l'autre  a  aussi  ses  difficultés;  car  on  ,039' 
ne  peut  pas  s'empêcher  de  croire  que  Procule,  à  qui  les  Evê- 
ques d'Afrique  et  Léporius  adressent  leurs  letres,  ne  soit  le 
célèbre  Procule  Evêque  de  Marseille,  qui  selon  M.  de  Tille- 
mont même  ne  vêquit  pas  au-delà  de  418  ou  419,  comme 
nous  avons  dit.  Les  habitudes  de  Léporius  en  Provence  et  à 
Marseille  même,  et  la  réputation  de  ce  grand  Prélat,  ne  per-    „ 
mettent  pas  de  l'entendre  d'un  autre  Procule. 

D'ailleurs  quelque  chose  que  l'on  puisse  dire,  il  paroît  clair 
que  nôtre  Léporius  est  le  même  ■  que  le  Prêtre  d'Hippone  Aug.  ep.  213  ni. 
de  ce  nom,  qui  étoit  revêtu  du  Sacerdoce  dès  425  ou  426. 
Ainsi  après  de  sérieuses  réflexions,  nous  trouvons  incompa- 


V  SIECLE. 


168  LÉPORIUS, 


rablement  moins  de  difficulté,  en  plaçant  la  rétractation  de 
Léporius  en  418  ou  419,  la  même  année  de  la  mort  de  Pro- 
cule,  qu'en  suivant  toute  autre  opinion.  Cette  époque  établie 
écarte  tous  les  inconvénients  qui  se  rencontrent  dans  les  au- 
tres. Pelage  avoit  dès  lors  dogmatisé  ;  Gassien  étoit  venu  dans 
les  Gaules,  et  déjà  habitué  en  Provence;  Procule  de  Marseille 
vivoit  encore  ;  et  il  se  sera  écoulé  assez  de  temps  pour  que  Lé- 
porius, après  une  rétractation  et  une  pénitence  aussi  édifiante 
que  fut  la  sienne,  ait  pu  avoir  été  élevé  au  Sacerdoce  en  426. 
Nous  pourrions  fortifier  nôtre  sentiment  par  Yenchiridion  de 

Ang.  Ench.  n.  io.  Saint  Augustin,  écrit  en  421 ,  ou  peu  après.  '  Le  saint  Docteur 

p- 210'  dans  cet  ouvrage  combattant  quelques  erreurs  sur  l'incarna- 

tion, y  attaque  bien  clairement  celle  de  Léporius.  Il  en  avoit 
donc  connoissance  avant  l'an  421 . 

Il  ne  reste  uniquement  que  la  difficulté  prise  de  ce  que 

Tin.  ibid.  '  quand  S.  Augustin  fit  le  livre  De  la  correction  et  de  la  grâce, 

vers  l'an  427,  il  n'avoit  point  encore  oui  parler  de  l'erreur 
Neslorienne.  Mais  assurément  cette  difficulté  ne  doit  point 
arrêter,  ou  pour  mieux  dire,  elle  n'a  que  l'apparence  de  diffi- 
culté. S.  Augustin  veut  seulement  dire  par-là ,  qu'il  n'avoit 
point  encore  alors  appris  ou  que  Nestorius  eût  enseigné  son 
erreur,  ou  quelle  étoit  la  nature  de  sa  doctrine  :  ce  qui  peut 
être  très-vrai.  Car  quoique  Léporius  eût  posé  le  même  princi- 
pe, et  tiré  presque  les  mêmes  conséquences  que  fit  Nestorius 
dans  la  suite,  son  erreur  néanmoins  passoit  pour  être  celle  de 

c»ss.  inc.  i.i.c  Pelage;  '  et  les  Anciens  qui  en  parlent,  ne  la  qualifient  point 

M|  SJT'ftE:  autrement. 

Ado,  ibid.  u  s'agit  maintenant  de  montrer  que  Léporius  le  Gaulois , 

et  le  Prêtre  d'Hippone  de  ce  nom  est  la  même  personne. 
Pour  y  réussir  avec  succès,  il  n'y  a  qu'à  rapprocher  leurs  por- 
traits l'un  de  l'autre.  Celui  qui  fait  le  sujet  de  cet  article  étoit 
Gaulois,  et  avoit  fait  profession  de  la  vie  monastique,  avant 
que  de  passer  en  Afrique.  Il  quitta  les  Gaules  sa  patrie,  com- 
me nous  avons  dit,  et  se  retira  auprès  de  S.  Augustin.  Il  y, 
amena  avec  lui  quelques  personnes  qui  avoient,  comme  il 
parolt,  suivi  ses  erreurs,  et  deux  desquelles  Domnin  et  Bon 

cais.  i.  î.e.i.p.  signèrent  l'acte  de  sa  rétractation.  '  Il  fut  ensuite  revêtu  du 

969 1  Genn.  ibid.    Sacerdoce,  comme  nous  l'assurent  Cassien  et  Gennade. 

Or  tous  ces  traits  se  trouvent  à  la  letre  dans  le  portrait 
du  Prêtre  d'Hippone.  On  ne  peut  pas  en  disconvenir  pour 
le  nom,  la  qualité  de  Moine,  et  la  dignité  de  Prêtre.  On  va 

convenir 


convenir  aisément  du  reste.  '  S.  Augustin  dans  le  second  de  Ang  g^  3S6 
ses  Sermons  sur  la  vie  et  les  mœurs  de  ses  Clercs,  prêché  vers  n-  «•■ 
425  ou  426,  faisant  l'éloge  du  Prêtre  Léporius,  dit  bien 
clairement  qu'il  étoit  étranger,  ce  qui  convient  à  un  Gaulois 
à  l'égard  des  gents  d'Hippone  auxquels  le  Saint  parloit.  Il 
ajoute  qu'il  étoit  déjà  Moine,  lorsqu'il  l'avoit  reçu.  Qu'il  avoit 
quitté  ses  biens  ailleurs  qu'à  Hippone  ;  et  qu'enfin  il  avoit 
avec  lui  des  gents  de  son  pais.  Presbyterum  Leporium. . . . 
apudsuoshonestissimo  loco  natum,  tamenjam  Deo  servientem, 
cunetis  quœ  habebat  relie tis,  inopem  suscepi. . . .  Hic  non 
fecit.  En  faut-il  davantage  pour  reconnoître  ici  le  portrait  de  Lé- 
porius le  Gaulois?  Assurément  il  seroit  bien  extraordinaire  de 
voir  en  même  temps  deux  Moines  de  même  nom  quitter  leur 
pais,  accompagnés  de  quelques  autres  ou  parents  ou  compa- 
triotes, pour  se  retirer  dans  le  même  endroit,  et  les  y  voir  élevés 
à  la  même  dignité  ecclésiastique. 

Il  est  vrai  qu'un  très-habile  homme  pour  infirmer,  ou  plu- 
tôt pour  prévenir  ce  raisonnement,  raisonne  d'une  autre  ma- 
nière. '  S.  Augustin,  dit-il,  paroît  si  bien  informé  de  ce  que  ta.  iwd.  p.  1039. 
Léporius  avoit  fait  en  ce  temps-là,  et  de  sa  naissance  même, 

Su  il  est  aisé  de  juger  qu'il  étoit  d'Afrique  et  non  point  des 
aules.  Il  dit  que  ce  Léporius  avoit  établi  un  monastère  à 
Hippone  pour  les  siens  qui  y  servoient  Dieu  dans  l'état  mo- 
nastique. Est-ce  qu'il  avoit  fait  venir  ses  parents  des  Gaules? 
Non,  répondons-nous;  et  le  mot  suis  qu'emploie  S.  Augustin, 
ne  signifie  point  ses  parents,  mais  ceux  de  sa  compagnie  qui 
l'avoient  suivi  en  Afrique,  et  du  nombre  desquels  nous  sça- 
vons  qu'étoient  Domnin  et  Bon.  Pour  ce  qui  est  de  la  connois- 
sance  qu'avoit  S.  Augustin,  et  de  la  naissance,  et  des  princi- 
pes actions  de  Léporius,  elle  ne  suppose  nullement  que  ce 
'rêtre  fût  Africain,  puisque  les  propres  termes  de  S.  Augustin 
e  représentent  comme  un  étranger.  Elle  suppose  seulement 
que  le  Saint  en  avoit  été  fort  bien  instruit,  soit  par  Léporius 
même,  ou  par  ceux  de  sa  compagnie  depuis  le  temps  qu'ils 
étoient  à  Hippone,  soit  par  les  Evêques  des  Gaules  à  qui  saint 
Augustin  avoit  écrit  au  sujet  de  Léporius,  qui  d'ailleurs  fit 
assez  de  bruit  en  ce  temps-là  pour  n'être  pas  inconnu  dans  le 
lieu  de  sa  retraite,  où  il  a  paru  davantage. 

Après  cet  éclaircissement  nous  devons  entendre  de  Lépo- 
rius Gaulois,  tout  ce  que  S.  Augustin  dit  de  Léporius  Prêtre 
de  l'Eglise  d'Hippone,  puisque  c'est  le  même.  '  Selon  ce  Aug.  Wd. 

Tome  II,  Y  ' 


V   SIECLE. 


170  LËPORIUS, 

S.  Docteur,  Léporius  étoit  d'une  famille  distinguée  dans  le 
monde,  et  descendoit  des  personnes  les  plus  considérables 
de  son  pais.  Après  la  rétractation  de  ses  erreurs,  il  fut  reçu 
pauvre  dans  le  Clergé  d'Hippone,  aïant  renoncé  à  ses  biens, 
et  étant  déjà  Moine,  avant  qu'il  sortît  de  sa  patrie.  Il  bâtit 
dans  un  jardin  à  Hippone  ou  dans  le  voisinage  un  monastère, 
pour  servir  de  retraite  à  ceux  qui  l'y  avoient  accompagné,  et 
qui  y  vivoient  en  Moines.  S.  Augustin  avoit  tant  de  confian- 
ce en  lui,  qu'il  lui  donna  la  commission  de  faire  construire 
un  hôpital.  Le  Saint  fait  beaucoup  d'estime  de  son  détache- 
ment. Quelques  personnes  néanmoins  n'en  pensoient  pas  de 
même,  et  lui  croïoient  de  l'argent  et  du  revenu.  C  est  de 
quoi  S.  Augustin  le  justifie  lui-même  avec  son  éloquence 
ordinaire. 

\ag.  cp.  îi3.  n.  i.  'Léporius  souscrivit  en  qualité  de  Prêtre,  tel  que  nous  avons 
vu  que  S.  Augustin  le  qualifie  dans  un  de  ses  Sermons, 
l'acte  d'élection  d'Héracle,  ou  Erade  selon  d'autres,  pour  suc- 
céder à  S.  Augustin.  Cet  acte  est  daté  du  26e  jour  de  Sep- 
tembre 426;  mais  Léporius  vécut  encore  plusieurs  années  au- 

cass.  ne.  i.  i.c.  delà.  '  Cassien  dit  assez  clairement  qu'il  étoit  encore  au  mon- 

*  p.  969.  ^  e^  r^(jent  en  Afrique,  lorsqu'il  composoit  son  ouvrage 

sur  l'Incarnation  contre  les  Nestoriens  vers  430.  Il  y  a  toute 
apparence  que  son  attachement  à  l'Eglise  d'Hippone  l'y  retint 

Fac  ibid.  tout  le  reste  de  ses  jours,  et  qu'il  y  finit  sa  vie.  '  Facundus 

semble  avoir  cru  qu'il  étoit  Prêtre,  dès  le  temps  qu'il  tomba 

<;a>s.  ibid.  i  Gcnn.  dans  l'erreur.  '  Mais  Cassien  et  Gennade  nous  donnent  à  en- 
tendre qu'il  ne  le  fut  qu'après  sa  retraite  en  Afrique,  et  après 

un.  p.  343. 337.  sa  rétractation .  '  Aussi  Léporius  dans  le  titre  et  dans  la  souscrip- 

\   uK.  ep.  ;  >.  n.  ^on  je  ^  jejre^  ne  prenj  aucune  qualité  qui  en  approche  ;  et 

les  Evêques  qui  parlent  de  lui,  ne  lui  en  donnent  point  d'autre 
que  celle  de  fils. 

s  te 

SES   ECRITS. 

La  rétractation  de  Léporius  est  devenue  un  monument 
aussi  édifiant  pour  les  Fidèles',  que  célèbre  dans  l'Egli- 
nii.  h.  Et.  13    se.  '  On  ne  peut  voir  en  effet  rien  de  plus  humble  que  cette 
^■.^346.  Up'  p'  pièce.  Dès  le  titre  elle  porte  des  marques  [de  l'humilité  que 
son  Auteur  avoit  dans  le  cœur  ;  Léporius  y  prenant  la  qua- 


PRÊTRE.  »71       ,„E«L, 


litéde  petit,  ou  d'humilié,  exiguus.  Il  avoue  avec  simplicité 
toutes  ses  erreurs,  exagérant  plutôt  sa  faute,  qu'il  ne  la  dimi- 
nue. '  11  ne  s'excuse  qu'en  disant  qu'il  avoit  défendu  l'erreur  Up.  p  347. 
par  ignorance,  en  la  prenant  pour  la  vérité,  et  les  ténèbres 
pour  une  véritable  lumière;  avouant  qu'il  croïoit  sa  faute  im- 
pardonnable, s'il  avoit  agi  contre  sa  conscience,  '  mais  qu'au  p.  353. 
reste  on  avoit  eu  raison  de  le  traiter  comme  l'on  avoit  fait. 
'Il  débute  par  l'aveu  de  son  égarement  et  par  la  déclaration  p.  347. 
qu'il  consent  volontiers  d'être  lui-même  son  propre  accusa- 
teur; témoignant  autant  de  confusion  de  l'état  déplorable  où 
il  avoit  été  auparavant,  que  de  joie  et  de  satisfaction  d'y  avoir 
renoncé.'  Il  y  avoue  que  quelques-uns  de'ses  frères  plus  éclai-  p.  3*8. 
rés  que  lui,  aïant  voulu  l'instruire,  bien  loin  de  se  rendre  à  la 
lumière  qu'ils  lui  montroient,  il  les  avoit  regardés  comme 
des  aveugles.  '  Mais  ce  qu'il  dit  lui  avoir  fait  plus  de  peine,  P.  3*7. 
lorsqu'il  eut  ouvert  les  yeux,  c'est  qu'il  s'étoit  efforcé  de  sou- 
tenir ses  erreurs  au  grand  scandale  de  beaucoup  de  personnes. 

C'est  pourquoi  il  veut  que  sa  rétractation  serve  non-seule-  ,,.  348. 
ment  à  détruire  l'écrit  de  sa  part,  qui  avoit  causé  le  scandale 
et  blessé  la  charité  des  Fidèles,  '  mais  aussi  à  condamner  tout  P.  356. 
ce  qu'il  avoit  avancé  contre  la  foi  Catholique,  soit  dans  ses 
exhortations  publiques,  soit  dans  ses  discours  familiers,  et 
même  tous  ses  sentiments  intérieurs  qui  avoient  pu  y  être 
opposés. 

'Après  avoir  détaillé  les  erreurs  qu'il  avoit  eu  le  malheur  de  ,,.  3*8-356. 
suivre,  et  la  foi  qu'il  avoit  embrassée  depuis,  et  qu'il  proteste 
garder  jusqu'à  la  fin  de  ses  jours,  il  prononce  anatnéme  contre 
Arius,Photin,  Sabellius,  Eunomius,Valentin,  Apollinaire, Mâ- 
nes, et  en  général  contre  tous  les  Hérésiarques  ;  mais  sans  y 
rien  dire  de  Pelage. 

Gennade  dit  cependant  qu'aïant  commencé  à  suivre  le  cm»  rfr  flt  -  irf 
dogme  des  Pélagiens,  il  fit  son  écrit  pour  en  demander  par- 
don, et  pour  rendre  grâces  à  Dieu  de  l'en  avoir  tiré;  corri- 
geant en  même  temps  les  mauvais  sentiments  qu'il  avoit  sur 
l'Incarnation.  '  11  semble  par-là,  remarque  M.  de  Tillemont,  Tiii.  ibid. 
qu'une  grande  partie  de  la  letre  de  Léporius  étoit  contre  les 
Pélagiens.  Néanmoins  ce  que  nous  en  avons  ne  regarde  que 
l'Incarnation  ;  et  tout  ce  que  l'on  en  peut  rapporter  au  Pé- 
lagianisme,  c'est  la  confession  qu'il  y  fait  en  un  endroit  de 
la  grâce  qu'il  avoit  recûë,  de  renoncer  à  l'erreur  pour  embras- 
ser la  vérité.  De  sorte  qu'il  faudroit  dire,  ce  semble,  que  nous 

Yij 


V  SIECLE. 


172  LÉPORIUS, 


n'avons  pas  cette  letre  en  son  entier.  Mais  ii  n'est  pas  néces- 
saire d'en  venir  là  ;  et  l'on  va  s'en  convaincre. 

Il  est  vrai  que  Léporius  a  été  accusé  de  Pélagianisme  ; 
mais  ce  n'est  pas  parce  qu'il  suivoit  explicitement  tous  les  dog- 
mes de  Pelage.  C'étoit  seulement  à  cause  de  la  conséquence 
que   l'on   tiroit   des  principes   qu'il  posoit  contre  le   mys- 
tère de  l'incarnation,  et  d'où  s'ensuivoit  le  fonds  de  la 
doctrine  de  cet  Hérésiarque,  comme  nous  l'avons  montré  en 
cms.  ine.  i.i.  e.  faisant  l'histoire  de  Léporius.  Par  '  exemple,  enseignant  que 
iMT'iLep'p'sM-  '•  G.  n'étoit  pas  né  Dieu;  qu'il  avoit  acquis  la  divinité  par  le 
353.354.  mérite  de  ses  travaux  et  de  ses  souffrances;  qu'il  avoit  vécu 

sans  péché,  non  par  l'union  de  la  divinité,  mais  par  le  bon 


casi.  î.  i.  c.  s.  usage  qu'il  avoit  fait  de  son  libre  arbitre,  etc.'  De  tout  cela 
p  966  il  s  ensuivoit  1°.  qu'entre  J.  C.  et  les  hommes  U  n'y  avoit 

nulle  différence  ;  2*.  qu'ils  pouvoient,  comme  lui,  par  eux- 
mêmes  et  sans  le  secours  de  Dieu  vivre  exempts  de  péché, 
acquérir  la  sainteté,  etc.  C'est  sur  cette  dernière  conséquence 
1.1.  e.  4.  p.  968.  'que  Cassien  et  Gennade  ont  imputé  à  Léporius  les  senti- 
'tawi     «    ments  de  Pelage,  comme  leurs  paroles  le  font  voir,  *  et  que 
les  Sçavants  en  conviennent.  Ainsi  il  suffisoit  que  Léporius 
rétractât  les  principes  de  sa  fausse  doctrine,  et  qu'il  anathé- 
matisât  les  auteurs  de  qui  il  les  avoit  pris  ;  après  quoi  tou- 
tes les  conséquences  que  l'on  en  tiroit,  ou  pouvoit  tirer,  se 
trouvoient  détruites  et  condamnées,  san9  qu'il  fût  nécessaire 
de  les  spécifier. 
Lep.  p.  353.  354.       'Il  n  a  pas  laissé  néanmoins  de  rétracter  en  particulier  la  pre- 
mière des  deux  conséquences  que  nous  avons  marquée,  et 
p.  353.  '  d'établir  des  principes  solides  pour  détruire  la  seconde.  Car 

il  reconnolt  que  son  retour  à  la  vérité,  et  la  foi  qu'il  professe 
depuis,  ne  viennent  point  de  lui-même  ou  du  mérite  de  sa 
propre  sagesse  ;  mais  que  c'est  un  pur  don  de  Dieu,  et  un  ef- 
fet de  la  toute  puissance  du  Très-haut.  De  même  que  nous 
devons  lui  rapporter  tout  l'honneur  et  la  gloire  de  ce  que 
nous  sommes  créés  en  J.  C.  et  que  nos  pertes  se  trouvent^ 
réparées  en  lui.  Qu'enfin  nous  devons  éviter  de  nous  glorifier 
en  nous-mêmes,  parce  que  nous  et  tout  le  biea  qui  est  en 
nous,  est  son  ouvrage. 
p  357.  '  La  letre  ou  l'écrit  de  Léporius,  fut  dressée,  ou  au  moins 

p.  358.  signée  dans  l'Eglise  de  Cartnage  '  en  présence  des  quatre  Evo- 

ques d'Afrique,  que  nous  avons  déjà  nommés,  et  qui  la  sous- 
crivirent. Elle  fut  aussi  souscrite  par  Doinnin  et  par  Bon, 


PRÊTRE.  173 

V  SIECLE. 

'compagnons  de  Léporius,  qui  après  avoir  eu  le  malheur      35S   '  

d'embrasser  les  mêmes  erreurs,  y  attestent  qu'ils  suivent  la  mê-  219.  n.  3.  "g  ep' 
me  foi.  Mais  afin  de  lui  donner  plus  d'autorité,  'les quatre  Aug. ibid.n.  1. 
Evoques  Aurele ,  S.   Augustin ,  Florent  et  Secondin ,   l'ac- 
compagnèrent d'une  letre  en  leur  nom,  adressée  comme  celle 
de  Léporius  aux  Evêques  Procule  et  Cylinne.  Ils  en  usèrent 
ainsi  à  dessein  d'une  part  de  confirmer  la  sincérité  de  la  con- 
version de  Léporius,  '  et  de  l'autre  de  les  prier  de  le  rece-  n.  3. 
voir  en  leur  communion,  comme  ils  avoient  déjà  fait  eux- 
mêmes,  et  de  répandre  son  écrit  par-tout  où  ses  erreurs  avoient 
causé  du  scandale.  '  Le  Pape  Jean  II  témoigne  même  qu'elle  Lep.  pr.  • 
fut  encore  approuvée  par  un  Concile  d'Afrique. 

'  Il  y  a  des  Sçavants  qui  croient,  et  le  P.  Quesnel  s'est  mis  i.eo,  t.  2.  p.  906- 
beaucoup  en  fraiz  pour  le  prouver,  que  l'écrit  de  Léporius  est  908 
moins  son  ouvrage  que  celui  de  S.  Augustin.  '  Il  est  vrai  que  t.  §.  ep.  134.  p. 
S.  Léon,  et  peut-être  encore  quelques  autres  Anciens,  le  7,° 
citent  sous  le  nom  de  ce  Père.  Mais  sans  entrer  dans  cette 
discussion  que  nous  ne  croions  pas  bien  nécessaire,  il  suffit 
pour  nôtre  dessein  que  cet  écrit  porte  le  nom  de  Léporius, 
et  que  nous  voïons  '  que  les  quatre  Evêques  d'Afrique  recon-  Aug.  ep.  219.  n.  3. 
noissent  qu'il  est  de  lui ,  '  et  que  Gennade  l'ait  cru  de  même,  Genn.  vir.  m.  c. 
et  en  conséquence    ait    mis  Léporius  au    nombre  des  Au-  59- 
teurs  Ecclésiastiques.  Tout  cela  est  vrai,  et  il  ne  nous  en  faut 
pas  davantage.  Assurément  ce  seroit  vouloir  deviner  des  cho- 
ses inconnues,  que  de  prétendre  décider  que  cet  écrit  est  plu- 
tôt sorti  de  la  plume  de  S.  Augustin,  que  de  celle  de  Lé- 
porius. '  Mais  on  y  trouve,  dit-on,  le  style  et  beaucoup  d'ex-  Léo,  t.  2.  p.  908. 
pressions  de  ce  Père; a  et  si  S.  Léon  n'avoit  sçû  certainement  ?p5go7.  „.  3. 
qu'il  étoit  de  lui,  il  ne  l'auroit  point  cité  sous  son  nom. b  Dail-  b  p  908n.  7. 
leurs  Léporius  ne  dit  point  qu'il  en  est  l'Auteur,  mais  seule- 
ment qu'il  contient  sa  foi  et  ses  sentiments.  Nous  convenons 
que  cet  écrit  a  beaucoup  d'air  de  ceux  de  S.  Augustin;  mais 
cela  sera  apparemment  venu  ou»de  ce  que  ce  Père  l'aura  re- 
touché, ou  de  ce  que  Léporius  étant  devenu  son  disciple!  se 
sera  fait  à  son  style  comme  à  ses  expressions.  A  l'égard  de  ce 
que  l'on  dit  de  S.  Léon,  il  suffisoit  qu'il  vit  cet  écrit  autorisé 
par  la  signature  de  S.  Augustin  pour  le  citer  sous  son  nom, 
comme  contenant  sa  doctrine  sur  le  mystère  de  l'Incarnation. 
Ainsi  il  l'aura  attribué  à  S.  Augustin,  parce  qu'il  contenoit  les 
sentiments  de  ce  Père,  comme  le  Père  Quesnel  veut  que  les 
Evêques  d'Afrique  l'aient  donné  à  Léporius,  parce  qu'il  con- 
1  4 


V   SIECLE. 


174  LËPORIUS, 


tenoit  les  siens.  Enfin  la  raison  prise  de  Léporius  même  ne 

prouve  non  plus  que  l'écrit  n'est  pas  de  sa  composition,  qu'elle 
prouveroit  qu'il  n'auroit  pas  été  de  son  écriture. 

Mais  ce  qui  est  incomparablement  plus  fort  en  faveur  de  Lé- 
porius, que  tout  ce  que  l'on  objecte  contre  lui,  c'est  que  pour 
peu  d'attention  que  l'on  veuille  donner  à  la  lecture  de  sa  rétrac- 
tation, l'on  conviendra  que  c'est  le  langage  d'un  cœur  pénitent 
et  humilié,  et  qu'il  faut  avoir  senti  ce  qui  y  est  dit,  pour  l'ex- 
primer de  la  sorte.  Si  elle  étoit  d'une  autre  plume  que  la  sien- 
ne, ce  seroit  l'esprit  et  non  le  cœur  qui  y  parleroit.  Elle  se- 
roit  peut-être  mieux  raisonnée  ;  mais  elle  seroit  moins  tou- 
chante. On  y  trouverait  peut-être  de  plus  grandes  beautés  ; 
mais  il  y  auroit  moins  d'onction,  de  simplicité  et  de  candeur. 
En  un  mot  il  n'y  a  que  Léporius  même  qui  ait  pu  nous  dé- 
velopper tous  les  replis  de  son  cœur,  comme  on  les  y  voit 
développés,  et  nous  apprendre  toutes  les  particularités  que 
nous  y  lisons  sur  son  sujet. 

Cassien  contemporain  de  Léporius,  copie  plusieurs  endroits 
de  sa  letre  dans  son  Traité  sur  l'Incarnation,  et  l'en  reconnoît 

Lep  p. .  Auteur,  comme  fait  aussi  Gennade  dans  le  même  siècle.  '  De 

même  le  Pape  Jean  II  dans  sa  letre  à  Aviene  et  aux  autres ,  et 
Facundus  d'Hermiane  la  citent  aussi  sous  le  nom  de  Lépo- 

Tiii.  ibi.i.  p.  as*,  rius,  pour  autoriser  la  foi  orthodoxe.  '  Il  faut  même  qu'elle  ait 
été  célèbre  dans  l'Orient,  puisque  dès  l'an  430,  les  Moines 
de  Constantinople  mettent  Léporius  entre  ceux  dont  ils  di- 
sent que  l'Eglise  a  reçu  la  doctrine  ;  le  comptant  ainsi  en 
quelque  sorte  parmi  les  Pères  et  les  Docteurs  de  l'Eglise. 
C'est  l'honneur  que  lui  a  acquis  son  humble  pénitence. 

On  a  donné  divers  titres  à  cette  rétractation  de  Léporius. 
'  Cassien  la  nomme  sa  confession,  ou  plutôt,  dit-il,  son  gé- 
missement, deploralio,  ou  la  letre  de  ses  pleurs  et  de  sa  péni- 
tence, flebiles  confessionis  ac  planctussui  literœ;  '  Gennadela 
qualifie  l'opuscule  de  sa  correction  ;  '  Facundus  la  traite,  de  sa 
satisfaction  ;  a  Trithéme,  le  correctif  contre  l'hérésie.  b  Mais 
ni  Léporius  lui-même,  ni  les  quatre  Evêques  qui  la  souscri- 
virent ne  lui  donnent  point  d'autres  titres  que  ceux  ou  d'opus- 
cule ou  de  letre.  •  Dans  les  Imprimés  elle  est  intitulée,  l'Acte 
ou  l'Opuscule  de  la  correction  ou  de  la  satisfaction  de  Lépo- 
rius, ou  simplement  l'Opuscule  de  Léporius,  qui  est  qualifié 
Prêtre  dans  quelques-uns,  quoiqu'il  ne  le  fût  que  dans  la  suite, 
comme  nous  l'avons  dit. 


Cass.  inc.  1. 
4.  S.  p.  9». 

1.  c. 

Gêna,  i 

liiil. 

Fac.    1 
p.  3*. 

»  Trilli. 
Ut. 

.     1. 

vir. 

c.  4. 

ill.  c. 

•>  Lep 

1    Auy 
h.  3. 

p.  35 
cp. 

i7.  .r>s 
119. 

«  Lep, 
Mer.  I. 

p.   34 
i.  p. 

.V3*6| 

-m. 

t.   2.  p. 


229. 

PP.    t.  7. 


PRETRE.  175     ¥;i|W 

'  Cette  rétractation  fut  imprimée  peur  la  première  fois  à  Bib  BaI 
Parischez  Sebastien  Cramoisy  l'an  1630  en  un  volume  in-8°,  638.639. 
avec  les  Opuscules  de  Capréole  Evêque  de  Garlhage,  et  de 
quelques  autres,  par  les  soins  du  P.  Sirmond.  '  Elle  fut  en-  Conc.  r.  t.  4.  p. 
suite  insérée  dans  la  collection  des  Conciles  imprimés  au  Lou-  669~671- 
vre,  non  dans  le  38'  volume,  comme  on  lit  dans  l'Histoire 
du  Pélagianisme  du  Cardinal  Noris,  mais  dans  le  quatrième. 
'  Elle  se  trouve  aussi  au  second  volume  de  la  même  collection  conc.  t.  2.  p.  i67«. 
par  le  P.  Labbe.  '  Deux  ans  après  le  P.  Garnier  Jésuite  la  Mer.  1. 1.  P.  225- 
donna  plus  correcte  dans  ses  Dissertations  sur  Marius  Mer- 
cator.  'Depuis  elle  a  été  mise  dans  la  Bibliothèque  des  Pe-  Bib. 
res, a  et  enfin  réimprimée  dans  le  recueil  des  œuvres  du  P.  •  atr.  oP.  t.  1,  P. 
Sirmond.  On  a  pu  remarquer  dans  l'extrait  que  nous  avons  345'358- 
donné  de  cette  pièce,  'que  Léporius  fait  mention  d'un  écrit  Lep-  *•*••••*• 
qu'il  avoit  composé  pour  soutenir  et  répandre  ses  erreurs. 
Mais  le  souhait  qu'il  fit  dans  la  suite  en  le  rétractant,  de  le 
voir  entièrement  aboli,  a  été  exaucé  à  la  letre;  et  l'on  n'en 
trouve  plus  rien  aujourd'hui,  que  le  peu  qu'il  en  rapporte  dans 
sa  rétractation. 


S.     A  M  A  N  D, 

Evêque  de  Boubdeaux. 

Sa.mand  est  célèbre  dans  les  letres  de  S.   Jérôme,  et  Hier.  ep.  ad.  Am. 
.encore  plus  dans  celles  de  S.  Paulin  de  Noie.  On  ne  5;  £«m£ 21.' 
sçait  rien  de  certain  touchant  sa  naissance  ;  quoiqu'il  paroisse  M- 
né  peu  après  le  milieu  du  IV  siècle  dans  la  ville  même  de 
Bourdeaux,  ou  dans  le  Diocèse.  '  Dès  son  enfance  il  com-  p*ul  eP-  2- n-  *■ 
battit  pour  J.  C.  et  fut  élevé  dans  l'étude  des  Letres  sacrées,      ep 
où  il  puisa  une  doctrine  toute  sainte.  '  Jamais  il  ne  fut  souillé  cp  l2-  »•  10- 
par  le  commerce  du  monde,  ni  par  les  péchés  de  la  chair. 
Cette  pureté  de  vie  le  rendit  si  agréable  à  Dieu,  que  S.  Pau- 
lin le  prie  de  dire  au  Seigneur  en  sa  faveur,  comme  autrefois 
Moyse  pourle  peuple  d'Israël,  ou  pardonnez- lui,  ou  effacez-moi 
de  vôtre  livre. 

'Il  fut  un  des  principaux  instruments  dont  Dieu  se  servit,  eP.  2.  n.4|ep.  9. 
pour  opérer  la  conversion  du  même  S.  Paulin  ;  et  la  manière  "'  *' 
dont  celui-ci  en  parle,  fait  juger  '  que  ce  fut  S.  Amand  qui  le  Paul.  mus.  p.  m. 


T  SIECLE. 


176  S.  AMAND, 


catéchisa,  et  qui  peut-être  le  leva  aussi  des  sacrés  fonts  du 
Baptême  en.  390  au  plus  tard.  On  croit  par-là  que  S.  Amand 
étoit  dès-lors  révêtu  du  Sacerdoce.  Cette  circonstance  jointe 
à  celle  du  nom  et  du  temps,  semble  suffire  pour  nous  persua- 

Hiêr.  ibid.  der  que  c'est  le  même  '  Prêtre  Amand,  qui  avant  l'an  394 

écrivit  à  S.  Jérôme  pour  lui  proposer  diverses  questions  sur 
l'Ecriture.  On  a  d'autant  moins  lieu  d'en  douter,  que  l'on  a 
plus  de  preuves  du  commerce  établi  entre  S.  Jérôme  et  nos 
Gaulois,  particulièrement  sur  ces  difficultés. 

ibid.  '  S.  Amand  dans  son   Mémoire  prioit  le  S.   Docteur  de 

lui  expliquer,  1°.  Ce  que  signifient  ces  paroles  du  Sauveur, 
en  S.  Matthieu  chap.  6.  v.34:  Ne  soïez  point  en  inquiétude  pour 

p-  ,61  •  le  lendemain  ;  car  à  chaque  jour  suffit  son  mal?  2°.  'Ce  que  S. 

Paul  prétend  nous  dire  dans  cet  endroit  de  sa  première  Epi- 
tre  aux  Corinthiens,  chap.  6.  v.  18:  Quelque  péché  que  îhom- 
mecommettêy  ilest  horsaucorps;  maisceluiquicommetune  for- 

p.  163.  nication  pèche  contre  son  propre  corps?  3°.'  Quel  est  le  sensdu 

même  Apôtre  dans  les  versets  25  et  26  du  chap.  15  de  la 
mêmeEpitre,  où  S.  Paul  dit  :  Car  J.  C.  doit  régner,  jusqu'à 
ce  que  le  Père  lui  ait  mis  tous  ses  ennemis  sous  les  pieds; 
car  toutes  choses  lui  ont  été  mises  sous  les  pieds.  Or  la  mort 
sera  le  dernier  ennemi  qui  sera  détruit? 

p.  i6i.  i6a.  'A  ce  Mémoire  Amand  en  avoit  joint  un  second,  que  S.  Jé- 

rôme nomme  un  petit  papier,  et  dont  il  rapporte  le  précis 
dans  sa  réponse.  C'étoit  pour  consulter  ce  S.  Docteur  sur  l'é- 
tat d'une  femme,  qui  aïant  quitté  son  premier  mari  pour 
cause  d'adultère,  et  pour  d'autres  crimes  énormes,  en 
avoit  épousé  un  autre  malgré  elle;  sçavoir  si  cette  femme 
pou  voit  être  reçue  à  la  Communion  de  l'Eglise,  sans  s'être 
soumise  à  la  pénitence,  son  premier  mari  vivant  encore?  Ce 
fait  semble  le  même  que  celui  de  Sainte  Fabiole,  dont  S. 
Jérôme  parle  fort  au  long  dans  sa  letre  à  Océan.  Mais  rien 
n'empêche  néanmoins  qu'une  autre  femme  n'ait  pu  se  trou- 
fer  aussi  dans  le  même  cas.  S'il  faut  l'entendre  de  Sainte  Fa- 
biole, il  faudra  dire  qu'elle  s'étoit  adressée  à  S.  Amand  pour 
lui  en  demander  son  avis,  et  que  ce  sage  Prêtre  aura  eu  re- 
cours à  S.  Jérôme  pour  le  prier  de  résoudre  la  difficulté. 

p.  i6o.  i63.  '  Le  S.  Docteur  y  satisfit  comme  aux  autres  questions  pro- 

posées, par  une  letre  que  nous  avons  encore,  adressée  au 
Prêtre  Amand  que  S.  Jérôme  qualifie  son  saint  et  vénéra- 
ble frère. 

Après 


EVEQUE  DE  BOURDFAUX.  177     VSIECLE 


Après  que  S.  Paulin  eut  renoncé  au  monde,  et  quitté  les 
Gaines,  'S.  Amand  et  lui  lièrent  entre  eux  un  commerce  Paul.  eP.  ai.n.  5. 
réglé  de  letres  ;  se  servant  pour  ceKoffice  de  charité  d'un 
nommé  Cardamas,  que  S.  Amand  avoit  porté  à  embrasser 
la  pieté.  Ils  s'écrivoient  très  souvent  l'un  à  l'autre.  'Quelque-  eP.  36.  n.  2. 
fois  les  letres  de  S.  Amand  étoient  courtes,  mais  renfer- 
moient  un  grand  sens.  '  Celles  de  S.  Paulin  étoient  beaucoup  eP.  12.  n.  t. 
plus  longues  ;  et  S.  Amand  bien  loin  de  s'en  dégoûter,  le  pres- 
soit  de  les  multiplier.  11  l'y  excitoit  même  par  ses  propres  le- 
tres, dans  lesquelles  on  trouvoit,  dit  S.  Paulin,  une  charité 
qui  partoit  d'un  cœur  pur,  d'une  foi  non  dissimulée  et  qui 
nerespiroit  qu'une  sincère  affection,  avec  toute  la  candeur  de 
la  venté.  'Paulin  de  son  côté  témoignant  par-tout  une  ami-  eP.  2.  n.  1-*. 
tié  et  une  tendresse  très-particulière  pour  S.  Amand,  il 
l'exhortoità  son  tour  à  multiplier  aussi  ses  letres,  n'en  pou- 
vant trop  souvent  recevoir.  Pour  l'y  porter  plus  efficace- 
ment, il  lui  représentoit  que  Dieu  s'étant  servi  de  lui  pour  le 
faire  naître  en  J.'C.  il  étoit obligé  de  prendre  un  soin  parti- 
culier de  l'instruire  :  Que  se  trouvant  nonoré  du  Sacerdoce, 
il  avoit  besoin  de  ses  instructions,  pour  remplir  dignement 
un  si  saint  ministère  :  Que  devant  faire  sa  joie  et  sa  couronne, 
il  devoit  faire  aussi  le  sujet  de  son  travail  de  tous  les  jours. 

'  S.  Delphin  étant  mort  en  402,  ou  403  au  plus  tard,  com-  r.aii.  ci.r.  nov.  1. 
me  nous  avons  dit,  le  Prêtre  Amand,  qu'il  avoit  chargé  de  *" p' 788- 
son  vivant  du  ministère  de  la  parole,  fut  élu  à  sa  place  Evêque 
de  Bourdeaux.  Il  gouverna  son  troupeau  avec  tant  de  zèle  et 
de  vigilance,  'que  S.  Paulin,  dans  une  lctre  écrite  vers  l'an  pw*.  ep.  48.  p. 
409,  le  met  au  nombre  des  plus  dignes  Ministres  du  Seigneur, 
qui  faisoient  voir  au-  milieu  de  la  corruption  du  siècle,  qu'il 
y  avoit  encore  de  très-fidéles  dépositaires  de  la  Foi  et  de  la 
Religion.  'S.  Amand  eut  néanmoins  la  douleur  de  voir  non-  tiii.  h.  e.  t.  10. 
seulement  son  pais  inondé  de  Barbares,  qui  étoient  les  Gots,  p  555- 
mais  aussi  sa  propre  ville  Episcopale  saccagée  et  brûlée  en 
414  ou  415.  Ainsi  il  ne  faut  pas  s'étonner  si  parmi  tant  de 
troubles,  il  ne  s'est  rien  conservé  des  actions  de  ce  saint 
Evêque. 

C  est  apparemment  pour  remplir  ce  vuide  '  que  des  Ecri-  Gaii.  chr.  m*.  P. 
vains  des  siècles  postérieurs  ont  imaginé,  que  S.  Amand  ne  Jj^;  p89^"";  £8 
pouvant  réussir  à  corriger  les  mœurs  corrompues  de  son  peu- 

fle,  médita  de  quitter  son  Eglise.  Qu'en  ce  même  temps  la 
rovidence  lui  adressa  S.  Se  vérin  Evêque  de  Cologne.  Que 

Tome  II.  Z 

t  «  * 


178  S.  AMAND, 

V    SIECLE. 


"  S.  Amand  lui  céda  son  Siège  Episcopal,  qu'il  reprit  ensuite 
Gr.  t.  gi.  conf.  c.  après  avoir  enseveli  ce  saint  Prélat.  Il  est  bien  vrai  '  que  saint 
*5'  Grégoire  de  Tours  nous  apprend  sur  le  simple  récit  des  Ec- 

clésiastiques de  Bourdeaux,  qui  le  lui  racontoient  au  moins 
150  ans  après,  que  S.  Amand  avoit  cédé  son  Siège  à  un  nom- 
Tiii.  ibid.  p.  556.  mé  Severin,  qui  étoit  venu  d'Orient  à  Bourdeaux.  '  Dans  la 
suite  on  a  cru  que  ce  Severin  éloil  l'Evêque  de  même  nom, 
qui  gouvernoit  l'Eglise  de  Cologne  du  temps  de  S.  Martin. 
11  auroit  pu  se  faire  que  comme  Cologne  étoit  la  ville  de 
toutes  les  Gaules,  la  plus  exposée  aux  Barbares  de  la  Germa- 
nie, S.  Severin  auroit  été  obligé  de  l'abandonner,  et  de  se 
Boii.  ibid.  retirer  en  Aquitaine,  '  dont  on  assure  qu'il  étoit. a  Car  les  Van- 

•  Tiii.ibij.  dales  commencèrent  du  côté  de  la  Germanie  à  ravager  les 

P.  557.  Gaules  en  407.  'De  sorte  que  S.  Severin  Evêque  d'une  Mé- 

tropole considérable  se  trouvant  réfugié  à'  Bourdeaux,  saint 
Amand,  ou  par  honneur  ou  autrement,  lui  aura  donné  quel- 
que part  considérable  dans  la  conduite  de  son  peuple.  C'est 
apparemment  tout  ce  qui  se  sera  passé  à  cet  égard  ;  et  celte 
circonstance  aura  fait  croire  que  S.  Amand  lui  auroit  cédé 
son  Siège  :  ce  qui  assurément  seroit  un  exemple  bien  extra- 
ordinaire. 

Ce  tempérament  ne  laisse  pas  même  de  souffrir  bien  des  dif- 
p.  sir».  ficullés.  'Car  S.  Grégoire  connoissoit  S.  Severin  de  Cologne, 

et  il  ne  dit  point  que  ce  soit  lui  qui  .se  relira  à  Bourdeaux. 
Au  contraire  en  disant  qu'il  y  alla  d'Orient,  il  semble  l'en 
distinguer.  D'ailleurs  la  moins  mauvaise  vie  de  S.  Severin  de 
Cologne,  ne  parle  point  non  plus  de  cette  transmigration  à 
Bourdeaux,  et  dit  même  que  le  Saint  mourut  avant  les  rava- 
ges des  Gaules,  et  par  conséquent  avant  l'an  407. 
i» .387.  'Le  Martyrologe  Romain  marque  la  fête   de  S.   Amand 

<;aii.  ci.i.  iin.i.  au  18"  jour  de  Juin.  On  ignore  l'année  de  sa  mort,  aussi- 
bien  que  le  nom  de  son  successeur  immédiat.  Comme  nôtre 
Saint  paroîl  avoir  été  à  peu  près  de  même  âge  que  S.  Paulin 
de  Noie,  on  pcul  aussi  placer  sa  mort  à  peu  près  vers  le  mê- 
me temps  que  celle  de  S.  Paulin. 

Il  neparoît  nulle  part  aujourd'hui  aucun  des  écrits  de  saint 
Amand,  sinon  le  précis  d'une  de  sesletres  que  S.  Jérôme  nous 
IVî.  ibii.  p.  m.  a  conservé,  comme  nous  avons  dit.  11  seroit  cependant  forl 
à  souhaiter,  remarquent  les  continuateurs  de  Bollandus,  que 
si  ses  autres  letres  se  trouvoient  cachées  quelque  part,  1  on 
en  enrichît  le  public.  On  juge  par  l'éloge  qu'en  fait  S.  Pau- 


EVEQUE    DE    BOURDEAUX.  179     ,,„„,„ 

V   S  1  h  (i  L  1. . 


lin  dans  les  siennes,  qu'elles  seraient  tout-à-fait  propres  à 

éclairer  les  âmes  qui  font  profession  de  la  pieté  Chrétienne. 

'S.  Paulin  les  regardoit  comme  telles,  lorsqu'il  dit  qu'elles  Paul.  ep.  2.  ».  1. 

faisoient  la  joie  de  son  cœur;  qu'elles  lui  ctoient  plus  douces  £§;  „2 1"  1!  |op 

que  le  miel  ;  qu'elles  faisoient  la  consolation  et  la  nourriture 

la  plus  délicieuse  de  son  ame. 

'  Quelques  Auteurs  modernes  ont  avancé,  que  S.  Amand  Gaii.  Or.  *o*.  t 
nous  a  conservé  les  ouvrages  de  S.  Paulin.  Mais  on  ne  voit  2'  p"  788' 
rien  qui  puisse  servir  de  fondement  à  cette  opinion,  que  ce 
qu'on  lit  '  à  la  tête  d'une  des  letres  de  S.  Paulin,  qui  répon-  Paul.  ep.  «.  n.  i. 
dant  à  Sancte  et  à  Amand,  dit  qu'au  dos  de  leur  letre  il  se 
trouvoit  une  liste  de  ses  épitres.  Cela  suppose  à  la  vérité  que 
Sancte  et  Amand  en  avoient  fait  un  recueil.  Mais  assurément 
cet  Amand  est  différent  de  l'Evêque  tle  Bourdeaux.  Celui-ci 
étoit  Prêtre  dès  le  temps  du  baptême  de  S.  Paulin,  comme 
nous  avons  vu.  Il  étoit  aussi  son  ami  particulier;  et  ils  s'écri- 
voient  très-souvent.  Au  contraire 'il  paroît  qu'Amand  com-  ep. *o.  n.  3. 
pagnon  de  Sancte,  n'étoit  pas  connu  de  S.  Paulin,  qui  le  nom- 
me un  enfant  de  bénédiction,  Dcnedictum  Dominipuerum,  s'il 
faut  s'en  tenir  aux  termes.  Auroit-il  ainsi  qualifié  celui  qui  l'a- 
voit  instruit,  et  contribué  à  sa  conversion? 


S.  PAULIN, 

EvÈQUE   DE  NOLE. 


Si. 

HISTOIRE   DE   SA   VIE. 

Itne  naissance  illustre,  des  richesses   immenses,  un  gé-  idat.  chr.  P.  299. 
J  nie    heureux,    un    esprit    aisé,    agréable,    pénétrant, 
élevé,  un  sçavoir  au-dessus  du  commun,  l'élévation  aux  pre- 
mières dignités  de  l'Empire,  enfin  une. pieté  encore  plus  gran- 
de que  tous  ces  avantages  temporels,  ont  fait  le  caractère  de 
S.  Paulin. 'Il  naquit  à  Bourdeaux  vers  l'an  353,  ou  354,  m.  h.  e.  t.  u. 
a  d'une  famille  de  Sénateurs  Romains,  tant  du  côté  de  son  F,,3',, 
père,  que  du  côté  de  sa  mère.  'Quelques  anciens  l'ont  nom-  au*.  ep.   19.  P. 
mé  Ponce  ;b  et  il  prend  quelquefois  lui-même  le  nom  de  Mé-  }$?.  '  *  **■  p' 
rope.  Mais  nous  ne  le  connoissons  aujourd'hui  que  sous  celui  b  ^"icp.+o.  n.i. 

Z  ij 


V   SIECLE. 


180  S.   PAULIN, 

"  de  Paulin,  et  il  est  sans  contradiction  le  plus  illustre  de  tous 
ceux  qui  ont  porté  le  même  nom. 
ep.  29.  n.  s.  'Il  se  trouvoit  parent  de  la  célèbre  Sainte  Melanie  l'ancien- 

car.  32.  y.  622.     ne,  '  et  de  Celse  fils  de  Pneumace,  l'un  et  l'autre  des  premières 
noblesses  de  Rome.  Tout  ce  que  l'on  sçait  de  certain  tou- 
Aa«.  ep.  24.  p.  chant  son  père,  '  c'est  qu'il  se  nommoit  Paulin,  et  qu'il  possé- 
GS*  doit  de  si  grands  biens,  qu'Ausone  n'a  point  de  termes  plus 

propres  pour  les  exprimer,  qu'en  les  appelant  des  Roiaumes. 
Il  n'est  guéres  moins  assuré  qu'il  étoit  Chrétien  ;  puisque  la 
famille  des  Paulins,  comme  celle  des  Basses,  fut  une  des  pre- 
mières familles  Patriciennes,  qui  embrassèrent  la  Foi  de  Jé- 
sus-Chrît. 
Au»,  ep.  21.  23.       '  Le  jeune  Paulin  eut  pour  maître  dans  les  belles  Letres, 
p.  667.  678.         Ausone  son  ami  et  son  voisin,  qui  conserva  toujours  pour  lui 
une  affection  de  père,  et  qui  outre  le  soin  qu'il  prit  de  lui  for- 
Paui.  car.  io.  v.  mer  l'esprit,  le  poussa  encore  aux  premiers  honneurs.  '  C'est  ce 
93-%.  qUe  g  Paulin  reconnoît  lui-même,  qualifiant  Ausone,  son  père, 

son  maître,  son  patron,  à  qui  il  étoit  redevable  de  sa  bonne 
éducation,  de  la  connoissance  qu'il  avoit  des  letres,  de  son 
v.  142-140.  élévation  aux  charges  et  aux  dignités, 'et  même,  ce  qui  est 

encore  plus  estimable,  des  premiers  principes  de  la  Religion 
Chrétienne. 

Mens  nova  me  fateor  cepit,  mens  non  mea  quondam , 
Sed  mea  mine  autorc  Deo,  qui  si  quid  in  actu, 
Ingcniove  meo  sua  dignum  ad  munia  vidit, 
Gratia  prima  tibi,  tibi  gloria  débita  cedet, 
Cujus  pnuceptis  partum  est  quod  Christus  amaret. 

■nu.  ibw.  p.  4.  '  On  voit  par  les  ouvrages  qui  nous  restent  de  S.  Paulin  et 

la  grandeur  de  son  géniç,  et  le  progrès  qu'il  fit  dans  les  Letres. 
Au8.  ep.  20.  p.  '  11  se  rendit  si  habile  Surtout  dans  la  poésie,  qu'Ausone  avoue 
•  %.  19.  p.  C55.  que  son  disciple  emporta  la  palme  sur  lui,  '  et  qu'aucun  des 
Hj:r.  cp.  49.  p.  Romains  ne  lui  étoit  comparable  pour  les  vers. 'Il  acquit 
nu7|  dai.dir.  p.  auggj  unegrande  éloquence,  au  sentiment  de  S.  Jérôme  et  de 

l'Evêque  Idace.  Il  parloit  purement,  et  avoit  beaucoup  de 
l'aui.ep.  46. n.  2.  facilité  à  s'énoncer.  '  Il  prit  quelque  connoissance  de  la  Lan- 
Cp.  28.  n.  s.  gue  Gréque  ;  mais  il  ne  l'étudia  pas  à  fond.  '  Pour  l'Histoire, 
Tiii.  p.  o. .  il  négligea  de  s'y  appliquer,  'et  encore  plus  à  la  Géographie. 

Gr.  t.  gi.coiif.  c.       'Paulin  étant  en  âge  de  se  marier,  épousa  Thérasie,  ou 
no.  p.  usa  Theraise  qui  lui  apporta  diverses  terres,  mais  qui  est  deve- 


V 

SIECLE. 

Paul.   car.  32.    v. 
601. 

T.  599.  600.    605. 

EVEQUE  DE  NOLE.  181 

nuë  encore  plus   illustre  par  sa  pieté,  qu'elle  ne  le  pouvoit 

être  par  les  avantages  de  la  fortune  et  de  la  naissance.  '  Ils 

vécurent    assez    long- temps  ensemble  sans  avoir  d'enfants. 

'  Enfin  ils  en  eurent  un  qui  mourut  aussi-tôt,  et  qui  fut  enterré 

àComplute.  Il  paroît  par-là  qu'ils  étoient  dès  lors  en  Espagne, 

où  l'un  ou  l'autre  pouvoit  avoir  des  terres.  Ils  ne  tardèrent 

pas'  à  vivre  dans  une  parfaite  continence,  que  S.  Augustin  Aug.  ep.27.  n.  s. 

loue  en  eux  vers  l'an  395,  comme  un  exemple  aussi  instructif 

qu'éclatant.' Thérasie  devenue  par-là  la  sœur  de  Paulin,'  le  idat.aid. 

Saint  ne  rougissoit  point  de  la  joindre  avec  lui  à  la  tête  de  ,pau'op-3  lep.*. 

ses  letres,  même  en  écrivant  à  des  Evêques,  ni 'les  Evêques  Ang.  ep.  n.  |eP. 

de  leur  répondre  de  la  même  manière,  et  de  saluer  Thérasie  **• 

avec  son  mari.  L'on  trouve  des  vestiges   de   cette  pratique 

jusqu'en  408  ou  409  ;  et  il  semble  que  Thérasie  ne  vécut  pas 

au  de-là  de  ce  terme.  Il  paroît  au  moins  comme  certain  qu'elle 

n'étoit  plus  au  monde  en  413,  lorsque 'S.  Paulin  écrivit  à  paui.eP.  51.  n.  i. 

S.  Eucher  et  à  Galla  sa  femme,  qui  l'avoit  suivi  dans  sa  retraite  2- 

de  Lero.  Car  il  ne  la  nomme  point  dans  le  titre  de  «a  letre  ; 

et  l'on  ne  doit  pas  douter  que  si  elle  eût  encore  vécu,  il  ne 

l'y  auroit  pas  oubliée,  et  qu'il  en  auroit  usé,  comme  il  faisoit 

en  d'autres  occasions  qui  ne  l'y  invitoient  pas  comme  celle-ci. 

'  Paulin  dès  son  jeune  âge  se  trouva  engagé  dans  le  tumulte  ep.s.  n.  *. 
du  Barreau,  et  se  vit  élevé  à  diverses  charges  considérables. 
'  Il  fut  même  Consul  avant  Ausone  son  maître  qui  lui  procura  Ans.  eP.  20.  p. 
cette  dignité,  la  plus  grande  qui  fût  alors  dans  l'Empire  pour  ^?  ' ep-  **•  p* 
un  particulier.  '  Mais  comme  son  nom  n'est  point  marqué  TBLMd.p.  •. 
dans  les  Fastes,  il  faut  qu'il  ait  été  subrogé,  soit  à  Valens  mort 
en  378,  soit  à  quelque  autre  Consul  ordinaire.  On  le  regar- 
de comme  l'unique  Consul  Romain,  que  Dieu  ait  rendu  vé- 
nérable à  son  Eglise  par  une  sainteté  certaine  et  évidente. 
Paulin  exerça  aussi,  comme  l'on  croit,  la  charge  de  Consu- 
laire de  la  Campanie,  et  fit  alors  sa  résidence  à  Noie,  où  il 
conçut  cet  attachement  religieux,  qu'il  fit  depuis  éclater  pour 
le  tombeau  de  S.  Félix. 

Outre  Ausone  qui  étoit  alors  en  grand  crédit  à  la  Cour, 
'  il  avoit  beaucoup  d'autres  amis  dans  le  monde,  entre  lesquels  Paul.  ep.  n.n.5. 
le  plus  intime  comme  le  plus  illustre  fut  S.  Sévère  Sulpice.'  Il  tui.  ibid.  P.  9. 
ne  faut  pas  s'étonner  que  Paulin  eût  un  si  grand  nombre  d'a- 
mis; puisqu'à  l'esprit,  à  la  science,  aux  richesses,  aux  dignités, 
et  aux  autres  avantages  extérieurs  qu'il  possédoit,  il  joignoit 
beaucoup  d'autres  qualités  qui  le  rendoient  considérable   et 


V   SIECLE. 


182  S.    PAULIN, 

digne  d'être  aimé  des  genb  d'honneur.  Car  cette  prudence, 
celte  politesse,  cetto  fidélité,  que  les  plus  grands  hommes  de 
son  siècle  ont  louées  en  lui  aussitôt  après  sa  conversion ,  y 

Aus.  cp.2i.r.r>c8.  paroissoient  sans  doute  dès  auparavant.  '  Ausone  relevé  en 
effet  la  noblesse  de  son  cœur,  qui  préféroit  la  satisfaction  de 

iiran.  n.  9.  ses  amis  à  la  sienne  propre  ;    et  l'Auteur  de  sa  vie  remar- 

que qu'il  fut  toujours  doux  et  bien  faisant,  durant  le  temps 
même  qu'il  étoit  dans  la  vanité  du  siècle. 

Paui.ep.  Su  n.  *.  '  Paulin  touché  de  Dieu,  pensa  sérieusement  à  se  dégager 
du  tumulte  du  Barreau  et  de  l'embaras  des  affaires  publi- 
ques; en  un  mot  à  se  détacher  entièrement  du  monde,  et  se 
consacrer  sans  réserve  au  service  de  .1.  C.  Afin  d'avoir  plus  de 

Tiii.ibij.p.  i3.  facilité  d'exécuter  une  si  sainte  et  si  généreuse  entreprise,  '  il 
se  retira  en  Espagne  vers  389  ou  390,  et  y  passa  au  moins 
quatre  ans,  jusques  vers  le  printemps  de  l'an  394.  On  ne 

P.  7M.722.  sçait  pas  bien  le  temps  précis  de  son  baptême  ;  '  quoiqu'il  y 
ait  beaucoup  d'apparence  qu'il  le  reçut  avant  sa  retraite  en 

Pani.  ep.  3.n.4|    Espagne.  '  11  est  au  moins  certain  qu'il  fut  baptisé  à  Bour- 

eP.  20.  n.  6.         deaux,  par  le  ministère  de  S.  Delphin  Evêque  de  cette  Ville. 

ep.  22.  n.  3.  '  En  renonçant  au  monde  il  renonça  pareillement  à  toute 

étude  profane,  et  ne  fit  plus  usage  de  sa  plume,  que  pour 
traiter  des  matières  de  pieté,  ou  entretenir  l'union  toute  Chré- 
tienne   qu'il   avoit  avec  les  plus  saints  personnages  de  son 

Aus.  ep.  23.  24.  temps.  En  vain  '  Ausone  dans  plusieurs  letres  qu'il  écrivit  à 

25.  P.  675-698.  n^n  Saint  durant  sa  retraite,  emploïa  et  tous  les  traits  de 
l'amitié,  et  tous  les  reproches  d'un  ami  et  d'un  maître  qui  se 
croïoit  offensé,  pour  détourner  S.  Paulin  de  son  pieux  des- 
soin, et  le  rappeler,  ou  dans  son  pais,  ou  du  moins  à  l'amour 

Pani.  car.  io.  v.  de  la  Poésie.  '  Le  Saint  ne  lui  répondit  que  pour  lui  faire 

21-22"  comprendre  qu'un- cœur,  comme  le  sien,  consacré  à  J.  C. 

ne  devoit  plus  être  ouvert  aux  inspirations  d'Apollon  et  des 

v.  33-36.  Muses;  '  et  que  Dieu  nous  défend  de  perdre  à  de  vains  amu- 

sements un  temps,  que  nous  ne  devons  emploïer  qu'à  ac- 
complir ses  préceptes,  et  à  nous  rendre  dignes  de  participer, 
à  sa  gloire. 

Paul.  ep.  i.  n.io.  Cette  vie  admirable  que  menoit  S.  Paulin,  porta  '  le  peu- 
ple de  Barcelone  à  le  demander  pour  Prêtre  ;  et  quelque  ré- 
pugnance qu'il  eût  pour  cette  dignité,  il  fut  obligé  de  céder 
à  la  violence  du  peuple.  '  11  fut  donc  ordonné  comme  mal- 
gré lui  par  Lampius  à  la  fin  de  l'an  393,  comme  l'on  croit. 
L'année  suivante  il  se  retira  à  Noie  '  pour  tout  le  reste  de  ses 


ep. 

3.  n. 

1 

Paul 

.  ill. 

P- 

:tx 

Til. 
235. 

H.  E 

236. 

.  1. 

4. 

P- 

EVÊQUE    DE   NOLE.  183 

v  V   SIECLE. 


jours.  Depuis  le  premier  voïage  qu'il  y  avoit  fait  vers  l'an 

379,'  il  s'étoit  consacré  à  S.  Félix  et  lui  avoit  dédié  ses  vœux  paui.  car.  13  v. 

et  son  cœur.  7"13' 

S.  Paulin  dans  sa  nouvelle  retraite,  qui  étoit  à  un  grand 
quart  de  lieuë  de  la  Ville  de  Noie  ,  redoubla  sa  pénitence 
et  ses  premières  austérités.  Là  dans  une  pauvreté  si  entière, 
'qu'il  manquoit  quelquefois  de  sel  par  indigence,  il  menoit  ep.  39.  n.  *|eP. 
la  vie  d'un  Moine,  couvert  d'un  sac  de  poil  de  chèvre  fort  *'§j"iî!  li.* 
rude,  qui  ne  le  couvroit  que  pour  le  piquer,  jeûnant  près-  **«•  *5i  i  en  $■ 
que  toute  l'année  jusqu'au  soir,  et  ne  se  nourrissant  que  de  lé- 
gumes. '  Telle  étoit  la  sainteté,  telle  éfoit  la  pauvreté  volon-  Aug.  deciv.  1.  1. 
taire  de  cet  homme  autrefois  si  puissamment  riche  :  ex  opu-  c' 10" n'  2' 
lentissïmo   divite  voluntate  pauperrimus ,  et   copiosissime 
sanctw. 

Quoique    S.    Paulin   eût   renoncé  à  l'exercice  des  belles 
Letres,    il  ne  put  néanmoins  refuser  aux  instances  d'Endéle-  cp.  28.  n.  6. 
que  son  ami,  qui  étoit  Chrétien,  de  composer  le  Panégyri- 
que de  l'Empereur  Théodose;    il    l'envoïa  aussi-tôt  à  celui 
qui  l'avoit  porté  à  y  mettre  la  main,  puis  à  S.  Sévère  Sulpi- 
ce,  '  et  à  S.  Jérôme.  Ce  dernifr  en  prit  occasion  de  lui  écri-  Hier.  ep.  49.  p. 
re  sa  belle  letre,  qui  porte  pour  tilre,  De  la  conduite  d'un  5Wi' 
Moine.  Il  avoit  sans  doute  appris,  soit  de  la  letre  de  S.  Pau- 
lin,   soit    de    Vigilance  qui  en  étoit  le  porteur,  que  nôtre 
Saint  avoit  embrassé  ce  genre  de  vie  ;  et  il  paroît  qu'il  étoit 
averti  que  son  humilité  le  portoit  '  à  se  juger  indigne  d'étudier  Paul.  ep.  43.  n.  3. 
l'Ecriture  Sainte,  pour  en  pénétrer  les  mystères.  '  Car  S.  Jérô-  mer.  ibid.  p.  an. 
me  dans  la  même  letre  le  presse  beaucoup  de  s'y  appliquer  ;  et 
pour  l'y  déterminer  il  ne  craint  pas  d'avancer,  que  s'il  joignoit 
l'étude  et  l'intelligence  des  livres  sacrés  à  la  solidité  de  son  ju- 
gement, et  à  son  éloquence,  il  n'y  auroit  rien  de  plus  beau,  de 
plus  sçavant,  de  plus  agréable,  de  mieux  écrit  que  ses  ouvra- 
ges. Peu  de  temps  après  le  même  S.  Docteur  voulant  entiè- 
rement convaincre  S.  Paulin  de  l'importance  de  l'avis  qu'il  lui 
avoit  donné,'  lui  écrivit  une  letre  exprès  sur  le  même  sujet,  cP.  50.  P. sur-st 
sous  le  titre,  De  l'étude  des  Saintes  Ecritures.  Ces  exhorta- 
tions réitérées  vainquirent  enfin  l'humilité  de  S.  Paulin.  Il 
s'appliqua  depuis  à  cette  étude  avec  tant  de  succès,  '  que  le  ep.  m.  p.  tm. 
même    S.    Jérôme  lui   écrivant  en  398,  le  reconnoît  pour 
un  homme  sçavant,  et  aussi  instruit  de  la  science  des  livres 
sacrés,  que  des  letres  humaines. 

S.  Paulin  cependant   conserva  toujours   dans  cette  étude 
une  certaine  défiance  de  ses  propres  lumières,  et  de  sa  ca- 


184  S.   PAULIN, 

V   SIECLE.  ' 


pacité.  Dans  les  difficultés   qu'il  y    rencontroit,  il  avoit  re- 

Paui.  eP.  50.  n.  a.  cours  à  ceux  qu'il  croïoit  plus  éclairés  que  lui.  '  11  s'adressoit 

îs^Hier.  ep.  si.  ordinairement  à  S.  Augustin  et  à  S.  Jérôme,  et  nous  avons 

encore  un  assez  grand  nombre  de  questions  qu'il  leur  propo- 

soit  sur  divers  endroits  de  l'Ecriture,  qui  lui  paroissoient  les 

plus  difficiles  à  entendre. 

Le  séjour  que  fit  nôtre  Saint  au  tombeau  de  S.  Félix,  e» 
le  grand  nombre  de  personnes  de  pieté  qu'il  y  attiroit  de  tou- 
tes parts,  servirent  beaucoup  à  accroître  le  culte  du  S.  Mar- 
Paui.  car.  i8.  v.  tyr.  '  Lorsqu'il  s'y  retira,  il  y  avoit  quatre  à  cinq  Basiliques 
179-iaj.  ^j  ne  3UffiS0{ent  pius  a  la  multitude  du  peuple  qui  alloit 

eP.  3i.  n.  io.  à  ce  tombeau.  '  Le  Saint  en  fit  bâtir  une  nouvelle  d'une  struc- 
micar  vs*17v'  ture  merveilleuse,  '  avec  des  peintures  qui  représentaient 
su-sas.'  l'Histoire  de  l'ancien  Testament,  et  des  inscriptions  qui  en 

expliquoient  chaque  sujet.  C'était  alors  une  chose  assez  ex- 
traordinaire d'orner  ainsi  de  peintures  les  Eglises;  mais  S. 
Paulin  crut  le  devoir  faire  en  faveur  des  païsans  qui  ne  sça- 
c»r.  24.  v.  383-  voient  pas  lire.  '  Il  fit  aussi  divers  embellissements  à  l'ancien- 
Mrtt.  c.  43.  n.  i.  ne  Eglise  de  S.  Félix; a  et  on  y  lit  encore  aujourd'hui  une 
inscription  en  vers,  mise  sans  doute  par  S.  Paulin  même, 
laquelle  porte  qu'on  l'avoit  rendue  et  plus  grande  et  plus 
claire. 

Après  que  saint  Paulin  eut  mené  l'espace  de  15  ans  un 
genre  de  vie  aussi  saint  et  aussi  austère,  il  fut  enfin  choisi  pour 
Tiii.  t.  u.  p.  130.  gouverner  le  peuple  de  Noie.  '  On  l'en  ordonna  Evêque,  ou 
73i.  73s.  a  ja  fm  (je  i>an  £og^  ou  au  commencement  de  l'année  sui- 

vante. Il  est  aisé  de  juger  de  quelle  manière  il  se  conduisit 
dans  l'Episcopat,    par  la  conduite  qu'il  avoit  tenue  dans  le 
Uran.  n.  6.  Sacerdoce.  '  Il  y  chercha  non  à  se  faire  craindre,  mais  à  se  faire 

aimer  de  tout  le  monde.  Quelque  exact  qu'il  fût  dans  l'exa- 
men de  la  justice,  jamais  il  n'en  sépara  la  miséricorde,  et  fut 
2.  9.  toujours  indulgent  dans  la  punition  des  coupables.  '  Toutes 

ses  vues  tendoient  à  la  paix  et  à  la  charité.  Il  avoit  une  sollici- 
tude continuelle  pour  les  misérables,  une  tendresse  pleine 
de  compassion  pour  les  infirmes,  et  une  bonté  sans  bornes 
pour  toutes  sortes  de  personnes.  Tout  le  monde  avoit  part  à  ses 
faveurs,  et  à  ses  libéralités,  qui  étaient  si  immenses  qu'elles 
s'étendoient  au-delà  des  limites  de  son  Diocèse.  Il  n'y  avoit 
point  de  pais  si  éloignés,  il  n'y  avoit  point  de  lieu  si  désert, 
où  ne  se  répandit  le  torrent  de  ses  bienfaits  ;  les  mers  mê- 
mes n'étaient  pas  capables  d'en  arrêter  le  cours. 

Peu 


EVÊQUE  DE  NOLE  185     VS1ECLE 


Peu  de  temps  après  son  élévation  à  l'Episcopat,  il  eut  la 
douleur  de  voir  '  la  prise  et  le  sac  de  Noie  par  les  Gots, a  qui  Aug.  dv.  1. 1.  c. 
s'étant  rendus  maîtres  de  la  ville  de  Rome  au  mois  d'Août  ,10n  n-  *• 

i  ros    î    ^    c    101 

410,  b  allèrent  ravager  la  Campanie.  c  Saint  Paulin  fut  pris  i.  7.  c.  39. 
lui-môme  ;  mais  il  n'y  a  pas  d'apparence  de  rapporter  à  cette  *  Pniiost.  1. 12.  c. 
occasion,  et  néanmoins  nous  n'en  voïons  point  d'autre  à  la-  c  Aug.  ibid. 

3uelle  puisse  convenir  le  trait  héroique  de  sa  charité,  '  qui,  Grcg.  dial. ,_  3  Cp 
it-on,  le  porta  à  se  vendre  lui-même  pour  racheter  le  fils  uni-  *• 
que  d'une  pauvre  veuve. 

L'histoire  ne  nous  fournit  presque  aucune  action  particuliè- 
re de  l'Episcopat  de  S.  Paulin.  '  On  croit  cependant  quïl  Paul,  vu.  c.  51. 
eut  quelque  part  à  ce  qui  se  fit  à  Rome,  et  à  Ravenne  contre 
les  Pélagiens  au  mois  d'Avril  418.  Une  des  suites  de  cette 
affaire  fui  la  déposition  du  fameux  Julien  Evêque  en  Cam- 
pan'e.  '  L'année  suivante  S.  Paulin  fut  prié  avec  plusieurs  au-  c.  52.  n.  1. 
très  Evoques  de  se  trouver  à  Ravenne,  pour  tâcher  d'étein- 
dre le  schisme  qui  divisoit  l'Eglise  Romaine  depuis  la  mort 
du  Pape  Zosime;  '  mais  il  s'en  excusa  sur  la  foiblesse  de  sa  Bar.  an.  419.  n. 
santé.  Le  Concile  n'aïant  point  eu  le  succès  que  l'on  en  at-  17'  18' 
tendoit,  on  en  indiqua  un  autre  plus  nombreux  à  Spolelte 
pour  le  3e  jour  de  Juin.  ■  S.  Paulin  tut  encore  pressé  d'y  assis-  n.  17. 
ter,  comme  le  plus  digne  de  déclarer  ce  qui  se  devoit  faire 
selon  la  Loi  de  Dieu  et  la  discipline  Apostolique.  '  Mais  le  Paul.  vit.  c.  st.  n. 
schisme  aïant  été  éteint  par  une  autre  voie  dès  le  mois  d'Avril,    ' 
S.  Paulin  fut  dispensé  d'entreprendre  ce  voïage. 

Enfin  Dieu  voulant  couronner  une  vie  si  sainte,  et  si  rem- 
plie de  mérites,  appella  à  lui  ce  grand  Evêque  '  le  22e  jour  de  ifo».  n.  12. 
Juin,  sous  le  Consulat  de  Rasse  et  d'Antioque,   c'est-à-dire 
l'an  431;  étant  à  peu  près  dans  la  78e  année  de  son  uge.  '  Il  ■■  3. 
mourut  d'une  violente  douleur  de  côté.  '  Toute  l'Eglise  fut  n-  *■  »■ 
touchée  de  la  perte  d'un  tel  Evêque.  Les  Juifs  et  les  Païens 
mêlés  avec  les  Chrétiens,  accoururent  à  ses  funérailles,  aïant 
leurs  robes   déchirées;    et  tous  crioient  d'une  même  voix, 

Îju'ils  avoient  perdu  leur  patron  et  leur  protecteur.  'Son  corps  n.  \. 
ut  enterré  dans  l'Eglise  de  S.  Félix,  '  d'où  il  a  été  transféré  de-  Pauivit.  c.  54.  n. 
puis  à  Rome  dans  l'Eglise  de  S.  Rarthelemi.  Dès  son  vivant  2 
ou  le  révéroit  comme  un  Saint  ;  '  et  depuis  son  décès  on  n'a  Uran.  n.  5. 
point  cessé  de  le  regarder  comme  tel.    L'Eglise  l'honore  en-  Paul.  vit.  c.  53. n. 
core  en  cette  qualité  au  jour  de  sa  mort,  auquel  sa  fête  est  2' 
marquée   dans  tous   les   Martyrologes.    Urane   l'un   de  ses 
disciples  a  écrit  la  relation  de  sa  mort.  C'est  l'unique  ou- 

Tome  II.  A  a 


.  ..*«..      *8<>  S.   PAULIN, 

V   SIECLE.  ' 

vrng?  que  l'antiquité  nous  a  conservé  de  l'histoire  de  ce 
cran  n.  is.  saint  Evêque  ;  '  quoiqu'un  nommé  Pacatus  eût  entrepris  d'é- 
crire sa  vie  en  vers.  Comme  nous  n'avons  point  d'Epitaphe 
originale  de  S.  Paulin,  nous  mettons  ici  pour  lui  en  servir, 
l'éloge  que  Fortunat  de  Poitiers  a  fait  de  lui  dans  son  Poëme 
sur  la  Vie  de  S.  Martin. 

F°30+Vlt  *  '  *'  '  ^'ves  aS"s>  °Pulens  famulis,  locuples  et  acervis, 

Vir  censu  vastus,  lare  celsus,  et  orc  rotundus, 
Ditior  ipse  fide,  pro  Christo  fit  sibi  pauper, 
Et  dédit  innumeros  redimcnles  crimina  nummos, 
Cujus  sparsa  solo  migravit  ad  astra  facultas. 
Fecit  et  in  cœlum  pignus  asccndere  terras. 
Ergo  Evangelium  Paulino  implcnte  relatum, 
Martiaus  monitat  cunctis  talem  esse  sequendum 
Tramite  difficili,  potuit  qui  pergere  dives. 

Paul.  eP  35.  '  S.  Paulin  avoit  un  frère  qui  fut  baptisé  comme  lui  par 

Saint  Delphin,  et  qui  mourut  long-temps  avant  nôtre  saint 
Evêque,  en  un  état  qui  lui  faisoit  beaucoup  craindre  pour  son 
Genn.  vit.  ni.  c.  salut.  '  Gennade  fait  aussi  mention  d'une  sœur  de  S.  Paulin, 
48"  à  laquelle  le  Saint  écrivit  plusieurs  letres  sur  le  mépris  du 

monde.  On  ignore  les  noms  du  frère  et  de  la  sœur;  et  nous 
ne  sçavons  rien  autre  chose  de  certain  sur  sa  famille. 

Le  propre  caractère  de  S.  Paulin  étoit  la  douceur,  l'hu- 
milité, la  modestie,  la  pieté,  la  charité,  une  tendresse  de 
conscience.  Ce  furent  sur-tout  ses  grandes  qualités  qui  le  fi- 
rent chérir  et  estimer  de  tous  les  grands  hommes  de  son  temps. 
Il  étoit  lié  d'amitié  avec  S.  Delphin  et  S.  Amand  ses  Evê- 
ques,  avec  S.  Ambroise,  S.  Augustin,  S.  Jérôme,  S.  Mar- 
tin, S.  Alype,  S.  Sévère  Sulpice,  Rufin,  S.  Victrice  de 
Rouen,  S.  Honorât  d'Arles,  S.  Eucher,  Nicetas  Evêque 
dans  la  Dace,  etc.  On  a  déjà  vu  dans  le  cours  de  son  Histoire, 
quelques  traits  de  l'estime  que  ces  grands  hommes  faisoient  de- 
lui;  et  nous  ne  nous  arrêîons  pas  à  en  rapporter  d'autres.  Les 
letres  de  S.  Augustin  et  de  S.  Jérôme,  en  particulier,  sont 
suip.  .liai.  3.  n.  remplies  de  ses  éloges.  '  S.  Sévère  Sulpice  nous  le  représen- 
8i.  P.  570.  te  ^  4qm  iorSqU'ii  écrivoit  ses  Dialogues,  comme  un  hom- 

me illustre  dans  tout  le  monde  par  sa  pieté. 

La  pauvreté  volontaire  à  laquelle  S.  Paulin  s'étoit  réduit, 
en  distribuant  ses  grands  biens  aux  pauvres  et  aux  Eglises,  a 


EVÊQUE  DE  NOLE.  187     „,„, 

*  V  SIECLE. 


fait  l'admiration  et  du  siècle  où  il  a  vécu,  et  des  suivants.  Il 
étoil  extrêmement  pénétré  de  sa  propre  foiblesse,  de  la  né- 
cessité du  secours  de  Dieu,  et  de  reconnoissance  pour  les 
grâces  qu'il  en  avoit  reçues.  Il  avoit  beaucoup  de  dévotion 
pour  les  Saints,  et  de  vénération  pour  leurs  reliques.  'Son  m. i. «.«ut.p. 
don  particulier  en  qualité  de  Père  de  l'Eglise,  est  d'exciter:  f£ .' TlU'  ,b'd' p' 
ce  qui  convient  parfaitement  à  cette  douceur  sainte,  si  vive 
et  si  animée  qui  se  voit  par-tout  en  lui,  et  qui  est  très-pro- 
pre à  exciter  les  âmes  et  les  porter  à  la  pieté. 

Quelque  peu  d'estime  qu'il  fit  de   lui-même ,  cela  n'em- 
pêchoit  pas  que  les  autres  n'eussent   beaucoup  de    respect 

ftour  ses  lumières.  '  S.  Augustin  même  s'adressoit  à  lui  pour  Aog.  ep.95.  n.  s. 
e  consulter,  '  et  le  prioit  quelquefois  de  corriger  ses  écrits,  ep.  27.  n.  6. 
témoignant  qu'il  se  siûmettoit  volontiers  à  sa  censure.  '  S.  Paui.ep. 28. n.s. 
Sévère   Sulpice  le  pria  de   lui  donner  des  éclaircissements 
sur  l'histoire   à  laquelle  il  travailloit  alors.  '   Le  Prêtre  Di-  ep.  43.  n.  3. 
dier  lui  demanda  aussi  une  explication  des  bénédictions  que 
Jacob  donna  en  mourant  à  ses  enfants.  '  Enfin  le  prêtre  Aie-  ep.  33.  n.  2. 
the  lui  aïant  demandé  quelque  écrit  de  sa  faron,  nôtre  Saint 
lui  envoïa  son  beau  Sermon  sur  l'aumône,  intitulé  Du  tronc. 

S-  h- 

SES  ÉCRITS  CERTAINS  ET  EXISTANTS- 

Les  Ecrits  de  S.  Paulin  ne  sont  pas  des  ouvrages  de 
longue  haleine;  mais  il  en  avoit  laissé  un  assez  grand 
nombre,  qui  malheureusement  ne  nous  ont  pas  été  tous  con- 
servés. Nous  allons  donner  d'abord  le  catalogue  de  ceux  qui 
nous  restent,  puis  nous  parlerons  des  autres  suivant  l'ordre 
que  nous  nous  sommes  prescrit. 

1°.  '  Nous  avons  un  recueil  des  ses  letres,  au  nombre  de  Paul. ep. p.  1-322. 
cinquante,  '  qui  ne  sont  peut-être  que  la  moindre  partie  de 
celles  qu'il  a  écrites.  Car  il  paroît  et  par  celles  qui  nous  sont 
restées,  et  par  celles  que  ses  amis  lui  adressent,  qu'il  en  avoit 
écrit  presque  une  infinité  d'autres.  '  Gennade  nous  assure  Genn.  vir.  ai.  t. 
qu'il  en  avoit  adressé  un  grand  nombre  à  sa  sœur  sur  le  mé-  *8- 
pris  du  mondu,  lesquelles  sont  ou  perdues,  ou  encore  ca- 
chées dans  les  Bibliothèques.  '  On  juge  que  dans  celles  que  Du  Pin,  ui.  t.  3. 

1  On  no  sçait  sur  quoi  se  fonde  'M.  Fleuri       qu'il  ne  mette  de  ce  nombre  le  Martyre  de    Fleu.   H.  E.  t.  6 
pour  en  compter  cinquante-deux,  à  moins       S.  Genès,  et  le  Sermon  sur  le  Tronc.  p.  65. 

A  a  ij 


V   SIECLE. 


188  S.   PAULIN, 


nous  avons  il  y  a  beaucoup  d'agrément,   mais   que  néan- 

Tui  h.  e.  t.  i4.  moins  elles  divertissent  plus  qu'elles  n'instruisent.  '  Et  cela  est 
p  ***'  vrai  pour  ce  qui  regarde  la  science  des  dogmes,  et  des  ques- 

tions difficiles,  à  quoi  son  humilité  l'a  empêché  de  s'appli- 
quer. Mais  on  peut  dire  qu'elles  instruisent  extrêmement  pour 
1  édification,  pour  les  mœurs,  et  pour  la  science  du  cœur. 
C'est  particulièrement  par  ses  lelres  que  S.  Paulin  a  fait,  com- 
me dit  le  Cardinal  du  Perron,  les  délices  de  son  temps. 
P.  si.  '  S.  Augustin  nous  a  appris  l'estime  que  nous  en  devons  fai- 

re, par  les  éloges  qu'il  donne  à  la  première  qu'il  reçut  de  saint 
Paulin  ;  et  ces  éloges  conviennent  également  à  toutes   les 
Atig.  cp.27.n.2.  autres.  «  '  J'ai  lu,  lui  dit  ce  Père,  vôtre  lettre,  où  l'on  voit 
«  couler  le  lait  et  le  miel,  qui  marquent  si-bien  la  simplicité 
«  de  cœur  avec  laquelle  vous  cherchez  Dieu,  dans  le  sen- 
«  timent  que  vous  avez  de  sa  bonté,  et  où  vous  paroissez  tout 
«  pénétré  d'amour  et  de  reconnoissance  pour  lui.  Tous  nos 
«  frères  l'ont  lûë  aussi-bien  que  moi,  et  ne  se  lassent  point  de 
«  la  lire.  Car  ceux  qui  l'ont  déjà  lûë,  me  l'enlèvent  encore, 
«  parce  qu'elle  les  enlevé  toutes  les  fois  qu'ils  la  lisent.  Aussi 
«  répand-t'elle  la  bonne  odeur  de  J.  C.  avec  une  abondance 
«  et  une  suavité  qui  ne  se  peut  dire.  » 
ep.  186.  n.  40.         '  Et  dans  une  autre  letre  où  S.   Augustin  réfute  les  Péla- 
n.39.  giens  par  les  paroles  de  S.  Paulin,  il  lui  dit  encore  :  «  '  Vos 

«  letres  répandent  la  bonne  odeur  de  J.  C.  dans  toute  sa  pu- 
«  reté.  Vous  y  brillez  comme  un  fidèle  amateur,  et  un  géné- 
«  reux défenseur  desa  grâce .  » Ubi germanissimus  gratiœ  ipsius 
Bit>.  s.  vin.  Cen.  dilector  et  defensor  apparcs.  'Nous  avons  une  traduction  en 
nôtre  langue  des  letres  de  S.  Paulin,  laquelle  a  été  impri- 
mée à  Paris  chez  Louis  Guerin  l'an  1703  en  un  volume  in-8°. 
Paul.  eP.  P.  2i6-      2°.  'Parmi  les  lettres  de  S.  Paulin  nous  avons  l'unique  Ser- 
**"■  mon  qui  nous  reste  de  lui.  Il  est  intitulé  De  Gazophylacio,  c'est- 

Tiii.  ibid.  p.  m.  à-dire  Du  Tronc,  '  sans  doute  parce  qu'au  commencement  il 
parle  du  Tronc,  ou  comme  il  le  nomme  après  Tertullien,  de  la 
Table  que  l'on  mettoit  dans  l'Eglise  pour  recueillir  les  charités, 
des  Fidèles.  Les  Scavants  jugent  que  c'est  une  des  plus  ex- 
p.  4.  cellentes  pièces  de  l'antiquité  sur  l'aumône,  '  et  qui  fait  voir 

Paul. ibid.  P.  aie.  davantage  les  beautés  du  style  de  son  Auteur.  '  S.  Paulin  l'a- 
voit  joint  à  une  de  ses  letres  au  Prêtre  Alethe,  depuis  Evêque 
de  Cahors;  et  c'est  par  ce  moïen  qu'il  est  venu  jusqu'à  nous, 
p.  aïs.  2i6.  not.    On  croit  qu'il  fut  prononcé  et  envoie  en  403,  la  même  an- 
née que  la  letre  à  laquelle  il  étoit  joint. 


EVÊQUE  DE  NOLE.  189    f  SIECLE 

3° .  '  A  la  fin  du  jjecùeil  des  mêmes  letres  de  S.  Paulin ,  se  trou-  p.  342-32*. 
ve  l'histoire  du  martyre  de  S.  Genès  d'Arles.  '  On  a  toujours  m.  ibid.  P.  m. 
accoutumé  d'attribuer  cette  pièce  à  nôtre  Saint  ;  et  nous  ne 
voïons  rien  qui  nous  empêche  de  croire  qu'elle  est  effective- 
ment son  ouvrage.  Seulement  il  est  difficile  de  voir  quelle 
occasion  particuîiBre  S.  Paulin  auroit  pu   avoir  de  l'écrire. 
Rosweyde  doute  qu'elle  soit  de  lui  ;  et  il  semble  plus  porté 
à  l'attribuer  à  un  autre  Paulin,  qui  étoit  Evêque  de  Bésiers 
en  420.  D'autres  confondant  cette  histoire  avec  l'homélie  qui 
la  suit  dans  Surius,  et  qui  est  la  même  que  la  50e  parmi  celles 
qu'on  donne  à  Eusebe  d'Emese,  l'attribuent  à  d'autres  Au- 
teurs. Mais  pour  ce  qui  est  de  l'histoire,  '  comme  elle  a  assez  '•  »•  p-  se°- 
le  style  de  S.  Paulin,  et  que  quatre  manuscrits  la  donnent  au 
B.  Paulin  Evêque  ;  rien  n'empêche  de  croire  qu'elle  est  de 
S.  Paulin  de  Noie.  C'est  sur  cela  que  M.  le  Brun  dernier  édi- 
teur des  œuvres  de  ce  Saint,  l'a  laissée  entre  ses  véritables 
ouvrages.  '  Dom  Ruinart  l'a  aussi  publiée  sous  le  nom  de  Act.  Mari.  p.  603- 
l'Evêque  Paulin  d'heureuse  mémoire.  605' 

4°.  '  Enfin  nous  avons  de  S.  Paulin  un  recueil  de  Poésies  Paui.  car.  p.  î- 
ui  contient  trente-deux  Poëmes,  en  comptant  les  fragments  î90' 
e  quelques-uns  pour  des  Poëmes  entiers.  Ils  sont  presque 
tous  composés,  depuis  que  S.  Paulin  eut  renoncé  au  monde, 
et  à  la  poésie  profane.  Il  y  en  a  14  à  15  sur  S.  Félix  de  Noie, 
dont  quelques-uns  ne  contiennent  que  peu  de  vers.  '  Mais  Mur.  anec.  1. 1.  P. 
M.  Muratori  en  1697,  après  la  dernière  édition  des  oeuvres  **11** 
de  S.  Paulin,  nous  en  a  donné  trois  en  leur  entier  sur  le  même 
sujet.  Quant  au  4e  que  ce  Sçavant  joinf  aux  trois  autres,  on' 
peut  assurer  par  avance  qu'il  n'est  point  dé  S.  Paulin,  comme 
nous  ferons  voir  plus  amplement  en  parlant  des  ouvrages, 
qu'on  lui  a  faussement  attribués. 

»'  On  observe  que  le  13e,  qui  fut  fait  en  406,  est  intitulé  mt  ibid.  P.  m. 
dans  quelques  manuscrits,  Sur  le  carnage  de  l'armée  des  Gots 
tués  avec  leur  Roi  ;  ce  qui  marque  clairement  la  défaite  de 
Radagaise  par  l'armée   Romaine.  '  C'est  au  jugement  des  p.  i». 
Sçavants  un  des  plus  beaux  ouvrages  de  nôtre  Saint.  Il  nous 
manque  quantité  d'autres  Poëmes  de  S.  Paulin,  mêmes  sur 
S.  Félix.  Car  au  moins  depuis  sa  retraite  à  Noie  en  394,-  '  il  Paul.  ep.  28.  n.  0 
avoit  de  coutume  d'en  composer  un  tous  les  ans  pour  la  fête 
de  ce  Saint  Martyr.  Il  le  témoigne  lui-même  dans  une  letre 
à  S.  Sévère  Sulpice,  où  en  lui  envoïant  un  de  ces  poëmes,  il 
le  qualifie  le  tribut  qu'il  païoit  au  Saint  avec  joie,  pour  mar- 
que de  sa  servitude  volontaire. 

1  5- 


3 


V  SIECLE. 


190  S.   PAULIN, 


'  Parmi  les  Poëmes  de  S.  Paulin  il  se  trouve  l'épithalame 
Tin.  ibid.  P.  128.  de  Julien  et  d'Ia.  '  Ce  Julien  est  le  même  qui  fut  ensuite  Evê- 
129-  que  et  Hérésiarque.  S.  Paulin,  qui  aussi-bien  que  S.  Augustin, 

étoit  alors  son  ami,  et  de  l'Evêque  Mémor  son  père,  voulut 
bien  faire  une  épitbalame  sur  son  mariage,  mais  une  épitha- 
Paui.  ibid.  lame  digne  de  la  pieté  de  S.  Paulin.  '11  y  enseigne  aux  deux 

époux  de  quelle  manière  ils  se  doivent  conduire  dans  le  ma- 
riage, gouverner  leur  maison,  éviter  la  pompe  du  siècle,  et 
fuir  les  honneurs. 
Genn.  vir.  in.  c  '  Qn  ne  coonoissoit  encore  que  dix  Poëmes  de  S.  Paulin  sur 
S.  Félix,  qui  se  trouvent  au  second  tome  du  recueil  de  Lipo- 
man,  lorsqu'en  1008  on  imprima  à  Paris  l'opuscule  de  Dun- 
gal.  Cet  Auteur  qui  vivoit  au  IX  siècle,  en  reconnoissoit 
quinze,  et  donne  quelques  fragments  de  ceux  qui  nous  man- 
quoient.  Depuis  divers  Sçavants  nous  ont  déterré  les  autres 
po<h.  iai.  corp.  P.  par  leurs  louables  recherches,  '  De  toutes  ces  poésies  de  saint 
Paulin  on  n'a  mis  dans  le  corps  des  Poètes  Latins,  que  son 
poëme  sur  S.  Jean,  et  ses  trois  letres  à  Ausone. 

Nous  avons  déjà  dit  un  mot  de  l'estime  qu'Ausone  faisoit 
aus.  ep.  so.  p.  des  poésies  de  S.  Paulin.  Non-seulement  'il  avoue  que  sa 
«*  I  «p.  ai.  p.  muse  (-;tojt  inférieure  à  celle  de  son  disciple;  mais  il  assure 
même  que  personne  ne  pouvoit  imiter  la  beauté  de  ses  vers, 
et  le  talent  qu'il  avoit  pour  l'invention,  et  pour  se  soutenir 
uniformément  dans  ce  qu'il  écrivoit.  Il  est  vrai  néanmoins 
Bail.  Jug.  de»  s.  '  que  ce  jugement  regarde  plutôt  les  poésies,  que  S.  Paulin 
Poei.  im.  p.  803.  ft^  faites  avant  sa  conversion,  c'est-à-dire  avant  son  renon- 
cement aux  Muses  profanes,  que  celles  qu'il  composa  dans 
la  suit-.  Car  après  une  abdication  si  rare,  si  volontaire  et  si 
généreuse,  ii  s'étudia  à  éteindre  la  plus  grande  partie  de  son 
feu  ;  et  aïant  étouffé  en  lui  tous  les  désirs  de  la  réputation 
humaine,  il  rabaissa  son  esprit  et  son  style,  et  se  renferma 
dans  les  bornes  d'un  juste  tempérament,  telle  que  la  modes- 
lie  Chrétienne  le  demande  de  ses  Ecrivains.  Il  a  même  porté 
ie  détachement  jusqu'au  point  de  ne  se  pas  soucier  de  garder 
l'exactitude  de  la  prosodie  ;  quoique  dans  tout  cet  air  négligé, 
qui  paroit  autant  dans  sa  prose  que  dans  sa  poésie ,  on  trouve 
toujours  de  certains  agréments  naturels,  qui  font  aimer  l'Au- 
teur et  ses  ouvrages.  Au  reste  à  ne  considérer  les  poésies  oui 
nous  restent,  que  par  rapport  à  ce  qu'elles  contiennent,  elles 
seront  toujours  très-estimables.  On  y  trouve  plusieurs  traits 
tant  de  l'liistoire  que  de  la  discipline  de  l'Eglise,  et  une  ex- 


EVÊQUE    DE    NOLE.  191 


V   SIECLE. 


position  des  principaux  préceptes  et  conseils  de  l'Evangile. 

'  Les  poésies  de  S.  Paulin  se  trouvent  imprimées  séparé-  gyU.PoM.Chr.  | 
ment  de  ses  autres  écrits.   Elles  l'ont  été  avec  celles  de  saint  prft.     '  L  T 
Prosper ,  à  Anvers  chez  Christophe  Plantin  l'an  1500  en  un 
volume  in-1  G,  par  les  soins  de  Thomas  Pulmannus.'  Depuis,  Syii.  Pok.  ci.r.  i 
George  Fabricius  les  inséra,  mais  avec  de  grandes  lacunes,  \^h'  lbl1''  l>'  4I 
dans  son  recueil  des  Poètes  Chrétiens ,  imprimé  à  Basle  chez 
Jean  Oporin  en  un  volume   in-4°  l'an  1504.  'Elles  ont  été  ci»or.  Poët.t.  2.P. 
insérées  aussi  dans  le  chœur  des  Poëtes ,  imprimé  à  Lyon  en  233  3U"   . 
161 6.  Mais  l'Auteur  du  recueil  y  distingue  mal  à  propos  saint 
Paulin    Evêque    de   Noie ,  de    Paulin   homme    Consulaire  ; 
attribuant  à  celui-ci  le  panégyrique  de  Théodose  et  les  le- 
tres  à  Ausone,  et  à  l'autre  les  poésies  Chrétiennes.  Octavien 
de  la  Mirandole  s'est  servi  des  mômes  poésies ,  pour  former 
ce  qu'il  a  publié  sous  ce  titres  Les /leurs  des  Poëtes  illustres. 


I 


S-  HE 
SES  OUVRAGÉS  PERDUS. 

l  s'est  beaucoup  plus  perdu  d'écrits  de  S.  Paulin  ,  qu'il 

n'en  est  venu  jusqu'à  nous.  Outre  la  grande  quantité  de 
letres,  et  plusieurs  poésies  dont  nous  sommes  privés ,  com- 
me nous  l'avons  déjà  observé,  nous  n'avons  point  : 

1°.  L'excellent  abrégé  que  cet  Auteur  avant  son  renon- 
cement au  monde,'  fit  en  vers  des  trois  livres  de  Suelone  sur  Ans.  ep.  19.  p. 
les  Rois  de  différentes  Nations.  S.  Paulin  avoit  envoie  ce  poë-  655- 
me  à  Ausone,  qui  manque  d'expressions  pour  en  relever  l'é- 
légance. Il  y  admire  sur-tout  comme  une  chose  extraordinaire, 
que  S.  Paulin  y  pût  dire  tant  de  choses  en  si  peu  de  mots , 
sans  se  rendre  obscur.  L'ouvrage  même  de  Suétone  est  perdu  , 
comme  l'abrégé  qu'en  avoit  fait  nôtre  Saint ,  à  quelques  vers 
près,  '  qu' Ausone  nous  a  conservés  dans  sa  19''  letre.  p.  655  656. 

2°.  11  nous  manque  '  la  traduction  que  S.  Paulin  fit  de  Grec  pani.  ep.  m.  n.  a. 
en  Latin  des  ouvrages  de  S.  Clément,  et  qu'il  ne  regardoit 
lui-même  que  comme  assez  imparfaite.  '  On  croit  que  ce  not.  m.  . 
sont  les  dix  livres  des  Revisions  ,  Recognitionum,  de  S.  Clé- 
ment Pape,  que  nôtre  Saint  traduisit  à  la  sollicitation  de 
Rufin.  Mais  celui-ci  n'aïant  pas  trouvé  cette  traduction  assez 
fidelle,  '  exhorta  S.  Paulin  à  étudier  le   Grec  plus  à  fond.  ep.  46.  n.  2. 

'  Aujourd'hui  cette  traduction  paroît  sous  le  nom  de  Rufin  ;  not.  195. 


V   SIECLE. 


192  S.  PAULIN, 


et  il  y  a  bien  de  l'apparence,  ou  qu'il  retoucha  celle  qu'a- 
voit  faite  S.  Paulin,  ou  qu'il  en  fit  lui-même  une  nouvelle. 
Genn.  rir.  ni.  c.       3°.  Nous  sommes  privés  '  du  panégyrique  de  l'Empereur 
48  Théodpse,  à  qui  S.  Paulin  l'envoïa  du  vivant  de  ce  Prince,  et 

par  conséquent  avant  le  17e  jour  de  Janvier  395 ,  qui  est  l'é- 
Paui.  ep.  as.  n.  6.  poque  de  la  mort  de  cet  Empereur.  '  S.Paulin  l'avoit  compo- 
Genn.  ibid.  se  à  la  prière  d'Endeleque  son  ami  particulier,  '  au  sujet  des 

Tiii.  ibid.  p.  65.    victoires  que  Théodose  avoit  remportées  sur  les  Tyrans 'Ma- 
xime et  Eugène,  dont  le  dernier  fut  vaincu  au  mois  de  Sep- 
Genn.  ibid.  tembre  394.  '  Il  y  faisoit  voir  que  les  victoires  de  ce  Prince 

étoient  plutôt  l'effet  de  sa  foi  et  de  ses  prières ,  que  de  ses  ar- 
Pani.ep.28.  n.  6.  mes.  '  Il  l'entreprit ,  non  tant  pour  louer  en  la  personne  de 
Théodose  un  Empereur,  qu'un  Serviteur  de  J.  C.  non  un 
Souverain  qui  exerçoit  sa  puissance  en  dominant  avec  orgueil, 
mais  un  Roi  qui  ne  l'exerçoit  qu'en  obéissant  à  Dieu  avec 
humilité  ;  un  Prince  qui  étoit  moins  au-dessus  des  autres  par 
son  autorité  Roïale,  que  par  sa  foi.  S.  Paulin  en  envoïant  cette 
pièce  à  S.  Sévère  Sulpice,  la  traite  d'amusement,  quoiqu'il 
reconnoisse  en  même  temps,  que  le  sujet  en  est  saint ,  et  di- 
gne de  l'éloquence  de  son  ami. 

Mais   S.    Jérôme   en  jugeoit   tout   autrement;  et  l'éloge 
qu'il  nous  en  a  laissé,  nous  doit  faire  regretter  extrêmement 
Hier.  ep.  49.  p.  une  telle  perte.  «  '  J'ai  lu  avec  plaisir,  dit-il  à  S.  Paulin  ,  l'ex- 
tm.  567.  f<  cellent  livre  que  vous  avez  fait  pour  l'Empereur  Théodo- 

«  se,  et  que  vous  avez  eu  la  bonté  de  m'envoïer.  Les  divi- 
«  sions  sur-tout  m'en  ont  plû,  et  si  vous  excellez  dans  les  pre- 
«  mieres  parties ,  vous  vous  surpassez  dans  les  dernières.  Le 
«  style  en  est  serré  et  net;  les  termes  en  sont  purs  et  choisis; 
«  et  tout  y  est  parsemé  de  sentences.  Un  discours  languit  au 
«  jugement  d'un  ancien,  lorsqu'il  ne  s'y  trouve  qu'un  étalage 
«  de  paroles.  De  plus  il  y  a  une  grande  suite  dans  le  vôtre  ; 
«  et  toutes  les  parties  en  dépendent  les  unes  des  autres.  On 
«  n'en  sçauroit  rien  détacher ,  qui  ne  soit  ou  la  fin  de  ce  qui 
«  précède  ,  ou  le  commencement  de  ce  qui  suit.  Heureux 
«  l'Empereur  qui  a  pour  apologiste  un  tel  Orateur  de  J.  C. 
«  Vous  avez  relevé  l'éclat  de  sa  Pourpre  ;  et  vous  avez  im- 
'  «  mortalisé  l'utilité  de  ses  Loix.  » 
Ang.  ep  31.  n.  8.  4°.'  L'ouvrage  que  S.  Paulin  entreprit  contre  les  Païens,  n'est 
point  venu  non  plus  jusqu'à  nous.  S.  Augustin  qui  regardoit 
les  productions  de  nôtre  Saint  comme  des  oracles ,  espéroit 
que  cet  écrit  seroit  une  réfutation  aussi  agréable  que  complète 

des 


EVÊQUEDENOLE.  193    v  sJEcLE_ 


des  objections  que  faisoient  les  Païens  contre  Ja  Religion 
Chrétienne,  et  qui  ne  consistoient  qu'en  une  grande  abon- 
dance de  paroles,  comme  parle  le  même  S.  Docteur. 

'  Quelques  Ecrivains  ne  sont  pas  éloignés  de  croire  ,  que  paui.  «t  e.  as. 
cet  ouvrage  de  S.  Paulin  n'est  autre  que  le  Panégyrique  de  JJ;  73 1  ™;  '£.'{}; 
Thcodose,  dont  nous  venons  de  parler.  S.  Paulin  pouvoit  à  '■  »•  p-  2I9 
la  vérité  y  dire  quelque  chose  contre  les  Païens,  à  l'occasion 
des    Loix  que  Théodose  avoit    publiées  contre   eux.  Mais  il 
faut  avouer  aussi  que  ce  Panégyrique,  dès  qu'il  sortit  même 
des  mains  de  son  Auteur,  étoit  trop  connu  sous  le  tjtre  qu'on 
nous  en  a  conservé,  pour  qu'on  l'eût  annoncé  sous  un  autre 
à  S.  Augustin.   En  un  mot, 'ce  Père  disant  absolument  en  Au-,  ait. 
395,  ou  396,  lorsque  le  Panégyrique  de  Théodose  avoit  dé- 
jà pénétré  dans  les  Gaules  et  dans  la  Palestine,  qu'il  a  appris 
que  S.  Paulin  écrivoit  contre  les  Païens ,  il  nous  donne  assu- 
rément l'idée  d'un  ouvrage  différent  de  ce  Panégyrique ,  qui 
étoit  déjà  entre  les  mains  de  beaucoup  de  monde. 

Au  reste,  en  distinguant ,  comme  nous  faisons,  du  Pané- 
gyrique de  Théodose  l'ouvrage  contre  les  Païens ,  nous  som- 
mes bien  éloignés  de  l'opinion  de  ceux  qui  croient  que  c'est  tui.  ibid. 
un  Poème,  que  M.  '  Muratori  nous  a  donné  sous  le  nom  de  Mar.anee. t.i.  p. 
S.  Paulin  avec  trois  autres  Poèmes  sur  S.  Félix.  On  peut  as- 
surer que  ce  Poème  ne  fut  jamais  de  S.  Paulin;  et  il  n'en 
faut  pas  davantage  pour  détruire  l'opinion  que  ncus  venons 
de  marquer.  Le  véritable  Auteur  de  cette  pièce  est  un  nom- 
mé Antoine, 'comme  il  parolt  par  le  premier  vers  :  Percurri,  p.  m. 
fateor,  sectas  Antonius  omnes.'  Et  cet  Antoine  avoit  été  Païen;  p.  134. 135. 
ce  qui  ne  convient  pas  à  S.  Paulin  de  Noie.  Ce  pourroit  bien 
être   cet  Antoine  ami  de  S.  Jérôme,  et   fi  célèbre  dans  ses 
letres.  Gennade  ne  fait  point  mention  de  l'ouvrage  de  S. 
Paulin  contre  les  Païens;  mais  comme,' selon  M.  de  Tille-  tui.  ml 
mont,  ce  n'est  point  une  preuve  pour  dire  que  ce  soit  le  Pa- 
négyrique de  Théodose,  ce  n'en  est  point  non  plus  une  pour 
croire  que  c'est  le  Poème  dont  nous  venons  de  parler.  Outre 
que  Gennade  n'est  pas  si  exact  qu'il  n'omette  aucun  des  écrits 
des  Auteurs,  dont  il  nous  donne  le  catalogue,  qni  nous  assu- 
rera qu'il  n'ait  pas  compris  l'ouvrage  dont  il  s'agit,  dans  le  Genn.  ibid. 
nombre  de  ceux  de  nôtre  Saint  qu'il  ne  fait  que  marquer  en 
général ,Edidit  et  ex  diversis  cousis  diversa  disputatione  tracta- 
tus?  Peut-être  aussi  sera-t'il  arrivé,  que  S.  Paulin  n'aura  pas 
mis  la   dernière   main  à   cet   ouvrage   contre  les  Paiens, 

,  .     Tome  IL  B  b 

1  5  » 


v  su; ou 


194  S.   PAULIN, 


qui  sera  demeuré  imparfait,  et  sans  voir  le  jour. 

raui.  diss.  e.  n.  i.  .r)". 'Nous  .sommes  encore  privés  d'un  grand  nombre  de 
Sermons  que  S.  Paulin  avoit  faits ,  au  moins  depuis  son  Epis- 
copat,  el  qui  assurément  étoient  dignes  de  passer  à  la  postérité. 
L'on  en  peut  aisément  juger  par  l'idée  que  les  Sçavants  nous 
donnent  du  Sermon  intitulé,  Du  tronc ,  qui  est  le  seul  qui 
nous  reste  de  tous  ceux  que  nôtre  Saint  avoit  ou  composés, 
ou  prononcés,  et  qui  passe,  comme  nous  avons  dit ,  pour  une 
des  plus  belles  pièces  de  l'antiquité  sur  l'aumône. 

r,enn.  ibid.  0°. 'Gennade  attribue  à  S.  Paulin  un  livre  d'Hymnes  que 

paui.  diss.c. n.  i  nous  ne  coniioissoiis  point  d'ailleurs  sous  ce  titre. 'Mais  on 

I  toi.  ibid.  p.  croji  qUe  ce  n»esi  qUe  je  recueil  des  Poëmes  qu'il  faisoit  tous 

les  ans  sur  S.  Félix. 

c.cnn.  ibid.  7°.'  Le  môme    Gennade   continuant   le  catalogue  de  S. 

Paulin,  dit  encore  qu'il  avoit  composé  un  Sacramentaire.  La 

Paul,  ibid  i  toi.  perte  en  est  assurément  considérable.  '  Ce  seroit  sans  doute 

u"d"  un  ouvrage  très-important  pour  nous  apprendre  les  ancien- 

nes pratiques  de  l'Eglise  dans  l'administration  des  Sacre- 
ments, et  dans  ses  cérémonies  extérieures. 

ibid.  8°. 'Mais   nous  devons  regreter   particulièrement  "  son  li- 

'  Gonn'  ,bld'  vrc  sur  la  Pénitence  ,  et  sur  la  louange  des  Martyrs  en  géné- 
ral ;  puisque  Gennade  nous  assure  que  c'étoit  les  plus  consi- 

r.enn.  wb.  uni.  i.  dérables    de  ses  écrits.'  Raphaël  de  Volterre    cité  par  Ges- 

i.  i>.  536.  i.  ner  parle  de  ce  dernier  ouvrage  ,  comme  s'il  eût  subsisté  de 
son  temps. 

cou.  ibid.  9". 'Enfin  Gennade  témoigne,  mais  seulement  en  géné- 

ral ,  que  S.  Paulin ,  outre  les  ouvrages  qu'il  a  marqués  en 
particulier .  en  avoit  encore  composé  d'autres  sur  divers  su- 
jets. Il  y  peut  comprendre  son  écrit  contre  les  Païens,  qu'il 
ne  nomme  pas,  parce  que  peut  être  il  nel'avoit  pas  encore  lu. 

m»,  cp.  si.  i>.  On  ne;  srait  quel  est  '  l'opuscule  qu'il  avoit  adressé  à  Ausone, 

<!li'!  afin  de  le  retoucher. 

toi.  h.  E.  i.  i3.       Nous  ne  devons  pas  omettre  de  marquer  ici,  '  que  ce  fut 

II  83:s  S.  Paulin  qui  fournit  à  S.  Augustin  la  matière  du  livre  inti- 
Auk.  decur.  mon.  lnlé  :  Du  soin  que  l'on  devoil  avoir  des  morts.  '  Ecrivant  à  ce 

S.  Docteur,  il  le  pria  de  lui  mander  s'il  croïoit  qu'il  servît  de 
quelque  chose  d'être  enterré  dans  l'Eglise  d'un  Saint?  Que 
pour  lui,  il  ne  le  croïoit  pas  inutile,  vtï  que  sur-tout  les  priè- 
res que  l'on  avoit  accoutumé  d'offrir  pour  les  morts,  ne  pou- 
voienl  pas  être  sans  fruit,  étant  une  pratique  générale  dans 
toute  l'Eglise.  Que  néanmoins  il  ne  voïoit  pas  comment  ac- 


i.  n.  i. 


8    2 


EVEQUE  DE  NOLE.  t9S     y 


corder  cela  avec  l'endroit  où  S.  Paul  nous  assure,  que  cha- 
cun recevra  la  récompense  de  ce  qu'il  aura  fait  par  son  corps. 
'  Ce  doute  si  modeste  d'un  Evêque  si  illustre  et  si  sçavant,  est  tiii.  ibi.i.  i>.  «34. 
bien  différent  de  la  témérité  de  ceux,  qui  sur  la  même  diffi- 
culté ont  condamné  les  prières  pour  les  morts.  S.  Paulin  a 
vu  comme  eux  la  difficulté  d'accorder  ces  prières  avec  quel- 
ques endroits  de  l'Eoriture;  mais  il  a  été  et  plus  sage  et  plus 
modéré  qu'eux.  N'osant  condamner  ni  S.  Paul  ni  l'Eglise, 
il  a  attendu  en  paix  que  Dieu  l'éclairât  sur  cela,  ou  par  lui- 
même,  ou  par  quelqu'un  de  ses  serviteurs.  Et  Dieu  le  fit  en 
effet  par  S.  Augustin,  qui  lui  leva  ses  difficultés  dans  le  livre 
dont  il  est  ici  question. 

S-  iv. 

SES  OUVRAGES  DOUTEUX  ET  SUPPOSÉS. 


I 


L  nous  reste  à  dire  quelque  chose  des  autres  écrits  attri- 
bués à  S.  Paulin.  Il  y  en  a  de  deux  sortes;  les  uns  sont 
fort  douteux,  et  les  autres  absolument  supposés.  On  peut 
mettre  dans  la  première  classe  trois  différentes  lettres  dont 
'  l'une  se  trouve  sous  ce  titre,  in  Evagrium  objurgatïo,  quod  m*,  t.  5.  p.  iss. 
Lcvitam  lapsum  non  consolatus  sit  parmi  les  opuscules  su p-  ,83- 
posés  que  l'on  a  renvoies  dans  le  cinquième  tome  des  œuvres  de 
S.  Jérôme.  Dom  Marlianay  qui  y  découvre  de  l'érudition  et  de 
l'éloquence,  y  croit  aussi  découvrir  le  style  de  S.  Paulin,  '  Les  paui.app.  p.  1-20. 
deux  autres  letres  sont  adressées,  l'une  à  Sainte  Marcelle,  et 
l'autre  à  Celancie.  '  La  letre  h  Sainte  Marcelle,  selon  Erasme  di;s.  0.  n.  2. 
et  quelques  autres,  a  beaucoup  d'air  du  style  de  S.  Paulin  ; 
mais  il  est  difficile  d'accorder  son  Histoire  avec  les  faits  con- 
tenus dans  cette  letre.  Celle  qui  s'adresse  à  Celancie,  est  assu- 
rément un  des  plus  beaux  monuments  de  l'antiquité  pour  le 
style,  et  sur-tout  pour  la  matière.  Car  elle  contient  d'excel- 
lentes instructions  pour  une  mcre  de  famille.  Elle  est  vérita- 
blement digne  de  S.  Paulin,  et  le  temps  n'y  répugne  pas.  Le 
style  même  a  du  rapport  à  celui  de  nôtre  Saint;  mais  on  y  re- 
marque une  gravité  qui  paroît  différente  de  la  gravité  et  de 
la  liberté  ordinaire,  qui  se  font  sentir  dans  les  autres  écrits. 
Ainsi  l'on  croît  qu'elle  n'est  point  de  S.  Paulin. 

Entre  les  ouvrages  de  la  seconde  classe,  c'est-à-dire,  qui  sont 
faussement  attribués  à  S.  Paulin,  il  y  a  deux  poëmes,  '  dont  app.  p. 21 

Bbij 


V  SIECLE. 


196  S.  PAULIN, 


l'un  est  une  exhortation  de  l'Auteur  à  sa  femme,  pour  la  porter 

disse,  n.  2.  à  se  consacrer  entièrement  à  Dieu.  '  Il  a,  remarquent  les  Sça- 
vants,  assez  l'air  des  Poésies  de  nôtre  Saint;  mais  comme  il 
ne  peut  s'ajuster  avec  son  Histoire,  et  que  dans  quatre  divers 
manuscrits  il  se  trouve  attribué  à  Prosper,  et  dans  aucun  à 
S.  Paulin,  on  ne  peut  dire. qu'il  soit  de  lui.  Nous  en  parlerons 
plus  amplement  dans  la  suite  sous  un  autre  titre.  Il  faut  porter 
app.  p.  24.  le  même  jugement  '  du  second  Poëme  qui  est  sur  le  nom  de 

mi.  ibid.  p.  145.  JESUS.  En  effet  Saint  Paulin  ou  aucun  autre  de  son 
Paul.  app.  p.  24.  temps  auroit-il  cru,  qu'il  lui  fût  permis  de'  nommer  J.  C.  le 
Tiii.  ibw.  véritable  Apollon  et  le  Péan  de  l'antiquité?  '  Si  ce  Poëme  est 

l'ait  pour  la  fête  du  nom  de  JESUS,  comme  il  semble  que  cela 
est  assez  clair  dans  le  commencement,  on  ne  croit. pas  que 
cette  fête  soit  si  ancienne.  Aussi  M.  Du  Pin  soutient  que  c'est 
la  paraphrase  d'un  Sermon  de  S.  Bernard  sur  les  Cantiques  : 
ce  qui  suffit  pour  montrer  que  l'Auteur  de  ce  Poëme  est  bien 
éloigné  des  temps  de  S.  Paulin. 
Paui.diss.  g.  n.  3.       '  On  a  encore  faussement  donné  à  ce  Saint  deux  letres  qui 
sont  de  S.  Augustin,  la  126, et  la  243,  est  un  fragment  qui  se 
co.1.  reg.  app.  p.  trouve  '  dans  le  recueil  des  Règles  fait  par.  S.  Benoit  d'Aniane 
81-82-  au  IX  siècle,  et  qui  est  une  réponse  à  cette  question,  Com- 

Paui.  ibid.  ment  les  Moines  doivent  faire  pénitence?  '  il  se  trouve  aussi 

des  Ecrivains  qui  ont  attribué  à  S.  Paulin  de  Noie,  la  Vie  de 
Gr.  t.  gi.  con.  c.  S.  Ambroise,  '  le  Poëme  en  six  livres  sur  la  Vie  de  Saint 
«o.  p.  989.         Martin,  et  un  autre  Poëme  intitulé  Eucharislicon,  ou  Action  de 
grâces.  Mais  on  ne  lui  a  donné  ces  trois  ouvrages,  que  par  une 
erreur  qui  l'a  fait  confondre  avec  trois  autres  Paulins,  l'un 
Diacre  de  l'Eglise  de  Milan,  et  disciple  de  saint  Ambroise  : 
l'autre  surnommé  de  Périgueux,  qui  ne  fleurissoit  qu'après  le 
milieu  de  ce  siècle  ;  et  le  troisième  qui  étoit  le  fils  du  Comte 
Hespere,  et  petit-fils  d'Ausone. 
Triib.c.m.  '  Enfin  Tri  thème,  qui  est  un  Ecrivain  trop  nouveau  pour 

mériter  quelque  créance  en  cela,  attribue  à  S.  Paulin  un  livre 
paui.  cp.  43.  n.  3.  Sur  les  bénédictions  des  douze  Patriarches.  '  Il  est  vrai,  comme 
nous  l'avons  déjà  dit,  que  le  Prêtre  Didier,  ami  de  saint  Pau- 
lin, lui  avoit  déjà  demandé  cet  ouvrage;  mais  S.  Paulin  s'en 
.p.  47.  n.  2.  excusa,  '  et  s'adressa  à  Rufin  pour  le  porter  à  y  travailler,  ce 
qu'il  fit  au  moins  en  partie. 

Après  avoir  parlé  de  tous  les  ouvrages  de  S.  Paulin,  tant 

faux  que  véritables,  il  manqueroit  quelque  chose  à  son  élo- 

i>u  Pin,  bib.  t.  3.  ge,  si  nous  ne  disions  rien  de  sa  manière  d'écrire.  '  On  remar- 

p.    479.  ° 


EVÊQUE  DE  NOLE.  197 


que  qu'aïant  étudié  avec  application  dans  ses  premières  an- 
nées  les  Auteurs  de   la  belle  latinité ,  il  s'étoit  fait  un  style 
approchant  du  leur,  '  et  qu'il  excelle  dans  les  descriptions  p.  499. 
et  dans  les  portraits.  '  S.  Ambroise  loue  sa  grande  éloquence,  Amb.  eP.  ss.  n. 
aussi-bien  que  sa  noblesse,  et  l'élévation  de  son  esprit. a  S.  Eu-  \  EUch  a,i  Vai.  P. 
cher  le  nomme  une  source  d'éloquence;  '  et  Erasme  ne  fait  ^ul    H 
pas  difficulté  de  le  qualifier  le  Ciceron  Chrétien.  '  S.  Jérôme  3. 
assure  qu'à  un  grand  génie  il  joignoit  une  fécondité  inépui-    ,orep  *9p  """' 
sable,  et  une  extrême  facilité  pour  parler,  et  à  un  jugement 
solide  la  pureté  du  discours.    Les  écrits  de   S.  Paulin,  dit  Du  Pin,  au.  p 
M.  Du  Pin  en  leur  appliquant  ce  que  S.  Jérôme  ne  dit  que  498' 
du  premier  panégyrique  de  Théodose  qui  est  perdu,   sont 
composés  avec  beaucoup  d'art  et  d'élégance.  Sa  diction  est 
serrée  et(nette;  ses  termes  purs  et  choisis;  son  discours  sen- 
tencieux. 11  excite  l'attention  de  ceux  qui  le  lisent;  il  les  re- 
veille, et  n'a  rien  de  languissant.  Il  passe  d'une  chose  à  une 
autre  sans  qu'on  s'en  apperçoive.  Tout  se  suit  et  dépend  l'un 
de  l'autre  ;  la  fin  d'une  pensée  est  le  commencement  de  la 
suivante.  11  tourne  les  choses  agréablement  et  finement.  Il  y 
a  beaucoup  d'enjouement  et  d'agrément  dans  ses  letres.  Ce- 
pendant '  un  très-habile  homme  n'ose  dire,  que  tous  les  écrits  wu.  ii>id.  p.  tu. 
de  S.  Paulin  soient  faits  avec  soin,  et  composés  avec  art.  Ils 
lui  semblent  plutôt,  et  avec  juste  raison,  sortir  de  l'abondance 
de  son  cœur;  il  pense  que  son  plus  grand  art  étoit  le  feu  de 
la  charité.  Nous  ne  nous  étendrons  pas  davantage  sur  les 
éloges,  qui  sont  dûs  aux  ouvrages  de  S.  Paulin.  Ce  que  nous 
avons  dit  de  l'estime  qu'on  a  faite  de  quelques-uns,  suffit  pour 
faire  juger  du  mérite  de  tous  les  autres. 

S   V. 
EDITIONS  DE   TOUS  SES   OUVRAGES. 


I 


l  a  paru  en  divers  temps  plusieurs  éditions  de  toutes  les 


œuvres  de  S.  Paulin,  recueillies  en  un  même  volume.  '  La  pani.  pr.  p.  i| 
première  est  celle  qui  fut  faite  in-8°  à  Paris,  en  1516,  au  mois  Bib  Cas  "en 
de  Mars  avant  Pâqué  par  Josse  Bade;  mais  elle  est  tronequée 
en  quelques  endroits,   et  peu  correcte.  '  La  seconde  parut  paui.  ibid  1  Bib 
en  même  volume  à  Cologne  chez  Materne  Cholin,  en  1560,  Maj  mon 
par  les  soins  de   frère  Jean   Antonien   Dominicain ,    après 
avoir  été  dressée  par  Henri  Gravius  du  même  ordre ,    qui 


108  S.  PAULIN 

V    SIECLE. 

— ; —  corrigea  le  texte  original  sur  les  anciens  manuscrits.  '  En  1  506 

Svll.  noo.  clir.  ,.      o  o  i  1  »  „ 

elle  parut  de  nouveau  on  même  endroit  et  chez  le  même 

onhod.  i.  2.  p.  Cholin.  '  Il  y  eut  à  Basic  en  i960  une  troisième  édition  des 

70'268'  écrits  de  S.  Paulin,  qui  y  furent  insérés  parmi  les  Orthodoxo- 

praphes  de  Jean  Jacques  Grinœus,  imprimés  la  même  an- 
née. On  a  divisé  dans  cette  édition  les  letres  de  S.  Paulin 

P.  s.  en  cinq  livres.  '  André  Schot  Jésuite  l'aiant  revûë  sur  un  ma- 

nuscrit, en  fit  une  quatrième,  qu'il  inséra  dans  la  Bibliothè- 
que des  Pères,  imprimée  à  Cologne  en  1618.  L'éditeur  y 
ajouta  l'épithalame  de  Julien  et  d'ia,  qui  n'avait  point  encore 
paru. 

ibui.  i  Bib.  Mis».  '  En  1622  Héribert  Rosweyde  autre  Jésuite,  en  donna  une 
cinquième  édition  faite  à  Anvers  chez  Plantin  en  deux  vo- 
lumes in-8°,  avec  les  notes  de  Fronton  le  Duc.  Pierre  Fran- 
çois Chifflet  son  confrère  avoue  franchement,  que  l'édition 
de  Rosweyde  n'est  pas  exacte.  Ce  fut  pour  engager  quel- 
qu'un à  en  entreprendre  une  nouvelle,  qu'il  mit  beaucoup  de 
bons  monuments  dans  son  Paulinus  ilhistratas,  imprimé  à 

Bib.  pp.  t.  6.  Pr.  Dijon  l'an  1-662  en  un  volume  in-i°.  '  Ce  fut  néanmoins  sur 

p'  '*  l'édition  de  Rosweyde,  et  sans  profiter  des  recueils  du  P.  Chif- 

flet que  l'on  réimprima  les  œuvres  de  S.  Paulin  dans  la  Bi- 

i».  -c-297.  bliotheque  des  Pères  de  Lyon,  '  au  6°  tome  de  laquelle  elles  se 

trouvent.  On  y  joint  à  la  fin  le  Poëme  d'un  mari  à  sa  femme, 
comme  le  croïant  de  S.  Paulin;  mais  nous  prouvons  ailleurs 
qu'il  n'en  est  pas. 

Paul.  pr.  p.  2.  Enfin  M.  le  Brun  des   Mareltes,  's' étant  servi  utilement 

du  recueil  du  P.  Chifflet,  et  de  la  dernière  édition  des  œuvres 
de  S.  Augustin,  nous  en  a  donné  une  nouvelle  de  S.  Paulin, 
après  avoir  emploie  six  ans  à  collationner  les  précédentes  sur 

Bib.  s.  vin.  Cen.  un  grand  nombre  de  manuscrits.  '  Cetfte  édition  a  paru  à  Pa- 
ris chez  Couterot  et  Guérin  l'an  168Î3,  en  deux  tomes   :n-i", 

paui.  pr.  p.  2.  qui  ne  font  qu'un  gros  volume.  'Le  premier  tome  contient 
les  letres  et  les  poèmes,  qui  sont  constamment  de  S.  Paulin, 
rangés  séparément  selon  l'ordre  des  temps.  M.  le  Brun  y  a 
ajouté  quelques  pièces  nouvelles,  et  en  a  séparé  et  quelque- 
fois joint  d'autres  conformément  aux  manuscrits.  Il  y  a  ajouté 
aussi  les  letres  qui  nous  restent  des  grands  hommes,  écrites 
à  S.  Paulin. 

p.  3  'Le  second  tome  comprend  les  ouvrages  douteux,  les  no- 

tes de  divers  Auteurs  sur  les  ouvrages  contenus  dans  le  pre- 
mier tome;  les  témoignages  des  anciens  et  des  modernes,  qui 


EVEQUE    DE    NOLE.  199 

V    SIECLE. 


concernent  S.  Paulin,  et  qui  font  comme  le  prélude  de  la  Vie 
du  Saint,  recueillie  de  ses  propres  ouvrages,  et  de  ceux  des 
anciens  Ecrivains.  Cette  vie  est  presque  entièrement  la  même 
que  celle  que  M.  de  Tillemonl  nous  en  a  donnée  depuis  au 
V  volume  de  ses  Mémoires  pour  servir  à  l'Histoire  de  l'Egli- 
se; et  il  n'y  a  pas  lieu  de  douter  que  M.  le  Brun  n'en  eût  eu 
communication  avant  qu'elle  fût  imprimée.  Après  la  Vie  de 
S.  Paulin  suivent  sept  dissertations;  les  deux  premières  pour 
justifier  l'ordre  chronologique  que  l'éditeur  a  donné  aux  le- 
tres  et  aux  poèmes.  Les  trois  suivantes  sont  emploïées  à  faire 
la  Vie  de  S.  Sévère  Sulpice,  d'Alethe,  de  S.  Victrice  et  d'A- 
per,  auxquels  S.  Paulin  ndresse  la  plupart  de  ses  letres.  La6cest 
sur  lçs  écrits  de  S.  Paulin,  perdus,  douteux  et  supposés;  et  la 
dernière  sur  l'Histoire  contestée  de  la  captivité  de  S.  Paulin. 
Tout  cela  est  suivi  des  différentes  leçons  tirées  des  manuscrits 
et  des  imprimés,  après  quoi  viennent  plusieurs  tables  très- 
utiles.  En  un  mot  il  semble  qu'il  ne  manque  rien  à  cette  édi- 
tion. Seulement  il  seroit  à  souhaiter  '  que  les  libraires  qui  l'ont  du  i>in.  fUd. 
mise  au  jour,  eussent  pris  aulant  de  soin  de  la  mettre  sur  de  50° 
beau  papier  et  en  beaux  caractères,  que  celui  qui  l'a  conduite, 
s'est  donné  de  peine  pour  la  rendre  utile  et  correcte.  (VII.) 


A  P  E  R, 

Prêtre    d'Aquitaine. 

ntre  les  amis  que  S.  Paulin  laissa  dans  les  Gaules,  paui.  .iiS5. 5.  c.  1. 
len  se  retirant  en   Espagne,  puis  en  Italie,  Aper  étoit  p- 13°- 
sans  contradiction  l'un    des  plus  considérables.  '  G'étoit  un  ep.  38.  n  7. 
homme  riche,  éloquent,  sage  selon  le  siècle,  et  distingué  par 
sa  prudence  et  son  érudition.  Il  paroît  par  ses  habitudes,  qu'il 
etoit  du  même  pais  que  S.  Paulin,  c'est-à  dire  de  la  seconde 
Aquitaine,    et    peut-être  de    Bourdeaux  même.  '  D'abord    il  n.  8. 
hanta  le  Barreau ,  où  il  plaida  quelque  temps,  et  exerça  quel- 
que charge  de  judicature.  '  Il  épousa  une  femme  de  mérite  eP.  **.  n.  4.  ;>. 
nommée  Amande,  qui  lui  donna  plusieurs  enfants. 

Mais  comme  les  avantages  de  la  nature,  et  les  biens  de  la 
fortune  ne  servent  qu'à  enfler  le  coeur,  lorsqu'ils  se  trouvent  en 
une  personne  sans  la  charité,  toutes  les  grandes  qualités  '  d'A-  op.  38  n  8  9. 


E 


V  SIECLE. 


200  APER, 


per    l'avoient    plongé  dans  un  orgueil  extrême,  avant  qu'il 

„.  ».  arrivât  à  la  connoissance  de  la  vérité.  '  S.  Paulin  déjà  converti 

et  retiré  du  monde,  n'oublia  rien  pour  procurer  le  même  avan- 
„.  6.  tage  à  son  ami.  Il  lui  écrivit  quelques  ïetres  à  ce  dessein  ;  '  et 

Dieu  qui  seul  peut  changer  le  cœur  de  l'homme,  y  répandit 
eP.  44.  n.  i.         une  bénédiction  si  efficace,  '  qu'Aper  se  dépouillant  du  vieil 
eP.  38.  n.  i.  7.      homme,  devint  un  homme  tout  nouveau.  '  Il  ouvrit  les  yeux 
à  la  vérité,  l'embrassa  de  tout  son  cœur,  et  en  fit  depuis  une 
n.  i.  profession  ouverte.  'S.  Paulin  sensible  à  cet  heureux  chan- 

gement, ne  manqua  pas  d'en  congratuler  son  ami.  11  semble 
par  la  manière  dont  le  Saint  en  parle,  qu'Aper  avoit  été  en- 
gagé ou  dans  le  Paganisme,  ou  dans  quelques  erreurs  tou- 
chant l'Incarnation.  Car  après  qu'il  se  lut  converti,  iLenvoïa 
sa  profession  de  foi  à  S.  Paulin,  dans  laquelle  il  reconnoissoit 
J.  G.  crucifié,  pour  le  vrai  Fils  de  Dieu,  devant  qui  tout  ge- 
nou doit  fléchir  sur  la  terre,  dans  les  Cieux,  et  dans  les  en- 
fers, et  qui  est  maintenant  assis  à  la  droite  de  la  puissance,  et 
dans  la  gloire  de  Dieu  le  Père. 

On  vit  alors  en  la  personne  d'Aper,  ce  que  nous  avons  re- 

n.  i-7.  marqué  être  arrivé  à  S.  Sévère  Sulpice,  '  Son   changement 

de  vie  le  rendit  le  sujet  de  la  raillerie  des  amateurs  du  monde. 

Il  en  fut  haï,  mocqué,  persécuté,  au-moins  par  des  discours 

envenimés.  Ce  fut  pour  le  soutenir,  et  le  fortifier  contre  cette 

n.  2.  tentation,  que  S.  Paulin  lui  écrivit  de  nouveau.  '  Il  le  félicite, 

de  ce  qu'aïant  renoncé  à  la  sagesse  du  siècle  ennemie  de  Dieu, 

pour  embrasser  la  sagesse  de  ceux  qui  appartiennent  à  J.  C.  il 

avoit  reçu  la  grâce  non-seulement  de  croire  en  lui,  mais  en- 

n  9.  core  de  souffrir  pour  lui.  '  Il  ajoute  qu'aïant  ainsi  abandonné 

le  monde,  qu'étant  devenu  fou  et  muet  à  son  égard,  afin  que 

sans  cesser  d'être  sage  et  éloquent,  il  emploïât  son  génie  et 

et  son  éloquence  au  service  de  Dieu,  qui  lui  avoit  donné  l'un  et 

l'autre;  il  pouvoit  se  regarder    comme  véritablement  sage, 

véritablement  grand,  et  véritablement  éloquent. 

n  s.  '  Aper  de  superbe  devenu  humble,  de  riche  devenu  pau- 

n-  9-  io.  vre  et  amateur  de  la  pauvreté,  '  quitta  ensuite  le  monde  où 

il  étoit  répandu,  et  se  retira  à  la  campagne  pour  y  vivre  dans 

n  n.  la  retraite,  le  silence,  la  lecture  des  Livres  sacrés,  '  et  les  au- 

ep.  44.  n.  4.         très  exercices  de  la  pénitence  Chrétienne.  '  Là  déchargé  de 

ep.  39.  n.  1 1  ep.  tout  embaras  et  de  tout  soin  temporel  sur  Amande,  '  avec 

laquelle  il  ne  vécut  plus,  que  comme  S.  Paulin  avec  Théra- 

sie,  c'est-à-dire,  comme  avec  sa  sœur,  il  se  donna  tout  entier 

aux 


PRÊTRE.  201    v  ...     . 

V    SIECLE. 


aux  choses  de  Dieu,  dans  un  saint  repos.  Presque  aussi-tôt 
après  sa  conversion,  '  le  peuple  qui  en  connoissoit  la  sincérité,  cp.  38.  n.  8.  io. 
le  contraignit  d'entrer  dans  le  sacerdoce. 'Celte  conduite  n'é-  diss.  s.  c.  3.  p. 
toit  point  nouvelle  en  ces  temps-là,  comme  on  l'a  pu  remar-  Wl# 
quer  à  l'égard  de  S.  Ambroise,  de  S.  Paulin  même,  et  com- 
me on  le  verra  au  sujet  de  S.  Germain  d'Auxerre. 

'  Aper  depuis  sa  conversion  fut  soigneux  d'entretenir  les  ep.  39.  n.  1. 
liaisonsqu'il  avoit  contractées  avec  S.  Paulin,  qui  n'étoit  pas 
encore  Évêque.  Il  lui  écrivoit   conjointement  avec  Amande 
sa  femme  au  moins  tous  les  ans  de  longues  letres,  adressées  à 
Paulin  et  àThérasie,'qui  en  usoient  de  même,  adressant  les  0p.  39.   4*.    p. 
leurs  à  Aper  et  à  Amande.  *  Cet   heureux  commerce  paroit  if3^*6?;.'  c.  4.  p. 
avoir  duré  jusqu'à  la  fin  de  l'année  406,  c'est-à-dire  jusqu'aux  134- 
troubles  et  aux  ravages  que  les  Barbares  causèrent  dans  les 
Gaules.   Mais  de  toutes  ces  letres  écrites  de  part  et  d'autre, 
il  ne  nous  en  reste  que  trois  de  S.  Paulin,  la  38e,  la  39e  et 
la  44*;  '  l'éloge  que  S.  Paulin  y  fait  de  celles  d'Aper,  doit  ep.  39.  n.  *|ep. 
nous  en  faire  regretter  extrêmement  la  perte.  lien  parle  com-  **•  *' ! 
me  de  letres  remplies  d'une  diversité  de  fleurs  spirituelles,  qui 
ne  respiroient  que  le  lait  d'une  pieté  plus  qu' humaine ,  et  le  miel 
de  la  vraie  sagesse,  dans  lesquelles  on  voïoit  régner  un  style  élo- 
quent, qui  n'étoit  plus  ce  style  du  Bar  eau,  mais  un  style, 
(jour  ainsi-dire,  tout  divin.  '  On  remarque  que  pour  louer  ces  nu.  h.  e.  t.  a. 
êtres  d'Aper,  S.  Paulin  se  sert  presque  des  propres  termes  de  p'  127' 
la  letre  que  S.  Augustin  lui  avoit  écrite  à  lui-même  en  l'an- 
née 395,  pour  relever  celles  qu'il  en  avoit  reçues. 

Il  est  aisé  déjuger  par  ce  que  nous  venons  de  dire  du  Prê- 
tre Aper,'  qu'il  est  différent  de  l'Evêque  de  Toul  de  même  paui.diss.  5.  c.s. 
nom,  que  le  vulgaire  dans  la  suite  a  nommé  S.  Evre  ou  Epvre,   p  134 
et  dont  les  Martyrologes  font  mention  au  15e  jour  de  Sep- 
tembre. '  C'est  le  sentiment  de  plusieurs  Sçavants,  qui  croient  n>id.  1  m.  ma. 
devoir  nécessairement  l'en  distinguer.  En  effet,  quel  moïen 
d'accorder  l'opinion  contraire  par  rapport  aux  temps  et  aux 
autres  circonstances?  '  S.  Epvre,  selon  le  Gallia  Christiana,  Gaii.  chr.  vei.  t. 
étoit  de  Troïes,  et  succéda  à  Urse,  qui  avoit  pris  la  place  3  p- 1095- 
de  S.  Auspice  Evêque  de  Toul,  seulement  au  temps  de  S. 
Sidoine,  c'est-à-dire  après  l'an  460.  Comment  donc  allier  ces 
circonstances  avec  l'histoire  d'Aper  ami  de  S.  Paulin  de  No- 
ie, qui  par  se»  habitudes  paroit    avoir  été  des  environs  de 
Bourdeaux ,    et  qui  fleurissoit  dès  le  commencement  de  ce 
siècle?  '  Il  ne  faut  pas  non-plus  le  confondre  avec  le  Moine  nu.  ibid. 
Tome  IL  C  c 


202  URANE, 

V   SIECLE. 

sui  diai  3  n  i  Aper,  '  dont  S.  Sévère  Sulpice  fait  mention  dans  ses  Dialo- 
Saiv!  «p.  7.  p.  gués.  Mais  ce  pourroit  bien  être  '  cet  Aper  à  qui  Salvien 
a'2-  2I3-  adresse  sa  septième  letre. 


URANE, 

Prêtre   de   l'Église   de  No  le. 

Bar.  ai.  «t.  p.     'ttrane,    Disciple    de    S.     Paulin    Evêque    de    Noie, 

fi-20 1  Paul,  m  p.  Uparoît  à  plusieurs  Sçavanls  être  le  même  que  ce- 
lui dont  il  est  parlé  dans  la  19e  ïetre  de  ce  Saint;  et  celle 
opinion  n'est  pas  sans  beaucoup  de  fondement.  En  effet  la 
relation  qu'Urane  nous  a  laissée  de  la  mort  de  S.  Paulin,  fait 
voir  qu'il  avoit  de  grandes  habitudes  dans  les  Gaules.  Il  pou- 

Paui.ep.  19.  n.i.  voit  être  de  Bourdeaux,  ou  des  environs.  '  S.  Delphin  Evê- 
que de  cette  Ville  le  chargea  vers  l'an  400  d'une  de  ses  letres 
pour  S.Paulin,  déjà  retiré  à  Noie.  Urane  laissa  passer  tout  Pété 

n.  2.  sans  faire  sa  commission  :  '  ce  qui  fit  que  S.  Paulin  se  plaignit 

v«.  c.  m.  n.  a.  amèrement  de  lui  en  écrivant  à  S.  Delphin.  '  Mais  il  se  put 
faire  qu'Urane  rentrât  depuis  dans  ses  bonnes  grâces,  et  qu'il 
méritât  son  approbation  et  son  amitié.  Il  se  retira  même  à  No- 
ie auprès  de  lui,  comme  firent  quelques  autres  Gaulois  de 

Uran.  n.  4. 12.      sa  connoissance,  '  et  se  trouva  présent  à  sa  mort  en  431 . 

ibid.  pr.  i  n.  12.  '  Pacatus,  Poète  Gaulois  dont  nous  parlerons  bien-tôt, 
aïant  dessein  d'écrire  la  Vie  de  Saint  Paulin,  écrivit  à  Urane 
qu'il  connoissoit  particulièrement,  comme  étant  de  même 
pais,  selon  toutes  les  apparences,  pour  lui  demander  la  rela- 
tion de  la  mort  du  S.  Evêque  :  Urane  se  rendit  à  sa  prière,  et 

n.  i.  dressa  l'écrit  qu'il  lui  deinandoit.  '  Il  le  commence  à  la  vi- 

site que  deux  Evêques  rendirent  à  S.  Paulin  trois  jours  avant 

paui. va.  c.  m.     qu'il    mourût.  'Celte  circonstance  a  fait  croire  à  quelques 

"'il1™*!!'  E'  Ecrivains,  qu'Urane  étoit  plutôt  du  Clergé  de  l'un  de  ces. 
deux  Evêques,  que  de  l'Eglise  de  Noie.  Mais  il  paroît  qu'il 
n'y  a  point  là  d'autre  mystère,  sinon  qu'Urane  entreprenant 
d'écrire  la  relation  de  la  mort  de  S.  Paulin,  la  commença  à 
celte  visite,  comme  à  une  époque  remarquable,  que  Paca- 
tus ne  devoit  pas  ignorer. 


Ib.d.  |  Ugh.   t 
p.  294. 

tre 


'  On  convient  néanmoins  que  ce  peut  être  un  Urane  Prê- 
,  enterré  à  Noie  dans  le  Cimetière  de  S.  Félix  le  22"  jour 


PRtfTRE'  203       V  SIECLE. 


de  Décembre,  comme  on  l'apprend  de  son  Epitaphe  qu'Ughel- 
lus  rapporte  en  ces  termes , 

DEP.  VRAM  PRESB.   XI.  KAL. 
IANUARIAS. 

Urane  étoit  revêtu  de  la  dignité  de  Prêtre,  que  lui  donne  uran.  Pr.  |  n.  *. 
cette  epitaphe,  dès  le  temps  qu'il  écrivit  sa  relation.  Il  porte 
effectivement  ce  titre  à  la  tête  de  l'écrit  :  et  lui-même  qualifie 
son  très-cher  fils,  Pacatusà  qui  il  l'adresse 

'  L'ouvrage  d'Urane,  quoique  fort  court,  a  été  célèbre  dans  Paui.vit.  ibid. 
l'antiquité.  '  S.  Isidore  de  Seville  le  marque  dans  son  catalogue  isid.  Scnp.  Ecci. 
des  Ecrivains  Ecclésiastiques.  S.  Grégoire  Pape  en  cite  un  en-  £re*;  dUJ  3  fcJ 
droit  dans  ses  Dialogues;  '  et  S.  Grégoire  de  Tours,  sans  en  Greg.  t.  gi.  cou. 
nommer  l'Auteur,  dit  qu'il  avoit  une  grande  relation  sur  la  c  10°p"°- 
mort  de  S.  Paulin.  L'apparition  de  S.  Janvier  et  de  S.  Martin 
dont  il  parle,  '  et  qui  est  rapportée  dans  Urane,  fait  voir  que  uran.n.  s. 
c'est  le  même  ouvrage  qu'il  désigne. 

'  Surius  paroît  être  le  premier  qui  a  publié  cette  relation,  snr.  «.  Jun.  p. 
Mais  il  s'y  est  glissé  une  faute  grossière  dans  le  nom  de  Pa-  733-736- 
catus  à  qui  elle  est  adressée,  et  qui  y  est  nommé  Paratus.    Le  Bon.  as.  Jun.  p. 
P.  Chifflet  Taïaut  revûë  sur  un  manuscrit  de  Troïes,  plus  195n-7- 
correct  que  l'imprimé  de  Surius,  la  donna  de  nouveau  dans 
son  recueil  intitulé  Paulinus  illustratus .  '  C'est  de  là  que  les  p.  198-200.1. 
corilinuateurs  de  Rollandus  l'ont  fait  passer  dans  leur  grand 
ouvrage,  '  et  que  le  dernier  éditeur  de  S.   Paulin  l'a  prise  pa„i.  t.  a.  p.  14. 
pour  la  placer  à   la  tête  de  la  vie  qu'il  a  composée  de  ce  its- 
Saint. 

'  Urane  ne  regarde  son  écrit  que  comme  des   mémoires,  Uran.  pr.  |  n.  ut. 
pour  servir  à  l'Histoire  entière  de  la  vie  de  S.  Paulin,  que  Pa- 
catus  avoit  entrepris  d'écrire.  '  Le  style  en  est  simple,  clair  iafta,  Hk  t.  4. 
et  net,  dit  M.   Du  Pin,  qui  ajoute  que  c'est  tout  ce  qu'il  a  p'  '  ' 
de  bon.  Et  que  faut-il  autre  chose  dans  une  relation  où  l'Au- 
teur s'est  borné  à  rapporter  les  circonstances  de  la  mort  du 
Saint  dont  il  a  voulu  parler?  L'écrit  est  même  d'autant  plus 
estimable,  qu'il  est  l'unique  histoire  originale  que  nousaïons 
sur  S.  Paulin. 


C  c 


V  SIECLE. 


204  PACATUS, 


P  A  C  A  T  U  S, 

Poète  chrétien. 

i:ran.  pr.  |  n.  la  '  w^acatus,  dont  nous  avons  déjà  dit  quelque  chose  dans 
.1  l'article  précédent,  étoit  un  jeune  homme  de  grande 
qualité,  et  célèbre  pour  les  belles  letres,  et  surtout  pour  la  Poé- 
sie. Il  faisoit  sa  demeure  au-delà  de  la  mer,  par  rapport  à  la 
Ville  de  Noie,  c'est-à-dire  dans  les  Gaules,  et  très-probable- 
ment du  côté  de  Bourdeaux,  comme  la  suite  en  fera  conve- 

Paui.  vit.c.  m.  n.  nir.  'Il  étoit  peut-être  descendu,  ou  même  le  propre  fils  de 

*  ù.pTi48.H'  E   Latinus  Pacatus  Drepranius,  dont  nous  avons  parlé  sur  le  IV 

•  Aus.  sap.p. 864.  siècle,  a  et  qu'Ausonne  son  ami  qualifie    Proconsul,  en  lui 
uran.  n.  42.        adressant  un  de  ses  ouvrages.' Il  paroîtque  Pacatus  n'étoit 

qu'un  simple  Laïc,  puisque  le  Prêtre  Urane  le  nomme  son 
très-cher  fils. 

On  ne  sçait  point  s'il  ne  fut  pas  élevé  à  quelque  charge, 
comme  son  père  ,  ou  son  aïeul ,  qui  étoit  Païen.  Mais  il  eut 
au-dessus  de  lui  l'avantage  d'être  Chrétien,  qui  est  incompa- 
rablement plus  estimable  que  toutes  les  hautes  fortunes ,  et 
tous  les  honneurs  temporels.  C'est  ce  qu'il  est  aisé  de  juger 

pr.  n  i2  '  par  le  dessein  qu'il  avoit  formé  d'écrire  en  vers  la  Vie  de 

S.  Paulin  Evêque  de  Noie.  Pour  exécuter  son  entreprise  avec 

n.  4 1  pr.  plus  de  succès,  '  il  pressa  par  deux  différentes  letres  Urane, 

qui  avoit  assisté  à  la  mort  du  S.  Evêque,  de  lui  en  envoïer  la 
relation. 

Pacatus  ne  demandant  point  d'autres  mémoires  à  Urane, 
nous  fait  comprendre  qu'il  étoit  suffisamment  instruit  du  reste 
de  l'Histoire  de  S.. Paulin.  U  pouvoit  aisément  la  sçavoir  à 
fond,  si,  comme  il  y  a  bien  de  l'apparence,  et  comme  cette  cir- 
constance même  le  suppose,  il  étoit  ou  de  Bourdeaux  ou  des, 
environs.  Le  Saint,  comme  tout  le  monde  sçait,  étoit  fort 
connu  dans  cette  Ville;  puisqu'il  y  avoit  pris  naissance,  qu'il 
y  avoit  été  élevé,  et  que  depuis  sa  retraite  en  Espagne,  et  de- 
là en  Campanie,  il  y  avoit  toujours  entretenu  de  continuelles 
habitudes. 

ibid.  'Urane  dressa  donc  cette  relation,  et  l'envoïa  à  Pacatus, 

n.  a.  qu'il  qualifie  son  illustre  Seigneur.  '  A  la  fin  il  l'exhorte  d'exé- 


POETE.  205 


V   SIECLE. 


cuter  au  plutôt  son  dessein,  et  de  mettre  promptement  au  jour 
une  Histoire  qui  devoit  acquérir  beaucoup  de  gloire  à  son 
Auteur,  et  dont  la  postérité  tireroit  de  grands  avantages.  Il 
lui  témoigne  qu'aïant  à  passer  la  mer  en  peu  de  temps  pour 
faire  apparemment  un  voïage  en  son  pais,  qui  étoit  les  Gau- 
les, comme  nous  avons  dit  à  son  article,  il  souhaite  d'avoir  la 
satisfaction  de  lire  cet  ouvrage,  avant  que  de  s'en  retournera 
Noie. 

On  ignore  ce  que  put  devenir  un  dessein  si  noble,  et  si  digne 
des  meilleures  plumes;   et  l'on  ne  sçait  si  Pacatus  l'exécuta,  p»ui.  vu.  c.54.  n. 
comme ill'avoit  projette.  Car  on  ne  trouve  nulle  part  aucun  - 1 Tl"- ,b,J- 
autre  vestige  de  cette  vie  ;  et  S.  Grégoire  de  Tours  dès  le  siècle 
suivant  assure  qu'il  n'avoit  rien  lu  sur  la  Vie  de  S.  Paulin, 
hors  la  relation  de  sa  mort  par  le  Prêtre  Urane. 


P  0  S  T  H  U  M  I  E  N , 

Prêtre  de  l'Église  de  Nole. 

Posthumien,  célèbre  dans  les  Dialogues  de  S.  Sévère  soip.  Diai  i. 
Sulpice,  étoit  d'Aquitaine.  Il  paroît  qu'il  avoit  étudié  les  *■*■**>■ 
belles  letres  en  sa  jeunesse;  puisque  dans  ses  narrations  il  cite 
Saluste  et  divers  autres  anciens  Auteurs.  '  11  avoit  même  de  la  n.3. 
théologie,  comme  l'on  en  peut  juger  par  la  manière  dont  il 
raisonne  sur  les  Livres  d'Origene,  pour  la  justification  duquel 
il  témoigne  beaucoup  d'inclination.  Le  génie  de  Posthumien 
le  porta  à  voyager;  et  il  le  suivit  assez  long-temps.  U  fut  plu- 
sieurs fois  en  Afrique,  en  Palestine  et  en  Egypte  ;  et  comme  il 
ne  dit  point  qu'il  se  servit  d'interprète  dans  tous  ces  différents 
pais,  cela  suppose  qu'il  entendoit  les  diverses  langues  qu'on  y 
parloit.  Il  voiageoit  en  homme  sçavant  et  curieux,  '  aïant  une 
attention  particulière  pour  bien  connoitre  les  pais  qu'il  par- 
couroit,  pour  s'in3truire  des  mœurs  des  peuples  qui  les  habi- 
toient,  et  des  autres  choses  dignes  d'observation:  c'est  ce  qui 
fait  le  sujet  du  premier  Uial*  gue  de  S.  Sévère  Sulpice,  qui 
n'est  proprement  qu'une  relation  abrégée  des  voïages  de 
Posthumien. 

On  y  voit  qu'il  les  faisoit  servir  à  satisfaire  sa  pieté,  soit  en 
visitant  les  lieux  célèbres,  ou  par  les  Tombeaux,  ou  parle  séjour 
1  6 


ii.  * 


0.3. 


206  POSTHUMIEN. 

V    SIECLE. 

des  Saints,  soit  en  recueillant  ce  qu'il  en  apprenoit  le  plus 
p.  497.  propre  à  s'édifier  ou  à  édifier  les  autres.  '  Dans  le  cours  de  ses 

voïages  il  passa  à  Carthage  en  Afrique,  pour  rendre  ses  devoirs 
au  Tombeau  de  Saint  Cyprien.  '  Dès  la  première  fois  qu'il  fut 
en  Palestine,  il  avoit  eu  le  bien  de  connoitre  Saint  Jérôme  à 
Bethléem;  et  à  la  seconde  fois  il  demeura  six  mois  entiers 
auprès  de  lui.  Il  fait  un  éloge  magnifique  de  ce  Père,  à  qui  il 
laissa  une  partie  de  sa  famille  qui  l'avoit  suivi  malgré  lui  dans 
son  voiage.  Il  proteste  que  sans  le  dessein  qu'il  avoit  formé  de 
visiter  les  déserts,  il  seroit  demeuré  lui-même  le  reste  de  ses 
ours  auprès  de  ce  grand  homme.  '  A  Alexandrie  Poslhumien 
ogea  chez  l'Evêque  du  lieu,  qui  était  alors  Théophile,  et  qui 
n.  â.  lui  fit  un  fort  bon  accueil.  '  Il  nous  a  conservé  une  réponse  bien 

édifiante  d'un  Prêtre  des  côtes  d'Afrique,  qui  refusant  de  rece- 
voir dix  écus  d'or  que  Posthumien  lui  présentait,  lui  dit  pour 
raison  de  son  refus,  que  For  Actruisoit  plutôt  l'Eglise,  quil 
ne  tédifioit. 
Paul.  vu.  c.  33.  n.        Poslhumien  avoit  fait  son  premier  voiage  en  Orient  dès 
lp.  27.  n.  2.        avant  l'an  399.  '  11  étoit  inconnu  à  S.  Paulin,  lorsque  Dieu  le 
lui    envoïa  avec   Théride    son    compagnon   de  voiage.    Le 
Saint  trouva  en  eux  un  grand  fonds  de  vertu,  et  témoigna 
beaucoup  de  joie  de  les  posséder.  Mais  niant  appris  d'eux-mê- 
mes qu'il  n'avoient  point  fait  connoissance  avec  S.  Sévère 
Sulpice,  il  en  fut  fâché,  et  les  en  reprit  comme  d'une  faute,  leur 
faisant  comprendre  qu'ils  dévoient  préférer  sa  connoissance 
eP.  16.  n.  i.        à  toutes  les  affaires  qu'ils  pouvoient  avoir  en  leur  pais.  '  Lors- 
■p.  27.  n.  t.         qu'ils  s'en  retournèrent  de  Campanie  dans  les  Gaules,  '  il  leur 
recommanda  sur  tout  de  l'aller  trouver,  pour  réparer  enfin  le 
tort  qu'ils  s'étoient  fait  à  eux-mêmes. 
ibid.  Nos  deux  voïageurs  ne  manquèrent  pas  '  de  suivre  l'avis 

que  S.  Paulin  leur  avoit  donné  ;  cl  ils  furent  ensuite  très-aises 
de  l'avoir  fait.  Ils  trouvèrent  en  S.  Sulpice  tout  ce  qu'ils  pou- 
voient  souhaiter  et  d'amitié  et  de  vertu.  S.  Sulpice  «Je  son  cô- 
n.  3.  té  fut  très-satisfait  d'eux,  '  et  les  regarda  depuis  ce  temps-là 

Suip.  uini.  1.  n.  1.  comme  ses  intimes  amis.  '  Il  lia  en  particulier  une  étroite 
union  avec  Poslhumien,  comme  l'on  voit  par  ses  Dialogues. 
Paul.  <-p.  27.  n.  Mais  celle  union  n'empêcha  pas  '  que  Poslhumien  ne  retour- 
nât quelquefois  à  Noie;  et  S.  Sulpice  se  plaignoit  agréablement 
à  S.  Paulin  de  ce  qu'il  le  lui  avoit  enlevé, 
vu.  c.4o.  n.  2.         '  En  402  Posthumien  étoit  dans  les  Gaules, a  où  après  avoir 
•  suip.  Dui.  i.  n.  prjg  cong£  <je  g^  Sulpice,  il  s'embarqua  à  Narbone  pour  repas- 


2. 


PRÊTRE.  207 


V    SIECLE. 


ser  en  Orient.  Ce  fut,  suivant  toutes  les  apparences,  en  ce  voïa- 

ge,  'qu'il  répandit  presque  dans  tout  l'Orient  et  toute  l'Egypte  n.  ie. 

la  Vie  de  S.  Martin  écrite  par  S.  Sulpice.  '  Il  fui  trois  ans  à  n.2. 

faire  cette  course,  et  ne  revint  dans  les  Gaules  qu'en  405. 

'  Il  arriva  en  30  jours  d'Egypte  à  Marseille,  et  en  dix  autres  n.  t. 

jours  de  Marseille  au  lieu  où  étoit   S.  Sulpice,  '  c'est-à-dire  ad  Bas».  P.  «89. 

à  Toulouse,  ou  dans  le  voisinage. 

'Ce    fut   en  celte  occasion   que  Posthumien  raconta   au  »'*>•  i. «.i. 
Saint  ce  qu'il  avoit  vu  des  Solitaires  d'Egypte,  et  qui  fait  le 
sujet  du  premier  livre  de  ses  Dialogues.  '  Posthumien  y  pro-  »•'■> 
teste  que  dans  tout  ce  qu'il  rapporte  de  plus  extraordinaire, 
il  ne  dit  rien,  ou  qu'il  ne  sçache  par  lui-même,  ou  qu'il  n'ait 
appris  de  personnes  dignes  de  foi.  '  Après  qu'il  eut  Uni  sa  nar-  ■.  i»- 16. 
ration,  il  pria  S.  Sulpice  de  la  part  de  plusieurs  Serviteurs 
de  Dieu,  de  l'entretenir  des  choses  qu'il  avoit  omises  dans  la 
Vie  de  S.  Martin.' Sur  cela  on  engagea  (Jallns,  qui  avoit  >>•  ».  «•. 
passé  sa  jeunesse  auprès  du  S.  Evêque,  de  rapporter  lui-même 
ce  qu'il  en  sravoil.  baillis  se  rendit  à  un  si  juste  désir  ;  et  c'est 
ce  qui  fait  le  sujet  des  deux  autres  livres  des  Dialogues  de  S. 
Sulpice:  de  sorte  que  Posthumien  fournit  la  matière  du  pre- 
mier, et  donna  occasion  aux  deux  autres. 

S.  Sulpice  les  rédigea  anssi-lôt  par  écrit;  et  Posthumien  uua-  3  1. 1.  «. 
devant  partir  en  peu  de  jours  pour  retourner  encore  en  Orient, 
le  Saint  l'obligea  de  passer  parla  Campanie,  afin  de  commu- 
niquer ces  Dialogues  à  S.  Paulin,  voulant  qu'il  fût  le  premier 
3ui  en  eût  la  lecture.  11  chargea  aussi  Posthumien  d'avoir  soin 
e  les  publier  en  Afrique,  en  Grèce,  en  Egypte,  et  dans  les 
autres  pais  qu'il  visiteroit  dans  ses  courses. 

On  ne  seait  pas  bien  positivement  ce  que  devint  Posthu- 
mien après  ce  dernier  voïa;^e  dans  les  pais  éloignés,  si  néan- 
moins ce  fut  le  dernier  qu'il  y  fil.  Mais  il  n'y  a  presque  pas 
lieu  de  douter  qu'il  ne  soit  '  ce  Prêtre  de  même  nom,  qu'Ura-  bran.  n.  a.  i*. 
ne  témoigne  s'être  trouvé  à  la  mort  de  S.  Paulin  Evêque  de 
Noie  en  431.  En  effet  tout  porte  à  croire  que  Posthumien 
après  être  encore  revenu  d'Orient,  se  sera  attaché  à  S.  Paulin 
pour  qui  il  avoit  tant  de  vénéraiion,  et  qu'il  aura  été  ordon- 
né Prêtre  dans  son  Clergé,  comme  nous  avons  vu  plus  haut 
qu'Urane  l'avoit  été  presque  vers  le  même  temps. 

Quoique  ce  fût  S.  Sévère  Sulpice,  qui  eût  rédigé  par  écrit 
les  narrations  de  Posthumien  et  de  Gallus,  on  ne  laissoit  pas 
néanmoins  au  V  siècle  de  leur  faire  porter  le  nom  de  ces 


V  SIECLE. 


208  POSTHUMIEN,  PRÊTRE. 


Conc.t.  4.  p.  1465. 


deux  Dialogistes.  '  C'est  en  les  leur  attribuant,  que  le  Conci- 
le de  70  Evêques  tenu  à  Rome  sous  le  Pape  Gélase  en  494, 
met  ces  Dialogues  au  rang  des  livres  apocryphes.  Le  Con- 
cile n'en  rend  point  de  raison;  mais  ce  tut  sans  doute,  com- 
me nous  l'avons  observé  ailleurs,  à  cause  de  l'erreur  des  Mil- 
lénaires qui  se  trouvoit  à  la  fin. 

Rosw.  pr.  4.  |.  9.       '  Rosweide ,  qui  nous  a  donné   un  recueil  des  Vies  des 

p  **'  Pères  du  désert,  assure  avoir  vu  en  diverses  Abbaïes  des  Pais- 

Bas  quelques  manuscrits,  qui  attribuent  au  Moine  Poslhu- 
mien  le  second  et  le  quatrième  livre  de  ces  mêmes  Vies. 
On  dit  même  qu'il  y  en  a  une  édition  qui  les  lui  donne  aussi. 
Mais  Rosweide  remarque  en  même  temps  qu'il  n'a  trou- 
vé nulle  part  aucun  fondement  qui  puisse  appuïer.  cette  opi- 
nion. Il  croit  qu'elle  sera  venue  et  de  ce  qui  est  dit  de  Pos- 
thumien  au  commencement  du  premier  Dialogue  de  S. 
Sulpice,  touchant  les  soins  qu'il  avoit  pris  de  recueillir  les 
exemples  les  plus  édifiants  des  Solitaires  qu'il  avoit  visités 
dans  ses  fréquents  et  ^ongs  voyages,  et  de  ce  que  le  quatriè- 
me livre  de  ces  Vies  est  tiré  en  partie  du  premier  Dialogue 
de  S.  Sulpice,  où  Posthumienfait  le  principal  personnage. 

On  comprend  aisément  que  dans  l'incertitude  où  l'on  a  été 
fort  long-temps ,  et  où  il  paroît  que  l'on  est  encore  au  sujet 
de  l'Auteur  du  quatrième  livre,  un  copiste  qui  y  aura  vu  plu- 
sieurs traits  de  la  narration  de  Posthumien,  telle  qu'elle  se  lit 
dans  le  premier  Dialogue  de  S.  Sulpice,  se  sera  avisé  de  faire 
porter  à  ce  livre  le  nom  de  Posthumien.  Mais  que  le  même 
copiste,  ou  un  autre,  se  soit  émancipé  d'en  user  de  même  à 
l'égard  du  second  livre,  on  ne  voit  pas  facilement  sur  quoi  il  a 
pu  se  fonder.  Car  on  ne  trouve  point  de  traits  de  conformité, 
ni  d'autre  connexion  entre  ce  second  livre  des  Vies  des  Pères 
du  désert,  et  le  premier  Dialogue  de  S.  Sulpice,  qui  est  le 
seul  monument  que  l'on  connoisse,  où  l'on  ait  quelque  cho- 
se de  Posthumien.  " - 

I  io.  p.  »-m.  '  Aujourd'hui  l'on  est  persuadé  que  l'Auteur  de  ce  second 

livre  est  le  célèbre  Rufin  Prêtre  d'Aquilée.  Pour  le  quatrié- 

pr.  6p.  30.  me,  tout  ce  que  l'on  en  sçait  de  bien  certain,  '  c'est  qu'il  est 

tiré  partie  du  premier  Dialogue  de  S.  Sulpice ,  partie  des 
Institutions  et  des  Conférences  de  Cassien.  Mais  on  ne  con- 
noît  point  encore  celui  quiafaitcelte  compilation. 


H1LA1RE, 


HILAIRE,  209     vs,ECLE 


n; 


HILAIRE, 

Collègue   de  Saint  Prosper. 


SI- 
HISTOIRE  DE  SA  VIE 

ous    ne    connoissons    cet    Ecrivain  ,   que   par    le    zèle 
qu'il  a  fait  paroltre  pour  la  défense  de  la  Grâce  contre 
les  Pélagiens  et  les  Semipélagiens.  On  ne  doute  point  qu'il 
ne  soit  né  dans  les  Gaules,  et  apparemment  en  Provence.  '  Il  Aug.  eP.  aae  n 
n'étoit  que  simple  Laïc,  comme  il  paroît  visiblement  par  la  9 
manière  dont  il  parle  de  lui-même  en  428  ou   429.    Il  est 
par  conséquent  différent  de  S.  Hilaire  Evêquès  d'Arles,  qui 
dès-lors  avoit  succédé  à  S.  Honorât  dans  ce  Siège  Episcopal, 
'  et  d'Hilaire  Evêque    de    Narbone,  à  qui  le   Pape  Zozime  thi.  h.  e.  t.  n. 
écrivit  en  417,  et  à  qui  S.  Augustin  avoit  écrit  dès  l'année  pré-  p  696 
cédente,  comme  à  une  personne  avec  qui  il  n'avoit  nulle  fa- 
miliarité. 

Au   contraire  Hilaire  dont  nous  parlons  ici  '  avoit  eu   le  Aug.  ibid.  n.  u. 
bonheur  de  connoître  S.  Augustin, 'de  jouir  de   sa  conversa- 
tion, et  de  se  nourrir,  comme  il  dit ,  du  lait  salutaire  de  sa 
doctrine.  Il  donne  à  entendre  qu'il  ne  quitta  la  compagnie 
de  ce  S.  Docteur,  que  pour  travailler  au  salut  d'un  frère  qu'il 
avoit,  et  qui   étoit  marié.  '  L'événement  fit  juger  qu'il  avoit  tîii.  «nd.  p.  917. 
suivi  en  cela  l'ordre  de  Dieu:  car  outre  le  service  qu'il  ren- 
dit à  la  vérité  dans  les  Gaules,  '  son  frère  embrassa  la  conti-  Aug.  itmi. 
nence,  du  consentement  de  sa  femme;  et  ils  promirent  l'un 
et  l'autre  à  Dieu  de  la  garder' jusqu'à  la  fin  de  leur  vie.  Ce  toi.  oh. 
trait  de  la  conduite  d'Hilaire,  joint  à  la  circonstance  de  sa 
demeure  auprès  de  S.  Augustin,  suffit  pour  établir  l'opinion 
qui  le  fait  Moine,  tels  qu'étoient  S.  Sévère  Sulpice,  S.  Pau- 
Un  de  Noie,  S.  Prosper,  et  tant  d'autres  du  même  siècle, 
qui  renonçoient  aux  embarras  du  monde,  pour  vivre  dans  la 
retraite!  '  On  croit  avec  fondement  que  ce  fut  nôtre  Hilaire,  thi.  ibûi. 
qui  en  414  écrivit  de  Syracuse  à  S.  Augustin,  pour  l'instrui- 
re des  troubles  que  l'hérésie  de  Pelage  avoit  excités  dans 

Tome  IL  D  d 


1   6 


« 


y  ..««...■    21°  HILAIRE, 

Au»,  op.  i5G.  ce'te  Ville  Capitale  de  la  Sicile.  '  Il  lui  marque-il  dans  sa 
letre  les  points  de  doctrine  qui  faisoient  du  bruit ,  el  le  prioit 

Aug.  op.  157.  de  lui  mander  ce  qu'il  falloit  croire  sur  cela.  '  S.  Augustin 
répondant  à  ses  questions,  fait  beaucoup  d'estime  du  zèle 
qu'avoit  Hilaire  pour  la  parole  de  Dieu  ,  et  du  soin  qu'il  pre- 
noit  de  son  salut.  11  le  qualifie  son  iîls  ,  et  témoigne  être  bien 
aise  d'avoir  appris  des  nouvelles  de  sa  santé.  Il  sembleroit  par- 
là  qu'Hilaire  dès-lors  fût  particulièrement  connu  de  S.  Au- 
gustin. Néanmoins  la  fin  de  sa  seconde  letre  fait  juger  qu'il 
y  a  plus  d'apparence  que  ce  ne  fui  qu'après  avoir  reçu  Ta  répon- 
se que  lui  fit  S.  Augustin  vers  411 îi,  qu'il  entreprit  le  voïage 
d'Afrique,  pourvoir  cet  homme  admirable.  Après  avoir  pas- 
sé quelque  lemps  auprès  de  lui ,  il  revint  dans  les  Gaules  à 
l'occasion  que  nous  avons  déjà  marquée. 

L'hérésie  de  Pelage  aïant  paru  en  Provence ,  et  sur  tout  à 
Marseille  sous  une  nouvelle  forme ,  Hilaire  soutenu  de  S. 
Prosper,  que  la  Providence  y  avoit  conduit ,  s'opposa  à  ses 
progrès  avec  un  zèle  intrépide.  Ces  deux  défenseurs  de  la  Grâ- 
ce ,  que  l'amour  de  la  vérité  avoit  liés  ensemble  par  une  union 

eP.  *»5.  226.  toute  sainte,  '  écrivirent  l'un  et  l'autre  à  S.  Augustin, pour  l'in- 
former des  erreurs  des  Sémipélagiens,  qui  vouloient  intro- 

cp.  *ju.  n.  io.  duire  dans  les  Gaules  un  Pélagianisme  mitigé  et  radouci.  'Il 
paroît  que  ce  fut  Hilaire  qui  engagea  S.  Prosper  en  ce  glorieux 

n.  «j.      •  combat ,  '  qu'il  avoit  déjà  commencé  à  soutenir  avant  leur 

union ,  comme  l'on  en  juge  par  une  autre  letre  ,  qu'il  avoit 
déjà  écrite  à  S.  Augustin  sur  le  même  sujet,  et  que  nous  n'a- 

n  io  vons  plus  aujourd'hui.  Au  moins  '  ce  fut  lui  qui  fit  coniioître 

S.  Prosper  à  ce  S.  Docteur,  et  qui  le  porta  à  lui  écrire  sur  les 
erreurs  qui  troubloient  l'Eglise  des  Gaules. 

iim.i  '  Hilaire  dans  la  letre  qu'il  joignit  à  celle  de  S.  Prosper, 

et  dans  laquelle  il  confirme  ce  que  son  Collègue  lui  mar- 
quoit  des  nouvelles  opinions  ,  témoigne  qu'outre  la  peine  qu'il 
avoit  d'être  séparé  de  S.  Augustin,  il  éloit  extrêmement  tou- 
ché de  voir ,  que  l'on  rejettât  les  vérités  si  claires ,  que  ce  Saint 
avoit  enseignées ,  et  que  l'on  condamnât  ce  que  l'on  n'enten- 

n.  »  doit  pas.  '  Aussi ,  quoiqu'il  tâchât  de  garder  le  respect  que  des 

Laïcs  doivent  selon  les  règles,  à  des  personnes  qui  tenoient 
un  rang  élevé  dans  l'Eglise,  il  ne  se  taisoit  pas  néanmoins 
dans  les  rencontres ,  et  défendoit  la  vérité  avec  toute  la  force 

n.  io.  que  Dieu  vouloit  bien  lui  donner.  '  De  sorte  qu'il  craignoit  de 

manquer  plutôt  de  patience  à  tolérer  ces  personnes  ,  que  de 


COLLEGUE  DE  S.  PROSPER.     211 

V  SIECLE. 


zele  à  les  combattre.  '  Il  prie  donc  S.  Augustin  de  voir  ce  qu'il  ^J. 
y  avoit  à  faire  en  cette  rencontre,  et  comment  il  falloit  ou  ré- 
futer ou  tolérer  ces  erreurs.  '  11  l'assure  que  tout  ce  qu'il  vou-  n.  10. 
dra  ou  pourra  faire,  selon  la  grâce  que  tout  le  monde  admi- 
roil  en  lui,  il  le  recevra  avec  joie  et  avec  le  respect  dû  à  une  au- 
torité pour  laquelle  il  a  un  amour  et  une  vénération  toute  parti- 
culière. '11  lui  témoigne  l'extrême  désir  qu'il  auroit  eu  d'aller  n.  o. 
lui-même  en  personne  lui  apprendre  ce  qu'il  lui  mandoit,  et 
bien  d'autres  choses  dont  le  détail  auroit  été  infini  ;  afin  de 
s'instruire  auprès  de  lui  de  quelle  manière  il  falloit  se  condui- 
re dans  ces  disputes.  Mais  que  n'y  aïant  pas  moyen  de  satisfai- 
re son  juste  désir,  il  a  mieux  aimé  lui  en  écrire,  comme  il  a  pu, 
que  de  le  laisser  absolument  ignorer  ce  qui  regardoit  une  con- 
testation si  importante.  '  Il  lui  marque  ensuite  qu'il  eût  vou-  n.  io. 
lu  avoir  le  temps  de  lui  détailler  toutes  les  raisons  et  les  ob- 
jections des  adversaires.  Mais  il  ajoute  que  se  défiant  de  sa 
capacité,  et  que  le  porteur  de  sa  letre  se  hâtant  de  partir,  il 
avoil  obtenu  d'une  personne  distinguée  par  son  mérite  (c'est 
S.  Prosper  qu'il  ne  nomme  pas)  une  letre  qu'il  lui  envoïoit 
avec  la  sienne,  et  dans  laquelle  cet  ami  avoit  ramassé,  autant 
qu'il  avoit  pu,  les  dogmes  et  les  principes  des  Semipéla-  n.  io. 
giens. 

'  Gomme  il  seavoit  que  S.  Augustin  travailloit  à  son  livre 
Des  rétractations,  et  que  celui  De  la  Grâce  et  du  libre  ar- 
bitre lui  manquoil,  n'aïant  pas  encore  pénétré  dans  les  Gau- 
les, Ililaire  conjure  le  Saint  de  lui  envoïer  ces  ouvrages, 
afin  de  se  nourrir  des  vérités  qu'ils  contiennent,  et  d'en  faire 
usage  contre  les  nouvelles  erreurs.  On  ne  doit  pas  douter 
que  S.  Augustin  ne  se  rendît  à  une  demande  si  juste,  et  qu'il 
ne  joignît  ces  écrits  .'aux  deux  livres  admirables,  De  la  pré-  («■*•  <•■■  t.  per*. 
destination  des  Saints,  et  Du  don  de  la  persévérance  qu'il 
adressa  à  Ililaire  et  à  S.  Prosper  en  réponse  à  leurs  letres.  '  Il  praii.  c.  i.  n.  î. 
commence  par  louer  le  zele,  la  charité,  la  pieuse  sollicitude 
qu'ils  avoient  l'un  et  l'autre  pour  retirer  leurs  frères  des  er- 
reurs, où  ils  s'engageoient. 

Après  la  mort  de  S.  Augustin,  vers  431,  ces  deux  géné- 
reux défenseurs  de  la  foi,  sensiblement  touchés  des  outrages 
que  les  Semipélagiens  faisoient  à  la  grâce  du  Sauveur,  et  à 
la  doctrine  de  S.  Augustin,  '  allèrent  à  Rome,  et  en  firent  Caei.  ad  Gaii.  n. 
leurs  plaintes  au  Pape  S.  Célestin.  Ce  Pontife  les  reçût,  et  les 
écoula  comme  des  personnes  de  pieté,  zélées  pour  la  gloire 

D  dij 


V   SIECLE. 


212  HILAIRE, 

de  Dieu,  et  injustement  persécutées.  Ils  obtinrent  de  lui  une 
letre  adressée  aux  Evêques  des  Gaules,  dans  laquelle  ce  S. 
Pape  les  blâme  fortement  de  ce  qu'ils  soufîroient  que  l'on  dé- 
bitât ces  nouvelles  doctrines,  et  que  l'on  attaquât  celle  de  S. 
Augustin,  que  l'on  n'a  jamais,  dit-il,  soupçonné  d'aucune  er- 
reur. 

C'est-là  tout  ce  que  nous  sçavons  de  la  vie  d'Hilaire,  ce 
digne  Collègue  de  S.  Prosper  dans  la  défense  de  la  grâce  de 
J.  C.  et  de  la  mémoire  de  S.  Augustin.  Depuis  son  voiage  à 
Rome,  l'histoire  ne  fait  plus  mention  de  lui  ;  et  l'on  ignore  s'il 
mourut  dans  ce  voiage,  ou  s'il  revint  mourir  dans  sa  patrie, 
comme  il  est  certain  que  S.  Prosper  y  retourna,  et  y  réfuta 
depuis  la  13e  Conférence  de  Cassien. 

S  n. 

SES  ECRITS. 

Les  écrits  qui  nous  restent  d'Hilaire,  ne  sont  considéra- 
bles ni  par  leur  nombre,  ni  par  leur  volume,  mais  seu- 
lement par  les  sujets  dont  ils  traitent. 

Ang.  ep.  156.  1°.  'Nous  avons  de  lui  une  letre  fort  courte  adressée  à  S. 

Augustin,  et  insérée  parmi  celles  de  ce  S.  Docteur,  dont  elle 
fait  la  156e  dans  la  nouvelle  édition.  Elle  fut  écrite,  com- 
me nous  avons  dit,  au  sujet  du  trouble  que  l'hérésie  Pélagien- 
ne  causoit  à  Syracuse.  On  a  douté  durant  quelque  temps, 
si  l'Auteur  de  cette  lelre  étoit  Hilaire,  qui  fait  le  sujet  de  cet 
article;  et  l'on  a  voulu  établir  un. Hilaire  de  Syracuse,  et  un 
Hilaire  Gaulois.  Il  est  certain  que  la  letre  dont  il  s'agit,  a 

noi.  été  écrite  de  Syracuse,  'et  qu'Orose  parlant  de  la  réponse 

de  S.  Augustin,  dit  qu'elle  fut  adressée  en  Sicile.  Mais  à  cela 
on  répond  qu'Hilaire,  qui  fut  depuis  le  Collègue  de  S.  Pros- 
per, pouvoit  être  alors  en  ce  païs-là,  soit  pour  affaires  do- 
mestiques ou  autres,  soit  qu'étant  déjà  parti  pour  l'Afrique, 
il  passa  en  Sicile,  où  il  s'arrêta  pour  y  voir  en  qualité  de  Moi- 
ne, tel  qu'on  croit  qu'il  étoit,  les  plus  célèbres  Monastères 
de   cette  Isle  :  ce  qui  étoit  fort  ordinaire  aux  Moines  de  ce 

Pro».  p.  9.  io.  temps-là.  '  Ce  qui  persuade  que  l'Auteur  de  cette  letre  et  Hi- 
laire le  Gaulois,  dont  nous  parlons ,  est  la  même  personne, 
c'est  que  l'un  et  l'autre  étoit  connu  de  S.  Augustin,  l'un  et 
l'autre  ennemi  déclaré  des  erreurs  Pélagiennes,  l'un  et  l'autre 


V  SIECLE. 


COLLEGUE  DE  S.  PROSPER.  213 

Laïc  et  même  Moine  ;  l'un  et  l'autre  médiocrement  instruit 
des  dogmes  de  l'Eglise  ;  et  qu'enfin  le  style  de  cette  letre  et 
de  celle  qu'Hilaire  le  Gaulois  écrivit  dans  la  suite  à  S.  Augus- 
tin conjointement  avec  S.  Prosper,  est  entièrement  sembla- 
ble. '  C'est  aujourd'hui  l'opinion  la  plus  communément  reçue  Aug.  ibid.  not.  j 
parmi  les Sçavants,  qui  mettent  cette  letre  en  414.  f.Tpl6i9%£u.' 

aS.  Augustin  répondit  par  articles  avec  sa  suffisance  et  son  |-  »;  p ••«*  I  ™ 
érudition  ordinaire,  a  tous  les  points  de  la  letre  d  Hilaire;  et  «Aug.  ep.  157. 
sa  réponse  qui  mériteroit  le  nom  de  Traité,  est  un  de  ses  pre- 
miers écrits  contre  les  erreurs  de  Pelage.  A  la  fin  S.  Augustin 
prie  Hilaire  de  lui  faire  sçavoir  ce  que  les  bons  Catholiques 
du  païs  où  il  se  trouvoit,  disoient  de  ces  mêmes  erreurs  ,  qu'il 
lui  avoit  dénoncées  dans  sa  letre,  et  sur  lesquelles  il  lui  ré- 
pond. 

2°.  '  Nous  avons  une  autre  letre  d'Hilaire,  beaucoup  plus  ep.  226. 
considérable  que  la  première.  Elle  est  aussi  adressée  à  S.  Au- 
gustin,  '  pour  l'instruire  de  ce  qui  se  passoit  à  Marseille,  n.  2. 
et  en  d'autres  endroits  des  Gaules,  touchant  la  naissance  et 
le  progrès  de  l'hérésie  Semipélagienne.  '  Elle  fut  écrite  en  n.  10 
même  temps  que  celle  de  S.  Prosper  sur  le  même  sujet,  vers 
l'an  428  ou  429.  '  La  postérité  a  fait  tant  d'estime  de  ces  deux  Merc.  Pr.  p.  2. 
letres  ,  dit  le  P.  Garnier  Jésuite,  qu'elle  a  cru  devoir  les  join- 
dre à  celles  du  grand  Docteur  de  la  Grâce,  comme  ne  leur 
étant  guéres  inférieures.  Elles  en  sont  aujourd'hui  la  225e,  et 
la  226e  ;  et  le  dernier  éditeur  de  S.  Prosper  a  jugé  nécessaire 
'  d'insérer  celle  d'Hilaire  parmi  les  ouvrages  de  ce  Saint  à  la  Pros.-  p.  13-20 
suite  de  la  sienne.  En  effet  ces  deux  letres  ont  entre  elles 
une  connexion  si  naturelle,  qu'elles  ne  devroient  jamais  être 
séparées.  Comme  elles  traitent  des  mêmes  matières,  on  sup- 
plée par  l'une  à  ce  qui  manque  à  l'autre. 

Celle  d'Hilaire  a  été,  ce  me  semble,  connue  dans  le  public 
avant  celle  de  S.  Prosper;  '  puisqu'elle  fut  imprimée  à  Co-  bu>i.  Angei. 
logne  dès  l'an  1503,  avec  le  traité  d'Honoré  d  Autun  sur  le 
libre  arbitre.  Mais  on  lui  fit  porter  mal  à  propos  lé  nom  de 
S.  Hilaire  d'Arles  :  Paradoxe  '  qu'on  a  tâché  de  soutenir  Aug.  ep.  226.  noi 
dans  la  suite,  quoique  sans  succès.  Ce  que  nous  avons  déjà  p'  826 
dit  contre  cette  opinion,  seroit  plus  que  suffisant  pour  la  dé- 
truire. Si  néanmoins  l'on  veut  être  plus  pleinement  convaincu 
de  sa  fausseté,  il  n'y  a  qu'à  rapprocher  '  ce  que  S.  Prosper  ep.  225.  n.  9. 
dit  de  S.  Hilaire  d'Arles  au  nombre  9e,  de  sa  letre  '  et  le  con-  ep.  226.  n.  9.  «>. 
férer  avec  les  endroits  où  Hilaire  compagnon  de  S.   Pros- 


V     SIECLE. 


214  HILAIRE. 


per  parle  de  lui-même.  Ici  l'on  verra  que  cet  Hilaire  étoit 

un  simple  Moine  laïc,  fort  attaché  à  la  personne  et  aux  sen- 

eP.  «s.  n.  9.      timents  de  S.  Augustin.  '  Là  on  verra  au  contraire  que  S. 

Hilaire  d'Arles  y  est  qualifié  Evèque ,  et  dépeint  comme  ne 

ftouvant  entrer  dans  tous  les  sentiments  du  grand  Docteur  de 
a  Grâce.  Après  un  tel  éclaircissement  on  n'hésitera  pas  un 
moment  à  convenir  que  S.  Hilaire  d'Arles,  et  Hilaire  Col- 
lègue de  S.  Prosper,  sont  deux  personnes  tout-à-fait  diffé- 
rentes. De-là  il  s'ensuit  nécessairement  que  la  letre  dont  il 
s'agit,  est  d'Hilaire  qui  fait  le  sujet  de  cet  article,  et  nulle- 
ment de  S.  Hilaire  d'Arles,  dont  le  style  est  beaucoup  plus 
[)oli,  plus  doux,  et  plus  coulant,  comme  on  le  peut  voir  par 
es  écrits  qui  nous  en  restent. 

n.o.  3°.  'Hilaire  avoit  écrit  à  S.  Augustin  une  première  letre 

sur  la  même  matière,  et  différente  de  celle  dont  nous  ve- 

praed.  c.  3.  nons  de  parler.  '  Il  paroît  aussi  qu'il  lui  avoit  adressé  quelque 

autre  ouvrage  de  plus  longue  haleine,  que  S.  Augustin  sem- 
ble distinguer  de  ses  letres.  Mais  nous  n'avons  rien  aujour- 

Tiii.  h.  e.  t.  13.  d'hui  de  tout  cela,  seulement  '  on  regarde  comme  certain 

p'  919'  que  cette  première   letre   d'Hilaire  étoit   pour  apprendre  à 

S.  Augustin  les  dogmes  des  Semipélagiens  ;  et  l'on  croit  que 

auc.  pers.  c.  82.  ce  Saint  en  avoit  pu  tirer  '  celte  manière  si  odieuse,  dont  ils 

«  '  226  o  disoient  par  ironie  qu'il  falloit  prêcher  la  prédestination. a  Hi- 
laire dans  sa  letre  qu'il  joignit  à  celle  de  S.  Prosper,  dit  lui 
même  qu'il  y  rapporte  les  choses  un  peu  autrement  qu'il  n'a- 
voit  fait  dans  la  précédente,  parce  que  les  adversaires  qu'il 
combattoit,  avoient  varié  dans  leurs  sentiments. 

pros.  p.  825.826.  4°.  '  Vossius  et  quelques  autres  ont  attribué  à  Hilaire  le 
traité  de  la  vocation  des  Gentils.  Mais  c'est  en  le  confondant 
avec  S.  Hilaire  d'Arles;  en  quoi  ils  nous  fournissent  une  preu- 
ve pour  détruire  leur  opinion.  Car  ce  Saint,  comme  nous  ve- 
nons de  dire  fondés  sur  la  letre  de  S.  Prosper  à  S.  Augustin, 
ne  goûtoit  pas  entièrement  la  doctrine  de  ce  S.  Docteur,  ni 

f>ar  conséquent  celle  que  contient  l'ouvrage  qu'on  voudroit  ■ 
ui  attribuer.  On  ne  peut  pas  soutenir  non  plus  qu'il  est  d'Hi- 
laire Collègue  de  S.  Prosper,  tant  pour  les  raisons  sur  les- 
quelles nous  ferons:  voir  qu'on  ne  peut  le  donner  à  ce  Saint, 
et  qui  prouvent  la  même  chose  à  l'égard  d'Hilaire,  que  parce 
qu'on  n'y  trouve  nullement  le  style  des  letres  de  ce  der- 
nier à  S.  Augustin. 


J 


JEAN  CASSIEN,  ABBÉ  215     .  .„„. 

V      SIM.Lh. 

JEAN   CASSIEN, 

PrÈTUE    KT    AlJBÉ    A  MARSEILLE. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

ean   surnommé    Cassien ,   selon   l'opinion  la  plus  com-  Pros.  dir.p.  745. 
muno,  appuyée  sur  l'autorité  de  Gennade,  étoit  de  lape-  m  |  t5i  .  h.  r  t 
tite  Scythie,  l'une  des  provinces  de  la  Thrace. a  Cependant  J*jP-  ,57-  7î9 
le  (Cardinal  Noria,  et  M    llolstcnius,  surdos  preuves  qui  ne  «Nor.i.isi.  Pei.  i. 
sont  pas  à  mépriser,  le  font  Gaulois,  et  natif  de  Provence.  J^**;  p;  j.59^ 
Il  fuit  avouer  que  la  descriplion  que  Cassien  fait  lui-même 
des  beautés  et  de  la  fertilité  de  son  pais,  ne  convient  nulle- 
ment aux  déserts  de  la  Scythie;  et  que  le  voyant  parler  aussi 
purement  latin  qu'il  fait  dans  ses  ouvrages,  on  se  sent  une  ré- 
pugnance invincible  à  le  croire  étranger,  c'est-à-dire  né  dans 
un  pais  où  l'on  ne  parloit  pas  cette  langue.  Tout  cela  joint 
au  désir  qu'il  témoigne  de  revoir  ses  parents,  et  à  son  éta- 
blissement ensuite  à  Marseille,  devroit,  ce  semble,  faire  don- 
ner la  préférence  au  sentiment  de  ces  deux  Ecrivains  sur  l'opi- 
nion commune.  Ainsi  il  faudroit  dire,  ou  que  Gennade  s'est 
trompé,  et  a  trompé  ceux  qui  l'ont  suivi,  ou  que  quelqu'un  de 
ses  copistes  aura  écrit  un  mot  pour  un  autre. 

'  Cassien  naquit  vers  l'an  350  ou  3G0  au  plus  tard.  ''Ses  pa-  nn.  iwa. 
rens  paroissent  avoir  été  recommandables  pour  leur  vertu  b  cflss-  *£•  s* 
et  leur  pieté.  Des  sa  première  jeunesse  il  lut  élevé  parmi  les  insi.  pr.  p.  ». 
Moines  de  Paies! iue  et  d'Egypte  :  l'on  ne  sçauroit  dire  par 
quelle  occasion.  '  Sa  première  retraite  fut  dans  le  Monastère  coll.  n.  c.  \.  5. 
de  Bethléem  en  Syrie,  où  il  reçut  les  premiers  éléments  de  la  p' 556'  M9, 
Beligion  Chrétienne.  '  II  y  fit  une  étroite  liaison  avec  un  Abbé  coii.  \.  c.  i.  P. 
nommé  Germain, c  qui  étoit  de  son  pais,  et  ce  semble  même  ™]X[  9i  c  4 
de  ses  parents. d  II  paroît  par  bien  des  endroits  que  ce  Mo-  835- 
nastere  étoit  différent  de  celui  de  S   Jérôme,  qui  ne  fut  bâti  iJM-  ibid    p' 
qu'en  389. 

'  On  prétend  que  Cassien,  soit  dans  ce  Monastère  de  Beth-  p.  153.  159 
léem,  soit  avant  que  d'y  entrer,  avoit  étudié  les  letres  humaines , 


V  SIECLE. 


216  JEAN  CASSIEN 


et  qu'il  avoit  une  grande  lecture  des  Poètes,  et  des  autres  Au- 
teurs profanes.  Mais  l'endroit  sur  lequel  on  s'appuye  pour 
cass.  cou.  u.c.  l'avancer,  regarde  Germain  son  compagnon,  '  qui  y  parle 
«.  p.  M*.         (je  lui-même,  et  non  de  Cassien.  Il  est  au  moins  certain,  et 
ses  ouvrages  en  sont  une  bonne  preuve,  que  Cassien  lui-mê- 
me possédoit  fort  bien  l'Ecriture,  que  s'il  n'étoit  pas  Gaulois, 
ou  né  en  Occident,  il  avoit  étudié  à  fond  la  langue  latine  :  ce 
qui  étoit  bien  rare  dans  les  pais  où  il  passa  toute  sa  jeunesse, 
et  la  plus  grande  partie  de  sa  vie.  C'est  sans  doute  pourquoi 
Phot.  c.  197.  p.  '  Photius  le  fait  Romain,  c'est-à-dire  Latin  de  naissance. 
516  Comme  l'amour  de  la  vertu  étoit  le  lien  de  l'amitié  qui  unis- 

coii.  ».  c.  s.  p.  soit  Cassien  et  Germain,  'ils  formèrent  le  dessein  de  passer 
766-  en  Egypte.  Le  but  qu'ils  se  proposoient  dans  ce  voïage,  étoit 

de  faire  de  nouveaux  progrès  dans  la  pieté  en  visitant  les  saints 
cou.  19.  c.  h.  p.  déserts  de  ce  pais,  '  et  d'y  pratiquer  eux-mêmes  la  vie  des 
^oii  m  c  î  anachorètes  : a  ou  au  moins  pour  avoir  la  consolation  de  con- 
p.  556.  noître  des  hommes  si  célèbres  par  leur  sainteté,  s'ils  ne  pou- 

voient  pas  les  imiter.  Ils  partirent  donc  de  Syrie,  et  se  ren- 
coir.  ao.  c.  a.  p.  dire  par  mer  en  Egypte,  '  où  ils  furent  reçus  avec  honneur 
I66;,  .„  et  beaucoup  de  charité.  b  Us  parloient  ordinairement  aux  So- 

kcoll.16.  c.  1.  p.    ...  r        .  ^ 

668.  maires  par  des  interprètes,  parcequ  ils  nesçavoient  pas  1  égyp- 

tien; et  ce  leur  fut  une  grande  consolation  d'en  rencontrer 
un  qui  possédoit  parfaitement  le  grec,  et  avec  lequel  ils  pu- 
Tiii.  iwd.  p..  160.  rent  s'entretenir  sans  truchement.  '  Ce  voïage  se  fit  au  plus  tard 
c'.^p.  63«U'  "  ver3  390;  et  Cassien  étoit  encore  dans  une  assez  grande  jeu- 
nesse, eut. . . .  œtas  adhuc  adolescentior  suffragatur. 
coll.  «o.  c.  h.  p.  Cassien  et  Germain  allèrent  ensuite  visiter  les  déserts  de 
Sceté,  où  ils  étoient  attirés  par  la  réputation  du  lieu,  comme 
habités  par  les  plus  sages  de  tous  les  Pères  des  déserts,  et  les 
coll.  «.  c.  19.  p.  plus  parfaits  de  tous  les  Moines.  '  Ils  y  vécurent  avec  beau- 
coup d'austérité,  ne  mangeant  par  jour  pour  toute  nourriture, 
3ue  deux  petits  pains  qui  à  peine  pesoient  une  livre.  Mais  en 
édommagement  ils  y  reçurent  grand  nombre  d'excellentes 
coii.  ii.  pr.  p.  instructions,  '  que  l'on  trouve  répandues  dans  les  conféren- 
ces, que  Cassien  écrivit  dans  la  suite.  De  Sceté  '  ils  passèrent 
dans  les  déserts  les  plus  enfoncés  de  la  Thébaïde,  comme 
coii.  h.  c.  3i.  p.  ils  l'avoient  projette  ;  '  et  après  avoir  emploie  sept  ans  à  s'édi- 
7,9 '  fier  et  à  s'instruire  auprès  de»  saints  habitants  de  ces  solitudes, 

Tiii.ibid.  p.  i7s.  ils  retournèrent  à  leur  Monastère  '  de  Bethléem  en  397.  La 
Cas*,  ami.  même  année  '  ils  firent  un  second  voïage  au  désert  de  Sceté, 

Tin.  ibïd.  '  où  ils  demeurèrent  jusques  vers  l'an  400.  "  Ce  long  séjour  de 

«  Cass.  vit.  p.  46.  '    ^  U' 

*•  Cassien 


778 


346 


553 

c.  1.  p.  556. 


ABBÉ.  217 


V    SIECLK. 


Cassien  dans  ces  déserts  lui  a  fait  donner  le  surnom  d'Ermite, 
qu'il  porte  à  la  tête  de  quelques-unes  des  éditions  de  ses  ou- 
vrages. 

'  De  Sceté  ils  allèrent  à  Constantinople,  on  ne  sçait  pour  tib.  iwj. 

3uel  sujet;  et  ils  y  étoient  en  404.  '  Là  Cassien  se  mit  sous  la  cass.  iiiC.  1. 7.  c. 
iscipline  de  S.  Jean  Chrysostôme,  qui  en  étoit  Evêque,  et  3L  p-  1,3a 
qui  l'éleva  au  sacré  ministère  du  Diaconat.  Cassien  se  glorifie 
de  l'avoir  eu  pour  maître  et  pour  docteur.  Il  conserva  toujours 
dans  la  suite  un  attachement  inviolable  pour  les  Fidèles  de 
Constantinople,  qu'il  portoit  sans  cesse  dans  son  cœur,  même 
depuis  qu'il  les  eut  quittés  pour  venir  s'établir  en  Provence. 
'  Il  paroît  que  S.  Chrysostôme  avoit  confié  à  Cassien  et  à  paii.  Diai.  P.  13. 
Germain  la  garde  du  thrésor  et  des  vases  sacrés  de  son  Eglise.  u 
Car  ce  thrésor  aïant  été  conservé  par  une  providence  particu- 
lière dans  l'embrasement  qui  consuma  l'Eglise  en  404,  ils  en 
firent  dresser  un  inventaire  authentique,  qu'ils  porterenf  en- 
suite à  Rome. 

'  Ils  firent  ce  voïage  en  l'année  405,  chargés  de  letres  que  tm.  ibid.  p.  173. 
tout  le  Clergé  de  Constantinople  écrivoit  au  Pape  S.  Inno- 
cent, au  sujet  de  S.  Chrysostôme  exilé  dès  le  20°  de  Juin  de 
l'année  précédente.  '  Ils  y  sollicitèrent  en  faveur  de  leur  saint  1. 11.  P.  310. 311 
Prélat,  conjointement  avec  les  Evêques  Démetre,  Cyriaque, 
Eulyse  et  Pallade,  qui  les  y  avoient  précédés  pour  la  même 
cause.  '  Depuis  ce  temps-là  on  ne  sçait  point  ce  que  devint  1. 14.  p.  m. 
Cassien  jusqu'à  sa  retraite  en   Provence.   Blortdel  croit  que 
c'est  le  même  que  le  Prêtre  de  ce  nom,  qui  en  414  ou  415 
'  agissoit  comme  entremetteur  et  ami  commun  pour  la  réunion  conc.  1. 1.  p.  7cu. 
de  l'Eglise  d'Antioche  avec  celle  de  Rome.  Mais  il  semble  761- 
que  ce  Prêtre  étoit  nouvellement  venu  d'Antioche,  où  l'on 
ne  voit  point  que  Cassien  dont  nous  parlons  ici,  soit  allé  de- 
puis qu'il  eut  quitté  l'Orient.  La  ressemblance  des  noms  n'est 
pas  suffisante  pour  prouver  ce  fait.  '  Raphaël  de  Volterre,  Cass.  vit.  P.  46 
sans  en  donner  des  preuves,  suppose  que  Cassien  retourna  en-  2' 
core  à  Jérusalem,  et  qu'en  aïant  été  chassé  par  les  hérétiques, 
il  vint  dans  les  Gaules. 

Quoiqu'il  en  soit,  tout  le  monde  convient  qu'il  se  retira  à 
Marseille,  soit  peu  après  l'an  405,  ce  qui  est  le  plus  probable, 
ou  seulement  après  415.  '  Selon  Gennade  il  y  fut  ordonné  Prê-  Genn.  ibid.  1  ca?s. 
tre,  et  en  quelque  sorte  malgré  lui,  comme  Cassien  le  témoi-  l£%l\  M" c"  " 
gne  lui-même.  '  Il  y  fonda  deux  Monastères,  l'un  d'hommes,  &enn-  ibid- 
l'autre  de  filles,  qui  subsistoient  encore  tous  deux,  lorsque 

Tome  IL  E  e 


218  CASSIEN, 

V     SIECLE. 

«ail.  chr.  nov.  t.  Gennade  écrivoit  vers  la  fin  de  ce  siècle.  'Le  premier  de  ces 
i.  p.  679.  (jcux  Monastères  est  la   célèbre  Abbaïe  de  S.  Victor,  dont 

Fieur.  h.  e.  t.  s.  Cassien  fut  le  premier  Abbé.  '  L'on  dit  qu'il  avoit  sous  sa  dis- 
«Pani.  eucii.  p.  cipline  jusqu'à  cinq  mille  moines.  a  Ce  qu'il  y  a  de  certain, 
891  •  c'est  que  lors(|ue  Paulin  petit-fils  d'Ausone  se  retira  à  Mar- 

seille vers  i'20,  il  y  avoit  beaucoup  de  Saints,  c'est-à-dire  de 
personnes  qui  faisoient  une  profession  particulière  de  pieté, 
Can.  inst.  pr.  p.  gj  Je  renoncement  ;iu  monde.  '  S.  Castor  Evêque  d'Apt  qua- 
lifie Cassien  le  père  des  serviteurs  de  Dieu,  et  dit  qu'il  leur 
faisoit  observer  les  pratiques  des  Monastères  d'Egypte  et  de  Pa- 
lestine, 
ibid.  coll.  pr.  ;>.       'Ce  fut  ce  même  Evêque  qui  engagea  Cassien  à  écrire 
ses  douze  livres  des  Institutions,  qu'il  lui  dédia  avant  l'an 
417.  L'ouvrage  fut  reçu  avec  tant  d'applaudissement,  que 
Castor  pressa  encore  Cassien  d'écrire  de  la  même  manière 
les  Conférences  spirituelles  qu'il  avoit  eues  avec  les  Anacho- 
rètes de  Sceté.  Cassien  l'entreprit;  mais  avant  qu'il  eût  fini 
Tiii.  ibid.  les  dix  premières,  Castor  mourut  '  en  l'an  419  au  plutôt. a  11 

p.  ni.  "      '"'  les  dédia  à  l'Evoque  Léonce,  frère  de  Castor,  et  à  un  Moine 
eu.  12.  pr.  |  «-..il.  nommé  Hellade,  '  qui  fut  Evêque  dans  la  suite.  L'un  et  l'au- 
ru.  pr'  '''  "'"     tre  les  lui  avoienl  demandées  aussi  bien  que  Castor.  Ces  dix 
Conférences  ne  suffirent  point  encore  à  l'ardeur  de  S.  Honorât 
et  de  S.  Bûcher,  dont  l'un  étoit  alors  à  la  tête  d'un  grand 
nombre  de  Moines,  et  qui  furent  depuis  tous  deux  Evêques, 
l'un  d'Arles  et  l'autre  de  Lyon.   Cassien  fut  donc  obligé  de 
Tut.  ibid.  p.  m»,  leur  te  dresser  encore  sept  autres  qu'il  leur  dédia,  '  au  plus 
tard  en  l'an  i2G,  qui  est  l'année  mémo  en  laquelle  S.  Hono- 
c«m.  eoti.n.pr.  rat  fut  élevé  à  la  dignité  épiscopale.  '  En  publiant  ses  sept 
Conférences,  Cassien  en  promit  sept  autres  qu'il  devoit  écrire 
pour  les  Moines  des"  Isles  nommées  Stœehades,  ou  Stoccades, 
coii.  is.  pr.  p.  aujourd'hui  d'IIyeres,  sur  le  côte  de  Provence.  '  Il  exécuta 
sou  dessein  peu  après,  lorsque  S.  Honorât  étoit  déjà  Evêque, 
et  dédia  ses  sept  dernières  aux  Moines  Jovinien,  Minerve, 
Léonce  et  Théodore,  l'un  desquels  avoit  établi  dans  les  Pro- 
vinces des  Gaules  l'Institut  des  Cénobites  dans  toute  sa  pureté 
et  sa  vigueur. 
noi.  un.  Pai.  i.       '  Les  Ouvrages  de  Cassien  rendirent  son  nom  fort  célèbre 
:    .  i>-  »«>3.     (jans  jes  (Janles  ;  mais  ils  y  excitèrent  de  grands  troubles  au 
Tiii.  ibid. p.  !83.  sujet  de  quelques  erreurs  qu'ils  contenoient.  'La  plus  dan- 
jtor.  n.id.  p.  i63.  gereuse  étoit  sans  doute  celle  qui  regarde  la  grâce,  '  et  qui 
étant  déjà  marquée  dans  la  troisième  Conférence,  étoit  plus 


p.    :i."i3. 


Tti 


un 


ABBE.  219 

V     SIECLE. 

particulièrement  développée  dans  la  13e.  '  Les  suites  en  pa-  Pros  inPOl|.c. ,. 
rurent  si  pernicieuses,  que  S.  Prosper  se  crut  obligé  d'y  reme-  p-  sot-mi, 
dier;  et  ce  fut  pour  cela  qu'il  écrivit  vers  432  son  ouvrage 
intitulé,  Contre  F  Auteur  des  Conférences. 

Cela  n'empêcha  pas  néanmoins  que  Cassicn  ne  fût  choisi 
pour  combattre    l'hérésie  de   Nestorius,    qui    commença   à 
éclater  en  Orient  vers  428.  '  A  la  prière  du  grand  S.  Léon,  Gew.  ibij. 
alors  Archidiacre  et  depuis  Evêque  de  Rome,  il  composa  son 
ouvrage  sur  l'Incarnation  contre  cette  hérésie  naissante.  Il  y 
mit  la  première  main  aussi-tôt  après  '  la  lettre  dattée  du  llejour  Bar.  un.  430.  n. 
d'Août  430,  que  le  Pape  S.  Célestin  envoya  à  Nestorius  pour  8' 
le  porter  à  se  rétracter.  Cassien  étoit  très-capable  de  réussir 
dans  cette  entreprise;  car  outre  qu'il  avoit  de  la  Théologie 
il  sçavoit  parfaitement  le  grec,  et  avoit  été  du  Clergé  deCon- 
stantinople,  où  par  conséquent  son  ouvrage  devoit  être  mieux 
reçu,  et  faire  plus  de  fruit.  '  On  croit  aussi  que  les  autres  Tin.  nuà.  p.  ise. 
raisons  pour  lesquelles  on  le  chargea  de  cet  ouvrage,  furent 
d'une  part  pour  l'engager  lui  et  les  autres  Semipélagiens  à 
embrasser  la  cause  de  l'Eglise  ;  et  de  l'autre  pour  faire  voir 
aux  Orientaux,  que  quoiqu'il  y  eût  du  rapport  entre  les  er- 
reurs de  Nestorius  et  celles  de  Pelage,  néanmoins  ceux  qui 
en  Occident  ne  s'éloignoient  pas  tout-à-fait  de  la  doctrine  de 
celui-ci,  ne  laissoient  pas  d'être  entièrement  opposés  à  Nes- 
torius. 

Cet  ouvrage  fut  le  dernier  que  publia  Cassien.  11  le  com-  r.enn.  au. 
posa  à  Marseille,  où  il  mourut  aussi-tôt  après,  ce  semble  sui- 
vant les  termes  de  Gennade,  sous  l'empire  de  Théodose  le 
jeune  et  de  Valentinien  III;  ce  qui  nous  conduit  depuis  l'an 
425  jusqu'en  450.  Ainsi  l'on  ne  sçait  précisément  en  quelle 
année  arriva  sa  mort.  '  Il  est  certain  qu'il  vivoit  encore  en  'tii    Uwi.  p.  1S7. 
432,  et  peut  être  en  433,  s'il  faut  s'arrêter  aux  exemplaires 
de  la  chronique  de  S.  Prosper.  '  La  manière  dont  le  même  i'nw.  inroii.  c.  1- 
Saint  parle  de  lui  en  réfutant  sa  13e  conférence,  suppose  vi- 
siblement qu'il  étoit  encore  alors  au  monde.  '  Or  c'étoit  sous  -•  21.  n.  *. 
le   Pontificat  de  S.  Sixte ,  et  après   le  voyage  de  S.   Pros- 
per à  Rome  ;  '  et  il  y  avoit  alors  plus  de  20  ans  que  l'Eglise  ci.  n.  2. 
triomphoit  de  l'hérésie  de  Pelage  :  ce  qui  peut  revenir  à  l'an 
434  ou  435.  '  M.  Du  Pin  croit  devoir  mettre  cette  mort  en  DuPin,  Mb.  1. 4. 
l'an  440;'  et  M.  Baillet  dit  que  quelques-uns  la  renvoient  FW.ts.Mi.  p. 
jusqu'en  448,  et  que  selon  eux  Cassien  étoit  dans  la  07e  an-  a77- 
née  de  son  âge  lorsqu'il  mourut.  Mais  c'est  trop  reculer  cette 

E  e  ij 


V    SIECLE. 


220  CASSIEN, 

"  mort,  et  donner  à  Cassien  une  trop  longue  vie. 
•nu.  jbid.  '  Diverses  Eglises  l'honorent  aujourd'hui  comme  Saint  le 

23e  de  Juillet,  et  sans  doute  l'on  auroit  mis  son  nom  dans  le 
.    Martyrologe  Romain,  sans  les  erreurs  qui  se  trouvent  en  quel- 
Cmj.  vu.  p.  47.  ques  endroits  de  ses  ouvrages.  '  Simler  croit  que  sur  ce  qu'il 
a-  condamne  l'hérésie  de  Pelage  dans  son  ouvrage  sur  l'Incar- 

nation, il  renonça  à  ses  erreurs  avant  que  de  mourir. 
iMt.i.  u.c.  17.       '  Cassien  parle  d'une  sœur  qu'il  avoit  sans  la  nommer;  et 
p-  *»•  c'cst  tout  ce  que  nous  sçavons  de  sa  famille.  Il  dit  que  de- 

puis qu'il  étoit  Moine,  il  n'avoit  pu  éviter  de  recevoir  quel- 
ques-unes de  ses  visites  contre  l'avis  des  anciens  Pères  :  ce  qui 
peut  faire  juger  que  cette  sœur  étoit  ou  à  Marseille  ou  dans 
le  voisinage,  et  confirmer  l'opinion  qui  fait  Cassien  natif  de 
ce  païs-là. 
i»ros.  in  on.  ci.         Quoique  S.  Prosper  ait  écrit  contre  lui,  il  ne  laisse  pas  de 
n.  1 1  c.  ».  n.  i.  je  regar(jer  comme  un  homme  considérable  dans  l'Eglise  par 
le  rang  de  Prêtre  qu'il  y  tenoit,  par  sa  science  dans  les  Ecri- 
Cas;.  inst.  pr.  P.  tures,  et  par  sa  capacité  à  écrire  et  à  traiter  les  matières.  '  S. 
'■  •  Castor  Evêque  d'Apt  relevé  beaucoup  la  sainteté  de  sa  vie, 

casj.  in  p*.  es.  et  son  habileté  dans  toutes  les  Sciences  Ecclésiastiques  ;  '  et 
rlàs1  a1"*1' p"' p'  Cassiodore  l'appelle  un  homme  très-éloquent;  a  ce  que  font 
•  Pioa.chr.p.745.  aussi  quelques  exemplaires  de  la  chronique  de  S.  Prosper. 

S  n 

SES    OUVRAGES. 

Nous  avons  déjà  marqué  à  quelle  occasion,    et   en  quel 
temps  Cassien  composa  ses  ouvrages.  Il  en  faut  détailler 
maintenant  les  autres  principales  particularités. 
cas*,  inst.  P.  i-       lu.  '  Le  premier  que  nous  connoissions,  sont  les  douze  li- 
%mi  vit.iii.f.  vres  des  Institutions.  b  Gennade  les  divise  en  trois  parties,  et 
»»•  ne  donne  le  titre  d'institutions  qu'à  la  seconde  partie,  qui  se- 

lon lui  ne  contient  que  le  4e  livre.  La  première  comprise  en 
trois  livres  traite  de  l'habit  du  Moine,  et  de  l'ordre  de  la 
prière  et  des  Pseaumes,  qui  s'observoit  durant  le  jour  et  du- 
rant la  nuit  parmi  les  Moines  de  l'Egypte.  La  dernière  par- 
tie, qui  contient  les  huit  derniers  livres,  est  emploïée  à  trai- 
ter de  l'origine,-  de  la  nature  et  des  remèdes  des  huit  péchés 
Pbot.  c.  i<j7.  p.  capitaux.  '  Pholius  qui  fait  un  grand  éloge  de  cet  ouvrage, 
:,'ti  soit  pour  la  matière,  soit  pour  le  style,  le  divise  aussi  en  deux 


ABBÉ.  221 


V    SIECLE. 


f>arties,  comme  si  c'étoit  deux  ouvrages  différents,  l'un  sur  
es  règles  des  Cénobites  de  l'Egypte,   et  l'autre  sur  les  huit 
principaux  vices.  Cette  division    a  été   suivie  par  Cuykius 
dans  l'édition  qu'il  nous  a  donnée  de  cet  ouvrage.  '  Cassien  cas»,  inst.  Pr.  P. 
cependant  n'en  parle  lui-même,  que  comme  d'un  seul  et  mê-  §^73;  ' coU-  Pr-  p- 
me  écrit  divisé  en  douze  livres.  '  Il  promet  d'y  représenter  p.  3. 
quels  étoient  les  instituts  et  les  règles  des  Monastères  de 
1  Egypte,  et  de  tempérer  néanmoins  par  la  pratique  de  ceux 
de  la  Palestine  et  de  la  Mésopotamie,  ce  que  ceux  de  l'E- 
gypte pouvoient  avoir  de  trop  austère  et  de  trop  difficile  pour 
les  Gaulois.  C'est  ce  qu'il  exécute  dans  les  quatre  premiers 
livres.  Dans  les  huit  suivants  '  il  explique  avec  soin  les  causes  DuPin,  Bib.  t.  4. 
et  les  sources  des  principaux  vices  qu'il  réduit  au  nombre  de  p-  39- 
huit,  et  la  manière  de  les  guérir.  '  Il  ne  s'arrête  point  à  rap-  cass.  inst.  pr.  P. 
porter  les  prodiges  que  Dieu  avoit  opérés  parmi  ces  solitaires,  3- 
parce  que  son  dessein  étoit  de  recueillir  ce  qu'il  avoit  appris 
des  Pères  des  déserts,  pour  la  correction  des  mœurs,  et  pour 
arriver  à  la  perfection  de  la  vertu.  • 

'  Cassien  s'y  déclare  déjà  prévenu  de  son  faux  principe,  que  inst.  1.  m.  e.  i*. 
nous  pouvons  nous  donner  la  bonne  volonté,  et  que  Dieu  la  p'  *70' 
perfectionne.  '  Ily  rapporte  aussi,  sans  la  condamner,  l'opinion  c.  ts.  P.  27s  1 
de  Pelage,  qui  ne  iaisoit  consister  le  secours  de  Dieu  que  i^.'Jr  i.%. 
dans  la  loi.  Cela  fait  croire  que  Cassien  composa  cet  ouvra- 
ge avant  que  S.  Innocent  et  Zosime  eussent  condamné  les 
Pclagiens  en  417  et  418.  Du  reste  les  Pères  de  la  vie  spiri- 
tuelle ont  toujours  fait  beaucoup  d'estime  de  ces  Institutions. 
'  S.  Benoist  en  parle  comme  d'un  livre  propre  à  conduire  les  Ben.  r«g.  c.  73. 
Moines  à  la  perfection  de  l'état  religieux,  '  et  Cassiodore  ex-  casd.  inst.  e.  29. 
horte  ses  Moines  à  le  lire  avec  soin.  a  On  croit  sur  ce  que  fxiTV'E 
Photius  l'avoit  lu,  qu'il  a  été  traduit  en  grec.  b  Le  sieur  de  p  "8.  ' 
Saligny  nous  en  a  donné  une  belle  traduction  en  notre  lan-  bWb-s.vin.  c«n. 
gue,  imprimée  à  Paris  chez  Charles  Savreux  l'an  1667  en 
un  volume  in-8°. 

2°.    '  Les  vingt-quatre  Conférences  de  Cassien  ont    été  cass.  coll.  P29-- 
écrites,  comme  nous  avons  dit,  à  trois  différentes  reprises,  886' 
depuis  l'an  419  ou  420  jusqu'à  427  ou  environ.  '  Elles  sont  Fieu.  h.  e.  t.  5. 
rangées  non  selon  l'ordre  des  temps,  auxquels  Cassien  les  p'  639' 
avoit  eues  avec  les  Solitaires  des  déserts,  mais  selon  l'ordre 
des  matières.   '  Ayant  décrit  dans  l'ouvrage  précédent  l'ex-  cass.  coii.  1.  pr 
térieur  des  Moines,  il  représente  dans  celui-ci  quel  étoit  leur  p' 297-  298- 
intérieur.  '  L'un  est  proprement  pour  les  Cénobites  qui  vivent  inst.  1.  1.  c. 

1    7  ti.5. 


222  CASSIEN, 

V    SIECLE. 

ron  jbjd  en  commun  dans  les  Monastères  ;  '  et  l'autre  est  pour  former 

des  Anachorètes,  qui  trouvent  dans  ces  conférences  les 
moyens  de  s'élever  à  une  oraison  continuelle,  et  à  la  subli- 
mité de  la  perfection. 

Cet  ouvrage  est  celui  de  tous  ceux  de  Cassien,  où  il  se 

trouve  plus  d'erreurs.  Nous  avons  rapporté  ailleurs  les  suites 

r.oii.   i3.  c.  i6.  fâcheuses  qu'eut  sa  13e  Conférence.  '  Il  y  condamne  cepcn- 

p"  (iî0,  dant  l'opinion  profane,  comme  il  la  nomme,  des  Pélagiens. 

3 ni  donnant  tout  au  libre  arbitre,  prétendoient  que  la  grâce 
<■  Dieu  étoit  accordée  selon  les  mérites  d'un  chacun.  Mais 
enseigner,  comme  fait  Cassien,  que  Dieu  distribue  ses  dons, 
non  selon  sa  toute-puissance ,  mais  selon  la  foi  qu'il  trouve 
en  l'homme,  et  qu'il  n'y  a  pas  mise,  n'est-ce  pas  dire  la  mê- 
me chose  que  Pelage,  quoiqu'en  d'autres  termes?  '  C'est 
pour  tous  ces  traits  de  doctrine,  que  les  Continuateurs  de 
Bollandns  avouent  qu'il  n'est  pas  possible  de  justifier  Cassien 
des  erreurs  du  Semipélagianisme. 

On  accuse  aussi  '  Cassien  de  permettre  dans  sa  17e  confé- 
rence l'usage  du  mensonge  en  certaines  occasions,  '  et  (('en- 
seigner dans  la  4e,  que  c'est  un  bien  et  un  avantage  que  la  chair 
ait  des  désirs  contraires  à  l'esprit.  '  11  admet  encore  dans  la  8e, 
comme  une  chose  indubitable,  que  les  Anges  ont  été  créés 
avant  le  monde.  '  Dans  la  7e  où  il  fait  parler  l'Abbé  Serene, 
il  établit  bien  clairement  l'opinion  qui  enseigne  que  l'ame  est 
corporelle.  Le  raisonnement  qu'il  emploie  pour  tâcher  de  le 
prouver,  est  le  même  '  dont  se  servit  ensuite  le  fameux  Fauste 
de  Ries  pour  soutenir  ce«enliment.  Enfin  les  plus  clair-voïants 
ont  remarqué  presque  dans  tous  les  ouvrages  de  Cassien  un 
certain  levain  d'Oiïgénisme,  dont  il  est  difficile  de  les  pur- 
ger. On  voit  par-là  avec  combien  de  prudence  et  de  justice 
r.onc.  t.  i  p.  '  le  Concile  de  Rome  sous  le  Pape  Gétase,  vers  la  fin  de  ce 
l265'  siècle,  a  mis  les  o-uvres  de  Cassien  au  rang  des  livres  apo- 

cryphes; non  pour  en  défendre  absolument  la  lecture,  mais 
pour  leur  ôter  au  moins  l'autorité  qu'ont  les  ouvrages  irrépré- 
aoo.  n,r  p  -!)(i.  licnsiblcs  des  Pères.  '  C'est  pourquoi  Adon  de  Vienne  avertit 
qu'il  faut  lire  les  écrits  de  Cassien  avec  beaucoup  de  précau- 
tion, sur-tout  ceux  qui  traitent  de  la  grâce  et  du  libre  arbitre. 
Nor.  HiHt.  Pei.  i.       'Le  H  Concile  d'Orange,  selon  la  remarque  du  Cardinal 
s.  r..  23.  p.  3:-.o.  jsjorjSi  condamne  plusieurs  des  sentiments  de  Cassien  et  de 
Cud.  lut.  c.  ».  Fauste  sur  la  Grâce.  '  Victor  Evêque  de  Martirite  en  Afrique 
p.  .-.-..s.  i.  entreprit  de  retrancher  de  Cassien  ce  qu'il  y  avoit  de  mauvais 


Doll. 
481. 

23. 
n.  07 

lui. 

Cass 
S.  p 
coll. 
381. 

coll. 

<ï!>5. 

4.   c. 

17. 
13. 

coll. 

471. 

».   c. 

7. 

coll. 

439. 

7.  c. 

13 

Itih. 
1043 

PP.  1 

2. 

.   li 

ABBÉ-  223     ,..»» 


sur  la  même  matière,  et  d'y  ajouter  les  vérités  qu'il  avoit  omi- 
ses.  En  attendant  cet  ouvrage,  Gassiodore,  qui  exhorte  ses 
Moines  à  la  lecture  de  Gassien,  les  avertit  de  le  lire  avec  pré- 
caution sur  cette  matière.  '  Gennade  assure  que  S.  Eucher  r,enn.  vir.  ni.  c 
Evêque  de  Lyon  fît  un  abrégé  des  livres  de  Gassien;  '  sur  J',;';  p  30 
quoi  le  Cardinal  Baronius  prétend  que  S.  Eucher  Tavoit  pur- 
gé de  ses  erreurs  :  ce  que,  dit-il,  Gennade  n'a  pas  osé  dire, 
parce  qu'il  étoit  imbu  des  mêmes  principes.  '  Il  semble  même  t.ii.  ibid.  p.  isa. 
que  Boranius  a  cru  que  le  Gassien  que  nous  avons,  a  été  cor- 
rigé de  la  sorte.  Mais  puisqu'  on  y  trouve  mot  à  mot  tout  ce 
que  S.   Frosper  y  condamne,  il  est  visible  que  nous  l'avons 
tel  que  l'a  eu  ce  Saint,  et  tel  qu'il  est  sorti  des  mains  de  son 
Auteur.  M.  de  Tillemont  avertit  que  cet  abrégé  de  Gassien 
par  S.  Eucher  ne  paroit  plus  aujourd'hui.  '  L'on  trouve  ce-  Bib.itar.  t.  i.  p. 
pendant  entre  les  autres  écrits  de  S.  Eucher  imprimés  à  Ko-  m' 
me  l'an  1564  en  un  volume  in-folio,  on  ouvrage  qui  porte 
ce  titre  Abrégé  des  livres  de  Jean  Cassien  fait  par  S.  Eucher. 
Comme  nous  n'avons  pu  encore  voir  cette  édition,  nous  nous 
bornons  à  remarquer,  ou  que  M.  de  Tillemont,  qui  s'en  est 
servi,  a  trouvé  que  l'ouvrage  ne  répondoit  pas  au  titre,  ou  que 
cet  écrit  manquoit  à  son  exemplaire. 

M.  de  Saligny,  qui  a  publié  une  traduction  franeoise  des 
Institutions  de  Gassien,  comme    nous  avons  dit,  '  nous  en  •  •■  s.  vin.  cen. 
a  donné  aussi  une  des  conférences,  imprimée  à  Paris  l'an 
1663  en  2  volumes  in-<S".  Mais  il  a  cru  en  devoir  retran- 
cher la  13e  conférence  pour  de  justes  raisons  qu'il  a  soin  de 
marquer.  On    peut  voir  dans  l'avertissement  et   dans  l'ap- 
probation de  cette  traduction ,  et  encore   plus  particulière- 
ment dans  les  ouvrages  qu'Alard  Gazet  '  a  mis  à  la  tête  de  son 
édition  in-folio,  l'estime  que  les  anciens  et  les  modernes  ont 
faite  de  ces  Conférences.  '  Notker  le  Bègue  les  loiie  sur-tout  Nmk.  ml  sm.c. 
pour  le  fréquent  usage  que  l'Auteur  y  fait  de  l'Ecriture  Sainte,  '"'' 
et  pour  sa  manière  de  l'éclaircir  et  de  l'appliquer. 

La  23e  '  a  été  imprimée  séparément  l'an  1528  à  Hain  dans  iw».  s.  vin.  cen. 
la  Haute  Saxe  en  un  petit  volume  in-8°,  sous  ce  titre,  Confé- 
rence du  B.  Cassien  Diacre  de  Constantinople  sur  le  libre  ar- 
bitre. L'éditeur  en  a  retranché  le  dernier  chapitre,  et  y  en  a 
ajouté  dix-sept  autres  sur  la  même  matière,  qu'il  a  tirés  de  di- 

1  C'est  son  véritable  nom  François,  quoi-  Mais  tous  ceux  qui  ont  fait  des  vers  à  sa 
que  la  plupart  l'appellent  Casée,  sur  ce  louargo,  et  qui  ont  pris  sou  nom  François, 
qu'on  latin  lise  nomme  lui-même  Oat«us.       le  nomment  Gazet. 


V    SIECLE 


Till. 
188. 


ibid.  p.  180. 


Bib.  S.  Vin.  Cen. 


CM.  Ben. 


Bib.  Maj.   mon. 


B.M.deEbron. 


...  Barb. 
241.  2. 


t.  l.p. 


Du  Pin,  Bib. 
p.  89. 

•  Bib.    FF. 
Cen. 


t.  4. 

Min. 


Cas*. 
1130. 


inc.  p.  959- 


224  CASSIEN, 

verses  autres  Conférences  de  Cassien.  C'est  pourquoi  cet  écrit 
seroit  plus  justement  intitulé,  Traité  sur  le  libre  arbitre,  tiré  des 
Conférences  de  Cassien,  et  particulièrement  de  la  23e. 

'  Ce  sont  ces  vingt-quatre  Conférences,  qui  avec  les  douze 
livres  des  Institutions,  peuvent  être  nommées  avec  justice  les 
Ascétiques  de  Cassien.  On  prétend  que  les  huit  derniers  livres 
des  Institutions,  et  quelques  Conférences  se  trouvent  en  grec 
dans  la  Bibliothèque  du  Vatican.  Mais  on  doit  croire  que 
c'est  une  traduction  du  latin,  peut-être  assez  mauvaise.  11  est 
néanmoins  certain  que  ces  ouvrages  ont  été  lus  par  les  Grecs 
qui  les  citent,  et  que  l'on  en  trouve  quelques  passages  parmi 
les  Apophthegmes  grecs  des  Solitaires.  On  sçait  que  le  4e  li- 
vre des  vies  des  Pères  du  désert  est  tiré  partie  du  premier  dialo- 
gue de  S.  Sévère  Sulpice,  partie  de  ces  ouvrages  de  Cassien. 

Ils  ont  été  imprimés  séparément  des  livres  sur  l'Incarna- 
tion. '  La  première  édition  fut  faite  à  Basle  l'an  1485  en  un 
volume  grand  in-4°.  ou  petit  in-fol.  sans  nom  d'éditeur  ni 
d'imprimeur.  La  seconde  édition  parut  à  Venise,  aussi  sans 
nom  d'imprimeur,  l'an  1491  en  un  volume  in-folio.  En  1497 
Jean  Amerbach  en  publia  une  troisième  h  Basle  en  un  volume 
in-4°,  '  Simon  Bevelaqua  ou  Boileve  imprimeur  de  Lyon , 
en  donna  une  quatrième  en  un  volume  in-8°  l'an  1516.  A  la 
tête  de  cette  édition,  et  de  quelques  autres,  Cassien  est  sur- 
nommé l'Ermite,  Johannis  Eremttœ,  qui  et  Cassianusdicitur. 
En  1525  il  y  en  eut  une  autre  édition  en  même  volume  et 
au  même  lieu  chez  Jacques  Myt.  '  Denis  le  Chartreux  aïant 
paraphrasé  à  sa  manière  ces  deux  écrits  de  Cassien,  les  fit  im- 
primer à  Cologne  l'an  1540  en  un  volume  in-fol.  Cette  édition 
parut  de  nouveau  à  Basle  l'an  1559.  C'est  apparemment  cette 
dernière  '  que  M.  Du  Pin  a  voulu  marquer  en  imprimant  1359 
pour  1559.  ■  Philippe  Tinghi  imprimeur  de  Lyon  donna  les 
Institutions  et  les  Conférences  dans  leur  pureté  l'an  1574  en 
un  volume  in-8°. 

3°.  '  L'ouvrage  de  Cassien  sur  l'Incarnation  est  divisé  en 
sept  livres,  et  adressé  à  Léon  Diacre  de  l'Eglise  Romaine, 
qui  fut  depuis  Pape,  et  qui  avoit  engagé  Cassien  à  l'écrire, 
comme  nous  l'avons  déjà  observé.  Cassien  dans  la  préface 
fait  paraître  beaucoup  d'humilité,  et  témoigne  une  grande 
répugnance  à  reprendre  la  plume,  contre  la  résolution  qu'il 
avoit  formée  de  garder  le  silence,  après  avoir  donné,  dit-il, 
des  marques  de  son  insuffisance  en  publiant  ses  Conférences 

spirituelles. 


ABBÉ. 


225 


V  SIECLE. 


1.    1.  c. 

902-870. 


p.  975-1001. 


spirituelles.  11  suppose  toujours  que  Nestorius  étoit  encore 
Evêque  de  Constantinople  :  ce  qui  fait  voir  qu'il  acheva  cet 
ouvrage  avant  le  Concile  d'Ephese,  où  Nestorius  fut  déposé 
en  431 . 

'  Dans  le  premier  livre  Cassien  rapporte  la  plupart  des  hé- 
résies contre  le  mystère  de  l'Incarnation,  et  même  celles  des 
Pélagiens,  dont  il  prétend  que  les  principes  ont  donné  lieu 
à  l'erreur  de  Nestorius.  '  Dans  le  second  et  troisième  livre  il 
prouve  par  l'Ecriture  et  par  les  grâces  que  nous  avons  reçues 
de  J.  C.  qu'il  est  Dieu  et  homme;  qu'il  a  toujours  eu  en  lui 
la  Divinité,  la  Majesté,  la  Puissance,  et  que  la  Sainte  Vierge 
n'est  pas  seulement  mère  du  Christ,  mais  qu'elle  est  aussi  mè- 
re de  Dieu.  '  Dans  le  4e  livre  il  montre  par  l'Ecriture,  que  p.  ioo-ioiô. 
J.  C.  avant  que  de  se  faire  homme,  étoit  Dieu  de  toute  éter- 
nité, et  que  la  Sainte  Vierge  a  enfanté  un  fils  qui  étoit  avant 
elle,  et  plus  grand  qu'elle;  puis  il  s'attache  à  prouver  l'unité 
de  personne  en  J.  C.  '  Dans  le  5e  livre,  après  avoir  combat-  p.  iot7-io«. 
tu  l'erreur  des  Pélagiens  et  celles  de  Nestorius  qu'il  dit  en  ap- 
procher, il  fait  voir  que  cette  unité  de  personne  est  réelle,  et 
non  pas  morale.  '  Dans  le  6e  il  insiste  sur  le  symbole  d'An-  p.  1043-1069. 
tioche,  où  Nestorius  avoit  pris  naissance,  et  où  il  avoit  été 
élevé  et  y  avoit  reçu  le  saint  baptême.  '  Dans  le  7e  enfin,  après  p.  1083-1130. 
avoir  répondu  à  quelques  objections  des  adversaires  qu'il  com- 
bat, il  les  presse  par  les  autorités  des  principaux  Pères  grecs  et 
latins,  et  finit  en  exhortant  les  citoïens  de  Constantinople  à 
demeurer  fermes  dans  la  Foi  Catholique,  et  en  demandant 
à  Dieu  qu'il  lui  plût  d'insinuer  dans  le  cœur  des  Fidèles  par 
le  don  de  son  amour,  les  vérités  qu'il  lui  avoit  fait  la  grâce 
d'écrire. 

Simler  observe  que  cet  ouvrage  de  Cassien  est  le  mieux  vu.  p.  «.  a 
écrit  de  tous  ceux  qu'il  a  publiés,  et  qu'il  contient  une  doc- 
trine très-pure  sur  le  mystère  de  l'Incarnation.  Cassien  appuie 
ce  qu'il  y  dit  d'un  grand  nombre  de  passages  de  l'Ecriture  et 
des  Pères  de  l'Eglise,  auxquels  il  joint  des  raisonnements 
très-solides.  Il  y  combat  fortement  et  y  condamne  sans  détour 
l'hérésie  de  Pelage,  et  celle  où  étoit  tombé  Léporius. 

Ces  sept  livres  sur  l'Incarnation  ont  été  imprimés  séparé- 
ment des  autres  ouvrages  de  Cassien  à  Basle,  chez  André 
Cratandre  l'an  1534  en  un  volume  petit  8°.  '  Il  y  en  eut  une 
autre  édition  faite  à  Paris  l'an  1545  par  Pierre  Gautier  pour 
Jean  Barbé  et  Claude  Garamont  en  un  -volume  in-8°,  avec 

Tome  II.  F  f 


8-5.    p. 


BU).  Cas.  Ben. 


S.  Pet.  Mon. 


1    i    *' 


V   SIECLE 

ltaluz.    t. 

p.  63!) . 

g 

Scri.   vot.   lat. 
17.  1-4(5.  1. 

P 

p.  46.  2-47.  2. 

226  C  A  S  S I E  N  , 

le  sermon  de  S.  Cyrille,  Sur  ce  que  le  Verbe  de  Dieu  s  est  fait 
homme.  '  Ce  même  ouvrage  de  Cassien  fut  encore  imprimé  à 
Paris  en  même  volume  l'an  1569,  après  avoir  été  revu  sur 
un  ancien  manuscrit.  '  Josias-Simler  l'inséra  ensuite  dans  le 
recueil  des  anciens  monuments  latins  contre  Nestorius,  Eu- 
tyches,  et  les  Acéphales,  qu'il  fit  imprimer  à  Zurich  l'an 
1571  en  un  volume  in-folio.  '  A  la  fin  de  ce  traité  de  Cassien 
il  ajoute  une  vie  de  l'auteur  tirée  de  ses  ouvrages,  laquelle 
p.  47.2. 50.  i.     n'est  pas  mauvaise.  '  11  y  a  joint  aussi  des  notes  de  sa  façon 

sur  les  sept  livres, 
mi.  Uiid.  p.  182.       '  M.  Pilhou  avoil  un  manuscrit  fort  nouveau,  qui  contient 
un  ahrégé  des  livres  de  Cassien  sur  l'Incarnation.  L'on  pour- 
roit  croire  que  c'est  l'abrégé  que  fit  S.  Eucher  de  quelques 
Gaan.  vir.  m.  c.  ouvrages  du  même  Auteur.  '  Mais  Baronius  l'entend  parti- 
es. n«.t.  p.  30.      culierement  des  Conférences  de  Cassien,  et  peut-être  devroit- 

on  l'entendre  aussi  de  ses  Institutions. 
Tin.  ibid.  p.  188.       4°.  '  On  attribue  à  Cassien  quelques  autres  ouvrages,  qui 
sont  très-douteux,  pour  ne  pas  dire  supposés.  On  rapporte 
sous  son  nom  un  fragment  d'un  ouvrage  sur  le  moïen  d  étein- 
dre les  passions;  mais  on  juge  que  ce  n'est  point  le  style  de 
Cassien.  Nous  ne  sçavons  ce  que  c'est  que  ce  fragment,  à 
moins  que  ce  ne  soit  une  homélie  gréque  avec  la  traduction 
latine,  sous  le  titre  :  Du  remède  spirituel  du  Moine,  De  spiritali 
medicina  Monachi.  Geofroi  Tilman  Chartreux  nous  l'a  donnée 
sous  le  nom  de  Cassien,  à  la  fin  de  la  version  latine  des  homé- 
mi).  Bai.  t.  2.  p.  lies  de  S.  Jean  Chrisostôme  sur  les  Pseaumcs.  '  Il  paroît  que 
IUI)8-  quelques-uns    attribuent    encore  à  Cassien  une  Confession 

T  héologique,  avec  une  explication  de  la  Messe  à  l'usage  de 
Tii.ibi.i.  Home,'  et  un  livre  du  combat  des  vices  et  des  vertus.  Ces 

ouvrages  ne  sont  point  dans   l'édition  de   Gazet;   et  le  P. 
Guesnay  dit  que  l'on  n'en  soait  point  l'Auteur,  mais  qu'assu- 
rément ils  ne  sont  pas  de  Cassien. 
p.  nr..  5°.  '  On  parle  d'une  règle  de  Cassien  pour  le  gouverné- 

es, inst.  Pr.  p.  ment  des  Monastères.  '  Il  est  certain  par  la  lelre  de  l'Evêque 
1  Castor,  que  Cassien  avoit  établi  une  règle  pour  son  Monas- 

tère, avant  qu'il  écrivît  ses  Institutions.  Mais  on  ne  sçauroit 
dire  précisément  quelle  étoit  cette  règle.  Peut-être  n'étoit- 
ce  que  quelques  règlements  des  Solitaires  d'Egypte,  qu'il 
fit  ensuite  entrer  dans  le  corps  de  ses  Institutions,  lorsqu'à  la 
prière  de  S.  Castor  il  les  rédigea  par  écrit.  Pour  ce  qui  est 
Tin.  ibid.  de  celle  '  que  l'on  dit  s'être  pratiquée  dans  le  Monastère  de 


ABBÉ.  227 


V  SIECLE. 


S.  Arede,  ou  Hirier,  a  la  fin  du  VI  siècle,  et  que  S.  Benoit 
d'Aniane  cite  dans  sa  concorde  des  règles,  les  Scavants 
croient  que  c'étoit  une  règle  tirée  de  divers  endroits  de 
Cassien,  particulièrement  du  4e  livre  de  ses  Institutions,  abrégé 
et  changé  selon  le  besoin,  plutôt  qu'une  règle  faite  exprès  par 
nôtre  Auteur.  Ce  qui  confirme  cette  opinion,  c'est  que  S. 
Benoît  n'auroit  pas  manqué  de  la  faire  entrer  dans  son  code 
des  règles. 

6°.  '  M.  de  Tillemont  n'est  pas  éloigné  de  croire  que  les  i.  *.  p.  s*?,  v*,. 
actes  de  S.  Victor  Martyr  à  Marseille  sur  la  fin  du  III  siéele, 
lesquels  se  trouvent  dans  M.  du  Bosquet  et  dans  le  recueil 
de  Uom  Buinart,  sont  l'ouvrage  de  Cassien.  Mais  outre  que 
les  sentiments  de  l'Auteur  de  ces  actes  sur  la  grâce,  sont  dif- 
férents de  ceux  de  Cassien,  on  n'y  trouve  point  le  même  style 
que  dans  ses  autres  écrits  :  ce  qui  nous  paraît  suffisant  pour 
ne  lui  pas  donner  ces  actes. 

S  III. 

SA  MANIEBE  D'ÉCBIBE. 

'/^vi'ELQt'ES   modernes    prétendent    que    Cassien    a    écrit  tui.  h.  e.  t.  u. 
\j  en  grec;  mais  cela   ne  se   pourrait  soutenir  au   plus  p' ,S7- 
que  pour  les  livres  sur  l'Incarnation,  où  il  parle  à  ceux  de 
Constantinople.  Encore  cela  seroit-il  faux,  à  moins  que  l'on 
ne  supposât  que  le  latin  que  nous  en  avons,  est  une  traduc- 
tion qu'il  aurait  faite  lui-même;  cor  on  y  voit  sensiblement 
toute  sa  manière  d'écrire,  et  d'ailleurs  l'ouvrage  n'a  point  l'air 
d'un  traduction.  Pour  eo  qui  est  de  ces  Conférences,  '  il  dit  cass.  eoB.  i.  pr, 
lui-même  qu'il  les  a  écrites  en  latin.  Le  style  de  ses  Institu-  p'  ~"7' 
tions,  et  les  personnes  pour  qui  elles  sont  dressées,  ne  laissent 
aucun  doute  qu'elles  n'aient  été  écrites  en  la  même  langue. 
Comme  Photius  et  quelques  autres  Grecs  citent  ses  ouvra- 
ges, et  qu'ils  ne  disent  point  qu'ils  étoient  en  latin,  il  y  a  ap- 
parence qu'on  les  a  traduits  en  grec,  peut-être  même  dès  le  VI 
siéele. 

Gesner  témoigne  que  de  son  temps  les  écrits  de  Cassien  flw»'.  mb.  uni.  t. 
se  conservoient  encore  en  grec  dans  les  Bibliothèques  d'Ita-  ,'.P:*5!,'/' 
lie.  Il  ajoute  même  qu'il  en  avoit  lu  en  cette  langue  les  huit 
livres  contre  les  vices,  c'est-à-dire  les  huit  derniers  livres  des 
Institutions  et  neuf  Conférences. 


MMIi      228  CASSIEN, 

V    SIECLE.  ' 

Tin.  ibid.  p.  182.  ^e  sty'e  de  Cassien  est  un  peu  diffus.  On  y  trouve  de  la 

Pbot.  c.  197.  p.  vivacité,  de  là  netteté,  et  une  manière  d'écrire  agréable.  '  Il 
est  très-propre  à  insinuer  les  maximes  qu'il  avance.  Lorsqu'il 
entreprend  de  prouver  quelque  chose,  il  l'établit  par  plu- 
sieurs passages  de  l'Ecriture,  et  par  des  exemples  sensibles, 
Du  Pin,  Bib.  t.  *.  qui  font  voir  comme  des  yeux  ce  qu'il  dit.  '  M.  Du  Pin  con- 
p'  vient  que  Cassien  a  une   grande   facilité   pour  s'énoncer  ; 

mais  il  juge  que  son  style  n'a  rien  de  grand  ni  d'élevé.  Il 
avoue  néanmoins  qu'au  sentiment  de  Photius  son  style  répond 
aux  choses  qu'il  traite  :  ce  qui  est  en  faire  un  grand  éloge. 
Cas»,  va.  p.  47.1.  Nous  avons  déjà  remarqué  après  Simler  '  que  les  livres  sur 
l'Incarnation  sont  écrits  avec  plus  de  pureté  et  de  politesse, 

Sue  les  autres  ouvrages  de  Cassien,  dans  lesquels  il  se  trouve 
es  mots  étrangers  et  nouvellement  fabriqués,  sans  doute  ou 
pour  les  rendre  plus  intelligibles  à  ceux  pour  qui  ils  étoient 
écrits,  ou  pour  exprimer  certaines  choses  touchant  les  Soli- 
taires de  l'Egypte  et  les  autres,  lesquelles  n'avoient  point  en- 
core de  termes  consacrés  dans  la  langue  latine. 
Tiii.  iWd.  p.  188.  '  Cassien  marque  en  divers  endroits  les  différences  en- 
tre le  texte  grec  et  la  vulgate.  Et  quoiqu'il  se  serve  pour  l'an- 
cien Testament  de  la  version  des  Septante,  comme  toute 
l'Eglise  faisoit  alors;  il  marque  néanmoins  quelquefois  ce 
que  porte  l'Hébreu  selon  la  meilleure  version,  c'est-à-dire  se- 
lon celle  de  S.  Jérôme.  Au  reste  on  peut  dire  en  général  que 
nous  avons  peu  d'ouvrages  de  ce  siècle  composés  en  latin, 
qui  soient  mieux  écrits,  et  où  il  y  ait  plus  d'érudition  que 
ceux  de  Cassien. 


A' 


g.  IV. 

EDITIONS  DE  TOUTES  SES  ŒUVRES. 

prés  avoir  marqué   les  éditions  des  ouvrages  de    Cas- 
sien  séparés  les  uns  des  autres,  il  nous  reste  à  donner 
le  dénombrement  de  celles  qu'on  a  faites  de  toutes  ses  œu- 
vres réunies  ensemble.  La  première  que  nous  connoissions, 
Bib.  Lnç-Bat.  P.  '  est  celle  qui  parut  à  Basle  en  1559  avec  les  ouvrages  de 
ceil.'"FF'Pra;a'  S.  Jean  de  Damas  en   un   volume  in-folio,   apparemment 
...s.  vin.  ccn.     comme  les  deux  suivantes,  '  chez  Henri  Pétri,  par  les  soins 
de  Marc  Hopperus.  Ces  œuvres  furent  réimprimées  au  mê- 
me endroit,  en  même  volume,  et  avec  les  mêmes  écrits  de 
S.  Jean  de  Damas,  les  années  de  1569  et  1573.  Il  y  a  ap- 


ABBÉ.  229 

V   SIECLE. 


parence  que  c'est  cette  dernière  édition  que  Cave  a  voulu 
marquer  par  l'année  1575;  car  nous  n'en  trouvons  point 
ailleurs  de  cette  année-là. 

'  Henri  Cuykius,  depuis  Evêque  de  Ruremonde ,  aïant  ....Maj.mon. 
revu  le  texte  de  Cassien  sur  cinq  divers  manuscrits,  en  don- 
na une  autre  édition  avec  des  notes,  qui  fut  faite  à  Anvers 
l'an  1578  en  un  volume  in-8°.  '  File  parut  de  nouveau  à  •  •..  Angei. 
Rome  en  même  volume  les  années  1588  et  1611.  Dans  cel- 
te dernière  édition  les  sept  livres  sur  l'incarnation  ont  été  re- 
vus sur  un  ancien  manuscrit,  ou  plutôt  imprimés  sur  l'édition 
de  ce  Traité  faite  à  Paris  en  15G9,  qui  avoit  été  revûë  de  la 
sorte. 

Dès  1580  Dominique  Baesa  publia  une  nouvelle  édition  umi 
de  toutes  les  œuvres  de  Cassien,  laquelle  fut  donnée  à  Rome 
en  un  volume  in-4°.  Et  ce  qui  doit  paroître  assez  extraordi- 
naire, '  Pierre  Ciaconius  putlia  au  même  endroit  et  la  mê-  Kb.  rtarb.t.  i. 
me  année  en  un  volume  in-8°,  celle  qu'il  avoit  préparée  avec  iil  2' 
des  notes.  Celle-ci  fut  renouvellée  à  Lyon  en  l'année  1606. 
Quelques  Ecrivains  observent  qu'il  en  parut  une  édition  à 
Rome  avec  des  notes  très-suspectes,  vers  la  fin  du  XVI  siècle. 
Mais  ils  n'en  marquent  ni  l'année  ni  la  qualité  du  volume. 
C'est  peut-être  l'édition  qui  fut  faite  au  même  endroit  en 
l'année  1590. 

Dans  la  suite  Alard  Gazet  Religieux  de  l'Abbaïe  de  S. 
Vaast  de  l'Ordre  de  S.  Benoît  à  Arras,  entreprit  de  donner 
une  nouvelle  édition  de  toutes  les  œuvres  de  Cassien.  Il  se 
servit  sur  tout  de  celles  de  Cuykius  et  de  Ciaconius,  comme 
les  plus  exactes,  et  de  la  Paraphrase  que  Denis  le  Chartreux 
avoit  publiée  sur  les  Institutions  et  les  Conférences,  et  revit 
le  texte  de  son  Auteur  sur  divers  autres  imprimés  et  quelques 
manuscrits.  Cette  édition  fut  d'abord  donnée  à  Douay  chez 
Baltazar  Bélier  l'an  1616  en  deux  volumes  in-8°.  Le  premier 
volume  contient  les  Institutions  avec  un  commentaire  et  des 
notes;  '  la  Règle  de  S.  Pacôme;  les  fleurs  de  Cassien,  ou  les  Bib- Mai-  ™°n- 
sentences  les  plus  remarquables  tirées  de  ses  ouvrages,  et  les 
sept  livres  sur  l'Incarnation.  Dans  le  second  volume  se  trou- 
vent les  Conférences  avec  des  commentaires  et  des  notes; 
la  doctrine  catholique  de  Denys  le  Chartreux  substituée  à  la 
13e  Conférence;  l'ouvrage  de  S.  Prosper  contre  Cassien; 
quelques-unes  des  notes  de  Cuykius  et  de  Ciaconius;  et  les 
slatuts  de  deux  Chapitres  généraux  de  l'Ordre  de  S.  Benoit. 


V  SIECLE. 

Ilib.  S.  Vin.  Ccn. 


230  CASSIEN,    ABBÉ. 

Après  la  mort  de  Gazet,  Jean-Baptiste  et  Guillaume  Bi- 
verius  Imprimeurs  à  Arras,  redonnèrent  son  édition  l'an 
1028,avec  les  notes  considérablement  augmentées,  en  trois 
tomes  in-folio,  qui  ne  sont  qu'un  assez  gros  volume.  La  mê- 
me édition  parut  encore  de  nouveau  en  même  volume  l'an 

....Bari..  i.  i.  p.  1(142  à  Paris  chez  Laurent  Collereau ,  '  et  à  Lyon.  Cette 
dernière  a  pour  titre,  J.  Cassiani '  C.ollationcs  Patrum,  ejusdem 
vita  et  opéra  quœscripsit  :  litre  différent  de  celui  de  l'édition 
d'Arras,  etquiferoit  douler  si  celle  de  Lyon  auroit  été  faite 
sur  l'autre.  Nous  ne  sçavons  sur  quel  fondement  s'est  appuie 

i-ns.  r.ih.  Ph.  p.  '  Frisius,  pour  marquer  une  édition  des  œuvres  de  Cassien  en 
grec  et  en  latin  faite  à  Basle.  Comme  les  premières  éditions 
de  cet  Auteur  ont  paru  à  Basic  avec  S.  Jean  de  Damas  qui 
est  grec  et  latin,  n'auroit-il  point  crû,  sans  l'examiner,  que 
Cassien  étoit  aussi  en  ces  deux  Langues?  (VI.) 


ANONYME, 

Auteur  df.s  Actes  oe  S.  Victor,  Martyr  a  Marseii.ee. 

Trois  Auteurs  différents  ont  écrit  en  divers  siècles 
l'histoire    du    martyre    de    S.    Victor,  '  qui  souffrit  à 

''•  "m-  Marseille  vers  la  fin  du  III  siècle  de  l'Eglise,  ou  au  com- 

mencement du  IV.  L'un  de  ces  Ecrivains  l'a  fait  au  siècle  sui- 
vant comme  il  paroit;  et  c'est  uniquement  de  celui-là  que 
nous  entreprenons  de  parler  ici,  le  second  n'aïant  écrit  au 
plutôt  qu'au  IX  sioele,  et  le  troisième  peut  être  encore  plus 

Tin.  h.  e.  t.  t.  tard.   D'abord  il  est  visible  et  '  par  le   style   qui    est  trop 

l>"  ï5*'  poli  et  trop  éloquent,  et  par  les  harangues  qui  sont  trop  lon- 

gues et  trop  ajustées,  que  ces  premiers  actes  ne  sont  point 
originaux,  et  qu'ils  ont  été  composés  à  loisir  et  avec  étude. 

An.  «an.  n.  n.  '  La  fin  marque  même  que  c'étoit  assez  long-temps  après  le 

p.  308.  martyre  du  Saint,  lorsque  son  tombeau  étoit  déjà    devenu 

célèbre  par  une  longue  suite  de  miracles. 

•nu.  ibid.  p.  5»o.  '  Mais  ces  actes  ne  laissent  pas,  au  jugement  des  Sçavants,  de 
mériter  nôtre  respect  et  nôtre  créance,  au  moins  pour  le  fond 
des  choses  qu'ils  contiennent.  En  effet  ils  sont  écrits  avec  une 

p.  755.  pieté,  une  gravité,  une  éloquence,  une  érudition     digne  des 


ACTES  DE  S.  VICTOR,  MARTYR.  231 


V    SIECLE. 


grands  hommes  qui  ileurissoient  dans  les  Gaules  au  coramen- 
cernent  du  V  siècle,  et  telle  qu'on  l'y  voyoit  avant  la  décaden- 
ce des  letres ,  que  nous  avons  marqué  y  être  arrivée  après  le 
milieu  de  ce  même  siècle.  De  sorte  qu'on  pourroit  les  mettre 
au  rang  de  ceux  de  S.  Maurice  par  S.  Eucher ,  et  que  l'on  ne 
doit  pas  mépriser  quelques  faits  extraordinaires  que  l'on  y 
rencontre. 

'Comme  Cassien  a  été  Abbé  du  Monastère,  où  l'on  con-  i>.  5*9. 
servoit  les  reliques  de  S.  Victor ,  il  y  auroit  lieu  de  croire  que 
ces  acles  sont  de  lui ,  '  d'autant  plus  que  leur  Auteur  connois-  Aci.  Mart.  n.  î. 
soit  fort  bien  Marseille.  L'Eloge  magnifique  qu'il  fait  de  cette  30s.1'' 
ville  dès  le  commencement  de  son  ouvrage ,  et  quelques  au- 
tres circonstances  ne  laissent  presque  aucun  sujet  de  douter , 
ou  qu'il  n'en  fût  natif,  ou  qu'il  n'y  eût  fait  sa  résidence.  Ce 
qui  pourroit  empêcher  de  les  attribuer  à  Cassien  ,  '  c'est  que  tm.  m<i.  p.  155. 
la  grâce  qu'il  aimoit  ou  connoissoit  peu ,  est  assez  autorisée 
dans  ces  actes  :  quoiqu'il  puisse  arriver  que  ceux  mêmes  qui 
rejettent  quelques  parties  d'une  vérité ,  se  fassent  honneur 
d'établir  celles  qu'ils  reçoivent. 

Après  tout  néanmoins  on  aura  de  la  peine  à  se  persuader , 
que  Cassien  dans  les  sentiments  où  il  étoit  au  sujet  de  la  grâ- 
ce ,  eût  pris  d'un  endroit  assez  éloigné  occasion  de  parler  en 
faveur   de  cette  même  grâce  ,  comme  fait  l'Auteur  de  ces 
actes.'  Quo  facto,  dit  celui-ci  en  parlant  de  S.  Victor  dans  la  Act.  Mart.  n.  10. 
plus  grande  violence  de  ses  tourments,  cum  diutius  acerrime  v'  ' 
torqueretur ,  attollens  in  cœlum  lumina ,  piam  tolerantiam  à 
misericordissimo pâtre  Deo,  cujus  id  esse  donum  noverat,  pre- 
cabatur.  Assurément  ce  trait  de  doctrine  ne  convient  pas  à  celle 
de  Cassien,' qui  enseigne  que  l'homme  peut  de  soi-même  résister  cass.  mu.  13.  c. 
à  la  tentation  ;  que  le  bien  que  nous  faisons,  ne  dépend  pas  lia.  o*]8^'.  G08~ 
moins  de  nôtre  libre  arbitre  que  de  la  grâce  de  J.  C.  et  d'ail- 
leurs nous  ne  découvrons  point  son  style  dans  ces  actes.  Le 
style  de  Cassien  est  plus  coupé ,  plus  rempli  d'antithèses,  au 
moins  dans  son  ouvrage  sur  l'Incarnation  ,  moins  élevé ,  et 
moins  énergique.  Il  semble  donc  qu'il  n'en  faut  pas  davan- 
tage pour  croire  que  ces  actes  ne  sont  point  de  lui  ;  quoique 
leur  Auteur  ,  qui  nous  est  d'ailleurs  inconnu ,  ait  vécu  de  son 
temps  et  dans  le  même  pais.  On  peut  faire  à  peu  près  le  mê- 
me raisonnement  à  l'égard  de  S.  Honorât'  de  Marseille  ,  à  Bon-  m.  Jui.  p. 
qui  l'on  attribue  aussi  ces  mêmes  actes.  On  y  pourroit  bien  '**' n'19' 
reconnoître  sa  doctrine  ;  mais  on  n'y  apperçoit  point  sa  ma- 


V 

SIECLE. 

Bosq 
137. 

.  1.  2 

.  p.  127- 

Act. 
308. 

Mar. 

p.  299- 

232  ACTES  DE  S.  VICTOR. 

niere  d'écrire,  qui  est  plus  claire,  moins  diffuse  et  moins  fleurie. 
'  M.  Bosquet  est  le  premier  qui  nous  a  donné  ces  actes  de 
S.  Victor,  pour  prouver  quelques-uns  des  faits  qu'il  avance 
dans  le  4B  livre  de  son  Histoire  Ecclésiastique  des  Gaules. 
'  Après  lui  Dom  Ruinart  les  ayant  révûs  sur  divers  manuscrits, 
les  a  insérés  dans  son  recueil  des  actes  sincères  et  choisis  des 
Martyrs.  On  les  trouve  aussi  dans  les  Paralipomenes  de  M. 
Colomiez  à  la  Bibliothèque  de  Guillaume  Cave.  M.  de  Til- 
lemont  en  a  donné  un  traduction  exacte  en  nôtre  langue  avec 
ses  remarques ,  au  4e  tome  de  ses  Mémoires  pour  l'Histoire  de 
l'Eglise. 

Bon.  21.  m.  p.  '  Depuis  ces  différentes  éditions,  les  Continuateurs  de  Bol- 
landus  ont  réimprimé  les  mêmes  actes  au  21e  jour  de  Juillet , 
tant  sur  les  exemplaires  déjà  imprimés,  que  sur  un  manuscrit 

p.  us.  s.  143.  i.  que  leur  avoit  envoie  le  P.  Chifflet.  '  A  la  tête  de  ces  actes 
ils  en  ont  publié  d'autres  très-courts ,  sur  un  manuscrit  qui 
leur  est  venu  d'Utrecht.  Ils  doutent  si  ceux-ci  ne  seroient  pas 
les  actes  originaux ,  dont  les  autres  ne  seroient  qu'un  commen- 
taire. Mais  il  y  a  toute  apparence  qu'ils  ne  sont  qu'un  abré- 
gé des  plus  longs,  fait  pour  l'usage  de  quelque  Eglise,  afin 
de  s'en  servir  dans  l'office  du  Saint ,  à  quoi  les  autres  ne  pa- 
raissent pas  propres  pour  leur  prolixité. 


CONCILE  DE  RIES. 

conc.  t.  3  p.  1285.  '  j  E  sujet  de  la  convocation  de  ce  Concile  fut  pour  reme- 
Ju  dier  aux  désordres  de  l'Eglise  d'Embrun.  '  Quoique 
cette  ville  fût  dès  lors  selon  le  civil ,  métropolitaine  de  la  pro- 
vince des  Alpes  Maritimes ,  elle  ne  jouissoit  point  encore  du 

p.  us».  i28G.  droit  de  métropole  dans  l'Etat  Ecclésiastique.  '  C'est  ce  que  le 
Concile  témoigne  bien  clairement ,  la  déclarant  soumise  à 
un  Métropolitain.  S'étant  trouvée  sans  Evêque,  des  factieux, 
y  firent  élire  contre  les  Canons  un  jeune  homme  nommé  Ar- 
mentaire  ,  qui  fut  aussi  irrégulièrement  ordonné ,  qu'il  avoit 
été  élu.  Deux  Evêques  seulement  se  trouvèrent  à  son  ordi- 
nation ,  et  ne  demandèrent  point  ni  que  le  Métropolitain  y 
consentît ,  ni  que  les  autres  Evêques  de  la  province  les  au- 

p  ««s-  torisassent.  '  Il  est  vrai   que  dès  le  jour  même  qu'ils  eurent 

fait  cette  faute ,  ils  s'en  repentirent ,  et  en  demandèrent  plu- 
sieurs 


CONCILE  DE  RIES. 


233 


sieurs  fois  pardon  ;  s'excusant  sur  l'espèce  de  violence  qu'on 
leur  avoit  faite ,  et  sur  ce  qu'ils  ignoroient  les  Canons.  Le 
sujet  de  cette  excuse  n'étoil  pas  pardonnable  ;  mais  il  nelais- 
soit  pas  de  rendre  leur  faute  moins  grieve,  que  s'ils  avoient 
violé  des  règles  qu'ils  auroient  connues.  '  Armentaire  de  son 
côté  reconnut  même  par  écrit ,  que  son  ordination  étoit  nulle 
et  illégitime.  Il  ne  laissa  pas  cependant  d'ordonner  quelques 
personnes ,  entre  lesquelles  on  prétendoit  qu'il  y  avoit  même 
des  excommuniés. 

•  Ce  fut  donc  sur  cette  affaire  que  le  Concile  s'assembla 
dans  la  ville  de  Ries ,  '  le  troisième  jour  des  Kalendes  de  Dé- 
cembre, sous  le  Consulat  de  Théodose  le  jeune  pour  la  17e 
fois ,  et  de  Festus  ,  c'est-à-dire  le  29e  jour  de  Novembre 
439.  '  Les  Evêques  qui  s'y  trouvèrent ,  étoient  de  cette  par- 
tie de  la  Viennoise  la  plus  proche  d'Arles  :  ce  qui  doit  s'en- 
tendre de  la  seconde  Narbonoise ,  et  des  Alpes  maritimes , 
sur  lesquelles  les  Evêques  d'Arles  étendoient  alors  leur  ju- 
risdiction.  '  S.  Hilaire  d'Arles  y  présida  à  la  tête  de  onze  à 
douze  autres  Prélats  :  Jules,  ou  plutôt  Julien  de  Cavaillon , 
Arcade  de  Vence,  Auspice  de  Vaison,  S.  Valerien  de  Ce- 
melle  et  de  Nice ,  Nectaire  de  Digne ,  Théodore  de  Fréjus, 
S.  Maxime  de  Ries.  On  ignore  les  Sièges  des  quatre  suivants , 
Audence ,  Séverien  ,  Sévère ,  et  Claude  ;  Constantin  ou  Cons- 
tantien ,  qui  peut  être  Evêque  de  Die ,  ou  de  Gap ,  ne  pou- 
vant y  assister  en  personne  ,  y  députa  un  de  ses  Prêtres  nom- 
mé Vincent ,  dont  nous  aurons  occasion  de  parler  dans  la 
suite.  '  Tous  les  Evêques  furent  touchés  et  du  trouble  que 
souffroit  l'Eglise  d'Embrun ,  et  du  malheur  de  ceux  qui  l'a- 
voient  causé.  Ils  se  réunirent  dans  le  dessein  ,  non  de  punir 
les  fautes  qui  avoient  été  faites ,  mais  d'y  remédier  plutôt  par 
une  charitable  condescendance  ,  que  par  une  juste  sévérité. 

'  Les  règlements  de  ce  Concile  sont  compris  en  huit  Ca- 
nons ,  que  nous  avons  encore  avec  une  petite  préface  qui  se 
lit  à  la  tête ,  et  les  souscriptions  des  Evêques  qui  assistèrent  à 
ce  Concile. 

'  Le  8e  Canon  que  M.  Raluze  a  recouvré ,  manque  dans  un 
exemplaire  manuscrit  de  la  collection  d'Isidore.  Mais  au  lieu 
de  ce  Canon  il  y  en  a  deux  autres ,  dont  le  premier  ordonne 
l'excommunication  ,  et  même  l'exil  pour  ceux  qui  voudroient 
troubler  l'ordre  des  Canons ,  et  exciter  des  séditions  contre 
l'Eglise  et  ses  Pontifes  ;  leur  accordant  néanmoins  la  com- 

Tome  IL  G  g 


V   SIECLE. 


p.  1286. 


p.   1385* 
p.  1289. 


p.  1493. 


p.  1288.  1289. 
1493  |  Till.  H.  E. 
t.  15.  p.  65. 


Conc.  t.  3.  p.  1285. 


p.  1285-1289  |  G. 
t.  1.  p.  65-69  |  R. 
t.  7.  p.  40-49. 


Bal.  conc.  p.  947. , 


p.  948. 


V   SIECLE. 


234  1  CONCILE 


munion  après  la  pénitence ,  mais  les  excluant  du  Clergé.  Le 
second  porte  qu'il  suffit  de  tenir  par  an  deux  Conciles  pro- 

p.  9».  vinciaux  ,  '  auxquels  les  Prêtres ,  les  Diacres  ,  les  Juges  ,  les 

Corps  de  ville ,  qu'il  nomme  Curiales ,  et  les  particuliers  se- 
ront obligés  d'assister. 

Tiii.  ibid.  p.  843.  Ces  deux  Canons  paroissent  fort  suspects  aux  Sçavants  ;  '  et 
M.  Baluzene  veut  point  assurer  qu'ils  soient  véritablement  du 
Concile  de  Ries.  Le  style  tout-à-fait  barbare  du  premier  con- 
vient mieux  au  VIII  siècle  qu'au  V,  où  l'on  ne  voit  point 
que  lesEvêques  s'attribuassent  l'autorité  de  bannir  personne. 
Pour  le  second  Canon  ,  il  est  visible  par  le  8e  de  Ries ,  et  par 
d'autres  du  même  temps,  que  l'on  se  tenoit  trop  heureux  par- 
mi les  troubles  qui  regnoient  alors ,  de  tenir  par  an  un  Concile 
provincial ,  où  il  ne  paroît  pas  que  les  Juges  et  les  particu- 
liers fussent  obligés  d'être  présents.  D'ailleurs  comme  ce  se- 
cond Canon  règle  les  devoirs  des  Métropolitains,  il  semble 
être  d'un  Concile  national,  au  lieu  que  celui  de  Ries  paroi! 
n'avoir  été  composé  que  des  Evoque*,  qui  reconnoissoient 
Arles  pour  leur  Métropole. 


I  CONCILE  D'ORANGE. 

conc.   i.    s.  p.  '  fi?-  Concile  prend  quelquefois  le  nom  de    l'Eglise   dans 
i«3.  i*93.  \J  laquelle  il  fut  assemblé  au  Diocèse;  d'Orange,  et  qui  se 

nommoit  Justinienne  ,  ou  Juslienne.  Mais  il  est  beaucoup 
plus  connu  sous  le  nom  de  Concile  d'Orange.  Il  est  ainsi 
nommé,  non  pour  s'être  tenu,  comme  le  second  au  siècle 
suivant ,  dans  la  viJle  d'Orange,  nuis  seulement  dans  le  dio- 
p.  U53.  cèse.  '  Son  inscription ,  qui  est  uniforme  dans  tous  les  anciens 

P.  H43.  manuscrits ,  '  marque  le  jour  de  sa  célébration  au  C  des  ides 

de  Novembre  ,  sous  le  Consulat  de  Cyrus ,  qui  étoit  seul  Con- 
sul celte  année-là,  que  l'on  comptoit  pour  la  17e del'Em-, 
pire  de  Valentinien  III,  et  la  seconde  du  Pontificat  de  S. 
Léon  I,  c'est-à-dire  le  8e  jour  de  Novembre  l'an  de  J.  C. 
Tiii.  h.  e.  i.  i3.  441 ,  deux  ans  après  celui  de  Hiès.  '  Il  ne  paroît  point  d'oc- 
p-68-  casion  particulière  de  sa  convocation.  Ainsi  on  peut  le  regar- 

der comme  une  suite  de  la  résolution  prise  dans  celui  de  Ries , 
d'en  tenir  un  tous  les  ans. 
conc.  p.  usa.  '  Il  s'y  trouva  seize  Evêqucs  et  le  député  d'un  dix-septiéme  , 


D'OBANGTE.  23S      V    «u' 


à  la  tête  desquels  étoitS.  Hilaire  d'Arles,  qui  y  présida.  Les 
autres  dont  on  connoîl  les  Sièges,  '  sont  Constantin  de  Die,  p.  i«2 1  m  ibid. 
ou  de  Gap ,  selon  le  P.  Sirmond ,  Jules,  ou  Julien  de  Cavail- 
lon  ,  Auspice   de  Vaison ,  Théodore  de  Fréjus ,  S.  Maxime 
de  Hiès ,  S.  Eucher  de  Lyon  ,  qui  s'y  trouva  par  '  occasion , 
n'étant  pas  de  la  Province,  comme  il  le  marque  lui-même 
dans  sa  signature  :  Nectaire  de  Digne,  Ingenuus  d'Embrun , 
Cérece  nommé  dans  les  letres  do  S.  Léon ,  mais  dont  on 
ignore  le  Siège ,  et  S.  Salone  de  Genève,  fds  de  S.  Eucher.  On 
ne  sçait  point  non  plus  de  quelles  Eglises  étoient  Evêques 
les  suivants.  '  Claude,   Audence,   Agreste,    Juste,  Augustal,  Ccnc.  p.  1452. 
et  un  autre  Claude ,  au  nom  duquel  Superventor  assista  au 
Concile ,  et  le  souscrivit.  La  plupart  de  ces  prélats  avoient 
déjà  assisté  à  celui  de  Hiès ,  comme  nous  avons  vu.  Ils  dres- 
sèrent 30  Canons ,  qui  contiennent  des  règlements  impor- 
tants pour  la  discipline  de  l'Eglise.  '  On  les    trouve    dans  conc.  1.  3.    P. 
les  divers   recueils   généraux    des    Conciles,    aux    endroits  j.  p"  -,tri\  à.t! 
que  nous  marquons  à  la  marge.  Il  y  a  vingt  de  ces  Canons  7.  p.  272-284. 
qui  furent  réitérés  et  confirmés  dans  le  III  Concile  d'Arles 
tenu  en  443. 

Le  second  Canon  de  ce  Concile  d'Orange  a  été  le  sujet  Pon7c,  o'  p 3  k  A'' 
d'une  célèbre  contestation  entre  lVlrus  Aurelius  et  le  P.  Sir-  t.  4.  p.  aV"' 
mond,àcause  d'une  particule  négative  omise  dans  quelques 
anciennes  éditions,  mais  qui  se  trouve  dans  les  manuscrits  , 
et  que  le  sens  du  Canon  demande  naturellement. 

Le  3e  Canon  souffre  aussi  quelque  difficulté  par  rapport  à 
la  première  partie ,  où  il  est  parlé  de  la  communion  accor- 
dée aux  moribonds  ;  et  les  Sçavants  ne  s'accordent  point  à 


1.  Il  paroil  étrange  à  quelques   Scavanls  île  Home,  avoilété  bâti  pour  servir  d'asyle 
île   voir   S.    Eucher  assister   à  ce  Concile  a  ceux  que  les  Allobroges   cliasscroienl   de 
d'Orange,  et    encore   plus   de   sçavoir   que  Vienne,  il  n'y  a  pas  lieu  de  douter  qu'il  ne 
S    Hilaiie  d'Arles  présida  au  Concile  de  lie-  fût  de  la  même  province.   On  croit  même 
sancon,  dont  on  parlera  dans  la  suite,  l'our  que  cela  dura  long-temps,  et  que  c'est  pour 
lever   ces   diflicultés    quelques-uns     disent  celle  raison  que  S.  Eucher  assista  au  1  Con- 
que Lyon  cl  sans  douta  aussi  Itcsançon  fai-  cile    d'Orange.    Mais  en   raisonnant  de  la 
suienl encore  alors  partie  de  la  province  en-  sorte  un  n'a  pas  fait  attention,  'que  S.  Eu-    Cyp.  not.  p.    487. 
liere  de  Nurboiic.  Ils  citent  à  cel  effet  '  Ain-  cher    déclare    lui-môme  en  souscrivant  ce    Amm      1      \v 
mien  Warcellin,  qui  assure  qu'en  son  lents  Concile,  qu'il  n'était  pas  de  la    province.    ,^  '  P' 
la  Naibonoise  comprenoit  Lyon  et  Vienne.  Ainsi  la  difficulté  demeure  dans  tout  son  en- 
lliijibiiiilur  mtlrvi  G  allia  uvwet,  dit  cet  lier;  et  il  n'y  a  gueres  moïen  de  la  lever 
Historien,   poteslnle  in  parles  iivita  qua-  autrement  que   de  dire,  que  ce  fut  par  oc- 
liwr,  i/iiiiiu»»  Nmbonrmis  «nu  Vienne*-  casion  que  ce  S.  Prélat  se  trouva  à  ce  Con- 
tem  mura  se  continebat  el  Luydunenscm.  cile. 
'  Or  comme  Lyon  suivant  l'ordre  du  Sénat                                                                             Cône,  Ibid. 


G  g  g  i  j 


236  I    CONCILE 

V    SIECLE. 

cônë~ib — ûô*  l 'expliquer.  '  Le  P.  Sirmond  prétend  qu'il  s'agit  de  la  com- 
munion Eucharistique ,  expliquant  cet  endroit  par  le  1 3e  Ca- 
non de  Nicée ,  qui  veut  que  l'on  donne  le  viatique  aux  mo- 

p.  i*55.  ribonds  qui  se  sont  soumis  à  la  pénitence.  '  M.  de  l'Aubespine 

au  contraire  soutient  que  le  Concile  ne  parle  que  de  la  com- 
munion aux  suffrages  de  l'Eglise  ,  et  que  c'est  ce  que  les  Pères 
ont  nommé  Viatique.  Il  faut  avouer  que  cette  explication  est 
plus  conforme  au  sens  du  Canon  que  la  précédente ,  comme 
le  font  assez  voir  les  termes  de  sufficit,  de  congruenter ,  et  l'oppo- 
sition que  fait  le  Concile  de  cette  communion  accordée  aux 
moribonds ,  à  la  communion  légitime  que  l'on  accordoit  à 
ceux  que  l'on  reconcilioit  par  l'imposition  des  mains.  D'ail- 
leurs quel  moïen  de  croire  que  l'on  accordât  à  ces  moribonds 
la  communion  Eucharistique ,  qui  est  la  plus  grande  recon- 
ciliation qu'ait  l'Eglise  ,  et  qu'on  leur  refusât  la  réconciliation 
par  l'imposition  des  mains,  qui  n'étoit  qu'une  préparation 
pour  participer  à  la  Communion  Eucharistique?  De  sorte  que 

p.  i*57 1 1.  ♦.  p.  ce  Canon  est  presque  le  même  '  que  le  second  du  premier 

'0'2  Concile  de  Vaison,  et  le  douzième  du  III  Concile  d'Arles, 

qui  ordonnent  de  recevoir  l'oblation  que  l'on  fera  pour  ceux 
qui  meurent  dans  la  pénitence ,  afin  que  nul  d'entr'eux  ne 
soit  privé  de  la  communion.  ■ 

p.  1450.  Jusqu'ici  le  17e  Canon  a  paru  extrêmement  obscur.  '  Il  por- 

te qu'il  faut  offrir  le  calice  avec  le  ciboire ,  et  le  consacrer  en 

Herm.  Conc.  t.  i.  y  mêlant  l'Eucharistie.  '  Quelques  Interprètes  ont  cru  quece- 

c.  164. p. 48i.  |a  signifîe  qUe  quand  on  veut  consacrer  un  calice  ou  un  ci- 
boire ,  il  faut  célébrer  l'Eucharistie  dans  ces  vases.  Mais  ce 
n'est  point-là  le  vrai  sens  de  ce  Canon.  La  petite  explication 
de  la  Liturgie  Gallicane  publiée  depuis  peu  ,  jointe  à  un  en- 
droit du  85e  chapitre  du  livre  de  la  Gloire  des  Martyrs  par  S. 
Grégoire  de  Tours ,  nous  fait  entendre  à  merveille  ce  que  les 

M»rt.  th.  AnecJ.  Pères  du  Concile  ont  voulu  dire  par  là.  '  Il  y  est  marqué 

t.  s.  p.  95 1  iiot.  qU'aux  messes  solennelles  avant  la  consécration  ,  le  Diacre 
portoit  à  l'Autel  dans  un  vase  ordinairement  en  forme  de. 
tour,  l'Eucharistie  consacrée  un  ou  plusieurs  jours  auparavant, 

p.  87.  et  que  l'on  offroit  ainsi  le  nouveau  sacrifice.  '  De  sorte  qu'or- 

donner,  comme  fait  ce  17e  Canon  ,  d'offrir  le  calice  avec  le 
ciboire ,  et  le  consacrer  en  y  mêlant  l'Eucharistie ,  n'est  autre 
chose  qu'enjoindre  de  porter  à  l'Autel ,  avant  qu'on  en  vien- 
ne à  la  consécration  qui  se  fait  à  la  messe ,  le  ciboire  où  repose 
le  corps  deJ.  C.  afin  d'offrir  les  SS.  mystères  en  sa  présen- 


D'ORANGE.  237 


V    SIECLE. 


ce.  Peut-être  aussi  mêloit-on  les  anciennes  espèces  consacrées 
avec  celles  que  l'on  consacroit  de  nouveau.  Les  termes  dont 
se  sert  le  Concile,  semblent  le  dire. 

'  Dans  le  29e.  Canon  les  Pères  dii  Concile  confirment  les  conc.    ibid. 
règlements  qu'ils  viennent  de  dresser,  et  déclarent  qu'ils  doi-  14M" 
vent  être  suivis  par  eux  et  par  leurs  confrères.  Ils  y  blâment 
ceux,  qui  au  mépris  des  Canons  qui  prescrivent  deux  Conciles 
par  an ,  négligent  de  s'y  trouver,  ou  d'y  envoïer  des  députés 
de  leur  part.  Afin  d'ôter  tout  prétexte  d'excuse,  et  qu'il  ne  fût 

fias  besoin  d'y  inviter,  ils  convinrent  que  nul  Concile  dans 
a  suite  ne  se  sépareroit,  sans  avoir  indiqué  celui  qui  devoit 
se  tenir  après.  En  conséquence  de  ce  décret,  ils  indiquent 
le  Concile  de  l'année  suivante  au  18*  jour  d'Octobre  à  Lu- 
ciene  dans  le  même  Diocèse  d'Orange.  Il  paroît  que  ce  Con- 
cile fut  ensuite  transféré  ailleurs  pour  quelque  raison  que  nous 
nesçavonspas,  et  que  c'est  le  même  que  celui  qui  se  tinta 
Vaison  au  mois  de  novembre  442,  comme  nous  allons  voir. 
Ce  29e  Canon  d'Orange  nous  apprend  quelques  autres  parti- 
cularités remarquables  pour  l'histoire  des  Conciles.  Chacun 
des  Evêques  qui  assistèrent,  emporta  avec  lui  un  exemplaire 
des  actes  de  l'Assemblée,  et  S.  Hilaire  d'Arles,  en  qualité  de 
président,  se  chargea  d'en  envoïer  autant  aux  Evêques  ab- 
sents. Comme  le  jour  auquel  se  devoit  assembler  le  Concile 
prochain,  y  étoit  marqué,  ces  exemplaires  servoient  d'aver- 
tissement aux  Evêques  pour  s'y  trouver,  et  suppléoient  aux 
letres  circulaires  que  les  Métropolitains  étoient  obligés  d'é- 
crire pour  en  donner  avis. 

'  On  ajoute  à  ces  30  Canons  quelques  autres  décrets  cités  p.  *«2. 1*53. 
par  Gratien  et  par  d'autres.  Ils  regardent  la  manière  et  la 
forme  d'excommunier,  et  de  reconcilier  ceux  qui  sont  dans 
l'excommunication ,  et  contiennent  trois  oraisons  à  cet 
usage.  Mais  il  ne  paroît  pas  que  ces  décrets  fassent  aucune 
autorité. 


I  CONCILE  DE  VAISON. 

Nous  venons  de  voir  '  que  le  Concile  d'Orange  avoit  conc.  t.   3. 
arrêté,  que  l'on  tiendroit  celui  de  l'année  suivante  au  MM' 
18e  jour  d'octobre  dans  un  lieu  nommé  Luciene,  au  même 

1    8 


V    SIECLE. 


238  I   CONCILE 


Diocèse.  Apparemment  quelques  raisons  en   retardèrent  la 

P.  i*56.  convocation,  et  en  firent  changer  le  lieu.  '  Caril  s'assembla 

dans  la  ville  de  Vaison  au  pais  des  anciens  Vocontiens  au- 
jourd'hui le  Comtat  Venessin,  chez  Auspice  Evêque  de  l'E- 
glise Catholique,  le  1 31'  jour  de  Novembre,  sous  le  consulat 
de  Dioscore,  la  18e  année  de  l'Empire  de  Valentinien  III,  la 

P.  1459. 1499.  troisième  du  Pontificat  de  S.  Léon  I,  et  de  J.  C.  442.  '  C'est  le 
premier  des  deux  seuls  Conciles  qui  se  soient  tenus  à  Vaison, 
quoique  quelques-uns  en  comptent  trois  sans  nul  fondement. 
11  ne  faut  point  chercher  d'autre  sujet  de  sa  convocation,  que 
le  décret  formé  dans  plusieurs  Conciles  d'en  assembler  tous  les 
ans  un,  ou  deux  même,  si  les  temps  le  pouvoient  permettre. 

p.  use-us»  i  g.         H  nous  reste  de  ce  Concile  neuf  à  dix  Canons,  dont  quel- 

î'  V  f'«*SiR'  9ues_uns  furent  adoptés  et  confirmés  par  le  III  Concile  d'Arles 
en  443.  Nous  disons  neuf  à  dix,  parce  que  plusieurs  manuscrits 
joignent  le  dixième  au  précèdent,  comme  en  faisant  partie. 
Ces  Canons  se  trouvent  sans  nulle  souscription,  ni  autre  chose 
qui  puisse  nous  faire  connoître  les  Evêques  qui  composèrent 

p.  1459.  ce  Concile    '  On  ne  convient  pas  même  de  leur  nombre. 

Quelques-uns  en  comptent  jusqu'à  dix-huit,  d'autres  seule- 
ment quinze.  Le  plus  certain  est  que  l'on  n'en  sçait  rien,  et 

p.  1450.  que  de  tous  ceux  qui  y  assistèrent,  on  ne  connoît  '  que  le  seul 

Evêque  de  Vaison  nommé  Auspice,  comme  nous  avons  dit. 

Ado,  an.  337.  '  Adon  Evêque  de  Vienne  écrit  que  Nectaire  l'un  de  ses  pré- 

décesseurs présida  à  ce  Concile,  et  y  enseigna  publiquement 
que  le  Père,  le  Fils  et  le  S.  Esprit  n'ont  qu'une  nature,  une 

conc.  p.  1499.  puissance,  une  divinité,  une  vertu.  '  Mais  outre  que  la  Chro- 
nique d'Adon  mérite  peu  de  créance  par  rapport  aux  temps 

Tiii.  h.  e.  t.  is.  si  éloignés  de  lui,  '  il  est  difficile  de  croire  qu'un  Evêque  de 

p  69  Vienne  se  soit  trouvé  à  un  Concile  tenu  assurément  par  l' Evê- 

que d'Arles.  Au  moins  il  est  hors  de  doute  qu'il  n'y  étoit  pas 
le  premier  ;  et  il  est  à  présumer  que  S.  Hilaire,  qui  avoit  déjà 
présidé  aux  Conciles  de  Ries  et  d'Orange,  y  occupa  cette 
place,  si  la  maladie,  ou  quelqu'autre  raison  ne  l'empêcha  pas 
d'y  assister. 

conc.  1458.  '  On  voit  dans  les  Canons  de  ce  Concile  des  preuves  du 

soin  qu'eurent  les  Evêques,  qui  le  composoient,  de  consulter 
les  écrits  des  anciens  Pères  pour  y  découvrir  la  tradition  de 
l'Eglise.  Ils  y  citent  un  assez  long  passage  de  la  première  letre 

p.  U57. 1499.  de  S.  Clément  Pape.  '  Leur  premier  règlement  est  pour  dis- 
penser nos  Evêques  des  Gaules  de  l'obligation,  où  étoitnt 


DE  VAISON.  239 

les  Evoques  par  les  Canons  attribués  au  Apôtres,  et  par  les 
Conciles  d'Elvire  et  le  III  de  Carthage,  de  se  munir  de  le- 
tres  formées,  lorsqu'ils  dévoient  voïager  d'une  province  en 
une  autre. 


V    SIECLE. 


N 


III    CONCILE    D'ARLES. 

ous   qualifions  ce   Concile  le  III  d'Arles,  '  quoiqu'on  Conc.  t    4.    p. 

ne  le  nomme  communément  que  le  second.  C'est  que  1010' 
l'on  ne  compte  pas,  comme  nous  avons  compté  celui  qui  se 
tint  dans  la  même  ville  en  353,  et  qui  étoit  plutôt  un  Conci- 
liabule qu'un  vrai  Concile.  On  ne  convient  pas  de  l'année 
en  laquelle  s'est  tenu  celui  qui  fait  le  sujet  de  cet  article. 
'  Quelques-uns  le  reculent  jusqu'à  l'an  451  ou  même  452,  en  Lab.  conc.  syn. 
le  confondant  avec  l'Assemblée  des  44  Evêques  des  Gaules,  p-43-301- 
qui  approuvèrent  la  letre  célèbre  dp  S.  Léon  à  Flavien.  '  D'au-  l™,  diss.  s.  p. 
très  au  contraire  le  placent  dès  443.   Nous  ne  voïons  rien  f58^.^"^.  au 
qui  puisse  empêcher  de  suivre  cette  opinion.  Il  y  a  même  une 
forte  raison  pour  le  faire,  et  pour  distinguer  par  conséquent 
ce  Concile  de  l'Assemblée  de  451.  '  C'est  que  la  vie  de  S.  Uo,  t.  i.P.  7*3. 
Hilaire  d'Arles  parlant  de  Quelidoine  déposé  en  444,  parce  c" 16- 

au'il  avoit  épousé  une  veuve,  dit  que  c'étoit  dès  lors  une  chose 
éfenduë  par  les  Canons.  '  Or  le  Concile  d'Arles  dont  nous  Conc.    t.  *.  P. 
parlons,  fait  cette  défense  par  son  45e  Canon,  qui  ordonne  1016' 
de  déposer  ceux  qui  l'auront  violée.  Il  est  vrai  que  le  Con- 
cile de  Valence  tenu  en  374,  porte  la  même  défense.  Mais 
se  souvenoit-on  alors  de  ce  Concile  après  une  révolution  de 
70  ans?  D'ailleurs  '  il  n'ordonnoit  pas  expressément  comme  rai.  feu.  P  «3. 
fait  celui  d'Arles,  de  déposer  ceux  qui  seroient  entrés  dans  les  8U' 
ordres  sacrés  nonobstant  cette  irrégularité.  L'on  a  donc  un 
légitime  fondement  d'assigner  l'année  443  pour  l'époque  de 
la  tenue  de  ce  Concile. 

•  Mais  on  ne  peut  pas  le  déplacer  plutôt,  parcequ'il  cite  nom-  p-  70 1 Conc- l-  •« 
mément  celui  de  Vaison  tenu  l'année  précédente  442.  a  On  ne  «  tui.  ma. 

fjeut  pas  aussi  le  mettre  plus  tard,  s'ils  est  tenu  sous  S.  Hi- 
aire,  ainsi  qu'il  y  a  toute  apparence.  Car  il  est  difficile  à 
croire  que  ce  Saint  ait  tenu  en  444  d'autre  Concile,  que  celui 
qu'il  assembla  vers  Besançon  pour  l'affaire  de  Quelidoine. 
Quant  aux  années  suivantes,  le  différend  qu'il  eut  avec  le  Pa- 


V    SIECLE. 


p.  843. 


Cooc.    t.     4. 
1017.  1817. 
•  p.  1017. 
p.  1018. 


240 


III  CONCILE 


p.  1013. 


Ibid. 


p.  1044.  1045. 


Conc.  t.  4.  p. 
1011-1018.  |  G.  t. 
1.  p.  103-110  |  R. 
t.  9.  p.  428-142. 


p.      1018. 
1816. 


1815. 


1811.  1815. 


1013. 


pe  S.  Léon  l'empêcha  très-probablement  de  tenir  même  des 
Conciles  provinciaux. 

'  Ce  Concile  d'Arles  ne  fut  pas  comme  les  trois  précédents 
de  Ries,  d'Orange  et  de  Vaison,  un  Concile  ordinaire  des 
Evêques  soumis  à  l'Eglise  d'Arles.  Ce  fut  une  Assemblée  de 
plusieurs  provinces  Ecclésiastiques.  '  Il  se  donne  lui-même  le 
titre  de  grand  Concile,  a  et  ordonne  avec  autorité  que  les 
Métropolitains  seront  obligés  d'observer  ses  décrets.  C'est 
jeut-être  '  ce  qui  l'a  fait  confondre  avec  le  I  Concile  d'Ar- 
es tenu  en  314,  jusqu'à  lui  assigner  la  même  époque,  et  à 
ui  attribuer  les  mêmes  souscriptions.  L'erreur  cependant 
étoit  assez  grossière,  '  puisqu'il  fait  mention  de  ce  premier 
Concile  assemblé  sous  S.  Marin. 

'  Le  lieu  où  il  se  tint  et  l'ordonnance  qu'il  fit,  que  l'Evê- 
que  d'Arles  auroit  droit  d'assembler  le  Concile,  quand  il  le 
jugeoit  à  propos,  sont  des  preuves  qu'il  fut  convoqué  par 
l'Evêque  de  cette  même  ville,  et  qu'il  y  présida.  '  Le  Pape 
Hilaire  dans  ses  letres  aux  Evoques  des  Gaules,  fait  men- 
tion de  cette  autorité  accordée  à  l'Evêque  d'Arles,  d'as- 
sembler des  Conciles  des  cinq  provinces,  la  Viennoise, 
la  première  Lyonoise,  les  deux  Narbonoises,  et  les  Al- 
pes. On  ne  sçait  point  cependant  qui  furent  .  les  Evêques 
qui  assistèrent  au  Concile  dont  nous  parlons.  On  ne  trouve 
rien  ni  de  leur  nombre,  ni  des  lieux  de  leur  dignité.  L'on 
ignore  même  le  sujet  principal  pour  lequel  ce  Concile  fut 
convoqué.  Mais  on  ne  doit  pas  douter  qu'on  ne  soit  re- 
devable de  sa  convocation,  au  zèle  qu'avoit  S.  Hilaire  d'Ar- 
les pour  maintenir  la  discipline  Ecclésiastique,  et  pour  satis- 
faire à  l'obligation  imposée  à  chaque  Métropolitain,  d'assem- 
bler tous  les  ans  le  Concile  provincial. 

'  Le  nombre  des  Canons  de  ce  Concile  ne  se  trouve  pas 
le  même  dans  les  divers  manuscrits.  Quelques-uns  n'en  comp- 
tent que  25,  d'autres  33,  quelques  autres  37.  Mais  on  con- 
vient aujourd'hui  de  lui  en  donner  56,  conformément  à  un 
manuscrit  de  Reims,  sur  lequel  le  P.  Sirmond  a  fait  impri- 
mer les  Actes  de  ce  Concile.  '  Le  45e  est  cité  dans  les  plus 
anciennes  collections,  comme  étant  véritablement  le  45e  Ca- 
non de  ce  Concile  d'Arles.  '  Au  reste  ces  56  Canons  sont 
presque  tous  tirés  du  premier  Concile  tenu  dans  la  même 
ville  en  314,  et  de  ceux  de.Nicée,  d'Orange  et  de  Vaison. 

Le  17e  Canon  mérite  qu'on  s'y  arrête.  '  Il  regarde  les  Bo- 

nosiaques 


U'ARLES-  2"       ».„CL«. 


nosiaques  ou  Bonosiens,  '  qui  suivoient  la  même  erreur  que      10l3 
les  Photiniens  ou  Paulianistes,  mais  que  l'on  sçavoit  certai- 
nement être  baptisés  comme  le  commun  des  Ariens,  au  nom 
de  la  Trinité.  Le  Concile  veut  donc  que  l'on  se  borne  à  les 
interroger,  et  que  s'ils  professent  sincèrement  la  foi  de  l'Egli- 
se, on  se  contente  en  les  recevant  de  leur  faire  l'onction  et 
l'imposition  des  mains,  '  c'est-à-dire,  de  leur  conférer  le  Sa-  p.  îsi*. 
crement  de  la  Confirmation.  '  Ces  Bonosiens  étoieni  les  sec-  Tin.  h.  e.  t.  «o. 
tateurs  d'un  certain  Bonose  Evêque  en  Macédoine,  ou  dans  p 
quelque   Province    voisine,  '  lequel   paroit  avoir   été  dans  Ami>.    i    2.   p 
l'erreur  d'Helvide,  en  croïant  que  la  Sainte  Vierge  avoit  eu  1009'  n' 3' 
des  enfants  après  la  naissance  de  J.  C. 

'Ce  que  Gennade  de  Marseille,  et  S.  Grégoire  le  Grand  Genn.dog.c.Mi 
après  lui  disent  de  ces  Bonosiens,  forme  une  difficulté  qu'il  GrM19eP  6I- 
est  important  d'éclaircir.  Us  témoignent  contre  ce  que  porte 
le  Canon  dont  nous  venons  de  parler,  que  l'Eglise  rejettoit 
le  Baptême  de  ces  hérétiques,  parce  qu'ils  ne  baptisoient  pas 
au  nom  des  trois  Personnes.  Pour  lever  cette  difficulté  il  suf- 
fit de  sçavoir,  '  que  l'on  confondoit  les  Bonosiens  avec  les  Gunn.  vir.  m.  c. 
Photiniens,  a  comme  suivant  la  même  erreur,  selon  le  Con-  loonc.  p.  iou. 
cile  même  dont  nous  traitons,  et  qui  ne  laisse  pas  néanmoins 
de  les  distinguer.   '  Ainsi  c'étoit  deux  sectes  et  deux  commu-  Mi.  ibij.  p.  m 
nions  différentes,  quoique  réunies  dans  la  même  erreur;  mais 
dont  l'une  avoit  retenu  la  vraie  forme  du  Baptême,  l'autre 
l'avoit  rejettée.  Et  c'est  sans  doute  pour  n'avoir  pas  assez  dis- 
tingué les  Bonosiens  des  Photiniens,   que   ces  Auteurs  ont 
avancé  que  l'Eglise  ordonnoit  de  baptiser  les  uns  comme  les 
autres. 

Le  56' et  dernier  Canon,  que  M.  'Du  Pin  et  quelques  au-  Du  mn,  bib.  t.  4. 
très   n'ont  pas  traduit  exactement,  a  défend  aux  Métropoli-  'conT.V  "Tie*. 
tains  de  s'émanciper  de  donner  aucune   atteinte  aux  règle-  Fcon^.  P.  ion 
ments  du  grand  Concile.  b  C'est  la  qualité  que  prend  lui-mê-  "p-  M»* 
mé  ce  Concile  d'Arles,  comme  étant  composé  de  plusieurs 
Provinces  ou  Métropoles,  et  qu'il  donne  a  celui  de   Nicée 
dans  son  6e  Canon,  et  dans  le  24e  au  I  Concile  d'Arles. 


Tome  IL  H  h 

1  8   * 


V    SIECLE. 


242  CONClLIi 


CONCILE  DE  BESANÇON. 


c 


H  Concilo  nous  est  beaucoup  moins  connu  par  lui-même, 
que  par  les  suites  fâcheuses  qu'il  eut,  et  dont  nous  parle- 

com.  i.  a.  p.  rons  plus  amplement  dans  l'histoire  de  S.  Ililaire  d'Arles.  '  Son 
litre  dans  les  imprimés  le  qualifie  Concile  d'un  lieu  incer- 

p.  vm.  tain  ;  '  mais  on  ne  doute  pas  aujourd'hui  qu'il  ne  se  soit  tenu 

dans  le  Diocèse  de.  Besançon,  ou  dans  la  ville  même,  selon 

nu.  h.  E.  1. 15.   quelques  autres.  '  Il  ne  nous  est  rien  resté  de  ses  Actes.  Seu- 

p" 71-  lement  il  est  visible  que  S.  Ililaire  d'Arles  y  présida,  et  l'on 

ne  scait  pas  bien  pour  quelle  raison.  Car  si  Besancon,  où  l'on 
croit  que  ce  Concile  fut  tenu,  n'étoit  point  encore  nue  Métro- 
pole Ecclésiastique,  comme  nous  avons  vu  qu'Embrun  ne 
rétoit  point,  quoiqu'il  le  fût  pour  le  civil,  cette  Eglise  éloit  ap- 
paremment sous  Lyon  :  de  sorte  qu'il  semble  que  S.  Eueher  y 
dût  présider.  Mais  il  put  code*  cet  honneur  à  S.  Ililaire  son 
ami  particulier,  qui  selon  toute  apparence  étoit  plus  ancien 
Métropolitain  que  lui.  Que  si  Besançon  éloit  Métropole, 
le  droit  de  ju^er  son  Evoque  pouvoit  appartenir  à  S.  Ililaire, 
soit  comme  plus  ancien  Métropolitain,  soit  à  cause  que  le 
Préfet  des  Gaules  résidant  alors  a  Arles,  l'Evêquc  de  cette 
ville  avoit  quelque  prééminence  au-dessus  des  autres  par  leur 

cour.    i.    i.  ii.   déférence  unanime;  soit  eu  vertu  '  du  pouvoir  accordé  aux 

.nia.  mu.  loir;.  j;;vrqU(ls  .pArles,  d'assembler  à  leur  volonté  le  Concile  de 
diverses  Provinces,    soit  enfin  parce  que  Besançon  pouvoil 

Aniiii.  i.  15.  p.  faire  alors  partie  de  la  Province  entière  de  Narbone,  '  com- 
me il  esl  constant  qu'au  temps  d'Ammieu  Marcellin,  Lyon 
et  Vienne  en  éloient. 

Quoiqu'il  en  soit,  il  esl  certain  qu'entre  les  plaintes  du 
Pape  S.  Léon  contre  S.  Ililaire,  au  sujet  de  ce  qui  se  lit 
dans  ce  Concile,  il  ne  s'y  trouve  aucun  reproche  qui  l'ac- 
cuse d'avéré  passé  en  cela  les  bornes  de  sa  jurisdiclion.  Au 

Lco.ep.  io.  e.  3.  contraire  '  il   paroit  assez  clairement  que  S.  Léon  la  recon- 

'''  **  noissoit;  puisqu'il  avoue  que  si  l'irrégularité  dont  on  accuaoit 

Quolidoine,  se  fût  trouvée  réelle,  la  sentence  portée  contre 
lui  devoil  êlre  exécutée. 

1. 1.  p.  7i:j. .-.  m..  Le  sujet  de  la  convocation  de  ce  Concile  furent  '  les  plain- 
tes que  l'on  porta  à  S.  Ililaire  contre  Quelidoinc  Evêque  de 


DE  BESANÇON.  243     v       ,,  , 

¥  V    SIECLE. 


Besançon.  Ce  S.  Prélat  par  un  zélé  pour  la  discipline  Ecclé-  " 
siastique,  avoit  de  coutume  de  faire  souvent  des  visites  pas- 
torales avec  S.  Germain  d'Auxerre,  et  d'observer  la  condui- 
te des  autres  Evoques  et  de  leurs  Ministres.  11  est  difficile  , 
dit  l'Auteur  de  sa  vie,  d'expliquer  tous  les  avantages  qu'il  a 
procurés  par-là  aux  Eglises  des  (îaules. 

'  Dans  un  voïage  qu'il  entreprit  selon  sa  coutume,  pour  al-  ibw. 
1er  voir  S.  Germain,  la  noblesse  et  le  peuple  de  Besançon 
en  étant  avertis ,  allèrent  aussi-tôt  avec  empressement  trou- 
ver les  deux  Prélats ,  accusant  Quelidoinc  d'avoir  épousé 
autrefois  une  veuve,  et  de  ce  qu'aïant  eu  quelque  charge  de 
Judicature,  il  avoit  condamné  des  personnes  à  mort.  Or  il 
étoit  contre  l'usage  de  l'Eglise  de  faire  Evoques  des  person- 
nes tombées  dans  ces  irrégularités.  Les  Papes  avoient  insisté 
souvent  sur  le  premier  point,  et  nous  avons  vu  que  le  Con- 
cile de  Valence  en  374,  et  celui  d'Arles  en  443  avoient  pres- 
crit la  même  chose.  Quelidoinc  s'en  trouvant  accusé,  S.  Hi- 
lairc  et  S.  Germain  ordonnèrent  que  l'on  préparât  les  té- 
moins. 

Il  est  clair  suivant  le  texte  de  la  vie  de  S.  Ililaire,  que  cela 
se  passa  à  Auxerre,  et  qu'ainsi  S.  Germain,  qui  en  étoit  alors 
Evêque,  eut  part  à  cette  grande  affaire.  Cependant'  un  Au-  Flou.  h.  e.  1.27. 
leur  célèbre  suppose  que  ces  commencements  même  se  fi-  "'  *' p"  1G7, 
rent  dans  la  ville,  dont  Ouelidoinc  étoit  Evêque.  Cela  seroit 
bien  plus  naturel  ;  mais  dans  ce  cas  il  faudroit  supposer  que 
S.  Germain  aïant  appris  le  voïage  de  S.  Ililaire,  seroit  allé 
au-devant  de  lui,  et  qu'ils  se  seroient  rencontrés,  soit  sur  leur 
route,    sit  en    faisant  leurs   visites  pastorales  comme  nous 
avons  dit,  sur  le  diocèse  de  Besancon,  ou  dans  la  ville  mê- 
me. 'Outre  S.  Ililaire  et  S.  Germain,  plusieurs  autres  Eve-  L»,  fbu. 
ques  d'un  grand  mérite  s'assemblèrent  pour  juger  l'affaire  sur 
les  lieux.  'On  l'examina  avec  tout  le  soin  et  toute  la  maturité  i>.7i4. 
possible;  on  entendit  les  témoins,   et  l'on  jugea  que  Oueli- 
doinc devoit  lui-même  renoncera  l'Episcopal,  puisque  les 
canons  l'en  excluoient. 

Mais  bien  loin  de  s'en  tenir  à  ce  jugement,  '  il  eut  recours  U*f. 
à  Borne,  où  il  se  plaignit  qu'on  l'avait  condamné  injuste- 
ment. Il  sçut  même  si  bien  faire  auprès  de  S.  Léon,  qu'il  le 
prévint  fortement  contre  S.  Ililaire  d'Arles,  et  commit  par- 
là  d'une  manière  fâcheuse  ces  deux  grands  hommes.  S.  Ili- 
laire en  aïant  eu  avis,  passa  les  Alpes,  nonobstant  la  rigueur 

II  hi 


V    SIECLE. 


244 


CONCILE    DE   BESANCON. 


ep. 
430. 


10 


3.    p. 


f 

des 


de  l'hiver,  et  se  rendit  à  Rome  à  pied.  Malgré  sa  présence 
et  ses  raisons,. 'S.  Léon  cassa  le  jugement  rendu  contre  Que- 
lidoine,  le  déclara  absous  de  ce  qu'on  l'avoit  accusé  d'avoir 
épousé  une  veuve,  et  le  rétablit  dans  l'épiscopat.  Les  raisons 
"en  donne  ce  Pontife  sont  qu'après  avoir  entendu  à  Rome 

es  témoins  sur  cette  affaire,  ils  avoient  déchargé  Quelidoine, 
assurant  qu'il  avoit  été  injustement  déposé,  et  qu'ainsi  il  étoit 

uste  de  le  rétablir  dans  sa  Dignité.  Néanmoins  la  vie  de  S. 

lilaire,  comme  nous  l'avons  remarqué  plus  haut,  porte  que 

es  témoins  qu'on  avoit  entendus  sur  les  lieux,  avoient  rendu 
un  témoignage  tout  contraire. 

Les  anciens  monuments  ne  nous  fournissent  rien  sur  ce  fa- 
meux Concile  de  Besançon,  sinon  la  10e  letre  de.S.  Léon 
aux  Evêques  de  la  Province  de  Vienne  contre  S.  Hilaire,  et 
s».  Feb.  p  la  vie  de  ce  Saint  par  S.  Honorât  Evêque  de  Marseille.  '  Celle 
de  S.  Romain,  Abbé  du  Monastère  de  Condat  en  parle  aussi  ; 
'  mais  les  Sçavants  conviennent  que  cet  endroit  y  est  hors 
d'œuvre  et  doit  passer  pour  y  avoir  été  ajouté  par  quelque 
copiste  zélé  pour  la  mémoiçe  de  Quelidoine.  Au  reste  on  s'ac- 
corde à  mettre  ce  Concile  en  l'année  444.  C'est  l'époque  que 
veulent  qu'on  lui  assigne  le  voïage  que  S.  Hilaire  fit  en  hiver 
à  Rome  pour  cette  affaire,  et  la  letre  de  S.  Léon  écrite  à  ce 
sujet  en  445  après  ce  voïage. 


it-.n. 

742. 


Léo,  dus.  5.  p. 
441-443  |  Till.  H. 
E.  t.  16.  p.  744. 


VICTOR, 


Rhéteur   et  Poète  chrétien. 


Genn.   vir.  il.     c 

«0.  p.  28. 

Lann.  île.  5.  Virt. 

p.r.9. 

•  Genn.  ibid   uol. 


Bib.  PP.  t.  8.  p. 
418.  1  |  Choi\  Poe. 
e    2.  p.  50. 


S-  i. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

On  a  été  longtemps  sans  connoître  cet  Auteur  que  sous 
un  nom  étranger.  '  Les  imprimés  de  Gennade  le  nom- 
ment Victorinus  :  '  ce  qui  a  été  suivi  jusqu'à  M.  de  Launoy 
au  moins.  De  même,  *  l'ancien  manuscrit  de  Corbie,  qui  con- 
tient le  catalogue  des  écrivains  de  Gennade,  lui  donne  le 
nom  de  Victorius.  Mais  l'on  convient  aujourd'hui  que  son 
véritable  nom  est  '  Claudius  Marius  Victor.  C'est  ainsi  qu'il 
est  nommé  à  la  tête  des  différentes  éditions  de  ses  poésies, 


VICTOR,     PORTE    CHRETIEN.  245 

'  V    SIECLE. 


sans   doute   conformément  au  manuscrit;  et  c'est  pour  ne  ' 

l'avoir  pas  connu  sous  ce  nom,  '  qu'Aubert  le  Mire  a  avancé  Genn.  not.  tm. 
qu'il  n'avoit  rien  vu  de  ses  ouvrages. 

'  Victor  étoit  de  Provence f  ou  de  Marseille  même,  com-  Bit>.  pp.  ibid.  | 
me  il  paroît  par  ses  habitudes.  11  enseignoit  la  Rhétorique  Genn-C-60- 
dans  cette  ville,  entre  le  commencement  et  le  milieu  de  ce 
V  siècle.  Il  faut  que  l'école  de  Marseille  fût  encore  alors  fort 
considérable.  'Car  on  prétend  que  Corvinus  célèbre  Orateur  Bpi.M. M.p. 
de  l'Empire,  qui  étoit  de  Provence,  y  enseignoit  aussi  la  ris't'p"^^' 
Rhétorique,  en  même  temps  que  Victor,  sous  l'Empire  de 
Théodose  le  jeune  et  de  Valentinien  III,  et  non  pas  Vale- 
rien,  comme  on  lit  dans  le  texte   de  M.  du  Boulay.  '  Il  y  wb.  pp.ib.p.ss. 
avoit  une  étroite  union  entre  Victor  et  l'Abbé  Salomon,  qui  ,- 
pouvoit  avoir  succédé  à  Cassien  dans  le  Monastère  de  Mar- 
seille, ou  qui  s'y  étoit  peut-être  retiré  de  quelque  autre  en- 
droit. Victor  n'étoit  qu'un   simple  laïc,  mais  un  laïc  d'une 
pieté  tendre  et  solide.  '  Il  avoit  été  marié,  et  avoit  au  moins  Genn.  ibid 
un  fils  nommé  Ethere.  '  Vivant  dans  un  siècle  de  corrup-  nu,,  pp.ib. 
tion,  il  gémissoit  amèrement  sur  les  désordres  dont  il  étoit 
témoin,  sans  y  prendre  d'autre  part,  et  avoit  sans  cesse  l'éter- 
nité dans  le  cœur.  Mais  bien  loin  que  la  régularité  de  sa  vie 
lui  inspirât  ou  de  la  présomtion  ou  de  l'orgueil,  il  reconnoît 
avec  humilité,  qu'il  n'étoit  pas  de  ce  petit  nombre  de  fidè- 
les adorateurs  en  esprit  et  en  vérité,  que  Dieu  se  conservoit 
encore  parmi  les  laïcs,  comme  parmi  les  Ecclésiastiques  et 
les  Moines.  '  On  remarque  qu'il  n'étoit  point  versé  dans  la  Gem- ibid- 
science  Ecclésiastique  ;  son  occupation  à  étudier  les  letres 
humaines  ne  lui  aïant  pas  permis  de  s'en  faire  instruire.  On 
voit  cependant  par  ses  poésies  qu'il  fit  une  étude  particulière 
de  l'Ecriture  Sainte.  Ce  fut  peut-être  pour  s'y  appliquer  avec 
moins  de  distraction,  '  qu'il  se  retira  à  la  campagne  où  il  Bib.  pp.  ibid. 
paroît  avoir  vécu  sur  la  fin  de  sa  vie.  '  Il  mourut  selon  Gen-  Genn.  ibid. 
nade,  sous   les  Empereurs   Théodose   le  jeune  et  Valenti- 
nien III  :  ce  qui  nous  conduit  depuis  l'an  425,  auquel  ce 
dernier  commença  à  régner,  jusqu'en  l'année  450,  que  mou- 
rut Théodose.  Ainsi  nous  pouvons  fixer  la  mort  de  Victor  à 
l'an  445  ou  environ. 

'On  l'a  souvent  confondu  avec  le  fameux  Victorin  d'Afri-  §jjjj   £oë-  2^.i,,|- 
que;  quoiqu'il  y  ait  presque  un   siècle  de  différence  entre  Quint. "deci!  pr.p 
1  un  et  l'autre.  Ce  qui  induisoit  dans  cette  erreur  ,  étoit  la 
ressemblance  qui  se  trouve  entre  leurs  noms,  leur  profession, 


V    SIECLE. 


246  VICTOR, 

et  quelques  autres  traits  qui  sont  les  mêmes  dans  l'histoire  de 
nier,  in  «ai.  pr.  ces  deux  Rhéteurs.  '  Car  S.  Jérôme  nous  apprend  que  celui 

"larius  Victonnus;  qu'il  en- 


^.» 


d'Afrique  se  nommoit  Gaïus  Marius  Victonnus;  qi 
seignoit  la  Rhétorique  à  Rome,  et  que  ses  fonctions  de  Rhé- 
teur ne  lui  avoient  pas  permis  de  prendre  une  connoissance 
suffisante  des  Saintes  Ecritures  :  ce  qui  convient  comme  l'on 
cave,  p.  273. 2.  a  vu  à  Claudius  Marius  Victor.  '  Cave  le  confond  aussi  avec 
le  Poète  Victorius,  dont  parle  S.  Sidoine;  mais  on  verra 
par  l'histoire  de  ce  Victorius,  qu'il  n'y  a  nul  fondement  pour 
appuïer  cette  conjecture. 

§.   II. 

SES   ÉCRITS. 

onn.  vir.  iii.  r.  '  /^  ennade   nous    apprend   que   Victor   avoit  composé  un 
(*.  p.  2«.  \j[  Commentaire  sur  la  Genèse  depuis  le  commencement 

itiii.  pp.  t.  8.  p.  jusqu'à   la  mort  d'Abraham,   divisé  en  trois  livres.  '  Nous 
4i8.i  .+27.2.       avons  encore  cet  ouvrage,  qui  est  un  Poème  en  vers  hexa- 
mètres, divisé  en  trois  livres,  comme  Gennade  le  marque. 
Victor  y  explique  l'histoire  de  la  Genèse  jusqu'à  l'embrase- 
ment des  Villes  de  Sodome  et  de  Gomorrhe  inclusivement, 
p.  -in.  2.  '  H  l'entreprit  pour  l'instruction  "  de  son  fils,  à  qui  il  l'adresse. 

»  p.  4i8.   .  .cnn.  b  jj  y  m-j  une  pr£facc  en  yers  hexamètres,  dans  laquelle  il  don- 

ïnîVs.' IW^'  ^  ne  de  Dieu  une  idée  aussi  magnifique  que  l'homme  est  ca- 
pable de  le  faire.  Il  y  dit  que  c'est  un  crime  que  de  ne  pas 
connoître  cet  Etre  Souverain  de  toutes  choses  ;  mais  que  l'es- 
prit de  l'homme  est  trop  foible  et  trop  borné  pour  le  com- 

2.  prendre.  '  Il  y  établit  fort  bien  le  péché  originel,  et  en  mar- 

que dignement  le  remède,  en  disant  que  c'est  quelque  chose; 
de  plus  grand  d'avoir  trouvé  le  secret  de  vaincre  la  mort,  que 
de  l'avoir  ignorée. 

Genn.  ibfd.  '  Gennade  a  observé  que  ce  Poëme  est  écrit  d'une  manière 

fort  Chrétienne,  et  avec  beaucoup  de  pieté;  mais  que  l'ouvra- 
ge est  foible  en  lui-même ,  et  les  pensées  de  peu  de  poids, 
pareeque  la  litérature  profane  aiant  fait  toute  l'occupation 
de  l'Auteur,  il  n'avoit  point  été  instruit  dans  l'intelligence  des 
Saintes  Ecritures.  Il  y  auroit  peut-être  peu  d'habiles  genls 
qui  aiant  bien  lu  le  Poëme  ,  voudroient  souscrire  à  ce  juge- 
ment pour  ce  qui  regarde  la  foiblesse  prétendue  qu'y  a  trouvée 

du  pin,  bii>.  i.  4.  cet  écrivain.  Car  '  selon  la  remarque  des  critiques  moder- 

p.   176. 


v    s n: ou:. 


POETE  CHRÉTIEN.  247 

nés.  quoique  cet  ouvrage  soit  rude,  et  que  les  vers  en  soient 
durs,  le  sens  néanmoins  en  est  noble,  et  l'histoire  y"  est  fort 
bien  expliquée.  11  y  a  lieu  de  juger  que  l'ouvrage  de  Victor 
étoit  devenu  fort  rare  vers  la  fin  de  ce  V  siècle;  puisque 
S.  Avite  Evoque  de  Vienne  entreprit  alors  de  traiter  le  même 
sujet  en  cinq  livres  de  Poésies  que  nous  avons  encore. 

'  A  la  fin  de  ce  Poëme  de  Victor  se  trouve  une  letre  du  mê-  Mb.  i'i>.  iu.i.  p. 
me  Auteur  encore  en  vers  hexamètres,  adressée  à  l'Abbé  Sa- 
lomou.  '  Elle  fut   écrite  de  la  campagne  et  envoïée  dans  la  i>.  **.  1. 
ville  de  Marseille.  C'est  un  gémissement,  ou  une  censure  des 
mœurs  de  ce  V  siècle.  Comme  Salvien  a  écrit  sur  le  même 
sujet,  c'est  sans  doute  pour  cette  raison,  '  que  quelques  Sea-  syii.  Hk  ci», 
vants  lui  ont  voulu  donne)*  ces   Poésies   de  Victor.  '  Nôtre  Mb.  pp.  ibw.  p. 
Poêle  dans  celte  letre  se  plaint  amèrement  de  ce  que  ni  les 
ravages  des  Alains,  des  Vandales,  des  Sarmates,  et  des  au- 
tres barbares,  ni  la  famine,  ni  les  autres  calamités  publiques 
n'avoient  servi  de  rien  pour  rendre  meilleurs  les  gents  de  son 
siècle,  étant  toujours  les  mêmes  qu'ils  étoient  auparavant.  '  Il  p.  «s.  < 
y  déclame  en  particulier  avec  beaucoup  de  force,  contre  les 
vices  du  beau  sexe,  contre  son  luxe,  son  affectation  à  se  parer 
richement,  contre  le  fard,  le  vermillon,  et  le§  autres  diverses 
couleurs,  qu'emploïoient  les  femmes  pour  se  deshonorer,  en 
croïant  se  rendre  plus  agréables.  Mais  Victor  fait  observer 
que  si  les  femmes  sont  coupables  en  cela,  les  hommes  ne  le 
sont  pas  moins  de  le  souffrir,  au  lieu  de  l'empêcher,  comme 
ils  y  seroient  obligés.  Il  finit  par  un  motif  de  consolation  à  sa 
juste  douleur.  C'est  que  malgré  la  corruption  presque  géné- 
rale de  son  siècle,  on  voïoit  encore  dans  le  Clergé  et  dans 
l'Ordre  Monastique   des  personnes  de  vertu  et   d'une  pieté 
exemplaire,  et  qu'il  s'en  trouvoit  même  parmi  les  laïcs. 

'  Les  Poésies  de  Claudius  Marius  Victor  ont  paru  pour  la  s>n.  ru.  du-. 
première  fois  par  les  soins  de  Jean  de  Caigny,  qui  les  publia 
avec  celles  de  S.  Avite  de  Vienne,  mais  en  y  taisant  divers 
changements.  '  Cette  édition  fut  laite  à  Lyon  chez  Vincent  VM.  \  ni».  Teii. 
Portonaire  l'an  lo30  en  un  volume  in-8°.  ■  Elles  furent  réim-  Tsyiii  La. 
primées  en  15i'i  à  Paris  chez  Pierre  Drouart,  qui  y  laissa  bien 
des  fautes.  'Guillaume  Mord   donna   une  nouvelle  édition  u»u.  |  iiki.  Baiu*. 
de  l'ouvrage  de  Victor,  qui  fut  imprimée  l'an  1500  en  un  vo-  '"  ''  *'  G"'' 
iume  in-8"  avec  le  Poëme  sur  la  Genèse,  attribué  à  S.  Ililairc 
de  Poitiers,  et  diverses  autres  Poésies  Chrétiennes.  '  Morel  s>u.  ***  I  *&• 
tâcha  de  corriger  les  changements  qu'yavoit  faits  Jean  de  3^-iu.      m'* 


V    SIECLE. 


248  VICTOH, 


Gaigny,  mais  son  édition  se  trouve  encore  pleine  de  fautes; 

Bib.  ita.:>.  t.  si.  et  il  y  omit  la  letre  en  vers  à  i'Abbô  Salomon.  '  Dans  cette  édi- 

p.518 .2.  tjon  je  p0eme  de  Victor  sur  la  Genèse  est  intitulé  aah«eiaï, 

ciior.  Po«-.  t.  2.  c'est-à-dire,  De  la  Vérité.  '  Il  porte  le  même  titre  dans  le  chœur 

p.  4<j.  77.  jgg  p0ëtes,  où  il  a  été  inséré  sans  la  letre  à  l'Abbé  Salomon. 

syii.  Poe.  ci.r.      '  Weitzius  en  avoit  promis  une  nouvelle  édition,  et  s'étoit 

adressé  à  Saumaise  pour  avoir  quelques  manuscrits,  afin  d'ac- 

quiter  sa  promesse.  Mais  ses  mouvements  furent  inutiles,  et 

son  édition  projettée  n'a  point  vu  le  jour.  Enfin  les  Poésies 

de  Victor  se  trouvent  dans  le  Recueil  de   George  Eabricirs, 

nib.  pp.  i.  8.  p.   '  et  dans  les  diverses  Bibliothèques  des  Pères,  à  commencer 

M  p.*58o-59«.     par  celle  de  Paris  en  1575.  Dans  celles-ci  elles  font  partie  du 

7e  tome,  p.  342-372.  (VII.) 


ANONYME,     • 

Poète. 

sijon.  car.  q.  v.  '  tv  a  n s  l'énumeratiou  que  S.  Sidoine  fait  des  Poêles  les 
27i.««:i.  U  plus    célèbres    qui   l'avoient  précédé,  ou    qui  fleuris- 

soient  encore  de  son  temps,  il  parle  d'un  certain  Poëte  qui 
étoit  de  Cahors,  ou  du  Quercy,  et  qu'il  met  entre  ceux  de 
la  première  classe.  L'éloge  abrégé  qu'il  nous  en  a  laissé,  nous 
fait  regretter  de  n'en  pas  sçavoir  davantage,  et  sur  tout  d'igno- 
rer même  son  nom.  Ce  Poëte  étant  encore  dans  sa  plus  grande 
jeunesse,  quitta  son  pais  natal  pour  suivre  le  Comte  Boniface, 
Pros.  chr.  p. 742.  '  lorsqu'en  422,  selon  S.  Prosper,  il  se  retira  en  Afrique. 
p  '**•  .  Après  la  mort  de  ce   Comte,    qui  arriva  en  432  ,  '  nôtre 

277|not."p.'na'.  Poëte  s'attacha  au  Comte  Sebastien,  qui  avoit  épousé  la  fille 
ivoj.  ci.r.  p.  47.  de  Boniface  ,  '  et  qui  étant  passé  d'Espagne  en  Afrique , 
48  devint  un  grand  sujet  de  terreur  pour  Genseric.  Mais  celui-ci 

aïant  fait  avec  Sebastien  une  amitié  simulée,  le  fit  ensuite  mi- 
sérablement mourir  en  440.  On  ne  sçait  pointée  que  devint' 
nôtre  Poëte  après  la  mort  de  son  protecteur, 
su.  m.    9.  v.       Seulement  '  S.  Sidoine  nous  apprend  qu'il  s'étoit  fait  une 
S74-  *75  très-grande  réputation  par  le  talent  particulier  qu'il  avoit  pour 

la  poésie,  et  qu'il  méritoit  de  tenir  rang  entr.ï  les  premiers  Poë- 
y.  280.  285.  tes  du  commencement  de  ce  siècle.  '  Du  temps  que  ce  Saint 

faisoit  le  recueil  de  ses  Poésies,  c'est-à-dire,  vers  l'an  468, 


V    SIECLE. 


PORTE   CHRÉTIEN.  249 

on  trouvoit  encore  quelques-unes  de  celles  de  nôtre  Poêle. 
Celles-ci  par  leurs  beautés,  et  particulièrement  par  leur  dou- 
ceur extraordinaire  charmoient  tous  ceux  qui  les  lisoient.  C'est 
ce  qui  fait  que  S.  Sidoine  compare  la  Muse  de  nôtre  Poëte 
à  celle  d'Amphion,  d'Orphée,  et  d'Apollon  même.  Mais 
nous  craindrions  de  n'en  pas  parler  avec  autant  d'énergie  que 
lui,  si  nous  ne  rapportions  ses  propres  expressions. 

'  Nec  qui  jam  patribus  fuere  nostris  Ibid.   v.  274-285 

Primo  temporc  maximi  sodales, 

Quorum  unus  Bonifacium  sequulus, 

Nec  non  pnecipilem  Sebastianum. 

Natales  puer  horruit  Cadurcos, 

Plus  Pandionias  amans  Athenas  ; 

Cujus  si  varium  legas  poéma, 

Tum  Phœbum,  vcl  Hyantias  puellas, 

Potato  madidas  ab  Hippocrene. 

Tune  Amphiona,  filiumque  Maïae , 

Tune  vatem  Rhodopeïum  sonare, 

Col  lato  raodulamine  arbitreris. 


CONSENCE    I. 

Poète,  Orateur,  Philosophe. 


N 


ou  s   pouvons   mettre   vers   ce   temps-ci  Consence  pre- 
mier du  nom,  '  que  S.  Sidoine  relevé  par  les  plus  grands  sa.  car.  23.  r. 
éloges  environ  l'an  462,  mais   qui  dès-lors  n'étoit  plus  au  33"177' 
monde,  il  y  avoit  même  plusieurs  années,  comme  il  paroît. 
Consence  étoit  de  la  ville  de  Narbone,  et  fut  père  et  aïeul 
de  deux  autres  Scavants  de  même  nom  que  lui,  desquels  nous 
parlerons  dans  la  suite  de  l'histoire  de  ce  siècle.  '  Il  sortoit  de  v.  170.171. 
la  première  noblesse  du  pais,  et  soûtenoit  sa  naissance  par 
un  esprit  supérieur,  et  toutes  les  qualités  qui  forment  le  bel 
homme.  'On  voioit  réunie  en  sa  personne  toute  la  gravité  v. 99-110. 
des  Romains  avec  toute  la  politesse  des  Grecs;  et  il  faisoit 
paroitre  tant  de  grâce  et  de  sagesse  en  ses  discours  et  en  ses 
actions,  qu'il  auroit  été  un  sujet  d'admiration,  même  aux  sept 
Tome  //.  I  i 


V    SIECLE. 


250      CONSENCE,   POETE,   ORATEUR,   etc. 


T.   171-174. 


fameux  Sages  de  l'antiquité.  '  11  contracta  une  alliance  digne 
de  son  extraction,  en  épousant  la  fille  de  Jovin  Consul  en 
l'année  367. 

11  paroît  que  la  principale,  ou  même  l'unique  occupation 
v.  m-172.  de  Consence  étoit  l'étude.  '  Aussi  n'y  a-t-il  presque  pas  de 

genre  de  science  où  il  ne  fut  très-versé.  Si  le  portrait  que  nous 
en  a  tracé  S.  Sidoine,  qui  d'ordinaire  n'épargnoit  pas  les 
louanges  envers  ses  amis,  n'est  pas  llatté,  Consence  étoit 
Poëte  ,  Orateur  ,  Géomètre  ,  Astronome,  Philosophe  ,  His- 
torien; et  les  plus  habiles  de  l'antiquité  tant  Grecque  que  Ro- 
maine, n'avoient  ni  plus  de  sçavoir  ni  plus  de  talents  pour  le 
soutenir.  C'étoit  un  Chrysippe  pour  la  poésie,  un  Amphion 
pour  la  voix,  et  pour  toucher  toutes  sortes  d'instruments  avec 
délicatesse;  un  Sophocle,  un  Euripide  pour  la  tragédie;  un 
Plaute,  un  Térence,  un  Alexandre  pour  la  comédie;  anDe- 
mosthene,  un  Ciceron  pour  l'éloquence;  un  Tite  Live,  un 
Virgile  pour  la  belle  latinité;  un  Pétrone,  un  Ovide  pour 
les  vers  tendres  et  enjoués;  un  Euclides,  un  Apatus  pour  les 
Mathématiques;  un  Séneque  pour  la  philosophie;  un  Ho- 
mère, un  Hérodote,  un  Sallusle,  un  Tacite  pour  l'histoire  ; 
enfin  un  Varron  pour  la  diversité  de  ses  écrits.  Après  une  si 
longue  énumération,  et  un  parallèle  si  pompeux,  S*  Sidoine 
ajoute  : 

v.  107-igo.  'Quu\  rtraltofl  varii  slyli  retexara  ? 

Arputi,  loneri,  friiivcs,  <licai-.es, 
Si  Conscnlius  a  f  fuit,  tatebont. 

On  voit  par-là  qui!  Consence  possédoit  la  langue  greque 
comme  la  latine;  et  il  n'est  pas  moins  clair  qu'il  avoit  laissé 
des  ouvrages  dosa  composition.  '  C'est  ce  que  S.  Sidoine 
assure  sans  détour,  lorsque  prenant  occasion  de  louer  Con- 
sence le  fils  au  sujet  de  la  gloire  de  son  aïeul  maternel,  el  de. 
celle  de  son  père,  il  dit  que  l'un  vivoit  encore  dans  si  s  ou- 
vrages, comme  l'autre  vivoit  dans  les  fastes  publics. 


T     175-177. 


T.    17fi. 


'  Fastis  vivit  avus  pterqup  liltris. 

Mais  il  ne  nous  reste  plus  rien  de  ces  sça van ts  écrits,  que 
l'idée  générale  que  S.  Sidoine  nous  en  a  conservée. 


s-  orient.  m*  ,  S1ECLE; 


SAINT    ORIENT 

I 

Evèque    l/Al'SCU. 

t 

%■  I. 

HISTOIRE   DE    SA   VIE. 


J 


rsQu'ici  la  plupart   des  Auteurs  ont  parlé  de  S.  Orient 
d'une  manière  aussi  contraire  à  la  vérité,  que  différente 
en  elle-même.  '  Les  uns  sans  en  donner  de  preuves  solides,  Du  Pin,  i>ib.  i. .-;. 
ne  l'ont  fait  lleurir  qu'au  commencement  du  VI,  ou  même  f,;,8*  ',£'£■  1"|K 
du  VII  siècle. a  D'autres,  sur  un  monument  de  l'Eglise  d'Ausch  .  Gaii.  at.  nov. 
du  XII  siècle,  prétendent  qu'il  en  fut  fait  Evêque  dès  l'an  l*  '•  »■  973- 
323,  et  qu'après  l'avoir  gouvernée  41  ans,  il  mourut  en  304. 
'  Us  lui  donnent  pour  successeur  Armentaire,  qui  semble  être  p.  974. 
l'Evêque  de  ce  nom  qui  souscrivit  la  letre  synodique  des  Evê- 
ques  des  Gaules  au  Pape  S.  Léon  en  451.  De  sorte  qu'entre 
S.  Orient  et  Armentaire  il  se  trouve  un  vuide   de   presque 
cent  ans   dans   le   catalogue  des  Evêques  d'Ausch.  Mais  il 
nous  paroît  que  le  monument  sur  lequel  on  s' appuie  pour  fi- 
xef  le  temps   le  l'Episcopat  de  noire  Saint,  est  trop  éloigné 
de  son  siècle,  pour  y  pouvoir  fonder  quelque  certitude. 

C'est  pourquoi  nous  eroïons  qu'il  faut  lui  préférer  les  actes 
du  Saint,  '  que  les  continuateurs  de  Pollandus  nous  ont  don-  Ml.  1.  niai.  p. 
nés  après  le  P.  Labbe.  Car  quoique  ces  Actes  ne  soient  pas  M*  l"*t* 
originaux,  et  qu'ils  puissent  contenir  quelques  faits  qui  ne 
sont  pas  exactement  vrais,  ils  paraissent  néanmoins  beau- 
coup plus  anciens  que  le  monument  dont  nous  avons  parlé. 
'Selon  ces  actes,  S.  Orient  étoit  un  Prélat  parfaitement  bien  p.  ci.  n.  t. 
instruit  de  la  doctrine  de  l'Eglise.  Si-tôt  qu'il  se  vit  élevé  sur 
le  Siège  Episcopal  d'Ausch,  il  fit  son  capital  de  l'instruction 
de  son  peuple.  11  y  avoit  encore  des  païens  dans  son  Diocèse, 
comme'  il  y  en 'avoit  vers  le  même  temps  aux  environs  d'Au- 
xerre.  S.  Orient  se  servit  avec  tant  de  succès  de  son  sçavoir  pour 
les  tirer  de  l'en  ur,  qu'eux  ouvrant  les  yeux  reconnurent  ce- 
lui dont  ils  t^ioicnt  la  vie,  renoncèrent  à  la  vanité  de  leurs 
idoles,  consenitrent  à  embrasser  l'Evangile,  et  à  recevoir  le 
baptême.  '  La  foi  et  la  vertu  du  Saint  Evêque  le  rendirent  si  b.s. 


V    S   ECLIÎ. 


252  S.    ORIENT, 

respectable  aux  yeux  de  son  peuple,  qu'il  bénissoit  Dieu  de 

lui  avoir  donné  un  si  digne  Pasteur. 

Il  paroit  en  effet  par  les  écrits  qui  nous  restent  de  Saint 

Orient,  qu'il  avoitune  pieté  tendre  et  solide,  et  beaucoup  de 

zèle  pour  détruire  le  règne  du  vice  et  établir  l'empire  de  la 
ori.  com.  i.  i.  p.  vertu.  '  Il  nous  y  a  laissé  aussi  de  grands  traits  de  son  humilité. 
17 1 1.  2.  P.  29.     jj  s»y  qUaiifie  en  piug  d'un  endroit  le  plus  grand  des  pécheurs, 

et  conjure  ses  Lecteurs  de  se  souvenir  de  lui,  afin  que  par  le 
secours  des  prières  des  Saints  il  pûl  obtenir  le  pardon  de  ses 
péchés. 

Bon.  ibid.  n.  3.  '  Il  étoit  déjà  avancé  en  âge,  lorsque  vers  439  l'Empereur 
envoïa  Aëce  et  Littorius  avec  une  armée  contre  Théodoric, 
l'ancien  roi  des  Gots  qui  regnoit  alors  dans  Toulouse.  Ce 
Prince  Arien,  craignant  l'issue  de  la  guerre,  eut  recours  à  S. 
Orient  pour  obtenir  la  paix  par  son  entremise.  Le  Saint  tou- 
ché de  l'affection  de  ce  Roi,  et  sans  doute  encore  plus  de 
celle  des  Fidèles  qui  étoient  enfermés  avec  lui  dans  Toulouse, 
voulut  bien  se  charger  de  l'ambassade  auprès  des  Généraux 
Romains.  Aëce  le  reçut  avec  beaucoup  d'honneur  et  de  res- 
pect, se  recommandant  avec  instance  à  ses  prières.  On  rap- 
porte à  la  foi  qu'il  fit  paroi tre  en  cette  occasion,  le  bonheur 
qu'il  eut  ensuite  d'échapper  aux  effets  funestes  de  cette  guerre. 
Au  contraire  Littorius,  n'aïant  fait  voir  que  du  mépris  pour 
nôtre  Saint,  sans  vouloir  écouter  les  propositions  de  paix, 
fut  la  victime  de  son  obstination;  aïant  été  pris  par  ceux  qui 
éloient  dans  Toulouse. 

Ce  fait  qui  regarde  l'ambassade  de  S.  Orient,  paroîtroit 

Boii.  ibid.  P.  co.  assez  extraordinaire,  s'il  n'étoit  appuie  '  sur  la  vénération  que 
lui  ont  toujours  portée  les  Toulousains,  et  que  l'on  croit  être 
venue  de  l'assistance  qu'il  leur  prêta  alors.  On  l'appuie  même 
sur  un  endroit  de  Salvien  pris  de  son  7"  livre  sur  la  Provi- 
dence, où  il  dit  expressément  que  les  Gots  dans  la  crainte  où 
ils  étoient  des  Romains,  aïant  plus  de  confiance  en  Dieu 
qu'en  leurs  propres  forces,  avoient  député  à  ceux-ci  des  Evê- 
ques  Catholiques  pour  leur  demander  la  paix;  mais  que  les' 
Romains  présumant  d'eux-mêmes  les  avoient  rejettes ,  sans 
vouloir  les  écouter  :  ce  qui  s'accorde  parfaitement  avec  l'am- 

p.  «2.  n. .»  bassade  de  nôtre  Saint  vers  Aëce  et  Littorius.  '  Ses  actes  par- 

lent encore  avec  éloge  du  soin  qu'il  prit  de  secourir  les  pau- 
vres et  les  étrangers,  de  consoler  les  affligés,  de  racheter  les 
captifs,  de  convertir  les  hérétiques.  Ils  lui  attribuent  aussi  la 


n.  4 


EVÉQUE    D'AU SC H.  253     .  uammmm 

*■  V    SIECLE. 

gloire  d'avoir  rétabli  la  paix  dans  son  pais,  '  et  d'avoir  fait  n~7^ 
quelques  miracles  durant  sa  vie  et  après  sa  mort. 

On  a  vu  que  S.  Orient  vivoit  encore  en  439.  On  ignore 
l'année  précise  de  sa  mort.  '  L'Eglise  l'honore  comme  un  Saint  P.  90  n.  a. 
au  premier  jour  de  Mai.  '  Les  villes  d'Ausch  et  de  Toulouse  n.  1. 1. 
le  reconnoissent  même  pour  leur  patron.  '  II» y  a  dans  la  pre-  n.  t. 
miere  de  ces  deux  villes,  où  il  est  nommé  vulgairement  Saint- 
Orens,  un  célèbre  Monastère  de  son  nom  sous  l'Ordre  de 
Cluni.  Comme  S.  Orient  aura  pu  vivre  jusqu'après  l'an  440, 
il  est  aisé  qu'il  ait  eu  pour  successeur  immédiat  Armentaire, 

3ui  se  trouve  avoir  signé  la  letre    synodique  des  Evoques 
es  Gaules  à  S.  Léon  l'an  451 . 

8-  ». 

SES   ÉCRITS. 

'VTous  avons  sous  le  nom   de  S.  Orient   un  ouvrage  en  fet. m.  m.  y. 

Il  vers,  intitulé  Commonitorium,  que  nous  pouvons  tradui-  1'29' 
re  Mémoire  ou  Avertissement.  Ce  titre  étoit  assez  commun 
au  commencement  de  ce  siècle  ;  Marius  Mercator,  Vincent 
de  Lérins,  et  quelques  autres,  qui  écrivoient  vers  le  même 
temps  que  S.  Orient,  l'aïant  mis  comme  lui,  à  la  tête  de 
quelques-uns  de  leurs  ouvrages.  Il  n'y  a  aucun  lieu  de  douter 
que  celui  que  nous  avons,  intitulé  de  la  sorte  sous  le  nom  de 
S.  Orient,  ne  soit  véritablement  de  lui. 

1°.  '  Il  est  certain  par  l'ouvrage  même,  comme  l'a  fort  bien  Ori.  com.  1.  s.  p. 
remarqué  Dom  Martene,  etOudin  après  lui,  qu'il  a  été  com-  Jjf&.faÇ! 
posé  par  un  Gaulois,  ou  au  moins  par  une  personne  qui  de-  «•*•»• lî69- 
meuroit  dans  les  Gaules,  et  qui  avoit  été  témoin  des  ravages 
qu'il  décrit  d'une  manière  fort  pathétique. 

2°.  Il  est  encore  certain  '  que  la  description  que  l'Auteur  Ori.  ibid. 
fait  des  ravages  qui  avoient  désolé  nos  Gaules;  c'est-à-dire 
des  guerres  fréquentes,  des  incendies  causés  par  les  guerres, 
des  violences  exercées  par  les  barbares,  des  trahisons,  de  la 
mauvaise  foi  qui  y  regnoit,  de  la  famine  qui  l'avoit  affligée 
depuis  peu  :  il  est,  dis-je,  certain  que  cette  description  con- 
vient parfaitement  au  triste  état  ou  étoient  réduites  nos  Gau- 
les durant  les  premières  années  de  ce  siècle.  Pour  s'en  con- 
vaincre à  n'en  pa9  douter,  il  n'y  a  qu'à  y  comparer  ce  qu'en 
ont  écrit  divers  Auteurs  contemporains  et  tous  Gaulois, 

1  9 


3 


v  s.ecle.     254  S-     ORIENT, 

comme  le  Poëte  Anonyme  dans  son  poëme  sur  la  Providen- 
ce, Salvien  dans  ses  livres  sur  le  môme  sujet,  S.  Prosper  et 
son  abréviateur  en  divers  endroits  de  leurs  chroniques,  et 
Claudius  Marius  Victor  dans  sa  letre  à  l'abbé"  Salomon. 

3°.  Non  seulement  le  nom  d'Orient  se  trouve  à  la  tête  du 
ori.  coin.  1.2.  p.  Mémoire  ou  Avertissement  dont  nous  parlons;  mais,  il  est 
même  inséré  dans  le  corps  de  l'ouvrage,  qui  est  de  telle  na- 
ture qu'on  n'y  peut  changer  ce  nom  pour  celui  d'Oresius 
par  exemple,  sans  corrompre  visiblement  le  texte  et  rendre 
le  vers  défectueux  : 

Ut  pcccatorcs  vincens  Oricnlius  omncs. 

Ce  nom  a  été  connu  dans  les«*iecles  qui  ont  suivi,  et  s'y 
Mari.  ibiu.  pr.  p.  est  conservé  le  même,  '  comme  il  paroît  et  par  Fortunat  de 
Poitiers,  et  par  Sigebert  de  Gemblours.  Le  premier   rele- 
vant les  poésies  de  S.  Orient  dit  : 

Paucaquo  pcrstrinxit  florcnte  Oricutius  ore  : 

l'autre  faisant  l'éloge  de  son  Mémoire  nommément,  parle 
ainsi,  Orientius  Commonitorium  scripsit  métro  heroïco,  ut 
mulceat  legentem  suavi  loquio. 

Il  n'en  faut  pas  davantage  pour  assurer  cet  ouvrage  à  S. 
iiiiii.  p.  5  |  Bib.  Orient  Evêque  d'Ausch,  et  pour   détruire  '    les  différentes 
â'i'itiii.  nip.vaL  Opinions  de  ceux  qui  l'ont  donné,  les  uns  à  Orese,  à  qui  S. 
V  ia&  T  ' Cavc  Sidoine  adresse  vers  i82  la  12°  letre   de  son  0e  livre,  et  qui 
étoit  un  Espagnol  de  la  Tarragonoise  ;  les  autres  à  Oronce 
ou  Orence,  qui  assista  aux  Conciles  de  Tarragone  et  de  (Ji- 
rone  en  516  et  517,  si  néanmoins  Oronce  et  Orese  sont  deux 
ou.i.  scrip.  t.  i.  différentes  personnes.  '  Oudin,  qui  avoit  cru   d'abord  avec 
P.  im  je  p    Labbe,  que  S.  Orient  n'avoit  fleuri  qu'à  la  fin  du  VI 

siècle,  et  qui  avoit  ensuite  jugé  avec  Cave  qu'il  y  avoit  plus 
d'apparence  qu'il  étoit  le  même  qu'Oronce   dont   nous  ve- 
nons de  parler,  n'a  pas  fait  difficulté  dans  la  suite  de  chan- 
p.  îauo.  ger  de  sentiment.  '  Il  avoue  que  depuis  que  Dom  Martene 

a  publié  l'ouvrage  entier  de  nôtre  Auteur,  il  lui  paroît  prou- 
vé démonstrativement  que  S.  Orient  est  plus  ancien  que  le 
VI  siècle;  qu'il  étoit  Gaulois  et  Evêque  d'Ausch.  Ce  seroit 

{>erdre  le  temps,  que  de  s'amuser  à  réfuter  plus  amplement 
es  opinions  contraires.  Il  suffit  de  lire  avec  attention  l'ou- 
vrage dont  il  s'agit,  pour  se  rendre  au  sentiment  que  nous 
venons  d'établir. 


EVÊQUE    D'AUSCH.  255 

w  V    SIECLE. 

'  Cet  ouvrage  est  écrit,  non  en  vers  héroïques,  comme  Mart    vet_  Scrip 
Sigebert  l'a  avancé,  mais  en  vers  élégiaques,  et  divisé  en  p-  *-&■ 
deux  livres.  C'est  proprement  une  instruction  qui  découvre 
la  voie  qu'il  faut  tenir,  et  celle  qu'il  faut  éviter,  pour  arri- 
ver à  la  vie  éternelle.  '  Dans  le  premier  livre  S.  Orient  pose  ori.com.  i.  i.  P. 
d'abord  ce  grand  principe,  que  nous  ne  naissons  que  pour  2' 
chercher  et  aller  à  Dieu,  qui  a  fait  le  ciel,  la  mer  et  la  ter- 
re. '  Qu'il  faut  croire  en  lui  d'une  foi  religieuse,  et  l'aimer  p.  s. 
comme  il  nous  le  commande  lui-même,  de  tout  nôtre  cœur, 
de  tout  nôtre  esprit  et  de  toutes  nos  forces.  '  Il   détaille  p.  t. 
ensuite  les  motifs  de  celte  obligation  en  montrant  que  c'est 
Dieu  qui  nous  a  fait  tout  ce  que  nous  sommes,  '  et  de  qui  P.  4.  5. 
nous  tenons  toutes  les  commodités  de  la  vie.  '  De-là  il  passe  P.  5. 
au  commandement  d'aimer  le  prochain,  '  qu'il  dit  nous  être  P.  g. 
enseigné  par  l'affection  que  les  bêtes  ont  elles-mêmes  les  unes 
pour  les  autres  dans  la  même  espèce.  '  Il  appuie  ces  devoirs  p.  r. 
sur  les  motifs  de  la  résurrection  dernière,  '  et  de  l'immorta-  p.  9. 
lité  de  l'ame.  '  Il  insiste  beaucoup  sur  l'obligation  d'éviter  la  p.  9-13. 
vùë  et  le  commerce  avec  les  femmes,  '  et  déclame  fortement  p.  u-\g. 
contre  l'avarice. 

Dans  son  second  livre  il  agit  contre  divers  autres  vices,  1. 3.  p.  18-20. 
la  vaine  gloire,  le  mensonge,  la  gourmandise,  '  et  sur  tout  p.  20. 21. 
contre  l'yvrognerie,  dont  il  décrit  d'une  manière  pathétique 
les  suites  honteuses  et  funestes.  '  Il  finit  par  une  vive  descrip-  p.  20-29. 
tion  des  supplices  de  l'enfer  pour  les  méchants,  et  des  ré- 
compenses éternelles  pour  les  bons.  En  un  mot,  tout  ce  que 
contient  cet  ouvrage,  est  digne  d'un  Saint  pour  les  senti- 
ments; et  quoique  le  style  n'ait  pas  l'élévation  de  quelques 
autres  poésies  du  commencement  de  ce  siècle,  il  est  néan- 
moins '  serré  et  nerveux,  au  jugement  de  M.  du  Pin,  et  n'a  DuPin,  i,ii>.  t.  5. 
rien  ni  de  languissant  ni  de  barbare.  p'  88' 

Le  Mémoire  de  S.  Orient  demeura  enseveli  dans  la  pous- 
sière, jusqu'à  ce  que  '  Martin  Delrio  Jésuite  en  aïant  décou-  Man.  vet.  scrip. 
vert  le  premier  livre  dans  un  manuscrit  de  l'Abbaïe  d'Anchin,  ,,r' p'  *' 
le  donna  au  public  avec  des  noies,  mais  aussi  avec  de  gran- 
des lacunes.  Cette  première  édition  fut  faite  à  '  Anvers,  non  Bib.  HisP.  .vet.  t. 
chez  Tournesius,  comme  le  marque  M.  du  Pin,  mais  chez  '"  v'  *"' 2" 
Joachim  Trognez  en  un  volume  in-12°  l'an  1599,  selon  la 
Bibliothèque  Espagnole,  ou  1600,  selon  les  autres.     Il  y  en  nu.  1  Bib.  m.  ï. 
eut  une  autre  édition  à  Salamanque  chez  Antoine  Taberniel,  p;  2.^2 Blb'  Tel1' 
en  un  volume  in-4°  l'an  1604.  '  Il  fut  encore  imprimé  au  mê-  Cave,  ibni  1  ou.i. 

ibd.  p.  12G8. 


V    SIECLE. 


256      S.     ORIENT,    EVÊQUE    D'AUSCH. 

Fab.  bib.  ut.  app.  me  endroit  et  en  même  volume  l'an  1644.  '  André  Rivinus 

p-  «■  en  donna  une  autre  édition  avec  des  notes,  qui  parut  à  Leip- 

sickl'an  1651  en  un  volume  in-8°.  Dès  1618,  il  passa  dans 

Bib.  pp.  t.  8.  p.  la  Bibliothèque  des  Pères  imprimée  à  Cologne,  '  puis  dans 
les  suivantes  de  Paris  et  de  Lyon.  Toutes  ces  éditions  ne  con- 
tiennent, comme  nous  avons  dit,  que  le  premier  livre  du 

Man.  vet.  Scnp.  Mémoire  de  S.  Orient.  Mais  '  Dom  Edmond  Martene  aïant 

prp'4'  recouvré  l'ouvrage  entier  dans  un  manuscrit  de  l'Eglise  Col- 

légiale de  S.  Martin  de  Tours,  ancien  environ  de  800  ans, 

p-  i-î».  le  fit  imprimer  de  nouveau  '  à  la  tête  de  la  nouvelle  collec- 

tion des  anciens  Ecrivains,  qu'il  publia  en  1700  en  un  volu- 

Th.  anec.  t.  s.  p.  me  in-4°.  '  Il  l'a  publié  encore  en  1717  au  commencement  du 
5e  volume  de  son  Thrésor  d'Anecdotes. 

vet.  scnp.  p.  29-  'A  la  suite  du  Mémoire  il  nous  a  donné  quelques  autres 
petites  pièces  de  poésies  du  même  auteur,  qui  s'etoient 
trouvées  dans  le  même  manuscrit.  Elles  sont  toutes  sur  des 
matières  de  pieté,  et  dignes  de  l'occupation  d'un  Saint.  Il  y 
en  a  sur  la  sainte  Trinité,  sur  la  Nativité  du  Sauveur,  sur  les 
divers  noms  propres  et  impropres  qu'on  lui  donne,  sur  l'ex- 
plication de  ces  mêmes  noms.  Les  autres  sont  ou  des  canti- 
ques ou  des  prières.  Il  semble  qu'on  ne  les  a  pas  toutes  :  car 
le  manuscrit  en  promet  24,  et  il  n'en  contient  que  deux.  '  A 

p-  s»-  la  tête  de  la  première  se  lisent  ces  mots,  Incipiunt  orationes 

Orientij  numéro  XXIV;  et  à  la  tête  de  la  seconde  se  trouve 
cette  inscription,  Incipit  XXIV. 


SAINT    GERMAIN 

ÉVÊQUE    D'AUXERRE. 


S-  i- 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

^i  nous  donnons  rang  à  S.  Germain  entre  nos  doctes  Gau- 
lois, c'est  moins  pour  les  monuments  qui  nous  restent  de 
son  sçavoir,  que  pour  la  grande  réputation  de  sa  doctrine,  qui 
le  fait  regarder  comme  l'Apôtré'de  la  grâce  de  J.  C.  dans  la 
sur.  3\.  m.  P    Grande-Bretagne.  '  Il  naquit  à  Auxerre  d'une  famille  illustre, 
plusieurs  années  avant  la  fin  du  IV  siècle.  Dès  son  enfance  il 

fut 


S' 


W!i.  n.  1. 


S.    GERMAIN,    EVÊQUE   D'AUXERRE.         257 


V  SIECLE. 


fut  élevé  dans  l'étude  des  belles  Letres,  où  il  se  rendit  très- 
habile,  tant  par  l'application  qu'il  y  donna,  que  par  la  beauté 
de  son  génie.  Au  sortir  des  Ecoles  des  Gaules  il  alla  à  Rome 
étudier  le  Droit.  Ensuite  il  plaida  avec  succès  devant  les 
Préfets  du  Prétoire,  et  épousa  durant  ce  temps-là  une  person- 
ne distinguée  par  sa  noblesse,  ses  grands  biens  et  la  régula- 
rité de  ses  mœurs.  Ce  fut  ainsi,  remarque  l'auteur  de  sa  vie, 
que  par  un  dessein  caché  de  Dieu,  Germain  qui  étoit  destiné 
à  faire  un  jour  les  fonctions  d'un  successeur  des  Apôtres,  s'y 
disposa  dès-lors  sans  le  sçavoir.  L'éloquence  à  laquelle  il  s'é- 
xerçoit  dans  le  Barreau,  le  prépara  à  la  prédication  de  la  pa- 
role de  Dieu,  comme  la  science  du  Droit  le  préparoit  à  ren- 
dre la  justice,  et  comme  son  mariage  déposoit  en  faveur  de  sa 
chasteté. 

Bien-tôt  '  l'éclat  de  son  mérite  lui  donna  entrée  dans  les  iwd. 
charges.  Il  fut  établi  Duc  ou  Général  des  Troupes  de    di- 
verses provinces,  '  et  comme  l'on  croit,  de  la  Marche  Armo-  Tiii.  h.  e.  t.  is. 
rique  et  Nervicane,  qui  comprenoit  la  première  et  seconde  p' 
Aquitaine,  la  Senonoise,  la  seconde  et  troisième  Lyonnoise. 

Revêtu  de  cette  charge,  il  alla  passer  quelque  temps  à  sor.  EMd.  p.  *06. 
Auxerre,  où  il  vivoit,  non  en  Chrétien,  quoiqu'il  en  eût  déjà  m'  n  2 
reçu  le  caractère,  mais  en  jeune  homme  oui  ne  cherchoit 
qu'a  faire  admirer  son  adresse  sur-tout  à  la  cnasse.  Il  en  éle- 
voit  même  des  trophées,  qui  blessoient  la  Religion  Chrétienne, 
sans  que  les  fréquents  avis  de  S.  Amateur  alors  Evoque  de 
la  Ville  l'en  pussent  détourner.  Le  S.  Prélat  saintement  in- 
digné d'une  telle  conduite,  fit  enlever  et  jetter  loin  de  la  ville 
ces  trophées  de  vanité  :  ce  qui  irrita  Germain  contre  lui,  de 
sorte  qu'il  se  porta  jusqu'à  le  menacer  de  lui  ôter  la  vie. 

Mais  S.  Amateur,  à  qui  Dieu  avoit  révélé  que  le  temps  de  p.  407.  n.  2. 
sa  mort  étoit  proche,  et  que  ce  même  Germain,  qui  parois- 
soitsipeu  disposé  à  l'Episcopat,  lui  succéderoit,  '  l'ordonna  p.408.  n.  6. 
Prêtre  de  la  manière  surprenante  que  tout  le  monde  sçait. 
Puis  aïant  accompli  ce  que  Dieu  demandoit  de  lui,  il  mou- 
rut le  premier  jour  de  May  418,  '  en  recommandant  à  son  sur.  iwa.  n.  5. 
peuple  de  faire  ordonner  Germain  à  sa  place.  '  Il  le  fut  en  «or.  hist.  Pei. 
effet  le  7e  jour  de  Juillet  suivant,  qui  tomboit  un  Dimanche.   2  c' 12' p-  Ku 
.'  L'opposition  que  lui  seul  y  apporta,  fut  inutile.  Les  per-  sur.  iwa.  n.  7. 
sonnes  mêmes  qu'il  avoit  amenées  pour  empêcher  son  élec- 
tion,   se   déclarèrent   contre   lui,  et  il  fut  contraint  de  se 
rendre. 

Tome  II.  K  k 

1  3  * 


258     .  S.     GERMAIN, 

V    SIECLE. 

n,i,i.  '  Dès  lors  il  changea  entièrement  de  vie.  Il  foula  aux  pieds 

les  pompes  du  siècle.  Il  distribua  ses  biens  aux  pauvres  pour 

embrasser  leur  pauvreté.  Sa  femme  devint  sa  sœur.  Tout  le 

p.  408-u<;.  n.  8-  cours  de  son  Episcopat,  oui  dura  assez  long-temps,  '  ne.  fut 

l8'  qu'une  suite  continuelle  d  austérités,  qui  seroient  incroïables, 

si  elles  n'étoient  aussi  attestées  qu'elles  le  sont.  Ce  ne  fut  qu'un 

enchaînement  d'actes  d'une  vertu  héroïque,  soutenue  par  une 

foi  vive,  et  par  un  don  continuel  de  miracles. 

Tiii.  ibjd.  p.  is  i        '  Les  Pélagiens  quoique  condamnés  par  l'Eglise  en  418, 

i>ro8.  ciir.  p.  7*1.  ne  ge  rencijrent  p0mt  à  son  jugement.  Quelques-uns  d'entre 

eux  allèrent  inutilement  chercher  des  protecteurs  en  Orient. 
Pros.  in  coii.  c.  '  D'autres  retournèrent  dans  la  Grande-Bretagne,  d'où  ils 
m.  n.  t|efcr.  p.  e|0jent  soriiSï  et  y  corrompirent  les  peuples  par  leur  perni- 
cieuse doctrine,  aïant  à  leur  tête  un  Agricole  fils  de  Sévérien, 
sur.  39.  jui.  p.  l'un  de  leurs  Evéques.  '  En  peu  de  temps  presque  toute  cette 
si?'m.  p.  4ic  grande  Isle  fut  infectée  de  l'erreur.  '  Les  Catholiques  allar- 
"-19-  mes  envoïerent  des  Députés  aux  Evèques  des  Gaules  vers 

428,  comme  nous  avons  dit  plus  amplement  ailleurs,  pour 
leur  représenter  le  péril  où  ils  étoient,  et  la  nécessité  qu'il  y 
avoit  de  secourir  promptement  la  foi*  orthodoxe.  Sur  cela 
les  Evoques  Gaulois  tinrent  une  grande  assemblée,  et  d'un 
commun  avis  on  pria  S.  Germain  et  S.  Loup  Evêque  de 
Troïes,  qui  avoient  tous  deux  la  vertu  et  la  grâce  des  Apô- 
tres, de  se  charger  de  cette  commission.  Plus  elle  paroissoit 
pénible,*  plus  ces  deux  Saints  Héros  l'acceptèrent  avec  joie 
et  s'en  acquittèrent  avec  diligence,  suivant  l'ardeur  de  leur 
Phk.  .in.  p.7n.  foi.  '  Le  Pape  S.  Célestin  y  joignit  son  autorité;  et  nos  deux 

Sainls  évêques  partirait  pour  leur  mission  en  429. 
Sur.  iiiid  p.  4i7  '  Elan!  arrivés  dans  l'Isle,  ils  commencèrent  a  prêcher 
d'abord  dans  les  Eglises,  puis  en  pleine  campagne  à  cause  du 
grand  nombre  de  peuple  qu'altiroient  leurs  prédications. 
On  reniarquoit  en  eux  une  autorité  presque  égale  à  celle  des 
Apôtres,  un  seavoir  éminent,  une  puissance  qui  supposoit 
de  grands  mérites,  et  un  talent  particulier  pour  établir  la 
vérité  qu'ils  annonçoient.  Les  Catholiques  s'affermissoient 
dans  la  foi  ;  ceux  qui  avoient  été  séduits,  reconnoissoient  leur 
erreur,  et  l'abjuroienl;  et  presque  tous  les  Bretons  sans  délai 
embrassèrent  la  vérité, 
n.id.  '  Il  ne  restait  plus  que  les  Chefs  de  l'erreur,  qui  se  tenoient 

cachés,  sans  oser  paroitre.  Enfin  la  honte  les  tira  de  leurs  re- 
traites, et  leur  fit  prendre  le  dessein  de  hazarder  une  confé- 


EVÊQUE  D'AUXERRE.  259 


V  SIECLE. 


rence  publique  en  présence  de  tout  le  peuple ,  qui  devoit 
en  être  le  spectateur  et  le  juge.  On  convint  du  lieu ,  où  ils 
parurent  avec  beaucoup  de  faste  et  d'ostentation.  '  Mais  nos  p-  *»« 
deux  saints  Evêques  les  poussèrent  si  vivement  par  les  pa- 
roles de  l'Ecriture ,  et  par  la  force  de  leurs  raisonnements 
qu'ils  eurent  la  honte  de  se  voir  confondus  devant  tout  le  peu- 
ple ,  qui  put  à  peine  s'empêcher  de  se  jelter  sur  eux  pour  les 
mettre  en  pièces.  '  Par  ce  moïen  soutenus  de  l'éclat  de  leurs  n.  24-27. 
miracles  S.  Germain  et  S.  Loup  vinrent  à  bout  de  détruire 
l'hérésie  ,  de  confondre  ses  fauteurs ,  et  de  faire  rentrer  dans 
la  puri'té  tle  la  foi  ceux  qui  avoient  été  engagés  dans  des 
opinions  contraires. 

A  cette  victoire  sur  l'hérésie  Pélagienne  les  deux  saints 
Evêques  en  ajoutèrent  une  autre  sur  le  Paganisme  ,  '  en  bapti-  p  Wft  ■■  2» 
sant    plusieurs     soldats   Bretons    qui    n'étoient  pas    encore 
Chrétiens. 

Après  de  si  illustres  triomphes  '  les  deux  saints  Prélats  ll»i'1- 
quitteront  la  Grande-Bretagne  et  revinrent  dans  les  Gaules. 
'  Mais  au  bout  de  16  à  17  ans,  S.  Germain  fut  encore  obli-  p  ««•  ***■  »•  ' 
gé  d'y  retourner  avec  S.  Sévère  Evêque  de  Trêves.  Le  sujet 
de  ce  volage  fut  encore  l'hérésie  Pélagienne ,  qu'un  petit  nom- 
bre de  personnes  tachoit  de  répandre  dans  l'Isle.  S.  Germain 
eut  un  aussi  heureux  succès  dans  celle  seconde  commission , 
qu'il  l'avoit  eu  dans  la  première.  Ce  reste  de  Pélagiens  fut 
ou  converti  ou  chassé  du  pais;  et  l'Isle  conserva  depuis  la  foi 
dans  sa  pureté. 

'A  peine  S.  Germain  fut-il  de  retour  à  Auxerre ,  que  les  p  1».  n.S. 
Provinces  Armoriques  envoïercnt  implorer  son  secours  con- 
tre Eocarïc ,  qu'Aëce  Ministre  de  l'Empire  cnvoïoit  pour  les 
punir  de  leur  révolte.  Le  saint  Evêque  qui  ne  donnoit  point 
de  bornes  à  sa  charité ,  entreprit  aussi-tôt  de  s'opposer  lui  seul 
à  ce  Roi  barbare.  Il  alla  à  sa  rencontre  pour  l'arrêter,  et  il 
le  fit  avec  une  liberté  qui  lui  inspira  du  respect  et  de  l'admi- 
ration. Mais  pour  terminer  cette  affaire  S.  Germain  fut  en- 
core obligé  d'aller  trouver  l'Empereur,  '  qui  éloit alors  à  Ra-  p.  «i.  ».  13. 
venue.  '  Presque  chaque  jour  de  sa  route  fut  marqué  par  quel-  1».  422-121, 
que  guérison  miraculeuse.  '  Il  fut  reçu  de  l'Impératrice  Pla-  n.  u. 
cidie  mère  du  jeune  Valenlinien  III,  et  de  toute  leur  Cour 
avec  des  honneurs   extraordinaires.  Ce  fut-là  le  terme   des 
travaux  Apostoliques  de  S.  Germain.  '  11  mourut  à  Ravcnue  p.  m.  m.  23. 
même  le  31e  jour  de  Juillet  448,  après  avoir  passé  dans  l'Epis- 

K  k  ij 


V    SIECLE. 


i!5 


260  S.   GERMAIN, 

copat  30  ans  et  25  jours.  '  Son  corps  fut  rapporté  avec  beau- 

jjii.  ib«j.  P.  a*,  coup  de  solennité  à  Auxerre ,  '  où  il  se  conserva  dans  le  Mo- 
nastère de  son  nom  jusqu'au  temps  des  Calvinistes  ,  qui  n'ont 
pas  eu  horreur  de  réduire  en  cendres  un  Temple  si  précieux 
du  Saint  Esprit. 

Il  est  aisé  de  juger  par  le  détail  de  la  vie  de  S.  Germain  , 

cass.  vit.  p.  47.  î.  que  ce  n'est  point  assurément  lui ,  '  qui  alla  à  Rome  avec  le 
Diacre  Cassien  en  405  pour  la  défense  de  S.  Chrysostôme, 
comme  Simler  dans  la  vie  de  Cassien  l'a  soupçonné.  L'on 

s.  peut  aussi  assurer  '  contre  ce  que  d'autres  ont  cru,  que  ce  n'est 

point  non  plus  S.  Germain,  qui  fit  revenir  de  ses  erreurs  le 
Prêtre  Léporius. 

Mais  nous  ne  devons  pas  oublier  de  marquer  ici  que  l'illus- 

Boii.  3.  Mar.  p.  tre  sainte  Geneviève  Patrone  de  Paris,   '  se  faisoit  gloire 

s**    3i    j  î       d'avoir  eu  nôtre  Saint  pour  maître.  '  Il  est  certain  qu'en  pas- 

4i6.'  417.  n"  '20.'  sant  par  Nanterre  pour  aller  dans  la  Grande  Rretagne ,  il  lui 
donna  les  premières  instructions  pour  vivre  en  vierge  Chré- 

p.  42i.  n.  i.  tienne ,  '  et  qu'une  autre  fois  il  dissipa  par  une  visite  qu'il  lui 
rendit,  les  fâcheux  discours  que  des  gens  mal  intentionnés 

Bail.  i7.  Mar.  p.  tenoient  sur  son  compte.  '  Lie  même  l'illustre  S.  Patrice  Apô- 
tre  de  l'Hibernie  ou  d'Irlande ,  peut  passer  pour  disciple  de 
S.  Germain  ,  qui  le  retint  à  deux  différentes  fois  plus  de  trois 
ans  auprès  de  lui,  et  qui  le  forma  au  ministère  de  l'Eglise. 
Ce  fut  encore  lui  qui  lui  donna  les  plus  importants  avis  pour 
sa  mission  parmi  les  Rarbares  de  l'Hibernie. 

Mai),  m.  i.  3.  p.  '  On  a  encore  la  Messe  que  l'on  disoit  autrefois  le  jour  de 
la  fête  de  S.  Germain  ,  selon  la  Liturgie  Gallicane.  Elle  est 
toute  remplie  des  éloges  de  ses  vertus ,  et  des  travaux  apos- 
toliques ,  que  son  amour  pour  la  foi  et  pour  la  charité  lui  ont 
fait  entreprendre  pendant  30  ans  en  divers  endroits  de  la 

Tiii.  ibid.  p.  o.  terre.  '  On  peut  dire  que  S.  Martin  et  lui ,  sont  les  Saints 
les  plus  révérés  de  la  France ,  où  l'on  trouve  par-tout  des 

sur.  ibid.  p.  420.  Eglises  sous  leur  invocation.  '  S.  Hilaire  d'Arles  avoit  pour 
S.  Germain  un  respect  particulier,  et  l'honoroit  comme  son 
père  et  un  homme  apostolique.  11  l'avoit  connu  à  Arles  mê- 

Tiii.  usid.  p.  io.  me ,  où  le  Saint  avoit  fait  un  voïage  ;  '  et  l'un  et  l'autre  avoient 
reçu  conjointement  les  plaintes  sur  lesquelles  Quelidoine  Evê- 
que  de  Resançon  fut  déposé  en  444 ,  comme  nous  avons  dit 
plus  amplement  ailleurs. 


V    SIECLE. 


I 


EVÉQUE   D'AUXERRE.  261 

S-  H- 

SES  ECRITS. 

.  ne  paroît  nulle  part  aujourd'hui  aucun  monument  qui 

porte  le  nom  de  S.  Germain  d'Auxerre.  Mais  '  il  s'en  trou-  Amb.  t.  2.  Pr.  p. 
ve  un ,  qui  peut  fort  probablement  être  de  lui ,  dans  un  ma-  3' 
nuscrit  del'Abbaïede  S.  Gai  en  Suisse,  que  l'on jugeoit an- 
cien de  mille  ans  avant  la  lin  du  dernier  siècle.  Cet  ouvrage 
porte  pour  titre,  Liber  Sancti  Ambrosii  Episcopi  in  laudeSanc- 
torum  compositus  :  Traité  de  S.  Ambroise  Evêque  composé  à 
la  louange  des  Saints.  On  a  peine  à  comprendre  comment 
on  s'est  avisé  de  faire  porter  à  cet  écrit  le  nom  de  ce  Père  ; 
puisque  l'Auteur  l'y  nomme  en  l'apostrophant.  Dom  Mabil- 
lon  1  aïant  fait  copier  pour  les  éditeurs  de  S.  Ambroise ,  et 
ceux-ci  l'aïant  examiné ,  ils  ont  reconnu  que  c'est  un  sermon 
prêché  par  un  Evêque  anonyme ,  qui  y  fait  mention  de  son 
retour  de  la  Grande  Bretagne ,  où  il  avoit  fait  un  assez  long 
séjour  pour  y  rétablir  la  paix. 

Nous  ne  connoissons  point  dans  l'antiquité  jusqu'où  remon- 
te J'ancienneté  du  manuscrit  qui  contient  cette  pièce ,  aucun 
Evêque  à  qui  les  traits  qui  la  caractérisent,  conviennent 
mieux  qu'à  S.  Germain  d'Auxerre ,  ou  à  S.  Loup  de  Troïes. 
Il  n'y  a  qu'à  se  rappeller  le  volage  que  ces  .deux  grands  Pré- 
lats firent  ensemble  dans  la  Grande  Bretagne ,  pour  y  calmer 
les  troubles  que  l'hérésie  de  Pelage  avoit  causés  dans  cette 
Isle,  comme  nous  l'avons  rapporté  assez  au  long.  Mais  de 
ces  deux  Evêques  la  prévention  est  en  faveur  de  a.  Germain 
à  l'égard  de  l'Auteur  de  cette  pièce.  La  raison  en  est  que 
l'Auteur  de  sa  vie  nous  le  représente  comme  le  chef  de  cette 
célèbre  mission ,  dans  laquelle  il  paroît  avoir  tout  fait  en  la 
compagnie  de  S.  Loup.  D'ailleurs  il  fit  deux  fois  le  voïage 
pour  le  même  sujet ,  ce  que  ne  fit  pas  ce  dernier  ;  et  le  long 
séjour  qu'y  fit  l'Auteur  de  ce  sermon ,  empêche  qu'on  ne  le 
donne  à  S.  Sévère  de  Trêves,  compagnon  de  S.  Germain 
dans  le  second  voïage  qui  fut  de  peu  de  durée. 

'  On  dit  que  les  Actes  qui  contiennent  histoire  de  ce  que  tm.  h.  e.  1.  15. 
firent  S.  Germain  et  S.  Loup  dans  leur  mission ,  sont  entre  p' 16' 
les  mains  d'une  personne  célèbre.  Si  ces  Actes  existent  réel- 
lement ,  comme  on  le  dit ,  la  présomtion  est  encore  pour  les 
regarder  comme  l'ouvrage  de  S.  Germain. 


V    SIECLE. 


2ti±  S.    HILAIBE, 


SAINT    HILAIRE, 

Evkqi'e   d'Arles. 


S-  t 
HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

T    II        11         I*      ê  i  ■ 

p.».'  '  o    MW  Ililairo   naquit   au  commencement   de  ce   siècle, 

•  n.i.  de  lion.  p.     O  on  ne  sçait  pas  bien  précisément  en  quel  lieu.  "  II  pa- 


i1 

* 

».  i 


roit  cependant  que  ce  fut  dans  le  même  pais  que  S.  Hono- 
rât son  prédécesseur,  c'est-à-dire  dans  l'ancienne  Belgique 
Léo,  1. 1.  p.  7.r;.  SUr  les  confins  de  la  Lorraine  et  de  la  Bourgogne.  '  Sa  f;i- 
îù.  ».  ».  *  V'     mille  étoit  illustre  ;  mais  il  en  fut  peut-être  le  plus  grand  or- 
nement. Il  reçut   une  éducation  conforme    à  sa  naissance. 
Loo,  iiiid.  p.  -s.».   '  Il  étudia  l'éloquence  vi  les  belles  letres  ,  et  acquit  une  par- 

r.    I     p.     73.,.  <•.     „    .  .  *  ,         .  ,  'n,   -,  r, 

3.  faite  connoissancc   de    lout  ce  que  les   anciens  Philosophes 

ont  eu  de  plus  élevé  et  de  plus  solide.  Comme  il  avoit  beau- 
p.  732.  t.  i.  coup  de  vivacité  d'esprit ,  et  un  génie  excellent , h  il  devint 
•m^c  *i  *"  bien-tôt  un  torrent  d'éloquence  que  rien  ne  pouvoit  épui- 
ser, (les  qualités  acquises  recevoient  un  grand  relief  par  le 
riche  naturel  et  les  agréments ,  que  la  nature  avoit  mis  en  sa 
personne. 

Tous  ces  avantages  soutenus  par  les  grandes  espérances 
p.  tm.  .-.  3|  un  que  |)euvent  donner  la  noblesse  et  les  richesses,  '  tenoienl  ïli- 
dc  ii»n.  p.  23.  2.  ]aj|>c  a|tacné  au  monde,  elle  meltoient  en  danger  d'y  faire 
h,i .  ii,.  p.  33.  a|  naufrage.  '  S.  Honorai  son  parent  rompit  heureusement  ses 
23. 2 1 2t.  i.  2.  ]j(M|S  ^  je  gagna  a  f)icu  ,  et  l'emmena  avec  lui  dans  le  désert 
de  Lerins,  dont  il  étoit  déjà  Abbé ,  comme  nous  avons  dit 
n>ia  |  Léo,  p.  733.  ailleurs.  Bien  n'est  plus  édifiant  pour  l'Eglise,  '  que  la  manière 
''•  3"  dont  il  raconte  lui-même,  et  son  Panégyriste  après  lui,  qu'il 

fut  arraché  au  siècle ,  plus  par  les  prières  de  S.  Honorai ,  que 
i..o,  p.  735.  r.  s.  par  ses  exhortations.  '  Hilaire  fil  eu  peu  de  temps  sous  cet  ha- 
bile maître  de  grands  progrès  dans  la  vertu. 

Peu  de  temps  après  S.  Honorât  fut  élevé  sur  le  Siège  Epis- 
]..  73<,. ,-.  (i|Tiii.  copal  delà  Ville  d'Arles;  'et  ce  saint  Prélat  étant  mort  au 
11 ''l|'  u-  bout  de  deux  ans  cl  quelques  moi»,  le  10  de  Janvier  iï\) , 

i.«i,  ii.  7.17.,-.  (,.   '  S.  Hilaire  fut  ordonné  à  sa  place  Evèque  de  l'Eglise  la  plus 
7  '  ''"•  ''  **■       considérable  qui  fùl  alors  dans  les  (jaulcs;  quoiqu'il  n'eût  en- 


EVÊQUE  D'A  BLES.  2C>3 

v  VSÏEf.l.K. 


eore  que  28  à  29  ans.  Mais  s'il  fut  honoré  par  cette  dignité, 
l'on  peut  dire  qu'il  De  l'honora  pas  moins  par  ses  vertus  et  par 
sa  sagesse.  '  Des  son  entrée  dans  l'Episcopat  il  prit  pour  mu-  14.  *  Hou.  p. 
déle  de  sa  cdnduile  celle  de  S.  Honorât  sarf  maître  ,  qui  avoil  ,3,   " 
pria  tant  de  soin  de  se  former  en  lui  un  digne  successeur  ;  et  la 
suite  fit  voir  qu'il  copia  parfaitement  cet  excellent  modèle. 
'  Il  brilla  dans  l'Eglise  par  l'éclat  de  toutes  les  vertus,  par  un  sur.  31.  m.  i>. 
feu   divin  que  la  foi  avoit  allumé  dans  son  ame ,  par  une  4"  ' n' 3  ' 
éloquence  toute  céleste  ,  et  par  une  vigilance  infatigable  pour 
faire  observer  la  Loi  du  Seigneur.  '  11  sçut  unir ,  comme  un  l™,  nu.  p.  730. 
autre  S.  Ambroise,  la  fermeté  avec  l'humilité,  mais  une  fer-  74i*' c'"'  "' 
meté  sans  arrogance  ,  et  une  humilité  sans  bassesse.  '  On  voit  p.  730.  <•.  M. 
dans  sa  vie  de  quelle  manière  il  traita  un  Préfet  du  Prétoire 
qui  n'observoit  pas  la  justice  dans  ses  jugements.  11  ne  sça- 
voit  point  flatter  les  personnes  puissantes,  ni  leur  dissimuler 
ce  qu'il  pensoit.  Bien  -  éloigné  de  faire  acception  des  per- 
sonnes, '  il  prêchoit  la  vérité  à  tout  le  monde  dans  toute  sa  cmn.  ihM. 
pureté. 

'  Les  jours  de  jeûne  il  entretenoit  le  peuple  par  ses  discours  î.cu,  ma.  p.  ™>. 
depuis  midi  jusqu'à  quatre  heures  du  soir  sans  se  lasser,  et  7,°'''  "' 
sans  lasser  ceux  qui  étoient  plus  affamés  de  la  parole  de  Dieu. 
'  Aussi  il  avoit  pour  la  prédication  un  don  et  une  grâce  par-  p-  «••  .<■■  "  I 
ticuliere.  •  S'il  n'avoil  pour  auditeurs  que  des  gents  rusti-  •  UoV-Mi.'r.  11. 
ques ,  il  s'accommodoit  à  leur  portée  par  un  style  simple  et 
familier.  Mais  il  le  relevoil  d'une  manière  admirable  ,  s'il  avoit 
à  parler  devant  des  Sçavants  du  siècle.  '  A  la  prédication  de  p.  73H.  m.  7:.o. 
la  parole  de  Dieu ,  il  joignoit  la  lecture  ,  la  méditation  des  li-  '''  8  "'  f  V 
vres  sacrés ,  la  prière ,  le  travail  des  mains,  'sur-tout  l'agri-  Csbr.  mi. 
culture  ;  et  tous  ces  exercices  entremêlés  des  plus  grandes 
austérités  remplissoient  tous  les  moments  de  sa  vie.  '  Quel-  l™.  p.  710.  c. 
quefois  il  s'occupoit  à  trois  choses  en  même  temps  ;  il  lisoit ,  1~ 
il  dictoit ,  et  travailloit  à  quelque  petit  ouvrage  des  mains  tout 
à  la  fois.  '  On  faisoit  toujours  la  lecture  à  sa  table;  et  son  p. 7*1.1-.  12. 
exemple  en  introduisit  la  coutume  chez  les  Evoques  de  di- 
verses villes.  Ce  fut  par  ces  moyens  '  qu'il  acquit  cette  con-  g«m.  ou. 
noissance  des  Ecritures  que  Gennade  relevé  en  lui  avec  éloge. 

Un  prélat  si  instruit  des  devoirs  d'un  Pasteur  ,  et  si  appliqué 
aux  besoins  de  son  peuple ,  ne  pouvoit  négliger  le  soin  des 
pauvres  et  des  affligés.  '  C'étoit  pour  secourir  les  uns  qu'il  n>id. 
vouloit  travailler  des  mains ,  '  et  pour  soulager  les  autres  dans  teo,  p.  73s.  c  8. 
leur  captivité  qu'il  emploïa  toute  l'argenterie ,  et  même  les 


V    SIECLE. 


264  S.  HILAIRE, 


vases  sacrés  des  Eglises.  Générosité  qui  rend  en  cela  S.  Hi- 
Amb-  ojr  i.  s.  laire  comparable  '  à  S.  Ambroise ,  à  S.  Augustin ,  et  à  S.  Exu- 
".'  24 1  Hier,  ep]  père  de  Toulouse ,  qui  avoient  fait  la  même  chose  avant  lui 
tT&aSi  p.  si |  en  de  semblables  occasions.  a  II  plut  à  Dieu  de  glorifier  par 
Le°3  Pj4741  ■ 7*2-  le  don  des  miracles  une  vertu  si  éminente. b  Dès  l'entrée  de 
*  Léo,  p.  735.  son  épiscopat  S.  Hilaire  trouva  moïen  de  faire  fleurir  au  mi- 
s.  '  lieu  de  la  ville  les  vertus  et  la  discipline  des  déserts.  11  forma 

une  Congrégation  de  Clercs ,  selon  quelques-uns  ,  ou  plutôt 
de  Moines ,  selon  le  sens  que  présente  le  texte  de  sa  vie  ,  qui 
vivoient  en  commun  dans  le  mépris  du  monde  et  d'eux-mê- 
mes ,  dans  la  pénitence  et  dans  le  travail ,   dans  l'applica- 
tion aux  lectures  saintes ,  et  dans  la  pratique  de  toutes  les 
vertus. 
Nor.  Mst.  Pei.  i.       '  Le  Cardinal   Noris  dit   que  l'on  ne   doute  point  que  S. 
a.  .-.  s.  p.  199.     Hilaire  n*ait  tenu  un  des  premiers  rangs  dans  le  grand  Con- 
cile des  Gaules  assemblé  en  l'année  429 ,  qui  députa  dans  la 
Grande  Bretagne  S.  Germain  d'Auxerre  et  S.  Loup  de  Troïes, 
pour  y  aller  défendre  la  grâce    contre  les   Pélagiens.  Mais 
nous  avons  montré  qu'il  y  a  plus  d'apparence  que  cette  célè- 
bre assemblée  se  tint  dès  428  sous  l'Episcopat  de  St  Honorât, 
conc.   i.  3.   p.  Dix  à  onze  ans  après  '  S.  Hilaire  présida  au  Concile  assemblé 
1285. 1289.  £  jyeg  je  29e  jje  Novembre  439 ,  pour  remédier  au  désordre 

p.  1452.  de  l'Eglise  d'Embrun,  '  et  en  441  au  premier  qui  se  tint  à 

Orange ,  et  dans  lequel  on  régla  beaucoup  de  choses  impor- 
tantes pour  la  discipline.  On  peut  présumer  qu'il  se  trouva 
p.  1456.  aussi  à  la  tête  '  de  celui  de  Vaison  en  l'année  442.  Si  le  se- 

1.4. p.  i8i7.        cond,  ou   selon    nous  le   troisième  '  Concile  d'Arles,  qui 

{>rend  le  titre  de  grand  Concile  ,  se  tint  en  443  ,  comme  nous 
e  croïons ,  il  n'y  a  pas  de  doute  que  S.  Hilaire  n'y  présidât , 
étant  assemblé  dans  sa  ville  Episcopale. 
Léo,  iWd.  p.  743.       L'année  suivante  '  nôtre  Saint  étant  allé  voir  S.  Germain 
c' 16'  d'Auxerre ,  son  intime  ami ,  ce  qu'il  faisoit  assez  souvent ,  on 

mi.  ibi<i.  p.  70.  lui  porta  de  grandes  plaintes  contre  Quelidoine  '  Evêque  de 
Léo,  iMd.  Besançon.  '  Il  s'assembla  à  ce  sujet  un  Concile  de  plusieurs. 

1463  l'  3'  p"  exceHent8  Evoques ,  '  et  à  Besançon  même  comme  l'on  croit. 
Léo,  p.  744.  'L'affaire  y  aïant  été  examinée  avec  tout  le  soin  et  toute  la 
prudence  possible ,  Quelidoine  y  fut  déposé  de  l'Episcopat  : 
déposition  qui  coûta  bien  des  peines  et  des  fatigues  à  saint 
Hilaire.  Car  Quelidoine  s'étant  pourvu  à  Rome  en  cassation 
de  ce  jugement ,  tout  le  poids  de  cette  grande  affaire  retom- 
Tni.  ibid.  p.  7i.    ba  sur  notre  S.  Evêque ,  qui  avoit  présidé  au  Concile  assem- 

•     blé 


EVÊQUE  D'ARLES.  265 


V   SIECLE. 


blé  contre  lui,  sans  que  l'on  puisse  dire  précisément  pour 

quelle  raison.  '  Alors  S.  Hilaire  suivant  l'ardeur  de  son  zèle  Léo,  ibid. 

et  de  sa  foi ,  se  crut  obligé  d'aller  à  Rome.  11  en  fit  le  voïage 

à  pied  durant  la  plus  grande  rigueur  de  l'hyver.  Mais  outre 

cette  fatigue ,  il  eut  la  douleur  '  d'y  trouver  le  Pape  S.  Léon  eP.  10.  c.  3.  p. 

étrangement  prévenu  contre  lui ,  '  et  de  s'y  voir  maltraité ,  f0^.  c.  17. 

ses  raisons  méprisées ,  '  le  jugement  rendu  contre  Quelidoi-  ep.  10.  c.  3.  p.' 

ne  déclaré  nul,  et  cet  Evêque  déposé,  rétabli  dans  l'Epis-  m 

copat. 

'  L'Auteur  de  la  vie  de  nôtre  Saint  n'osant ,  par  un  principe  p-  m.  t.  n. 
de  prudence  digne  des  plus  grands  éloges ,  prononcer  sur  la 
conduite  de  ces  deux  grands  hommes,  se  contente  de  dire 
que  S.  Hilaire  s'opposa  seul  à  ce  grand  nombre  d'adversaires  ; 

au'il  ne  fut  point  ébranlé  par  leurs  menaces  ;  qu'il  instruisit 
e  la  vérité  ceux  qui  voulurent  l'apprendre;  qu'il  vainquit  ceux 
qui  osèrent  entrer  en  dispute  ;  qu'il  ne  céda  point  aux  puis- 
sants ;  qu'il  aima  mieux  s'exposer  au  danger  de  perdre  la  vie  , 
que  d'admettre  à  sa  communion  celui  qu'il  avoit  déposé  con- 
jointement avec  tant  de  grands  Evêques  ;  qu'enfin  u  crut  de- 
voir quitter,  malgré  la  continuation  de  l'nyver,  ceux  qu'il 
n'avoit  pu  fléchir  par  ses  raisons. 

Cette  contestation  n'en  demeura  pas  là.  Elle  autorisa  di- 
verses personnes  '  à  charger  S.  Hilaire  de  plusieurs  accusa-  ep.  10.  p.  429- 
tions  odieuses ,  mais  supposées ,  que  S.  Léon  relevé  dans  sa 
letre  à  l'Eglise  des  Gaules  ,  et  à  faire  valoir  l'affaire  de  l'Evê- 

3ue  Projecte  '  différent  de  l'Evêque  de  Die  de  même  nom  ;  ni.  iwa.  p.  w- 
e  quoi  néanmoins  S.  Hilaire  se  trouve  pleinement  justifié  p*  431.  ta. 
par  de  très-habiles  écrivains.  En   conséquence  de  tout  cela 
'  S.  Léon  le  déclara  séparé  de  la  communion  ,  a  lui  ôta  la  ju-  Con*.  t.  3.  p.  1400. 
risdiction  non-seulement  sur  les  autres  provinces ,  mais  sur  la  '  p' 
Viennoise  même,  et  lui  défendit  d'ordonner  aucun  Evêque, 
et  de  se  trouver  même  à  aucune  ordination.  Ce  Pape  alla  en- 
core plus  loin.  '  Il  s'adressa  à  l'Empereur  Valentinien  III ,  et  p.  1*01  1  Léo,  t. 
en  obtint  un  rescrit  célèbre  contre  S.  Hilaire,  qui  y  estre-  p^fë.43*  '  cnn' 
présenté   comme  un    homme  rebelle  à  l'autorité  du  Siège 
Apostolique  ,   et  à  la  Majesté  de  l'Empire.  Ce  rescrit  est  du 
6e  jour  de  Juin  445. 

'  S.  Hilaire  cependant ,  toujours  égal  à  lui-même  sans  se  Léo,  t.  1.  p.  7*4. 
laisser  emporter  ni  au  trouble  que  cause  le  chagrin ,  ni  à  la  7i5'  c* 
joie  qu'inspire  la  défense  d'une  juste  cause;  toujours  ferme  et 
constant,  mais  aussi  toujours  humble,  n'omit  rien  pourap- 

Tome  II.  L  1 


V    SIECLE 


:>()(>  S.  iiïlaiki-:, 


paiser  S.   Léon.   Il  lui  lit  môme  toutes  les  soumissions  et 
toutes  les  avances  que  son  humilité  lui  fit  juger  légitimes. 
Mais  afin  que  le  publie  pût  se  mettre  au  fait  d'une  affaire 
si  éclatante  ,  il  se  crut  obligé  de  publier  divers  écrits  pour 
la  défense  de  sa  cause.  Ce  furent  là  des  dernières  actions 
i>.  7i.-i.  c.  i8.        de  sa  vie.  'Depuis,  il  se  donna  tout  entier  à  la  prière,  à  la 
prédication,  et   ne    songea  plus    qu'à    redoubler    sa    péni- 
tence  et  ses   charités  envers  les  pauvres.  Consumé  par  ses 
austérités  et  par  ses  travaux,  il  mourut,  lors  qu'à  peine  il 
ivos.  t.  du.  p.  avoit    achevé    la    48*    année    de    sou    âge,  '  le  5e  jour   de 
ïvï.  'i^'cM:  Mai  de  l'an  lit).  '11  est  certain  par  une  lelre  de  S.  Léon 
p-  -i3-  du  2(V'  d'Août  de  la  même   année   (pie   nôtre    Saint  avoit 

ans.  '  "*"    l'  l>'  alors  pour  successeur  Raveriiic  un  de  ses  Prêtres.  Ainsi  l'on 
••  r.cim.  vir.  mil.  c.  ne  doit  pas  s'arrêter  b  à  (ieimade  qui  dit  qu'il  mourut  sous 
Marcien  ;  puisque  cet  Empereur  ne  commença  à  régner  qu'en 
VÔO.    Encore    moins   devons -nous    écouter    quelques    mo- 
dernes, qui  le  font  mourir,  les  uns,  comme  Rellarmin,  dès  4  i.">, 
les  autres  comme  Auberi  le  Mire,  en  tit». 
Léo.  iiii<i.  p.  t*t.       '  Le  Corps  de  Saint  Hilaire  fut  enterré  dans  l'Eglise  de.  S. 
''"**•  Genès,  où  celui  de  S.  Honorât  avoit  été    inhumé,  comme 

nous  l'avons  marqué  ailleurs.  Tout  le  peuple  accourut  à  l'en- 
terrement du  saint,  et  donna  divers  témoignages  de  la  véné- 
ration qu'il  lui  portoit.  Les  Juifs  mêmes  s'y  trouvèrent,  et  y 
chanloient  en  Hébreu  des  Pseaumes  pour  honorer  ses  funé- 
railles, '  Son  nom  est  célèbre  au  .">°  jour  de  Mai  dans  te  mar- 
tyrologe Romain,  aussi  bien  que  dans  tous  les  autres.  a  Dieu 
justifia  l'estime  que  l'on  faisoit  de  la  sainteté  de  son  servi- 
teur, par  les  miracles  continuels  qui  se  firent  à  son  tom- 
beau. '  On  le  voit  encore  couvert  d'une  grande  pierre 
de  marbre,  sur  laquelle  on  lit  cette  Inscription  :  m/aire 
Pontife  de  la  Loi  sacrée  repose  en  ce  lieu.  Et  sur  une  autre 
table  de  marbre  mise  contre  le  mur,  il  y  a  l'Epitaphe  suivante, 
nu.  ii.i.i.  p.  m     '  que  l'on  croit  être  du  même  Auteur  qui  a  écrit  sa  vie. 

E  P  I  T  A  1»  II  E. 


(.ail.     Ch. 

i .  p.  :i<>. 

•    \a'i>,    p. 
SI. 

vel.  t. 
VM.  c. 

l.'Tin.     j>. 
Lmi,  p.  7.". 

117.  | 
1.  f.  t\. 

I.       .    il. il    |      I..TIII. 

|i.    117.   MX. 


'AnlisUs  D'iiniiii.  <|iii  paupertaltt  .iinororii 
l'rn'iioiicns  iiuro,  rupuil  rirluslia  ivgtt! 
tlilnrius:  cni  [tahiui  oiiiius.  et  riverc  (Iltrisius: 
(;oiil';;iiiiciis  l'r.iuil:  ni  (crriui  iurporis  usuni, 
Hic  nantis  spolimn  li'iuii  ?.  I  antrs  vohn»: 


EVEQUE    D'A  Kl,  ES.  207 


V  SHÎCLE. 


Sporuitopes  dum  quîrril  opes,  morlalia  inutans. 
Perpétua  cœlum  Jouis  lerresliïbus  émit  : 
,    Gemma  saeerdotum,  pli-bisque  offusque  Magister. 
Rustica  quin  etiam  pro  Christo  muniasumeiis, 
1  Sorvile  obscquium,  non  dedignatus  adiré 
Officio  vixit  minimus,  sed  culmine  summus. 
Nec  mirum  si  post  meruit  tua  lumina,  Clirislc, 
Angelicasque  domos  intravit  et  tares  régna, 
Divitias,  paradise,  tuas,  fragantia  semper 
Gramina,  et  halantes  divinis  floribus  hortos, 
Subjectasque  videt  nubes  et  sydera  rœli. 

Nous  avons  déjà  remarqué  que  S.  Hilaire  se  trouvoit  pa- 
rent de  S.  Honorât  son  illustre  prédécesseur.  '  Il  avoit  un  frère  l<k»,  t.  i.  p.  73r> 
à  qui  il  vendit  son  bien  en  quittant  le  monde,  a  et  une  sœur  ï'suY.  29.  Jui.  p. 
nommée  Piméniole,  qui  épousa  S.  Loup,  depuis  Evêque  de  390- 
Troïes.  '  Plusieurs  auteurs  célèbres  parmi  les  anciens,  sont  Loin.  p.  m. 
remplis  des  éloges  qu'ils  ont  donnés  au  sçavoir  et  à  la  vertu  de 
S.  Hilaire.  '  S.  Euclier  entre  autres  a  beaucoup  estimé  la  BMh,  ad  m.  p. 
beauté  de  son  esprit  et  de  ses  discours.  b  Et  les  autres  person-  *{0.  «?.  ^Leo'  l'- 
nés  les  plus  babiles  de  son  temps  en  ont  témoigné  une  estime  " Lco' iLiU- 
extraordinaire,  jusqu'à  l'égaler  à  S.  Augustin  '  pour  l'esprit.  Tin.  ibid.  p.  37. 
Car  pour  l'élocution,  celle  de  S.  Hilaire  est  même  plus  belie  ; 
S.  Augustin  n'aïant  travaillé  que  pour  rendre  la  sienne  plus 
simple  et  plus  claire.  Au  moins  '  Livius  poëte  célèbre  en  ce  Lm,ttM. 
siècle,  ne  faisoit  pas  difficulté  de  dire,  que  si  S.  Hilaire 
eût  paru  avant  Saint  Augustin,  il  l'auroit  surpassé  pour  l'é- 
loquence. '  Ce  génie  immortel,  dit  Gennade,  en  parlant  de  <;.na.  iimi. 
nôtre  Saint,  nous  a  laissé  peu  d'écrits;  mais  ils  suffisent  pour 
nous  faire  connoître  et  son  érudition  et  son  éloquence  Chré- 
tienne. '  Pomere  contemporain  de  Gennade,  compare  nô-  Pom.  vit.  «ont.  . 
tre  saint  Evêque  à  S.  Paulin  de  Noie,  tant  pour  l'érudition  2'  '"'  9'  "'  ' 
sacrée  et  profane,  que  pour  le  détachement  des  biens  de  la 
terre,  et  la  sainteté  de  vie. 

Mais  ce  qui  lui  fut  encore  bien  glorieux  devant  les  hom-  Léo,  mi  p.  74'». 
mes,  et  bien  méritoire  devant  Dieu,  fut  la  pieté  de  ses  suc-  '''  2:'        * 
cesseurs,  et  d'un  grand  nombre  d'autres  personnes  qu'il  avoit 
élevées  à  l'Episcopat;  après  les  avoir  formées  lui-même  à  la 
pieté,  et  par  ses  avis  et  par  ses  corrections,  tantôt  remplies  de 

1  Ce  dixième  vers  manque  dans  Baronins  où  se  trouve  aussi  cette  épitaphe. 

Ll  ij 


V  SIECLE. 


268  S.    HILAIRE 


'  douceur,  tantôt  accompagnées  de  force,  selon  le  besoin.  On 
le  voïoit  revivre  dans  ces  Evoques  qu'il  avoit  formés  et 
donnés  à  l'Eglise.  Et  eux  de  leur  côté  répandant  par  tout  ce 
qu'ils  avoient  appris  de  ses  instructions  et  de  son  exemple, 
multiplièrent  sa  couronne  en  multipliant  les  véritables  servi- 
Fm.  wb.  ph.  p.  teurs  de  J.  C.  '  Frisius  fait  de  nôtre  Saint  deux  personnes  dif- 
férentes. 11  en  établit  un  Evoque  d'Arles  et  Auteur  de  la  vie  de 
S.  Honorât,  et  fait  l'autre,  Evêque  de  Vienne,  lequel,  dit-il, 
entra  en  dispute  avec  le  Pape  S.  Léon. 

S-  il. 

SES  ECRITS  QUI  NOUS  RESTENT. 

G*nn.  vir.  in.  c.  '  y  es   ouvrages   que    laissa   S.    Hilaire,    étoient  en  petit 
JU  nombre  et  assez  courts.   Mais  ils  suffisoient,   comme 
nous  l'avons  déjà  remarqué,  pour  faire  connoître  son  érudi- 
ihiiL  i  isid.  scri.  tion,  son  génie  admirable  et  la  pureté  de  sa  foi.  '  Gennade  et 
c16-  S.  Isidore  de  Séville  ne  marquent  en  particulier  que  la  vie, 

ou  plutôt  l'oraison  funèbre  de  S.  Honorât  son  prédécesseur 
m  h.  e.  t.  îs.  dans  le  Siège  épiscopal  d'Arles.  '  Ce  Panégyrique  est  devenu 
p-  fort  célèbre,  et  on  le  regarde  comme  le  chef-d  œuvre  de  son 

Hn.de  Hon.  p.  6.  Auteur.  '  S.  Hilaire  le  prononça  le  jour  même  de  la  mort  de 
Ti'uMt.  «.p.  485|  S.  Honorât  en  présence  du  peuple  d'Arles,  '  c'est-à-dire  le  16* 
t.  «.  p.  m.  jour  de  Janvier,  et  comme  il  paroît  dès  l'an  430,  un  an  après  la 
isid.  ibid.  m0I"t  du  Saint.  '  S.  Isidore  y  loue  la  douceur  et  l'élégance  du 

Aum.  p.   462  |    style  de  S.  Hilaire;  '  et  un  excellent  juge  des  belles  pièces  dit, 
™- 1  '-5  **•  3Ç-  qu'il  n'y  a  peut-être  point  dans  toute  1  antiquité  Ecclésiastique 
d'oraison  funèbre  qui  égale  en  esprit  et  en  éloquence  celle  dont 
nous  parlons.  Elle  est  remplie  en  effet  d'une  pieté  ardente 
et  agréable;  en  louant  un  Saint,  elle  apprend  admirable- 
ment ce  qu'il  faut  faire  pour  le  devenir.  Baronius  fait  deux 
ouvrages  différents  de  cette  oraison  funèbre  et  de  la  vie  de 
S.  Honorât  par  S.  Hilaire,  quoique  ce  ne  soit  que  la  même* 
pièce. 
Kb.  s.  vin.  cen.       '  Elle  fut  imprimée  à  Paris  chez  Giles  Gorbin  l'an  1578  en 
un  petit  volume  in-8°  par  les  soins  de  Génebrard,  qui  y  joignit 
l'excellente  letre  de  S.  Eucher  à  S.  Hilaire  sur  l'éloge  du  dé- 
sert, et  quelques  autres  petits  opuscules  d'autres  Auteurs.  Il 
est  à  propos  d'avertir  qu'il  faut  bien  se  donner  de  garde  de 
Kb.  Teii.  p.  145.  confondre  cet  écrit  '  avec  une  vie  de  S.  Honorât,  imprimée 


EVEQUE   D'ARLES.  269  J^^ 

à  Paris  chez  Jean  Petit  l'an  1511  en  un  volume  in-4°.  'Celle-ci  Boii.  ib.  jan.  p. 
n'est  qu'un  tissu  de  fables  et  de  rêveries,  parmi  lesquelles  16,  n- 6- 
néanmoins  l'Auteur  oisif  et  impertinent  a  inséré  diverses  cho- 
ses tirées  de  l'écrit  de  S.  Hilaire  et  de  l'éloge  du  désert  par 
S.  Eucher.  '  On  ne  peut,  dit  le  Cardinal  Baronius,  lire  cette  Bar.  an.  un.  n. 
pièce  sans  nausée,  à  moins  que  de  joindre  une  ignorance  crasse  19' 
à  une  insensibilité  extrême. 

L'ouvrage  de  S.  Hilaire  est  passé  dans  différents  recueils. 
'Suriusnous  l'a  donné  au  16e  jour  de' Janvier,  a  Bollandus  sur.  i6.  Jan.  p. 
après  lui  au  même  jour.  b  Vincent  Barrali  l'a  aussi  inséré  dans  îjâfjyj,  P.  «. 
sa  chronologie  de  Lerins. c  II  fut  encore  imprimé  à  Paris  chez  £"?*■.*• 
Cramoisy  l'an  1673  en  un  volume  in-12°,  avec  deux  opuscu-  »B».  t£.p.m. 
les  de  S.  Eucher,  l'un  sur  l'éloge  du  désert,  et  l'autre  du  mé-  2> 
pris  du  monde  ;  le  tout  sous  ce  titre,  Via  ad  Mternitatem,  Le 
chemin  de  l'Eternité.  '  Le  P.  Quesnel  nous  a  aussi  donné  le  Uo>  t.  P.  752- 
même  écrit  de  S.  Hilaire,  avec  sa  vie  composée  par  S.  Ho-  77°- 
norat  de  Marseille,  à  la  fin  du  premier  volume  de  son  édi- 
tion des  œuvres  de  S.  Léon.  Outre  ces  éditions  du  texte 
original,  nous  en  avons  une  traduction  françoise  par  M.  du 
Fossé.  '  L'éloge  de  S.  Venance  qui  est  dans  Barrali,  a  été  Lerin.  p.  m-m. 
presque  tout  tiré  de  cet  ouvrage. 

'  On  attribue  aussi  généralement  à  S.  Hilaire,  comme  une  m  h.  e.  t.  i.v 
chose  sans  difficulté,  la  relation  d'un  miracle  arrivé  à  Arles  p'  m' 
au  jour  de  la  fête  de  S.  Genès  par  les  mérites  de  ce  S.  Mar- 
tyr, du  temps  de  S.  Honorât  Evêque  de  la  ville.  '  Nous  avons  sur.  as.  Aug.  p. 
ce  discours  ou  homélie  au  25e  d'Août  dans  Surius,  qui  en  895"897- 
a  un  peu  changé  le  style.  '  Le  P.  Quesnel  croit  néanmoins  Léo,  t.  1.  p.  730. 
que  cette  homélie  n'a  pas  l'éloquence  de  S.  Hilaire,  et  qu'elle 
approche  plus  du  style  de  S.  Honorât  de  Marseille.  '  Mais,  Tin.  ou. 
outre  que  d'autres  jugent  qu'il  ne  se  trouve  rien  qui  soit  in- 
digne de  S.  Hilaire,  il  est  certain  que  l'auteur  étoit  présent 
à  l'événement  qu'il  raconte,  et  qui  arriva  en  427  ou  428  :  ce 
qui  est  bien  éloigné  de  l'an  494,  auquel  Honorât  de  Mar- 
seille vivoit  encore.  Nous  croïons  aussi  que  l'homélie  sur  le 
même  S.  Genès,  qui  se  trouve  au  même  endroit  dans  Su- 
rius, et  qui  est  la  oO*  entre  celles  qui  portent  le  nom  d'Eu- 
sebe  d'Ëmese,  mais  qu'il  faut  bien  distinguer  des  actes  du 
martyre  de  S.  Genès,  est  l'ouvrage  de  S.  Hilaire.  '  Il  est  cer-  Emis.  nom.  50.  p. 
tain  qu'elle  a  été  prononcée  à  Arles;  et  cela  suffit  avec  le  m '*' 
style  qui  en  est  beau,  pour  la  donner  à  S.  Hilaire,  plutôt  qu'à 
2  0 


V   SIECLIC. 


270  S.    HILAIKE, 

S.  Eucher,  à  S.  Paulin,  à  S.  Patient  de  Lyon,  etc.,  à  qui  d'au- 
tres l'attribuent. 

Enfin  pour  achever  le  catalogue  des  écrits  qui  nous  restent 
Hii.  de  Hon.  p.  de  S.  Hilaire,  '  nous  avons  une  de  ses  lelres  assez  courte, 
TTC.1  Lco,',b,d'  p'  écrite  à  S.  Eucher  sur  ses  Institutions.  Ce  sont-là  tous  les  ou- 
vrages que  l'on  nous  ait  conservés  de  ce  grand  homme,  et  qui 
soient  certainement  de  lui. 

S-  ni 

SES  ÉCRITS  PERDUS. 


M'' 


aïs  il  en  avoit  composé  plusieurs  autres,  que  l'on  n'a  pu 
encore  recouvrer  jusqu'ici,  quoiqu'ils  fussent  peut-être 
plus  considérables  que  les  précédents. 
1.00. 1. 1.  p.  740.  1°.  '  Il  avoit  fait,  selon  l'Auteur  de  sa  vie,  des  homélies  pour 
p.  117so|Bih.  pi>.  toutes  les  Fêtes  de  l'année.  '  On  croit  qu'il  y  en  peut  avoir 
t.  g.  p.  oi9.  i.  plusieurs  parmi  celles  qui  portent  le  nom  d'Eusebe  d'Emese; 
mais  il  ne  seroit  pas  aisé  de  les  discerner.  Nous  ne  vôïons 
Emis.  iiom.  m.  pas  néanmoins  qu'il  y  ait  lieu  de  douter,  '  que  la  50''  qui  est 
p.  su.  i.  gur  g  Genès,  et  que  quelques  Ecrivains  paroissent  avoir  con- 

fondue avec  les  Actes  du  martyre  de  ce  Saint,  n'appartiennent 
à  S.  Hilaire.  Nous  l'avons  déjà  marquée  entre  les  écrits  qui 
nous  restent  de  lui;  et  l'on  n'a  point  de  preuves  solides  pour  la 
donner  à  d'autres. 
Ua.  P.  7*0.  c.  ii.  2°.  '  Saint  Hilaire  avoit  fait  une  explication  du  Symbole, 
très-digne  d'être  recherchée,  au  jugement  de  S.  Honorât  de 
i)n  fin,  bii).  t.  4.  Marseille.  '  Sur  cela  M.  Du  Pin  pense  que  la  première  ho- 
mélie sur  le  Symbole,  qui  fait  la  neuvième  parmi  les  îiG  qui 
portent  le  nom  d'Eusebe  d'Emese,  pourroit  être  de  nôtre 
Saint.  Mais  ce  n'est  point  assurément  cette  homélie  que  S. 
Honorât  a  voulu  marquer  sous  l'explication  du  Symbole, 
puisqu'elle  est  de  Fauste  de  Ries,  comme  nous  le  prouverons 
en  son  lieu. 
i.co.  iimi.  3".  '  Saint  Hilaire  avoit  écrit  aussi  quantité  de  letres, a  au 

^Yëo/'p-  74i0,<-.  nombre  desquelles  on  croit  devoir  mettre  b  plusieurs  écrits, 
17 •  qu'il  publia  pour  la  défense  de  la  justice  de  sa  cause  contre 

le  Pape  S.  Léon.  Nous  avons  déjà  remarqué  qu'il  ne  nous 
reste  plus  qu'une  seule  letre  de  nôtre  Saint,  écrite  à  S.  Eu- 

eu.i..  ad  lin.  p.  cher.  Mais  '  il  est  certain  qu'il  en  avoit  écrit  au  même  plu- 
41.  a.  '  r 


p.  418. 


EVEQUE    D'ARLES.  271 


sieurs  autres,  et  très-longues  et  très-éloquentes,  comme  S. 
EucheF  le  témoigne  lui-même  en  lui  adressant  l'éloge  du  désert. 
Undà,  lui  dit-il,  r/nia  me  respondere  copiosiùs  spatiosissimis  ac 
facundissimis  Uteris  tuis  sœpè  postulas.  Le  jugement  qu'en 
porte  saint  Eucher  s'accorde  parfaitement  '  avec  l'estime  qu'en  Léo,  t.  i.  7*0. 
faisoit  Auxiliaire  Préfet  de  Home,  qui  étoit  bien  capable  d'en  '**•*•  "•  ,7 
juger;  puisqu'il  étoit  un  maître  en  fait  d'éloquence.  II  man- 
que d'expressions  pour  en  relever  le  mérite:  et  à  son  avis, 
l'éloquence  y  brilloit  avec  autant  d'éclat,  que  leur  Auteur 
brilloit  lui-même  entre  les  hommes  de  son  siècle,  par  sa  mo- 
destie et  ses  autres  vertus. 

4*.  '  Saint  Hilaire  fit  encore  quelques  pièces  de  vers,  qui  p.  no.  c.  11 
marquoient   l'abondance  et  le  feu  de  l'esprit  de  leur  Auteur. 
C'est  tout  ce  que  l'on  sçait  de  ses  poésies  ;  car  celles  que  l'on 
a  publiées  sous  son  nom,  ne  sont  point  de  lui,  comme  nous 
dirons  bientôt. 

5°.  '  Il  paroit  qu'il  avoil  laissé  quelques  autres  monuments  i>-  732.  c.  1. 
fort  estimables  d'érudition  profane,  tant  sur  l'éloquence  que 
sur  la  philosophie,  où  l'on  découvrait  le  fond  inépuisable  de 
son  sçavoir  en  ces  deux  genres  de  liternlure.  In  exhaustum 
farundiœ  f'ontem,  dit  l'Auteur  de  sa  vit;,  philosophicovum 
dot/malum  interiorem  veramque  doctrinam  prœclara  postcris 
tradita  ejus  eloquio  monumcnta  tcslantur. 

|.  IV. 
SES  ECRITS  SUPPOSÉS. 


N 


ors  avons   divers  autres  ouvrages,  qui  portent  le  nom 
de  S.  Hilaire;  mais  il  n'y  a  nulle  preuve  certaine  qu'ils 
soient  de  lui.  Au  contraire  on  croit  en  avoir  d'assez  bonnes 
pour  ne  l'en  pas  juger  Auteur.  Ces  ouvrages  sont,  1°.  '  Les  Genn.  vir.  m.  t. 
six  premiers  chapitres  de  la  Genèse  en  vers  héroïques,  adres-  ti9nM- 
ses  au  Pape  S.  Léon  I.  '  Le  premier  qui  publia  ce  poëme,   un.  app.  p.  1370. 
mais  sous  le  nom  de  S.  Hilaire  de  Poitiers,  lut  Louis  le  Mire, 
qui  l'inséra  dans  l'édition  des  œuvres  de  ce  Père,  qu'il  donna 
en  1344.  Il  l'avoit  tiré  d'un  manuscrit  de  la  Bibliothèque  de 
S.  Victor  de  Paris,  *  qui  l'attribue  à  S.  Hilaire  de  Poitiers.   •  Anj.  n« ;«o.  u.  1. 
'  Episcopius  le  mit  aussi  dans  son  édition  du  même  Père,  syii.    poo.    efcr. 
faite  à  Basle  en  1570,  et  à  Paris  en  1005.  '  Dès  1550  Guil-  J^-""-  '■  3-  *■ 
laume  Morel  le  publia  séparément  sous  le  même  nom;  '  ce  syiiPibid. 


272  S.   HILAIRE, 

V    SIECLE. 

qu'il  fit  encore  l'année  suivante  en  un  volume  in-8°,  avec  les 
poésies  de  Claudius  Marius  Victor.  La  même  année  Pul- 
mannus  le  joignit  au  poëme  de  S.  Paulin  de  Noie,  et  fit 
imprimer  l'un  et  l'autre  à  Anvers  en  un  volume  in-16°.  Fa- 
bricius  le  fit  ensuite  entrer  dans  son  recueil  des  Poètes,  et  les 
éditeurs  de  la  Bibliothèque  des  Pères,  et  du  chœur  des  Poëtes, 
Hu.app.  ibid.  dans  leur  collection.  '  Jean  Weitzius  en  donna  encore  une 
édition  séparément  en  un  volume  in-8°  avec  d'amples  com- 
mentaires, à  Francfort  l'an  1625. 
ibid.  De  sorte  que  ce  poëme  '  retint  le  nom  de  S.  Hilaire  de 

•    Poitiers,  jusqu'à  ce  que  Sixte  de  Sienne  et  Gillot  l'eurent 
attribué  à  S.  Hilaire  d'Arles  ;  mais  il  ne  paroît  pas  sur  quel 
Léo.  1. 1.  P.  i7i-  fondement  ils  l'ont  fait.  C'est  sur  leur  autorité  seule  '  que  le 
n6-  P.  Quesnel  l'a  mis  avec  les  autres  opuscules  de  nôtre  Saint 

à  la  fin  des  œuvres  de  S.  Léon;  quoiqu'il  y  reconnoisse 
plusieurs  fautes,  qui,  dit-il,  ne  seroient  pas  même  pardonna- 
Du  Pin,  bib.  t.  4.  oies  à  un  commençant.  '  M.  Du  Pin  et  Cave  le  lui  attribuent 
p.'  m.  ^  ' Cave'  aussi,  •  sans  en  donner  d'autre  raison  que  l'inscription.  Ce 
«  Tiii.  ibid.  p.  98.  n'est  pas  ja  première  mauvaise  pièce  attribuée  à  un  excellent 
mi.  app.  p.  1370.  Auteur.  En  effet,  '  si  l'on  juge  ce  poëme  indigne  de  S.  Hi- 
laire de  Poitiers,  on  ne  voit  point  qu'il  y  ait  aucune  raison 
de  le  donner  à  S.  Hilaire  d'Arles.  Dom  Coûtant  néanmoins 
l'a  mis  à  la  fin  des  ouvrages  du  premier,  mais  en  prouvant 
bu  pin,  ibid.  p.  qu'il  n'est  point  de  lui.  '  M.  Du  Pin  convient  d'ailleurs  que 
401  •  ce  poëme  n'a  rien  de  noble,  qu'il  ne  contient  rien  de  remar- 

quable, et  qu'il  est  bien  éloigné  de  la  beauté  et  de  l'élégance  de 
la  vie  de  S.  Honorât.  Il  n'en  faudroit  pas  davantage  pour 
conclure  qu'il  n'est  point  de  S.  Hilaire  d'Arles,  non  plus  que 
de  S.  Hilaire  de  Poitiers. 
LiP.  bib.  th.  t.  s.  2*.  '  On  trouve  un  poëme  sur  les  victoires  et  le  triomphe 
p'411'  des  sept  frères  Maccabees,  imprimé  à  Lyon  en  l'an  1605  en 

syii.  poet.  chr.      un  volume  in-8°,  sous  le  nom  de  S.  Hilaire  de  Poitiers.  '  Bar- 
thius  en  divers  endroits  de  ses  écrits  l'attribue  à  S.  Hilaire 
Fior.  wb.  t.  2. p.  d'Arles;  '  le  P.  Dubois  qui  l'a  donné  dans  la  Bibliothèque 
198-210.  jg  pigyj.^  ie  crojt  (je  i'un  ou  ^  l'autre  Hilaire.  Cependant 

ni  lui  ni  Barthiusne  disent  rien  pour  appuïer  leur  opinion. 
Lab.  scri.  1. 1.  p.  '  Il  est  vrai,  selon  le  rapport  du  P.  Labbe,  que  quelques  ma- 
s^i.  poei.  cbr.  nuscrits  attribuent  ce  poëme  à  un  Hilaire.  '  Mais  divers 
autres  Auteurs,  apparemment  fondés  aussi  sur  les  manus- 
crits, l'ont  donné,  les  uns  à  S.  Cyprien,  d'autres  à  S.  Vic- 
torin  de  Petaw,  et  quelques  autres  à  Victorin  l'Africain, 

ou 


V  SIECLE. 


EVÈQUE    D'ARLES.  273 

ou  l'Oraleur;  et  c'est  sous  le  nom  de  ce  dernier  qu'il  est  dans 
l'Antidotum  et  dans  la  Bibliothèque  des  Pères. 

3°.  Quelques  écrivains  attribuent  encore  à  S.  Hilaire  les 
actes  de  Saint  Genès  Martyr  à  Arles  :  mais  c'est  sans  aucun 
fondement  particulier  que  l'on  connoisse.  11  n'y  a  peut-être 
que  le  lieu  du  martyre  de  ce  Saint,  qui  ait  fait  naître  cette 
opinion,  et  qui  véritablement  feroit  juger  que  ces  actes 
conviendroient  mieux  à  S.  Hilaire,  qui  a  été  Evêque  d'Arles, 
qu'à  S.  Paulin  de  Noie.  Mais  comme  plusieurs  manuscrits 
les  donnent  au  B.  Paulin  Evêque,  et  qu'il  n'y  en  a  aucun  qui 
porte  le  nom  de  S.  Hilaire,  cette  preuve  doit  l'emporter  sur 
une  vraisemblance. 

4°.  '  Le  Cardinal  Noris  croit  que  le  Poëme  sur  la  Provi-  Nor.  y*.  pei.  î. 
dence,  qui  porte  le  nom  de  S.  Prosper,  peut  être  de  S.  Hilaire,  2' c'  ,3'  p' a63' 
parce,  dit-il ,  que  ce  Poëme  est  visiblement  Sémipélagien. 
'  Cette  raison,  comme  le  remarque  un  célèbre  écrivain,  est  tîii.  h.  e.  t.  is. 
bien  foible,  et  bien  injurieuse  à  S.  Hilaire.  Mais  outre  cela  p  9 
l'Auteur  de  ce  poëme  décrit  quelques  particularités  de  sa  vie, 
qui  ne  paroissent  pas  convenir  à  S.  flilaire,  et  dont  en  effet 
S\  Honorât  ne  parle  point.  11  le  composa  dix  ans  après  l'entrée 
des  Barbares  dans  les  Gaules,  c'est-à-dire  en  416,  lorsque  S. 
Hilaire  n'avoit  que  quinze  à  seize  ans.  . 

5°.  '  Enfin  Vossius  et  quelques  autres  confondant  S.  Hi-  Prosp.  p.  sw.  sw. 
laire  d'Arles  avec  Hilaire  compagnon  de  S.  Prosper,  ont  at- 
tribué au  premier  le  Traité  de  la  Vocation  des  Gentils.  Ce 
sont  deux  opinions  que  nous  avons  déjà  réfutées  suffisamment 
en  parlant  de  l'autre  Hilaire.  A  la  vérité  '  l'opinion  qui  les  con-  Apoi.de*  pp.  i.  a 
fond  tous  deux  est  assez  ancienne,  puisqu  elle  étoit  née  du  c  2  p' 
temps  d'Hincmar.  Mais  l'Auteur  de  l'Apologie  des  Pères, 
'  et  M.  de  Tillemont  l'ont  détruite  d'une  manière  si  solide,  tïii.  t.  «.  p.  10*3. 
qu'il  ne  lui  reste  plus  aujourd'hui  le  moindre  appui.  La  letre 
seule  de  S.  Prosper,  qui  fut  envoyée  à  S.  Augustin  avec  celle 
d'Hilaire  son  collègue  '  et  dans  laquelle  il  est  parlé  de  S.  Hi-  Au«-  «p-  s».  »• 
laire  comme  étant  déjà  Evêque  d'Arles,  et  peu  éloigné  de 
donner  dans  les  sentiments  des  Semipélagiens,  cette  letre  seu- 
le, dis-je,  suffiroit  pour  distinguer  ces  deux  Hilaires.  (X) 


Tome  II.  M  m 

2  0    * 


V    SIECLE. 


274  S       il  1  L  A  1  R  E  , 

i  V. 

SA  DOCTRINE  SUR  LA  GRACE  ET  LA  PRÉDESTINATION. 

Ang.eji.*».  o.o.  pviiELQi'K  '  illustre  que  fût  Ililaire  par  ses  mérites  cl  par 
\/  sa  dignité,  et  quoiqu'on  tout  le  reste  il  suivit  la  doctri- 
ne de  Saint  Augustin,  dont  il  étoit  l'admirateur,  il  ne  laissa 
pas  de  souffrir  bien  de  la  difficulté  au  sujet  de  sa  doctrine  sur 

Uaii.  chr.  nw.  i.  la  prédestination.  C'est  pour  cela  '  que  plusieurs  Tout  accusé 

sérifl  i53,'.'/^;  d'avoir  épousé  les  erreurs  du  Sémipélagianismc.  Il  faut  avouer 
que  cela  ne  seroit  pas  tout-à-fait  surprenant,  eu  égard  aux 

nu.  h.  e.  t.  is.  circonstances  dans  lesquelles  S.  1  lilaire  se  trouva  d'abord.  '  Car 

p(i"'  il  fut  fait  Evoque  dans  le  temps  que  les  questions  sur  la  grâce 

et  la  prédestination  commeifçoient  à  faire  du  bruit  dans  les 
Gaules.  Cassicn  Prêtre  de  Marseille  étoit  le  principal  Auteur 
de  ce  trouble,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  remarqué  après  le 
Cardinal  Noris;  et  comme  il  avoit  une  grande  réputation  de 
science  et  de  pieté,  et  quelque  liaison  avec  S.  Honorât,  alors 
Abbé  de  Lerins,  il  ne  faut  pas  s'étonner  si  S.  Ililaire  entroit  un 
peu  dans  ses  sentiments. 

Aug.  ami.  '  Mais  dès  le  commencement  de  ces  disputes  il  avoit  for- 

mé le  dessein,  selon  le  témoignage  même  de  S.  Prosper,  d'en 
écrire  à  S.  Augustin,  pour  le  prier  de  lui  éelaircir  ses  dil'fi- 

ïïh.  p.  es.  cultes.  '  Quoique  nous  n'aïons  nulle  preuve  positive  qu'il 

l'ait  fait,  nous  pouvons  néanmoins  regarder  celle  disposition 
si  bumble  et  si  chrétienne  où  il  étoit,  comme  une  marque 
qu'il  profila  de  la  réponse  que  S.  Augustin  fit  à  S.  Prosper,  et 
à  Ililaire  son  collègue  par  ses  deux  livres  lht  don  de  la  persé- 
vérance, et  De  la  prédestination  des  Saints,  et  que  ces  ouvra- 
ges pleins  de  lumière  dissipèrent  ses  ténèbres,  comme  l'avoit 

l'io.  t.  *2.  i».  mi.  espéré  S.  Prosper.  D'ailleurs  il  n'est  pas  croïable,  '  comme  le 
remarque  l'éditeur  de  S.  Léon,  que  si  Ililaire  eût  été  dans 
l'erreur  des  Sémipélagiens,  ce  S.  Pape  eût  oublié  de  lui  en 
faire  un  reproche  parmi  les  autres  accusai  ions,  dont  il  le 
charge  dans  sa  letre  aux  Evèque:-;  de  la  Viennoise. 

iiii.e  ».  M80|       Il  est  au  moins  certain  '  qu'il  ne  pouvoit  pas  être  fort 

d  *  éloigné  de  la  vérité  de  la  doctrine  de  S.  Augustin.  Car  on 

ne  peut  gueres  voir  de  preuves  plus  fortes,  ni  d'expressions 

plus  formelles  contre  le  système  du  Sémipélagianisme,  que 


EVKQUE    D'ARLES.  27î>     v  sl,.rLE 

la  manière  '  dont  S.  Hilaire  flit  lui-môme  que  Dieu  l'avoit  eon-  Ji7i.  .îoiion.  P.  «3. 
verti,  comme  malgré  lui,  cf  moins  par  les  exhortations,  que  *■  **  i. 
par  les  prières  de  S.  Honorât.  Il  n'en  faut  pas  davantage  pour 
justifier  pleinement  S.  Hilaire  d'avoir  suivi  les.  opinions  âc-^ 
Sémipélagiens.  '  Vossius  a  cru  devoir  aussi  l'en  justifier,  mais  v«>»s.  i.isi  ivi.  i. 
il  l'a  fait  en  le  confondant,  comme  il  fait  par-tout  ailleurs, 
avec  Hilaire  compagnon  de  S.  Prosper.  '  La  défense  de  S.  Ili-  »»»•  »■  Mai.  p. 
laire  contre  cette  fausse  accusation  a  paru  si  juste  aux  conti- 
nuateurs de  Bollandus,  qu'ils  ont  cru  devoir  joindre  à  sa  vie 
une  assez  longue  apologie  pour  la  repousser. 


S.     E  U  C  H  E  R , 

Evêque  de  Lyon. 


S-   1. 
HISTOIRE    DE   SA   VIE. 

'  Çvunt    Eueher    Evêque    de   Lyon,  et    non  pas  de  Sion,  tiii. H. B.  t. 4.  p 

O  comme  on  le  trouve  dans  quelques  Auteurs,  a  été  Je  seul  aH 
Evêque  de  ce  nom,  qui  ait  gouverné  cette  Eglise.   '  11  est  (.  i.;.  p.  n», 
sans  contradiction  le  Prélat  le  plus  célèbre  en  science  et  en 
pieté,  qu'elle  ait  eu  depuis  S.  Irénée.  '  Il  tiroit  son  extrac-  Emis,  i.om.  *n.  p. 
tion,  selon  son  propre  témoignage,  de  la  même  mère,  soit  *"•  *• 
naturelle,  soit  spirituelle,  que  les  Martyrs  de  Lyon  S.  Epi- 
pode,  et  S.  Alexandre  :  c'est-à-dire,  ou  qu'il  descendoit  de  la 
même  famille  qu'eux,  ou  qu'il  ayoit  été  baptisé  dans  la  même 
Eglise.  '  Il  vint  au  monde  avec  un  esprit  subtil  et  élevé;  et  ci.  m.  ani.  i   a. 
à  l'aide  de  ces  avantages  naturels  et  de  son  application,  il  c'  °* p' 10C3'  s" 
acquit  une  science  éminenle,  et  une   éloquence  peu   com- 
mune. '  Il  fut  illustre  dans  le  monde;  mais  il  devint  encore  un.  doiio.  p. 22. 
plus  illustre  en  J.  C.  '  Valérien  qui  éloit  son  parent,  avoit  un  Kwh   ai,  Val 
père  et  un  heaupere  élevés  aux  plus  hautes  dignités  du  siècle.  »»■ 
Nous  croïons  que  ce  peut-être  le  même  que  '  l'risque  Valé-  su.  1.  s.  op.  10. 
rien,  qui  étant  d'une  famille  Palriciennc,  devint  Préfet  des  \[»u  ' <mr"  H'  *' 
(jaulcs,  cl  (|ui  se  trouvoii  parent  de  l'Empereur  Avite.  '  Eueher  l'aui.  op.  51.  n.  1. 
épousa  une  femme  nommée  Galla,  de  laquelle  on  n'a  point 
de  ronnoissance  particulière.  Mais  son  union  avec  un  si  grand 

M  m  i  i 


i! 


276  S.     RUCHER, 

V  SIECLE.  ' 

Genn  vir.  iii.  c.  h°mme  est  un  puissant  préjugé  en  faveur  de  son  mérite.  '  Elle 

C3.  donna  à  Eucher  au  moins  deux  fils  Salone  et  Véran,  qui  furent 

not.  depuis  Evoques  '  du  vivant  de  leur  père. 

ci.  m.  ibid.  S.  Eucner  étoit  encore  à  la  fleur  de  son  âge,  mais  dans  la 

maturité  et  la  force  de  l'esprit,  lorsqu'il  conçut  un  généreux 
mépris  pour  le  monde,  et  un  désir  ardent  pour  le  Ciel.  Pres- 
que aussi-tôt  il  forma  le  dessein  de  se  retirer  dans  la  solilude; 

au.  car.  ao.  v.  et  il  ne  tarda  pas  de  l'exécuter.  '  S.  Sidoine  marque  sou  arri- 
vée à  Lérins  parmi  les  choses  que  l'on  pouvoit  représenter 
aux  Moines  qui  habitoient  ce  désert ,  pour  les  consoler  et 

nu.  ibid.  p.  îii.  pour  les  édifier.  '  On  croit  sur  cela  que  S.  Eucher  se  retira 
d'abord  dans  cette  lsle,  où  S.  Honorât  avoit  fondé  quelque 
temps  auparavant  son  célèbre  Monastère.  Au  moins  if  parott 

f>ar-là  que  la  retraite  de  S.  Eucher  lit  beaucoup  d'éclat,  et 
ut  un  grand  sujet  de  joie  pour  l'Eglise.  '  Après  avoir  passé 
so.  n.  «a.  quelque  temps  dans  le  désert,  il  chercha  une  retraite  contre 

le  bruit  du  monde,  dans  une  lsle  proche  de  celle  de  Lérins; 
Paul.  ep.  si.  n.  '  c'est-à-dire  dans  celle  qu'on  nommoit  alors  de  Léro,  et  au- 
jourd'hui de  Sainte  Marguerite,  qui  n'étoit  séparée  de  l'autre 
que  par  un  rocher. 

On  ne  sçait  point  précisément  en  quel  temps  S.  Eucher  re- 
nonça au  monde  pour  vivre  dans  la  solitude.  Il  y  a  cependant 
Euch.  qua-st.  pr.  bien  de  l'apparence  que  ce  fut  en  409  ou  410;  '  et  la  retraite 
p'  249'  de  son  fils  Salone  dans  le  désert  à  l'âge  de  dix  ans,  ne  permet 

Tiii.  iwd.  p.  144.  pas  de  reculer  davantage  celte  époque,  '  puisqu'il  étoit  Èvêque 
Pani.  ep.  m.  n.  en  441.  Véran  autre  fils  de  S.  Eucher,  'et  Galla  sa  femme 
l'accompagnèrent  dans  sa  retraite  à  Léro.  '  Le  Saint  prit  soin 
de  ses  enfants,  sans  avoir  la  distraction  que  leur  présence  lui 
Bon.  iwd.  eût  pu  causer  en  les  faisant  élever  à  Lérins.  'Comme  il  étoit 

voisin  de  S.  Honorât,  il  travailjoit  à  imiter  sa  vertu.  Us  s'écri- 
Euch.  ad  iiii.  p.  voient  souvent  l'un  à  l'autre  ;  '  et  S.  Hilaire  entroit  dans  ce 
paui.  ibii.  n.  3.     commerce  de  charité.  '  Ce  fut  la  même  charité  qui  forma  entre 
S.  Paulin  de  Noie  et  nôtre  Saint  une  union  qui  étoit  plutôt 
l'effet  de  la  grâce,  que  d'une  amitié  humaine. 
n.4.  Vers  410  ou  412,  selon  d'autres,  '  S.  Eucher  et  Galla  en- 

volèrent à  Noie  visiter  S.  Paulin,  qui  un  peu  plus  d'un  an 
après  '  leur  écrivit  sa  51e  letre  par  les  moines  Gélase,  Au- 
gende  et  Trigide,  qui  étoient  allés  lui  rendre  aussi  une  visite 
de  la  part  de  S.  Honorât.  '  S.  Paulin  dans  cette  letre  leur  don- 
ne de  grands  témoignages  de  son  affection  et  de  son  attache- 
ment; '  les  priant  de  lui  écrire  lorsqu'ils  en  trouveroient  l'oc- 


1.  3 
Till.  ibid. 


n.  1 


n.  4. 


EVÊQUE  DE  LYON.  277 


V    SIECLE. 
n.  4. 


casion.  '  11  ne  leur  donne  point  d'autre  titre  que  celui  de  ses 
fils  :  ce  qui  montre  que  S.  Eucher  n'étoit  pas  encore  Prêtre. 

'  L'Abbé  Cassien  continuant  de  publier  ses  Conférences,  en  c«»s.  coii.  it.  Pr. 
dédia  avant  l'an  426,  l'onzième  avec  les  six  suivantes  à  S.  Hono-  p' 
rat  et  à  S.  Eucher.  Celui-ci  avoit  alors  formé  le  dessein  de  passer 
en  Egypte,  afin  de  tempérer  le  refroidissement  qu'il  trouvoit 
dans  les  Gaules,  par  la  vue  de  ces  pais  que  le  Soleil  de  justice 
a  éclairés  de  plus  près,  et  qui  étoient  fertiles  en  toutes  sortes 
de  vertus.  Ce  fut  en  partie  pour  lui  épargner  cette  fatigue, 
que  Cassien  entreprit  de  continuer  son  ouvrage,  où  il  se  pro- 
pose de  remettre  sous  les  yeux  de  ses  lecteurs  les  exemples 
de  vertu,  et  les  saintes  maximes  des  Pères  des  déserts.  '  Lors-  coii.  «.  pr.  p. 
qu'il  donna  ses  sept  dernières  Conférences  sur  le  même  sujet,  7il 
S.  Honorât  étoit  déjà  Evêque  d'Arles  :  ainsi  c'étoit  vers  427 
ou  428.  Mais  S.   Eucher  n'étoit  encore  que  simple  Moine, 
comme  il  paroit  par  le  titre  de  serviteur  de  J.   C.  que  lui 
donne  cet  écrivain.  Vers  le  même  temps,  ou  peu  auparavant, 
'  S.  Eucher  écrivit  du  lieu  de  sa  retraite,  ses  deux  admirables  nu"  ibid.  p.  m. 
letres,  l'une  à  S.  Hilaire,  encore  Moine  à  Lérins,  et  depuis  '**' 
Evêque   d'Arles,  l'autre  à  Valérien  son  parent,  pour  lui  inspi- 
rer le  mépris  du  monde  et  le  désir  de  son  salut. 

La  vertu  et  le  sçavoir  de  S.  Eucher  faisoient  trop  d'éclat, 
pour  que  le  Saint  pût  demeurer  toujours  caché  dans  l'obscu- 
rité d'un  désert.  Le  Siège  Episcopal  de  Lyon  étant  venu  à 
vacquer,  cette  Eglise  qui  avoit  quelque  droit  de  revendiquer 
un  Saint  qui  y  avoit  été  régénéré,  voulut  l'avoir  pour  son  Pasteur 
et  pour  son  Evêque.  On  ne  sçauroit  dire  en  quelle  année  se 
fit  son  ordination,  parce  qu'on  n'en  trouve  rien  dans  les  anciens 
monuments.  '  Quelques  modernes  la  mettent  en  432,  mais  «enn.  vir.  m.  c. 
c'est  par  une  simple  conjecture  ;  il  y  auroit  plus  d'apparence  63' n°1' 
à  ne  la  placer  qu'en  434.  Il  est  au  moins  certain  qu'elle  se  fit 
avant  1  an  441  ;  '  puisque  le  premier  Concile  d'Orange  qui  conc.  i.  3.    P. 
se  tint  en  cette  même  année,  est  signé  par  un  Eucher,  et  ms' 
que  l'on  ne  doute  point  que  cet  Eucher  ne  soit  celui  de 
Lyon. 

On  ne  doit  pas  douter  non  plus,  qu'un  si  grand  homme 
élevé  sur  un   des  premiers  Sièges  de  l'Eglise  des  Gaules, 
n'ait  fait  plusieurs  grandes  actions.  Cependant  '  nous  ne  sça-  tui.  ma.  p.  isi. 
vons  point  de  particularités  de  son  Episcopat.  Seulement  '  Ma-  ci.  m.  m.  c.  9. 
mert  Claudien  qui  l'avoit  connu,  non  par  le  rapport  des  au-  p' 106s'  *' 
très,  ou  par  ses  écrits,  mais  par  les  entretiens  qu'il  avoit  eus 


V    SIECLE. 


278  S.  RUCHER, 


avec  lui,  assure  qu'il  surpassa  de  beaucoup  les  grands  Evêqucs 
tïii.  ii.ùi.  de  son  temps.  '  Les  divers  Serinons  que  nous  avons  de  lui, 

nous  sont  des  marques  du  soin  qu'il  prenoit  d'inslruh •■  son 

peuple.  On  lui  attribue  la  fondation  de  quelques  Eglises  île 
p.  i».  Ly*»n  et  quelques  aulres  établissements  de  pieté.  '  (l'est  loul 

ce  que  l'antiquité  nous  apprend  des  actions  de  S.  Eucher. 
Piosp.  t.  chr.p.  'Il  finit  une  vie  excellente  par  une  sainte  mort  en  4iï),  se- 
n.i.ic.ij!  Ion  Prosper  Tiro,  suivi  par  le  Cardinal  Noris;  mais  plus 
''•-li(    ,  ,  vrai-scmblablement  un  peu  après, ■  sous  l'Empire  de  Valen- 

•  (.chu.  ilml.  .     .  .   I  I  '  r 

kBoii.as.  Apr.  p.  tinien  111,  et  de  Marcien.  "Les  continuateurs  do  Rollandus, 
"■  î.'i^îri"'        et  M.  Du  Pin  croient  devoir  mellre  cette  mort  en  454.  Mais 
l'iosp.  t.  iwa.      le  dernier  a  tort  de  citer,  pour  appuïer  son  sentiment,     la 
chronique  de  Prosper  Tiro,  qui  la  place,  comme  nous  avons 
dit,  dès  4 49,  avec  celle  de  S.  llilairc  d'Arles.  Au  reste,  rien 
n'empêche  qu'on  ne  lui  assigne  l'an  430. 
Tiii.  ibid.  p.  us.       '  Usuard ,  Adon,  Raban   cl  d'autres  Martyrologes  encore 
'"''  plus  anciens,  marquent  sa  fête  avec  de  grands  éloges  au  16° 

p.  iao.  jour  de  Novembre.  '  Il  a  été  honoré  de  i'amitié  et  des  louan- 

ges de  tous  les  grands  hommes  de  son  temps,  de  S.  Hono- 
rai, de  S.  Paulin,  de  S.  Hilaire  d'Arles,  de  Salvien,  de 
Mamert  Claudien,  de  S.  Sidoine,  sans  parler  de  Gennade, 
de  S.  Isidore,  d'Adon  et  d'autres  dont  le  témoignage  peul 
Cas»,  coll.  ii.  pr.  être  moins  considérable.  '  Cassien  remarque  qu'il  éclata  dans 
le  monde  par  la  perfection  de  .-a  vertu,  comme  un  astre  d'une 
admirable  splendeur,  et  que  l'exemple  de  sa  vie  servoit  de 
cenii.  vii  m.  r.  modèle  aux  saints  Solitaires  que  S.  Honorât  conduisoit.  '  Ces 
éditions  de  Gennade  ne  qualifient  S.  Eucher  que  de  simple 
Prêtre:  mais  dans  l'ancien  manuscrit  de Corbie,  au  lieu  de 
Presbyter  on  lit  Pontif'ex. 

%•  n. 

SES   ECRITS  VÉRITABLES. 

ci.  m.  ani.  i.  i.  ' craint  Eucher  s'est   rendu  célèbre,    selon   le  témoignage 
e.  0.  y.  11)05.  a.     J^(je  jyjamert  Çlau(lj(.|,   même,   (pii    vivoit    de  son   temps, 

par  divers  ouvrages  qu'il  a  écrits  pour  •l'édificalion  des  l'i- 
si.i.  i.i.  pp.  x  p.  deles.  '  S.  Sidoine  y  rpennuott  une  éloquence  vive  et  pres- 
«ipnn.  Tir.  ni.  c.  santé;  '  et  Gennade  en  recommande  la  lecture  comme  néces- 
;••• ,.  ....  saire  aux  Ecclésiastiques  .1  aux  Moines.  '  Le    premier  de 

II-  M.   ilinl.  *','..  i,  •    i     i      a      rf      i 

ces  trois  Ecrivains  emploianl  I  auinorité  de  S.  Eucher  pour 
établir  le  dogme  qui  nom  enseigne  que  l'ame  est  incorpo- 


EVEQUE  DE  LYON.  370 

V   SIECLE. 


relie,  l'ait  tant  d'estime  des  sentiments  de  ce  Saint,  qu'il  ne 
craint  pas  d'avancer,  que  les  condamner  c'est  condamner  la 
vérité  même. 

1°.  '  Nous  avons  de  S.  Ettcher  une  assez  longue  lctre  écri-  Bwk.  ad  mi.  p. 
te  à  S.  Hilaire,  depuis  Evêque  d'Arles.  Le  Saint  "prit  occa-  40ï"57- : 
sion  de  la  lui  écrire,  lorsqu'après  avoir  suivi  S.   llonorat  à 
Ailes,  dont  il  fut  fait  Evêque  en  420,  comme  nous  avons 
dit,  l'amour  qu'il  avoit  pour  le  désert,  le  fit  retourner  à  Lé- 
rins.  Ce  trait  fournit  à  S.  Eucher  une  ample  matière  de  s'éten- 
dre sur  les  louanges  de  la  solitude.  '  II  dit  que  S.  Hilaire  vou-  p.  u.  a.  431. 
dra  bien  soull'rir  la  longueur  de  sa  letre.  Mais,  quelque  longue 

Qu'elle  soit,  '  on  n'a  pas  laissé  de  la  trouver  courte,  à  cause  |*t-  so-i.  c.  i... 
es  belles  choses  qu'elle  contient,  de  l'élégance  des  pensées, 
de  l'ornement  des  paroles,  de  l'éloquence  et  de  la  douceur 
du  slylc.  S.  Isidore  de  Seville,  qui  en  parle  de  la  sorte,  la 
nomme  un  opuscule  sur  l'éloge  du  désert.  '  S.  Eucher  s'y  i;UCh.  ou.  p.  :»i>- 
étend  en  particulier  sur  l'éloge  de  l'Isle  de  Lérins,  dont  il  57- 
fait  une  description  aussi  édifiante  qu'agréable.  On  ne  peut 
douter  que  cette  letre  ne  soit  de  S.  Eucher;  '  puisque  S.  Ho-  Léo,  1. 1.  p.  ta:,. 
norat  de  Marseille  qui  écrivoit  dans  le  même  siècle,  en  cite  736  c-  *' 5' 
plusieurs  endroits  sous  le  propre  nom  de  son  Auteur,  et  comme 
adressée  à  S.  Hilaire.  Elle  a  été  si  estimée,  qu'on  en  fait  di- 
verses éditions. 

Outre  les  divers  recueils  des  écrits  de  S.  Eucher,  où  elle 
se  trouve  ordinairement  '  elle  pas  ut  à  Paris  avec  l'oraison  fu-  Kb.  s.  vin.  Cm. 
nebre  de  S.  llonorat  d'Arles  par  S.  Hilaire,  et  quelques  au- 
tres opuscules.  Cette  édition  fut  donnée  par  les  soins  de  Gil- 
bert Genebrard  en  un  petit  volume  in-8°,  imprimé  chez  Gille 
Gorbin  l'an  1578.  '  Elle  parut  encore  avec  la  lctre  à  Valé-  Kb.  M.  P.  3t. 
rien,  dont  nous  allons  parler,  la  vie  de  S.  Paulin  de  Noie,  et  '  '  ""  Miss'  Ccn' 
les  notes  de  Rosweyde,  à  Anvers  chez  Paltazar  Moret  l'an 
1021  en  un  volume  in-12°.  '  Ces  deux  mêmes  ouvrages  sous  Bib.  s.  vin.  Cen. 
le  titre  d'oeuvres  ascétiques  de  S.  Eucher,  furent  imprimés 
à  Lyon  chez  François  de  la  Pottiere  l'an  1627  en  un  volu- 
me in-12°,  avec  la  doctrine  de  S.   Dorothée  et  divers  autres 
opuscules,  par  les  soins  du  P.  Turrien  Jésuite.  '  Nicolas  le  o«n».  ibid.  Mt. 
Fevre  de  Paris  après  l'avoir  revùë  sur  les  manuscrits,  en  don- 
na une  autre  édition,  dont  on  ne  remarque  ni  l'année  ni  le 
volume.  '  On  la  publia  encore  à  Gènes  l'an  10  ii  en  un  vo-  Kb.  Bai.  i.z.  P. 
lume  in-8°,  avec  la  letre  à  Valérien.  ■  Depuis  on  les  mit  l'une  >s.h*.  sai. 
et  l'autre  en  nôtre  langue;  et  elles  furent  ainsi  imprimées 


.      280  S.  EUGHER, 

V  SIECLE.  ' 

plusieurs  fois  à  Paris  chez  Charles  Savreux  sous  ce  titre  :  La 

Solitude  Chrétienne.  La  3e  édition  est  de  l'an  1662  en  un  pe- 
tit volume  in-8\ 
Genn.  *ir.  ni.  c.       2°.  '  (ïennade  parlant  des  ouvrages  de  S.  Eucher,  marque 
631  particulièrement  sa  letre  à  Valérien,  qu'il  intitule  Du  mépris 

R»y.  t.  s.  p.  53 1  du  mondt ,  */  de  la  philosophie  du  siècle.  '  Il  est  visible  que  le 
Euch.  ad  Vai.  P.  gamt  écrivit  de  sa  retraite  de  Léro, a  afin  de  tâcher  de  dé- 
•  Enci..  ibid.  p.  goûter  Valérien  qui  étoit  son  parent,  de  la  fausse  sagesse  des 
Philosophes  profanes,  et  de  le  rendre  sensible  aux  intérêts  de 
p.  sw.  soname.  '  Erasme  fait  un  grand  éloge  de  cette  letre,  et  sou- 

tient qu'on  y  trouve  toutes  les  grâces,  et  tous  les  ornements 
Du  Pin,  wb.  1. 1.  de  l'éloquence  chrétienne.  '  Ces  deux  petits  traités,  dit  M.  Du 
p* 4!3'  Pin  en  parlant  de  cette  letre  et  de  la  précédente  à  S.  Hilaire, 

sont  écrits  d'un  style  très-pur  et  très-élégant.  Les  pensées 
en  sont  spirituelles  et  tournées  d'une  manière  fort  agréable. 
On  peut  dire  que  ces  deux  petits  ouvrages  ne  cèdent  en  rien 
pour  la  politesse  et  la  pureté  du  discours,  à  ceux  des  Auteurs 
qui  ont  vécu  en  des  siècles  où  la  langue  étoit  dans  sa  plus 
grande  pureté. 
God.  an.  44i.  p.       'M.    Godeau    enchérit  sur  Erasme  et  sur  M.   Du  Pin, 
S.'       lbld' p"  par  rapport  à  la  letre  à  Valérien,  dont  nous  parlons.  Il  juge 
que  toutes  les  beautés  de  l'éloquence,  toutes  les  forces  de 
1  esprit  et  du  raisonnement  y  sont  mêlées  à  un  air  de  pieté  si 
affectif,  qu'il  est  impossible  de  lire  cet  ouvrage,  sans  êlre 
touché  du  désir  de  quitter  la  conversation  des  hommes,  pour 
aller  jouir  de  celle  de  Dieu  et  des  Anges  dans  la  retraite. 
Ti».  ibid.  '  M.  de  Tillemont  avoue  néanmoins,  qu'il  y  a  quelque  chose 

de  trop  abondant;  et  que  l'on  pourroit  raccourcir  sans  en 
rien  ôter.  Mais  quelque  pressante  que  soit  cette  letre,  elle 
n'opéra  point  la  conversion  de  Valérien  à  qui  elle  est  adres- 
sée :  car  ce  Valérien  est  le  même,  comme  nous  le  prouvons 
ailleurs,  que  Prisque  Valérien,  qui  paroit  avoir  été  fort  en- 
sid.   car.  8.  p.  gagé  dans  le  monde,  '  lorsque  vers  456  S.  Sidoine  lui  adressa 
Eu* h.  ad  vai.  p.  'e  panégyrique  de  l'Empereur  Avite.  '  Cette  letre  porte  avec. 
30*-  elle  sa  date,  aïant  été  écrite  l'an  de  Rome  1185  :  ce  qui  revient 

à  l'année  432  de  nôtre  ère  vulgaire. 

Outre  les  éditions  de  cette  letre  qui  ont  été  faites  avec 

celle  qui  est  sur  l'éloge  du  désert,  l'une  à  Anvers  en  1621,  une 

autre  à  Lyon  en  1627,  une  3e  à  Gènes  en  1644,  sans  parler 

des  divers  recueils  des  ouvrages  de  nôtre  Saint,  où  elle  se 

Bib.  s.  vin.  cen.  trouve  presque  toujours  insérée,  elle  fut  imprimée  dès  l'an 

1525 


EVÊQUE  DE  LYON.  281     y  sjecle 


1525  à  Paris  chez  Josse  Bade  en  un  volume  in-8",  avec  les 
distiques  d'un  ancien  Philosophe,  et  quelques  autres  opuscu- 
les. '  Elle  parut  encore  en  1530  avec  deux  autres  traités  de  ibid. 
S.  Eucher,  et  les  Scholies  d'Erasme,  en  un  volume  in-4°  im- 
primé à  Basle  chez  André  Cratandre.  '  Il  y  en  eut  encore  Bib.  s.vin.  Cen. 
une  édition  à  Lyon  chez  Sebastien  Gryphe  1  an  1541  en  un 
volume  in-8°.  '  On  la  mit  ensuite  dans  la  Bibliothèque  des  Genn.  vir.  m.  c. 
Pères  de  l'édition  de  Cologne,  sous  le  titre  De  la  vie  Solitaire,  63-  not- 
qui  conviendroit  mieux  à  la  letre  sur  l'éloge  du  désert. 

'  On  remarque  qu'elle  fut  imprimée  à  Anvers  par  Moret  ibid. 
avec  les  caractères  de  Plantin,  et  les  courtes  notes  de  Bos- 
weyde  l'an  1620.  Mais  il  est  à  craindre  qu'il  n'y  ait  faute  dans 
celte  date;  '  car  cette  édition  est  marquée  de  l'an  1621 ,  se-  Bib.  Miss.  cen. 
Ion  l'exemplaire  que  nous  en  avons  vu  :  à  moins  qu'il  n'y  en 
ait  eu  deux  éditions  au  même  endroit,  l'une  séparément  en 
1620,  et  l'autre  en   1621,  avec  quelques  autres  écrits  de 
S.  Eucher.  '  Il  s'en  trouve  dans  la  Bibliothèque  du  Cardinal  ...  Barb.  t.  i.  P. 
Barberin  une  traduction  en  espagnol  faite  par  Louis  de  Gre-  382  2- 
nade;  mais  on  n'en  marque  point  l'édition.  '  Deux  personnes  toi.  ibid.  p.  m 
des  plus  célèbres  du  dernier  siècle  nour  la  traduction  aussi- 
bien  que  pour  la  pieté,  ont  crû  que  cette  letre  méritoit  qu'ils 
employassent  leur  temps  et  leur  travail  à  la  mettre  en  nôtre 
langue.  '  L'un  de  ces  traducteurs  est  M.  Arnauld  d'Andilli,  Bib.  s.  vin.  Cen. 
dont  la  traduction  fut  imprimée  avec  le  latin  à  la  fin  à  Paris 
chez  Pierre  Petit  l'an  1672  en  un  volume  in-12°  sous  ce  titre  : 
S.  Eucher  du  mépris  du  monde,  et  insérée  depuis  dans  l'édi- 
tion des  œuvres  diverses  du  même   traducteur.  Dès  1622 
Barthius  dans  sa  préface  sur  le  Poëte  Butilius,  nous  avoit  pro- 
mis une  nouvelle  édition  des  letres  exhortatives  de  S.  Eucher 
et  de  S.  Pacien,  avec  des  notes  de  sa  façon;  mais  nous  ne  voïons 
point  qu'il  ait  acquité  sa  promesse. 

3°.  '  Nous  avons  encore  de  S.  Eucher  un  ouvrage  intitulé  Eu.h.  for.  P.  209- 
Liber  formularum  spiritalis  intelligentiœ,  Des  principes  de  2*8' 
l'intelligence  spirituelle.  '  L'Anonyme  deMolk  le  marque  entre  ma.  c.tss. 
les  autres  écrits  de  S.  Eucher  sous  ce  titre,.  De  forma  spiritalis 
intellectûs.  '  C'est  une  explication  de  divers  termes  ou  façons  thi.  ibid.  P.  130. 
de  parler  de  l'Ecriture.  '  Sixte  de  Sienne  rejette  cet  ouvrage  sixt.  bib.  1. 1.  v. 
comme  une  compilation  faite  de  divers  passages  de  S.  Gré-  2;i0" 2- 
goire,  de  S.  Isidore,  et  de  Bede.  Mais  ne  peut-on  pas  dire 
avec  autant  de  sujet,  '  qu'il  est  aussi  aisé  que  S.  Grégoire  et  tïii.  ibid.  p.  sso. 
Bede  aient  tiré  quelque  chose  de  cet  ouvrage,  que  de  pré- 

Tome  //.  N  n 


V   SIECLK. 


282  SAINT   EUCHER, 

'  tendre  qu'il  est  fait  sur  les  écrits  de  ces  deux  Saints?  Il  est 
vrai  qu'il  y  a  quelque  chose  de  brouillé  dans  ce  livre,  selon 
l'édition  de  Rome  et  celle  de  Hasle.  Mais  avec  cela  il  faut 

sai.  ep.8.  p.  200.  observer'  que  Salvien  marque  assez  clairement  que  S.  Ru- 
cher avoit  écrit  sur  l'Ecriture  pour  l'instruction  de  ses  deux 

cenn.  vir.  m.  c  fils,  '  ce    que  Geimade  dit  aussi  en   ternies  formels.  a  Or  la 

*•    h  préface  de  ce  livre  est  certainement  d'un  père  qui  écrit  à  son 

st».  '  or'  p'  îils.  Ce  fils  est  nommé  Yéran  dons  le  litre;  et  les  autres  livres 
de  S.  Eucher  sur  l'Ecriture  sont  adressés  à  Salone  son  autre 
fils,  qui  paroît  avoir  été  l'aîné.  Rien  n'empêche  donc  que  le 
livre  des  Formules  ne  soit  l'ouvrage  de  S.  Eucher,  quoique 
peut-être  un  peu  altéré  par  la  faute  des  copistes. 

Noik.  im.  Soi.  c.       '  Notker  le  bègue,  qui  écrivait  à  la  fin  du  IX  siècle,  don- 
' p'  ne  expressément  cet  écrit  à  S.  Eucher,  quoiqu'il  ne  le  rë- 

Du  Pin,  bih.  t.  *.  connoisse  pas  pour  Evêque  de  Lyon.  '  M.  Du  Pin  ne  le  lui 

p'      '  refuse  point  non  plus;  mais  il  y  trouve  fort  peu  de  solidité. 

Bib.;pp.  t.  c.  p.  'Au  contraire  Jean  Alexandre  Brassican  Professeur  Roïal  a 
Vienne  en  Autriche,  ne  (ail  pas  difficulté  de  comparer  cet 
ouvrage  à  celui  de  Théodoret  sur  la  même  matière.  C'est 
ce  qui  le  porta  à  en  donner  au  mois  de  Décembre  1530  une 
nouvelle  édition  plus  exacte  que  celle  qui  en  avoit  paru  de- 
puis peu,  apparemment  à  Basic  où  il  fut  imprimé  la  même 
année  avec  les  Instructions  du  même  Auteur. 

Euci.  for.  p.  200.  '  S.  Eucher  (Lins  sa  .préface  à  V:éran  sur  les  formules,  lui 
prouve  qu'il  faut  distinguer  dahs  l'Ecriture  trois  à  quatre  dif- 
férents sens  :  le  lileral,  le  U'oèologique  ou  moral,  autrement 
mystique,  l'anagogique,  et  l'allégorique.  Le  premier  regarde 
la  narration  de  l'histoire;  le  second  la  correction  de  nos  mœurs; 
le  troisième  nous  élevé  vers  les  choses  célestes;  et  le  quatrième 
nous  montre  dans  lit  narration  des  faits  une  figure  de  ce  qui 
doit  arriver  dans  la  suite. 

Racn.  u.t?  .  /(.".  '  L'autre  ouvrage  de  S.  Eucher  sur  l'Ecriture  est  inli- 
talé  dans  les  imprimés  Jj;s  Instructions,  et  divisé  en  deux  li- 
vres, tous  deux  dédiés  à  Salone,    comme  nous  avons  dit.  - 

!••  250.  '  Le  premier  porte  pour  titre  Tien  questions  les  plus  difficile* 

Meii.  ihiii.  de  P  ancien  et  du  nouveau  Testament.'  L'Anonyme  deMolk 

ne  spécifie  que  celui-là  ;    mais  il  \    'nm  prend  sans   doute   le 

En.h.ibi«i.p.  28.-,.  suivant,  '  qui  est  intitulé  Explication  des  noms  hébraïques. 

sai.  op.  8.  p.209.  '  S.  Eucher  ehtrbprit  cet  ouvrage,  comme  celui  qui  esl  adressé 
à  Véran,  pour  former  l'esprit  de  ses  deux  /ils,  dont  il  avoit  pris 
tant  de  soin  de  former  les  mœurs,  et  pour  les  rendre  éniinents 
en  science  aussi  bien  qu'eu  pieté. 


EVEOUE  DE  LYON.  283  ^^_ 

'  11  déclare  lui-même  à  son  lils  Salone,  que  bien  qu'il  eût  Euch>    jbill-    ,, 
élé  instruit  par  d'excellents  maîtres,  il  croïoit  néanmoins  de-  *&• 
voir  contribuer  quelque  chose  du  sien   à    son  instruction. 
Ainsi  comme  Salone  fui  avoit  proposé  souvent  diverses  diffi- 
cultés sur  l'Ecriture,  il  les  recueillit  toutes  en  un  livre ,  et 
leur  donna  les   explications   qu'il  jugea  les  meilleures,  en 
forme  de   demandes  et  de    réponses.  11  lui   promit  cepen-  , 
danl  d'y  ajouter  plusieurs  autres  choses ,  dont   il  crut  qu'il 
pouvoil  encore  avoir  besoin,  quoiqu'il  ne  lui  en  eût  pas  de- 
mandé l'explication.  '  Et  c'est  ce  qui  fait  la  matière  du  se-  p-  se- 
cond livre.  '  S.  Eucher  dans  l'un   et  dans  l'autre  chercha  p-  su- 
rnoms une  éloquence  pompeuse,  que  la  brièveté  plus  néces- 
saire que  tout  le  reste.  Il  lira  les  explications  qu'il  y  donne, 
non  de  son  propre  fonds,  mais  de  l'autorité  et  des  sentiments 
des  personnes  célèbres  en  science,  qui  l'avoient  précédé.  Il 
nous  y  a  laissé  un  grand  trait  de  son  humilité,  qui  peut  ser- 
vir de  modèle  aux  Sçavanls,    lorsqu'il  assure  qu'il  est  prêt  à  p.««. 
recevoir  volontiers  les  lumières  de  ceux  qui  trouveroient  quel- 
que chose  de  meilleur,  bien  loin  de  le  rejetter  avec  cette  opi- 
niâtreté si  ordinaire,  qu'il  ne  peut  s'empêcher  de  blâmer  en 
tant  d'autres. 

'  On  remarque  qu'il  cite  en  divers  endroits  l'hébreu  en  ses  T'»-  •***•  p-  im- 
propres termes;  de  sorte  qu'il  semble  avoir  étudié  cette  langue. 
Il  cite  aussi  la  nouvelle  version  de  l'Ecriture,  c'est-à-dire  celle 
de  S.  Jérôme,  et  les  questions  hébraïques  du  même  Père, 
sans  néanmoins  le  nommer.  '  Il  traite  dans  cet  ouvrage  de  p.-  »*  |  Du  m, 
beaucoup  de  choses  fort  importantes,  et  souvent  assez  bien,  ' 

quoiqu'il  se  trompe  aussi  quelquefois. 

'  On  croit  que  ce  sont  ces  mêmes  livres,  qu'un  nommé  sir.  in  sid.  p.  8»9| 
Rustique,  dont  nous  parlerons  dans  la  suite,  emprunta  pour  Tm'  llM'J- 
les  copier.  En  les  renvoïanl  à  S.  Eucher,  il  lui  manda  qu'il 
ne  sçauroit  assez  admirer  la  doctrine  incomparable  dont  ils 
sont  remplis,  et  qu'il  croïoit  que  ni  lui  ni  aucun  autre  n'en 
pourroit  faire  un  éloge  digne  de  leur  mérite,  sinon  celui-là 
même  qui  en  étoit  l'Auteur.  '  Nous  avons  une  autre  letre  de  ni.  ad.  Eucii.  p. 
S.  Hilaire  et  S.  Eucher,  pour  le  remercier  de  lui  avoir  com-  *" 
muniqué  ses  livres  des  Instructions  ou  Institutions;  car  il  leur 
donne  l'un  et  l'autre  titre.  Et  comme  il  n'avoit  eu  que  le 
temps  de  les  parcourir,  lorsque  S.  Eucher  les  lui  redemanda, 
S.  Hilaire  le  prie  de  les  lui  reovoïer,  pour  les  lire  à  loisir,  et 
en  profiter  davantage,  '  Salvieu  les  aïant  lus  ù  son  tour,  les  saiv.  cP.  «.  P. 

N  n  ij 


209. 


V  SIECLE. 


284  S.  EUCHER, 


jugea  dignes  de  la  lumière  et  de  la  pieté  de  leur  Auteur.  Ils 
sont  petits,  dit-il ,  en  lui  faisant  son  remerciement ,  si  l'on 
n'en  considère  que  les  paroles  ;  mais  ils  sont  grands ,  si  l'on 
a  égard  aux  vérités  qu'ils  renferment. 
Tin.  ibid.  P.  830.  '  Il  y  a  quelque  difficulté  touchant  le  temps  auquel  S.  Eu- 
cher  écrivit  ces  livres  à  ses  deux  fils.  '  Gennade  semble 
Genn.  ibid.  ^  ^.^  ne  fur6nt  Evêques  que  dans  la  suite  :  mais  il  y  a 

toute  apparence  que  cet  Ecrivain  a  fait  moins  d'attention  à 
la  vérité  du  fait,  qu'à  ce  qui  se  devoit  faire  naturellement, 
c'est-à-dire,  que  lisant  des  livres  composés  pour  l'instruction 
de  Véran  et  de  Salone ,  il  aura  crû  qu'ils  avoient  été  écrits 
avant  leur  Episcopat,  parce  qu'ordinairement  on  n'écrit  point 
pour  instruire  des  Evêques,  qui  instruisent  eux  mêmes  les  au- 
tres. Mais  outre  que  c'est  ici  un  père  qui  parle  à  ses  enfants, 
saiv.  ibii.  '  le  texte  de  Salvien  ne  permet  pas  de  douter  que  Salone  et 

Véran  ne  fussent  dès  lors  Evêques.  Ainsi  ces  livres  auront  été 
écrits  vers  411,  lorsque  les  deux  frères  ne  faisoient  qu'entrer 
Tin.  ibid.  p.  130.  dans  l'Episcopat.  '  C'est  apparemment  à  cause  de  ce3  trois 
cars.  inst.  c.  io.  livres  '  que  Cassiodore  met  S.  Eucher  au  nombre  de  ceux 
p-  2-  qui  nous  ont  donné  des  règles  et  des  lumières  générales  pour 

entendre  l'Ecriture,  dont  il  avoit  mis  les  livres  dans  sa  Biblio- 
thèque. 
Bib.  s.  vin.  ccn.       '  Les  deux  ouvrages,  compris  en  trois  livres,  dont  nous 
venons  de  parler,  ont  été  imprimés  ensemble  avec  la  letre  à 
Valérien  par  les  soins  de  Jean  Sichard,  à  Basle  chez  André 
....  pp.  t.  6.  p.  Gratandreau  mois  de  Mars  1530,  en  un  volume  in-i°.  '  Les 
823.  su.  1.         Formules  furent  réimprimées  la  même  année  au  mois  de  Dé- 
cembre par  les  soins  de  Jean  Alexandre  Brassican  Professeur 
...  s.  vin.  cen|    Roial  à  Vienne  en  Autriche.  '  L'année  suivante  1531,  l'édi- 
••••  c*5-  Bcn-        tion  de  Basle,  qui  comprend  le  recueil  des  écrits  nommés, 
fut  publiée  de  nouveau  au  même  endroit  et  chez  le  même 
en  un  volume  in-folio,  avec  les  commentaires  sur  la  Genèse 
...  Darb.  t.  i.  p.  et  sur  les  Livres  des  Rois  attribués  à  S.  Eucher.  '  En  1564 
ma-  ces  mêmes  ouvrages  parurent  de  nouveau  avec  quelques  au-, 

très  dans  l'édition  qu'en  donna  Pierre  Galesini,  et  qui  fut 
faite  à  Rome  avec  les  caractères  des  Manuces  en  un  volume 
Bib.  Bai.  t.  2.  p.  in-folio.  '  Les  Formules,  les  Inslructions  avec  la  letre  à  Valé- 
g*l  I  ....  maj.  rjen  accompagn(<e  de3  Scliolies  d'Erasme,  et  quelques  au- 
tres opuscules  d'autres  Auteurs,  furent  imprimées  en  un  vo- 
lume in-8°  à  Paris  chez  Claude  Chevalon.  On  ne  marque 
point  l'année  de  cette  édition  ;  mais  il  n'y  a  pas  lieu  de  dou- 


EVÊQUE  DE  LYON.  285 


V    SIECLE. 


ter  qu'elle  ne  précédât  celle  de  Galesini,  puisqu'elle  est  dé- 
diée à  Guillaume  le  Petit  alors  Evêque  de  Troïes,  par  Pierre 
Gérard,  qui  prit  soin  de  la  publier,  et  qu'il  est  marqué  que 
c'est  pour  la  première  fois  que  parurent  les  Formules  et  les 
Instructions. 

'  Ce  fut  sur  cette  édition  que  .Barrali  fit  passer  ces  mêmes  Lerin  t.  2.  p.  1 
écrits  dans  la  chronologie  des  Abbés  et  des  Saints  du  Monas- 
tère de  Lérins.  André  Schot  y  joignit  ensuite  les  commen- 
taires sur  la  Genèse  et  sur  les  Livres  des  Rois,  et  inséra  le  tout 
dans  la  Bibliothèque  des  Pères  imprimée  à  Cologne  l'an 
1618.  '  De  celle-là  ces  ouvrages  sont  passés  dans  celles  de  Paris  nib.  pp.  t.  6.  p. 
et  de  Lyon.  »*"***■ 

5°.  '  La  première  histoire  que  nous  aïons  du  martyre  de  S.  ».  h.  e.  t.  *. 
Maurice  et  de  ses  compagnons,  qui  souffrirent  vers  la  fin  du  *     ' 
111  siècle  à  Agaune  ou  Acaune ,  à  neuf  lieues  au  dessus  du 
lac  de  Genève,  a  été  composée  par  S.  Eucher.  Elle  est  par- 
faitement bien  écrite ,  '  et  tout-à-fait  digne  de  l'éloquence,  P.  «95. 
de  l'esprit  et  de  la  réputation  de  ce  grand  Evêque.  '  On  pré-  t-  «.  p.  m  11 
tend  même  que  c'est  l'ouvrage  le  mieux  écrit  que  nous  aïons  92™  '  '     p 
de  lui.  '  Le  Saint  voulut  l'écrire,  de  peur  que  le  temps  n'ef-  Euch.  ai.  su.  p. 
façât  de  la  mémoire  des  hommes  un  événement  si  glorieux  à  8C8,  '■ 
l'Eglise.  11  avoit  appris  ce  qu'il  en  rapporte,  de  ceux  qui  di- 
soient l'avoir  sçû  de  S.  Isaac  Evêque  de  Genève,  qui  pou- 
voit  l'avoir  appris  de  Saint  Théodore  d'Oclodure  ou  Marlignac, 
'  qui  assista  au  Concile  d'Aquilée  en  381,  et  qui  de  la  sorte  Tin.  ibid. 
pouvoit  avoir  vu  des  témoins  oculaires  de  ce  martyre  arrivé 
dans  son  Diocèse.  '  S.  Eucher  les  qualifie  ses  Martyrs,  soit  Euch. ibid. 
que  sa  famille  fût  originaire  de  ce  pais-là,  soit  qu'il  en  eût  des 
reliques,  ou  plutôt  parce  qu'il  les  avoit  choisis  pour  ses  Patrons 
particuliers,  comme  il  le  dit  expressément.  Il  adressa  son  ou- 
vrage par  une  letre  séparée  à  l'Evêque  Salvius  ou  Silvius,  qui 
étoit  toujours  appliqué  au  service  de  ces  Saints.  '  C'est  ce  qui  tîii.  u>id, 
fait  croire  qu'il  étoit  Evêque  d'Oclodure,  d'où  le  Siège  a  été 
depuis  transféré  à  Sion  en  Valais.  On  ne  peut  douter  que 
S.  Eucher  ne  fût  alors  Evêque;  puisqu'il  traite  Sylvius  de  frère. 

'  Quelques-uns  veulent  que  cette  histoire  soit  d'un  second  p-  »3i.  kh-k». 
Eucher  Evêque  de  Lyon,  qui  auroit  vécu  environ  cent  ans 
après  l'autre.  '  Tel  est  le  sentiment  de  M.  Du  Pin  qui  m.  re-  o»  p«n,  bib.  1. 1. 
connoit  point  dans  cette  pièce  le  style  de  nôtre  Saint.  Mais  p'  *u' 
outre  qu  il  ne  l'a  vûë  apparemment  que  dans  Surius,  où  elle 
est  un  peu  défigurée,  ses  '  raisons  et  celle»  des,  autres  de  mê-  tîii.  u>id. 
2  1 


286  S.  EUCIIER, 

V    SIECLE.  ' 

me  sentiment  sont  bien  foibles  pour  les  opposer  à  toute  l'an- 
tiquité ,  qui  n'a  jamais  connu  qu'un  Eucner  parmi  les  Evo- 
ques de  Lyon.   D'ailleurs  la  beauté  seule  du  style  de  cette 
histoire  devroit  suffire  pour  persuader  qu'elle  n'est  pas  du  mi- 
lieu du  VI  siècle,  où  assurément  on  n  écrivoit  pas  dans  nos 
Gaules  avec  tant  de  politesse  et  d'élégance.  Enfin  Silvius,  à 
qui  elle  est  adressée,  est  une  autre  preuve  qu'elle  fut  écrite 
vers  le  milieu  du  V  siècle  auquel  ce  Silvius  lleurissoit,  comme 
nous  le  ferons  voir  à  son  article. 
t.  4.  p.  4M,  '  Le  premier  qui  ait  publié  cette  histoire  de  S.  Maurice  et 
de  ses  compagnons,  est  le  P.  Chifllet  dans  son  ouvrage  inti- 
Baii.  «4.  sept.  lab.  tulé  Paulinus  ilhmtratns ,  qui  parut  à  Dijon  l'an  1002.  '  En- 
ml"                  suite  le  P.  le  Cointe  nous  l'a  donnée  eu  1(508  au  3°  tome  de  ses 
Act.  Mar.  p.  285.  Annales  hors  d'oeuvre.  Après  lui  '  Dom  Ruinait  aïant  colla- 
tionné  l'imprimé  du  P.  Cbifflet  sur  divers  manuscrits,  dont 
p.  280-294.           l'un  étoit  ancien  de  000  ans,  'a  inséré  la  même  histoire  parmi 
p-  285.               les  Actes  sincères  des  Martyrs.  Il  ne  faut  pas  la  confondre  '  avec 
celle  que  Surius  nous  a  donné  sous  le  nom  de  S.  Eucher  au 
22"  jour  de  Septembre,  avec  divers  changements  et  additions 
considérables,  et  que  l'on  trouve  dans  Mombrilius  un  peu 
moins  défigurée, 
sur.  22.  sep.  p.       '  Cette  histoire  rapportée  par  Surius,  paroît  être  l'ouvrage 
323-330.             j»un  Moine  d'Agaune  au  VII  siècle.  Il  v   est  effectivement 
parlé  de  S.  Sigismond  Roi  de  Bourgogne   tué  en  524,  et 
déjà    honoré  d'un   culte    public  comme   Martyr.    L'Auteur 
pour  le  fonds  des  choses  a  suivi  S.  Eucher.  Mais  il  v  a  fait 
de  grands  changements,  et  encore  de  plus  grandes  additions. 
Il  prête  sur-tout  à  Saint  Maurice  une  fort  longue  harangue, 
dont  il  n'a  trouvé  que  deux  mots  dans  son  original.  Cela  n'a 
-    pas  empêché  que  celte   histoire   ainsi  défigurée  n'ait  passé 
bu».  Ton.  p.  249.  'on8  temps  pour  être  l'ouvrage  primitif  de  S.  Eucher.  '  Elle 
i.                    a  même  été  imprimée  sous  son  nom  à  Ingolstad  l'an  ICI 7 
en  un  volume  in-i°  par  les  soins  de  Pierre  Stevart,  qui  l'a  en- 
richie de  remarques  de  sa  façon. 

M.  Dubourdieu  autrefois  Ministre  de  Montpellier,  et  alors 
de  l'Eglise  de  la  Savoie  à  Londres;  a  fait  une  dissertation 
exprès,  imprimée  à  Amsterdam  en  170.'i  in-12°,  pour  atta- 
quer l'autorité  de  ces  deux  histoires.  On  peut  lui  passer  ce 
qu'il  dit  contre  celle  qui  se  trouve  dans  Surius.  Mais  tout 
ce  qu'il  avance  contre  l'ouvrage  original  de  S.  Eucher,  est 
trop  frivole  pour  rien  diminuer  de  l'authenticité  d'une  pièce 


EVÊQUE  DE  LYON.  287     v    -^ 


qui  se  soutient  par  elle-même.  Il  ne  croit  pas,  par  exemple, 
que  S.  Eucher  ait  pu  sescrvirdu  terme  de  Primicerivs  fjcqionis 
qui  s'y  lit;  comme  si  cet  Ecrivain  n'avoit  pas  pu  faire  usage 
d'un  mot  que  S.  Jérôme  écrivant  à  Pammaque  avoit  emploie 
avant  lui,  en  l'expliquant  dans  la  même  signification?  D'ail- 
leurs ce  Crilique  n'a  pas  entièrement  gardé  la  bonne  foi  dans 
la  censure.  Il  y  donne  en  effet  à  entendre,  que  S.  Eucher  a 
parlé  des  Ragaudes  comme  Chrétiens;  quoiqu'il  soit  constant 
qu'il  n'en  dit  pas  un  mot,  et  qu'il  ne  les  nomme  pas  même. 
Il  est  seulement  vrai  que  son  interpolateur  en  parle. 

'M.  Riirnet  d'un  autre  côté  dans  sa  préface  sur  le  traité  de  Ban.  ib. 
la  fin  malheureuse  des  persécuteurs  par  Lactance,  a  aussi  en- 
trepris de  décrier  la  même  histoire  de  S.  Eucher;  et  ses  rai- 
sonnements semblent  même  retomber  sur  l'Auteur  plutôt  que 
sur  l'ouvrage.  Mais  le  mérite  et  la  réputation  de  ce  Saint 
et  docte  Prélat  le  mettront  toujours  a  couvert  de  pareilles 
atteintes. 

6°.  '  (îennade  nous  apprend  que  S.  Eucher  abrégea  les  fi«nn.  v».  m.  c. 
ouvrages  de  Cassien,  et  qu'il  les  réduisit  en  un  seul  volume. 
Cet  Auteur  n'en  donne  point   d'autre  raison ,  sinon   qu'ils 
étoient  trop  diffus.  '  Mais  le  Cardinal  Baronius  suppose  que  noi.  p.  30. 
S.  Eucher  entreprit  l'abrégé  de  ces  livres  pour  les  purger  des 
erreurs  qui  y  étoient,  et  que  (îennade,  qui  les  avoit  embras- 
sées n'a  pas  osé  le  dire.  '  Le  P.  Théophile  Raynaud  soutient  Ray.  t.  8.  p.  53. 
aussi  que  S.  Eucher  en  abrégeant  Cassien,  l'avoit  purgé  et 
corrige.  'L'on  ne  peu!  donc  pas  douter  que  nôtre  saint  n'ai-  tui.  ibîu.  p.  131. 
mât  la  personne  et  les  écrits  de  ce  chef  des  Sémipélagiens. 
'  Mais  pour  ses  erreurs,  les  ouvrages  de  S.  Euclier  et  ceux  n<t.  Ws.m.1.  t. 
de  ses  enfants,  nous  donnent  lieu  de  juger  qu'ils  en  étoient  '' l3' p ', 
tous  fort  éloignés. 

'  Pierre  de  Damien  dit.  assez  clairement  que  l'on  avoit  en-  nu.  t.  t«.m 
core  de  son  temps  l'abrégé  de  Cassien  par  S.  Eucher.  On  pré- 
tend qu'il  ne  se  trouve  plus  aujourd'hui,  si  ce  n'est  peut-être 
cet  abrégé  des  livres  de  Cassien  sur  l'Incarnation,  dont  M. 
Pithou  a  eu  un  manuscrit  fort  nouveau.  Cependant 'on  voit  Mb. teM<  1.  p 
parmi  les  œuvres  de  S.  Eucher  de  l'édition  de  Rome  en  lî>f>4  **'  "' 
un  tra  i  té  sous  ce  ti  tre, ,/.  Cassiani  librorum  epitome  ab  Eucherio 
conforta.  M.  de  Tillemontqui  s'est  servi  de  cette  édition, ne 
dit  rien  de  ce  traité,  et  suppose   même,  comme  nous  ve- 
nons de  le  remarquer,  qu'il  ne  se  trouve  nulle  part.  Apparem- 
ment que  cet  abrégé  sera  '  l'une  de  ces  pièces  supposées  que  Genn.  not.p.  303. 


V    SIECLE. 


288  S.    EUCHER, 

Molanus  observe  être  contenues  dans  cette  édition  des  œu- 
Ro»w.  vu.  pp.  vres  de  S.  Eucher.  Si  néanmoins  il  étoit  constant,  '  comme 
Pr.  e.  p.  m.  3t.  je  veulent  quelques  Ecrivains,  que  le  quatrième  livre  des  vies 
des  Pères  du  désert  fût  de  S.  Eucher,  il  n'y  auroit,  ce  sem- 
Baii.  i6.  Nov.  p.  Wei  aucun  lieu  de  douter,  '  que  ce  ne  fût  l'abrégé  de  Ca3sien 
851  •  dont  nous  parlons;  car  ce  4e  livre  est  tout  tiré  de  cet  Auteur  et 

de  S.  Sévère  Sulpice. 
Genn.  vir.  m.  c  7°  '  Outre  tous  ces  ouvrages,  Gennade  et  le  Comte  Mar- 
m.  «s*™'*  hr'  cellin  après  lui,  disent  que  S.  Eucher  en  avoit  écrit  encore 
d'autres,  dont  la  lecture  étoit  nécessaire  aux  Ecclésiastiques 
et  aux  Moines.  11  est  fâcheux  que  ces  Ecrivains  ne  nous  aient 
pas  marqué  ces  écrits  en  détail,  s'ils  les  connoissoient.  On 
peut  croire  qu'ils  désignent  par-là,  ou  au  moins  qu'ils  com- 

ftrennent  sous  ces  expressions  générales  les  sermons  ou  homé- 
iesde  S.   Eucher;  '  et  il  ne  faut  pas  douter  qu'il  n'en  ait 
fait  un  grand  nombre  dignes  de  passer  à  la  postérité.  Mais 
t.  e.  p.  3i*.  315.  elles  sont  ou  perdues  ou  brouillées  avec  d'autres.  '  On  con- 
vient même  aujourd'hui  que  plusieurs  des  56  qui  ont  été  im- 
primées à  Paris  en  1547  pour  la  première  fois,  et  à  différen- 
tes reprises  dans  la  suite  sous  le  nom  d'Eusebe  d'Emese, 
paroissent  être  de  S.  Eucher  et  de  quelques  autres  Evoques 
ooii.  scn.  1. 1.  p.  de  nos  Gaules,  '  Baronius  est  encore  allé  plus  loin,  et  a  cru 
t!Y%.  f"  '   d'abord  qu'elles  étoient  toutes  de  S.  Eucner;  quoique  de- 

ftuis  il  ait  retracté  ce  sentiment,  et  avec  raison,  puisque  nous 
èrons  voir  que  la  plus  grande  partie  sont  de  Fauste  de  Ries, 
■nu.  t.  5.  p.  M».       '  On  croit  cependant  que  l'homélie  sur  S.  Genès  Martyr  à 
Arles  dans  le  recueil  que  nous  venons  de  nommer,  est  en  par- 
tie de  S.  Eucher  et  en  partie  de  quelques  autres  grands  hom- 
Bo«q.  i.  4.  n.  n.  mes  du  même  temps;    ou  même  toute  entière  de  S.  Eucher, 
p- 161'  selon  M.  Bosquet.  Mais  nous  avons  montré  qu'il  y  a  plus  d'ap- 

parence qu'elle  est  de  S.  Hilaire  d'Arles,  comme  aiant  été  pro- 
Du  Pin,  ibid.  p.  noncée  à  Arles  même.  'La  11e  et  la  49"  du  même  recueil, 
pHHJ.1".  t.  îs.  i'une  sur  sain(e  Blandine,  l'autre  sur  S.  Epipode  et  S.Alexan- 
dre, sont  certainement  d'un  homme  de  Lyon,  et  dignes  aussi 
tui.  t.  s.  p.  30.  bien  de  l'éloquence  que  de  la  pieté  de  S.  Eucher.  '  Baronius  et 
Bollandus  lui  attribuent  la  49e  comme  une  chose  qui  est 
sans  difficulté.  Il  n'y  en  a  pas  davantage  à  lui  donner  la  ne. 
Emis.  nom.  u.  p.  '  L'Auteur  y  nomme  la  ville  de  Lyon  sa  patrie,  S.   Pothin 
■*•  *■  '  son  père,  et  l'Eglise  de  Lyon  son  Eglise  :  ce  qui  convient 

fort  bien  à  S.  Eucher.  Il  y  attaque  l'erreur  de  ceux  qui,  com- 

i  Le  texte  porte  Foeinui,  mais  on  voit  bien  qu'il  faut  lire  l'olhinut. 

me 


ËVEQUE  DE  LYON.  289     „.„,„,„ 

**  VSIECLE. 


me  autrefois  Vigilance,  nioient  qu'il  fallût  honorer  les  reliques 
des  SS.  Martyrs.  '  Baroniuset  quelques  autres  Auteurs  veulent  m.  ibid.  p.  soe. 
aussi  que  la  51*  qui  est  sur  S.  Romain  Diacre  et  Martyr  de  l'E- 
glise de  Césarée  en  Palestine,  qui  souffrit  des  premiers  dans  la 
persécution  de  Dioclétien,  soit  encore  l'ouvrage  de  S.  Eucher. 
Le  P.  Louis-Jacob  assure  la  même  chose  de  la  32e  qui  est  sur  S.  jac.  bib.  pont.  î. 
Pierre  et  S.  Paul  ;  mais  cette  homélie  ne  peut  être  de  S.  Eucher,  *• p-  303- 
dont  elle  n'a  ni  l'éloquence  ni  la  doctrine,  étant  Pélagienne. 

'  Il  y  a  quelques  autres  homélies  sous  le  nom  de  S.  Eucher  Bib.  pp.  p.  t.  s. 
dans  la  Bibliothèque  des  Pères  de  l'édition  de  Paris  1644;  p- 765788- 
mais  c'est  peu  de  chose  pour  la  plupart,  et  ce  ne  sont  souvent 
que  des  fragments  '  Cela  n'empêche  pas  néanmoins  que  M.  ni.  i.is.  p.  133. 
de  Tillemont  ne  croie  que  quelques-uns  sont  de  nôtre  Saint. 
Il  sembleroit  par  le  3e  que  le  Paganisme  durât  encore.  La 
quatrième  est  dans  saint  Maxime  de  Turin.  La  5e.  est  bel- 
le, et  porte  le  nom  de  saint  Faustin  Evêque,  c'est  appa- 
remment Fauste  de  Ries.   Elle  parolt  faite  au  milieu  des 
Barbares,  qui  ravageoient,  ou  qui   occupoient  les  Gaules 
dans  le  V  Siècle.  On  en  trouve  une  partie  dans  la  43e  de 
celles  qui  sont  attribuées  à  Eusebe  d'Emese. 

'  Pour  la  13e  qui  est  sur  S.  Honorât  d'Arles,  elle  futpro-  t.  m.  p.  67*. 
noncée  à  Lérins  devant  ses  Disciples.  L'Auteur  néanmoins 
semble  dire  qu'il  n'avoit  point  vu  S.  Honorât  ;  et  il  cite  mê- 
me les  écrits  des  autres  pour  ce  qu'il  rapporte  de  son  histoire. 
De  plus  ces  mots  suivants  qui  s  y  lisent,  satisfaciam  officio 
meo,  feroierit  croire  qu'elle  est  d'un  Abbé  de  Lérins  chargé 
d'instruire  les  Moines  de  ce  Monastère.  Ces  traits  ne  con- 
viennent point  à  S.  Eucher.  D'ailleurs  on  ne  voit  dans  cette 
f>ieceni  éloquence  ni  beauté  :  ce  qui  suffit  pour  assurer  qu'el- 
e  n'est  pas  de  lui.  L'on  peut  dire  presque  la  même  cho- 
se des  dix -sept  autres,  en  y  comprenant  les  fragments 
de  quelques  -  unes  qui  ne   sont  pas  entières.   Ainsi   quoi- 

au'elles  eussent  été  imprimées  plus  d'une  fois  sous  le  nom 
e  S.  Eucher,  ceux  qui  ont  pris  soin  de  l'édition  de  la  Bi- 
bliothèque des  Pères  imprimée  à  Lyon,  n'ont  pas  jugé  à  pro- 
pos de  les  y  faire  paroître  sous  le  même  nom;  '  leur  aïant  Bib.  pp.  t.  e.  p 
donné  pour  titre,  comme  aux  56  précédentes,  Homélies  675_686-  '■ 
d'Eusebe  le  Gaulois.  Ils  ont  eu  raison  d'en  supprimer  de  la  sor- 
te le  nom  de  S.  Eucher,  et  de  les  revêtir  du  même  nom  que 
les  autres,  parce  qu'il  n'est  point  certain  de  qui  elles  sont  en 
particulier.  Nous  n'y   en  voions  presque  aucune  qui  soit 

,  ,    Tome  II.  0  o 

2  t  « 


V    S-IBCi.fi. 


2<)U  S.  RUCHER, 


" "  digne  de  notre  S.  Evêque.  La  plupart  peuvent  êlrede  Eausle. 

ci.  m.  an.  1.2.  c.  '  Mamert  Claudien  nous  a  conservé  un  fort  bel  endroit 
!».  p.  îocs.  t.  d'une  des  homélies  que  S.  Eucher  prêchoit  à  son  peuple,  et 
qui  ne  se  Irouve  point  parmi  les  deux  recueils  dont  nous  ve- 
nons de  parler.  Cet  endroit  regarde  le  mystère  de  l'Incarna- 
tion, el  établit  en  même  lems  la  vérilé  que  Claudien  défen- 
«  doit  conlre  Fauste,  savoir  que  l'aine  est  incorporelle.  c<  Ouel- 
«  ques  curieux,  dit  S.  Rucher,  cherchent  des  raisons  louchant 
«  un  Mystère  qui  S'est  accompli  une  fois,  et  voudroiem  sça- 
«  voir  comment  Dieu  et  l'homme  ont  pu  s'unir  ensemble  :  eux 
«  «mi  ne  sçauroientexpliquercequisefail  lous les  jouis,  je  veux 
«  aire,  comment  l'aine  s'unit  au  corps.  Assurément  il  est  bien 
«  plus  aisé  que  deux  choses  spiriluelles,  telles  que  sont  Dieu  et 
«  l'aine,  s'unissent  ensemble  pour  composer  le  Christ,  qu'une 
«  substance  incorporelle  s'unisse  à  une  substance  corporelle, 
cf  pour  composer  l'homme.  De  même  donc  que  l'aine  s'unit 
«  au  corps  pour  faire  un  homme  ;  ainsi  Dieu  s'est  uni  à  l'homme 
«  pour  iaire  le  Christ. 
Cou.  m«.  app.  p.  '  Dans  le  recueil  des  règles  l'ail  par  S.  Benoît  d'Anianeau 
«Ma.  us.1' 15'  IX  siècle,  nous  avons  trois  sermons  sous  le  nom  de  S.  Eu- 
cher. Le  premier  a  lout-à-fait  son  air  noble,  élégant,  el  un 
peu  trop  diffus.  C'est  une  exhortation  à  des  Moines,  particu- 
lièrement sur  l'humilité  et  l'obéissance;  et  l'Auteur  y  témoi- 
gne lui-même  beaucoup  d'humilité  dans  le  commencement. 
SiS.  Eucher  a  été  à  Lérins  depuis  son  Episcopal,  comme  il 
est  aisé  de  le  présumer,  il  peut  y  avoir  fait  ce  sermon;  mais  la 
dernière  partie  depuis  ces  paroles,  Sa/valor  noster  loguihtr, 
esl  un  autre  discours  qui  s'adresse  à  un  Evêque,  élevé  du  Monas- 
tère et  de  la  solitude  à  l'Episcopat.  .Ce  premier  discours  n'est 
pas  long,  et  n'a  rien  d'indigne  de  Saint  Eucher.  Le  se- 
cond au  contraire  n'a  rien  qui  en  soit  digne.  11  paroît  être 
d'un  Abbé  à  ses  Religieux.  11  y  manque  quelque  chose  au 
commencement;  et  il  semble  par  la  fin  que  ce  soit  la  vie  de 
quelque  Saint.  Le  troisième  qui  est  une  exhortation  à  des  Re- 
ligieuses, est  beau  pour  la  doctrine;  mais  le  style  esl  bien  infé- 
rieur à  celui  de  S.  Eucher.  On  fera  voir  dans  la  suite  que  ce  dis- 
cours appartient  à  S.  Césaire  d'Arles.  '  On  a  réimprimé  les  deux 
premiers  dans  la  Bibliothèque  dis  Pères,  édition  de  Lyon,  et 
l'on  ne  sçauroit  dire  pourquoi  l'on  n'y  a  pas  joint  le  troisième. 
8"  'Le  P.  Labbe  nous  a  donné  dans  sa  nouvelle  Biblio- 
thèque une  lelre  d'un  Eucher  à  Fauslin  Prêtre  de  l'Isle,  qui 


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2  I8r> 

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2. 

p. 

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ab. 

•  l1 

nov. 

bib. 

1. 

EVÊQUEDELYON.  291     y  S1ECLE_ 


contient  une  petite  description  de  la  Palestine,  tirée  en  par- 
lie  de  Joseph  et  de  S.  Jérôme  qui  y  sont  nommés,  et  en  par- 
tie sur  ce  que  diverses  personnes  lui  en  avoient   rapporté. 
'L'on  voit  assez  par  les  autres  ouvrages 'de  S.  Rucher,  que  m».  t.  ut.  p. 'm. 
sa  pieté  le  portoit  à  remarquer  les  plus  petites  choses  qui 
pouvoient  servir  à  l'intelligence  de  l'Ecriture.   D'ailleurs  ce 
Faustin  est  sans  doute  Eausle  que  l'on  ne  seait  que  trop  avoir 
été  pour  lors  Prêtre  et  Abbé  de  l'isle  de  Lérins.  Il  peut  mê- 
me en  avoir  été  Prêtre,  avant  qu'il  en  fût  Abbé.  Ainsi  cette 
pièce  pourroit  fort  bien  être  de  S.  Eucher.  Mais  elle  est  très- 
obscure  par  les  fautes  ou  de  l'Auteur,  ou  des  Copistes;  et  de 
f dus  elle  ne  contient  rien  de  bien  considérable.  '  C'est  pourquoi  m.  pp.  i.  o.  pi. 
es  éditeurs  de  la  Bibliothèque  des  Pères  imprimée  à  Lyon,  p" 
n'ont  pas  voulu  la  joindre  aux  autres  écrits  de  nôtre  Saint. 

9°'  Le  Moine  Hariulfe  Auteur  du  XI  siècle  nous  apprend  spi.-.  t.*.  p. m. 

3ue  l'on  conservoit  dans  la  Bibliothèque  de  son  Monastère 
e  S.  Kiquier  dès  avant  l'an  831,  le  livre  de  S.  Eucher  Evè- 
3ue  sur  l'éclipsé  du  Soleil  et  de  la  Lune  :  ce  que  nous  croirais 
cvoir   entendre  de  S.   Eucher  Evêquc  de  Lyon.  C'est -là 
toute  la  connaissance  que  nous  avons,  et  peut-être  même 
que  nous  puissions  espérer  avoir  de  cet  ouvrage.  11  n'est  pas  le 
seul  de  ceux  de  S.  Rucher  que  nous  avons  perdus.  Il  est  cer- 
tain qu'il  nous  manque  quantité  de  ses  homélies.  Il  n'est  pas 
moins  certain  qu'il  avoit  écrit  beaucoup  d'autres  lelres,  que 
celles  qui  nous  restent  de  lui.  Nous  en  avons  la  preuve  dans 
les  liaisons  étroites  qu'il  avoit  avec  les  plus  grands  hommes 
de  son  temps  ,  '  comme  avec  le  célèbre  Salvion  ,  à  qui    \\  *iIt.  <p.  2.  p. 
écrivoit  en  toutes  les  occasions  qui  se  présenloienl  ;  '   avec  pp,',i.  m.  st.  n. 
S.  Paulin  de  Noie,'  S.   Honorât  d'Arles,  *  S.  Ildairo  ^uc-  \{l]    (ll,  Hon   p 
cesseur  du  précédent  dans  le  même  Siège,  et  encore  d'autres. 


^> 


••  wl  Eucli.  p.  (0. 
1 


S  ni. 

SES  OUVRAGES  DOUTEUX,  ET  SUPPOSÉS. 

Nous  avons  quelques  autres  ouvrages  imprimés  sous  le 
nom  de  saint  Eucher,  et  adressés  selon  le  titre  aux 
EvêquesVéran  et  Salone;  mais  il  n'est  pas  certain  qu'ils  soient 
de  nôtre  Saint. 

1"    Un  Commentaire  sur  la  Genèse,  imprimé  avec  ses  Eaeh. i«  Gen.  P. 

..  1-19». 

()  o  ij 


v,i,cn,     292  S.  BUCHER, 

autres  écrits  à  Basle  l'an  1531,  cl  ailleurs,  comme  nous  avons 

Bib.  pp.  t.  c.  P.  dit.  '  11  parolt  assurément  presque  par  tout  très-digne  de  S. 

TM.H.T'u'il  Eucher.  Il  est  noble,  grand,  élevé,  naturel,  aisé,  et  suit 

p.  133.  beaucoup  S.  Augustin  sans  le  citer.  On  voit  en  plusieurs  en- 

droits que  l'Auteur  sçavoit  l'hébreux  :  ce  qui  convient  encore 
à  S.  Eucher,  selon  la  remarque  que  nous  avons  déjà  faite. 
Mais  on  y  trouve  divers  endroits  qui  paroissent  pris  non  seu- 
lement de  S.  Ambroise,  que  S.  Eucher  auroit  apparemment 
tournés  à  sa  manière,  puisqu'il  ne  le  cite  pas ,  mais  même 
de  S.  Grégoire  le  Grand.  On  y  voit  aussi  des  passages  lus  et 

Tin.  ibid.  expliqués  de  deux  manières  différentes.  '  Ainsi ,  quand  le 

fond  de  l'ouvrage  seroit  de  S.  Eucher,  il  faudroit  au  moins 
avouer  qu'il  est  altéré.  Peut-être  pourroit-on  croire  que  les 
endroits,  où  l'on  s'attache  particulièrement  à  expliquer  le  sens 
literal,  et  qui  sont  ordinairement  les  plus  beaux,  sont  de  S. 

Euch.  ibid.  p  183  Eucher.  '  Ce  qui  y  est  dit  sur  les  bénédictions  des  Patriarches, 

ÏJVm.  l'  3'  et  qu'on  attribue  tantôt  à  S.  Jérôme,  tantôt  à  S.  Augustin, 
appartient  à  Alcuin,  qui  en  a  tiré  une  partie  de  S.  Grégoire. 

Euch.  in  i  eg.  p.       2°  '  On  a  aussi  imprimé  avec  l'ouvrage  précédent  un  assez 

7'*07"  long  commentaire  sur  les  Livres  des  Rois,  sous  le  nom  de  S. 

sixt.  bib.  i.  4.  p.  Eucher.  '  Les  sçavants  y  trouvent  de  l'érudition  ,  et  jugent 

2u.f''AijJ?>  1ue  ce  commentaire  mérite  d'être  lu.  Mais,  selon  Sixte  de 
Sienne,  et  divers  autres  après  lui,  il  est  d'un  Auteur  postérieur 
à  Cassiodore,  à  S.  Grégoire  le  Grand,  et  à  S.  Augustin  Apôtre 
de  l'Angleterre:  ce  qui  fait  que  quelques-uns  attribuent  cecom- 

Tiii.  iwd.  mentaireau  vénérable  Bede.  '  Ce  pourroit  être  un  centon,  ou 

recueil  tiré  de  plusieurs  Auteurs,  entre  lesquels  le  titre  peut  don- 
ner lieu  de  croire  qu'il  y  a  beaucoup  de  choses  de  S.  Eucher. 

Moi.  c.  55  On  pourroit  appuïer  cette  opinion'  sur  ce  que  l'Anonyme 

de  Molk  assure  que  S.  Eucher  avoit  écrit  des  questions  sur 
les  Livres  des  Rois  :  c'est-à-dire  qu'il  avoit  fait  à  1  égard  de  ces 
Livres  en  particulier,  la  même  chose  qu'il  avoit  faite  sur  l'E- 
criture en  général,  comme  nous  l'avons  dit.  Il  aura  pu  aisé- 
ment se  faire  qu'un  Auteur  postérieur  ait  joint  à  ces  questions, 
qui  apparemment  étoient  succintes,  ce  qu'il  aura  jugé  à  pro- 
pos des  ouvrages  des  autres  écrivains,  comme  Cassiodore,  S. 
Grégoire  le  Grand,  le  vénérable  Bede  etc.  sur  cette  même  ma- 
tière ,  et  qu'il  en  ait  formé   un  commentaire  entier  tel  que 

Bib.  pp.  i.  o.  p  nous  l'avons.  '  Ces  deux  ouvrages  ont  été  imprimés  dans  la 
Bibliothèque  des  Pères  à  la  suite  des  œuvres  de  S.  Eucher, 
mais  avec  un  titre  qui  marque  qu'ils  ne  sont  pas  du  S.  Evêque. 


V   SIECLE. 


EVÉQUE  DE  LYON.  293 

3°  Erasme  a  attribué  à  S.  Eucher  les  livres  De  la  vocation 
des  Gentils.  Mais  les  sçavants  jugent  qu'il  n'a  point  eu  de 
fondement  plus  solide  pour  le  faire  que  ceux  qui  les  ont  don- 
nés à  saint  Léon  Pape ,  à  saint  Prosper ,  à  Hilaire  son 
collègue,  ou  à  d'autres.  Il  faut  pourtant  avouer  que  si  le 
style  seul  étoit  une  preuve  suffisante  pour  donner  un  ouvrage 
à  un  Auteur  plutôt  qu'à  un  autre ,  on  trouveroit  sans  peine 
dans  les  livres  dont  nous  parlons,  de  quoi  justifier  le  sentiment 
d'Erasme.  Car  on  peut  assurer  qu'il  se  trouve  moins  de  con- 
formité pour  le  style  entre  ces  livres  et  ceux  de  tout  autre  écri- 
vais ,  même  ceux  de  S.  Léon ,  qu'il  y  en  a  entre  ce  même 
ouvrage  et  ceux  qui  nous  restent  de  S.  Eucher.  De  sorte 
que  si  quelqu'un  tenloit  en  faveur  de  ce  S.  Evêque  par  rap- 
port à  ces  livres,  le  même  travail  que  le  P.  Quesnel  a  entre- 
pris en  faveur  de  S.  Léon,  et  M.  Antelmi  en  faveur  de  S. 
Prosper ,  il  auroit  peut-être  une  issue  plus  heureuse ,  que 
n'ont  eu  ces  deux  sçavants  Ecrivains. 

4°  '  M.  Baluze  à  la  fin  des  œuvres  de  S.  Agobard,  et  M.  le  La-  Agob.  »Pp.  ». 
boureur  après  lui, nous  ont  donné  une  letre sous  le  nom  de  S.  îfi.  pMao.  si. 
Eucher,  adressée  à  un  Prêtre  nommé  Philon.  L'Auteur  prie  ce 
Philon  d'empêcher  que  l'Abbé  Maxime  n'abandonne  son  Mo- 
nastère de  l'Isle-Barbe,  et  ordonne  de  donner  à  ce  Monastère 
trois  cents  muids  de  bled,  deux  cents  muids  de  vin,  deux  cents 
livres  de  fromage  et  cent  livres  d'huile.  Plusieurs  sçavants  pa- 
roissent  ne  pas  douter  de  l'authenticité  de  cette  pièce,  dans 
laquelle  néanmoins  nous  ne  voions  rien  qui  montre  une  si 
grande  antiquité  ;  joint  à  ce  qu'il  ne  paroît  point  par  aucun 
monument  ancien,  que  l'Isle-Barbe  fût  érigée  en  monastère 
du  temps  de  S.  Eucher.  Ainsi  pour  dire  tout  ce  que  nous 
pensons  de  cette  letre ,  elle  a  plus  l'air  du  VIII,  ou  IX 
siècle  que  du  V.  '  Il  y  est  dit  que  plusieurs  personnes  cessoient  i»ie.B.  t.  \.  p. 
de  faire  à  ce  Monastère  leurs  aumônes  accoutumées,  à  cause 
de  la  crainte  qu'elles  avoient  des  nations  étrangères ,  ou  des 
Gentils,  propter  metum  gentium .  Gela  ne  peut  s  entendre  plus 
naturellement  que  des  incursions  ou  des  Sarrasins  au  VI II 
siècle,  ou  des  Normans  au  siècle  suivant.  Car  nous  ne  voïons 
pas  qu'on  puisse  l'appliquer  aux  Bourguignons  déjà  maîtres  du 
pais  depuis  long  temps,  parce  qu'outre  qu'ils  étoient  dabord 
Catholiques ,  leur  empire  étoit  fort  doux  et  fort  pacifique. 
Il  est  aisé  qu'au  temps  des  Normans  l'Isle-Barbe  fût  gouver- 
née par  un  Abbé  qui  se  nommât  Maxime;   que  l'on   ne 


20. 


294  SALVIUS, 

V  SIECLE.  ' 


connoit  point  d'ailleurs,  non  plus  que  l'on  n'en  connoît  point 
tant  d'autres,  soit  de  ce  temps-là,  soit  des  suivants.  Il  est  en- 
core fort  aisé  que  la  lelre  dont  il  s'agit,  fût  sans  nom  d'Au- 
teur, et  que  dans  la  suite  quelques-uns  de  ceux  nui  cmmicnt 
que  S.  Maxime  disciple  de  S.  Martin  avoit  été  Abbé  de  lïs- 
le-Barbe,  supposants  que  l'établissement  de  ce  Monastère  éloit 
encore  plus  ancien ,  se  soient  imaginé  que  le  Maxime  dont 
il  est  parlé  dans  la  letre,  éloil  le  disciple  de  S.  Martin.  De- 
là ils  se  seront  émancipés,  pour  appuier  leurs  prétentions,  de 
faire  porter  le  nom  respectable  de  S.  Bûcher  à  cette  lelre  qui 
se  trouvoit  anonyme.  C'est  apparemment  par  cette  sorte  de 
voies  que  le  nom  du  S.  Evèque  se  lit  aujourd'hui  à  la  tête  de 
cette  pièce  (XI). 


SALVIUS  OU  SILVIUS, 

Evkoi  e  n'OcToiu  IRE. 


0 


kc.Toi>iRE  ou  Martignac,  au-dessus  du  lac  de  Genève  , 
étoit  anciennement  un  Siège  Episcopal,  (|ui  dans  la  suile 
t»i.  n.  B.  1. 15.  des  temps  '  a  été  transféré  à  Sion  en  Valais  sous  la  métropole 
p   l31,  de  Tarenlaise.   On  ne  peut  presque  pas  douter  que  Salvius 

ou  Silvius,  qui  fait  le  sujet  de  cet  article,  n'en  fût  Evèque 
Emu.  .ni  sm.  p.  un  peu  avant  le  milieu  de  ce  siècle.  Car  S.'  Eucher,  dont 
8,181  r,n'a,Ml-     nous  venons  de  parier,  en  lui  adressant  l'histoire  de  Saint 
Maurice  et  de  ses  compagnons,   le   qualifie  Evèque ,  et  dit 
qu'il  étoit  toujours  occupé  au  service  de  ces  Saints,  qui  son I- 
Roii.  |j;iii.  t.  i.  virent  le  martyre  à  Agaunc  dam  le  diocèse  d'Octodure.  '  Sil- 
'"'  '''  **"  '"         vins  à  son  tour  adressa  un  de  ses  ouvrages  à  S.  Eucher,  qui 
avoit,  dit-il,  accoutumé  d'approuver  tout  ce  qu'il  faisoil,  à 
cause  de   l'amitié  qui  étoit  entre  eux.  Ces  traits  marquent 
bien  visiblement  un  homme  qui  vivoil  dans  les  Gaules,  (t 
uve,  p.  884.1.      non  pas'  à  Rome,  comme  il  a  semblé  à  Cave.  "C'est  ce  qui 
»Loo,i.i.p.740.  c.  est  confirmé  par  la  vie  de  S.  Hilaire  d'Arles,  où  l'on  voit  un 
Silvius  entre  les  Docteurs  de  ce  temps-là,  qui  s'étoienl  ren- 
dus célèbres  dans  nos  (laides  par  leurs  excellents  écrits.  Ce 
Silvius  avec  quelques  autres  assistoil  souvent  aux  prédications 
du  Saint,  et  se  déclarait  hautement  l'admirateur  de  sa  dœ- 
trine  et  de  son  éloquence  extraordinaire.  Il  n'y  a  pas  de  doute 
qui;  l'Auteur  de  cette  vie  entend  parler  de  l'Evêque ,  dont 


EVÉQUE  D'OCTODURE.  29S     VS,KCLE/ 


nous  faisons  l'éloge.  On  jugeroil  par  ce  qu'il  en  dil,  (ju'il  au- 
roit  été  d'Arles  ou  des  environs,  ou  au  moins  qu'il  y  auroit 
fait  une  demeure  considérable  ,  avant  que  d'être  élevé  sur 
le  Siège  Episeopal  d'Octodure. 

'  Prosper  Tiro  sur  la  15*  année  de  Valentinien  III,  qui  Pm.  t.  chr.  p. 
doit  être  la  439-  de  J.  C.  fait  mention  d'un  autre  Silvius  J£ } m'  **■•  * 
d'une  manière  si  désavantageuse,  qu'il  est  facile  de  juger  que 
ce  n'est  pas  celui  dont  nous  entreprenons  de  parler.  Silvius , 
dit-il  ,  homme  dont  l'esprit  étoil  tout-à-fait  troublé  ,  après 
avoir  passé  par  diverses  charges  ,  écrit  quelque  chose  sur  la 
Religion.  Assurément  ces  premiers  caractères  ne  conviennent 
point  à  nôtre  Evêque.  Nous  avons  des  preuves  qu'il  vêquil  au 
moins  jusqu'en  149,  comme  l'on  verra  parla  suite. 

De  tous  les  ouvrages  que  Silvius  a  pu  laisser  à  la  postérité  , 
nous  n'avons  connoissancc  que  de  celui  qu'il  adressa  à  S.  Eu- 
cher.  C'est  une  espèce  de  Calendrier  sacré  et  profane.  '  Bol-  Bdi.  Utff.  p.  ï< 
landus  en  avoit  un  exemplaire  ,  mais  imparfait,  qu'il  médi-  "' 
toit  de  publier  avec  des  notes  ûV  sa  façon,  '  et  dont  il  nous  a  p.  4t.  t.  iu.  i. 
donné  quelques  extraits  avec  la  préface  de  l'Auteur,  à  la  tête 
de  son  premier  volume  sur  le  mois  de  Janvier.  '  L'Auteur  est  i>.  u.  î. 
nommé  dans  le  titre  Polemeus  Silvius,  '  ou  plutôt,  comme  le  p.  a.  2. 
croit  Bollandus,  P.   Anneius  Silvius;'  quoiqu'il  ne  prenne  p. *t.  1. 
ce  dernier  nom  que  dans  l'inscription  de  sa  lettre  à  S.  Eucher. 

'  Il  déclare  lui-même  que  l'ouvrage  n'est  pas  de  son  in-  nu. 
vention,  n'aïant  fait  que  travailler  d'après  les  premiers  au- 
teurs ,  en  y  changeant  et  éclaircissatil  ce  qui  y  étoit  le  plus 
obscur,  pour  le  rendre  intelligible  aux  moins  sçavants.  Cha- 
que mois  y  est  marqué  selon  les  divers  noms  que  lui  donnent 
les  différentes  nations  du  monde.  On  y  trouvoit  une  énume- 
ration  des  Princes  et  des  Tyrans  qui  ont  régné;  une  liste  des 
Provinces  qui  formoient  l'Empire  Romain  ;  un  dénombre- 
ment des  animaux  à  quatre  pieds,  des  oiseaux  et  des  poissons; 
un  moïen  pour  trouver  la  nouvelle  lune,  et  le  jour  de  Pâ- 
ques; les  années  de  la  fondation  de  Rome;  un  abrégé  de 
l'Histoire  Romaine;  les  fables  des  Poètes;  les  sectes  des  Phi- 
losophes, et  une  notion  des  poids  et  des  mesures.  '  Mais  Bol-  P.  43. 2. 
landus  avertit  qu'il  n'y  a  rien  dans  son  exemplaire  sur  les 
moïens  de  trouver  la  nouvelle  lune  et  le  jour  de  Pâques, 
ni  sur  les  fables  des  Poètes,  non  plus  que  sur  les  sectes  des 
Philosophes.  '  Depuis  Rollandus,  ses  continuateurs  nous  ont  Jim.  t.  7.  p.  iw. 
donné  ce  Kalendrier  en  son  entier,  c'est-à-dire  tel  que  Bollan-  18*' 


Y   SIECLE. 


Jan.  ib.  p.  44.  1. 


296  SALVIUS, 

dus  l'avoit  recouvré  avec  beaucoup  d'imperfections.  On  voit 
qu'il  manque  dans  cet  exemplaire  plusieurs  autres  choses  dont 
Silvius  dans  sa  préface  fait  l'énumération,  et  qu'il  promet 
d'insérer  dans  le  corps  de  l'ouvrage. 

Ce  que  l'Auteur  y  dit  de  l'année  en  général,  est  'remar- 
quable. '  «  L'année ,  dit-il ,  n'avoit  dabord  que  dix  mois, 
«  qui  comprenoient  trois  cents  quatre  jours.  Il  y  a  même  plu- 
«  sieurs  Auteurs  qui  témoignent,  qu'elle  n'avoit  que  six  mois 
«  chez  les  Acarnaniens,  quatre  chez  les  Egyptiens,  et  trois 
«  seulement  chez  les  Arcadiens.  Ensuite  le  second  Roi  de  Ro- 
«  me,  comme  l'on  prétend,  y  ajouta  les  mois  de  Janvier  et 
«  de  Février  entre  Décembre  et  Mars  :  de  sorte  que  l'année 
«  eut  alors  trois  cents  cinquante-quatre  jours,  et  comprit  les 
«  douze  renouvellements  de  la  lune.  Enfin  on  trouva  à  propos 
«  d'y  ajouter  encore  dix  jours,  et  le  quart  d'un  qui  forme  le 
«  bissexte,  qui  revient  de  quatre  en  quatre  ans.  Les  Egyptiens, 
«  c'est  toujours  Silvius  qui  parle,  commencent  leur  année  au 
«  mois  de  Septembre,  les  Grecs  au  mois  de  Novembre,  les 
«  Juifs  au  mois  de  Mars  ;  mais  pour  nous,  ajoûte-t'il,  qui  sui- 
«  vons  l'ordre  des  Kalendes,  nous  la  commençons  au  mois  de 
«  Janvier,  huit  jours  après  le  solstice  d'hyver,  et  après  le  jour 
c  de  la  naissance  de  J.  C.  ce  qui  est  une  raison  plus  puissante  » 
pour  nous  déterminer  à  compter  de  la  sorte.  '  Silvius  mar- 
que lui-même  le  temps  auquel  il  travailla  à  cet  ouvrage,  par 
V époque  de  l'an  1200  de  la  fondation  de  Rome,  déjà  complet 
Buch.  p.  58.  sous  les  Consulats  de  Posthumien,  de  Zenon  etd'Astére,  '  c'est- 
à-dire  l'an  de  J.  C.  448,  et  le  commencement  de  l'année 
suivante ,  à  laquelle  Astere  fut  Consul,  Zenon  et  Posthumien 
l'aïant  été  l'année  précédente. 

Il  paroit  par  la  îetre  de  Silvius  à  S.  Eucher,  et  par  la 
vie  de  S.  Hilaire  d'Arles,  que  Silvius  avoit  écrit  encore  quel- 
ques autres  ouvrages,  outre  celui  dont  nous  venons  de  par- 
Boii.  ibid.  p.  a.  1er.  C'est  ce  qu'il  insinue  clairement  lui-même,  en  '  disant 
*■  à  S.  Eucher,  a  qui  il  adresse  le  Kalendrier  précédent,  qu'il, 

avoit  accoutumé  d'approuver  ce  qui  venoit  de  lui,  à  quo  mea 
omnia,pro  ejus  gui  inter  nos  est  amoris  studio,  comprobantur. 


p.  45.  1. 


207 

V  S  I  K  <  li: 


N 


PALLADE, 

Poète   et    Philosophe. 

S-  I 

HISTOIRE    DE  SA  VIE. 

ous  croïons  devoir    placer    vers  ce    temps-ci,   c'est-à- 
dire   vers   le  milieu  de  ce  siècle ,  Pallade   dont   nous 
avons  déjà  dit  quelque  chose  aux  articles  d'Exupérance  Pré- 
fet des  Gaules,  et  du  Poëte  Rutilius.  '  Il  étoit  fils  du  premier  RUt.  u.  v.  aos- 
et  par  conséquent  de  la  ville  de  Poitiers  comme  lui,  et  très-  ^b3; ,]  j£g?' 
proche  parent  de  l'autre.  '  Après  s'être  formé  à  l'éloquence  Rut.  ibi<i. 
dans  les  Gaules,  il  alla  à  Rome  fréquenter  le  barreau,  et  ap- 
prendre la  Jurisprudence.  Il  y  trouva  Rutilius,  '  qui  y  aiant  v.  isr.-irt. 
exercé  la  Préfecture,  lui  fut  sans  doute  d'un  grand  secours 
pour  le  faire  connoitre,  et  lui  procurer  des  amis  du  premier 
ordre.  '  Il  prit  un  très-grand  soin  de  lui  pendant  le  séjour  qu'ils  v.  an. 
firent   ensemble  dans  cette  capitale  de  l'Empire.   Peu   de 
temps  après,  c'est-à-dire  en  417,  '  ce  Poëte  s'en  revenant  v.  no.-aos. 
dans  les  Gaules,  Pallade  l'accompagna  jusqu'à  Porto,  d'où 
il  retourna  à  Rome  continuer  ses  études. 

'  Dès  lors  Pallade ,  qûoiqu'encore  tout  jeune,  faisoit  es-  v.  208.  ao». 
perer  par  son  sçavoir  et  ses  autres  grandes  qualités  qu'il  soû- 
tiendroit  un  jour  avantageusement  la  gloire  de  sa  maison.  L'on 

feut  juger  par  l'âge  qu'il  avoit  alors,  qu'il  étoit  né  à  la  fin  du 
V  siècle.  Rutilius  l'aimoit  comme  son  propre  fils  ;  et  la  ten- 
dresse avec  laquelle  il  en  parle,  a  même  lait  croire  à  quel- 
ques Sçavants  qu'il  l'avoit  adopté  en  cette  qualité.  Ses  ex- 
pressions sont  trop  nobles,  pour  être  omises  dans  cet  éloge. 

'  Tum  discessurus,  studiis  urbique  remitto  v.  au.  an. 

Palladium,  gencris  spemque  decueque  mei. 
Facundus  juvenis  Gallorum  nuper  ab  arris 

Missus  Romani  discerc  jura  fori, 
111e  meœ  secum  dulcissima  vincula  curœ 

Filius  affecta,  stirpe  propinquus  habet  : 
Cujus  Aremoricas  pater  Exupcrantius  oras 

Nunc  post-liminum  pacis  amure  docet. 

Tome  //.  P  n 


298  PAL  LA  DE, 

v  s irc eu:.  ' 


C'est-là  tout  ce  que  nous  sçavons  de  bien  certain  louchant 
ce  Pallade.  Il  y  auroit  cependant  quelque  lieu  de  croire  que 
la  qualité  de  (ils  d'un  Préfet  des  (laides,  jointe  à  son  mérite 
personnel,  lui  auroit  procuré  quelque  dignité,  ou  quelque 
charge  dans  l'Empire;  mais  nous  n  en  avons  point  de  con- 

Coti.  Th.  pros.  p.  noissance  positive.  Car  on  ne  peut  pas  dire  qu'il  soit  ce 
Pallade  Proconsul  d'Afrique  sous  Honoré  en  l'année   410. 

Rm.  ii.  not.  p.  'Quelques  Ecrivains  modernes' en  ont  voulu  faire  le  célèbre 
Orateur  de  même  nom  (pie  lui,  dont  parle  Synimaque  dans 

sym.  î.  i.  cp.  o.  plusieurs  de  ses  lelres.  '  Mais  celui-ci  lleurissoit  dès  avant  la 
fin  du  IV  siècle,  du  temps  du  Consul  Syagre,  et  par  consé- 
quent avant  que  naquît  celui  dont  nous  faisons  l'éloge.  Il  y 
eut  au  même  siècle  et  dans  le  suivant  parmi  les  Crées,  di- 
vers autres  Pallades  illustres  par  leur  seavoir,  avec  lesquels  on 
ne  doit  pas  non  plus  le  confondre.   Rien  n'empêche  cep  n- 

Rm.  it.  not.  p.  dant  qu'on  ne  croie,  '  et  Barthios  l'a  ainsi  pensé,  que  c'est  le 

aïs.  «o.  même  dont  nous  avonr  un  ouvrage  sur  l'agriculture.  '  Cet 

Itili.    I.iiR-ltnl.  p.      .  ,  ,    1     *  ».        ] 

:i*i.  i  si.i.  s.  pV  Auteur  s  y  nomme,  a  la  tele  dans  un  ancien  manuscrit,  et 
selon  la  remarque  du  P.  Sinr.ond,  Palladius  IlutiliuB  Taurus 
/Emilianus;  où  l'on  voit  deux  noms  qui  conviennent  à  nô- 
tre Poète  :  celui  de  Pallade  sous  lequel  nous  h;  représentons, 
et  celui  de  Kulilius,  qui  étoit  dans  sa  famille,  et  qu'il  pou- 
vait porter  aussi  à  cause  de  son  adopti  »n,  si  elle  est  aussi  vraie 

su.  s.  pr.  qu'on  la  suppose.  De  sorti;  qui;  '  son  véritable  nom  devroil 

être  Emilien,  comme  le  nomment  Cassiodorc  et  S.  Isidore  de 
Séville.  L'usage  de  ce  temps-là  vouloit  en  effet  que  le  dernier 
nom  fût  le  nom  propre  des  personnes  qui  en  a  voient  plusieurs. 
Une  autre  raison  qui  ne  permet  gueres  de  douter  que  l'Au- 
teur des  livres  sur.  l'agriculture,  ne  soit  Pallade  dont  nous 

Rm.  ibi.i.  p.  sio.  parlons  ici,  'c'est  que  l'on  convient  assez  communément  que 
cet  ouvrage  est  du  temps  où  la  barbarie  avoit  commencé  à 
prendre  la  place  des  Délies  Lelres,  c'est-à-dire,  de  ce  V  siè- 
cle. Il  n'y  a  que  Louis  Vives  qui  le  rapporte  au  temps  de 
l'Empereur  Adrien.  Mais  outre  qu'il  avance  celte  opinion 
sans  fondement  et  sans  autorité,  Augustin  Dalhus  l'avoit  mis 
avant  lui  au  nombre  des  Auteurs  des  siècles  suivants.  C'est  ce 

Pab.  ni),  lai.  P.  que  prouvent  la  nature  de  son  style,  et  '  la  mention  au  il 

IM14B-  fait  d'Apulée,  qui  n'écrivoit  que  sous  les  successeurs  de  Tile 

Anlonin,  vers  la  fin  du  u  siècle. 

Nous  ut;  voïons  rien  qui  puisse  légitimement  eonibalre  le 

Paii.  o»  re  mit    sentiment  que  nous  établissons,  sinon  '  l'endroit  où  l'Auteur 

i.  V  p.  881. 


philosophe.  m 


de  l'ouvrage  dont  il  esl  ici  question,  parle  des  domaines  qu'il 
possédoit  au  territoire  de  Naples  :  ce  qui  pourroit  insinuer 
qu'il    étoit   de    ce    païs-là.    Mais    cette    difficulté  ne    doit 
point  arrêter.  Pallade  n'est  point  le  premier  Gaulois  qui  ait 
eu  des  terres  dans  des  pais  étrangers.  Nous  avons  vu  dans  ce 
siicle-ci  même,  que  Protade  qui  étoit  de  Trêves,  avoit  une 
terre  en  Ombrie,  où  il  s'étoit  retiré  avant  l'an  417.  11  est  aisé 
que  Pallade  l'ait  imité  en  cela,  '  et  qu'aïant  perdu  son  père  Lab.  nov.  bib.  t. 
en   i2i  de  la  manière  tragique  que  nous  l'avons  rapporté,    "  p" 50" 
'  cl  sa  mère  long-temps  auparavant,  l'état  déplorable  auquel  ■**.  cp.  <jy.  p. 
les  Barbares  avoient  alors  réduit  les  Gaules,  lui  ait  fait  pren- 
dre le  parti  de  s'établir  du  côté  de  Naples.  '  Il  est  qualifié  l'ait,  ibid.  1.  t.  p. 
illustre  à  la  tète  de  ses  écrits  selon  les  imprimés  :  titre  qu'on  i\l\  '  a°  ""'  v' 
lui  donne  soil  pour  sa  naissance,  soit  à  cause  des  dignités  ou 
des  chargée  qu'il  aura  exercées.  Au  reste  quoiqu'il  fût  proche 
parent  d'un  Païen,  on  ne  doit  pas  croire  qu'il  le  fût  lui-mê- 
me. Il  paroît  au  contraire  qu'Kxupéranee  son  père  étoit  Cbré- 
ticii  :     et  Ouinlilien  son  oncle  paternel  avoit  la  réputation  Hier,  ibid. 
d'un  fidèle  serviteur  de  J.  G.  comme  nous  l'avons  montré 
ailleurs. 

S  M- 

SES    ECRITS. 


ouvrage  de  Pallade  sur   l'agricullure   est   compris  en  Nil.  ionnu-p. 

Lité  livres,  dont  les  treize  premiers  sont  écrits  en  prose,  *id-'ili- 
et  le  quatorzième  en  vers  élégiaques.  '  Il  les  adresse  à  un  nom-  I.  n.  p.  310. 
nié  Pasiphile,  qu'il  qualifie  homme  très-docte,  et  dont  le 
nom  ne  se  trouve  qu  à  la  lêle  du  dernier  livre.  Ce  fut  à  la 
prière  et  à  ses  sollicitations,  que  -Pallade  entreprit  cet  ouvra- 
ge, qu'il  ne  lui  envoïa  qu'un  peu  tard  par  la  négligence  et  sa 
papesse  de  ses  copistes.  11  ne  lui  parle  de  son  travail,  que 
comme  d'un  amusement,  qu'il  se  flate  néanmoins  d'être  reçu 
favorablement  de  Pasipbile. 

Outre  la  petite  préface  où  Pallade  parle  de  la  sorte,  'il  en  1.  1.  p».  p.  m. 
a  mis  une  autre  fort  courte  à  la  tête  de  l'ouvrage,  tant  pour 
s'excuser  de  ce  qu'il  n'y  emploie  pas  l'éloquence  des  Rhéteurs, 
ce  qui  ne  conviendroil  pas  au  sujet  qu'il  entreprend  de  traiter, 
(juepour  tracer  une  idée  générale  de  son  dessein.  Il  promet 
de  parler  de  toute  sorte  d'agriculture,  des  pâturages,  des 
édifiées  champêtres,  selon  les  maîtres  de  l'art,  de  leurs  in- 

Ppï 


SIECLE. 


1.  1. 

P< 

250-2G1 ■ 

1.   3-13. 

308. 

p.    261- 

1.  14 

•  P- 

310.  311. 

Fab. 
145 

poë. 

bib.    Lit.    p. 
|    Hiil.    jug. 
la»,  p.  498. 

Casd.  inst.   c   23. 
p.  534.  3. 

300  PALLADE, 

ventions,  en  un  mot  de  tout  ce  que  l'on  peut  ou  faire  ou  nourrir  à 
la  campagne,  soit  pour  le  plaisir,  ou  pour  l'utilité,  en  marquant 
les  saisons  propres  à  chaque  chose.  De  sorte  que  l'ouvrage 
de  Pallade  peut  ajuste  titre  passer  pour  un  de  ces  livres,  qu'on 
nomme  aujourd'hui  la  maison  rustique. 

'Dans  le  premier  livre  Pallade  donne  les  divers  préceptes 
qui  regardent  l'agriculture  en  général.  '11  emploie  les  douze 
suivants  à  marquer  ce  que  l'on  doit  ou  semer  ou  planter,  et  tous 
les  autres  travaux  qui  conviennent  à  chaque  mois  de  l'année, 
en  commençant  par  le  mois  de  Janvier.  Enfin  dans  le  14e 
et  dernier  livre,  qui  est  en  vers,  Pallade  traite  de  la  ma- 
nière d'enter  et  de  greffer  les  arbres.  C'est  pourquoi  il  est 
intitulé  De  insitione.  '  On  remarque  que  l'ouvrage  de  Pal- 
lade est  écrit  d'un  style  simple,  mais  que  néanmoins  il 
ne  manque  point  d'élégance,  et  que  sa  versification  n'est 
pas  mauvaise.  '  Cassiodore  qui  avoit  enrichi  sa  Bibliothèque 
de  cet  ouvrage,  et  qui  met  son  Auleur  le  dernier  entre  ceux 

3ui  ont  le  mieux  écrit  de  l'agriculture,  y  reconnoît  beaucoup 
'éloquence,  et  une  grande  netteté.  Il  n'y  compte  que  douze 
livres;  et  l'on  ne  sçauroit  dire  pourquoi.  Mais  il  convient 
ue  l'Auteur  y  explique  avec  une  entière  clarté  ce  qui  regar- 
e  la  culture  des  jardins,  et  la  manière  d'élever  et  de  nourrir 
l»id.  orig  i  i7.  les  bestiaux.  Cassiodore'  non  plus  que  S.  Isidore  de  Séville 
c.  î.  p.  ii2.  2.  nc  donnent  à  Pallade  que  le  nom  d'Emilien,  sans  doute  pour 
la  raison  que  nous  avons  marquée  plus  haut.  Pallade  sçut  pro- 
fiter des  ouvrages  de  ceux  qui  avoient  écrit  avant  lui  sur  la 
môme  matière  qu'il  traite  dans  le  sien.  Car  il  cite  quelque- 
fois Gargilius  Martialis,  Columelle,  et  Apulée. 

Il  y  a  eu  assez  grand  nombre  d'éditions  de  son  ouvrage,  ' 
presque  toujours  avec  les  écrits  de  Caton,  de  Varron,  et  de 
Bib.  Bon.  t.  2.  Columelle  sur  le  même  sujet.  '  La  première  dont  nousaïons 
wi3*}  !'.ls".'bFior    connoissance,  est  celle  qui  parut  à  Boulogne  en  1504,  avec 
&•••  les  commentaires  de  Philippe  Béroalde  en  un  volume  in-fo- 

Bib.  ff  siin.  cen.  lio,  et  qui  est  fort  belle.  '  Dès  .151 5  il  y  en  eut  une  nouvelle^ 
édition  en   même  volume    faite  à  Florence  chez  Philippe* 
...  d.  da  Lo.cb.     Junta,  '  et  chez  ses  héritiers  au  même  endroit  l'an  1521  in- 
Bib.Bodi.  ibij.      4°.  Aide  Manuce'  en  donna  une  autre  édition  à  Venise  l'an 
...  s.  vin.  cen.    1528  en  un  volume  in-8°.  'A  Paris  Josse  Bade  réimprima 
l'année  suivante  les  mêmes  ouvrages  en  un  volume  in-folio 
...  it  Pmti.  Cm.    avec  les  notes  et  les  commentaires  de  divers  Auteurs.  '  Ces 
mêmes  anciens  Ecrivains  furent   encore  imprimés  à  Paris 


a 


PHILOSOPHE.  301     v  .,.„, 

V   SIECLE. 


chez  Antoine  Augerelle  pour  Jean  Petit  et  Galiot    du  Pré 
l'an  1533  en  un  volume  in-folio,   qui  est  parfaitement    bien 
conditionné.  '  La  même  année  ils  parurent  aussi  à  Venise,  ...vaiiicci. 
'  puis  en  1538  au  même  endroit;  mais  cette  dernière  édition  ...  «arb.  t.  s.  p. 
n'est  qu'une  traduction  en  italien.  '  Jean  Hervag  imprimeur  ';'6"  §.  Manr. 
à  Basle  les  donna  au  public  en  leur  langue  originale  l'an  1535 
en  un  volume  in-4°.  '  Sébastien  Gryphe  les  imprima  à  Lyon  Gesn.  bit>.  uni.  t. 
en  un  volume  in-8°  la  même  année  1535.  *  En  1 536  ils  fu-  yf/g^fc  \m 
rent  réimprimés  à  Cologne  en  un  volume  in-8°.  '  Le  même  ...  vaiiieci. 
imprimeur  les  donna  de  nouveau  au  public  les  années  1541, 
'et  1549   avec  les  notes  et  les  explications  de  Philippe  Bé-  ...  s.  vin.  cen. 
roalde,  et  de  Pierre  Victorius  en  un  volume  in-8°.  'Robert  'n|i-   >>£•  *    ■■ 
Estiennede  son  côté  les  publia  à  Paris  l'an  1543  en  même  ib!p' 
volume.  Cette  édition  et  celle  de  Josse  Bade  qui  l'avoit  pré- 
cédée, et  dont  nous  nous  sommes  servis,  sont  des  plus  belles 
sans  contradiction.'  On  en  trouve  encore  une  édition  en  un  ...Darb.  t.  a. 


1.-16,  i. 


volume  in-8°  faite  à  Heidelberg  l'an  1595.  (XL) 

EUSEBE, 

EvÊQUE  DANS  LES  GAULES. 

Le  recueil  des  56  homélies  qui  ont  paru  d'abord  sous  le 
nom  d'Eusebe  d'Emese,  et  en  dernier  lieu  sous  celui 
d'Eusebe  des  Gaules  ou  le  Gaulois,  nous  oblige  de  parler 
ici  de  l'Auteur  à  qui  on  les  attribue.  Il  seroit  difficile  de  dire 
au  juste  pourquoi  l'on  s'est  avisé  de  leur  fajre  porter  le  nom 
d'Eusebe  pris  en  lui-même  ;  quoiqu'il  soit'aisé  de  faire  voir 
pourquoi  l'on  a  changé  sa  qualification,  en  le  nommant 
Eusebe  des  Gaules  au  lieu  d'Eusebe  d'Emese. 

'  Quelques  Sçavants  prétendent  qu'on  n'a  donné  à  ces  ho-  Aug.  *er.  a?p.  p. 
mélies  le  nom  d'Eusebe,  que  pour  marquer  qu'elles  étoient  uip.  m] M. 
d'une  personne  de  pieté  en  général.  De  sorte  qu'Eusebe  seroit  J^-  '•  '•  p-  421- 
ici  un  nom  appellatif,  qui  selon  la  force  du  grec  signifieroit 
une  personne  de  pieté,  et  non  pas  le  nom  propre  d'un  hom- 
me en  particulier.  Mais,  quoique  nous  aïons  en  ce  même 
siècle  les  exemples  de  Vincent  de  Lérins,  qui  s'est  caché  sous 
le  nom  emprunté  d'étranger  ou  de  pèlerin,   et   de    Salvien 
qui  s'est  déguisé  sous  le  nom  de  Timothée,  ces  exemples 

2  2 


302  EUSEBE, 

V   SIECLE. 

n'autorisent  point  la  prétention  que  l'on  nous  donne  touchant 
Eusebe,  parce  que  ce  sont  Vincent  et  Salvien  qui  prennent 
eux-mêmes  ces  noms  empruntés,  au  lieu  que  l'on  suppose 
que  ce  sont  d'aulres  que  le  propre  Auteur  des  homélies,  qui 
leur  donne  le  nom  d'Kusebe.  Ainsi  sans  nous  arrêter  à  celte 
conjecture,  il  nous  paroit  plus  vrai-semblable  que  ce  nom 
leur  sera  venu,  de  ce.  que  quelques-unes  portoient  originai- 
rement le  nom  d'Eusebe  comme  étant  réellement  l'ouvrage 
d'un  Eusebe,  qui  aura  vécu  dans  les  Gaules,  où  il  est  clair 
que  la  plupart  ont  été  prononcées.  Ensuite  il  sera  aisément 
arrivé  que  lorsqu'on  aura  fait  le  recueil  de  ces  homélies,  on 
ait  joint  aux  premières  qui  portoient  ce  nom,  celles  qui  étoient 
anonymes,  et  qui  se  seront  trouvées  de  la  sorte  attribuées  à 
un  Eusebe. 

Nôtre  conjecture  est  d'autant  mieux  fondée,  qu'il  est  plus 
certain  qu'il  y  avoit  en  ce  siçcle-ci  dans  nos  Gaules  diverses 
personnes  illustres,  qui  portoient  le  nom  d'Eusebe,  et  qui  se 
trouvant  dans  les  premières  dignités  eeclésiasliqucs,  ont  pu 
composer  quelques-unes  de  ces  homélies,  el  leur  faire  por- 
ter leur  nom  ;  ce  que  les  Auteurs  des  autres  auront  négligé 
Soi.  ad  Eus.  p.  défaire.'  A  la  fin  du  IV  siècle  on  trouve  un  Eusebe,  à  qui 
*78-  S.  Sévère  Sulpice  adresse  sa  h  tre  contre  les  envieux  de  la 

vertu  de  S.  Martin.  Cet  Eusebe  n'était  alors  que  Prêtre; 
«Ma.  2  n.  n.  p.  'mais  en  405  lorsque  S.  Sulpice  écrivoit  ses  dialogues,  il 
el».- :ii[  i  .  ^°^  revêtu  de  l'Episcopat.  '  Le  premier  Concile  de  Tours, 
*05s!  tenu  en  401,  nous  fournit  un  autre  Eusebe,  qui  étoit  L\ê- 

Loo,  1. 1.  p.  740.  que  de  Nantes  dans  la  Métropole  de  Tours.  '  La  vie  de  S. 
Hilaire  d'Arles  nous  fait  encore  connoîlre  un  troisième  Lu- 
sebe,  qu'elle  joint  à  Silvius  que  nous  avons  vu  Evêqued'Oc- 
todure,  et  à  Domnule,  qui  étoient  tous  trois  autant  d'admi- 
rateurs de  l'éloquence  de  S.  Hilaire,  .et  qui  assisloient  assez 
souvent  à  ses  prédications  avant  le  milieu  de  ce  siècle. 

Si  l'on  ne  croit  pas  devoir  donner  quelques-unes  de  ces  ho- 
mélies, ni  à  Eusebe  dont  parle  S.  Sulpice,  parce  que  plusieurs 
d'entre  elles  paroissent  faites  seulement  après  les  hérésies  de 
Nestorius  et  d'Eutiches,  quoique  l'on  puisse  supposer  que 
cet  Evêque  ait  vécu  jusqu'à  ces  temps-là  ;  ni  à  Eusebe  de 
Nantes,  parce  qu'il  est  visible  que  la  plupart  de  ces  mêmes 
homélies  ont  été  prononcées  à  Lyon,  à  Arles,  et  dans  les 
pais  où  l'Arianisme  s'étoit  répandu  à  la  faveur  de  la  domina- 
tion des  Gots  et  des  Bourguignons  :  on  ne  voit  point  que  l'on 


n. 


EVÊQUE    GAULOIS.  303     y  sIEcLE_ 


en  puisse  refuser  au  troisième  Eusebe,  qui  fleurissoit  ou  à 
Arles  ou  dans  le  voisinage.  Ce  qui  le  persuade,  '  c'est  que  r.eo,  au. 
S.  Honorât  de  Marseille  nous  le  représente  comme  un  Au- 
teur célèbre  pour  ses  écrits,  et  qu'il  y  a  toute  apparence  qu'il 
fut  ensuite  Evêque  comme  Silvius,  à  qui  le  joint  S.  Honorât. 
'  Il  y  a  même  des  Ecrivains,  qui  croient  que  c'est  le  même  Do  Pin,  wh.  t.  3. 
*  qu'Hartman  invoque  dans  ses  litanies  entre  les  saints  Con-  ?'Cani's-  „    ,  2 
fesseurs  Pontifes,  en  le  joignant  à  S.  Martin  de  Tours,  à  Pro-  par-  3.  p.  lis. 
cule  de  Marseille,  et  à  S.  Césaire  d'Arles  :  ce  qui  n'est  pas 
néanmoins  sans  difficulté  ;  car  il  y  a  plus  d'apparence  qu'Hart- 
man a  voit  en  vue  S.  Kusebe  de  \  erseil. 

Au  reste,  comme  nous  n'avons  point  de  preuves  positives 

Îiour  croire  que  quelques-unes  de  ces  homélies  soient  réel- 
ement  de  l'un  ou  de  l'autre  de  ces  Eusebes,  et  qu'au  contraire 
nous  sommes  assurés  que  plusieurs  appartiennent  à  Fauste  de 
Ries,  nous  nous  réservons  à  parler  plus  amplement  de  leur 
recueil  dans  l'histoire  de  cet  Evêque. 


ANONYME, 

AUTEUR  DES  ACTES    DE   S.  SYMPIIORIEN 
Maiityii  a  Aitun. 


0 


n  convient  aujourd'hui   de  mettre  vers   le   milieu  de  Tin  H  K.  t  3  p. 

ce  siècle  les  actes  qui  nous   restent  (lu  martyre  de  S.  «U  Wi.MAioni. 
Symphorien,  '  qui  souffrit  h  Autun  sous  Marc  Aurele  envi-  **«•  Mar.  p.  gs. 
ron  l'an  de  .1.  G;  1«S(>.  ;l  haronius  cependant  lesreconnoîl  pour  "tim.  iWd. 
authentiques  et  originaux;  '  et  Dom  Humait  semble  en  por-  Ad.  Mar.  P.  72. 
ter  le  même  jugement,  quoi  qu'il  avoue  que  la  fin,  qui  man-  73-  "ol- 
que  dans  Mombritius  et  dans  plusieurs  autres  manuscrits,  y 
a  été  ajoutée  par  un  Auteur  du  V  siècle.  '  Il  est  certain  que  Gi-.t.  gi.  conf. 
ces  Actes  sont  anciens,  puisque  S.  Grégoire  de   Tours  les  ''• 77- p- 9:>8- 
cite,  et  qu'ils  s'accordent  fort  bien  '  avec  la  messe  du  saint  lUb.  lit  pH.  1. 
Martyr  qui  se  trouve  dans  le  Missel  Gotique  publié  par  J)oin  3'  p' "m~  m' 
Mabillon.  'On  peut  même  dire  qu'ils  sont  beaux,  tant  pour  rai.  au. 
ce  qu'ils  contiennent,  que  pour  le  style  qui  en  est  magnifi- 
que et  élevé,  quelquefois  néanmoins  jusqu'à  l'excès. 

'Mais  ils  ne  sont  pas  originaux,  comme  il  paroît  par  ce  a<-.i.  Mar.  P.  72. 
qu'ils  disent  de  l'Eglise  bâtie  à  Autun  en  l'honneur  et  sous  73,  n-  8' 


304    ACTES  DE  S.  SVMPI10RIRN  MARTYR. 

V    SIECLE. 

<;re  t  iiist  Fr  l'invocation  du  saint  Martyr.  Car  ce  fut  S.  Euphrone  qui 
l'.i.'n.is.  p.-69.  n'étant  encore  que  Prêtre,  prit  le  soin  de  faire  élever  cet  édi- 
Act.  fer.  ibw.  fice.  '  Ainsi  l'Auteur  des  actes  louant  son  Evêque,  sans  le 
nommer,  du  zélé  qu'il  avoit  fait  paroître  en  érigeant  ce  mo- 
nument à  la  mémoire  de  S.  Symphorien,  il  est  visible  qu'il 
parle  de  S.  Euphrone,  et  qu'il  n'ecrivoit  que  sous  son  Epis- 
copat  qui  commença  vers  450.  Et  il  seroit  fort  inutile  de 
dire  que  cet  endroit  a  été  ajouté  aux  véritables  actes,  parce 
que  le  style  en  est  le  même  que  celui  de  tout  le  reste  de  la 

Îùece,  et  que  d'ailleurs  cette  fin  y  est  fort  naturelle,  et  nul- 
ement  hors  d'oeuvre.  On  voit  par-là  que  l'Auteur  étoit 
d'Autun  même,  puisqu'il  qualifie  S.  Euphrone  son  Evêque, 
et  saint  Symphorien  son  patron.  Il  semble  qu'on  pourroit 
dire  que  ce  fut  à  l'occasion  de  cette  Eglise  bâtie  en  l'hon- 
neur du  S.  Martyr,  que  nôtre  Anonyme  entreprit  son  ouvrage. 

p.  69.  -o.  n  i.  2.  '  On  trouve  dans  ces  actes  une  faute  qui  paroît  considéra- 
ble, en  ce  qu'ils  ne  mettent  le  martyre  du  Saint  que  sous 

p.  es.  n.  4.  Aurélien  ;  '  quoique  l'on  puisse  dire  que  c'est  une  faute  assez 

ordinaire  aux  anciens  Copistes,  d'écrire  Aurelianus  pour  Au- 
rélius;  comme  Fabianus  pour  Fabius,  Valerianus  pour  Va- 
lérius,  de  quoi  l'on  trouve  presque  une  infinité  d'exemples. 

nu.  iwd.  !•.  6io.  '  On  y  lit  une  autre  faute  encore  plus  frappante.  C'est  l'édit 
de  l'Empereur  qu'y  rapporte  cet  Ecrivain,  et  qui  n'est  en 
nulle  manière  du  style  du  III  ou  IV,  encore  moins  du  II 
siècle  de  l'Eglise.  Mais  il  est  pardonnable  à  cet  Auteur,  qui 
écrivoit  plus  de  250  ans  après,  et  qui  peut  avoir  cru  qu'il  lui 
étoit  aussi  bien  permis  de  faire  parler  l'Empereur,  comme  il 

i>.  oo9.  y  fait  parler  le  Juge  et  le  S.  Martyr,  '  en  la  bouche  desquels 

,)   i.  il  met  de  trop  longues  harangues.  Après  tout'  ces  actes  con- 

tiennent ce  que  nous  avons  de  plus  certain  touchant  le  mar- 
tyre de  S.  Symphorien,  puisqu'ils  contiennent  ce  que  l'on 
en  sçavoit  au  V  siècle. 

Art,  Mar.  p.  67.  '  |ls  sont  rapportés  dans  Mombritius ,  mais  avec  la  muti- 
lation que  nous  avons  marquée.  Surius  nous  les  a  donnés 
ensuite  au  22e  jour  d'Août,  en  changeant  le  style  à  son  or- 
dinaire, sous  prétexte  de  le  polir.  Enfin  Dom  Ruinart  les  a 
rétablis  dans  leur  première  pureté,  après  les  avoir  collation- 
nés  tant  sur  les  fragments  que  nous  en  avons  dans  Baronius 
et  les  autres  imprimés,  que  sur  les  meilleurs  et  les  plus  an- 

p.  69-73.  ciens  manuscrits.  '  Ils  se  trouvent  avec  les  notes  dontjl  les  a 

enrichis  parmi  les  autres  actes  sincères  des  Martyrs  qu'il  a 
donnés  au  public.  S.  VINCENT 


V   SIECLE. 


S.  VINCENT  DE  LËRINS.  305 

SAINT     VINCENT, 

Prêtre  et  Moine  a  Lérins. 

si. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Avant  que  de  passer  à  l'histoire  de  Vincent   de  Lé- 
rins, il  est  important  d'avertir  qu'il  ne  le  faut  pas  con- 
fondre avec  un  autre  Prêtre  Gaulois  de  même  nom,  dont 
nous  parlerons  dans  la  suite.  Nous  croïons  aussi  qu'il  le  faut 
distinguer  de  Vincent  frère  du  célèbre  S.   Loup  Evêque  de 
Troïes;  'quoique  plusieurs  Sçavants  de  ces  derniers  siècles  «S'iBaa.suMai'. 
ne  l'en  aient  pas  jugé  différent.  Mais  ils  n'ont  peut-être  pas  p-39o.|Dui>in  bib.' 
fait   attention  *  que  Vincent    frère    de    saint    Loup   avoit  ■.  i.'t.  •.  p.  m! 
quitté   Lérins,  lorsque   saint   Eucher  vers  426,  ou  427,  '£$:'*'.* 
écrivit  à  S.  Hilaire  laletre  qui  fait  mention  de  cette  sortie; 
'  et  qu'au  contraire  il  paroît  que  Vincent  dont  nous  entre-  tmi.  h.  e.  t.  m. 

firenons  de  parler,  est  mort  à  Lérins. *  D'ailleurs  s'il  eût  été  ?'p85»6o. 
rere  de  S.  Loup,  il  n'est  gueres  croïable  que  Gennade  eût 
oublié  dans  son  éloge  une  particularité  si  remarquable. 

'  On  le  nomme  Vincent  de  Lérins  pour  le  distinguer  des  p  m*- 
autres  qui  ont  porté  le  nom  de  Vincent.  Il  étoit  de  la  Gaule 
Celtique  ou  de  la  Belgique;  '  puisque  Gennade  le  fait  sim-  Genn.  vir.  a.  c. 
plement  Gaulois,  ce   qui  dans   son  langage  exclud  l'Aqui-  64' 
taine.  'Vincent dit  lui-même  qu'il  avoit  été  engagé  pendant  vinc  Lir.  n.i.  P. 
quelque   temps    dans  difîérens   emplois    du   siècle.  "Cette  ?BÎr.an.*oo.5i8.  i 
circonstance  a  fait   croire  à  Baronius   que  c'étoit  ce   Vin-  sui^iai.  i.n.17. 
cent  Préfet  des  Gaules  loué  par  S.  Sévère  Sulpice,  '  et  qui  fut  tm.  ii>id.  p.  1*3. 
Préfet  depuis  397  au  moins  jusqu'en  400,  et  Consul  en  401. 
Mais  comme  le  remarque  fort  bien  M.  de  Tillemont,  cette 
conjecture  ne  parott   pas  avoir  de   fondement.    Assurément 
l'antiquité  ne  nous  auroit  pas  laissé  ignorer  un  changement 
si  mémorable  d'un  Consul  et  d'un  Préfet  en  un  Moine  :  chan- 
gement qui  auroit  été  encore  plus  éclatant  que  celui  de  S. 
Paulin. 

'  Vincent  rompit  enfin  les  liens  qui  le  retenoient  dans  le  vinc.  lu-,  ibid. 
siècle,  et  se  retira  dans  le  port  de  la  Religion.  Là  à  couvert 

Tome  //.  0  q 

2  2*  4 


306  S.   VINCENT 

V  SIECLE. 


du  vent  de  la  vanité,  et  des  tourbillons  de  l'orgueil  pour  par- 
ler d'après  lui,  il  tâcha  d'appaiser  Dieu  par  les  exercices  de 
la  prière ,  de  la  contemplation ,  et  sur  tout  d'une  profonde 
humilité.  Il  ne  marque  point  autrement  le  Monastère  de  sa 
retraite,  qu'en  le   représentant   silué   dans  une  petite  terre 

r.enn.  ibi.i.  i  Tin.  écartée.  '.  Mais  Gennade  ne  nous  laisse  pas  lieu  de  douter  que 

ibid.  P.  14*.  8co.  ce  ne  ffa  je  ]yionastere.  de  Lérins,  alors  si  célèbre  par  l'asyle 
qu'y  alloient  chercher  tant  de  grands  hommes  contre  la  cor- 
ruption du  siècle. 

Euch.  quajs.pr.p.       '  Tout  le  monde  convient  que  c'est  le  même  Vincent,  qui 

a»,  i  fin.  ibid.  P.  acheva  (\e  perfectionner  dans  tous  les  exercices  de  la  vie 
spirituelle  Salone  fils  de  S.  Eucher,  et  sans  doute  aussi  S. 
Véran  frère  de  Salone.  Le  même  S.  Eucher  qualifie  ce  Vin- 
cent un  homme  saint,  éminent  en  éloquence  et  en  sagesse. 

Gcnn.ibid.  A   cette   éloquence  qu'il  avoit  acquise  dans  le  monde,'  il 

joignit  depuis  l'étude  de  l'Ecriture  et  une  assez  grande  con- 
noissance  de  la  doctrine  de  l'Eglise.  Il  fut  élevé  à  la  dignité 
du  Sacerdoce ,  et  mourut  sous  les  Empereurs  Théodose  le 

Tin.  ibid.  p.  146.  jeune  et  Valentinien  111,  '  c'est-à-dire  en  450  au  plus  tard. 

Nor.  his.  pei.i.  2.  '  Son  corps  se  conserve  à  Lérins  avec  beaucoup  de  vénéra- 

4«tefffiit.  tion;a  et  l'on  y  fait  sa  fête  depuis  1600,  quoiqu'auparavant 
on  n'y  en  fît  nulle  mémoire.  Baronius  a  mis  son  nom  dans  le 

m  ibid.  Martyrologe  Romain  au  24e  jour  de  Mai,  '  honneur   que 

Vincent  n'avoit  point  reçu  jusqu'alors. 

SES  OUVRAGES. 

Ce  qui  a  le  plus  contribué  à  rendre  célèbre  le  nom  de 
Vincent  de  Lérins,  '  est  le  Mémoire  ou  Avertissement 

vinc.  Lir.  p.  M»i  qUe  nous  ayons  de  lui,  conlre  les  nouveautés  profanes  des  hé- 

îi.i.p.  3i5.  rétiques.' L'Auteur  y  fait  paroître  beaucoup  d'humilité  et  de 
modestie,  s'y  qualifiant  le  plus  petit  des  serviteurs  de  Dieu, 
et  y  cachant  son  nom  sous  celui  de  voïageur  ou  d'étranger. 

p.  3i6.  'Il  se  propose  d'y  faire  le  personnage,  non  d'un  Auteur  qui 

écriroitce  qui  seroit  de  son  invention,  mais  d'un  historien 
qui  ne  fait  que  rapporter  avec  fidélité  ce  qu'il  a  appris  de  la 
tradition  de  ses  Pères.  Il  avertit  qu'il  se  bornera  à  ce  qu'il 
juge  nécessaire ,  et  qu'il  indiquera  plutôt    les   choses  qu'il 

n.  2.  p.  3i6. 3n.  ne  les  expliquera  au  long.  '  Les  deux  principes  qu'il  pose  pour 


DE    LÉRINS.  307     „  cir,_ 

V   SIECLE. 


fondement  de  tout  son  écrit,  et  qu'il  dit  avoir  appris  de  sça- 
vants  et  saints  personnages,  sont  qu'il  faut  s'appuïer  sur  l'au- 
torité de  l'Ecriture,  et  sur  la  tradition  de  l'Eglise  Catholi- 
que. C'est,  dit-il  avec  justice,  le  moïen  de  découvrir  les  ar- 
tifices des  hérétiques,  d'éviter  de  tomber  dans  les  (ilôts  de 
l'hérésie,  et  de  se  conserver  pur  dans  la  vraie  foi.  'Rendant  P.  317. 1  n.  29.  p. 
ensuite  raison  de  ce  qu'il  joint  la  tradilion  à  l'Ecriture,  c'est,  ■M" 
dit-il,  que  celle-ci  contenant  des  sens  très-élevés,  est  expli- 
quée en  tant  de  différentes  manières,  qu'il  y  auroit  autant  de 
différents  sentiments,  qu'il  y  a  de  personnes  qui  se  mêlent 
de  l'expliquer.  Il  faut  donc  pour  éviter  cet  inconvénient,  ajoû- 
te-t'il,  que  le  sens  de  l'Ecriture  soit  fixé  par  l'autorité  de  l'E- 
glise Catholique. 

'Il  établit  ensuite   ce  grand  principe,  que    dans  l'Eglise  n. 2.  p. 317. 
Catholique  même  il  faut  s'attacher  à  ce  qui  a  été  cru  par  tous 
les  Catholiques,  dans  tous  les  temps  et  dans  tous  les  lieux. 
Il  ajoute  que  c' est-là  ce  que  l'on  peut  appel  1er  proprement 
Catholique,  suivant  la  force  et  l'étymologie  du  terme,  qui 
comprend  presque  tout  universellement.  '  Or  cela  sera  ainsi,  p.  318.  |n.  27.  p. 
dit-il,  si  nous  avons  soin  de  suivre  l'universalité,  l'antiquité,  MS0' 
l'unanimité.  Nous  suivrons  l'universalité,  si  nous  reconnois- 
sons  pour  la  vraie  foi  celle  dont  fait  profession  l'Eglise  répan- 
due par  toute  la  terre.  Nous  suivrons  l'antiquité,  si  nous  ne 
nous  éloignons  en  nulle  manière  des  sentiments  qui  parois- 
sent  certainement  avoir  été  ceux  desSninlsqui  nous  ont  pré- 
cédés. Enfin  nous  suivrons  l'unanimité,  si  dans  cette  anti- 
quité nous  nous  attachons  à  la  doctrine  de  tous,  ou  presque 
tous  les  Evêques,  les  Prêtres  et  les  Docteurs.  '  C'est  pour  s'être  n.  2t.  p.  355. 
écarté  de  ces  règles,  que  se  sont  formées  toutes  les  hérésies. 

Vincent    fait    ensuite    l'application  de   ces  règles  géné- 
rales à  des  cas  particuliers.  '  Il  les   applique  à  ceux   des  n.  3.  p.  318. 
Donatistes ,  des  Ariens  et  des   Rebaptisants. *  Au  sujet  des  n.  4.  «.p.  319. 
Ariens,  il  fait  une  description  très-vive  des  ravages  qu'ils  ont  wo' 3ti' 323' 
causés  dans  l'Eglise  d'Occident,   comme  en  aïant  plus   de 
connoissance,  que  de  ceux  qu'ils  avoient  causés  dans  l'Eglise 
d'Orient.  A  l'égard  des  Rebaptisants,  il  rapporte  cette  belle 
sentence  du  Pape  S.  Etienne,  qu'il  faut  s'en  tenir  à  la  tradi- 
tion, sans  rien  innover. 'Il  fait  beaucoup  valoir  le  passage  n.  s.  9.  p.  326.  — 
de  S.  Paul  aux  Galates,  où  il  dit  que  si  lui-même,  ou  les  au- 
tres Apôtres,  ou  même  un  Ange  du  ciel  leur  annonçoit  un 

Qq  y 


V  SIECLE. 

n.    20-2*. 
350. 

p.  347- 

n.  23.  p. 
354. 

350.- 

308  S.  VINCENT 

Evangile  différent  de  celui  qu'il  leur  avoit  prêché,  il  doit 
être  regardé  comme  anathême. 

'  Après  qu'il  a  déclamé  contre  les  novateurs  et  les  nouveau- 
tés, et  qu'il  a  montré  avec  quelle  vigilance  et  quelle  atten- 
tion l'on  doit  conserver  le  dépôt  de  la  foi  qui  nous  a  été  con- 
fié,' il  établit  des  règles  aussi  belles  que  sages,   pour  faire 
croître  la  foi  et  la  religion  dans  l'Eglise  par  la  prédication  du 
dogme.  11  veut  qu'on  l'enseigne  de  manière  que  l'on  n'ychan- 
n.  22.  p.  350.       ge  rien,'  et  qu'en  y  donnant  de  nouveaux  éclaircissements, 
on  n'y  mêle  point  de  nouvelles  choses,  ut  cum  dicas  novè, 
n.  23.  p.  351.        non  dicas  nova.'  De  sorte  que  l'accroissement  que  prendra  la 
foi,  doit  être  semblable  à  celui  que  reçoit  le  corps  humain  en 
devenant  grand  de  petit  qu'il  étoit  dans  son  enfance,  sans 
changer  ni  de  nature  ni  de  figure, 
n.  17.  p.  343.  Nous  pouvons  remarquer  en  passant  '  que  Vincent  y  sup- 

pose comme  une  chose  constante,  que  l'Empereur  Philippe 
avoit  embrassé  la  religion  de  J.  C.  et  qu'il  avoit  été  le  pre- 
mier Empereur  Chrétien.  Cet  écrit  est  devenu  fort  célèbre 
Du  wn,  wb.  t.  4.  dans  tous  les  temps.  '  Le  style  en  est  agréable,  net,  *  cou- 
Sfin^ibid.p.  144.  lant>  rempli  de  douceur,  et  fait  assez  voir  que  l'Auteur  avoit 
vinc.  Lir.  n.  i.  p.  de  l'éloquence.  '  Vincent  dit  néanmoins  qu'il   a   entrepris 
d'écrire  d'un  style  facile  et  commun,  sans  le  vouloir  orner  ni 
Genn.  ibid.         polir.  '  Nôtre  Auteur  ne  publia  pas  le  sien  sous  son  nom, 
peut-être  par  modestie;  mais  il  prit  et  dans  le  titre,  et  dans 
le  corps  de  l'ouvrage,  celui  de  Peregrin  ou  de  Pèlerin,  c'est- 
vinc.  u.  p.  315.  à-dire  apparemment  étranger.  '  Il  le  composa  dans  le  lieu  de 
kl?.' 29.  P.  3C5.      sa  retraite, b  environ  trois  ans  après  le  grand  Concile  d'Ephé- 
Tii.  ib.  p.  144.      se,  '  et  ainsi  en  434,  lorsque  Fauste  commençoit  à  gouver- 
ner le  monastère  de  Lérins  en  qualité  d'Abbé, 
vinc  Lir.  n.  28.         '  Vincent  avoit  divisé  cet  ouvrage  en  deux  parties,  ou  deux 
29.^.  364.  in.33.  Mémoires,  qu'il  finissoit  par  un  abrégé,  et  une  récapitulation 
Genn.  ibi.i.  de  tout  ce  qu'il  y  avoit  traité  plus  amplement.  '  Mais  aiant 

perdu  la  plus  grande  partie  du  second  Mémoire ,  qui  lui  fut 
volée  par  quelques  personnes,  il  se  contenta  de  l'abrégé  qu'il 
en  avoit  fait,  et  qu'il  joignit  au  premier  livre,  n'en  faisant 
vinc.  Lir.n.32.P.  ainsi  qu'un  des  deux.    Il  ajouta  néanmoins  au  second  livre 
des  remarques  sur  la  letre  de  S.  Célestin  contre  les  Sémipéla- 
giens,  et  sur  celle  que  le  Pape  Sixte  III,  qui  gouvernoit  alors 
Tiii.  ibij.  P.  144.  l'Eglise  de  Rome,  avoit  écrite  à  Jean  d'Àntioche  le'  17e  de 
29?3i.VpnC366."3G7;  Septembre  433.  Ce  second  Mémoire  traitoit  du' Concile  d'E- 
phése ,  sur  lequel  il  nous  fourniroit  sans  doute  de  grands 


V    SIICI.K. 


DE  LËRINS.  '309 

éclaircissements  et  de  belles  réflexions,  si  ce  livre  fût  venu 
jusqu'à  nous. 

'Le but  de  l'ouvrage  est  de  prémunir  contre  les  sentiments  Genn.  ibid. 
des  hérétiques,'  ou,  comme  porte  lé  titre,  de  montrer  vinc.  Lir.  n.  i.p 
que  la  foi  ancienne  et  universelle  est  la  véritable  et  catholi- 
que ,  qu'il  faut  soutenir  contre  les  nouveautés  profanes  des 
hérésies.  Car  voiant  que  l'adresse  artificieuse  des  nouveaux 
hérétiques  demandoit  qu'on  défendît  la  vérité  avec  une  vigilan- 
ce toute  nouvelle,  Vincent  crut  qu'il  rendroit  un  service  con- 
sidérable à  l'Eglise,  en  faisant  un  recueil  fidèle  de  ce  qu'il  avoit 
appris  des  Pères,  pour  dislinguer  l'erreur  de  la  véritable  foi; 
ou  qu'au  moins  il  s'édifieroit  lui-même ,  en  soulageant  sou- 
vent la  foiblesse  de  sa  mémoire  par  la  lecture  de  ce  recueil. 
'  C'est  pourquoi  il  se  contente  de  le  nommer  un  Mémoire,  p.3i6. 
Commonitûrium  ;  et  c'est  le  nom  sous  lequel  il  est  le  plus  con- 
nu. Son  dessein  étoit  de  le  corriger  toujours,  toutes  les  fois 
qu'il  le  reliroit.  Ainsi,  dit-il,  si  l'on  y  trouve  quelques  fautes, 
on  ne  doit  point  s'en  étonner  ;  puisque  c'est  un  ouvrage  qui  n'est 
point  encore  porté  à  sa  perfection. 

Divers  Sçavants,  Vossius  à  leur  tête,  ont  fait  naître  deux 
fameuses  questions  au  sujet  de  Vincent  de  Lérins.  L'une 
tombe  sur  sa  personne,  et  établit  qu'il  a  été  Sémipélagien. 
L'autre  regarde  son  Mémoire ,  et  suppose  qu'il  a  été  écrit 
contre  S.  Augustin  et  sa  doctrine.  Mais  il  suffit  de  dire  ici, 

3ue  l'on  n'allègue  rien  de  clair  et  de  positif  pour  appuïer  cette 
ouble  prétention.  Tout  se  réduit  à  de  purs  soupçons,  à  des 
préjugés,  à  des  conjectures,  qui  ne  sçauroient  jamais  former 
de  preuves  décisives.  Ce  que  l'on  dit  de  plus  fort,  par  exem- 
ple, pour  établir  le  Sémipélagianisme  de  Vincent,  c'est  qu'il 
est,  dit-on  ,  Auteur  des  objections  qui  portent  son  nom ,  et 
que  S.  Prosper  a  réfutées.  Mais  est-il  croïable  que  cet  Ecrivain, 
qui  n'a  pas  voulu  mettre  son  nom  à  la  tête  de  son  Mémoire, 
1  aura  fait  porter  à  un  libelle  diffamatoire,  connu  dès  sa  nais- 
sance sous  le  nom  d'un  Vincent?  D'ailleurs  étoit-il  le  seul  en 
son  temps  qui  se  nommât  ainsi?  Il  y  avoit  au  moins  un  au- 
tre Prêtre  de  son  nom  ;  dont  nous  aurons  occasion  de  parler 
dans  la  suite.  Pourquoi  ne  pas  attribuer  à  celui-ci  plutôt 
qu'à  nôtre  Auteur,  celte  liste  de  propositions?  Do  même 
s'il  en  vouloit  à  S.  Augustin  dans  son  écrit,  pourquoi  ne  l'y 
auroitril  pas  'nommé?  Qu'avoit-il  à  craindre,  après  toutes  les 


V  S I  E  C  L  E. 


310  S.  VINCENT 


précautions  qu'il  avoit  prises  pour  se  cacher  et  se  dérober  à 
laconnoissance  du  public? 

Au  reste,  quoi  que  l'on  puisse  dire  contre  Vincent  de  Lé- 
rins,  cela  ne  doit  préjudicier  ni  à  l'estime  que  l'on   fait 
de  son  livre  avec  justice,  ni  à  la  vénération  que  l'on  a  pour 
sa  personne.  Son  ouvrage  peut  assurément  être  mis  au  rang 
saiv.  pr.  p.  p.  8.  des    plus    excellents  de  l'antiquité  ecclésiastique.  '    C'est  le 
Pith.  vit.  jugement  qu'en  porte  le  sçavant  Pierre  Pithou,  '  qui  avoua 

au  P.  Sirmond,  que  rien  n'avoit  plus  contribué  à  lui  faire  ab- 
jurer la  religion  de  Calvin,  que  la  lecture  des  Pères  de  l'Egli- 
se, et  entrç  autres  du  livre  tout  d'or  de  Vincent  de  Lérins. 
Nous  avttns  un  très-grand  nombre  d'éditions  de  ce  Mé- 
Bib.  Teii.  p. 34.i.  moire.  '  Il  fut  imprimé  pour  la  première  fois  à  Venise;  mais 
Ami.i.  p.  a».  2-  on  ne  marque  point  l'année  de  l'édition.'  En  1528  on  l'in- 
2U'  '•  sera  dans  le  recueil  des  anciens  Pères  contre  les  hérésies,  im- 

Bib.  s.scrg.  Ana.  primé  à  Basle  par  les  soins  de  Jean  Sichard.  '  Il  y  eut  une 
autre  édition  de  ce  traité  en  un  volume  in-8°  imprimé  à 
Bib.  s.  vinc  ccn.  Lyon  chez  Jacques  Gazeau  l'an  1543.'  Il  parut  de  nouveau 
à  Paris  l'an  1544,  chez  le  même  et  en  même  volume,  avec 
....f«.ii.  ibi,i.        le  traité  de  ïertullicn  Des    Prescriptions.  '   Le    même    Li- 
....  Angei.  |  ....    braire  le  fit  encore  imprimer  l'an  1517;  '  en  1552  il  y  en  eut 
Teii. P.  25.  \.        fem  djflférenteg  éditions,  l'une  à  Venise  avec  la  dissertation 
de  Jean  Cochlée  sur  les  vœux,  l'autre  à  Louvain  chez  Ant.  ' 
Mar.  Bergagne  en  un  volume  in-4".  avec  le  commentaire  de 
....Teii.  ibia.        Jean  Coster  sur  le  texte  de  l'Auteur.  '  Cette  dernière  édition, 
avec  le  commentaire  de  Coster,  fut  donnée  de  nouveau  à 
....  Bai.  t.  2.  i,.    Reims  chez  Nie.  Bacnet  en  un  volume  in-4°  l'an  1554;  '  et 
1001  •  (    la  même  année  à  Cologne  en  un  volume  in-24.  '  En  1560 

526.  "  '      '      elle  parut  de  nouveau  au  même  endroit  en  un  volume  in-12. 
....  s.vinc.  ccn.    '  L'année  suivante  l'écrit  de  Vincent  fut  joint  à  l'ouvrage  du 
Cardinal  Hosius  sur  la  Communion  sous  les  deux  espèces,  le 
mariage  des  Prêtres,  et  la  Messe  en  langue  vulgaire,  et  im- 
primés en  un  volume  in-12°  à  Paris  chez  Buon. 
Bib.  Bai.  1. 1.  p.         '  La  même  édition  fut  encore  renouvellée  à  Louvain,  où  • 
,000-i    .  elle  reparut  en  1562  en  même  volume.  ■  Six  ans  après  c'est- 

*..j.s.  vmc.  cen.  ^.jjj.g  en  j tjgg  l'écrit  de  Vincent  fut  remis  sous  la  presse  en 

Du.  Pin.  bib.  t. 4.  même  volume  et  au   même  endroit  chez  Jean  Bogard.'  M. 

p.^io.  icave,  p.  r)u  pm  et  çave  en  marqUent  une  autre  édition  faite  aussi  à 

poSS.app.  t.  3.  p-  Louvain  en  1569,  s'il  ny  a  faute  dans  la  date;'  etPossevin 

3531  en  indique  une  de  la  même  année  à  Cologne  chez  Materne 

care.  ib.  Cholin.  '  Cave  en  compte  encore  une  de  Paris  la  même  an- 


DE  LËRINS.  311 


V  S 1  E  C  L  E. 


née  en  un  volume  in-8°,  et  une  autre  en  un  volume  in-12 

faite  à  Cologne  l'an  1613.  '  Barthelemi  Pétri  aïant  révû  l'ou-  Bib.s.  viu.  Cen. 

vrage  de  Vincent  sur  deux  anciens  manuscrits ,  et  fait  des 

commentaires  sur  le  texte,  les  joignit  à  ceux  de  Jean  Coster, 

et  fit  imprimer  le  tout  à  Douai  chez  Marc  Wyon  l'an  1611  en 

un  volume  in-16.  '  En  1591  on  réimprima  le  texte  de  Vin-  ....d.  de  Lorch. 

cent  à  Londres  en  même  volume,  '  et  dès  1589  à  Cologne  chez  Pos».  ibid. 

Herst. 

'  M.  Pithou  mit  le  même  ouvrage  de  Vincent  à  la  tête  des  ....Teii.  p.  n.  2. 
écrils  que  quelques  anciens  Théologiens  Gaulois  qu'il  publia 
en  un  volume  in-4°  à  Paris  chez  Sebastien  Nivelle  l'an  1586. 
'  Il  y  en  eut  une  autre  édition  l'an  159i  à  Cologne  en  un  vo-  ...Barb.  iwd. 
lume  in-12  avec  les  notes  de  divers  sçavants.  '  M.  des  Cor-    ...cord.  p.  7*. 
des  en  avoit  dans  sa  Bibliothèque,  qui  est  passée  au  Collège 
des  quatre  nations ,  une  édition  faite  aussi  à  Cologne  l'an 
1600  en  un  volume  in-8°.  '  Dès  1585  le  même  ouvrage  avoit  ••••s-  v"»e-  c«n. 
paru  à  Lyon  chez  Guillaume  Rouille  en  un  volume  in-16, 
avec  les  œuvres  attribuées  à  S.  Denys  l'Aréopagite,  les  letres 
de  S.  Ignace,  de  S.  Policarpe,  et  celles  qu'on  attribue  à  S. 
Martial.'  Jean  Filesac  aïant  commenté  l'écrit  dont  il  est  ici  •  •  •Teii.p. ».  1. 
question,  le  fit  imprimer  avec  son  commentaire  en  un  volu- 
me in-4°  à  Paris  chez  Denys  L'Anglois  l'an  1619.  '  On  le  don-  •  •••*•  v»»c.  Cen 
na  encore  au  Public  en  1622  à  Lyon  chez  Landry,  en  un 
volume  in-16,  avec  le  traité  de  Tertullien  Des  Prescriptions, 
la  consultation  de  Lessius  sur  la  Religion,  et  un  écrit  d'Ed- 
mond Campian.  '  George  Calixte  l'aïant  revu,  en  publia  une  Bib.Teii.p.s». 
édition  de  sa  façon  à  Helmestad  chez  Henri  Muller  l'an  1655 
en  un  volume  in-4°,  qui  comprend  aussi  les  livres  de  la  doc- 
trine Chrétienne,  de  la  Foi  et  du  Symbole. 

'  Après  tant  de  différentes  éditions,  '  M.   Baluze  entreprit  ■•■•*•  vinc.  Cen. 
de  nous  en  donner  une  nouvelle  plus  correcte  que  les  autres:  èii!        '      p' 
et  il  l'exécuta  en  1663  pour  la  première  fois.  Cette  première 
édition  de  M.  Baluze  parut  avec  son  Salvien  en  un  volume 
in-8°  à  Paris  chez  François  Muguet.  Il  en  publia  encore  deux 
autres  éditions  qui  furent  faites  au  même  endroit,  en  même 
volume,  et  toujours  avec  Salvien,  les  années  1669  et  1684. 
C'est  la  même  apparemment  '  qui  a  été  renouvellée  à  Brème  •••  ton.  p-  102. 
l'an  1688  en  un  volume  in-4°  '  Il  y  en  eut  une  autre  édition  care.ibid.  1  bu>. 
depuis  faite  à  Canlbrige  l'an  1687  en  un  volume  in-12,  avec  Kon  p'  m' 
les  notes  de  M.  Baluze,  et  le  traité  de  S.  Augustin  sur  les 
hérésies.  Nous  nesçavons  si'  Féderic  Stumélius  fit  imprimer  ..--Angei. 


V  SIECLE. 


312  S.  VINCENT 


le  texte  de  Vincent,  dans  l'ouvrage  qu'il  publia  à  Groècium 
en  1677,  avec  un  écrit  contre  Jansénius,  sous  ce  titre  :  Vin- 
centius  Lirinensis  vindicatm.  Le  Cardinal  Noris  dans  une  de 
ses  notes  qu'il  a  faites  sur  un  exemplaire  de  cet  ouvrage,  qua- 
lifie l'éditeur,  un  homme  qui  n'y  voïoit  pas  clair,  Cœcutiens* 

Outre  toutes  ces  différentes  éditions,  le  Mémoire  de  Vin- 
cent de  Lérins  se  trouve  encore  dans  les  Orthodoxographes, 
et  dans  toutes  les  différentes  Bibliothèques  des  Pères  de  Colo- 

Bib.  pp.  t.  7.  p.   gne,  de  Paris  et  de  Lyon.  Il  suffira  '  de  marquer  ici  les  en- 

2*6-263 1  droits  des  deux  dernières  éditions  qui  comprennent  ce  traité. 

p.t.  «  1 1.  pair.  p.  '  Dans  celle  de  Lyon  il  est  divisé  en  43  Chapitres  avec  des 

M"82'  sommaires. 

A  toutes  ces  éditions  qui  ont  été  faites  du  texte  original, 
il  faut  joindre  diverses  traductions  que  l'on  en  a  publiées. 

Bib.  Bai.  1. 1.  p.    '  Guillaume  Ruzé  Confesseur  du  Roi  et  Evêque  d'Angers, 

M2'  l'aïant  mis  en  nôtre  langue,  le  fit  imprimer  à  Paris  chez  Vos- 

cosan  l'an  1561  en  un  volume  in-8°.   Cette  traduction  futen- 

....  s.vinc.  Cen.  suite  réimprimée  à  Lyon  en  1570,  '  et  à  Paris  chez  Féderic 
Bai.  t.  2.  p.  Morel,  l'an  1530  en  même  volume.  '  Au  siècle  suivant  Bar- 
thelemi  d'Astroy  en  fit  une  nouvelle  traduction  Françoise, 
à  laquelle  il  joignit  des  remarques  de  sa  façon,  et  publia  l'un 
et  l'autre  à  Liège  Tan  1663,  aussi  en  un  volume  in-8°.  Cela 

...  Teii.  p.  3*.  ».  n'empêcha  pas  que  21  ans  après  '  en  1684,  le  Sieur  de  Fron- 
tignieres  n'en  donnât  une  autre  traduction  aussi  en  nôtre  lan- 
gue, et  avec  de  nouvelles  remarques.  Cette  dernière  traduc- 
tion est  imprimée  à  Paris  chez  Jacques  le  Febvre  en  un  vo- 

...Bai.t.  i.  P.     lumein-12°.  '  Dem   ans  après  en  1686  elle  fut  réimprimée 

%V.  s.  vmc/c^.'  au  même  endroit  et  en  même  volume.  "En  1700  le  P.  Bon- 
net de  l'Oratoire,  qui  n'a  fait  que  désigner  son  nom  par  la  pre- 
mière lettre,  en  publia  encore  une  nouvelle  traduction 
de  sa  façon,  avec  les  ouvrages  de  Salvien,  aussi  traduits  en 
nôtre  langue.  Cette  traduction  est  imprimée  à  Paris  chez  Guil- 

....Bai.  t.  ».  ib.  laume  Vallegne  en  deux  volumes  in-12°.  '  Entin  on  en  trouve 
une  traduction  en  Italien  faite  par  Jérôme  Mutio,  et  imprimée 
à  Mont-Réal  Tan  4565  en.un  volume  in-8°.  (XII.) 


1002. 


Si" 


V  SIECLE. 


V 


DE  LÉRINS.  313 

§  III. 
SES   OUVRAGES  SUPPOSÉS. 

riNCENT   dans  son   Mémoire   faisoit  espérer   un    ouvrage  vine.Lir.  n.is.  p. 
encore  plus  ample  sur  le  Mystère  de  l'incarnation ,  et  341* 
peut-être  aussi  sur  celui  de  la  Trinité.  '  Mais  nous  n'avons  tu.  h.  e.  t.  iss. 
point  de  marque  qu'il  ait  satisfait  à  cette  promesse.  *  M.  An-  ?Antoi.Sym.  p.«. 
telmi  prétend  néanmoins  qu'il  l'a  exécutée,  et  que  c'est  ce  que 
nous  avons  dans   le  Symbole  qui  commence  par  ces  mots, 
Quicumque  vult  salvus  esse,  et  dont  il  tâche  par  bien  des  raisons 
de  faire  Auteur  Vincent  de  Lérins.  '  La  première  des  opinions  tm.  ibid. 
de  M.  Antelmi  a  assez  peu  de  fondement,  dit  M.  de  Tille- 
mont;  '  et  l'autre  n'est  appuïée  que  sur  de  pures  conjectures,  «•  8.  p.  869-oti. 
qui  nous  laissent  aussi  incertains  sur  le  véritable  Auteur  de  ce 
Symbole ,  que    nous  l'é'ions  auparavant.  Il    est  néanmoins 
vrai  '  qu'il  y  a  certains  endroits  du  Mémoire   de  Vincent,  vinc.  Ur.  n.  n.  n. 
dont  les  pensées  et  même  les  expressions  semblent  ou  avoir  341. 
été  prises  du  Symbole  en  question,  ou  avoir  servi  de  modèle 
à  une  bonne  partie  de  cette  pièce.  Mais  cela  ne  prouve  point 
que  ce  soit-là  l'ouvrage  promis  par   Vincent.  Au  contraire 
'  cet  Auteur  promettant  un  écrit  plus  ample  sur  cette  matière,  n.  te.  p.  3*1. 
il  donne  à  juger  que  s'il  l'a  fait  dans  la  suite,  ce  n'est  pas  as- 
surément ce  Symbole,  qui  n'est  guéres  plus  long,  et  qui  au 
commencement  et  à  la  fin  près,  ne  contient  guéres  d'autres 
choses  que  celles  que  Vincent  a  mises  dans  les  endroits  que 
nous  citons  à  la  marge. 

A  l'égard  des  fameuses  objections  sous  le  nom  de  Vincent 
réfutées  par  S.  Prosper,  '  on  soupçonne  qu'elles  sont  de  Vin-  Fienr.  h.  E.t.b. 
cent  de  Lérins.  Ce  soupçon  est  fondé  sur  la  conformité  du  188' 
nom ,  et  le  voisinage  de  Cassien ,  et  des  autres  Prêtres  de 
Marseille,  qui  attaquèrent  vers  ce  même  temps  la  doctrine  de 
S.  Augustin  sur  la  grâce.  '  Cependant  de  très-habiles  gents,  dit  >"».  lu.  not.  P. 
M.  Baluze,  ont  réfuté  cette  opinion,  que  nous  avons  montré 
n'être  nullement  fondée. 

'  Casimir  Oudin  sur  des  preuves,  que  nous  avons  déjà  in-  Oud.scri.  1.  i.p. 
Armées  par  avance ,  prétend  que  le  fameux  écrit  intitulé  :  lî45'  1**8' 
Prœdestinatus ,  qui  a  été  tiré  de  l'obscurité  par  les  soins  du 
P.  Sirmond,  est  l'ouvrage  de  Vincent  de  Lérins.  '  Les  raisons  p-  ims. 
qu'en  donne  Oudin  sont  1°.  que  Vincent  dans  son  Mémoire 
Tome  II.  R  r 


V  SIECLE. 


314  S.  VINCENT 


"  a  eu  en  vûë  d'établir  le  Sémipélagianisme,  et  de  combattre 
la  doctrine  de  S.  Augustin  et  de  ses  disciples.  2°.  Qu'il  est 
Auteur  des  objections  réfutées  par  S.  Prosper,  ot  conformes  à 
la  doctrine  du  3e.  livre  du  Prœdestinatw.  3°.  Que  le  temps  au- 

Suel  cet  écrit  a  été  enfanté,  convient  tout-à-fait  au  temps  que 
eurissoit  Vincent  de  Lérins.  4°.  Enfin  que  comme  il  a  ca- 
ché son  véritable  nom  sous  celui  de  Peregrin,  ou  d'étranger, 
en  publiant  son  Mémoire,  afin  d'éviter  les  réponses  que  lui  au- 
roient  fait  les  disciples  de  S.  Augustin,  de  même  aussi  il  a  pu- 
blié l'autre  ouvrage  sous  le  nom  général  de  Prœdestinatus,  afin 
d'être  moins  connu,  et  de  ne  se  point  attirer  d'adversaires. 

Tels  sont  les  raisonnements  d'Oudin ,  pour  faire  Vincent 
de  Lérins  Auteur  de  cet  ouvrage.  Mais  il  n'est  personne  qui 
voulant  faire  usage  de  son  discernement,  ne  s'apperçoive 
d'abord  que  les  deux  dernières  preuves  d'Oudin  ne  valent, 
qu'autant  qu'elles  sont  appuïées  des  deux  premières.  Or  les 
deux  premières,  bien  loin  d'être  certaines  et  décisives,  sont  fort 
douteuses  et  fort  équivoques. 

La  3'  raison  d'Oudin  prise  en  particulier,  est  absolument 
de  nul  poids.  Vincent  de  Lérins  à  la  vérité  vivoit,  et  pou- 
voit  encore  écrire,  lorsque  le  Prœdestinatus  fus  mis  au  jour 
pour  la  première  fois.  Mais  combien  d'autres  personnes  en- 
core plus  capables  que  Vincent  d'enfanter  un  tel  ouvrage, 
vivoient  aussi  alors?  Le  fameux  Arnobe  le  jeune,  Fauste, 
depuis  Evêque  de  Ries,  et  les  Prêtres  de  Marseille,  dont  se 
plaignent  S.  Prosper  et  Hilaire  n'étoient-ils  pas  du  même 
temps  ? 

La  4e  preuve  d'Oudin  n'a  pas  plus  de  force  que  la  pré- 
cédente. Car  enfin  Vincent  de  Lérins  n'étoit  pas  le  seul  en 
ce  siecle-là,  qui  publiât  ses  ouvrages  sous  un  nom  emprunté. 
Elle  suppose  même,  ce  qui  en  découvre  mieux  la  foiblesse, 
qu'il  prit  le  nom  général  de  Prœdestinatus .  Or  cela  n'est  pas, 
pred.  Pr.  P.  m*.  '  le  P.  Sirmond  avouant  lui-même  que  l'ouvrage  étoit  sans 
nom  et  sans  titre,  et  que  c'est  lui  qui  en  le  publiant  l'a  inti-' 
p.  543.  tulé  '  Prœdestinatus,  ou  l'hérésie  des  Prédeslinatiens.  D'ail- 

oud.  p.  «17.  leurs  pour  nous  servir  de  la  preuve,  quoique  négative,  '  qu'em- 
ploie Oudin  pour  réfuter  le  sentiment  de  ceux  qui  attribuent 
cet  ouvrage  au  Prêtre  Vincent  qui  a  écrit  sur  les  Pseaumes;  si 
Vincent  de  Lérins  en  étoit  l'Auteur,  Gennade  si  zélé  pour  le 
Sémipélagianisme,  auroil-il  oublié  de  le  marquer  entre  les 
autres  écrits  de  Vincent  ? 


DELÉRINS.  315    ïs|ecle; 


Au  reste  quand  on  accorderoit  même  à  Oudin,  et  aux  au- 
très  qui  ont  embrassé  la  même  opinion  avant  lui,  que  Vin- 
cent de  Lérins  a  été  réellement  Sémipélagien,  et  qu'il  a  com- 
posé son  Mémoire  à  dessein  de  combattre  la  doctrine  de  S. 
Augustin  et  de  ses  disciples,  il  ne  s'ensuivroit  pas  néanmoins 
de-là  comme  une  chose  indubitable,  que  le  Prœdcstinatus  sc- 
roit  son  ouvrage.  Cet  écrit  seul  comparé  avec  le  Mémoire 
de  Vincent ,  suffiroit  pour  détruire  celte  conséquence.  La 
différence  qui  se  trouve  entre  l'un  et  l'autre,  est  si  sensible,  qu'il 
faut  avouer  que  la  prévention  d'Oudin  a  été  extrême  pour  ne 
l'y  pas  appercevoir,  et  pour  ne  pas  juger  que  deux  écrits  si 
différents  entre  eux  n'ont  jamais  eu  le  même  Auteur.  Le 
Prœdestinatus  est  assurément  bien  éloigné,  tant  de  la  beauté  du 
style  et  de  l'élégance,  que  de  la  justesse  des  pensées  et  de  la 
force  des  raisonnements  qui  éclatent  de  toutes  parts  dans  le 
Mémoire.  Supposant,  cemme  le  veut  Oudin,  que  ce  Mé- 
moire est  écrit  contre  S.  Augustin  et  sa  doctrine,  quelles  beau- 
tés n'y  découvre-t'on  pas?  Quel  art ,  quelle  subtilité  dans 
l'invention  !  Quel  tour  ingénieux  et  délicat ,  quelle  adresse 
fine  et  heureuse  à  cacher  son  dessein!  Quelle  admirable  per- 
sévérance à  le  soutenir!  Y  a-t-il  la  moindre  de  ces  beautés 
dans  le  Prœdestinatus,  où  tout  est  grossièrement  imaginé, 
mal  assorti ,  et  encore  plus  mal  exécuté ,  comme  nous  le 
montrerons  à  l'article  d'Arnobe  le  jeune,  à  qui  ce  fameux 
ouvrage  nous  paroît  mieux  convenir  qu'à  personne? 

Ce  n'est  pas  encore  tout.  L'endroit  suivant  du  Prœdestinatus 
auquel  Oudin  n'a  pas  apparemment  fait  attention,  combat  ou- 
vertement sa  fausse  prétention  au  sujet  de  l'Auteur  de  cet  écrit. 
«'  Qui  est-ce  qui  ignore,  dit-il,  qu'Augustin  a  toujours  passé  Pnej.i.  i.p.sis. 
«  pour  un  Docteur  orthodoxe,  et  qu'il  a  combattu  tous  les  hé- 
«  rétiques  tant  par  ses  écrits  que  par  ses  Conférences.  »  De  bon- 
ne foi  peut-on  dire  que  Vincent  de  Lérins  ait  écrit  son  Mé- 
moire contre  S.  Augustin  et  sa  doctrine,  et  qu'il  ait  aussi  com- 
posé un  ouvrage  où  se  trouve  un  tel  éloge  de  S.  Augustin? 
Ne  voit-on  pas  que  par  ce  seul  trait  de  plume  du  Prœdestinatus, 
il  auroit  détruit  tout  ce  que  l'on  prétend  qu'il  a  établi ,  ou 
voulu  établir  dans  son  Mémoire?  (XII.) 


Rrij 


316       ACTES  DE  S.  VINCENT,  MARTYR. 

▼   HfCLE. 


ANONYME, 

AUTEUR   DES   ACTES  DE   S    VINCENT, 

Martyr  a  Agen. 

Il  ne  nous  reste  point  d'actes  originaux  du  martyre  de  S. 
Vincent  d'Agen.  Mais  s'il  est  certain,'  comme  on  le  sup- 
pose ,  que  le  Saint  ail  souffert  sous  Maximien ,  c'est-à-dire 
vers  290,  nous  avons  des  preuves  que  ceux  dont  nous  entre- 
prenons de  parler,  remontent  au  moins  jusqurs  vers  le  milieu 
Eoii.».  Jun.p.  i«6.  du  V  siècle.  '  C'est  l'Auteur  de  ces  actes  qui  nous  fournit  lui- 
••*•  même  ces  preuves.    Il  dit  bien  clairement  que  lorsqu'il  y 

mettoit  la  main,  il  y  avoit  cent  cinquante  ans,  ou  même 
davantage ,  que  le  corps  du  S.  Martyr  demeuroit  caché  :  La- 
tuerunt  sancti  Martyris  membra  per  terdena,  aut  eo  amplius 
lustra.  Le  style  avec  lequel  ils  sont  écrits,  et  la  manière  dont 
les  choses  y  sont  rapportées  déposent  en  faveur  de  l'époque 
que  nous  leur  assignons.  On  n'y  a  rien  inséré  qui  tienne  du  su- 
blime et  du  merveilleux.  Au  contraire  on  y  apperçoit  beau- 
coup de  traits  de  cette  simplicité  des  premiers  temps.  Leur 
principal  défaut  est  de  ne  nous  appfendre  que  très-peu  de  faits 
de  l'histoire  du  Saint. 

L'Auteur  paroîl  avoir  été  ou  d'Agen  même ,  ou  du  voisi- 
nage. Il  montre  beaucoup  de  foi  et  de  pieté  dans  sa  relation.  Il 
est  visible  qu'il  entreprit  de  l'écrire  à  l'occasion  de  la  décou- 
la, verte  du  corps  du  saint  Martyr,  '  qu'il  assure  s'être  trouvé  en 
tout  son  entier,  aussi  sain  que  lorsqu'il  fut  inhumé.  Il  finit 
son  discours  par  un  petit  détail  de  cette  découverte,  et  de  la 
translation  du  saint  corps  à  Pompeïac.  Son  ouvrage  est  long- 
p.  186. 167.  temps  demeuré  enseveli  dans  la  poussière.  '  On  en  est  rede- 
vable aux  Continuateurs  de  Bollandus,  qui  le  publièrent  en. 
p.  165.  n.  3.         1698,  parmi  les  autres  pièces  du  9e  jour  de  Juin,  '  après  l'a- 
voir tiré  d'un  manuscrit  de  l'Abbaïe  de  Bodec  de  l'Ordre  de 
S.  Augustin  en  Weslphalic. 
B©iq.  1. «.  p.  ni-       Sur  ces  actes  tels  que  nous  les  venons  de  représenter,  '  on  en 
"*•  a  formé  d'autres  dans  la  suite ,  insérés  dans  les  preuves  de 
l'Histoire  de  l'Eglise  Gallicane  par  M.  Bosquet.  Ces  seconds 
actes  pour  le  fonds  des  choses,  et  la  manière  de  les  rapporter, 


ACTES  DE  S.  VINCENT,  MARTYR,         317     w  „  nm 

V     3  1  E.  C  L  Et' 


sont  presque  entièrement  les  mêmes  que  les  premiers.  •  Ils 
n'en  différent  qu'en  ce  que  l'Auteur,  ou  plutôt  le  Copiste,  y 
a  ajouté  un  petit  prélude,  avec  un  détail  fort  mal  écrit,  d'une 
seconde  translation  du  corps  Saint  faite  par  un  Evèque  Arien, 
et  qu'il  en  a  paraphrasé  quelques  endroits.  Du  reste  il  n'a  fait 
que  copier  les  faits,  en  les  exprimant  presque  toujours  avec 
les  mêmes  termes  qui  se  lisent  dans  les  premiers  actes. 

'M.  de  Tillemont  et  Baillet  rapportent  ces  derniers  actes  tui.h.e.  t.  ♦.  p. 
aux  premières  années  du  VI  siècle,  en  conséquence  de  ce  qui  y  Mii'SJcr'n'.  s', 
est  dit  de  la  domination  des  Gots  en  Aquitaine.  S'ils  sont 
véritablement  de  ce  temps-là,  on  ne  sçauroit  dire  au  juste  de 
laquelle  de  ces  deux  sortes  d'actes  '  entend  parler  S.  Gré-  r,r.  t.  gi.  m.  c. 
goire  de  Tours,  lorsqu'il  assure  que  l'Eglise  d'Agen  conser-  lu5' 
voit  l'histoire  du  martyre  de  S.  Vincent. 

'  Les  Continuateurs  de  Bollandus  nous  ont  encore  donné  Bon.  u>.  p.  iei. 
d'autres  actes  du  même  Saint.    Mais   quoiqu'ils   retiennent  168 
quelques  faits  contenus  dans  les  premiers,  ils  ne  valoient  pas 
la  peine  de  les  mettre  au  jour.  Ils  donnent  à  S.  Vincent  le 
titre  de  Diacre  :  '  ce  qui  est  contredit  par  tous  les  autres.  *  Il  p.i66.n.s.  i  Boi  . 
est  pourtant  vrai  qu'au  temps  de  S.  Grégoire  de  Tours,  le  iGrPïnu>. 
Saint  Martyr  portoit  déjà  cette  qualité. 


GRATUS  OU  GR^CUS, 

Diacre  en   Provence. 

Les  monuments  qui  parlent  de  ce  Diacre  ne   s'accordent 
point  sur  son  nom.    Les  uns  le  nomment  Grœcus,  d'au-  Genn.  vir.  ai.  «. 
très  Gratius,  quelques-uns  Grégorius,  ce  que  l'on  croit  être  une  Lerinn63.1 'vo*,' 
faute,  et  enfin  les  plus  corrects,  Gratus.  *  C'étoit  un  Diacre  p"%7Pe]  ti'ii' h.' *! 
de  l'Eglise  Catholique,  qui  paroît  avoir  fait  sa  demeure  du  \f*\9Ay$- 
côté  de  la  Provence,  en  un  lieu  peu  éloigné  de  Fauste,  alors  553  "ï'. 
Abbé   de   Lérins.  Il  vivoit  dans  une  entière  solitude ,  une  b  p-  b-  *• 
grande  austérité,  et  une  application  continuelle  à  la  lecture. 
Une  vie  si  extraordinaire  lui  enfla  le  coeur,  et  lui  affoiblit  l'es- 
prit, jusqu'au  point  '  qu'il  s'imagina  avoir  eu  des  révélations,  p  *»•  *•■■ 
qui  assurément  ne  venoient  point  de  l'esprit  de  Dieu.  '  Fauste  p*m.  «. 
qui  en  eut  connoissance,  se  crut  obligé  de  l'exhorter  à  quit- 
ter ce  genre  de  vie,  pour  rentrer  dans  k  voie  réelle  et  corn- 
2  3 


V    SIECLE. 


318  GRATUS, 

mune.  Il  lui  conseilla  en  particulier  de  se  retirer  sous  la  con- 
duite de  quelque  Abbé  expérimenté  dans  la  conduite  des 
âmes,  afin  de  régler  sa  vie  non  sur  sa  propre  volonté,  mais 
sur  celle  d'un  autre  qui  auroit  plus  d'expérience  que  lui. 

p.  553.  a.  '  Gratus  cependant  se  livrant  à  ses  prétendues  révélations, 

p.553.  s.  1 554.  i.  fit  un  écrit  très-mal  composé,  '  où  il  prétendoit  qu'il  n'y  avoit 
en  J.  C.  Dieu  et  homme,  qu'une  seule  nature,  qui  étoit  la 
nature  Divine,  et  qu'il  ne  falloit  point  dire  que  Dieu  fût  père 
de  l'homme,  ni  la  femme  mère  de  Dieu.  De  sorte  que  Gra- 
tus étoit  Eutychien  avant  que  l'hérésie  d'Eutychès  même  eût 
éclaté.  C'est  ce  que  confirme  le  silence  de  Fauste,  qui  re- 
prenant Gratus  de  ses  erreurs,  ne  lui  dit  pas  un  mot  ni  d'Eu- 
tichès,  ni  de  la  condamnation  de  son  hérésie  ;  ce  que  certai- 
nement il  n'auroit  pas  oublié,  puisqu'il  lui  parle  et  de  Nesto- 

Tiii.îbid.  riuset  de  ce  que  l'Eglise  avoit  fait  contre  lui.  '  G'étoit  donc 

avant  l'an  449  que  Gratus  dogmatisoit  de  la  sorte;  et  il  sem- 
ble par  la  réponse  que  Fauste  lui  fit,  qu'il  étoit  proprement 
Eutychien.  Ainsi  l'on  croit  que  c'est  une  faute  à  Gennade  , 

Genn.  ibid.  p.  39.  '  de  l'avoir  traité  de  Nestorien. 

Faus.  ad Gr.p  553.1       '  Le  P.    Sirmond  veut  que  ce  Diacre  tombé  dans  de  si 

sir.m.  sid.p.1003.  gran(jes  erreurS)  et  assez  hardi  pour  condamner  S.  Augustin 
dans  un  point  où  il  est  suivi  de  toute  l'Eglise,  de  l'aveu  de 
Fauste  même,  est  Grœcus  qui  fut  fait  Evêque  de  Marseille 
vers  l'an  470.  Mais  outre  que  ce  Prélat  ne  se  trouve  nulle 
part  nommé  Gratus,  comme  nôtre  Diacre,  on  tire  de  Gen- 
nade une  preuve,  qui  bien  que  négative,  est  plus  que  suffi- 

Tiu.  p.  4M.  santé  pour  détruire  cette  conjecture.  En  effet  '  Gennade  qui 
écrivoit  à  Marseille  durant  l'Episcopat  de  Grec,  ou  peu  après, 

«ienn.iWd.  '  nomme  celui  dont  Fauste  réfuta  les  erreurs,  un  certain  Dia- 

Tiii.ibid.  cre  :  '  ce  qui  marque  assez,  que  bien  loin  d'avoir  été  Evêque, 

il  n'avoit  jamais  beaucoup  paru  dans  l'Eglise.  C'est-là  tout 
ce  que  nous  sçavons,  et  peut-être  même  tout  ce  que  nous 
devons  prétendre  de  sçavoir  de  la  personne  de  Gratus. 

Faus.  ad  Gr.  p.  Pour  ce  qui  est  de  son  écrit,  '  il  l'envoia  à  Fauste,  qui  nous 
en  a  conservé  l'unique  connoissance  que  nous  en  avons,  en 

,  le  priant,  ce  semble,  d'y  répondre.  '  Fauste  témoigne  qu'il 

eut  peine  à  §e  résoudre  à  écrire  sur  une  matière  si  élevée,  et 
si  difficile,  qu'il  avoue  être  au-dessus  de  sa  portée  et  de  celle 
du  Diacre.  C'est  pourquoi  il  lui  dit  qu'il  auroit  dû  s'adresser 
à  une  personne  et  plus  sçavante  et  plus  âgée  que  lui.  L'on 
voit  ici  une  preuve  de  l'opinion  que  nous  avons  établie,  en 


DIACRE.  319 


V   SIECLE. 


disant  que  cela  se  passa  avant  l'an  449,  lorsque  Fauste  étoit 
encore  jeune.  D'ailleurs  il  paroissoit  à  Fauste  que  le  plus 
sûr  moïen  de  faire  sentir  la  faute  à  son  ami,  étoit  de  ne 
faire  aucune  réponse  à  ce  qu'il  avoit  écrit  avec  une  témérité 
outrée. 

'Il  ne  voulut  pas  néanmoins  refuser  de  satisfaire  une  per-  p.  553.  t. 
sonne  qui  l'avoit  consulté.  Il  entreprit  donc  de  faire  voir  à 
Gratus  les  défauts  de  son  écrit;  et  il  le  fit,  dit-il,  avec  une 
humilité  sincère ,  avec  la  liberté  que  l'amitié  lui  donnoit , 
avec  une  charité  non  feinte,  selon  la  parole  et  la  règle  de  la 
vérité  :  '  aimant  mieux  guérir  son  ami  par  un  remède  un  peu  p.  554.  j. 
amer,  que  de  le  perdre  en  le  flattant.  Fauste  crut  avec  rai- 
son qu'il  de  voit  user  de  ce  prélude,  pour  ne  pas  aigrir  davan- 
tage l'esprit  de  Gratus  par  une  réponse,  dans  laquelle  il  ne 
le  ménage  en  aucune  manière. 

'  D'abord  après  lui  avoir  fait  sentir  la  fausse  confiance  qu'il  p.  553.  l  «. 
avoit  en  son  sçavoir  et  son  érudition,  il  lui  dit  que  les  hom- 
mes devant  se  promettre  de  faire  quelque  fruit,  ou  de  procu- 
rer quelque  avantage  par  ce  qu'ils  disent ,  ou  ce  qu'ils  font , 
et  sur  tout  par  les  ouvrages  qu'ils  donnent  au  public,  le  sien 
est  bien  éloigné  de  lui  donner  cette  espérance.  Qu'il  ne  s'y 
trouve  ni  éloquence,  ni  érudition ,  ni  raisonnement,  ni  la 
moindre  beauté  de  style.  Que  ce  n'est  qu'une  compilation 
confuse  et  mal  ordonnée  de  passages  que  lui  a  fourni  la  fa- 
cilité de  sa  mémoire,  mais  qui  montrent  l'imprudence  d'un 
esprit  téméraire  :  qu'à  l'égard  de  ce  qu'il  se  donnoit  la  liberté 
de  condamner  les  ouvrages  du  saint  Evêque  Augustin,  par- 
ticulièrement sur  les  deux  natures  en  J.  C.  il  devoit  sçavoir 
qu'il  ne  s'y  trouvoit  rien  qui  fût  répréhensible,  et  qui  ne  fût 
conforme  à  la  foi  de  l'Eglise  Catholique;  quoique  de  très- 
sçavanls  hommes,  il  entend  les  Sémipélagiens ,  y  trouvas- 
sent des  choses  suspectes  sur  d'autres  sujets.  '  Ensuite  Fauste  p.  553.  j  1 554. 
expliquée  Gratus  la  doctrine  des  deux  natures  en  J.  C.  qu'il  p-55*-2- 
appuie  de  l'autorité  de  l'Ecriture  et  des  Pères. 

'  Fauste  finit  en  exhortant  Gratus  à  recevoir  sa  réponse ,  ibid. 
d'une  manière  qui  fit  voir  que  son  erreur  n'étoit  qu'une  igno- 
rance ;  parce  que  s'il  y  persistoit  encore  après  qu'il  la  lui 
avoit  fait  connoître,  il  seroit  entièrement  inexcusable.  Il  lui 
conseille  de  retenir  ou  même  de  supprimer  son  écrit,  de 
peur  qu'il  ne  tombât  entre  les  mains  de  quelques  autres  Ca- 
tholiques, qui  aimassent  moins  sa  personne  et  son  honneur , 


320  CONCILE 

Y  SIECLE. 

■nu.  p.  4i3.  qu'il  ne  le  faisoit.  '  Fauste  eut  aussi  sans  doute  le  soin  de  te- 

nir sa  réponse  secrète,  tant  que  Gratus  vécut;  à  moins  qu'il 
ne  fût  obligé  de  la  mettre  au  jour,  voïant  que  ce  Diacre  per- 

Genn.  ibid.  séveroit  dans  son  erreur.  '  Mais  elle  étoit  publique  lorsque 

Gennade  écrivoit,  comme  on  le  voit  par  ce  qu'il  en  dit. 


CONCILE  DES  GAULES 

A  l'occasion  de  la  letre  de  S.   Léon 
a  Flavien. 

On  ignore  le  lieu  précis  de  ce  Concile;  quoique  la  pré- 
somtion  soit   entièrement  pour  Arles.  '  Ravenne   Evo- 
que de  cette  ville  y  est  nommé  le  premier,  comme  y  aïant 

p-  542.  présidé.  '  Cet  honneur  lui  étoit  dû  tant  à  cause  de  la  dignité 

de  son  Siège,  que  parce  que  c'étoit  à  lui  que  S.  Léon  avoit 
envoie  sa  letre  à  Flavien,  qui  fut  le  sujet  de  la  convocation 
de  ce  Concile,  afin  qu'il  la  communiquât  aux  autres  Evê- 

Tiii.  h.  e.  t.i5.  ques.  '  Cette  letre,  qui  est  un  des  plus  illustres  monuments 

p.  539.5*1.  Jg  l'antiquité,  et  dans  laquelle  S.  Léon  ruine  également  les 

erreurs  opposées  de  Nestorius  et  d'Eutychès  sur  le  mystère 
de  l'Incarnation,  aïant  été  rejettée  par  le  faux  Concile  d'Ephé- 
se,  fut  souscrite  depuis,  si-tôt  que  la  vérité  eut  recouvré  quel- 
que liberté,  par  tous  les  Prélats  d'Orient  qui  vouloient  passer 

Léo,  ep.  77.  p.  pour  Catholiques.  Cela  fit  naître  '  à  S.  Léon  le  désir  de  la  fai- 
re approuver  aussi  par  les  Evêques  des  Gaules,  et  peut-êlre 
encore  par  les  autres  de  tout  l'Occident;  afin  que  les  Légals 
qu'il  vouloit  envoïer  au  Concile  œcuménique,  qui  se  tint  à 
Calcédoine,  y  portassent  ces  preuves  de  la  foi  unanime  des 

eP.  si.p.5«.      Occidentaux.   '  Dans  ce  dessein  le  Pape  envoïa   celte  letre 

ep.  77.  P.  583.  célèbre  avec  quelques  autres  écrits  à  Ravenne  d'Arles,  '  le 
priant  de  l'approuver  et  de  la  faire  approuver  par  les  autres. 
Nous  avons  déjà  dit  avec  quelle  joie  et  quelle  estime  elle  fut 

P  58i.  reçue  dans  les  Gaules.  '  JN os  Evêques  promirent  à  S.  Léon 

de  lui  en  donner  un  témoignage  authentique;  mais  divers 
accidents  les  empêchèrent  d'exécuter  si-tôt  leur  promesse. 

p.  579.  '  L'éloignement  des  lieux   et  l'intempérie  extraordinaire  des 

saisons  ne  leur  permirent  de  s'assembler  que  vers  la  fin  de 
l'année  -451 . 

En 


AU  SUJET  DE  LA  LETRE  DE  S.  LÉON.  32.1     f  81gCLE 


En  conséquence  de  la  commission  du  Pape,  '  et  de  la  fa-  Conc<  t<   4.  p 
culte  que  le  Concile  d'Arles  tenu  en  443  avoit  accordée  à  1013- 
l'Evêque  de  la  même  ville,  de  convoquer  dans  le  besoin  les 
Evoques  de  diverses  provinces,  '  Ravenne  en  assembla  44.  Léo,  1. 1.  p.  579. 
1  Le  P.  Quesnel  croit  qu'ils  éloient  tous  des   sept  Provinces  um-im.   '  p' 
b  oui  formoient  la  Narbonoise  et  l'Aquitaine;  Mais  M.  de  £&£&£«•; 
Tillemont  doute  si  cette  opinion   est  assez  fondée.    '  On  y  Léo,  ibid.  p.  se*, 
peut  remarquer  Ravenne  d'Arles,  S.  Rustique  de  Narbone,  866' 
Vénère  de  Marseille,  S.  Maxime  de  Ries,  S.  Valere  ou  Va- 
lérien  de  Cemele ,  Constance  d'Uzès,  Ingenuus  d'Embrun, 
Julien  de  Cavaillon ,  Maxime  d'Avignon ,  Nectaire  de  Di- 
gne, Urse  de  Senez,  Hellade  de  Lodeve.  Les  autres  nous 
sont  moins  connus. 

'  Nous  n'avons  rien  de  ce  Concile  que  la  letre  que  les  Pré-  1. 1.  p.  579.  wo.  i 
lats  en  écrivirent  au  Pape,  toute  pleine  d'éloges,  tant  pour  t3*l'm%  1  g.  C 
sa  personne,  que  pour  sa  letre  à  Flavien.  Nos  Evoques  y  re-  p'.  ji93^6  ' Supp' 
commissent  la  providence  de  Dieu ,  qui  avoit  permis  que 
l'hérésie  d'Eutychès,  après  s'être  nourrie  si  long-temps  dans 
le  secret,  fût  venue  à  éclater  sous  un  Pape  si  zélé,  si  éclairé, 
et  si  capable  d'en  arrêter  le  progrés.  '  Ils  avoient  eu  la  pen-  ibid.  1  tui.  iwd. 
sée  d'écrire  à  l'Empereur  Marcien,  pour  lui  témoigner  leur  p-  628- 
joie  de  ce  qu'il  embrassoit  la  véritable  foi,  et  l'inquiétude  que 
leur  donnoit  à  tous  aussi-bien  qu'au  Pape,  l'état  des  affaires 
de  l'Eglise.  Mais  les  nouvelles  qu'ils  reçurent  d'Orient,  leur 
firent  juger  que  cela  n'étoit  pas  nécessaire. 

'  Ingenuus  d'Embrun  fut  cnargé  de  porter  au  Pape  la  letre  Léo,  eP.  77.  P. 
du  Concile.  Il  étoit  encore  à  Rome,  lorsque  S.  Léon  reçut  582~58*- 
la  nouvelle  que  les  Pères  de  Calcédoine  avoient  condamné 
Eutychès  et  Dioscore  avec  leurs  dogmes  impies,  et  approu- 
vé sa  letre  à  Flavien.  Le  S.  Pape  se  hâta  de  renvoïer  Inge- 
nuus pour  porter  à  ses  confrères  une  si  agréable  nouvelle  ;  et 
en  partant  il  le  chargea  de  la  réponse  qu'il  leur  adressoit , 
datée  du  premier  jour  de  Février  '  452.  C'est  ce  qui  fait  juger  nu.  a>id. 
que  le  Concile  des  Gaules  ne  se  tint  que  vers  la  fin  de  l'an- 
née précédente.  '  S.  Léon  dans  sa  réponse  donne  de  grands  Léo,  ibid. 
éloges  à  la  foi  et  à  la  doctrine  des  Evoques  Gaulois,  et  mar- 
que beaucoup  d'estime  pour  leur  déclaration. 

Quelques-uns  confondent  ce  Concile  avec  le  III  d'Arles 
tenu  en  443.  Mais  nous  ne  voions  rien  qui  oblige  de  suivre 
cette  opinion  ;  et  nous  avons  donné  ailleurs  des  raisons  suffi- 
santes pour  les  distinguer  l'un  de  l'autre. 

2  3  *     Tome  IL  S  s 


Y   SIECLE. 


322  I  CONCILE  D'ANGERS. 


I   CONCILE   D'ANGERS. 

conc.   t.    4.   p.  '  tjin  l'année  453  l'Eglise  d'Angers  aïant  perdu  son   Evê- 
X-J    que ,    Eustoque   de    Tours  ,  Cariaton  ,  Rumoride    et 
Tin.  h.  e.  t.  t6.  Vivence,  '  desquels  on  ignore  les  Sièges,  quoiqu'il  soit  pres- 
'•      '  que  certain  qu'ils  fussent  Evêques  dans  la  même  province,  et 

conc.  ibid.  dans  le  pais  que  l'on  a  depuis  nommé  la  Bretagne,  '  s'assem- 

blèrent à  Angers  avec  Victoire ,  ou  plutôt  Victure  du  Mans , 
p.  ira*.  i8n.  et  Léon  '  que  l'on  croit  avoir  été  Evêque  de  Bourges  , 
P.  «ho.  '  pour  mettre  un  Evêque  à  la  place  du  défunt.  Talase  fut  or- 

donné pour  remplir  le  Siège  vacant;  et  après  son  ordination 
les  sept  Evêques,  avant  que  de  se  séparer,  tinrent  un  Con- 
cile. Léon  y  est  nommé  le  p'remier,  sans  doute  parce  qu'il 
Tiii.iMd.  y  présida;   Eustoque  Métropolitain   de   la   province,   '  qui 

l'avoit  prié  de  l'assister  en  cette  occasion,  lui  aïant  cédé  cet 
Conc.  t.  *.  p.  honneur.  '  Ce  Concile  nous  a  laissé  douze  Canons ,  qui  ne 
î°Mâ6^»u'R.  font  que  renouveler  ce  qui  avoit  été  déjà  ordonné  par  les 
t.  9.  p.  «2-446.  peres  sur  l'autorité  des  Ecritures.  Les  Evêques  les  firent  ré- 
diger par  écrit  et  les  datèrent,  non  du  25e  de  Septembre  , 
Du  Pin.  wb.  t.  4.  comme  on  lit  dans  M.  Du  Pin,  '  mais  du  4°  d'Octobre  sous 
P  sus.  i  conc.  ib.  je  consu]at  d'Opilion,  c'est-à-dire  de  la  même  année  453  , 
afin  que  depuis  ce  jour-là  on  fût  obligé  de  les  observer, 
i.  3.  «.  1420.  '  Le  premier  Canon  de  ce  Concile  n'est  proprement  que 
co'nc!^!  tibi'dp.  l'abrégé  d'une  letre  que  les  Evêques  Léon  de  Bourges,  Vic- 
*»•  ture  ou  Victoire  du  Mans,  et  Eustoque   de  Tours  avoient 

écrite  peu  auparavant  à  Sarmation ,  à  Cariaton ,  et  à  Didier 
Evêques,  et  aux  Prêtres  de  la  troisième  Lyonnoise,  c'est-à-dire, 
•nu.  ii9.  de  la  province  de  Tours.»'  Mais  cette  letre  parlant  avec  aulhc- 

rité  paroit  être  moins  l'avis  de  quelques  Evêques  particuliers, 
que  la  décision  de  quelque  Concile ,  que  nous  ne  connois- 
sons  point  d'ailleurs  :  sinon  en  ce  qu'il  paroit  s'être  tenu  dans 
Conc.  t.  3.  p.  la  même  province.  '  Cette  letre  ordonne  que  puisque  les 
Vof.' !C»alp. 7 h8.  Empereurs  ont  donné  aux  Evêques  le  pouvoir  de  juger  les 
affaires  civiles,  les  Ecclésiastiques  s'adresseront  à  eux  dans 
les  différends  qu'ils  auront  ensemble ,  et  non  aux  Juges  laïcs , 
comme  ils  faisoient  assez  souvent,  sous  peine  d'être  séparés 
du  saint  Autel. 


[V  CONCILE  D'ARLES.  323     „.,„„,. 

V    SIECLE. 


IV  CONCILE  D'ARLES. 

Le   jour   de  ce  Concile   est  marqué  au   30e  de  Decem-  Conc.    i   é.  p. 
bre;  mais  l'année  en  est  incertaine.  '  Seulement  on  sçait  P.  io». 
qu'il  se  tint  sous  l'Episcopat  de  Ravenne,  qui  gouverna  l'E- 
glise d'Arles  depuis  l'an  449  jusqu'en  461.  '  Le  P.  Sirmond  p- 1023.    . 
le  met  en  l'année  455  ;  mais  on  pourroit  peut-être  le  placer 
avec  plus  de  fondement  dès  l'année  précédente.  '  Car  on  a  m.  h.  e.  t.  is. 
peine  à  croire  que  les  troubles,  qui  suivirent  la  mort  de  Va-  p'  *06' 
lentinien  III,  tué  le  17e  de  Mars  455,  permissent  aux  Evo- 
ques de  s'assembler  ni  cette  année-là  ni  les  suivantes. 

■  M.  Antelmi  tâche  de  prouver  par  bien  des  raisons  que  ce  Antei.  For.  p.  sic 
Concile  d'Arles  se  tint  dès  l'année  450,  ou  451.  Il  faut  avouer 
'  que  le  raisonnement  qu'il  fait  sur  le  Concile  de  Calcédoine  p.  sio.  mo. 
pour  appuïer  son  opinion,  paroît  très-puissant.  En  effet  il 
n'est  guéres  croïable  que  si  le  Concile  d'Arles  en  question 
ne  se  fût  tenu  qu'après  celui  de  Calcédoine,  qui  fut  fini  en 
451,  Théodore  de  Fréjus  qui  paroit  avoir  été  si  zélé  pour 
la  jurisdiction  Episcopale,  et  qui  ne  pouvoit  ignorer  les  défi- 
nitions du  Concile  de  Calcédoine,  ne  se  fût  prévalu  en  fa- 
veur de  ses  prétentions  sur  l'Abbaïe  de  Lérins  du  4e  Canon 
de  ce  Concile,  par  lequel  il  donne  aux  Evêques  toute  sor- 
te de  jurisdiction  sur  les  Monastères  situés  dans  l'étendue  de 
leurs  Diocèses.  Mais  on  peut  dire  que  dans  l'Occident  on  ne 
regardoit  ce  Canon  que  comme  un  règlement  de  discipline 
fait  pour  les  Orientaux.  C'est  ce  que  fait  juger  la  conduite 
du  Concile  de  Carthage  tenu  en  525,  qui  malgré  le  4e  Ca- 
non de  Calcédoine,  ne  laissa  pas  de  suivre  les  conclusions 
de  celui  d'Arles  en  faveur  de  l'Abbaïe  de  Lérins.  Au  reste  il 
importe  peu  que  nous  placions  ce  Concile  d'Arles  en  450, 
451,  454,  ou  455.  Il  est  toujours  vrai  qu'il  se  tint  sous  le 
Pontificat  de  Ravenne. 

Le  Concile  fut  convoqué   au  sujet  d'une  affaire  entre  conc.    ma.   p. 
Théodore   Evêque  de  Fréjus,  et  l'Abbaïe   de  Lérins,  dont  10"-102*- 
Fauste  étoit  alors  Abbé. 

'  Le  scandale  que  causa  ce  différend,  fut  si  grand,  que  Ra-  conc.    ibjd.    p. 
venne  d'Arles  crut  qu'il  y  falloit  remédier  au  plutôt,  parce  i0fti- 
que  la  longueur  du  temps  au  lieu  de  le  diminuer,  ne  laisoit 

S  s  ij 


324  IV  CONCILE  D'ARLES. 

T    SIECLE. 

p.  iM3.  «m.       que  l'augmenter  davantage.  '  Dans  ce  dessein  il  écrivit  une 
Letre  circulaire  aux  Evêques,  pour  les  conjurer'par  lâcha- 
nte que  les  membres  d'un  même  corps  se  doivent  les  uns 
aux  autres,  de  se  trouver  à  Arles  au  30e  de  Décembre.  Il  écri- 
p.  «miTiii.  and.  vit  en  particulier  à  S.  Rustique  de  Narbonne,  '  et  aux  Eve 
p.  407. 888.         queg  qU-  avojent  ^é  auparavant  Moines  à  Lérins,  pour  les 

inviter  à  cette  assemblée. 

conc.  iwd.  i  tui.       '  Il  s'y  trouva  treize  Evêques,  Ravenne  d'Arles,  S.  Rus- 

p*°7,  tique   de  Narbonne,  Nectaire  de  Digne,  Flore,  peut-être 

de  Lodeve,   Asclepe  d'Apt ,  Maxime ,  peut-être  d'Avignon , 

Salone  de  Genève,  fils  de  S.  Eucher,  Ingenuus  d'Embrun, 

Constance,  Juste,  Ynance,  qui  écrivirent  à  S.  Léon  en 449 

et  en  451,  mais  dont  on  ignore  les  Sièges,  Zotique  etChry- 

sante,  que  l'on  ne  connoit  que  par  cet  endroit.  Ce  furent-là 

les  juges  dans  cette  affaire  ;  et  l'on  ne  nomme  point  avec  eux 

ni  S.  Valérien  ni  S.  Maxime  de  Ries,  non  plus  que  Théo- 

Tm.  iMd.  p.  408.  dore  de  Fréjus,  '  peut-être  à  cause  que  les  deux  premiers  y 

étoient  comme  parties,  aussi  bien  que  Théodore, 
conc.    iwd.    p.      '  La  conclusion  de  ce  Cencile  lut  plus  favorable  aux  pré- 
im-  tentions  de  Fauste  qu'à  celles  de  Théodore,  et  semble  avoir 

conc.    iwd.    p.  été  suivie  en  partie  '  par  celui  de  Carthage  tenu  en  525.  Pierre 
,642-  Abbé  en  Afrique,  qui  ne  vouloit  point  du  tout  reconnoître 

p.  1648. 1649.       la  jurisdiction  de  son  Evêque,  '  y  produisit  le  Concile  d'Ar- 
les, dont   nous  parlons,  parmi  d'autres  actes  comme  des 
autorités  qui  lui  étoient  favorables.  Il  fut  lu  dans  cette  assem- 
blée; et  ce  qui  nous  en  a  été  conservé,  est  rapporté  à  la  fin 
Conc.  t.    4.  p.  des  actes  de  ce   même  Concile  de  Carthage.  '  Le  peu  oui 
î^p'.'isoïislPiR.  nous  reste  ^e  cemi  d'Arles,  se  trouve  dans  les  endroits  des 
i.'g.  p.  447-419.     collections  des  Conciles  marqués  à  la  marge. 


PROSPER   TYRO.  325     „  „PMf 

V  SIECLE. 


PROSPER    TYRO, 

OU  TYRO  PROSPER. 

S-  I 
HISTOIRE   DE   SA   VIE. 

CEST-là  le  nom  que  l'on  donne  communément  à  un 
Auteur  qui  a  été  long-temps  confondu  avec  le  grand 
S.  Prosper,  dont  nous  donnerons  bien-tôt  l'éloge.  Mais  à 
dire  le  vrai,  nous  ne  voions  rien  de  bien  certain,  pour  ga- 
rantir qu'  un  Auteur  du  V  siècle  ait  porté  ce  nom,  qui  ne 
paroît  avoir  été  connu  que  trois-cents  ans  après.  Il  se  sera 
sans  doute  formé  après  coup;  c'est-à-dire  que  quelques-uns 
s' étant  aperçus  que  l'on  donnoit  à  S.  Prosper  certains  ou- 
vrages qu'ils  reconnoissoienl  n'être  pas  de  lui,  ils  leur  auront 
fait  porter  le  nom  de  Tyro  Prosper  ou  de  Prosper  Tyro, 
afin  de  les  distinguer  par-là  de  ceux  qui  sont  véritablement 
de  ce  Saint.  Le  plus  ancien  Auteur  où  l'on  trouve  le  nom 
de  Prosper  Tyro,  est  le  vénérable  Bede,  qui  écrivoit  au 
commencement  du  VIII  siècle. 

Quoi  qu'il  en  soit,   nous  nous  arrêtons  moins  au  nom, 
qu'u  la  personne  de  celui  à  qui  on  le  fait  porter.  '  Prosper  Ty-  Bed.  de  metr.  t. 
ro,  selon  cet  écrivain,  est  Auteur  du  Poëme  d'un  mari  à  sa  *  p'*°' 
femme,  que  l'on  a  longtemps  attribué  à  S.  Prosper  d'Aqui- 
taine, mais  que  nous  montrerons  n'être  pas  de  lui.  S.  Bede 
l'a  ainsi  jugé  lui-même  ;  puisqu'il  distingue  bien  visiblement 
ce  saint  de  Prosper  Tyro,  '  nommant  le  premier  simplement  m*,  e.  io. 
Prosper  et  le  qualifiant  Orateur  et  Rhéteur  :  '  au  lieu  qu'il  a»  metr.  Ui. 
donne  à  l'autre  les  deux  noms  de  Prosper  Tyro  et  la  qualité 
de  Poëte. 

Nous  n'avons  presque  point  d'autre  connoissance  de  cet 
Auteur,  que  celle  que  nous  tirons  de  son  Poëme;  à  moins 
que  nous  ne  lui  donnions  aussi  la  petite  chronique  imprimée 
sous  son  nom  :  ce  que  nous  examinerons  plus  particulière- 
ment dans  la  suite.  En  ce  cas  nous  aurions  une  preuve  '  qu'il  prosP.  bPp.  p, 
étoit  d'Aquitaine,  comme  le  porte  le  titre  de  cette  chroni-  *10- 


V    SIECLE. 


326  PROSPER 


que,  supposé  que  l'on  y  puisse  faire  quelque  fond.  Au  moins 
il-paroit  que  personne  n'a  douté  que  Prosper  Tyro,  soit 
qu'on  le  regarde  comme  Auteur  de  ces  deux  pièces,  ou  seule- 
ment de  l'une  ou  de  l'autre,  ne  fût  natif  de  quelque  en- 
droit dans  les  Gaules. 
pro».  p.  771.  '  On  convient  que  le  Poème  à  sa  femme  fut  composé  vers 

l'an  407,  ainsi  l'Auteur  vivoit  vers  la  fin  du  IV  siècle,  et  au 
commencement  du  V.  Que  s'il  a  aussi  composé  la  petite 
chronique  qui  porte  son  nom,  il  aura  vécu  jusqu'en  l'année 
455,  à  laquelle  il  la  finit.  Son  Poëme  est  un  puissant  préjugé 
en  faveur  de  sa  pieté  et  de  son  habileté  dans  la  poésie.  Non 
Tiii.  h.  e.  t.  u.  seulement  '  il  est  orné,  poli  et  coulant,  comme  le  remarquent 
p' 722'  les  plus  sçavants  Critiques;  mais  il  est  encore  rempli  des  sen- 

timents de  la  pieté  la  plus  tendre.  De  sorte  qu'il  a  réussi  à  y 
peindre  tout  à  la  fois  l'excellent  caractère  de  son  cœur  et  ce- 
lui de  son  esprit. 

On  y  trouve  aussi  des  preuves,  que  nôtre  Poëte  tenoit  une 
place  considérable  dans  le  monde,  soit  par  sa  naissance,  soit 
par  ses  biens,  ou  par  les  charges  qu'il  y  exerçoit,  et  qu'il  étoit 
fort  instruit  de  la  morale  de  l'Evangile,  des  devoirs  du  chris- 
tianisme, et  de  la  doctrine  de  l'Eglise.  Assurément  c'est  une 
perte- pour  nous,  de  ce  que  l'antiquité  ne  nous  fournit  pas 
d'autres  lumières,  pour  connoitre  à  fond  un  si  grand  homme, 
qui  paroit  avoir  fail  en  son  temps  l'ornement  de  son  pais. 


S-  u. 

SES  OUVRAGES. 

l  nous  reste  peu  de  choses  à  ajouter  à  ce  que  nous  avons 
déjà  dit  au  sujet  du  Poëme  de  nôtre  Auteur,  tant  dans- 
l'histoire  de  sa  vie,  qu'aux  articles  douteux  de  S.  Paulin  de 
Noie,  et  où  nous  parlerons  de  ceux  de  S.  Prosper.  En  mon- 
trant qu'il  a  été  long-temps  attribué  à  ces  deux  Saints,  quoi 
qu'il  soit  constant  qu'il  n'est  pas  d'eux,  il  est  aisé  de  compren- 
dre combien  il  a  été  célèbre,  et  quelle  estime  on  en  a  toû- 
rani.  diss.  6.  n.  jours  faite.  '  On  ne  doute  pas  qu'il  ne  faille  rapporter  au  ren- 
772. rosp'  p'771'  versement  universel,  qui  arriva  en  407  dans  l'Empire  d'Oc- 
Pros.  ad  ux.  ».  as-  cident,  '  les  malheurs  publics  dont  ce  Poëme  contient  une 
courte  mais  vive  description.  Cette  désolation  dont  il  parle, 
cette  guerre  impie  et  cruelle  entre  divers  Rois ,  qui  avoit 


I 


30 


TYR0-  3«     VS..CL.: 


entraîné  après  elle  la  peste,  la  famine;  les  fers  dont  on  char- 
geoit  les   captifs  ;  en  un  mot  celte  confusion  générale  oui 
avoit  banni  la  paix  de  la  terre,  nous  représente  parfaitement  le  j0  prov.  v.  15-uo. 
triste  état  auquel  nos  Gaules  étoient  alors  réduites,  el  nous  four- 
nit une  preuve  presque  certaine  que  l'Auteur  de  ce  Poëme  étoit 
Gaulois.  '  Cette  pièce  se  trouve  parmi  les  ouvrages  douteux  de  Paul.  aPP.  p.  21- 
S.  Paulin  et  de  S.  Prosper.  Dans  quelques  éditions  de  ce  dernier  ?8o.    r°*'p' 7" 
Père,  on  l'a  jointe  immédiatement  à  ses  épigrammes,  comme 
si  elle  en  faisoit  une  suite  naturelle. 

'  Le  scavanl  Pierre  Pithou, et  après  lui* Canisius,Duchesne,  Canis.  t.  i.  P. 
le  P.  Labbe,  M.  Basnage  et  le  dernier  éditeur  de  S.  Prosper  p.  306-318.  fpros'. 
nous  ont  donné  une  petite  chronique  sous  le  nom  de  Prosper  ap'K  p-  *09*16- 
Tyro  d'Aquitaine, a  laquelle  se  trouve  aussi  dans  la  Bibliothe-  •  Bib.  pp.   i.  s. 
que  des  Pères.  Elle  commence  à  l'Empire  de  Theodose  après  la  p' 
mort  de  Valens  l'an  379,  et  finit  à  la  prise  de  Rome  par  les 
Vandales  l'an  455,  comme  celle  de  S.  Prosper,  avec  laquelle 
elleaquelque  conformité,  parce  qu'elle  fait  en  abrégé  l'histoire 
du  même  temps.  Nous  dirons  ailleurs  que  divers  écrivains  ont 
prétendu,  mais  contre  toute  vraissemblance,  que  c'étoit  l'ouvra- 
ge de  ce  Saint.  '  L'endroit  de  cette  chronique  où  il  est  parlé  pros.  t.  cbr.  P 
de  l'hérésie  des  Prédestinations,  comme  aïant  pris  sa  naissance  S13 
de  S.  Augustin,  suffit  seul  pour  persuader  le  contraire;  'et  les  nu,  1. 16.  p.  ». 
plus  habiles  Critiques'en  conviennent.  734-735. 

Etant  constant  que  cette  chronique  n'est  point  de  S.  Pros- 
per, mais  d'un  autre  Auteur  du  même  temps,  il  s'agit  de  voir 
si  elle  est  de  l'Auteur  du  Poëme  d'un  mari  à  sa  femme,  à  qui  . 
le  vénérable  Bédé  donne  le  même  nom  qu'elle  porte  dans  les 
imprimés.  Le  temps,  suivant  ce  que  nous  avons  dit,  y  con- 
viendrait assez;  mais  aussi  c'est  presque  l'unique  fondement 
que  l'on  auroit  pour  soutenir  cette  opinion.  Car  pour  le  nom 
qu'elle  porte,  il  ne  prouve  rien  ;  et  les  sentiments  qu'elle 
contient,  touchant  S.  Augustin,  y  forment  un  obstacle  con- 
sidérable. Nous  disons  que  le  nom  qui  est  à  la  tête  de  cette 
chronique  ne  prouve  rien  en  faveur  de  l'opinion  qui  l'attri- 
bueroit  à  Prosper  Tyro;  'parce  que  les  manuscrits  dont  elle  p.  734. 
a  été  tirée,  portoient  seulement  le  prénom  de  Prosper  et 
que  M.  Pithou  y  a  ajouté  de  son  autorité  privée  le  surnom 
de  Tyro,  ou  Tiro.  '  D'ailleurs  il  est  fort  naturel  de  croire  que  p.  73s. 

>  Dans  Canisias  il  y  a  denx  exemplaires  tient  bien  des  choses  qui  ne  sont  pas  dans 
différents  de  cette  chronique,  celui  qui  a  l'autre;  et  celui-ci  de  même  en  raporte 
•te  tiré  d'un  manuscrit   d'Ausbourg,   con-       qu'on  ne  trouve  pas  dans  celui  d'Ausboury. 


r  ■■««■■«.     3iS  S.   VALERIEN, 

"  le  nom  de  Prosper  lui  sera  venu,  ou  de  ce  qu'elle  a  été  faite 
par  un  Prosper,  ennemi  du  saint  Evêque  de  ce  nom,  ou  de  ce 
que  ne  portant  point  de  nom  dans  les  premiers  originaux, 
on  lui  aura  donné  dans  la  suite  celui  de  S.  Prosper  que  l'on 
sçavoit  en  avoir  écrit  une  du  même  temps. 

A  l'égard  des  sentiments  que  contient  cette  chronique  tou- 
chant S.  Augustin,  il  n'est  pas  croïable  que  l'Auteur  du  Poè- 
me en  question  y  parle  si  désavantageusement  de  ce  Saint, 
après  avoir  dit  dans  son  Poëme  de  si  belles  choses  touchant  la 
nécessité  et  la  puissance  de  la  grâce.  De  sorte  que  l'on  peut  dire 
que  presque  les  mêmes  raisons  qui  empêchent  de  donner  cette 
chronique  à  S.  Prosper,  ne  permettent  pas  qu'on  l'attribue  à  nô- 
tre Poëte  :  à  moins  que  l'on  ne  suppose  que  l'endroit  qui  re- 
garde S.  Augustin  y  a  été  corrompu  par  quelque  Sémipélagien 
Nor.  h.  pei.  i.  «.  ennemi  de  ce  Père.  Au  reste  '  on  reconnoît  qu'elle  est  Fort  con- 
in.'ttifp.  734.  fuse,  fort  brouillée,  et  pleine  de  fautes  contre  la  chronologie. 


S.  VALERIEN, 

Evêque  de  Cémele. 

s- 1. .  ■ 

HISTOIRE   DE   SA   VIE. 

v»>«r.  pr.  '/"iémele,   ou    Cimiès,  étoit  autrefois  une  ville  consi- 

\J  dérable,  comprise  dans  l'enceinte  des   Gaules  sous  la 

Métropole  d'Embrun.  Mais  aujourd'hui   l'on  n'en  voit  plus 

que  les  ruines  sur  une  montagne  près  de  Nice  au  pied  des 
Gaii.  chr.  Te«.  t.  Alpes.  '  Elle  eut  ses  Evoques  propres,  non  jusqu'au  VI  siècle, 
3.  p.  785.  comme  on  le  trouve  dans  la  Gaule  Chrétienne,  mais  seule- 

nu.  h.e.  t.  3.  P.  ment  '  jusqu'au  temps  de  S.  Léon  vers  le  milieu  du  V  siècle. 
îcwîWp!  A1°ra  le* Siège  Episcopal  de  Cémele  fut  réuni   à  celui  de. 
*•*■  Nice,  dans  un  Concile  de  la  province  d'Embrun;  et  l'un  et 

l'autre  n'eut  plus  qu'un  même  Evêque  dans  la  suite, 
t.  3.  p.  i»9.  Avant  cette  réunion  '  Valérien  étoit  Evêque  de  Cémele 

au  moins  dès  l'année  439,  à  laquelle  il  assista  en  cette  qua- 
cod.  u.  441.  p.  lité  au  Concile  de  Ries.  '  Un  Auteur  célèbre  a  avancé  que  ce 
,53-  Prélat  est  le  même  que  Valérien  parent  de  S.  Eucher,  Evêque 

de  Lyon  ;  à  quoi  nous  ferons  voir  dans  la  suite  qu'il  y  a  peu 

ou 


EVÊQUE  DE  CËMELE.  329    „.,„„,. 

V   S 1  ■  C  L  E. 


ou  point  du  tout  d'apparence.  '  Mais  on  pourroit  croire  aisé-  Till  t  1S  p  lî5| 
ment  que  c'est  le  même  que  S.  Valere  Moine  de  Lérin6,  et  Lerin-  p-  «»• 
honoré  à  Nice  comme  Evêque  le  24e  jour  de  Juillet.  '  On  v»ier.  «p.  P.  «3- 
voit  par  une  letre  que  nous  avons  de  lui  qu'il  fut  élu  Abbé 
d'un  Monastère  en  son  absence  ;  et  avant  que  d'y  pouvoir 
aller  ,  il  écrivit  aux  Moines  une  exhortation  générale  à  la 
pieté,  tirée  de  toutes  les  Epitres  de  S.  Paul. 

'  Le  P.  Sirmond  ne  fait  pas  difficulté  de  croire  que  S.  Va-  pr. 
lérien  de  Cémele,  qui  se  trouve  joint  à  Ingenuus  d'Embrun 
son  métropolitain,  est  le  même  que  celui  qui  est  nommé  '  en-  Lm,  «p*.  w.  p. 
tre  les  Evoques  de  la  Province  d  Arles  ,  à  qui  S.  Léon  écrit  5*°  58t'  M2 
en  450,  et  entre  ceux  de3  Gaules  qui  en  451  approuvèrent 
sa  letre  àFlavien,  et  à  qui  S.   Léon  répondit  en  452  sur  le 
même  sujet.  '  11  y  avoit  aussi  un  Valérien  mêlé  dans  le  diffé-  c«ic.   i.    *.  p. 
rend  entre  Théodore  de  Fréjus,  et  Fauste   Abbé  de  Lérins  ; 
ce  que  l'on  met  vers  l'an  455.  Il  est  assez  naturel  que  S.  Va- 
lérien, que  nous  supposons  être  le  même  que  S.  Valere,  prit  Du  |>in  bib  t  t 
intérêt  pour  l'Abbaïe  de  Lérins  ,  comme  faisoit  S.  Maxime  p-  *25- 
de   Ries,  qui  en  avoit  été  tiré  ainsi  que  lui. 

S.  Valérien  put  encore  vivre  au-delà  de  l'époque  de  ce 
Concile  ;  mais  on  ne  sçait  point  précisément  en  quelle  an- 
née il  mourut.  '  Quelque  temps  après  que  le  P.  Sirmond  eut  Vaier.  pr.  t. 
publié  les  homélies  du  S.  Evêque,  une  personne  que  l'on  ne 
nomme  pas,  se  porta  pour  dénonciateur  contre  lui,  par  une 
censure  de  ses  ouvrages.  Il  y  condamne  le  titre  de  Saint 
qu'on  lui  donnoit,  et  prétendoit  que  sa  doctrine  étoit  Sémi- 
pélagienne.  Comme  l'adversaire  pressoit  l'Inquisition  de  pro- 
noncer sur  cette  affaire,  le  P.  Sirmond,  qui  en  eut  avis,  lui 
écrivit  pour  la  défense  de  S.  Valérien;  et  il  fut  ordonné  pour 
tout  jugement  qu'à  la  première  nouvelle  édition  de  cet  écri- 
vain l'on  mettroit  des  notes,  dans  lesquelles  on  le  justifieroit  de 
ces  deux  chefs  d'accusation.  Le  P.  Théophile  Raynaud  prévint 
le  P.  Sirmond  son  confrère,  et  publia  un  écrit  pour  servir 
d'apologie  à  S.  Valérien  à  ce  sujet.  Cela  n'a  pas  empêche* 
qu'à  la  tête  de  la  nouvelle  édition  des  ouvrages  de  ce  Saint, 
que  l'on  a  insérés  parmi  les  oeuvres  diverses  du  P.  Sirmond, 
1  on  n'ait  mis  un  avertissement  avec  la  Letre  du  P.  Sirmond  au 
Cardinal  Barberin,  comme  en  forme  d'une  seconde  apologie 
en  sa  faveur.  On  y  fait  voir  que  c'est  avec  raison  que  l'on 
donne  le  titre  de  Saint  à  S.  Valérien  ;  et  en  supposant  l'écrit 

Tome  II  T  t 


V  SIECLE. 


330  S.    V  A  L  É  R  l  E  N , 

du  P.  Raynaud,  l'on  montre  qu'il  n'y  a  pas  un  endroit  des 
homélies  du  S.  Evêque,  si  néanmoins  on  en  excepte  celui 
delà  11e,  qui  ne  puisse  s'expliquer  en  un  sens  catl  olique.  Qu'au 
reste  quand  S.  Valérien  auroit  donné  dans  le  Sémipélagia- 
nisme  ,  comme  quelques  autres  Evoques  Gaulois  de  son 
temps,  on  ne  pouvoit  pas  le  regarder,  non  plus  qu'eux  comme 
hérétique,  puisqu'il  étoit  mort  long-temps  avant  le  II  Concile 
d'Oranger  qui  condamna  cette  hérésie. 

S-  H. 

SES  OUVRAGES. 

va'er.  hom.  p.  i.  '  TVT  ous  avons  vingt  homélies  sur  divers  sujets    de    pieté 
**•  l\  et  de  morale,  et  une  letre  sous  le  nom  de  S.   Valé- 

ir.  rien.  Elles  nous  ont  été  données,  hors  la  première,  par  le 

P.  Sirmond,  sur  un  manuscrit  de  l'Abbaïe  de  Corbie,  fort 
ancien  à  la  vérité,  mais  peu  correct,  et  où  l'on  ne  voit  point 
de  quelle  Eglise  S.  Valérien  étoit  Evêque.  L'éditeur  en  a 
jugé  par  la  conformité  qu'ont  ces  homélies  avec  la  première, 
qui  aïant  d'abord  paru  sous  un  nom  incertain,  avoit  été  im- 
primée depuis  peu  sous  le  nom  de  S.  Valérien  Evêque  de 
Ti'.  ïWd.  p.  us.  Cémele  son  véritable  Auteur.  'Tous  les  autres  dans  la  suite 
viier.  pr.  ont  suivi  le  sentiment  du  P.  Sirmond.  '  11  trouve  dans  cette 

homélie  et  dans  les  dix-neuf  autres,  une  éloquence  grave  et 
ibii.  p*.  lumineuse,  pleine  d'onction  et  de  majesté.  'M.  Du  Pin  juge 
que  le  style  en  est  simple,  sans  élévation  et  sans  ornement, 
mais  clair  et  familier,  sans  jeux  de  mots  et  sans  figures  for- 
cées. Ce  sont,  dit-il,  des  entreliens  moraux,  où  l'on  trouve 
des  instructions  fort  édifiantes,  et  des  maximes  très-profita- 
ibui.  blés. 'Théophile  Raynaud  remarque  qu'il  s'y  rencontre  quel- 

ques endroits  assez  favorables  aux  Sémipélagiens ,  qui  fai- 
soient  alors  bien  du  bruit  dans  les  Gaules.  Cela  ne  seroit  pas 
fort  surprenant,  puisque  S.  Valérien  étoit  un  des"  élevés  de  • 
l'Isle  de  Lérins.  Néanmoins  M.  de  Tillemont  assure  qu'il 
n'y  a  que  le  passage  de  l'homélie  onzième,  auquel  on  ne  puisse 
donner  un  bon  sens, 
va'er.  hom.  i5.  '  II  y  a  trois  de  ces  homélies  qui  sont  remarquables  pour 
n-  les  traits  historiques  qu'elles  contiennent.   Elles  ont  été  faites 

et  prononcées  a  la  fête  d'un  Martyr  que  l'on  célebroit  tous 
les  ans  avec  solennité  dans  l'Eglise  de  Cémele.  Ce  Saint  n'y 


PIB, 

427. 


EVÉQUE  DE  CÉMELE.  331 


est  point  nommé,  mais  seulement  qualifié  citoïen  du  lieu,  — 
Patron  et  Protecteur  de  la  ville.  On  croit  communément  que 
cela  s'entend  de  S.  Pons.  Son  corps  ctoit  encore  alors  dans 
l'Eglise  de,  Cémele  ;  et  Dieu  faisoit  souvent  paroitre  à  son 
tombeau  des  marques  visibles  de  la  puissance  qu'il  a  donnée 
sur  les  Démons  à  ceux  qui  ont  confessé  son  saint  nom  jusqu'à 
l'effusion  de  leur  sang.  Il  s'y  fais-oit  encore  divers  autres  mira- 
cles, qui  y  attiroient  un  grand  concours  de  peuple  des  lieux 
circonvoisins.  Ce  tombeau  étoit  enrichi  d'or,  et  couvert  d'é- 
toffes très-précieuses,  qui  annonçoient  la  pieté  des  Fidèles  et 
la  vénération  qu'ils  avoient  pour  ce  saint  lieu. 

'  La  première  des  20  homélies  a  eu  longtemps  place  entre  Aug.  t.  c.  app.  p. 
les  œuvres  de  Saint  Augustin,  sous  le  titre  de  sermon  du  bien  295"â96> 
de  la  discipline  :  mais  il  y  a  long-temps  aussi  que  le  style  a  fait 
juger  qu'elle  n'étoit  pas  de  ce  Père.  '  Melchior  Goldast  l'aïant  vaier.  Coiiect.  p. 
trouvée  dans  un  très-ancien  manuscrit,  sous  le  nom  de  saint  **'45' 
Valérien  Evêque  de  Cémele,  ce  qui  est  confirmé  par  un  an- 
cien Catalogue  des  livres  de  l'Abbaïe  de  S.  Gai ,  dressé  au 
VHP  siècle,  il  la  fit  imprimer  avec  le  traité  de  S.    Isidore 
Des  Prélats  et  un  commentaire  de  sa  façon,  en  le  restituant  à 
son  véritable  Auteur.  'Cette  édition  est  un  petit  volume  in-  bïm.  s.vin.cen. 
12  imprimé  à  Genève  chez  Pierre  de  la  Roviere  l'an  1601 
avec  quantité  de  fautes  d'impression  qui  se  sont  glissées  jus- 
ques  dans  le  nom  de  l'éditeur.  En  1G04  le  même  Goldast  Parœ   vei.  p  i 
l'inséra  dans  son  recueil  des  exhortations  anciennes,  impri- 
mé à  l'Isle,  mais  plutôt  à  Genève  en  un  volume  in-4°. 

'  Le  P.  Sirmond  la  joignit  aux  dix-neuf  autres  de  S.  Va-  bîn.  n»«  Cen. 
lérien,  comme  nous  avons  dit,  et  les  fit  imprimer  ensemble 
avec  la  letre  du  même  Auteur  adressée  à  des  Moines,  à  Pa- 
ris chez  Nivelle  pour  Sébastien  Cramoisy  l'an  1612  en  un 
volume  in-12.  'Elles  furent  ensuite  imprimées  à  Lyon  en  car». p.  ro. 
1633  par  les  soins  du  P.  Théophile  Raynaud,  qui  y  joignit 
une  apologie  en  faveur  de  la  sainteté  de  S.  Valérien  et  la  pu- 
reté de  sa  doctrine.  'On  les  a  aussi  imprimées  en  1623  avec  Bib.  Miss.  Cen. 
les  œuvres  de  S.  Léon  et  de  S.  Pierre  Chrysologue.  '11  y  en  vaier.  Pr.  a. 
eut  encore  une  édition  en  Allemagne  ;  mais  on  n'en  marque 
ni  l'année,  ni  le  volume.  'Les  mêmes  homélies  se  trouvent  bh».  pp.  t.  8.  p. 
aussi  dans  la  Bibliothèque  des  Pères  de  Lyon  ,  avec  la  pré-  498-523- 
face  du  Père  Sirmond  :  ce  qui  montre  que  c'est  sur  l'édition 
qu'il  en  avoit  publiée  d'abord.  'Enfin  elles  ont  été  réimpri-  sir.  oP.  t. i.P. 
mées  dans  le  corps  des  œuvres  du  P.  Sirmond  en   1696.  On  6i3_70*- 

T  t  ij 


V  SIECLE. 


332  S.  VALÊRIEN,  EVÊQUE  DE  CËMELE. 


f (retend  qu'il  y  a  aussi  plusieurs  homélies  de  S.  Valérien  parmi 
es  sermons  de  S.  Pierre  Chrysologue. 

M.  mue.  t.  t.       '  M.  Baluze  et  les  continuateurs  de  Bpllandus après  lui,  nous 

maT.' p!  «îîm.4'  ont  donné  des  actes  de  S.  Pons,  qui  souffrit  le  martyre  dans 
les  Gaules  vers  l'an  258  sous  l'empire  de  Valérien.  Comme 
ces  actes  portent  le  nom  de  Valere  ,  on  pourroit  d'abord 
croire  que  leur  Auteur  seroit  le  même  que  S.  Valérien  Evê- 
que  de  Cémele,  où  le  saint  Martyr  consomma  son  sacrifice. 
Mais  outre  que  l'on  n'y  trouve  point  la  grave  simplicité  du 
style  de  S.  Valérien,  on  y  lit  des  choses  qui  ne  peuvent  ab- 
solument convenir  à  sa  personne.  L'auteur  y  dit  avoir  été 
élevé  avec  le  Saint  dès  l'enfance;  il  s'y  donne  pour  son  ami 
particulier ,  pour  témoin  oculaire  de  tout  ce  qu'il  rapporte 
et  pour  le  compagnon  d'une  partie  de  ses  souffrances.  Or 
tout  cela  ne  se  peut  appliquer  à  S.  Valérien  qui  ne  vécut 
qu'environ  deux  cents  ans  après  S.  Pons.  D'ailleurs  ces  actes 

Bail.  u.  mai.  tab.  ont  presque  tous  les  caractères  d'actes  supposés  ;  '  et  la  plupart 
des  Sçavants,  comme  le  P.  Petau ,  M.  de  Tillemont  et  M. 

Bai.  ib.  p.  m.  Baillet,  ne  les  regardent  pas  autrement.  'Ainsi  il  ne  faut  pas 
se  laisser  prendre  au  ton  affirmatif  et  imposant,  avec  lequel 
l'Auteur  assure  qu'il  a  vu  et  entendu  ce  qu'il  rapporte. 

Une  marque  sensible  et  incontestable  de  la  supposition  de 
ces  actes,  c'est  d'y  voir  régner  par-tout  le  merveilleux  au  pré- 
judice du  vrai-semblable.  Tels  sont  les  endroits  où  l'Au- 
teur parle  de  la  conversion  de  S.  Pons ,  de  celles  de  Marc 
son  père,  de  l'Empereur  Philippe,  et  de  celle  de  Philippe  soh 
fils.  Tels  sont  encore  les  endroits  où  il  décrit ,  en  soutenant 
toujours  le  genre  merveilleux ,  les  tourments  qu'éprouva  le 
Saint  Martyr,  comme  le  chevalet,  l'exposition  aux  bêtes,  et 
le  feu,  sans  en  souffrir  le  moindre  mal.  Et  ces  endroits  sont 
presque  tout  le  contenu  de  son  ouvrage.  Il  faut  pouriant  dire 
à  la  louange  de  cet  Auteur  qu'il  n'étoit  pas  ignorant  dans  l'his- 
toire et  la  chronologie. 


AVITE,    EMPEREUR.  333 


t  SIÈCLE. 


M 


AVITE, 

Empekeur. 

arc  us  Maecilius  '  Avitus  naquit  à  Clermont  en  Auver-  su.  »ar.7.v.  139 
gne,  à  la  fin  du  IV  siècle,  ou  au  commencement  du  rr.  i!s.r'a.  t'i.  »! 
suivant ,  d'une  famille  de  Sénateurs ,  qui  avoit  possédé  en-  63 
core  d'autres  dignités,  et  nommément  celle  de  Patrice,  la 
plus  grande   de   l'Empire   pour  des  particuliers   après   le 
Consulat.  '  Dès-qu'il  eut  atteint  un  âge  convenable ,  il  fut  **••  ib4d  T  "*' 
instruit  dans  les  ietres  et  dans  l'éloquence  ;  et  comme  si  l'on 
eût  prévu  dès-lors  ce  qu'il  seroit  un  jour,  on  lui  fit  étudier 

{>articulierement  l'histoire  Romaine.  De  sorte  qu'il  apprit  dans 
es  livres  ce  qu'il  devoit  ensuite  mettre  en  pratique  étant  à  la  tête 
des  troupes,  et  de  tout  l'Empire. 

'  Il  étoit  encore  fort  jeune,  lorsque  l'Auvergne  le  députa  vers  v.  208-au.  1  not. 
l'Empereur  Honoré  avant  l'an  421 ,  pour  obtenir  de  ce  p 
Prince  quelque  remise  des  impôts  que  la  Province  ne  pou- 
voit  plus  porter.  Constance  le  plus  puissant  Seigneur  qui  fût 
alors  à  la  Cour,  et  qui  bien-tôt  après  se  vit  associé  à  l'Empire, 
fut  charmé  du  mérite  de  nôtre  jeune  Orateur.  Il  fut  étonné 
sur-tout  de  Irouver  en  sa  personne  toute  la  sagesse ,  et  toute 
l'éloquence  d'un  vieillard,  et  lui  fit  accorder  tout  ce  qu'il  de- 
mandoit. 

'  Àvite  déjà  glorieux  pour  un  si  heureux  succès,  suivit  la  v.a3i-a«. 
profession  des  armes,  et  acquit  beaucoup  d'honneur  en  com- 
battant avec  Aece  les  Barbares  qui  s'étoient  répandus  dans  les 
Gaules.  Après  qu'il  eut  ainsi  donné  des  preuves  de  sa  va- 
leur, '  Pétrone  Maxime  successeur  de  Valentinien  III,  l'éta-  v.  37e.  378.-not. 
b!it  Général   des  armées  Romaines  dans  les  Gaules,  pour  p'  ,"1S' 
l'opposer  aux  Barbares  :  '  charge  qu'il  exerça  à  trois  différen-  v.  46». 
tes  fois,  toujours  avec  beaucoup  de  gloire, 'quoiqu'il  n'eût  T.300. m. 

f>as  toujours  l'avantage.  Tout  étoit  presque  désespéré  pour 
es  Romains,  après  la  défaite  de  Litorius  devant  Toulouse; 
et  ils  étaient  hors  d'état  de  faire  tête  aux  ennemis,  lorsqu'A- 
vïte  entreprit  d'y  remédier.  Il  se  servit  d«  son  èloqtence  en 
cette  occasion,  comme  il  avoit  fait  de  ses  armes  auparavant  ; 
et  te  nouveau  moïen  lui  réussit  encore  avec  pîns  de  succès 
2  ; 


334  A  V  I  T  R  , 

V    SIECLE.  ' 

que  l'autre.  Il  écrivit  au  Koi  des  Visigots  pour  lo  porter  à  la 
paix  ;  et  ce  Prince  fut  si  touché  de  ses  letres,  qu'il  l'accorda  à 
des  conditions  honorables  pour  l'Empire.  De  sorte,  dit  S.  Si- 
doine ,  que  l'éloquence  u  Avite,  ce  que  l'on  aura  peine  à 
croire,  eut  plus  de  force  sur  l'esprit  des  Barbares,  que  toutes 
les  troupes  de  l'Empire,  puisqu'elle  arrêta  le  cours  des  vic- 
sir.  in  sid.  p.  toires  des  ennemis.  '  A\ite  fut  encore  député  deux  autres  fois 
1210.  i2u.  :t  rr0U|uUse  V(.rs  ios  |{,,js  j,.s  Visigots,  la  première  fois  à  la 

prière  d'Aëce,  afin  d'attirer  les  (lots  dans  le  parti  des  Romains 
contre  les  Huns  ;  la  seconde  fois  vers  le  jeune  Théodoric  fils  du 
précédent. 
si<i.  ibid.  t.  3i2.  '  Avite  fut  aussi  Préfet  des  Gaules,  et  comme  l'on  croit  dès 
nor/Tao^iaio.  l'an  439.  En  cette  qualité  il  prit  un  soin  particulier  de  main- 
tenir les  Loix  Romaines.  Et  il  étoit  bien  juste,  ajoute  S.  Si- 
doine, que  celui  qui  devoit  être  un  jour  législateur  lui-même, 
et  se  voir  Auguste  et  le  Prince  des  peuples,  ne  sçût  pas  seule- 
ment combattre,  mais  qu'il  jdignît  aussi  la  science  des  loix  à 
l'art  de  la  Guerre. 

v.  312-31.1.  'Jura  igitur  roxit.  Namquelioe  quoquo  par  fuit,  ut  tum 

Assertor  fleret  lefrnm,  quinunceiilauctoi1: 
Nt;  ilandus  poputifi  l'rineeps,  eaput,  lndupcrator, 
Cœsar  et  Au^uslus  soluin  fera  prœtia  nossot. 

»(>i. p.i2io.i2u.|  Ce  fut  par  ces  degrés'  qu'Avile  parvint  à  l'Empire.  Il  étoit 
Mai.  chr.  p.  .m.  ;>i  Toulouse  auprès  de  Théodoric  le  jeune,  qui  avoil  commencé 
à  régner  en  453.  Là  aïant  appris  le  meurtre  commis  en 
la  personne  de  Pétrone  Maxime,  Avite  à  la  sollicitation  de 
Tiii.  h.  e.  t.  ic.  Théodoric  '  qui  étoit  son  ami ,  se  fil  déclarer  Auguste  le 
jj.  199.  aoo.i  Ma..  1()fi  de  Juj||(;t  i:i5>  el  j)lus  soiemnellement  à  Arles  un  mois 

après.  l)e-l;'i  il  alla  à  Rome,  où  Sidoine  qui  avoit  épousé  sa 
fille,  prononça  son  panégyrique  en  vers  en  présence  du  Sé- 
nat et  du  Peuple  Romain  le  premier  jour  de  Janvier  -456, 
auquel  Avite  commençait  son  Consulat.  Son  règne  n'alla  pas 
jusqu'au  bout  de  cette  même  année,  et  il  eut  Majorien  pour 

id  u.  ii).  p.  job.  successeur.  '  Idace  ne  laisse  pas  de  lui  donner  près  de  trois 
ans  de  règne. 

«r.  t.  i.is.  Fr.  .       '  S.  Grégoire  de  Tours,  qui  n'ëcrivoit  que  plus  de  six  vingts 

ii.  p.  gt..     ;ins  a    ,^  donne  Une  raison  du  peu  de  durée  du  règne  d'A- 

vite,  laquelle  terniroit  horriblement  la  mémoire  de  ce  Prince, 

si  elle  étoit  bien  vraie.  Il  dit  que  s'étant  laissé  aller  à  toutes 

sortes  de  voluptés,  il  fut  expulsé  par  le  Sénat.  Qu'ensuite  il 


EMPEREUR.  335 

V  SIECLE. 


fut  ordonné  Evêque  à  Plaisance  ;  mais  que  sçachant  que  le 
Sénat  persisloit  dans  la  résolution  de  lui  ôter  la  vie,  il  prit  le 
chemin  de   Brioude,   pour  se  retirer  avec  de  grands  pré- 
sents dans  l'Eglise  de  S.  Julien  Martyr  du  Pais.   Qu'avant 
que  d'y  arriver  il  mourut  en  route,  et  que  son   corps  fut 
porté  à  Brioude,  et  inhumé  aux  pieds  du  S.  Martyr.  '  Erede-  t.  epu.  n.  7.1. 
gaire  abréviateur  de  S.  Grégoire  de  Tours,  rapporte  quelques 
particularités  des  débauches  d'Avite;  mais  qu'il  n'a  pas  trou- 
vées dans  l'Auteur  qu'il   abrège.  '  Cassiodore,  qui  écrivoit  Casd.cbr.  p.  roi. 
avant  S.  Grégoire,  se  contente  de  dire  qu'Avite  se  démit  de  2' 
l'Empire  à  Plaisance. 

'  Outre  Papianille  qu'épousa  S.  Sidoine  depuis  Evêque  de  Tai.  ibid.  p.  m. 
Clermont,  Avite  eut  encore  deux  fils,  nommés  Ecdice  et  Agri- 
cole. Le  premier  fut  célèbre  en  ce  siècle  ;  et  nous  pourrons  en 
parler  dans  la  suite.  On  croit  que  la  terre  d'Avilac  qu'Avite 
donna  en  dot  à  Papianille,  avoit  pris  son  nom  de  celui  de  cet 
Empereur  ou  peut-être  de  quelqu'un  de  ses  ancêtres  de  même 
nom  que  lui. 


POETE  INCONNU 

QlJK    I/ON    A    CONFONDU    AVEC    MvRROPE    EvEQJE    PE    RENNES. 

Cl  i:oéte  nous  a  laissé  en  vers  hexamètres  l'abrégé  d'un  ««h»,  p.  1367 
ouvrage  qui  de  son  temps  passoit  pour  ôlred'Evax  Roi 
des  Arabes,   qui,    disoit-on,  l'avoit  composé  pour  l'Empe- 
reur Tibère.  '  H  dit  lui- même  qu'il   a  réduit  son  abrégé  à  p. icti. 
soixante   chapitres.    On    en   compte  néanmoins  aujourd'hui 
soixante  et  un,  sans  y  comprendre  la  préface.  '  Cet  abrégé  p.  wn. 
traile  des  différentes  espèces  de  pierres  précieuses  que  l'on 
connoissoit  alors,  de  leurs  noms,  de  leurs  couleurs,  de  leurs 
propriétés,  des  pais  qui  les  produisent.  L'abréviateur  ne  dit 
point  si  l'original  sur  loque!  il  a  travaillé,  étoiten  grec,  comme 
il  y  a  toute  apparence,  et  comme  le  confirme  '  la  traduction  la-  p*.  d» 
Une  qu'on  fit  au  commencement  du  XII  siècle  Pierre  Diacre  du  ''•  **•  p  m 
Montcassin. 

11  se  montre  presque  par-tout  grand  partisan  de  l'astrolo- 
gie judiciaire,  de  la  magie,  et  même  delà  plupart  des  supersti- 
tions et  fables  ridicules  des  Païens,   ce   qui  nous  fait  croire 


VIT.     Il 


y  SIECLE. 


336  POETE 


qu'il  étoit  Païen  lui-même.  On  pourroit  dire  à  cela  que  ne  fai- 
sant que  le  personnage  d'abréviateur,  il  aura  suivi  son  Auteur 
original.  Mais  il  n'est  pas  croïable  qu'un  Chrétien  eût  entrepris 
de  prêter  sa  plume,  et  de  faire  usage  de  sa  muse  pour  faire  pas- 
ser à  là  postérité  tant  de  rêveries  païennes  ou  magiques,  sans 
donner  quelque  marque  qu'il  les  improuvoit  :  ce  que  nôtre 
Poëte  ne  fait  nulle  part. 

11  nous  paroît  avoir  écrit  vers  le  milieu  de  ce  siècle ,  ou  peu 
Marb.  ibid.  après.  Ce  qui  nous  le  fait  juger  ainsi,  c'est  1°.  '  que  son  ou- 

vrage n'est  qu'un  abrégé  d'un  autre  plus  ample,  comme  il  le 
dit  lui-même.  Or  nous  avons  montré  dans  le  discours  histori- 
que à  la  tête  de  ce  volume,  que  ce  fut  particulièrement  en  ce 
siècle  que  ce  genre  d'écrire  passa  en  usage,  et  vint,  pour 
ainsi  dire,  à  la  mode.  2°.  Le  style  de  l'Auteur,  quoique  simple 
conformément  à  son  sujet,  conserve  néanmoins  assez  de 
beautés  pour  faire  voir  qu'il  tient  le  milieu  entre  les  Ecrivains 
des  bons  siècles,  et  ceux  des  temps  où  la  barbarie  avoit  pris 
la  place  des  Belles  Letres  :  ce  qui  convient  encore  au  V  siècle. 
C'est  pourquoi  la  plupart  des,  Critiques  qui  en  ont  parlé  sans  le 
préjugé  qui  l'a  fait  confondre  avec  l'Evêque  Marbode ,  l'ont 
nommé  un  très-ancien  Poëte  :  qualification  qu'il  porte  à  la  tête 
de  l'édition  de  Paris,  faite  en  1531 . 

On  le  fait  Gaulois  de  nation  ;  et  c'est  ce  qui  nous  oblige  à 
parler  de  lui  dans  celte  histoire.  Il  est  vrai  que  l'on  peut  ne 
l'avoir  ainsi  qualifié,  qu'après  l'avoir  confondu  avec  Marbode 
Evêque  de  Rennes ,  a  la  fin  du  XI  siècle,  et  au  commence- 
nu  b.  p.  pr.  p.  ment  du  suivant.  Néanmoins,  '  comme  le  manuscrit  sur  le- 
quel a  été  faite  l'édition  que  nous  avons  marquée,  lui  donne 
simplement  la  qualité  de  Gaulois,  ce  que  l'on  ne  trouve  pas  à 
la  tête  des  écrits  qui  sont  véritablement  de  l'Evêque  Marbode, 
il  est  à  croire  qu'il  étoit  reconnu  pour  tel  avant  la  confusion. 
Du  reste  nous  n'avons  rien  de  certain  pour  le  faire  plutôt 
d'un  pais  que  d'un  autre  :  et  nous  avouons  avec  ingénuité, 

3u'il  n'y  a  guéres  que  la  présomtion  qui  soit  en  faveur 
e  nos  Gaules. 
simi.  Mb.  P.  467.  Nous  ne  nous  arrêtons  point  ici  '  aux  divers  noms  que  l'on 
soi.  iMarr.  pr.  a  donnés  £  nfare,  Poëte,  les  uns  le  nommant  Marbotus,  ou 
Marbodus,  d'autres  Marboldus,  ou  Merobodeus,  et  la  plu- 
part Marbodeus.  On  voit  assez  que  ce  n'est  qu'un  même  nom 
écrit  différemment  par  la  faute  ou  des  Copistes  ou  des  Cri- 
tiques et  que  le  nom  pris  en  lui-même  n'est  venu  à  ce  Poëte 

que 


INCONNU.  337        VS.ECLE. 


que  de  ce  qu'on  l'a  confondu  avec  l'Evêque  Marbode.  Mais 

on  ne  sçait  sur  quelle  autorité  '  Jean  Gornaro  s'est  émancipé  Macr.  ma. 

de  lui  faire  porter  le  prénom  de  Macer. 

Cette  confusion  de  nôtre  Poëte  avec  Marbode  n'est  pas 
tout-à-fait  surprenante.  Elle  nous  paroît  avoir  eu  deux  causes 
principales,  qui  dans  les  siècles  d'ignorance  auront  passé 
pour  des  raisons  fort  naturelles.  On  a  vu  que  Marbode  avoit 
donné  une  explication  des  pierres  précieuses,  dont  il  est  par- 
lé dans  l'Apocalypse  ;  et  l'on  se  sera  apperçu  en  même  temps 
qu'il  y  avoit  fait  usage  de  l'écrit  de  nôtre  Poëte,  que  l'on 
aura  pu  même  trouver  sans  nom  parmi  ses  papiers.  Il  n'en  au- 
ra pas  fallu  davantage  pour  l'en  croire  Auteur,  comme  de  sa 
propre  explication. 

Mais  plusieurs  autres  raisons  pouvoient  empêcher  de  faire 
cette  confusion,  et  de  tomber  dans  cette  erreur  :  1°  la  diffé- 
rence du  style;  car  il  n'y  a  qu'à  lire  les  poésies  qui  sont  véri- 
tablement de  Marbode ,  et  l'abrégé  de  nôtre  Poëte ,  pour 
sentir  que  celui-ci  a  un  air  d'antiquité  que  n'a  pas  l'autre  ; 
qu'il  est  plus  latin,  plus  élégant,  plus  poli,  et  mieux  sou- 
tenu. 2°.  L'explication  des  pierres  précieuses  de  Marbode  est 
toute  Chrétienne ,  et  ne  tend  qu'à  inspirer  la  pieté  et  la  pra- 
tique de  la  vertu.  Celle  de  nôtre  Poëte  au  contraire  est  toute 
profane,  et  ne  respire  que  les  superstitions  de  la  magie  et  du 
Paganisme.  Il  n'y  guéres  d'endroits  du  poëme  qui  n'en  four- 
nissent des  preuves. 

'  Dès    l'entrée  l'Auteur  se  montre   un  vrai  Pythagoricien,  Marb.  p.  1637. 
en  disant  d'un  air  mystérieux ,  qu'il  ne  veut  communiquer 
son  ouvrage  qu'à  trois  amis,  et  que  ce  nombre  de  trois  est 
un  nombre  sacré  :  '  ce  qui  est  une .  idée  Pythagoricienne ,  p.  not.  p.  a. 
comme  le  remarque  un  des  éditeurs  de  nôtre  Poëte.  '  En  fai-  Marb.  P.  1045.  c. 
sant  la  description  de  l'émeraude,  il  en  parle  en  devin  du  7' 
Paganisme  et  en  charlatan.  Il  dit  qu'elle  a  la  propriété  de  fai- 
re connoître  l'avenir;  qu'elle  sert  à  enrichir  celui  qui  la  porte 
avec  respect;  qu'elle    lui  donne  en  toutes  les  occasions  le 
don  de  persuader  par  ses  discours.  *  Il  parle  de  l'éliotrope  p.  lesi.  c.  ». 
d'une  manière  encore  plus  superstitieuse,  plus  empoulée,  et 
qui  sent  le  magicien.  Il  prétend  qu'elle  a  la  vertu  de  faire 
produire  la  pluie  et  le  beau  temps,  de  causer  des  éclypses 
du  soleil,  de  faire  deviner  des  choses  cachées  et  celles  qui 
sont  à  venir,  de  prolonger  la  vie  aux  hommes,  et  de  le»  ren- 
dre Invisibles,  'lorsque  cette  pierre  est  jointe  à  l'herbe  qui  p.  »«».  c.  1.  p. 

Tome  IL  V  u 

2  ;  » 


338  POETE 

V  SIECLE. 


porte  son  nom,  avec  un  certain  distique  mystérieux.  Il  attri- 
bue de  même  des  vertus  magiques  au  diamant,  et  sur-tout  à 
l'aimant  en  particulier.  Il  seroit  aisé,  si  cela  n'étoit  trop  en- 
nuïeux,  de  produire  plusieurs  autres  preuves  de  ce  que  nous 
avançons  au  sujet  de  nôtre  Poëte.  Mais  celles  que  nous  ve- 
nons de  donner,  sont  plus  que  suffisantes  pour  convaincre 
les  personnes  judicieuses,  que  ce  poëme  n'est  point  l'ouvrage 
d'un  Evoque  aussi  plein  de  pieté  que  l'étoit  Marbode. 

Ajoutons  à  cela  que  l'opinion  qui  le  lui  donne,  n'est  éta- 

p-  ,635  blie  sur  aucun  solide  fondement.  '  Car  des  manuscrits  que 

l'on  cite  pour  l'appuïer,  il  n'en  paroît  que  deux,  qui  portent 

son  nom  et  sa  qualité.  Un   troisième,  peut-être  plus,  ou  au 

p.  Pr.  p.  s.  moins  aussi  ancien,  n'a  aucun  nom  d'Auteur.  '  Un  quatrième 

simi.  Mb.  p.  se  porte  en  tête  le  nom  d'Ilildebert  Evêque  du  Mans.  '  Celui 

'  'lî'pi'sïo  a.'"'  sur  lequel  a  été  faite   l'édition  de  1531,  porte  simplement 

Marbodeus  Callus;   et  les  Ecrivains  du  XIII  siècle  qui  ont 

cité  le  poëme  dont  il  est  ici 'question,  ne  l'ont  fait  que  sous 

le  nom  d'Evax  qui  est  l'Auteur  original,  ou  sous  le  nom  appel- 

latif  de  Lapidaire  ou  de  Liliaire. 

Le  temps  que  nous  assignons  à  ce  poëme  joint  à  la  con- 
formité du   nom  que  l'on  donne  aujourd'hui  à  son  Auteur, 
nous  avoit  fait  d'abord  naître  la  pensée,  que  ce  pourroit  être 
l'ouvrage   du    Poëte   Merobaude,  '  qui    vivoil  effectivement 
sid.  s.  car.  o.  v.  vers  le  milieu  de  ce  V  siècle.  '  C'étoit  un  Espagnol  de  na- 
MSHH»».,w,ebr!  t'011'  *ssu  d'une  famille  illustre,  et  gendre  du  Consul  Astere. 
p7ào2.  ara.  Durant  les  ravages  des  Barbares  il  quitta  l'Espagne,  et  alla 

s'établir  à  Ravenne.  11  avoit  tant  d'éloquence  et  de  talent 
pour  la  poésie,  qu'il  étoit  comparable  aux  anciens,  et  qu'il 
mérita  que  les  Romains  lui  érigeassent  une  statue  dans  la  Bi- 
m.  .le  Taivcune.  bliotbeque  de  Trajan.  Mais  une  personne  *  habile  ,  qui  est 
aussi  judicieuse  qu'éclairée  dans  la  bonne  critique,  et  à  qui 
nous  avions  communiqué  nôtre  pensée,  nous  a  fait  observer 
avec  justice  que  les  dernières  raisons  que  nous  avons  allé- 
guées pour  montrer  que  ce  poëme  n'est  point  de  Marbode 
Evêque  de  Rennes,  prouvent  également  qu'il  n'est  point  non 
Kaii.  M  h.  ut.  plus  de  Merobaude.  En  effet  il  n'est  pas  croïable  qu'un  '  Poëte 
Chrétien  tel  qu'étoit  Merobaude,  qui  a  fait  usage  de  sa  muse 
pour  célébrer  les  louanges  deJ.  C.  l'ait  voulu  profaner  pour 
relever  des  rêveries  magiques  et  Païennes,  ou  tout  au  moins 
fort  superstitieuses. 

Pan.     I!.  p.    33i.        <  '  Lo  P.  La  Bauno  a  confondu  ce  Poëte  avec  Ft.  Méronaudes,  qui  fut  Consul  pour  la 
not.  premiero  fois  l'an  377. 


INCONNU.  339 

V  SIECLE. 


Il  y  a  eu  diverses  éditions  du  poërne  sur  les  pierres  pré- 
cieuses.  '  On  l'imprima  à  Hennés  en  Bretagne  parmi  les  opus-  Marb.p.  1035 
culesde  l'Evêque  Marbode  l'an  1534.  '  Eu  1531  il  y  en  eut  Bib.  s.  vin.  Cen. 
une  édition  à  Paris  chez  Chrestien  Weehel  en  un  volume  in-8° 
avec  les  scholies  de  Pictorius,  et  sous  ce  litre  Matbodei  Galli 
Poëtœ  vetustissimi  de  lapidibus  preciosis enchiridion.  '  L'epi-  Mari..  i>.  pr.  p.  3. 
tre  dédicatoire  de  Pictorius  est  datée  de  Eribourg  l'an  1530; 
ce  qui  pourrait  faire  juger  qu'il  y  en  auroit  eu  dès-lors  une 
édition  en  cet  endroit.  '  Jean  Cornaro  Médecin  le  fit  impri-  Macr.  pr.  i  mm. 
mer  à  Francfort  chez  Egenolphe,  à  la  suite  d'un  Auteur  sùp-  JJJ^p- m  ,Gesn 
posé  qui  a  écrit  sur  les  herbes ,  et  que  Simler  nomme  Ma- 
crus.  On  ne  marque  point  l'année  ni  le  volume  de  celte  édi- 
tion, '  à  la  tète  de  laquelle  on  donne  à  Marbode  le  prénom  Macr.  pr. 
de  Macer.  '  Il  y  eut  une  autre  édition  de  ce  poëme  à  Colo-  Fab.  wb.  iat.  app. 
gne  l'an  1539  en  un  volume  in-8"  avec  les  notes  de  Pictorius  p'  156' 
et  d'Alard  d'Amsterdam.  Elle  porte  pour  titre  Marbodei  Galli 
Cenomanensis  etc.  Rheinhesius  cilé  par  M.  Eabricius,  témoi- 
gne que  dans  quelques  manuscrits  on  lit  Marbodcus  cambro 
Britannus.  '  En  1695  Abraham  Gorlée  donna  le  môme  ou-  Marb.  p.  mk. 
vrage  au  public.  Son  édition  parut  à  Leyde  avec  les  scholies  de 
Jacques  Gronovius. 

'  C'est  sur  la  première  et  la  dernière  de  ces  éditions,  et  sur  ttM. 
trois  à  quatre  divers  manuscrits,  que  Dom  Antoine   Beau- 
gendre  a  fait  imprimer  en  dernier  lieu  le  même  poëme'  par-  p.  1637-1G78. 
mi  les  écrits  de  Marbode,  qu'il  a  publiés  à  la  fin  de  ceux 
d'Hildebert   Evèque  du  Mans,    puis  Archevêque  de  Tours. 
'  Cette  édition  est  faite  à  Paris  chez  Laurent  le  Conte  l'an  Bib  s.  vin.  cen. 
1708  en  un  volume  in-folio.  '  L'éditeur  a  joint  au  poëme  Marb.  um. 
dont  nous  parlons,  une  traduction  en  vieux  vers  françois, 

qu'il  fait  remonter  jusqu'au  temps  de  Marbode.  II  l'avoit  p.  icsr.. 
tirée  d'un  manuscrit  de  la  Bibliothèque  de  S.  Victor  à  Paris, 
qui  contient  l'original  latin,  et  qu'il  croïoit  ancien  au  moins 
de  six  cens  ans. 

Cette  édition ,  et  apparemment  aussi  les  deux  autres  sur 
lesquelles  elle  a  été  faite,  sont  fort  différentes  de  celle  de 
Paris  en  1531,  tant  pour  l'ordre  des  chapitres  que  pour  les 
noms  propres  de  plusieurs  pierres  précieuses,  qui  paroissent 
avoir  été  défigurés  dans  les  dernières  éditions.  Il  y  a  même  p.  *.m.  p.  tôt 
dans  celle  de  1531  un  chapitre  entier,  qui  manque  dans  les 
autres.  C'est  le  00e  qui  traite  du  Tecolithe,  et  qui  est  compris 
en  cinq  vers.  '  De  même  à  la  fin  d,u  2'  chapitre  qui  est  sur  c.  20.  p.  m 

V  uij 


340  POETE  INCONNU. 

V    SIECLE. 

le  corail,  on  lit  dans  l'édition  de  1531  un  vers  qui  marque 
une  de  ses  principales  propriétés,  et  qui  ne  se  trouve  point 
dans  les  autres  éditions ,  qui  en  ont  aussi  3  à  4  qui  ne  sont 
pas  dans  l'édition  précédente.  Pour  l'ordre  des  chapitres,  il 
y  est  si  différent  qu'il  n'y  a  que  le  11e  et  le  20e  qui  se  trouvent 
sous  les  mêmes  nombres  dans  toutes  les  éditions.  Les  autres 
sont  tellement  transposés,  que  le  6  dans  l'édition  de  1531, 
est  le  52°  dans  les  autres,  et  le  dernier  de  celles-ci  est  le  pre- 
mier de  celle  de  1531,  ce  qui  est  fort  naturel.  Car  ce  chapi- 
tre traitant  de  l'anneau,  et  de  la  pierre  précieuse  en  général,  il 
doit  naturellement  être  à  la  tête  de  l'ouvrage.  Le  copiste  du 
manuscrit  de  Marmoutier,  dont  le  P.  Beaugendre  s'est  servi, 
a  bien  senti  la  justesse  de  cet  ordre;  puisqu'il  a  détaché  4  vers 
de  ce  dernier  chapitre  pour  les  mettre  àlatête  du  poëme.  (XVI.) 


MUSÉE, 

Prêtre    de    Marseille. 

Genn.  vir.  ai.  c.  'tv|Usée  Prêtre   de   Marseille    fleurissoit  vers  le  milieu  de 

79  p-35-  lTl.ce    siècle.   Il   avoit  acquis  par  une  étude    assidue  une 

parfaite  connoissance  des  Ecritures;  malgré  le  mauvais  goût 
qui  regnoit  alors,  il  conservoit  encore  toute  la  pureté  de  l'an- 
cienne éloquence.  Vénère  Evêque  de  Marseille,  et  Eustache 
ou  Eustathe  nommé  aussi  Eustase,  son  successeur,  sous  les- 
quels Musée  vécut,  faisoient  une  estime  particulière  de  son 
mérite.  Ils  le  chargèrent  du  ministère  de  la  parole;  et  en  cette 
qualité  Musée  fit  plusieurs  homélies  ou  discours  au  peuple,  qui 
étoient  entre  les  mains  des  Fidèles,  lorsque  Gennade  écrivoit, 
mais  que  cet  Ecrivain  n'avoit  pas  encore  lues. 

ibid.  '  A  la  prière  de  l'Evêque  Vénère ,  Musée  dressa  un  Lec- 

tionnaire  pour  l'office  de  l'Eglise,  qui  servit  beaucoup  à  ins- 
truire le  peuple,  et  à  faire  l'office  divin  avec  plus  de  majesté. 
Il  y  inséra  des  leçons  tirées  de  l'Ecriture ,  avec  des  répons, 
des  versets  ou  capitules  des  pseaumes  convenables  aux  temps 
et  aux  leçons  pour  toutes  les  fêtes  de  l'année.  Gennade  ajou- 
te que  le  mérite  de  cet  ouvrage  étoit  généralement  reconnu, 
parce  que  l'usage  qu'on  en  faisoit,  levoit  toute  sorte  d'embar- 

Tiu.  h.  e.  t.  le.  ras  et  de  retardement.  '  Musée  donna  ainsi  l'origine  à  ce  que 

p.  16. 


MUSÉE,  PRÊTRE  DE  MARSEILLE.     341 

V    SIECLE. 


l'on  a  nommé  Bréviaire  dans  la  suite  des  temps.  '  Aubert  le  Mire  Cenn  jbid  nol 
prétend  que  les  leçons  tirées  de  l'Ecritufe  par  Musée,  se  trou- 

ou  plutôt  Guido-  vent  dans  Bernard  Gui  *  Evêque  de  Lodeve,  apparemment 

ls'  dans  son  Miroir  de  l'histoire. 

'Sous  l'Episcopat  d'Eustache,  Musée  composa  un  Sacra-  c.  79. 
mentaire  qu'il  dédia  à  ce  Prélat.  G'étoit  un  assez  gros  volu- 
me et  un  excellent  ouvrage,  dont  Gennade  fait  un  éloge  ma- 
gnifique ,    tant  pour  la  méthode  et  le  style ,   que  pour  les 
prières  qu'il  contenoit.  Il  éloit  divisé  pour  la  commodité  en 
plusieurs  parties,  suivant  la  différence  des  offices,  des  leçons 
et  des  pseaumes  oui  se  chantoient  dans  l'Eglise.  Cet  ouvrage, 
ajoute  Gennade,  fait  voir  que  l'Auteur  étoit  un  homme  d'un 
grand  sens,  et  d'une  éloquence  fort  polie.  On  ytrouvoitdes 
prières  que  les  anciens  nommoient  Contestationes ,  '  et  qui  Mab.  Ht  1.  1.  c. 
etoient  proprement  ce  que  nous  appelions  aujourd'hui  préfaces  *'  p-  S8' 
de  la  Messe  :  avec   cette  différence  qu'anciennement  elles 
étoient  plus  longues  qu'elles  ne  sont  à  présent.  Par  le  li- 
vre des  Sacrements  les  anciens  entendoient  souvent  un  li- 
vre, qui  traite  '  des  saints  Mystères  de  l'Eucharistie.  C'est  ainsi  P.  29. 
que  S.  Jérôme  qualifie  l'ouvrage  que  S.  Hilaire  Evêque  de 
Poitiers  avoit  composé  sur  le  même  sujet. 

'  Il  paroît  assez  vraisemblable ,  remarque  Dom  Mabillon  ,  P.  28. 
que  c'est  de  ces  leçons  mises  en  ordre  par  Musée  de  Marseille, 
que  parle  S.  Césaire  d'Arles  dans  un  de  ses  sermons.  Ce 
Prélat  en  dislingue  de  trois  sortes  :  celles  des  Prophètes,  c'est- 
à-dire  de  l'ancien  Testament,  celles  des  Apôtres,  et  celles  de 
l'Evangile.  '  Quelques  autres  Sçavants  croient  qu'il  se  trouve  Genn.  ma.  not. 
quelque  chose  de  l'ouvrage  de  Musée  dans  le  Sacramentaire 
de  S.  Grégoire  ;  mais  ils  ne  marquent  point  ce  que  ce 
pourroit  être. 

'  Musée,  selon  Gennade,  mourut  sous  l'empire  de  Léon  et  c.  79. 
de  Majorien  :  ce  qui  fait  un  espace  de  5  à  6  ans,  depuis 
l'année  456  jusqu  en  461.  Le  même  Auteur  dans  l'édition 
dont  nous  nous  sommes  servis,  nomme  Eustache  l'Evêque  de 
Marseille,  que  d'autres  nomment  Eustase  ou  Eustathe  :  '  ce  qui  m.  1.  7.  ep.  2. 
est  conforme  à  S.  Sidoine  de  l'édition  de  Savaron.  S.  Si-  p-  *16- 
doine  en  cet  endroit  dit  bien  nettement ,  que  S.  Eustache  a 
été  prédécesseur  de  Grec  dans  l'Eglise  de  Marseille,  S.  Eusta- 
chij,  qui  vobis  decessït,  etc.  dit-il,  en  écrivant  à  Grec.  '  Cepen-  Genn.  otd.  not. 
dant  Aubert  le  Mire  avance  le  contraire,  en  citant  cet  endroit 
de  S.  Sidoine,  et  ajoute  que  le  P.  Sirmond  fait  la  même 


V  SIECLE. 


:H2  MUSEE,  PRÊTRE  DE  MARSEILLE. 


remarque  contre  Claude  Robert  dans  sa  Gaule  Chrétienne,  où 
il  fait  succéder  Eustache  a  Vénère,  comme  fait  Gennade , 
79.  qui  se  contrediroit,  si  la  chose  étoit  autrement.  '  Car  il  dit, 

ainsi  que  nous  l'avons  vu,  que  Musée  est  mort  sous  les  Em- 
pereurs Léon  et  Majorien,  c'est-à-dire  avant  l'an  4G1.  Or  il 
est  incontestable  que  Grec  à  qui  le  Mire  prétend  qu'Eustachc 
aurait  succédé,  étoit  Evoque  de  Marseille  du  temps  que  S.  Si- 
doine l'étoit  de  Clermont  en  Auvergne,  c'est-à-dire  après  l'an 
471,  et  par  conséquent  après  la  mort  de  Musée.  Nous  avons 
cru  devoir  faire  cette  observation,  pour  empêcher  que  des  lec- 
teurs peu  attentifs  ne  crussent  en  lisant  Aubert  le  Mire,  que 
Musée  aurait  vécu  sous  h;  successeur  de  Grec  près  de  douze  ans 
après  sa  mort. 


ARNOBE, 

S  U  II  N  0  M  M  K      L  E     J  E  L  N  E  ,      PrÊTRR 


g.     1. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Dn  Pin,  i>ib.  4.  p.  s-\  y  peut  douter,  et  il  serait  difficile  de  le  découvrir,  '  si 
VJ  c'est-là  le  véritable  nom  de  cet  Auteur,  ou  si  ce  n'est  qu'un 
nom  supposé ,  qu'il  aurait  pris  pour  se  cacher  à  la  con- 
noissance  du  public.  Mais  sans  nous  arrêter  au  nom,  nous 
allons  tâcher  de  faire  connoître  la  personne  qui  l'a  porté, 
ikij.  i  cav.  p.  '  Presque  tous  les  modernes  qui  ont  parlé  de  cet  Arnobe,  s'ac- 
1. 1>.  1*3.  issà!'  cordent  à  le  faire  Gallois.  C'est  ce  qui  ne  nous  permet  pas  de 
l'oublier  dans  cette  histoire,  quoique  nos  Gaules  ne  puissent 
pas  tirer  un  grand  honneur  d'avoir  produit  un  tel  écrivain.  On 
fonde  l'opinion  qui  le  fait  Gaulois  de  naissance,  sur  ce  qu'il 
parait  avoir  été  élevé  dans  le  Monastère  de  Lérins,  et  sur  ce 
qu'il  adresse  un  de  ses  ouvrages  à  deux  Evêques  nommés 
Léonce  et  Rustique,  que  l'on  croit  être  S.  Rustique  de  Nar- 
bone,  et  Léonce  d'Arles,  ou  de  Fréjus  selon  d'autres.  Ce  qui 
l'ait  croire  qu'iLa  été  élevé  à  Lérins,  c'est  qu'il  prend  par- 
ti contre  les  Disciples  de  S.  Augustin.  Mais  il  faut  avouer 
que  ce  principe  sur  lequel  on  appuie  la  première  preuve,  est 
bien  foible;  puisque  c'est  plutôt  des  Prêtres  de  Marseille  que 


ARNORE    LE  JEUNE,    PRETRE.       343 

des  Moines  de  Lérins,  que  se  plaignoient    S.  Prosper,  par 

exemple,  et  Hilaire  son  collègue.  On  peut  dire  aussi  que  la 

seconde  preuve  est  fort  équivoque,  parce  que  '  l'on  ne  con-  Lab.  s.-n.  t.  i. 

vient  point  que  ces  deux  Evêques  soient,  ceux  que  l'on  pré-  f.  t'°jg  'p™',"' 

tend.  L'un  d'eux  est  même  nommé  Laurent  dans  quelques 

exemplaires. 

Quoiqu'il  en  soit,  nous  pouvons  néanmoins  regarder  Ar- 
nobe  comme  Gaulois  ;  puisque  non  seulement  nous  n'avons 
point  de  preuves  certaines  du  contraire,  mais  qu'il  y  a  mê- 
me divers  indices  qu'il  a  écrit  dans  les  Gaules.  Car  de  dire, 
comme  '  fait  Sixte  de  Sienne,  qu'il  étoit  Africain,  parce  qu'il  sixt.  Mb.  1.  *.  P. 
se  sert  d'expressions  peulalines,  mais  usitées  en  Afrique,  c'est  *"•  *• 
un  raisonnement  trop  foible  pour  le  persuader.  '  On  s'ac-  cavo.  ibid. 
corde  à  le  surnommer  le  Jeune  pour  le  distinguer  '  d'un  autre  Hier.  vir.  m.  ». 
Arnobe  d'Afrique  qui  vivoit  à  la  fin  du  III  siècle  de  l'E-  79- 
glise  sous  l'empire  de  Dioclétien,  et  qui  écrivit  contre  les 
Païens  en  faveur  de  la  Religion  Chrétienne.  'L'on  convient  çave.ibid.ipuPin, 
encore  assez  communément  qu'Arnobe  le  jeune  a  vécu  vers  j*u '' im" Vba!  i 
le  milieu  de  ce  V  siècle.  C'est  ce  que  montre  clairement  la  *—• not-  ant-  p- 
manière  dont  il  parle  des  matières  de  la  grâce  ;  '  et  ce  qu'il  An.  in.  p3.  105. 
dit  que  les  villes  et  les  provinces  périssoient,  parce  que  l'on  p' ~98' 
avoit  laissé  périr  la  discipline  de  l'Eglise,  y  convient  parfaite- 
ment. 

'  Il  sembleroit  par  certaines  expressions  dont  il  se  sert  en  îud. 
commentant  le  Pseaume  105,  qu'il  étoit  Evoque.  Mais  l'en- 
droit  n'est    pas    assez    clair   pour    v  voir  nettement    cette 
qualité  ;  quoi  qu'il  n'y  laisse  pas  lieu  cfe  douter  qu'il  ne  fût  au 
moins  Prêtre.  On  pourroit  croire  qu'il  auroit  été  de  ces  Prê- 
tres de  Marseille,  qui  attaquèrent  si  violemment  en  ce  V  siè- 
cle la  doctrine  de  S.  Augustin  et  de  ses  disciples.  Cette  opi- 
nion trouve  son  fondement  dans  '  ce  qu'il  dit  sur  le  commen-  in   Ps.    126.   P. 
cernent  du  Pseaume  126,  où  il  semble  réfutera  dessein  l'expli-  3U' 
cation  que  S.  Augustin,  et  particulièrement  S.  Prosper  en 
avoient  donnée  avant  lui. 

'  Il  n'y  a  nul  doute  que  nôtre  Auteur  ne  fûtSémipélagien,  et  Nor.  hut.  m.  i. 
même  zélé  Sémipélagien  ;  puisque  ■  l'on  voit  que  pour  dé-  5i»f"  tt"  p'  28i" 
crier  les  défenseurs  de  la  grâce,  il  les  traite  de  Prédestinatiens.  •  a™,  in  ps.  m. 
'  Vossius  néanmoins  tâche  de  l'excuser  en  prétendant  qu'il  p;  mi\ 
admet  comme  l'Auteur  des  livres  de  la  vocation  des  Gentils,  * ."?.'«.  p.m 
une  grâce  générale  qui  prévient  tout  acte  de  la  volonté.  '  Ar-  Arn.  in  ps.  1+6. 
nobe  en  effet  établit  cette  grâce  générale  prévenante ,  com-  <•■ 326- 327- 


V    SIECLE. 


344  ARNOBE, 

me  on  verra  que  l'admettoient  Fauste  Evêque  de  Ries,  et  quel- 
ques autres. 
Nor.  P.  284.  285.       '  Mais  cette  prétendue  grâce  générale,  remarque  fort  judi- 
,bld'  cieusement  le  Cardinal  Noris  en  le  prouvant  par  les  expres- 

sions même  d'Arnobe,  n'étoit  qu'une  grâce  extérieure,  et 
commune  aux  Infidèles  comme  aux  Fidèles;  une  grâce  qui 
ne  consistoit  que  dans  la  Loi,  dans  l'exemple,  dans  l'instruc- 
tion, une  grâce  de  laquelle  Pelage  même  1  ennemi  de  la  vraie 
Maug.  P.  465.  |  grâce ,  s'étoit  servi,  pour  couvrir  son  hérésie.  '  Aussi  l'on  croit 
tonc.  t.  7.  126.-..  qUe  c»egj  p^rnobe  dont  nous  parlons,  plutôt  que  l'ancien  Ar- 

nobe,  dont  le  Pape  Gélase  a  mis  les  écrits  au  rang  des  ouvrages 
apocryphes. 

Les  sentiments  erronés  où  étoit  Arnobe,  n'empêchoient  pas 
néanmoins  qu'il  ne  fût  en  grande  estime  auprès  de  quelques 
Arn  jnPs.  pr.  p.  Evoques  de  son  temps.  '  Ce  fut  à  la  prière  et  par  ordre 
de  deux  d'entre  eux,  qu'il  entreprit  d'écrire  sur  les  Pseaumes. 
Nous  ne  sçavons  rien  davantage  de  l'histoire  de  sa  vie  :  mais 
ce  que  nous  allons  dire,  et  sur  sa  doctrine  et  sur  ses  ouvrages, 
nous  donnera  de  nouveaux  éclaircissements  sur  sa  personne. 

S-  " 

SES  OUVRAGES. 


238-239. 


On  attribue  plusieurs  ouvrages 
cipal,  et  celui  qui  est  certaine! 


à  Arnobe;  mais  le  prin- 
Bibi.  pp.  t.  8.  p.  \J  cipal,  et  celui  qui  est  certainement  de  lui,  '  est  un  com- 
i38-339  mentaire  sur  tout  le  texte   du  Pseautier.  a  11-  le  composa  , 

*  Arn.  in  ps.    pr.  .     .   .  .  .      __  X        . 

p-  288.  comme  nous  avons  remarqué,  à  la  prière  de3  Eveques  Rusti- 

que et  Léonce,  ou  Laurent,  suivant  quelques  autres  exem- 

in  p».  126.  p.  3i6.  plaires.  Il  est  extrêmement  court  ;  '  aussi  s'étoit-U  proposé  d'é- 
crire d'une  manière  concise  et  abrégée,  comme,  il  le  dit  lui 

Do  Pin,  ibid.  même.  '  Le  but  principal  de  l'Auteur  est  de  trouver  dans 
les  Pseaumes  toute  l'ceconomiede  l'Incarnation  de  J.  C.  et  par- 
ticulièrement les  grâces  de  la  Rédemption  ;  quoi  qu'il  ne  les 
explique  pas  exactement.  C'est  pourquoi  il  s  attacne  au  sens, 
allégorique,  et  rapporte  à  J.  C.  et  à  son  Eglise  le  texte  en- 
tier des  Pseaumes.  Il  le  fait  avec  beaucoup  d'esprit  et  d'a- 
grément, y  mêlant  de  temps  en  temps  des  traits  de  morale, 
qui  seroient  plus  instructifs,  si  sa  Théologie  étoit  plus  saine. 

Bon.  not.  am.  p.  '  Ce  que  l'on  y  trouve  d'agréable  et  d'ingénieux,  au  sentiment 
du  Cardinal  Bona,  c'est  qu'Arnobe  y  a  gardé  une  suite  non  in- 
terrompue du  sens  dans  chaque  Pseaume. 

Arnobe 


LE    JEUNE.  345 

V    SIECLE. 

'  Arnobe  y  fait  mention  de  l'hérésie  de  Photrn,  a  qui  ne  Am.   in  pi.  m. 
commença  à  paroître  que  vers  l'an  347,  auquel  temps  on  ne  p-  301- 

*     '  1  A  k         u        a    \i  *•       ■    -1    •  Till.  ibid.  p.  22. 

peut  pas  présumer  que  le  grand  Arnobe  vécût  encore.  Ainsi  il  v 

n'en  îauuroit  pas  davantage  pour  ne  lui  pas  attribuer  ce  com- 
mentaire, comme  ont  fait  quelques-uns.  Mais  '  la  doctrine  qu'il  Am.  in  ps.  12e. 
contient  sur  la  grâce,  et  le  terme  de  Prédestination  qui  s'y  %£'  p' 3U-  326 
trouve,  montrent  bien  clairement  que  cet  ouvrage  est  d'un 
Auteur  qui  a  vécu  bien  avant  dans  le  V  siècle. 

Si  Arnobe  y  dit  beaucoup  de  bonnes  choses,  il  faut  avouer 
qu'il  y  en  mêle  aussi  de  bien  mauvaises.  Comme  il  suit  le  sys- 
tème de  Cassien  sur  la  grâce,  il  y  imite  de  même  ses  varia- 
lions  et  son  inconstance  dans  ses  principes.  '  Il  convient,  par  in™,  us.  P.  308- 
exemple,  des  suites  du  péché  originel;  il  avoue  que  tous  les 
hommes  se  sont  perdus  dans  la  chûle  d'Adam,  et  qu'ils  doi- 
vent être  rétablis  dans  un  meilleur  état  par  l'Incarnation  du 
Verbe  Eternel.  'Il  reconnoît  que  J.  C.  est  nôtre  force,  et  la  inps.  37.  p.  257. 
lumière  de  nos  yeux,  c'est-à-dire  de  nôtre  esprit.  '  Il  dit  que  inps. 90. p.  287. 
l'on  pèche  et  que  l'on  se  trompe  de  prétendre  séparer  du  li- 
bre arbitre  le  secours  de  Dieu,  comme  faisoient  quelques-uns. 
Il  entend  les  Pélagiens,  qui  avoient  tant  de  confiance  en  leur 
libre  arbitre,  qu'ils  croïoient  qu'il  suffisoit  pour  les  délivrer  de 
leurs  ennemis  invisibles.  Mais  qu'aussi  de  nier  la  liberté  de 
l'homme,  ce  seroit  s'exposer  à  un  grand  danger,  et  ouvrir  la 
voie  à  toutes  sortes  de  dissolutions.  '  Il  enseigne  encore  qu'il  >n  ps.  m.  p.  305. 
ne  faut  pas  se  confier,  ni  présumer  de  son  libre  arbitre,  mais 
de  Dieu  ;  parce  que  Dieu  ne  peut  être  vaincu,  et  que  le  libre 
arbitre  peut  l'être.  Il  ajoute  que  jamais  personne  n'a  vaincu 
ses  ennemis  visibles  ou  invisibles  sans  le  secours  de  Dieu  ;  que 
c'est  la  main  de  Dieu  qui  opère  le  bien  qui  est  en  nous,  et  qui 
nous  retire  du  profond  de  l'enfer;  que  c'est  Dieu  qui  nous 
empêche  de  mourir  par  le  même  péché;  que  nous  faisons 
le  mal  par  nôtre  libre  arbitre,  et  qu'au  contraire  si  nous  faisons 
le  bien,  nous  devons  l'attribuer  à  celui  qui  comble  de  biens 
ceux  qui  ont  recours  à  lui,  '  et  sans  lequel  nous  né  pouvons  in  ps-  146-  p-327, 
faire  le  moindre  bien.  '  Il  ne  reconnoît  que  la  puissance  divine  inP9-  ■*■  p-264- 
qui  soit  au  dessus  de  la  puissance  Roïale. 

Toute  cette  doctrine  est  fort  saine,  et  l'on  ne  sçauroit  y 
trouver  à  redire.  Mais  il  s'en  faut  de  beaucoup  qu'elle  soit 
soutenue  uniformément  par  nôtre  Auteur,  qui  pose  ailleurs 
des  principes  bien  différents.  '  Il  paroit  assez  visiblement  ■>>  ps.  173.  p.  30. 
croire  que  ceux  qui  soûtenoient  la  prédestination,  détruisoient 
Tome  II.  X  x 


:Hfi  A  R  N  0  1$  E  , 

V     SIECLE.  ' 

in  ps.  9i.  p.  2R8.  te  libre  arbitre  '  C'est  pourquoi  il  semble  ne  vouloir  point 
admettre  de  prédestination,  et  il  prétend  que  ces  deux  célèbres 
passages  que  S.  Pari  a  emploies  pour  établir  ce  dogme,  .l'ai 
aimé  Jacob,  et  j'ai  liai  Esa'ù;  et,  il  fait  miséricorde  à  qui  il 
lui  plaît,  il  endurcit  aussi  qui  il  lui  plaît,  non  plus  que  mille 
autres  semblables,  ne  le  prouvent  point. 

in  ps.  si.  p.  »iit.  '  Arnobe  en  un  autre  endroit  semble  admettre  le  pur  Péia- 
gianisme,  en  niant  le  péché  originel.  Car  il  dit  que  l'homme  en 
naissant  se  trouve  à  la  vérité  enveloppé  dans  la  condamnation 
d'Adam,  mais  qu'il  n'en  contracte  point  le  péché  :  peccalum 
vero  sinon  non  habet,  à  moins  que  par  ces  dernières  paroles 
on  n'entendit  que  l'homme  n'apporte  point  de  péché  qu'il  ait 
contracté  lui-même.  Il  fait  observer  un  peu  auparavant  que  le 
Prophète  dans  le  50°  Pseaume  qu'il  explique,  ne  dit  pas  qu'il  a 
été  conçu  avec  le  péché,  mais  dans  le  péché;  voulant  marquer, 
dit  Arnobe,  le  péché  de  la  merc,  le  péché  du  siècle,  c'est-à-dire 
le  péché  actuel. 

in  ps.  77.  p.  280.  '  Sur  le  Pseaume  77  il  ne  reconnoît  que  Dieu  seul  qui  soit 
sans  corps;  d'où  l'on  pourrait  conclure  qu'il  a  cru  que  l'ame 
est  corporelle. 

in  p«.  37.  p.  2r;7.  '  Par  les  amis  et  les  proches  dont  il  est  parlé  dans  le  37e 
Pseaume  il  entend  les  saints  Anges,  qui  sont  auprès  de  nous 
lorsque  nous  menons  une  vie  pure,  et  conforme  à  la  justice 
et  à  la  pieté;  mais  qui  s'en  éloignent  pour  nôlre  perte,  lorsque 
nous  avons  le  malheur  de  contracter  les  souillures  du  péché. 

in  ps.  90.  p.  287.  '  Ailleurs  il  dit  que  les  ailes  de  Dieu  dont  parle  le  Prophète 
dans  le  90e  Pseaume,  sont  nos  Anges  Gardiens. 

six.  Mb.  i.  i.  p.       Erasme,  '  Sixte  de  Sienne,  et  Casimir  Oudin  après  eux, 

fJV.(i283N  "  '    trouvent  que  le  style  de  ce  commentaire  est  mal  poli,  et  le 

nu  Pin,  ii.ii.  p.  discours  plein  de  solécismes  et  de  barbarismes.  '  11  est  vrai 
qu'il  n'est  pas  écrit  avec  toute  la  pureté  possible;  mais  à  quel- 

Am.  in  ps.  r.7.  p.  ques  termes  près,  '  comme  celui  de  Deteriorare,  et  quelques 

•  uu  fin,  ii*i.  autres  semblables  dont  se  sert  cet  Auteur, a  son  style  n'est  pas 
mau-.ais,  et  l'on  peut  même  ajouter  qu'il  y  a  quelque  élégance.  • 

m.  pp.  t.  s.  p.  Avant  que  l'on  insérât  ce  commentaire  '  dans  la  Biblio- 
thèque des  Percs,  il  fut  imprimé  plusieurs  fois  séparément. 

Dib.  s.  vin.cen.  '  ]a  première  édition  que  l'on  en  trouve,  est  celle  qu'en  pu- 
blia Erasme  à  Basle,  l'an  li>22  chez  Jean  Froben  en  un  vo- 

c«*n.  Mb.  uni.  t.  (ume  in-folio,  mais  sous  le  nom  de  l'ancien  Arnobe.  '  La 
même  année  Knoblouchius  fit  paroître  le  même  ouvrage  à 

oil.V  ÎL'id2*9  *'  '    Strasbourg  en  un  volume  in-4°.  '  Il  fut  remis  sous  la  presse  à 


LE    JEUNE.  347 

V  SIECLE. 

Cologne  en  un  volume  in-8°  l'an  1532.  '  Cinq  ans  après,  Carps  bib 
c'est-à-dire  en  1537,  il  fut  encore  imprimé  à  Basic  en  même 
volume.  '  En  1560  il  parut  de  nouveau  en  même  volume  iiib.Angd.iBaA. 
encore  à  Basic,  avec  les  livres  d'Arnobe  l'ancien  conlre  les  l- t- 1»- 7tî-  2- 
Païens.  '  Enfin  Laurent  de  la  Barre  aïant  revu  et  corrigé  le  Çavo.  ibid.  i  oud. 
commentaire  d'Arnobe,  en  donna  une  nouvelle  édition,  qui 
fut  faite  à  Paris  l'an  1G39,  avec  l'ouvrage  de  l'ancien  Arnobe,  à 
qui  l'éditeur  attribue  le  commentaire  sur  les  Pseaumes.  C'est 
sur  cette  dernière  édition  qu'on  a  fait  passer  ce  commentaire 
dans  la  Bibliothèque  des  Pères.  Mais  dans  celle-ci  comme  dans 
les  autres,  on  donne  mal-à-propos  à  Arnobe  la  qualité  d'Afri- 
cain, tant  parce  qu'il  étoit  plutôt  Gaulois  qu'Africain,  qu'à 
cause  qu'on  le  confond  avec  l'ancien  Arnobe. 

'  A  la  fin  de  ce  commentaire  sur  les  Pseaumes  dans  la  Bi-  »">•  pp.  t.  8  P. 
bliolheque  des  Pères,  nous  avons  de  petites  annotations  sous 
le  nom  d'Arnobe  sur  divers  endroits  de  l'Evangile.  '  Mais  sixi.  u>id.  i  tui. 
lesSçavants  remarquent  que  c'est  peu  de  chose,  et  que  l'on       '**■    - 
n'est  pas  assuré  de  qui  elles  sont  véritablement;  ce  qui  n'a  pas 
empêché  qu'elles  n'aient  été  souvent  imprimées.  '  Dès  1513  Gcsn.iiji.i.a.icavc, 
elles  le  furent  à  Basic  en  un  volume  in-8°.  a  Ensuite  on  les  l^j^T*; 
inséra  dans  les  Orthodoxographes,  sous  le  nom  d'Arnobe  l'A-  mo-**.       '  p' 
fricain  ;  '  et  depuis  André  Schot  les  revit  et  les  publia  à  Paris  car»,  ibid.  |  oud 
l'an  1639.  ibid- 

Nous  avons  aussi  dans  la  Bibliothèque  des  Percs  une  con-  Bib.  pp.  t.  8.  P. 
férenec  ou  une  dispute  entre  un  Arnobe  Catholique,  et  un  203~m 
Sérapion  Eut} chien  sur  la  Trinité,  l'Incarnation  et  l'accord 
de  la  grâce  et  du  libre  Arbitre.  '  Bellarmin  et  Feuardent  p.  203. 
la  croient  d'Arnobe  le  Jeune,  auteur  du  commentaire  sur  les 
Pseaumes.  Les  preuves  qu'en  donne  le  second,  c'est  qu'il 
croit  voir  dans  l'un  et  l'autre  ouvrage  la  même  précision,  la 
même  vivacité  d'esprit,  la  même  négligence  de  style,  la  mê- 
me manière  de  s'expliquer,  les  mêmes  hérésies  combattues. 
D'ailleurs  le  temps  y  convient  aussi  ;  puisqu'on  y  cite  S.  Am- 
broise,  S.  Augustin,  le  Pape  S.  Damase,  S.   Cyrille  d'Ale- 
xandrie, S.  Léon,  et  que  l'on  y  parle  des  hérésies  des  Ariens, 
des  Photiniens,  des   Nestoriens,  des    Pélngicns.    '  En   effet  tui.i.  ie.  p.  22. 
celte  dispute  est  postérieure  à  la  letre  de  S.  Léon  à  Flavien, 
écrite  en  419.  Mais  il  semble  qu'elle  est  faite  avant  la  mort 
du  même  Pape,  c'est-à-dire  avant  l'an  460,  dans  le  temps  que 
l'Egypte  et  la  Palestine  éloient  remplies  de  carnage,  ou  l'a- 
voient  été  depuis  peu,  au  sujet  de  l'Eutychianisine  :  ce  qui 

Xx  ij 


V 

SIECLE. 

Cave 

p.   289.  1. 

O.d. 

ibid. 

Cave 

ibij. 

Till. 

ibid. 

348 


A  R  N  0  B  E, 


Bib.  PP.   ibid.  p. 
903. 


Till.    ibid.   p.  22. 
23. 


Aii(f.  1.5.  p.  1483. 1 
Oml.  Scri.  I.  1.  p. 
1283-IÏ83. 


Till.  ibid.     p.  23. 


Arn.  consl.  p.  222. 


Ibid.   not.  p.  224. 


peut  assez  bien  marquer  l'année  458.  '  Elle  est  même  citée 
par  Alcuin  sous  le  nom  d'Arnobe,  à  qui  les  manuscrits  l'attri- 
buent ;  et  l'on  ne  peut  pas  dire,  '  comme  fait  Casimir  Oudin, 
sans  faire  injure  à  Alcuin,  qu'il  a  entendu  non  le  jeune  mois 
l'ancien  Arnobe,  à  qui  certainement  ces  temps  ne  conviennent 
pas.  Tout  cela  fait  que  '  Cave  blâme  hautement  Oudin  de  ce 
qu'il  refuse  cet  ouvrage  à  Arnobe  le  jeune. 

Il  paroît  néanmoins  qu'il  y  a  plus  de  raison  de  ne  le  lui 
point  donner,  et  de  distinguer  celui  qui  a  écrit  sur  les  Pseau- 
mes,  de  celui  qui  a  composé  la  conférence,  que  de  les  con- 
fondre ensemble.  Car  le  premier,  comme  nous  l'avons 
montré,  est  au  moins  Sémipélagien,  et  l'autre  au  contraire 
paroît  orthodoxe  sur  la  grâce  ,  témoignant  un  respect  tout 
particulier  pour  S.  Augustin;  jusqu'à  dire,  en  parlant  de  la 
grâce,  que  quiconque  ose  le  reprendre  en  quelque  chose,  se 
condamne  par  sa  propre  bouche  comme  hérétique.  Assuré- 
ment ce  n'est  pas-là  le  langage  d'un  Sémipélagien.  '  On  re- 
marque même  que  des  Auteurs  plus  anciens  qu' Alcuin,  ont 
attribué  cette  conférence  à  S.  Augustin,  tant  elle  a  de  con- 
formité avec  sa  doctrine  :  '  mais  cela  est  ridicule  ;  puisque  ce 
Saint  y  est  cité  avec  éloge.  D'ailleurs  l'ouvrage  n'a  rien  du 
style  ni  de  l'esprit  de  S.  Augustin.  11  est  mal  écrit,  mal  com- 
posé, obscur,  peu  juste  dans  les  raisonnements,  fort  corrom- 
pu par  les  copistes,  et  ne  contient  rien  de  bien  important. 
1  paroît  avoir  été  fait  à  Rome  ;  et  l'Auteur  s'y  déclare  mem- 
bre de  l'Eglise  Romaine.  11  est  aisé  de  croire  que  la  confé- 
rence est  feinte,  quand  ce  ne  seroit  que  par  la  manière  dont 
Sérapion  se  rend  à  la  vérité.  '  Quelques  Auteurs  croient,  que 
c'est  un  ouvrage  de  Vigile  de  Tapse,  qui  a  feint  d'autres  con- 
férences. Mais  on.  le  croit  sans  aucune  preuve  solide.  D'ail- 
leurs, '  comme  l'observe  M.  de  Tillemont,  Vigile  attribue  ses 
conférences  à  des  personnes  plus  illustres,  et  réussit  mieux  à 
les  faire. 

'  Arnobe  dans  cette  dispute  fait  citer  au  Pape  S.  Célestin. 
un  passage  de  S.  Hilaire,  pris  de  son  écrit  contre  Constance  : 
mais  ce  passage  ne  se  trouve  point  dans  l'ouvrage  de  ce  Père. 
Feuardent  en  conjecture  que  nous  n'avons  plus  cet  écrit 
que  très-imparfait,  quoique  S.  Célestin  et  Arnobe  l'eussent 
en  son  entier.  Cet  écrivain  raisonneroit  plus  juste,  s'il  disoit 
que  le  pacage  cité  est  plus  digne  d'un  ouvrage  supposé,  que 
d'un  véritable  écrit  de  S.  Hilaire. 


LE   JEUNE.  349 

V    SIECLE. 

Feuardent  est  le  premier  qui  a  donné  au  public  la  confé-  mbTwFTUtûT. 
rence  dont  nous  parlons,  après  l'avoir  tirée  d'un  manuscrit  **- 
du  monastère  de  S.  Jacques  à  Liège.  Il  la  fît  imprimer  à  la 
suite  de  son  édition  de  S.  Irénée,  '  qui  parut  à  Cologne  Tan  care.  and. 
1596;  et  depuis  on  l'a  toujours  réimprimée  à  la  fin  de  toutes 
les  éditions  du  même  Père,  jusqu'en  1639. 

'Un  sçavant  homme  croit  que  le  même  Arnobe  est  aussi  Maug.  P.  3171  tu. 
Auteur  des  trois  livres  d'un  Anonyme  j  que  le  P.  Sirmond  ibld-.v-  *°-  •»• 

Eublia  en  1643  sous  le  titre  de  Prœdestinatus ,  parce  qu'il  corn- 
ât directement    les  Prédestinatiens.  '  Le   F.  Sirmond  ne  prtBd.  Pr.  P.  54*. 
s'éloigne  pas  lui-même  de  ce  sentiment.  '  Le  premier  de  ces  uib.  pp.  t.  «7.  p. 
trois  livres  est  un  catalogue  de  90  hérésies ,  depuis  Simon  p*3^75- |Ti"  ibld 
jusqu'aux  Nestoriens  et  à  ses  Prédestinatiens  inclusivement. 
C'est  proprement  un  tissu  de  fautes  contre  l'histoire. 

'  Le   second  livre  de  l'Anonyme  est  un  discours  attribué,  iwa.  1  Pr»d.  1.  «. 
dit-il,  à  S.  Augustin  par  les  Prédestinatiens;  mais  qui  est  fort  pr  p-  517-  M8 
éloigné  du  style  et  de  la  doctrine  de  ce  Père. 

'  Le  troisième  livre  enfin  est  la  réfutation  de  l'écrit  précé-  nu.  1  Maug.  p. 
dent.  C'est-là  que  l'Auteur  paroit  non  un  Semipélagien,  mais  506' 
un  pur  Pélagien,  nonobstant  la  profession  qu'il  fait  d'ana- 
thématiser  Pelage  et  Célestius. 

On  a  long-temps  varié  sur  le  véritable  Auteur  de  cet  ou- 
vrage. Mais  il  ne  nous  en  paroit  point  à  qui  il  convienne 
mieux  qu'à  nôtre  Arnobe.  Les  raisons  que  nous  en  allons 
donner  peuvent  même  rendre  ce  sentiment  plus  que  probable. 

1°.  Il  est  visible  que  l'écrit  anonyme  a  été  composé  vers  le 
même  temps,  que  le  commentaire  d' Arnobe  sur  les  Pseau- 
mes.  C'est  ce  qu'il  est  aisé  de  reconnoitre  à  la  seule  lecture 
de  l'un  et  de  l'autre  ouvrage.  On  y  découvre  par-tout,  et  prin- 
cipalement dans  le  3e  livre,  le  génie  du  même  siècle,  tant 
par  rapport  aux  mêmes  erreurs  que  les  Auteurs  entreprennent 
de  combattre,  et  les  vérités  qu  ils  veulent  établir,  que  par 
rapport  à  la  manière  de  l'exécuter. 

2°.  Dans  l'un  et  l'autre  ouvrage  c'est  le  même  style,  les  mê- 
mes façons  de  s'exprimer.  '  On  lit  dari9  l'écrit  anonyme,  com-  p™!.  s.  1.  3.  p. 
me  dans  le  commentaire  d'Arnobe,  le  terme  de  Prédestina-  M7' M8" 
tiens.  'On  trouve  dans  celui-là,  comme  dans  celui-ci,  une  p-  m»,  mo. 
certaine  élégance  mêlée  de  quelques  expressions  peu  latines, 
par  exemple,  specialitas,  damnabilitas. 

3°.  Ce  sont  dans  l'un  et  l'autre  les  mêmes  principes  de 
Théologie.  '  Ce  que  l'Auteur  anonyme  dit  sur  la  prédestina-  p-  **>•  s»- 


V 

SIECLE. 

Arn. 

in  ps. 

91. 

p.  288. 

in  ps, 

1*6.  p. 

327. 

Prad 

.      ibid. 

P- 

539. 

540. 

350  A  II  N  0  B  E , 

tion  au  sujet  de  ce  passage  de  S.  Paul  :  Dieu  fait  miséricorde  à 
qui  il  lui  p  lait,  il  endurcit  aussi  qui  il  lui  plaît,  et  de  quel- 
ques autres  semblables,  contient  la  même  doctrine  '  qu'Arnobe 
enseigne  sur  le  pseaume  91e.  De  même  '  ce  que  celui-ci  dit 
sur  le  pseaume  146e,  touchant  la  volonté  de  l'homme,  qui 
précède  au  moins  la  grâce  que  nous  recevons  dans  le  baptê- 
me, l'Anonyme  le  soutient  aussi  et  du  baptême  et  de  la  pé- 
nitence. 

Mais  voici  quelque  chose   encore  de  plus   positif.  Nous 
avons  remarqué  qu'Arnobe  en  établissant  une  grâce  préve- 
58.  nante,  la  fait  consister  dans  la  seule  instruction.  'C'est  aussi 

ce  qu'établit  bien  clairement  l'Anonyme  dont  il  s'agit  ici. 
«  La  grâce,  dit-il,  précède  la  volonté  de  l'homme,  en  lui  mon- 
«  trant  la  vie  éternelle,  pour  qu'il  y  établisse  son  plaisir,  et  en 
«  lui  découvrant  le  feu  éternel,  pour  qu'il  en  conçoive  de  la 

p.  5co.  «  crainte.  '  Remarquez-le  bien,  ajoûte-t-il  un  peu  après;  nous 

«  vous  montrons  une  grac^  de  Dieu,  qui  précède  et  qui  suit 
«  la  volonté  de  l'homme.  Elle  précède,  parce  qu'elle  vous  ap- 
«  pelle,  qu'elle  vous  exhorte,  qu'elle  vous  invite  à  venir.  »  On 
peut  encore  consulter  ce  que  dit  le  même  Auteur  à  la  page 
504;  et  l'on  y  verra  une  entière  conformité  avec  ce  qu'Ar- 
nobe enseigne  sur  le  pseaume  140. 

p.  sm.  4°'  '  Enfin  l'Anonyme  s'élève,  comme  le  fait  Arnobe,  con- 

tre les  Pélagiens.  11  condamne,  comme  Arnobe,  ceux  qui 
présument  de  leurs  propres  forces,  et  non  du  secours  de  Dieu  : 
qui  prétendent  pouvoir  sans  le  secours  divin  vivre  exemts  de 

f>eché;  qui  soutiennent  que  la  mort  n'est  point  entrée  dans 
e  monde  par  Adam,  et  la  vie  par  J.  C. 
ou.i.  Soi  1. 1.  p.       '  L'ouvrage  du  Prœdestinatus  parut  pour  la  première  fois  à 
•  ml»  pp  i    27    ^&T1S  1  an  ^643  par  les  soins  du  P.  Sinnond,  '  qui  l'intitula, 
i>.  r.ij.  Prœdestinatus,  sive  Prœdestinalorum  hœresis  :  Le  Prédestina- 

tion ou  l'hérésie  des  Predestinatiens. 
o.ki.  ibid.  '  Après  l'édition  du  P.  Sirmond  il  en  parut  une  autre  l'an- 

née suivante  en  un  volume  in-8°,  avec  une  critique  sous  le 
nom  emprunté  de  Petrus  Aurœus,  comme  le  nomme  Ou- 
din,  qui  croit  que  c'est  ou  M.  Arnauld  Docteur  de  Sorbo- 
ne,  ou  David  Blondel,  comme  Grotius  l'a  avancé  dans  une 
de  ses  letres,  qui  est  la  G99  de  la  2e  partie.  Mais  Oudin  se 
trompe  et  dans  le  nom  de  cet  Auteur,  et  dans  l'interprétation 

3u'il  y  donne.  C'est  M.  de  Barcos  qui  s'est  caché  sous  le  nom 
e  M.  Auvray. 
mm        '*'•       'Depuis  cette  édition  de  1644,  le  texte  du  Prœdestinatus 


LE    JEUNE.  351 


V  SIECLE 


p.  1248. 


avec  la  préface  du  P.  Sirmond,  et  les  témoignages  des  an- 
ciens dont  il  l'a  accompagnée,  fut  inséré  au  27"  tome  de  la 
Bibliothèque  des  Pères  de  l'édition  de  Lyon,  qui  parut  en 
1677. 

'En  1686  le  P.  Séraphin  Piccinardi,   religieux  Domini-  Oud.  ii«d. 
cain  le  fit  imprimer  à  Padoue  avec  de  très-amples  prolégo- 
mènes et  appendices.  '  Cet  éditeur  prétend  y  prouver  que  p.  12*0 
l'ouvrage  est  ou  de  Vincent  Victor,  contre  qui  S.  Augustin 
a  écrit  4  livres  sur  l'origine  de  l'ame,  ou  du  Prêtre  Vincent 

?ue  Gennade  dit  avoir  entrepris  un  commentaire  sur  les 
seaumes,  et  qui  est  différent  de  Vincent  de  Lérins,  quoi- 
3ue  Gaulois  comme  lui.  '  Mais  Casimir  Oudin  réfute  soli-  p.  \w. 
ement  la  première  de  ces  opinions,  en  montrant  par  S. 
Augustin  même  que  Vincent  Victor  avoit  abjuré  le  Pélagia- 
nisme  dès  le  temps  de  ce  S.  Docteur.  Les  preuves  qu'il  ap- 
porte contre  la  seconde  opinion,  ne  sont  pas  à  la  vérité  si 
fortes;  quoiqu'elles  ne  laissent  pas  de  rendre  assez  probable, 
que  Vincent  l'interprète  des  Pseaumes  n'est  point  Auteur  de 
1  ouvrage  dont  il  s'agit.  '  A  l'égard  de  Vincent  de  Lérins,  à 
qui  Oudin  prétend  qu'il  appartient,  nous  avons  fait  voir  qu'il 
n'y  a  nulle  raison  de  le  lui  attribuer.  Ainsi  nous  persistons  à 
dire  que  de  tous  les  Auteurs  connus  auxquels  on  donne  ce 
fameux  ouvrage,  il  n'en  est  point  à  qui  il  paroisse  plus  juste- 
ment appartenir  qu'à  Arnobe  le  jeune.  '  Enfin  l'ouvrage  du  sir.  oP.  1. 1.  P 
Prœdestinatus  fut  inséré  en  1696  dans  la  belle  collection  que  465"568 
l'on  publia  alors  des  œuvres  diverses  du  P.  Sirmond. 

Avant  que  de  finir  cet  article,  nous  ne  pouvons  dissimuler 
qu'il  faut  que  cet  écrit  fût  bien  peu  connu,  aussi  bien  que 
son  Auteur  au  temps  de  Gennade  de  Marseille.  Car  cet  Ecri- 
vain, qui  en  qualité  de  zélé  Semipéla^ien  devoit  en  avoir 
une  connoissance  particulière,  ne  parle  ni  de  l'un  ni  de  l'au- 
tre :  lui  qui  est  si  attentif  à  relever  tout  ce  qui  favorise  ses 
opinions  chéries.  Cette  réflexion  nous  inspire  une  nouvelle 
confiance  pour  assurer,  que  cet  ouvrage  n'est  d'aucun  des  deux 
Vincents  dont  il  fait  l'éloge,  et  qu'il  paroît  avoir  connus  par- 
ticulièrement aussi  bien  que  leurs  écrits. 

'Dès  le  VIII  siècle  on  voïoit  dans  la  Bibliothèque  de  S.  spic.  t.  3.  p.220 
Vandrille  un  sermon  sur  la  chute  d'Adam,  qui  portoit  le 
nom  d' Arnobe,  mais  avec  les  titres  d'Evêque  et  de  Rhéteur. 
Cet  écrit  ne  paroît  plus  nulle  part.  Quoiqu'intitulé  de  la  sor- 
te, il  pouvoit  fort  bien  être  de  nôtre  Arnobe,  qui  touche 
ailleurs  le  même  sujet,  comme  on  l'a  vu 


V  SIECLE. 


352  E  D  E  S  E , 


EDESE, 

Poète  chrétien. 

L«o,  1. 1.  p.  740.  '  i^desius  ,   ou  iEdesius,  Orateur  et  Poëte  nous  est  assez 

7*5.  c.  «.  18.  Ljpeu  connu.  Mais  le  peu  que  l'on  nous  en  apprend, 
nous  donne  une  grande  idée  de  son  mérite,  et  nous  doit 
faire  regretter  beaucoup  de  n'en  pas  sçavoir  davantage.  Nous 
sommes  redevables  de  ce  que  nous  en  sçavons,  à  S.  Hono- 
rât Evêque  de  Marseille,  qui  paroît  l'avoir  connu  personnel- 
lement, et  qui  citant  quelques  endroits  de  ses  ouvrages,  fait 
voir  qu'il  en  avoit  une  connoissance  particulière.  On  ne  peut 
donc  révoquer  en  doute  ce  que  nous  en  dit  une  personne  si 
bien  instruite  et  si  digne  de  créance. 

ibid.  P.  740.  c.       '  Les  habitudes  d'Edese  font  juger  qu'il  étoit  de  la  ville 

pS740.  c.  il.  îa.  d'Arles,  ou  au  moins  qu'il  y  faisoit  sa  demeure  ordinaire.  '  Il 
est  de  ces  hommes  célèbres  par  leurs  écrits,  et  par  l'autorité 
qu'ils  s'étoient  acquise  dans  le  public,  sur  le  témoignage  des- 
quels S.  Honorât  appuie  ce  q  u'il  rapporte  des  actions  mer- 
veilleuses de  S  Hilaire  Evêque  d'Arles,  dont  il  nous  a  laissé 

••  •*•  la  vie.  Edese  se  distinguoit  entre  les  Sçavants  par  la  poésie 

et  l'éloquence,  qui  étoit  à  l'usage  des  Rhéteurs  de  ce  temps- 
là.  Il  possédoit  si  parfaitement  ces  deux  arts,  qu'il  passoit  com- 
munément pour  un  très-habile  homme  en  l'un  et  en  l'autre, 
rhetoricœ  facundiœ  et  metricœ  artis  peritissimus  vir. 

Mais  il    étoit  encore  plus  recommandable  pour  la  profes- 
sion particulière  qu'il  faisoit  de  la  pieté  Chrétienne.  C'est  l'idée 

p.  740.  745.  c.  qu'en  font  naître  naturellement  '  le  respect  et  la  vénération 
avec  laquelle  S.  Honorât  parle  de  lui  dans  son  ouvrage,  lui 
donnant  toujours  la  qualité  de  Saint,  toutes  les  fois  qu'il  a 

p.  740.  c.  i2.  occasion  de  le  citer.  '  Edese  paroît  être  entré  bien  avant 
dans  l'amitié  de  S.  Hilaire,  dont  il  étoit  avec  raison  un  grand 
admirateur.  Il  trou  voit  sans  doute  dans  les  fréquentes  visites 
qu'il  rendoit  à  ce  saint  Evêque,  de  quoi  nourrir  la  pieté  qu'il 
professoit. 

ibi.i.  '  Il  étoit  si  touché  des  grandes  actions  de  vertu  qu'il  admi- 

roiten  lui,  qu'il  crut  ne  pouvoir  faire  un  meilleur  usage  de 
sa  plume,  que  de  l'emploier  à  conserver  sa  mémoire  à  la  pos- 
térité 


POETE  CHRETIEN..  353     v  SIECLE 


terité.  Dans  ce  dessein  '  il  composa  un  poëme  en  vers  héxa-  p.  740. 745.  c.  12. 

mètres,  où  il  faisoit  l'éloge  de  ce  grand  Prélat.  On  ne  trouve  18- 

rien  qui  détermine  en  quel  temps  Edese  fit  cette  pièce,  si 

ce  fut  ou  avant  pu  après  la  mort  de  S.  Hilaire,  qui  arriva, 

comme  nous  l'avons  ait,  au  mois  de  Mai  449.  Il  y  a  toutefois1 

plus  d'apparence  que  ce  ne  fut  qu'après  la  mort  du  Saint  qu'il 

le  publia. 

De  ce  poëme  digne  assurément  d'un  siècle  plus  poli,  '  on  ibid. 
ne  nous  a  conservé  que  douze  vers,  qui  ne  peuvent  que  nous 
fait  regretter  la  perte  des  autres.  Ils  sont  rapportés  dans  la 
vie  de  S.  Hilaire  par  S.  Honorât,  qui  a  cru  ne  pouvoir  mieux 
exprimer  ce  qu'ils  contiennent,  qu'en  les  copiant  tout  au 
long.  Comme  c'est  tout  ce  qui  nous  reste  des  écrits  d'Edese, 
et  qu'ils  sont  plus  propres  que  tout  ce  qu'on  pourroit  dire 
pour  faire  connoltre  le  style  de  nôtre  Poète,  on  ne  sera  peut- 
être  pas  fâché  de  les  trouver  ici.  '  Les  sept  premiers  sont  pour  p-  i*o.  c.  m 
exprimer  une  pratique  qui  faisoit  le  sujet  de  l'admiration  de 
tous  ceux  qui  en  étoient  témoins.  C'est  que  S.  Hilaire  s'oc- 
cupoit  souvent  à  faire  trois  choses  à  la  fois.  Il  lisoit ,  il 
dictoit  à  son  Secrétaire,  et  il  travailloit  à  quelque  petit  ouvrage 
des  mains ,  comme  à  faire  des  rets  ou  .  filets  tout  en  même 
temps.  '  Les  cinq  autres  vers  sont  pour  nous  peindre  le  carac-  p-  745- c- 18- 
tere  de  la  tendresse  Chrétienne  et  compatissante  du  saint  Evo- 
que envers  les  affligés. 

'  Vidi  ego,  nec  dignus  tanta  ad  praconia  testis,  P-  T*°-  ■•  '*• 

Plexos  sole  sugi  digitos  cessisse  labori. 

Nectendi  ratio  varias  injunxerat  horas. 

Nec  finem  precibus  mutatus  fecerat  actus. 

Credere  vix  possum  quemquam  sic  tempore  eodem 

Nectere  dictantem,  relegendo,  lecta  fatendo, 

Ore,  manu  simul  hoc  operari,  attendere,  fari. 

'  Vidi  ego  pneventum  fletu,  inagis  ubere  fletu,  p.  743.  c.  IS. 

Quod  crevit  oummis,  cupiebat  crescere  votis. 

Quara  prorupta  viget  miseratio,  quam  cita  doais 

Gratia  !  Nec  solum  fueras  ad  munera  largus  ; 

Majores  comitantur  opes  pietate  ministre. 


Tome  II. 

2  5    * 


V   SIECLE. 


354  R  A  V  E  N  N  E , 

R  A  V  E  N  N  E, 

Evèqiîe  d'Arles. 


■ 


cp. 
505. 

36. 
506 

•538. 

»p. 

746. 

c.  19. 


Léo,  t.  i .  p.  144.     T>  aven  ne  étoit  d'abord  Prêtre  sous  S.  Hilaire  Evêque 

c.  n.  J\  d'Arles ,  dont  il  fut  ensuite  le  successeur.  On  ne  peut 

guéres  douter  qu'il  n'ait  été  de  cette  célèbre  communauté , 
que  S.  Hilaire  avoit  formée  dans  sa  ville  Episcopale,  comme 
nous  l'avons  dit;  et  l'on  peut  juger  par -là  quelle  fut  son 
éducation.  Le  S.  Evêque  paroît  avoir  fait  une  estime  toute 
particulière  de  lui  en  toutes  les  occasions  importantes.  Dans 
son  fameux  différend  avec  le  Pape  S.  Léon,  il  le  députa  à 
37.  p.  Rome,  '  où  il  acquit  l'estime  de  ce  Pontife  a  par  la  douceur 
et  la  sainteté  de  ses  mœurs.  Et  avant  que  de  mourir, b  il  le 
désigna  pour  son  successeur,  suivant  la  révélation  qu'il  en  avoit 
reçue  de  Dieu. 

ep.  36.  p.  5or..  '  Ravenne  élu  en  conséquence  par  le  commun  consente- 

ment du  Clergé  et  du  peuple  pour  Evêque  d'Arles,  fut  sacré 
par  douze  Evêques  entre  le  5e  de  Mai  que  nous  avons  marqué 
être  le  jour  de  la  mort  de  S.  Hilaire,  et  le  26e  d'Août  449,  qui 
est  la  date  de  la  réponse  de  S.  Léon  à  ceux  qui  lui  avoient 
mandé  son  élection.  Ravenne  se  trou  voit  très -propre  à  être 
l'ornement  et  le  soutien ,  non  seulement  de  l'Eglise  d'Ar- 
les ,  qui  étoit  alors  une  des  principales  des  Gaules ,  mais 

ep.  37.  p.  soc.  même  de  toute  l'Eglise.  '  Il  étoit  fort  instruit  des  règles  de 
la  discipline,  capable  d'assister  un  grand  peuple  par  ses  lu- 

cp.  36.  p.  505.  mieres,  et  de  l'animer  à  la  vertu  par  son  exemple.  '  D'ailleurs 
s'il  se  faisoit  aimer  par  sa  modération  et  sa  tranquillité,  il  ne 
se  faisoit  pas  moins  estimer  par  la  vigueur  avec  laquelle  il  soû- 
tenoit  son  ministère.  Des  talents  et  des  mœurs  si  dignes  de 
l'Episcopat  avoient  toujours  fait  désirer  au  Clergé ,  à  la 
Noblesse ,  et  au  peuple  d'Arles ,  d'avoir  Ravenne  pour  Evê- 

cp.  37.  38.  p.  que.  '  Après  sa  promotion  il  en  écrivit  à  S.  Léon  par  quelques 
Ecclésiastiques  de  son  Eglise  qu'il  lui  députa. 

•p.  37.  P.  soc.  'S.  Léon  apprit  cette  nouvelle  avec  joie,  tant  à  cause  de 

l'élévation  de  Ravenne  qu'il  aimoit,  qu'à  cause  de  l'avantage 
qu'en  pouvoit  tirer  l'Eglise  d'Arles.  En  lui  faisant  réponse, 
il  l'exhorte  à  répondre  à  ce  que  lui  et  les  autres  attendoient 


EVÊQUE    D'ARLES.  355 


V   SIECLE. 


et  de  sa  vertu  et  de  sa  capacité  ;  à  observer  exactement  les 
règles  de  l'Eglise  ;  '  et  à  s'acquiter  de  son  devoir  avecvigi-  ep.  36.  p.  soi. 
lance,  et  en  même  temps  avec  une  sage  modération.  '  Il  le  ep.  38.  p.  507. 
prie  aussi  d'avertir  d'une  chose  les  Evoques  de  toute  la  pro- 
vince; '  ce  qui  étoit  l'en  reconnoître  Métropolitain.  Ainsi  il  rai.  h.  e.  1. 15. 
semble  que  S.  Léon  avoit  abandonné  lui  -  même  ce  qu'il  p."  ^3. 464'.  ''  2' 
avoit  ordonné  au  préjudice  de  l'Eglise  d'Arles  sous  l'Episco- 
pat  de  S.  Hilaire.  On  ne  sçauroit  dire  précisément  la  raison 
qui  l'obligea  d'en  user  de  la  sorte.  Peut-être  le  fit  -  il  en  con- 
sidération de  l'estime  et  de  l'amitié  qu'il  avoit  pour  Raven- 
ne  ;  où  peut  -  être  parce  que  les  Evêques  des  Gaules  étoient 
résolus  de  s'y  opposer,  malgré   la  loi   de  Valentinien  III; 
peut  -  être  aussi  parce  que  dans  la  conjoncture  où  se  trou- 
voientles  choses  en  Orient,  il  ne  jugeoit  pas  à  propos  do  les  pres- 
ser d'une  chose,  qui  au  moins  étoit  certainement  conlre  leur 
inclination. 

Quoiqu'il  en  soit ,  le  différend  entre  les  Eglises  d'Arles  et 
de  Vienne  se  renouvella  à  l'occasion  '  de  Eontée,  que  Ra-  tul  mi. 
venne  ordonna  Evêque  de  Vaison,  peu  de  temps  après  qu'il 
eut  été  fait  lui  -  même  Evêque  d'Arles.  Nous  en  avons  assez 
dit  ailleurs  sur  l'issue  de  cette  fameuse  contestation.  Quoique 
S.  Léon  eût  confirmé  en  finissant  cette  affaire  le  droit  de 
Métropole  à  l'Eglise  de  Vienne,  '  il  ne  laissa  pas  de  regar-  Gaii.   chr.  nov. 
der  Ravenne  comme  Primat  des  Gaules  en  ces  quartiers-là.  ''  '"  p  532' 
'  Ce  fut  à  lui  qu'il  envoïa  en  450  sa  letre  à  Flavien  sur  l'In-  Léo,  ep.  51.  p. 
carnation,  avec  quelques  autres  écrite,  afin  qu'il  les  commu-  5W' 
niquât  à  tous  les  autres  Evêques.  'A  ce  sujet  Ravenne  assembla  p.  579-582. 
en  451  un  Concile  de  44  Evêques,  à  Arles  même  comme  il  pa- 
roit.  Ravenne  y  présida,  puisqu'il  y  est  nommé  le  premier,  et 
avant  S.  Rustique  de    Narbone,  qui  étoit  plus  ancien  que  lui 
dans  l'Episcopat.  On  y  fit  une  letre  à  S.  Léon  pour  approuver 
la  sienne  à  Flavien  ;  et  il  n'y  a  pas  de  doute  que  nôtre  Prélat 
n'y  eût  le  plus  de  part. 

'  La  même  année  S.  Léon  écrivit  à  Ravenne ,  pour  lui  ep.  76.  p.  577. 
annoncer  qu'il  falloit  faire  Pâque  l'année  suivante  le  23e  jour 
du  mois  de  Mars ,  et  pour  le  prier  de  le  faire  sçavoir  aux  au- 
tres Evêques.  '  En  455  selon  le  P.  Sirmond, a  ou  454  suivant  conc.    t.  *.   P. 
la  remarque  de  M.  de  Tillemont,  b  ou  même  dès  450  ou  l°f{n    im 
451  ,  comme  le  prétend  M.  Antelmi , c  Ravenne  touché  du  f6:    .    - 
scandale  que  causoit  le  différend  entre  Théodore  de  Frétas  aio.n22o. 

_.  ..  «  Conc.    ibid.    p. 

Y    y    1J  1023.  1024. 


V  SIECLE. 


356  RAVENNE, 


—————  et  l'Abbaïe  de  Lérins,  assembla  un  Concile  pour  terminer  cette 
affaire.  L'assemblée  se  tint  dans  l'Eglise  d  Arles  ;  et  Ravenne 
présida  à  la  tête  de  douze  Evêques,  sans  y  comprendre  Théo- 
dore de  Fréjus,  et  quelques  autres  qui  s'y  trouvèrent  comme 
parties,  ainsi  que  lui. 

C'est-là  tout  ce  que  nous  sçavons  de  mémorable  sur  l'his- 

p.  ««s.  toire  de  Ravenne.  '  Quelques-uns  étendent  son  Episcopatjus- 

Gaii.  chr.  nov.  p.  qu'en  l'année  461 ,  et  lui  font  succéder  Léonce.  '  D'autres 

S33-  prétendent  qu'il  ne  vécut  pas  au  -  delà  de  455,  afin  de  lui 

donner  S.  Augustal  pour  successeur  immédiat.  Nous  laissons 

à  d'autres  à  examiner  cette  difficulté  qui  n'est  pas  de  nôtre 

sujet.  Seulement  nous  observerons  que  parmi  les  Evêques 

du  I  Concile  d'Orange  en  441 ,  il  y  avoit  un  Augustal,  qui 

n'est  pas  sans  doute  celui  que  l'on  donne  pour  successeur  à 

Ravenne  ;  mais  qui  peut  être  celui  dont  parlent  les  martyro- 

Tiii.  ïbid,  p.  843.  loges,  '  deux  desquels  le  nomment  Augustin  et  le  mettent  à 

Rourges.  Un  autre  le  met  à  Arles,  où  Augustal  sera  mort 

apparemment,  et  son  corps  y  sera  demeuré,  lorsqu'il  s'y  ren- 

doit  pour  quelque  Concile  sous  S.  Hilaire,  ou  sous  Ravenne 

son  successeur.  C'est-là  peut-être  tout  le  fondement  que  l'on  a 

pour  compter  un  Augustal  entre  les  Evêques  d'Arles  de  ces 

temps-ci. 

conc.  t.   *.  p.       '  Nous  avons  de  Ravenne  la  letre  circulaire  qu'il  écrivit  pour 

Fw^'p^su^si*."  la  convocation  du  Concile  d'Arles,  au  sujet  du  différend  entre 

Théodore  de  Fréjus,  et  l'Abbaïe  de  Lérins,  avec  des  fragments 

de  celles  qu'il  addressa  en  particulier  à  S.  Rustique  de  Nar- 

bone,  et  aux  Evêques  qui  avoien tété  Moines  dans  ce  Monastère, 

pour  les  y  inviter.  On  y  trouve  de  grands  traits  de  pieté  et  d'une 

sollicitude  vraiment   pastorale.   Le  fragment  de  celle  à  S. 

Rustique  est  fort  honorable  à  la  mémoire  de  ce  grand  Evêque. 

Il  ne  nous  reste  rien  ni  des  autres  letres  que  Ravenne  a  écrites 

en  de  semblables  occasions,  ni  de  celles  qu'il  avoit  adressées  à 

S.  Léon,  et  qui  paroissent  par  les  réponses  de  ce  Pape  avoir  été 

en  assez  grand  nombre. 

Tiii.  iWd.  p.  8*5.|      '  H  y  a  des  Ecrivains  qui  ont  cru  que  la  vie  que  nous  avons 

Genn^  vir.  iii.  c.  (je  g#  Hilaire  d'Arles ,  étoit  l'ouvrage  de  Ravenne ,  parce 

que  dans  ce  manuscrit  elle  porte  le  nom  de  Révérence  ou 

Rivèrent.  Mais  en  attendant  que  nous  en  disions  davantage 

sur  ce  sujet,  en  parlant  de  S.  Honorât  de  Marseille,  qui  est 

no.  ibid.it.  «.  le  véritable  Auteur  de  cette  vie,  nous  pouvons  assurer  après 

M.  de  Tillemont  qu'il  est  certain  qu'elle  n'est  pas  de  Ravenne. 


p.  4S4. 


EVÊQUE  D'ARLES.  KJ    ,^ 

Les  preuves  s'en  prennent  de  l'ouvrage  même.  '  Cette  vie  Le0, 1. 1.  P.  249. 
parle  des  successeurs  du  Saint,  comme  y  en  aïant  eu  plus  c- î3- 
d'un,  et'  de  Ravenne   en   particulier,    en  lui  donnant  le  p-  w. i*6. c.  17. 
titre  de  Saint.  '  D'ailleurs  elle  ne  fut   écrite   qu'un  temps 
considérable  après  la  mort  de  S.  Hilaire,  tôt  annorum  spatiis  p-  ™>-  <=.  a*. 
evolutis  :  au  lieu  que  Ravenne  est  mort  avant    l'an    461 , 
dix  à  onze  ans  après  S.  Hilaire.   Il  paroît    donc   constant 
que  Ravenne  étoit  mort,  lorsque  l'ouvrage  qu'on  lui  attri- 
bue fut  composé. 


SAINT    MAXIME, 

EvÊQUE    DE    RlÊS. 

Saint  Maxime  qui  nous  est  représenté  comme  un    par-  Lerm.  t.  s. P. us- 
fait  solitaire,  et  un  véritable  Evêque , a  étoit  d'une  fa-  î'p.'us.ng. 
mille  de  la  ville  de  Ries  en  Provence.  '  Il  naquit  dans  un  vil-  P.  m. 
lage  qui  lui  appartenoit,  nommé  Décorner,  aujourd'hui  Chà-    «* 
teau-Redon,  près  de  Digne,  selon  Rarrali.  Comme  ses  parents 
étoient  Chrétiens,  il  fut  élevé  dans  le  Christianisme.  Dès  son 
enfance  il  fit  paroitre  dans  ses  mœurs  la  maturité  d'un  vieil- 
lard, et  s'avança  toujours  en  vertu  jusqu'à  une  pieté  éminente. 
Il  étoit  fort  bien  fait  de  sa  personne,  et  joignoit  à  une  rare 
douceur  une  grande  générosité.  Il  avoit  beaucoup  de  génie, 
et  aimoit  extrêmement  la  lecture.  Ainsi  il  fit  un  grand  pro- 
grès dans  l'étude  des  letres,  dont  la  connoissance  lui  servit  à 
nourrir  son  ame  par  la  lecture  des  règles  divines ,  et  à  en 
nourrir  ensuite  les  autres. 

'  Il  vécut  assez  long-temps  de  la  sorte  dans  la  pratique  de  P.  tu. 
la  vertu  sous  l'habit  du  siècle,  et  au  milieu  de  sa  famille.  '  En-  P.  1». 
fin  il  se  retira  au  Monastère  de  Lérins.  '  Il  y  fut  reçu  entre  les  P.  ne. 
bras  de  S.  Honorât  premier  fondateur  de  ce  Monastère.  Ce 
fut  là  qu'il  se  prépara,  sans  le  sçavoir,  à  exercer  un  jour  les 
fonctions  de  l'Episcopat ,  et  qu'il  acquit  les  lumières  et    les 
richesses  de  grâce,  qu'il  répandit  depuis  dans  sa  patrie,  lors- 
que Dieu  l'y  rappela  pour  conduire  les  âmes  en  qualité  d'E- 
vêque. 

On  nesçait  pas  au  juste  combien  S.  Maxime  passa  de  temps  **.h.  Peu  1. 2. 

sous  l'obéissance  et  dans  l'état  d'un  simple  Religieux.  Mais  tui.  h.pé.  t'a. 

r  P.  394. 


V  SIECLE. 


1.  S 


358  S.  MAXIME, 

en  l'année  426  S.  Honorât  étant  obligé  de  quitter  son  Mo- 

Lerin.  t.  î.  p.  nastere,  pour  aller  remplir  le  Siège  Episcopal  d'Arles,  '  il 

choisit  Maxime,  dont  il  avoit  connu  et  éprouvé  la  vertu,  pour 

le  mettre  à  sa  place.  En  l'établissant  Abbé,  il  lui  donna  les 

régies   qu'il   falloit  observer  pour  conduire    ceux  qui   lui 

Each.  «d  Hii.  p.  avoient  été   confiés.  '    L'honneur  qu'eut  S.   Maxime  d'être 

choisi  pour  remplir  la  place  de  S.  Honorât,  suffit  selon  la 

pensée  de  S.  Eucher,  pour  nous  faire  juger  du  mérite  qu'il 

sid.  e»r.  16.  v.  avoit  acquis  dès-ce  temps-là.  '  S.  Sidoine-  le  relevé  comme 

Lerin    ibid.    p.  une  ^es  P^us  DriUantes  lumières  de  Lérins,  '  qui  acquit  sous  sa 
117.  conduite  un  nouveau  lustre  et  une  nouvelle  splendeur.  On  ne 

Euch.  ibid.  p.  56.  peut  avoir  une  idée  plus  magnifique'  de  ce  saint  désert  sous 
l'Abbé  Maxime,  que  celle  que  nous  en  donne  S.  Eucher  dans 
l'éloge  célèbre  qu'il  en  fit  alors,  et  que  nous  avons  encore.  On 
y  voïoit  des  Moines  d'un  mérite  si  extraordinaire,  que  les  peu- 
ples les  desiroient  avec  passion  pour  leurs  Evoques.  On  y 
voïoit  de  saints  vieillards  qui  y  vivant  comme  des  anacho- 
rètes de  la  Thébaïde,  st^nbloient  avoir  fait  de  nos  Gaules  une 
Tin.  iWd.  p.  395.  autre  Egypte.  '  S.  Hilaire  étoit  du  nombre  de  ces  saints  soli- 
taires; et  ce  fut  sous  S.  Maxime  qu'il  acheva  d'acquérir  celte 
parfaite  vertu,  qui  le  rendit  digne  de  succéder  à  S.  Honorât. 
Urin.  ibid.  p.  us.       '  S.  Maxime  fut  Abbé  de  Lérins  sept  ans  entiers.  ■  Comme 
îbid.'  p.  395. 3w.  sa  vertu  éclatoit  de  toutes  parts,  plusieurs  villes  le  deman- 
doient  pour  Evêque.  11  ne  put  éviter  qu'avec  beaucoup  de 
peine  d'être  chargé  vers   l'an  432  de  la  conduite  de   l'E- 
glise de  Frejus.  Car  après  la  mort  de  S.  Léonce  elle  voulut 
avoir  nôtre  Saint  pour  la  gouverner  ;  et  il  paroît  par  le  récit 
de  Fauste  qu'il  fut  élu  canoniquement,  en  sorte  qu'il  ne  res- 
Lerin.  ibid.  toit  plus  qu'à  l'ordonner.  '  Mais  si-tôt  que  S.  Maxime  eut 

appris  ce  qui  se  passoit,  il  en  fut  extrêmement  affligé,  et  se 
cacha  si  bien,  qu'il  ne  fut  pas  possible  de  le  découvrir.  Dieu  le 
reservoit  pour  l'Eglise  de  Ries  sa  patrie,  qui  peu  de  temps 
après  aïant  perdu  son  Evêque  dont  on  ignore  le  nom,  dé- 
puta au  Saint  pour  le  supplier  de  venir  remplir  sa  place.  Il 
s'enfuit  encore  à  cette  nouvelle;  et  pour  se  mieux  cacher  il 
se  mit  sur  mer,  et  s'en  alla  hors  des  Gaules.  Sa  fuite  ne  ser- 
vit qu'à  faire  connoître  de  plus  en  plus  combien  il  étoit  di- 
p- 1|8-  gne  de  l'Episcopat,  '  et  à  redoubler  l'ardeur  que  son  peuple 

avoit  pour  lui.  On  fut  plus  heureux  à  le  chercher  que  la  pre- 
p-  «*•  miere  fois;  et  lors  qu'on  l'eut  trouvé,'  l'on  se  saisit  de  lui, 

gg- ibid-  i  Tm-  et  malgré  sa  résistance  on  le  sacra  aussi-tôt  Evêque.  '  Cela  se 


EVÊQUE   DE  RIES.  359 


V    SIECLE. 


fit  l'an  433,  ou  434;  puis  qu'aïant  été  établi  Abbé  en  426,  il   

le  fut  sept  ans  entiers. 

S.  Maxime  fit  monter  avec  lui  toutes  les  vertus  sur  le  Lerin.  t.  s.  p.  m. 
thrône  Episcopal.   Nous  trouvons  peu  de  ses  autres  actions.  122" 
'On  croit  que  c'est  le  même  que  l'Evtque  Maxime  qui  assista  i.eo.  1. 1.  P.  739.1 
avec  S.  Hilaire  d'Arles  à  la  mort  de  S.  Caprais,  le  père  spi-    ,11U),d-  p- 3" 
rituel  de  tous  les  solitaires  de  Lérins.  'Le  29e  de  Novembre  toi.  ibid.  1  Gaii. 
439  il  souscrivit  au  Concile,  que  le  môme  S.  Hilaire  alla  tenir  391'.  nov'  ''   " p 
à  Hiès.  Deux  ans  après  en  441  il  se  trouva  au  premier  Con- 
cile d'Orange.  On  ne  doute  pas  que  ce  ne  soit  lui  qui  est 
marqué  entre  ceux  qui  en  449  ou  450  écrivirent  à  S.  Léon, 
et  à  qui  ce  Pape  adresse  sa  109e  letre  au  sujet  du  différend  en- 
tre les  Eglises  d'Arles  et  de  Vienne.  Il  fut  aussi  un  des  44 
Evêques  Gaulois  qui  souscrivirent  la  letre  Synodique  à  S. 
Léon  en  451 ,  pour  approuver  celle  de  ce  Pape  à  Flavien. 
C'est  encore  sans  doute  nôtre  Saint  qui  prit  part  dans  le  dif- 
férend que  Fauste ,  son  successeur  dans  l'Abbaïe  de  Lérins, 
eut  avec  Théodore  de  Fréjus,  et  qui  se  trouva  au  Concile 
d'Arles  tenu  sur  ce  sujet  vers  l'an  454  ou  455. 

'Il  y  a  bien  de  l'apparence  qu'il  ne  vécut  pas  long-temps  m.  ibid. 
depuis.  '  Il  mourut  le  27e  jour  de  Novembre  avant  *  l'an  462  ;  Leiin.  ibid.  p.  «5. 
car  on  trouve  en  cette  même  année  un  Fauste  Evêque  dans  îo«nc'  ''  '" P 
les  Gaules  ;  '  et  l'on  croit  que  c'est  celui  qui  a  été  successeur  Nor.  ibid.  p.  869. 1 
de  S.  Maxime  à  Ries  comme  il  l'avoit  été  à  Lérins.   *  Son  ™'riôb,(ibid. 
corps  fut  enterré  dans  l'Eglise  de  S.  Pierre,  qu'il  avoit  fait 
bâtir,  et  qui  avoit  pris  son  nom  avant  que  le  Patrice  Dyname 
écrivît  sa  vie  vers  la  fin  du  VI  siècle.  '  C'est  aujourd'hui  la  ca-  Gaii.  <*r.  ibid. 
thédrale  dont  il  est  patron  avec  la  Sainte  Vierge. 

Nous  avons  peu  de  connoissance  des  ouvrages  de  S.  Ma- 
xime, quoiqu'on  ne  puisse  guéres  douter  qu'un  Evêque  aussi 
instruit  et  aussi  appliqué  qu'il  étoit  au  gouvernement  de  son 
peuple ,  n'ait  fait  beaucoup  de  sermons  ou  d'homélies  pour 
son  instruction.  'On  le  croit  auteur  de  quelques-unes   de  Du  Pin,  bu>i.  1. 4. 
celles  qui  ont  été  imprimées  sous  le  nom  d  Eusebe  d'Emese  ;  p'  418' 
'  quoiqu'on  n'en  ait  point  de  preuves  particulières.    Seule-  nu.  ibid.  p.  400. 
ment  '  le  titre  de  la  15e  qui  est  la  4e  sur  le  saint  jour  de  Pâque,  Emiss.  p.  «tu.  2. 
l'attribue  au   bienheureux  Evêque  Maxime.   '  Mais  on  juge  toi.  ibid. 
que  cette  homélie  est  peu  de  chose ,  que  le  style  en  est  mé- 
diocre et  même  affecté.  '  Savaron  cite  la  seconde  âur  le  même  sid.  mu  not.  p. 
mystère,  qui  est  la  13%  en  l'attribuant  à  nôtre  S.  Prélat;  'et  caVe,P.  237. 


T    SIECLE. 


360  S.   MAXIME  EVÊQUE  DE  RIES. 


il  semble  qu'il  y  a  des  éditions  qui  portent  que  la  12e  et  les 
Tiii.  tbid.  trois  suivantes  sont  d'un  même  auteur.  '  Cela  cependant  ne  se 

trouve  point  dans  l'édition  de  Paris  en  1547,  ni  dans  celle  de 
Dn  Pin.  ibid.  p.  1575.  M.  Du  Pin  attribue  la  1"  et  la  3e  de  ces  homélies  à 
cod.  «g.  »pp.  »p.  ^-  Césaire,  et  la  seconde  à  Fauste.  '  Le  premier  des  quatre  ser- 
«-*»•  mons  qui  portent  le  nom  de  Fauste  dans  le  recueil  des  règles 

fait  au  IX  siècle  par  S.  Benoit  Abbé  d'Aniane,  paroit  convenir 
moins  à  Fauste  qu'à  S.  Maxime  son  prédécesseur.  L'Auteur 
y  exhorte  ses  auditeurs  à  imiter  les  vertus  dont  leur  Père 
mort  depuis  peu  les  avoit  laissé  héritiers,  comme  étant  ses 
disciples  et  ses  enfants.  Supposant  que  le  sermon  ait  été  fait 
à  Lérins,  cela  s'entend  naturellement  de  la  mort  de  S.  Ho- 
norât Fondateur  du  Monastère  ;  et  il  n'y  a  que  S.  Maxime 
qui  se  soit  trouvé  dans  l'occasion  de  parler  delà  sorte,  comme 
nous  le  ferons  voir  sur  Fauste. 


YALERIEN, 

Préfet  des  Gaules. 

sid.  i.  5.  ep.  io.  '  Y)  r  i  s  c  u  s  Valerianus  étoit   d'une    famille  Patricienne, 
car.^.T.  *.  s.       -t   qui  avoit  d'illustres  alliances.  '  Il  se  trouvait  parent  de 
Euch.  ad vai.  p.  l'Empereur  Avite,   'et  de  S.  Eucher  Evêque  de  Lyon;  car 
le  portrait  que  ce  Saint  fait  de  son  parent ,  et  celui  que  S. 
Sidoine  nous  trace  de  Prisque  Valérien ,  ne  permettent  gué- 
res  de  douter  que  ce  ne  soit  la  même  personne.  Valérien 
avoit  un  père  et  un  beau-pere,  l'un  et  l'autre  élevés  aux  pre- 
mières dignités  du  siècle.    Il  soutint   lui-même  dignement 
tous  ces  honneurs  domestiques  et  par  les   grandes  charges 
m.  h  s.  «p.  io.  au'il  exerça ,  et  par  la  gloire  qu'il  y  acquit.  '  Il  fut  Préfet 
p'      '  du  Prétoire  des  Gaules  avant  l'an  456  ;  et  tant  par  cette  hau- 

car.  s.  T.i.         te  dignité,  que  par  ses  rares  qualités  personnelles,  '  il  devint. 
Euch.  ibid.  l'ornement  de  son  siècle.    11  avoit  du  génie,  de  l'éloquence, 

et  un  naturel  si  heureux,  qu'il  pratiquoit  de  lui-même  pres- 

3ue  tout  ce  que  la  religion  nous  enseigne  pour  le  règlement 
e  nos  mœurs, 
id.  i.  5.  ibid.         Non   seulement  '  Valérien  étôit  éloquent  ;   mais  aussi  il 
aimoit  tellement  l'éloquence  chez  les  autres ,  qu'il  donna 
sa  fille  en  mariage  à  Pragmace,  particulièrement  à  cause  qu'il 

étoit 


VALÉRIEN,  PRÉFET  DES  GAULES.     361 

Y  SIECLE. 


éloit  éloquent  et  habile,  quoiqu'il  ne  laissât  pas  d'avoir  de  la  ' 

naissance  et  des  biens  considérables.  '  A  tout  cela  il  joignoit  car.  8.  v.  5. 13. 
une  érudition  et  une  solidité  d'esprit  pour  juger  des  ouvrages 
des  autres  qui  le  faisoient  passer  pour  un  des  plus  beaux 
esprits  de  son  temps.  Mais  cette   érudition   étoit'une   éru- 
dition toute  profane  ;  '  et  il  parolt  même  par   la  manière  Ench.  P.  495-197. 
que  lui  parle  S.  Eucher,  qu'il  n'étoit  pas  Chrétien.  '  Il  passoit  p.  305. 
presque  tout  son  temps  à  lire  les  Philosophes,  '  et  s'amusoit  à  p.  30e. 
recueillir  leurs  plus  belles  maximes. 

'  S.  Eucher,  qui  lui  étoit  encore  plus  uni  par  les  liens  de  p.  295.  ■ 
la  charité,  que  par  ceux  de  la  chair  et  du  sang,  et  qui  l'ai- 
mant comme  un  autre  lui-même ,  souhaitoit  de  lui  procurer 
le  même  bonheur  auquel  il  aspiroit,  c'est-à-dire  la  possession 
du  souverain  bien,  lurécrivit  l'excellente  letre  que  nous  avons 
encore.  'C'étoiten  l'an  de  Rome  1185,  qui  est  lié  avec  l'an-  Eoch.   iMd.    p. 
née  432  de  nôtre  Ere  vulgaire.  '  S.  Eucher  n'oublie  rien  pour  *;  ,9, 
rendre  Valérien  sensible  aux  intérêts  de  son  ame  et  le  dé-  p.  306 
goûter  de  la  fausse  sagesse  de  ses  Philosophes  ,  à  laquelle  il 
oppose  avec  avantage  la  vraie  sagesse  du  Christianisme. 

M.  Godeau  ,  qui  croit  que  ce  Valérien  est  le  même  que  cod.  an.  441.  p. 
S.  Valérien  Evêque  de  Cémele,  suppose  par  conséquent  que  *63 
Dieu  se  servit  de  cette  letre  de  S.  Eucher  pour  opérer  la  con- 
version de  son  parent ,  qui  fait  le  sujet  de  cet  article.  Mais 
il   n'y  a  nulle  apparence  que  S.  Eucher  eût  la  consolation 
qu'il  souhaitoit,  de  lui  voir  quitter  le  monde.  '  Il  parolt  au  sid.  cai.  s.  P. 
contraire  y  avoir  été  encore  fort  engagé,  lorsque  S.  Sidoine,  iu' 
depuis  Evêque  de  Clermont,  lui  adressa  le  panégyrique  de 
l'Empereur  Avite,  '  fait  seulement  en  456  après  la  mort  de  tui.  iMd. 
S.  Eucher.  Or  il  y  avoit  déjà  plusieurs  années  que  S.  Valé- 
rien etoit  Evêque  de  Cémele  :  ce  qui  suffit  pour  distinguer 
ces  deux  Valériens,  comme  nous  faisons. 

'  Erasme  dans  les  scholies  sur  la  letre  de  S.  Eucher  à  son  Ench.  iwd.  p.  310. 
parent,  dit  qu'il  parolt  assez  clairement  par  un  endroit  de 
cette  letre ,  que  Valérien  a  écrit  des  Annales  de  '  l'Empire 
Romain.  En  effet,  '  S.  Eucher  lui  parlant  de  l'accroissement  p-  303.  304. 
de  ce  vaste  Empire,  depuis  ses  premiers  Rois  jusqu'à  Auguste, 
ce  qui  dans  les  desseins  de  Dieu  devoit  servir  à  répandre  par- 
tout la  Religion  Chrétienne,  il  lui  cite  une  époque  prise  de 
ses  propres  ouvrages.  Itaque,  lui  dit-il,  ut  tua  apud  te  proférant 
cum  ao  oriu  regnihujuscentesimusetoctogesimus  quintus  ferè 

Tome  IL  Z  z 


362    VALÉRIEN,    PREFET  DES  GAULES. 

VSIBCLE. 


suprà  millesimum  vertatur  annus  ;  quidguid  velsub  illapri- 
mum  dominatione  regum  vetusta,  etc.  11  est  certain  que  cet 
endroit  ne  permet  pas  de  douter  que  Valérien  n'ait  écrit  au  moins 
quelque  histoire,  où  il  comptoit  les  années  par  celles  de  la  fon- 
sid.  1.  s.  ep.  io.  dation  de  Rome.  'Savaron  ajoute  que  cette  histoire  de  Va- 
not.  P.  345.        lérien  est  citée  par  Evagre,  et  par  Jornandes  dans  celle  qu'il 
Evag.i.i.c.n. |i.  a  composée  des  Gots.    'Evagre    parle  effectivement   avec 
ï.  c!  a*.'  î>6  275!  beaucoup  d'éloge  d'un  Prisque  Rhéteur,  qui  avoit  écrit  après 
283.    295.  308.  z0sime  l'histoire  de  l'Empire.  Prisque  y  traitoit  en  particu- 
lier des  conquêtes  d'Attila  Roy  des  Huns  en  Orient  et  en 
Occident ,  et  conduisoit  son  ouvrage  au  moins  jusqu'à  la 
mort  de  ce  Prince.  On  y  trouvoit ,  au  jugement  d'Evagre,  de 
grandes  recherches  ,  beaucoup  d'exactitude ,  de  discerne- 
ment et  d'élégance.   Le  temps  auquel  Evagre  rapporte  cet 
Historien ,  et  l'éloge  qu'il  en  fait ,  conviennent  fort  bien  à 
Prisque  Valérien,  dont  nous  parlons.  Toutefois,  nous  ne 
croïons  pas  que  ce  soit  lui,  sur  ce  qu'Evagre  ne  paroît  citer 
que  des  Auteurs  Grecs.  Ainsi  il  y  a  de  l'apparence  que  le 
Rhéteur  Prisque,  dont  il  parle,  étoit  plutôt  Grec  que  Latin, 
jorn.  e.  34.  p.  'C'est  ce  que  Jornandes  semble  confirmer  ,  en  disant  que  ce 
Prisque  fut  envoie  en  Ambassade  vers  Attila ,  de  la  part  de 
Théodose  le  jeune  Empereur  d'Orient.  D'ailleurs  l'histoire 
qu'Evagre  et  Jornandes  citent  de  lui,  ne  fut  écrite  qu'après 
la  mort  d'Attila,  c'est-à-dire  après  le  milieu  de  ce  siècle  :  au 
lieu  que  celle  de  Prisque  Valérien  étoit  connue  vingt  ans  aupa- 
ravant dès  432. 
p»™.  vet.  not.  p.       '  Melchior  Goldast  tire  du  même  endroit  qu'Erasme ,  que 
Valérien  a  écrit  des  livres  d'histoire  depuis  la  fondation  de 
Rome  jusqu'à  son  temps.  Mais  c'est  vouloir  deviner   que 
d'avancer  de  semblables  conjectures.   Il   est  encore  moins 
p.  18-20.  fondé  'à  ne  faire,  comme  il  fait,  qu'une  même  personne  du 

parent  de  S.  Eucher,  de  Prisque  Valérien  et  de  S.  Valérien 
Evêque  de  Cémele. 

'  La  manière  dont  en  parle  S.  Sidoine  fait  juger  ,  que  Va- 
lérien joignoit  aussi  la  qualité  de  Poète  à  celles  de  Philoso- 
phe et  d'Historien.  Voici  comment  il  s'explique  à  son  sujet 
v.  i6.  en  lui  dédiant  le  Panégyrique  de  l'Empereur  Avite,   '  et  le 

priant  de  le  condamner  au  feu  ,  s'il  ne  le  jugeoit  pas  digne 
de  son  approbation. 


$  X 


Sid.  car.  8.   v.  3. 
13. 


VALÉRIEN,  PRÉFET  DES  GAULES.       363 

'  Prisce,  decus  semper  noetrum,  cui  Principe  ivito 

Gognatum  Bociut  purpura  cclsa  genus  ; 
Ad  tua  cum  nostrœ  currant  carmina  nugœ, 
,    Dico,  state  vaga;,  quo  properatis  ?  amat. 
Districtus  semper  censor  qui  diiigit  ex(at , 

Dura  fronte  lcgit  mollis  amicitia. 


V    SIECLE. 


v.  1-6. 


'  Respondem  illœ,  properabimus ,  ibimus  et  nos 
Non  rétines,  tanto  judice  culpa  placet. 

Cqgnitor  hoc  nullus  melior,  bcne  carmina  pensât, 
Conteratu  tardo,  judicio  céleri, 

Et  quia  non  potui  temeraria  sistere  verba, 
Hase  rogo  ne  dubites,  lecta  dicare  rogo. 


PAULIN, 

SURNOMMÉ    LE    PÉNITENT  ,    POETE    CHRÉTIEN. 


t.  tl-16. 


c 


t.    5. 


SI- 
HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

e  Paulin    est    devenu   fort   célèbre  pour  sa  disgrâce,  et 
encore  plus  pour  sa  pénitence.  '  Il  étoit  fils  '  d'Hespere  tiu.  Emp. 
Proconsul  d'Afriaue ,   et  petit-fils  du  Consul  Ausone ,  dont  p' 620' 
nous  avons  donné  les  éloges  en  leurs  lieux.  '  Du  côté  de  sa  Aus.  par.  c.  22. 
mère  il  descendoit  d'un  Séverus  Censor  Julianus ,  et  d'une  30'  p* 135'  U2' 
Pomponia  Urbica,  loués  l'un  et  l'autre  pour  leur  probité,  et 
celle-ci  en  particulier  pour  sa  noblesse.  '  Il  eut  au  moins  deux,  c.  n.  p.  125. 
frères,  dont  l'un  nommé  Pastor,  mourut  tout  jeune,  et  qu'Au- 
sone  son  aïeul  pleure  amèrement  dans  ses  Poésies,'  Paulin  Paul.  Euch.  232- 
nâquit  en*  376,  comme  il  paroîtpar  un  endroit  de  ses  écrits, 'à  lau'i.  Ench. 

p.  255-259. 


not. 


«  '  Barthius  a  voulu  prouver   que  Paulin 
étoit  plù|4t  fil*  de  la  tille    d'Ausoae,   que 
Mais  ce    que  nous  avons  dej 


d'Hespere. 


que  nous  avons  déjà 


dit  sur  Ilespere,  et  ce  que  nous  allons  dire   T.  24-26. 
sur  Paulin,  est  plus  que  sutA»ant  pour  dé- 
truire son  opinion. 


x  J  Ptnliu  d i(  er  «il  avoit  30  ans  accom- 

Îilis,  lorsque  les  Barbares  se  jetterent  dans 
es  Gaules,   où  ils  entrèrent  comme  nous 


avons  dit,  dèt  le  dernier  jour  de  l'an  406. 
Ainsi  il  étoit  né  en  376. 


Zlj 


V.  232-235. 


V    SIECLE. 


364 


PAULIN 


12-14. 
31-35. 


T.  43-49. 


T.  60-73. 


T.  77-86. 


r.  113-116. 


127-134. 
135-140. 


92-96. 
153-177. 


r.  144-148. 


Pella  en  Macédoine,  où  son  père  étoit  Vicaire  des  Préfets.  '  Il 
vint  au  monde  avec  un  corps  de  foible^  complexion  :  '  ce 
qui  ne  l'empêcha  pas  d'arriver  à  une  grande  vieillesse.  '  11 
n'avoit  encore  qu  un  mois,  lorsque  de  Macédoine  on  le 
porta  à  Carthage  en  Afrique,, où  il  fut  un  an  et  demi  pen- 
dant que  son  père  y  exerça  la  charge  de  Proconsul.  '  Â  l'âge 
de  trois  ans  on  l'apporta  à  Bourdeaux,  qui  étoit  sa  patrie  à 
cause  de  sa  famille,  où  il  vit  pour  la  première  fois  son  grand- 
pere  Ausone,  qui  étoit  Consul  cette  année-là  même. 

'  Ses  parents  prirent  tout  le  soin  possible  de  son  éducation, 
tant  pour  les  mœurs  que  pour  les  letres.  Dès  qu'il  eut  atteint 
l'âge  de  cinq  ans,  ils  l'appliquèrent  à  l'étude,  particulière- 
ment des  livres  d'HomeFe  et  de  Virgile;  comme  il  étoit  né 
en  Grèce ,  '  et  qu'il  avoit  été  élevé  par  des  domestiques  qui 
parloient  la  langue  du  pais,  elle  étoit  devenue  sa  langue  na- 
turelle :  ce  qui  lui  donna  de  la  peine  à  apprendre  la  latine. 
Son  humilité  cependant  lui  fait  attribuer  cette  difficulté  à 
son  peu  de  génie,  et  lui  fait  dire  que  sa  manière  d'écrire  en  la- 
tin prouve  malgré  lui,  qu'il  n'avoit  pas  appris  toutes  les  beautés 
de  cette  langue. 

'  Il  étudia  néanmoins  les  deux  langues ,  et  fît  les  autres 
études  convenables  et  à  son  âge  et  à  sa  naissance,  même  avec 
assez  de  succès  pour  se  croire  sçavoir  quelque  chose.  Mais 
une  fièvre  quarte  qui  le  saisit  à  15  ans ,  retarda  le  progrès 
de  ses  études,  et  ses  parents,  de  l'avis  des  Médecins,  préfé- 
rant sa  santé  à  son  avancement  dans  les  letres,  les  lui  laissè- 
rent négliger.  '  Son  père  entre  autres  ne  songea  plus  qu'à  le 
divertir,  en  quoi  sa  tendresse  le  rendoit  ingénieux.  '  Ce  genre 
de  vie  dégoûta  Paulin  de  l'étude ,  et  lui  inspira  de  l'amour 
pour  le  siècle.  C'est  de  quoi  il  se  plaignoit  dans  la  suite,  en  re- 
jettant  la  cause  de  ce  dérangement  sur  son  père,  qui  le  fa- 
vorisa avec  trop  de  facilité,  au  lieu  qu'il  n'auroit  dû  autoriser 
que  ce  qui  pouvoit  procurer  le  salut  à  son  lils.  De  sorte  que 
Paulin  bien  loin  '  de  suivre  l'inclination  sainte  qu'il  avoit  eue 
dès  son  enfance,  de  ne  vivre  que  pour  J.  C.  '  tomba  dans  les" 
défauts  ordinaires  à  la  jeunesse,  et  s'engagea  dans  Une  vie  vo- 
luptueuse. 

'  Cependant  sa  santé  s'affermit.  Alors  il  ne  songea  plus  qu'à 
être  bien  monté  et  somptueusement  vêtu,  à  avoir  des  chiens 
et  des  oiseaux  pour  là  chasse,  et  à  suivre  toutes  les  folles 


LE  PÉNITENT.  365     y  ^^ 

passions  de  la  jeunesse.  '  Ces  vains  amusements,  et  sur-tout  T  U9_,M 

la  course  des  chevaux,  l'exposèrent  à  beaucoup  de  dangers, 

mais  sans  qu'il  pensât  alors  qu'il  ne  les  avoit  évités  que  par 

une  protection  particulière  de  Dieu.  '  Il  eut  néanmoins  toû-  t.  159-168.  1  tis. 

jours  au  milieu  de  ses  dérèglements  une  attention  singulière  819- 

à  garder  tous  les  dehors  de  l'honnêteté  :  quoiqu'il  se  livrât  à 

tous  les  plaisirs  qui  ne  pouvoient  pas  le  deshonorer  aux  yeux 

des  hommes. 

'  A  l'âge  de  20  ans  il  épousa  une  femme  d'une  maison  v.  m-isi. 
beaucoup  moins  considérable  pour  ses  biens,  que  pour  l'an- 
cienneté de  sa  noblesse.  Cela  n'empêcha  pas  qu'il  n'eût  d'assez 
grands  revenus  '  pour  vivre  en  Seigneur  qui  a  toutes  les  com-  203-216.  1 435.437. 
modités  de  la  vie,  une  table  bien  servie,  des  meubles  magni- 
fiques, et  un  train  qui  répond  à  tout  le  reste.  '  Paulin  con-  t.  203-216. 
tent  de  son  sort,  ne  desiroit  que  de  le  voir  durer  jusqu'à  la  fin 
de  ses  jours  :  de  sorte  que  sa  vie  étoit  exempte  d'avarice  comme 
d'ambition,  mais  inséparable  de  l'amour  des  délices. 

'  Il  arriva  cependant  par  une  miséricorde  particulière  de 
Dieu ,  tout  le  contraire  de  ce  que  Paulin  desiroit.  Le  com- 
mencement de  sa  vie,  sUieureux,  selon  le  monde,  '  fut  ch^n-  t.  430-450. 
gé  en  une  suite  continuelle  d'adversités  dont  Dieu  se  servit 
pour  le  retirer  de  sa  vie  molle  et  voluptueuse.  '  A  l'âge  de  >.  232.  238. 
30  ans  il  perdit  son  père,  que  la  mort  lui  enleva;  '  et  aussi-  v.  ?«.  «54. 
tôt  il  eut  beaucoup  à  souffrir  de  la  dureté  d'un  frère  qui  vou- 
loit  faire  casser  son  testament,  afin  de  dépouiller  leur  mère 
de  ce  qui  lui  étoit  nécessaire  pour  les  commodités  de  la  vie. 
Outre  ces  afflictions  domestiques,  '  il  eut  la  douleur  de  voir  v.  233.  235. 
son  pals  inondé  de  Barbares.  Pour  se  metlre  à  couvert  de 
leurs  ravages,  '  il  s'attacha  à  Attale,  qui  en  414  avoit  repris  r.  290-314. 
la  pourpre  dans  les  Gaules,  sans  pouvoir,  sans  argent  et  sans 
soldats  qui  fussent  à  lui.  Ce  Prince  prétendu  voulut  pour  sa 
consolation  avoir  Paulin  à  son  service.  Il  lui  donna  le  titre 
de  Comte  ou  Intendant  de  son  domaine,  quoiqu'il  n'en  eût 
aucun;  et  Paulin  l'accepta  moins  pour  la  considération  d' At- 
tale, que  pour  n'avoir  rien  à  craindre  des  Gots,  qui  avoient 
été  reçus  comme  amis  dans  la  ville  où  il  dertieuroit,  et  qui  pa- 
roi lavoir  été  Bourdeaux. 

Cette  dignité  plus  apparente  que  réelle,  n'empêcha  pas 
'  que  les  Gots,  aïant  saccagé  et  brûlé  la  ville  la  même  année,  y.  304-330. 
ne  pillassent  aussi  la  maison  de  Paulin,  et  ne  le  dépouillassent 
2  6 


V  SIECLE. 


T.  331-356. 


T.  410-419. 


v.  480-909. 


T.  451-467. 


T.   510-560. 


V.  564-581. 


366  PAULIN 

avec  toute  sa  famille  de  tout  ce  qu'ils  avoient,  ne  leur  lais- 
sant que  la  vie  et  la  liberté.  '  Après  cette  perte  il  se  retira  à 
Basas,  d'où  étoit  Jules  Ausone  son  bisaïeul;  mais  il  s'y  vit 
aussi-tôt  assiégé  par  les  Gots  et  les  Alains,  et  en  danger  de 
perdre  la  vie  dans  une  sédition.  Dépouille  de  tout  ce  qu'il 
possédoit  dans  les  Gaules,'  il  voulut  passer  en  Grèce,  où 
sa  mère  qui  en  étoit,  jouissoit  d'un  grand  nombre  de  belles 
terres.  '  Mais  sa  femme  ne  se  put  résoudre  à  passer  la  mer  : 
ainsi  il  fut  réduit  à  errer  de  côté  et  d'autre  hors  de  son  pais. 
Il  perdit  ensuite  l'une  après  l'autre,  sa  mère,  sa  belle-mere, 
et  sa  femme.  Il  eut  même  la  douleur  de  se  voir  abandonné 
de  ses  enfants,  qui  le  quittèrent  pour  aller  k  Bourdeaux  avec 
les  Gots,  hormis  un  qui  étoit  Prêtre,  mais  qu'une  mort  sou- 
daine emporta  bien-UM. 

'  Au  milieu  de  ses  malheurs  il  eut  quelque  dessein  de  se 
faire  Moine  ;  mais  diverses  personnes  de  pieté,  à  qui  il  en 
parla,  l'en  détournèrent,  sur  ce  qu'il  ne  pouvoit  dans  l'état 
où  il  se  trouvoit,  abandonner  le  soin  de  sa  famille,  d'une 
mère,  d'une  belle-mere,  et  d'une  femme,  qui  vivoient  encore 
aloçs. 

'  Les  biens  qu'il  a  voit  en  Grèce  lui  manquèrent  comme 
toutes  les  autres  consolations  humaines  ;  et  il  se  trouva  con- 
traint de  passer  le  reste  de  ses  jours  à  Marseille ,  où  il  avoit 
une  maison.  Il  y  subsista  tant  qu'il  eut  des  forces  et  des  va- 
lets, en  faisant  valoir  les  terres  des  autres  qu'il  affermoit.  Mais 
aiant  été  privé  de  ce  secours  dans  la  suite  du  temps,  il  se  vit 
encore  obligé  d'errer  de  côté  et  d'autre  sans  biens,  sans  femme, 
et  sans  enfants  qni  pussent  partager  ses  peines.  Alors  il  forma 
le  projet  de  retourner  à  Bourdeaux  ;  mais  Dieu  ne  permit 
pas  qu'il  l'exécutât,  pour  lui  faire  voir  que  sa  providence  lui 
réservoit  d'autres  ressources,  en  lui  procurant  des  charités 
suffisantes  pour  le  faire  subsister.  Car  s'il  avoit  encore  quel- 
que bien  qui  parût  être  à  lui,  ou  il  l'avoit  engagé  pour  vi- 
vre, ou  il  l'avoit  cédé  à  ses  enfants,  ou  enfin  les  Barbares  s'en 
étoient  emparés. 

'  Lorsqu'il  étoit  réduit  dans  cette  extrémité,  et  déjà  acea- 
blé  des  infirmités  de  la  vieillesse,  Dieu  qui  ne  l'avoit  jamais 
abandonné  dans  ses  besoins ,  voulut  hien  encore  lui  donner 
une  consolation  temporelle.  Un  Got  qu'il  ne  connoiaspit 
point,  désirant  avoir  un*  de  ces  terres,  au  lieu  à»  s'en  empa- 


LE   PÉNITENT. 


367 


rer,  comme  d'autres  avoienl  fait  de  ses  autres  biens,  lui  en 
envoïa  l'argent  :  non  autant  que  la  terre  valoit,  mais  assez 
pour  paier  ses  dettes,  remettre  un  peu  sa  famille,  et  fournir  à 
ses  autres  nécessités. 

'  Durant  son  séjour  à  Marseille  il  y  étoit  uni  avec  un  grand 
nombre  de  Saints,  qui  faisoient  alors  l'ornement  de  cette 
ville.  Ses  sentiments  sur  la  grâce  font  juger,  qu'il  désigne 
plus  vraisemblablement  les  disciples  de  S.  Augustin,  tels 
qu'êtoieût  S.  Prosper,  Hilaire,  et  les  autres,  que  les  disciples 
de  Cassien.  '  Il  y  étudioit  la  doctrine  de  l'Eglise  contre  les 
hérésies,  dans  lesquelles  il  semble  qu'il  eût  été  engagé  et  qu'il 
eût  passé  15  ans.  Il  parott  aussi  qu'il  travailloit,  autant  qu'il 
en  étoit  capable,  à  expier  ses  fautes  par  les  exercices  de  là 
pénitence.  '  En  '  422  à  la  fête  de  Pâque  il  reçut  le  S.  bap- 
tême, étant  alors  dans  la  46*  année  de  son  âge. 

Telles  furent  les  voies  par  lesquelles  la  divine  providence 
conduisit  Paulin  au  port  du  salut..  '  Il  est  difficile  en  consi- 
dérant ce  que  c'étoit  alors  que  le  fils  d'un  Préfet  du  Prétoire 
et  le  petit-fils  d'un  Consul  Romain,  de  concevoir  un  mal- 
heur qui  puisse  paroître  plus  grand  aux  yeux  des  hommes. 
Cependant  ce  fut  un  bonheur  pour  Paulin.  '  Il  reconnut  dans 
toute  la  suite  de  sa  vie  l'ordre  de  la  providence,  et  de  la  mi- 
séricorde de  Dieu,  dont  il  ne  se  lassoit  de  lui  rendre  de  con- 
tinuelles et  très-humbles  actions  de  grâces.  On  peut  assurer 
qu'il  mourut  dans  ces  saintes  dispositions,  '  après  avoir  vécu  au 
moins  jusqu'à  la  *  84*  année  de  son  âge  :  ce  qui  nous  conduit 
jusqu'à  l'an  460  de  Jesus-Christ. 


v   SIÈCLE. 


T.  461.  5».  SU. 


v.  468-474. 


V.  475-478.  |  Till. 
ibid.  p.  SIS.  818. 
1. 


Till.  p.  614. 


Paul.  ibid. 
616. 


v.  11-14. 


v.  583- 


<  Nôns  suivons  la  même  époque  que 
M.  d«  Tiltemont,  mais  appuies  mr  an  prin- 
cipe diiïérent.  '  Ce  sçavant  homme  se  fond* 
particulièrement  sur  le  474*  vers  de  Paulin, 
qu'il- tit  ainsi,  Pott  auttn  tract  a  jam  ter 
trictcride  quintâ,  ce  qui  selon  lai  ferait 
m  «*s  de  l'igê  de  Paulin.  Mais  il  est  visi- 
ble  par  le  texte,  que  l'époque  marquée  '1  ans 
ce  vers,  se  rapporte  à  ce  qui  précède,  et  né 
contient  que  l'espace  de  15  ans  qne  Paulin 
aurait  passé  ou  dans  l'hérésie,  ou  à  s'in- 
struire de  la  docttine  de  l'Eglise.  C'en 
pourquoi'  l'édition  dont  nous  nous  sommes 


*  '   Panlin  perlant  de  Hge  qu'il  ««oit, 
lorsqu'il   écrivoit,  l'exprime  par  onze  se- 


servis,  exprime  oe  rers  de  la  sorte,  l'ott  au- 
ttm    rzada   jnm   trietèridt    quinta;   '    et 
comme   il    y   manque   ane  syllabe  après   Till.  ibid.  p. 
jam ,  Barlhias   veut    qu'on    ai  o  il  le    tub.    1. 
'  Peut  ce  qui  est  de  l'e^equ*  de  SoU  bap-    not.  p.  290. 
terne,  Paulin  la  marque  dans  le  478e  vers,   v.  478. 
en  disant,  Ante  ho*  ter  dttUt  tupêr  et  bis 
quatuor  <mn»t.  Le  texte  perte  Ai»,  '  mais    not-  'uil1- 
n&rtnius   reiharque   avec   raison  qu'il  ftut 
bis  i  c'est-à-dire  38  ans  avant  qu'il  écrivit. 
Or  il  écrivoit  en  460,  dans  la  84*  anaéetle 
ton  t#e,  comme  nous  dirons . 


818. 


maine»  d'années,  «t.  six  «ni 
maine  :  ce  qui  fait  83  ans 


Paul. 
474. 

la  lis*  m-    Paul. 


Euch.     v. 


ib.   t.  11- 


V    SIECLE. 


368  PAULIN 

S  il. 

SES  ÉCRITS. 

Tout  ce  que  nous  venons  de  dire  des  actions  de  Pau- 
lin, est  presque  entièrement  pris  du  poëme  qu'il  nous 
a  laissé  en  vers  hexamètres,  et  où  il  décrit  par  ordre  toute  la 
suite  de  sa  vie  avec  les  sentiments  d'une  foi  vive,  et  d'une 
Paul.  Ench.  pr.  p.  pieté  aussi  humble  que  tendre.  '  Il  a  mis  à  la  tête  une  préface 
■  Mt.*p!*aH  en  prose  *  qui  est  une  pièce  polie  et  éloquente,  et  par  con- 
Tiii.  Emp.  t.  5.  séquent  beaucoup  mieux  écrite  que  son  poëme,  '  dans  lequel 
p-6-5-  il  faut  moins  chercher  les  beautés  de  la  poésie,  que  les  sen- 

timents de  la  pieté  Chrétienne.  En  effet  on  remarque  qu'ou- 
p»ui.  Euch.  not.  tre  la  dureté  des  vers,  '  il  n'y  a  pas  même  gardé  la  quantité 
p-  "•'  des  sillabes,  et  qu'il  auroit  été  à  souhaiter  qu'il  eût  écrit  plutôt 

en  prose  qu'en  vers. 
pr.  P.  !M.  '  Paulin  marque  lui-même  dans  sa  préface  le  dessein  de  son 

ouvrage,  qu'il  dit  devoir  intituler  Eucharistique,  titre  qu'on 
lui   donne   communément   dans   les   imprimés,  c'est-à-dire 
p  1M  Action  de  grâces,  *  '  parce  qu'il  y  remercie  Dieu  et  des  biens 

temporels  dont  il  l'avoit  fait  jouir  autrefois,  et  des  maux  par 
lesquels  il  l'avoit  fait  rentrer  dans  les  voies  du  salut.  C'est  sur 
quoi  il  insiste  particulièrement,  tendant  par-tout  à  montrer 
que  Dieu  ne  l'avoit  dépouillé  de  ses  biens  que  pour  lui  pro- 
curer par  l'humilité  et  la  pénitence  son  retour  vers  lui.  Il  prie 
ceux  qui  liront  son  poëme,  d'être  persuadés  qu'il  l'a  fait  moins 
pour  les  autres  que  pour  lui-même,  et  qu'il  y  a  plus  en  vue 
P.  iôo.  de  plaire  à  Dieu,  '  au  service  duquel  il  avoue  qu'il  doit  con- 

sacrer toutes  les  actions  de  sa  vie,  que  d'écrire  pour  des  per- 
sonnes plus  sçavantes  que  lui,  et  qui  pourraient  regarder  son 
ouvrage  comme  une  pièce  mal  composée. 

'  Il  étoit  dans  la  84e  année  de  son  âge  lorsqu'il  fit  ce  poëme. 
Rien  n'est  ni  plus  humble  ni  plus  édifiant  cjue  la  prière  par 
laquelle  il  finit  son  écrit.  On  y  voit  comme  dans  tout  le  reste 
de  la  pièce,  que  Paulin  étoit  ï)ien  éloigné  des  erreurs  des  Se- 
v.  595-6I6.  mipélagiens.  '  Il  y  demande  à  Dieu  la  force  nécessaire  pour 

Mor.  P.  p.  8S5.  t.       >  '  Les  Continuateurs  de  Moreri  donnent      Ausone,  qui  etoit  mort  il   y  «voit  plus  de 
à  cet  ouvrage  le  titre  d'actions  de  grâce»  à      60  an*. 

soutenir 


T.  it-u. 


LE   PÉNITENT.  *  361     m    u' 

y     IECLE. 


soutenir  les  langueurs  de  la  vieillesse,  la  constance  pour  ne 
point  craindre  la  mort,  la  grâce  d'être  tout  à  lui  le  reste  de 
ses  jours,  et  d'être  reconnu  après  sa  vie  pour  un  des  membres 
deJ.  C.      ' 

'  Le  premier  qui  a  publié  le  poëme  de  Paulin,  est  Marga-  syii.  poët.  chr. 
rin  de  la  Bigne,  qui  le  lit  imprimer  dans  son  appendice  à  la 
Bibliolheque  des  Pères,  à  Paris  chez  Sonnius  l'an  1579.  Il 
est  aussi  fâcheux  que  surprenant  que  l'on  ait  oublié  cette  pie- 
ce  dans  les  éditions  postérieures  de  la  Bibliothèque  des  Pè- 
res qui  ont  paru  tant  à  Cologne,  à  Paris  qu'à  Lyon.  C'est  ce 
3ui  a  rendu  ce  poëme  si  rare.  '  M.  Fabricius  et  Casimir  Ou-  Fabr.  wb.    iat. 
in,  ne  faisant  attention  qu'à  la  date  de  l'épitre  dédicatoire,  3ft.pi.  p.  i»! 
en  marquent  une  édition  faite  à  Leipsick  en  1681  en  un  vo- 
lume in-8°,  avec  les  poésies  de  Paulin  de  Périgueux,  et  les 
notes  de  divers  Sçavants  par  les  soins  de  Chrétien  Daumius . 
'  C'est  la  même  dont  nous  nous  sommes  servis,  mais  qui  ne  fut  bu>.  s.  vin.  Cen. 
finie  et  publiée,  à  cause  de  la  peste  qui  interrompit  l'ouvrage, 
qu'en  1686,  chez  les  héritiers  de  Federic  Lanckisch.   Les 
notes  de  Gaspar  Barthius  sur  le  poëme  de  Paulin,  desquelles 
nous  nous  sommes  servis  aussi,  avoient  été  imprimées  au  mê- 
me endroit  dès  l'an  1680,  avec  celles  du  même  Ecrivain  sur 
Paulin  de  Périgueux  par  les  soins  de  Frideric  Benoît  Carpzo- 
vius,  sans  que  le  texte  de  ces  Poëtes  fût  imprimé  dès-lors, 
pour  la  raison  que  nous  en  avons  apportée.  (XVI.) 


Tome  II. 
2  e  « 


V   SIECLE. 


362  S.   RUSTIQUE, 

S.     RUSTIQUE, 

EvÈQUE    DE   NaUUONE. 

saiv.  not.p.  4io.|  '  /"\N  croit  sans  difficulté  que  S.  Rustique  de  Narbone 
i.co,t.  2.  p.  tm|  yy  est  le  même  '  que  Rustique  jeune  homme  de  mérite 
pî'Vi'.  K  '  ir'  ct  ^e  sÇuvoir,  à  qui  S.  Jérôme  adresse  une  excellente  lelre 
•  nier.  <>p.  !»5.  p.  vers  l'an  IH.  Sur  ce  principe  Rustique  paroit  avoir  été  ou 
771  •  de  Marseille,  ou  des  environs  en  tirant  du  côté  de  Toulouse. 

p.  7".  Au  moins  il  est  certain  '  que,S.  Jérôme  dit  qu'il  éloit  à  por- 

tée de  recevoir  des  instructions  de  vive  voix  du  sçavant  Evè- 
que  Procule,  qui  gouverna  l'Eglise  de  Marseille  dès  la  fin 
du  IV  siècle  jusqu'en  il9;  et  qu'il  lui  propose  en  même  temps 
saiv.  mu.  p.  K*.  l'exemple  de  S.  Exupére,  qui  vivoit  encore.  '  Rustique  étoit 
fils  d'un  Evoque  nommé  Bonose,  et  d'une  mère  qui  avoit  pour 
riii.  ibki.  p.  403.  frère  un  autre  Evoque  nommé  Arator.  '  Mais  on  ignore  le  Siège 

de  l'un  et  de  l'autre. 
Hier,  ibi  i.  p.  77i.  'Au  sortir  des  écoles  des  Gaules  sa  patrie,  où  les  études  étaient 
encore  très-florissantes,  sa  mère,  qui  étoit  une  dame  de  pieté, 
et  qui  n'épargnoit  rien  pour  l'avancement  de  ce  cher  fils, 
l'envoïa  à  Rome.  Rustique  pcssédoit  déjà  toute  la  beauté  et 
toutes  les  richesses  de  l'éloquence  Gauloise;  il  ne  lui  man- 
(juoil  que  de  modérer  par  la  gravité  Romaine  ce  que  les  Gau- 
lois avoicnl  naturellement  ou  de  trop  abondant,  ou  de  trop 
diffus.  11  eut  plus  besoin  d'être  retenu  que  d'être  excité  dans 
celte  carrière,  tant  il  avoit  d'ardeur  pour  s'y  perfectionner.  En 
peu  de  temps  on  vit  en  lui  ce  que  l'on  admiroit  autrefois  dans 
les  plus  sçavants  de  la  Grèce,  qui  avoient  le  secret  de  dessécher 
l'enflure  Asiatique  par  le  sel  Atlique,  et  d'enrichir  leur  élo- 
quence non  de  paroles  inutiles  qui  ne  sont  que  des  feuilles, 
mais  des  sens  qu'expriment  les  paroles,  et  qui  en  sont  comme 
les  fruits. 
'M*.  '  Rustique  de  retour  en  son  païs,  se  disposoit  à  embrasser 

la  vie  monastique,  lorsqu'il  écrivit  à  S.  Jérôme,  pour  le  prier 
de  lui  dire  quel  état  lui  étoit  le  plus  convenable,  ou  la  vie 


EVEQUE    DE   NARBONE.      *  363  „  •  „ 

v  V    SIECLE. 


éremitique,  ou  la  vie  cénobitique.  S.  Jérôme  lui  répondant, 
se  déclare  pour  ce  dernier  élat,  comme  plus  avantageux,  et 
plus  propre  à  faire  éviter  de  grands  défauts.  Ensuite  il  lui 
prescrit  d'excellentes  règles  pour  sa  conduite.  Il  lui  recom- 
mande entre  autres  choses  d'avoir  toujours  un  livre  à  la  main, 
d'aimer  sur-tout  la  lecture  des  livres  sacrés  ;  mais  de  ne  se 
point  presser  de  rien  publier  de  sa  façon,  et  de  s'instruire  lui- 
même,  avant  que  de  s'ingérer  à  enseigner  les  autres.  Rusti- 
3ue  suivit  l'avis  de  S.  Jérôme,  '  et   se  retira  au  monastère 
e  Lérins,  où  il  vécut  avec  Vénère,  qui  fut  depuis  Evoque  saiv.  ibU.  p.  «s. 
de  Marseille.  On  l'éleva  ensuite  au  Sacerdoce  dans  cette  mé-  *™\  ' Tl11,       '' 
me  Eglise,  et  enfin  à  la  dignité  d' Evoque  de  Narbone.  11  fut 
ordonné  le  troisième  d'Octobre  de  l'an  430,  selon  M.  Baluze, 
'  ou  même  dès  427,  selon  M.  de  Tillemont ,  ce  qui  paroît  Till  ibil      t03 
mieux  fondé.  887.'  sfw. 

De  si  heureux  commencements  ne  pouvoient  que  faire  es- 
pérer de  voir  en  Rustique  un  parfait  Evêque.  Aussi  '  il  parut  „ 
dans   sa  charge  comme   un    excellent   médecin  des  âmes.  102t. 
'  Mais  son  Episcopat  se  rencontra  en  des  temps  très-fàcheux ;  TiH<  n.i,!.  v.m. 
les  Gots  Ariens  de  religion  occupant  alors  tout  le  pais  que 
nous  nommons  aujourd'hui    le  Languedoc,  et  y  faisant  sou- 
vent la  guerre  aux  Romains ,  qui  tenoient  encore  Narbone. 
Les  malheurs  des   guerres  cependant  affiigeoient  moins  S. 
Rustique,  '  que  les  scandales  qu'il  voïoit  naître  de  tous  cô-  i,.(1>  ei,.   2.   p. 
lés.  11  gémissoit  particulièrement  du  peu  de  soumission  qu'il  403-  m- 
trouvoit  dans  les  peuples,  et  du  peu  de  correspondance  et 
d'union  dans  ceux  qui  dévoient  l'aider.  L'affliction  que  lui 
causèrent  ces  derniers  maux,  lui  firent  prendre  la  résolution 
de  renoncer  à  l'Episcopat  ;  et  il  n'y  fut  retenu  que  par  les  for- 
tes   exhortations   de    S.    Léon  qu'il  avoit  consulté  sur  son 
dessein. 

'  En  444  il  entreprit  avec  le  secours  de  Marcel  Préfet  des  t.  2.  P.  78* 
Gaules,  et  de  quelques  autres  personnes  de  pieté,  de  rebâ- 
tir  l'Eglise  de  Narbone,  qui  avoit  été  brûlée  depuis  assez 
long-temps;  et  l'ouvrage  fut  fini  au  bout  de  quatre  ans.  'S.  1.1.  p.  579.  [t. 
Rustique  se  trouva  à  l'assemblée  des  44  Evoques  des  Gaules,  fbidP'p.  40c'.  '  T'"' 
qui  sur  la  fin  de  451  approuvèrent  la  letre  de  S.  Léon  à  Fla- 
vien,  et  y  signa  le  premier  après  Ravenne  d'Arles.  '  S.  Léon  Léo.  eP.  8».  p. 
cependant  écrivant  l'année  suivante  aux  Evêques  des  Gau-  603" 


*Z  zij 


V  SIECLE. 


364  S.  R  U  S  T  I  Q  U  E , 


les,  pour- les  informer  de  ce  qui  s'étoit  passé  au  Concile  de 
Calcédoine ,  nomme   S.  Rustique  avant  Ravenne ,   comme 

conr.   t.  *.  p.  plus  ancien  Evêque  que  ce  dernier.  '  Peu  d'années  après,  S. 

1023-1025.  Rustique  assista  encore  à  un  nouveau  Concile  tenu  à  Arles 

au  sujet  du  différend  entre  Théodore  Evêque  de  Fréjus  et 

conc.  t.   4.  p.  l'Abbaïe  de  Lérins.  '  Ravenne  l'y  invita  par  une  letre  par- 

îïiu'ibid.  p.  407.  ticuliere,  '  qui  porte  des  marques  de  la  réputation  où  étoit 
alors  ce  Saint  parmi  tant  d'illustres  et  SS.   Evêques.  Les 

Tiii.  ibid.  p.  408.  malheurs  des  temps  sont  cause  sans  doute  '  que  nous  ne 
trouvons  rien  davantage  pour  l'histoire  de  S.  Rustique. 
Usuard  marque  sa  fête  au  26e  jour  d'Octobre,  en  quoi  il  a 
été  suivi  par  le  martyrologe  Romain.  Il  peut  être  mort  ce 
jour- là  en  l'année  461;  car  dès  le 3e  de  Novembre  de  l'an- 

Leo,  1. 1.  p.  405.  née  suivante  il  avoit  pour  successeur  Herme,  '  qui  avoit  été  son 
Archidiacre. 

La  réputation  seule  d'homme  éloquent  qu'avoit  S.  Rusti- 
que dès  sa  jeunesse  ,  nous  suffirait  pour  être  en  droit  de  par- 
ler de  lui  dans  cette  histoire.  Nous  pourrions  juger  de  cette 
éloquence,  si  Dieu  avoit  «permis  que  les  letres  que  nôtre 
Saint  avoit  écrites  à  S.  Jérôme  et  à  S.  Léon,  fussent  venues 

iwd.  jusqu'à  nous.  '  Celle  qu'il  écrivit  à  ce  S.  Pape  sur  les  dan- 

gers qui  l'environnoient  dans  l'Episcopat  au  sujet  des  maux  de 
son  Diocèse,  devoit  être  sur-tout  une  belle  pièce,  s'il  est  permis 
d'en  juger  par  la  matière  et  par  la  réputation  de  l'éloquence  de 
l'Auteur. 

Mais  c'est  une  plus  grande  perte  pour  l'Eglise  de  France , 

">'J-  que  de  n'avoir  plus  '  les  actes  de  l'assemblée  des  Evêques,  qui 

avoient  jugé  la  cause  de  deux  Prêtres  de  Narbone,  qui  vou- 
lant poursuivre  la  punition  d'un  adultère ,  avoient  été  trop 
loin.  S.   Rustique  avoit  envoie  ces  actes  à  S.  Léon  avec  la 

p.  4og.  i  conc.  t.  letre  dont  nous  venons  de  parler,  '  et  y  avoit  joint  un  mé- 

p      ""      '     moire  de  dix-neuf  difficultés  sur  divers  points  de  discipline, 

qu'il  prioit  S.  Léon  de  lui  résoudre.  Il  ne  nous  reste  plus  rien 

de  ces  monuments ,  que  ce  qui  s'en  trouve  dans  la  seconde 

mi.  iud.  p.  405.  letre  de  S.  Léon ,  à  qui  ils  en  fournirent  la  matière.  '  Denys 
le  Petit  a  inséré  cette  réponse  dans  la  collection  des  Décré- 

Tiii.  ibid.  i  Léo,  t.  taies.  '  On  ne  sçait  pas  bien  en  quel  temps  elle  fut  écrite,  ni 
par  conséquent  en  quelle  année  S.  Rustique  envoïa  ces  écrits 


EVÊQUE  DE   NARBONE.      *365 

à  Rome.  Le  P.  Quesnel  l'a  mise  dans  les  premières  années  de 
S.  Léon,  sur  des  raisons  qui  paroissent  assez  foibles.  Le  P.  Sir- 
mondl'avoit  placée  plus  tard  vers  l'an  452,  quoique  sans  en 
donner  de  raison  ;  et  il  y  a  même  quelque  sujet  de  la  différer 
jusqu'après  l'an  458. 


V  SIECLE. 


I  CONCILE  DE   TOURS. 


L 


e  s  Evêques  Léon    de  Bourges ,   Germain   de  Rouen ,  conc.  i.  4.    p. 
Victoire    ou    Victure   du    Mans ,   Eusebe   de    Nantes ,  1053- 
Amandin  de  Châlons  sur  Marne,  Athénie  dé  Rennes ,  Man- 
suet  Evêque   des  Bretons,   et  Yénérand  dont  le  Siège  n'est 
pas  marqué,  '  s'étant  trouvés  à  Tours,  pour  célébrer  la  fête  P.  îoso. 
de  S.  Martin,  le  11e  jour  de  Novembre,  et  '  aïant  à  leur  tête  P.  1053. 
S.  Perpétue  Evêque  de  la  ville,  'jugèrent à  propos  de  faire  p.ioso. 
quelques  règlements  en  faveur  de  la  discipline  de  l'Eglise. 
Ils  s'assemblèrent  donc  en  Concile  le  14e  ou  le  18e  jour  du 
même  mois  sous  le  consulat  de  Séverin, 'c'est-à-dire  l'an  461 ,  p.  1053. 1  tiu.  h. 
plutôt  qu'en  482,  auquel  on  trouve  un  autre  Séverin  Consul.  *■•  •• 16-  p-  772- 
'  Dans  cette  assemblée  les  Evêques  considérant  qu'une  longue  conc.    p.    1050- 
négligence  avoit  altéré  la  discipline  en  divers  points  ;  etvou-  \fl\^ f]ii  t'  9' 
lant  la  rendre  à  l'avenir  plus  conforme  aux  préceptes  del'Evan-  p-  *83-489. 
gile,  à  la  doctrine  des  Apôtres,  et  aux  décrets  des  Pères,  sans 
songer  à  examiner  et  à  punir  les  fautes  que  l'on  y  avoit  faites 
par  le  passé,  ils  dressèrent  treize  Canons  qui  sont  venus  jusqu'à 
nous.  Ils  regardent  presque  tous  des  points  de  discipline,  déjà 
décidés  dans  d'autres  Conciles,  nommément  dans  celui  d'An- 
gers dont  on  a  parlé. 

'  Les  Evêques  du  Concile  finissent  ces  décrets ,  en  disant  p.  1052. 

3u'ils  espèrent  de  la  miséricorde  de  Dieu ,  par  l'intercession 
eS.  Martin,  qui  est  si  puissante  auprès  de  lui,  que  l'on  ob- 
servera ce  qu'ils  viennent  d'ordonner.  Us  marquent  aussi  qu'ils 
s'assurent  que  leurs  confrères  absents  voudront  bien  y  con- 
sentir et  le  confiimer,  puisqu'ils  n'ont  rien  ordonné  qui  ne 
soit  conforme  à  l'autorité  des  Pères.  '  Ces  décrets  furent  p.ioe3. 


m  I  CONCILE   DE    TOURS. 

V    SIECLE. 

en  effet  envoies  à  Talase  Evèque  d'Angers,  qui  les  confirma 
ni.  P.  mi.         par  sa  souscription.  '  On  peut  présumer  la  même  chose  des  au- 
tres Evèques  de  la  province  de  Tours,  quoique  leurs  noms  n'y 
paraissent  pas. 
p.  390.  '  On  a  quelque  sujet  de  s'étonner  de  voir  dans  b-ssouscrip- 

cose.  t.   *.  p.  tions    de    ce  Concile  ,       Victoire    Eveque  du  Mans  avant 
deux  Métropolitains,    J.éon  de   Rourges,  que    nous   avons 
déjà  vu  présider  au  Concile  d'Angers,  et  Germain  de  Rouen, 
avant  lequel  se  trouve  aussi  Amaudin  de  Châlons  sur  Morne. 
Tiii.  ib.  p.  390.     '  Mais  c'étoit  assez  l'usage  comme  ou  le  voit  par  les  Conci- 
les des  Gaules,  que  le  rang  des  Evèques  y  suivoit  le  temps 
de  leur  ordination,  ou  au  moins  qu'il  éloit  assez  peu  réglé. 
Ces  raisons  sont  préférables  à  celle  qu'on  pourrait  encore 
apporter  de  ce  renversement  de  souscriptions,  en  disant  que 
les  copistes  auront  changé  ce  qu'ils  ont  trouvé  dans  hspre- 
c.i.o.  P.  1053.       miers  originaux.  '  L'Evéquc  Vénéra nd  dont  le  Siège  n'est  pas 
marqué,  ne  souscrivit  point  le  Concile,  quoique  présent,  parce 
qu'il  avoit  perdu  la  vue.  Mais  le  Prêtre  Jocondin  signa  pour  lui 
par  son  ordre. 
ibui.  '  La  souscription  de  Mansuet  Evèque  des  Rretons  est  rcmar- 

Tiii.  p. 400.  quable,  '  en  ce  qu'elle  nous  fournit  le  premier  monument  ecclé- 

siastique, que  l'on  trouvede  {'établissement  de  cette  nation  dans 
les  Gaules.  On  sçait  assez  que  les  Rretons  sont  ccut  qui  aïaiil 
abandonné  la  Grande-Bretagne  à  cause  des  Barbares  qui  ia 
ravogeoient,  passèrent  dans  les  Gaules,  et  vinrent  peupler  l'Ar- 
morique  qui  dans  la  suite  a  pris  le  nom  de  pelite-Bretngne,  com- 
me la  Grande  s'est  aussi  appelléc  du  nom  des  Anglois  qui  l'ont 
peuplée. 


S.  MAMERTIN,  ABBÉ   DE  S.  MABIEN.  *  307  „,  ■ 


S.  MAMERTIN, 

AlJlSÉ     DE     S.VI.NT     M.VRIEN  ,     A     Al'XERRE. 

'TmrAMEiiTi.v    fut    un    de    ces    instruments    que    Dieu    a  sur.  »i.  .lui.  p. 
lTl  choisis   avant  la   création   du    monde,  pour  annoncer  '"'•  "■  1('' 
dans  le  temps  b-s  merveilles  de  sa  puissance.  '  Il  naquit  dans  p-  no.  m. 
le  Paganisme  en  un  pals  j>eu  éloigné  de  la  ville  d'Auxorre, 
comme  il  parmi  par  ce  qu'il  nous  en  apprend  lui-même.  Il 
éloil  si  attaché  à  l'idolâtrie,  qu'il  avott  été  impossible  de  la  lui 
faire  quitter.  Cependant  le  culte  assidu  qu'il  rendoit  à  Jupiter, 
à  Mercure,  à  Apollon  et  aux  autres  fausses  Divinités,  n'em- 
pêcha pas  qu'il  ne  perdit  un  œil,  et  qu'il  devînt  perclus  d'u- 
ne main. 

'  Un  jour  qu'il  alloit  plus  triste  qu'à  l'ordinaire  visiter  leur  p.  ni. 
temple,  il  rencontra  en  son  chemin  un  Clerc  de  l'Eglise  d'Au- 
xerre nommé  Savin.  Celui-ci  aïaiit  appris  le  sujet  de  sa  tris- 
tesse et  de  sa  démarche,  '  commença  h  le  détromper  de  son  p.  113.  *u. 
erreur,  et  lui  persuada  d'aller  trouver  S.  Germain  son  Evo- 
que, qui  le  guérirait,  s'il  voulait  renoncer  à  l'Idolâtrie.  A 
cette  nouvelle  Mamertin  plein  de  joie,  prit  le  chemin  d'Au- 
xerre. 'Il  logea  la  nuit  suivante  dans  la  Chapelle  de  S.  Cor-  p  *>'• 
codéme,  où  il  eut  cette  vision  miraculeuse  qu'il  décrit  lui- 
même,  et  qui  opéra  son  entière  conversion.    Le  lendemain  p.  «3.  *i*. 
il  se  présenta  au  S.  Evoque  qui  sçachant  par  la  lumière  de 
Dieu  ce  qui  s'éloil  passé,  lui  donna  !e  saint  Baptême,  et  lui 
rendit  l'usage  de  ses  membres  aflligés. 

'  Mamertin  en  reconnoissanec  de  tant  de  grâces  reçues,  p.  «5. 
se  consacra  à  Dieu  dans  le  Monastère  que   S.  Germain  avoit 
bâti  sous  la  conduite  de  l'Abbé  Aloge,  '  qu'il  ne  faut  pas  toi.  H.  a.  1.15. 
confondre  avec  l'Evêque  Alode.  '  Nôtre  Saint  éloit  si  attaché  &ir*''ibui.%.  us. 
à  son  état,  qu'il  ne  sortoit  jamais  du  Monastère  que  pour  sui- 
vre S.  Germain,  ou  pour  aller  où  il  l'envoïoit.  Il  fit  de  tels 
progrès  dans  la  vertu ,  et  dans  la  science  spirituelle ,  qu'a- 
près la  mort   d'Aloge  on  l'obligea  d'être  successeur  de  son 


V 

SIECLE. 

Till. 

ibiil.  p.  27. 

759. 

20.   apr.  p. 

*368  S.  MAMERTIN,  ABBÉ  DE  S.  MARIEN. 

emploi,  comme  il  l'étoit  de  sa  pieté.  '  Lorsqu'il  gouvernoit 
ce  Monastère  du  temps  de  l'Evêque  Alode ,  il  y  reçut  S. 
Marien,  qui  quitta  le  Berri  pour  s'y  retirer,  et  qui  dans  la 
suite  a  donné  son  nom  au  même  Monastère.  '  S.  Mamer- 
tin  mourut  le  vendredi  saint,  qui  étoit,  dit-on,  le  30e  jour 
Bon.  u>id.  p.  758.  de  Mars,  ce  qui  se  rencontre  en  462.  '  Le  jour  de  sa  mort 
demeure  néanmoins  marqué  au  20e  d'Avril  dans  les  plus 
anciens   Martyrologes,  qui  lui    donnent    le   titre   de    Prê- 
tre. 
sur.  ibid.  p.  410.       '  Mamertin  dressa  lui-même  l'histoire  de  sa  conversion  , 
p'.  «'«.  n.  le.       peut-être  par  l'ordre  de  S.  Germain ,  '  qui  en  avoit  écouté 
plusieurs  ibis  le  récit  avec  respect,  et  qui  avoit  voulu  que 
p.  410.  n.  îs.       les  autres  la  sçussent  pour  en  louer  Dieu.  '  Le  Prêtre  Cons- 
tance ,  dont  nous  parlerons  dans  la  suite ,  nous  l'a  conser- 
vée, l'aïant  voulu  insérer  en  ses  propres  termes  dans  l'ouvrage 
de  la  vie  de  S.  Germain.  Elle  y  est  intitulée,  Révélation  de  S. 
Corcodéme,  et  de  quelle  manière  Mamertin  arriva  à  la  grâce 
Tin.  itid.  p.  14.    du  baptême.  '  C'est  une  vision  assurément  extraordinaire,  mais 
qui  a  opéré  une  conversion  très-sincere  jointe  à  un  miracle 
fait  à  la  vue  de  tout  le  monde.  Elle  est  rapportée  par  celui 
même  qui  l'a   eue;  et  Constance  dont   S.  Sidoine  relevé 
particulièrement  la  gravité  et  la  sagesse,  l'a  jugée  digne  de 
passer  à  la  postérité.  Seulement  on  peut  s'étonner  de  voir 
Sur.  ibid.  p.  413.  '  que  Mamertin,  qui  n'avoit  aucune  connoissance  du  Chris- 
*•  10,  tianisme ,  s'y  exprime  avant  son  baptême  par  des  passages 

Tin.  ibid.  p.  14,  de  l'Ecriture.  '  Mais  on  peut  dire ,  ou  que  Dieu  lui  mettoit 
alors  ces  termes  dans  la  bouche,  ou  qu'il  a  exprimé  dans  la 
suite  en  se  servant  des  paroles  de  l'Écriture ,  ce  qu'il  avoit 
dit  alors,  par  les  termes  qui  lui  étoient  le  plus  familiers. 


u 


S.  PROSPER 


S.PROSPER.  369 


S.    PROSPER. 

SI- 
HISTOIRE  DE  SA  VIE- 

On  est    aujourd'hui  revenu    de   l'opinion ,  qui    a  fait 
long-temps  Evêque  de   Rhege   en  Emilie,  et   de   Ries 
en   Provence,    l'illustre   Saint  dont  nous  entreprenons  l'é- 
loge.   Il  scroit   fort    difficile   de    marquer  précisément   ce 
qui  a  donné  naissance  à  cette  erreur.  On  peut   cependant 
croire  que  l'opinion  qui  l'a  mis  au   nombre  des  Evêques 
de  Ries,   sera  venue  de  ce  que  cette  Eglise  aura  été  gou- 
vernée par  un  Prosper  au  V  siècle  ,  comme  '  l'on  ne  doute  un. h.  f,.  i.  m. 
pas  que   l'erreur  qui   lui   a   attribué  l'épiscopat  de  Rhege  p- 20- 
n'ait  tiré  son  origine  de  ce  que  cette   Eglise  a  eu  un  S. 
Prosper   pour    Evêque,    dont    elle    conserve   le    corps.    11 
est   certain  qu'avant  S.    Maxime ,    que   nous   avons   mon- 
iré  avoir  commencé  à  gouverner  l'Eglise  de  Ries  vers  432 
ou   433,   et  à  qui  succéda  Fauste  qui  survêquit  S.  Pros- 
per, '   il  y  avoit  eu  un  autre  Evêque  à  Ries ,    que   Fauste  Lcrin.  t.  2.  P. 
qualifie    un    saint    Prélat.'    Or    il    est  fort    croïable    que  117- 
cet    Evêque,    que    Ion    ne   nomme    pas,    aura    porte    le  t.2.  p.  390. 
nom   de  Prosper,  qui  étoit  assez   commun  dans  les  Gau- 
les en  ce  siècle.  Et  comme  S.  Prosper  d'Aquitaine  a  brillé 
particulièrement    sur   le    théâtre    de    l'Italie    et    celui    de 
la  Provence,   il  aura   pu  aisément  se  faire  que  dans  les 
siècles  d'ignorance,  on  l'aura  pris,  les  uns  pour  l'Evêque 
de    Rhege,    d'autres   pour   l'Evêque     de     Ries.    Quoiqu'il 
en* soit,  on  verra  par  la    suite  de   son   histoire    qu'il   ne 
fut  jamais  élevé  à  l'épiscopat. 

Mais  il  est  devenu  illustre  par  beaucoup  d'autres  en- 
droits;'et  entre  les  défenseurs  (le  la  doctrine  de  S.  Au-  Lab.  serin,  t.  s. 
gustin,  il  n'y  en  a  point  eu  de  plus  célèbre  que  S.  Prosper.8  g; f Vr'cl'viib,g'. 
11  étoit  d'Aquitaine ,  comme  Gennade  ,  b  et  divers  autres  *• 
nous  en  assurent.  On  lui  en  fait  ordinairement  porter  le  J.  ^nn-  vir  i11' 
surnom,  afin  de  le  mieux  distinguer  des  autres  qui  ont  eu  »Prosp.  vu.  g.  i. 
Tome  II.  A  a  a 


370  S.  PROSPER. 

le  nom  de  Prosper.  Mais  on  ignore  absolument  quel  est  Io 
lieu  ou  la  ville  de  cette  vaste  Province,  qui  lui  a  donné 

Uuest.  p.  43.  naissance.  '  Pierre  des  Noëls  attribue  celte  gloire  au  Poi- 
tou ,  et  Jean  Avehtin  à  la  ville  de  Rourdeaux.  C'est  à  quoi 
l'on   ne  doit   point  s'arrêter,  comme  n'élant  qu'une  foible 

A«g.  t.  10.  app.  conjecture.    Encore  moins'  doit-on   avoir  égard  à  un  ma- 

1riHi2ib!d?Sp.I2  '  nuscrit  assez  nouveau  de  la  bibliothèque  de  M.  Colberl 
qui  le  fait  Rourgeois  de  Toulon  dans  la  Viennoise,  et  à 
ceux  qui  le  nomment  sans  preuve  Prosper  de  Ries  on 
Aquitaine,  dont  la  ville  de  Ries  est  bien  éloignée.  Le  P. 
Sirmond  avance  comme  une  chose  constante,  qu'il  por- 
toit  le  surnom  de  Tiro.  Mais  on  a  déjà  vu  ailleurs  que  celte 
opinion  n'est  fondée  que  sur  l'erreur  qui  a  fait  confondre 
le  grand  S.  Prosper  avec  Prosper  Tiro  ou  Tiro  Prosper. 
La  principale  connoissance  que  nous  avons  de  l'histoire 
de  nôtre  Saint,  se  tire  de  ses  propres  ouvrages.  Us  nous 
sont  une  preuve  non  équivoque  qu'il  avoit  été  fort  bien 
instruit  des  belles  letrej.  11  paroît  aussi  par  le  grand  usage 
qu'il  a  fait  de  la  poésie,  qu'il  y  avoit  donné  une  applica- 
tion particulière.  R  est  effectivement  l'un  des  Pères  de  l'E- 
glise Latine ,  qui  ont  le  plus  honoré  ce  genre  d'écrire , 
et  qui  ont  su  l'emploïer  plus  utilement  et  avec  plus  de  suc- 
cès. II  n'est  pas  moins  indubitable,  qu'il  avoit  reçu  une 
éducation  toute  Chrétienne ,  qui  lui  avoit  inspiré  une  pieté 
aussi  solide  qu'éclairée.  La  connoissance  de  la  religion 
qu'il  y  puisa,  alla  toujours  se  perfectionant  en  lui v  par  le 
soin  qu'il  prit  de  lire  les  écrits  des  Pères  qui  l'avoient 
précédé. 

Pros.  \U.  g.  4.  |        'On  ne  sauroit  dire  si  ce  fut  quelque  occasion  parlicu- 
.  p.  i.  8.  jjere^  ou  jes  ravages  qUe  faisoient  alors   les    Rarbares  dans 
les  Gaules ,  sur-tout  en  Aquitaine ,  qui  obligèrent  S.  Pros- 
per à  quitter  son  pais.  Seulement  il  paroît  que  Dieu  l'avoit 
conduit   en  Provence    avant   l'an  428,  et  peut-être  même 

Pros.inCoii.c.  i.  dès   426,   ou   encore  plutôt.  '  La  doctrine  de  S.  Augustin, 
sur  la  grâce  se  trouvoit  alors  combattue  par  diverses  per- 
sonnes,  que   leur   dignité    et    leur    vertu  soit  vraie,  soit 
apparente,  rendoient  très-considérables. 

Ang.  pp.  sas.  n.  'S.  Prosper  n'avoit  jamais  vu  S.  Augustin,  et  n'en  éloil 
point  connu.  Seulement  il  lui  avoit  écrit  une  letre  de  ci- 
vilité par  le  Diacre  Léonce ,  et  en  avoit  reçu  réponse  par 
la  même  voie.  Mais  s'il  ne  connoissoit  pas  personnellement 


S.  PROSPER.  371 

le   saint  Docteur,   il  n'ignoroit  pas  quel  étoit  son  mérite. 
Outre  ce  que  la  renommée  lui  en  avoit  appris ,  '  la  lecture  n.  2. 3. 
de  ses  ouvrages,  sur-tout  de  ceux  contre  les  ennemis  de  la 
grâce  du  Kedemteur,  lui  en  avoit  donné  une  haute  idée. 
'  Non  seulement  il  demeura   toujours  inviolablement  atta-  n.  7. 
ché  à  la  doctrine  qu'il  y  avoit  puisée,  malgré  l'opposition 
de  ceux  qui  la   combattoient ,  quoiqu'ils  fussent  de  beau- 
coup au-dessus   de  lui  ;   mais  il  la  défendit  encore  contre 
leurs   efforts ,  et  se   signala  dans  cette  défense  '   par  une  cenn.  ib. 
force  de  raisonnement  et  une  éloquence ,  qu'un  des  adver- 
saires même  de  S.  Augustin  n'a   pu  s'empêcher  de  louer 
en  lui. 

S.  Prosper  étoit  dans  ces  dispositions,  lorsque  la  provi- 
dence l'unit  avec  Hilaire.  '  A  peine  se  furent -ils  connus,  Aug.  ib. 
que   leur   unanimité  de  sentiments  les  rendit  inséparables 
dans  la  défense  des  mêmes  vérités.  '  Comme  Hilaire  étoit  cP.  shg.  n.  10. 
particulièrement  connu   de  S.  Augustin  .    il  voulut  procu- 
rer le  même  avantage  à  S.  Prosper.  Dans  ce  dessein  il  porta 
celui-ci  à  lui  écrire  une  letre,  à  laquelle  il  en  joignit  une 
de  sa  part,  où  il  parle  de  S.  Prosper  comme  d'un  homme 
célèbre  par  sa  vertu,  son  zélé,  son  éloquence,  et  qui  me- 
riloit  même  dans  l'occasion  présente  d'êlre  connu  du  saint 
Docteur.  '  Ces   deux  letres   dont  on  a  toujours   fait  beau-  ep.  *»Tnoi. 
coup  d'estime,   furent  écrites  en    428,   ou  429,  au  plus 
lard.  '  S.   Prosper  et  Hilaire   en   y    détaillant   les  erreurs  rp    sjs.  2-20. 
qu'ils  avoient  à  combattre,  y  exposent  les  difficultés  qui  se  pré-    ros'  *'  * '**' 
senloient,  et  prient  S.  Augustin  de  leur  y  donner  les  éclaircis- 
sements nécessaires.  '  Ce  grand  Evoque  sensible  à  leurs  prie-  Aug.  prosd.c.  1.  \ 
res,  ne  tarda  pas  de  leur  répondre  en  leur  adressant  deux  traités  per°" c"  *" 
célèbres,  l'un  De  la  prédestination  des  Saints,  l'autre  Du  don 
de  la  persévérance. 

'  Saint  Augustin  dans  le  premier  de  ces  deux  ouvrages,  prad.  ib.  1  Cœi 
et  le  Pape  S.  Célestin  dans  sa  lelre  auxEvêques  des  Gaules,  ep.l*&.'n.'u 
nomment  S.  Prosper  avant  Hilaire;  et  lui-même  écrivant 
au  Diacre  Léonce ,  le  qualifie  son  frère.  '  Ces  traits  pour-  thi.  ib.  p.  8. 
raient  faire  croire  que  S.  Prosper  auroit  été  revêtu  du 
Diaconat.  Néanmoins  ni  Hilaire  en  parlant  de  lui  à  saint 
Augustin  ,  ni  aucun  autre  ancien  Auteur  ne  marque 
qu'il  eût  quelque  degré  dans  l'Eglise.  '  C'est  aussi  ce  que  Aog.  ma.  n.  n 
persuade  la  manière  dont  il  parle  de  lui-même,  par  rap- 
port à  ses  adversaires.    En  effet  il  dit  expressément  qu'ils 

A  a  a  ij 


al 
Aug. 


372  S.  PROSPER. 

étoient  de  beaucoup  au-dessus,  de  lui   par  la   dignité   du 
Pros.  vu.  8-  *•  I    souverain  sacerdoce.  '  De  sorte  que  les  plus  habiles  entre 
p.u*w.  ^rhu.'  *'.  les    critiques  reconnoissent    aujourd'hui ,    qu'il    ne   paroit 
5.  p.  643.|t»ii.  ib.  point  par  l'antiquité ,  qu'il  ait  jamais  été  autre  chose  que 
laïc ,   non    plus  qu'Hilaire  son    compagnon.    Mais    c'étoit 
un  laïc   aussi  pieux  qu'éclairé ,  qui  praiiquoit  la  vie  ascéli- 
Proi.  ib.  |  Tiii.  ib.  que ,  '  c'est-à-dire  qui  a  voit  renoncé  au  siècle  pour  vivre  dans 
la  retraite,  comme  S.  Paulin,  S.  Pammaque,  S.  Severe  Sul- 
pice  et  tant  d'autres  de  ce  temps-là,  que  l'on  comprenoit  sous 
le  nom  de  Moines. 
Mac.  pr.  p.  7.         '  On  vit  donc  encore  en  cette  occasion,  selon  la  balle  remar- 
que du  P.  Garnier  Jésuite,  éclater  la  conduite  admirable  de 
Dieu ,  qui  se  plaît  à  confondre  les  plus  forts  par  ce  qu'il 
y  a  de   plus  vil  et  de   plus  méprisable   dans  le   monde, 
en  se  servant   de  simples    laïcs  pour  les  opposer  d'abord 
aux  Semipélagiens  de   Marseille.    C'est  ainsi ,  continue   le 
Père   Garnier,    qu'il   en   avoit   déjà  usé  à  l'égard  de  deux 
autres  hérésies ,   que  les  Pères  ont  particulièrement  accu- 
sées d'orgueil  et  de  présomption  :  celles  de  Pelage  et  de  Nes- 
torius  ;  le  Vicaire  Constance  aïant  résisté  le  premier  à  Pe- 
lage dans  Rome,  et  l'Avocat  Eusebe  de  Dorylée  à  Nestorius 
dans  Constantinople. 
TiH.  ib.  p.  9.  '  Les  deux  ouvrages  que  S.  Augustin  adressa  à  S.  Pros- 

per  et  à  Hilaire,  ne  convertirent  point  ceux  qui  combat- 
pros.  ad  Rut.  n.  toient  la  grâce  de  J.  C.  '  Ces  personnes  au  contraire  persis- 
tant dans  leurs  erreurs,  tâchoient  par  des  médisances  se- 
crètes, mais  dont  la  source  n'étoit  pas  inconnue  ,  de  noir- 
cir la  réputation  de  S.  Augustin ,  cet  Evêque  si  illustre 
par  tant  de  triomphes ,  dont  l'Eglise  avoit  tiré  un  nou- 
veau lustre,  et  J.  C.  sa  gloire.  Ils  ne  cessoient,  lorsqu'ils 
trouvoient  des  gens  disposés  à  les  écouter ,  de  décrier  ses 
écrits  contre  le  Pélagianisme  ,  jusqu'à  dire  qu'ils  conte- 
noient  une  doctrine  digne  des  Manichéens  et  des  Païens  , 
m.  i.  n.  'et  enveloppoient  dans  ces  calomnies  les  disciples  avec  le. 

Maître.  Rufin  ami  de  S.  Prosper,  aïant  oui  dire  quelque 
chose  des  mauvais  sentiments  dans  lesquels  on  le  préten- 
doit  engagé,  lui  en  écrivit  pour  lui  marquer  la  crainte  où 
il  étoit  pour  lui  sur  le  péril  de  cet  engagement.  S.  Pros- 
p.  87-ioo.  per  reçût  sa  letre  comme  un  gage  de  son  amitié ,  '  et  lui  fit 

une  longue  réponse,  où  il  l'instruit  pleinement  de  ce  qui 


S.   P  R  0  S  P  E  R.  373 

regardoit  ces  calomnies  répandues  contre  S.  Augustin  et  ses 
disciples. 

'  Comme  S.  Prosper  dans  cette  réponse  à  Rufîn  avoit  re-  m  a».  P.  u. 
proche  aux  Semipélagiens  de  n'oser  découvrir  leurs  senti- 
ments, ils  voulurent,  ce  semble,  repousser  ce    reproche. 
'  L'un   d'eux   entreprit ,    ou   témoigna  avoir  ■  dessein  d'en-  Pros.  epi.  p.  191- 
treprendre  d'écrire  contre  S.  Augustin  sous  un  nom  em-  196" 
prunlé.  Mais  S.  Prosper  le  réfuta  par  avance  en  deux  épi- 
grammes,  où  il  paroît   supposer  que  S.    Augustin  vivoit 
encore. 

Ce  fut  apparemment  en  l'une  de  ces  occasions  ,  ou  à 
toutes  les  deux  ensemble ,   que  nôtre   Saint  composa  son 
poërac  contre  les  ingrats;  afin  de  relever  et  de  mieux  faire 
connoitre  des  vérités  si  importantes,  qu'on  s'efforçoit  de  dé- 
crier avec  tant  de  malignité.  '  Ce  poëme  toutefois ,  non  plus  Bar.  an    430.  1 
que  les  deux  épigrammes ,  ne  fut  point  capable  d'arrêter    rM' >u'  l s' 
les  ennemis  de  la  grâce.  Car,  comme  le  remarque  le  Car- 
dinal Baronius  sur  ce  même  sujet,  les  hérétiques  peuvent 
être  confondus,  parce  qu'ils  sont  foibles  et  point  affermis  ; 
mais  ils  ne  peuvent  se  rendre  à  la  vérité ,    parce  qu'ils 
sont  opiniâtres.  '  Quelques  Prêtres  Gaulois  continuèrent  à  cœLadGai.  n.  a. 
troubler  l'Eglise.  Ils  accusoient  S.  Prosper  et  Hilaire  de 
soutenir   des  faussetés,   et  décrioient  tout  de  nouveau  la 
doctrine   de    S.   Augustin  ,       en  prétendant    qu'il  soute-  Fnig.  ad  Mon.  1. 
noit   que  Dieu  prédestine  les  reprouvés   au  péché,   aus-  lc-30- 
si  -  bien  qu'à  la  condamnation  où  ils  sont  engagés  par  le 
péché  originel.  '  Tout  cela  leur  fournit  matière  à  une  liste  de  pros.  ad  eau.  pr. 

Quinze  erreurs  prétendues,  qu'ils  répandirent  dans  le  public.  p-  W3,  a04- 
e  pouvoit  être  à  la  fin  de  l'an  430;  puisqu'il  paroît  que 
Saint  Augustin  étoit  déjà  mort,   lorsque  cette  liste  vit  le 
jour.  '  Mais  S.  Prosper  qui  lui  avoit  succédé  dans  la  dé-  Fuig.  u>. 
fense  des  vérités  de  la  grâce,  '  composa  un  écrit,  où  répon-  gg-  «>•  v.  p. 
dant  à  chaque  article  de  cette  liste,  il  montre  par  S.  Augustin 
même ,  quelle  est  sa  véritable  doctrine  ,  et  ce  qu'il  en  faut 
penser. 

Une  entreprise  si  digne  de  louanges  ne  servit  qu'à  irriter  da- 
vantage les  ennemis  de  S.  Augustin,  et  les  porta  à  tourner  leurs 
armes  contre  son  disciple  et  son  défenseur.  '  Des  personnes,  m%.  ^vin.  Pr.  p. 
qui  avoient  oublié  ce  qu'elles  dévoient  à  la  charité  Chrétienne 
et  fraternelle ,  et  qui  ne  prenoient  pas  garde  qu'elles  rui- 
noient  leur  réputation  en  voulant  noircir  celle  des  autres, 
2  7 


227.  228. 


p.  211. '21*. 


374  S.    PROSPER. 

dressèrent  une  autre  liste  de  seize  propositions  insoutenables 
qu'elles  jetteront  encore  dans  le  public ,  comme  ne  contenant 
que  les  véritables  sentiments  de  S.  Prosper.  Ce  Saint 
pouvoit  les  couvrir  de  confusion  ,  en  dieant  anathéme 
aux  propositions  que  ces  gents  ne  répandoient  que  pour  lui 
attirer  la  haine  publique.  Mais  de  peur  qu'ils  ne  chicanassent 
sur  une  réponse  si  courte ,  quoique  si  décisive ,  il  voulut  bien 
y  répondre  avec  plus  d'étendue.  11  fit  donc  voir  sur  chaque 
article  la  pureté  de  ses  sentiments;  afin  que  s'il  ne  pouvoil 
fermer  la  bouche  à  ses  calomniateurs,  au  moins  ceux  qui  li- 
roient  son  écrit,  vissent  combien  leurs  calomnies  étoient  pu- 
nissables. 

Tiii.  h».  P.  i3.  '  Les  mêmes  difficultés  qui  servoient  de  prétexte  aux  Prêtres 

des  Gaules  pour  troubler  l'Eglise ,  causoient  aussi  quelque 

Pro*.  aj  Cenn.  pr.  peine  à  ceux  de  Gennes.  '  Mais  ceux-ci  firent  paroître  dans 
leur  conduite  autant  de  sagesse  et  de  modération,  que  les  au- 
tres avoient  montré  d'impudence  et  d'aigreur.  Deux  d'entre 
eux,  Camille  et  Théodore,  aïant  dressé  un  état  de  leurs  diffi- 
cultés ,  l'envoierent  à  saint  Prosper,  pour  sçavoir  ce  qu'il  en 
jugeoit,  et  comment  il  les  falloit  entendre.  Le  Saint  les  satisfit 
par  un  écrit  qu'il  leur  adressa ,  et  où  il  leur  explique  ce 
que  lui  et  les  Fidèles  les  plus  éclairés  qui  lui  étoient  unis, 
croïoient  sur  ce  sujet.  Il  accompagna  celte  réponse  de  traits 
de  modestie  qui  lui  donnent  uu  grand  relief.  «  Je  fais 
«  ce  que  vous  m'ordonnez .  dit  -  il  aux  Génois,  non 
«  que  je  présume  de  ma  science  ;  mais  pour  obéir 
«  au  commandement  que  vous  me  faites;  me  confiant  en 
«  l'assistance  du  Seigneur,  qui  donne  la  sagesse  aux  pe- 
«  tits.  »  C'étoit  après  la  mort  de  S.  Augustin,  comme  il 
est  aisé  d'en  juger  par  les  termes  avec  lesquels  S.  Prosper  en 
parle. 

cm.  m\  oai^  n.  '  Les  Semipélagiens  continuant  à  accuser  d'erreur  S. 
Prosper  et  Uilaire  aussi  -  bien  que  S.  Augustin ,  décla- 
roient  d'ailleurs  qu'ils  ne  vouloient  suivre  sur  les  matiè- 
res de  la  grâce ,  que  ce  que  l'Eglise  Romaine  en  avoit 
décidé  par  la  bouche  de  ses  Pontifes.  Ce  nouveau  sub- 
terfuge engagea  S.  Prosper  et  Uilaire  à  aller  à  Ho- 
me porter  leurs  plaintes  au  Pape  S.  Célestin.  Ce  Pon- 
tife approuva  le  zélé  qu'ils  avoient  pour  Dieu,  et  fut 
touché  de  voir  la  persécution  que  l'on  faisoit  souffrir  à 
des    personnes   de   pieté.    Dans  ces   dispositions  il  écrivit 


|  *|l'rus.  [i.  271. 


S.  PR OS  FER.  375 

une  letre  célèbre  aux  Evoques  des  Gaules ,  où  il  rend 
un  témoignage  avantageux  à  Prosper  et  à  Hilaire  ,  et 
soutient  l'honneur  de  S.  Augustin,  comme  d'un  excellent 
Maître,  qui  n'avoit  jamais  été  soupçonné  de  la  moindre 
erreur. 

'  S.    Prosper   revint   dans    les    Gaules    avec   cette  letre  Pros. p-hi-sts. | 
de    S.    Celeslin  ,     accompagnée    de    plusieurs    définitions  m.fnu.*iiSf£«$ 
d'autres  Papes    et  des  Conciles    sur   la  grâce.  Il    esperoit 
sans    doute  que  des  autorités   d'un   tel  poids    y  appaise- 
roient  tous  les  troubles.    Mais   il    eut  la    douleur    de  voir 
son    attente    sans   effet.   On    continua    comme    auparavant 
à    y    décrier   S.    Augustin   et  sa    Doctrine.  De    sorte  que 
nùtrc  Saint    fut    encore    obligé    de    reprendre    la    plume 
pour  défendre    l'un  et  l'autre.    Afin    de  le    faire  avec  plus         • 
de    succès,  '    il    entreprit    de    réfuter    la    13e  conférence  Pros.  in  coll.  t. 
de  Cassien,   sur    la  protection    de    Dieu.    C'étoit  l'unique 
écrit    qui  jusques-là   eût   paru   dans   le    public   en  faveur         ; 
des  Semipcla^iens ,    sous    le    nom  d'un    Auteur    connu  et 
qu'on    ne   pouvoit  désavouer.  '    C'étoit    encore    celui    qui  <•  «•  »•  «• 
conlenoil    la    Doctrine    la    plus    pure    de     ces     nouveaux 
Docteurs,  et  comme  il  semble,  le  fonds  de  tout  le  système 
Semipélagien.    Le   réfuter,  c'étoit    sapper  le   Sémipelagia- 
nisme    par   ses    fondements.     S.     Prosper    l'entreprit ,    et 
l'exécuta  avec  sa  suffisance  ordinaire,  c'est-à-dire  avec  au- 
tant de  charité  et  de  modération ,  que  de  vigueur  et  d'élo- 
quence. 

'  C'étoit    sous    le    Pontificat   de   S.    Sixte,    et    plus   de  * «. -è. * I '•.'m. 
vingt  ans  après  le  premier   triomphe  de  l'Eglise  sur  l'hé- 
résie  Pélagiene,    que    S     Prosper   composa    cet   ouvrage, 
et  par    conséquent   en    432    au  plutôt ,  ou  433  ,    ou  mê- 
me 434. 

'Depuis    ce    temps-là  jusqu'au    Pontificat   de  S.   Léon,  tm.  u>.  p.  23. 
qui   commença  en    440,    l'histoire    ne    nous    fournit  rien 
sur  ce  que  fit  S.  Prosper.  On  peut  croire  qu'il  emploia  cet 
espace  de  temps  à  composer  les  autres  ouvrages  que  nous  avons 
de  lui. 

'  S.    Léon    aïant  été  élu  Pape,  lorsqu'il   s'aquiltoit  des  Prw._ebr.  p.  74*. 
fonctions  de    Légat   dans  les    Gaules,      voulut  faire  con-  ra.ft.li*. vif. 
noître    l'estime   qu'il   faisoit    du  mérite  et  de    la  capacité  '• 10- 
de   S.    Prosper.  Il   l'emmena  à   Rome ,   tant   pour   com- 
battre  comme   d'un    poste    plus  commode  les   Pélagiens , 


376  S.  PROSPER. 

qui   continuoient  de  troubler   l'Italie ,  que   pour  s'en  ser- 
vir  à    répondre    aux   consultations   des    Eglises ,    comme 
le   Pape   S.   Damase  s'étoit   servi  de   S.  Jérôme  pour  la 
Genn.ib.  | M»rcei .  même  fonction.  '  En.  effet   Gennade  et  le  Comte  Marcel- 
chr.  p.  366.  jm   apr£s   }u j  ^    témoignent    qu'on   tenoit   de    leur   temps 

que   S.  "Prosper   avoit    fait    les    diverses    letres    que  S. 
Léon  avoit  écrites  contre  Eutychès  sur  la  vérité  de  l'In- 
Nor.  hist.  Pei.  c.  carnation    du    Verbe.       On  l'entend    principalement    de 
m.  **?$  ™\  la  letre  célèbre   à  S.  Flavien.   Ce  fait   est   trop    attesté , 
733. 1 73c.  p0ur   qu'on  en    puisse    douter  ;    quoique  Bellarmin ,    M. 

Dupin    et  quelques    autres    le   contestent.    Outre   les  au- 
torités   sur    lesquelles   il   est   établi ,   il   n'est  pas    pos- 
sible de    se  refuser   aux    preuves  que  donnent  le  Cardi- 
nal Noris  et  M.  de  Tillemont,  pour  dire  au  moins  que 
S.   Prosper  aura   fourni  la  matière  de  ces  letres  ,    et  que 
S.  Léon  en  les  revoïant  y  aura  donné  son  stile.  C'est  sans 
doute    sur  cela    qu'Adon  et   divers  autres   Ecrivains   ont 
qualifié    S.    Prosper  Notaire   ou   Secrétaire    de  S.    Léon  : 
Gêna.  ib.  not.  p.  '  qualité  que    lui   donne  aussi  l'ancien  manuscrit  de  Cor- 
Aiitei  <ieop  Léo    ^e    <lu*    contient    l'ouvrage  de   Gennade.    '    Un    Auteur 
p.  3*1.  3*7-349.'  de  nom ,    prétend  même  qu'il  l'a  été  pour    la  composi- 
tion des  Sermons  de  ce  Pape,  aussi  bien  que  de  ses  letres. 
Au  moins  le  4e  Sermon  sur  son  ordination,  et  peut-être  encore 
quelques  autres ,  portent-ils  le  nom  de  S.  Prosper  dans  un 
manuscrit  de  900  ans. 
Tiii.  ib.  p.  «6.  |       '  On  peut  juger  de-là  qu'il  eut  beaucoup  de  part  à  ce 
Ancei.  ib.  p.  338.     uc  plt  £     ^éon  contre  les  Pélagiens.   Adon  semble  effec- 
tivement lui  attribuer  ce  que  ce  grand  Pape  a  écrit  con- 
Ire   ces   hérétiques,   comme   ce   qu'il   a   publié   contre  les 
Eutychiens  :  ce  que  le  Cardinal   Noris  reçoit  sans  difficul- 
Loo.  t.  a.  p.  «se. |  té.  '  Il  est  même  des  Ecrivains  qui  soutiennent  qu'en  443 
Bail.  a».  g    Leon  envoïa  nôtre  Saint  en    Campanie  ,    pour   décou- 

vrir   et    ruiner  les  artifices    de   Julien    Evêque  d'Eclane, 
qui  en  qualité  de  chef  et  de  soutien  des  Pélagiens  tâchoit 
rhot. c.  54.p.  45|  de  faire  revivre  le  Pélagianisme.  '  Mais  ce  qui  est  positive- 
Tl11,  a>-  ment  marqué  dans   l'histoire,  c'est  que   quelques  person- 

nes s'éforçant  de  renouveller  cette  hérésie  à  Rome,  et 
aïant  été  assez  hardis  pour  s'en  ouvrir,  S.  Prosper  pré- 
senta des  écrits  contre  ces  téméraires ,  soit  à  S.  Léon  qui 
vivoit  encore ,  soit  aux  Officiers  de  l'Empereur  :  ce  qui  dis- 
sipa entièrement  cette  entreprise. 

L'année 


S.  PKOSPEH.  377  ^ 


'  L'année  444  fournit  une  nouvelle  occupation  à  S.  Pros-  Bail,  ïl. 
per.  Le  sujet  en  fut  la  fameuse  contestation,  qui  s'éleva 
entre  les  Occidentaux  et  ceux  d'Alexandrie,  et  qui  se  re- 
nouvella  encore  onze  ans  après,  touchant  le  jour  précis 
auquel  on  devoit  célébrer  la  Pàque.  Ce  fut  principalement 
en  ces  deux  occasions  qu'il  fit  connoitre  son  habileté  dans 
les  sciences  humaines,  sur-tout  dans  les  mathématiques, 
l'astronomie  et  la  chronologie.  Il  composa  pour  lors  en 
faveur  de  l'Eglise  Latine  un  cycle  pascal,  qu'on  n'a  pas  eu 
soin  de  nous  conserver.  Ce  fût  peut-être  aussi  ce  qui  lui  donna 
occasion  de  publier  une  chronique  qu'il  avoit  dressée  sur  des 
calculs  assez  exacts,  et  conduite  depuis  la  création  du  monde 
jusqu'à  l'an  45.'}. 

'  Il  est  certain  que  S.  Prosper  vivoit  encore  après  Pâque  Pros.  chr.  p.  7W. 
de  cette  année-là,  comme  on  le  voit  par  ce  qu'il  dit  à  la 
lin  de  sa  chronique,  sur  la  dispute  qu'il  y  eut  alors  au  su- 
jet du  jour  de  la  célébration  de  celte  solennité.  '  Le  Car-  Nor.  ib.  u.  271. 
dinal    Noris   et   le   P.    Cilles    Bouclier    croient   qu'il   aura  Buch' v'  U4' 
même  vécu  jusqu'en    403.  Ils  se    fondent  particulièrement 
'sur  ce  que  le  Comte  Marcel  lin  faisant  son  éloge  sur  cette  Maml.  u». 
même    année,    paroît   supposer  qu'il  vivoit   encore.  '  Fri-  Fris.  bib.  ph.  p. 
sius   ne   place  sa  mort  que   deux  ans  plus   tard  en    4G5. 
D'autres  l'avancent   de  huit  ans  au  moins.  Ce  qu'il  y  a  de 
plus  cerlain ,  c'est  qu'on  n'a  rien  de  décisif  sur  cette  épo- 
que ,    quoiqu'il  paroisse   plus  probable   de  la  fixer  à  l'an 
403. 

On   a    déjà    vu  avec   quels   éloges  Hilaire  ami  et  collè- 
gue de  S.  Prosper  parle  de  lui  en  écrivant  à  S.  Augustin. 

Victorius  Auteur  d'un  cycle  pascal,  qui  écrivoit  en  Vtf,  viet.  «a.  pas.  ■. 
lorsque   nôtre   Saint  éloit   encore   au    monde,    le    qualifie 
un   homme   vénérable  pour  sa  sainteté.  '  Les  termes  dont  Dupin,  m.  \.t. 
se    sert    cet   Auteur,    ont  fait  dire  à   Messieurs  Dupin   et  {!'.'$«'.' Ual1'  lb" 
Baillet,   que  Victorius    parle  de  S.  Prosper,   comme  d'un 
homme   qui  éloit  déjà   mort.    Mais  il  y   a  cent  exemples 
qui  prouvent  que    ces  qualités  se    donnoient  à    des  hom- 
mes  vivants;   et  lorsqu'on  vouloit  marquer   qu'ils    étaient 
morts,   on   y  joignoit  presque  toujours   le  terme  de   mé- 
moire. 

Le  Concile  de  Rome  sous  le  Pape  S.  Gelase,  en   ap-  Conc.    t.   t.  p. 
{trouvant   les  écrits   de  S.  Prosper ,    lui  donne  la    qualiti-  1263, 
cation    d'homme   très-religieux.       Ceunade  qui    ne    parolt  Gcnn.    . 

Tome  II.  H  b  b 

2  7  * 


,«,«««.     378  S.  PROSPER. 


pas  l'avoir  aimé,  parce  qu'il  avoit  réfuté  la  doc- 
trine de  Gassien,  ne  laisse  pas  néanmoins  de  rendre  un 
témoignage  glorieux  à  la  force  de  son  éloquence,  à  la  soli- 

Marcoi.ib.  dite   de  ses   discours.  '  Le    Comte  Marcellin   n'a  pas  cru 

pouvoir  le  mieux  louer ,  qu'en    copiant   l'éloge   qu'en  fait 

Fuig.  a<i.  Mon.  i.  Gennade.  '  S.  l'ulgence  lui  donne  les  titres  d'homme  saint, 
sçavant  et  d'une  érudition  peu  commune ,  qui  avoil  défendu 
les  écrits  de  S.  Augustin  avec  autant  de  succès  que  d'élo- 

Phoi.  ib.  quence.  '  Pholius  ajoute  à  tout  cela,  qu'il  éloit  véritablement  un 

homme  de  Dieu. 

Les  éloges  que  S.  Prosper  a  reçus  des  modernes,  ne  sont 
pas  moins  grands  que  ceux    que  lui    ont  donnés  les   An- 

Tnt.  Se»,  c.  ion  ciens.  '  Tritliéme  loue  beaucoup  son  esprit ,  sa  science,  sa 

3i7*.  1!  '  '  p'  pieté.  Sixte  de  Sienne  le  qualifie  un  homme  d'un  esprit 
vif  et  pénétrant ,  d'une  grande  érudition  dans  les  letres 
divines   et    humaines ,    et  d,'une  admirable  sainteté  de  vie. 

Eus.  chr.  noi.  p.  '  Scaliger  le  regarde  comme  le  plus  habile  et  le  plus sçavant 

23.  crc'  ' p*  homme  de  son  siècle.  Le  Père  Garnier  Jésuite  remarque 
particulièrement  en  S.  Prosper  une  lumière  et  une  exac- 
titude à  laquelle  rien  n'échappoit,  et  qui  se  Irouvoit  sou- 
tenue par  une  profonde  érudition  et  un  excellent  juge- 
ment. 

S  «• 

Ecrits  certains  qui  nous  restent  de  lui. 

Les  écrits  de  S.  Prosper  ne  sont  pas  devenus  moins  cé- 
lèbres que  sa  personne;  quoiqu'ils  soient  moins  con- 
sidérables pour  leur  prolixité ,  que  pour  l'importance  des 
matières  dont  ils  traitent.  Mais  tous  ceux  qui  ont  porté  son 
nom,  ne  lui  appartiennent  point.  C'est  ce  que  nous  entrepre- 
nons de  discuter,  en  commençant  par  ceux  qui  sont  certaine- 
ment de  lui. 
pros.  p.  i-R.  1°.    Le   premier   selon   l'ordre  des    temps  '  est  sa  belle 

letre  à  S.  Augustin.  Elle  roule  toute  entière  sur  les  restes 
du  Pélagianisme ,  qui  commençoient  à  paroître  alors  dans 
les  Gaules ,  et  les  plaintes  que  les  fauteurs  de  celte 
hérésie  mitigée  faisoient  tant  contre  la  doctrine  de 
la  prédestination  et  de  la  grâce,  que  contre  les  écrits 
de  S.   Augustin,    nommément  le   livre  de  la  correction   et 


S.    PROSPER.  379     y  slE^ 


de  la  grâce.  S.  Prosper,  après  y  avoir  exposé  les  sentiments 
de  ces-  nouveaux  docteurs ,  et  les  difficultés  qu'ils  faisoient 
naître,  prie  S.  Augustin  de  lui  faire  sçavoir  de  quelle  ma- 
nière il  falloit  les  réfuter.  Il  lui  marque  qu'il- y  a  lieu  d'es- 
pérer, que  ses  réponses  non-seulement  fortifieront  la  fai- 
blesse de  ceux  qui  dans  les  Gaules  soutenoient  la  bonne 
cause  et  leur  fourniront  des  armes  pour  la  défense  de  la 
vérité;  mais  qu'elles  serviront  encore  à  faire  embrasser 
les  dogmes  de  la  grâce  dans  toute  leur  pureté  ,  par  ceux 
qui  s'étoient  laissé  prévenir  de  ces  dangereuses  opinions.   • 

Cette  letre  fut  écrite  ,  comme  nous  l'avons  déjà  dit  , 
en  428,  ou  429  au  plus  tard,  et  envoïée  en  Afrique  avec 
celle  d'Hilaire  sur  le  même  sujet.  '  La  postérité  a  tellement  Merc.  pr.  p.  8. 
admiré  ces  deux  letres  contre  les  Sémipélagiens ,  remar- 
que le  P.  Garnier,  qu'elle  les  a  jointes  aux  derniers  ou- 
vrages de  S.Augustin,  comme  ne  lui  étant  pas  inférieu- 
res. '  En  effet  elles  font  la  225e  et  la  220°  parmi  les  Aug.  op.  225.  220. 
siennes  propres  dans  la  nouvelle  édition  de  ses  œuvres. 
Ce  sont  ces  mêmes  letres,  ainsi  qu'on  le  sçait,  qui  nous 
ont  procuré  les  excellents  traités  de  ce  Père  sur  la  pré- 
destination des  Saints  et  le  don  de  la  persévérance. 

Celle  de  S.  Prosper  en  particulier  est  encore  remarqua- 
ble par  les  grands,  mais  très-justes  éloges  qu'il  y  donne  à 
S.Augustin.  'Il  l'y  qualifie  un  très-saint  Evêque,  que  Pros.  ib.  p.  i. 
l'on  ne  sauroit  ni  assez  admirer  ni  trop  respecter  ;  le  prin- 
cipal appui  et  défenseur  de  la  foi,  dont  les  soins  s'éten- 
dent avec  une  vigilance  incomparable  sur  tous  les  mem- 
bres de  l'Eglise,  et  qui  armé  de  la  force  de  la  vérité, 
combattoil  avec  succès  contre  les  ruses  et  les  détours  des 
hérésies.  Puis  passant  au  motif  qui  le  porta  à  lui  écrire 
cette  letre,  il  déclare  que  c'est  particulièrement  par  le 
zèle  qu'il  avoit  pour  cette  même  foi,  qui  est,  dit-il,  l'ame 
de  l'Eglise. 

2°. 'Nous    avons  une    autre  fort  belle  letre    de    S.  Pros-  p. 87-100. 
per  à  Rufin  l'un  de  ses  amis,  que  l'on  ne   connoît  point 
d'ailleurs,   et    qu'il  n'y  a  gueres  d'apparence   de  pouvoir 
connoître.    Elle  suivit    d'assez  près    la  letre     précédente  à 
S.Augustin.   'On  croit  effectivement  qu'elle   fut   écrite  ou  tê.  h.  e.t.  ig. 
en  429 ,  ou  au  plus  tard  avant  la  fin  de  430.  Celte  épo-  p' 10" 

3ue  se  tire  de  ce  que  S.  Augustin  étoit  mort  le  28ed'Août 
e  la   même  année,    'et   que   S.  Prosper  y  suppose    assez  Pros.  ib.  p.  so. 

B  b  b  ij 


V   SIECLE. 


380  S.  PROSPER. 


visiblement  qu'il  vivoit  encore  lorsqu'il  l'écrivit.  C'est 
une  excellente  instruction  que  l'Auteur  donne  à  son  ami  , 
pour  le  mettre  au  fait  des  disputes  sur  la  grâce  et  le  li- 
bre arbitre,  dont  il  n'étoit  instruit    que    par  des    discours 

p.  87.  vagues  et  empoisonnés  qu'on  semoit  dans  le  public.  '  Ru- 

fin  alarmé  de  ce  que  l'on  en  divulguoit,  en  écrivit  le  premier 

p.  98.  à  S.  Prosper,    qui   lui   fit    cette    réponse,    '  où    il    détruit 

d'une  manière  aussi  solide  qu'éloquente,  les  calomnies 
atroces  qu'on    répandoit  contre    S.  Augustin  et    ses   disci- 

P.  îoo.  pies.  'Mais  afin  que  son  ami  en    prît    par  lui-même  une 

connoissance  plus  parfaite ,  il  le  renvoie  aux  écrits  de  ce 
saint  Docteur  sur  ces  matières. 

Apo.  pp.  i.  î.  c.        'L'Auteur   de    l'Apologie   des    Pères,    qui    écrivoit   en 

5' p- 10'  1651,  dit  qu'il  avoit  paru  depuis  peu  une  traduction  fran- 

çoise  de  cette  letre  à  Rufin,  avec  le  texte  original. 
Comme  nous  n'avons  pu  voir  cette  édition,  nous  n'en  sau- 
rions marquer  autrement  l'époque. 

l'ros.  de  ing.  p.       3°.  '  Le  poème  de  S.  Prosper  contre  les  Ingrats  fut  com- 

io.vi9o.  p0g£  verg  je  même  temps  .que  la  letre   à   Rufin,   et  assu- 

rément avant   la    mort    de    S.Augustin,  c'est-à-dire  la  fin 

v.  soi».  d'Août  430.    ' C'est  ce    qui    paroît    par  l'éloge  magnifique 

p.  io5.  loc.  us.  qu'en  fait  S.  Prosper  dans  cet  ouvrage.  '  L'Auteur  a 
mis  à  la  tête  deux  petites  préfaces,  ou  il  découvre  son 
dessein.  Dans  l'une  il  déclare  qu'il  écrit  contre  ceux  qui 
s'élevoient  d'une  fausse  vertu,  afin  que  ses  Lecteurs  ap- 
prissent à  ne  pas  nier  les  dons  de  Dieu,  et  à  ne  pas  de- 
venir rebelles  à  la  grâce  en  voulant  trop  défendre  le  li- 
bre arbitre.  Dans  l'autre  il  dit  qu'il  a  entrepris  un  ou- 
vrage si  difficile  et  si  épineux  par  l'amour  qu'il  a  pour 
les  Fidèles  ses  frères,  afin  de  répandre  dans  leur  ame 
une  sainte  ardeur  pour  la  vérité,  d'empêcher  qu'ils  ne 
fussent  séduits,  et  de  leur  apprendre  d'une    manière  vive 

p.  îoc.  et   agréable,    '  que    la   grâce    est    la    cause   et    non    l'effet 

de  nos  mérites: 

Sed  bona  qutc  tibi  surit ,  opérante  fatebcrc  Chrislo, 
Non  esse  ex  :nerito  suinta,  sed  ad  méritant. 

Tiii.  ib.  On    voit    par   ces    deux    petites   préfaces,   comme   par 

toute  la  pièce,  que  S.  Prosper  désigne  clairement  les  Sé- 
mipélagiens.  11  les  nomme  Ingrats,  d'où  le  poëme  a   pris 


S.  PROSPER.  381 

V    SIECLE. 

son  titre.  Ce  poème    contient   mille    vers   tous  hexamètres  ~ 
sans  y  comprendre  la  petite   préface    en   vers   élegiaques , 
qui  est  à  la  tête,  et  l'exorde  de  la   pièce  que  nous  comp- 
tons pour  la  seconde  petite  préface. 

'C'est  l'ouvragele  plus  considérable  de  S  Prosper  ,  et  Antei.  de  op.  Léo. 
où  l'on  voit  davantage  la  force  et  la  beauté  de  son  ge-  +  4n' 
nie.  Tout  y  est  grand  et  élevé,  les  sentiments,  les  pen- 
sées, les  expressions  mêmes  et  les  paroles  ;  'quoiqu'il  thi.  u>m.  p.  11. 
traite  une  matière  peu  capable  du  feu  et  de  la  liberté 
que  demande  la  poésie.  «'Cet  excellent  ouvrage  de  S.  v™.  de  ing.  appr 
Prosper,  dit  Monsieur  Godeau  dans  une  de  ses  appro- 
bations, est  l'abrégé  de  tous  les  livres  de  S.  Augustin  , 
et  contient  les  plus  fortes  raisons  que.  cet  admirable  Doc- 
teur emploie  pour  défendre  la  fui  de  l'Eglise,  soit  con- 
tre les  Pélagiens  en  général,  soit  contre  Julien  en  par- 
ticulier. Les  expressions  en  sont  merveilleuses;  il  y  a  su- 
jet en  beaucoup  d'endroits  de  s'étonner  comment  ce  Saint 
a  pu  accorder  la  beauté  de  sa  versification  avec  les  épi- 
nes de  sa  matière.  Il  y  représente  sans  flatterie  l'état  hon- 
teux de  la  corruption  de  l'homme  par  le  péché  ,  et  la 
grandeur  des  ruines  de  ce  chef-d'œuvre  des  mains  de 
Dieu.  Ce  qui  sert  d'un  inviolable  fondement  pour  éta- 
blir la  nécessité  de  la  grâce  d'un  Redemteur  qui  délivre 
les  captifs  ,  et  non  qui  se  contente  de  faire  l'office  d'un 
législateur,  ne  donnant  que  des  exemples  et  des  précep- 
tes. » 

'Ce  qu'il  y  a  encore  d'assez  surprenant  dans  ce  poëme,  Avam.  pr. 
c'est  de  voir  que  l'exactitude  pour  les   dogmes   de    la   foi 
y  soit   si  régulièrement    observée,     malgré     la     contrainte 
îles  vers  et  la  liberté    de    l'esprit    poétique,    et   que    l'on 
y  trouve  des  vérités  représentées  avec    les    ornements  na- 
turels de  la  poésie,  c'est-à-dire  avec   des   charmes  et   une 
hardiesse    également    agréable   et    ingénieuse.    En  un  mot 
'  ilest     étonnant    qu'un    sujet    si   sublime,    si    abstrait,    si  Baiu.25.  Juin.  P. 
profond,    ait    pu    prendre     entre    les    mains    d'un    poëte  306" 
un  tour    aussi    aisé    et    aussi    heureux    que   celui   que  S. 
Prosper    lui  a   donné.    '  L'on   remarque    néanmoins   qu'il  Jug.  des  sav.  Po*. 
s'y  est    glissé    quelques  fautes   de  quantité    ou    de    proso-  lal' p' M2' 
die;    mais    on  avoue  aussi  que    S.    Prosper    a    beaucoup 
moins    fait     de    ces  sortes  de  fautes    que   toun   les    autres 
poètes  de  son  temps. 


V  SIECLE. 


382  S.   PROSPER. 

Outre  les  divers  recueils  et  les  différentes  éditions   des 
œuvres    de  S.  Prosper  où  se  trouve    le    poëme  contre  les 
syii.  poe».  ingrats,  'il  fut  imprimé  l'an  1500   en   un  "olume    in  S" 

avec  le  traité  du  péché   originel  et    du    libre    arbitre    par 
Bib.  s.  vin.  coo.  les  soins  de  Flacius  lllyricus.  'Il  fut  encore  imprimé  à  Pa- 
ris chez  la   veuve   Martin    Durand   l'an    1047    en   un   vo- 
lume in  4°.  avec  l'excellente. traduction  françoise  en  prose 
jiii.  ii«d.  p.  m.     et  en  vers,  qu'en  fit  M.  de  Saci  '  et    que  l'on   juge    com- 
Pros.  p.  io3 îoo.    parable   à  l'original.     En    1703    M.    Steyaert    Docteur   et 
Professeur    Royal   à   Louvain    le  publia   de  nouveau  avec 
des  notes  de  sa  façon,  que    l'on    a  insérées   dans  la  der- 
nière édition  de  ce   même    poëme    parmi   les    autres  œu- 
vres" de  S.  Prosper.    La  traduction  de  ce  poëme  en   vers 
et  en  prose  par  M.  de    Saci   fut  réimprimée   à  Paris  chez 
Guillaume    Desprez    et  Jean    Desessarts  l'an    1717  en  un 
volume   in-12  ,  dans  lequel  on  a    ajouté    une    traduction 
de  la   letre  à  Rufin,  et  un  abrégé  de  toute  la  doctrine  de 
S.  Prosper    touchant    ïa  grâce    et   le  libre  arbitre ,  tiré 
de  ses  ouvrages. 
P  101-200.  4°  '  On   met  à   la   suite    du   poëme    contre    les  ingrats 

deux  épigrammes   de   S.  Prosper  contre  un  censeur  jaloux 
de  la  gloire  de   S.  Augustin  ;    et  l'on    y  joint    l'épitaphe 
des   hérésies  de  Nestorius  et  de  Pelage,  à  cause  de  l'affi- 
nité qu'ont    ces    trois  pièces  avec    le    poëme     précédent, 
par  rapport  à  la  matière.  Les  deux  épigrammes   ont    été 
détachées   des  autres  du   même  auteur,   et  paroissent  avoir 
Aniei.  iitij.  p.  «9.  été  faites  du  vivant  de  S.Augustin.  Ainsi'  si   elles  atta- 
quent Vincent  de   Lerins  ,  comme  le  prétend  M.  Antelmi , 
ce  n'est  pas  en  conséquence  de  son    Mémoire,    qui  ne  fut 
Merc.  t.  2.  p.  96.  fait  qu'en  434.  '  Quelques  -  autres    croient   qu'elles  sont 
Tiii.  ibi.i.  contre  Cassien  ;  '  mais    il    ne  paroît   nulle     part    que  cet 

r-os.  p.  i9i-29*.  Abbé  ait  rien  écrit  directement  contre  S.  Augustin.  '  11 
est  visible  que  S.  Prosper  agit  contre  un  auteur  dont  on 
disoit  qu'il  paroissoit  un  livre,  qui  attaquoit  la  mémoire  • 
de  S.  Augustin,  mais  qui  n'étoit  pas  encore  venu  à  la 
connoissance  de  S.  Prosper.  Ce  pourroit  fort  bien  êlre 
l'auteur  des  objections  qui  portoient  le  nom  des  Gau- 
lois, et  qui  aiant  paru  dès  le  commencement  de  l'an 
430,  furent  réfutées  par  S.  Prosper  sur  la  fin  de  la  mê- 
me année  f  ou  la  suivante,  comme  nous  dirons  bien-tôt. 
En    attendant    cette   réfutation    nôtre     Saint    lui    répon- 


S.    PROSPER.  383 

V    SIECLE. 

dit  par  avance  en  ces  deux  épigrammes.  'Le  P.  Garnier  veut  r**.  îwj.' 
douter  si  elles  sont  de  S.  Prosper;  '  mais  il  n'en  donne  nulle  t.ii.  ibi.i. 
raison,  et  n'en  a  aucune.  '  Le  vénérable  Bede  cite  sous  le  BoJ.ins.i.  i.c.io. 
nom   de  Pfosper  l'Orateur    ou  le  Rhéteur,  celle  qui  com- 
mence par  ces  mots ,  Contra  Augustinum ,   et  qui   est  la 
seconde. 

Pour  ce  qui  est  '  de  l'épitaphe  des  hérésies  de  Nesto-  Pros.  p.  197. 198 
rius  et  de  Pelage,  elle  fut  faile  après  le  Concile  d'E- 
phese  qui  condamna  Nestorius  en  431.  '  S.  Prosper  y  Pros.  p.  197-200. 
montre  la  conformité  qu'il  y  a  entre  ces  deux  héré- 
sies, en  ce  que  l'une  vouloit  que  J.  C.  eût  acquis  la  di- 
vinité par  son  travail  et  par  ses  mérites ,  et  que  l'au- 
tre disoit  la  même  chose  de  la  justice  des  Fidèles.  C'est 
pourquoi  il  dit  que  celle  de  Nestorius  étoit  la  mère  de 
l'autre  ,  parce  qu'elle  comhattoit  la  grâce  dans  le  chef, 
comme  celle  de  Pelage  dans  les  membres  ;  quoique  d'ail- 
leurs elle  en  fût  la  fille,  comme  aiant  paru  la   dernière. 

Le  P.  Garnier  a  prétendu  que  cette  pièce  n'est  point  Anioi. mi.  p.  m. 
de  S.  Prosper  ;  mais  M.  Antelmi  réfutant  ses  raisons  , 
prouve  le  contraire  ,  conformément  à  la  tradition.  Cette 
épitaphe  et  les  deux  épigrammes ,  qui  la  précèdent ,  ont 
été  traduites  en  prose  et  en  vers  françois ,  par  le  mê- 
me poëte  qui  a  traduit  le  poëme  contre  les  ingrats,  à  la  suite 
duquel  elles  sont  placées. 

5°.  Nous    interrompons    l'ordre    chronologique   des  ou- 
vrages de  S.    Prosper,  pour  parler  de   ses  autres  poésies. 
'  Elles  consistent  en  cent  six  aulres  épigrammes,  sans  y  com-  Pros.p.ois-cso. 
prendre    la    petite    préface.    Ce    sont   autant   de  vérités  et 
de  sentences  tirées  de  S.  Augustin  ,  comme  porte  le  titre. 
'  D'abord  il  mettoit  ces  sentences   en    prose  ,    puis  il   les  p-  eu.  eu. 
tournoit  en  vers,  non-seulement    pour    s'exercer  à  la  ver- 
sification, mais  encore  pour  se  les  rendre  plus  familières, 
et   pour   les   mieux    imprimer  dans  la    mémoire    de   ceux 
qui  font  leurs  délices   de    l'élégance  de  la  poésie.  'Quand  Antci.  iwa.p.  m. 
tous  les  manuscrits,  toutes  les  éditions,  et  la  suite  de  tous 
les  siècles  ne  donneroient  pas  cet  ouvrage  à  S.  Prosper  ,  on 
ne  sauroit  se  tromper  à  le  lui  attribuer.  On  l'y  reconnoît 
à  chaque  vers ,  et  sur  -  tout  à  l'application   qu'il  y  apporte 
à  expliquer  ou  à  défendre  les  vérités  de  la  grâce  du  Sau- 
veur,  a  'Ce  n'est  point  nôtre   ouvrage,   dit  S.  Prosper  lui-  P;«s. aPpr. p.«ij. 
«même;  c'est  une  rosée  qui  vient   de  celui  qui  fit  autrefois 


v  sikcli; 


384  S.    PROSPER. 


'  «  couler  les  eaux  d'une   roche  sèche.  La  foi  exprime  dans 

«  ces  vers  ce  que  la  pieté  nous  a  enseigné  et  nous  fait  aimer. 
«  Je  les  ai  faits  pour  exercer  mon  esprit  dans  la  parole  sa- 
«  crée,  et  pour  nourrir  mon  âme  du  pain  céleste.  » 

Les  anciennes  éditions  des  Oeuvres  de  S.  Prosper  ne 
marquent  que  97  épigrammes;  mais  la  nouvelle  édition 
de  1711  de  laquelle  nous  nous  sommes  servis,  en  compte 
cent-six,  parce  qu'elle  en  divise  plusieurs   en    deux    et  la 

cpi.  os.  wj.  p.  dernière  en  cinq  à  six.  '  Il  paroît  en  deux  endroits  com- 
hattre  les  Eutychiens  ,  qui  nioient  que  la  divinité  du 
Verbe   se   fût   unie   à  nôtre  chair,  et  que  le  corps  de  J. 

p.  eu-su  C.  fût  consubstantiel  au  nôtre.  '  De-là  on  conjecture  avec 

fondement  que  cet  ouvrage  n'a  été  fait  que  vers  le  temps 

Bib.CM.  Ben.  du  Concile  de  Calcédoine  qui  se  tint  en  451.  '  Ces  épi- 
grammes  de  S.  Prosper  turent  imprimées  à  Turin  ,  avec 
le  commentaire  latin  d'un  Anonyme,  en  un  volume  in 
4°  sans  nulle  date.  Mais  l'édition  est  certainement  faite 
avant  la  fin  du  XV  siècle.  Elle  porte  pour  titre  :  Traité 
de  la  vie  contemplative  et  humaine  touchant  les  sept  vertus,  les 
trois  théologales  et  les  quatre  cardinales.  On  ne  sauroit 
dire  ce  qui  a  déterminé  l'éditeur  à  donner  un  tel  titre  à 
ce  recueil.  Peut-être  en  aura-t-il  formé  l'idée,  sur  ce  que 
dès-lors  on  attribuoit  à  S.  Prosper  les  livres  de  la  vie 
contemplative ,  qui  sont  de  l'Abbé  Pomere,  comme  nous 
le  montrerons  dans  la  suite.  Le  dessein  de  l'ouvrage  qui 
fait  le  sujet  de  cet  article ,  est  pour  faire  voir  comment 
on  doit  éviter  le  jugement  erroné  des  hommes.  C'est 
ce  que  porte  l'addition   que   l'on   a  faite    au   titre.    Après 

Murai,  iincc.  i.  «.  quoi  on   lit   les    vers  suivants,    qui  '  paroissenl  être  d'un 

','"10'  ancien  auteur,   et  que  M.  Muratori  a  lait  réimprimer  sur 

un  ancien  manuscrit ,  où  ils  se  trouvent  à  la  lin  des  épi- 
grammes  de  S.  Prosper. 


IIum-  Augusliui  ex  saeris  cpigrumuiata  dielis  • 
Dukisono  rlictor  componcns  carminé   Prosper. 
Vcrsibus  licxamctris  dcpinxit  pentametrisquc, 
Floribus  ex  vaiiis  eeu  fulget  nexa  corona. 
Uiide  ego  te ,  lcctor,  religis  qui  sub  ha?c  Sedulus,  oro 
Intentas  adbiberc  sonis  cœlestibus  aures, 
Istic  nain  inventes  .  animum  si  cura  subintrat, 
Mnxinie  qui<l  «loceanl  sanctac  înoderamina  lepi.< 

Obsen  aie 


V    SIECLE. 


S.    PROSPER.  385 

Observare  liomines,  vcl  quid  vitare  sub  astra, 
Sidcrcum  cœli  cupiunt  qui  scandere  regnum. 

On  trouve  une  autre  très -ancienne  édition  de  ces  épi-  Bib.  s.  suip.  nu. 
grammes  ,  faite  à  Rome  par  Aldus ,  à  la  suite  de  Prudence , 
en  un  volume  in  4°  sans  date  ;  mais  l'année  1501  se  trou- 
ve marquée  dans  l'exemplaire  de  la  Ribliotheque  du  Va- 
tican. 'Depuis,  Jean  Susenbeth  les  inséra  dans  le  premier  syii. poe. 
livre  de  son  Ecole  Chrétienne,  imprimée  à  Basleen  1539 
et  1541  en  un  volume  in  8°.  Elles  furent  encore  réim- 
primées au  même  endroit  et  en  même  volume  avec  le  poè- 
me de  Sédulius  sur  Pâque  ;  mais  on  n'en  marque  pas  l'an- 
née :  et  depuis  avec  l'Anthologie  sacrée  de  Jacques  de 
Billi  chez  Jacques  Chouet  l'an  1591  en  un  volume  in 
16. 

Toutes  les  poésies  de  S.  Prosper  furent  imprimées  en-  iwd.  iFab.bib.iat 
semble  avec  celles   de  S.  Paulin    de  Noie  et  de  quelques-  app" p 
autres,  par  les  soins  de  Pulman   à  Anvers   chez  Christo- 
phe Plantin   l'an    1560   en  un   volume   in    16.    Georges 
Fabricius  les  inséra  ensuite  dans  son   recueil   des  poètes  ; 

et  celui  qui  a  pris  soin  de  dresser  le  Chorus  poëtarum,  les  chor.  pool,  t.  2. 
mit  dans  la  seconde  partie  de  son  recueil.  344-39... 

'  6°.  La  réponse  pour  saint  Augustin  aux  objections  des  Pros.  p.  205-224. 
Gaulois  qui  répandoient  des  calomnies  contre  la  doctrine  de  ce 
Saint ,  a  été  faite ,  comme    nous   l'avons  déjà  remarqué , 
après  la  mort  de  S.  Augustin ,   ou    à  la  fin  de   l'an  430 , 
ou  l'année  suivante.  '  S.  Prosper  rapporte  chaque  objec-  c.  n.  12. 
tion  l'une  après  l'autre,  et  y  répond    de  même.   '  A    ces  Pros.  p.  219-224. 
réponses   S.    Prosper  joignit  15  sentences  qui  contiennent  ^-^l!'  pr'  p 
une  simple  exposition  de  ses  sentiments  conformes  en  tout 
à  ceux  que  S.  Augustin  avoit  établis  dans  ses  ouvrages. 

7°.  '  La  réponse  pour  la  doctrine  de  S.  Augustin  aux  objec-  p.  217-240. 
tions  de  Vincent,  parut  vers  le  même  temps ,  ou  peu  après 
la    réponse     aux  articles    des   Gaulois.    Ce   que    ceux-ci 
avoient    tâché   de    faire    contre   S.    Augustin   dans   leurs 
15   articles,   Vincent  essaïa  de  le  faire  contre  S.  Prosper 

par  16  propositions  qu'il  jetta  dans  le  public;   ne  rou-  obj.  vinc.  pr.  p. 
gissant    pas   d'assurer  que  la   doctrine    de   ce  Saint  étoit  M7' 228' 
telle     qu'on    la   voïoit    dans    cette    liste   diabolique,    com- 
me nôtre    S.    la    qualifie    lui-même.    Cette    doctrine  pré- 
tendue   n'étoit   cependant  qu'un   tissu    de   calomnies  gros- 

Tome  II.  C  c  c 


V   SIECLE. 


386  S.  PROSPER. 

,.  sierement   imaginées,  '    et  les  objections  de  Vincenl  n'é- 

««  toient    presque    qu'une    répétition    rude   et  importune  des 

articles  des  Gaulois.  La  réponse  que  le  Saint  avoit  publiée 

cr.  p.  s*!. m  contre  les  uns,  auroit  suffi  pour  réfuter  les  autres.  '  Il 
voulut  bien  néanmoins  entreprendre  un  nouvel  ouvra- 
ge ,  et  répondre  sur  chaque  objection  ,  afin  de  fer- 
mer la  bouche  aux  calomniateurs ,  et  instruire  ceux  dont 
i  on  avoit  dessein  de  lui  attirer  la  haine,  en  leur  met- 
tant sous  les  yeux  une  profession  de  la  foi  qu'il  défen- 
doit  contre  les  Pélagiens  sur  l'autorité  du  S.  Siège. 
Ceux  qui  croient  que  Vincent  de  Lerins  a  fait  sou 
Mémoire  contre  S.  Augustin  et  ses  Disciples  ,  croient  aussi 
que  les  objections  dont  nous  venons  de  parler  sont  de 
lui.  La  conséquence  est  fort  juste  ,  si  le  principe  est  bien 
vrai.  Mais  nous  croïons  avoir  montré  ailleurs  ,  qu'il  n'y 
a  point  de  preuve  claire  et  évidente  pour  juger  Vincent 
de  Lerins  coupable  d'un  si  grand  crime.  Ainsi  nous 
ne  voïons  rien  qui  empêche  de  dire  que  ces  objections 
sont  d'un  autre  Vincent  Prêtre  dans  les  Gaules,  duquel 
nous  parlerons  dans  la  suite. 

pw.p.îit-»!*.  8°.  '  (m  réponse  pour  S.  Augustin  aux  ext rails  que  ceux 
de  Gennes  '  avoient  envoies  à  S.  Prosper ,  suivit  d'assez  près 
la  réponse  aux  objections  de  Vincent.  Ces  extraits  sont 
au  nombre  de  neuf,  et  regardent  particulièrement  la 
doctrine  des  livres  de  la  prédestination  des  Saints  et  du 
don  de  la  persévérance  ,  desquels  ces  extraits  sont^  ti- 
rés :  les  7  premiers  de  l'un    et   le  8e  avec  le  9e  de  l'au- 

p.  239.4W.  tre.    '  On  croit  que    les    Génois  agirent  en  cela  de  bon- 

ne foi ,  et  qu'ils  envoyèrent  ces  extraits  à  S.  Prosper .  non 
pour  décrier  la  doctrine  de  S.  Augustin ,  mais  pour 
avoir  l'éclaircissement  des  difficultés  qu'elle  leur  avoit  fait 
naître.    S.  Prosper  les    satisfit   en  leur  expliquant  chaque 

p.sii.  2»i.  article,  '   tant   par  l'autorité  de  l'Ecriture  que  par   d'au- 

a.iGe». ça.  |res  endroits  des  ouvrages  de  S.    Augustin.  '  Mais  il  leur, 

fait    observer  que  ces    extraits  ne  sont  obscurs,   que   par 

c.  t.  ce  qu'ils  sont  détachés  du  corps  de  l'Ouvrage ,  '  et  que  pour 

eu  avoir  l'intelligence ,  il  les  faut  rapporter  à  ce  qui  pré- 
cède et  à  ce  qui  suit  dans  les  endroits  d'où  ils  sont  li- 
res. 

r.o£.  P.  507  k».       0°.  '  Le  livre  sur  la  grâce  de  Dieu  et  le  libre  arbitre  <  outre 

I  M.  Dupin  a  lu  tic  Ccncv;  ;  hkii.«  coii>«auniioiil  («ri  il*'  Oeniic». 


s.  prosper.  m   VSIK0IK 


Faulcur  des  conférences,  fut  fait  selon  le  titre  pour  la  dé- 
fense   de   S.  Augustin  ,    contre    le   livre    ou    la    13e  con- 
férence du   Prêtre    Gassien ,    intitulé  De  la    protection    de 
Dieu.    Noufe    avons     déjà    touché    les    raisons    pour    les- 
quelles   S.    Prosper    entreprit    cet    Ouvrage,    et    remar- 
qué   qu'il     le    composa  au     plutôt   l'an  432;'   puisqu'il  inCoii.  e.  i.  n.a. 
y   avoit    alors  plus    de    20  ans    que    l'Eglise     triomphoit 
de  sa  victoire  sur  Pelage ,  sous  la  conduite  de  S.   Augus- 
tin. '    Ces  dernières  paroles  ont   fait  croire  à  une  person-  thi.  h. e.  t.  te.  p. 
ne   très -habile,  au   rapport  de   M.    de  Tillemont  qui   ne  73*' 
la  nomme   pas,  que  S.    Prosper  pourroit   bien    avoir  fait 
cet  écrit  du  vivant  de   S.  Augustin  en  430  au  plus  tard , 
puis  avoir  eu  quelque  raison  de  le  supprimer,    et   ensui- 
te   l'avoir  donné   au  public ,   en    y   ajoutant   les    derniers 
chapitres.    Mais  outre    que   cette    opinion    est   peu    natu- 
relle:   elle    est   encore   insoutenable.    Ces  paroles,    hujus 
viri  ductu,   peuvent  fort  bien   se    dire   de  S.     Augustin 
après     sa     mort ,    comme   de     son    vivant ,  '    parce   que  p-  tm. 
e  étoit    de   lui   que  l'Eglise  empruntoit     ses    armes    pour 
combattre  les    Pélagiens.    '  Dailleurs    S.   Prosper   dès   les  pwm.  incaii.  ci. 
premières   lignes    de    son    Ouvrage ,    fait    entendre    assez  "' 
clairement   que    ce    S.   Docteur   étoit    mort;    puisqu'il    le 
qualifie    un   Evêque   de  sainte   mémoire.  '   C'est   ce   qu'il  c.  si.n.4. 
confirme  à   la   fin  de   son   écrit  en  parlant  au  Pape  S. 
Sixte    qui    avoit    succédé  à  S.    Célestin  dès  le  mois  d'a- 
vril  132 ,    près   de   deux    ans  après  la  mort  de  S.  Au- 
gustin. 

Cet    ouvrage    contre     Cassien  est     un     des  principaux 
écrits   de    S.    Prosper.    Il    réduit   toute  la  doctrine  de  la 
13e    conférence    qu'il    y    réfute ,     à    douze    propositions. 
'  Gennade    prévenu    en    faveur    de    Cassien .    parle    fort  Genn.  v»r.  ai.  e. 
mal  de  cette  réfutation  ;  mais  son  sentiment    n'est  d'aucun  M' 
poids  sur    ce    sujet.   Au  contraire  '  Notker    en  fait  beau-  No*.  *  ML  s«r. 
coup  d'estime,  et  recommande  expressément  la  lecture  de  e-9-*-ii- 
tout  ce   que  S.  Prosper  a  écrit  sur  la   grâce  et   le  libre 
arbitre. 

'  On   joint    ordinairement   cet  écrit    de  S.   Prosper  aux  cass.  p.  mm* 
conférences  de     Cassien,     comme    un     correctif  pour  la 
13'   conférence.    Il  se  trouve   aussi  dans    divers    recueils 
de    pièces  originales    contre   les   hérésies.  '  On    l'a    inséré  amw.  p.  au.  s- 
nommément ,    mais  après  en    avoir   retranché    les    douze  m'  *' 

C  ce  ij 


388  S.  PROSPER. 

V   SIECLE. 


premiers   chapitres  et  presque  les  deux  derniers ,  dans  la 
collection  de  quelques  anciens  Pères,   imprimée  à   Rasle 
BiM.  ottob.  fyof.  par  les  soins  de  Jean  Sichard  Tan  1528.  '  Il  y  en  a  une  édi- 
pr-  p  «■  tjon  particulière  avec  la  lettre  de  S.  Célestin ,  et  les  auto- 

rités qui    l'accompagnent    ordinairement    en  un    volume 
in  4°  a  Mayence  l'an   1524  ,  par    les    soins   de   Nicolas 
Bibi.  s.Pet.  Mon.  Carbacchius  ;       et  une  autre  faite  à  Paris   chez  Antoine 
Augerelle  l'an    1533,    en  un  volume  in  12  avec  ce  titre  : 
S.  Prosperi  presbyteri  Aquit.  adversus  inimicos  gratiœ  Dei 
libellas,  in  quo  sententia  divi  Augustini  de  gralia  et  li- 
bero  arbitrio  ex  acripturis  defenditur.    Nous  rapportons  ce 
titre  entier  à  cause  de  sa  singularité,  et  de  la  dignité  de  Prê- 
Cave,  p.  38i.        tre  qu'il  donne  à  S.  Prosper.  '  Cave  en  marque  une  édition 
de  1606,  faite  à  Leyde,  et  une  autre  de  1628  à  Arras.  Cette 
dernière  édition  est  sans  doute  celle  qui  s'en  fit  alors  parmi 
les  œuvres  de  Cassien ,  et  que  nous  avons  marquée  en  gé- 
néral. 
Prog.  p.  371. 53».       10°.  '  Le  Commentaire  sur  les  Pseaumes  depuis  le  cen- 
tième, jusqu'au  cent-cinquantième,  paroît  avoir  été  fait  après 
la  condamnation  de  l'hérésie  de  Nestorius ,  c'est-à-dire  après 
inps.  iM.  p.  5i7.  l'an  433.  '  S.  Prosper  en  fournit  lui-même  la  preuve;  puisque 
sur  le  144e  Pseaume  il  exclud  formellement  la  double  person- 
tïii.  ib.  24 1  Proj.  ne  en  J.  C.  en  quoi  consistoit  cette  hérésie.  '  On  convient 
f.  36o.  361.         qUe  ce  Commentaire   n'est  presque  qu'un  extrait  de    ce- 
lui de  S.    Augustin  ;  et    l'on   voit   par-là    que  ce   n'étoit 
Eas"  seulement  sur  la  grâce  que  S.    Prosper  vouloit  être 
•isciple    de   ce  grand    Docteur.    Les  connoisseurs  y    re- 
marquent   cette    éloquence   forte    et   serrée,    qui    est    le 
caractère    de    nôtre   Saint.    Il    semble  que  l'on   ne   peut 
guéres    douter ,  qu'il    n'ait   commenté    tout    le    Psautier. 
Prof,  in  p».  107.  '  Car  lors   qu'il  vient   au  Pseaume    107%  il   avertit   qu'il 
p" 408  n'en   donne  point  d'explication ,    parce  qu'il  a   été  expli- 

Aug.  in  p».  107.     que  dans  les  derniers  versets  du  56e  et  du  59e.  '  S.  Augustin 
en  use  de  même ,  renvoïant  à  ces  mêmes  Pseaumes ,  pour, 
avoir   l'explication    du    109e   qu'il    laisse   sans    commen- 
Pex.  anec.  1. 1.  p.  taire.    D'ailleurs  '  Notker    le    bègue ,     religieux    de    S. 
5T*  Gai,   qui  vivoit  à  la  fin   du  IX  siècle   et  au  commen- 

Notk.  de  iot.  scr.  cernent    du   X ,      témoigne    assez   que    ce    commentaire 
c  *p-  *■  de   S.    Prosper  étoit   entier   de  son    temps ,   puisqu'il  dit 

que  nôtre  Saint  y  avoit  mis  une  préface  prise  d'une  ho- 
mélie de  S.    Basile    sur    l'éloge    des,  Pseaumes,  comme 


S.  PROSPER.  389 

V    SIECLE. 


avoit  fait  S.  Ambroise  ,  de  qui  S.  Prosper  aura  pu  la 
tirer.  Notker  ajoute  que  S.  Prosper  avoit  joint  à  ce  qu'il 
avoit  pris  de  S.  Augustin,  plusieurs  choses  des  écrits  de  divers 
autres  Auteurs,  et  que  son  Ouvrage  étoit  d'une  très-grande 
utilité. 

11°.     Le  recueil  de  392  sentences  tirées  aussi  des  Ouvra-  Pros.  p.  543-610. 
ges  de  S.  Augustin,  servit  de  matière  aux  épigrammes,  dont 
nous    avons    déjà    parlé.    Ainsi  il   fut   fait  vers  la    même 
année,    c'est-à-dire   après  l'an  451.  '  Ces  sentences  avec  Ang.  1. 10.  aP.  P. 
la  lettre  à  Rufin  ,    le»  réponses  à  Gassien  ,   aux  Gaulois  ,  1632°8-   • 
à  Vincent   et   aux  Génois  ,    se    trouvent    imprimées  à  la 
fin   des  œuvres  de  S.  Augustin.  '  Les   uns  en   comptent  Pro».  P.  533-536. 
390,  d'autres  seulement  388  ;    mais  c'est  par  une  erreur 
qui    vient    de    ce    que   l'on   répète   deux   différents    nom- 
bres, le  336e  et  le  337e,  ou  le  340e  et  le  341e  dans  d'au- 
tres éditions.    Ceux  qui   ont  pris  soin  de  publier   la  der- 
nière ,   ont  trouvé  dans   les   Manuscrits  deux  autres  sen- 
tences   qu'ils    ont   ajoutées   aux    390,    qui    avoient    été 
déjà  publiées.  On  remarque  que  les  37  premières,  et  quel- 
ques autres    en  très-petit   nombre,  sont   prises  du  Com- 
mentaire   de  S.    Prosper  sur  les  Pseaumes  :  soit  qu'il  les 
en  ait   détachées   après    l'avoir     composé ,    comme   il    y 
plus    d'apparence ,    soit    qu'après    les    avoir     tirées    de 
S.    Augustin ,    il   les   ait   fait  entrer  dans  son   Commen- 
taire. '  Car  on  observe  que   S.  Prosper  les  a  tirées    tant  uu.  scrip.  t.  2. 
des  Ouvrages  de  S.   Augustin    qui  nous  restent,   que  de  p-i*57- ! Tl11- ,b,d- 
ceux  que  nous  avons  perdus,  et  qu'il  en  prend   quelque- 
fois plutôt  le  sens  que  les  paroles.  '  On  regarde  cet  Ou-  un.  iwd.  1  tmM. 
vrage  comme  un  abrégé  de   Théologie  qu'il   s'étoit  fait,  blb"  '  *"  p> 
pour  se  rendre  plus  familiers  les  principes  de  S.   Augus- 
tin. '   On  trouve   quelques-unes    de    ces     sentences   em-  au*,  iwd.  Pro». 
ploiées    dans   les    Canons    du   Concile   d'Orange.    Florus  U)id- 
en  cite  aussi  plusieurs  sous  le  nom  de  S.  Prosper;  et  ce- 
lui qui  a  fait  les  fausses  décretales,  y  en  a  inséré  quel- 
ques-unes.      Le    recueil    entier   a  été    imprimé   à  Colo-  bîm.  vaiic 
gne  l'an  1531  en  un  volume  in  8°.  'Cave  en  marque  une  cave,*p.»8i. 
édition   faite  à  Helmenstad  l'an  1613,  sans  dire  en  quel 
volume. 

12°.  '  La  Chronique  de  S.  Prosper  a  rendu  encore  son  nom  >>et-  <»«>•  p*»- p- 
célèbre.  Il  la  commence  au  point  de  la  ■  création  fa  î,  'm.  i  pmï.V 
monde,  et  la  continue  jusqu'à  la  mort    de  Valentïnien  III  685-™- 

2  8 


V  S1RCLE. 


Vict.  can.   pas.  p. 
7.  ' 

TM.  ib.  p.  2t. 
Emp.  t.  5.  p.   163. 


30(1 


S.  PROSPER. 


l'ros.  elir.  p.   702. 


Till.  Emp.  1.2.  p. 
539.  556. 


lii-n.    ili.    nol.    p. 
38.  Bucli.  |  p.  2)1. 


Vict.  ibid.p.  6. 


Fleu.  H.  E.  i.ii.  p. 
502.  503. 

Till.  ibid. 


I.ali.  nov.  Iiil».    t. 
I.  p.  Ili-lil). 

l'ros.   p.  6K5-75I. 
l'ros.  p.  683. 

-Iir.  p.  742. 


Canis.  II.   I.  2.  p. 
264-305. 


cl  à  la  prise  de  Rome  par  Genscrie  Roi  des  Vandales; 
c'est-à-dire  jusqu'à  l'année  155  de  J.  C  '  S.  Prosper  y  ob- 
serve une  brièveté  agréable,  '  et  suit  la  Chronique  d'Euse- 
be  jusqu'en  l'an  de  J.  C.  326,  et  celle  de  S.  Jérôme  'jus- 
qu'en 379.  C'est  à  cette  année  qu'il  commence  une  nou- 
velle Chronique,  et  qu'il  parle  des  Lombards  comme  de 
peuples  sortis  des  extrémités  de  l'Océan  et  de  la  Scan- 
dinavie. 11  est  le  premier  Auteur  qui  ait  parlé  de  cette 
nation,  si  fameuse  dans  la  suite.  '  S.  Prosper  a  enrichi  sa 
Chronique  en  y  mettant  les  Consuls  depuis  les  deux  Gemi- 
nus,  et  la  15"  année  de  Tibère,  qui  est  la  29"  de  l'ère  com- 
mune. '  C'est  de  cette  Chronique  de  S.  Prosper  que  Cas- 
siodore  a  pris  les  Consuls  qu'il  a  insérés  dans  la  sienne, 
jusqu'à  en  copier  les  fautes. 

'  Les  sçavants  remarquent  que  S.  Prosper  a  travaillé 
à  trois  différentes  reprises  ,à  sa  Chronique ,  et  qu'il  en 
a  fait,  pour  ainsi  dire,  autant  d'éditions.  La  première 
finissoit  au  Consulat  de  Théodose  le  jeune  pour  la  14" 
fois,  et  de  Maxime;  ce  qui  revient  à  l'an  433  de  .1.  C. 
La  seconde  fut  augmentée  de  12  ans,  et  conduite  jus- 
qu'au Consulat  de  Valentinien  III  pour  la  6"  fois,  et  de 
Nonius,  ou  Nomo,  c'est-à-dire  à  l'an  445.  Enfin  la  troisième 
fut  poussée  jusqu'à  la  prise  de  Rome  par  les  Vandales 
l'an  455,  '  sous  le  Consulat  du  même  Valentinien  pour  la 
8e  fois,  et  d'Anthéme. 

'  Cette  Chronique  est  divisée  en  deux  parties.  La  pre- 
mière finit  en  378;  et  la  seconde  commence  à  l'an  379, 
et  finit  en  455,  comme  nous  l'avons  dit.  '  Nous  n'a- 
vions que  celte  dernière  partie ,  que  S.  Prosper  avoit 
ajoutée  à  celle  de  S.  Jérôme;  '  mais  le  P.  Labbe  nous 
l'a  donnée  toute  entière  en  1657  sous  le  nom  de  Tiro 
Prosper,  '  et  après  lui  le  nouvel  éditeur  de  S.  Pros- 
per, sur  les  meilleurs  manuscrits.  '  Mais,  quoique  cet 
éditeur  prometle  de  suivre  l'édition  du  P.  Labbe,  il 
ne  l'a  pas  suivie  avec  une  entière  fidélité.  '  Il  a  omis, 
par  exemple  sur  le  Consulat  de  Castin  et  de  Victor,  la 
mort  violente  d'Exupérance  Préfet  des  Gaules,  rap- 
portée dans  l'exemplaire  du  P.  Labbe.  Peut-être  y-a- 
t-il  quelques  autres  omissions ,  que  nous  ne  nous  arrê- 
tons pas  à  rechercher  ni  à  marquer.  '  La  même  omis- 
sion   s'est    glissée  dans   l'édition   de    cette    Chronique  que 


S.    PROSPER.  391     vsiecli; 


M.    Basnage   nous   a  donnée    en   1725 ,    en   publiant    de 
nouveau  les  anciennes  leçons  de  Canisius.   Pour  la  secon- 
de partie  on  a  de  coutume  de  la  joindre  aux  Chroniques 
d'Eusebe    et   dé    S.  Jérôme  ;    et   on   la   trouve   en   divers 
autres    ouvrages    qui    traitent    de   la    science    des   temps. 
'  Du    Chesnc   l'a  insérée  dans  le  recueil  de  ses  Historiens  DkImm.  t.  i.  p. 
de   France.   ■    Les  Sçavants    remarquent  que  nous    avons  ifu'âu09*}.  jUm  p. 
quatre    éditions   principales    de   cet    ouvrage,  si    differen-  307- ' Cavc' i'  -iW- 
tes   entre   elles,   qu'on   auroit  de   la   peine   à   croire   que 
le    tout    lut    l'ouvrage    du    même     Auteur.    '  Les     deux  uib.  Pp.  i.  8.  p. 
exemplaires    qui    s'en    trouvent   dans   la   Bibliothèque   des  l9,-20°- 
Pères,   sont  de   cette   nature.    On   est  persuadé  qu  on  y  a 
fait   plusieurs   additions,    et  que   c'est  de  là  que   viennent 
la    pluspart    des    fautes    que    les    Sçavants    ont    trouvées 
en  quelques  endroits  de  cette  Chronique. 

Le  P.  Garnier  a  tenté  de  prouver  que  l'ouvrage  Autel,  de  op.  Lco 
dont  nous  venons  de  parler,  n'étoit  pas  de  S.  Pros-  p' m'm- 
per,  malgré  l'autorité  de  Viclorius ,  de  G-ennade ,  de 
Cassiodore,  et  de  toute  la  tradition  qui  le  lui  attri- 
buent. Mais  M.  Antelmi  a  fait  une  dissertation  entière ,  où 
il  prouve  très-sol idement,  sur-tout  par  la  comparaison 
qu'il  y  établit  entre  les  expressions  de  cette  Chronique 
et  celle  des  autres  ouvrages  de  S.  Prosper,  que  1  on 
ne  peut  sans  injustice  refuser  de  le  reconnoitre  pour  Au- 
teur de  la  Chronique  qui  porte  son  nom. 

Ce  sont-là  tous  les  écrits  qui  nous  restent  de  S.  Prosper, 
et  qui  sont  indubitablement  de  lui.  L'on  en  a  toujours 
l'ait  beaucoup  d'estime,  et  avec  justice  ;  puisqu'ils  res- 
pirent lous  l'esprit  de  S.  Augustin,  dont  leur  Auteur 
étoil  animé.  '  On  a  déjà  remarqué  que  le  Concile  de  Cmk.  i.  i.  p. 
Home  sous  Gélase  en  4!H,  les  met  au  nombre  de  ceux  l2t,i' 
que  l'Eglise  reçoit  pour  règle  de  sa  foi. 

Nous  avons   déjà   observé   que  S.    Paulin   cl   kS.    Pros- 
per sont  les   deux  Poètes  Chrétiens  qui  ont  le  plus  hono- 
ré celte  manière  d'écrire.  '  On   peut  cependant  dire  que  thi.  y»,  p.  :i. 
S.  Prosper  l'a  plus  sanctifiée  que  S.  Paulin.  Sa  prose  mê- 
me a  quelque   chose   de   poétique   par  son  élévation,  son 
feu  et  sa  fermeté.  '  Son  style  est  vif  et  serré.  Il  ne  manque  Tffl.ttU.  |Lw,t. 
ni  de  pensées  ni  de  paroles;  et  il  a  .encore  plus  de  for-  " p 
ce    et  plus  de  vigueur,  soit  dans  ses  expressions,  soit  dans 
ses   raisonnements    pleins  de   solidité   et  de   feu.    Mais   il 


V  SIECLE. 


392  S.    PROSPER. 


Apo.despp.  i.  i.  se  contente  de  la  noblesse  de  son  style,  '  sans  affecter  ni  les 
c' 5' p'  rimes, 'ni  les  cadences  nombrées,  ni  les  priodes  égales  et 

composées,  ni  les  figures  et  les  fleurs,  ni  les  autres  orne- 
ments .des  paroles  que  l'on  voit  dans  d'autres  Auteurs  du 
c.  4.  p.  u.  même  temps.  '  Comme  il  étoit  toujours  occupé  ou  à  atla- 

quer,  ou*à  se  défendre,  il  emploie  une  éloquence  mâle  et  mili- 
taire;   et   il    songe    plus  aux   choses   qu'aux   expressions, 
c.  s.  p.  i9.  ■  De-là   il   arrive   que  la   structure    de  son   discours   est 

Dupin,    iwd.  p.  quelquefois  moins   claire  et  moins  nette;  '  quoique  pour 
45,1  les  choses,  quelque  difficiles  qu'elles  soient,   il  les  traite 

avec   autant   de   netteté  que  de  subtilité.    Il     s' étoit    for- 
mé sur  S.  Augustin;  mais  il  est  plus  serré. 
Apo.  des  pp.  ibid.       '  Ainsi   l'on   peut   dire  qu'il  a  moins  de  brillant  d'élo- 
p-,!)  quence  que   quelques   autres;    mais  il  a  plus  de  vigueur, 

jug.  des  sça.  poe.  d'esprit  et    de  feu,  '  Borrichius    ajoute   que   S.    Prosper 
ut.  p.  sis.  est    un   Auteur   disert   et   subtil,    qui   a  de  la  profondeur 

dans  le  sens  des  choses  qu'il  traite, 


0 


«  III. 

SES  OUVRAGES  PERDUS. 

utre  le  écrits  de  S.  Prosper  dont  nous  venons  de 
'donner  le  catalogue,  il  nous  en  manque  quelques 
autres,  dont  il  est  à  propos  de  rapporter  ce  que  l'on  en 
scait. 

Aug.  cp.  sas.  n.       1°-  '  Nous  n'avons  point  la  première  letre   que  S.  Pros- 

*•  per  assure   lui-même  avoir  écrite  à  S.  Augustin  par  le 

Diacre  Léonce,  et  à.  laquelle  S.  Augustin  avoit  répon- 
du par  le  même  porteur.    Il   paroit  que  ce  n'éloit  qu'u- 

pros.  pr.  p.  4.  ne  letre  de  civilité.  '  Le  dernier  éditeur  témoigne  qu'il 
lui  a  été  impossible  de  la  recouvrer,  quelque  soin  qu'il 
ait  pris  pour  y  réussir. 

Aug.  prad.  c.  3.  2°.  '  Il  semble  aussi  que  S.  Prosper  avoit  adressé  à 
S.  Augustin  quelques  autres  ouvrages  que  ceux  que  nous 
avons,  sur  les  erreurs  des  Sémipélagiens,  et  qu'il  l'avoit 
fait  avant  que  celui-ci  publiât  son  traité  de  la  prédes- 
tination des  Saints.  Outre  que  la  grande  liaison  qui  é- 
toit  entre  ces  deux  défenseurs  de  la  grâce,  rend  cette 
opinion  fort  plausible,  S.  Augustin  paroit  assez  claire- 
ment   distinguer  ces    ouvrages    des    letres  que    lui    avoit 

écrites 


S.  PROSPER.  393     v  slECLK> 


écrites    S.    Prosper.    Mais  on   n'a  point    d'autre    connois-  " 
sance  de  ces  écrits  perdus. 

3°.  '  Gennade  nous  apprend  aussi  que  S.  Prosper  com-  Genn.  yir.  iii 


88. 


posa  un  cycle  pascal,  qui  ne  subsiste  plus  aujourd'hui.  Il 
est  vrai  que  c'est  à  l'article  de  Victorius,  qu'il  rappor- 
te cette  particularité,  et  qu'il  n'en  touche  rien  à  l'ar- 
ticle de  S-  Prosper,  dont  il  est  ici  question.  Mais  il  sem- 
ble que  l'on  ne  puisse  pas  douter  qu'il  n'entende  S. 
Prosper  d'Aquitaine,  '  dont  il  a  fait  mention  quatre  c.m. 
Chapitres  auparavant,  et  que  l'on  voit  par  sa  propre 
Chronique,  s'être  assez  appliqué  à  cette  sorte  de  suppu- 
tations. Cela  est  d'autant  plus  croïable,  qu'il  est  plus 
certain  '  que  Gennade  dit  que  ce  Prosper  avoit  écrit  c.88. 
sur  cette  matière  après  Théophile  d'Alexandrie  et  avant 
Victorius  d'Aquitaine,  '  c'est-à-dire  entre  380  et  457.  tm.  ibid.  P.  ta. 
Cette  époque  convient  fort  bien  au  temps  que  fleuris- 
soit  S.  Prosper  d'Aquitaine.  Le  reste  ne  lui  convient 
pas  moins  justement,  tant  pour  les  circonstances  où  il  s'est 
trouvé,  que   pour  son  habileté  dans  la  science  des  temps. 

En  effet  on  croit  qu'il  fut  emploie  par  le  Pape  S.  Léon  Bail.  a»,  juin,  P. 
en    444,    à  régler   la   fameuse   contestation   qui   s'étoit   é-  3m- 
levée     enlre    les    Occidentaux    et    ceux    d'Alexandrie    au 
sujet    du    jour    de    Pâque,    et   qui  •  se    renouvella  encore 
onze   ans   après.    De   sorte   que    S.    Prosper   fit   connoître 
en    ces    deux    occasions    son    habileté    dans  les    Mathéma- 
tiques,   l'Astrologie    et    la   Chronologie,   '    et  composa   le  iwd.cave.  p.ist. 
cycle  pascal  que  nous   défendons  ici   contre  ceux  qui  ont 
entrepris  de  le  lui  disputer. 

'  Néanmoins    le  P.    Boucher    doute   fortement   que    le  Bach.  p.  143.  m. 
cycle  attribué    à  Prosper  par    Gennade,    soit   de  S.   PrOs- 
per   d'Aquitaine.    A   dire  le  vrai,  s'il    est   nécessaire    que 
ce  soit  un   cycle    de   84  ans   composé    en   382,    comme 
le   prétend    cet    Auteur,    'ce   Prosper   n'est   point   assuré-  mi.  ibui. 
ment  celui   d'Aquitaine,   quoiqu'il  écrivît  encore  en   455. 
Mais   hors   cela  l'on  ne  peut  douter,  suivant  ce  que  nous 
avons   dit,    que  Gennade  ne  le   veuille    marquer,  comme 
aiant  composé,  ou   au   moins  rectifié    et    corrigé    quelque 
cycle  pascal,  peut  être  celui  de  84  ans,  dont  il  parle  sou- 
vent dans  sa  chronique,  et  qui  nous  est  même   assez   peu 
connu    d'ailleurs.  '  On    voit    toutefois    que    l'Eglise    Ko-  Buch.  p.  137. 
maine  s'en  servoit   du    temps   du   Pape  S.  Léon,  '  et   le  p.  13. 1*5. 
Tome  II.  D  dd 

2  8   * 


,„„,„      394  S.  PROSPER. 

v  si  ECU-: 


P.    Bouchei*,   nonobstant  son   doute,   ne  laisse  pas  de  rai- 
sonner toujours,   comme   supposant   que   ce   cycle   est    de 
isi.i. oiig.  i.  o.  e.  S.  Prosper.  'S.  Isidore  de  Seville  dit  bien  clairement  que 
S.  Prosper  avoit  laissé  un  ouvrage  sur  celte  matière. 

S  iv. 

SES   OUVRAGES    DOUTEUX. 

APRÈS    ce    que   nous  avons   dit  en   divers   endroits    de 
quelques  écrits   douteux   de   S.    Prosper,    nous  serions 
en   droit   de   les   confondre   avec   ceux    qui   lui   sont  sup- 
posés.   Mais   nous   voulons  bien  les  distinguer,  pour  nous 
conformer  au  dernier  éditeur  de  ce  père. 
Pro».  p. 709. 770.       1°.  'Nous  avons  un  écrit  intitulé  Confession  de  Prosper 
Lah.  s.-rip.  i.  «.  p.  d  Aquitaine,  '  ou  comme   d'autres  lisent,  de  Tiro  Prosper 
îuliiii.  s.  vin.  on.  aussi  d'Aquitaine.  a  II  nous  a  été  donné  pour  la  première 
fois  sur  un  manuscrit  du  Vatican,  par  les  soins  du  P.  Sir- 
mond  qui  le  publia  à  Paris  l'an  1619  à  la  suite  des  Poé- 
Prosp.  p.  -67.        sies  d'Eugène  et  de  Draconceen  un  volume  in-8°.  '  Il  se 
Irouve  aussi  parmi  les  autres  ouvrages  de  S.  Prosper  dans 
un     manuscrit     qui    a   appartenu    autrefois    à    M.    Joly. 
Dnpin.  i.îb.  i.  i.  p.  '  Néanmoins  M.  Dupin  juge   celte    pièce  indigne  de  nôtre 
Amci.  ii.i.1.  p.  :i-o.  Saint;   '  et   M.    Antelmi   soutient   qu'à   peine  on  y  trouve 
quelque   vestige   de  son   style,    et  qu'elle  ne  répond  point 
Tin.  mi.  p.  3.       à   sa   répulation,    pour   les  choses    qu'elle   contient.       Au 
contraire   M.    de   Tillemont  prétend  qu'elle  est  assez  bien 
écrite  pour  croire  qu'elle  est  peut-être   du  grand  S.  Pros- 
p.  7.  per.   '  Mais  ailleurs   il   déclare   qu'il  n'ose  ni  en  rejetter, 

ni  en  recevoir  l'autorité,  non  plus  que  des  deux  pièces 
Pro».  conr.  p.  7-o.  suivantes.  '  L'auteur  de  la  confession  paroît  dire  assez  net- 
tement que  lorsqu'il  fut  louché  de  Dieu,  il  étoit  par- 
mi les  Barbares,  et  qu'il  eût  changé  de  pais  sans  les 
gardes  que  cette  nation  avoit  sur  les  frontières  de  ses 
états.  Ces  traits  ne  s'accordent  point  avec  l'histoire  de 
S.  Prosper,  et  ne  peuvent  mieux  convenir  qu'à  l'Auteur 
du  poëme  sur  la  Providence,  que  l'on  attribue  aussi  à 
S.  Prosper;  mais  que  nous  avons  déjà  prouvé  n'être  pas 
de  lui. 
p.  773-780.  2°.  '  Le  poème  d'un  mari  à  sa  femme  pour  l'exhorter  de 

Paul.  .lias.  i;.  n.  se  consacrer  entièrement  à  Dieu,  '  porte   le   nom    de    S. 


S.  1»  HO  SP  EH.  393  „   , 

v  sieoli;. 

Prosper   dans   4   divers    manuscrits.   '  Mais    hors    les  •  16  Anlel  i)jid     m_ 
premiers  vers  ïambes,   ce  poëme  ne  se  trouve  point  dans  *i°- 
un  autre  manuscrit    ancien  de  800  ans ,    et  qui  contient 
les  autres  poésies  de  S.  Prosper.  '  Gela  n'empêche  pas  néan-  i>.  m.  u*. 
moins  (pie   M.    Anlelmi ,  qui   nous    apprend   cette   circon- 
stance ,  n'emploie    beaucoup   de    raisonnements ,    pour    y 
trouver  l'air    et   la    diction  des  autres  ouvrages   de   nôtre 
Saint.    'M.  de  Tillemont  ne  seroit  pas  éloigné  de  ce  sen-  nu.  i.  u.  p.  n*. 
liment.  Seulement  on   peut  craindre,    dit-il,    que  ce  poë-  '■  l0- 1>- •'>• 
me    ne  soit  trop    orné ,  trop    poli,    et   trop  coulant    pour 
S.  Prosper.  '  Mais  il  a  soin  de  remarquer  pour  ne  pas  trop  n,i,i  lAnut.  iu<i. 
s'éloigner  de  l'opinion  de  M.  Antelmi ,  que  ce  Saint  peut  p-  U2, 
avoir  écrit  d'une  manière   fleurie,    lorsqu'il  n'avoit  renon- 
cé que  depuis   peu  aux   auteurs  profanes  et  à  l'amour  de 
l'éloquence,    et  ensuite   d'une  manière  plus  simple  ,  lors- 
qu'il  ne   songeoit  qu'à    combattre  l'erreur    avec    des   pa- 
roles aussi  mâles,   que  ses  raisons  étoient  fortes  et  solides. 
Malgré   toutes   ces   raisons,    M.    de    Tillemont    ne  '  laisse  rm  iM  i>.  7. 
pas  d'hésiter  encore  sur  l'autorité  de  ce  poëme. 

'  Ce  n'est  pas  sans  raison;    car  l'on  convient  que  cette  PmI.  Hm.  u.  n. 
pièce  contient  une   description   de    ce    renversement    uni-  a' 
versel   qui   arriva    l'an   407    dans   l'Empire  d'Occident,  et 
que    le  poëte    nous    décrit    comme    en    aïant    été    témoin 
oculaire.   '  C'est   de-là   que    l'auteur  prend   occasion  d'ex-  pro#.  adn.Y.fi- 
horter  sa   femme    ePde  s'exciter  soi-même  à  un  généreux  il 
mépris  de  toutes  les  choses    périssables,  afin  de  ne  s'atta- 
cher   <|u';i  «elles    qui    ne   peuvent  périr.    Assurément  cela 
ne  peut  s'accorder  avec  l'histoire  de  S.  Prosper,  qui  aïant 
vécu    jusqu'en   l'année    463,  comme  nous  avons  dit,  n'a- 
voit peut-être  pas  10  à  12  ans  en  l'année  407.  D'ailleurs 
nul  monument  certain  ne  nous    apprend  que  S.   Prosper 
ait   été  marié  :  au   contraire    l'histoire   de  sa   vie   nous   le 
représente  comme   l'aïant   passée  tout   entière  dans  le  cé- 
libat.   C'est  pourquoi  'quelques  auteurs  ont  trouvé  plus  à  Mm. p. Vit. 
propos  de   donner  ce  poëme  à  S.  Paulin  de  Noie,  '  par-  Paul.  opp.  p.  »i- 
mi  les  œuvres  duquel  on  l'a  inséré.  Mais  on  montre  qu'il  2t' 

ne  convient  pointa  son  histoire.'  Le  vénérable  Bede  l'at-  b«i.   de  u.  i. 

tribuë   à   Prosper  Tiro,    qu'il   paroît  assez  clairement  dis-  ''  ''  •,ol"s-1-  "'• 

tinguer  du  grand   S.    Prosper,   comme  nous  l'avons    déjà 

dit  ailleurs. 

3°.  '  Le  poëme  sur  la  providence  divine  est  aussi  un  des  écrits  Pm,  p.  ms-g**. 

Ddd  ij 


396  S.  P  R  0  S  P  E  R. 

V  SIECLE. 

Tiii.  ibid.  p.  7.      douteux  que  l'on  attribue  à  S.  Prosper.  '  Il  y  a  bien  des 
endroits   dans  ce    poëme  qui    sont    fort    beaux,    et   vrai- 
ment dignes  de  nôtre  Saint.  L'auteur  y  établit  divers  prin- 
Uol'iYn  mai'  p'  c*Pes  dignes  d'un  disciple  de  S,  Augustin.  '  Toute  la  pièce 
1  ' p'         est  même  pleine  de    pieté,  et  a  des  beautés  soit  pour  le 
style,    soit   pour  les  choses.  Hincmar  le  cite  sous  le  nom 
^tei.  ibid.p. 405-  de    S.    Prosper;    et    M.    Anlelmi   y  trouve   beaucoup   de 
•  Ti'u.ib.  p.  T3i.  choses  conformes  à  ses  expressions.  "Mais  il  fait  une  gran- 
Amei.ibid.p.  408.  fo  jnjure  £  g.  Prosper,  et  renverse  la  chronologie  ,   '  en 
prétendant  que  le  Saint  l'auroit  peut-être  fait  pour  adou- 
cir   ce    qu'il    auroit    dit   de    trop    fort    dans    son    poëme 
contre    les   ingrats.    Voilà  les  raisons  que  l'on  peut  avoir 
pour  attribuer  cette  pièce  à  S.  Prosper. 

Il  y  en  a  d'autres    plus  fortes,  comme  il  nous  paroît, 

Mi'iLsIb'  I'-7'  Pour  ne  ^'en  Pas  cr0're  auteur.  '  D'abord  l'on  convient 
t.  i.  p.  23.  |  Bofi'.  qu'il  s'y  trouve  beaucoup  d'endroits  que  l'on  a  de 
Pros.  pi  "'g-™».'  la  peine  à  accorder  avec  les  maximes  qu'il  a  défendues 
dans  la  suite,  parce  qu'ils  favorisent  la  doctrine  des  Pé- 
lagiens.  C'est  ce  qui  a  fait,  dire  aux  Docteurs  de  Louvain, 
qui  ont  revu  les  ouvrages  de  S.  Prosper,  et  à  d'autres, 
que  l'on  ne  peut  les  lui  attribuer.  Et  l'on  croit  qu'on 
l'a  joint  exprès  avec  le  poëme  de  ce  Saint  contre  les 
ingrats,  afin  que  la  doctrine  de  l'un  servit  de  contre- 
poison à  la  fausse  doctrine  de  l'autre.  C'est  peut-être  cette 
jonction  des  deux  pièces  qui  a  donné  naissance  à  l'er- 
reur dans  laquelle  on  est  tombé,  en  faisant  porter  au 
poëme  sur  la  Providence  le  nom  de  l'auteur  du  poëme 
contre  les  ingrats. 

On  tâche  à  la  vérité  de  résoudre,  ou  au  moins  d'af- 
foiblir  la  difficulté  prise  des  endroits  favorables  au  Pé- 
Tiii. ibid.  p.  7.  lagianisme, 'en  disant  qu'il  se  peut  faire  que  S.  Pros- 
per ait  travaillé  à  cet  Ouvrage,  avant  que  d'être  assez 
instruit  sur  la  grâce.  Mais  cette  réponse  ne  se  peut  soû- 
p>  m Amc1' ibid'  ten""  cn  'u*  attribuant,  comme  l'on  fait,  le  Poëme 
d'un  mari  à  sa  femme,  qu'il  composa  aussi  dans  sa  jeu- 
nesse, ainsi  qu'on  le  suppose.  Car  l'Auteur  de  ce  der- 
nier poëme  y  enseigne  sur  la  grâce  une  doctrine  fort  bien 
soutenue. 

On  peut  ajouter  à  cela  qu'il  y  a  une  différence  bien 
sensible  entre  le  style  de  ces  deux  pièces.  Assurément 
le  Poëme   sur  la  Providence  n'approche  pas  des  beautés 


S.    PROSPEH.  397 

Y    SIECLE. 


de  celui  d'un  mari  à  sa  femme.  Celui-ci  est  plus  doux,  plus 
poli,  plus  concluant,  et  renferme  le  secret  de  dire  beaucoup  de 
choses  en  peu  de  mots,  ce  que  ne  fait  pas  l'autre. 

Oulre    toutes    ces    raisons ,        l'on    demeure    d'accord  tw.  ibid.  |  p.  7. 
que   le   Poëme   sur  la   Providence   fut   composé   en   416,  ™- 1 Pros- p  •783- 

dix    après    que     les     barbares     eurent     commencé     à  deprov.  v.33.3i. 
ravager   les   Gaules.       L'Auteur   avant   ce   temps-là   avoit  v.1.2. 
accoutumé     de     s'exercer     à     écrire     divers     Ouvrages. 
'  Il  avoit  été    du    nombre    des    prisonniers    que    les    Gots  v.  57.58. 
ou    les   Getes,    comme    il    les    nomme,    avoient    contraint 
de   marcher  au   milieu   de   leurs   chariots  ?   '   et    dès-lors  v.  nu. 
il  paroît  visiblement  se  distinguer  des  enfants  et  se   met- 
tre au  nombre  des  hommes   faits.    Or   peut-on   dire   avec 
vérité  que    depuis    407  jusqu'en    41G   ces   traits   convien- 
nent   à   S.    Prosper,    qui    en   416    n'avoit    peut-être   pas 
encore    18  à   20  ans?   De   plus,    '  l'Auteur   faisant  men-  v.  30. 
lion    de    la    destruction   des   Oliviers   de   son    pais,    sem- 
ble insinuer  qu'il  étoit  de  Provence  :  ce  qui   ne   s'accor- 
de pas  non  plus  avec  la  patrie  de  S.  Prosper.  C'est  pour- 
quoi '  M.  de  Tillemont  dans  son   histoire   des   Empereurs  tu.  Emp.  t.  5.  p. 
a  mieux  aimé  donner  ce   poëme   à    un    Auteur   inconnu  ;  5I9, 
et   c'est    le   sentiment    que   nous   avons    suivi,    comme   le 
plus  probable.  Le  dernier  éditeur  de  S.  Prosper  l'a  em- 
brassé aussi  ;  '  et  dès  1565  qui  est  l'année  de  l'édition  de  Lou-  i>ros.  p.  779. 7so. 
vain,  on  avoit  observé,  comme  l'on  a  fait  dans  la  suite,  que 
ce  Poëme  n'étoit  point  de  S.  Prosper,  mais  de  quelque  au- 
tre Auteur  qui  expliquoit  mal  la  doctrine  de  la  grâce. 

4°.  '  Les  deux  livres  de  la  vocation  des  Gentils  ont  excité  p.  847-mi. 
une    dispute    encore    plus  célèbre,   que   nous   ne   préten- 
dons pas  terminer.    Le   point   de   la   difficulté   consiste   à 
sçavoir   précisément   quel   est   le   véritable   Auteur   de   cet 
ouvrage.  11  y  a   long-temps  qu'on    le   recherche  ;    et   l'on 
n'a  encore  pu  le   découvrir.  '  D'abord   on   l'a  attribué   à  p.  825.  «m.  Apo. 
S.  Ambroise  sur  la  foi  de  quelques  Manuscrits.  Ensuite  on  ^s2fp'  c'  5' p' 
l'a  donné  à  d'autres  :  Vossius  à  Hilaire,  dont  nous  avons 
une  letre  adressée  à  S.  Augustin  ;  Erasme  à  Eucher  Evêque 
de  Lyon  ;  d'autres  à  Prosper  Evêque  d'Orléans  ;  quelques- 
uns  à  l'Evêque  Prosper  qui  assista  au  Concile  de  Carpentras 
en  527;  d'autres  à  quelque  Africain,    peut-être   du   nom- 
bre de  ceux  que   Genseric   chassa   en    440,  et   qui   abor- 
dèrent en  Italie;  le* P.  Quesnel  à  S.  Léon  le  grand;  en- 


V    SIECLE. 


398  S.    PROSPER. 


fin  le  plus  grand  nombre  à  S.  Prosper  d'Aquitaine. 

-Mars  il  n'y  a  plus  proprement  aujourd'hui  que  ces  deux 
derniers   sentiments   qui   subsistent,    tous   les  autres   étant 
pros.  ibid.  i  Apo.  tombés  pour  de  justes  raisons.  En  effet   quel    moïen  '  de 
jtopp.  1. 1.  c.  i.  crojre  g    Ambroise  Auteur  de   cet  Ouvrage,  où  il  est  fait 
mention  et  de  l'hérésie  de  Pelage,  et  des  suites   qu'elle   a 
eues  dans  l'Eglise  :  ce  qui  n'est  arrivé  que  plusieurs  an- 
pros.  mi  i  Apoi.  nées  après  la   mort   de   ce   Saint?       De   même   comment 
ibid.  c.  *.  p.  o.     pOUVOir   l'attribuer   à   Prosper   Evêque   d'Orléans,   qui    ne 
se  croïoit  pas  même  capable  d'écrire  la   vie   de   S.  Anian 
son  prédécesseur,  et  qui  s'adressa  pour  cet  effet  à  S.  Si- 
doine? Encore  moins   peut-on    le   donner    à   l'autre   Evê- 
Apo. des  pp.  1. 1.  que  Prosper  du  VI  siècle;  puisque  avant  l'an  490  '  le  Pa- 
c.s.  p.  5.  e.         pe  Q^jase  cije  ces  jivres  comme  d'un  maître    de   l'Eglise, 
qui   les  avoit   écrits   depuis  assez    long-temps.  Enfin    l'at- 
tribution que  l'on  en  fait   ou   à  Hilaire,  quel   qu'il  puis- 
se être,  ou  à   S.    Eucher,  n'est  qu'une  simple  conjecture, 
si   l'on   en   excepte    le   style    qui    approche   fort  de   celui 
pros.  ibid.  de  S.  Eucher.  '  De  sorte  que  toute  la  dispute  ne  se  réduit 

plus  qu'à  seavoir  si  l'ouvrage  en  question  est  ou  de  S.  Léon, 
ou  de  S.  Prosper,  ou  bien  de  quelque  autre  Auteur  inconnu, 
comme  le  croit  îe  dernier  éditeur  de  S.  Prosper,  qui  lui  fait 
porter  ce  titre. 
Léo,  diss.  2.  p.  '  Le  P.  Quesnel  soutient  par  une  longue  dissertation 
que  ces  deux  livres  de  la  vocation  des  gentils  sont  du 
Pape  S.  Léon  ;  qu'il  les  a  faits  avant  son  Pontificat  ;  mais 
qu  il  n'y  a  point  mis  son  nom  ,  ce  qui  a  fait  que  Gé- 
lase  même  n'a  point  su  qu'ils  fussent  de  lui.  La  plus  for- 
te raison  du  P.  Quesnel  est  prise  de  la  conformité  du 
style ,  qui  se  trouve  entre  ces  livres  et  les  écrits  de  S. 
Tiii.  ibid.  p.  m.  Léon.  '  Mais  il  est  aisé  ,  remarque  un  sçavant  homme, 
qu'il  y  eût  alors  plusieurs  personnes  et  à  Rome  et  ail- 
leurs, qui  écrivissent  d'une  manière  approchante  de  cel- 
le de  ce  S.  Pape.  D'ailleurs ,  quelque  chose  que  l'on 
puisse  dire  en  faveur  de  cette  opinion,  l'on  aura  toujours 
de  la  peine  à  se  persuader  que  si  cet  •  Ouvrage,  qui  étoit 
connu  dès  le  V  siècle,  eût  été  d'un  aussi  grand  Pape  que 
S.  Léon ,  on  eût  tardé  jusqu'au  XVII  siècle  à  le  lui 
attribuer. 
Antei.  de  op.  Léo.  D'un  autre  côté  '  M.  Antelmi  a  fait  un  Ouvrage  en- 
p.  H3-300.  CQre    pjus   ampje  que   ceiui   du   P.    Quesnel,    pour  com- 


S.    PROSPER.  399 

V    S1ECLK. 


battre   son    sentiment,   et    pour   soutenir   de   nouveau   que 
les  livres  dont  il  s'agit,    étoient  de   S.    Prosper.        Il    est  Apo.  des  pp.  i  i. 
certain  suivant  l'avis  des  personnes  habiles   qui   ont   exa-  c'         p'  2"10' 
miné  avec  soin  ce  qui  regarde  ces   deux   livres,  qu'il   n'y 
a  rien  qui  ne  s'accorde  fort  bien  avec  la   doctrine   de  S. 
Prosper,    à   qui    ils   sont   attribués   par    Hincmar,   et    par 
trois  manuscrits  fort  anciens.      Il  y  a  même  beaucoup  de  c.  3.  p.  10-11. 
choses  conformes  à  ce  que  dit  S.  Prosper  dans   ces  Ou- 
vrages,  particulièrement   dans   son    poëme   contre    les   in- 
grats. '  Le  temps  y  convient  aussi;       puisque   ces   livres  nu.  iwa.  p.  29. 
doivent  avoir  été  écrits  vers  440.  Voilà  en  peu    de   mots  ^P5.  plesj9P' ,b,d' 
ce  que  l'on  dit  de   plus   fort,   pour   établir   l'opinion    qui 
les  attribue  à  nôtre  Saint. 

Néanmoins    tout   cela   ne  forme   point   une   certitude   à 
laquelle  nous   soions   obligés   de   nous    rendre.    Car   outre 
que  la  conformité  qui  se   trouve   entre   les  sentiments   de 
S.  Prosper  et  ceux  de  l'Auteur   de   la  vocation   des  gen- 
tils ,   peut   fort   bien    venir   de   ce    que   celui-ci   possédant 
la  doctrine  de  l'autre  par  une  lecture  assidue  de  ses  écrits, 
l'aura  fait  passer  dans  son   propre  Ouvrage,  '  il   y  a   une  iwa.  c*.  p.  12. 
grande    différence   entre   ces    deux    écrivains ,     quant    au 
style  et  à  la  manière  de  traiter  un  sujet.  1°.  '  Le   traité  <•.  5.  p.  15.  «. 
de   la  vocation    des    gentils   est   plus    poli,    plus    élégant, 
plus  travaillé,  que  les  écrits   de    S.    Prosper.    Les   pério- 
des en  sont  moins    longues   pour    l'ordinaire   et    divisées 
en  des  membres    plus    égaux    et    plus   proportionnés.    II 
y    a    plus    d'oppositions    et   plus  a'antitneses,    soit    dans 
le  sens,  soit  dans  les  mots;  plus    de    rimes    qui    parois- 
sent  même  recherchées.  '   S.   Prosper  ne  prend   pas  tant  p.™. 
de  peine  à  arranger  ses  mots,  et  les  membres  de  ses  pé- 
riodes.  Et  comme  il  est  plus  fort  dans  ses  raisonnements 
et  dans  ses  pensées,   aussi  la  structure  de  son  discours  est 
moins  claire,  moins  nette  et  moins  artificielle.  Il    a  plus 
de  force,   et  plus  de  feu  ;  mais  l'autre    a    plus    d'art,    et 
plus  d'éloquence.   2°.  '  Ils  différent   aussi   beaucoup   dans  c.  t.  P.  «15. 
la  manière  de  traiter  leur  sujet.   '  L'Auteur  de  la  voca-  Pros.  de  roc.  1. 1. 
tion    des    Gentils    dit,    qu'il    a    entrepris    cet    Ouvrage,  c'  '" 
comme  un  exercice  d'esprit,   et  pour  expliquer  ses  pen- 
sées touchant  la    question   qu'agitoient   les  défenseurs   de 
la  grâce,  et  les  partisans  du  libre   arbitre.  '    Il  explique  aPo.  u>id.  c.  4. 
ces  matières  plutôt  qu'il  ne  dispute  ;  au  lieu  que  S.  Pros-  p' 14' 


400  S.    PROSPER. 

V    SIECLE. 


fier  prend  les  Sémipélagiens  à  partie.  Celui-là  agit  en  Théo- 
ogien  particulier,  celui-ci  en  chef  de  parti.  L'un  écrit  com- 
me un  homme  privé  qui  dit  son  avis,  l'autre  comme  une 
personne  publique  qui  défend  la  cause  commune  de  l'E- 
glise. L'un  s'exerce,  l'autre  combat  ;  l'un  traite  une  ques- 
tion d'une  manière  tranquile;  l'autre  dans  la  nécessité  de 
se  défendre  et  d'attaquer,  emploie  contre  ceux  qu'il 
attaque  une  éloquence  mâle  et  polémique. 

A  cela  l'on  peut  ajouter  que  les  livres  de  la  voca- 
tion des  Gentils  paroissent  avoir  été  écrits  assez  long- 
temps après  la  dispute,  formée  entre  les  Catholiques  et 
Pros.  de  voc.  ibi.i.  les  Sémipélagiens.  C'est  ce  que  l'Auteur  déclare  dès 
l'entrée  de  son  discours.  Inter  def'ensores  liberi  arbitrii,  dit- 
il,  et  prœdicatores  gratiœ  Dei  magna  et  difficiles  dudùm  ver- 
titur  quœstio  :  ce  qui  ne  peut  convenir  à  S.  Prosper,  qui 
commença  à  combattre  l'erreur  des  Sémipélagiens  dès 
qu'elle  eut  osé  paroitre.  D'ailleurs  qui  croira  que  ce  Saint 
après  avoir  triomphé  de  cette  hérésie,  sur-tout  par  les  ar- 
mes qu'il  avoit  empruntées  de  S.  Augustin,  eût  ensuite  af- 
fecté un  air  de  médiateur,  en  évitant  à  dessein  de  citer  ce 
même  Père,  comme  fait  l'Auteur  du  traité  dont  nous  par- 
lons? Il  faut  donc  convenir  que  cet  Ecrivain  n'étant  ni 
S.  Léon  ni  S.  Prosper,  nous  est  absolument  inconnu. 
Pros.  p.  931-9S2.  5°.  '  La  letre  à  la  Vierge  Demetriade,  qui  peut  passer  pour 
un  traité  de  l'humilité  Chrétienne,  a  été  aussi  attribuée  à  S. 
Prosper,  conjointement  avec  le  traité  de  la  vocation 
des  Gentils,  mais  seulement  dans  l'édition  de  1577.  Les 
éditions  plus  anciennes,  comme  celle  de  Sébastien  Gryphe 
de  1539,  ne  contiennent  ni  l'un  ni  l'autre.  Sur  quoi  nous 
Apo.  des  pp.  1. 1.  nous  contenterons  de  remarquer  'après  les  plus  habiles  cri- 
tol  &L  p .  »!  ]  tiques,  qu'il  y  a  une  si  grande  conformité  de  style  et  de 
Dupin,  t.4.p.48o.  manière  d'écrire  entre  les  livres  de  la  vocation  des  Gentils 
et  la  letre  à  Demetriade,  qu'il  y  a  tout  sujet  de  croire 
que  ces  deux  ouvrages  sont  de  la  même  main.  Ainsi v 
comme  le  traité  de  la  vocation  des  Gentils  ne  paroît 
point  être  de  S.  Prosper,  on  peut  conclure  pareille- 
ment que  la  letre  à  Demetriade  n'est  point  de  lui,  et 
Léo,  aïs*.  4.  p.  cela  suffit  pour  le  sujet  que  nous  traitons.  '  Le  P.  Ques- 
nel,  qui  a  pris  à  tâche  de  donner  à  S.  Léon  le  plus  d'ou- 
vrages qu'il  a  pu,  lui  attribue  encore  cette  letre. 

6°.  On  peut  encore  mettre  parmi  les  Ouvrages  douteux 

de 


S.  PROSPER.  401     T>M1E 

de  S.  Prosper,  '  le  recueil  des  autorités  des  Papes  sur  la  gra~  Pros  p  S7,  278 
ce  de  Dieu  et  le  libre  arbitre  de  l'homme.  Il  fut  fait,  com- 
me  l'on  croit  en  431  ;  '    et  l'on   a   de  coutume    de   le  P.  263. 264. 
Êlacer  à  la  suite  de   la  letre   du  Pape  S.    Célestin  aux 
vêques  des    Gaules    en   faveur  de   S.    Prosper  et    d'Hi- 
laire.   On  y  a    inséré  quelques  décrets  des  Conciles    d'A- 
frique   sur    la   même    matière,    qui    ont    été    approuvés 
par    les  Papes.  '    La   petite    Préface    qui   est   à    la    tête,  P.  211. 
montre  à  quel    dessein  on  fit  ce  recueil,  c'est-à-dire  pour 
l'opposer    aux    Sémipélagiens ,    qui    s'étoient    déclarés    ne 
vouloir  suivre  sur   les    matières  de    la  grâce,  que  ce  qui 
auroit  été   décidé   par    le    S.    Siège.    On   dispute    beau- 
coup   sur    l'Auteur  de   ce   recueil.  '  Les  uns  le   donnent  p. 263. 266. 
à   S.    Célestin;    mais    on    fait  voir  par   plusieurs  raisons 

u'il  n'en  est  pas.  '  En  effet  il  est  distingué  de   la  letre  tui.  u>id.  p.  15. 

e  ce  S.   Pape  et  par   son  style,   et    par    la   conclusion 
de  la  letre  qui  le  précède.  '  Le  P.  Quesnel  s'étend  beau-  Léo,  dus.  3.   p. 
coup    pour    l'attribuer  à    S.    Léon;  'et  M.   Antelmi  fait  t*^2'.  de  op. 
une  longue  dissertation  pour  prouver  qu'il  est  de  S.  Pros-  Leo-  p-  •« 84- 
per.  Mais  ce  que  l'on  peut  dire  de   plus  raisonnable  sur 
ce  sujet,  '  c'est  qu'il  est  aussi  peu  important  que  difficile  no.  ibid. 
de  sçavoir  quelle  est  la  plume  qui  l'a  écrite  ;      étant  aisé  DUpin.  t.  «  p.  86. 
de  juger  qu'il  a  été   fait  par   ordre    de  S.   Célestin,  qui  »7ÏPros.  P.  270. 
s'est    servi    pour    cela    peut-être    de    S.    Léon,    peut-être 
aussi  de  S.  Prosper,  et  qu'il  a  été  envoie  dans  les  Gau- 
les pour  l'usage  de  ce  dernier. 

S   v. 

SES    OUVRAGES    SUPPOSEZ. 


a 


N 


ous  avons  cru  devoir  distinguer  les  ouvrages  dou- 
teux attribués  à  S.  Prosper ,  des  ouvrages  suppo- 
sés qui  portent  son  nom.  On  a  pu  cependant  remarquer, 
que  presque  tous  ceux  dont  nous  venons  de  parler  dans 
la  classe  précédente,  pourroient  légitimement  se  rappor- 
ter à  celle-ci;  puisqu'il  y  a,  ce  semble,  plus  de  preu- 
ves pour  les  ôter  à  S.  Prosper,  que  pour  les  lui  don- 
ner; si  néanmoins  nous  en  exceptons  le  recueil  des  au- 
torités des  Papes  sur  la  grâce.  '  Ceux  qui  portent  son  thi.  ibid.  p.  23. 
nom,  quoiqu'ils  ne  soient  pas  de  lui,  ne  laissent  pas  d'ê- 
tre considérables,  et  célèbres  dans  l'Église. 

Tome  II.  E  e  c 


t.  ..««».     m  S-  PROSPER 

Pros.  app. p  i-8*.       l*«  '   Le   premier,    selon    l'ordre    qu'on   leur    a    donné 
dans  la  nouvelle  édition  de  S.   Prosper,   sont   Les  trois  li- 
vres de  la  vie  contemplative.  Cet  ouvrage  est  cité  sous  le 
nom  de  S.  Prosper  par  divers   Conciles,  et    par  plusieurs 
écrivains  du  IX   siècle,   et  même  dès   le    milieu   du  VIII 
spic.  t.  3.  P.  241.  par    Chrodegang  Evêque   de    Metz.  '   Cette   tradition    peut 
encore    remonter    plus   haut.    Car    entre    les    livres    dont 
l'Abbé  Ansigise  enrichit  la  bibliothèque  de  S.   Germer  au 
commencement  du  IX  siècle,  ceux  de  la  vie  active  et  con- 
templative portoient  dès-lors  le    nom  de    S.    Prosper  :  ce 
qui  fait  voir  qu'il   y    avoit    déjà  long-temps  qu'on  les  lui 
Tiii.  ibid.  p.  29.     attribuoit.  '  Mais  outre   le   style  diffus    et    abondant  de   ce 
traité,  bien  différent  de   l'éloquence    forte   et  serrée  de  S. 
Pros.  app.  p.  i.  2.  Prosper,  '  le  P.  Sirmond  a   fait    voir    par  des   preuves  si 
convaincantes  que  ces    livres  sont   de    Pomere,   qui  vivoit 
à  la  fin  du   V  siècle,  que  personne  n'en   doute  plus   au- 
hid.  scrip.  c.  12.     jourd'hui.  '    En    effet    ils    lui    sont  positivement  attribués 
•  Genn.  vir.  ni.  c.  par  S.   Isidore,  a  et  nv^me   par   Gennade   auteur  contem- 
m:  porain  ;  soit  que   cet    article    soit   de   lui,  ou  d'un  autre, 

il  paroît  au  moins  avoir  été  écrit   du   vivant  de   Pomere. 
Ces  livres   de  la  vie    contemplative  attribués    à   S.    Pros- 
per,  ont  fait   naître   le   titre   presque  semblable   que    l'on 
a  donné  au  recueil  de  ses   épigrammes    dans  l'édition   de 
Turin,  comme  nous  l'avons  remarqué  en  son  lieu. 
Pros.  app.  p.  80-       2°.  '  L'ouvrage  intitulé  Des  promesses  et  des  prédictions  de 
^casd.  in*,  c.  i.  Dieu,  a  a   été   attribué   à  S.    Prosper    dès    le    VI    siècle 
p.  539.  s.  par   Cassiodore,   qui    en    recommande   fort   la   lecture.    Il 

est  vrai  qu'il  ne  lui  donne  pas  ce  titre;  mais 
en  disant  qu'il  renferme  toutes  les  autorités  de  la  pa- 
role divine  sous  153  titres,  par  rapport  aux  153  pois- 
sons de  l'Evangile,  il  n'est  personne  qui  ne  convienne 
Cul.  in  p.  2.  qu'il  entend  parler  de  cet  ouvrage.  '  Le  même  Cassio- 
p-462'  dore,  qui  en  cite  ailleurs  quelque  chose  aussi  sous  le  nom 

de    S.     Prosper,    témoigne    que    l'ouvrage    étoit    intitulé,  , 
mi.  ibia.  p.  as.     Avant  la  Loi,  sous  la  Loi,  et  sous  la  grâce.'  C'est-à-dire 
comment  ces    promesses   avoient  été   faites  avant    la   Loi, 
casd.  inst.  ibid.     et  sous  la  Loi,  et  accomplies  sous  la  grâce  :  '  ce  qui  fai- 
soit  la   division  de  l'ouvrage  en  trois  livres,  ou  trois  par- 
Notk.  de  im.  scr.  ties,  quoique  dans  la  suite  on  l'ait  partagé  en  cinq.  '  Not- 
p'    '  ker  le  Bègue,  qui  attribue  aussi  cet  ouvrage    à  S.  Pros- 

per,   en  fait  beaucoup  d'estime,  comme  étant  une  règle 


S.  PROSPER.    '  403 


V    SIECLE- 


pour  l'intelligence  de  toute  l'Ecriture. 

Mais  toutes  ces  autorités  n'empêchent  pas  '  que  l'on  pr0s.  aPP.  P.  ss- 
ne  soit  aujourd'hui  persuadé  que  ce  traité  n'est  point  de  *l}™'  lbld-  p- 
S.  Prosper'.  Le  génie  de  son  auteur,  et  son  style  sim- 
ple, bas  et  sec,  n'ont  point  de  rapport  avec  la  beauté 
et  l'érudition  des  écrits  de  nôtre  Saint.  On  trouve  mê- 
me plusieurs  traits  dans  l'ouvrage,  qui  montrent  que 
l'auteur  étoit  un  Africain,  qui  écrivoit  après  450  et  avant 
455.  11  suit  S.  Augustin  en  plusieurs  choses,  et  le  cite 
quelquefois;  mais  les  Docteurs  de  Louvain  reconnois- 
sent  que  le  texte  de  l'ouvrage  est  corrompu  et  défec- 
tueux en  divers  endroits. 

3°.  '  On    a   prétendu  aussi  que  la  chronique  que  nous  Pros.  app.  P.  207- 
avons    sous    le    nom   de    Tiro    Prosper,  étoit   la  véritable  l[°' Tl"-  lbld-  p- 
chronique    de    S.    Prosper   d'Aquitaine.    Mais    outre    que 
'  le  propre  texte  de  cette  pièce  où  il  rst  parlé   de  S.  Au-  Pros.  it>.  P.  213. 
gustin,  suffit   pour  détruire  cette  opinion,  '   on  l'a  ruinée  P.  207-210  1  tiii. 
par  tant  d'autres  raisons  si   solides,  qu'elle   ne  peut    plus  lbld'  p'  734-  735- 
subsister.   Et   tout  ce  que  l'on   pourroit  accorder    à    ceux 
qui    voudroient  tâcher    de   la    faire    revivre,  '    seroit  que  P.  25 1  Nor.  hist. 
c'est   la    chronique  ordinaire  de  ce    Saint,   gâtée   par  un  J* '•  *•••  **•*• 
homme  très-ignorant    dans   l'histoire,  et  aussi    ennemi  de 
S.    Augustin,    que    S.  Prosper  avoit    de    vénération   pour 
lui. 

4°.  '  Nous  pouvons  mettre  au    nombre   des   écrits   faus-  m*,  scri?.  c. 
semfnt  attribués  à  S.  Prosper  '  les  trois  derniers  que  Tri-  164-  p-  *8- 
thème  lui  donne  dans  l'énumération  qu'il  fait  de  ses  ou- 
vrages :  c'est-à-dire  un   recueil   de    letres  adressées  à  di- 
verses personnes;  un  livre    des    hommes    illustres;  et  un 
ouvrage  sur  la  prise  de  Rome.   Ce  sont  des  écrits  incon- 
nus aux   siècles    qui  ont   précédé  Trithéme;  '   et  il    n'est  Duiùn,  t.  4.   P. 
fias  assez  ancien,  comme  nous  l'avons  déjà  remarqué  ail-  $£' TiM  ' ibid'  v' 
eurs,  pour  faire   fonds  sur  son  témoignage.  11  y  a    mê- 
me apparence   qu'il    n'avoit   pas  vu  ces    écrits;   puisqu'il 
n'en  marque  point  les  commencemens  comme  des  autres. 

S  vi.         . 

ÉDITIONS  DE   TOUTES   SES    ŒUVRES. 

Pour  finir  ce  qui  regarde  les    écrits  de  S.    Prosper,  il 
ne  nous  reste    plus  qu'à  donner  le  dénombrement  des 

E  e  e  ij 


V  SIECLE. 


404  S.  PROSPER 


différentes    éditions    qui  ont  été   faites  de  toutes  ses  œu- 
vres,   ou    de  plusieurs    ensemble    :   car    nous  avons  déjà 
marqué  en  leurs  lieux  celles  des  ouvrages  qui    ont   paru 
séparément  des  autres.    Le  premier  recueil  que  nous  con- 
Bib.  Teii.  p.  189.  noissions    en   avoir    été  publié  depuis  l'Imprimerie ,  '  c'est 
î«M.Balt'  *'  p'  celui    qui   fut  mis   au  jour  à  Paris  chez    Antoine  Auge- 
....  s.  Pet.  Mon.  relie  l'an  1534  en  un  volume  in  16,'  ou  dès  1533  selon 
l'exemplaire  que  nous  en   avons  vu.  Mais   il  ne  contient 
que    la    leire  à  Rulin ,    et  les    réponses    aux    extraits  des 
Pros.  pr.  p.  i.  Génois.  '  En  1538  Bernardin  Stragnini  en  donna  un  autre 
sous  le  titre  d'opuscules  de  S.  Prosper  sur  la  grâce   et  le 
libre  arbitre,  en    un   volume   in   8°.  Outre  les  écrits  pré- 
cédents ,    ce   recueil  comprend  l'ouvrage  contre  Cassien , 
les  épigrammes,  avec  la  letre  d'Aurele  de  Carthage,  celle 
de  S.   Célestin,  et  les  autorités  du  S.  Siège  sur  la  grâce 
et  le  libre  arbitre, 
p.».  3.  'L'année  suivante   1539,  Sébastien  et  non  pas  Etienne 

Gryphe  imprimeur  de   Lyon    publia   une   nouvelle   édition 
plus  complète   des  œuvres  de  S.   Prosper,  qu'il  eut  soin 
de    faire  revoir  sur  les  manuscrits.    11   y  ajouta  le  poëme 
contre  les    Ingrats,  celui   sur    la    Providence,    les    répon- 
ses  aux    articles   des   Gaulois,  des  Génois,  et   aux  objec- 
tions de   Vincent,   le   commentaire  sur    les    Pseaumes    et 
les  sentences  tirées  de  S.    Augustin.  Mais  il  y   omit  et  la 
letre    de   S.   Célestin    aux    Evêques    des   Gaules,    et   les 
autorités  des  Papes  sur  la  grâce  et  le   libre  arbitre,  les- 
Bib.  s.  suip.  Biti  quelles    avoient   déjà    paru   dans  le    public.  '  Cette  édition 
cui.  S'    Pet'  d6  est  en  un  volume  in  folio,  et  datée   par  erreur  '  de  l'an 
•  syii.  poet.  cbr.  1534  dans  le  catalogue  des  anciens  Poètes  Chrétiens,   qui 

'est  à  la  tête  des  poésies  de  Paulin  de  Perigueux. 
Bib.  orai.  ciar.       'En  1540  il  y  eut  une  autre  édition  des   mêmes  œu- 
vres,  faite  à   Cologne  chez   Héron  Alopecius  en  un   vo- 
lume in    8°.    Cette  édition   contient    les  mêmes  ouvrages 
3ue   la    précédente,   et   encore   ceux-ci   qui    ne  sont    pas. 
ans  l'autre  :  Le  livre  des   prédictions  et  des   promesses 
de  Dieu,  et   les  trois  livres   de  la  vie  contemplative.    Le 
dernier  éditeur  de  S.  Prosper  n'a  point  connu  cette  édi- 
tion, au  moins  il  n'en  dit  rien. 
Bib.  Angei  i  ...       '  Jean  Sotellus  Théologien   de    Louvain   en   donna  une 
Bai.  1. 1.  p.  166.  nouvelle,  qui  parut  à    Louvain   chez    Jean    Bogard,    l'an 


proi.  pr.  p.  3.      1565  en    un   volume   in  4°.'  Non-seulement   1  éditeur   y 


S.  PROSPER.  405 

V   SIECLE 


ajouta  les  deux  pièces  omises  dans  l'édition  de  Lyon,  et 
les  autres  nouvellement  imprimées  dans'  celles  de  Colo- 
gne; mais  il  l'augmenta  encore  de  la  letre  à  S.  Augustin 
sur  les  Sémipélagiens,  de  deux  livres  de  la  vocation  des 
gentils,  de  la  letre  à  Demetriade,  et  des  canons  du  II 
Concile    d'Orange.    Il    y  fait  observer    que    le    traité    des 

Prédictions  et  des  promesses  de  Dieu  n'est  point  de  Saint 
rosper,  non  plus  que  le  poëme  sur  la  Providence. 
On    ne    dit    point   cependant  que    l'édition,    dont    nous 
venons  de    parler,  contienne  ni   le  poëme  d'un  mari  à  sa 
femme,    ni  le  livre  des  Sentences  tirées  des  écrits    de  S. 
Augustin,  qui   avoit  pourtant   paru  dans    l'édition  de   Co- 
logne. '  Mais  Jean  Olivier   a   eu  soin  de  mettre  l'un    et  bu>.  s.  vin.  cen. 
l'autre  dans  l'édition  qu'il  publia  à  Douai  l'an  1577.  C'est 
la  date  du    frontispice    du  livre,   quoique   l'on  fasse  ordi- 
nairement  cette   édition    de    l'année   précédente ,    qui    est 
la  date  de  l'épitre  dédicatoire.  Cette  édition  est  en  un  vo- 
lume in  8°;  et  le  poëme    d'un  mari   à   sa   femme    y  est 
placé  et  sans  titre   et   sans  distinction    à    la    fin    des   épi- 
grammes  de  S.  Prosper,  comme   s'il  en   faisoit   une  suite 
naturelle.  '  Le  dernier  éditeur   de  S.  Prosper   avertit    que  fros.  pr.  p.  *. 
cette  même  édition  a  servi  de  modèle  à  celles  qui  ont  pa- 
ru depuis  dans  le   public.    Ainsi  ce  fut  encore  la  même, 
'  que  l'on  renouvella  à  Cologne  l'an   1609  en  un  volume  Mb.  Boi.  t.  2.  p. 
in  8°,'  et  à  Rome  l'an  1611,  de  l'Imprimerie  de  la  Cham-  5*°'      „, 

....  '  1  tord.  p.  13. 

bre  Apostolique. 

'C'est  aussi  sur  l'édition    de   Jean  Olivier  que  l'on    a  ....  Lug.-Bat.  p. 
inséré  les  œuvres  de   S.  Prosper  dans  la  Bibliothèque  des  66'  2' 
Pères  de  Cologne  en  1618,  d'où    elles  sont   passées    dans 
les  autres  de   Paris    et  de    Lyon.'   La  même    édition    vit  ...  orat.  ciari ... 
encore  le   jour    séparément  à   Cologne  chez    les  héritiers  Ml3sCen- 
de   Jean  Crithius   l'an  1630   en  un  volume  in  8°.'  Cave  cave,  p.  282. 2. 1 
en  marque  une  autre  édition  de  1639  faite  à  Lyon.'  Les  Pros.  pr.  p.  *. 
œuvres  de   S.    Prosper  furent   réimprimées    à  Paris    avec 
les  écrits  de  S.  Léon  en  l'année  1671. 

De  toutes  les  éditions  que  nous  venons  de  marquer, 
aucune  n'approche  ni  de  la  beauté,  ni  de  la  perfection 
'  de  celle  qu  on  a  publiée  à  Paris  chez  Guillaume  Des-  bo>.  s.  vin.  ccn. 
prez  et  Jean  Desessarts  l'an  1711  en  un  volume  in  folio. 
Elle  est  sans  contradiction  la  plus  ample,  la  plus  complète, 
et  la  plus  méthodique  que  l'on  ait  encore  vue  de  toutes 
2  9 


V    SIECLE. 


406  S.  PROSPER. 

les  œuvres  de  S.  Prosper  recueillies  ensemble.  On  y  a  distri- 
bué en  trois  classes  tous  les  ouvrages  qui  ont  porté  son 
nom.  Dans  la  première  on  a  placé  selon  l'ordre  chro- 
nologique tous  ceux  qui  sont  indubitablement  de  nôtre 
Saint.  La  seconde  classe  renferme  les  ouvrages  douteux, 
et  la  troisième  ceux  qu'on  lui  a  faussement  attribués, 
suivant  les  divers  catalogues  que  nous  en  avons  dressés 
sur  cette  même  édition.  L'on  y  a  inséré  la  chronique 
entière  de  S.  Prosper,  et  la  confession  imprimée  sous  son 
nom  dès  1619,  lesquelles  n'avoient  point  encore  paru 
dans  aucun  recueil  de  ses  oeuvres. 

Afin  de  répandre  plus  de  jour  sur  tous  les  écrits  de 
S.  Prosper,  on  a  inséré  dans  le  corps  de  l'ouvrage  la  le- 
tre  d'IIilaire  son  collègue  à  S.  Augustin  sur  les  erreurs 
des  Sémipélagiens  ;  les  deux  livres  de  la  prédestination 
des  Saints,  et  du  don  de  ,1a  persévérance;  la  13e  con- 
férence de  Cassien  ;  la  letre  de  S.  Célestin  en  faveur  de 
S.  Prosper  et  d'IIilaire;  les  autorités  du  S.  Siège  sur  la 
grâce  ;  et  les  Canons  du  II  Concile  d'Orange,  que  l'on 
trouvoit  déjà  dans  quelques  éditions  précédentes.  A  la 
fin  l'on  a  ajouté  le  livre  entier  de  la  correction  et  de 
la  grâce,  avec  grand  nombre  de  fragments  tirez  des  au- 
tres ouvrages  de  S.  Augustin ,  surtout  contre  les  Péla- 
giens,  et  quelques-uns  pris  de  S.  Léon;  le  tout  afin  d'é- 
claircir  l'histoire  du  Sémipélagianisme. 

Chaque  ouvrage  en  particulier  est  précédé  par  une  pré- 
face ou  avertissement,  que  l'on  a  puisé  entièrement  dans  le 
16e  volume  des  Mémoires  de  M.  de  Tillemont,  qui 
ne  fut  imprimé,  que  l'année  suivante,  '  mais  dont  l'édi- 
teur de  S.  Prosper  a  eu  communication,  comme  il  paroît 
visiblement,  quoiqu'il  n'en  parle  nulle  part.  C'est  du  mê- 
me ouvrage  qu'il  a  détaché  la  vie  de  S.  Prosper,  qu'il 
a  mise  à  la  tête  de  son  édition,  après  l'avoir  traduite 
en  latin.  Enfin  les  marges  de  l'ouvrage  sont  ornées  d'une 
infinité  de  petites  notes  très-utiles,  et  les  bas  des  pages 
remplis  des  différentes  leçons  que  l'on  a  remarquées  dans 
les  meilleurs  manuscrits,  et  les  éditions  les  plus  correc- 
tes, sur  lesquelles  on  a  donné  celle  dont  nous  parlons. 
On  n'y  a  point  oublié  non  plus  différentes  tables,  tou- 
jours nécessaires  dans  celte  sorte  d'ouvrages,  comme  dans 
les  autres  de  longue  haleine,  (xvm.) 


ACT.   DES   SS.  DONAT.  ET  ROGAT.        407 


ANONYME, 

Auteur  des  Actes  des  SS.  Donatien  et  Rogatien, 
Martyrs  a  Nantes. 


V   SIECLE. 


N 


cru. 


Till.   H.     E.   t.  4. 


ous    avons  dans    divers    recueils  '  les    actes    du  mar-  Act.  Mar.  P.  2%- 
tyre  de  S.    Donatien    et    de  S.    Rogatien    frères ,  qui  n-  2- 
souffrirent    à    Nantes    dans    l'Armorique  ,    sous    l'Empire 
de    Diocletien    et   de    Maximien-llercule  :    ce    qui    fait  un 
espace  de  17  à  18  ans,  depuis  286  jusqu'en  304.  '  Mais  b.u.  aimai,  tab. 
leur  histoire  ne  fut  écrite  qu'environ  150  après  leur  mort, 
c'est-à-dire  vers  le  milieu  de  ce  V  siècle,  ou  dix  à  quinze 
ans  après  ,   comme  il  paroît  par  le  style  étudié  dont  l'au- 
teur   s'est    servi  ,    et  par  les   reflexions  qui    semblent  être 
plutôt  de  lui    que   des   Saints  Martyrs.  '  On  remarque  en 
effet  que  les  discours,    sur-tout  ceux   du  Juge,    sont   trop  p.  "à. 
longs,    pour    que   cette    histoire  puisse  passer  pour  origi- 
nale. 

Cependant    quoiqu'elle  '  ne    soit    écrite   que    durant    la  Bail.  ibid. 
paix  de  l'Eglise ,  cela  n'empêche  pas  qu'elle   ne  soit  esti- 
mée sincère  ,  '  et  grave ,  tant  pour  le   style  que  pour  les  ni.  ibid. 
pensées.   Il  ne  s'y    trouve    point    de    faits    extraordinaires 
et  incroïables.  '  Elle  est  même  bien  écrite,  et  avec  beau-  p.  491. 
coup  de  piété  :  de   sorte    que ,    si  elle  n'est  pas  tout-à-fait 
originale ,    elle    paroît    néanmoins   être    de    quelque    per- 
sonne  habile ,    pieuse   et  éloquente   du  V   siècle.  Mais  on 
ne  croit  pas  aussi  que  son  auteur  soit  plus  ancien.  On  ne 
sçauroit    dire    si    S.  Grégoire  de  Tours  avoit  eu    connois- 
sance  de  cette  histoire  ,  parce  qu'il  ne  fait  '  que  nommer  Gr.  t.  gi.  m.  e. 
les  Saints  Martyrs,  et  dire  qu'ils    furent    égorgés    pour  J.  60'  p-  790' 
C.  dans  la  Ville  de  Nantes. 

'  L'auteur  la  commence  par  détailler  les  motifs  qu'il  a«.  lUrt.  p.  «w. 
a  eus  de  l'écrire.  C'est ,  dit-il ,  que  la  lecture  des  ouvra-  S96'  "' '" 
ges  de  cette  nature  est  utile  pour  le  salut  des  Fidèles. 
Car  en  lisant  attentivement  les  actes  des  Martyrs,  et  en 
comprenant  combien  il  est  avantageux  de  mourir  pour 
J.  G.  l'on  s'y  excite  par  le  désir  d'imiter  ceux  qui  sont 
morts   pour    lui ,    et  1  on  se    porte  volontiers    à  célébrer 


p 


408   AGT.  DES  SS.  DONAT.  ET  ROGAT. 

V   SIECLE. 

«m.  n.  «  |  p.  leurs  fêtes  avec  vénération.  '  11  y  marque  que  la  foi  de  l'E- 
298.  n.  s.  glise  a  toujours  été ,  que   le    martyre    supplée    au   défaut 

du  baptême ,  comme  il  arriva  en  la  personne  de  S.  Ro- 
P.  298.  n.  s.        gatiem  '  11  y  a  laissé  aussi  des  traits  de  ses  sentiments  sur 

la  grâce,  en  faisant   dire   à   S.    Donatien  dans  la  prière 

3u'il  fit  pour  son  saint   frère,  que  Dieu  leur  avoit  accor- 
é  la  grâce   de  choisir  l'état  du  Christianisme,  mais  qu'il 

s'étoit  réservé  à  lui  seul  le  pouvoir  de  faire  le  reste, 
sur.  24.  mai.  p.       '  Surius  paroît  être  le  premier   qui  nous  ait  donné  ces 

actes  en  leur  entier.  II  observe  qu'ils  s'accordent  avec  les 
Bon.  2*.  mai.  plus  anciens  Martyrologes.  '  Il  s'en  trouve  quelques  frag- 
p.  2.9.  n.  î.         menls  dans  Mombritius,   et  dans  l'office  propre  des  Saints 

Martyrs,  imprimé  en  1523  pour  l'usage  de  l'Eglise  de 
p.  280-281.  Nantes.    Après   Surius ,  '  les   continuateurs  de    Rollandus 

p.  279.  n.  i.       nous  ont  donné  de  nouveau  les  mêmes  actes,  '  qu'ils  ont  eu 
Act.  Mait.p.  294.  soin  de  revoir  sur  deux  anciens  manuscrits.  '  Enfin    Dom 

Tbierri  Ruinart  les  aiant  collationnés  à  son  tour  sur 
p.  295-278.  d'autres  manuscrits ,  '  les    a    insérés  dans  son  recueil  des 

actes  choisis  et  sincères  deg  premiers  Martyrs. 


L  I  V  I  U  S, 

Poète  Chrétien. 

es    habitudes    de  Livius   font  juger   qu'il   étoit   de   la 
Ville    d'Arles  en  Provence.    Il    est    au    moins    certain 
qu'il    y    faisoit  quelquefois    sa  résidence,  soit  à  cause  de 
sa  famille  ,    soit  pour   l'exercice    de    quelque   charge  ,    ou 
dignité.  C'est    ce    que  l'on  tire    du  peu  que    nous  en  ap- 
L«o,  1. 1.  P.  740.  prend  S.  Honorât  dans  la  vie  de  S.  Hilaire  d'Arles.  '  On 
"•  y  voit  qu'il  joint  Livius  à  ces  autres  illustres  Sçavants,  Sil- 

vius ,  Eusebe ,  Domnule ,  qui  assistaient  souvent  aux  pré- 
dications du  Saint ,  et  à  l'occasion  desquels  il  relevoit 
son  style  d'une  manière  admirable ,  afin  de  parler  en  leur 
présence  avec  une  éloquence  digne  de  leur  soavoir.  Li- 
vius en  particulier  devint  si  zélé  partisan  de  l'éloquence 
du  Saint  Prélat,  qu'il  ne  faisoit  pas  difficulté  de  dire 
hautement  ,  que  si  S.   Hilaire   eût  paru  dans  le  monde 

avant 


L 


c 


LIVIUS,  POETE  CHRÉTIEN.  409     VOIt„ir 

V    S I Eli  L L. 


avant  S.   Augustin,   celui-ci  auroit   passé  pour  son  infé- 
rieur en  esprit  et  en  élocution. 

■   S.    Honorât   en  citant    le    témoignage    de    Livius   à  bu. 
cette   occasion ,   lui    donne   les    titres  de   Poète  et  d'écri- 
vain célèbre ,  sans  nous  en  apprendre  davantage ,   ni  rien 
spécifier   de  ses    écrits ,   que  le    malheur    des  temps  nous 
a  enlevés  avec  tant  d'autres. 

On  voit  par  là  que  Livius  fleurissoit  dès  le  temps  de 
S.  Hilaire  d'Arles  avant  le  milieu  de  ce  siècle.  Il  ne 
nous  paroît  pas  y  avoir  assez  de  fondement,  pour  dire 
que  Livius ,  dont  nous  parlons ,  soit  celui  '  que  Saint  sid.  mt.  23.  v. 
Sidoine  met  au  nombre  des  personnes  illustres ,  qui  tx'  m' 
peu  après  le  milieu  du  même  siècle  faisoient  par  leur 
sçavoir  et  leurs  dignités  l'ornement  et  les  délices  de  la 
Ville  de  Narbone.  Il  est  vrai  que  Ton  pourroit  croire 
que  Livius  auroit  quitté  le  seiour  d'Arles ,  où  il  demeu- 
roit  du  temps  de  Saint  Hilaire ,  pour  aller  s'établir 
à    Narbone  vers  le  milieu  de  ce  siècle.  Il  est  encore  vrai 

Î|ue  S.  Sidoine  qui  l'y  avoit  visité  vers  461  avant  qu'il 
ùt  Evêque  de  Clermont,  lui  donne  un  rang  distingué 
dans  l'énumération  des  illustres  citoïens  de  Narbone,  le 
nommant  le  troisième  après  l'Evêque  du  lieu ,  et  immé- 
diatement avant  le  célèbre  Léon  Ministre  du  Roi  Euric. 
Enfin  il  est  vrai  que  dans  le  récit  qu'il  nous  laissé  du 
bon  acueil  qu'on  lui  fit  dans  cette  Ville,  il  marque  les 
entretiens  d'érudition  ,  et  les  livres  :  ce  qui  joint  à  la  cir- 
constance des  temps,  pourroit  insinuer  que  Livius  dont 
saint  Honorât  fait  l'éloge ,  est  le  même  que  celui  dont 
parle  S.  Sidoine.  Mais  aussi  il  faut  observer  que  ce  der- 
nier ,  en  parlant  de  Livius  en  particulier ,  ne  fait  que 
relever  la  magnificence  de  ses  bâtiments,  sans  nous  rien 
dire  ni  de  son  érudition,  ni  de  son  talent  pour  la  poé- 
sie. Peut-on  croire  que  S.  Sidoine  eût  oublié  ces  parti- 
cularités dans  un  poème  fait  exprès  pour  relever  le  mé- 
rite des  Sçavants  de  Narbone ,  si  Livius  qu'il  y  nomme  , 
étoit  véritablement  '  le  Poète  et  l'Auteur  célèbre  que  cite  Léo,  mi. 
S.  Honorât  de  Marseille  1 

La  mère  de  Ponce  Léonce ,   le  premier  Seigneur  d'A-  sid.  s.  1.  8.  m. 
quitaine  sans  contradiction,  qui  descendoit  de  Ponce  Pau-  Jjj;  Ji.^.'id™*1 
hn ,  étoit   une    Livia ,    qui  semble    avoir   vécu  encore  du  car-  **• 11T- 
temps  que  S.  Sidoine    étoit  Evêque    de   Clermont ,    après 
2  9  %  Tome  II  F  f  f 


V   SIECLE. 


410  CONCILE  A  L'OCCASION 

l'an  471.  Mais  nous  ne  sçaurions  dire  si  elle  étoit  de  la 
famille  ou   de   Livius  d'Arles  ,   ou  de   Livius  de  Narbone. 

CONCILE  A  L'OCCASION  D'UN  EVÊQUE 

ORDONNÉ  A  DIE  PAR  SAINT   MAMERT. 

On  ne  sçait  pas  précisément  en  quel  lieu  s'assembla 
ce  Concile.  '  Quelques-uns  par  conjecture  le  mettent 
à  Arles ,  parce  que  ce  fut  Léonce  Evêque  de  cette  Ville 
qui  fut  cbargé  de  le  convoquer  ,  et  d'y  présider.  Mais 
tous  ceux  auxquels  ont  présidé  les  Evoques  de  cette  Mé- 
tropole ,  ne  se  sont  pas  tenus  dans  le  lieu  de  leur  rési- 
dence. Nous  avons  vu  S.  Hilaire  à  la  tête  de  deux  de 
ces  Conciles  assemblés  l'un  à  Ries  ,  l'autre  au  diocèse 
d'Orange.  Celui  dont  nous  parlons  devoit  se  tenir  plus 
naturellement  à  Die  qu'à  Arles,  comme  l'on  en  convien- 
dra par  la  suite.  L'époque  de  sa  célébration  n'est  point 
marquée;  mais  elle  se  doit  prendre  des  dates  de  deux 
letres  du  Pape  Hilaire ,   dont  l'une  le   précéda ,    et  l'autre 

coin-,    i.  4.  p.  le  suivit  de  près.  '  La  première  est  du  10e  d'Octobre  403  , 

«°p*'io47.  a  ta  seconde  du   24e  de  Février  de  l'année  suivante  :   ainsi 

le  Concile  put  se  tenir  ou  à  la  fin  de  403  ,  ou  au  com- 
mencement de  4G4. 

p.  lois.  Vingt-un  Evêques   y    assistèrent ,    en   y     comprenant 

Léonce   qui   y   présida.   Ils  sont    tous  nommés  dans    cette 

p.  1044 1 1045.  seconde  letre  du  Pape ,  qui  leur  est  adressée  ,  '  excepté 
Antoine  qui  en  fut  le  porteur ,  après   l'avoir   été    de  celle 

p.  io4n|Cai.  au.  du  Concile  au  Pape.  '   Ces  Evoques  sont  Léonce  d'Arles , 

vei.  i.  a.  p.  s.™.  jngcnuus  d'Ambrun  ,  Eu  stase  de  Marseille  ,  Fontée  de  Vai- 
son  ,  Veran  de  Vence ,  Fausle  de  Ries  ,  Auxane  d'Aix  ou  de 
Nice ,  Auxone  ,  ou  Ausone  de  Viviers ,  Paul  de  Châloiis  sur 

conc.  p.  104».  Saône  ,  Mémorial  de  Digne ,  Eutrope  d'Orange ,  "  et  dix 
autres  dont  on  ignore  les  sièges  ,  Victure ,  Ydace ,  Vivence , 
Eulale ,  Procule  ,  Céleste,   Project,  Avitien ,   Urse  et  An- 

p.  io*4.  toine.  '  Ils  étoient  tous  des  cinq  provinces  des  Gaules ,  que 

l'Evèque  d'Arles  étoit  en  droit  d'assembler  pour  les  Con- 
ciles annuels ,  c'est-à-dire  de  la  Viennoise ,  de  la  Lyo- 
noise  ,  des  deux  Narbonoises ,  et  des  Alpes. 

p.  1043-1047.  '  Le  sujet  de  la  convocation    de  ce  Concile ,  fut    l'or- 

dination   d'un    Evêque    à    Die ,    faite  par  S.   Mamert    de 


DE    S.    MAMERT.  414 


V  SIECLE 


Vienne.  Nous  avons  parlé  ailleurs  de  l'ancienne  dispute 
entre  cette  Métropole,  et  celle  d'Arles  au  sujet  de  la  jurisdic- 
tion.  Originairement  Die  et  quelques  autres  Eglises  voisines 
étoient  sous  Vienne  ;  mais  le  Pape  Zosime  jugea  à  propos  sur 
la  fin  de  l'an  417,  de  les  en  soustraire  pour  les  mettre  sous 
Arles.  Cela  continua  jusqu'à  ce  que  S.  Léon  vers  445  les 
rendit  à  Vienne,  et  voulut  que  cette  Eglise  fut  Métropole 
d'Arles  même  et  de  toute  la  Province.  Mais  dès  450  le  même 
Pape  rétablit  les  choses  à  peu  près  comme  elles  étoient  aupa- 
ravant. 

'  Nonobstant  ce  règlement  de  S.  Léon,  S.  Mamert  or-  conc.  p.  kus. 
donna  en  463  un  Evêque  à  Die.  Peut-être  ne  crut-il  pas 
que  cette  dernière  ordonnance  de  S.  Léon  pût  frustrer 
son  Eglise  du  droit  qu'elle  avoit  anciennement  sur  Die, 
et  que  ce  même  Pape  lui  avoit  rendu,  après  que  d'au- 
tres le  lui  avoient  ôté.  Peut-être  aussi  se  trouva-t-il  obli- 
gé de  ne  se  pas  refuser  aux  besoins  d'une  église  sans 
Pasteur  dans  la  conjoncture  fâcheuse  où  elle  étoit  ;  car 
il  paroit  '  que  Die  appartenoit  alors  aussi  bien  que  Vienne  tiii.  H.  Ee.i.  w, 
aux  Bourguignons.  Ainsi  le  commerce  n'en  étoit  pas  si  libre  p  105- 
avec  Arles,  qui  demeuroit  encore  soumise  aux  Romains  ;  et  il 
pouvoit  y  avoir  à  craindre  que  si  l'on  tardoit  à  y  ordonner  un 
Evêque,  les  Bourguignons  qui  étoient  Ariens  n'y  en  missent 
un  de  leur  secte,  comme  les  Visigots  s'efforçoient  de  faire 
ailleurs  dans  les  Gaules.  C'est  ce  que  la  suite  donne  à  juger 
assez  naturellement. 

Quoi    qu'il    en    soit,    '  le  Général    Gonduic,    a    c'est-à-  Conc.  tui. 
dire    Gondiac    Boi    des    Bourguignons,    b  fut    le   premier  b  conc!bîilid. 
qui  se   plaignit  au   Pape   Hilaire   de   ce    que   S.    Mamert 
avoit   ordonné    un    Evêque    à   Die.        Il    prétendoit    que  p-  km*. 
le  Saint  s'étoit  rendu  maître  de   la   ville,  comme   un   en- 
nemi,   et   qu'il    avoit    donné    un    Evêque    aux    Diocésains 
malgré   eux.       Sur   cela   le    Pape   écrivit   le   10e   d'Octo-  p-  iow.  io*M. 
bre    à   Léonce    Evêque    d'Arles,    pour   lui    témoigner   son 
étonnement    de    ce  qu'il    ne  lui  avoit  rien  mandé  de  cet- 
te entreprise  de  l'Evêque  de  Vienne  sur  ses   droits.       Il  p-  w*4. 
lui  enjoint  donc  d'assembler   son  Concile  pour  y  examiner 
l'action  de  S.  Mamert,  et  l'obliger  d'en  rendre  raison.  Enfin 
il  veut  que  tout  le  Concile  lui  mande  ensuite  la  vérité  du 
fait,  afin  qu'il  ordonne  ce  que  le  S.  Esprit  lui  dictera.  Il 
est  néanmoins  assez  étonnant  de  voir  que  le  Pape  charge 

F  f  f  ij 


vo.co,.      412  CONCILE   A    L'OCCASION 

V   SIECLE. 

Tiii.  ibid.  p.  106.  de  cette  commission  '  Léonce  qui  étoit  proprement  la 
partie  de  S.  Mamert  en  cette  rencontre. 

Le    Concile  se   tint,    comme   nous  avons   dit   d'abord, 

conc.  P.    iou.   '  et    dressa   une    relation    de   cette   grande    affaire,   qu'il 

1045'  envoïa'   avec    une    letre    Synodique    au    Pape,    par    l'E- 

vêque  Antoine  qu'il  lui    députa   à    Rome.    Nous   ne  sça- 

vôns  point  tout   ce   qui  se    passa  dans   cette   assemblée, 

Karce  que  les  Actes  n'en  sont  pas  venus  jusqu'à  nous, 
lais  il  paroit  '  par  les  letres  du  Pape  aux  Evêques  des 
cinq  Provinces  que  nous  avons  nommées,  que  les  Pères 
du  Concile  ne  firent  qu'instruire  le  Procès,  sans  porter 
de  jugement  contre  S.  Mamert,  parce  qu'apparemment 
ils  jugèrent  qu'il  n'y  avoit  pas  de  sujet.  Il  semble  aussi 
qu'ils   laissèrent    la   décision    de   cette    affaire    au    Pape  ; 

p.  1044.  car  '  Hilaire  dans  une  de  ses  lefres  marque   qu'il   diffère 

de  prononcer  une  Sentence  proportionnée  à  la  peine  que 
méritoit  la  faute  de  S.  Mamert. 

p.  1044.  io45.  H  se  borna  cependant  '  à  écrire  deux  letres  sur  cette 
affaire  datées  du  24e  ou  25'  de  Février  464,  l'une  à 
tous  les  Evêques  des  cinq  Provinces ,  et  l'autre  aux  20 
Evêques  qui  avoient  assisté  au  Concile.  Il  envoïa  l'une 
et   l'autre   par   l'Evêque  Antoine  leur   député,   qui   faisoit 

p.  1044.  le  21e  Prélat  de  cette  assemblée.  '  La  première   est  pour 

se  plaindre  de  S.  Mamert,  et  pour  apprendre  en  peu 
de  mots  à  tous .  les  Evêques  de  ces  Provinces,  ce  qu'il 
avoit  fait  touchant  l'Eglise  de  Die.  Du  reste,  il  les  ex- 
horte à  ne  pas  entreprendre  les  uns  sur  les  autres,  et 
sur-tout  à  se  soumettre  à  l'autorité  qu'il  avoit  donnée 
dès  auparavant  à  l'Evêque  d'Arles  d'assembler  tous  les  ans 
des  Conciles  des  cinq  Provinces. 

p.  1045-1047.  '  Dans  la  seconde  letre  Hilaire  se  réduit  à  se  plaindre, 

de  ce  que  S.   Mamert  avoit  entrepris   sur  le  droit   attri- 

p.  io46.  bué  à  Arles  par  S.  Léon.  '  Il  s'autorise  en  cela  des  loix 

Tiii.  ibid.  p.  io6.  que  les  Princes   Chrétiens,  '  c'est-à-dire  plutôt    de   la   loi 

conc  ibid.  que  l'Empereur  \alentinien   III  '   avoit  faite,   pour  assu- 

jettir tous  les  Evêques  à  celui  de  Rome.  Il  déclare  néan- 
moins que  pour  la  conservation  de  la  paix  il  veut  bien 
ne  point  punir  S.  Mamert,  pourvu  qu'il  fasse  satisfa- 
ction   de    sa  faute,   et   qu'il   promette  qu'il  n'y  tombera 

p.  io47.    -  plus  à  l'avenir.  '  Il  exige  encore  qu'il  oWrve  inviolable- 

mens  sous  peine  de  déposition  les  règlements  faits  par  le  S. 


DE    S.    MAMERT.  413 

V    SIECLE. 


Siège.  '  Hilaire  témoigne  qu'il  a  écrit  aussi  sur  cetle   af-      1046 
faire    à    Veran    Evêque    de   Vence ,   l'un    des   Prélats   du 
Concile,    de  sommer   S.   Mamert  en  son   nom,   de   don- 
ner cette    parole;    ajoutant    que   s'il   refusoit  de    la   don- 
ner, '  ou  qu'après  lavoir  donnée,  lui  ou   ses   successeurs  p-  10*7. 
venoient  à  la  violer,  les   quatre   Eglises   laissées   à   Vien- 
ne par  S.  Léon,  seroient  soumises  à  la  jurisdiction  d'Ar- 
ies.  '  Pour  ce  qui  est  de  l'Evêque   que   S.   Mamert   avoit  p.  mm. 
ordonné  à   Die,  il   déclare   qu'il   méritoit   bien   d'être   dé- 
posé.   Mais   il    laisse    cela    a   la   discrétion     de    Léonce, 
témoignant  néanmoins  assez   que  son   intention   étoit    que 
Léonce  le  confirmât. 

En  tout  cela  '  le  Pape  n'accuse  point  S.  Mamert  ni  Ti"-  ib»<i. 
de  violence  ni  d'hostilité,  et  ne  le  charge  point  d'avoir 
rien  fait  contre  la  volonté  de  ceux  de  Die.  Ainsi  les  cri- 
mes qu'on  lui  imputoit,  n'étoient  apparemment  que  le 
zèle  avec  .«lequel  il  avoit  résisté  au  parti  de  quelques 
ambitieux  soutenu  par  Gondiac,  ou  à  la  faction  de  Gon- 
diac  même,  qui  pouvoit  tendre  à  mettre  à  Die  un  Evê- 
que Arien.  Ce  qui  peut  encore  beaucoup  servir  à  la 
justification  de  S.  Mamert,  c'est  que  l'Eglise  de  Die  Conc-  sup-  p  3* 
est  toujours  demeurée  dans  la  suite  sous  la  Métropole  de 
Vienne.  Nous  ne  sçavons  rien  davantage  d'intéressant  sur 
cetle  affaire,  qui  fit  plus  d'éclat  dans  l'Eglise  qu'elle  n'y 
causa  d'édification.  (XIX.) 


VINCENT, 

Prêtre  en  Provence. 

Vincent     Prêtre     Gaulois,   imais     différent     du     Moi-  Geon.  *it.  ai.  c. 
ne   de   Lerins ,    qui   étoit   de  même   nom,    et   rev£-  80|c' 6*' 
tu  de  la  même   dignité,    fleurissoit   en   même   temps   que 
lui,  c'est-à-dire    après    les   premières  années   du    V   Siè- 
cle. '   On  croit  que  ce   peut   être  le    même   que    le   Prê-  tm.  h.  e.  t.  ic. 
tre   Vincent ,    qui   en    439    assista    au   Concile   de    Ries,  p' 13 
au    nom    de    Constantin    ou     Constantien ,    qui    pouvoit 
être  Evêque  de  Die.    '  Gennade  qui   l'avoit    connu,  assû-  Gcnn.iMd.c.8o. 
re  qu'il  étoit  habile  dans   les   Saintes  Ecritures,  et  qu'il 


V  SIECLE. 


411  VINCENT, 


avoit  acquis  une  grande  politesse,  et  une  grande  facili- 
té- d'écrire  par  l'habitude  et  l'application  à  la  lecture.  Il 
paroît  que  Vincent  a  vécu   fort   avant   dans  ce  V  Siècle, 

Genn.  r.  ioo.  puisqu'il  éloit  particulièrement  connu  de  Gennade,  '  qui 
a  vécu  lui-même  au  moins  jusqu'au  Pontificat  du  Pa- 
pe Gélase  en  492.  C'est  pourquoi  nous  croïons  devoir 
lui  prolonger  la  vie  jusqu'en  465;  n'y  aiant  rien  qui 
empêche  qu'il  ait  vécu  jusques-là,  et  même  encore  plus 
avant.    Dans   cette    supposition    il    ne   doit    point   paroitre 

Tai.  ibid  i  Pros.  extraordinaire  '  que  Gennade  ail  vu   un  homme  qui  écri- 

p.  427. 228.  vojj  en  ^q  comme  nous  allons  dire  après  plusieurs 
Auteurs.  Nous  verrons  encore  la  même  chose  en  la  per- 
sonne du  célèbre  Salvien,  et  en  celle  de  Fauste  Evoque 
de   Ries. 

Gmm.  ibid.  '  Vincent  avoit  entrepris  un  Ouvrage  sur  les  Pseaumes, 

dont  il  avoit  lu  quelque  chose  en  présence  de  Genna- 
de à  un  homme  de  Dieu  nommé  Cannât;  promettant 
que    si    Dieu    lui    donhoit    du    temps   et  de   la   santé,    il 

noi.  p.  ».  écriroit  de  même  sur  tout    le   Pseautier.    '    Mais   aujour- 

d'hui il  ne  se  trouve  nulle  part  aucun  fragment  de  ce 
commentaire. 

On     attribue    à  Vincent    dont    nous  parlons,    un   autre 
Ouvrage    dans    lequel    il    attaquoit   et   la    doctrine    de   S. 

Pros.  ob.  vinc.p.  Augustin,  et  la  réputation  de  ses  défenseurs.  Ce  sont 
les  objections  qui  parurent  vers  430  sous  le  nom  d'un 
Vincent,  et  que  S.  Prosper  réfuta,  comme  nous  l'avons 
dit.  Il  seroit  inutile  et  ennuïeux  de  répéter  ici  l'idée  que 
nous  avons  donnée  de  ces  objections,  et  de  la  manière 
qu'elles  furent  réfutées.  Seulement  nous  remarquerons  que 
le  Cardinal  Noris*,  et  les  autres  qui  regardent  Vincent 
de  Lerins  comme  un  zélé  Sémipélagien,  le  font  Auteur 
de  ces  objections. 

Tiii.  ibid  i  Pros.       Mais  '  ceux  qui  ont  une  meilleure  opinion  de  sa  doctri- 

p'  ne,    s'accordent  à    chercher   un   autre  Vincent,    pour   lui • 

donner  ce  fameux  écrit.  Baronius,  et  d'autres  après  lui 
croient  qu'elles  peuvent  être  de  celui  dont  il  est  ici 
question.  M.  de  Tillemont  et  le  dernier  éditeur  de  S. 
Prosper  ne  trouvent  point  de  difficulté  à  soutenir  ce  sen- 
timent ,  qui  paroît  favorisé  par  les  éloges  que  donne 
Gennade  au  même  Vincent.  Car  cet  écrivain  loue  or- 
dinairement  assez   ceux   qui  n'aimoient   pas  S.  Augustin, 


PRETRE  EN  PROVENCE  415  1B,IP 

V    SIECLE. 


non  plus  qu'il  ne  l'aimoit  pas  lui-même. 

Cependant  à  dire  le  vrai,  ce  n'est  là  qu'une  simple  con- 
jecture ,  et  l'on  ne  voit  pas  plus  de  preuves  décisives  pour 
attribuer  ces  objections  à  Vincent  dont  nous  parlons  ici,  que 
nous  avons  montré  y  en  avoir  pour  le  donner  à  Vincent  de 
Lerins.  De  sorte  que  nous  avouons  que  l'on  a  presque  au- 
tant de  fondement  de  les  attribuer  à  l'un  qu'à  l'autre  :  avec 
cette  différence  néanmoins  '  qu'il  y  a  plus  de  préjugés  pour  les  Cave,  p.  274. 
croire  de  Vincent  de  Lerins  que  de  l'autre  Vincent.  '  Elles  pros.  p.  229-340. 
sont  au  nombre  de  seize,  comme  on  l'a  déjà  dit  ailleurs,  et 
forment  autant  de  propositions,  que  S.  Prosper  a  placées  à 
la  tête  de  chaque  réponse  qu'il  y  a  faite. 

'  Le  P.  Seraphim  Piccinardi  de  l'ordre  de  S.  Dominique  omi.  s<mï. 
dans  ses  amples  prolégomènes  sur  le  Prœdestinatus,  Ouvrage  p'  ' 
anonyme  publié  par  le  P.  Sirmond,  prélend  que  cet  écrit  est 
ou  de  Vincent  qui  fait  le  sujet  de  cet  éloge,  ou  de  Vincent 
Victor  contre  lequel  S.  Augustin  a  été  obligé  d'écrire. 
Mais  nous  avons  déjà  suffisamment  montré  sur  l'article 
d'Arnobe  le  jeune  ce  que  l'on  peut  le  plus  raisonnablement 
penser  de  ce  fameux  Ouvrage  et  de  son  Auteur.  Nous  nous 
bornons  à  dire  ici,  que  quand  même  nous  aurions  des  preuves 
décisives  que  les  objections  qui  portent  le  nom  de  Vincent, 
seroient  de  celui  dont  nous  parlons,  il  ne  seroit  pas  certain 
pour  cela  qu'il  fût  l'Auteur  du  Vrœdestmatus.  Ce  ne  seroit 
tout  au  plus  qu'une  simple  conjecture,  beaucoup  moins  fondée 
que  celle  que  l'on  fait  sur  Arnobe,  à  qui  nous  avons  fait  voir 
que  cette  pièce  convient  mieux  qu'à  tout  autre  Ecrivain. 


1. 

1245.   «W. 


I  CONCILE   DE   VEN1NES. 


l; 


'époque  de  ce  Concile  n'est  point  marquée  dans    ses 
iActes.'  Mais  on  conjecture    avec    beaucoup  de  fonde-  conc.i.4.|».io57| 
ment  sur  les  noms  des  Evoques  qui  s'y  trouvèrent,  et  dont  ^"io"'      ''  ,u' 
quelques  -  uns   avoient  déjà    assisté   au  Concile   de   Tours 
en  461,  qu'il  se  tint  en    l'année    4f>5.  '  L'occasion  en  fut  Conc.  p.  1054. 
comme    celle  de  plusieurs  autres  Conciles,  l'ordination  d'un 
nouvel  Evêque  pour  l'Eglise  de  Vennes  dans  l'Armorique,  au- 


V    SIECLE. 


416  I.   CONCILE  DE  VENNES. 


jourd'hui  la  petite  Bretagne.  S.  Perpétue  Evêque  de  Tours  et 
Métropolitain  de  la  Province,  s'y  étant  rendu  pour  cette  or- 
fc.m»!1™'  p'  dination,  '  avec  Paterne  et  Albin  Evêques  de  Quimperetde 
Treguier,  comme  l'on  croit,  Athenie  de  Rennes,  et  Nuneque 
de  Nantes,  qui  avoit  succédé  depuis  peu  à  Eusebe  que  nous 
avons  vu  parmi  les  Pères  du  I  Concile  de  Tours,  ils  ordon- 
nèrent Libéral  pour  remplir  le  Siège  vacant  de  cette 
Eglise. 

Conc.  p.  khi.  '  Ensuite  les  six  Prélats  considérant  que  des  Evêques  ne 

doivent  point  avoir  d'autres  pensées  ni  d  autre  soin,  sur-tout 
lorsqu'ils  se  trouvent  assemblés,  que  de  ce  qui  regarde  la 
Religion,  pour  le  maintien  de  laquelle  il  n'y  a  point  d'autre 

p.  ios>.  secours  à  espérer,  '  ils  résolurent  de  faire  quelques  Statuts,  ou 

pour  régler  des  choses  qui  ne  l'avoient  pas  encore  été,  ou 
pour  réformer  des  abus  qui  s'étoient  glissés  dans  la  disci- 
pline. Les  motifs  qu'ils  donnent  de  leur  résolution,  sont  re- 
marquables, et  dignes  de  la  pieté  de  S.  Perpétue,  qui  présida 

p.  i9M.  a  ce  Concile.  '  Ils  disent  donc  qu'ils  ont  jugé  à  propos  de  faire 

ces  règlements  ensemble,  lorsqu'ils  avoient  avec  eux  l'esprit 
de  J.  C.  parce  que  si  chaque  particulier  se  faisoit  des 
règles  selon  sa  volonté,  il  étoit  à  craindre  ou  qu'il  ne  se  trom- 
pât par  ignorance,  ou  par  défaut  de  lumière,  ou  qu'il  ne 
s'égarât  encore  plus  dangereusement  en  suivant  son  orgueil 
et  sa  passion  ;  et  qu'ainsi  ce  que  chacun  auroit  fait  sans  la 
participation  de  ses  frères,  ne  pût  être  justement  désapprouvé 

p.  105».  ^  (0US  jes  autres.  '  D'ailleurs  que  la  discipline  Ecclésiastique 

est  un  dépôt  qui  leur  est  confié,  et  qu'ils  seroient  coupables, 
s'ils  négligeaient  de  corriger  les  abus  qui  s'y  glissent.  Ce  fut 

p.  1055.-1057.  sur  ce8  considérations  '  qu'ils  dressèrent  seize  Carions,  plu- 
sieurs desquels  ne  font  que  répéter  ce  qui  avoit  été  déjà 
réglé  dans  les  deux  premiers  Conciles  d'Angers  et  de  Tours, 
soit  pour  le  modérer  ou  pour  l'éclaircir. 

1390.'''  *,p,IW9'  '  Le  Concile  d'Agde  qui  se  tint  au  commencement  du  siècle, 
suivant,  inséra  parmi  ses  Canons  plusieurs  de  ceux  du  Con- 
cile de  Vennes  dont  nous  parlons,  mais  sans  le  nommer.,  11  y 
copie  presque  de  mot  à  mot  ceux  qui  regardent  les  homi- 
cides et  les  fauxtémoins,  les  Clercs  et  les  Moines  vagabonds,  les 
cellules  séparées  accordées  aux  Moines,  la  pluralité  de  Monas- 
tères entre  les  mains  d'un  même  Abbé,  les  défenses  faites  aux 

ecclésiastiques 


I.  CONCILE  DE  VENNES.  417        siecle 


Ecclésiastiques  de  se  trouver  aux  Noces,  de  manger  chez  les 
Juifs,  de  s'adonner  au  vin,  et  d'user  de  l'art  de  deviner  nom- 
mé le  sort  des  Saints. 

'   Comme    S.    Victoire ,   ou   Victure  du  Mans  ,    Talase  p.  \m.  1055. 
d'Angers,   tous  deux  Evêques  dans  la  province  de  Tours, 
n'avoient  pu  se   trouver    au   Concile   de  Vennes,   les    Pè- 
res  leur  envoyèrent   les   décrets  avec  une  lettre    qui     est 
à  la  tête.   'Ils  les  y  prient,  s'ils    jugent  que  leurs  régie-  p.  1055. 
ments  méritent  leur  approbation,   de  les    appuïer    de   leur 
autorité,  et   de    s'y   conformer    dans   la  suite.  '  Us    finis-  p-  li- 
sent leur    lettre    synodique    en    priant  Dieu   de   les  con- 
server pour  le  bien   de  son   Eglise.  Libéral  signe  ne   der- 
nier de  tous,   et   c'est  une  forte  preuve    qu'il   «st  l'Evê- 
que  de  Vennes   nouvellement    ordonné,    '  comme    le  sou-  Til1-  p-  "3- 
tient   M.    de   Tillemont    contre     l'opinion    de     plusieurs 
autres,    qui   prétendent    sans  nul    fondement    que    ce  fut 
Paterne.  Ce  Libéral  non  plus  que  Paterne  et   Albin  ne  se 
trouvent   point    aujourd'hui    dans    le   catalogue    des   Evê- 
ques de  Bretagne,  où  néanmoins  l'on  a  inséré  bien  d'autres 
qui  ne  sont  point  connus  dans  l'antiquité. 

'Les  Actes  du  Concile  de  Vennes  sont  insérés  dans  conc. t. 4.p.iow- 
les  collections  générales  des  Conciles  et  dans  le  recueil  par-  137-1*0.  j  r.  t*.  9! 
ticulier  de  ceux  des  Gaules  par  le  P.  Sirmond.  490-498. 


S .     LOUP, 

EvÊQUE     DE      BaIEUX. 

Les  commencements    de  l'histoire  de  l'Eglise  de  Baïeux 
sont   si   obscurs  que  l'on   ne  sçait    presque    rien    des 
premiers    Evêques    qui    ont    gouverné    cette    Eglise.   '  On  Boi.  ie.  mai.  p. 
croit    qu'elle   commença  à  en   avoir   avec   presque    toutes  619' n-  4- 
les    autres  Eglises  de  la  Province  ,  dès  la  lin  du  IV   sie- 
cle, et  que   S.    Loup   en    fut   le  troisième,  '  ou   le  qua-  Gaii.  chr.vet.t.2. 
triéme    selon    d'autres,  a  Les   continuateurs    de    Bollandus  ?Boiubid".p.6i8. 
promettent    de    nous    donner   au    25e  jour    de    Novem-  *•  * 
bre    ce  qu'ils   ont  pu  recouvrer   de  sa  vie.   Mais  il  pa- 
roît   par  l'extrait  qu'ils  en  ont  déjà  publié,   qu'elle  n  est 

Tome  II.  Ggg 


V   SIECLE. 


418        S.  LOUP,    EVEQUE   DE     BAIEUX. 


point   originale  et    qu'il    y    a  lieu    de    douter    si    l'on    y 
peut  fonder  quelque  chose. 
ibi.i.  '  Selon  cette    vie    S.    Loup   éloit   originaire  ,  ou    même 

né   dans  le    territoire  de    la  Ville  de  Baïeux.  Il   fut  bap- 
tisé,   et   appliqué  aux    études    par    S.     Ruffinien    Evêque 
du   lieu,  qui  l'ordonna  ensuite    Diacre.   Au   moment    qu'il 
lui  conféroit  cet   ordre,    un    nommé  Etienne   qui  fut  or- 
donné avec    lui,    dit    au  Saint   Evêque  que  celui    qui  or-' 
donnoit    Diacre  ,    seroit  un   jour  son    successeur.  L'événe- 
ment   vérifia    cette   prédiction.   S.   Ruffinien    étant   mort , 
Loup    du    consentement    unanime    du    clergé    et  de    tout 
le  peuple  fût  élu    pour  remplir  sa  place,   et   consacré  par 
Silvestre   Evêque  de   Rouen,   et    Métropolitain   de    la  Pro- 
vince. Un  autre  monument  qui  n'est   pas  plus  ancien  que 
la  vie  de  S.  Loup,  et  qui  le  qualifie  un  Prélat  d'une  sain- 
teté   admirable,    marque    le    temps  de   son  Episcopat  par 
p.  019.  n.  4.        le    Règne    du    Général    Gilles   dans    les  Gaules  :  '  ce  qu^ 
Gai.i.  chr.  ibw.     l'on  rapportée  l'an  45$.   'Messieurs  de  Sainte  Marthe  sup- 
posent   que    nôtre   Saint  vêquit  au   moins    jusqu'en    4G5. 
Mart.  Gaii.p.78o.  '  Son  nom    est    marqué  au    25''  jour  d'Octobre    dans    le 
Martyrologe   de   France ,   avec   un    assez   long   éloge,    qui 
ne  s'accorde  pas  dans  quelques  circonstances  avec  ce  que 
nous  en  venons  de  rapporter. 
Gaii.  chr.  i'bij.  i        'On   prétend    que   S.    Loup  écrivit  vers  460  la  vie- de 
Tm.  n  e.  i.4.p    Rcnobert,  ou  Raimbert  ,   premier   du   nom,     l'un   de    ses 
prédécesseurs.    Mais    cette   histoire  ne  paroit   nulle    part  ; 
et  Ton  croit  même  que    nous    ne   l'avons  point  ;  à  moins 
que    ceux   qui    attribuent    cet    Ouvrage,    ne    l'aient    con- 
itaii.  te.  mai. 27*.  fondu  '  avec  la    légende  de   S.   Raimbert  ou  Renobert   se- 
875.  i  lab.  ent.      con(j  (ju  nom  ^  qUj  no  gouvernoit  l'Eglise  de  Baïeux  qu'au 

commencement  du  Vil  siècle.  En  ce  cas  l'erreur  seroit 
grossière  pour  plus  d'uni;  raison.  Car  outre  la  distance  des 
temps,  cette  Légende  n'est  qu'un  tissu  d'impostures,  et  une 
Bon.  ibid.  p.  gis.  suite  de  fables  imaginées  sous  le  nom  de  S.  Loup.  '  On  la  • 
croit  du  même  imposteur  qui  s'est  émancipé  de  retoucher 
l'histoire  de  la  translation  du  même  Saint,  et  qui  s'est 
caché  sous  le  nom  de  Joseph,  en  se  qualifiant  Prêtre , 
Chancelier  du  Roi  d'Aquitaine,  et  Précepteur  du  Roi 
Louis.  Les  continuateurs  de  Bollandus  l'ont  jugée  si  mau- 
vaise, qu'ils  l'ont  regardée  comme  indigne  d'entrer  dans 
leur  recueil,  (xx.) 


V1GT0RIUS,   POETE.  419     „€1- 

V      a  I  E  C  L  Ij  . 


VI  CTO  RI  US, 

Poète. 

Yictorius,  'Gaulois  de  Nation,  comme  il  paroît  par  Stt.  s.  i.s.tp.n. 
S.     Sidoine,   étoit   un   poète   célèbre   après   le  mi-  âxiw.'  |car-4v- 
lieu  de  ce  V    siècle.  '  On    nous  le   représente   comme  un  1. 5.  op.  21.  p.  oe. 
homme    d'un    mérite   extraordinaire  ,    et    d'une    érudition 
universelle,  vir  ut  cyretjius,  sic  uiukcunique  doctissimus.  Il 
avoit  un  talent  pour  réussir  en  tout  ce  qu'il  entreprenoit  ; 
mais  il  excelloit  en   particulier  à  faire   des  vers,    cum  cœ- 
lera  potenter,  tum  potentissiiuè rondidit  versus.  Avant  que  S. 
Sidoine  fût    élevé   à   l'Episcopat,  il  faisoit  tant  de  cas  des 
Poésies  de   Victorius,    qu'il  n'oublia  rien   pour    les  avoir 
après  sa  mort.  Ce  fut  dans  ce   dessein  qu'il  écrivit  la  lé- 
tre  que  nous  avons   encore,    à  Sacerdos  et  à  Justin,  ne- 
veux de    nôtre    Poète,  '  qui  faisoient  alors    leur   demeure  car.  21.  v.  23.  w. 
dans    le    Gevaudan ,    qui   paroit  avoir   été   leur   Patrie   et 
celle  de  leur    oncle.'  Il  leur   représente  que  le  soin  qu'il  1.  5.  eP.  21. 
a  toujours  pris  dès  son  enfance,  de  cultiver  les  belles  letres  , 
lui   donne   droit   à  l'héritage  de   Victorius.  De  sorte   qu'il 
étoit  juste  qu'eux  en  qualité  de  ses  plus  proches  parens  , 
héritassent  de  ses  biens  ;  mais  que  lui  Sidoine  en  qualité 
de   Poète,  devoit   hériter   de   ses  Poésies.   Cette  letre    qui 
serviroit  à  lixer  l'époque  de  la  mort   de  Victorius,  si  l'on 
en  sçavoit  la  date,  a  été  écrite  certainement  quelque  temps 
avant    que    S.    Sidoine    renonçât    aux   amusements   de   la 
Poésie ,   et  ainsi  vers  46o  ou  4GG. 

11  n'y  a  presque   pas  lieu  de  douter  que  ce  ne   soit  du 
même    Poète,'  que  parle   S.    Sidoine,    lorsque    comparant  1.  5.  ep.  10.  p. 
Sapaude    Professeur    des   belles    letres    dans    la   Ville    de  983" 
Vienne,    aux    plus   habiles    Poètes    et    Orateurs   qui    l'a- 
voient   précédé   ,    il    dit     qu'il    possédoit    la    douceur    de 
Victorius. 

Mais  il   s'en   faut  de   beaucoup    qu'il    y  ait   autant    de 
fondement,  '  pour  juger  que  ce  Victorius  est  le  même  que  sir.iii.SKi.p.995. 1 
l'Auteur    du  Cycle   pascal  ,    dont   nous    donnerons    bien-  aie.'  '  p' 

tôt    l'éloge   ,    comme    deux    sçavants    hommes    entre    les 

G  g  g  '  j 


.......      420  VICTORIUS,  POETE. 


modernes  l'ont  pensé.  En  effet  outre  qu'il  ne  paroît  par 
nul  monument,  non  pas  même  par  ce  qui  nous  reste  de 
l'Auteur  du  Cycle  pascal,  qu'il  se  mêlât  de  Poésie  ,  ce 
qui  faisoit  le   caractère    particulier  de  l'autre,    il  est  très- 

frobable  qu'il  finit  ses  jours  à  Rome  ,  peut-être  après 
an  470,  comme  on  le  verra  dans  la  suite.  Or  quelle 
apparence  que  S.  Sidoine  pour  avoir  les  écrits  d'une  per- 
sonne morte  à  Rome,  se  soit  adressé  à  d'autres  qui  de- 
meuraient dans  le  Gevaudan  ?  Il  est  donc  vrai  de  dire 
que  l'opinion  qui  confond  ces  deux  Victorius,  n'est  uni- 
quement fondée  que  sur  la  convenance  des  temps,  et 
la  conformité  des  noms  :  ce  qui  ne  suffit  pas,  lorsque  les 
caractères  des  personnes  ne  sont  pas  les  mêmes. 

Il  ne  nous  reste  plus  rien  aujourd'hui  des  Poésies  de 
Victorius;  et  nous  ne  sçavons  ni  sur  quel  sujet  il  a  tra- 
vaillé, ni  en  quel  genre  il  a  écrit.  On  doit  être  surpris  de 
ce  que  S.  Sidoine  ,  qui  se  déclare  son  grand  partisan  , 
l'ait   oublié   dans  l'énumération  des  plus   célèbres  Poètes. 


ANONYME, 

Auteur  des  Actes  de  S.  Julien  Martyr.     . 

Les  Actes  de   S.  Julien  Martyr  à  Rrioude  en    Auver- 
gne, ne   sont  pas  considérables   pour  leur  longueur; 
mais   ils    méritent    nôtre  estime    pour   leur  antiquité.   En 
BB.H. 1. 1.». p.  effet'  leur  style,    et  quelques  circonstances  qu'ils  rappor- 
Lab'.noY.  bib.t.  a.  tent,  font  voir  qu'ils  sont  anciens.  '  Lorsqu'ils  furent  écrits , 
p'  568'  il  y    avoit    encore    une    tradition    fort   connue    du    mar- 

tyre  du   Saint.    Ce  fut  pour  la  conserver  à  la  postérité  , 
et  pour  empêcher  que  la  mémoire  de  S.   Julien  ne  s'ef- 
Tiu.  ibid.  facât  avec  le  temps,    que  l'on    entreprit  de  les  écrire.  '  H 

semble  par-là  que  ce   sont  les  premiers  Actes  de  ce  Saint 
Martyr,    qui    aient  été  écrits.    Ainsi    l'on  croit  qu'ils   sont 

{)lus  anciens  que  S.  Grégoire  de  Tours,  c'est-à-dire  que 
e  VI  siècle  ,  et  que  ce  sont  les  mêmes  qui  se  lisoient  pu- 
bliquement alors  dans  l'Eglise  de  Brioude,  pour  laquelle  ils 
paroissent  avoir  été  composés.  A  quelques  points  près,  ils 
s'accordent  assez  bien  avec  le  même  S.   Grégoire,  qui  pa- 


ACTES    DE    S.    JULIEN,    MARTYR.     421     .       -, u 

V     SIECLE* 


roît  en  avoir  tiré  une  partie  de  ce  qu'il  dit  du  S.  Mar- 
tyr  aux  chapitres  1er  et  46.  Ces  Actes  peuvent  bien  avoir 
été  écrits,  ou  du  temps  même  de  S.  Germain  d'Auxerre , 
ou  peu  après  lui  entre  le  milieu  et  la  fin  de  ce 
V  siècle ,  avant  l'an  474.  Cette  époque  est  fondée  sur  ce 
que  ce  fut  vers  ce  temps,  '  que  S.  Mamert  Evêque  de  sid.i.7.ep.i.p.*io. 
Vienne  trouva  le  Chef  de  S.  Julien,  de  quoi  ces  Actes 
ne  parlent  point,  et  ce  qu'il  semble  qu'ils  n'auroient  pas 
oublié.  '  Lorsqu'on  mit  la  main  à  cet  écrit,  on  avoit  déjà  i*ï>-  *•*■ 
bâti  sur  le  tombeau  du  Saint  martyr  une  Eglise  magni- 
fique. Leur  Auteur  étoit  une  personne  de  pieté,  et  d'Au- 
vergne même,  comme  il  paroît  par  la  manière  dont  elle 
parle  de  S.  Julien,  en  le  qualifiant  le  Patron  particulier 
de  son  pais,  peculiaris  Patroni  nostri. 

Quelque   anciens   cependant  que   soient   ces  actes,  '    ils  •"*••  ,28-  Août- 

*        \  .    .  .    .     v  .     ^  .  .'  tab.  cnt.  n.  3. 

ne  sont  point  originaux,  et  ne  paroissent  pas  surs  en 
'  ce  qu'ils  disent  de  la  cellule,  c'est-à-dire  apparemment  Lab.  und. 
de  la  Chapelle  accompagnée  d'un  logement  pour  le 
garde  du  tombeau  du  Saint,  qu'ils  supposent  que  l'on 
bâtit  peu  après  son  martyre.  Or  ce  martyre  arriva  quel- 
que temps  avant  celui  '  de  S.  Ferreol  son  ami5  martyrisé,  Act.  Mart.  p.  «». 
comme    l'on    croit,    en    304.     C'est    peut-être    pour    cela  ' 

que  Dom  Thierri  Ruinart  n'a  pas  jugé  à  propos  d'insérer 
ces  Actes  dans  son  recueil.  '  Ils  se  trouvent  à  la  fin  de 
l'histoire  de  l'Eglise  Gallicane  par  M.  Bosquet.  '  Le  Bosq.  t.  s.  P.  m. 
Père  Labbe  nous  les  a  donnés  ensuite  avec  quelques  le-  Lab.  nov.  bib.  t. 
gers  changements  dans  sa  nouvelle  bibliothèque  des  ma-  2-  567568- 
nuscrils ,  après  les  avoir  revus  sur  un  manuscrit  du  col- 
lège des  Jésuites  à  Paris,  qui  appartenoit  autrefois  à  l'Ab- 
baïe  de  S.  Vincent  de  Metz.  Dom  Ruinart  à  la  fin  des 
œuvres  de  S.  Grégoire  de  Tours.,  a  publié  d'autres  Actes 
du  martyre  de  S.  Julien  plus  amples  que  les  précédents, 
dans  leequels  il  n'est  point  fait  mention  de  la  translation 
du  chef  du  Saint,  non  plus  que  dans  les  autres.  A  cela 
près  le  fond  paroît  en  avoir  été  pris  et  de  S.  Grégoire  et  de 
ceux  qui  font  le  sujet  de  cet  article.  Ainsi  ils  leur  sont  pos- 
térieurs. Mais  ils  ne  laissent  pas  toutefois  de  porter  de 
grandes  marques  d'antiquité,  (xxi.) 


3  o 


V     SIECLE. 


422  ACTES   DE    S.    EERREOL, 

ANONYME, 

Auteur  des  Actes  de  S.  Ferreol  ,  Martyr. 

An.  Many.  p. 509.       y    e  s  Actes  de  S.  Ferreol  Martyr,  qui  '  souffrit  auprès  de 

Ju  la  Ville  de  Vienne  en  304,  paroissent  avoir  été  écrits 

vers  le  même  temps  que  ceux  de  S.  Julien  de  Rrioude,   dont 

nous  venons  de  parler.  D'abord  il  les  faut  distinguer  pour 

Baui.  ih.  sept,  un  grand  éclaircissement,  '  d'autres  Actes  que  M.  Saus- 
say  après  Adon  et  d'autres  semblent  avoir  suivis,  et  qui  met- 
tent le  martyre  du  Saint  à  Rrioude.  Ces  derniers  ne  valent 
rien  ;  et  M.  Bosquet  ne  les-a  pas  jugés  dignes  de  l'impres- 
sion. 

Tiii.  h.  e.  t.  s.  p.       Ceux    dont   nous    entreprenons    de   traiter,  '  sont   excel- 

282-  lents,    assure    M.   de  Tillemont,    et  s'accordent    fort   bien 

avec  S.  Grégoire  de  Tours.  Mais  ils  semblent  trop  po- 
lis, remarque  le  même  Auteur,  pour  que  l'on  puisse  les 
regarder  comme  tout-à-coup  originaux.  En  effet,  quoiqu'ils 
soient  courts,  et  qu'ils  portent  d'autres  caractères  de  leur 
antiquité,  néanmoins  les  discours  que  l'on  met  en  la  bou- 
che et  de  S.  Ferreol,  et  du  Gouverneur,  sont  trop  longs 
pour  les  croire  écrits  au  même  siècle,  qui  étoit  le  IV  de 
l'Eglise.  C'est  ce  que  prouvent  encore  les  fréquentes  an- 
tithèses ,  qui  sont  plutôt  d'un  homme  éloquent  ,  qui 
écrivoit   à    loisir ,   que   ni   du    Saint   Martyr ,    ni   de    son 

JuSe- 
Act.  Man  p.  Cependant  '  il  est  certain  que  cette  histoire   fut  écrite  , 

5,i' n-  *'  lorsque   le    corps    du  S.    étoit   encore   en   l'endroit    de  la 

première    sépulture,  près    du  Rhône   hors   de  la   Ville,  et 

sid.i.  7.  cp.  î.p.  par  conséquent  avant  que'  S.  Maniert  Evoque  du  lieu 
l'eût  découvert,  et  transféré  dans  l'enceinte  des  murs  :  ce 
qu'il  fit  vers  474  ou  475.  Ainsi  l'on  peut  croise  que  ces 
Actes  furent  composés  quelques  années  auparavant,  lorsque 
les  belles  letres  avoient  pris  une  nouvelle  vigueur  à  Vienne 
sous  Sapaude,  qui  les  y  enseignoit  en  ce  temps-là,  et 
sous  le  docte  Mamert  Claudien  Prêtre  de-  cette  Eglise. 
On  y  lit  un    trait  qui   sembleroit  être  venu    d'une  Ira- 


D 


MARTYR.  423    t  S|ECLE 

dition   un    peu  altérée.  '  C'est  l'endroit  qui  porte   que    S.  Aet.  v*n.  uu. 
Ferreol ,    après   avoir    été   délivré    miraculeusement  de  la 
prison,  s'exposa  à  passer   le  Rhône   à   la  nage  malgré  sa 
rapidité,  pour  éviter  la  violence  d.)  ses  persécuteurs. 

'  Surius  nous  a  donné  ces  actes   au  18e  de  Septembre,  sur.  is.  sept.  p. 
jour  auquel  la  fête  du  Saint  est  marquée  dans  les  Marty- 
rologes,    et  non  pas 'au  18"  d'Octobre,  comme  on  le  trou-  Act.  Mart.  P.  so». 
ve  dans  l'avertissement  de  Dom  Ruinart ,  "  qui  a  inséré  les  «W-su 
mêmes   acles   dans    sa    collection ,    après    avoir   revu  sur 
divers    manuscrits ,    l'édition      qu'en    avoit    publiée    Su- 
rins. 


D  0  M  I  C  E  , 

Professe»  r   de  Belles  Lettres. 

|OMh:e,    professeur  des  belles  letres   dans    la    ville  de  sir.in.sid.  p.87s. 
Clermont  en    Auvergne  ,   fleurissoit    après  le    milieu 
de  ce   V    siècle.  '  Il  avoit   quelque   terre    entre   Clermont  si.i.  s.  car.  24.v. 
et  Brioude  ;  "  mais  on  croit  qu'il  étoit  de  la  ville  de  Lyon.  »  sir.'ibïii. 
'Il  étoit  ami   particulier  de   S.  Sidoine,  qui  devint   depuis  Btt.ibU.  |  l.t.ep. 
son  Evêque  ,  et  qui  parle  de  lui.  dans   ses   écrits  toujours  ''  p'  887' 
avec   beaucoup    d'honneur.      Il    paroît   être   ce   Maître  de  1.4.0p.  21  .p.  959. 
grammaire    et    de    rhétorique,    sous  qui  les  études  étoient 
alors    florissantes  à    Clermont,  et   sous  qui  étudia   Aper  , 
à  qui  S.  Sidoine  adresse  la  1''  letre  de  son  4e  livre. 

'  Domice  étoit  un  homme  fort  grave ,  et  comparable  Car- ibid- 
en  cela  au  fameux  Marcus  Crassus  Censorius.  Il  avoit 
beaucoup  de  scavoir,  et  passoit  pour  un  juge  severe  des 
pièces  des  autres.  Les  sçavants  redouloient  sa  science,  et 
faisoient  tant  de  cas  de  son  approbation,  que  lorsqu'ils 
l'avoient  obtenue,  ils  s'assuroient  sans  peine  de  celle  du 
public. 

'Nous  avons    une  très-longue  letre  de  S.  Sidoine  à  Do-  12. eP. 2. p .878. 
mice,  par  laquelle  il  l'invitoit  à  l'aller  voir  dans  sa  belle 
maison  d'Avitac,  dont  il  lui  fait  une  ample  description. 

'  A   la  fin  il   fait   voir  qu'il  le   regardoit   non-seulement  p.  nn. 
comme  un  bon  juge  des  ouvrages  des  autres,  mais  aussi 
comme    un  auteur    qui    se  mêloit  d'écrire.    Nous  n'avons 
point  cependant  d'autre  connoissance  de  ses  productions. 


v  siècle.     424    D0MICE'  PROFES.  DES  BELLES  LETRES. 

,.  4.  pp.  20.  'Il  y  a  une  autre  letre  de  S.  Sidoine  adressée  à  un  nom- 
mé Domnice,  qui  pourroit  bien  être  le  même  que  Do-- 
mice,  quelque  copiste  aïant  mal  écrit  le  nom.  C'est  pour 
lui  marquer  la  peine  qu'il  avoit  eue  de  ne  le  pas  voir  à  un 
certain  spectacle  :  ainsi  la  lettre  est  peu  de  chose. 

car? a*,  v.  i-ii.  'Le  même  S.  Sidoine  aïant  dressé  vers  468  le  recueil 
de  ses  poésies,  pour  les  donner  au  public,  voulut  que  Do- 
mice  fût  le  premier  qui  en  eût  la  lecture.  C'est  pourquoi 
dans  l'énumération  de  ses  doctes  amis,  auxquels  il  souhaitte 
qu'aille  d'abord  son  recueil,  il  met  Domice  à  la  tête  avec 
cet  éloge  pompeux. 

v.  10-16.  '  Ac  primum  Domitii  larcm  sovcri 

Intrabis,  trcpidantibus  camœnis, 
Tarn  Censorius  liaud  fuit  vel  ille 
Qu*m  risisse  scmel  fcrunt  in  œvo. 
Sed  gaudcre  potes  rifiore  dooto  ; 
Hic  si  te  probat,  omnibus  placebis  : 
Hinc  te  suscipiet  benigna  Brivas. 


VICTOaiOS, 

Auteur  d'un  Cycle  Pascal. 

Vi  cto  ri  us,  célèbre  pour  le  Cycle  pascal  qu'il 
nous  a  laissé,  étoit  d'Aquitaine,  et  fleurissoit  peu 
vict.  can.  pas.pr.  après  le  milieu  du  V  siècle.  '  Fredegaire  le  nomme  Vic- 
?P31293238  tor  '    et   ^ue'(lues    modernes    Victorius  ;  '  mais    tous     les 

anciens,  qui  parlent   de  lui,   ne   l'ont  connu  que  sous   le 
p.  31.  nom    de    Victorius.  '  Paul   de    Middelbourg    qui    écrivoit 

au    commencement    du    XVI    siècle,   est  le   premier,  qui 
l'ait  fait  natif  de  Limoges    en    Aquitaine;   et  son  opinion 
Bach.  p.  90.        est    aujourd'hui    assez    communément    suivie.  '  Celte    ville 
étant     alors    sous    la    domination    des    Visigots ,    ce    fut 
peut-être   un  motif  à  Victorius  de  se  retirer  à  Rome.  On 
croit   qu'il  y  fut  élevé  à  la  Clericature,  parce    qu'Hilaire, 
vict.  ibid.  pr.       qui  étoit   alors    Archidiacre    de    cette   Eglise,  '  le   qualifie 
nii.H.E.  t.i.i».  son    saint,     honorable    et    très-cher    frère.       Néanmoins 
p-  "••  Gennade  et   les  autres  qui  en    parlent,    ne  lui   donnent 

aucune 


Ginn.  vir.  ill. 


VICTORIUS  AUT.  D'UN  CYCLE  PASCAL.      425     t  iIliIÉ 


aucune  qualité  :  de  sorte    que    ce   pouvoit   être    un    sim- 
ple   laïc,   occupé   aux   letres   et  à    l'étude.       Hilaire    lui  vict.  ibw. 
parle  même    avec  quelque    autorité,  en  se  servant  du  ter- 
me d'enjoindre,  au  lieu  de  celui  de  prier. 

En    l'année    454    il   s'éleva  une  grande  contestation,  Buci..  p.  78.89. 
entre    l'Eglise    d'Orient    et     celle     d'Occident,     touchant 
le  jour   auquel   on     devoit    célébrer    la    fête    de    Pâque 
l'année  suivante.    S.   Protere  Evêque  d'Alexandrie   et   les 
Orientaux    prétendoient ,     selon    leur    calcul ,    qu'on    de- 
voit la   céleWr  le  24e  d'Avril;    et  les   Occidentaux    soû- 
tenoient ,   suivant   leur    supputation ,    qu'il   la  falloit  faire 
le  17*    du   même  mois.  '  Cependant  S.    Léon ,  qui    gou-  Léo.  eP.  us.  ci. 
vornoit   alors    l'Eglise  Romaine ,    consentit    pour   le   bien  p' 664' 
de  l'union  et  de  Ta   paix  ,    de  se  rendre  au  sentiment  de 
S.  Protere,  passant  ainsi  par-dessus  les  raisons  contraires. 

'On  fit  donc  Pâque  cette  année-là  le  24e  d'avril  :  mais  Bach.  p.  89.  90. 
ce  ne  fut  pas  sans  que  S.  Prosper  en  témoignât  son  mé- 
contentement. Il  avertit  même  qu'il  ne  falloit  plus  avoir 
une  telle  condescendance,  qui  avoit  offensé  beaucoup  de 
monde.  Mais  pour  éviter  dans  la  suite  un  pareil  embar- 
ras ,  '  S.  Léon  fit  examiner  plus  exactement  que  l'on  n'a-  Léo,  t.  2.  p.  328. 
voit  encore  fait  jusque-là,  les  règles  et  les  supputations 
par  lesquelles  il  falloit  trouver  tous  .  les  ans  la  fête  de 
Pâque.  '  Il  prit  même  la  resolution  de  faire  dresser  un  nou-  Buch.  p.  90. 
veau  cycle  pascal  à  l'usage  de  l'Eglise  Latine.  Les  gran- 
des occupations  inséparables  de  sa  dignité,  ne  lui  per- 
mettant pas  de  s'y  appliquer  lui-même,  il  en  chargea 
Hilaire  son  Archidiacre,  qui  depuis  fut  son  successeur  ; 
et  peut-être  aussi  S.  Prosper  ,  qui  vers  ce  même  temps 
composa  effectivement  un  cycle  pascal,  comme  nous 
avons  dit  en  son  lieu. 

'Hilaire  aïant  lu  beaucoup   d'écrits    faits   sur   ce  sujet  vict.  a»d.  p.  i. 
tant  par  les  Grecs  que  par  les  Latins ,  comprit  qu'il   n'y 
avoit   guéres   moïen    de   les    accorder.  Ne  se  sentant  donc 
pas  assez  de  lumières    pour   trouver   la  vérité   parmi  ces 
opinions  différentes  et  opposées ,    il  s'adressa  à  Victorius, 

parce  qu'il  étoit  fort  habile  et  fort  exact  dans  la  science  Genn.  iMi. 
des  temps  et  des  supputations.  '  Il    lui    écrivit  pour  l'en-  vict.  ibid. 
gager   à    examiner  à   fond  cette  difficulté ,   afin  de  tâcher 
de    trouver    un    moïen    d'accorder    l'Orient  avec  l'Occi- 
dent ,    et   d'éviter    par-là   qu'il    n'arrivât  plus  de  trouble 

Tome  IL  H    h  h 

3  0* 


426  VICTORIUS, 

V    SIECLE. 


'   dans  la  célébration  du  plus  grand  de  nos  mystères, 
vkt.ibij. p. 2-2o.|  Victorius    accepta  la    commission    avec    beaucoup   de 

ple49r,H  modestie.  Mais  afin  d'y  réussir  plus   sûrement,    il    entre- 

prit de  reprendre  toute  la  suite  des  Lunaisons  et  des 
jours,  c'est-à-dire  des  fériés,  depuis  le  commencement 
du  monde  suivant  la  chronique  d'Eusebe.  Il  trouva  que 
le  cycle  lunaire  des  19  ans,  dont  se  servoient  les  Grecs, 
était  plus  sûr  que  celui  des  Latins;  et  le  multipliant 
par  le  cycle  solaire  de  28  ans,  il  en  fit  un  Canon  pascal 
de  532  ans ,  plus  ample  que  tous  ceux  que  l'on  avoit 
faits  jusqu'alors.  11  le  fait  commencer  au  consulat  des 
deux  Geminus ,  qu'il  met  pour  l'année  de  la  Passion , 
et  le  finit  en  l'an  559  de  l'Incarnation  selon  nôtre  ère 
vict.  p.  r.9.  vulgaire.       Il    y  marque  les    consuls    jusqu'à    Constantin 

Tiii.  ii.i.i.  p.  770.  et  Huffus,  '  qui  sont  ceux  de  l'an  457.  Ainsi  l'on  voit 
Bucii. p.  n.  i ca-  qu'il  acheva  cet  ouvrage, en  celte  même  année.  '  Les 
*"•  •'•  -•"•  -•  années  suivantes  qui  s'y  trouvent  aujourd'hui  et  qui  le 
conduisent  jusqu'en  559,  y  ont  été  ajoutées  par  un  ano- 
nyme du  VI  siècle. 
Gène.  ii,i,i.  Victorius    y   apporta   toutes    les    recherches  possibles. 

Il  n'y  avoit  encore,    selon   Gennade ,    que   S.    Ilippolyte , 
Eusebe  de  Césarée,    Théophile   d'Alexandrie,  et  S.    Pros- 
per  qui  eussent  travaillé  avant  lui  sur  le  même  sujet. 
vici.iu.i.p.2.19.  Lorsque  l'ouvrage;  fut  fini,  il  l'adressa  à  Hilaire  qui  lui 

en  avoit  donné  la  commission,  et  y  joignit  un  assez  long 
discours  pour  lui  rendre  compte  et  de  son  travail  et  de 
la  manier»;  dont  il  avoit  cru  devoir  l'exécuter. 
Fieu.  ib.  i  lîueh.  '  Ce  cycle  eut  beaucoup  de  réputation  ,  et  fut  depuis 
P'vSct*  pr.  p.  2<j-  Ie  p'us  su'vi  par  les  Latins.  "  Le  IV  Concile  d'Orléans 
jft  .  ...  en  541  ,  et  non  pas  545,  ''  comme  on  le  trouve  dansCa- 
«o.  |  Cave,  p.  287.  ve ,  et  dans  M.  de  Launoi ,  c  ordonna  qu  on  le  suivroit 
•r  vici.  ibu.  pour  le  jour  de  la  célébration   de  la  fête  de  Pàque.  Gen- 

nade, Cassiodoro ,  S.  Grégoire  de  Tours,  S.  Isidore, 
Scaliger  même  en  parlent  avec  estime;  et  plusieurs  au- 
tres le  citent  aussi.  Il  n'est  pas  néanmoins  sans  fautes; 
et  outre  les  défauts  que  l'exactitude  des  derniers  temps 
Bail,  iio  i.mp.  c.  y  a  trouvés,  '  Victor  de  Capouë  fit  un  livre  au  siècle 
«>.^  igo.   »cn.  sujyautf   p„ur  en  réfuter   les  erreurs.  Ce  fut   peut-être  ce 

3ui    fit    tomber   à    Rome   dans  ce   même   siècle   l'autorité 
e  ce    cycle  pascal.       Car  en  577  les  Eglises   d'Occident 
se    trouvant  partagées  au    sujet    du  jour   de   Pâque,  celle 


AUTEUR  D'UN  CYCLE  PASCAL.        427     VCI„„, 

V      S  1  h  (,  L  L. 


de  Rome ,   abandonnant  le   Canon    de   Victorius,  fît   Pâ- 

que   le'  25e  d'Avril,   selon  le  calcul  des  Alexandrins  et  de 

Denys  le  Petit.    L'Eglise  de  Tours  cependant,  et  quelques 

autres   des   Gaules    célébrèrent    cette    solennité    le   18e   du 

même    mois ,  conformément    au    cycle    de    Victorius  ;    et 

l'on  voit  par-là  qu'il  étoit  encore   le   plus   suivi    dans   les 

Eglises  de   France.  'S.    Abbon   Abbé   de  Fleuri   à   la  fin  Mut. a.uMd.i. 

du  X  siècle,  fit  un  commentaire  sur  ce  même  cycle.  Nous  '■  p-  "8  119- 

en  avons   la  préface   au    1er  tome   des   anecdotes  de  Dom 

Edmond  Martene. 

'  On  ignore  l'année  et  le  lieu  de  la  mort  de  Victorius  ;  vi''t-  i,r  *•  n- 
mais  il  y  a  toute  apparence    qu'il   ne    retourna   point  en 
son  pais,  et  qu'il  mourut  à  Rome.  'Le  P.  Sirmond   n'est  si.i.i.s.cp.  si. p. 

T,    •  '.      i1  •  »•!  .    i  »  „•    ,  3W.  I  Sirm.not. 

pas  éloigne  de  croire,  qu  a   est  le  même  que  ce  Victorius  P.9K. 

dont  parle  S.  Sidoine  ,  comme   d'un  homme  distingué   et    " 

d'une  érudition  universelle,  qui  avoit  excellé  sur-tout  pour 

la   poésie.    'On.  a  vu  dans  l'éloge    de    ce    dernier  Victo-  su.  iUd. 

rius  qu'il  étoit  oncle  de  Justin  et  de  Sacerdoce,  à  qui  S. 

Sidoine    s'adressa    pour    avoir   ses   ouvrages,  '  et   qui  fai-  car-  23.  p.  son. 

soient  leur  demeure  dans  le  Gevaudan.   Ainsi  qu'elle  ap- 

fiarence  que  de  croire  que  ce  Victorius  soit  le  même  que  ce- 
ui  qui  fait  le  sujet  de  cet  arlicle  !  Est-il  vrai-semblable  que 
S.  Sidoine  se  soit  adressé  à  des  personnes  de  Gevaudan,  pour 
avoir  les  écrits  de  leur  oncle  qui  seroit  mort  à  Rome? 
C'est  sur  cela  et  sur  d'autres  raisons  que  nous  avons 
cru  devoir  distinguer  ces  deux  Victorius  l'un  et  l'autre. 

Le  P.  Gilles  Boucher  Jésuite  est  le  premier  qui  a  mis 
au  jour  le  cycle  pascal  de  Victorius.  Après  avoir  fait 
un  fort  long  commentaire  sur  le  texte,  '  il  fit  imprimer  bu>i.  s.  vin.cen. 
l'un  et  l'autre  avec  diverses  autres  pièces  sur  le  même  su- 
jet en  un  volume  in  fol.  à  Anvers  chez  Balthazar  Mo- 
ret  qui  tenoit  la  boutique  de  Plantin,  l'an  1634,  ou  1633, 
comme  porte  la  date  qui  est  à  la  fin  du  livre,  '  et  que  Gc»n.  vu.  ui.  t. 
le  marque  Aubert  le  Mire.  88' not' 

'  Le  cycle  original  de  Victorius  contient  huit  colon-  «ucii.  p.  205. sœ. 
nés.  Dans  la  première  sont  les  noms  des  Consuls  avec 
beaucoup  de  fautes.  Dans  la  seconde  sont  marquées  les 
années  de  sa  période.  La  3°  colonne  fait  connoître  les 
années  bissextiles  par  un  B  majuscule  qui  y  est  placé  à 
chaque  quatrième  année.  La  4e  marque  en  quel  jour  de 
la  semaine   tombe   le   premier  jour  de  l'an.   La  5°  mon- 

Hhhij 


V    SIECLE. 


428  RUSTIQUE, 


~~ tre  quel  quantième  de  la  lune  il  étoit  en  ce  même  jour  : 

ce  qui  tenok  lieu  d'épacte.  La  6e  marque  le  jour  de  la 
fête  de  Paque  des  Chrétiens.  La  7e  indique  le  quan- 
tième de  la  lune  en  ce  même  jour.  La  8*  et  dernière 
colonne    contient    les    indictions ,   mais    avec    des    fautes. 

p.  14-69.  '  Le .  p.  Boucher  après  avoir  éclairci  et  rectifié  ce   cycle 

l'a  fait  imprimer  avec  le  sien ,  en  les  mettant  en  paral- 
lèle ,  de  sorte  que  les  années  do  l'un  répondent  aux  an- 
nées de  l'autre. 


I 


RUSTIQUE, 

Homme  de  Letres. 

l  y  avoit  dans   nos  Gaules  en    ce   V    siècle    plusieurs 
grands    hommes     qui    portoient    le    nom    de    Rustique. 
Nous    avons    déjà    parlé  de    S.  Rustique  Evêquc    de    Nar- 
bone  ;  et   dans    la    suite    nous    parlerons   d'un   autre    oui 
fut   Evêque   de    Lyon    avant   la   fin    de  ce  même  siècle. 
Ici   nous  entreprenons    l'éloge    d'un    troisième    Rustique , 
sid.  î.  s.  eP.  u.  qu'il  faut  distinguer  des    deux   autres  ;  quoique  '  Baronius 
?Gaif.'  c3i?r.  vet.  a  et  Mrs    de   Sainte   Marthe  l'aient   confondu   sans  fonde- 
i'TiiiPH2E5't.  îs.  ment  avec    le  s-    Evoque    de    Lyon.    b  De  même   M.    de 
p-  ■«h.  Tillemont   a   douté   quelque  temps,  s'il  n'étoit  pas  le  mê- 

me  que   S.    Rustique  de   Narbone.    Mais   enfin   il   avoue 
que  celui   qui   fait   le  sujet  de   cet   article,  paroît  n'avoir 
Dupin.  bib.  t.  4.  point    été    Evêque  ;       quoique    M.    Dupin    l'ait    avancé  , 
p  489'  sans   dire   ni   de   quel   endroit,  ni  sur  quel  fondement  il 

appuie  cette  opinion, 
sid.  î.s.ep.n.p.       '  C'étoit  un   homme  de  qualité,   intime  ami   de  S.  Si- 
16i'  doine,  qui  lui   donne   le    titre   d'illustre.   Il   soûtenoit    sa 

naissance  par  le  caractère    d'homme   d'honneur  et  d'une 
1.  8.  n.  n.  p.  vie   irréprochable.  '  Il   étoit  de   Bourdeaux  ,  où    il   paroît 
î?'»/     «       clue  S-  Sidoine  l'avoit  connu.  ■  Depuis  ils  lièrent  ensem- 
i6i.     p'        '  ble   une  union  fort   étroite  ,   et  s'écrivoient  mutuellement 
quelquefois.   Mais  la    distance   des    lieux  ne  leur  permet- 
toit  pas   de   jouir  souvent   des    douceurs   de  cet  innocent 
commerce,   dont  il  ne    nous   reste    qu'une  seule    letre  où 
S.    Sidoine  se  plaint  beaucoup  de   l'éloignement  qui  les 
séparoit. 


HOMME  DE  LETRES.  429    y  SIECLE 

'  Rustique  se  faisoit  une  noble  occupation  de  culti-  Sir  inSid  p  g^, 
ver  les  letres ,  et  avoit  un  grand  soin  d'enrichir  sa  biblio- 
thèque de  livres  nouveaux  qui  paroissoient  dans  le  pu- 
blic. Ce  fut  dans  ce  dessein  qu'il  écrivit  à  S.  Eucner 
Evêque  de  Lyon,  pour  le  prier  de  lui  envoïer  son  traité 
de3  Questions  sur  l'écriture ,  qu'il  transcrivit  lui-même 
avec  un  plaisir  singulier,  comme  il  le  témoigne  dans  sa 
letre. 

C'est  l'unique  monument  que  nous  sçachions  avoir  de 
Rustique.  '  Le  P.  Sirmond  l'aïant  trouvé  dans  un  ma-  sir.  ibid.  p.  900. 
nuscrit  de  Corbie  à  la  fin  de  l'ouvrage  de  S.  Eucher  et 
après  les  letres  de  Salvien  et  de  S.  Hilaire  au  même  S. 
Prélat,  il  l'a  donnée  au  public  dans  ses  notes  sur  S.  Si- 
doine. Elle  est  assez  bien  écrite  pour  son  siècle,  et  aussi 
honorable  à  la  mémoire  de  son  auteur,  qu'à  celle  de  S.  Eu- 
cher et  de  ses  écrits ,  dont  Rustique  fait  l'éloge  magnifi- 
que aussi  bien  que  de  la  sainteté  et  du  sçavoir  du  S.  Evêque. 

'  S.  Rurice  déjà  Evêque  de  Limoges  adresse  deux  de  te.  1. 2.  ep.19. 
ses  letres  à  un  Rustique  de  ses  amis,  qu'il  traite  avec  beau-  M' 
coup  d'honneur,  quoiqu'il  le  qualifie  son  fils.  Il  paroît 
avoir  eu  quelque  terre  du  côté  d'Userche.  Mais  il  n'y 
a  guéres  d'apparence  que  ce  Rustique  soit  le  même, 
que  celui  de  Bourdeaux  dont  nous  parlons.  Il  pouvoit 
tout  au  plus  être  son  fils,  ou  de  la  même  famille. 


SERRAN, 

Orateur. 

ous   pouvons    placer    vers   ce   temps-ci  '  Serran  ami  sid.  3.  1.  2.  eP. 

de  S.    Sidoine ,   qui    lui    écrivant    avant    son    épis-  13" p'  903"908' 
copat ,  lui    donne    la    qualité    de    frère.    '  Il    paroît    par  p.903.  |car.23.v. 
ses    habitudes    avoir    été    de    la  Ville  de  Narbone  ou  des  465- 
environs.    '  C'étoit    un    homme    de    letres,  qui    cultivoit  1.2.  eP.i3.p.903. 
particulièrement    l'éloquence.    Aïant   composé    le    panégy- 
rique de  Pétrone  Maxime  son  patron,  '  qui  après  le  meur-  not.  p.  90t.  90e. 
tre    commis    en   la  personne  de    l'Empereur    Valentinien 
IIP  l'an  455,  s'étoit  emparé  de  l'Empire,  et    n'avoit   pas 
régné    trois   mois  entiers,  '  Serran    l'envoïa  à  S.  Sidoine  sid.  ibid.  P.  933. 


N 


430  SERRAN,  ORATEUR. 

V     SIECLE. 

car.  23.  t.  465.  avec  une  letre  dont  il  l'accompagna.  '  Il  se  servit  de  la 
voie  de  Marcellin  ,  célèbre  Avocat  à  Narbone  ,  leur 
ami  commun. 

i.  s.  ep. 13. p. 903.  '  S.  Sidoine  après  avoir  examiné  la  pièce,  en  prit  oc- 
casion d'écrire  à  Serran  la  13e  letre  de  son  second  li- 
vre. Il  commence  par  lui  montrer  qu'il  avoit  choisi  un 
mauvais  sujet  pour  exercer  son  éloquence.  Il  lui  déclare 
ensuite  que  pour  lui ,  il  ne  sçauroit  louer  comme  heureu- 
ses des  personnes  qui  courent  aux  premiers  honneurs  de 
l'Etat ,  parce   qu'ils   sont   de   si   peu  de  durée ,  et  si  faci- 

p-  »>*•  les   a   échapper,  '  que  l'on  ne  peut  qualifier  bienheureuse 

la  vie  de  ces  personnes  ,  qui  en  oubliant,  ou  même  en 
violant  le  droit  commun  ,  font  consister  la  béatitude 
dans  le  souverain  pouvoir.  Qu'elles  sont  d'autant  plus 
misérables  ,  qu'elles  comprennent  inoins  qu'en  cet  état 
elles  sont  réduites  à  une  véritable  servitude,  pleine  d'in- 
quiétudes et  d'agitations  continuelles.  Car  si  les  hom- 
mes sont  dominés  par  les  Princes ,  les  Princes  ne  le 
sont  pas  moins  eux-mêmes  par  le  désir  de  dominer. 
C'est  sur  quoi  S.  Sidoine  s'étend  assez  au  long,  et  ce  qu'il 
prouve  fort  bien  par  l'exemple  même    du  Prince  que  Scr- 

P.  906.  ran    avoit    entrepris    de    louer,  '  et    par   l'histoire   célèbre 

entre  Damocles  et  Denys  le  tyran. 

Serran  s'attendoit  peut-être  que  l'on  porteroit  de  sa 
pièce  un  jugement  tout  différent.  Il  n'y  a  pas,  ce  semble, 
lieu  de  douter  que  la  censure  sévère  qu'en  fit  S.  Sidoi- 
ne ,  a  été  une  des  principales  causes  pour  lesquelles  ce 
panégyrique  n'est  pas  venu  jusqu'à  nous.  Mais  la  letre 
de  S.  Sidoine,  à  laquelle  il  a  donné  occasion,  nous  peut 
dédommager  de  cette  perte.  Elle  est  assurément  une  des 
plus  belles  et  des  plus  instructives  de  tout  son  recueil. 
On  ne  trouve  rien  davantage  sur  l'histoire  de  nôtre 
Orateur. 


CONSENCE  II.  431 

V   SIECLE. 


CONSENCE    II, 

Comte   du  Palais. 


C 


onsence,  '    II   du    nom,    étoit    fils   du    docte   Con-  m.mt.n.t.%. 
sence,    dont    nous  avons   déjà   donné   l'éloge  ,    et  pe- 
tit-fils par  sa  .mère    du  Consul   Jovin.  '  Il   devint  lui  mê-  v.  2.10-240. 
me  un  homme  Irès-seavant  ;  et  il  hérita  tellement  de  tou- 
tes les  belles    qualités    de   son    père,    '  qu'il  le    représen-  v.  98. 
toit  au  naturel.  '  Il  seut  joindre  à  son  sçavoir  et    à    son  v.  2.  nam. 
illustre    naissance,    une    probité    qui  le   rendoit    en  toutes 
manières    le    plus    grand   ornement  de    la   Ville  de  Nar- 
bone  sa  patrie. 

'  Il  naquit,  pour    ainsi    dire,  au   milieu  des  Muscs  ;    et  v.  204-227. 
dès  ses  plus   tendres  années  il  fut   instruit  dans  la  gram- 
maire  et  la    rhétorique.  Après  avoir    acquis    une    entière 
connoissance  des   belles  lctres,  il  suivit  la  Cour  et  la  pro- 
fession   des    armes.    Hientôt    l'Empereur    Valentinien    III, 
aïant    connu  tout   son  mérite,    le   choisit  pour  un   de  ses 
Conseillers,     et  le    fit  Tribun  ou  Général  d'une  partie  de 
ses  troupes.  '  Il  l'envoia  même   quelquefois  en    ambassade  v.  223.  as*, 
auprès   de  l'Empereur  Théodose   le  jeune  son  beau-pere. 
Consence    qui    possedoit    parfaitement    les    deux    langues, 
la  Gréque  et  la    Latine,    s'acquitta  de  cet  emploi  avec  au- 
tant de  succès  que  de   fidélité.    Comme  il  avoit  un  talent 
particulier   pour  les    négociations,    et    que  sa   bonté,  son 
éloquence,   la  candeur  de   ses  mœurs  lui  attiroient  le  res- 
pect   des   nations  les   plus  barbares,    il  rendit  à  l'Empire 
beaucoup  d'autres  services  fort  importants,  dans  un   temps 
où  il  se  voïoit  attaqué  presque  de  toutes  parts.  Dans  tous  v.  222-229 
ces  emplois  Consence  fit   toujours  paroître   un  parfait  dé- 
sintéressement, et  n'y  rechercha  jamais  que  la  gloire  d'un    . 
homme  d'honneur. 

Après  la  mort  de  l'Empereur  Valentinien  III,  qui  fut  tué 
en  455,  Consence  quitta  la  Cour,  et  retourna  en  son  pais, 

où  il  possedoit  de   grands  biens  qui   le  rendoient   puis-  ▼•  li- 
sant à  la  Ville  et  à  la  campagne.  'Mais  l'Empereur  Avite,  v.  «8-431. 


V    SIECLE. 


432  CONSENCE    II, 


•  qui   succéda  à  Valentinien,  ne  le   laissa    pas  long-temps 

jouir  du  repos  qu'il  goûtoit  dans  son  domestique.  Il  l'ap- 
pella  près  de  sa  personne,  et  le  fit  Comte  du  Palais.  Ce 
fut  sans  doute  dès-lors  que  S.  Sidoine  depuis  Evêque, 
lia  avec  Consence  cette  union  étroite  qui  dura  toute  leur 
vie  ;  se  trouvant  cimentée  par  la  profession  que  l'un  et 
l'autre  faisoient  des  belles  letres. 

v.  263-427.  '  Consence,    outre    toutes    ces    grandes   qualités ,    avoit 

une  adresse  merveilleuse  pour  les  jeux  du  cirque,  et  y 
remporta  quelquefois  le  prix  en  présence  de  l'Empereur. 
Il  sçavait  si  parfaitement  et  l'histoire  et  la  fable,  que  lors- 
qu'il paroissoit  au  théâtre,  les  acteurs  redoutoient  sa  cen- 
sure.  Il  avoit  un  goût  exquis  pour  les  pièces  dramatiques, 

v.  5-«8.  et  beaucoup  de  de  discernement  pour  en  juger.  '  Il  se  mê- 

loit  même  de  faire  des  vers    de  toutes    les  sortes  ;  au  ju- 

v.  131.  gement    de    Sidoine  il   y    réussissoit   parfaitement.  '  Lors- 

que celui-ci  après  avoir  logé  chez  lui  à  Narbone,  et  y 
avoir  été  magnifiquement  régalé ,  méditoit  d'en  remer- 
cier son  hôte  par  quelque  poëme,  Consence  le  prévint , 
et  lui  envoïa  de  Provence  plusieurs  pièces  de  poésie  de 
sa  façon,  où  l'érudition  étoit  jointe  à  la  noblesse  des 
pensées,  et  l'énergie  des  expressions  à  l'élégance  du  style. 
C'est  ce  que  S.  Sidoine  exprime  lui-même  avec  énergie 
dans  les  deux  vers  suivants. 

v.  20.  21.  '  Misisti  milii  multiplex  poèïna, 

Doctum,  nobile,  forte,  delicatum. 

v.  7.  h.  '  Sidoine  ,   quoiqu 'accoutumé    à    faire    des  vers  ,   voïant 

la  beauté  de  ceux    de    Consence,    hésita  un  peu  pour  lui 

v.  i-5i2.  répondre.    '  Il  le  fit    néanmoins    par    un  poëme  île    plus 

de  500  vers,  où  après  avoir  loué  les  poésies  de  Consen- 
ce, il  fait  son  éloge  ,    celui   de  son    père,  et  celui   de   la 

v.  436-906.  ville  de  Narbone    qui    leur  avoit  donné  naissance.  '  Il  n'y 

oublie  rien  de  tout  ce  que  Consence,  et  les  autres  illu- 
stres citoïens  de  cette  ville,  qu'il  avoit  visités ,  avoient 
mis  en  usage,  pour  lui  faire  un  bon  accueil.  Il  y  marque 
entre  autres  v  choses  les  livres,  et  les  entretiens  d'érudi- 
tion. Nous  avons  encore  ce  poëme  qui  est  le  23*  parmi 
les  poésies  de  S.  Sidoine.  Mais  il  ne  nous  reste  plus  rien 
de  ceux   de   Consence,   que   l'idée   que    nous  en  fournit 

celui-là 


C  0  M  T  E    D  U    P  A  L  A  I  S.  433     y  siecle_ 


celui-là.  Il  fut  composé,  comme  l'on  croit,  vers  l'an 461  : 

ce  qui  n'empêche  pas  que  Consence  n'ait  pu  vivre  encore 

dix  à  douze  ans  après  cette   époque.    Il   n'a    guéres  vécu 

au-delà;  '  car   il   étoit  mort  avant  que  S.  Sidoine    écrivît  î.  9.ep.  ts.p.o». 

sa  letre  à  Gelase,  '  ce  qu'il  fit  lorsqu'il  avoit  déjà  publié  P.  608. 

les  premiers  recueils  de  ses  letres  vers  480  ou  481. 

SAINT    SALONE, 

Evêque  de  Genève. 

s- 1 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 


S 


ai.one    étoit   fils    de   S.    Eucher,    depuis    Evêque    de  Euch. qmest.pr.p. 

Lyon  ,    dont     nous     avons    parlé ,    et    de    Galla  '  qui  £*„).  ep.  m.  n. i. 
dans  la  suite  devint  sa  sœur   et  la   fidèle  compagne  de  sa 
retraite.    '  Il   avoit   un   frère   nommé  Veran ,  dont   il  pa-  Genn.  vit.  m.  c. 
roît  avoir  été    l'aîné.     Il    étoit   à   peine  âgé   de   dix  ans,  63' 
lors  qu'il  entra  dans  le  désert  de  l'Isle  de  Lerins,  sous  la 
discipline   de  S.  Honorât  qui   en    étoit  Abbé,    et   qui  fut 
depuis  Evêque  d'Arles.    Après   lui   Salone  eut    pour  maî- 
tre S.  Hilaire,  qui  prit  soin  de  le  former  à  tous  les  exer- 
cices de  la   vie   spirituelle.  A  S.  Hilaire  succédèrent  dans 
le  même  office   Salvien   et  Vincent,  ces   hommes,   dit  S. 
Eucher,  aussi    sages  qu'éloquents,  qui   achevèrent   ce  que 
les  autres  avoient  si  heureusement  commencé.  U  n'y  a  pas 
de  doute  que  Salone  sous  tant  de  maîtres  si  célèbres,  ne  fit 
de  grands  progrès  dans  les  sciences  comme  dans  la  pieté. 

'  Le  désir  de  se  perfectionner  dans  les  connoissances  qu'il  u>id. 
avoit  acquises,  le  portoit  à  faire  à  S.  Eucher  de  fréquen- 
tes demandes  sur  les  diverses  difficultés  qui  se  rencontrent 
dans  l'Ecriture  ;  et  c'est  ce  qui  fournit  en  partie  la  matière 
des  Ouvrages  que  S.  Eucher  composa  pour  l'instruction 
de  ce  cher  fils.  '  Il  étoit  déjà  Evêque,  lorsqu'il  écrivit  Saiv.  ep.  9.  p.210. 
à  Salvien  son  maître,  sur  ce  que  celui-ci  avoit  déguisé 
son  nom  à  la  tête  d'un  de  ses  écrits,  publié  depuis  peu 
de  temps.  C'est  le  traité  contre  l'avarice  adressé  à  l'Egli- 
se en  général.  Nous  avons  encore  la  réponse  que  Sal- 
Tome  II.  I      ii 


434  SAINT  SALONE, 

V  SIECLE.  ' 

210  2l(i  vien   fît  sur  cela  à   Salone,  et  dans   laquelle   il  lui  don- 

ne tout  ensemble  des  marques  de  sa  tendresse  et  de  son 
estime,  le  qualifiant  l'objet  de  son  affection,  l'ornement  et 

Tiii.H.  k.  i.  ir,  p.  l'espérance   de   son   siècle.  '  On   croit  que   l'ouvrage  dont 

,35'  nous  parlons,    fut   écrit   au    plus   tard    vers   440,  et  que 

le  même  Auteur  adressa  à  Salone  vers  le  même  temps  ses 

Saiv.  gub.pr.p.i.  livres  sur  la  Providence,  '  en  lui  donnant  le  titre  d'Evêque. 

Cenn.  ibid.  '  Il  lui  adressa  encore,  selon  le  sens  le  plus  naturel  du  texte 

Saîv.ep.  9.  p. 2in.  de  Gennade,  une  Apologie  de  cet  Ouvrage.  'Dans  l'inscrip- 
tion de  sa  9e  letre  il  qualifie  Salone  déjà  Evêque,  son 
bien-heureux  disciple ,  son  fils  et  son  père  tout  ensemble  : 
son  disciple,  pour  les  inslructions  qu'il  lui  avoit  données, 
son  fils  pour  la  tendresse  qu'il  lui  portait,  et  son  père  pour 
la  dignité  Episcopale  dont  il  étoit  revêtu. 

Il   y   a    quelque   difficulté  touchant  l'Eglise  que   Salone 

Tiii.  ibid.  p. 8 u.  a  gouvernée  en  cette  qualité. 'Quelques-uns  le  font  Evê- 
que de  Vienne,   d'autres   de   Gènes  en  Ligurie,  et  Posse- 

P.  857.  vin  de   Vérone  en  Italie.    '  Mais  des    personnes  très-habi- 

les sur  d'assez  bonnes  preuves  ne  font  pas  difficulté  d'as- 
surer qu'il  a  été  Evêque  de  Genève   dans  les  Gaules.  En 

p.  850.  effet,  '  presque  tous  les  Martyrologes  au  28e  jour  de  septem- 

bre font  mention  d'un  Saint  Salone,  qu'ils  mettent  dans 
les  Gaules,  et  aucun  en  Ligurie,  ou  en  Italie.  Il  est  vrai 
qu'ils  portent  Gennœ  mais  ils  ajoutent  in  Gallia,  ce  qui  dé- 
termine à  l'entendre  de  Genève ,  et  c'est  ainsi  que  l'en- 
tend Florentinius,  quoiqu'Italien. 

D'ailleurs,  'on  trouve  un  Salone  Evêque  dans  le  I 
Concile  d'Orange,  '  et  dans  le  titre  du  Concile  d'Arles,  te- 
nu sur  le  différend  entre  l'Evêque  de  Frejus  et  l'Abbaye 
de  Lérins'vers  450  ou  451,  ou  même  plus  tard.  En  l'une 
de  ces  deux  années,  '  Salone  et  Veran  écrivant  à  S.  Léon 
sur  sa  letre  à  Flavien,  parlent  dans  la   leur  comme  Evê- 

Tiii.  ioi.i.  p.  85u.  ques  dans    les  Gaules.    'Rien  n'empêche  donc  que  Salone 
du    28   de  Septembre,  dont    la    naissance,   l'éducation   et. 
les  écrits  font   présumer    qu'il    a  mérité  la   vénération   de 
l'Eglise,  ne   soit    le   fils  de   S.  Eucher,  et  qu'il  n'ait  été 

l.o.  noi.p.  85i.  Evêque  de  Genève.  '  Seulement  on  pourroit  douter  si  un 
Evêque  de  Genève,  qui  étoit  de  la  Province  de  Vienne, 
se  seroit  trouvé  au  Concile  d'Orange  assemblé  par  S. 
Hilaire  d'Arles,  de  même  qu'à  celui   qui  se  tint  au  sujet 

TiH.ibiu. p. 857.    de  l'Abbaye  de  Lérins.  'Mais  il  peut    s'clre  trouvé  à  l'un 


Conc.  1.  3 

p.lt52. 

Tom.  1. 

[>.    1021. 

Till.  ibid. 

p.  135. 

L>:u,  t.    1. 

p.  577. 

EVÊQUE    DE    GENEVE.  435 


V  SIECLE. 


et  à  l'autre  par  rencontre,  comme  S.  Eucher  son  père 
Evêque  de  Lyon,  assista  aussi  à  celui  d'Orange,  ainsi  que 
nous  l'avons  remarqué  en  son  lieu. 

L'on  ne1  doit   pas   douter  que   l'Épiscopat  de  S.  Salone 
n'ait    été    marqué  par    bien  des   actions  glorieuses;  '  mais  p.  rso. 
les  diverses    guerres    des    Gots,  des  Bourguignons,  et  des 
François   nous   en    ont   fait   perdre  la  connoissance.  Nous 
ignorons  aussi   l'année  de   sa  mort,  que  l'on  met  au  28e 
jour    de    Septembre,    comme   nous    l'avons  déjà  dit.    Il  y 
a    cependant  tout  lieu    de    croire    qu'il    mourut    quelques 
années  avant'  l'an  475,  auquel  Théoplaste  Evêque  de  Ge-  CoM.t.4.p.tou. 
neve    se  trouva  au  fameux  Concile  d'Arles  assemblé  pour  îf^tp.  m. 
l'Affaire  du  Prêtre  Lucide. 

11  est  évident    par    tout    ce    que    nous    venons  de  dire, 
que  S.  Salone  qui  fait  le  sujet  de  cet  article,  est  bien  dif- 
férent' de  Salone,  à  qui  S.  Sidoine  adressse  une  de  ses  letres.  su.  i.  7.ep.ir,.P. 
Celui-ci  avoit  un  frère  ;  et  ils  cullivoient  l'un  et  l'autre  une  l(i8' 
de  leurs  terres  près  de  Vienne.  S.    Sidoine,   qui  ne   don- 
ne aucune  qualité  à  Salone,  dans  un  temps  où  il  est  cer- 
tain qu'il  étoit  déjà  Evêque,  se  plaint  de  ce  qu'il  ne  trou- 
voit  jamais  ces  deux    frères  à  la  ville  toutes  les  fois  qu'il 
y  alloit.  C'est  peut-être  sur  cette  letre    de  S.   Sidoine  que 
l'on  a  fait  S.  Salone   Evêque   de   Vienne,    confondant    sur 
un  aussi  léger  fondement  celui  dont  il  y  est  parlé,  avec  PB-. 
vêque  de  Genève  de  même  nom. 

S  il 

SES  ECRITS. 

Nous    avons    des    écrits   qui    furent   peut-être    le    fruit  Tiii.  h.  B.  i.  13. 
des     études     communes     de     S;done    et    de     Veran  ;  p'  m' 
quoiqu'ils  soient    attribués    particulièrement    au     premier. 
'Ce   sont  des  dialogues   sur  les  Proverbes  et  sur  l'Ecclesi-  bu»,  pp.  t.  8.  p. 
aste,  où  ils  expliquent  ces  deux  livres  en  s'entrelenant  en-  ffV.UMw! 
semble.    Mais   c'est  Veran   qui   propose    les   difficultés,   et 
Salone  qui  les  resoud.  S.  Salone  y  est  qualifié  fort  mal-à- 
propos  Evêque  de  Vienne.  '  Le  style  de  ces  dialogues  est  Dupin,  uib.  1. 1. 
simple  et   net.   La  plupart    des  explications   ont   rapport  à  '''  M*' 
la  morale.  Elles  sont  pleines  de  pieté  ;   et  l'on  y  peut  ap- 
prendre diverses  choses,   qui  sont   d'usage  dans  la  vie  du 
Christianisme. 

I  i  i   ii 


..„„.     436  SAINT    SALONE, 

VSIECLE.  ' 

Bib  pp   ibid  'Salone  y  explique  fort  bien  la  différence  qu'il  y  a  en- 

4oi .  2.  tre  la  sagesse  et  la  discipline,   ou  la   prudence,  comme  il 

les  confond  lui-même  dans  la  suite.  La  sagesse   consiste  à 
sçavoir,  et  à  entendre  ce  que  l'on  doit  croire  dans  la  Foi, 
et  la  prudence  à  connoître  comment  il  faut  régler  sa  con- 
p.  *oa.  i.  duite,  et  où  il  faut  diriger   l'intention  de    son  esprit.'    On 

acquiert  la  sagesse  lorsque  l'on  étudie,  et  que  l'on  goùle  la 
doctrine  de  la  vérité  dans  les  divines  Ecritures.  On  acquiert 
la  prudence,  lorsqu'on  se   plaît  à  s'instruire  des  préceptes 
divins,    et  que    1  on  s'applique  à  y  conformer  sa  condui- 
te. On  y  explique  encore  fort  bien  la  défense  de  s'appuier 
sur  sa  propre  sagesse,  en  disant  que  c'est  avoir  la  confian- 
ce   de    pouvoir    accomplir    les    préceptes   par  ses  propres 
forces  :  ce  qui  ne  s'accorde  pas  avec  le  système  du  Sémi- 
pélagianisme.    Les     autres     explications    que    l'on    donne 
dans  ces  écrits,  sont  aussi  édifiantes,  et  généralement  assez 
naturelles.  Elles  y  sont  soutenues  couvent  par  d'autres  pas- 
sages de  l'Ecriture  :  ce  qui  montre  que  l'Auteur  la  posse- 
Bit.  pp.  a».  P.  doit  fort  bien.  Cet    écrit  '  se    trouve  dans  diverses  Biblio- 
p*1  I3I-W  \  Or-  theques  des  Pères  et  dans  quelques  autres  anciens  recueils 
th«i.  t.  i.  783.  semblables.  *  Il  y  en  a  une  édition  particulière  faite  à  Ha- 
•Le  Long.  bit. sac.  gueneau  l'an  1532  en  un  volume  in-4°.  En  1555  on  le  fit 
p'  W2'  '*  entrer  dans    les   Orthodoxographes,  où   il  fut  encore  insé- 

ré en  1569,  lorsqu'on  les  réimprima.  De-là  il  passa  dans  la 
première  édition  des  Pères  de  Paris  en  1575,  puis  dans  les 
suivantes . 
Lao.  1. 1.  p.  577.  '  Les  deux  frères  Salone  et  Véran  se  trouvant  ensem- 
578.  |  Not.  p.864.  jjje  ayec  cerece)  quj  pouvoit  être  Evêque  dans  la  pro- 
vince d'Embrun,  firent  faire  une  copie  de  la  letre  de  S. 
Léon  à  Flavien,  qu'on  avoit  fait  passer  dans  les  Gaules, 
comme  on -l'a  rapporté  ailleurs.  Ils  l'envoierent  ensuite 
au  S.  Pape  avec  une  letre  de  leur  part,  pour  le  remer- 
cier de  les  avoir  enrichis  d'un  si  précieux  thrésor.  Ils  le 
prient  en  même  temps  de  revoir  la  copie  qu'ils  lui  adres- 
sent, d'y  corriger  de  sa  main  les  fautes  que  le  copiste* 
pourroit  y  avoir  laissées,  et  d'y  mettre  les  additions  qu'il 
y  auroit  pu  faire;  afin  que  les  Evêques  et  les  Laïcs  qui 
vouloient  avoir  cette  letre,  la  fissent  copier  sur  cet  exem- 
plaire ,  qui  seroit  un  véritable  original.  Le  Pape  fit 
1. 1.  p.  585.  sans  doute  ce  qu'ils  désiroient.  '  Car  voulant  faire  ap- 
prouver  sa  letre  par  les  Evêques  du   Concile   de    Milan, 


m 


EVÊQUE    DE    GENEVE.  437    v  SIECLE 

il  manda  à  Eusebe  Evêque  de  cette  Ville  vers  le  mois  de 
Juin  451,  d'emprunter  la  copie  de  l'Evêque  Gerece;  et 
Cerece  la  lui  prêta. 


HERON, 

Poète . 

ous     avons    déjà    observé    ailleurs ,    qu'il     s'en    faut 
'de    beaucoup   que    nous  connoissions    tous    les    grands 
hommes   de    letres  qu'ont  produits   nos    Gaules,    et    qu'à 
l'égard  de  plusieurs  autres,  dont  on  nous  a  conservé  quel- 
que   connoissance,    nous  ignorons  la    plupart  des  particu- 
larités de   leur   histoire.  Héron  dont  nous  entreprenons  4e 
parler  ici,    se    trouve  dans   cette   seconde  classe.'  Il   étoit  sid.  s.  î.  i.ep.5. 
ami   particulier  d'Apollinaire  Sidoine  et  natif  de    la  Ville  p'  848' 
de  Lyon  comme  lui.  '  Il  faisoil  profession  de  Poésie  ;    et  il  ep.9.  p.  866. 
paroît   par  l'idée   qu'on    nous    en  donne,  y  avoir  réussi, 
autant    qu'on  pouvoit  le    faire  en   son    siècle.'  11    semble  ep.  s.  P.  8*8. 
aussi  s'être  appliqué  à  la  Géographie  ou  à  l'histoire ,  soit 
à    dessein   d'écrire    en   ce  genre,   soit  seulement  pour  en 
prendre  une  connoissance  particulière. 

'Sidoine   étant  parti   pour  le  voiage  qu'il  fit   à  Rome  en  aid. 
467,  Héron   lui  écrivit  peu   de  jours   après   pour  lui    en 
demander  des    nouvelles.    Il   le    prioit  dans  sa  letre  entre 
autres  choses,  de  lui  envoier    une  description    exacte    des 
rivières  célèbres  dans    les  Poètes,  des  Villes,    des  Monta- 
gnes les  plus  renommées,  et  des  champs   de  bataille  qu'il 
verroit  sur  sa  route  ;  étant  bien  aise  de  voir  ce  qu'il  lisoit 
dans  les  Auteurs,  confirmé  par  la  relation  fidelle  de  ceux 
qui  auroient  été  sur  les  lieux  mêmes.'  Sidoine   reçut  cet-  p.  847. 
le   letre  en   arrivant   à  Rome,'   et  y  répondit   par  la    5e  p.  847.-853. 
de  son  premier  livre,  dans  laquelle'  il  trace  à  Héron  une 
relation   succinte  de    son   voiage,    jusqu'à  son     arrivée    à 
Rome    inclusivement;    lui   promettant   de   lui    en    écrire 
•la  suite. 

Il  fut  exact  à  tenir  sa  parole;  '  et  si-tôt  qu'il   eut  pro-  »p-  9.  p. 865.866. 
nonce  le  panégyrique  de  l'empereur  Antheme  le  premier 
jour  de  l'an  468,   il    écrivit  à   Héron    une  seconde  letre 
3  i 


V  SIECLE. 


438  HERON,    POETE. 


qu'il  lui  envoïa  avec  ce  panégyrique.  Comme  Sidoine 
avoit  été  élevé  à  la .  Préfecture  de  Rome,  il  ordonne  à 
lleron  en  qualité  de  Préfet,  d'estimer  celte  pièce,  et  de 
la  faire  estimer  aux  autres,  ou  comme  bonne,  ou  com- 
i>  «M-  me  heureuse.'  Mais   il  le  prie   en  même  temps  de   ne  la 

point  mettre  en  parallèle  avec  les  Poésies  de  sa  façon, 
qui  étoient  beaucoup  au-dessus  de  ce  panégyrique.  C'é- 
loit  déjà  bien  marquer  l'estime  que  Sidoine  faisoit  d'Hé- 
ron, que  de  le  choisir  pour  être  le  premier  dans  les  Gau- 
les qui  reçût  cette  pièce.  11  le  marque  encore  plus  préci- 
sément, en  lui  protestant  que  s'il  lui  accorde  son  appro- 
bation ,  il  regardera  cet  avantage  comme  plus  grand  , 
que  si  parlant  en  public  tous  les  Romains  lui  donnoient 
leurs  applaudissements.  Au  reste  il  ne  se  trouve  plus  rien 
des  Poésies  d'Héron  si  vantées  par  Sidoine. 


EUTROPE, 

Préfet  des  Galles. 

si<i.  i.  3.cp.  e.p.  thutropi:,'  autre    ami  de  Sidoine  avant    son    Episcopat, 

!**.  cp%.  4i.  -"^étoit  de  la  famille  des  Sabins,'  qui  avoit  possédé  de 
grandes  dignités,  et  donné  grand  nombre  de  Sénateurs. 
11   paroîl    qu'il  étoit  ou    de    l'Auvergne   ou   du    Lyonois. 

î  5. cp. c. p.  195.  Il  avoit  tant  de  passion  pour  la  Philosophie,  qu'afin  d'y 
pouvoir  vaquer  plus  librement,  il  avoit  pris  le  parti  de 
la  retraite,  sans  vouloir  s'embarrasser  dans  les  affaires  pu- 
bliques. 11    faisoit    profession  de  suivre  les  dogmes  de  Pla- 

i.  a.  .p.  «.  p. 4i.  ton  et  de  Plotin,  et  se  contcntoit  de  faire  valoir. son  bien 
à  la  campagne,  ne  songeant  à  rien  moins  qu'à  se  mettre 
dans  les  charges. 

i.  i.  ep.  c.p.iftv  '  Sidoine  son  ancien  ami  et  son  compagnon,  '  se  ren- 
dant à  Rome  en  4G7,  lui  écrivit  pour  le  porter  à  entre- 
prendre le  même  voiage  ,  afin  de  travailler  à  obtenir 
Quelque  dignité  proportionnée  à  sa  naissance.  Pour  l'y 
élermincr  il  lui  représente  qu'il  avoit  tout  ce  qui  étoit 
nécessaire  pour  cela,  et  lui  promet  de  son  côté  d'èm- 
ploier  tout  son    crédit  pour    le  servir  en   cette  occasion. 

p.  105.  H  lui  fait  observer  qu'il  pourroit  ensuite  s'appliquer  avec 


EUÏROPE,  PRÉFET  DES  GAULES.  439 

1  V  SIECLE. 


plus  d'honneur  à  la  Philosophie,  après  qu'il  auroit  paru 
quelque  temps  sur  le  théâtre  du  monde,  en  soutenant  le 
rang  et  la  splendeur  de  sa  famille. 

'  Eutrope  se  laissa  fléchir,    et  céda  aux  sentiments  de  n>id. 
son  ami.  11  poursuivit  des  charges,  et  parvint  jusqu'à  la 
dignité   de   la.  Préfecture,  'que  l'on  croit  avoir  été   celle  sir.  inSid.p.  9i6. 
des  Gaules ,  ou  pour  mieux  dire  du  peu  que  les  Romains 
y  possédoient  alors.   '  Sidoine  lui  écrivit  sur  son  élévation  sij.  1.3  eP.  e  P. 
pour  lui  en  témoigner  sa  joie;  »  l'assurant  dans  sa  letre  que  «p.' 196.   . 
toute    la   Province   esperoit   beaucoup   de   son   administra- 
tion.   11   lui   ajoute,  peut-être  à   dessein  de   l'animer  à  se 
bien  acquiter  de  sa  charge ,  que   l'abondance  dépend  plus 
des    bons  Magistrats,  que  des  bonnes  années.   'Sous  l'E-  '■  c- ep-  îp-383- 
piscopat  de  S.    Sidoine   il  y   avoit   à  Clermont  en   Auver- 
gne une  Sainte  veuve  nommée  Eutropie,  qui  pouvoit  être 
de  la  même  famille   qu'Eutrope    dont  nous  parlons.  On  ne 
trouve  rien  davantage  sur  son   histoire  ;  et  l'on  ignore  s'il 
vécut    long-temps    au-delà    de   l'époque    que    nous   avons 
marquée,  et  si  malgré  son  élévation  aux  dignités,  il  con- 
tinua toujours  l'étude  de  la  Philosophie. 


PIERRE, 

Secrétaire  d'État. 

Pierre  'l'un  des  plus  éloquents  hommes  de  son   siècle,  bu.  s.i.  ».  ép.  *a. 
»  fut  Secrétaire   d'Etat  sous  l'Empereur    Majorien ,    qui  f'cà'.'s.'  v.  set. 
régna  en   Occident  depuis  l'an  457  jusqu'en  l'année  461. 
'Raronius,  sans  en  apporter  de  preuves,   le    fait   Romain  Sav.  inSid.p.600. 
de  naissance,  et   prétend  qu'il  fut  Consul  en  516.'  11  est  Buch.  P.  c*. 
vrai  que  le  seul  Consul  de  cette  année-là  se  nommoit  Pier- 
re :  mais  quelle  apparence  que  ce  s,oit  celui  dont  nous  en- 
treprenons  ici   l'éloge?  Est-il   croïable   qu'un   homme    qui 
vers  le  milieu  du  V  siècle  étoit  en  la  maturité  de  son  âge, 
ait  vécu  jusqu'en  516,   et  qu'il  ait  encore  été  en  état  de 
soutenir  seul   le  poids  du  Consulat?  A   l'égard  de   sa  pa- 
trie '  Lilio  Gregorio  Giraldi,  qui  écrivoit  assez  long-temps  Gir.  Poet.  dia.  r, 
avant  Raronius ,    croit   qu'il  étoit  Gaulois.  »  C'est   ce   que  J'JJr*  9  v  30- 
fait  juger  aussi  S.  Sidoine  en  plaçant  ce  Pierre  entre   les 


V   SIECLE 


440  PIERRE, 


plus  célèbres  Poëtes  Gaulois,  dont  il  parle  dans  son  9e 
Poëme.  Il  est  au  moins  certain  qu'il  passa  un  temps  con- 
sidérable dans  nos  Gaules,  qui  furent  le  Théâtre  sur  le- 
quel il  parut  avec  le  plus  d'tclat.  Je  ne  sçai  même  s'il  n'y 
auroit  pas  assez  de  fondement  pour  assurer  qu'il  étoit  de 
car.  5.  v.  571-  Lyon.  'Car  ce  fut  à  sa  prière  que  l'Empereur  Majorien, 
573 1  sir.  in  sid.  yerg  qui  jj  ayoit  été  ^puté,  déchargea  cette  Ville  d'une 

garnison  que  ce  Prince  y  avoit  mise.  11  y  a  quelque  lieu 
de  croire  que  ce  fut  en  cette  occasion,  que  l'Empereur 
aïant  reconnu  tout  le  mérite  de  Pierre,  le  choisit  pour  son 
Secrétaire, 
sid. car. s. v. 56*.  'En  cette  qualité  Pierre  rendit  de  grands  services  à 
l'Empire ,  tant  par  son  éloquence ,  que  par  son  habileté 
dans  les  négociations.  Majorien  se  servit  utilement  de  lui 
pour  contenir  dans  le  devoir  les  Nations  barbares,  qui 
conspiroient  à  démembrer  l'Empire;  et  quoiqu'il  eût  un 
Questeur  très-habile,  à  qui  il  appartenoit  de  dresser  les 
loix  et  les  rescrits,  il  se  servoit  néanmoins  de  Pierre  pour 
faire  ces  fondions.  C'est  cp  que  S.  Sidoine  exprime  assez 
bien  dans  les  vers  suivants,  qui  font  partie  du  Panégy- 
rique de  Majorien. 

Ibid.  'Quid  loquar  hic  illum  qui  scrinia  sacra  gubemat? 

Quid  cum  civilis  dispenset  partis  habenas, 
Sustinct  armati  curas,  interprète  sub  quo 
Flectitur  ad  vestras  gens  cffera  conditiones. 
Quid  laudare  Petrum  parvis  teraeraria  Clio 
Viribus  aggrederis?  cujus  dignatur  ab  ore 
Cœsar  in  orbe  loqui;  licet  et  Quœstore  diserto 
Polleat 

sid.s.i.9.ep.i3|        '  A    l'éloquence    Pierre    joignoit    un    talent   particulier 
iii9.15'  p'  Pour    1&  poésie.    S.    Sidoine   le  nommant  entre    les   plus 

excellents.  Orateurs  et  les  meilleurs  Poëtes  de  son  temps, 
tels  qu'étoient  Léon  Ministre  du  Roi  Euric,  Domnule, 
Procule ,  Sévérien  ,  et  Consence  le  jeune  ,  dit  qu'il  les 
surpassoit  et  pour  le  feu  et  pour  la  régularité  du  discours, 
Le  style  épistolaire  dont  il  faisoit  le  plus  d'usage  ,  n'em- 
pêchoit  pas  qu'il  ne  réussît  dans  les  plus  excellents  genres 
Car.  9.  y.  3o«.  d'écrire.  '  Tout  ce  qui  sortoit  ou  de  sa  bouche  ou  de  sa 
plume,  étoit  digne  d'admiration: 

Petrum  et  cum  loquitur  nimis  stupendum. 

Non 


SECRETAIRE     D'ETAT.         441 

V   SIECLE. 


Non  seulement  Pierre  se  mêloit  de  science,  mais  il  se 
faisoit  aussi  un  mérite  de  protéger  les  Sçavants.  Ce  fut  sans 
doute  pour  l'une  et  l'autre  raison-,  '  que  Sidoine  avant  car.  3.  v.  3-10. 
son  Episcopat  le  choisit  pour  son  Mécène,  et  voulut 
n'aspirer  à  la  gloire  d'homme  sçavant ,  que  sous  ses  aus- 
pices. Aïant  prononcé  en  vers  sur  la  fin  de  l'an  457  le 
panégyrique  de  l'Empereur  Majorien,  il  l'envoïa  à  Pierre, 
ou  pour  le  publier,  ou  pour  le  supprimer,  selon  le  juge- 
ment qu'il  en  porteroit.  Sidoine  regardoit  l'avantage 
d'avoir  ce  Mécène  pour  censeur  oomme  quelque  chose 
de  si  honorable,  qu'il  témoigne. que  l'on  ne  pouvoit  pas 
même  trouver  mauvais  de  n'avoir  pas  son  approbation  : 

'  Hoc  censore  etiam  displicuissc  placet.  v.  10. 

Pierre  paroît  avoir  vécu  jusques  au-delà  de  l'an  470. 

'S.  Sidoine  parle  de  lui  comme  vivant  encore,  dans  le  car.  9.  v.  303. 
poëme  qu'il  adressa  à  Félix  en  façon  d'épitre  dédicatoire, 
sur  le  recueil  de  ses  poésies  qu'il  publia  vers  468  ou  l'an- 
née suivante.  Mais'  dans  sa  letre  à  Gélase  écrite  vers  482  i.9.ep.is. p.iii9. 
ou  483 ,  il  n'en  parle  que  comme  d'une  personne  qui  n'é- 
toit  plus  au  monde  :  de  sorte  que  l'on  peut  placer  sa 
mort  vers  473,  ou  474. 

Aujourd'hui  il  ne  se  trouve  nulle  part  aucun   des  écrits 
de  Pierre.  '    11  est  néanmoins   certain   qu'il   avoit  composé  ep.  13.  p.  ma- 
un   ouvrage    qui    paroit    avoir    été    fort    considérable,    et  ilu' 
dont  S.  Sidoine   fait  un    éloge   pompeux,  sans    nous   ap- 
prendre   de    quoi    il    traitoit.    Il    semble   dire   seulement 
qu'il  étoit  en  prose  et  en  vers.  '   L'ouvrage  avoit   déjà  pa-  p.  titt.  nu. 
ru  dans  le  pumic  ,  et  reçu  les  applaudissements  des  Gau- 
les ,  sur-tout   des   villes   qu'arrose  le   Rhône ,   et  de  toute 
l'Italie ,    et    devoit    bientôt    recevoir   ceux    de  l'Espagne  , 
quoique  barbare.   Le  Sénat ,  le  peuple  Romain  ,  les  gents 
d'épée  comme  les  autres ,   l'Empereur  même ,  en  un  mot 
tous  les  divers   ordres    de  l'Empire   avoient   été    déjà    les 
admirateurs    de    cet    ouvrage,  '  lorsqu'il    arriva  que   Si-  p.  hio.  111t. 
doine ,  Domnule  ,  Sévérien  et  Lampride  ,  quatre  des  plus  cé- 
lèbres  poètes  de  ce  temps-là,   se  trouvèrent  tous  rassem- 
blés en    une    même  ville ,    où   Majorien    les    avoit  man- 
dés. On  croit  que   c'étoit   à  Arles ,  où  cet  Empereur  et 
Sidoine  étoient  effectivement  en  461.  Un  des  amis  de  ces 

Tome  II  Kkk 

3  1  * 


v    e.nn.n     4*2         PIERRE,    SECRÉTAIRE   D'ÉTAT. 

V      S  I  h  C  L  E. 

quatre  poètes  les  aïant  priés  ;\  manger  chez  lui  ,  ils  s'a- 
viseront de  faire  sur  le  champ  chacun  un  poëme  ;  et  ils 
prirent  pour  sujet  l'éloge  de  l'ouvrage  dont  il  est  ici 
question.  Mais  ils  convinrent  d'écrire  en  différentes  es- 
pèces de  vers,  afin  que  l'on  ne  reconnût  pas  si  aisément 
celui  qui  n'auroit  pas  si  hien  réussi  que  les  autres,  et  qu'é- 
tant ainsi  moins  exposé  à  la  honte,  il  le  fût  moins  aux 
morsures  de  l'envie  qui  en  sont  les  suites  ordinaires.  De 
ces  quatre  poèmes  il  ne  nous  reste  que  celui  de  S.  Si- 
doine, dont  nous  aflons  détaché  les  vers  suivants ,  qui 
peuvent    donner    quelque    notion  de  l'ouvrage   de    Pierre. 

p.  1H3.  '  Date  carminata  socco, 

Date  dicta  sul>  eothurno, 
Dat(!  quidquid  Advorati, 
Date  quidquid  et  pocta; 
Variostrepunt  in  actu. 
IWrus  haie  et  il  la  transit. 
Opus  editum  tmiemus  , 
Dimetra  quod  artc  texens 
Itcrasporum  ,  viasque 
Lalivrintliir.as  oururril. 


MABIERT  CLAU  DIEN 

Piikjïu:  de  e'Eguse  de  Vienne. 

S  I- 
HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

sut.  i.4.«p.ii  1 1.  if  ajieut'  C  l  a  i!  i)  i  i:  N  (1)  passoit  selon  S.  Sidoine 
aiioT-iiH | %'r(l.  l»«-pour  le  plus  hel  esprit  de  son  siècle,  et  le  plus  grand 
Si  ""J.0*"10'  %'r'  K,;n'(î   &*'    son    Pa's-   M   ^toit  fr('r<!   puisné  de    S.    Mamert 

Invoque  de  Vienne; ,  si'  célehre  par  l'institution  des  Ro- 
si.i.  p.  2co.         gâtions   que  nous  devons  à  sa  pieté.   Dan»  sa  jeunesse  il 

iit  profession  de  la  vie   monastique ,    et  il   emploïa  à  l'é- 

('■rim.  ili.  mit.  '  '  Qiwkpwi  mnnnmoiil*  lui  ilnnnont  aussi  In  pn'noin  il'Ecilicins.   •  Caniainj  le  fait  mal 

»  Oaiiis.  11.  t.l.p.    ;*  l"■<,l",,  Ev^qiio  du  Vii'nnc. 
301.  not. 


MAMERT    CLAUDIEN.  4i3 

V    SIECLE. 

tude  des  auteurs  grecs  et  latins,  sacrés  et    profanes,  une  

partie  du  repos  dont  il  jouissoil    dans  la  solitude.'  Il   de-  p.  2«)|  i.s.ep.a. 

vint  par  ce  inoïen  géomètre,    astronome,    musicien,   poëte,  l>-  3,s- 

orateur ,    dialecticien  ,     interprète  de   l'Ecriture  :    exercé   à 

résoudre    toutes  les    questions  ,  et  à    combattre    toutes  les 

erreurs.    Son    érudition    l'avoit    rendu  si  célèbre  ,  que  S. 

Sidoine  ne    fait    pas    difficulté   de   lui  donner   le    premier 

rang  entre  les  philosophes  Chrétiens  et  les  seavants  de  tout 

ordre,  peritissimus  Chrislianorum  philosophus,  et  quorum- 

libet primus  crudilorum.'  11  soûtenoit  ce  profond  sçayoirpar  i.  «.«p.ir  p.tsi- 

une  sagesse  ,  une  prudence,  une  éloquence,  et  une  modestie 

qui  n'éloient  pas   moins  estimables.    Il  ne   s'amusoit  point 

à  nourrir  une  grande  barbe ,    et   de   longs   cheveux.  Il  se 

mocquoit  de  la    massue  et   du   manteau    des  philosophes; 

et  il    en    témoignoil    même    quelquefois    autant   d'horreur 

que  de  mépris.    Mais  du  reste  il  pouvoit   passer   pour  un 

vrai   Platonicien ,    dont   il    ne   diiïéroit   que  par  sa   foi   et 

par  son  extérieur. 

1  Claudien    devint    depuis    Prêtre  de    l'Eglise  de  Vienne  Genn.  ibui. 
'sous  S.  Mamert  son  frère,  qui  en  étoit  Evêque,  et  avec  si.1.1  *.  ep.n.p. 
qui   il   partageait  le    travail  et  les   fatigues  de  l'Episcopat.  ati0'  261- 
11  étoit    son   conseil   dans  les    Procès  qu'il   avoit  à   juger, 
son  vicaire  dans  le   gouvernement   des  Eglises,    son  agent 
dans  l'es  affaires,  son  intendant  pour  avoir  soin  de  ses  ter- 
res  et  de  ses  revenus,    le  compagnon  de    ses   lectures   et 
de  ses  voïages,  et    l'interprète   de  ses   pensées.    Entendant 
parfaitement  le    chant    des    Pseaumes  ,   il    l'apprenoit    aux 
autres  Ecclésiastiques,    et    conduisoit  le   chœur.   11   regloit 
l'Office  divin ,  marquant  les  lectures  que  l'on   devoit  fai- 
re aux  différentes  fêtes  de  l'année.  Ainsi  sans  avoir  le  ti- 
tre   d'Evcque,    il    portoit   presque    tout    le    poids    de  l'E- 
piscopat. 

'  Comme  il  avoit  la  réputation  d'être  un  esprit  pénétrant  p.  239* 
et  élevé  ,  qui  raisonnoit  sur  toutes  choses,  sans  jamais  blesser 
la  religion ,  on  alloit  vonlontiers  le  consulter  sur  les  ques- 
tions les  plus  difficiles  et  les  plus  obscures.  On  trouvoit  tou- 
jours en  lui ,  non  un  sçavant  morne,  bisarre,  mélancholique 
reserré ,  qui  auroit  craint  de  perdre  ses  lumières  en  les 
communiquant  aux  autres;  mais  un  homme,  quoique  d'une 
profonde  érudition  ,  ouvert ,  affable  ,  cornmunicatif  ,  pré- 
venant,   qui   portoit    la  douceur  jusqu'à    souffrir    patiem- 

K  k  k  ij 


V    S1KCLE. 


UA  M  A  M  E  R  T 


ment  ceux  qui  n'avoient  ni  assez  d'ouverture  ni  assez  d'ap- 
p.  260.  plication  pour  comprendre  ses  raisonnements ,  '  et  la  com- 

plaisance jusqu'à    écouter   avec    bonté  les    demandes  des 
plus  ignorants  et  des  plus  grossiers. 

Nous   ne   pouvons  mieux  faire  connoître  ce  riche  ca- 
ractère de  Claudien,  qui  est  d'autant  plus  estimable,  qu'il 
est  plus  rare  en  nos  jours ,  qu'en  copiant  les  propres  expres- 
sions d'un  de  ses  amis.   C'est  S.   Sidoine ,  qui  demeurant 
p.  259.  alors  à  Lyon,    '  avoit  été  du  nombre  de  ceux  qui    avoient 

recours  à  ce  grand  homme  :  «  Mon  Dieu  !  dit-il ,  avec 
»  quelle  bonté ,  avec  quelle  ouverture  nous  recevoit-il  tous 
»  sans  distinction,  quand  nous  allions  lui  demander  l'éclair- 
»  cissement  de  quelque  difficulté  ?  S'il  se  présentoit  une 
»  question  qui  parût  inexplicable ,  c'étoit  sa  joie  ;  et  c'est 
»  alors  qu'il  nous  découvroit  les  trésors  de  son  érudition. 
»  Lorsque  nous  nous  trouvions  un  grand  nombre  de  person- 
»  nés  auprès  de  lui,  il  ordonnoit  qu'il  n'y  en  eût  qu'un  à 
•  parler ,  et  que  les  autres  écoutassent ,  jusqu'à  ce  qu'ils 
»  pussent  parler  à  leur  tous  ,  afin  que  la  conférence  se  passât 
»  dans  l'ordre  et  sans  confusion ,  et  qu'il  pût  nous  corarau- 
»  niquer  les  richesses  de  son  sçavoir.  Dès  qu'il  avoit  avancé 
»  quelque  chose ,  nous  l'accablions  d'une  foule  d'objections; 
»  mais  il  avoit  bien-tôt  détruit  tous  nos  vains  raisonne- 
»  ments.  Ainsi  l'on  ne  laissoit  rien  passer  qui  n'eût  été  bien 
»  pesé  et  bien  examiné.  » 

Claudien    n'étoit    pas    moins     recommandable     par  sa 
p.  2<;o.  vertu,  que  pour,  son  esprit  et  son  érudition.'  Il  avoit  une 

tendre  compassion  pour  les  misérables,  et  se  portoit  avec 
zèle  à  les  soulager  dans  leurs  besoins.  Il  consoloit  les  af- 
fligés; il  assistoit  les  personnes  destituées  de  secours,  ra- 
chetait les  captifs ,  rëvêtoit  les  nuds ,  donnoit  à  manger 
à  ceux  qui  avoient  faim.  Il  s'apauvrit  ainsi  sur  la  terre 
pour  transporter  ses  thrésors  dans  le  Ciel ,  où  il  atten- 
doit  toute  sa  récompense;  et  c'est  ce  qui  fait  que  l'on  n'a 
pas  même  connu  toutes  ses  bonnes  œuvres,  parce  qu'il 
avoit  soin  de  les  cacher,  et  d'en  dérober  la  connoissan- 
ce  aux  hommes.  Autant  qu'il  avoit  d'attention  à  secou- 
rir les  misérables  dans  leur  besoins  corporels,  autant 
prenoit-il  de  soin  de  ce  qui  regardoit  leur  salut;  exhor- 
tant les  peuples  à  la  vertu ,  et  prenant  part  aux  autres 
fonctions   Ecclésiastiques.    Ce   fut  par-là   qu'il   devint   la 


G  L  A  U  D  I  E  N.  445 


V    SIECLE. 


gloire ,  la  joie  et  l'admiration  des  Saints  Evêques  ;  et 
je  doute  ,  dit  S.  Sidoine  son  ami  particulier  dans  la  le- 
tre  que  nous  venons  de  copier,  et  qui  peut  passer  pour 
l'oraison  funèbre  de  Claudien  :  je  doute,  dit-il,  si  jamais 
nos  yeux  verront  un  homme  qui  lui  soit  égal. 

Outre   S.    Sidoine  il   paroît   que   Claudien   étoit  encore 
lié   d'une  manière  particulière  '  avec  Salvien  célèbre  Prê-  Lab.  scri.  1.2.  p. 
tre  de  Marseille,  qui  lui  adressa  un  de  ses  Ouvrages  que  if2  pTïài H ' E ' l" 
nous  n'avons  plus  aujourd'hui.   '  Il  y  avoit  aussi  une  u-  ci.  m.  ad.  SaP.P. 
nion  fort  étroite  entre   Claudien   et   Sapaude  ,   homme   de  5?6"538- 
mérite    et   d'érudition ,    qui    enseignoit    la    Rhétorique    à 
Vienne.    Claudien   dans  la  douleur  extrême  que  lui  cau- 
soit  la    décadence  des  letres   dans  les  Gaules,  ne  trouvoit 
d'autre  consolation  que  l'espérance  de  les  voir  refleurir  par 
les  soins  de  cet  ami.  C'est  à  quoi  il  l'exhortoit  puissamment, 
en  lui   marquant   quelque  moïens  propres  pour  y  réussir. 

Gennade   parmi   les  anciens,    quoi  qu'il  n'entrât  pas  vo-  Genn.  *M. 
Ion  tiers    dans   les    sentiments   de   nôtre   Auteur,  ne    laisse 
pas  de  parler  de  lui  avec   éloge.   Tous  ceux   qui  sont  ve- 
nus  dans  la  suite  ,   et  qui  ont  eu  connoissance  des  écrits 
qu'il  nous  a  laissés ,   n'ont  pu  lui  refuser  leur  estime. 

On   ignore   l'année   précise   en    laquelle  Claudien   mou- 
rut. Il  y  a  bien  de  l'apparence  que  ce  fut  en  473,  ou  474  ; 

cette  dernière  année  étant  la  seule  ,    à  laquelle  on  trou-  m.  u>id.  P.  m 
ve  que  S.    Sidoine  depuis  son  épiscopat  soit  allé  à  Vien- 
ne, 'où    il    composa   l'Epitaphe    de    Claudien,    telle    que  M*.  1. 4.  eP.  u 
nous  Talions  donner.  S.  Sidoine  la  fit  sur  le  tombeau  mê-  pag'  *"' 
me  de  son  ami  ,  et  l'envoïa  dans  la  suite  '  à  Petrée  neveu  P.  259. 
de  Claudien  par  sa  sœur  ,  '  afin  de  lui  montrer  qu'il  ai-  P.  261. 
moit  après   leur  mort,  ceux  qu'il  avoit  aimés  durant  leur 
vie. 

EPITAPHE. 

Germanidecus  et  doIorMarnerti, 
Miratitum  unica  gemma  episcoporum, 
Hoc  dat  cespite  membra  Claudianus. 
Triplex  bibliotheca  quo  magistro, 
Romaaa,  Attica,  Cbristiana  fulsit; 
Quam  totam  monacus  virente  iu  aeiro 
Secreta  bibit  institutione. 
Orator,  dialecticus,  poeta, 


vs.ecle     **c  MAMERT 

Tractator,  gcometra,  inu.icusqu;', 
Doctu.s  solverc  vincla  qua'stioiium  , 
Et  verni  gladio  si'carc  scetas, 
Si  quaj  calholieam  lidcm  laeessuut. 
Psalniorum  lue  inodulator  et  plinuascus 
An  te  altaria  lïalre  gratulantc 
Instructas  docuit  sonore  classes. 
Hic  soluunibus  annuis  paravit 
Ouaj  quo  temaore  lccta  coiivonircnl. 
Autistes  fuit  online  in  Bccundo  , 
l'ratrcm  fasce  lcvans  Kpiscopali; 
Nam  de  l'ontilicis  tenorosumiai, 
lllc  insigaia  sumsit,  hic  laixirciii. 
At  tu  quisque  dol:'S,  amico  lector, 
Du  tan to  quasi  nil  viro  supersit, 
Udis  parce  ficuis  rigarc:  mnrinor: 
Mens  et  gloria  non  qneunt  humai i. 

S   » 
SES  ECRITS. 

es    écrits   de    Mamert    Claudieh    sont     moins    considé- 
rables   pour    leur    longueur,    que    pour    les    matières 
dont  ils  traitent,  et  la  manière  de  les  traiter, 
mi»,  pp.  t.  6.  P.       1°.  '  Nous  avons   de    lui   un   ouvrage  sur  la  nature,  ou 
ionien*  |  Genn.  gelon   (jennau^    sur  jYtat   ,.t  la   substance  de  l'ame  ,  di- 
visé en  trois   livres.  Il  le  composa   pour   réfuter   un  écrit 
de   Eaustc  Evèque   de  Ries,    par  lequel    ce    Prélat    avoit 
{(retendu    montrer* que   Dieu    seul  est  incorporel,   et  que 
toutes   les   créatures,    même  l'ame   raisonnable,    sont  oor- 
ci.M.dean.i.i.c.  porelles.  '  Cet  écrit  aiant  paru  sans  nom  d'auteur,  Clau- 
1646.  iP.  -0*5' 2'  dien    le   rencontra   chez   les    personnes    qui    en    faisoient 
beaucoup   d'estime.   11    le    lut,  et   en  porta   d'abord  le  ju-- 
Pr.  p.  lois.  i.      gement  qu'il  méritoit.  '  Quoique    l'amour  qu'il  avoit  pour 
la  vérité   lui   inspirât  le   désir   de   la  défendre   contre   cet 
écrit,    il  n'osa    pas   néanmoins  l'entreprendre   de    lui-mê- 
me.   Mais  S.    Sidoine,  qui  n'étoit  pas   encore  Evêque,    et 
(>ar  conséquent  avant  471,    et   beaucoup   d'autres   grands 
tommes   1  en    pressèrent   tellement,   qu'il  crut   devoir  cé- 
der à  leur  sentiment  et  à  leur  autorité. 


L 


CL  A  U  M  EN.  W 

V   SIECLE. 

'  Dans   le    prem  ier   livre   Claudien  montre  d'abord  que  n,i,i  |i.  i.c.  s.p. 
l'on  ne  peut  attribuer  aucune  souffrance  h  la  nature  divi-  10t6-  10"- 
ne.  '  C'étoil  pour  répondre  à  un  endroit  '  d'un  autre  écrit  *»■«■  eP-  *••  p- 
joint  au  précédent,    dans  lequel   Eauste  sembloit  faire  la 
divinité  passible.  '  Claudien  dans  ce  même  livre   mêle  di-  ci.  m.  ibu. 
verses   choses   tirées   de   la    géométrie  ,   de  l'arithmétique, 
de  la   dialectique,    ùes  sentiments   et   des   règles  des  Phi- 
losophes,   mais  avec   beaucoup    de    modestie,     de    discré- 
tion ,  et  toute  la  précision  qu'il  peut.  Il  avoue,  et  ce  n'est 
pas   au  hasard ,  que    ces  raisonnements  tirés  de  la  philo- 
sophie  sont    très-subtils,   et  que  peut-être  ils    seront  diffi- 
cilement entendus  des  autres. 

'  Dans   le   second  livre  il  parle  du  nombre,  du  poids,  et  ibi.i  i  pr. 
de  la  mesure  que  Dieu  a  gardée  dans   la   production  de 
tous   les  êtres.    Ceux  qui    le   liront  avec  attention,   et    en 
même  temps  avec  pieté,  y  pourront  trouver  dans  la  con- 
sidération des    différents  dégrés  de  la  créature   un  moïen 
pour  s'élever  jusqu'au  Créateur  ,  pour  en   acquérir  quel- 
que foible  connoissance,  et  pour  se  confirmer  dans  ce  que 
la  foi  nous  apprend  touchant  la  Trinité  sacrée.  '  Ce  livre  con-  'le  an.  i.t.t.t.p. 
tient    diverses    autorités    des    Pères,    avec    lesquels    Clau-  1IMU'         *' 
dien    témoigne  aimer  mieux  être  rejette,  que   d'être   con- 
damné par  la  vérité  avec  ceux   qui  les  méprisent.  C'est  ce 
qu'il  dit  en  particulier  de  S.  Euchcr  Evêque  de  Lyon  son 
intime  ami. 

'Dans   le  troisième  livre  Claudien,    après  avoir  apporté  pr.  p.  «ma,  i. 
diverses    preuves    contre  Faustc  ,    il  s'en   sert   pour  pres- 
ser ses  adversaires  déjà  battus  et  confondus  par  les  deux  pré- 
cédents. '  Il  leur  fait  voir  que  lame  n'est  jamais  sans  pen-  1. 3. ci*. p.1073. 
ser,    et    que  la    pensée    n'est  point   différente  de  l'ame  ;  *' 1074' 
qu'elle    est    toute   volonté    et   toute    pensée;    que   penser, 
vouloir  et   aimer   est  sa  substance.   Qu'il   n'y  a  point  de 
corps   sans   longueur,  largeur,    et   profondeur;   que  l'ame 
n'a    point   ces  dimensions;  qu'elle    n'a   ni  droite  ni  gau- 
che,   ni  haut   ni  bas,  ni  devant   ni  derrière;   et  que  par 
conséquent  elle   est   incorporelle. 

Claudien  exhorte  son  adversaire,  s'il  n'est  pas  persua-  ci.  m.  i.3.e.is.p. 
dé  de   ces  raisons,    à  lui   répondre   par  quelque   ouvrage  1074-,1-  2 
public  où  il  ne  cache    pas  son  nom,  comme  il  avoit  fait 
dans  celui  qu'il  réfute.   Il  lui  promet  de  le  satisfaire,  avec 
l'aide  de   Dieu,   sur  tout  ce  qu  il    pourra  alléguer.  On  ne 


448  MAMERT 

V    SIECLE. 


». 

Till 


T~  voit  point  que  Fauste  ait   accepté  ce  défi  ,   et  qu'il  ait 

répliqué, 
ibid.  '  À  la  fin  de  son  ouvrage  Claudien  fait  une  récapitu- 

i.i.c.13. p. «ou.  lation   des   principes   qu'il   a  établis.  'Il  veut  que  les  An- 
ges soient  de   deux  natures  comme  nous,  et  qu'ils  aient 
des  corps,  mais  plus  subtils  que  les  nôtres  :  en  quoi  il  ne 
fait  que  suivre  le  sentiment  de  beaucoup  d'anciens  Ecri- 
.  3.  c  7.  p.  1070.  vains   Ecclésiastiques.  '  Il  avance  la  même  chose  des  dé- 
.  iwd.  p.  las.  mons.  '  11  parle  d'un  Ciel  créé  avant  le  temps ,  dont  ce- 
lui des  étoiles  n'est  que   la  figure.  Peut-être  n'entend-il 
ci.  m.  de  an.  pr.  autre  chose   que    les   Anges.   '  Comme   il  avoit  composé 
p.  1045. «.  cej  ouvrage  dans  le  peu   de  temps  que  lui  laissoient  ses 

grandes  occupations,  il  dit  qu'il  s'est  contenté  de  mar- 
quer comme  du  doigt,  ce  qu'il  faut  éviter  et  ce  qu'il 
faut  suivre.  Qu'il  n'a  fait  seulement  qu'y  jetter  quelques 
semences  de  raison,  dont  une  personne  studieuse,  qui  au- 
roit  du  loisir  ,  pourroit  en  tirer  plusieurs  autres, 
iwd.  '  Claudien  dédia  cet  ouvrage  vers   470   ou  471    à  S. 

Sidoine  qui  étoit  alors  Patrice,  et  non  encore  Evêque. 
mais  qui  paroît  l'avoir  été  vers  ce  même  temps.  Ce  fut 
sans  doute  cette  conjoncture,  qui  l'empêcha  de  ré- 
pondre si-tôt  à  l'honneur  que  lui  faisoit  son  ami. 
»id.  î.  *.  ep.  3.p.  Mais  il  sçut  bien  le  dédommager  de  ce  délai  '  par  la 
235. 236.  jetre    qU»jj  ju-   £crjvjt  ensuite  ,   et  dans   laquelle    il  fait 

plutôt    en    Orateur   qu'en    critique    sévère,    un    pompeux 
p,  235.  éloge  de    Claudien   et   de  son    ouvrage.      Il  débute   par 

lui  dire  qu'il  ne  s'expose  qu'en  tremblant  au  jugement 
et  à  la  censure  d'une  personne,  devant  qui  les  deuxVar- 
rons,  les  deux  Plines,  Fronton  et  Apulée  peuvent  pas- 
ser pour  barbares.  Ensuite  passant  à  son  traité  sur  l'état 
de  l'ame,  il  témoigne  manquer  d'expressions  pour  en  re- 
lever toutes  les  beautés.  Il  le  loue  de  ce  qu'une  matière 
si  obscure  y  est  traitée  avec  tant  de  clarté  ;  de  ce  que 
des  questions  fort  difficiles  y  sont  résolues  avec  tant  d  é-% 
vidence  ;  et  de  ce  que  malgré  la  rudesse  des  syllogis- 
mes, on  y  trouve  un  style  doux  et  coulant.  Les  termes, 
dit-il,  y  paroissent  nouveaux,  parce  qu'ils  sont  anciens; 
et  néanmoins  le  style  des  anciens  ne  leur  est  pas  com- 
parable. Ce  qui  charme  davantage,  c'est  que  la  diction 
en  est  fort  coupée,  et  en  même  temps  fort  coulante.  On 
y  voit  exprimé  en  peu  de  mots  les  plus  grandes  véri- 
tés; 


CLAUDIEN.  449    v  siecle- 


tés;  et  les  paroles  font  plus  comprendre  qu'elles  ne  di- 
sent.  C'est  ainsi  que  les  anciens  avoient  bien  raison  de 
faire  consister  la  véritable  éloquence  '  à  dire  beaucoup  en  p.  236. 
peu  de  mots,  et  à  songer  plus  à  bien  exécuter  son  des- 
sein qu'à  remplir  sa  page.  On  ne  peut  assez  estimer,  con- 
tinue S.  Sidoine,  l'adresse  avec  laquelle  l'auteur  a  sçû 
égaïer  un  ouvrage  tout  sérieux  et  tout  polémique.  Car 
après  avoir  appliqué  toute  l'attention  du  lecteur  à  exa- 
miner les  points  les  plus  difficiles,  et  les  plus  abstraits 
de  la  philosophie,  il  lui  fait  trouver  des  digressions  agréa- 
bles, où  il  se  délasse  avec  plaisir. 

Claudien,    ajoute    S.  Sidoine   dans  une    autre  letre  à  J3lg  • ep- 2-  p3'8 
Nymphide,    qui  lui    avoit    pris  cet    ouvrage   pour    le    co- 
pier, a  rempli  et  embelli  ses  trois  livres  sur  l'état  de  l'a- 
me,  de    tout    ce   que  la    philosophie    peut  fournir.  On    y 
trouve   tout   ce   qui    est    propre  à   la   grammaire,    à    l'é- 
loquence,   à    l'arithmétique,    à  la    géométrie,    à    la    mu- 
sique ,    à   la    dialectique  ,    à  l'astrologie  ,  à   la  poésie ,   à 
l'architecture.  '  C'est    ce    qui    porte  le  même    S.    Sidoine  1.  *.  ep.  3.  p.236. 
à  comparer  son   Auteur  avec  les  hommes  les  plus  doctes 
et  les    plus   éloquents  du  Paganisme   et   de  l'Eglise,  et  à 
assurer  qu'il  a  imité  ou  même  égalé  ce  que  chacun  d'eux 
a  eu  de    plus   excellent.   Claudien   auroit   pu  faire  à  tous 
ces  éloges  la  même  réponse  '  que  fait  S.  Sidoine  lui-mê-  sa.  1.  ».  p.  «.p. 
me  à  Tonance,  qui   le  préféroit  à  la  plupart  des  Poètes ,  696' 
et  ne  craignoit  pas  de  le  comparer  aux  plus  illustres.  «  Je 
«  le  croirois   sur  vôtre   témoignage,    lui  dit  S.  Sidoine,  à 
0   cause  de    l'excellence  de    vôtre   jugement  si  vous  aviez 
«  moins  d'amour  pour  moi.  Mais  cet  amour  vous  peut  trom- 
'<  per  vous-même;  quoiqu'il  ne  puisse  pas  tromper  ceux  qui 
«  sçavent  que  l'amour  n'est  pas  un  bon  Juge.  » 

Quelque  excessifs  que  soient  ces  éloges,  il  faut  avouer  du  rin,  Mb,  t.  4. 
néanmoins    que  le    traité  de  Claudien   est  très-bien  écrit ,  p-  5i8- 
qu'il  a   joint    beaucoup    de    netteté  avec    une   très-grande 
subtilité,  et    qu'il  traite  des   questions   métaphysiques  avec 
toute    la  clarté   et    tout    l'agrément    possible.  '    Gennade ,  Genn.  ibid. 
quoique  peu  porté  à  le  louer,  ne  laisse  pas  cependant  de 
convenir  d'une    partie    de  ces    éloges,    avouant  que  Clau- 
dien avoit  un  grand  talent   pour  bien  parler,  et  qu'il  rai- 
sonnoit    avec    beaucoup    de    subtilité    et    d'élévation.  '  Ce  Du  p;n>  ibij.  p. 
qu'on  doit  le   plus  louer   en  lui,  ajoute  M.  du  Pin,  c'est  M9- 
Tome  II.  L  1  1 


V     SIECLE. 


450  M  AMER  T 


la  justesse  de  ses  raisonnements  ,  el  la  pénétration  de  son 
esprit,  qui  lui  a  fait  découvrir  et  expliquer  des  vérités 
très-abstraites  que  la  plupart  des  autres  ont  à  peine  pu 
p.  544.543  54'».  |  appercevoir.  '  11  juge  et  quelques  autres  avec  lui,  que  ce 
W  Marv.  t.  a.p.  qUe  Claudien  dit  de  la  nature  de  l'ame  dans  son  premier 
livre ,  a  un  entier  rapport  avec  les  Méditations  d'un  cé- 
lèbre Philosophe  moderne.  Il  désigne  M.  des  Caries,  qu'un 
autre  Ecrivain  nomme  expressément  en  faisant  la  même 
remarque.  On  trouve  en  effet  dans  le  traité  de  Claudien 
la  plupart  des  principes  dont  s'est  servi  M.  des  Car- 
tes pour  établir  son  nouveau  système.  Cela  s'est  fait  ou 
parce  que  l'un  et  l'autre  ayant  l'esprit  juste  et  Géomètre, 
et  ayant  suivi  les  mémos  routes ,  ils  ont  rencontré  les  mê- 
mes principes,  ou  pour  parler  plus  naturellement,  par- 
ce que  M.  des  Cartes  avoit  fait  une  lecture  particulière  de 
l'ouvrage  de  Claudien. 
Bib.  casm.  '  Dès   1482  ce  traité  fut  imprimé  à  Venise,  parmi  di- 

onhod.  t.  i.  p.  vers  autres  écrits  recueillis  en  un  volume  in  4°.  '  De-là 
Îmmml  |2BiE;  il  Passa  ('ans  'cs  orlhodoxographes,  imprimés  à  Basle  en 
i-Pio-746iu  pTi1'  ****£  rt  *^9,  puis  dans  les  Bibliothèques  des  Pères  de 
rpar.'p.  hmm!  Paris  en  1575  el  1044,  où  il  est  peu  correct,  ensuite  dans 
celle  de  Lyon,  et  auparavant  dans  les  autres  du  siècle 
précédent.  Il  s'en  trouve  quelques  autres  éditions  faites 
Bib.  casan.  en  des  volumes  séparés.  '  Il  fut  revu  par  les  soins  de  Tha- 

dée  Ugolelti  de  Parme,  et  imprimé  à  Venise  au  mois  de 
Bib.  Borb.  t.  2.  P.  Mai  1500.  '  Il  y  en  cul  une  autre  édition,  qui  parut  à  Basle 
14  '"  l'an  1520  en  un  volume  in  8°  ou  petit  in  4°,  par  les  soins 

Gesn.  ibid.  noi.      de  Pierre  Mosellan.  '   A  la  tête  de  cette  édition    Claudien 
est    nommé    Claudianus    Ecdicius    Mamerlus ,  conformé- 
Gesn.  bib.  uni.  i.  ment  à  un  Manuscrit.  '  Mais  on  l'y   qualifie  mal  à  propos 
i.  P.  168.  i.         Evêque  de  Vienne  ,  le  confondant  de  la    sorte    avec  S. 
Mamerl  son  frère.  On  a  fait  la  même  chose  dans  les  Or- 
su.  pos.  Christ,     thodoxographes.    '    Pulmannus  donna  depuis  une  nouvelle 
édition  de  l'écrit  de  Claudien,  qui  fut  laite   à  Anvers  les 
années  1007,  et  1610,  en  un  volume  in  16,  avec  les  No- 
tes de  Delrio.    En   1612,   Gaspar   Barthius  en   donna  une 
autre  édition,  qui  parut  eu  un  volume  in  8°  àHanaw,  vil- 
Bib.  Angei.  je  ^u  cercie    du    haut  Rhein.  '   On  réimprima    encore  le 

traité  de  Claudien  avec   l'Ouvrage   de  Fauste   de  Kiès  sur 
les  créatures  l'an    1655  à  Zuickaw   en   un  volume  in  8°. 
'  Celte    édition    est    enrichie    des    corrections    et   des    noies 


CLAUDIEN.  451 

V  SIECLE. 


d'André   Schot   et  de   Barthius ,  qui  l'avoit  annoncée  dès 
1622  dans  sa  préface  sur  le  Poëte  Rutilius. 

2°  '  Il  y  a  aussi    de  Claudien  un  petit  écrit  qui  ne  con-  Bib  PP  1 4 ,  par 
tient   que  des  pensées   ou   des  raisonnements  fort  courts  ,  p-  654-656. 
pour  distinguer  la  nature  corporelle,  l'incorporelle  ou  spi- 
rituelle, et  la  divine.  L'auteur  s'y  plaint  qu'il  "n'avoit  per- 
sonne à  Vienne  pour  conférer  de  ces  sortes  de  choses,  et 
pour  s'éclaircir  dans  ses  doutes.   '  On  croit  que  ce  put  être  m.  a>id.  p.  «3. 
ou  avec  l'ouvrage  précédent  ou  peu  auparavant,  que  Clau-  ,45, 
dien  adressa  celui-ci  à  S.  Sidoine;   le   priant   de  l'exami- 
ner et  d'y  corriger  ce  qu'il  jugeroit  à  propos.  On  n'a  point 
réimprimé  cet  écrit  avec   les   autres  de  Claudien  dans  la 
Bibliothèque   des    Pères  de   Lyon  ;  quoi-qu'il  eût  paru  et 
dans   les    Orthodoxographes    et    dans  les  Bibliothèques   des 
Pères  de  Paris. 

3°.  '  Nous  avons  encore  de  Claudien  deux  letres,  diffé-  sid.  i.  4.  eP.  s.p. 
rentes  de  celles  qu'il  a  mises  l'une  à  la  têle  de  l'autre  à  la  uaLmiM.e.'p.'.6.p 
fin  de  son  traité  sur  la  nature  de  l'âme.  S.  Sidoine,  à  qui  535  m 
est  adressée  l'une  des  deux  dont  nous  parlons  ici,  l'a  jugée 
digne  de  nous  être  conservée  parmi  les  siennes.  '  Claudien  sid.  P.  433.  234. 
la  lui  écrivit  pour  lui  marquer  et  le  déplaisir  qu'il  avoit  de 
ce  qu'il  ne  pouvoit  l'aller  voir,  et  encore  plus  la  surprise 
où  il  étoit  de   ne   point    recevoir  de  ses  nouvelles,  depuis 
qu'il  lui  avoit  dédié  son    ouvrage.  C'est  sur-tout  de  quoi 
il  se  plaint  avec  beaucoup  de  tendresse  et  d'amitié,  en  lui 
reprochant  qu'il  prodigue  à  l'égard  des  étrangers  ce  qu'il 
mérite  mieux  que  tout  autre. 

L'autre  letre  de  Claudien  nous  a  été  donnée  depuis  peu  w.  mise.  t.  6. p. 
par  les  soins  de  M.  Baluze  '  qui  l'a  tirée  des  archives  du  Roi.  p^'p38^. 
La  découverte  en  est  d'autant  plus  précieuse,  que  le  monu- 
ment est  plus  ancien,  et  plus  important  pour  l'ancienne  li- 
terature.  '  Cette  letre  est  adressée  à  Sapaude,  qui  enseignoit  t.  6.  P.  535. 
la  Rhétorique  '  à  Vienne  dont  il  étoit  citoïen.    Nous  con-  p.  537.  538. 
noissions  déjà  ce  sçavant  Gaulois  par  les  letres  de  S.  Sidoine  ; 
mais  nous  n'avons  appris  que  par  cette  letre  de  Claudien, 
quel  étoit  son  pais  natal  et  sa  profession.  'Claudien  après  y  p:  533.  53e. 
avoir  touché   en  peu  de   mots  la  véritable  cause  de   cette 
noble  et  généreuse  émulation  des  Grecs,  à  pousser  les  scien- 
ces aussi  loin  qu'ils  ont  fait  ;  ce  qu'il  attribue  à  l'intention 
qu'on   avoit   de    récompenser   le   mérite   par  les  honneurs 
qui  le  suivoient  toujours  ;  '  il  déplore  amèrement  la   triste  P.  53e.  537. 

Llli 


V    SIECLE. 


452  MAMERT. 

décadence  des  letres  qu'il   voïoit  de  son  temps  dans  nos 
p.  537.  Gaules.  '  De-là  il  passe  à  l'éloge  de  Sapaude,  qui  par  son 

étude  et  ses  leçons  publiques  travailloit  à  relever  les  rui- 
p.  538.  nés  de  la  belle  literature.   '  Claudien  lui  marque  à  la  fin 

des  Auteurs  qu'il  doit  choisir  entre  les  anciens,  comme 
les  plus  propres  à  l'exécution  de  sa  généreuse  entreprise. 
Cette  letre  est  pleine  d'érudition,  écrite  avec  politesse, 
et  digne  en  toutes  choses  de  celui  dont  elle  porte  le 
nom. 
sid.  î.  *.  ep.3.p.  4°  '  S.  Sidoine  relevé  par  de  grands  éloges  une  hymne  que 
Claudien  avoit  composée  en  vers  trochaïques ,  et  qui  ex- 
primoit  de  grands  sens  en  peu  de  mots.  «  Elle  est,  dit-il, 
«  agréable  et  élevée ,  elle  surpasse  toute  sorte  de  vers  de 
a  celle  nature,  autant  par  l'agrément  de  la  Poésie ,  que  par 
«  la  vérité  de  l'Histoire.  Un  vers  destiné  à  de  petites  cho- 
«  ses  renferme  des  paroles  d'or  ;  et  la  brièveté  du  Poëme 
«  n'ôte  rien  à  l'étendue  et  à  la  majesté  du  sens...  C'est 
«  comme  une  grosse  perle  enchâssée  dans  un  peu  d'or... 
p.  3*7.  «  '  Toute  la  terre,  ajoute  S.  Sidoine  en  parlant  de  Claudien 

«  même,  révérera  l'élévation  de.  vos  ouvrages  ;  et  vous  avez 
«  ce  double  avantage.de  ne  rencontrer  ni  rival  ni  pareil, 
«  quoiqu'il  y  ait  déjà  long-temps  que  vôtre  réputation  s'est 
«  répandue    parmi   les   peuples,  où  je  l'ai  moi  même  pu- 
«  bliée.  » 
sir. in. sid. p. 939. |       '  Les  sçavants  conviennent  que    ce   Pcëme    si   fort  loué 
pirTâi?'  p98^"^   Par  ^-  Sidoine,  est    l'hymne  célèbre   de    la    Passion  ,  qui 
Tiiï.  ibid.  p.  las.  commence  par  ces  vers  Pange  lingua  gloriosi  prœlium  certa- 
minis.  C'est  ce  que  le  Père  Sirmond  prouve  par  le  témoi- 
r,enn.  vit.  in.  c.  gnage  d'un  ancien  Scholiaste}  '  et  qui  est  confirmé  par  Gen- 
3.  |not.  p.         nade,  suivant   un   ancien  manuscrit   du   Mont  S.  Michel, 
que  l'on    a    suivi  dans  l'édition  dont    nous  nous  sommes 
sir.   ibu.  i  cave,  servis.  '  Le  même  P.  Sirmond  et  Cave  remarquent  que  tout 
,b,d-  ce  qu'en  dit  S.  Sidoine,  convient  à  celte  Hymne,  et  qu'el- 

le a  une  élégance  qui  passe  celle  de  Fortunat  de  Poitiers,* 
Fort.  î.  a.  car.  2.  '  &  qui  on  l'a  attribuée  assez  long-temps,  et  entre  les  Poë- 
n-  *9 ••&.  sies  de  qui  elle  se  trouve  encore.  '  M.  du  Pin  ne  s'éloigne 

Dupin,  ibid.  i  ..  r«i  -i  i         i  o     CVJ    • 

pas  de  celte  opinion.   Seulement  il  prétend  que  s.  bidoine 
en  parlant  de  cette  Hymne,  en  dit  plus  de  bien  qu'il  n'y 
en  a,  et  qu'il  exagère  beaucoup  sa  beauté. 
Cenn.  ibid.  c.  83.       '  Gennade   selon   l'édition    que    nous    suivons,  dit    que 
Claudien  composa  encore  quelques  autres  ouvrages ,  qu'il 


CLAUDIEN.  453    vslECLt, 

ne  marque  pas.  Si  ce  que  '  S.  Sidoine  dit  du  soin  que  prit  SiJ  ,  4  ep  21 

Claudien   de   régler  les  leçons    propres   aux  jours  de  Fê-  p-  *•« 

tes  durant  le  cours   de    l'année  ,  pouvoit   s'entendre  d'un 

lectionaire,  ou  d'une    espèce   de   Bréviaire,  tel   que  celui 

que  dressa  Musée  de  Marseille  dans  le  même  siècle  '  com-  cave,  ibid. 

me  Cave  l'a  entendu,  il  faudroit  compter  cet  ouvrage  au 

nombre    de   ceux   que    Gennade    ne  fait  que  désigner  en 

général. 

Mais  il   ne  faut  pas  mettre  de  ce  nombre  '  un  Poëme  J*î  pps  <•  M»- 
intitulé,  Contre  les  folies  des  Poètes,  ou  contre  les  Poe-  christiFab\bib?ut.' 
tes    profanes,  que  l'on  trouve  imprimé  en  divers   endroits  app'  p'  44' 
sous   le  nom   de   Claudien  ,  '  et  que  presque  tous  les  mo-  çave.ibjd.  |  Dupin. 
dernes  lui   attribuent  comme   une  pièce   incontestablement  h!ePi.  6.'p.  5I3. 
de  lui.  a  Car  c'est  sans  nul  fondement;  et  ceux  qui  ont  exa-  •  pa„i.  Vjt.  c.  3*. 
miné  ce  point  de  critique  avec  le  plus  d'attention,  sont  per-  ^|  I  THi.ibid.p. 
suadés  que   ce  poëme   est  de   S.  Paulin  de  Noie,  et  que 
c'est   une   suite  de  l'excellente   letre   de   ce   Saint  à  Jove, 
à   laquelle   il  se   trouve  joint   dans  les  anciennes  éditions 
de  S.  Paulin.  'Aujourd'hui  il  en  est  séparé  ,  et  imprimé  p»ui  poe.  19.  p. 
parmi  ses  autres  Poëmes  dont  il  fait  le  19e  en  nombre. 

On   ne  doit  pas  non   plus  donner  à  Claudien,  '  com-  Gyr-  pçe.  aui.*. 

-  ,     r  r  .  p. 260.  I  Yoss.poe. 

me   font  quelques-uns  ,  le    Poème   qui   commence  par  ce  iat.  c.  5. p. 250. 1 

vers,  Christe  potens  rerum,  redeuntis  conditor  œvi,  et  qui  se  Bonnotau,P  "• 

trouve  mal  à  propos  dans  quelques  éditions  des  Poésies  de 

Claudien  d'Alexandrie.    On    convient   avec   ces   Ecrivains 

que  cette  pièce  n'est  point  de  ce  Poëte  profane  et  Païen. 

Mais  aussi  elle   n'est   pas  non  plus  de  Mamert  Claudien  ; 

'  puisque   le   Pape  Damase  en  est  le  véritable  Auteur,  et  ■■*« ear-  M-»- 

qu'elle  fait  le  neuvième  de  ses  Poëmes. 

'On  a  encore  attribué  à   Mamert    Claudien    sans  au-  JjJ"^Ë'  IJ^- 
cun   solide    fondement  le  Poëme  sur  la  collation,  l'accord  pp.t.6.'p.io4i.i. 
ou  la  concorde  de  l'ancien  et  du  nouveau  Testament,  qui 
dans  quelques  Manuscrits  porte  le  nom  de  Flavius  Praesi- 
dius,  et  que  quelques  sçavants  donnent  au  Poëte  Sedulius, 
et  le  Mire  à  Turcius  Rufius  Asterius.  '  C'est  sous  le  nom  de  Bib.  pp.  p.  t.  3.  p 
ce  dernier  qu'il   se  trouve  dans  la  dernière  Bibliothèque  70im 
des  Pères  de  Paris,  (xxn). 


î  î 


V     SIECLE. 


454  LUCIDE, 


LUCIDE, 

Prêtre    en    Provence. 

De  tout  ce  qui   s'est   passé  dans   l'Eglise  des   Gaules  en 
ce  siècle,  rien  n'est  devenu  guéres   plus  fameux  '  que 
l'histoire   de  Lucide.  C'était  un  Prêtre  de  Provence,  com- 
me il  paroit,    et   peut-être  même  de  l'Eglise  de  Ries.  Au 
moins  l'autorité  dont  usa  à  son  égard  Eauste  qui  en  éloil 
Evêque,  le  fait  ainsi  juger.  Il  ne  laisse  pas  cependant  dans 
l'écrit  qu'il  lui  adressa,  de  le  traiter  avec  beaucoup  d'hon- 
Paust.  ad.  Lac.  p.  iieur  et  d'affection  :  '  le    qualifiant  son  Seigneur,  son  très- 
•  conV.  p.  îoé*.     intime,  très-clier,  Irès-honoré  confrère.  '  Lucide  fut  accusé 
de  tenir  diverses  erreurs  sud  la  prédestination  et  la  grâce. 
11    passoit    pour   soutenir   que   l'homme    pouvoit  être  sau- 
vé par  la  seule  puissance  de  la  grâce,  sans  qu'il  fût  obli- 
gé d'y    coopérer,    et  de  travailler   de  son    côté.    On    l'ac- 
cusoit  de   ruiner  entièrement    le    libre  arbitre  et  de    dire 
que    J.  C.  n'étoit  pas   mort   pour  tous   les  hommes;  que 
ceux  qui  se  perdent,  se  perdent  par  la  volonté  de  Dieu,  et 
d'avancer  quelques  autres  propositions  semblables. 
Faus.  ad.  Luc.  p.       '  Le  bruit  des  erreurs  de  Lucide    se    répandant ,  anima 
824-  '•  le  zèle  de  Eauste.  11  s'efforça,  dit-il  en  se  rendant  témoi- 

gnage  à  lui-même ,  de   ramener  ce  Prêtre  à  la  vérité  par 
plusieurs  entreliens  qu'il  eut  avec  lui,  et  dans   lesquels  il 
Tiii.  ibid.  lui   témoigna   beaucoup   de   douceur  et  d'humilité.      Mais, 

comme  Eauste  cloit  dans  une  erreur  tout  opposée,  et  qu'il 
défendoit  peut-être    avec  trop  de   chaleur,  il    ne   faut   pas 
Fausi.  ibij.  s'étonner  si  '  ces    entretiens    n'eurent    point    d'effet.   Déjà 

quelques  Evêques  songeoient   à   en   venir  aux  censures  et 
à  la   déposition  ,    lorsque   Eauste    voulut  éprouver  s'il  ne 
réussiroit    point    mieux    par    écrit,   que  de  vive   voix;  et 
Lucide  avoit  témoigné  le  souhaiter, 
ibid.  '  Eauste  lui  adressa  donc  un  écrit,   que  *  Canisius  ne 

M«ib.  i»i».  t.  s.  p.  gjjj  pas  difficulté  de  regarder  comme  erroné.  b  II  y  marque 
' Fausl- ibil1-        à  Lucide  en  peu  de  mots   ce  qu'il   prétend  que  l'on    doit 
croire,  et   que  l'on    doit  rejetter    sur    la   grâce    pour   être 
p.  lui.  i.  Orthodoxe  ;  '  lui  promettant  de  lui   en  montrer   les  preu- 

ves, ou   lorsqu'il    le  viendroit  trouver,  ou   lorsqu'il   seroit 


PRÊTRE    EN     PROVENCE.  455     VttIprir 

V    M  h  t  L  h. 


appelle  devant  les  Evêques.  Il  lui  marque  désirer  ardem- 
ment  de  le  voir  demeurer  dans  le  sein  de  sa  mère  la 
sainte  Eglise,  en  renonçant  à  son  erreur,  qui  ne  passeroit 
que  pour  une  faute  d'ignorance,  s'il  avoit  soin  d'en  sor- 
tir aussi-tôt;  mais  qui  dégénérerait  en  blasphème,  s'il  entre- 
prenoit  de  la  défendre  avec  opiniâtreté.  Enfin  il  le  presse 
de  lui  mander  nettement  s'il  recevoit  ou  s'il  rejettoit  la 
doctrine  qu'il  lui  propose,  et  en  cas  qu'il  la  reçût ,  de  lui 
renvoïer  son  écrit  signé  de  sa  main.  Que-  s'il  refuse  de  le 
faire ,  il  lui  proteste  qu'il  sera  obligé  de  le  dénoncer  publi- 
quement, et  de  porter  cette  affaire  devant  les  Evoques. 

Cet   écrit   se   trouve    aujourd'hui    signé   de    Lucide  ;  ibid. 
mais   il    est   indubitable    qu'il    ne    le  signa   point   lorsque 
Fauste   le  lui  envoia,    parce  que  sa  signature   auroit  arrê- 
té  cette    graiîde    affaire,    qui   eut    encore    d'autres   suites. 

Elle  fut  portée,   comme  Fauste  en  avoit  menacé  Lucide,  cône.  t.*. p.  2044. 
à  un  Concile  de  30  Evêques,  assemblés  à  Arles,  dont  nous 
allons  donner  l'histoire  sous  un  titre  particulier. 

'  Lucide  s'y  trouva,  apparemment  en  qualité  d'accusé;  nu. 
et  après  avoit  reçu  la  correction  des    Evêques,    qu'il  nom- 
me un  bien  public  et  un  remode  salutaire,  il  renonça  aux 
erreurs  qu'on  lui    impuloit.   C'est  ce  qu'il  fit  par  un  écrit 

?[u'il  adressa  aux  Pères  du  Concile,  et  dans  lequel,  con- 
ormément  aux  décrets  que  l'on  y  avoit  dressés,  il  pro- 
nonce anathéme  contre  diverses  propositions,  dont  quel- 
ques-unes ne  s'accordent  pas  '  avec  la  doctrine  du  II  Con-  p-  i«ss.  1670. 1 1. 

•  8     ï)    t36 

cile  d'Orange,  et  du  III  de  Valence  tenu  en  855. 

Lucide  non    content  d'avoir   anathématizé    les  propo-  p.  nus. 
sitions  dont  on  vient  de  parler,  y  en  ajoute  encore   d'au- 
tres ,    contraires    aux   précédentes,   et    finit    son    écrit  en 
suppliant  les  Evêques  à  qui  il  l'adresse  de  l'aider   du  se- 
cours de  leurs  prières. 

On    regarde    cette    retractation    comme    l'ouvrage   de  Maug.  p.  55s.  1 
Fauste  de  Ries,  qui  l'aura  dictée  à  Lucide,  et  qui  y  aura  «i.1       Ibld'  ''' 
glissé  les  erreurs  qui  y  paroissent.  '  On  la  trouve  à  la  suite  bu»,  pp.  t.  8.  p. 
de  la  letre  de  cet  Evêque  à  Lucide,  et  à  la  tête  de  son  fa-  ^p.'ggf  gJS EJi 
meux  ouvrage  sur  la    grâce,  et  de  ses  letres  à  S.   Rurice  p-  3M- 
Evêque  de  Limoges.  'On  l'a  insérée  aussi   dans  la  collée-  conc. t.*.p.io44. 
tion  des   Conciles.  Mais  on    ne  nous  apprend  point  ni   de  1015' 
quelle  manière  elle  fut  reçue,  ni   ce  que  devint  le  Prêtre 
Lucide  dans  la  suite.  'Quelques-uns  ont  prétendu  que  cette  Maug.  t. 2. p. su;. 


„  lliMf     456  V.     CONCILE. 

V    SIECLE. 


pièce,  aussi  bien  que  les  deux  Conciles  dont  nous  allons 
parler,  avoien.t  été  supposés;  mais  c'est  de  quoi  l'on  n'a 
aucune    preuve    convaincante. 


C! 


V  CONCILE  D'ARLES. 

e  que  nous  venons  de  dire  au  sujet  du  Prêtre  Lucide  , 
sert  d'un    grand    éclaircissement   pour  l'histoire   de   ce 
Concile,  et  en  est  comme  le  prélude.  On  n'en  trouve  nulle 
part  les  actes;    et  l'on  ne   sçait  rien  de   ce  qui  s'y  passa 
que  par  ce  que  nous  en  apprend  Fauste  Evêque  de   Ries, 
Mang.  t.  2.  p.  S46.  qui  paroit  en  avoir  été  le  grand  Promoteur.'  C'est  ce  qui, 
joint  à  diverses  autres  raisons,  a  fait  dire  à  quelques  mo- 
dernes, que  ce  Concile  et  la  retractation  de  Lucide  avoient 
été   feints  par  Fauste,    afin    de  donner  quelque  autorité  à 
Nor.iiist.  pei.  i  2.  ses    écrits   contre  la   grâce.  '   Mais   le   Cardinal   Noris    et 
H.F?.'tp'u?.V777!  M.  de   Tillemont  se    sont   crus  obligés  de  réfuter  ces  rai- 
2.  778.  i.  sonSi  et  je    montrer  que  cette  opinion    ne  se  peut  soute- 

nir. Fauste  en    effet  aimoit  trop   sa   réputation   pour  s'ex- 
poser à    passer  pour   faussaire,  comme  l'on   n'auroit  pas 
manqué  de  l'en   convaincre,    s'il   avoit    été  capable  d'une 
Dupin,  bîb.  t.  *.  falsification  si  criminelle.  En  un  mot,  '  les  faits  en  question 
p  :1"6'  sont    trop  bien  établis,  pour  que   l'on  puisse  les  révoquer 

en  doute. 

Comme  l'on  n'a  point  les  actes  de  ce  Concile,  on  ne 
sçait  point  précisément  en  quelle  année  il  s'est  tenu. 
Conc.  t.  4.  p.  io<6.  '  Baronius  et  ceux  qui  l'ont  suivi,  ont  cru  le  devoir  placer 
Voss.  bisi.  pot.  i.  en  490,  et  d'autres  encore  plus  tard.  '  Vossius,  qui  a  fait 
i.  c.  50.  p.  1*0.  une  dissertation  pour  trouver  cette  époque,  la  fixe  à  l'an- 
conc.  ibid.  née  491,  ou  à  la  suivante;  'et  Binius  la  renvoie  jusqu'en 

524.  Mais  il  est  visible  par  les  noms  des  Evèques  qui  assi- 
p.1012.  sterent  à  ce  Concile,  qu'il  n'a   pu  se  tenir  si  tard.  '  C'est 

pourqnoi  l'on  convient  aujourd'hui  de  le  mettre  en  l'an- 
Fausi.  ad  Léon.  p.  née  475.  '  Il  fut  assemblé  à  Arles  par  Léonce,  qui  en  fut 
t1iV  Ybid  ■  4-23  Evêque  '  depuis  l'an  461,  au  moins  jusques  vers  l'an  484. 
conc.  p.  1044.  '  On  croit  qu'il  s'y  trouva  30  Evêques,  les  mêmes  aux- 

Tui.  ibid.  quels  Lucide  adressa  sa  rétractation.  '  Ils  étoient  tous  ap- 

paremment 


D'ARLES.  457 


paremment  des  terres  que    les   Romains  et   les    Bourgui- 
gnons  leurs  alliez  tinrent  dans  les  Gaules  jusques  vers  l'an 
480.  Car  on  voit  que  le  commerce  d'Arles  et  de  Ries  avec 
Lyon  fut  rompu,  lorsque  vers  ce  temps-là  la  Ville  d'Arles 
fut  tombée   entre  les  mains  des  Visigots.  '  Et  c'est  encore  ibid  |  Nor.  ibid. 
pour  cette  raison  que  l'on  ne  peut  placer  ce  Concile  plus 
probablement  que  vers  l'an  475.  '  Les  Evoques  qui  y  assis-  c?nc.  P.  io«| 
terent,  furent  Léonce  d'Arles,  qui  y  présida,  S.  Euphrone  Tl"-  lblU' 
d'Autun,  Fontée  de  Vaison,  S.  Mamert  de  Vienne,   S.  Pa- 
tient de   Lyon,    Fauste   de    Ries,  Megethe  que  l'on    croit 
sans  beaucoup  de  fondement  avoir  été   Evêque  de  Bellay, 
Grec    de    Marseille,    S.    Eutrope    d'Orange,    Basile    d'Aix, 
Théoplaste   de    Genève,   tous  célèbres  par  les    letres  que 
S.  Sidoine  leur  a  écrites  ;  '  Verien,  ou  peut-être  S.  Veran  Conc.  ibid  i  rai. 
de  Vence,  Auxane,  ou  Auxence,  ou  même  Auxien  de  Nice,  p'  *24' 
S.   Marcel  de  Die,  Jean  peut  être  de  Chalons  sur    Saône  ; 
Vi vence,  Paul,  un  autre  Léonce,  Claude,  Crocus,  un  autre 
Claude,    Ursicin,   Prétextât,  Pragmace,  Léocade,  un    autre 
Vivence,   Julien,  Amical,  Opilion,  et  Licinius,  desquels  on 
ignore  les  Sièges. 

'On  trouve  quelque  difficulté  à  voir  paroître  ici  S.  Ma-  nu.  ibid.  p.  123. 
mert  de  Vienne  dans  un  Concile  couvoqué   par    un    Eve-  ***' 
que  d'Arles  ;  et  le  fameux  différend  entre  ces  deux  Eglises, 
dont  nous  avons  parlé   ailleurs,  rend  cette  difficulté  bien 
fondée.  '  Quelques-uns  en  ont  aussi  de  ce  que  le  même  S.  p-  *»■ 
Mamert   et  S.  Patient   de   Lyon,  qui    étoient  deux  Métro- 
politains, y  sont   placés  après  de   simples  Evêques,    com- 
me S.  Euphrone  suffragant  du   dernier,  Fontée  et  Viven- 
ce. Mais  on  voit  par  plusieurs  autres  Conciles  des  Gaules, 
ou  que   l'ordre  des  souscriptions   a   été  renversé   par   les 
copistes,  ou  que  l'on  ne  donnoit  pas  alors    le  rang   aux 
Evêques  suivant  la  dignité  de  leurs  Sièges. 

'  Quelques  éditions  placent  différemment  ces  Evêques,  p-  i2*  I  Maug.t.2. 
et  n'en  comptent  même  que  27  au  lieu  de  30.  C'est  enco-  p-  570' 
re  beaucoup;  mais  il  ne  faut  pas  s'étonner  qu'il  s'en  soit 
trouvé  un  si  grand  nombre  à  ce  Concile,  parce  que  Léon- 
ce d'Arles  avoit  droit  et  par  l'ancien  usage  de  son  Eglise, 
et  par  l'autorité  du  Pape  Hilaire  d'assembler  les  Evêques 
des  Provinces  voisines.  Il  a  pu  même  arriver  qu'outre  l'af- 
faire de  Lucide,  on  avoit  à  y  en  traiter  encore  d'autres, 
qui  ne  sont  pas  venues  à  nôtre  connoissancei 

Tome  IL  M  m  m 

3  2  * 


V    SIECLE. 


458  V  CONCILE 


Faust  a.i  Léon  ».       '  ^n  7  P**'8  beaucoup,  selon  Fauste,  et  même  on  y  con- 
tas, s.  damna  l'erreur  sur  la   prédestination,  c'est-à-dire    les    er- 
conc.  i.4.  p. 104*.  reurs  dont  Lucide  étoit   accusé.  '  Ce  l'ut   par  ordre  de  ce 
Concile,   et    conformément  à    ses    décisions,    que    ce  Prê- 
tre   signa,  et    présenta    aux  Evêques  la    rétractation    dont 
p.  lois.  nous  avons  parlé.  Mais  il  n'y   dit  point,  '  que  les  diverses 
choses  qu'il  proteste  .  de  tenir  à    l'avenir,   aient    été   déci- 
Tiii.  UMd.  dées  par  le  Concile.  '  Comme  Fauste  avoit  sans   doute  agi 
plus  que  personne  et  dans  l'affaire  de  Lucide,  et  dans  la 
Kausi.  ibid.         convocation  de  cette  assemblée,  '  Léonce  d'Arles  le  char- 
gea du  soin  de  recueillir  ce  qui  s'étoit  dit  dans  le  Conci- 
le sur  la  matière  de  la  prédestination,  et  de  le  rédiger  par 
écrit.   Fauste  accepta  la  commission  peut-être  plus    volon- 
tiers qu'il  ne  le  marque  à  Léonce,  et  en  prit  occasion  de 
composer  son  ouvrage  sur   la  grâce  et  le  libre   arbitre, 
p.  32*.  a.  '  Les  termes  dont  se  sert  cet  auteur  en  disant  dans  la  pré- 
Tiii.  ibid.            face,  post  Arelatensis  Concilii  subscriptionem,  '  sont  assez 
ambigus,  et   pourroient  faire  croire    que  le  Concile  auroit 
p.  423.              approuvé  son  écrit  par  ses  souscriptions.  '  Mais  ce  seroit  fai- 
re une  grande  injure  à  tant  de  Saints  Evêques  que  de   le 
croire,  quand  même  Fauste  le  diroit    clairement.  Ce  n'est 
donc  pas-là  son  sens;  et  si   ce  l' étoit,  Fauste   se  contre- 
Fausi.  ibid.p.323.  diroit  lui-même,  '  puisque  de  son  propre  aveu    il  n'entre- 
prit son  ouvrage,  que  pour  mettre    en  ordre  ce  qui  avoit 
été  dit  dans  le    Concile,  et  par  conséquent  après  qu'il  fut 
déjà  terminé.  Aussi  les  termes  de  Fauste  ne  signifient  pro- 
Eausi.   ibid.    p.  prement    autre  chose,    sinon  '  qu'après   la   conclusion    du 
Concile  d'Arles,  celui  de  Lyon    demanda  à  l'occasion  de 
quelques    autres   erreurs  qui   s'élevèrent  de    nouveau,  que 
Fauste  ajoutât  certaines  choses  à  son  ouvrage.  11  est  visi- 
ble par-là    que  cet  écrit  ne  parut  non  seulement  qu'après 
le  Concile  a  Arles;  mais  encore  après  celui  de  Lyon  qui 
«ib.  H»,  i.  s.  p.  le   suivit,  '  et  qu'ainsi  ni  l'un  ni  l'autre  ne  l'a  approuvé, 
323.  t.              comme  le  porte  même  la  censure  qu'on  a  faite  de  cet  ou- 
vrage à  Rome. 
v.»ss.  hisi.  i»oi.  î.       '  Quelques  Auteurs  du  dernier  siècle   ont  prétendu   que 
iiere. Il' i'!'»!»!  k  Concile  dont  nous  parlons,  condamna  l'hérésie  de  Pé- 
9-                    lage;  et  pour  preuve  de  ce  qu'ils  avancent,  ils  citent  un 
endroit  pris  de  la  letre  de  Fauste  à  Lucide.  Il  se  put  fai- 
re à  la  vérité  que  ce  Concile,  qui  paroît  avoir  trop  sui- 
vi les  impressions  de  Fauste  en  d'autres  choses  qui  ne  sont 


324.  i 


D'ARLES.  459 


pas  si  louables,   ait   aussi  imité  sa  conduite  en   se  décla- 
rant  dJ abord  contre  la  doctrine  de  Pelage,   afin  de  mieux 
faire  recevoir   celle  qu'il    vouloit   établir.    Mais   la   preuve 
que  Ton  en  apporte,  ne  vaut  qu'autant   qu'il   est  certain 
que  le  Concile  a  approuvé  et  souscrit   l'écrit  de  Fauste   à 
Lucide.  Or'  de  l'aveu  du   P.   Sirmond  même,   il  n'a   été  conc.suPP.  p.39.1 
souscrit  que  de  Fauste  seul  ;   et  l'on  ne  sçauroit  dire  pré-  tulV' m^  ' 
cisément  comment  y  ont  été  insérées   les   souscriptions  de 
dix    autres  Evêques  qui   s'y  lient  aujourd'hui.  '   Canisius  m.  pp.  i.  8. 
avoit  déjà  remarqué,  qu'elles    ne   se   trouvent    point    dans  °~J'   ' 
le  manuscrit  sur  lequel  il  nous  a  donné  cette  pièce.  '  Il  au-  Nor.  Uwi.  p-  290. 
ra  pu   cependant   arriver   que   Fauste,    après  avoir  envoie 
cet  écrit  a  Lucide  avec  sa  signature   seule,    l'aura  fait  si- 
gner ensuite  par  les   dix   autres  Evêques,  afin   de    l'auto- 
riser davantage  ;  mais  non  dans  le  Concile  d'Arles. 


N' 


II  CONCILE  DE  LYON 

ous  sçavons  très-peu  de  chose  de  ce  Concile;  et  le 
peu  que  nous  en  sçavons,  c'est  encore  Fauste  de 
Ries  qui  nous  l'apprend.  '  Il  se  tint  durant  que  ce  Prélat  Faust,  ad.  Léon, 
travailloit  à  son  ouvrage  sur  la  grâce,  et  peu  de  tems  '*  '  " 
après  la  conclusion  de  celui  d'Arles,  dont  nous  venons 
de  parler.  Comme  il  s'étoit  élevé  quelques  nouvelles  er- 
reurs depuis  la  fin  de  cet  autre  Concile ,  celui  de  Lyon 
demanda  que  Fauste  ajoutât  à   son   écrit   certaines   choses 

sur   ce    sujet.  '   De-là    Vossius  conclud   que   les    Pères    de  Voss.  hist.  m.  1 
»  .1  »  n  1       •  .     1,.  1.  c.  49.  p.  m. 

Lyon  proscrivirent  les  mêmes  erreurs,  qu  avoit  déjà  con- 
damnées le  Concile  d'Arles.  Mais  il  ne  croit  pas  que  les 
additions  qu'ils  exigèrent  que  l'on  fît  au  livre  de  Fauste, 
regardassent  la  même  chose.  Il  ne  voit  point  non  plus  de 
fondement  pour  se  persuader,  que  ce  Concile  ait  ap- 
prouvé tous  les  sentiments  de  Fauste,  et  qu'il  ait  été  aussi 
opposé  que  cet  Evêque  à  la  doctrine  de  S.  Augustin.  '  Il  p  114. 
croit  au  contraire,  que  Fauste  passa  les  bornes  de  sa  com- 
mission, et  qu'il  trompa  le  Concile.  Pour  ce  qui  est  de 
l'ouvrage    de    ce   Prélat,   il    ajoute    que   l'on    n'a   aucune 

M  m  m  ij 


V    SIECLE. 


460  Iï  CONCILE  DE  LYON. 

preuve  que  le  Concile  l'ait  approuvé.  Il  n'a  pu  effecti- 
vement le  faire;  puisque  Fausle  ne  l'avoit  pas  encore 
composé,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  remarqué  sur  ce 
qu'il  en  dit  lui-même. 
Conc.t.i.p.ioic.  '  On  trouve  dans  un  ancien  manuscrit  des  Conciles, 
une  note  qui  parle  du  livre  des  dogmes  Ecclésiastiques 
que  S.  Patient  présenta,  sans  qu'elle  marque  en  quelle 
occasion.  Mais  on  voudroit  le  faire  entendre  du  Concile 
de  Lyon,  et  du  livre  que  Gennade,  Prêtre  de  Marseille, 
composa  des  dogmes  Ecclésiastiques.  De  sorte  que  com- 
me l'écrit  de  Fauste  a  été  approuvé  selon  eux  par  le 
Concile  d'Arles,  ce  que  néanmoins  nous  avons  montré 
être  faux  :  de  même  celui  de  Gennade  auroit  été  ap- 
prouvé aussi  dans  le  Concile  de  Lyon.  Mais  on  a  soin  d'a- 
jouter, et  avec  juste  raison,  que  l'on  n'ose  rien  assurer  sur 
cela,  parce  qu'il  n'y  a  rien  de  certain.  Il  n'y  a  rien  de 
positif  non  plus,  ni  touchant  les  Evêques  qui  assistèrent  à 
ce  Concile,  ni  touchant  le  temps  précis  auquel  il  s'est  te- 
nu; quoique  l'on  ne  puisse  pas  légitimement  douter  que 
ce  n'ait  été  sous  S.  Patient,  qui  gouverna  l'Eglise  de  Lyon 
jusques  vers  l'an  480.  Cette  époque  ainsi  fixée,  sans  qu'on 
ait  de  légitime  fondement  pour  la  reculer,  fournit  une 
preuve  convaincante,  que  ce  ne  fut  point  le  traité  des 
Dogmes  Ecclésiastiques  de  Gennade,  qui  fut  présenté 
dans  cette  assemblée ,  supposé  qu'on  y  présentât  quel- 
que écrit  de  cette  nature.  La  raison  en  est  sans  réplique; 
puisque  ce  traité  de  Gennade  ne  fut  composé  que  long- 
temps après.  En  effet  nous  ferons  voir  que  c'est  le  même 
que  le  traité  de  sa  doctrine  qu'il  adressa  au  Pape  S.  Gé- 
lase,  qui  ne  monta  sur  le  S.  Siège  qu'au  mois  de  Mars 
4()2. 


Y     SIECLE. 


N 


BENOIT'  PAULIN. 

ous     sommes    redevables    particulièrement    à    Fauste  , 
Evêque  de  Ries,    de    la    connoissance   de  cet  Auteur, 
et  du  peu  qu'il  a  écrit.    Cependant   dès   le    même   siècle, 
qui  étoit  le  5e  de  l'Eglise,  il  se  trouve  des  variations  sur 
les  circonstances  de  son   histoire  ;  et    les  siècles   suivants , 
bien  loin  de  les  fixer,  les  ont  encore  augmentées.  '  S.  Avite  Avit.  ep.  *.  p.3o- 
de  Vienne  a  douté  si  ce  n'étoit  point  un  Paulin  de  Bour- 
deaux,  qui  a  écrit,  dit-il,  beaucoup  de   choses   d'une  ma- 
nière toute  catholique,  et  où  la  foi  ne   trouve   rien   à   re- 
prendre. '  Il    paroît   par-là   que  S.    Avite   entend  le  grand  rai.  h.  e.  t.  12. 
S.   Paulin   Evêque   de   Noie.  Mais   outre    qu'il   n'a  jamais  p-  416, 
porté  le  nom    de   Benoît ,    il    étoit   peut-être   mort ,    avant 
que  celui  qui  fait  le  sujet  de  cet  article,  vînt  au  monde, 
et  certainement    avant   que    Fauste,  qui  a   répondu   à   ses 
questions,  fît  aucune  figure  dans  l'Eglise. 

'  Le  P.  Sirmond  dans  la  suite  a  cru  que  ce  pouvoit  être  sir.in  Avit.  p.  30. 
Paulin ,   petit-fils   d'Ausone ,    l'auteur    de   X Eucharisticon  , 

3ui  vint  finir  ses  jours  à   Marseille   dans   la   pénitence,  et 
ont    nous   avons    donné   l'histoire.    A    la    vérité    celui-ci 
'peut  avoir  vécu  jusqu'à  l'Episcopat  de  Fauste;  mais  il  n'a  rai.  p.  *n. 

f)û  lui  faire  les  questions  que  lui  fait  celui  dont  nous  par- 
ons ici.  Enfin  d'autres  auteurs  l'ont  confondu  avec  Pau- 
lin de  Perigueux,  qui  a  mis  en  vers  l'histoire  de  S.  Mar- 
tin de  Tours,  et  n'ont  pas  fait  difficulté,  de  faire  porter 
à  ce  dernier,  le  prénom  de  Benoît  à  la  tête  de  son  ou- 
vrage. '  Mais  la  même  raison  que  nous  venons  d'alléguer,  THLiMi. 
pour  montrer  que  ce  n'est  point  l'auteur  de  Y  Eucharisticon, 
détruit  cette  autre  conjecture.  En  effet,  Paulin  de  Peri- 
gueux étoit  déjà  vieux  en  470,  et  avoit  un  petit-fils  près 
de  se  marier. 


'  C'est  ainsi  que  l'on  nomme  cet  Auteur  qui  en  ce  cas  signifioit  beatus,  bienheu- 
dans  les  imprimés.  Il  y  a  néanmoins  bien  reux  ou  saint.  Mais  nous  laissons  les  dio- 
de l'apparence  que  le  prénom  de  Benoit  ses  comme  nou3  les  trouvons  ;  et  ce  pré- 
lui  sera  venu  d'un  B  majuscule,  qui  aura  nom  nous  servira  a  distinguer  ce  Paulin  des 
été  mis  devant  son  nom  par  ceux  qui  l'au-  autres  grands  hommes  de  ce  nom,  qui  ont 
ront  confondu  avec  S.  Paulin  de  Noie,  ce  fleuri  en  ce  siècle. 


V   SIECLE. 


462  BENOIT    PAULIN. 


On  auroit,   peut-être,   plus   de    fondement   pour  croire 
sid.  s.  1.8.  ep.  i2.  que    c'est  '    Paulin,    fils    de    Ponce   Léonce,   Sénateur   de 
îiiiluïî.i. ,08*       Bourdeaux,   et    Le    premier   Seigneur  d'Aquitaine,'    vers 
460.  Mais  il  faudroit  supposer  que  son  illustre  naissance 
et  ses  grands   biens  lui  eussent  acquis   le   droit   d'ignorer 
les   premiers   principes   de   la    religion.    D'ailleurs    Benoît 
Paulin  ne  parle  point  comme  un  homme  de  cette  qualité. 
Ce  qui  est  sans  contradiction,  c'est  que  le  nom  de  Paulin 
étoit  alors   fort  commun   dans  nos  Gaules,    et  particuliè- 
rement à  Bourdeaux. 
Avit.  iind.  '  Benoît  Paulin  étoit  de  la  même  ville,  a  et  avoit    un 

PF«l!'2ad  Paul'  61s  nommé   Eminence,  qui    faisoit    déjà  la   gloire    de  son 
p.  530.  2.  père.  '  Il  écrivoit  souvent  à  Fauste  dès-lors  Evêque  et  an- 

cien docteur  de  l'Eglise;  et  Fauste  lisoit  toujours  avec  ad- 
miration ce  qu'il  lui  écrivoit.  Il  loue  même  beaucoup  son 
éloquence  et  la  lumière  de  sa  foi.  Fauste  auroit  parlé  plus 
exactement,  et  se  seroif  mieux  soutenu  dans  son  discours, 
s'il  s'étoit  seulement  borné  à  louer  le  désir  qu'il  avoit  de 
s'instruire  dans  la  foi.  Car  il  avoue  que  Paulin  ignoroit 
bien  des  choses  sur  la  religion,  et  qu'il  y  en  avoit  beau- 
p.  552.  î.  coup   d'autres    qu'il    n'entendoit   pas.'    Ce    fut   pour  s'en 

éclaircir  qu'il   s'adressa  d'abord   à  un  saint  homme   nom- 
mé Marin,  qui  lui  ouvrit  les  yeux  sur  divers  points  qu'il 
p.  550. 2.  ignoroit.  '  Paulin  justement  enraïé  sur  l'état  de   son   ame, 

eut  recours  à  Fauste.  Il  dressa  un  mémoire  contenant  les 
questions  suivantes,  auxquelles  il   le  prioit   de   lui  donner 
les  éclaircissements  nécessaires, 
iwd.  'La  première   question    regarde  la   pénitence   à  l'article 

de  la  mort.  Paulin  demandoit  si  en  ce  cas,  où  l'on  peut 
bien  se  confesser,  mais  où  l'on  n'a  pas  le  temps  de  satis- 
faire, la  pénitence  d'une  personne  qui  a  passé  long-tems 
dans  le  péché,  et  qui  en  gémit  alors,  quoique  seulement 
durant  quelques  heures,  peut  passer  pour  une  vraie  péni- 
tence ? 
ibki.  'La  seconde    question    de    Paulin    consistoit  à  sçavoir, 

si  la  seule  foi  du   mystère  de  la   Trinité   suffit  pour  être 
sauvé  ? 
P.  55i.  2.  '  La  troisième,  si   les   âmes  délivrées  des  corps  qu'elles 

animent,   perdent  les  facultés    du  sentiment   et   de  l'intel- 
ligence? 
ibid.  '  La  quatrième,  de  quel  malheur  sont  délivrés  après    la 


BENOIT    PAULIN.  463 

V     SIECLE. 


mort,  ou  dans   quel   malheur  tombent  les   méchants  dont 
il  est  écrit  :  Le  désir  des  pécheurs  périra? 

'  La  cinquième,  si  l'âme  est  corporelle  ou  incorporelle?  iua. 

'  La  sixième,  pourquoi  le  péché  actuel  qui  se  commet 
dans  le  corps ,  devient  commun  à  l'ame  qui  l'anime , 
comme  le  péché  originel  se  communique,  et  souille  l'un 
et  l'autre  :  de  sorte  que  comme  l'un  et  l'autre  ont  part  au 
crime  et  au  châtiment  qui  le  suit,  de  même  l'un  et  l'au- 
tre ont  aussi  part  à  la  récompense  de  la  gloire  qui  est  dûë 
à  la  vertu? 

'  La    septième ,    comment    lame    qui    est    immortelle ,  iwd. 
peut  être  punie  pour  des  vices  qui  ne   sont  point  de    du- 
rée? 

'La  huitième,  si  l'ame  et  l'esprit  sont  la  même  chose,  îwa. 
ou  comment  on  les  peut  distinguer  l'un  de  l'autre? 

'  Dans  une   neuvième    question ,  ou    dans   le    corps    du  p.  552.  1. 
mémoire,  Paulin  avoùoit  bien  que  l'on    perdoit  la  grâce 
du  baptême  en  commettant  beaucoup   de  crimes;  mais  il 
doutoit   néanmoins    que    ceux   qui   étoient    baptisés ,    fus- 
sent damnés   à  cause  des  péchés  qu'ils  auroient   commis. 

'  Ces   questions  fournirent    à   Fauste    la  matière    d'un  p.  5*0-552. 
petit  traité,  qu'il  adressa  en  réponse  à  Benoît    Paulin.    Il 
lui  répondit  sur  tous  les  articles  qu'il  lui  avoit  proposés, 
et  ne  fit  que  le  confirmer  dans  la  juste  fraïeur  que  Marin 
lui  avoit  donnée. 

'  Sur  la  première  question,  Fauste  montre  fort  bien  le  p.  ssu.  2. 
peu  d'assurance  qu'il  y  a  dans  les  conversions  qui  ne  se 
font  qu'à  la  mort,  et  que  c'est  en  quelque  manière  in- 
sulter à  Dieu,  que  d'attendre  à  recourir  au  médecin  en 
un  temps  où  l'on  est  hors  d'état  de  le  faire,  après  avoir 
négligé  d'y  avoir  recours  lorsqu'on  le  pou  voit.  '  Mais  ibiu.  |Tiii.P.u7. 
aussi  l'on  remarque  que  Fauste  semble  aller  jusqu'à  vou- 
loir que  ces  conversions  soint  toujours  inutiles,  et  à  con- 
damner par-là  la  pratique  générale  de  l'Eglise  :  ce  qui 
lui  attira  une  critique  de  la  part  de  S.  A  vite  de  Vienne, 
comme  nous  le  dirons  ensuite. 

'  A  la  seconde  question   Fauste   relevé   extrêmement   la  Faust,  ibid.  p. 550. 
nécessité  des  bonnes  œuvres,  et  prouve  que   sans   elles  la 
foi  est  inutile  :  '  ce  qui  est  vrai,  à  moins  que  les  œuvros  th.  p.  4is. 
ne  soient  impossibles,  comme  elles  le  sont  à  une  personne 
qui  se  convertit  à  l'article   de   la  mort.    Comme  Fauste 


V    SIECLE. 


464  BENOIT   PAULIN. 

n'avoit  pas  songé  à  faire  cette  exception,  S.  Avite  cen- 
sura encore  cet  endroit  de  sa  réponse. 

Faust,  itnri.  p.551.       '  Fauste  résoud  la  troisième  question   par  l'exemple    du 

lblJ'  mauvais  riche  de  l'Evangile,  qui  au  milieu  des  tourments 

de  l'enfer,  se  souvient  de  ses  cin<^  frères  qu'il  a  laissés 
après  lui  dans  le  monde,  et  qui  touché  d'affection  pour 
eux,  prend  soin  de  leur  procurer  le  moïen  de  faire  péni- 
tence, et  d'éviter  ce  lieu  de  supplice. 

ami.  '  A  la   quatrième  question   Fauste  répond,  que   lorsque 

l'ambition  et  la  cupidité  pour  les  biens  de  la  terre  seront 
détruites,  comme  elles  le  sont  à  la  mort,  les  sens  étant 
alors  d'autant  plus  vifs  qu'ils  seront  plus  dégagés  de  tout 
autre  objet,  sentiront  tout  le  poids  du  compte  qu'il  fau- 
dra rendre  à  Dieu,  du  jugement  terrible  qui  se  présen- 
tera à  subir,  et  de  la  pensée  de  l'éternité  où  l'on  va  en- 
trer. 

p.  ssi.  i.  2.  '  Sur  la  cinquième  question  il  établit   son   fameux  pré- 

jugé, qu'il  développe  davantage  ailleurs,  qu'il  n'y  a  que 
Dieu  seul  qui  soit  incorporel. 

2.  '  A  la  sixième  il  répond  par  l'expérience  de    ce   qui   se 

passe  en  nous.  Nous  sentons,  dit-il,  que  notre  ame  est 
comme  la  maîtresse  qui  commande,  et  la  chair  comme 
la  servante  qui  obéit.  L'une  forme  le  dessein,  l'autre  l'e- 
xécute ,  et  si  la  volonté  ne  commandoit  point,  la  chair 
ne  lui  prêteroit  point  son  ministère. 

ibid.  '  A  la  septième  Fauste  répond,  que   bien   que  les  vices 

et  les  péchés  ne  soient  que  passagers,  néanmoins  les  sup- 
plices qui  les  suivront,  seront  éternels. 

lin,).  '  A  la   huitième,  que   l'homme    n'est    composé    que  de 

deux  substances,  de  l'ame  et  du  corps;  mais  que  l'on 
y  peut  distinguer  l'ame  et  l'esprit  sous  deux  différents  re- 
gards; ainsi  que  le  même  nomme  peut  être  considéré 
comme  homme  charnel  et  homme  spirituel. 

p.  552.  i.  '  Enfin  Fauste  montre  à  Paulin  par  divers   passages  de. 

l'Ecriture,  combien  il  se  trompoit  de  douter  que  ceux 
qui  avoient  reçu  le  baptême,  ne  seroient  point  damnés 
pour  les  péchés  qu'ils  auroient  commis  dans  la  suite. 

Bib.  pp.p.t.3.  p.        La  letre  de  Benoit  Paulin  à  Fauste  est  dans  la  Biblio- 

37-  38'  theque  des  Pères  de   la   dernière  édition  de  Paris,  où  elle 

porte  le  nom  de  S.  Paulin  Evêque  de  Noie.  Mais  les  édi- 
teurs ont   eu   soin  de  marquer  que  cette  inscription   est 

fausse 


BENOIT  PAULIN.  465     y  SIECLE_ 


fausse.  Il  y  a  lieu  de  s'étonner  ,  de  ce  que  ceux  qui  ont 
pris  soin  de  mettre  au  jour  la  Bibliothèque  des  Pères  de 
Lyon ,  aient  oublié  de  réimprimer  cette  pièce  à  la  tête 
de  h  réponse  de  Fauste ,  comme  elle  est  dans  la  Biblio- 
thèque des  Pères  de  Paris. 


SAINT    EUPHRONE, 

Evêque  d'Autun. 


0 


s  1 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

n  ne    nous   apprend    rien  ,  ni  de  la  naissance  ni  de 
l'éducation    de    S.    Euphrone.     Seulement  '    on    sçait  Gr.  t.  H.Fr.i.a. 
que  n'étant  encore  que  Prêtre ,  il  donna  des  marques  de  c" 15-  p' C9' 
sa  pieté    sincère  ,  et    de  son   juste  zèle  pour  la  gloire    de    • 
Dieu  ,  en  faisant  bâtir  dans  la  ville  d'Autun  une  Eglise  en 
l'honneur  et  sous  l'invocation  de  S.  Symphorien.  On  peut 
juger  par-là  que  S.   Euphrone  étoit  natif   d'Autun   même. 
11    en  fut    ensuite  Evêque ,   '  et   gouverna    fort    long-tems  sjj.  i.  4.  op.  as. 
cette  Eglise.  a  II    devint  même  dans    cette  dignité  une  des  3io.956ip'  *'  v 
plus  grandes  lumières  qu'eût  alors  l'Eglise   Gallicane.  On  i T«i.1' *"  **'*' 
ignore  le  tems  de    son  ordination  ;   mais    on  croit  qu'elle 
se  put  faire  20  ans  au  moins  avant  celle    de  S.    Sidoine  , 
c'est-à-dire ,  vers  l'an  451  au  plus  tard.  t.  3.  p.  *e. 

Le  mûme  S.  Sidoine  nous  donne  une  grande  idée  du  sid.  1. 4.  ep.  25. 
mérite  de    nôtre    Saint.    N'étant    encore    que    Laïc ,   il  le  *' 310-' 
regardoit  comme  son  père  et  son  patron  ;  '  et  lorsqu'il  fut  1. 1-  ep.  8. p. 439. 
engagé  dans    le  sacré  ministère ,  il   souhaitoit  d'être  assez 
proche  de   lui ,    pour    le  pouvoir  consulter  sur  les  moin- 
dres choses  comme  sur  les  plus  grandes.   Il  s'assûroit  que 
s'il  a  voit  l'avantage  de  ne  rien  faire  que  par  son  avis ,  il 
éviteroit   aisément    de  -faire     aucune     faute ,  soit  pour  sa 
conduite  particulière,  soit  pour  le    règlement  de  son  Dio- 
cèse. 

S.  Euphrone  s'appliquoit  avec  soin  à  s'instruire  de  la  1. 9.cp.p.Rsi. 
science  nécessaire  à  un  Evêque ,  dans  les  écrits  des  Pères 
Tome  II.  N  n  n 


V    SIECLE. 


4bG  S.  EUPHRONE, 


de  l'Eglise ,  et  sur-tout  d'Origene,  de  Saint  Jérôme  et  de 
S-.  Augustin.  Cependant  quoique  rempli  de  la  doctrine 
de  ces  Pères ,  il  ne  dédaignoit  pas  de  vouloir  encore  ap- 
prendre de  ses  collègues  dans  l'Episcopat,  qui  étoient 
beaucoup  moins  anciens  que  lui.  Ce  fut  dans  ce   dessein 

p.  060.  '  qu'il  écrivit  à  S.  Sidoine  par  l'Evêque  Albison  et  le  Dia- 

cre   Procule ,    deux    élevés   de    l'Eglise    d'Autun ,    comme 

P.  ml  il  semble  ,  et  ses  disciples ,  '  pour  le  prier  de  vouloir  bien 

lui  envoïer  quelques  explications  sur  l'Ecriture.  Mais  s'il 
eut  assez  d'humilité  pour  demander  instruction  à  S.  Sidoi- 
ne ,  ce  Saint  n'en  eut  pas  moins  pour  s'en  excuser. 

nu.  t.M.y.m.  Vers  l'an  470,  "  lorsque  S.  Euphrone  étoit  déjà  fort 

pSm  3ioP'25'  âgé  ,  il  se  rendit  à  Chàlons  sur  Saône  avec  S.  Patient  Evo- 
que de  Lyon  et  les  autres  Prélats  de  la  Province ,  pour 
y  ordonner  un  Evoque  en  la  place  de  Paul  surnommé  le 
jeune ,  mort  depuis  peu  de  tems.  Sa  présence  y  contribua 
beaucoup  à  dissiper  les  brigues  du  peuple  et  la  division  des 
Ecclésiastiques,  et  à  faire  tomber  l'élection  sur  Jean  qui 
étoit  un  Prêtre  d'une  sainteté  reconnue ,  et  que  l'Eglise 
honore  comme  un  Saint.  Dès  ce  tems-là  S.  Sidoine  esli- 
moit  heureux  cet  Evêque  de  Châlons ,  d'avoir  été  ordonné 
sur  le  témoignage  et  le  jugement  de  S.  Euphrone. 

Tiii.  ibid.  Environ  deux  ans  après  ,  c'est-à-dire  '  en  472 ,  k   l'E- 

pS,i39.'7  cp-8'  glise  de  Bourges  aïant  besoin  d'un  Evêque,  S.  Sidoine 
qui  semble  avoir  présidé  à  cette  élection ,  écrivit  à  nôtre 
Saint,  pour  le  prier  ou  d'y  venir  en  personne,  ou  au  moins 
de  mander  son  avis  touchant  Simplice ,  que  l'on  propo- 
soit  pour  remplir  ce  siège.  La  letre  que  Saint  Sidoine  lui 
écrivit  à  ce  sujet ,  est  très-honorable  à  sa  mémoire.  11 
l'assure  que  l'on  suivra  absolument  son  avis  et  son  senti- 
ment; qu'il  avoit  assez  de  lumière  pour  ne  conseiller  que 
ce  qui  étoit  véritablement  juste  et  utile ,  et  assez  d'auto- 
rité sur  tout  le  monde,  (jour  faire  recevoir  ses  conseils 
comme  un  commandement  et  une  loi.  Nous  ne  trouvons' 
nulle  part  ce  que  lit  S.  Euphrone  sur  cela. 

Il  vécut  au  moins  jusqu'en  l'année  475 ,  s'il  est  vrai  que 

Conc.t.i.p.iou.  ce  soit  son  nom  '  qui  se  trouve  parmi  ceux  des  Evêques 
qui  assistèrent  vers  cette  même  année  au  concile  d'Ar- 
les ,  tenu  sur  la  fameuse  affaire  de  Lucide.  On  prétend 
que  le  même  Euphrone  a  signé  la  lelre  Sémipélagienne 
de  Fauste  à  ce  Lucide,  et  qu'il  en  a  admiré  la  sainteté  et 


EVÊQUE  D'AUTUN.  467     „  ïimr' 

*  V    SIECLE. 

la   perfection.  "  Mais   ce   fait   paroit   tout   à   fait  faux  aux  Tiu>  ibid.  ,K  i33. 
plus   habiles   critiques ,   outre   que   le   diocèse   de  cet  Eu- 
phrone  n'est  point   marqué   dans   ces  deux   endroits.  Rien 
n'empêche  'au    contraire    que    nôtre    S.'   Evêque    ne   soit 

cet  Euphrone  que  S.  Perpétue  de  Tours  qualifie  dans  son  Spic.  t.  5.  p.ioo. 
lestament  son  collègue  et  son  très-cher  frère ,  et  à  qui  il 
donne  des  marques  d'une  estime  et  d'une  amitié  très-par- 
ticulière ,  en  lui  léguant  une  châsse  d'argent  pleine  de 
reliques,  et  un  livre  des  Evangiles  écrit  de  la  main  de  S. 
Hilaire  de  Poitiers.  S.  Perpétué  sçavoit  par  expérience 
quelle  vénération  S.  Euphrone  avoit  pour  les  Saints  ; 
'  puisqu'il  avoit  reçu  de  sa  pieuse  libéralité,  le  marbre  dont  Gr.  t.  h.  Fr.1.2. 
il  couvrit  le  tombeau  de  S.  Martin. 

On  ne  sçait  point    précisément    l'année    de    la    mort  de 
S.  Euphrone.  '  Mais    comme  le    testament    dont  nous  ve-  Spic.  au.  p.  103. 
nons  de  parler,  est  du  premier  jour  de  Mai  473,  '  et  que  Tin.  \m. 
S.  Perpétué    vécut  encore  au  moins  jusqu'en   190 ,  il  y  a 
bien  de  l'apparence  que  S.    Euphrone  le   précéda   dans  le 
ciel ,  et  alla  s'unir  à  S.  Hilaire  et  aux  autres  Saints ,  dont 
S.  Perpétué  vouloit  lui  laisser  des  reliques.  'Il  fut  enterré  G»H.Chr.  vet.t.2. 
dans  l'Eglise  de  S.  Symphorien  qu'il   avoit   bâtie ,  comme      "'  ' 
nous  avons  dit ,  et  qui  est  aujourd'hui  un  prieuré  conven- 
tuel de  l'ordre  de  S.  Augustin.  '  On  a  mis  son  nom  dans  le  Tffl.  au. 
martyrologe  Romain,  au   3e  jour  du  mois  d'Août.  '  S.  Si-  ttw.- 1 Hd.i.».«p. 
doine    parlant    d'Albison ,    Evêque  peut-être    de    Langres ,    '  l> 
et    de    Procule    Diacre ,    dit   qu'il    les    falloit    reconnoître 
pour    des    maîlres   de   la   morale   et  de  la  conduite  Chré- 
tienne ,    puisqu'ils  avoient   eu  le   bonheur  d'être  les  disci- 
ples de  S.  Euphrone.  '  On  ne  met  point  d'Evêque  entre  lui  c.aii.  ciir.  ii.i.i.p. 
et  S.  Pragmace,  qui  assista  au  Concile  d'Epaunel'an  l'Ai. 

Mais  il  faut  apparemment  qu'il  y  en  ait  eu  un  au  moins  un.  ibid. 
entre  les  deux. 

S   "• 

SES   ECRITS. 

De  tous  les  écrits  ,  letres  ou  autres ,  que  S.  Euphrone 
a  pu  laisser  durant  le  cours  d'un  long  Episcopat,  on 
n'a  encore  jusqu'ici  pu  recouvrer  qu'une  letre  célèbre,  qui 
lui  est  commune  avec  S.  Loup  Evêque  de  Troïes.  '  Elle  Cnnct.4.p.io*8, 
est  adressée  à  Talase  Evêque  d'Angers,  en  réponse  au  mé- 
moire   qu'il    avoit  fait  rendre  à  ces   deux    Evêques,  pour 

N  n  n  ij 


V    SIECLE. 


408      S.  EUPHRONE,  EVÊQUE  D'AUTUN. 


leur  proposer  quelques  difficultés  sur  la  discipline  Ecclé- 
siastique. Il  s'agissoit  en  particulier  de  la  manière  qu'il 
falloit  célébrer  les  veilles  de  Pâque ,  de  Noël  et  de  l'E- 
piphanie, et  du  mariage  des  Clercs  inférieurs.  S.  Loup  et 
S.  Euphrone ,  qui  se  trouvo.ient  alors  ensemble ,  y  répon- 
dirent de  la  manière  que  nous  détaillerons  plus  ample- 
ment à  l'article  de  S.  Loup.  Seulement  nous  remarque- 
rons ici  en  faveur  de  S.  Euphrone  ,  que  cette  letre  lui  est 

P.  io<9.  fort  honorable ,  '  puisque    l'on  y  voit  qu'il  portoit  encore 

plus  loin  que  S.  Loup  l'exactitude  de  la  discipline.  Dans 
l'Eglise  de  Troïes  on  ne  déposoit  et  on  ne  privoit  de  la 
communion  que  les  Soùdiacres  et  les  Exorcistes  ,  lorsqu'a- 
près  leur  ordination  ils  passoient  à  de  secondes  noces  ; 
mais  dans  l'Eglise  d'Autun  sous  S.  Euphrone,  on  dépo- 
soit  même   les   Portiers ,  et  on  les  privoit  de  la  commu- 

p.  1048.  i(M9 1  g.  nion  lorsqu'ils  avoient  la  témérité  de  se   remarier.  '  Celte 

1. 1.  p.  iî4.  jetre  •  £ut  écrite  vers  la  fin  de  453,  se  trouve  dans  le 
recueil    général    des    Conciles,    dans    celui    du  Père    Sir- 

Gaii.  ctir.  iwd.p.  mond ,  '  et  dans   la  Gaule    Chrétienne  de   Mrs   de  Sainte 

29-  *•  Marthe. 

idat.  chr.  p.  305.  '  S.  Euphrone  avoit  écrit  une  autre  letre  qui  lui  étoit 
particulière ,  mais  dont  nous  sommes  malheureusement 
privés,.  Il  y  faisoit  au  Comte  Agrippin  ,  à  qui  elle  étoit 
adressée ,  une  relation  des  prodiges  célestes  ,  que  l'on 
avoit  vus  dans  les  Gaules  au  mois  de  Septembre  et  les 
jours  de  Pâque  de  l'an  452.  C'est  toute  la  connoissance 
qui  nous  reste  de  ce  monument  digne  de  curiosité,  s'il 
existoit  encore. 


469 


V    SIECLE. 


PAULIN 

de  Perigueux,  Poète  Chrétien. 

S  I 

HISTOIRE    DE  SA  VIE. 

Paulin  à  qui   quelques  modernes  donnent   sans  aucun  Bib    -  ,  6 
fondement  légitime   le   prénom    *   de   Benoît,    *   étoit  i|Fab.bib.iat.aPP. 
Gaulois  de  nation,  comme   il   le   témoigne   lui-même   des  f'Pauï.vit.Mar.i. 
l'entrée  de  son   principal  ouvrage.  b  Quelques  manuscrits,  Jj£  ?n  j^ 
selon  le  P.  Sirmond,  le  surnomment  *  Petricordium,  ce  que  1073.' |  tui.  h.  fc. 
l'on  croit  être  pour  Petrocorium,  c'est-à-dire  de  Perigueux  ; 
et  cela  est  reçu  aujourd'hui   sans  difficulté.   Nous  avons 
même  jugé  à  propos  de  lui  donner  ce   surnom   dans  son 
titre,  afin  de  le  distinguer  plus  aisément  des  autres  grands 
hommes  de  même  nom  que  lui,  qui  ont  fleuri  en  ce  siècle. 
Il  y  a  toute  apparence  qu'il  étoit  fils  '  de   Paulin   ce   ce-  Si(1  s  ,  8     u 
lebre  Rhéteur  de  Perigueux,  dont  parle    S.    Sidoine   dans  p-  *•*&■  «ra- 
sa letre  à  Loup,  qui  étoit  de  la  même  Ville.  '  Le  P.  Sir-  Dnpinibjb   t  4 
mond  prétend  néanmoins  que  ces   deux  Paulins   n'étoient  p-  ■**■ 
qu'une  même  personne.  Mais  sa  conjecture,  remarque  M. 
Dupin  avec  raison,  n'est  pas  bien  appuiée.  En  effet  '  il  est  Sid  ibid 
certain  que  S.  Sidoine  parle  de  Paulin  le  Rhéteur  comme 
mort  depuis  un  assez  long  temps  ;  et  il  n'est  peut-être  guè- 
res  moins  certain  que  lors  qu'il  en  parloit  de  la  sorte,  l'au- 
tre Paulin  vivoit  encore.    D'ailleurs   l'un  étoit   Rhéteur  et 
cultivoit  l'éloquence,  selon  S.  Sidoine;  '  et  l'autre  ne  se  Paal.  vi,  Mar  , 

5.  v!  482. 

•  Voie:   la  note   sur  Benoit  Paulin  pag.  dans   les  anciens    signifie  la  ville  de  Péri- 

709.  On  peut  a«sûrer   que  le  prénom   de  gueux,   le   fait  raisonner    de  celte  sorte. 

Benoit  est  venu  au  Paulin  oui  tait  le  sujet  «Dans  les  manuscrits,  ditM.  Dupin, P  auiin 

de  cet  article,  de   l'interprétation  erronée  est  appelé  Petricordiut,  c'est-à-dire  de  Pe- 
qu'on   a  donnée  an    B   majuscule,    qu'ont 


rigueux.  Le  P.  Sirmond  prétend  que  c'est 
Petroeoriui  .  et  que  Petrocorium  signifie 
Besancon.»  Mai»  Te  P.  Sirmond  se  sert  de 


mis  devant  son  véritable  nom  ceux  qui 
I  ont  confondu  avec  S.  Paulin  Evéque  de 
Noie.  Veutiia  ,  comme   nous  avons  dit  ;<  et  assu- 

•  '  M.    Dupin  ne  faisant  pas  assez  d'at-      rément  M.   Dupin  a  tort  de  le  traduire  par    DnPin»   oib.    t.  4. 
lention  i  la  signification  du  terme  de  Ve-       Besançon,  au-lieu  de  Perigueux.  P-  ^3- 

iuna  qu'emploie  le  P.    Sirmond,  et    qui 

3  3 


470  PAULIN 

V    SIECLE. 

mêloit  que  de  poésie,  comme  il  le  dit  lui-même. 
1.  6.  v.  a.  as.  '  Celui  dont  nous  donnons  l'histoire,  fleurissoit  sous  l'E- 

piscopat  de  S.  Perpétue,  qui  gouverna  l'Eglise  de  Tours  de- 
<i«  nep.pr.p.i23 1  puis  461  jusqu'en  491.  '  Ce  S.  Prélat  faisoit  une  estime 
vu.  «far. i.6.  v.i-  particuliere  de  Paulin,  qui  avoit  aussi  pour  lui  une  sincère 
vénération,  le  qualifiant  son  patron  spécial  auprès  de 
vit.  Mar.  i.  s.  v.  Dieu.  Il  semble  que  ce  fut  à  sa  prière  '  que  Paulin  entreprit 
194-202  i  t.  482.  ^  mettre  en  verSi  ce  qUe  g  Sévère  Sulpice  avoit  écrit  de  la 
î.  6.  v.  2o.  34.  vie  de  S.  Martin  :  '  à  quoi  il  ajouta  divers  miracles  qui  s'é- 
toient  faits  à  son  tombeau  sous  les  yeux  de  S.  Perpétue, 
Tiii.  ibi.i.  qui  lui  en  avoit  envoie  la  relation.  '  Entre  ces  miracles  il 

y  en  a  qui  regardent  les  guerres  de  son  temps.  Il  y  est  par- 
lé du  Général  Gille  comme  vivant  encore.  C'est  appa- 
remment le  même  que  celui  que  les  François  mirent  à  la 
place  de  Childeric,  et  qui  mourut  en  464. 

Il   est    surprenant  qu'après    des   époques  si   bien   mar- 
Pa«i.  ibid.  not.p.  quées,  '  il  se  soit  trouvé  en  ces  derniers  temps   des  Sça- 
ssï.  i.Bay"  S"  P'  vants,  qui  ont  confondu  ce  Paulin  avec  le  grand  S.  Pau- 
lin Evêque  de  Noie,  qui  mourut  dès  l'an  431.  Mais  il  est 
Pr.  p.  183. 185.     encore  plus  étonnant  '  de  voir  que  S.  Grégoire  de  Tours, 
et  Fortunat  de  Poitiers,  qui  écnvoient  sur  la  fin    du  siè- 
cle suivant,  soient  tombés  dans  la  même  faute  de  con- 
fusion. 
Tin.  h.  e.  t.  le.       '  On  croit  que  ce  fut  vers  465  et  avant  470,  nue  Pau- 
? Panf.de nep.pr.  lin  composa  son  Poëme  sur  S.  Martin.  ■  Apres  lavoir  fi- 
p*M-  ni,  il  s'étoit  condamné  au  silence.  Mais  S.  Perpétue  l'en- 

gagea encore   à  le  rompre;   afin  de    faire  quelques  vers 
p.  127.  '  pour  orner  les  murailles   qui   environnoient  le   tombeau 

Tiii.  p.  403.  Mi.    de  S.  Martin,  '  dans  la  nouvelle  Eglise  qu'il  avoit  bâtie, 
Paul.  ibid.  p.i23 .  et  où  il  avoit  transféré  le  corps  du  Saint  vers  473.  '  S. 
Perpétue  lui  envoïa  à  ce  dessein  le    Diacre  Dominissime, 
que  Paulin  chargea  de  l'inscription  que   demandoit  le   S. 
P.  126.  Evêque.  '  Paulin  étoit  alors  dans  sa  vieillesse,  ■  et  avoit  un 

•  P.  m.  petit-fils  déjà  en  âge  d'être  marié.  De  sorte  que  Paulin  vécut 

au  moins  jusqu'en  473;  et  il  n'y  a  gueres  d'apparence  de 
prolonger  sa  vie  au  de-là  de  476,  ou  478. 


DE   PER1GUEUX.  471     .  „Mtm 

V   SIECLE. 


§11. 

SES   ÉCRITS. 


Mar. 


Le  principal  ouvrage  de  Paulin  est  son   Poëme  sur  la  Hui.  vu.  Mai 
•  vie  et  les  miracles  de  S.  Martin  de  Tours.  Il  est  en 
Vers  hexamètres,  et  divisé  en  six  livres.  '  Les  cinq  premiers  j.  s.  v.  193-211  1 
contiennent  ce  que  S.  Sulpice,  cet  illustre  Auteur,   com- 
me Paulin  le  qualifie  lui-même,  avoit  déjà  écrit  des  ac- 
tions du  même  Saint  Evêque.  '  De  sorte  que  la  vie  de  ce  tui.  1.  10.  p. 3*6. 
Saint  par  le  même  Auteur,  a  fourni  la  matière  des  trois 
premiers  livres  de  Paulin;  et  ce  que  le  même  S.  Sulpice 
y  avoit  ajouté  dans  ses  dialogues,  a  fait  le  sujet  des  deux 
livres  suivants.  '  Pour  ce  qui  est  du  6e  livre,  Paulin  l'em-  Paul.  Umi.  i.e.v. 
ploie  à  décrire  les  miracles  qui  s'étoient  faits  au  tombeau 
de  S.  Martin  sous  les  yeux  de  S.  Perpétue,  conformément 
à  la  relation  que  celui-ci  lui  en,  avoit  envoïée.  '  Il   a   eu  v.  1.  as. 
soin  de  marquer  qu'il  travailla,  et   finit  son    Poëme   sous 
l'Episcopat  du  même  S.  Perpétue. 

Les    Sçavants   conviennent    que   Paulin  a    assez  mal  ».  1  cave,  p.  290. 
réussi  dans  son  entreprise  ;  n'aiant  fait  que  rendre  en  assez  '' 
mauvais  vers  une  prose  fort  élégante,  qu'il  a  même  abré- 
gée.      C'est  ce   qu'il   reconnoît    lui-même ,    avouant    avec  Paul.  ibid.  1.  4.v. 
ingénuité,   qu'étant   incapable    d'écrire   quelque   chose  qui  5"12' 
fût  digne  des  Sçavants,   il   étoit   bien  éloigné   de   préten- 
dre par  son  travail  donner  quelque  lustre  à  ce  qu'un  aussi 
bel  esprit,  qu'étoit  S.  Sulpice,  avoit   déjà  écrit  sur   la  mê- 
me matière.  Qu'il  étoit  persuadé  au  contraire,  que  ses  pa- 
roles passant    par    sa   plume  poëlique,    ne  pouvoient   que 
perdre  leur  énergie  naturelle.  '  Quil  étoit  même  à  crain-  »•*  v.  *78-wi. 
dre  que  la  langueur  de  sa  poésie  ne  réfléchît  jusques  sur 
S.  Martin,  et  qu'elle  ne    ternit   l'éclat   de    la  gloire   qu'il 
s'étoit   acquise.    C'est    pourquoi   il   ajoute   que    ce   n'étoit 
qu'en   tremblant  qu'il    entreprenoit   le  récit  de   ses  gran- 
des actions,  aïant  si  peu  de  talent  pour  s'en  acquitter  d'une 
manière  qui  répondît  à  la  grandeur  du  sujet.  '  Mais  il  ne  1  6.?. 4%. 497. 
put  se  refuser  ni  au  désir  qu'il  avoit  de  contribuer  à  l'é- 
dification des    Fidèles,    dont  quelques-uns   aïant    plus    de 
goût  pour  la   poésie  que  pour  la  prose,   liroient  plus  vo- 
lontiers ses  vers  ;  '  ni  à  la  dévotion  qu'il  avoit  pour  S.  Mar-  !•»•▼.  *-*6. 


V    SIECLE. 


472  PAULIN 


;  tin  :  persuadé  que  son  intercession  auprès  de  Dieu  lui  obtien- 

droit  les  secours  nécessaires  pour  soutenir  son  travail. 

Environ  cent  ans  après,  Fortunat  de  Poitiers  entreprit 
à  son  tour,  de  mettre  aussi  en  vers  les  mêmes  ouvrages  de 
S.    Sulpice;    mais  il  n'y  réussit  pas   encore   si   bien   que 
Paulin  dont  nous  parlons.  Il  y  a  lieu  de  s'étonner  de  ce 
not.  p.  183.  °iue   '   Fortunat  aïant,   comme  il  avoit,   connoissance  du 

Poëme  de  Paulin,  voulût  se  donner  la  peine  de  faire  ce 
que  celui-ci  avoit  déjà  exécuté. 
<ie  nep.  p.  123-      Outre  l'ouvrage  précédent  de  Paulin,  '  nous   avons  en- 
126-  core  de  -lui   un   petit  Poëme   qu'il   composa  pour   conser- 

ver la  mémoire  de  la  guérison  miraculeuse  de  son  petit- 
fils,  et  de  la  jeune  fille  que  celui-ci  devoit  épouser.  L'un 
et  l'autre  étoient  dangereusement  malades,  presque  sans 
espérance  d'en  revenir,  lorsque  Paulin  plein  de  confiance 
aux  mérites  de  S.  Perpétue,  s'avisa  d'appliquer  à  son  pe- 
tit-fils le  mémoire}  que  le  Saint  Evêqu^  lui  avoit  envoie 
signé  de  sa  main.  Aussi-tôt  le  malade  recouvra  sa  première 
santé,  puis  inspira  à  celle, qu'il  devoit  épouser,  le  desse;n 
de  faire  le  même  remède,  qui  eut  sur  elle  un  aussi  heureux 
effet  qu'il  avoit  eu  sur  lui-même.  C'est  ce  que  Paulin 
décrit  dans  ce  petit  Poëme  à  la  mémoire  de  S.  Perpé- 
tue. '  Il  mit  à  la  tête  une  petite  letre  en  prose  adressée 
au  même  Saint  Prélat,  pour  lui  rendre  raison  des  vers 
qu'il  lui  avoit  demandés  pour  orner  les  murailles  autour 
du  tombeau  de  S.  Martin,  et  qu'il  lui  envoia  avec  le  petit 
Poëme  précédent  par  le  Diacre  Dominissime. 
m  '  Nous  avons  encore  ces  vers  en   partie  ;   car  le  com- 

»ib.  pp.  i.  u.  p.  niencement  y  manque.   '  Dans  quelques   éditions  on   leur 
■m.  2.  fait  porter  pour  titre  De  orantibus,  De  ceux  qui  prient.  On 

ne  voit  pas  trop  bien  la  raison  de  ce  titre.  L'Auteur  y  parle 
à  ceux  qui'  alloient  prier  sur  le  tombeau  de  S.  Martin,  et 
leur  rappelle  en  général  le  don  continuel  et  extraordinaire 
des  miracles,  que  Dieu  avoit  communiqué  au  Saint, 
faui.  vit.  Mar.pr.       '  François  Juret  est  le  premier  qui  a  fait  imprimer  les 
Ouvrages  de   Paulin.  11   les   donna   sur   un   manuscrit   de 
not.  p.  174.-335.    Pierre   Pithou,  '  et  y  joignit  de   très-amples  notes  ;  mais 
cave,  p.  as»,  i .     en  attribuant  le  texte  à   S.    Paulin   de  Noie.  '  Cette  pre- 
syii.  pot.  ciir.      miere  édition  parut  à  Paris  l'an  1585.  '  Quelques  Sçavants 
ont  cru  qu'elle  avoit  été  déjà  publiée   à  Dijon   en  un  vo- 
lume in-4°  ;  -  mais  d'autres  aïant  examiné  la  chose    avec 

soin, 


p.   123. 


DE  PERIGUEUX.  473 

»»v""p,«-,  V   SIECLE. 


soin,   ont    reconnu    que  cette    édition  n'étoit  qu'en  idée. 
Du  nombre  de  ceux-ci  est  le  Sçavant  M.  Bigot,  qui   avoit 
une  connoissance  particulière  des  livres  imprimés.  '  Après  cave.  iMd. 
que  Juret  eut  donné  cet  Ouvrage  au  public,  il  passa  dans 
les    divers  recueils  des   Poètes  Chrétiens,  et  dans   les   Bi- 
bliothèques des  Pères  de  Cologne,  '  de  Paris,  et  de  Lyon.  Bib.pn.t.6.p.298. 
Dans  celle  de  Paris  de  1644  il  est  accompagné  des   notes  jjMiP.t.s.p.œi. 
de  l'Editeur. 

Outre  l'édition  de  Juret,  '  nous  en  avons  une  autre  en  Ba.  s.  vin.  c™. 
un  volume  séparé  in  8°,  faite  à  Leipsick  chez  les  héritiers 
de  Frédéric  Lanckisch,   par  les  soins  de  Chrétien   Dau- 
mius.  '  M.  Fabricius  et  Oudin  la  marquent  de  l'an  1681,  Fab.  wb.  îat.app. 
qui  est  en  effet  la  date  de  l'épitre  dédicatoire.  Mais  si  ces  f;  }7  J,0^.80"' 
Sçavants  se  fussent  donné  la  peine  de  lire  '  la  préface  qui  paui.  vit.  Mar.  pr. 
suit,  ils  y  auroient  lu   que   Daumius  témoigne   que  l'ou- 
vrage   fut    interrompu   durant   six   ans,  particulièrement  à 
cause  de  la  peste  qui  ravageoit  la  Ville  de  Leipsick.  Ainsi 
cette  édition  fut  commencée  dès  l'an  1680,  qui  est  la  date 
de  l'édition  des  notes  de  Barthius  qui  y  sont  jointes,  et 
fut  finie  seulement  en  1686,  qui  est  la  date  du  frontispice 
du  volume.  Outre  les  notes  fort  amples  de  Barthius,  Dau- 
mius y  a  joint  les  siennes  propres,  et   celles   de   Juret   et 
de  Gronovius,  avec  F Eucharisticon  de   Paulin   surnommé 
le  pénitent,  et  le  Poëme  sur  Jonas  et  Ninive  attribué  à 
Tertullien.  Il  a  encore  enrichi  cette  édition  d'un  Catalogue 
des  anciens  Poètes  Chrétiens   et   de   leurs  éditions,  qu'il  a 
mis  à  la  suite  de  sa  préface.  '  Le  Dictionnaire  de  Moreri  Mor.  p.  p.  835.2. 
marque  celte  édition  de  l'an  1688. 


S.      EUTROPE. 

Evêque  d'Orange. 

si. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Saint  Eutrope  naquit  à  Marseille  dans    les    premières  Bon.  27.  mai. 
années  de  ce  siècle,  de  parents  riches,   et  distingués  m  2-  n-  *• 
par  leur  rang.  Il  apporta  au  monde  une  grande  vivacité 

.    Tome  II.  0  0  0 

3  3  * 


V    SIECLE. 


47i  S.    EUTROPE, 


d'esprit,  qui  ne  lui  servit  d'abord  que  pour  le  précipiter 
avec  plus  d'ardeur  dans  les  excès  ordinaires  de  la  jeu- 
nesse, lorsque  la  grâce  de  Dieu   ne  prévient   pas  sa   cor- 

p-  toi.  i.  ruption  naturelle.  '  Mais  aïant  eu  l'avantage  d'épouser  une 

femme  d'une  chasteté  exemplaire,  Dieu  se  servit  de  cel- 
te union  pour  inspirer  à  Eulropc  l'amour  de  la  vertu,  qu'il 
fit  paroitre  dans  ses  actions,  sur-tout  après  qu'il  eut  per- 
du cette  digne  Epouse.  Bien-tôt  son  changement  de  vie 
fut  connu  de  S.  Eustache  Evêque  de  Marseille,  qui  l'or- 
donna Diacre ,  malgré  son  humble  résistance.  Eutrope 
revêtu  de  cette  dignité,  redoubla  sa  pénitence,  pour  ne 
s'en  pas  rendre  indigne;  et  l'on  ne  vit  plus  en  lui  qu'un 
homme  d'abstinence,  de  jeûnes,  de  veilles,  et  tout  occupé 
des  œuvres  de  charité,  et  de  la  prière  accompagnée  de 
larmes. 

»  '■■  '  Après  avoir  passé  quelques  années  dans  la  pratique  de 

ces  saints  exercices,  il  fut  élu  pour  remplir  le  Siège  Epis- 
copal  d'Orange,  vacant  par  la  mort  de  Juste  Evêque  de 
celte  Ville.  Mais,  comme  elle  se  trouvoit  alors  désolée  par 
les  malheurs  du  temps,  Eutrope  prit  la  fuite  pour  éviter 
de  l'aller  gouverner.  Cependant  Dieu  qui  l'y  vouloit  pour 
Evêque,  se  servit  pour  le  rappeler  d'un  saint  homme  nom- 
mé Aper,  fort  instruit  des  règles  de  l'Eglise,  comme  aiant 
élé  disciple  de  S.  Augustin.  Aper  représenta  si  pathétique- 
ment à  Eutrope  l'injure  qu'il  faisoil  à  l'Eglise  qui  l'avoil 
choisi  pour  son  pasteur,  que  sur  ses  remontrances  il  alla 
en  prendre  le  gouvernement.  Il  s'y  signala  particulière- 
ment par  son  assiduité  à  la  prière,  et  son   application   au 

p.  Goo.  2.  travail  des  mains.  '  Adon  et  Usuard  assurent  que  sa  vie  fut 

illustre  par  un  grand  nombre  de  miracles  et  de  vertus,  et 
qu'elle  fut  écrite  par  l'Evêque  Verus  son  successeur.  Mais 
il  ne  nous  en  reste  plus  que  le  commencement,  d'où  nous 
avons  pris  ce  que  nous  en  venons  de  rapporter. 

On  sçait  peu  d'autres  choses  de  l'Episcopat  de  S.  Eulro- 

cono.i.i.p.io*:;  |    pe.  Seulement  '  il  est  certain  qu'il  gouvernoit  l'Eglise  d'O- 

,|!a7<i7.'r'"ov'l','  range  en  qualité  d'Evêque,  au  moins  dès  l'année  403  ou 
40  i,  à  laquelle  il  se  trouva  avec  20  autres  Prélats,  au 
Concile  assemblé  sur  l'affaire  de  Die  à  l'égard   de  S.  Ma- 

si,i.  s.  i.  cep. e.  mert  de  Vienne.  '  S.  Eutrope  avoit  un  don  et  une  onction 

p.  mon.  particulière,  pour  animer  les  autres  à  la  pieté  et  à  la  com- 

ponction  par   ses  vives  exhortations.   C'est   le   témoignage 


EVEQUE  D'ORANGE.  475     y  §|gctR 


que   lui  rend   S.    Sidoine  dès-lors   Evêque  de  Clermont  en 

Auvergne,  dans  une  letre  qu'il  lui  écrivit  vers   l'an  474. 

'Notre    Saint   vivoit  encore  l'année  suivante,  à  laquelle  il  Conc  ibid.p.iow. 

assista  au  Concile  tenu  à  Arles  en   475,  et  signa  la  letre  de  Jf'^f;  E-  '  10, 

Fauste  de  Ries  au  Prêtre  Lucide.  Du    reste    on  ignore    le 

temps  de  sa  mort.  '  L'Eglise  honore  solennellement  sa  mé-  toi. p.  s».  |  Bon. 

moire  le  27°  jour  du  mois  de  Mai.  ,bu1' 

§•  H- 

ECRITS  QU'ON  LUI  ATTRIDUE. 

Pierre    des    Noels  croit    sans    nulle    difficulté  devoir  Doit.  27.  mai.  p. 
donner  à  S.  Eutrope,    dont  nous   venons  de  faire  l'é-  099' 2' 
loge,  les  écrits'  que  Gennade  dit  avoir  été   composés   par  c«nn.  vu.  m. c. 
un  Prêtre  de  même  nom.  Ce  sont  deux   letres  qu'Eutrope  4!)' 
avoit  écrites  en  manière  de   livres  de  consolation ,  à  deux 
sœurs  qui   avoient    renoncé  au   monde   pour  se   consacrer 
entièrement  au  service  de  J.  G.  et  que  leurs  parenls  pour 
cette  raison  avoient    déshéritées.   Le  style  de   cet  ouvrage  , 
ajoute  Gennade,   est   clair   et  élégant  ;    et  Eutrope  y  joint 
le  raisonnement  à  l'autorité  des  Ecritures. 

'  Nous   avons    parmi   les    ouvrages    faussement  attribués  Hier.  t.  s.  p.  33- 
à  S.  Jérôme  une  assez  longue  letre  sur  le  même  sujet;  et  3ti' 
il  n'y  a  pas  lieu  de  douter  que  ce  ne  soit  un  des  écrits  d'Eu- 
trope ,  quoiqu'elle  soit  sans  nom  d'auteur.  Du  reste  on   y 
trouve  tous  les  caractères  que  Gennade  vient  de  marquer. 
'  Elle  est    adressée  aux  filles  de  Géronce,  pour   les  porter  p.  33. 
à  mépriser  leur  héritage ,  '  dont  elles   avoient   été   privées  p.  si. 
pour  avoir  pris  le  parti  de  suivre  Jésus-Christ.  '  L'auteur  y  p.  31. 30. 
emploie  et  la  force  du  raisonnement  et  grand  nombre  de 
passages  de  l'Ecriture,    pour  exhorter  ces   Vierges  Chré- 
tiennes à  souffrir   Chrétiennement  l'injustice  que  leur  fai- 
soit  Géronce;  les  assurant  que  le  Seigneur  seroit  lui-mê- 
me leur  héritage. 

D'abord  il  ne  paroît  pas  grande  difficulté  à   donner  cet 
ouvrage    à    S.   Eutrope   Evêque    d'Orange.   Car    bien    que 
'Gennade  ne    qualifie  cet  écrivain  que   simple   Prêtre,  on  Genn.ibid. 
pourroit  croire  aisément  que   le  mot  Presbyter  qu'il   em- 
ploie ,  se  seroit  glissé  dans  cet  article'  pour  celui  de  Pon-  c.  G3  i  m*,  p.  a» 
iifcx.  La  même  chose  est  arrivée  dans  l'article    de  S.   Eu- 

0  0  0  ij 


-  «.*„,      476  s-  EUTROPE,   EVÉQUE  D'ORANGE. 

V     SI  li ( '  1  '  i  ■  * 


cher  Evêque  de  Lyon ,  qui  par  cette  erreur  ne  se  trouve 
avoir  que  la  qualité  de  simple  Prêtre,  dans  presque  tous 
les  imprimés  du  même  Gennade. 

Néanmoins  la  lecture  de  l'écrit  dont  il  est  ici  question , 
ne  permet  pas  qu'on   en  croie  auteur  le  S.  Prélat ,  dont 

Hier.  t.  s.  p.  35.  nous  parlons.  La  raison  en  est  sans  réplique.  '  Il  est  visible 
que  cet  écrit  fut  composé,  lorque  S.  Paulin  de  Noie  et 
Thérasie  sa  femme  ne  faisoient  que  de  renoncer  au  mon- 
de ,  et  qu'ils  vivoient  encore  l'un  et  l'autre.  Ainsi  ce  fut  ou 
à  la  fin  du  IV  siècle,  ou  dans  les  premières  années  du  siè- 
cle suivant,  que  cet  écrit  parut  au  jour  pour  la  première 
fois,  et  par  conséquent  lorsque  S.  Eutrope  d'Orange  n'é- 
toit  peut-être  pas  encore  au  monde.  Il  n'y  a  donc  nul  fon- 
dement pour  lui  attribuer  cet  ouvrage,  qui  nous  paroit  le 
même  que  celui  dont  Gennade  fait  mention. 

Mais  il  y  en  a ,  ce  semble  ,  un  suffisant ,  pour  croire  que 
le  Prêtre  Eutrope,  dont  parle  cet  écrivain,  étoit  Gaulois. 
Car  outre  que  ce  nom  étoit  alors  assés  commun  dans  nos 
Gaules ,  comme  on  l'a  pu  remarquer  dans  le  cours  de  cette 
histoire,  cet  Eutrope  parle  de  S.  Paulin,  né  à  Bourdeaux 
ainsi  qu'on  l'a  vu ,  comme  le  connoissant  personnellement, 

Genn.  c  w.  et  comme  étant  du  même  pais.  '  D'ailleurs  le  rang  que  lui 
donne  Gennade  selon  l'ordre  chronologique  ,  en  le  pla- 
çant immédiatement  après  S.  Paulin  ,  et  l'observation  que 
nous  avons  si  souvent  faite  sur  ce  que  les  Ecrivains  dont 
parle  Gennade,  sont  Gaulois  pour  la  plupart,  concourent 
merveilleusement  à  appuier  nôtre  opinion. 


C3. 


S.     V  E  R  A  N  , 

Evêque    de  Vence. 

r.cnn.  vir.  ai.  c.  'n  aiht  Veran  étoit  fils  de  saint  Eucher  Evêque 
©  de  Lyon ,  et  frère  de  saint  Salone  Evêque  de  Ge- 
nève ,  desquels  nous  avons  parlé.  En  faisant  l'histoire  de 
ce  dernier  ,  nous  avons  fait  par  avance  celle  de  saint  Ve- 
ran ,  au  moins  pour  la  plus  grande  partie.  Il  y  a  cepen- 
dant cette  différence  entre  les  deux  frères ,  que  nous  sça- 
vons  beaucoup  plus  de  choses  de  l'Episcopat  de  saint  Ve- 
ran ,   que  de  celui  de  S.  Salone  ;  et  qu'au  contraire  nous 


S.  VERAN  ,    EVÉQUE   DE  VENGE.  477     y  slKCLE 


avons  plus  de  connoissance  de  l'éducation  de  S.  Salon e  ,    ~ 
que  de  celle  de  S.  Veran.  Mais  nous  devons  juger  qu'elle 
fut  la  même ,  comme  étant  fils  d'un  même  père  ,  qui  ne 
prenoit  pas  moins  de  soin  pour  l'un  que  pour  l'autre. 

Ainsi  il  n'y  a  pas  lieu  de  douter  que  S.  Veran  n'ait  été 
élevé  à  Lerins  sous  la  discipline  de  S.  Honorât ,  et  des  au- 
tres grands  hommes  qui  y  brillèrent  après  les  commence- 
ments de  ce  V  siècle ,  tant  par  l'éclat  de  leur  vertu ,  que 
par  la  réputation  de  leur  sçavoir.  En  effet  '  l'Eglise  de  Ven-  Lcrin.  P.  302. 
ce  dont  il  fut  Evêque ,  tient  qu'il  avoit  été  moine  de  Le- 
rins, et  disciple  de  S.  Hilaire  d'Arles;  et  un  ancien  cata- 
logue des  Saints  qui. sont  sortis  de  ce  désert ,  y  met  S.  Ve- 
ran Evêque  de  Vence.  De  même,'  Salvien,  qui  très-pro-  Saiv.ep.  s.p.a». 
bablement  fut  aussi  moine  à  Lerins,  reconnoît  pour  ses 
disciples  les  deux  fils  de  S.  Eucher ,  et  témoigne  espérer 
qu'ils  reconnoltront  Ja  peine  qu'il  a  prise  de  les  instruire, 
par  leur  intercession  pour  lui  auprès  de  Dieu. 

Outre  ce  qui  est  commun  à  nôtre  Saint  avec  son  frère , 
comme  nous  l'avons  déjà  rapporté,'  l'on   trouve  que    l'E-  Conc.t.*.p.io38j 
vêque  Veran  écrivit  à  S.  Léon ,  et  qu'il  en  reçut  réponse.  p!  «s.' 
Il  y  est  qualifié  chef  de  la  province  d'Embrun  où  est  Ven- 
ce ;  et  il  y  est  dit  qu'il  ordonna  l'union  des  Eglises  de  Cé- 
mele  et  de  Nice  dans  la  même  Province.  En  463,  ou  464  '  le  Conc.  ibid. 
Pape  Hilaire  écrivit  aux  Evêques  des  Gaules,  entre  lesquels  p'  1045-  ■ 
étoit  Veran ,  '   à   qui  le    même  Pape  avoit   écrit  en  parti-  p.  1046. 
culier,  comme  il  marque,  pour  sommer  de  sa  part  S.  Ma- 
mert  de  Vienne ,  de  ne  plus  entreprendre  sur  l'Eglise  de 
Die.  '  Le  même  Pape  commit   encore  à    Léonce   d'Arles  ,  p.  iom. 
et  aux  Evêques  de  Veran  et  Victure  le  jugement  de  quelques 
affaires,   qui   regardoient  Ingenuus  d'Embrun,   Métropoli- 
tain de  Vence  et  de   Nice.  G'étoit  à    l'occasion  des  plain- 
tes d'Ingenuus  contre   les  entreprises   d'Auxane,    que  l'on 
croit  avoir  été    Evêque  d'Aix ,  et    qui    avoit    ordonné    un 
Evêque  à  Nice  ou  à   Cémele ,  afin   que   ces   deux  Eglises 
eussent  chacun  le  leur ,    contre  le  décret  du  Concile  ,   qui 
avoit  réuni  ces  deux  Sièges. 

'S.  Veran  paroit   avoir  été   comme  le  chef  du   Concile  tïii.  ibid.  p.  8*>. 
tenu  sur  cette  affaire  :  ce  qui  semble  un  peu  surprenant. 
Mais    c'étoit   peut-être    ou   son   ancienneté  ou-  son    mérite 
qui  lui  avoit  donné  ce  rang ,  soit  par  commission ,  ou  par 
concession ,  soit  au   défaut  du  Métropolitain   malade ,   ou 


v  c.,,.  *78      S.  VERAN,  EVÉQUE  DE  VENGE. 

V    S  1 I .  C  L  E. 

occupé  à  d'autres  affaires.  On  peut  juger  par-là  et  de  l'es- 
time que  l'on  faisoit  de  S.  Veran  tant  à  Rome  que  dans 
les  Gaules  ,  et  du  zélé  qu'il  avoit  pour  le  maintien  de  la 
discipline  et  des  canons.  11  n'en  avoit  pas  moins  pour  main- 
tenir la  pureté  de  la  foi ,  comme  il  paroit  par  la  letrc  qu'il 
écrivit  avec  S.  Salone  et  Cérece  au  Pape  S.  Léon ,  com- 
me on  l'a  vu  ailleurs  plus  en  détail. 

Conc.  ibw.  '  L'Evêque  Veran  et  les  autres   Prélats   de   la  province 

adressent  au  même  Pape  ,  au  sujet  de  la  réunion  des  deux 
Eglises  de  Nice  et  de  Cémcle ,  des  relations  auxquelles  il  fit 

Tiii.  ibfai.  réponse.    Mais   nous   n'avons  point   ces  pièces,'  qui   nous 

fourniroient  sans  doute  de  grands  éclaircissements ,  si  elles 
étoient  venues  jusqu'à  nous. 

conc.ibi.i.p.ioii.  Si  S.  Veran  est'  l'Evoque  Verien  qui  se  trouva  au  fameux 
Goncile  d'Arles  tenu  en  475  sur  l'affaire  du  Prêtre  Lu- 
cide ,  il  sera  certain  que  ce  Prélat  aura  vécu  au  moins 
jusqu'à  ce  temps-là.  Du  reste  on  ignore  l'année  de  sa  mort. 

Leiin-  ibi'i  '  L'Eglise  de  Vence  hdnore  sa  mémoire  le  9e  ou  le  10e  jour 

de  Septembre,  et  conserve  son  corps  dans  un  tombeau  de 
marbre. 

Nous  avons  parlé  par  avance  des  écrits  de  S.  Veran , 
lorsque  nous  avons  traité  de  ceux  de  S.  Salone  ,  parce 
qu'ils  sont  communs  l'un  à  l'autre. 


S.    AUSPICE, 

.     EvÈQUE  DE  ToUL. 

Soi»,  «liai.  3.n.7.   'r   e  nom    d'Auspice   étoit  célèbre    dans    nos   Gaules  au 
i».  ,v,7.  J^  mojns  dès  le  IV  siècle.   S.    Sévère   Sulpice  fait  men- 

tion d'un  Préfet  du  Prétoire,  qui  portoit  ce  nom,  et  qui. 
paroît  avoir  fait  sa  demeure  ou  à  Sens ,  ou  dans  le  voi- 
sinage. Il  vivoit  encore  en  377  ,  et  vers  ce  temps-là  il  dé- 
puta à  S.  Martin  ,  pour  le  prier  de  secourir  un  canton  de 
ce  diocèse,  qui  tous  les  ans  étoit  ruiné  par  la  grêle.  A  sa 
recommandation  le  Saint  pria  ,  et  durant  20  ans  qu'il  vê- 
p-  K«.  quit  depuis,  jamais  la  grêle  ne  tomba  en  cet  endroit.'  Aus- 

pice  avoit  un  fils  nommé  Romule;  qui  étoit  une  personne 


S.  AUSPICE,  EVÊQUE  DE  TOUL.        479     |1|1B1' 

V      S  1  1,  (,  1. 1 . . 


aussi  recommandable  pour  sa  pieté  que  pour  son  rang. 
Rien  n'empêche  que  le  S.  dont  nous  entreprenons  de  par- 
ler ici ,  ne  soit  sorti  de  cette  famille. 

Nous  ne>  seavons  rien  de  son  Episcopat  que  le  peu  que 
nous  en  tirons  du  monument  qu'il  nous  a  laissé  lui-même  de 
sa  pieté,  '  et  ce  que  nous  apprend  S.  Sidoine  Evêque  de  8kl.  s.  u.ep.17. 
Clermont.  Selon  cet  écrivain  S.  Auspice  étoit  l'un  des  plus  p' 9u3' 
illustres  pères  des  Gaules.  Sa   science  profonde  ,  son  élo- 
quence ,  sa  foi ,  ses  œuvres ,   et  toutes  sortes  de  mérites  le 
rendoient   célèbre ,  et  digne    d'être  comparé  à  S.  Loup  de 
Troïes.  '  Quelque  éloignés  qu'ils  fussent  l'un  de  l'autre,  lui  i.7.op.to.p.i<m. 
et  S.  Sidoine ,  ils  n'avoient  pas  laissé  de  lier  ensemble  une  1038 
étroite  amitié.  Ils  s'écrivoient   quelquefois;   mais  les  guer- 
res et  les   troubles  de  ces  temps-là  interrompoient  malgré 
eux  ce   doux  commerce.      Le   Comte   Arbogaste   aïant  de-  i.4.ep.i7.p.9S3. 
mandé  à  S.    Sidoine  quelques   explications  des   livres  sa- 
crés ,  celui-ci   le  renvoïa ,   ou   à  S.  Loup  de   Troïes ,  ou  h 
S.   Auspice  de  Toul ,  comme  à  des    Prélats  plus  capables 
que  lui  de  satisfaire  à  sa  pieuse  demande. 

En  une  autre  occasion  S.  Sidoine  écrivit  à  S.  Auspice  i.7.cp.io.p.i<w. 
pour   lui   recommander  un    nommé    Pierre ,    qui    avoit  la  1038- 
charge  de  Tribun  ,  et  qui    fut  lui-même   porteur  des  letres. 
S.  Sidoine  y  témoigne  beaucoup  de  vénération  pour   le  S. 
Evêque ,  et  dit   qu'il  auroit  fort  souhaité   pouvoir  cultiver 
son  amitié  autrement  que  par   écrit.    C'est   l'unique  letre 
qui  nous  soit   restée  de  toutes  celles  que  ces  deux  grands 
Evêques  se  sont  écrites  l'un  à  l'autre.  On  la  croit  de  l'an 
474  ,  ou    environ.  Il  y  avoit    alors    fort-longtemps  que  S. 
Auspice  étoit  dans  l'Episcopat  ;  et    il  est   à    croire   qu'il   ne 
survêquit   guéres  au-delà.'  L'on     trouve    son    nom  au  8e  Ma«.  eau.  p.*2i. 
jour  de  Juillet  dans  le  martyrologe  de  M.    du  Saussai  l'un 
de  ses  successeurs ,  où  il    est  qualifié   un  oracle  de  la  pie- 
té ,  un  maître  de  la  vertu ,  et    un  vrai   imitateur  de  J.  C. 

'Nous  avons  un  monument  de  sa  science  et  de  son  zèle  Du  ciies.  1. 1.  p. 
dans  une  espèce  de  poëme  qu'il  adressa  à  Arbogaste ,  alors 
Comte    et   Gouverneur   de   la  ville  de   Trêves ,   et  depuis    . 
Evêque  de  Chartres ,  comme  il  y  a  beaucoup  d'apparence. 

S.  Auspice  aïant  connu  ce  Comte  à   Toul ,  conçut  autant  p-  864. 
d'amour  pour  son  salut ,  que  d'estime    pour  sa  personne. 
Comme  '  l'on  craignoit  qu'il   n'eût   un    peu  trop  d'attache  p-  ses- 
pour  les  richesses  ,  S.  Auspice  lui  écrivit  le  poëme  ou  la  le- 


V    SIECLE. 


480         S.  AUSPICE,  EVÊQUE  DE  TOUL. 


tre ,  dont  nous  parlons  ,  pour  l'exhorter  à  s'examiner  ri- 
goureusement lui  même  ,  et  à  déraciner  jusqu'aux  moin- 
dres fibres  d'un  vice  si  dangereux ,  s'il  en  reconnoissoit 
quelqu'une  en  lui.  Il  lui  prescrit  l'aumône  comme  le  moïen 
le  plus  propre  à  y  remédier.  Il  lui  recommande  d'hono- 
rer beaucoup  l'Evêque  Jamblique ,  et  de  se  préparer  lui- 
p.  86*.  même   à  l'Episcopat ,  qu'il  dit  lui  être    destiné.  '  L'autre 

partie  de  la  letre  contient  l'éloge  d'Arbogaste  et  ceux  de 
son  père,  de  sa  mère  et  de  son  aïeul.  Mais  S.  Auspice  ne 
loue  que  la  valeur  de  ce  dernier  ,  déplorant  au  reste  sa 
mort  Funeste  et  malheureuse  dans  l'infidélité. 


S.     M  A  M  E  R  T , 

Evêque  de  Vienne. 


S-  i- 

HISTOIRE   DE   SA   VIE. 

Les  plus  grands    hommes   ne    sont   pas    toujours    ceux 
dont  les  actions  sont   le   plus  connues.    Nous  en  avons 
un  exemple  en  la  personne  de  S.  Mamert,  dont  nous  en- 
Boii.  n.  mai.  p.  treprenons  l'éloge.  '  Il  est  un  des  plus  Saints  Evêques  des 
6i0-  Gaules ,   qui  ont  éclairé  l'Eglise  dans  le  V  siècle ,  et  par 

leurs  vertus  et  par  leur  doctrine.  Cependant  on   ne  sçait 
rien  d'assuré  de  lui  jusqu'fr  son  Episcopat,  et  le  reste  se 
borne  à  peu  de  chose.  On  ignore  même  l'année  précise  à 
conc.  t.  *.  p. 1043.  laquelle  il  fut  fait  Evêque  de  Vienne.  Seulement     on  sçait 
Avit.  rog.  p.  i36|  qu'il  gouvernoit  cette  Eglise  en  l'an  463.  '  Il  y  parut  com- 
409.  4io. eplp'  me  un  pasteur  saint  et  vigilant,  qui  d'une  part  avoit  beau- 
coup d'esprit ,  de  conduite  et  de  prudence  ,  et  de  l'autre 
une  foi  vive ,  et  une   pieté  capable  d'obtenir  de  Dieu  des 
faveurs  extraordinaires  et  miraculeuses.   C'est-là  l'idée  que 
nous  en  donnent  S.  Sidoine  et  S.  Avite ,  qui  le  cônnoissoient 
fort  particulièrement;  et  le  peu  d'actions  que   nous   sça- 
vons  de  nôtre  Saint,  ne  fait  que  la  confirmer.  Ainsi  il  ne 
conc.  t.  4.p.io43-  se  faut  pas  arrêter  '  au  portrait  bien  différent  que  nous  en 
10'6,  trace    le    Pape  Hilaire    dans   quelques-unes   de  ses  letres. 

Le 


S.  MAMERT,  EVÉQUE  DE  VIENNE.        481     f  siecle 


'  Le    Cardinal    Baronius   a  été    lui-même    étonné  de  voir  Bar,an.«64.n.8. 
que  ce  Pape  ait  traité  si  mal  un  Prélat ,  dont  la  Sainteté 
est  devenue  si  illustre. 

Le   sujet  du    mécontentement   d'Hilaire   contre  S.    Ma- 
mert  étoit ,  '  de  ce  que  celui-ci  en  463  avoit  ordonné  un  Conc.  P.  10*3. 
Evêque  à  Die,  '  que  le  Pape  S.    Léon  avoit  mis  sous    la  Léo,  ep. 50. p. 541. 
Métropole  d'Arles  l'an  450.  Cette  affaire  fit  beaucoup  d'é- 
clat ,   et   devint  le  sujet  de   la  convocation  d'un  Concile , 
dont  nous  avons  parlé  en  son  lieu.  L'on  ne  voit  point  néan- 
moins de  quelle  manière  elle  fut  terminée  ,  ni  quelle  satis- 
faction donna  S.  Mamert  ou  au  Pape ,  ou  à  l'Evêque  d'Ar- 
les.  Il  faut  bien  que  la  faute  que  put  commettre  S.  Ma- 
mert en  cette  occasion ,  n'ait  pas  été  considérable  ;    puis- 
que '  Die  a  toujours  continué  depuis  d'être  soumise  à  Vien-  conc.  Supp.p.  34 
ne.  ■  Si  c'est  nôtre  Saint  qui  est  nommé  parmi  les  Evêques  •  tm.h.  e.  1. 16. 
du  Concile  d'Arles ,  tenu  vers  475  sur  l'affaire  du  Prêtre  p-  î07- 
Lucide  ,  on  sera  obligé  de  dire  qu'il  se  sera  soumis  aux  Con- 
ciles convoqués  par  l'Evêque  d'Arles.  Mais  il  y  a  assez  de 
difficulté  à  croire    qu'un  Evêque  de  Vienne  s'y  soit  trou- 
vé ,  tant  à  cause  du  différend  entre  ces  deux  Eglises  ,  que 
parce  que   ce  Mamert  y  est  placé    après   de  simples   Evê- 
ques ,  et  ainsi  hors  du  rang  dû  à  un  Métropolitain. 

'  Durant  l'Episcopat  de  S.   Mamert  la  Ville    de  Vienne  sid.  1.7.  ep.  i.P. 
fut   affligée  de  divers  fléaux,  les  signes  ordinaires  parles-  las.'iaG.'' rog'  p' 
quels  Dieu  irrité  invite  à  la  pénitence ,  afin  de  faire  misé- 
ricorde.  On  y  vit  un  grand  nombre  d'embrasements,  qui 
menaçoient  de  mettre    toute  la  Ville  en  cendres,    et  dont 
quelques-uns  furent  éteints  par  le  mérite  de  la  foi,  et   la 
vertu  des  prières  du  saint  Evêque.  On  y  sentit  de  fréquents 
tremblements  de  terre  ;  on    y   entendit    sur-tout   les  nuits  sid.  ibid. 
des  bruits  extraordinaires  ;  on  y  vit  tant  d'autres  signes  ef- 
fraïants ,  '  crue  tout  le  monde  songeoit  à  laisser  la  Ville  de-  sid.  p.  410.  Avit. 
serte,  et  à  aller  chercher  sa  sûreté  ailleurs.    S.  Mamert  fit  en-  Rog-  p- 13*'  137' 
tendre  à  son  peuple  que  ces  fléaux  publics  étoient    une  pu- 
nition de  ses  crimes ,  et  que  le  plus  sûr  moïen  d'y  remé- 
dier ,  étoit  de  recourir  à  la  pénitence.    Ce  fut  de-là  qu'il 
prit  l'occasion   heureuse    d'établir  la  cérémonie  des  Roga- 
tions ,  dont  nous  sommes  redevables  à  sa  pieté. 

Celte  cérémonie  publique  se  fit  dès  la  première  fois,  Avit.  ibid.  r».  137. 
comme   elle  a  toujours  continué  de    se  faire    depuis  dans 
l'Eglise  Latine ,   les    trois  jours   qui  précèdent  la  fête  de 

Tome  V.  P  pp 


p 


482  S.   MAMERT. 

V    SIECLE. 

136. 137 1  sid.  i.  l'Ascension.  '  Elle  consistoit  non-seulement   dans  le  chant 
S.  ep.  il  des  pseaumes ,  et  dans  la  prière,  comme  elle  fait   aujour- 

d'hui ,  mais  encore  ,  et  c'est  ce  qui  devroit  nous  faire  con- 
fusion ,  dans  les  larmes ,  dans  le  jeûne,  dans  l'humiliation, 
dans  la  componction  du  cœur,  dans  le    prosternement  de 
Gr. T.HUt. f.i.».  tout  le  corps ,  '  dans  les  austérités,  dans  les  aumônes  fai- 
'■  u:  tes    avec  libéralité  et  avec   joie.  "  Afin  de  la  rendre  plus 

T"'  p'  utile ,    en  la  rendant    plus  laborieuse  ,  on   l'alloit  célébrer 

P.  130.  en  quelque  Eglise  hors  de  la'  Ville.  '  La  joie  qu'on  y  goû- 

toit ,  se  trouvoit  dans  la  sobriété  ,  les  "délices  dans  les  lar- 
mes ;  et  la  faim  y  tenoit  lieu  de  bonne  chère. 
Tiii.  ibid.  p.  115.       '  On  ne  sçait  pas  précisément    en    quelle    année  se  fit 
cette  sainte  institution.   Seulement  on   peut  assurer  que  ce 
fut  quelque  temps  avant  l'an  474 ,  comme  il  paroît  par  S. 
Conc.t.4.p.i047.|  Sidoine.   '  Quelques  écrivains  ont  voulu  disputer  à  S.  Ma- 
pf 7<ah2.vel' li'  mert  la  gloire  de  premier   instituteur  des  Rogations.  Mais 
c'est  sans  aucun  fondement  solide.  11  est  vrai  qu'avant  lui 
l'usage  des  processions  et  des  litanies  éloit  établi  dans  l'E- 
Tiii.  p.  ii.         glise  :  '  mais  ces  anciennes  litanies  ne  se  faisoient  ni  la  se- 
maine de  l'Ascension  ,  ni  en  aucun  autre  temps  fixe  et  ar- 
rêté,   et   pouvoient    encore    être    différentes   de  celles   de 
Vienne  en  plusieurs  autres  points.  Ainsi ,  comme  il  est  vrai 
que  S.  Mamert  n'a   point  été    l'instituteur    des  processions 
et  des  litanies,  il  est  vrai  aussi  qu'il  a  été  non  le  répara- 
teur seulement,    mais  l'instituteur  des  Rogations,  qui  ont 
continué  depuis  lui  ,  et  dont  nous  conservons   encore  quel- 
sid.  i.  7.cp.  i.  p.  ques  foibles  restes.  Il  eut  la  consolation  '  de  les  voir  de  son 
409.  «o  |  Avii.ïb.  vivant  établies  à  Clermont  en  Auvergne  ;  et  dès  la  fin  de 
ce  siècle  ou  le  commencement  du    VI  la   cérémonie  s'en 
observoit  ,  dans  presque  tout  le  monde  Chrétien. 
Gr.  t.  gi.  Mw.  i.       '  L'église  de  S.  Ferréol  célèbre  Martyr  de  Vienne  ,  qui 
2-  c'  *•  étoit    située  sur  le  bord  du  Rhône ,  étant  près  de  tomber 

en  ruine  ,  S.  Mamert  la  fit  rebâtir  ailleurs,  en  un  endroit 
ibid  |  sid.  i. 7. ep.  où  elle  ne  pût  pas  être  endommagée  par  ce  fleuve.  "  Il  y' 
i.  p.  410.  jjj  ensmte  fa  translation  du  corps  du  Saint  Martyr,  et  du 

chef  de  S.  Julien  autre  Martyr  de  Rrioude  en  Auvergne. 
ATh.rogp.i36.  '  Il  eut  aussi  le  bonheur  d'engendrer  à  J.  C  par  le  baptê- 
me S.  Avite ,  qui  fut  l'un  des  plus  illustres  Successeurs  de 
nôtre  S.  Prélat. 
sui.i.4. ep. ii.  '  S.  Mamert  vivoit  encore,  lorsque  Claudien  son  frère 
mourut  vers  l'an  473  ou  474  ,  comme  on  l'a  vu  dans  )'é- 


EVE  QUE    DE   VIENNE.  483 

V   SIECLE. 

loge  de    celui-ci.'  Mais   nous  ne  sçavons   pas  combien  de  Till      118 
temps  il  lui  survêquit.  Si  nous  étions  assurés  que  ce  fût  lui, 
qui  se  trouve  marqué  entre  les  Evêques  du   Concile  d'Ar- 
les vers  475,  nous  aurions  une  preuve  •  incontestable   qu'il 
auroit  vécu  au-delà    de   cette   époque.   Sa   fête   se  célèbre 
dans  l'Eglise  le  11e  de  Mai,  et  se  trouve  marquée  dans, 
les  plus  anciens  martyrologes,  comme  dans  les  modernes. 
'On  assure  que  le  corps  de  S.  Mamert  fut  mis  dans  l'Eglise  Boii.ii.  mai.  p. 
des  Apôtres  hors  des  murs  de  Vienne ,  à    droite  de  l'au-  m-  2  ' TilL  ■*■ 
tel ,  où  l'on  voit  encore  son  tombeau  et  l'épitaphe  suivan- 
te, qui  n'est  pas  grand'chose. 

EP1TAPHE. 

'  Mole  sub  hac  lapidum  sanctissima  mernbra  teguntur  Boll.  ibid. 

Hujus  pontificis  urbis  sacrique  Manierti. 

De  Vienne ,  ce  saint  Corps ,  comme  on  le  croit ,  fut  trans- 
féré dans  l'Eglise  de  Sainte  Croix  d'Orléans ,  où  les  Cal- 
vinistes l'ont  brûlé  vers  l'an    1563.'  Outre  Clàudien ,  ou  su.  1.4 .op.11. p. 
Mamert  Clàudien,  S.   Mamert  eut  une  sœur  mariée,  mère  »»|i. 5.0p. s.p. 
de  Petrêe ,  auquel  S.  Sidoine  écrit  la  11e  letre  de  son  4e  livre. 

g.  II. 
SES  ECRITS. 


N 


ous    n'avons    aujourd'hui    aucun    écrit    qui    porte    le 
nom  de  S.    Mamert;   et  nous   ne    trouvons   nulle  part 
dans  les  anciens  qu'il  en  ait   laissé   de  sa  façon  :    à  moins 
que  nous  ne   voulions  mettre    de    ce  nombre    l'ordre  des 
prières,   qu'il  avoit  dressé  pour  les  Rogations,'  Dom  Ma-  ■dMfc.l.t.l.tt. 
billon  nous  a  donné  dans  la  liturgie  à  l'usage  ancien   de  aée*»5*'  pî'liS- 
l'Eglise  Gallicane  ,  un  ordre  des  leçons  qu'on  lisoit  à  l'of-  378- 
fice ,    et  des  prières  que  l'on  disoit  à  la  messe  durant  les 
trois  jours  de  cette   solennité  publique.  '   L'ordre  des  le-  p;  149-152. 
çons   en    prescrit   pour  les  heures  canoniales    de    chaque 
jour  ,  que  l'on  nomme  matines ,  tierce ,  sexte  et  none.  U 
est  remarquable  que  celles  pour  matines  sont  les  plus  cour- 
tes. Elles  sont  tirées  des  Prophètes ,  de  Daniel  pour  le  pre- 
mier jour ,  de  Joël  pour  le  second ,  et  d'Osée  pour  le  troi- 

P  p  p  ij 


V  SIECLE. 


484  S.    MAMERT. 


siéme.  Celles  pour  chacune  des  autres  heures  de  chaque 
jour,  sont  marquées  et  de  l'Evangile  et  des  Epitres  des 
Apôtres,  excepté  pour  none,  à  laquelle  au  lieu  des  Epi- 
tres des  Apôtres ,  on  prescrit  le  livre  entier  de  Tobie  pour 
le  premier  jour,  le  livre  entier  de  Judith  pour  le  second, 
et  le  livre  aussi  entier  d'Esther  pour  le  troisième  ;  après  . 
quoi  on  lisoit  l'Evangile  comme  aux  autres  heures  de  tier- 
ce et  de  sexte ,  mais  non  point  à  matines.  La  leçon  de  l'E- 
vangile est  différente  à  chacune  des  heures  de  chaque 
jour,  et  beaucoup  plus  longue  qu'elle  n'est  ordinairement 
aux  me«ses  d'aujourd'hui. 

Avù.  rog.  P.  136.  'Il  est  certain  que  ce  fut  S.  Mamert  qui  régla  lui-même 
les  pseaumes  que  l'on  chantoit  à  la  cérémonie  des  Roga- 
tions, et  les  prières  que  l'on  y  devoit  réciter.  Il  est  en- 
core certain  que  le  même  ordre  qu'il  avoit  prescrit,  s'ob- 
servoit  encore  par  tout  le  monde ,  c'est-à-dire  par  toutes 
les  Eglises  où  cette  sainte  pratique  s'étoit  établie  environ 
50  ans  après  S.    Mamert,  comme  le  témoigne  S.  Avite. 

TÉ.  h.  t.  t.  le.  '  Néanmoins  quelques    Sçavants  n'osent   pas    assurer ,    que 

p'  tout  ce  que  nous   venons  de   marquer  de  l'ancienne  litur- 

gie de  l'Eglise  Gallicane  sur  les  trois  jours  des  Rogations, 
vienne  de  S.  Mamert.  Au  moins  il  est  bien  visible  que  ce 
n'est  pas  entieremement  le  même  ordre  qu'il  avoit  prescrit; 
puique  S.  Avite  y  marque  des  pseaumes  ,  et  que  la  litur- 
gie n'en  prescrit  aucun.  11  paroit  même  que  S.  Mamert 
s'étoit  borné  à  régler  les  prières  qui  étoient  simplement 
nécessaires  pour  occuper  les  Fidèles  durant  la  cérémo- 
nie publique,  c'est-à-dire  durant  la  procession  et  la  station 
qui  l'accompagnoit. 

Mais ,  si  l'on  n'a  aucune  raison  pour  assurer  que  cet  an- 
cien ordre  des  prières  publiques  soit  de  S.  Mamert,  nous 
croïons  aussi  que  l'on  ne  peut  pas  raisonnablement  lui  re- 

Emi«.  nom.  2*. p.  fuser  '  l'Homélie  sur  les  Litanies,  ou  Rogations,  qui  est  la 

^pfn"  Wb.  î*. P.  24e  entre  les  56  qui  portent  le  nom  d'Eusebe  d'Emese.  '  M. 

*18-  Dupin   avoue  qu'elle   lui  'convient  parfaitement   bien  ;  et 

les  principaux  caractères  de  cette    Homélie  confirment  ce 

r.mis.  p.  S8i.  r  sentiment.  En  effet'  elle  a  été  prononcée  devant  un  peu- 
ple déjà  accoutumé  à  célébrer  la  cérémonie  des  trois  jours 
des  Rogations ,  afin  de  l'exhorter  à  assister  avec  une  nou- 
velle ferveur  à  cette  même  solennité  qui  approchoit.  '  El- 
le a  été  prononcée  en  un  temps,  où  tout  le  pais  trembloit 


282. 1. 


EVE  QUE    DE    VIENNE.  485     v  SIECLE 

à  la  vûë  d'une  Nation  étrangère  très-puissante,  qui  cepen- 
dant aïant  conquis  le  peuple  qui  écoutoit  ce  Sermon  ,  l'a- 
voit  traité  avec  toute  la  modération   dont  auroient  usé  les 
Romains   mêmes,    quoiqu'elle    fût   regardée    comme    une 
Nation  barbare  ;  '  qui  aïant  sçû  se  rendre  victorieuse ,  n'avoit  2. 
point  sçû  devenir  ennemie  ;  qui  après  sa  victoire  avoit  laissé 
ses  vaincus  dans   leur    première    liberté,  et  dans  toute    la 
tranquillité  dont  ils  joùissoient  auparavant.  '  C'est  ce    que  *  2. 
l'Auteur  de   l'Homélie    marque  ,    comme  s'étant  passé  de- 
puis peu  ;  et  en  quoi  il  fait  observer  au  peuple  à  qui  il  par- 
le ,  les  effets  de  la  miséricorde  de  Dieu.  '  Il  lui  expose  que  1. 
c'est  à  ces  sortes  de  prières  qu'ils  avoient  déjà  faites,  et  aux 
secours  des  Saints  qu'ils  avoient  invoqués  ,   qu'ils  sont  re- 
devables '  de  ce  que  Dieu  avoit  inspiré  aux  viclorieux  tant  2. 
de  douceur  pour  leurs  vaincus,  et  de  ce  que  bien  loin  de 
les  livrer  cruellement  à  tant  de  maux  qui  les  menaçoient, 
il    s'étoit  contenté   de  leur  avoir  procuré  une   humiliation 
salutaire. 

Or  tous  ces  traits  ne  peuvent  convenir  qu'à  la  Ville  de 
Vienne  et  à  S.  Mamert  son  Evêque.  Cela  est  certain  pour 
ce  qui  regarde  les  Rogations,  que  nous  ne  voïons  point 
avoir  été  encore  établies  ailleurs  en  ce  temps-là ,  si  ce 
n'est  à  Clermont  en  Auvergne  ,  à  qui  l'on  ne  peut  pas  ap- 
pliquer les  autres  particularités.  Il  n'est  pas  moins  cer- 
tain que  les  autres  circonstances  ne  conviennent  qu'à  la 
Ville  de  Vienne,  '  qui  sous  l'Episcopat  de  S.  Mamert  passa  nu.  iwa.  p.111 1 
aux  Bourguignons,  plutôt  par  la  concession  des  Romains,  p.  «V  "' 
que  par  le  droit  de  la  guerre.  Les  Bourguignons  en  étant 
les  maîtres,  lui  conservèrent  son  '  ancienne  liberté  avec 
tous  ses  autres  privilèges,  et  en  firent  la  capitale  de  leurs 
Etats. 

Il  doit  donc  passer  pour  constant,  que  l'Homélie  dont 
nous  parlons  est  de  S.  Mamert  de  Vienne.'  Il  y  marque  Emis.  p. aa*.  î. 
d'une  manière  fort  touchante  les  motifs  de  ces  prières  pu- 
bliques. »  Nous  y  prierons  le  Seigneur ,  dit-il  ,  de  nous 
«  délivrer  de  nos  infirmités ,  de  détourner  ces  fléaux  de 
«  dessus  nous ,  de  nous  préserver  de  tout  malheur  ,  de  nous 
«  "garantir  de  peste,  de  grêle ,  de  sécheresse  ,  et  de  la 
«  fureur  de  nos  ennemis ,  de  nous  donner  un  temps  fa- 
ce vorable  pour  la  santé  du  corps ,  et  pour  la  fertilité  de  la 
«  terre ,  de  nous  faire  jouir  de  la  paix  et  du  calme ,  et  de 
3  k 


V    SIECLE. 


486  S.  MAMERï  ,  EVÉQUE  DE  VIENNE. 


«  nous  pardonner  nos  péchés.  Quiconque  se  croit  exerat  de 
«  toutes  ces  calamités ,  ajoûte-t-il ,  peut  ne  pas  prendre  part 
«à  ces  prières  communes.  » 
DuPin,ibid|Emis.  'M.  Du  Pin  juge  que  l'Homélie  sur  la  pénitence  des  Ni- 
hom.  <u.  p.  283-  njvites  i  qUi  suit  immédiatement  la  précédente  dans  le 
même  Eusebe  d'Emese ,  paroît  être  aussi  l'ouvrage  de  S. 
Mamert.  Elle  a  en  effet  tout  l'air  et  le  style  de  celle  qui  est 
sur  les  Rogations.  L'auteur  y  combat  en  particulier  l'er- 
reur des  Novatiens  sur  la  pénitencce.  Il  peut  y  avoir  dans 
le  même  recueil  quelques  autres  Homélies  de  S,  Mamert; 
mais  nous  n'avons  pas  la  présomption  d'entreprendre  d'en 
faire  le  discernement. 


SAINT    LOUP, 

EvÈQUE   DE   TlWÏES   EN   CHAMPAGNE. 

S-  i. 

HISTOIRE   DE   SA   VIE. 

sur.  29. jui. p. 390.  'o  aint  Loup  naquit  sur  la  fin  du    IV    siècle  d'une  fa- 
fè.'p.m.  O mille  illustre  par  sa  noblesse.  Le  lieu  de  sa  naissance 

fut  la  Ville  de  Toul,  dans  cette  partie  de  la  Gaule  Relgi- 
que  à   laquelle    on   a  donné   depuis  le  nom  de  Lorraine. 
Su..  ii>à.i.  '  Epiroque  son  père   le    laissa   orphelin  en  un   âge  encore 

]>eu   avancé.    Mais  Alistique   frère   d'Epiroque,    qui    lenoit 
un  rang  éminent  parmi  la  noblesse  du  pais,  lui  tint  lieu 
de  père ,  prit  soin  de  son  éducation  et  de  le  faire  étudier. 
I.  i.  :1.  Comme  '  le  jeune  Loup  avoit  un  fort  bel  esprit ,  il    fit  de 

tels  progrès  dans  l'étude  des  belles  letres ,  que  la    réputa- 
tion de  son  éloquence  le   rendit  célèbre   dans   les  Provin- 
ces voisines. 
ai.  Etant  en  âge  de  se  marier,  'il   épousa  Pimeniole  sœur 

du  grand  S.  Hilaire,  depuis  Evêque  d'Arles;  et  par  ce  ma- 
riage il  se  trouva  allié  à  S.  Honorât  prédécesseur  de  S.  Hi- 
Hu.de lion. p. 33.  laire  dans   le  même   siège,  'et  son   parent.  "   Pimeniole, 
'  sur   ii,id  i  Tui.  quoique  fort  jeune ,  avoit   déjà  beaucoup   de   maturité  et 
Md.  de  prudence ,  et  un  extrême  ardeur  pour  la  chasteté.  Ils 

vécurent  néanmoins  sept  ans  ensemble  ;  sans  que  l'on  dise 


S.  LOUP,  EVÊQUE  DE  TROYES.    487 

'  V    SIECLE. 


s'ils  eurent  des  enfants.  Mais  au  bout  de  ce  terme  ils  s'en- 
flammerent  tellement  l'un  l'autre  à  l'amour  de  la  vertu, 
qu'ils  renoncèrent  tous  deux  au  monde.  On  ne  marque 
point  ce  que  devint  Pimeniole. 

'  Pour  a.  Loup,  poussé   et  soutenu  par  la  force  de  l'Es-  sur.  ibid. 
prit  divin,  il  renonça  à  la  pompe  du  siècle  pour  ne  plus 
penser  qu'à  prendre  soin  de  son  ame.  Il  quitta  la  maison 
paternelle,  et  rompit  tous  les  liens  et  tous  les  engagements 
qui  pouvoient  l'attacher  au  siècle.  Il  n'en  demeura  pas  là; 
le  désir  d'arriver  à  la  perfection  évangelique  le  porta  à  s'en 
aller  à  Lérins.  trouver  S.  Honorât,  alors  Abbé  de  ce  Mo- 
nastère naissant.  '  Il  y  fut  suivi  par  un  frère  qu'il  avoit,  nom-  Ea*.  ad.  m.  p. 
mé   Vincent,   différent,   comme   nous   l'avons   observé  ail-  56'  '' 
leurs,  du  célèbre  Moine   de  Lérins  de   même   nom;    mais 
qui  ne  fut  pas  moins  célèbre  par  l'éclat  de  sa  vertu.  Ils  y 
trouvèrent  une  troupe  de  Saints  solitaires  qui  faisoient  re- 
vivre dans  nos  Gaules  l'institut  des  Anachorètes  de  l'Egyp- 
te, '  et  entr 'autres  S.  Hilaire  que  .S.  Honorât  y  avoit  attiré.  BO.ibM.p.u.rt. 
En  une  si  sainte  compagnie  nôtre  nouveau  solitaire  '  s'adon-  sur.  ibi.i.  |.  2. 
na  à  la  pratique  de  l'humilité,  de  l'obéissance,  de  la  morti- 
fication,   avec  tant  de   succès,  que  bien  qu'il  n'y  demeu- 
rât qu'un  an,  '  il  a  passé  pour  un  des  plus  grands  ornements  Eucii.  ma. 
de  ce  sacré  désert.  Son  mérite  alloit  presque  de  pair  avec 
celui  da  S.  Caprais;  'car  on  proposoit  sa  vie  à  imiter  aux  sid.car.ie.v.uo. 
Moines  de  Lérins,  comme  celle  de  ce  Saint  vieilard.  1,L 

'  Vers  426  S.  Loup  avec  Vincent  son  frère,  qui  fut  de-  nu.  ibid.  P.  1%. 
puis,  comme  l'on  croit,  Evêque  de  Saintes,  '  sortit  de  Lé-  sur.  ma. 
rins   pour   aller  à  Mâcon  dans  l'ardeur  de  sa  foi,  vendre, 
et  distribuer  aux   pauvres   ce  qui  lui  restoit  de  ses  biens. 
Presque   aussi-tôt   il   fut   enlevé,    lorsqu'il  ne  s'y  attendoit 
nullement,    pour  être   placé   sur   la   chaire  Episcopale    de 
Troïes.  '  On   ne  doute   point  qu'il  ne  remplit  ce  Siège  en  Euch.  nu  1  tui. 
427,   lorsque   S.    Eucher  le  qualifioit  le  vénérable  Loup,  'bl,i- 
qui  nous  représentoit  en  sa  personne  ce   Loup  mystérieux 
de  la  Tribu   de   Benjamin,  devenu  le  Pasteur  des  Brebis. 
'  Son  premier  soin  dès  qu'il  eut  été  élevé  à  l'Episcopat,  fut  Sur.  ibid. 
d'instruire  son  peuple  tantôt  par  la  lecture  tantôt  par  ses 
prédications,  et  de   retenir   son   Clergé   dans  l'ordre  de  la 
discipline.  • 

'  Après  avoir  passé  deux  ans  dans  le  sacré  ministère,  il  ibid. 
devint   si   illustre  par   son  éloquence  et  par  sa  pieté,  '  que  M.jrt.p.«M.|.i« 


V    SIECLE. 


488  S.    LOUP, 


"■  lui  et  S.  Germain  d'Auxerre  passoient  pour  deux  lumières 

de  l'Eglise,  et  des  hommes  apostoliques,  que  leur  mérite 
élevoit  déjà  dans  le  Ciel,  quoique  leurs  corps  les  relinssent 
encore  sur  la  terre.  C'est  ce  qui  les  fit  choisir  tous  deux 
par  une  assemblée  des  Evêques  des  Gaules,  pour  aller  *  en 
429  dans  la  Grande-Bretagne  combattre  l'hérésie  Pélagien- 
ne,  comme  nous  l'avons  rapporté  plus  au  long  en  parlant 
de  S.  Germain  d'Auxerre. 

Tin.  itid.  p.  129.  'S.Loup  de  retour  de  ce  voïage,  reprit  le  gouvernement 
de  son  Eglise  avec  sa  première  application;  n'instruisant 
pas  moins  son  peuple  et  son  Clergé  par  ses  exemples,  que 

sur  29.jui.p.Mi.  par  ses  discours.  '  Il  avoit  toujours  devant  ses  yeux  les  rè- 
gles de  l'Evangile,  pour  y  conformer  sa  conduite.  L'usa- 
ge qu'il  faisoit  de  ses  revenus,  etoit  de  les  emploïer  libé- 
ralement à  nourrir  les  pauvres  et  à  racheter  les  captifs. 
Aux  travaux  de  l'Episcopat  il  sçavoit  joindre  les  plus  gran- 
des austérités,  ne  mangeant  que  de  deux  ou  trois  jours 
l'un,  de  deux  nuits  en  passant  une  toute  enliere  en  oraison  ; 
portant  toujours  le  cilice,  ;  et  couchant  durant  plus  de 
20  ans  sur  un  ais.  Quelque  éclatante  que  fût  déjà  une  vie 

.  t.  r>.  g.  si   sainte,    Dieu    voulut  encore    la  relever   d'avantage,  '  en 

communiquant  au   S.    Evèque  le  don  des  miracles.  En  451 

§.4.  'il  conserva  par  ses   prières  la  ville  de  Troïes  au  milieu 

des  ravages  d'Attila;  et  sa  vertu  imprima  un  si  grand  res- 
pect sur  le  cœur  de  ce  Prince  cruel  et  barbare,  qu'il  crut 
que  ce  seroit  un  avantage  pour  lui  et  pour  son  armée,  d'a- 
voir quelque  temps  le  Saint  près  de  sa  personne.  Il  le  me- 
na donc  jusqu'au  Rhein  en  s'en  retournant,  puis  le  ren- 
voïa  à  son  Église. 

Tin.  ib»d.  p.  131.       '  Cette  pieté  éminente  se  trouvoit  réunie   en  la  personne 

sid.  î.  «v.ep.n. p.  de  S.  Loup  avec  la  science  des  SS.  Docteurs.  '  Quelques  ques- 
tions qu'on  lui  pût  proposer,  il  étoit  comme  impossible, 
selon   le   témoignage   de   S.   Sidoine  Evoque  de  Clermont, 

1.9.  ep. ii. p.  590.  d'épuiser  la  source  de  sa  doctrine.  '  Il  conserva  toujours  de 

591  ■  l'amour  pour  les  belles  pièces;  et  il  en  sçavoit  fort  bien  ju- 

ger :  de  sorte  que  les  plus  habiles  redoutoient  sa  censure 
aussi  bien  sur  les  règles  de  l'éloquence,  que  sur  la  condui- 

i  '  On    Ironve   à    ce    sujet    des    erreurs  deux  volages   en   446  et  478.   Il  est  néan- 

Mor.  L.  p.  254.1.    grossières  dans   la   nouvelle  édition  de  Mo-  moins  certain  que   S.  Loup  ne    fil   qn'une 

reri.  Le  première  fait  faire  à  S.  Loup  deux  seule  fois  co  volage,  et  qu'il  le  fit  dès  4S9. 

volages  dans    la   Grande-Bretagne  avec    S.  Yoïez  l'article  de  S.  Germain  d'Auxerre. 
Germain  d'Auxerre.  La  seconde   place  ces 

te 


EVE  QUE   DE   TROIE  S.  489     vciprfp 

V    S 1  h C L E. 


te  des  mœurs.  '  Il  se  plaisoit  à  produire  et  à  faire  parler  les  p.  592.  " 

personnes  de  letres ,  quoiqu'elles  tâchassent  de  se  cacher, 
et  lorsqu'il  en  sçavoit  qui  se  tenoient  dans  l'obscurité,  soit 
par  l'amour  du  repos,  soit  par  crainte  ou  par  modestie,  il 
étoit  ingénieux  à  le  manifester  et  les  faire  connoître  au  pu- 
blic. '  Dans  les  livres  mêmes  des  autres  qui  lui  tomboient  p-  soi. 
entre  les  mains,  il  étoit  exact  à  corriger  les  moindres  dé- 
fauts, et  jusqu'à  la  ponctuation.  Ce  fut  par  tant  de  grandes 
qualités  qu'il  mérita  d'être  toujours  préféré  aux  autres 
Prélats,  avant  même  qu'il  les  précédât  par  l'ancienneté. 

'Saint  Loup,   aïant  passé  52  ans  dans  l'Episcopat,  alla  sur.29.jui.P.392. 
ensuite  recevoir  de  J.   G.   la  récompense  de  tant  de  tra- 
vaux,  dont   il   laissoit  à   la  terre  et   l'estime  et  l'exemple. 
'  Ce  fut  sans  doute  dans  l'année  479  le  29e  de  Juillet,  auquel  tiii.  ibid.  P.  137. 
jour  son  nom  se   lit  dans  les  Martyrologes  de  S.  Bede, 
d'Usuard,   d'Adon,   et  dans  les  autres  plus   anciens.     Le 
vénérable    Bede   cite   une  hymne   faite   en   son    honneur. 
'  Dès  le  VI  siècle,  l'Eglise  où  son  corps  reposoit  à  Troïes,  g*-  t.  gi.  Conf.  c. 
y  portoit  son  nom.   a  Depuis  elle  a  été  transférée  dans  la  «Tiii.  ibid.P.i38. 
Ville   et   convertie  en  un   Monastère   de   Chanoines    régu- 
liers, où  l'on  garde  encore  ses  reliques. 

'Nôtre  S.  Prélat  étoit  lié  d'amilié  avec  S.  Euphrone  Eve-  Conc.t.i.p.iow. 
que  d'Autun,  auprès  duquel  il  passa  quelque  temps  ;  mais 
il  l'étoit  encore  plus  particulièrement  avec  S.  Sidoine  Evê- 
que   de   Clermont,   comme   il  parolt  par  le   commerce  de 
letres  qui  étoit   entre   eux,   quoique  fort  éloignés   l'un  de 
l'aulre.  Les  expressions  manquent  à  celui-ci,  lorsqu'il  en- 
treprend de  faire  l'éloge  de  S.  Loup.  '  Il  le  représente  com-  su.  1.  g.  ep.  î.p. 
me  un  nouveau  Moyse,  '  comme  un  second  S.  Jaques,  com-  P.  377. 
me  une  sentinelle  de  la  charité,  qui  élevé  aussi  bien  que  S. 
Jaques  sur  le   thrône    de   la  véritable   Jérusalem,    veilloit 
sur  tous  les  membres  de  l'Eglise  ;  qui  étoit  capable  de  con- 
soler tous  les  foibles,   et  digne   d'être  consulté  de  tout  le 
monde.  Les  Evêques  mêmes  se  soumettaient  avec  respect  à 
ses  avis  ;  et  son  Jugement  étoit  pour  eux  une  décision  abso- 
lue. Aussi  S.  Sidoine  ne  craint  pas  de  le  qualifier  le  Père  et 
l'Evêque  des  Evêques,  le  premier  sans  contestation  de  tous 
les  Prélats,  non-seulement  des  Gaules,  mais  généralement 
de  toute  la  terre.  '  S.  Eucher  qui  l'avoit  pu  connoître  à  Lé-  Euch-  aJ'  *■■  p« 
rins  dit,  en  faisant  allusion  à  son  nom,  qu'il  nous  représen- 
te ce  Loup  mystique  de  la  Tribu  de  Benjamin. 

,        Tome  II.  Q  q  q 


v  ...*,-     490  S.    LOUP, 

V   SIECLE.  ' 

Sur.30.juLp.392.        Si  S,  Loup  fut  célèbre  par  son  mérite  personnel,  il  ne 
•  «•  le  fut  pas  moins  par  la  vertu  de  ceux  qu'il  forma  dans  la 

pieté.  11  eut  en  effet  beaucoup  de  disciples  d'une  vertu 
éminente,  et  qui  éclatèrent  même  par  la  gloire  des  mira- 
cles. On  met  de  ce  nombre  S.  Sévère  Evêque  de  Trêves  , 
Apôtre  de  la  première  Germanie,  et  qui  accompagna  S. 
Germain  d'Auxerre,  lorsqu'il  alla  pour  la  seconde  fois 
dans  la  Grande-Bretagne  combattre  l'hérésie  Pélagienne. 
On  compte  encore  parmi  les  principaux  disciples  de  nô- 
tre Saint  Evêque,  S.  Polychrone  Evêque  de  Verdun;  S. 
tir.  t.  ki.  conf.  c.  Albin  de  Châlons  sur  Marne;  '  S.  Aventin,  qui  aïant  été 
sur.  ibiii.  domestique  de   S.    Loup   devint  célèbre  par  sa  pieté; 'S. 

Camelien  son  successeur  et  l'imitateur  de  sa  vertu,  digne 
de  remplir  la  place  qu'il  avoit  si  long-temps  occupée  ; 
Ma. i. 7.ep.i3.p.  'le  Prélat  Himere,  qui  parla  ressemblance  de  ses  mœurs 
rcpresentoit  comme  au  naturel  la  personne  de  S.  Loup,  ce 
premier  Evêque  des  Gaules  par  son  mérite. 

îii 

SES  OUVRAGES. 


460. 


u 


H  Evêque  aussi  instruit  et  aussi  studieux  que  l'étoit 
S.  Loup,  pouvoit  sans  doute  nous  laisser  plusieurs 
monuments  de  son  sçavoir  et  de  sa  doctrine.  Cependant 
soit  qu'il  ait-  voulu  imiter  la  plupart  des  Evêques  et  des 
autres  Saints  de  l'Eglise  primitive,  qui  aimoient  mieux 
s'appliquer  à  pratiquer  les  vérités  saintes  de  nôtre  reli- 
gion, qu'à  écrire  ce  qu'ils  en  sçavoient  ;  soit  que  le  mal- 
heur des  temps  nous  ail  privé  des  écrits  qu'il  a  pu  lais- 
ser, il  n'en  est  venu  jusqu'à  nous  que  deux  forts  courts, 
mais  très-précieux. 
hh'YV'i048'  *°*  Nous  avons  de  lui  une  letre,  qui  lui  est  commune 
i*2J  '  ' p'  avec  S.  Euphrone  Evêque  d'Autun,  touchant  les  veilles 
de  Pâque  ,  de  Noël  et  de  l'Epiphanie,  au  sujet  des  Clercs 
bigames,  et  de  ceux  qui  entroient  dans  le  ministère  sacré 
étant  déjà  mariés.  C'est  une  réponse  au  mémoire  que  leur 
avoit  envoie  sur  ces  mêmes  matières  Talase  Evêque  d'An- 
qone.i.i.p.jo».  gers,  apparemment  peu  après  son  ordination,  qui  se  fit 
vers  le  4"  jour  d'Octobre  453.  Il  ne  paroît  pas  si  ce  fut 
aux  deux  Evêques  ou  seulement  à  l'un  d'eux,  ce  qui  est 


EVÉQUE  DE  TROIES.  49l     „  M„.t_ 


plus  naturel,    que  ce  mémoire  fut   adressé.    Quoiqu'il  en 

soit ,  '  S.  Loup  et  S.  Euphrone  se  trouvant  ensemble  ,  plu-  P.  lois. 

tôt  à  Autun ,  ce  semble ,  où  S.  Loup  put  aller  '  dans  un  sur.  ma.  g.  *. 

voïage  qu'il   fit  en    Bourgogne  ,    qu'a  Traies   ou    ailleurs , 

'  Arconce  Soûdiacre  de  l'Eglise  d'Angers  leur  remit  le  mé-  conc.iM.i.p.iois. 

moire  de  Talase   dont  il    étoit    chargé.    Talase   y    deman- 

doit  en  substance,  quelle  différence  il  falloit  faire  entre  la 

veille  de  Pâque  et  celle  de  Noël    et  de  l'Epiphanie,    et  ce 

?[ue   l'on   devoit  observer   pour  le  mariage  des   Clercs  in- 
érieurs. 

'  Nos  deux  Evêques  lui  répondent,  qu'outre  que  cha-  iwj. 
cune  des  trois  veilles  qu'il  marquoit ,  avoit  ses  leçons  par- 
ticulières de  l'Ecriture  ,  et  conformes  au  mystère  que  l'on 
y  honore  ,  celle  de  Pâque  commençoit  le  soir,  et  alloit 
rarement  jusqu'au  matin  :  au  lieu  que  l'on  emploïoit  aux 
deux  autres  la  nuit  entière  ,  ou  au  moins  la  dernière  par- 
tie de  la  nuit.  Ils  marquent  que  les  leçons  de  la  veille  de 
Pâque  étoient  réglées,  et  dévoient  toutes  être  de  la  pas- 
sion :  au  lieu  que  celles  de  Noël  n'étoient  point  réglées , 
et  étoient  entremêlées  du  chant  des  pseaumes. 

'Au  sujet  du  mariage  des  Clercs,  ils  proposent  la  prali-  P.  10*9. 
que  de  leurs  Eglises,  où  non  seulement  Ion  déposoit,  mais 
1  on  privoit  même  de  la  communion  les  Exorcistes  et  les 
Soûdiacres ,  s'ils  venoient  à  se  remarier.  Que  s'ils  n'étoient 
point  mariés,  lorsqu'on  les  ordonnoit ,  on  les  empêchoit 
de  le  faire  dans  la  suite.  Telle  étoit  la  pratique  commu- 
ne aux  deux  Eglises  de  Troïes  et  d' Autun.  Mais  celle- 
ci  rencherissoit  sur  l'autre,  en  ce  qu'elle  déposoit  même 
et  privoit  de  la  communion  les  Portiers,  qui  s'engageoient 
en  de  secondes  noces.  '  Au  reste  S.  Loup  et  S.  Euphrone  p.  10|«.  kmo. 

{irotestent  unanimement ,  que  si  un  autre  Evêque  peut 
aire  observer  dans  son  Eglise  une  discipline  encore  plus 
exacte,  ils  l'approuveront  volontiers,  parce  que  Dieu  en 
sera  honoré ,  quoiqu'ils  ne  pussent  pas  la  mettre  en  pra- 
tique. 

'  On  observe  à  l'égard  de   cette  réponse  que  les  deux  mi.  h.  e.  t.  ic. 
Evêques  en  parlant   des   veilles  de   Pâque,    de  Noël,  de  p-  m 
l'Epiphanie ,  ne  disent  rien  du  baptême  :  ce   qui  pourrait 
faire  juger  qu'il  étoit  commun  à  ces  trois  veilles.  On  re- 
marque aussi  qu'ils  n'y  font  nulle  mention  des  Acolythes , 
non  plus  que  des  Lecteurs,  si  célèbres  dans  l'Eglise  ,  et  si 

Qqqij 


492  S.     L  0  U  P 


V  SIECLE. 


nécessaires   pour  la  célébration  de  l'Office.   On   demande 
à  ce  sujet ,  si  c'étoit  dans  les  Gaules  la  fonction  de  quel- 
qu'un des    autres   ordres    ou    inférieurs  ,  ou  supérieurs , 
p  ,34  '  comme  on  la   fait  exercer  aujourd'hui  par  des  laïcs  ou 

su.  i.  4.  cP.  25.P.  par  des  Prêtres.  '    Cependant  on  trouve    des   Lecteurs   en 
3!0,  ce  temps-ci  même  dans  la  province  de  Lyon  ,   dont  étoit 

S.  Euphrone ,  comme  il  paroît  par  les  letres  de  S.  Sidoi- 
ne.   Ce  sont-là  des  difficultés  qui  ne  regardent  pas  nôtre 
sujet,  mais  qui  valent  bien  la  peine  d'être  éclaircies  par 
ceux ,  qui  entreprennent  d'écrire   sur    cette  sorte  de   ma- 
tières. ^ 
spic. t. s. P. 579.        2°.'  Nous  avons  une  autre  letre  de  S.  Loup,    laquelle 
sso i fiu.'ir,.p.i3c.  nous  d0it  être  d'autant   plus  chère,  que  c'est  proprement 
l'unique  monument  qui  nous  reste  de    ce  grand  Evêque; 
la    letre    à   Talase   lui    étant    commune    avec    Saint    Eu- 
phrone. Celle  dont  nous   parlons  à  présent,  est  non-seu- 
lement fort   belle    pour  les   choses  qu'elle  contient ,  mais 
elle  est  même  bien  écrite.  Elle  est  adressée   à  S.  Sidoine 
qui  fut  fait  Evêque  de  Ckrmont  sur  la   fin  de  l'an  471. 
sia.  i.  g.  cp.i.p.    |S.  Loup,   qui  avoit   alors   achevé  la    45°   année   de  son 
•37s'ic  ibid  P -,79    Kpiscopat ,  a  et  qui  depuis  long-temps  étoit  son  ami,    lui 
écrivit    cette    excellente  letre,   toute   pleine    de   charité    et 
d'onetion.  Il   commence  par    lui   témoigner   sa  joie  de  ce 
qu'étant ,  comme  il  le  croïoil,    près  de  mourir ,  il  revivoit 
en  quelque  sorte  en   sa  personne  ,  et  laissoit  après   lui  à 
l'Eglise   un    prélat   capable   d'en   être  la  consolation   et  le 
soutien ,   au  milieu    des   tempêtes  et  des  maux  qui  l'acca- 
bloient  de  toutes  parts. 
Tmibid.                'On  y  voit  la  disposition  du  cœur  de  S.   Loup  dans  le 
spic.  ibid.  p.  579.  conseil  si  sage  et  si  important  qu'il  donne  à  S.  Sidoine, 'de 
regarder  l'Episcopat  comme  un  minislere  d'humilité  ,    qui 
l'abaissoit  autant  au-dessous  de    tous   ceux  qui   lui  étaient 
soumis  ,  que  les  dignités  du  siècle  élèvent  au-dessus  des  au- 
p.  r,so.               très  ceux  qui  les  possèdent.  '  En  regardant ,  ainsi  qu'il  fait , 
nu.  ibid.            S.  Sidoine  comme  son  père  pour  le  mérite  ,  '  il  montre  com- 
bien il  étoit  établi  lui-même  dans  une  profonde  humilité, 
qui  éclate  encore  dans  les  dernières  paroles  de  cette    lc- 
spic.  ibid,  p.  580.  tre.  «  '  Priez  pour  moi ,    dit-il  à   S.    Sidoine  ,   afin  qu'en 
«terminant  ma  vie  entre  les  bras  du    Seigneur,   j'achève 
«  l'œuvre  qu'il  m'a  imposée,  et  quo  j'emploie  au  moins  pour 
«  lui  le  temps  qui  me  reste,  après  avoir  clé  assez  malheureux 


EVÈQUE   DE   TROIES.  493     .  mammtM 

x  V    SIECLE. 


«  pour  emploïer  tant  d'années  ,  et  les  meilleures  de  ma  vie , 

«  en  des  choses  qui  ne   le    méritoient   pas.    Mais  j'ai   con- 

«  fiance  au  Seigneur,  qui  est  plein  de  miséricorde.  »'Dom  p.  579.  sso.  1 

Luc  d'Acheri  est  le  premier  qui  a  tiré  ce  monument  de  la  ss?*»."**'   p" 

poussière;   et   après  lui  M.   de   Lalande    l'a  inséré    dans 

son  supplément  des  Conciles. 

Cette  letre  fit  une  impression  merveilleuse  sur  S.  Sidoine, 
'  qui  la  rei;ut  comme   un  honneur   qu'il  regardoit  infini-  su.  1.  0.  ep.  j.p. 
ment  au-dessus  de  lui,  et  qui  y  répondit  aussi  avec  une  hu-  377' 378' 
milité ,  '  que   l'on   peut  dire   être  la  plus  grande  preuve  rai.  au.  p.  «1. 
que  nous  aïons  de   sa  sainteté.  «  '  S'il    est  permis  à    des  sa.  au.  p.  378. 
«  criminels ,  dit-il  à  S.  Loup  ,  de   vous    rendre  justice ,    à 
'<  vous  qui    êtes  le  modèle  et  la    règle  des  mœurs  ,  la  co- 
«  lomne  des  vertus  ,  un  esprit  rempli  de  douceur  ,  mais  d'une 
«  douceur  véritable  ,  parce  qu'elle  est  sainte ,  que  ne  vous 
«  dois-je  pas  pour  avoir  bien  voulu  pancer  par  vos   exhor- 
te talions  ,  les  plaies  d'un  vermisseau  très-méprisable?  Vous 
«  n'avez  rien  épargné  pour  nourrir  de  vos    saints  conseils  , 
«  une  ame  épuisée  et  accablée  de    foiblesses.    Vous    m'avez 
«  fourni  du  thrésor  de  vôtre  grande  charité  ,  la  mesure  de 
«  l'humilité  qui  m'est  nécessaire  pour  ma  guérison.  » 

3°.'  S.  Loup  avoit  écrit  encore  plusieurs  autres  letres  au  î.c.ep.  4.9.1. 9. 
même  S.  Sidoine ,  comme  il  paroit   par  celles  que   celui-  ep' 
ci  lui  adresse.  L'éloge  qu'il  fait  de  l'unique  qui  nous  reste, 
et  qu'on  vient  de  rapporter  en  partie ,  doit  nous  faire  ex- 
trêmement regretter   la  perte    des  autres.  '  Celle  qu'il   lui  i-  6.  ep.  9.  p.  395. 
avoit  écrite  au  sujet   d'un    de  ses  diocésains  nommé  Gai-  396' 
lus ,  et  dont  S.  Sidoine  nous  a  conservé  une  notion  ,  étoit 
surtout    fort    considérable.    Cet     homme    aïant    quitté    sa 
femme  ,  se  retira  en  Auvergne  ;  ce  que  S.  Loup  n'eut  pas 
)lùlùt  apris  ,  qu'il  en  écrivit  à  S.   Sidoine  ,   qui  étoit  dé- 
a  Evêque  de  Clermont  :  ainsi  c'étoit  après  l'an  471.  Cette 
être  étoit  écrite  avec   une  force   tellement  mêlée  de  dou- 
ceur et  de  de  charité ,  qu'elle  effraïa  ce  pécheur ,  et  le  ga- 
gna en  même  temps.  Car  S.  Sidoine  la  lui  aïant  montrée, 
il  en  fut  à  l'heure  même  vivement  touché ,  et  ne  la  regarda 
point  comme  une  letre  écrite  à  un  autre,  mais  comme  une 
sentence   prononcée  contre  lui-même.    Après  cette  somma- 
tion il  ne  prit  aucun  délai  pour  aller  trouver  sa  femme.  Il 
le   promit ,    s'y   disposa  ,    et  se   mit   aussi-tôt   en  chemin. 
«  Qu'y  a  t-il ,  dit  S.  Sidoine  ,  de  plus  estimable  qu'une  telle 


V   SIECLE. 


494  S.  LOUP,    EVÊQUE   DE   TROIES. 


«  réprimande ,  qui  oblige  le  pécheur  à  chercher  dans    sa 
«  "pénitence  un  puissant  remède  contre  son   mal ,   ne  Irou- 
«  vantrien  à  dire  contre  celui  qui  le  lui  fait  reconnoîlre  ?  » 
4°.  Il  n'y  a  pas  de  doute. que  S.  Loup  durant  le  cours 
d'un  Episcopat  aussi  long  que  fut   le  sien  ,    n'eût  presque 
Mur.  1. 1.  ep.  io.  une  infinité  d'autres  occasions  d'écrire  ou  des  letres,  'com- 
me il  paroît  par  celles  de  S.  Rurice ,  ou  des  ouvrages  en- 
tiers; quoiqu'il  ne  nous  en  reste  point  les  mêmes  preuves. 
si.i.i.  4.  cP.  n.P.  Néanmoins   si'  le  Comte  Arbogaste   suivit  le    conseil   que 
270  lui  donna  S.  Sidoine  ,  il  y  a  lieu  de  croire  que  S.  Loup 

ne  refusa  pas  en  cette  occasion  ,  de  faire  usage  de  sa  plu- 
me. Car  ce  Seigneur  s'étant  adressé  à  S.  Sidoine,  pour  avoir 
quelques  éclaircissements  sur  diverses  difficultés  de  l'Ecri- 
ture, celui-ci  le  renvoia  aux  illustres  Fores  des  Gaules  et 
nommément  à  S.  Loup  ;  l'assurant  que  quelques  questions 
qu'il  pût  lui  proposer ,  il  n'épuiseroit  jamais  une  source  de 
doctrine  aussi  féconde  que  la  sienne. 

Nous  avons  remarqué  ailleurs  qu'il  se  trouve  en  quel- 
ques manuscrits  un  sermon  sous  le  nom  de  S.  Ambroise, 
mais  qui  est  constamment  d'un  Eiêque  Gaulois,  qui  avoit 
passé  quelques  années  dans  la  Grande-Bretagne  pour 
y  établir  la  paix ,  que  l'hérésie  Pélagienne  y  troubloit. 
Comme  S.  Loup  accompagna  S.  Germain  d'Auxerre  dans 
le  voïage  qu'il  fit  en  ce  païs-là  pour  éteindre  cette  héré- 
sie ,  on  pourrait  lui  attribue)  ce  sermon  ;  quoiqu'il  nous 
paroisse  plus  vraisemblable  de  le  donner  à  S.  Germain , 
pour  les  raisons  que  nous  avons  marquées. 


LAMPRIDE, 

Poète  et  Orateur. 

On  ne  sçait  pis  précisément  quel  a  été  le  lieu  de  la 
naissance  de  Lampride.  On  peut  néanmoins  présumer 
sid.s.i.a.ep.i3.  que  ce  fut  '  la  Ville  même  de  Bourdeaux  ,  où  il  en- 
v-  "*»•  peigna  assez  long-temps    la  poétique  et  la  rhétorique  après 

i.8.cp.  it.p.1073.  le  milieu  de  ce  siècle.'  Il  paroît  avoir  tenu  dans  cette  Ville 
107r'-  un  rang  considérable ,  par  le  choix  que  S.   Sidoine  avant 

son  Episcopat,   fit   de  sa   maison   préférablement  à   celles 


v  siecli: 

cp.  9.  p.  lOli-7  | 
11.  p.   1073. 

p.  1073.1074. 

cp. 

LAMPRIDE,  POETE  ET  ORATEUR.  495 

de  divers  autres  amis  illustres,  pour  y  prendre  son  loge- 
ment dans  le  premier  voïage  qu'il  fit  à  Bourdeaux.  Ils 
avoient  lié  entre-eux  une  ainilié  fort  étroite,  et  s'écri- 
voient  souvent  l'un  à  l'autre.  '  Lamprideie  faisoit  quelque- 
fois en  vers,  afin  d'inviter  Sidoine  à  lui  répondre  de  même; 
et  il  nous  reste  encore  une  letre  de  ce  dernier  en  ce  genre 
de  style  poétique.  '  Comme  Lampride  en  plaisantant  avec 
ses  amis,  avoit  donné  à  Sidoine  le  nom  de  Phœbus,  Si- 
doine par  représailles  lui  avoit  donné  celui  d'Odrysius, 
ou  Orphée,  à  cause  de  la  douceur  de  ses  vers. 

'Entre  les  Poètes  qui   vivoient  alors    dans    les   Gaules,  i.s.ep.u.p.uto. 
Léon  Ministre  du  Roi  Euric  passoit  pour  le  premier  ;  mais 
on  donnoit  le  second  rang  à  Lampride,  '  qui  se  dislinguoit  car.  o.  v.  an. 
sur-tout  par  son  feu  et   sa  vivacité.  '  Il    etoit  un    de    ces  i.9.cp.i3.p.  nio. 
quatre   Poêles  célèbres,   que   l'Empereur   Majorien   assem-  ,l11' 
bla  en  461    dans    une  Ville   des  Gaules,  et  qui  composè- 
rent à  l'envi  chacun  un  poëme  sur  un  ouvrage  de  Pierre 
Secrétaire  de  ce  Prince.  C'est  ce  que  nous  avons  rapporté 
ailleurs  plus  au  long,  en  remarquant  que  de   ces   quatre 
poèmes,  il  ne  nous  reste  plus  que  celui  de  S.   Sidoine. 

'Dans  le  second  voïage  que  ce  Prélat  fit  à  Bourdeaux  î.  s.cp.o.p.  îoos.i 
en  476,  pour  aller  trouver  le  roi  Euric,  et  lui  deman-  ItVVic^Ltw. 
dcr  la  fin  de  son  exil,'  il  y  reçut  une  letre  de  Lampri-  smk  Btu.  p.  ioe7. 
de,  qui  se  plaignoit  de  son  silence,  et  le  prioit  en  vers  de 
lui  répondre  aussi  en  vers.  S.  Sidoine  lui  écrivit  au  bout 
de  deux  mois,  que  l'état  de  ses  affaires  ne  le  mettoit  pas 
fort  en  humeur  de  faire  usage  de  sa  Muse  ;  n'étant  pas 
aussi  heureux  que  lui  à  être  bien  auprès  du  Roi,  et  à  s'en- 
richir de  ses  bienfaits.  Il  lui  fit  néanmoins  un  petit  poëme, 
où  il  décrit  tous  les  Peuples  au  pied  d'Euric  pour  lui  de- 
mander ou  sa  miséricorde,  ou  son  amitié,  ou  son  secours, 
s'ils  ne  pouvoient  obtenir  autre  chose. 

'Lampride  vêquit  au  moins  jusqu'en  l'année  479,  qu'il  cp.  n.p.  1073. 
lut  étrangle  misérablement  dans  sa  propre  maison  par 
ses  gents.  S.  Sidoine  son  ami  fut  très-sensiblement  affligé 
d'une  mort  si  funeste.  '  Ce  qui  le  touchoit  le  plus,  c'est  p.  1078.1079. 
qu'il  sembloit  que  ce  genre  de  mort  fût  une  punition  de 
la  curiosité  sacrilège  de  Lampride,  qui  s'étoil  fait  faire 
autrefois  son  horoscope  par  des  Astrologues  Africains; 
ceux  de  cette  nation  étant  plus  portés  que  les  autres  à 
ces  folies.  Ils  lui  avoient  prédit  que  le  jour  du  mois  et 


1068. 


V    SIECLE. 


496  LAMPRIDE, 


de  l'année  qu'il  mourut,  seroit  pour  lui  un  jour  clima- 
térique  et  sanglant.  C'est  ainsi,  dit  S.  Sidoine,  que  tous 
ceux  qui  sont  assez  téméraires  pour  vouloir  pénétrer  dans 
des  secrets,  qu'il  ne  leur  est  pas  permis  de  rechercher, 
méritent  qu'on  leur  prédise  les  malheurs  dont  leur  curio- 
sité criminelle  les  rend  dignes.  Et  ce  qui  est  encore  plus 
déplorable,  c'est  qu'ils  sont  en  grand  danger  d'aban- 
donner la  foi  catholique.  Ces  dernières   paroles  de   S.  Si- 

Tiii.  ibid.  p.  27».  doine  '  font  craindre  que  Lampride  n'eût  le  malheur  d'em- 
brasser l'Arianisme,  lorsqu'il  entra  sous  la  domination  des 
Goths,  qui  étoient  alors  les  maîtres  de  Bourdeaux. 

Sid.  iwd.  p.  1076.  '  Cela  n'empêcha  pas  que  S.  Sidoine  ne  pleurât  amè- 
rement sa  mort,  comme  celle  d'un  intime  ami,  et  qu'il 
ne  consacrât  à  sa  mémoire  une  espèce  d'Oraison  funèbre 
dans  une  de  ses  letres  à  Loup,  autre  homme  de  letres, 
et  de  ses  amis  comme  Lampride.  Suivant  le  portrait  qu'il 
nous  en  a  tracé  dans  ce  monument.  «  Lampride  n'étoit 
«  pas  Sans  défauts  :  mais  ses  bonnes  qualités  l'emportoient 
«  au-dessus.  11  étoit  prompt  à  se  mettre  en  colère  pour  le 
«  moindre  sujet  ;  mais  c'étoit  moins  l'effet  d'un  fonds  de 
«  malice,  que  de  la  vivacité  de  son  tempérament  ;  et  d'ail- 
«  leurs  les  saillies  de  sa  colère  étoient  sans  suite.  Quoiqu'in- 
«  constant  dans  ses  desseins ,  il  étoit  néanmoins  inébran- 
«  lable  dans  sa  fidélité  envers  ses  amis.  Il  étoit  peu  sur  ses 
«  gardes,  parce  qu'il  ne  se  délioit  de  personne  ;  et  se  croïoit 
»>  toujours  en  sûreté  ,  parce  qu'il  n'étoit  point  malfaisant. 
»  Quelque  ennemi  qu'il  eût ,  il  ne  médit  jamais  de  lui  ;  et 
»  cependant  il  n'eut  presque  point  d'amis  qui  fussent  à  cou- 
»  vert  de  ses  reproches  et  de  ses  railleries  piquantes.  Il 
»  étoit  d'un  abord  difficile ,  mais  fort  affable ,  quand  on 
»  l'avoit  une  fois  abordé.  On  le  souflroit  néanmoins  avec 
»  ces  défauts,  et  l'on  n'avoit  pas  lieu  de  le  regreter.  » 

p.  1076. 1077.  '  De  la  personne  de  Lampride ,  S.   Sidoine  passe  à  ses 

écrits,  dont  il  ne  nous  reste  plus  rien.  Ses  pièces  de  pro-* 
se ,  dit-il ,  étoient  vives,  exactes ,  régulières ,  et  ses  poè- 
mes polis,  tendres,  ingénieux.  Il  n'y  a  point  de  genre  de 

p.  1077.  poésie  dans  lequel  il  n'excellât.  '  Il  y  faisoit  même  paroî- 

tre  des  beautés  comparables  à  celles  d'Horace   et  de  Pin- 

p.  io74.  uns.       dare.  '  Il  avoit  sur-tout  un  talent  particulier  pour  les  vers 

•  lyriques ,  l'élégie  ,  la  tragédie ,   la  comédie ,  la  satyre ,  et 

l'épigramme.  De  sorte  que  S.  Sidoine  ne  fait  pas  difficulté 

de 


POETE  ET   ORATEUR.  497 

V  SIECLE. 


de  le  mettre  de  niveau  avec  Virgile  et  Horace  pour  le  style  ' 

poétique,  et  avec  Alcée  pour  les  vers  lyriques.  De  même 
il  assure  que  dans  ses  plaidoïers  contre  les  procès  tyranni- 
ques,  c'étoit  un  autre  Cicéron  pour  l'éloquence.  '  Quel-  p.  10-7.' 
que  matière  de  controverse  qu'il  traitât ,  il  le  faisoit  tou- 
jours avec  la  même  éloquence  ,  et  une  force  invincible. 
Ses  discours  sur  les  mœurs  étoient  autant  diversifiés  ,  que 
le  temps,  le  lieu,  les  personnes  ,  et  les  autres  circonstan- 
ces le  demandoient  ,  et  toujours  composés  avec  un  soin 
extrême ,  et  prononcés  avec  majesté.  En  un  mot ,  en  quel- 
gue  genre  qu'il  écrivît ,  il  faisoit  toujours  paroître  la  gran- 
deur de  son  génie ,  la  délicatesse  de  son  esprit  ,  et  la  pro- 
fondeur de  son  érudition. 

'  Il  lisoit  les  écrits  des   anciens   avec  autant  de  respect  p.  1078. 
que  d'assiduité ,  et  ceux  des  modernes  sans  envie.  Et  ce  qui 
est  très-rare ,  ajoute  S.   Sidoine ,  il    ne  cedoit  ni  aux  uns 
ni  aux  autres  pour  la  heauté  de  l'esprit.   Il   étoit  d'une  si 
grande  attention,  que  rien  ne  lui  écnappoii  dans  ses  lectu- 
res. Son   occupation   continuelle    étoit,  ou  d'en   copier  les 
plus  beaux  endroits,  ou  de  composer    des  ouvrages   de  sa 
façon,  ou  enfin  de  déclamer  en  public  ,   '  et  de  former  ses  1.9. ep. 13. p. 1110. 
disciples.  '    S'il  joùoit  quelquefois,   c'étoit  uniquement  ou  1.8. oP. 11. P. 1077. 
pour  le  divertissement  ou  pour  l'exercice.  1078, 

Tel  étoit  Lampride  au  jugement  de  S.  Sidoine ,  qui  auroit 
eu  incomparablement  plus  de  sujet  de  le  louer ,  s'il  avoit 
sçu  sanctifier  tant  de  talents  par  la  pieté  Chrétienne ,  sans 
laquelle  ils  ne  lui  auront  servi  de  rien  pour  l'éternité.  '  Sa-  Sav.  in.Si<i.p.s3o. 
varon  a  cru  devoir  distinguer  deux  Lamprides,  l'un  Ora- 
teur ,  et  l'autre  Rhéteur ,  et  reprend  Baronius  de  les  avoir 
confondus  sur  l'an  474.  Mais  il  est  visible  par  l'éloge  que 
nous  venons  de  donner,  que  Lampride  dont  nous  y  par- 
lons, réunissoit  ces  deux  titres  en  sa  personne,  et  qu'ainsi 
la  distinction  de  Savaron  est  sans  nul  fondement.  . 


Tome  II.  R  r  r 


V   S  IF.  CLE. 


498 


SAPAUDE,    • 

Professeur  des  belles  Lettres. 

ci.  m.  a<i.  Say..  p.  'n  ap'aude,  l'un  des  plus  sçavants  hommes  de  son 
5?UlVi&  Otemps,  a  étoit  citoïen  de  la  Yifle  de  Vienne,  où  il  en- 
w'rîw  'bi'1'  p'  seign°it  1&  rhétorique  avec  un  grand  concours  de  disci- 
kp.'sM."  pies,    après   le  milieu  de  ce  siècle.  b  II  descendoit   d'une 

famille ,  qui  depuis  plusieurs  générations  faisoit  profession 
de  posséder   les  sciences ,  et  de  les  enseigner  aux  autres, 
p.  537.M8.  'Ce  sont  ces  deux  motifs  dont  Mamert  Claudien  ,  son  ami 

particulier,    se   servoit  pour  animer  Sapaude  à  s'appliquer 
p.  53«.  de  plus  en  plus  à  cultiver,  et  à  faire  fleurir  les  letres.  '  Pour 

y  réussir  avec  plus  de  succès ,  Claudien  lui  conseilla  de  lais- 
ser les  auteurs  modernes,  qui  ne  sont,  dit-il,  remplis  que 
de  niaiseries  et  de  puérilités,  et  qui  par  des  cadences  étu- 
diées, des  tours  guindés,  et  de3  façons  de  parler  affectées 
énervoient  la  véritable  éloquence.  A  leur  place  il  l'exhor- 
ta à  lire  Nœvius  et  Plante  pour  l'élégance  »  Caton  pour 
la  gravité,  Varron  pour  l'érudition,  Graechus  pour  le  feu 
et  l'élévation,  Chrysippe  pour  l'arrangement,  Fronton 
pour  la  pompe  du  discours,  Ciceron  pour  le  fonds  de  l'élo- 
quence, ad  eloquentiam  capessendam. 
p.  Mo.  'Sapaude  sçut  si  bien  mettre    cet  avis  à  profit,   qu'avec 

la  subtilité  de  son  esprit ,  sa  facilité  à  s'énoncer,  et  son 
application  à  étudier  en  particulier,  et  à  enseigner  en  pu- 
blic, il  fit  revivre  dans  les  Gaules  les  bonnes  études  qui 
y  étoient  pour  lors  presque  entièrement  éteintes.  Clau- 
dien ne  fait  pas  difficulté  de  dire,  que  sans  cette  vigueur 
que  leur  rendit  Sapaude,  il  étoit  sur  le  point  de  faire  leur 
p  537.  epitaphe.  '  Il  proteste  que  ce  n'est  point  par   flatterie  qu'il 

parle  de  la  sorte  ;  étant  aussi  incapable  de  flatter,  que  le 
mérite  de  Sapaude  avoit  peu  besoin  'd'être  relevé  par  de 
fausses  louanges.  Il  n'a,  dit-il,  en  vûë  que  de  rendre  jus- 
tice aux  travaux  de  son  ami,  et  à  la  beauté  de  ses  dis- 
cours qui  par  leur  force  et  leur  douceur  semblable  à 
celle  des  anciens  Grecs,  apportoient  un  remède  salutaire 
à  la  décadence  des  letres. 


SAPAUDE,  PROFESS.  DES  BELLES  LETRES.     499     y  SIECLE 

C'est  ainsi  que  Mamert  Claudien,  cet  écrivain  si  cèle- 
bre,  parle  de  Sapaude  dans  une  letre  qu'il  lui  écrivit  avant 
l'an  474,.  et  que  M.  Baluze  nous  a  donnée  depuis  peu 
d'années.  Ce  qu'il  y  dit  de  son  mérite-,  s'accorde  parfai- 
tement avec  ce  que  nous  en  apprend  S.  Sidoine,  autre 
ami  de  Sapaude  et  son  contemporain.  Sapaude,  selon  sid.  ib. 
ce  sçavant  Evêque,  possédoit  toutes  les  beautés  de  l'an- 
cienne éloquence;  et  sa  manière  d'écrire  étoit  si  excel- 
lente, que  personne  de  ce  temps-là  non-seulement  ne  le 
surpassoit,  mais  même  ne  l'égaloit  en  ce  genre  de  litera- 
ture.  11  réunissoit  en  sa  personne  le  l'eu  de  Quinlilien,  l'é- 
lévation et  la  majesté  de  Pallade,  le  bel  ordre  de  Palé- 
mon,  la  gravité  de  Gallion,  la  fécondité  de  Delphide, 
la  régularité  d'Agrœcius-,  l'énergie  d'Alcime ,  la  délica- 
tesse d'Adelphe  !,  l'exactitude  d'Arborius,  la  douceur  de  i. 
Victorius. 

'  Tant  d'éminentes  qualités  acquirent  à  Sapaude  l'affec-  posi- 
tion  et   l'estime    de    Pragmace,    autre   homme    de    lelres 
et  de  la  première  considération  dans  les  Gaules.  Si  nous 
en  croïons  '  S.  Sidoine  et  Claudien,  Sapaude   étoit   alors  g*i  I  ci.  M. ad 
le  seul  dans  les  Gaules,  en  qui  l'on  vit  quelques  vestiges    ap'  p' J 
de  l'érudition  et  de  l'exactitude   des  anciens  ;  '  et   il   n'y  sid.  p.  983. 
avoit   que   Pragmace   qui   l'imitât.    Si   quelque   autre    s'a- 
donnoit  à  la  belle   latinité,  il  en   avoit  l'obligation   à  l'u- 
nion de  ces  deux  Sçavanls,  qui  lui  en  inspiroient  le  désir, 
comme  ils  lui  en  montroient  l'exemple;  et  si  quelque  au- 
tre,  ajoute   S.   Sidoine,  avoit  quelque   sentiment   d'huma- 
nité, et  du  goût   pour  les  bonnes  choses,  il   souhaitoit  de 
s'unir  à  ces  deux  Scavants,  et  de  faire  le   troisième  avec 
eux. 

Sapaude  eut  l'avantage  sur  Pragmace  de  travailler  plus 
que  lui,  à  faire  refleurir  les  sciences  par  le  grand  nombre 


«  Adelphe  est  ici  place  entre  plusieurs  trompé  m  cela.  '  S.    Pierre   Chrysologuo    Pet.    Chry.     Scr. 

Gaulois  :    et  il  semble  par-là  qu'il   ait  été  dans    un   de   sos   sermons    parle  avec   do    136. 

Gaulois   lui-même.  Maïs  nous  ne  trouvons  grands   éloges   d'un    Adelphe    Evêque,  qui 

rien  autre  chose  pour  son  histoire.  '.S'ava-  selon  lui    le  précédoit   pour  le  rang  et  de-      av.  in  Sid.  p. 346- 

ron  sur  cet  endroit  de  S.  Sidoine  remarque,  vant  qui  il  prononçoit  ce  sermon.  Adelphe 


qu'une  ancienne  inscription  fait  mention  devoit  parler  après  le  Saint.  On  trouve  un 
d,un  Claudius  Adelphius,  et  qu'il  se  trouve  autre  Adelphe  parmi  les  Evéques  qui  assis- 
un  Adelphe  consul  avec  Marcwn  en  451.  Il 
croit  que  ce  dernier  Adelphe  étoit  le  mari 
de  la  célèbre  Proba  Poëte.  '  Mais  d'autres 
font  observer  que  S.  Isidore  de  Seville, 
>iu  la  foi  duquel  Savaron  l'a  avancé,  s'est 


un  Adelphe  consul  avec  Marcwn  en  451.  Il  lerent  au  premier  Concile  d'Arles  en  311.    ]gjj    vjr    j||    c    » 

croit  que  ce   dernier  Adelphe  étoit  le  mari  Au   reste   on  ne   sçauroil  dire  précisément    _., 

de  la  célèbre  Proba  Poëte.  '  Mais  d'autres  quel  est  l'Adelphe,  que  S.  Sidoine  a  eu  en 

font   observer   que   S.    Isidore   de  Seville,  vue  dans  cet  endroit. 


R  r  r 


v  siècle.     50°    SAPAUDE>  PROFESS.  DES  BELLES  LETTRES. 

ci.  m.  ad.  sap.  p.  de  disciples  qu'il  y  forma.  '  Il  imitoit  ces  mères  abeilles, 
537-  qui  parcourant  les  fleurs  le  plus  suaves  en  tirent  le  suc, 

pour  en  remplir  leurs  raïons,  et  en  nourrir  leurs  petits. 
De  même  Sapaude  lisoit  les  meilleurs  auteurs,  en  choisis- 
soit  les  plus  beaux  endroits,  puis  en  formoit  des  raïons 
d'éloquence,  dont  il  nourrissoit  ses  disciples,  qu'il  che- 
rissoit  comme  ses  enfants.  Ensuite  cette  jeunesse  ainsi  abreu- 
vée du  nectar  des  sciences  Greques,  comme  d'un  miel 
Attique,  si-tôt  qu'elle  commençoit  à  prendre  l'essor,  tra- 
vailloit  à  son  tour  à  former  elle-même  des  raïons  d'élo- 
quence. 


NICET, 

Orateur. 

su. s.  1.8. cp.o.  'ttilavius     Nicetius     étoit     un     personnage      d'un 
p.  1058.  jp    mérite  extraordinaire,  et  l'un   des   plus  judicieux  et 

not.  p.  loss         des  plus  éloquents  hommes  de  ce  siècle.  '   Il   fut   d'abord 
Avocat,  puis  Assesseur  du  Préfet  du  Prétoire.   Le  P.  Sir- 
mond  le  fait   Lyonois  :  ce   qui   s'accorde   fort   bien   avec 
Sav.inSid.j.  i8i.  ce  que  S.  Sidoine  nous  en  apprend.  '  Savaron  au  contraire 

firétend  que   la  famille   des   Nicets    étoit  d'Auvergne,   où 
'on  voit  encore    un  bourg  de  son  nom,    appelé   Nicer. 
Sid.ibid  |  not.iwd.  Quoi  qu'il    en   soit,    '  on   convient  que  Nicet   étoit  d'une 
naissance  distinguée,    étant  sorti   d'une   famille    de   Séna- 
teurs. S.  Sidoine  lui   donne  tout   ensemble   les    titres   de 
Clarissime,  de  Spectable,  et  d'Illustre,  qui  étoient  les  trois 
degrés    d'honneur,    que   les    anciens   reconnoissoient   par- 
mi les  personnes  qualifiées.   Nicet  portoit  le  premier  titre 
par  le  droit  de  sa  naissance.  Ses  charges  d'Avocat  et  d'As- 
sesseur le  mettoient  de  niveau  avec  ceux  que   l'on   qualifioit 
Spectables;  et  son  mérite  le   rendoit  digne  du   titre  d'Il- 
lustre, 
sid.  ibid.  p.  1059.       '  Sidoine  étoit  encore  tout  jeune,    lorsque   Nicet  se  dis- 
,061'  tinguoit  déjà  par   son  éloquence  à  parler  en  public.  Il  le 

faisoit  toujours  avec  succès,  et  un  applaudissement  géné- 
ral :  aussi  possédoit-il  toutes  les  grandes  qualités,  qui  font 
les  bons  Orateurs.  Il  n'étoit  pas  moins  versé  dans  la  Juris- 


NICET,    ORATEUR.  501     ..,..,„ 

'  V  S I E  C  L  E. 


prudence,  qu'habile  dans  l'art  de  bien  parler.  Sidoine  cite 
une  occasion  particulière,  où  il  se  fit  beaucoup  d'hon- 
neur par  la  connoissance  qu'il  montra  avoir  de  cette 
science  des  Loix.  Ce  qui  relevoit  beaucoup  son  mérite, 
c'est  qu'il  joignoit  à  tous  ses  talents  une  modestie  et  une 
pudeur  admirable. 

'  Il  fût  toujours  lié  d'amitié  avec  S.  Sidoine,  quibien  m 
qu'avancé  déjà  dans  l'Episcopat,  et  déjà  arrivé  à  la  ré- 
putation de  Sçavant  du  premier  ordre,  faisoit  tant  de 
cas  du  sçavoir  de  Nicet,  qu'il  avoue  que  l'approbation  de 
ce  grand  homme  le  flattoit  agréablement,  '  et  lui  inspi-  p.  lœs. 
roit  un  nouveau  courage  pour  travailler.  '  En  effet,  S.  Si-  p.  îoss. 
doine  aïant  publié  une  partie  de  ses  letres  depuis  son  Epis- 
copat,  Nicet  en  avoit  porté  un  jugement  très-avanta- 
geux, et  avoit  dit  que  leur  auteur  surpassoit  en  plusieurs 
genres  d'écrire,  non-seulement  la  plus  grande  partie  des 
Sçavants  de  son  siècle,  mais  encore  beaucoup  des  Anciens. 
'  S.  Sidoine  regardoit  ce  témoignage  rendu  en  sa  faveur,  p  1057.  uns. 
comme  lui  étant  aussi  honorable,  que  l'avoit  été  à  César 
celui  que  lui  rendoit  Cicéron,  en  l'élevant  au-dessus  de 
tous  les  autres  hommes.  Si  ce  jugement  est  vrai,  dit  S.  Si- 
doine lui  même,  je  m'en  réjouis  à  cause  de  l'autorité  d'un 
si  grand  homme  :  s'il  est  faux,  il  né  laisse  pas  de  me  faire 
plaisir,  parce  qu'il  m'est  une  marque  de  son  amitié.  Au 
reste,  quoiqu'il  eût  quelque  sujet  de  le  craindre,  sentant 
bien  qu'il  étoit  au-dessus  de  la  vérité,  il  ne  diminua  rien 
de  sa  vénération  singulière  pour  celui  qui  l'avoit  porté, 
et  oui  passoit  pour  tenir  le  premier  rang  entre  les  gents 
de  letres  de  son  siècle. 

'  Le  même  S.  Sidoine  voulant  en  quelque  sorte  rendre  îwd. 
la  pareille  à  Nicet,  dit  que  dans  sa  jeunesse  il  avoit  assis- 
té à  plusieurs  de  ses  actions  publiques,  où  il  avoit 
brillé  avec  éclat.  •  Il  en  rapporte  une  en  particulier,  qui  p.  îow-iœi. 
fit  à  Nicet  un  honneur  extraordinaire,  et  dont  S.  Sidoine 
fut  lui-même  témoin.  A  la  cérémonie  du  Consulat  d'As- 
tere,  qui  se  fit,  ce  semble,  à  Lyon  Fan  449,  toute  l'as- 
semblée se  tournant  vers  les  premiers  Avocats,  qui  étoient 
ordinairement  les  Orateurs  de  ce  temps-là,  leur  dit  qu'il 
falloit  honorer  cette  fête  le  lendemain  matin  par  un  pa- 
négyrique digne  du  nouveau  Consul.  Aussitôt  tous  les 
Avocats  jetterent  les  yeux  sur  Nicet,  qui  étoit  présent, 
3  s 


V   SIECLE. 


502  NIGET,    ORATEUR. 


et  le  choisirent  tout  d'une  voix  pour  l'exécution  de  cette  pièce 
publique.  Nicet  ne  répondit  à  cet  honneur  que  par  une  extrême 
modestie,  qui  servit  autant  que  son  éloquence  à  lui  attirer  les 
plus  grandes  acclamations.  Le  jour  venu  il  parut  en  public,  et 
parla  avec  sa  suffisance  ordinaire,  en  joignant  la  gravité  à 
l'action,  la  force  du  raisonnement  à  une  plus  grande  éloquence, 
et  à  toutes  ces  qualités  un  ordre  et  un  arrangement  qui  sur- 
passoient  tout  le  reste. 
p.  t0(;,.  '  En  d'autres  rencontres  il  ne  se  lit  pas  moins  admirer 

au  sujet  de  la  loi  de  la  prescription  de  30  ans,  qui  appor- 
toit  de  grands  relardements  dans  l'expédition  des  affai- 
res. Avant  que  cette  loi  fût  connue  dans  les  Gaules,  Ni- 
cet en  avoit  développé  le  premier  dans  le  Rarreau  tous 
les  principes  et  toutes  les  conséquences  :  ce  qui  lui  attira 
„  m*.  de  grands  éloges.  '  Un  sçavoir  si  profond  soutenu  par  tant 

d'autres  belles  qualités,  acquit  à  Nice!  l'estime  de  tout  le 
monde,  qui  le  regardoit  comme  un  Magistrat  du  premier 
ordre.  Un  Préfet  des  Gaules  qui  fut  ensuite  Gonsul,  avoit 
en  particulier  une  si  haute  estime  de  son  mérite,  qu'il  ne 
faisoit  rien  que  par  son  conseil.  Enfin  S.  Sidoine  assure 
qu'il  ne  rcconnoissoit  rien  en  la  personne  de  Nicet,  qui 
ne  fût  digne  de  son  admiration,  et  qu'il  n'eût  souhaité  de 
posséder  lui-même. 
Tiii.  h,  e.  4.  m.  Nicet  paroit  avoir  vécu  jusqu'au-delà  '  de  l'an  477,  auquel 
I'-270-  S.  Sidoine  faisoit  son  éloge,  comme  d'un  homme  qui  vivoit 

s.  i.  3.  eP.  i.  p.  encore.  Ainsi  il  est  différent  d'un  autre  '  Nicet,  dont  Avite  ami 
900 •  de  S.  Sidoine  avoit  hérité  dès  473,  ou  474. 


SECONDIN, 

Poète. 
„..,.       „,    '^BCONDJN      Poète      célèbre,     fieurissoit     au     même 

Siu.  S.  1.*.  cp.  Kl.        ^^  »  .  , 

i>,  «in.  o  temps  que  1  Orateur  Nicet  dont  nous  venons  de   don- 

Tiii  h  h  t   iu    ner  1(!ilogc-   '  N  ^oi1  de  Lyon,  qui  a  produit  tant  d'autres 
p.  «■.'  poètes  en  ce  siècle,  ou  d'un  pais   peu   éloigné.    Il   paroit 

qu'il  faisoit  sa  demeure  dans  celte  Ville,  lorsque  les  Rour- 
siii.  1.5.  cp.s.p.  guignons  s'en  furent  rendus  les  maîtres.  '  Les  poésies  de 
m  Secondin    faisoient    l'admiration  des    gents    de    lctrcs,    et 


SECONDIN,   POETE.  :i03 

V  SIECLE. 


lui  acquirent  une  très-grande  réputation.  Il  excellent  sur- 
tout dans  la  description  des  chasses  roïales,  dans  l'épitha- 
lame,  et  la  satyre.  Il  avoit  pour  ce  dernier  genre  de  poé- 
sie en  particulier  un  talent  exquis  :  ce  que  S."  Sidoine  ex- 
prime par  ces  paroles  énergiques ,  que  l'on  auroit  beau- 
coup de  peine  à  rendre  en  nôtre  langue,  en  leur  conser- 
vant toute  leur  force  :  ferventis  fuhnen  ingenii  et  eloquii  sal- 
sa  liber  tas. 

'  Les   dissentions   qui  régnoient   entre    les    Princes    des  p.  979. 
Bourguignons,    fournirent  h  Secondin  une  ample  matière 
pour    exercer  sa   veine   poétique.    Il   composa    à   ce   sujet 
quelques  satyres ,  dont  S.   Sidoine  son  ami  et   déjà  Evo- 
que, faisoit  l'éloge  vers  477.  'On  croit  que  ces  satyres  re-  not.  p.  979. 
gardoient  les  meurtres ,  que  Gondebaud  Roi  de  Bourgogne 
avoit  commis  en  faisant  tuer    Chilpéric    et  Gondemar  ses 
frères ,  et  noïer  la  femme  de  Chilpéric  sa  belle-sœur.  C'est 
pourquoi  'S.  Sidoine  compare  ces  satyres  de  Secondin  à  sid. ibid. 
celles  du  Consul  Ablave,  dont  il  rapporte  un  distique  fort 
piquant   contre    l'Empereur    Constantin  ,    au   sujet    de    la 
mort  tragique  de  Fauste  sa  femme,  et  de  Crispe  son  fils 
aîné. 

Secondin  fut  aussi  un  des  poètes,  à  qui  S.  Patient  Eve-  1.2.  ep.  10. p. sot. 
que  de  Lyon   s'adressa  pour  avoir  des  vers,  afin  d'orner 
l'Eglise  qu'il  avoit   fait  bâtir  dans  Lyon  même  '  fort  près  not.  p.  897. 
de   la  Saône,   et  que  l'on  croit  être   celle  de  S.    Etienne.. 
'  S.  Sidoine  et  Constance   Prêtre  de   Lyon  aïant  été  priés  sid.  ibid. 
de  faire  aussi  des  vers ,   pour  décorer  la  même  Eglise ,  le 
premier    témoigne    ne    l'avoir    exécuté    qu'en    tremblant , 
parce,  dit-il,   qu'il  avoit  sujet  de  craindre  de  voir  de  ses 
poésies,  mises  en  parallèle  avec  celle  de   ces   deux  habi- 
les  Poètes ,   dont    les    pièces  éclypsoient  les   siennes.    Les 
vers  que  Secondin  fit  en  cette  occasion,    étoient  hexamè- 
tres, et  se  voïoient  aux  côtés  de  l'Autel  de  cette  Eglise  de 
Lyon.  '  On  avoit  dans  le  public  bien   d'autres  pièces  de  1.3.  ep. 8.  p.  978. 
nôtre  Poète ,  comme  il  paroît  par  S.  Sidoine  ;   mais  il  ne  979- 
nous  en  reste  plus  rien  aujourd'hui.  Seulement  nous  avons 
du  même  S.  Sidoine  à  Secondin   une  letre,   qui  est  la  8e 
du  5e  livre,  écrite  vers  l'an  477, 


V    SIECLE. 


504 


SAINT  PATIENT, 

Evêque  de  Lyon. 

S-  i- 

HISTOIRE    DE    SA    VIE. 

su.  1. c. ep. îa.p.  tt  ne  '  charité  immense,  qui  s'étendoit  sur  tous  les 
U  misérables  jusqu'aux  extrémités  des  Gaules,  a  fait 
le  caractère  particulier  de  S.  Patient.  Mais  quoiqu'on  ne 
le  regarde  communément  que  comme  un  Saint  Evêque, 
nous  ne  pouvons  pas  nous  dispenser  de  le  considérer  ici 
en   quelque  sorte   comme  écrivain,  puisqu'on   lui  attribue 

Bar.  an.  475.n.io.  quelques  opuscules.  '  Il  fut  un  de  ces  grands  Evêques,  que 
Dieu  par  un  effet  admirable  de  sa  providence  donna  à  l'E- 
glise des  Gaules ,  pour  la  consoler  et  la  soutenir  parmi  les 
extrêmes  misères  qui  l'affligèrent  durant  tout  le  V  siècle , 
et  qui  par  leur  Sainteté  merveilleuse  brillèrent  comme 
des  astres  au  milieu  de  ces  ténèbres. 

On  ne  s'accorde  pas  à  fixer  le  commencement  de  son 

Tin.  H.E.t.  16.  p.  Episcopat.   'Quelques-uns    le    font    succéder    immédiate- 
.  ment  à  S.  Eucher  vers  450.  D'autres  lui  donnent  pourpré- 

Pani.  m.  p.  sa.  décesseur  un  S.  Véran  différent  du  fils  de  S.  Eucher,  '  et 
les  anciens  catalogues  de  l'Eglise  de  Lyon  mettent  après 
S.  Eucher,  Salone  et  Véran.  Mais  ce  dernier  point  ne  doit 

Tiii.t.  is.  p.  129.  pas  embarasser;  puisque  'ce  sont  apparemment  les  fils 
de  S.  Eucher,  que  l'Eglise  de  Lyon  aura  mis  par  honneur 
dans    ses   diptyques ,    quoique    Evêques   d'autres    Sièges , 

t.  16.  p.  97.  comme  nous  l'avons  montré  ailleurs.  '  Au  moins  il  est  cer- 

tain que  S.  Patient  remplissoit  le  Siège  Episcopal  de  Lyon, 

sid.  î.  4.  eP.25.p.  quelque  temps  avant  l'an  470.  'En  cette  qualité  il  éloit 
chef  et  Métropolitain  de  sa  Province,  qui  étoit  la  pre- 
mière Lyonoise. 

Oh  vit  éclater  en  lui   dans   un    degré   éminent  toutes 

i.*.ep.io|i.6.cP.  les  vertus  pastorales.  Comme  un  autre  Ambroise,  'il  sça- 

12. p. isi. 399. «o.  voj{  joindre  la  sévérité  à  la  miséricorde,  et  unir  l'activité 
avec  la  discrétion  et  la  sagesse.  S.  Sidoine ,  son  ami  et  son 
contemporain ,   lie  sçait  ce    qu'il    doit   louer   davantage , 

ou 


EVEQUE  DE  LYON.  505 

v  V  SIECLE. 


ou  son  zèle  pour  le  culte  de  Dieu  ,  ou  sa  charité  envers 
les  pauvres.  Il  falloit  assurément  que  la  providence  multi- 
pliât ses  revenus  entre  ses  mains ,  pour  fournir,  comme  il 
faisoit  tout  à  la  fois ,  à  bâtir  de  nouvelles  Eglises  riches  et 
magnifiques,  à  réparer,  orner  et  embellir  les  anciennes, 
'  et  à  nourrir  les  pauvres  de  la  plupart  des  Villes  des  Gau-  p.  400. 
les.  Aussi  en  étoit-il  chéri ,  honoré ,  respecté  comme  s'il 
en  eût  été  ou  le  père  ou  le  propre  Evoque. 

'  Sous  son  Episcopat  la  foi  et  la  religion  prenoient  de  p.  393. 
jour  en  jour  de  nouveaux  accroissements  par  sa  sollicitu- 
de pastorale;  et  le  nombre  des  hérétiques  diminuoit  consi- 
dérablement par  ses  prédications  assidues.  Le  pieux  Evo- 
que eut  en  cela  une  belle  occasion  d'exercer  tout  son  zèle  ; 
car  les  Bourguignons,  qui  suivoient  les  hérésies  des  Pho- 
tiniens ,  et  des  Ariens ,  éloient  alors  maîtres  de  la  Ville  de 
Lyon.  S.  Patient  trouva  le  secret  de  gagner  leurs  esprits 
sauvages  et  farouches ,  et  de  les  convaincre  par  ses  paro- 
les :  après  quoi  plusieurs  s'attachoient  tellement  à  lui , 
qu'ils  ne  le  pouvoienl  plus  quitter,  jusqu'à  ce  qu'il  les  eût 
tout-à-fait  tirés  de  l'abîme  de  leurs  erreurs. 

'  A  l'ordination  de  S.  Jean  pour  remplir  le  Siège  Epis-  1.  *.  ep.  425.  |p. 
copal  de  Châlons   sur  Saône ,    la  présence ,   la  vigueur  et  ^°' 310' 
la  fermeté  de  S.   Patient,    uni   dans   cette   action   avec  S. 
Euphrone  d'Autun,   servirent  beaucoup  à  rompre  les  bri- 
gues  que    l'on    avoit  faites,    pour   faire    tomber  l'élection 
sur  des  sujets  qui  en  étoient  indignes.  Cette  action  si  di- 
gne du  zèle  de  nôtre  Saint  Prélat ,  '  donna  beaucoup  de  joie  tui.  îbid.  p.  100. 
à  ceux  qui   aimoient  l'Eglise,   comme   l'on  en   peut  juger 
par  celle   que  témoigne  S.  Sidoine,   en  mandant  cette  or- 
dination à  un  de  ses  amis. 

'S.  Patient  rendit  encore  un  service  considérable  à  l'E-  Sur. 31  jui. p. 407. 
glise ,  en  portant  Constance  Prêtre  de  son  Clergé ,  à  écri- 
re la  vie  de  S.  Germain  Evêque  d'Auxerre,  tant  pour  ho- 
norer la  mémoire  de  ce  grand  Saint ,  que  pour  rendre  sa 
vertu  utile  à  toute  la  postérité.  Constance  dédia  cet  ou- 
vrage à  S.  Patient  même ,  et  à  Censurius  d'Auxerre  par 
deux  letres  écrites  à  chacun  d'eux.  '  On  trouve  un  Eve-  Conc-  '•  *■  p-  Ui 
que  nommé  Patient,  entre  ceux  que  l'on  prétend  avoir 
approuvé  vers  475  la  letre  de  Fauste  au  Prêtre  Lucide , 
et  entre  ceux  qui  s'assemblèrent  à  Arles  sur  la  même  af- 
faire. Mais  il  y  est  placé  après  plusieurs  simples  Evêques, 

3  5  t  l'orne  II.  S  s  s 


V  S  IRC  LE. 


iiOG  S.  PATIENT, 


"  et  même  en  un  endroit  après  S.  Euphrone  d'Autun  suflra- 
gant  de  Lyon  :  ce  qui  donne  sujet   de  douter  que  ce  soit 
p.  io«>.  nôtre  Saint  Evêque.  '  On  prétend  aussi  que  peu  do  temps 

après   ce   Concile  d'Arles,    il  s'en    tint  un  autre   à    Lyon 
sous  S.  Patient  ;  et  l'on  rapporte  à  ce  Concile  ce  qui  se  lit 
dans  un  manuscrit,    que  S.   Patient  produisit  le  livre  des 
Dogmes  Ecclésiastiques;  ce   que   l'on   croit    devoir    enten- 
dre du  livre  que   Gennade  de  Marseille  a  l'ait  sous  ce  li- 
tre.  Mais  on   a    vu   ailleurs  que  cette  opinion  ne  peut  se 
soutenir. 
Tiii.  ii>id.  p.  102.        'La  fête  de  S.  Patient  est  marquée  au  1 1'"  jour  de  Sep- 
tembre   dans    les  additions   d'Adon ,    et  dans   divers  nou- 
veaux  Martyrologes.    Comme   l'on    ne   sçait   point  précisé- 
ment en  quelle   année    il    commença    son  Episcopat ,    on 
"   ignore  de  même  en  quelle  année  il  le  finit.   Il  y  a  néan- 
(iaii.chr.vet.i.i.  moins  de  l'apparence  qu'il. vêquil  jusques  vers  480.  '  On 
«conc.  i.   i.  p.  l1"  donne  pour   successeur   S.    Lupicin ,  "  qui   étoit    mort 
ii59.  isGo.  avant  ]e  2't  jour  de  Février  49i ,  auquel  temps  S.  Hustico 

ou  Rustique  étoit  dès-lors  Evêque  de  Lyon. 

§    11. 

SES   ÉCRITS. 


D 


ivras  Auteurs  attribuent  à  S.    Patient    quelques  opus- 
cules ,    que    d'autres   ne  croient    pas   néanmoins  être 

Mir.  auci.  c.  us.  de  lui.  '  Aubort  le  Mire  après  Papire  Masson ,  lui  donne 
l'Homélie  sur  le  martyre  de  S.  Genès  d'Arles,  que  nous 
avons  dans  Surius  au  20''  jour  d'Août ,  et  parmi  les  Ho- 
mélies qui  portent  le  nom  d'Eusebe  d'Emese,  dont  elle  est 

Tii.  h  .e.  t.  ic.p.  la  ,ri(K  'Cette  Homélie  passe  pour  une  pièce  fort  belle  et 

lu"),  i.  «.i..if.-i.  bien  écrite.  Mais  ni  Papire  Masson,  ni  le  Mire, 'ni  le  P. 
Théophile   Raynaud ,   qui   croit   aussi   la  devoir  donner  à 

Tiii.  ibiu.  S.  Patient ,  '  n'allèguent  point  de  raison  particulière  pour 

établir  leur  opinion  ;  et  d'autres ,  comme  nous  l'avons  re- 
marqué, attribuent  celte  même  Homélie  à  S.  Eucher,  et 
nous  avec  plus  de  probabilité  à  S.  Hilaire  d'Arles. 

Quoi  qu  il  en  soit  de  cette  Homélie  sur  S.  Genès,  nous 
ne  croïons  pas  que  l'on  puisse  refuser  à  S.  Patient,  au 
moins  une  autre  de  ces  mêmes  Homélies  attribuées  à  Eu- 

i.  e.  i>.3i«.  31».    sebe  d'Emese,  'dont  la  plupart  sont  reconnues  aujourd'hui 


EVEQUE    DE    LYON.  50/ 


V   SIECLE. 


pour  être  des  Sermons  de   divers  Evoques   de  nos  Gaules 

en  ce  siècle.  '  Cette  Homélie  est  la  48"  sur  ces  paroles  du  Emis,  km,  *s.\>. 

Pseaume  1 32,Ecce  quam  bonum  et  quam  jiccundum.  Pour  peu  320- 

d'attention  que  l'on  veuille  bien  faire  et  aux-  circonstances 

dans  lesquelles  s'est    trouvé   S.    Patient,    et  au  sujet  dont 

traite  cette  Homélie,    on   se  persuadera   sans  peine  qu'elle 

est  de  nôtre  S.  Evêque.  De   son   temps  la  Ville  de  Lyon 

étoit  sous  la   domination  des  Bourguignons,  qui  suivoient, 

comme  nous  avons   dit,  les  erreurs   des  Pholiniens  et  des 

Ariens,  et  un  grand   nombre  desquels  S.   Patient  ramena 

à   la  foi   Catholique.   Or  '  la  48e  Homélie   dont  il   est  ici  p.  340. 321. 

question,  est  toute  entière  pour  combattre  l'erreur  la  plus 

grossière  des  Photiniens,  qui   consistoit  à  croire  que  J.  C. 

étoit  venu   au  monde  par  les  voies   ordinaires,   et   u'étoit 

point  coéternel  avec  Dieu    le  Père.  Il  peut  sans  difficulté 

y  avoir  d'autres  Homélies  de  S.    Patient,  parmi  celles  qui 

portent  le  nom  d'Eusebe  d'Emese  ;   mais  nous  n'avons  ni 

preuve  positive   pour  l'assurer,   ni   moïen  de  les  discerner 

des    autres.   On  peut  toutefois  le   présumer  en    particulier 

de  celles  qui  combattent  les  mêmes  erreurs  que  la  48°. 


DOMNU1E, 

QuESTEl'U  de   (.'Empiuk. 

L'ae riqje    fut  le  pais  qui  donna  naissance  à   Dornuti-  sm.  s.  1.  9.  <■[>. 
le .,   et  les    Gaules  le    Théâtre,    où  il    brilla   par    son  '"  ''•  1,,!l' 
esprit  et  son  érudition  durant  l'espace  de   40   ans.  '  Il  se  lco.  t.  1.  p.  740. 
retira  d'abord   à   Arles,    comme  il    paroît,    du    temps   de  c'  M" 
S.  Hilaire  Evêque  de  la  Ville.   Il  étoit  du  nombre  de  ces 
Sçavants  qui   se  plaisoient  à  assister   aux   prédications   du 
Saint  Prélat,  et  dont  la  présence  l'engageoit  à  relever  son 
style,  afin  qu'en  parlant  devant   eux  d'une  manière  digne 
de    leur  sçavoir,  il    les   rendît   plus   attentifs    aux    vérités 
qu'il   annonçoit.    Domnule,    comme   les    autres,    en    étoit 
si  touché,   qu'il  ne  pouvoit  se  lasser  d'admirer  la  Doctri- 
ne, et  l'éloquence  extraordinaire  du  Saint  Evêque. 

'  L'érudition    de    Domnule    lui    procura    la    charge    de  sirf.cai.i4.pr.  p. 
Questeur  de  l'Empire;  on  ne  dit  pas  sous  quel  Empereur.  JJM "»•  ■•*•*• 

S  s  s  ij 


V  SIECLE. 


508  DOMNULE, 


Il    semble   néanmoins  qu'il  joùissoit,   ou   qu'il  avoit  déjà 

l«o,  ibid.  joui,    de  cet  honneur  vers  461.  '  S.   Honorât  de  Marseille 

dans  la  vie  de  S.  Hilaire  d'Arles,  nomme  Domnulc  avec 
Eusebe  et  Silvius,  entre  ceux  qui  en  ce  siècle  s'étoient  ren- 
dus célèbres  par  leurs  écrits.  Mais  il  ne  nous  reste  plus 

sid.  î.g.ep.is.p.  rien  de  cet  écrivain.  '  Il  paroît  qu'il  avoit  un  talent  par- 

1118.  1119.  ticulier   pour  la  poésie.   S.    Sidoine,    son  ami   particulier, 

qui  parle  souvent  de  lui,  et  toujours  avec  éloge,  après 
avoir  nommé  en  un  endroit  le  Ministre  Léon,  et  Consen- 
ce  le  jeune,  comme  deux  des  plus  illustres  Poètes  de  ce 
temps-là,  et  deux  personnes  sçavantes  dans  le  grec,  il  leur 
joint  aussi-tôt  Sévérien  et  Domnule.  Il  ne  fait  pas  diffi- 
culté d'avouer  que  ce  dernier  écrivoit  avec  plus  de  déli- 
catesse, et  réùssissoit  mieux  que  lui-même  dans  la  poésie. 
A  fer,  vaferque  Domnulus politius. 

1.9. «p.is.p. nto.  'Domnule  fut  un  de  ces  quatre  célèbres  Poètes,  dont 
nous  avons  déjà  parlé  dans  l'éloge  de  Lampride,  et  que 
l'Empereur  Majoricn  avoit  assemblés  dans  une  des  Villes 
des  Gaules,  où  il  avoit  alors  sa  Cour.  Les  trois  autres 
étoient  S.  Sidoine,  Lampride  et  Sévérien.  Se  trouvant  chez 
un  de  leurs  amis  qui  leur  cîonnoit  à  manger  dans  la  mê- 
me Ville,  ils  composèrent  sur  le  champ  chacun  un  poè- 
me, à  la  louange  d'un  livre    de  la  façon  de  Pierre  Secrc- 

rar.u.|r.p.i249.  taire  de  cet  Empereur.  '  Il  paroit  que  Domnule  étoit  en- 
core un  grand  Philosophe  ;  puisque  Sidoine  le  prend  avec 
le  Consul  Magnus,  et  Léon  Ministre  d'Euric,  pour  ju- 
ge dans  les  matières  les  plus  abstraites  de  la  Philosophie. 
Mais  ce  qui  est  un  plus  grand  sujet  d'éloge  pour  Dom- 
nule, c'est  qu'il   sçavoit  joindre   la   pieté   Chrétienne  à   la 

i.4.ep.2.s.p.  968.  science.  C'est  de  quoi  ne  permet  pas  de  douter  '  la  cou- 
tume qu'il  avoit  de  visiter  fort  souvent  les  Monastères 
du  mont  Jura.  Et  S.  Sidoine  en  étoit  si  persuadé,  qu'il 
crut  faire  plaisir  à  une  personne,  qui  cherchoit  ainsi  par 

P.  967.  avance  une  demeure  au-dessus  de  la  terre,  '  de  lui  mander 

la  nouvelle  de  l'élection  de  S.  Jean,  pour  remplir  le  Siège 

p. 966.  968.  de  Chàlons  sur  Saône.   '11  montroit    par-là  qu'il  ne  dou- 

toit  point,  que  Domnule  ne  se  réjouit  de  sçavoir  à  la  tête 
de  celte  Eglise  im  Prélat,  choisi  par  l'avis  de  deux  aussi 
Saints   Evêques    que    l'étoient    S.    Patient  de   Lyon,  et  S. 

p.  968.  Euphrone  d'Autun.   'De  la  manière  que   lui  parle   S.    Si- 

doine dans  sa  letre,   il   semble    que  Domnule  faisoit  alors 


QUESTEUR   DE   L'EMPIRE.  509 

v  V  SIECLE. 


sa  demeure,  non  dans  le  Diocèse  de  Lyon,  mais  dans  la 
Province,  où  il  pouvoit  avoir  quelque  emploi  différent 
de  la  Questure,  qu'il  n'exerçoit  plus  selon  toute  appa- 
rence. 

.  Nous  avons    remarqué   qu'il  s'étoit  établi   dans  les  Gau- 
les, dès  le  temps  de  l'Episcopat  de  S.  Hilaire  d'Arles,  qui 
dura  depuis  l'an  420  jusqu'en  4i9.  'Il  semble  qu'il  vivoit  1. 9.ep.is.p.ui8. 
encore  lorsque  S.  Sidoine  publia  le   9e  livre  de  ses  letres  Hl9' 
vers  482  ou  483.  Ainsi  supposant  qu'il  soit  venu  dans  les 
Gaules  vers  440,   aiant  déjà  environ  30  ans,   puis  qu'on  1*0.  u>id. 
le  met  dès-lors  au  nombre  des  sçavants,  il  aura  passé  près 
de  43  ans  dans  les  Gaules,  et  vécu  en  tout  environ  73  ans. 


S  E  V  E  R  I  E  N, 

Poète    et    Rhéteur. 

Sévérien,    l'un    des  quatre    Poètes    célèbres    pour    qui  sid.s.  i.  g.ep.u. 
l'Empereur    Majorien     avoit    une    estime    particulière,  P' 
fleurissoit  dans    les  Gaules  au  même  temps  que   Domnu- 
le,    dont   nous  venons   de  parler.   On  ne   trouve   point  le 
lieu  de  sa  naissance  ;   mais  il  n'y  a  pas  sujet  de  douter  qu'il 
ne  fût  Gaulois   de   nation.  'Il  avoit  beaucoup  d'élévation,  ibid.  i  «P.  i.v  P. 
et  tant  de  facilité  pour  la  poésie,  qu'il  faisoit  quelquefois  ,l,!) 
des  pièces   sur    le  champ.   Nous  avons   déjà  fait   mention 
en  plus  d'un  endroit,  du  poëme  qu'il  composa  de  la  sor- 
te, à  la   louange  d'un  ouvrage   du  Poète  Pierre   Secrétai- 
re de  Majorien. 

'  Sidoine  avant  son  Episcopat,  faisant  vers  470  l'énumé-  car.  9.  v.  312 
ration    des  plus  habiles  Poètes,   qui    l'avoient  précédé,  et 

3ui  fleurissoient  encore  de  son  temps,  y  donne' un  rang 
istingué  à  Sévérien, prœstantemque,  dit-il,  tuba  Severianum. 
De  même  '  après  avoir  fait  vers  482  l'éloge  de  Léon  Mi-  i.a.ep.is.im. 
nistre  du  Roi  Euric,  et  de  Consence  le  jeune,  comme  des  Ul9' 
deux  plus  sçavants  hommes  de  leur  temps,  il  ajoute  qu'ils 
ne  sont  pas  les  seuls  beaux  esprits,  dont  le  sçavoir  fasse  la 
gloire  de  leur  Patrie,  et  nomme  aussi-tôt  Sévérien,  com- 
me aiant  encore  plus  d'élévation  : 


V     SIECLE. 


■•HO     SEVER1EN,    POETE    ET    RETHEUR. 

Ncc  ista  sola  sunt  perit;i  pectora, 
Lieet  et  peritis  Ikpc  peritiora  sint. 
Severianus  ista  Rlietor  altius. 

On   voit    par-là  que  Sévérien  joignent    à  la  profession  de 

sav.  in  sm. p. en.  Poëte,  celle   de  Rhéteur,   'qui  consistent  à   enseigner  les 

Sid.<-ar.9.v.3i3.  belles  letres  et  les  préceptes  de  l'éloquence.  '  Encore  en  cet 

art  Sévérien  ne  cedoit  à  personne,  et  passoit   même  pour 

comparable  à  Quintilien,  au  jugement  de  S.  Sidoine. 

Et  sic  scrilierc  non  minus  valentem, 
Marcus  Quintilianus  ut  solcbat. 

sav.ibiu.Fab.bih.  On  trouve  un  Julius  Severianus,  qui  a  écrit  un  traité 
iat.  app.  p.  103.  (je  ]'ar(  (je  ja  Rhétorique,  adressé  à  Didier  son  ami,  et  im- 
sir.  in  siii.  p.  primé  plusieurs  fois.  '  Le  P.  Sirmond  croit  sans  difficulté, 
11,1  que  cet  Auteur  est  le  même  que  le  Rhéteur  dont  nous  par- 

lons ici;  et  nous  ne  voïons  rien  qui  contredise  cette  opinion. 
sid.  s.i.2.ei>.  s.  Didier  à  qui  l'écrit  est  adressé,  pourrait  fort  bien  être  '  ce 
p  890-  Désiré,  homme  de  letres,  à  qui  S.  Sidoine  adresse  la  8e  lelre 

de  son  second  livre  ;  car  Didier  et  Désiré  n'est  proprement 
Fab.  ibid.  qu'un  même  nom.  '  L'Ouvrage  de  Sévérien  est  intitulé  Syn- 

tomata  siveprœcepta  artisRhetoricœ,ci  recueilli  sommairement 
de  divers  Auteurs.  Il  fut  imprimé  pour  la  première  fois 
par  les  soins  de  Secundus  Curio,  qui  le  joignit  aux  Parti- 
tions de  l'Oraison  de  flicéron.  Ensuite  Luc  Frulerius 
l'aïant  revu,  Jean  Dousa  prit  soin  de  le  faire  réimprimer 
à  Anvers  chezPlantin,  l'an  1584  en  un  volume  in-8°,  avec 
quelques  écrits  qu'avoit  laissés  le  même  Fruterius.  Ce 
p.  ioi.  103  traité  est  plus  ample  et  plus  correct  '  dans  l'édition  qui  en 

a  été  faite  à  Paris  l'an  1599  en  un  volume  in-4°,  parmi  les 
anciens  Rhéteurs  tirés  de  la  Ribliolheque  de  François  Pi- 
thou,  depuis  la  page  302  jusqu'à  la  312. 


511 

V    SIECLE. 


0 


,      LEONCE., 

Evkque    b'AlU,ES. 

n  ne  sçait  rien  de  Léonce    jusqu'à   son  Episcopat.  On 
ignore» même   le    temps   précis   auquel  il  y  fui   élevé. 
'Quelques   manuscrits   portent    qu'il    fut   ordonné    Evêque  Gaii.  chr.  m.  i. 
d'Arles    après    Augustal    l'an   450.    Mais   ces    monuments  •'  533,  not- 
ne  sont  pas  d'une  assez  grande  autorité,  pour  mériter  que 
l'on  s'y  arrête  ;  et  il  y  a  toute  apparence  que  Léonce  suc- 
céda  immédiatement  à  Ravenne ,  comme    nous   avons   dit 
en   parlant  de   ce   dernier.  Au    moins  '  il  est  certain  que  conc.  t.t.f.wt. 
Léonce   occupoit   ce   siège  avant  le   25"   de  Janvier  402. 
Nous  avons  encore  une  letre  de  même  date,  que  le  Pape 
llilaire   lui   écrivit  en  cette  qualité ,  pour  lui  donner  avis 
de  sa  promotion.  Il  le  prie  de  faire  part  de  cette  nouvelle 
aux  autres  Evêques  de  sa  Province ,  afin  qu'ils  réunissent 
tous  ensemble  et  leur  joie  et  leurs  prières  pour  toute  l'E- 
glise. 

'  Cependant  Léonce  qui  étoit  ami  particulier  de  ce  Pa-  uu. 
pe ,  '    avant    que    d'avoir   reçu   cette   letre ,  lui    en  écrivit  P.  i<mo. 
une   la   même   année,  apparemment  au  mois  de  Février, 
'  sitôt    qu'il    eut   appris    par   Concorde   Diacre  de  l'Eglise  p.  isss. 
d'Arles  qui  étoit  alors  à  Home ,  l'élection  d'Hilaire.   Léon- 
ce dans  sa  letre  ,  dont  nous  parlerons  ensuite  plus  au  long, 
témoigne  au  nouveau  Pape  la  joie  qu'il  avoit,  de  le  sça- 
voir   élevé   sur   le    S.  Siège.  Ils  renouvellerent  ainsi  leur 
ancienne  union;  et  Hilaire  fut  attentif  à  en  donner  à  l'au- 
tre des  marques  éclatantes  en  toutes  les  rencontres. 

'  Léonce  étoit  on  grande  réputation  et  en  une  haute  Rur.  î.  i.  ep.  15. 
estime  parmi  les  personnes  de  pieté.  '  Il  possédoit  le  ta-  Faust.  a<i.  Fci.  p. 
lent  de  porter  à  la  vertu  d'une  manière  très-efficace ,  tant  552' 2" 

{>ar  ses    exemples    que    par   ses  exhortations.  '  S.  Sidoine  sui.  s.  i.e.ep.  3. 
oûe   son   érudition   et  sa  pureté  de  conscience.  Il  recon-  p-*'«»- 
noit   qu'il   avoit  bien  d'autres  avantages  au-dessus  de  lui, 
comme   l'ancienneté   de   l'âge   et  de   l'Episcopat ,  la  préé- 
minence  du    siège,  avec    la   réputation   d'un   homme    de 
sçavoir.  C'est  pourquoi  il  se  plaint  de  ce  qu'il  ne  lui  avoit 


V   SIECLE. 


512  LEONCE, 


pas  encore  communiqué  quelques  goûtes  de  la  rosée  de 
cette  doctrine ,  que  Dieu  avoit  versée  en  son  ame ,  afin 
d'arroser  la  sécheresse  que  lui  laissoit  l'ignorance  qu'il  ap- 
portait du  siècle  dans  l'Episcopat. 

Plusieurs  autres  grands  hommes  de  la  fin  de  ce  siècle, 
ne  faisoient  pas  moins  de  cas  que  S.  Sidoine ,  du  mérite 
et  de  la  vertu  de  Léonce.  Félix ,  qui  de  Patrice ,  comme 
nous  dirons ,  étoit  devenu  humble  serviteur  de  J.  C.  se  retira 

F»»«t.  iWd.  à  Arles,  '  auprès  de  ce  pieux  Evêque  ,  pour  profiter  de  ses 

instructions,  et  s'animer  à  la  pieté  à  la  vûë  de  s:js  exem- 

Rur.  itid.  pies.  '  Rurice ,  illustre  par  sa  noblesse,  et  encore  plus  par 

sa  pieté,  qui  fut  depuis  Evêque  de  Limoges,  souhaita 
d'avoir  le  même  bonheur,  et  attribua  à  ses  péchés  di- 
vers obstacles  qui  l'empêchèrent  d'en  jouir.  11  ne  laissoit 
pas  néanmoins  de  l'aimer  et  de  l'honorer  comme  son  pè- 
re ;  et  Léonce  aimoit  réciproquement  Rurice  comme  son 
fils. 

conc.  t.4.p.io38.       '  Nous  avons  diverses  letres  du  Pape  Hilaire  à  Léonce, 

,0M-  où  l'on  voit  et  quelle  estime  il  avoit  pour  sa  capacité,  et 

quel  fonds  il  faisoit  sur  sa  vigilance,  pour  le  maintien  de 
la    discipline   dans  la  plupart  des  Eglises  des  Gaules.  La 

P.  ioi3.  io4i.       principale  affaire  dont  il  le  charge  par  ces  letres,  '  fut  celle 

p.  1045.  de  S.  Mamert  de  Vienne ,  '  qui  contre  les  derniers  règle- 

ments de  S.  Léon  avoit  ordonné  un  Evêque  à  Die  en  4G3. 
Elle  fut  le  sujet  de  la  convocation  d'un  Concile ,  comme 
nous  avons  dit  plus  amplement  ailleurs;  et  ce  fut  Léonce 
qui  y  présida.   L'Evêque  d'Arles  étoit   déjà    en   possession 

p.  ion.  1044.  '  d'assembler  le  Concile  des  cinq  Provinces ,  qui  sont  la 
Viennoise ,  la   première    Lyonoise ,   les    deux    Narbonoises 

p.  lois.  io44.  et  les  Alpes.  '  Hilaire  confirme  ce  privilège  à  Léonce. 
11  lui  laisse  le  choix  du  lieu  et  du  temps  de  ces  assemblées, 
qu'il  veut  que  l'on  convoque  tous  les  ans.  11  lui  commet 
aussi   le  soin   d'y  inviter  les  Evêques,  et  d'en  écrire  aux 

Tin. h.e. 1. 16. p.  Métropolitains,  pour    les    avertir    de    s'y    trouver.  '  Quoi- 

âu'il  ne  dise  rien  du  droit  d'y  présider,  il  semble  cepen- 
ant   par  une    suite    bien  naturelle  le  donner  à  Léonce  ; 
aussi  1  usage  l'attribuoit  à  l'Evêque  d'Arles. 

Selon   ces  règlements  Léonce  auroit  dû  avoir  assemblé, 
et    présidé  à  un  grand   nombre    de   Conciles  ,  durant  un 
Episcopat  de  plus  de  20  ans.  Mais  on  ne  nous  a  conservé 
la  mémoire  que  de  celui  qui  se  tint  sur  l'affaire  de  S.  Ma- 
mert, 


42. 


EVÊQUE  D'ARLES.  513     v  S1ECLE 

mert,'et   d'un   autre   qui  fut   assemblé  à  Arles,  comme  Conc.t.4.p.ion- 
l'on  croit,  en  475,  touchant  la  grande  affaire  du  Prêtre  Lu-  *o**. 
cide.   Léonce  y  présida; 'et  après  la  tenue  du  Concile ,  il  Faust,  ad  Léon.  p. 
chargea  Fauste  Évêque  de  Ries,  s'il  faut  s'en  rapporter  à  5~3'  2- 
Fauste  même  ,  de  rédiger  par  écrit  les  questions  qui  avoient 
été  agitées   dans  cette  assemblée.  Fauste  saisit  cette  occa- 
sion favorable  à  son  dessein ,  et  composa  ses  deux  livres 
sur  la  grâce  et  le  libre  arbitre.  11  les  adressa  ensuite  à 
Léonce'  après  le  Concile  de  Lyon,  qui  y  fit  ajouter  cer-  P.  524.  î. 
laines  choses.  Mais  on  ne  trouve  point  ni  que  Léonce  les 
ait  approuvés ,  ni  qu'il  ait  assisté ,  encore  moins  présidé  à 
ce  dernier  Concile. 

'  Il  paroit  qu'il  vivoit  encore  en  483  durant  l'exil  de  ad  Fei.  p.  552.  2. 
Fauste.  Car  c'étoit  alors  que  le  Patrice  Félix  demeuroit 
auprès  de  lui ,  comme  l'on  voit  par  la  letre  de  Fauste  à 
Félix.  '  Mais  il  semble  qu'il  étoit  mort  en  484;  puisque  toi.  9. 38. 
Rurice ,  qui  fut  fait  Evêque  de  Limoges  vers  ce  temps- 
là  ,  écrit  sur  la  mort  du  même  Léonce  '  à  yEone  son  suc- 
cesseur, sans  prendre  le  titre  d'Evêque.  Mais  il  ne  mou- 
rut apparemment  que  sur  la  fin  de  la  même  année  484, 
vers  le  même  temps  qu'Euric  Roi  des  Goths,  qui  ne  souf- 
froit  point  que  les  Catholiques  eussent  d'Evêques.  Car  au- 
tant que  l'on  en  peut  juger  par  celte  letre  de  Rurice,  il 
n'y  eut  point  d'intervalle  considérable  entre  sa  mort  et 
l'élection  de  son  successeur.  '  Cetle  mort  causa  à  Rurice  une  Rur.  1.  1.  eP.  15. 
douleur  extrême.  Il  ne  s'en  consola  que  par  la  confiance 
où  il  étoit ,  que  ce  grand  Prélat  l'aïant  aimé  avec  une  ten- 
dresse paternelle  durant  sa  vie,  il  continueroit  toujours 
de  l'assister  par  son  intercession  après  sa  mort. 

Il  est  certain  que  la  dignité  d'Evêque  d'Arles ,  jointe  à 
l'inspection  sur  quatre  autres  Provinces ,  dont  Léonce  étoit 
chargé ,  l'engagea  à  écrire   un  très-grand   nombre   de   le- 
tres,  et  à  faire  divers  autres  écrits.  On  doit  dire   la   mê- 
me chose  de  son  union  particulière  avec  le  Pape  Hilaire, 
'et  de  la  prière  qu'il  lui  fit  dès  qu'il  fut  sur  le  saint  Siège,  c0nC.t.4.P.io»o. 
qu'ils   pussent   s'écrire   souvent  l'un   à  l'autre.  Cependant 
de  tout  ce  qu'il  a  eu  occasion  d'écrire,  et  de  tout  ce  qu'il 
a  écrit  réellement ,  il  ne  nous  reste  qu'une  '  letre  à  ce  Pape  sPic.  t  5.  p  5-8. 
en   date  de  l'an  402.  C'est  pour  lui  témoigner  sa  joïe  de  5'9 
le  sçavoir  sur  le  siège  de  S.  Léon ,  et  pour  entretenir  l'an- 

»  On  lit  Fautte  dans  le  texte  de  M.  do  Tillemont;  mais  il  faut  lira  Léonce. 

Tome  IL  T  t  t 


V    SIECLE. 


514  LEONCE,  EVÊQUE  D'ARLES. 


cienne  union  qui  étoit  déjà  entre  eux.  Il  i'exhorte  en  mê 
me  temps  à  agir  avec  toute  la  vigueur  possible  et  la  for- 
ce nécessaire ,  pour  achever  ce  que  son  saint  prédécesseur 
avoit  commencé ,  et  faire  tomber  entièrement  par  terre 
les  murs  de  Jerico.  Peut-être  entend-il  l'hérésie  d'Eutyche 
par  cette  expression  figurée.  Il  le  prie  aussi  de  vouloir  con- 
'tinuer  à  favoriser  l'Eglise  d'Arles,  comme  avoient  fait  les 
Papes  qui  l'avoient  précédé ,  afin  qu'il  pût  travailler  avec 
lui  pour  la  vigne  du  Seigneur,  et  arrêter  les  efforts  de 
ses  envieux,  dont  la  haine  s'augmentoit  de  plus  en  plus 
Tiii.  p.  37.  contre  son  Eglise.  '  On  croit  qu'il  pourroit  bien  marquer 

f>ar  là  S.   Mamert  de  Vienne  .  avec  lequel  il    eut  bien-tôt 
e  différend  dont  nous  avons  parlé.  '  Hilaire  fut  fort  sen- 
sible   à    cette  letre,  comme  il  paroît  et  par  une  des  sien- 
nes  à   Léonce ,  et  par  les  égards  qu'il  eut  dans  la  suite 
pour  l'Eglise  d'Arles.   Elle  servit  même  à  augmenter  dans 
ce    Pape  l'amour   qu'il  avoit  déjà   pour  les  Eglises    des 
Gaules,  et  non-seulement   pour   les    Evêques,  mais  aussi 
pour   tous    les   Ecclésiastiques  qui  en  composoient  le  Sa- 
cerdoce. 
spic.pr.p.30.35.       'La  letre  de  Léonce  a  été  donnée  au  Public  par  Dom 
spic.p.578.579.  i   d'Acheri ,  qui  l'avoit  eue  avec  d'autres  monuments  du  P. 
cone.t.4.P.i8».  yignier  de  l'Oratoire.  '  Elle  se  trouve  au  5e  tome  du  Spi- 

cilege ,  d'où  elle  est   passée  à  la  fin  du  4e  volume  des  Con- 
ciles. 


P.OLEME, 

Préfet  des  Gaules. 

su.  s. car.  i5.  v.  ' j^  oleme    l'ornement    et    la    gloire    des    Philosophes   de 

•  i.4.ep.i*.p.949.    Jt  son  siècle,  ■  étoit  aussi   un  grand  Poëte  et  un  grand' 

Orateur.   Il  descendoit  d'une  famille  très-illustre  ;  comptant 

entre    ses    ancêtres   les  Corneilles   et'  Tacite    l'Historien. 

car.  m.  v.  as.      Mais  quoiqu'issu  d'une  famille  Romaine,  '  il  étoit  né  dans 

*  car.  22.  pr.  p.    les  Gaules,  b  et  ce  semble  à  Bourdeaux,  ou  dans  le  voisinage. 
«=. 'i.' 4  ibid.        eIl  paroît  même  avoir  été   parent  du  Poëte  Ausone,  que 

S.  Sidoine  joint  aux  Corneilles,  dont  il  le  fait  descendre. 
'  Après  l'an  460  Poléme  épousa  Aranéole,  qui  étoit  aussi 


car.    15.    v.  151- 


POLEME,   PRÉFET  DES  GAULES.        515     v  „„„      ' 

d'une  maison  fort  illustre,  '  étant  fille  d'un  Préfet  Général  16i.  |not.P.  1257.1 
d'armée  en  Espagne,  et  arrière  petite-fille  d'Agricole  Con-  ™-  h.  E.t.i6.P. 
sul  en  l'année  421.  On  ne  pou  voit  guéres  voir  de  mariage 
mieux   assdrti.   Les  conditions  étoient   égales;    '  l'alliance  car.  u  v.  21-23. 
se  faisant  entre  deux  des   premières   familles  qui   fussent 
alors   dans   les  Gaules.    Aranéole   étoit  une  vierge  accom- 
plie,  et  Poléme   un  jeune  homme,   qui  brilloit  déjà   par 
son  sçavoir.  C'est  ce  que  Sidoine    a  voulu    exprimer  par 
les  vers  suivants. 

Sed  doctus  juvenis,  decensquc  virgo, 
Ortu  culmina  Galliœ  tcnuntes, 
Junguntur. 

'  A  la  prière  de  l'Epoux,  le  même  Sidoine,  qui  n'étoit  car.  u.Pr.  1  is.P. 
pas  encore  Evêque,  fit  leur  épithalame,  où   contre  le  ge-  m7- ,2(i2- 
nie  de  cette  sorte  de   pièces,  il  fit  entrer  des  matières  de 
philosophie   et   d'astronomie.    Ainsi   pour  se  conformer  au 
goût  de  Poléme,  il  consulta  moins  la  circonstance  de  son 
mariage  que  la  profession  qu'il  faisoit  des  lelres.  «  '  Que  car.  u.  pr.   p. 
«  l'on  chante,  lui  dit-il,  les  fables  et  de  Venus  et  des  Amours,  12*9  i25°- 
«  pour  célébrer  les  mariages  de  ceux  que  l'on  n'aura  pas 
«  le  même  sujet    de  louer  que   vous   me  présentez;    pour 
«  moi,  je  ne  crois  pas  devoir  prendre  d'ailleurs  que  de  la 
«  philosophie  même,  le  sujet  de  vôtre  éloge.  » 

'  En  475  Poléme  fut  fait   Préfet  des  Gaules,   ou    plû-  ni.  ibid.  p.  262. 
tôt  du  peu  qui  y  restoit  aux  Romains,  et  qui  se  réduisoit  2C3- 
peut-être  à  une   partie  de  la  Provence.  On   croit    que  ce 
fut  Jules  Nepos,  qui  après  avoir  fait  la  paix  avec   Euric 
Roi   des  Visigots,  en   lui  cédant  l'Auvergne,   donna  cette 
dignité  à  Poléme.   Celui-ci  la   conserva  depuis  même  que 
Nepos  eut  été  chassé   par  Oreste,   et  Oreste  par  Odoacre. 
'  Quelques  désespérées  que  fussent  dans  les  Gaules  les  af-  sid.  1. 4.eP.u.  P. 
faires  des  Romains,  Poléme  ne  laissa  pas  de  leur  être  d'u-  949- 
ne  grande  utilité  pendant  sa  Préfecture,  qui  dura  plus  de 
deux  ans.   Il  fut  tout  ce   temps-là  sans  écrire  à  S.  Sidoi- 
ne, qui  en  prit  occasion  de  lui  adresser  la   letre  que  nous 
avons  encore,   '   pour  l'avertir  de  ne  pas  oublier  ses  an-  p.  950. 
ciensamis,  et  de  faire  voir  qu'il  consideroit  ou  un  Patrice, 
s'il  estimoit  les  grandeurs  de  ce  monde,  ou  un  Evêque, 
s'il  portoit  ses  vues  au-delà  des  temps. 

T  t  t  ij 


.  516   POLEME,  PRÉFET  DES  GAULES. 

V   SIECLE.  ' 

car.i5.v.«8.ii9.  '  IWénf  cultivoit  particulièrement  la  Philosophie  de 
car.M.pr.p.iî7*.|  Platon.  '  Il  possédoit  si  parfaitement  toutes  les  parties  de 
sav.wSid.p.i69.  cette  sc[encef  nue  Sidoine  dès  avant  son  épiscopat,  ne  fai- 
soit  pas  difficulté  de  le  mettre  au-dessus  des  Musiciens , 
des  Géomètres  des  Arithméticiens  et  des  Astrologues  de 
son  siècle.  Personne  ne  connoissoit  mieux  que  lui,  la  con- 
stellation des  Astres  et  le  cours  des  Planètes.  Par  la  seule 
force  de  son  esprit,  et  sans  le  secours  d'aucun  interprète, 
il  étoit  entré  dans  l'intelligence  des  ouvrages  de  Julius 
Firmicus,  de  Sammonicus,  de  Julianus  Vertanus,  de  Ful- 
lonius  Salurninus,  qui  passoient  alors  pour  avoir  écrit  le 
plus  sçavamment  sur  les  mathématiques.  Enfin  Poléme 
s'étoit  rendu  respectable  à  tout  le  monde  par  son  profond 
sçavoir;  et  Sidoine  tout  bel  esprit  qu'il  fût,  et  quelques 
applaudissements  qu'il  eût  déjà  reçus  du  Public,  ne  pou- 
voit  s'empêcher  d'avouer  qu'en  comparaison  de  ce  sçavant 
sij.  car.  w.  pr.p.  homme ,  il  n'étoit  qu'un  oison  enroué.  '  C'est  ainsi  que 
Sidoine  dans  la  préface  de  son  22e  Poëme,  adressée  à  Pon- 
ce Léonce,  qui  étoit  de  Bourdeaux,  parle  de  Poléme, 
sans  le  nommer,  mais  en  le  désignant  par  des  caractères 
not.  p.  is74.  qui  le  font  assez  connoître  ;  '  quoiqu'il  se  trouve  des  Sça- 
vants  qui  entendent  autrement  cet  endroit.  Poléme  pa- 
roît  avoir  vécu  au  moins  jusques  vers  l'an  485.  S'il  a  laissé 
quelques  écrits,  comme  il  y  a  bien  de  l'apparence,  il  ne 
nous  en  reste  rien  aujourd'hui. 


517 


V    SIECLE. 


SALVIEN, 

Prêtre  de  l'Église  de  Marseille 

si. 

HISTOIRE   DE  SA  VIE- 


C3r 


alvien   dit  clairement   qu'il  étoit   né  dans  les  Gaules;  saw.gub.i.6.n.i3. 

'mais  nous  ne  trouvons  rien  de  bien  précis,  ni  pour  l'an-  p-m  '  not-P-37*- 
née  ni  pour  le  lieu  de  sa  naissance.  Seulement  la  suite  de 
sa  vie   fait  voir,  qu'il  doit  être  né  quelques  années  avant 
la  fin  du  IV  siècle  :  '  ce  que  M.  de  Tillemont  rapporte  à  nu.  h.  e.  t.  ie. 
l'an  390.  De  même  on  peut  tirer  a  de  ses  ouvrages  qu'il  F  sli?.' gUb.  1.  ts.n. 
étoit  ou  de  Cologne  ou  de  Trêves,  et  d'une  famille  con-  •*■  p-  139:„,,4°- 1 
sidérable.  Il  avoit  dans  la  première  de  ces  deux  Villes  un 
proche  parent   d'une    naissance  distinguée,  fils  d'une  mè- 
re veuve,  illustre  par  sa  foi,  et  par  les  autres  vertus  Chré- 
tiennes dont  elle  faisoit  profession.  '  On  ne  sçait  si  ceux  qui  Baiii.  22.  jmi.  P. 
donnèrent  le  jour  à  Salvien,  étoient  eux-mêmes  Chrétiens,  ^l1  Salv' not'  p 
ou  s'il  fut  redevable  à  d'autres  des  lumières  de  l'Evangile. 

Mais  il  est  certain  qu'avant  son  mariage  il  professoit  le  saiv.cp.4.p.  199. 
Christianisme,  et  qu'y   étant  engagé  il   se   distinguoit  par  200' 
sa  pieté. 

S'il  n'étoit  pas  '  de  Trêves,  il  paroît  au  moins  qu'il  y  gub.  iwa.  p.  139- 
f ut  élevé,  ou  qu'il  y  fit  dans  sa  jeunesse  une  assez  Ion- 
gue  résidence.  Cette  Ville  où  les  écoles  étoient  encore 
célèbres  à  la  fin  du  IV  siècle,  étoit  propre  à  ses  études,  et 
à  lui  faire  faire'  les  progrès  qu'il  fit  dans  les  sciences  hu-  Genn.vit. m. c.67. 
maines.  Depuis,  il  se  rendit  aussi  fort  habile  dans  les  scien- 
ces divines,  comme  on  le  voit  assez  par  ses  ouvrages. 

Il  se  maria  de  bonne  heure,  '  et  épousa  Palladie  fille  saiv. ep.4-p.197. 
d'Hypace  et  de  Quiète,  dont  il  eut  au  moins  une  fille 
nommée  Auspiciole.  Hypace  étoit  engagé  dans  les  ténè- 
bres du  Paganisme,  dont  il  sortit  cependant  dans  la  sui- 
te, pour  suivre  la  lumière  de  l'Evangile.  Peut-être  Palladie 
étoit-elle  d'abord  Païenne  elle-même,  comme  son  père; 
mais   elle    eut  depuis  le   bonheur  d'embrasser  la  religion 


3  s 


v«,-r.r         518  SALVIEN, 

V  SIECLE. 


de  J.  C.  et  de  garder  même  la  continence  dans  le  ma- 
riage. Car  Salvien  ne  se  contentant  pas  d'être  simplement 
Chrétien,  voulut  encore  tendre  à  la  perfection  du  Chris- 
tianisme. Frappé  sans  doute  de  l'exemple  admirable  de 
S.  Paulin  et  de  Thérasie,  qui  depuis  peu  avoit  fait  tant  de 
bruit  dans  l'Eglise,  et  de  celui  de  S.  Eucher  et  de  Galla, 

3ue  Salvien  avoit  alors  sous  les  yeux,  il  proposa  à  Palla- 
ie  de  les  imiter,  l'exhortant  à  embrasser  comme  eux  la 
chasteté,  et  à  renoncer  même  entièrement  au  monde.  Pal- 
ladie  eut  honte  de  lui  résister  dans  une  chose  si  glorieuse, 
et  eut  moins  de  peine  à  le  suivre,  que  de  confusion  de  ce 
qu'elle  ne  l'avoit  pas  prévenu.  Elle  consentit  donc  à  de- 
venir la  sœur  de  celui  dont  elle  étoit  l'épouse;  et  Salvien 
l'aima  d'autant  plus  dans  la  suite,  que  J.  C.  se  rendoit 
plus  aimable  en  elle. 

p.  i98.  '  Ce  nouveau  genre  de  vje  des  deux  jeunes  époux  irrita 

exlrêmement  Ilypace ,  quoique  déjà  Chrétien ,  peut- 
être  par  la  considération  que  la  continence  qu'ils  avoient 

Tiii.  iHd.  p.  183.  embrassée,  tendoit  à  l'extinction  de  sa  race.  '  On  ne  sçau- 
roit  dire  si  ce  fut  pour  se  soustraire  à  sa  colère,  ou  pour 
vivre  dans  la  solitude ,  ou  bien  à  cause  des  incursions  des 

Saiv.  ii>id.  p.  198.  barbares  qui  ravageoient  les  Gaules  dès  407  ',  que  Salvien 
et  Palladie  s'en  allèrent  dans  un  pais  fort  éloigné  d'Hy- 
pace.  Ils  y  furent  près  de  sept  ans  entiers  sans  y  recevoir 
une  seule   letre   de  lui,  •  quoiqu'ils  ne    lui   eussent   donné 

p.  i97. 205.  nul    sujet    de    mécontentement.  '  Salvien   pour    l'appaiser 

lui  écrivit,  tant  en  son  nom  qu'au  nom  de  sa  femme  et  de 
sa  fille ,  l'excellente  letre  que  nous  avons  parmi  ses  ou- 

nupin,  wb.  i.  *.    vrages,  '  et  qui  passe  pour  la  plus  belle  de  celles  qui  nous 

•  Tffif'wd.  restent    de    cet    Auteur.    »    Depuis    ce    temps-là  l'histoire 

ne  nous  apprend  plus  rien  ni  d'Hypace,  ni  de  Quiète,  ni 
de  Palladie,  ni  même  d'Auspiciole. 

Il  y  a  toute  apparence  que  le   pais  éloigné   où   se  reti- 

Daiii.ibid.p.364.  i    ra  Salvien,  '  en  quittant  la  Belgique,  fut  la  Viennoise,  qui 
y.  not.  p.  376.    £tQjt  pjug  florissante,   qUe  nuue  au{re   province  des  Gau- 
les, en  hommes  célèbres  par  leur  vertu  et  par  leur  sçavoir. 

saw.in  ava.i.a.n.  '  Il  paroit  y  avoir  embrassé  la  vie  monastique,  qu'il  nom- 

lo.p.sii.  me  «ja  phj]OSOp}ije  de  ]a  religion  Chrétienne;  car  il  est  vi- 

sible qu'il  se  met  du  nombre  de  ceux  qui  suivoient  celte 

n.  u.  12.  p.  455.  profession.  '  11  n'est  gueres  moins  clair  par  la  véhémence 
avec  laquelle  il  parle  contre  ceux  qui,  faisant  une  profession 


256 


PRETRE  DE  L'EGLISE  DE  MARSEILLE.    519 


V    SI  F  CL  F. 


particulière  de  pieté,  ne  laissent  pas  de  conserver  leur 
bien,  et  par  l'avantage  qu'il  expose  y  avoir  à  tout  quitter 
pour  Dieu,  qu'il  avoit  donné  lui-même  aux  pauvres  ce 
qu'il  possédoit.  '  C'est  ce  que  semble  confirmer  la  manière  ep.i. p. 193-196. 
dont  ra  Veuve  sa  parente  s'adresse  à  lui,  en  lui  recomman- 
dant son  fils  dans  sa  misère.  Elle  a  recours  non  aux  ri- 
chesses de  Salvien;  mais  au  crédit  et  au  pouvoir  qu'il 
avoit  sur  les  gents  de  bien,    et    les   personnes    charitables. 

'  Nous  croïons  avec  Barrali  que  ce  fut  à  Lérins,  que  Sal-  Lenn.  p.  m. 
vien  embrassa  la  vie  monastique.  '  Quelque  peine  que  té-  toi.  ibid.  P.  7w 
moigne  un    très-habile    homme   à    l'accorder.,  il  nous  pa- 
roît  néanmoins  que  les  deux  faits   suivants    le    supposent, 
et  qu'il  n'en  faut  pas    davantage    pour  le   persuader.  1°. 
'Il  est  certain  que  Salvien  avoit  une  connoissance  très-par-  Hii.de  Hon.  p.». 
ticuliere    du    monastère  de    Lérins,    avant   môme    que    S.  2- 
Honorât  en  fût  tiré  pour  remplir  le  Siège  Episcopal  d'Ar- 
les en  426.  2° 'Il  n'est  pas  moins  certain    que  Salvien  prit  Eucn.  quœs.pr.p. 
soin  d'instruire  Salone  et  Véran  .iils  de  S.  Eucher,  qui  fu-  249, 
rent  élevés  à  Lérins  dès  l'âge  de  9  à  10  ans,  et  qui  paroissent 
n'en  être  point  sortis    que  pour  être  faits  Evêques.    Nous 
pourrions  ajouter  '  que  la    letrede    Salvien,    écrite   en    fa-  Saiv.  ep.  i.  p.  193. 
veur  du  jeune  homme  son  parent,  fils    de    la    veuve  dont  196, 
nous  avons  parlé,  paroit   visiblement   écrite  à  une   Sainte 
congrégation  de    vrais   serviteurs    de   Dieu,    desquels  Sal- 
vien étoit  aimé,  avec  lesquels   il  avoit  eu    des  habitudes 
particulières,  et  même  dont  il   avoit    été  membre  :  ce  qui 
joint    aux    preuves    précédentes,     désigne    manifestement 
les  solitaires  de  Lérins.  '  Il  leur  dit  :  cum  meportionem  vestri  P.  195. 
existimetis ,  necesse  esteum,  qui  meiportio  est,  vestri  quoque 
aliquatenus  portionem  esseducatis.  Ainsi  Salvien  s'y  sera  re- 
tiré vers  l'an  420  ou  421 ,  et  y  aura  été  chargé  de  l'in- 
struction des  enfants  de  S.  Eucher,  après  que  S.  Honorât  et  S. 
Hilaire  d'Arles  eurent  commencé  a  les  former  à  la  vertu. 
Ce  fut  dans  cette  solitude  'que  Salvien  fit  une  étroite  liai-  m.  de  Hon.  ibid.i 
son  avec  ces  deux  derniers   Evêques,  avec  S.  Eucher  de  Euch-,blU- 
Lyon  et  tant  d'autres  personnes  d'un  mérite  distingué. 

Il    quitta   Lérins  apparemment  vers    426,   ou  427,  et 
alla  s'établir  'à  Marseille,   où  il  fut  ordonné    Prêtre  de  cenn.  a>id. 
cette   Eglise,    comme   Gennade   nous   l'apprend.   'Il  étoit  un.  de  Hon.  ibid. 
revêtu  de  cette  dignité,  et  déjà  célèbre  par  son  sçavoir,    . 
lors  qu'en  429  ou  430  S.  Hilaire  d'Arles  faisoit  l'oraison 


V  SIKCLE. 


520  S  A  L  V  1 E  N 


funèbre  de  S.  Honorât  son  prédécesseur,  dans  laquelle  il 
cite  publiquement,  et  autorise  par  le  témoignage  des 
écrits  du  saint  et  excellent  Prêtre  Salvien,  les    éloges  qu'il 

Euch.  ibid.  donne,  au  S.  Evêque.    Quelques  années  après  '  Salvien    re- 

çut lui  même  les  éloges  de  S.  Eucher,  qui  le  joighant  à 
Vincent  de  Lérins  par  rapport  à  l'instruction,  qu'ils 
avoient   donnée  à   Salone,  les  qualifie  l'un  et  l'autre  des 

saiv.ep.2.p.i96.  hommes  aussi  sages  qu'éloquents.  'S.  Eucher  eut  toujours 
pour  Salvien  beaucoup  de  respect,  et  lui  écrivoit  dans  tou- 

eP.  s.  p.  209.  tes  les  occasions  qui  se  présentoient.  '  Aïant  composé  un 
livre  pour  l'instruction  de    ses    deux  fds,   il  le    lui  envoïa 

ep.2.8.p.i9G.209.  comme  une  marque  '  de  l'ancienne  amitié  qui  étoit  entre- 
eux  ;  et  Salvien  1  en  remercia  par  une  letre  pleine  de  ten- 
dresse, de  reconnoissance  et  de  respect.  Us  s'y  réjouit  de 
ce  que  Salone  et  Véran  ses  fils  étoient  déjà  maîtres  des 
Eglises  ;  et  il  témoigne  espérer  qu'aïant  été  ses  disciples, 
ils  seroientses  intercesseurs  auprès  de  Dieu. 

ep.  i.  p.  lot.  '  Salvien  acquit  par  son  mérite  et  par  sa  pieté,  beaucoup 

d'autorité  parmi  les  Saints  et  les  gents  de  bien  de  son 
temps.  Il  le  reconnoît  lui-même;  mais  avec  une  humilité 
qui  n'est  pas  moins  ingénieuse  qu'édifiante.  «  Je  neledés- 
«  avoue  pas,  dit-il,  pour  ne  me  pas  rendre  ingrat  de  la  gra- 

p  195.  «  ce  qu'ils  me  font.  '  Mais  en  reconnoissant  qu'ils  me  l'ac- 

«  cordent,  je  suis  obligé  de  reconnoître  aussi  que  je  ne  la 
«  mérite  point.  S'il  y  a  donc  en  moi  quelque  chose  qui 
«  plaise  aux  autres,  cela  ne  vient  point  de  moi.  C'est  un  don 
«  que  j'ai  reçu  pour  l'avantage  des  personnes  à  qui  je  puis 
«  être  utile  par  ce  moïen.  Ainsi  si  je  n'en  faisois  pas  usage, 
«  et  que  je  voulusse  le  cacher,  je  craindrais  de  leur  refu- 
«  ser  en  cela  une  chose,  qui  leur  appartient  plus  qu'à  moi.  » 
Mais  il  n'usoit  de  son  crédit  qu  avec  beaucoup  de  mode- 
ration  et  de  retenue,  pour  ne  pas  abuser  de  cette  grâce. 
Nous  ne  connoissons  point  en  détail  toutes  les  autres 
actions  de  Salvien,  durant  le  cours  d'une  vie  qui  fut  très- 

Genn.  ibid.  longue.  Seulement  nous  sçavons  en  général  '  qu'il  emploïa 

une  partie  de  son  temps,  à  travailler  pour  enrichir  l'Eglise 
d'un  grand  nombre  d'écrits,  qui  ne  sont  pas  tous  venus 
jusqu'à  nous.  Il  s'occupa  en  particulier  à  composer  quan- 
tité d'Homélies,  ou  instructions  pastorales  pour  plusieurs 
Evoques,  qui  le  consultoient  comme  leur  oracle,  et  qui 
le  regardoient  comme  un  maître  de  la  Théologie  Chré- 
tienne. 


V   SIECLE. 
Du  Pin,  bib.  t.  4. 


Till. 


PRÊTRE  DE  L'EGLISE  DE  MARSEILLE.  521 

tienne.  '  C'est  pour  cela  plutôt  que  pour  avoir  instruit  Sa- 
lone  et  Véran,  qu'il  a  mérité,  '  quoiqu'il  ne  fût  que  Prê-  p-su".' "" 
tre,  de  porter  avec  justice  le  titre  de  maître  des  Evêques. 
Gennade  avoit  dit  que  ces  Homélies  étoient  faites  pour 
des  Evêques,  Episcopis  factas.  'Mais  au  lieu  de  ces  paroles,  saiv.  not.  p.  373 
les  copistes  ou  par  inadvertance  ou  par  bêtise  ont  mis  dans  }{,"/'"'  *%„  ' Ti 
quelques  exemplaires ,  Episcopus  factus;  et  ce  changement 
a  été  la  source  de  l'erreur  de  ceux  qui  ont  fait  Salvien 
Evêque  de  Marseille;  erreur  qui  s'est  glissée  jusques  dans 
son  ouvrage  sur  la  Providence,  à  la  tête  duquel  il  est  qua- 
lifié Evêque  dans  quelques  éditions.  '  Mais  il  est  certain  tui.  (Ud.  p.  194. 
par  la  manière  dont  en  parle  Gennade,  qui  l'a  le  mieux  7*7, 
connu,  qu'il  ne  l'a  jamais  été,  et  encore  moins  de  Mar- 
seille que  de  tout  autre  endroit. 

'  Lorsque   Gennade  faisoit  l'éloge  de  Salvien ,   il   étoit  cenn.  iwa. 
encore  vivant;  mais  dans  une  grande  vieillesse.  De  sorte 
qu'à  prendre  les  choses  à  la  letre,  il  auroit  vécu  plus   de 
cent  '  ans  ;  puisque  Gennade  faisant  mention   de   la   mort  c.  94. 
du  Pape  Gelase  dans  le  même  ouvrage,  il  ne  peut  l'avoir 
écrit    qu'en    496,  qui   est  l'époque  de   cette  mort.   Mais 
nous  ferons  voir  ailleurs  qu'il  y  a  des  éditions  et  des  ma- 
nuscrits de  cet  Ecrivain,  où  l'article  de  Gélase ,  de  Po- 
mere  ,   de  S.  Honorât  de  Marseille  et  de  quelques  autres 
ne  se  lisent  point.  C'est  pourquoi  on  a  lieu  de  croire  qu'il 
pouvoit  écrire   plusieurs  années  auparavant.  C'est  ce  que 
nous  discuterons  plus  amplement  a  l'article  de  Gennade. 
Au  reste,  quand  Salvien  auroit  vécu  cent  ans  et  davan- 
tage, il  n'y  auroit  en  cela  rien  de  bien  extraordinaire, 
et  qui  ne   s'accordât  avec  Gennade  même.  'M.    du  Saus-  tïu. ibid.p. ist. 
say  l'a  mis  au  nombre  des  Saints  dans  son  Martyrologe  de  m" 
France,  en  lui  assignant  le  22e  jour  de  Juillet,  de  quoi  l'on 
ne  voit  pas  qu'il  ait  eu  de  fondement  particulier. 

Une  attention  scrupuleuse  à  ne  manquer  à  aucun  de- 
voir de  l'amitié;  un  naturel  bien-faisant  et  toujours  prêt 
à  faire  plaisir;  un  désir  ardent  de  rendre  service  à  se3 
amis  ;  mais  toujours  accompagné  d'une  sage  circonspec- 
tion, pour  ne  pas  importuner  ceux  qu'il  emploïoit,  faisoient 
le  caractère  principal  du  cœur  de  Salvien.  '  Il  étoit  per-  saiv.eP.6.P  an. 
suadé  que  bien  que  les  gents  d'honneur  n'oublient  pas 
leurs  amis,  nous  devons  néanmoins  contribuer  ce  que 
nous  pouvons   de  nôtre  part  à  entretenir  et  augmenter 

Tome  II.  V  v  v 


3  6 


» 


V    SIECLE. 


522  SALVIEN, 

"  leur  amitié  pour  nous,  en  leur  donnant  des  marques  de 
«■p.  i.  p.  194.  celle  que  nous  avons  pour  eux.  '  Il  regardoit  les  peines 
de  ses  amis  comme  des  fautes  dont  il  auroit  été  coupa- 
ble; et  lors  qu'il  ne  pouvoit  pas  leur  plaire  autant  qu'il 
souhailoit,  il  lui  sembloit  souffrir  la  punition  d'un  hom- 
P.  «93.  m.  me  qui  déplaît  entièrement.  '  Si  d'un  côté  la  charité  le 
pressoit  d'agir  en  faveur  de  quelques-uns  de  ses  amis, 
il  craignoit  de  l'autre  d'importuner  ceux  qu'il  falloit  em- 
ploïer  pour  leur  rendre  service.  C'est  ce  qui  le  por- 
te à  s'écrier  au  commencement  d'une  letre  de  recomman- 
dation pour  un  de  ses  parents  :  «  ô  amitié  !  je  ne  sçai  com- 
«  ment  je  dois  vous  nommer  ;  je  ne  sçai  si  je  vous  dois  nom- 
«  mer  un  bien  ou  un  mal,  vous  qualifier  du  nom  de  douce 
«  ou  de  cruelle,  d'agréable  ou  de  fâcheuse.  Car  enfin  vous 
«  enfermez  assez  de  l'un  et  de  l'autre,  pour  mériter  l'une  et 
«  l'autre  qualification...  C'est  l'amitié  qui  nous  fait  aimer 
«  nos  amis  ;  c'est  aussi  l'amitié  qui  nous  contraint  quelque- 
«  fois  de  leur  déplaire...  combien  est-il  donc  fâcheux 
«  et  desagréable,  que  l'amitié  soit  quelquefois  contrainte 
«  de  devenir  un  sujet  de  haine!  » 

S" 

SES    ECRITS, 

QUI    SONT     VENUS     JUSQU'A     NOUS. 


C 


Sal  .  inuva.  p 

217. 

319. 

Gain . 

vir. 

ill.  c. 

G7. 

•  Un  t 

'in,  bib 

1.4. 

p.Mt 

.  522.  |l'ill. 

t.  ii>- 

p    191. 

•>  Sait 

.  gab. 1 

4.1. 

«.p. 

63. 

«  in  ara.  1. 1. 

n.p. 

ïn. 

vp    9 

p.  210 

e  qui  rend  aujourd'hui  plus  célèbre  la  mémoire  de 
Salvien,  sont  les  écrits  qu'il  a  laissés  à  la  postérité. 
Mais  de  tous  ceux  qu'il  a  composés,  il  ne  nous  en  reste 
plus  que  trois,  qui  ont  été  fort  estimés  dans  tous  les 
temps. 

1°  Le  premier  selon  l'ordre  chronologique,  '  est  le 
traité  contre  l'avarice,  divisé  en  quatre  livres  dès  le  tems 
de  Gennade,  qui  le  marque.  •  On  croit  qu'il  fut  composé 
vers  l'an  440  au  plus  tard.  b  II  est  au  moins  certain  qu'il  le 
fut  avant  l'ouvrage  sur  la  Providence,  où  il  se  trouve  ci- 
té; mais  sans  le  nom  de  son  auteur.  c  Salvien  adressa  ce 
traité  à  l'Eglise  Catholique  répandue  par  tout  le  monde; 
et  par  modestie  il  cacha  son  nom  sous  celui  de  Timothée. 

Lorsque  cet  ouvrage  eut  paru  dans  le  public,  Salone 
fils  de  S.   Eucher,  autrefois  disciple  de  Salvien  et   alors 


PRÊTRE  DE  L'EGLISE  DE  MARSEILLE.  523 

V    SIECLE. 


Evêque,  lui  en  écrivit  à  lui-même,  et  lui  demanda  pour- 
quoi  ces  livres  portoient  le  nom  de  Timothée  ;  ajoutant 
que  s'il  n'en  rendoit  une  bonne  raison,  cela  étoit  ca- 
pable de  les  faire  traiter  d'apocryphes,  comme  étant 
supposés  à  un  Apôtre.  '  Salvien  répondit  à  ces  demandes  P.  sio.  216. 
par  sa  letre  9e,  dans  laquelle  il  rend  raison  et  de  ce  qu'il 
s'est  servi  d'un  nom  emprunté,  et  de  toute  l'œconomie 
de  son  ouvrage  ;  sans  néanmoins  avouer  qu'il  en  fut  l'au- 
teur. Mais  la  manière  dont  il  en  parle,  le  fait  assez  con- 
noître. 

'  Il  dit  qu'il  n'a  pas  voulu  y  mettre  son  nom ,  afin  de  p.  21*. 
fuir  la  vaine  gloire,  et  qu'évitant  ainsi  de  plaire  aux  hom- 
mes ,  il  ne  perdît  pas  la  récompense ,  qu'il  en  espéroit  de 
Dieu  dans  le  Ciel.  D'ailleurs  s'estimant  très-sincerement 
le  dernier  des  hommes,  et  croïant  mériter  d'être  aussi  peu 
estimé  des  autres  que  de  lui-même,  il  craignoit  que  le  mé- 
pris que  l'on  feroit  de  l'auteur,  ne  réfléchît  sur  les  véri- 
tés qu'il  vouloit  annoncer.  '  Mais  il  ne  voulut  point  se  ser-  p  215. 
vir  du  nom  d'un  autre,  de  peur  que  ce  ne  fût  une  espèce 
de  mensonge,  ce  qu'il  n'eût  pas  voulu  commettre  sous 
quelque  prétexte  que  ce  pût  être.  Ainsi  aïant  eu  des  rai- 
sons et  de  ne  point  mettre  son  nom,  et  de  ne  se  point 
servir  de  celui  d'un  autre,  '  il  prit  celui  de  Timothée,  qui  p-  2>6 
lui  convenoit  parfaitement;  puisqu'il  ne  cherchoit  dans 
son  travail  que  l'honneur  de  Dieu;  ce  qu'exprime  le  nom 
de  Timothée.  '  A  l'égard  de  ce  que  l'ouvrage  pourrait,  di-  p-  210 
soitSalone,  être  suspect  comme  apocryphe,  il  répond  qu'il 
n'y  a  rien  à  craindre  de  ce  côté-là  ;  parce  que  personne 
ne  se  tromperoit  à  le  prendre  pour  un  ouvrage  nouveau, 
fait  par  un  auteur  du  temps ,  bien  loin  de  le  regarder  com- 
me étant  de  S.  Timolhée. 

'  Salvien    passant  aux   motifs  qui  lui  firent  prendre  la  p  211 213 

f)lume,  et  à  l'exécution  de  son  dessein,  il  dit  que  voïant 
es  crimes  des  Chrétiens  se  multiplier  et  se  répandre  pres- 
que dans  tout  le  Christianisme,  et  sur-tout  l'avarice  ré- 
gner presque  généralement  dans  tout  le  monde,  dans  les 
laïcs,  dans  les  pénitents,  dans  ceux  qui  faisoient  pro- 
fession de  renoncer  au  siècle,  dans  les  Vierges  consacrées 
à  Dieu,  les  Diacres,  le  Prêtres,  et  ce  qui  est  encore  plus 
criant,  dans  les  Evoques  mêmes,  il  s' étoit  senti  enflammé 
d'un  zèle  tout  de  feu,  qui  l'avoit  contraint  d'en  faire  écla- 

V  v  v  ij 


524  SALVIEN, 

V    SIECLE.  ' 

7"^  "  ter  ses  plaintes.  '  Que  dans  ce  cas  il  avoit  cru  ne  les  pou- 

voir mieux  adresser  qu'à  l'Eglise  en  général  ;  puisque  les 
maux  qu'il    reprenoit,  n'étoient  pas  de  quelques  particu- 
liers, mais  communs  à  tous  les  Fidèles. 
p.  si6.  '  Ce  fut  donc  dans  le  dessein  de  servir  à  tout  le  monde, 

in  ara.  i.  3.* n.  i.  que  Salvien  entreprit  cet  ouvrage.  '  Il  souhaite  que  ceux 
p-  *63-  qui  y  verront  leurs  vices  dépeints ,  reçoivent  avec  chari- 

1.4.  n.  9.  p.  3ii.  té  ce  que  la  seule  charité  lui  fait  dire.  '  Il  déclare  néan- 
moins que  son  discours  paroitra  dur  et  sévère.  Mais  qu'y 
faire,  dit-il?  Nous  ne  pouvons  pas  changer  la  nature  des 
choses .  Pour  annoncer  la  vérité ,  il  faut  nécessairement 
user  de  la  force  que  la  vérité  même  exige  et  prescrit. 
Ban.  22.  juin.  p.  '  Cet  ouvrage  de  Salvien  que  quelques-uns  ont  pris  la 
364.365.  liberté  de  qualifier,  peut-être  à  juste  titre,  La  satyre  des 

riches  et  des  avares,  contient   des   instructions   très-impor- 
tantes sur  l'obligation   de   faire  l'aumône.  C'est  une  pièce 
des   plus    polies,    des  plus  élégantes,  et  en  même  temps 
des    plus    vives   et   des  plus  agréables  de  toute  l'antiquité 
ecclésiastique  ;  non-obstant,  la    tristesse   de   son  sujet  qu'il 
semble   n  avoir    choisi    que    pour    déplorer    les    malheurs 
du    monde.    Cette    idée    du    traité  contre  l'avarice,  jointe 
au  dessein  de  l'ouvrage  sur  la  Providence,  a  fait  nommer 
son  Auteur  le  Jérémie  de  son  siècle, 
saiv.  inava.1.  i.        '  Salvien  regardant  l'avarice  comme  la  chose  la  plusop- 
n.  î.  p.  218.        p0Sée  au  mépris  que  nous  devons  faire  des  richesses,    se- 
lon   l'Evangile,  et   à   l'exemple    des    premiers   Chrétiens, 
a  cru  devoir  armer  tout  son  zèle  pour  la  combattre  dans 
p.  2i8.  ut.         cet  ouvrage.  '  Il  montre  qu'elle  est  la  source  malheureuse 
de  tous  les  autres  vices,  de  tous  les  excès,  de  tous  les  re- 
lâchements, en  un  mot  de  tous  les  crimes  qui  se  commet- 
tent dans  le  monde.  Il   la  combat  dans  toutes  sortes   de 
n.  3. p. mi. 322.  personnes,  'mais  particulièrement  dans  ceux  qui  sous  pré- 
texte d'une  affection  mal  entendue  pour  leurs  enfants,  ne 
cherchent  qu'à  étendre  leurs  domaines,  à  grossir  leurs  thré- 
n.  i.  p.  227.         sors,  à  accumuler   richesses  sur  richesses;  'et  dans  ceux 
qui  sont  si  attachés  à  leurs  biens,  que  même  à  la  mort  ils 
ne  songent  pas  à  s'en  servir  pour  racheter  leurs  péchés. 
DuPin.ib.  p.  523.       '  Mais  on   remarque  qu'il   peut  avoir  porté  quelquefois 
n!lsT'6n7.Vp.245-  les  choses  un  peu  trop  loin.  'Car  il  semble  vouloir  que 
2*7-  tout  le   monde   soit  obligé,  pour   être   sauvé,  de  donner 

son  bien,  et  de  le  laisser  en  mourant  aux  pauvres,  plutôt 


PRÊTRE   DE   L'EGLISE    DE   MARSEILLE.  525     „.,.„._ 

qu'à  ses  héritiers.'  Bien  davantage,  il  paroît  refuser  d'ac-  ,  3  ~  4  p  268 
corder  qu'un  père  puisse  sans  pécher,  laisser  même   une 
partie  de  son  bien  à  ses  enfants.'  Ces  endroits  néanmoins,  Tiiubid.p.i89. 
qui  sont  rares,  sont  corrigés  par    d'autres,  qui   contien- 
nent de  fort  belles  choses. 

Avant  que  cet  ouvrage  de   Salvien  parût  avec  les  au- 
tres, que  nous  avons  du  même  auteur,  '  il  fut  imprimé  à  Antid.  p.  isi  2- 
Basle  Van  1528  avec  la  letre  de  Salvien  à  Salone  en  for-  m 
me  de  préface,  par  les  soins  de  Jean  Sichard,  qui  l'inséra 
dans  son  recueil  intitulé  Antidotum;  mais  il  y  donne  mal- 
à-propos  le  titre  d'Evêque  à  Salvien.  '  Il  fut  aussi  inséré  H*ret.  p.  577. 
dans  l'hérétheologie;  '  et  en  1609  il  y  en  eut  une  édition  Bib.Barb.  t.  2.  p. 
particulière  qui  parut  à   Trêves-  chez  Henri   Bock  en   un  3391'  or  "** 
volume  in-4°,  avec  les  notes  de  Jean  Macherentini,  et  sous 
ce  titre,  Les  quatre  livres  épistolaires  à  l'Eglise  Catholique 
contre  F  avarice. 

2°.  Le  principal  ouvrage  de  Salvien,  et  le  second  selon 
l'ordre  des  temps,'  est  son  traité  Du  gouvernement  de  Dieu,  saiv.gub.p.i-i92. 

ou   comme   Gennade  l'intitule,  suivant  l'explication   que  Genn.ibid.  1  Saw. 
l'auteur  en  donne  lui-même,  De  la  justice  du  jugement  que  8ublln*P"- 
Dieu  exerce  présentement  sur  les  hommes.  Mais  il  est  encore 
plus  connu  sous  le  titre,  De  la  Providence,  qui  exprime  la  mê- 
me chose,  et  qui  convient  fort  à  l'ouvrage;  puisque   l'on 
y  apprend  à   reconnoître   la  justice   et  la  miséricorde  de 
Dieu  dans  tous  les  événements  de  la  vie.  '   Gennade  n'y  Genn.  ibid. 
compte  que  cinq  livres,  sans  y  comprendre  celui  que  l'au- 
teur composa  dans  la  suite  pour  en  faire  l'apologie.  Peut- 
être  n'étoit-il   d'abord  divise    qu'en  cinq    livres   effective- 
ment; mais   aujourd'hui   il  l'est  en    huit,'  quoique  cette  mi.  iUd.  p. m. 
division  paroisse  assez  arbitraire  à  quelques  Sçavants,  et 
faite  après  coup.   '  Ils  ne  sont  pas  éloignés  de  croire  que  p.  192. 
nous  ne  l'avons  pas  même  en  entier. 

Nous  avons   déjà  remarqué  que  l'ouvrage  contre  l'ava- 
rice, se  trouvant  cité  dans  celui  de  la  Providence,  il  faut 


3ue  celui-ci  ait  été  composé  après  l'autre;  et  tout  le  mon- 
e  en  convient.  '  On   fixe  l'époque  du  premier   environ  à  Du  Pin,  ibid.  p. 
l'an  440,  et  l'on  veut  que  l'autre  l'ait  suivi  de  près  et  avant  m.  \  Tm.'lbid.'  V 


191. 


l'an  451  ou  452.  Mais  il  nous  semble  que  l'on  peut  dire 

que  ce  dernier  n'a  été  fait  au  plutôt  qu  en'  455,  après  la  Pros.chr.  p.  75* 

prise  de  Rome  par  les  Vandales.  '  Car  Salvien  fait  clai-  saiv.  gub.  i.e.  n 

rement  mention  du  siège  et  de   la  prise  de  cette  Ville  :  ""  p' 138' 


V    SIECLE. 


526  SALVIEN, 


ce  qui  arriva  selon  S.  Prosper  en  l'année  que  nous  venons 
de  marquer.  On  pourroit  dire  que  Salvien  veut  marquer 
la  prise  de  Rome  par  les  Goths  en  410;  mais  il  est  plus 
naturel  de  l'entendre  de  la  prise  qu'en  firent  les  Vanda- 
les. 
»nb.  pr.  p.  i.  '  Salvien  adressa  ses  livres  de  la  Providence  à  Salone  dé- 

p.  s.  ja  Evêque,  par  une  préface  qui  est  à  la  tête.'  11    l'y  pré- 

vient sur  le  sujet  qu'il  entreprend  de  traiter,  et  qui  au- 
roit  pu  le  surprendre,  en  s'érigeant  encore  une  fois  en  cen- 
seur des  vices  de  son  siècle.  Il  lui  dit  qu'étant  d'un  goût 
bien  différent  de  la  plupart  des  écrivains,  qui  ne  cher- 
chent qu'à  faire  parade  de  leur  éloquence  et  de  leur  sty- 
le fleuri,  sans  avoir  d'autre  vûë  que  de  se  satisfaire  eux-mê- 
mes, il  a  choisi  un  sujet,  où  il  pût  instruire  au  lieu  de  flat- 
ter, et  remédier  aux  maux  présents,  plutôt  que  de  cher- 
cher à  plaire. 

Le  dessein  de  l'auteur  est  le  même  que  celui  du  Poëte 
anonyme,  qui  avoit  écrit  quelques  années  auparavant  sur 
la  même  matière,  et  dont  nous  avons  parlé  en  son  lieu. 
Fieu.  h.  e.  t.  6.  Salvien,  comme  ce  Poëte,  entreprend  '  de  justifier  la  Provi- 
r  *3Î  dence  ,  et  de  lever  le  scandale ,  que    plusieurs   prenoient 

de  la  misère  des  Chrétiens  dans  la  chute  de  l'Empire  Ro- 
main, et  de  la  prospérité  des  Barbares  tant  Païens  qu'hé- 
rétiques. C'est  ce  qui  l'obligea  à  s'étendre  sur  les  vices  des 
sujets  de  l'Empire,  et  à  montrer  que  la  plupart  n'étoient 
Tui.  ibid.  p.  191.  Chrétiens  que  de  nom.'  Les  malheurs  où  se  trouvoit  en- 
veloppé l'Empire  Romain  ,  pillé  et  ravagé  de  tous  cô- 
tés par  les  barbares,  qui  en  avoient  emporté  les  plus 
belles  Provinces,  faisoient  murmurer  contre  Dieu  ,  ceux 
qui  aimoient  le  monde,  qui  n'avoient  pas  de  foi ,  ou 
saw.  gub.  i.i.n.  qui  n'en  avoient  qu'une  foible.  '  Des  Chrétiens  même,  en 
p.  Si3'  '  '  *'  "'  cela  peu  différents  des  Païens,  n'avoient  pas  de  honte  de 
dire  que  Dieu  ne  prenoit  pas  soin  des  hommes  ;  qu'il  ne 
se  mettoit  point  en  peine  de  protéger  les  bons  et  de  pu-  • 
nir  les  méchants;  que  c'étoit  pour  cela  qu'on  voïoit  les 
premiers  dans  la  misère,  et  les  autres-  dans  la  prospérité. 
Salvien  pour  repousser  ces  murmures  entreprend  d'abord 
de  prouver  par  la  raison,  par  les  exemples,  et  par  les 
autorités  tant  des  auteurs  Païens  que  de  l'Ecriture,  que 
Dieu  est  présent  par-tout ,  qu'il  gouverne  tout ,  et  qu'il 
juge  tout  dès  le  temps  présent. 


PRÊTRE  DE  L'EGLISE  DE  MARSEILLE.  527     u  mvmÈi' 

'  Après  avoir   posé  ces   fondements   solides,    comme    il  ,  3  n  ,       41 
les  nomme  lui-même,  il  emploie  le  reste  de  l'ouvrage,  par- 
lie  à  décrire  les  misères  temporelles  de  ce  temps-là,  par- 
tie   à   montrer  qu'elles  n'éloient  que  la  punition  des  mi- 
sères spirituelles,  et  des  crimes  qui  se  commettoient  alors 
dans  l'Eglise   même;    détaillant   plus   particulièrement   ce 
qui  regardoit  les  Gaulas,  l'Espagne,  et  l'Afrique.  '  La  ma-  DuPin.ibid.p.sio. 
niere  dont  il   traite  ce  sujet,  fait  assez  connoitre  que  son 
principal  but  étoil,  de  déclamer  contre  les  mœurs  de  son 
siècle.  '  Il  décrit  avec    toute   la   force    et  toute  l'élégance  saw.  gub.i.  6.  ■. 
possible,  les  dérèglements  les  plus  communs."  11  s'emporte  "'.  ib!"-!»!' 
sur-tout   contre  l'impureté,  des  théâtres  et  des   spectacles 
profanes,  avec  tant  de  zèle  qu'il  ne  sçait  comment  il  les 
doit  qualifier,  et    s'il    leur  doit  donner  le  nom  d'impiété 
ou  de   folie,    d'impudicité   ou   d'extravagance.       Il  avoue  i  7.  n.  9.  p  160 
lui-même  qu'il  s'attend   bien,    que    son    ouvrage    offense- 
ra quelques-uns  de  ses  lecteurs;   mais  il  faut  avoir,  dit- 
il,  moins  d'égard  à  déplaire  qu'à  annoncer  la  vérité. 

C'est  apparemment  cet  ouvrage  de  Salvien  sur  la  Pro- 
vidence, '  qui  fut  imprimé  sous  son  nom  à  Milan  en  un  vo-  Bib.  Barb.  ibid. 
lume  in  12  l'an  1579,  et  traduit  en  Italien  avec  ce  titre, 
Librocontro  gli  spettacoli.  Traité  contre  les  spectacles.il  se 
trouve  dans  la  Bibliothèque  du  Cardinal  Barberin  à  Ro- 
me, avec  le  suivant  qui  semble  être  le  même  en  sa  langue 
originale,  mais  dont  on  a  changé  le  titre  pour  celui-ci,  Cen- 
soria  de  prœsenttbus  Euwpœ  calamitatibus  eorumque  eau- 
sis  prœloquia  ab  Osiandro  Stuano.  Cette  édition  est  de  Lyon 
en  un  volume  in-4°  de  l'an  1647.  '  Un  auteur  qui  s'est  Bib.  n.  pr»a.  c«n. 
caché  sous  ces  letres  initiales  B.  B.  D.  S.  donna  une  tra- 
duction de  cet  ouvrage  en  nôtre  langue,  laquelle  fut  im- 
primée à  Lyon  chez  Guillaume  Rouille  l'an  1575  en  un 
volume  in  8°.  '  En  1701  il  parut  une  nouvelle  traduction  bu>.  s.  vin.  c«n. 
françoise  du  même  ouvrage  de  Salvien,  imprimée  à  Paris 
chez  Louis  Guerin  en  un  volume  in  12.  Elle  est  de  M. 
Drouet  de  Maupertuis,  qui  dès-lors  paroissoit  avoir  entre- 
pris de  traduire  les  autres  ouvrages  de  nôtre  Auteur. 

3°.  Le  troisième  et  dernier  écrit  qui  nous  reste  de  Sal- 
vien, '  est  un  recueil  de  neuf  letres  adressées  à  diverses  saw.  eP.  P.  193- 
personnes;  mais  qui  ne  font  apparemment  que  la  moin-  81C 
dre  partie  de  celles  qu'il  a  écrites  durant  le  cours  d'une 
vie  qui  a  été  très-longue.  '  Gennade  en  marque  un  volume  c«nn.Yir.iii.e.67. 


528  SALVIEN, 

V  SIECLE.  ' 

Dupio,ibid.P.523.  entier,  qui  sans  doute  contenoit  plus  de  neuf  letres.  '  Cel- 
les qui  nous  restent  sont  toutes  écrites  avec  beaucoup  d'é- 
légance, et  nous  sont  un  grand  sujet  de  regretter  la  perte 
des  autres. 

sair.ep.i.p.  193.  '  La  première  est  écrite  en  faveur  d'un  jeune  homme 
de  ses  parents  qui  avoit  été  pris  à  Cologne  avec  sa  mère 
et  toute  sa  famille ,  lorsque  la  Ville  étoit  tombée  sous  la 
puissance  des  Barbares.  Elle  est  adressée,  comme  nous  l'a- 
vons déjà  remarqué,  à  une  Congrégation  de  serviteurs  de 
Dieu ,  et  selon  toute  sorte  d'apparence  aux  Solitaires  de 
Lérins.  Salvien  lés  prie  d'instruire  son  parent,  de  l'exhor- 
ter, et  défaire  leur  possible,  pour  le  rendre  participant  des 
richesses  spirituelles,  dont  ils  jouissoient.  On  voit  dans 
'  cette  letre  et  avec  quelle  ardeur  Salvien  se  portoit  à  ren- 
dre service,  et  de  quelle  retenue  il  usoit  pour  ne  pas  de- 
venir importun  à  ses  amis.  Le  début  de  cette  letre  est  tour- 
né d'une  manière  la  plus  ingénieuse. 

ep.  ».  p.  196.  '  La  seconde  letre  est  adressée  à  S.  Eucher,  qui   venoit 

depuis  peu  d'être  fait  Evêque  de  Lyon.  Salvien  se  plaint 
à  lui-même  de  ce  qu'il  lui  avoit  fait  faire  un  compliment, 
sans  lui  écrire  contre  sa  coutume.  Il  en  prend  occasion  de 
l'avertir,  de  prendre  garde  de  ne  se  pas  laisser  enfler  com- 
me les  autres  par  les  honneurs  et  les  dignités,  en  quoi 
l'on  peut  voir  que  Salvien  prenoit  une  espèce  d'autorité 
sur  S.  Eucher,  quoique  Evêque  et  son  ami  particulier. 

*p.  3.  p.  196. 197.       '  La  troisième  est  imparfaite,  et  s'adresse  à  un  Evêque 

not.  p.  *i7.  nommé  Agrice  ou  Agréce,  ■  du  Siège  duquel  on  ne  con- 

vient pas,  les  uns  croïant  que  c'est  l'Evêaue  d'Antibe  de 
ce  nom ,  d'autres  l'interprétant  d'Agréce  de  Sens.  Salvien 

?'  demande  pardon  avec  beaucoup  d'humilité,  de  quelque 
àute  contre  la  civilité,  dont  il  se  reconnoît  coupable. 
eP.  *.  P.  197-205.  '  La  quatrième  letre,  qui  est  la  plus  belle  de  toutes  sans 
contradiction ,  est  celle  qu'il  écrivit  à  Hypace  et  à  Quiète, 
comme  nous  l'avons  déjà  rapporté,  tant  en  son  nom  qu'au, 
nom  de  Palladie  sa  femme  et  d'Auspiciole  sa  fille,  afin  d'ap- 
paiserla  colère,  qu'avoient  conçue  son  beau-pere  et  sa  bel- 
le-mere,  de  ce  que  lui  et  sa  femme  s'étoiejit  consacrés  à 
Dieu.  Salvien  après  y  avoir  parlé  le  premier,  y  fait  en- 
suite parler  Palladie  et  Auspiciole  à  leur  tour,  avec  une 
tendresse  capable  de  faire  impression  sur  des  cœurs  les  plus 
endurcis,  et  avec  une  éloquence  digne  de  l'admiration  des 
meilleurs  Orateurs.  '  La 


PRÊTRE  DE  L'EGLISE  DE  MARSEILLE.  529     .  .,.„,  „ 

V    S  i  K  (,  I.  h. 


■  La  cinquième  letre  est  un  compliment  de  congratula-  ep.  5.  p.  205. 200. 
tion  à  une  servante  de  Dieu  nommée  Catture ,  sur  le  re- 
couvrement de  sa  santé.  Salvien  pour  joindre  l'instruction 
à  son  compliment,  montre  à  Catture  quel  est  l'avantage 
des  maladies,  et  l'état  où  doivent  être  les  gents  de  bien 
quand  ils  en  relèvent.  'Il  cite  lui-même,  sans  se  nommer,  gub.i.  i.n.3.p.io. 
un  assez  long  passage  de  cette  letre  dans  son  ouvrage  sur  la 
Providence. 

'  La  sixième  letre  est  un  petit  compliment  à  un  Lime-  «p-  s.  p-  *»• 
ne,  qui,  ce  semble,  n'étoit  pas   même  Chrétien;  car  Sal- 
vien  lui  témoigne   espérer   que  J.C.   lui  aïant  donné    des 
Chrétiens  pour  amis,  lui  inspireroit  aussi  enfin  son  amour. 

'La  septième  n'est  non  plus  qu'un  compliment  à  Aper  ep.7.p.so7. 209. 
et  à  Verus ,  pour  s'excuser  de  la  liberté  qu'il  prenoit  de 
les  prévenir.  Il  les  qualifie  ses  amis  ;  mais  il  les  traite 
d'ailleurs  comme  étant  beaucoup  élevés  au-dessus  de  lui. 
Aper  peut  fort  bien  être  l'ami  de  S.  Paulin  de  Noie ,  dont 
nous  avons  parlé  en  son  lieu. 

'  La  huitième   letre  est   un   remerciment ,  que    Salvien  ep.  8.  P.  209. 
fait  à  S.  Eucher  Evêque  de  Lyon ,  de  ce  qu'il  lui  avoit  en- 
voie  les  écrits  qu'il  avoit  composés    pour  l'instruction  de 
ses  deux  fils  Salone  et  Veran.  Elle  est  très-honorable  à  la 
mémoire  de  S.  Eucher,  et  de  ses  enfants  qu'elle  nous  re- 

È résente    comme    déjà    maîtres    des    Eglises ,  c'est-à-dire 
Ivêques,  et  contient  un  fort  bel  éloge    des  ouvrages    que 
S.  Eucher  avoit  communiqués  à  Salvien. 

'La  neuvième  et  dernière  letre  est  écrite  à  l' Evêque  ep.9.p. 210-216. 
Salone,  pour  lui  rendre  raison  du  dessein  de  l'ouvra- 
ge contre  l'avarice ,  et  de  ce  que  Salvien  y  avoit  caché 
son  nom  sous  celui  de  Timothée.  C'est  pourquoi  dans 
plusieurs  éditions  des  œuvres  de  Salvien ,  on  a  placé 
cette  letre  en  manière  de  préface ,  à  la  tête  de  ce  même 
traité ,  sur  lequel  elle  répand  une  grande  lumière.  Dans 
les  dernières  éditions  on  l'a  rangée  de  telle  sorte,  que 
se  trouvant  la  dernière  des  9  letres,  elle  se  trouve  encore 
comme  à  la  tête  du  même  ouvrage,  qui  la  suit  immédia- 
tement. 

.'Le  style    de   Salvien,  au  jugement  de   Gennade    son  Genn.  mi. 
contemporain,  est  étudié  et  poli,  mais  net  et  clair;  '  et  les  duPin,iiri<i.P.523. 
beautés  en  sont  assez  connues  de  tous  ceux   qui  ont  un  peu 
de  goût  pour  les  belles  letres.  Il  seroit  difficile  de  trou- 
Tome  //.  X  x  x 


v  siècle.    53°  SALVIEN, 


ver  un  discours  plus  orné ,  plus  coulant ,  plus  diversifié, 
Tiii.ibid.p.282.  plus  agréable.  '  Salvien  est  seulement  un  peu  trop  diffus, 
comme  le  sont  presque  tous  ceux  des  Ecrivains  Gaulois 
sixt.  bib.  1. 4.  P.  du  V  siècle  ;  '  quoique  Sixte  de  Sienne  prétende  le  contrai- 
b20™:  ibij.  Du-  re.  ■  Mais  tout  ce  qu'on  lui  peut  accorder,  c'est  qu'il  est  plus 
pin.ibid.  serré  que  Lactance,  comme  l'on  trouve  aussi  qu'il  est  plus 

divertissant  et  plus  instructif.  Les  matières  qu'il  traite,  nous 
sont  même  aujourd'hui  plus  nécessaires,  parce  qu'elles  re- 
Du  pin,  ibid.  gardent  les  mœurs.  '  Il  autorise  ce  qu'il  avance ,  de  passa- 
ges de  l'Ecriture,  et  quelquefois  des  auteurs  profanes, 
qu'il  allègue  fort-à-propos,  et  qui  viennent  très-bien  à  son 
sujet.  Les  portraits  qu'il  fait  des  vices,  sont  très-naturels, 
et  propres  à  en  donner  de  l'horreur.  De  même,  les  rai- 
sons qu'il  apporte  pour  en  éloigner,  sont  très-plausibles; 
et  il  réfuse  avec  esprit  et  avec  solidité  les  vains  prétextes, 
i  ."*"'  59<>.'  i.  dont  on  se  sert  dans  le  monde  pour  les  couvrir.  '  Salvien  a 
encore  cela  de  particulier ,  que  traitant  de  Dieu  et  de  ses 
mystères  admirables ,  il»  a  trouvé  le  secret  d'y  -entrelacer 
agréablement  les  histoires  de  son  temps  et  des  siècles  passés. 

S-  ». 

SES   ECRITS   PERDUS. 

Ce  que  nous  venons  de  dire  des  écrits  de  Salvien 
qui  nous  restent,  doit  nous  faire  juger  du  prix  et  du 
mérite  de  ceux  que  l'on  ne  nous  a  pas  conservés.  Il  y  en 
a  plusieurs  de  cette  dernière  classe ,  dont  nous  ne  connois- 
sons  presque  que  les  titres. 

Genn. Tir.iii.c.67.  î"  Gennade  qui  les  avoit  lus,  marque  d'abord  trois  li- 
vres De  F  avantage  de  la  virginité,  adressé  à  un  Prêtre  nom- 
mé Marcel.  Il  convenoit  fort  bien  à  un  homme  tel  que 
Salvien ,  qui  avoit  gardé  la  continence  dans  le  mariage,  de 
traiter  un  sujet  de  cette  nature;  et  il  pouvoit  y  mieux 
réussir  que  beaucoup  d'autres,  parce  qu'il  étoit  plus  en 
état  d'en  connoître  tous  les  avantages. 

G»nn.  ibid.  2°  '  Le  même   Gennade   marque  en  second  lieu ,  ou  au 

moins  donne  à  entendre,  que  Salvien  composa  un  écrit 
adressé  à  l'Evêque  Salone  ,  pour  se  justifier  au  sujet  de  son 

Tiii.  ibid.  P.  193.  ouvrage  sur  la  providence.  Gomme  '  il  n'est  point  nouveau 
que  la  vérité  nous  attire  la  haine  et  les  calomnies  de  ceux 
qu'elle  blesse  sans  les  délivrer ,  il  aura  pu  aisément  se 
faire  que  l'ouvrage  sur  la  Providence ,  dans  lequel  Salvien 


PRÊTRE  DE  L'EGLISE  DE  MARSEILLE.        531 

Y  SIECLE. 

déclame  si  fort  contre  le  vice ,  n'aura  pas  été  trop  bien 
reçu ,  et  que  l'Auteur  aura  été  obligé  d'en  faire  l'apologie. 
C'est  le  sens  que  présentent  les  paroles  de  Gennade ,  d'ail- 
leurs assez  obscures  :  '  Et  pro  eorum  merito satisfactionis ,  dit  g»™,  ibid.  |  not. 
Gennade  après  avoir  marqué  les  livres  sur  la  Providence;  p' 32' 
ou  comme   porte  l'ancien  manuscrit  de  Corbie ,  pro  eorum 
premio  satisfaciendo,  ad  Salonium  Episcopum.  'M.  Du  Pin  Du pin,ibid.p.»u. 
voudroit  qu'on  lût  cet  endroit,  comme  s'il  ne  faisoit  qu'une 
partie  du  titre  du  livre  précédent ,  en  cette  sorte  :  De  pre- 
senti  judicto  et  demerito  satisfactionis  ad  Salonium  librosocto. 
'  Cela  seroit  clair ,  et  leveroit  bien  des  difficultés  ;  mais  il  tiii.  OAà.  p.  746. 
faudroit  que  cela   fût  autorisé  d'un  bon  manuscrit.  Après 
tout,  '  si  Salvien  a  composé  un  ouvrage  pour  justifier  ce-  p.  193. 
lui  qui  est  sur  la  Providence,  comme  il  paroit  assez  vrai- 
semblable, il  faut  dire  qu'il   est  perdu  :  '  à  moins  que   l'on  p.  746. 
ne     veuille   avouer,    qu'en    cet  endroit    Gennade  se   sera 
brouillé,  en  prenant  la  letre  à  Salone  au  sujet  de  l'ouvra- 

fje  contre  l'avarice,  pour  une  apologie   des  nuit  livres  sur 
a  Providence. 

3°  '  Nous  avons  perdu  aussi  un  commentaire  de  Salvien,  cenu.  c.  67. 
pour  expliquer  la  fin  de  l'Ecclésiastique ,' ou  de   l'Eccle-  Tui.pbid.  iduPin, 
siaste ,  comme   Erasme  et  M.  Du  Pin  veulent  qu'on  lise,  Ln'd  475d°'  Chr' 
'  et  qu'Adon  de  Vienne  a  lu  avant  eux.  L'Auteur  l'adres- 
soit  à  Claudien  Prêtre  de  l'Eglise  de  Vienne;  '  quoique  le  f.enn.  ibid- 1  not 
texte   de  Gennade  et  quelques  anciens  manuscrits    portent 
à  Claude   Evêque  de    Vienne ,  ce   que  l'on  croit  être  une 
faute. 

4°  '  Nous  n'avons  pas  non  plus  l'Hexameron ,  que  Sal-  Genn.  c.  67. 
vien  composa  à  l'imitation  des  Grecs,  principalement  de 
S.  Basile,  sur  la  Genèse ,  depuis  le  commencement  jusqu'à 
l'endroit  oui  traite  de  la  création  de  l'homme.  Le  texte 
de  Gennade  porte  que  cet  ouvrage  étoit  en  vers,  versu  : 
'  mais  dans  l'ancien  manuscrit  de  Corbie  au  lieu  de  versu,  not. P.  32. 
on  lit  quasi,  oui  fait  un  sens  fort  obscur.  'C'est  pourquoi  voss.  poe.  îat.  p. 

Vossius  prétend  qu'on  doit  lire,  quasi versum ,  en  sup-  29°" 

posant  que  le  copiste  aura  oublié  le  nombre  des  vers  après 
quasi.  '  Un  Auteur  anonyme  dans  une  dissertation  sur  la  roi.  au.  p.  193. 
vie   et  les  écrits  de  Tertullien ,  croit  que  cet  Hexameron  m" 
de  Salvien  peut  être  le  poëme  de  la  Genèse ,  qui  est  par- 
mi  les  ouvrages  attribués    à   cet  ancien  Père,  et  que  celui 
de    Sodome  qui  le  suit  peut  être  encore  de  Salvien ,  à  qui 

X  xx  ij 


532  SALV1EN, 

V    SIECLE.  ' 

néanmoins  Gennade  ne  donne  aucun  ouvrage  sur  ce  sujet. 

conn.  c.  67.  5°  •'  Salvien  avoit  composé  aussi  beaucoup  d'Homélies 

Aniei.  de  op.  Léo.  pour  des  Evêques,  '  qui   se    trouvant   apparemment  moins 

P.  33i.  356.  capables    de    composer    des    Sermons ,  recouroient    à    lui 

pour  s'acquiter  de  cette  partie  si  importante  de  leur  mi- 

Tiii.  ihid.  p.  i9*.  nistere.  '  Us  ne  faisoient  en  cela  que  suivre  l'avis,  que  leur 
donne  S.  Augustin  dans  ses  livres  de  la  doctrine  Chrétien- 
ne. Mais  ces  Homélies  sont  ou  perdues  pour  la  plupart, 
ou  mêlées  en  partie  avec  celles  qui  nous  restent  de  ces 
temps-là  sous  le  nom  d'Eusebe  d'Emese. 

conn.  ibid.  6°.  '  Salvien  avoit  fait  encore  un  si  grand  nombre  d'au- 

tres Homélies   sur   les   Sacrements ,  ou    les  Mystères ,  que 

siab.  Ht.  p.  s».  Gennade  avoue  qu'il  n'en  sçavoit  pas  le  compte.  '  Dom 
Mabillon  croit  que  cela  doit  s'entendre,  ou  des  instruc- 
tions sur  les  Saints  Mystères,  que  l'on  faisoit  au  peuple  du- 
rant la  Messe,  suivant   l'ancienne  coutume  des  Eglises  des 

Tiii.  ibid.  p.  194.  Gaules,  ou  des  préfaces  de  la  Messe,  '  qui  souvent  étoient 
alors  fort  longues.  Mais  si  cela  devoit  s  entendre  en  cette 
dernière  manière,  on  ne  se  seroit  pas  apparemment  servi 
du  terme  d'Homélies.  Ainsi  il  est  plus  naturel  d'entendre 
par-là  des  Catéchèses,  que  Salvien  faisoit  comme  Prêtre, 
pour  expliquer  les  sacrements  ou  les  mystères  aux  Ca- 
técumenes,  ou  même  aux  Fidèles. 

mi.  deHon.p.202.  7°.  Nous  avons  perdu  aussi  l'écrit,  '  dont  S.  Hilaire  d'Ar- 
les cite  un  passage  dans  l'oraison  funèbre  dé  S.  Honorât 
son  prédécesseur ,  soit  que  cet  écrit  ne  fût  peut-être  qu'une 
des  Homélies  dont  nous  avons  parlé ,  soit  que  ce  fût  quel- 
que autre  traité,  dont  on  ne  nous  aura  pas  conservé  mê- 
me le  titre.  Salvien  y  comparait  S.  Honorât  au  Soleil, 
disant  que  ce  qu'est  le  Soleil  à  l'égard  du  Ciel,  par  rap- 
port au  beau  ou  au  mauvais  temps,  S.  Honorât  l'étoit  à 
l'égard  de  la  Sainte  congrégation  de  Lérins ,  qui  rece- 
voit  de  lui  comme  d'un  Soleil  mystique  en  J.-C.  les  diffé- 
rentes impressions  de  calme  ou  d'agitation,  de  tristesse  ou. 
de  joie. 

Estius  sur  le  premier  livre  des  sentences,  distinct.  II.  §2. 
prouvant  par  les  Pères  Latins,  que  le  S.  Esprit  procède  du 
Fils  comme  du  Père,  cite  sous  le  nom  de  Salvien  un  Ser- 
mon sur  le  S.  Esprit ,  autrefois  imprimé  entre  les  écrits 
de  S.  Cyprien.  Mais  ce  Sermon  est  un  de  ceux  qui  com- 
posent le  traité  d'Arnauld  de  Bonneval,  intitulé,  Des 
œuvres  cardinales  de  J.-C. 


PRÊTRE   DE    L'ÉGLISE  DE  MARSEILLE.     533        SIECLE 


S  IV. 
ÉDITIONS  DES  OEUVRES  DE  SALVIEN 

IMPRIMÉES    ENSEMBLE. 

ApnÈs    avoir    marque    les  diiïerentes  éditions ,  que  nous 
avons  pu   connoitre  ,    et  qu'on    a   publiées   séparément 
de  chaque  ouvrage  de  Salvien  en  particulier ,  il  nous  reste 
à  donner  le  dénombrement  de  celles  qu'on  a  faites  du  re- 
cueil de    ses   œuvres  réunies  ensemble.    La   première  que 
nous  sçachions  avoir  paru  dans  le  public ,  '  est  celle  qui  fut  Bib.  Cas.  Ben. 
faite  à  Basle  chez  Froben  l'an  1530  en  un  volume  in-fo- 
lio ,  par  les  soins  de  Jean  Alexandre  Brassican ,  qui  y  joi- 
gnit d'amples  scholies  de  sa  façon  et  un  traité  d'un  Auteur 
incertain ,    intitulé  Anticirncnoti  ;  c'est-à-dire  des    passages 
de  l'ancien  et  du  nouveau  Testament   qui  semblent  oppo- 
sés les  uns  aux  aulres.  '  Sixte  de  Sienne  a  attribué  cet  ou-  sixt.  Mb.  1.  t.  p. 
vrage    à  Salvien,  sans   en    avoir    d'autre    fondement,  que  *M*  *' 
parce  qu'il  l'a  vu  imprimé  sous  son  nom  à  la  lin  de  l'édi- 
tion de  ses  œuvres ,  que  nous  venons  de  marquer.  '  L'erreur  Cave,  p.  sso. 
où  est  tombé  Alphonse  de  Castro,  en  citant  le  même  ou- 
vrage sous  le  nom  de  Salvien  ,  est  venue  de  la  même  sour- 
ce. '  Les  scavants  conviennent  que  cet  écrit  n'est  point  de  <iuPin,ii>i.i.p  r,n. 
nôtre  Auteur ,  mais  qu'il  peut  être  de  S.  Julien  de  Tolède,  g^**!**"* 
Il  y  eut  une  autre  édition  des  œuvres    de   Salvien  à  bii>.  Barber.  ma. 
Rome    chez    Manuce  l'an  1501,   aussi  en  un  volume    in-  •••Cord-  p'M- 
folio ,  avec  les   Homélies   de  saint   Maxime    de  Turin ,  les 
écrits  de  saint  Pacien    de   Barcelone  ,   et    l'Histoire  sacrée 
de  saint  Severe  Sulpice  par  les  soins   de    Pierre  Galesini. 
M.   Du  Pin  en  marque  une  édition  de    Paris  en   1570.  BuPin,  iiii. 
Jérôme    de  Marnef    et    Guillaume   Cavelat    imprimeurs  Bib.  cœi.  Tich. 
de  la  même  ville,  en  publièrent  une  l'an  1575,  en  un  pe- 
tit   volume  in-8° ,    avec  la    préface   de    Brassican  :  ce  qui 
montre  que    cette  édition  fut   faite  sur  celle  de  Basle  qui 
l'avoit   précédée.   Dans  le    titre  Salone  ,  à  qui  sont  adres- 
sés   les   huit    livres   sur    la  Providence ,  est  mal-à-propos 
qualifié   Evêque  de    Vienne.    La   même  année  ,    les  écrits 
de  Salvien  furent  insérés  au   3e  tome   de  la   Bibliothèque 
des  Pères  de  Paris.       En  1594  Jérôme  de  Marnef  réim-  ...s.  Fio..  ta. 

3  7 


v.„.t.      534  SALVIEN, 

VSIECLE. 


prima  les  mêmes  ouvrages  en  même  volume  et  avec  les 
Scholies  de  Brassican. 

saw.pr.  p.p.  11.  '  Jusques-là  ,  les  éditions  de  Salvienqui  avoient  paru, 
étoient  peu  exactes  et  fort  imparfaites.  Mais  Pierre  Pi- 
thou  aïant  pris  le  soin  de  les  revoir  sur  trois  excellents 
manuscrits ,  en  donna  une  édition  qui  fut  estimée  la  meil- 

p- 13.  leure  de  toutes  celles,  qui  avoient  vu  le  jour.  'Elle  fut  pu- 

Bib.  s.  vin.  cen.  bliée  par  les  soins  de  Nicolas  le  Févre  '  à  Paris  chez  Se- 
bastien Nivelle ,  l'an  1580  en  un  volume  in-8°  ,  avecquel- 

...  Barb.  ques   différentes  leçons  renvoïées  à  la  fin.  '  En  1608  ,  elle 

parut  de  nouveau  à  Paris  en  un  volume  in-12,  avec  de 
petites  notes  tirées  des  Scholies  de  Brassican,  apparem- 
ment pour  suppléer  à  celles  que  Pithou  avoit  négligé  de 
mettre  à  la  sienne. 

saiv.  pr.  p.  i.  '  Peu  de  temps  après  ,  Conrad  Riltershusius  Allemand  , 

après  avoir  corrigé  de  son  chef,  mais  assez  heureuse- 
ment ,  l'édition  de  Pithou ,  en  publia  une  nouvelle  avec 
d'amples  commentaires ,  où  il  se  trouve  beaucoup  d'éru- 

Bib.  mon.  sut.  dition  et  d'exactitude.  '  Cette  édition  fut  faite  à  Altorf , 
l'an  1611  en  deux  petits  tomes  in-8° ,  qui  ne  font  qu'un 
juste    volume ,    avec  le  traité    de    Trithéme  sur  la  provi- 

Boid.bib.Ws.p.sî.  dence  que  l'éditeur  y  a  joint.  '  Cette  même  année  ,  Nico- 
las Rothius  imprimeur  à  Francfort  ,  donna  aussi  au  pu- 
blic les  écrits  de  Salvien  sur  celte  même  édition. 

cave,  p.  sa).  '  Ils  parurent  de  nouveau  à  Nuremberg  l'an  1623  ,  en- 

Bib.  ir.  pra>d.  Con.  richis  des  commentaires  de  divers  écrivains.  Ces  mê- 
mes ouvrages  furent  encore  imprimés  à  Rouen  chez  Jean 
Osmont ,   l'an  1627   en  un  volume  petit  in-12  ,   avec  les 

....Miss.  c«n.  Scholies  de  Brassican.  '  Cependant  ces  éditions  n'em- 
pêchèrent pas  que  celle  de  Pithou  de  1580,  ne  fût  encore 
publiée  à   Paris  chez  Edmond  Pepingué  les  années  1645 

...s.  vu.  Cen.  et  1648  en  un  volume  in-8°.  Il  est  surprenant  qu'on  la 
laissât  ainsi  paroître  coup  sur  coup  avec  autant  de  fautes 
qu'il  s'y  en  trouve. 

sai.  ibid.  p.  i.  2.  '  Enfin  M.  Baluze  entreprit  de  nous  donner  une  nou- 
velle édition  des  œuvres  de  Salvien.  11  les  revit  d'abord 
sur  trois  anciens  manuscrits,  l'un  de  l'Abbaïe  de  Corbie  , 
et    les  deux   autres    de    M.    Colbert    Evêque    d'Auxerre , 

Bib.  s.  vin.  Cen.  et  sur  l'ancienne  édition  de  Pithou.  '  Cette  première  édi- 
tion de  M.  Baluze  fut  publiée  à  Paris  chez  François  Mu- 
guet ,  l'an  1663  en  un  volume  in-8° ,  puis  de  nouveau  en 


PRÊTRE  DE  L'EGLISE  DE  MARSEILLE.    535     .  MM1. 

V   SIECLE. 

1669.  '  Le   même  éditeur  revit  ensuite  les  mêmes  ouvra-  satv.  pr.  P.  3. 
ges,  tant  sur  les  éditions  de  Basle  et  de  Rome  ,  que  sur  les 
manuscrits  dont  s'étoit   servi  Pierre  Pithou,  et  en    publia 
de  la  sorte  une  troisième  édition  '  encore  à  Paris  chez  le  va.  s.  Vin.  con. 
même  imprimeur  ,  l'an  1681  en  un  volume  in-8° ,  à  la  fin 
duquel  il    a  ajouté  le   Mémoire   de  Vincent  de  Lérins ,  et 
des  notes  de  sa  façon  sur  les  ouvrages  de  l'un  et  de  l'au- 
tre. Cette  dernière   édition  est   sans  contradiction   préféra- 
ble à  toutes  les    autres ,  comme  la  plus  correcte ,    la  plus 
belle  et  la  plus  accomplie.  '  Ce  fut  sur  la  seconde  édition  ...pp. t. 8. p. 339. 
de  M.  Baluze  ,  que  l'on  réimprima  les  œuvres   de  Salvien  140!' i- 
dans  la   Bibliothèque  des  Pères    de  Lyon.  C'est    apparem- 
ment la  même,  quia  servi  de  modèle  à  celle  qui'  parut  à  ...Kon.  p.  202. 
Brcme  l'an  1688  en  un  volume  in-4°. 

Nous  avons  une  belle  traduction  françoise  de  toutes  les 
œuvres  de  Salvien ,  imprimée  à  Paris  chez  Guillaume  Val- 
leyre  '  l'an  1700  en  deux  volumes  in  12.  On  en  est  redeva-  ...s.  vin.  cen. 
ble  au  P.  Bonnet  de  l'Oratoire  qui  ne  s'y  est  fait  connoître 
que  par  la  première   letre  de  son  nom.  (xxiii.) 


JEAN, 

Professeur  des    belles    Lettres. 

Jean   étoit    un    homme    d'une  érudition    et    d'une    élo-  sia.  s.i.s.en.t.p 
quence    peu  commune  en    son   siècle.    Il  professoit  les  1052no,-,b"1- 
belles  letres ,  du    tems  que  saint  Sidome  étoit   Evêque  de 
Clermont ,   vers    l'an  480 ,    dans  cette  partie    des    Gaules 
soumise  aux  Visigots  ,  c'est-à-dire ,  ou  dans  le  pays  que  l'on 
a  nommé  depuis  le   Languedoc  ,  ou   dans  une   des  Aqui- 
taines.   Nous   avons  déjà  marqué    ailleurs    les   dommages 
que  ces  barbares  ,  gents  ennemis  de  tous  les  beaux   arts, 
causèrent    à  la  litérature  dans  les  pays  de  leur  domina- 
tion.  '  Le  nombre  de  ceux  qui  cultivoient  alors  les  scien-  sid.s  î.s.ep.io.  1 
ces  dans  les  Gaules,  étoit  si  petit,  que  S.  Sidoine  ne  craint  i<>53.ep* *" pp8*" 
pas  de  dire  ,  que  les  dignités  qui  servoient  à  distinguer  les 
personnes  de  naissance   des  autres  ,   y  étant  éteintes  com- 
mes  elles  l'y  étoient ,   la  connoissance    des    letres  seroit 
dans  la  suite  la  seule  marque,    à   laquelle  on   reconnoî- 


536  JEAN,  PROFESS.  DES  BELLES  LETRES. 

V  SIECLE. 

p  mi  troit  la  noblesse,  '  parce  qu'il  n'y  avoit  plus  qu'elle  qui  les 

cultivât. 

p.  1053.  '  Jean  dont  nous  parlons,  fut  un  de  ceux  qui  travailla, 

et  avec  le  plus  d'application  et  avec  le  plus  de  succès,  à 
les  sauver  pour    un   tems  du   naufrage  qui  les  menaçoit. 

P.  1052.  '  Il    enseignoit  avec    un  grand    concours    d'auditeurs  ,   et 

forma  un  nombre  considérable  de  gents  de  letres.  Ce 
fut  pour  l'en  congratuler  que  S.  Sidoine  lui  écrivit  une 
letre  ,  qui  est  venue  jusqu'à  nous.  11  lui  témoigne  qu'il  au- 
roit  cru  commettre  un  crime  ,  s'il  avoit  différé  plus  long- 
tems  de  lui  donner  les  éloges  qu'il  méritoit,  pour  avoir 
empêché  non-seulement  que  les  sciences  ne  tombassent 
en  une  entière  décadence ,  mais  aussi  pour  les  avoir  rele- 
vées, fait  revivre  et  affermies,  lorsqu'elles  étoient  pres- 
qu'entierement  négligées.  Il  lui  parle  comme  s'il  eût  été 
le  seul  qui ,  en  ces  tems  malheureux ,  leur  eût  servi  de 
rempart,  pour  les  mettre  à  couvert  des  dommages,  que 
leur  causoient  tous  les  jours  les  armes  et  les  ravages  des 
nations  étrangères  ennemies. 

P.  1053.  '  11  lui   ajoute    que   ceux   qu'il  prenoit  soin  de  former 

aux  sciences ,  retiendroient ,  quoiqu'au  milieu  des  peu- 
ples barbares,  quelque  teinture  de  l'érudition  des  an- 
ciens qu'il  tâchoit  de  faire  revivre  en  eux.  Que  pour  lui 
et  les  autres  qui  faisoient  profession  d'écrire  pour  la  pos- 
térité ,  ils  lui  avoient  en  particulier  l'obligation  de  ce 
que  leurs  travaux  ne  scroient  pas  inutiles,  puisque  son 
école  soutenue  de  la  sorte  par  ses  soins  ,  formeroit  un 
grand  nombre    de  personnes  ,   qui  seroient  en  état  de  lire 

p.  1052.  leurs  écrits.  '  C'est  pour  cette  considération  que  S.  Sidoine 

dit  encore ,  que  les  contemporains  de  Jean  et  de  ceux  qui 
vivroient  après  eux ,  le  dévoient  regarder  et  honorer  com- 

p.  1053.  me    un  autre   Demoslhene  et  un    autre  Ciceron ,  '  en  lui 

dressant ,  autant  que  le  malheur  des  temps  pourroit  le 
permettre ,  ou  des  statues  ou  d'autres  monuments. 


ANTHEDIUS 


537 


V   SIECLE. 


ANTHEDIUS, 

Poète. 

Le    progrès   que   faisoit    la    décadence    des    letrcs    dans 
nos   Gaules  sur  la  fin  de   ce  siècle  ,   n'empêehoit  pas 
que  l'on  n'y  comptât  encore  un  certain  nombre   de  Poè- 
tes. '  Entre  autres  on  en  vit  un  d'un  mérite  singulier  en  la  m.  s.  car.  9.  v 
()ersonne  d'Anthedius.  11    fleurissoit   au  même   temps   que  308~31-- 
es  célèbres  Lampride  et  Sèvérien  ,   dont   nous  avons  dé- 
jà donné  les  éloges,  et  ne  leur  étoit  point   inférieur  ,  soit 
en  érudition,  soit  en  talents  pour  bien  écrire.  '  Il  avoit  eu  SaT.ln  SM.  «r.p. 
pour   perc,    ou  pour  aïeul,  un   autre  Anthedius,  °  natif  de  J3^  s  , 
Périgucux,  que  S.  Sidoine  met  en  parallèle  avec   le  docte  ».  p.  m! 
Drépane,  dont  nous  avons  parlé  sur  le  IV  siècle.  Ce  que 
S.  Sidoine  dit  ici  de  cet  Anthedius  l'ancien,  qui  étoit  mort 
lorsqu'il  en  parloit  de  la  sorte  vers  il  ï  ,  est  d'autant  plus 
remarquable,    qu'il    vient    mieux   à   notre  sujet.    Voulant 
donc  relever   l'honneur   que   Loup  ,  grand-homme   de    le- 
tres ,  faisoit  a  la  patrie  de  sa  femme  ,    qui  éloit  la    Ville 
d'Agen.  et  la  sienne  propre   qui    étoit    Périgucux  ,    il   dit 
que  la  première  de  ces  Villes  retrouvait  en  lui   un  autre 
Drépane,  et  Périgueux  un  autre  Anthedius. 

Le   fils   ou    petit-fils  d'Anthedius ,   n'acquit   pas    moins 
de  gloire,  que  celui  dont  il  tiroit  et  son   nom  et   son  ori- 
gine.  C'est   apparemment  pour   exprimer   la    hicililé   qu'il 
avoit  à  faire  des  vers,  '  que  Sidoine  son  ami  dit    qu'Apol-  e*r.«.pr.p.m4 
Ion  lui  étoit  très-familier,  l'hœhum,  Aidhedii  mei  pcr/'amilia- 
rem.  '  Ailleurs  après  avoir  loué  la  douceur  de  son  style  ,  il  Car.9.v.308.309. 
le  compte  pour  le  premier  entre  les  poètes  les  plus  diserts 
qui   vivoient  alors ,       et  qui    méritaient    d'êlre    comparés  y.  301. 302. 
aux  Paulins  ,  aux  Ampelius  ,  aux  Symmaques  ,   aux  Mes- 
salas,  qui  les  avoient  procédés  : 

'  Nostrum  aut  quos  retinet  solum  discrlos  y.  308.  309. 

Dulcem  .Vnthedion.... 

L.  P.  Sirmond  applique  à  nôtre   Poète ,  qui  selon  cet-  not.  p.  1271. 

Tome  II.  Y  y  v 

?  7  * 


V  SIECLE. 


538  ANTHED1US,  POETE. 


te  interprétation  auroit  été  un  très-grand  Philosophe  ,  ce 
que  nous  avons  cru  après  Savaron  devoir  entendre  de  Po- 
™*75.car'22pr'  leme-  ^'est  l'él°8e  que  Sidoine  dans  sa  letre  à  Ponce 
Léonce,  qui  sert  de  prélace  à  son  poëme  22e ,  fait  d'un  hom- 
me, sans  le  nommer,  qui  possédoit  si  parfaitement  tou- 
tes les  parties  de  la  Philosophie  ,  qu'il  surpassoit  tous  les 
Musiciens  ,  les  Géomètres  ,  les  Arithméticiens  ,  les  Astro- 
logues. Il  faut  avouer  que  l'endroit  est  obscur.  Mais  en 
le  rapprochant  de  l'épithalame,  que  le  même  Sidoine  a  com- 
posé de  Poleme  et  d'Araneole ,  on  y  découvre  tout  le  ca- 
ractère de  Poleme  ,  de  qui  par  conséquent  on  doit  plu- 
tôt l'entendre  que  d'Anthedius.  On  ne  trouve  plus  rien 
au  reste  des  poésies  de  celuï-ci,  quoique  si  fort  estimées  en  son 
temps. 


PROCULE, 

* 

Poète. 

sij.s.i.o.ep.is.     -wtoici   un   autre    Poëte,  '   qui   outre  les   éloges  que    lui 

Sv.s!|.'in?.' ' ''  »  a  donnés  S.  Sidoine,  en  a  encore  reçu  de  la  part  de 
S.  Ennode  Evoque  de  Pavie.  Quoique  le  nom  de  Procule 
qu'il  portoit ,  fût  assés  commun  dans  nos  Gaules  en  ces 
premiers  siècles ,  comme  on  l'a  pu  remarquer  dans  le 
cours  de    cette  Histoire  ,  ce  Poëte    n'étoit    pourtant  pas 

m,  ibi.i.  Gaulois  de   nation  ;  '   étant  originaire  et  natif  de  Ligurie. 

i.i.o|..23.p.9oi.  'Mais  il  se  retira  dans  les  Gaules,  où  il  s'étoit  établi  au 
moins  dès  le  temps  de  l'Episcopat  de  S.  Sidoine  ,  qui  le 
connoissoit  particulièrement ,  et  qui  avoit  lié  amitié  avec 
lui.  C'est  ce  qui  paroît  par  la  23"  letre  de  son  4e  livre 
qu'il  écrivit  à  Procule,  pour  le  porter  à  pardonner  à  son  fils 
une  faute  assez  considérable,  qui  l'avoit  obligé  de  quitter  la 
maison  paternelle  ,  pour  se  retirer  à  Clermont  auprès  du 
S.  Evêque. 

i.9.eii.is.p.ni8.  '  Procule  avoit  tant  de  réputation  pour  la  poésie  ,  que 
les  meilleurs  juges  le  mettoient  de  pair,  si  même  ils  ne  lui 
donnoient  le  dessus  ,  avec  Domnule ,  Pierre ,  Sévérien, 
Léon ,    Consence   le  jeune ,    les    plus  célèbres   Poëtes    de 

Ennn.  iiud.  ce  temps-là.  '  S.  Ennode  dans  un  petit  poëme  adressé  aux 


PROCULE,    POETE.  538     v  S|E0LE. 

petits-fils  de  Procule,  ne  fait  pas  difficulté  de  lui  attribuer 
un  génie  peu  différent  de  celui  de  Pindarc,  et  semble  di- 
re qu'il  avoit  exercé  sa  muse  à  écrire  sur  toute  sorle  de 
sujets  : 

Horum  Pindarcus  llumina  viril  avus. 
Docta  canucnali  munit  qui  carmina  plectro  : 
Cujus  Apollinœi  uil  tacji-  c  chori. 

Et  pour  nous  donner  encore  une  plus  grande  idée  du  ta- 
lent qu'avoit  Procule  pour  la  poésie,  il  ajoute  que  si  A- 
pollon  avoit  encore  à  combattre  contre  Marsyas,  il  choi- 
sirait ce  Poëte  pour  le  seconder  dans  ce  combat. 

Phœbus  in  auxilio  répétât  mox  forlior  illum, 
Artis  nobilitas  Marsya  si  veniat. 

'  De  même  S.  Sidoine  parlant  de  l'heureux  succès  que  si.i.i.o.op.is.p. 
Procule  avoit  toujours  dans  ses  pièces,  ne  craint  pas  de  ,119- 
l'élever  jusqu'à  le  comparer  à  Homère  et  à  Virgile,  pour 
l'harmonie  de  ses  vers,  et  la  délicatesse  avec  laquelle  il 
Iraitoit  les  sujets  enjoués.  Mais  ses  propres  expressions 
sont  plus  énergiques  que  l'interprétation  qu'on  pourroit 
leur  donner. 

Potuisset  ista  seniper  efficacius, 
Humo  atquc  gente  cretus  in  Ligustide 
Proculus,  mclodis  insonare  pulsibus, 
Limans  faceta  quœque  sic  poëmata, 
Venctain  lacessat  ut  favoro  Mantuani  : 
Homericœquc  par  et  ipse  gloria;, 
Rotas  Maronis  artc  sectans  compari. 

C'étoit  vers  483  que  S.  Sidoine  parloit  ainsi  de  Pro- 
cule, qui  vivoit  encore,  comme  il  semble.  On  voit  et  par 
cet  endroit  de  S.  Sidoine  et  par  celui  de  S.  Ennode,  que 
Procule  avoit  laissé  diverses  poésies  de  sa  façon  ;  mais 
l'antiquité  ne  nous  en  a  rien  conservé. 


Y 


y  y  ij 


v   SIECLK. 


5W 


TONANCE    FERRÉOL, 

Phéiet  des  Gaui.es. 

si.i.s.t.i..i..7. p.     r  *  haute     réputation    de     sçavoir    et     d'éloquence    où 
«50.857.  Jj  a  ,'.i('.   Tenance   Ferréol  ,   lui  mérite  assurément    une 

place  dans  celle  Histoire.    Nous  la  lui  accordons   d'autant 
plus  volontiers  qu'on  lira  avec  plus  de  plaisir  l'éloge  d'un 
Seigneur,  qu'un' de  nos   Historiens  a  regardé  comme  la 
Marc.  insi.  t.  i.p.  tige  des   ancêtres  de  Charlemagne.  '  Tonancc  Ferréol   nâ- 
312-  quit;  comme  on  croit,  au  Château   de  Trevidon ,  que   l'on 

voit  encore  aujourd'hui  à  quatre  lieues  de  Millau  sur  la 
sM.car.ai.v.32.  petite  rivière  de  Trevczels,  '  dans  le  voisinage  du  Roùer- 
*s-  gue.  Son  Père,    nommé    Ferréol ,    «'toit  regardé    comme 

l'appui  et  le  soutien  des  Gaules,  dont  il   avoit  été  Préfet 
sous  l'Empereur  Houorius.  Sa  Mère,  qui  se   nommoit  Pa- 
pianille  ,    et  que  l'on  nous  présente  comme  la  gloire   et 
i.  i.en.7.p.«8.    l'honneur  de   son  sexe,  '    étoit  fille  du  Consul    Afranius 
Syagrius,  dont  nous  ayons  donné  l'éloge  sur  le  IV  siècle.  ' 
cw.  st.  ▼.  mm.  Ferréol  et  Papianille    viyoû'iit    encore   vers  409,  Sidoine 
depuis  Evoque  de  Clermont  qui  puhlia  vers  ce  même  temps 
le    recueil    de   ses    poésies ,     voulu!    qu'eux    et     le  docte 
Tonanee  leur  fils,  comme  il  le  qualifie  lui-môme,    fussent 
des  premiers  qui  eussent    communication   de  son  ouvrage. 
On    voit   par-là   que  la    naissance   de  Tonanee    Ferréol 
I.7.op.is.pi039.  ^t  des  plus  idustres  de  toutes  les  Gaules.  '  On  disoit  com- 
munément en    son  siècle  ,   que  les  Préfectures  ,  les  Patri- 
cials  ,   les    triomphes  de  sa  maison    pouvoient  se   compter 
par  le  nombre  de  ses  aïeux.  Mais  ce  qui  est  encore  un  plus 
grand    sujet    d'éloge ,    c'est  la  probité  et    l'intégrité    avec 
lesquelles  ils  avoient  tous  exercé  ces  premières  charges  de 
l'Empire, 
Ibi(1  '  Tonanee  Ferréol  ne  dégénéra  en  rien  de  la  gloire   de 

Ma,c.  ii.ni.  i>.  3i3.   ses  ancêtres.  '  11  éqousa,  à  ce  que  l'on  prétend ,  la  fille  de 
l'Empereur  Avile  ,    sœur  du  Comte  Ecdicc  et  de    Papia- 

i  C'est  l'opinion  Je  M.  du  Bouchot  dans  son  Histoire  de  la  véritable  origine  do  la  nui- 
son  de  Franco. 


TONANCE  FERREOL,  PREFET  DES  GAULES.     541 

V     SIECLE. 

nillc  femme  de   Sidoine,  '   qui   se   reconnoît  effectivement  sw.i.  2. 0p.9.p7 
son  allié;   et   après  avoir  donné  des  marques  de  son  raie  803- 
mérite,'  il  fut  élevé  comme  son  père  à  la  Préfecture  des  1. 7.  ep.iâ.p.1010. 
Gaules.  Il  en   faisoit  les   fonctions  en  450,   lors  "  qu'Attila  not' p" 1039- 
s'avança  jusqu'à  la  rivière  de  Loire,  et  alla  assiéger  Or- 
léans. Ce  fut  Ferréol  qui  porta  les  Gaulois  à  joindre  leurs 
forces   à  celles    d'Aëce    Général  de   la   Cavalerie    Romai- 
ne, pour  repousser   ensemble  cet  ennemi  commun.  Cette 
action    rendit    nôtre    Préfet    si   recommandable    dans    les 
Gaules,    qu'elles    le    reçurent    pour   leur    Préfet   avec    la 
même  joie,  que  s'il  eût  été  leur  propre  souverain,  et  qu'el- 
les le  regardèrent  dans  la  suite  comme  leur  libérateur. 

Les  Romains  mêmes  en  faisoient  une  estime  particu-  Marc.  itM. 
lierc,  et  se  servirent  de  lui  avec  beaucoup  de  succès  dans 
les  affaires  les  plus  difficiles,  où  ils  reconnurent  l'éten- 
due et  l'adresse  de  son  esprit.  '  Thorismond  Roi  des  Gots,  sid.  itmi. 
aïant  assiégé  la  Ville  d'Arles,  qui  tenoit  encore  pour  les 
Romains,  se  désista  de  son  entreprise  à  la  persuasion  de 
Ferréol,  qui  le  seul  gagner  par  la  douceur,  la  gravité  et 
la  subtilité  de  son  éloquence  :  expédient  inusité  qui  eut 
plus  de  succès,  s'écrie  S.  Sidoine  avec  admiration,  que 
la  présence  d'Aëce  avec  une  armée  entière  ! 

'Ce  fut    en  considération   et    de  son  liabililé  et  de  son  1. 1.  ep.  7.p.»e. 
éloquence,   que    les   Gaulois    le    députèrent  à    Rome   en  857' 
468,    avec    Thaumasle    et    Pétrone    deux    autres  sçavants 
hommes ,   contre    Arvande    autrefois    leur    Préfet,    accusé 
de  crime  de  Leze-Majesté,  et  de  péculat. 

Outre  le  Château    de   Trevidon,  '  Ferréol  avoit  encore  1. 2. «p. 9.  p. m. 
une  autre  belle  maison  de    campagne,   nommée    Prusiane,  895- 
entre  Nisme    et    Clermont  en  Auvergne,  '  sur  le  bord    de  p.  896. 
la  rivière  du  Gardon.  'La  description  que  S.  Sidoine  nous  p.  873-896. 
a   laissée,  de   la  manière  que  l'on  y  étoit  reçu  et  que  l'on 
y  passoit  le  temps,  ce  qu'il  sçavoit  par  lui-même,  fait  voir 
que  Ferréol  joignoit  une  extrême  politesse  à  un  grand  a- 
mour    pour   les   letres.    Entre  les  autres  commodités  que 
l'on  y  avoit  pratiquées,  pour  procurer  tous  les  agréments 
légitimes  à  ceux  qui  la  bantoient,  mais  qui   ne   sont  pas 
de  nôtre  sujet,  '  il  y  avoit  une  Bibliothèque  choisie  et  ran-  P.  893. 
gée  avec  tant  d'art,  qu'on  l'auroit  prise  pour  l'une  de  cel- 
les ou  de  ces  Musées  publics,  que  l'on   voïoit  autrefois  à 
Rome  et  à  Alexandrie,  ou  de  ces  Professeurs  qui  ensei- 


V   SIECLE. 


542  TONANCE   FERREOL, 


]>.  891. 


gnoient  les  belles  letres.  '  Nous  ne  répéterons  pas  ici  ce  que 
nous  avons  déjà  dit  ailleurs  plus  au  long,  de  cette  célèbre 
Bibliothèque,  et  de  l'arrangement  que  l'on  y  admiroit. 
Il  suffit  ne  dire,  que  chez  Ferréol  on  emploïoit  à  la  lecture 
une  partie  de  la   matinée  immédiatement  avant  le  dîner, 

p.  Ras.  '  et  que  durant  le   repas  on  s'entretenoit  de  discours  où 

l'érudition  étoit  toujours  mêlée  avec  la  gaieté. 

1.7. ep.  ii.  1038.      'Nous  avons  une  lelre  de  S.  Sidoine  à  Tonance  Fer- 

,041-  réol,    à  la   mémoire   duquel   elle  est   très-honorable.  Elle 

fut  écrite  vers  480.  C'est  la  12e  du  7e  livre,  dont  les  onze 

P)  1(M|.  précédentes  sont  adressées  à  des  Evêques.  '  S.  Sidoine  en 

usa  de  la  sorte  ,  croïant  faire  plus  d'honneur  à  Ferréol  de 
le  placer  ainsi  après  les  Evêques,  que  s'il  l'eût  mis  à  la  tê- 
te des  Sénateurs,  à  qui  s'adressent  plusieurs  letres  des  li- 

Tiii.  h.e.  t.  i6.p.  vres  précédents.       Ferréol   vivoit   encore  plus  de    25   ans 

565  après  qu'il  avoit  administré  la   Préfecture  dans   les  Gau- 

les :  ce  qui  nous  conduit  au-delà  de  l'an  485.  Il  pouvoit 
être  né  vers  420,  comme  le  fait  juger  l'époque  de  sa  Pré- 
fecture marquée  en  450  :  ainsi  il  étoit  plus  âgé  de  quel- 
ques années  que  S.  Sidoine  son  ami. 

s.  i.  9.  eP.  p.  p.         Vers  483,'  lorsque   S.   Sidoine  publia  le  dernier  livre 

«09.  nio.  (je  ses  ietres,  Ferréol  avoit  un  fils  nommé  Tonance.  C'é- 

toit  un  jeune  homme  de  mérite,  d'un  bon  goût  pour  les 
letres,  et  grand  ami  de  S.  Sidoine,  dont  il  aimoit  passio- 
némentles  poésies.  Ce  fut  pour  satisfaire  et  à  son  désir  et 

p.  iio9.  nu.  à  sa  demande,  '  que  le  Saint  lui  envoia  un  petit  Poëme 
qu'il  composa  exprès,  pour  s'exemler  de  n'en  plus  faire. 
11  y  joignit  celui  qu'il  avoit  fait  autrefois,  au  sujet  d'un  ou- 
vrage de  Pierre   Secrétaire  de  l'Empereur  Majorien,   avec 

p-  nio.  une  letre  qu'il  mit  à  la  tête  de  l'un  et  de  l'autre.  '  Tonance 

avoit  demandé  aussi  à  S.  Sidoine  de3   questions  pour  servir 
d'entretien  à    table  durant    le  repas,  comme  quelques  an- 
ciens en  avoient   composé.  Mais  le  Saint  se  contenta  de  le 
renvoïer  à  Apulée,  en  lui  conseillant  d'étudier  à  fond  cel-" 
les  qu'il  avoit  laissées,  comme  lui  étant  très-utiles  pour  se 

Mor.  t  P.  8oo.  2.  perfectionner  dans  la  science.  '  Ceux  qui  ont  travaillé  à 
la  nouvelle  édition  de  Moreri,  ont  confondu  Tonance 
Ferréol  le   père    avec  Tonance  son  fils,   et  n'en  ont  fait 

au'une  seule  personne.  Il  n'y  a  qu'à  lire  l'article  qu'en  ont 
ressé  ces  écrivains ,  pour  s'appercevoir   de    l'erreur.    Us 
font  naître  Tonantius  Ferréolus  en  450,  le  supposent  Pré- 


PRÉFET  DES  GAULES.  543     v  siècle. 


fet  des  Gaules  la  même  année,  à  laquelle  Attila  entra 
dans  les  Gaules,  et  l'envoient  à  Home  pour  l'affaire  d'Ar- 
vande  en  467,  lorsqu'il  n'auroit  eu  que  17  ans.  (XXIV.) 


CONSTANCE, 

Prêtre  de  l'Eglise  de  Lyon. 

8  i. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

'/constance  est  un    homme  célèbre   dans  l'Eglise,  tant  thi.h.e.  t.*.  p. 
\J  pour  sa  gravité  et  sa   science ,  que  pour  plusieurs  au-  480' 
très  grandes  qualités,   et  particulièrement  pour  son  exac- 
titude dans  l'histoire  Ecclésiastique.  '  On  croit  qu'il  étoit  •  t.  ie.  p.  «67. 
de  la  Ville  même  de  Lyon,  dont  il  fut  Prêtre  dans  la  sui- 
te des  temps.  '  S.  Isidore  de  Seville,  et  Vossius  après  lui,  le  isid.  scri.  c.  «.  p. 
qualifient  Evêque ;  mais  les  sçavants  ne  doutent  point  au-  5?t;5!«; 
jourd'hui,  que  ces  deux  auteurs  ne  se  soient  trompés  en 

cela.    Vossius  en  lui  donnant   le    nom    de  Constantin,  ne 
s'est  pas  moins  trompé. 

'  La  naissance   de  Constance  étoit  illustre  ;   et  il  paroît  Sid- 1-  '• 3-  eP-  *■ 
qu'on  lui  donna  et  pour   la  piété  et  pour  les   letres  une  P 
éducation  conforme  à  sa  noble  extraction.  '  il   devint  un  '•  ••*•«••  M*»- 
homme  d'un  excellent  conseil,  et  passa  pour  un  des  plus 
beaux    esprits  de   son   siècle.    Il   excelloit   tellement  pour 
l'éloquence,  que  quand  il  parloit  publiquement  sur    quel- 
que affaire,  il  remportoit  la  palme  sur  tous  les  autres.  '  Il  i-7»p«.p.io5i. 
étoit    continuellement   appliqué   à    la  lecture  des   Saintes 
Ecritures,  et   lisoit  quelquefois  les  autres  livres  par  simple 
divertissement.  '  Un  écrivain  moderne  suppose  néanmoins,  ,oli-éco1  pic. 3. 
que  Constance  enseigna  la  rhétorique  à  Lyon  :  ce  qui  l'au-  P 
roit  engagé   à   faire   une  étude   particulière  des    Auteurs    . 
profanes. 

Non  seulement  '   Constance   cultivoit  les    letres;    mais  w.  i.  «.•».«•  »■ 
il  chérissoit  encore  tous  ceux  qui  faisoient  profession  de  les 
cultiver.  Ce  fut  en  partie  ce  qui  l'unit  intimement  avec  S. 
Sidoine  Evêque  de  Clermont,  son  compatriote,  et  quelques 


„.,„..      544  CONSTANCE, 

V    SIECLE.  ' 


autres  sçavants ,   qui  soûmettoient    volontiers   leurs  écrits 

i.  7.  ep.  18. p. loso.  à  sa  censure.  '  Aussi  Constance  a1  oit-il  un  jugement  fin  et 
délicat ,  pour    n'approuver  que  ce  qui   méritoit   de   l'être. 

i.8.  ep. i6. p. io88.  Mais  '  il  ne  l'avoit  ni  moins  grave  ni  moins  solide  ;  et  les 
ouvrages  pleins   de  force   lui   plaisoient  davantage    qu'uni; 

i.  i.ep.  i.i.  7.  op.  élégance  efféminée.  '  Ce  fut  à  sa  prière  que  S.  Sidoine  dres- 

iokp'  837'  839'  sa  'e  recueil  des  sept  premiers  livres  de  ses  Ietres,  qu'il  lui 
dédia,  en  le  priant  de  vouloir  bien  les  retoucher  et  les  re- 

i.8.ep.ic.p.io88.  polir  :  ce  qu'il  ne  paroît  pas  qu'il  ait  fait.  '  S.  Sidoine  le 
choisit  encore  pour  lui  déférer  l'honneur  de  publier  le 
8e  livre  ,  qu'il  avoit  recueilli  à  la  prière  de  Pétrone,  afin 
de  le  joindre  aux  sept  aulres. 

i. a. op. îo. p. 837.  'Constance  se  mêloit  aussi  de  poésie,  et  l'on  voïoit  en 
son  siècle  des  vers  hexamètres  de  sa  façon,  dans  l'Eglise  que 
S.  Patient  avoit  fait  bâtir  à  Lyon,  près  de  la  rivière  de 
Saône.  S.  Sidoine  le  regardoit  lui  et  Secondai  autre  Poète 
de  ce  temps-là,  comme  si  habiles  dans  l'art  de  la  versifi- 
cation, qu'aïant  été  prié  aussi  bien  qu'eux,  de  faire  quel- 
que inscription  pour  orner  la  même  Eglise,  il  ne  l'exécuta 
qu'en  tremblant,  persuadé  que  ses  vers  n'éloient  pas  di- 
gnes d'entrer  en  paralelle,  avec  ceux  de  ces  deux  grands 
Poètes. 

i.3. en.  s.  p.  911.  A  toutes  ces  rares  qualités  '  Constance  joignoit  une  sa- 
gesse singulière,  pour  se  faire  tout  à  tous,  et  pour  accom- 
moder ses  discours,  tant  au  sujet  qu'il  traitoit,  qu'à  la 
{>ortée  de  ceux  qui  l'écouloient.  Il  étoit  caressant  avec 
es  enfants,  gai  avec  la  jeunesse,  grave  avec  les  vieil- 
lards, sensible  jusqu'aux  larmes  à  la  vûë  de  la  misère 
des  affligés,  mais  constant  et  ferme  pour  les  soutenir  dans 
leurs  aftlictions.  \\  se  servit  avec  succès  de  tous  ces  talents, 
en  faveur   des  affaires  des  Romains  dans  les   Gaules,   du- 

p.  9I1.9U.  rant   les  troubles  de  ce  V  siècle,  'et  sur-tout  à  l'avantage 

des  citoïens   de  Clermont  en   Auvergne.    S.    Sidoine   son 
ami,    qui  en   étoit   Evêque,  connoissant  le  don  particulier 

3u'il  avoit  pour  consoler  les  affligés,  et  réunir  les  esprits 
ivisés,  le  pria  de  faire  le  voïage  de  Clermont ,  pour 
consoler  et  réunir  son  peuple,  que  l'incendie  de  leur  Ville 
et  les  ravages  des  Visigots  avoient  dispersé.  Constance  fit 
le  voïage;  et  sa  présence  apporta  un  remède  salutaire  aux 
maux  de  l'Auvergne.  Il  ramena  le  peuple  dans  la  Ville, 
réconcilia  les  esprits,  leur  persuada  de  se  réunir  tous  pour 

leur 


PRÊTRE  DE   L'ÉGLISE   DE  LYON.     545     ,  .  . 

V   SIECLE. 

leur  commune  défense,  leur  inspira  un  nouveau  courage, 
et  les  porta  à  reparer  leurs  murailles  presque  ruinées.  'G'é-  m  ou.  p.  «67. 
toit  environ  l'hiver  de  473  :  'et  Constance  étoit  dès-lors  dans  sid.  ibw. 
un  âge  fort  avancé. 

'Cette  action  gagna  à  Constance  l'affection  publique  de  ou. 
toute  l'Auvergne;  et  lorsqu'il  fut  retourné  à  Lyon,  S.  Si- 
doine lui  écrivit  au  nom  de  son  peuple  une  letre  de  remer- 
ciment,  que  nous  avons  encore.  On  ne  peut  rien  ajouter 
au  caractère,  qu'il  y  fait  de  la  bonté  et  de  la  tendresse  de 
ce  saint  Piètre  pour  les  affligés ,  ni  donner  une  plus  haute 
idée  et  de  son  esprit  et  de  sa  conduite.  Quelque  temps 
après,  le  même  S.  Sidoine  lui  dédia  le  premier  livre  de 
ses  letres,  comme  nous  avons  déjà  dit.  'Le  P.  Sirmond  not.  p.  837. 
suppose  que  Constance  n'étoit  pas  encore  alors  revêtu  du 
Sacerdoce,  et  qu'il  ne  le  fut  que  dans  la  suite.  Mais  on 
ne  voit  point  sur  quoi  l'on  peut  fonder  cette  opinion.  Assu- 
rément ce  seroit  l'appuïer  sur  un  fondement  bien  rui- 
neux, que  de  l'établir  sur  ce  que  S.  Sidoine  ne  lui  donne 
pas  cette  qualité.  Car  il  ne  la  donne  point  non  plus  à  Ma- 
mert  Claudien ,  quoique  très-certainement  celui-ci  fût  Prê- 
tre, lorsque  le  même  Sidoine  lui  écrivit  vers  l'an  471. 

'Constance   s'étoit  rendu   respectable  à  tout  le    monde,  sw. î. i.ep.i.p. 
tant  par  la  lumière  et  la  sagesse  de  ses  conseils,  que  par  sa 
dignité  de  Prêtre.  S.  Sidoine  dont  les  écrits,  comme  nous 
venons    de  le  voir  ,    sont    remplis  de  justes   éloges  pour 
ce   grand  homme,  paroît  avoir  eu  pour  lui  un  respect  tout 
particulier.  '  S.  Rurice  Evêque  de  Limoges    lui  portoit  aussi  Rur.  î.  2.  «p.  a. 
beaucoup   de  vénération.  '  S.  Patient    Evêque  de  Lyon  ne  TW.  iMft.  p.  ses. 
faisoit  pas  moins  d'estime  de  sou  mérite.  L'on  en  peut  juger 
'par  l'ordre  qu'il  lui  réitéra  plusieurs  fois,  d'écrire  la  vie  de  sur.  31.  jui.  403 . 
S.  Germain  d'Auxerre.  '  On    croit    que  Constance  vécut  au  tui.  1. 15.  p.  7. 
moins  jusqu'en  488. 

S  H 
SES   ÉCRITS. 

L'  ouvrage  le    plus   connu  ,   comme  le   plus  considérable 
de  ceux  de  Constance,  '  est   la  vie  qu'il  nous  a  laissée  sur.3i.jui.p.*05. 
de  S.  Germain  Evêque  d'Auxerre.  Il  résista  quelque  temps 
aux  instances  de  S.  Patient,  qui  le  pressoit  de  l'écrire,  parce 
qu'il    s'en   jugeoit  incapable.  Mais    enlin   la  même  charité 

Tome  If.  Zzz 


V   SIECLE. 


5i6  CONSTANCE, 


qui  porloit  S.  Patient  à  rengager  à  ce  travail,  le  porta 
aussi  lui-môme  à  l'entreprendre.  Après  avoir  écrit  cette 
vie,  Constance  la  garda  quelque  temps,  jusqu'à  ce  que  Cen- 
surius  Evoque  d'Auxcrrc  en  aïant  entendu  parler,  l'obligea  de 
la  lui  envoïer  pour  la  donner  au  public, 
p.  «tt-4ïi.  'Nous  avons  cet  ouvrage   dans  Surius   au  31e  jour  de 

Juillet,  et  une  traduction  en  nôtre  langue  parmi  les  autres 
Tiii.  h.  e.  1. 15.  traductions  de  M.  d'Andilly.  '  On  le  divise  aujourd'hui  en 
p' 7-  deux   livres ,  à  quoi  l'on  ne  voit  nulle  nécessité,  quoiqu'il 

soit  assez  ample.  Eric  qui  en  a  pris  le  sujet  d'un  poème, 
Sur.  ibij.  p.  *27.  n'en  compte  qu'un  livre  ;  '  et  Constance  même  reconnoit 
"'  î5'  qu'il  a  omis  beaucoup  de  choses,  qu'il  pouvoit  dire  du  Saint, 

i>.  4o.-».  de  peur  que  son  ouvrage  ne  parût  trop  long.  '  A  la   tête 

se  lisent  deux  lelres  de  l'Auteur,  l'une  à  S.  Patient  Evo- 
que de  Lyon ,  aux  sollicitations  duquel  il  avoit  entrepris 
d'écrire  cette  vie ,  et  l'autre  à  Censurais  d'Auxerre ,  qui 
la  fit  mettre  au  jour  après  qu'elle  fut  finie.  Constance  dans 
ces  deux  letres,  et  dans  la  petite  préface  qui  les  suit,  donne 
beaucoup  de  marques  et  de  sa  modestie  et  de  son  humi- 
lité ,  n'y  prenant  point  d'autre  qualité  que  celle  de  pé- 
cheur, 
ibiu.  '  11  témoigne   qu'il  y  avoit    déjà  si  long-temps    que  les 

choses  s'étoient  passées,  qu'il  ciaignoil  de  n'en  avoir  pas 
une  entière  connoisssanec.  Il  n'y  avoit  cependant  tout  au 
plus  que  32  ans,  que  S.  Germain  éloit  mort,  lorsque  Con- 
stance mit  la  main  à  la  plume  pour  l'exécution  de  cet 
ouvrage.  D'autres  en  comptent  40;  mais  en  ce  cas  il  fau- 
dra étendre  le  terme  de  celte  époque,  jusqu'au  temps  que 
l'ouvrage  fut  mis^  au  jour  ,  et  ne  le  pas  fixer  au  temps 
qu'il  fut  composé'.  Car  il  est  certain  que  Constance  y  mit 
la  main  du  vivant  de  S.  Patient,  qui  ne  paroît  pas  avoir 
vécu  au-delà  de  l'an  480.  La  mort  de  ce  Prélat  arrivée 
vers  ce  temps-là,  fut  apparemment  cause  que  Constance, 
qui  marque  avoir  eu  tant  de  répugnance  pour  écrire,  tint 
caché  son  ouvrage  déjà  fini  ;  ce  que  Censurais  aïant  ap- 
pris dans  la  suite,  l'engagea  à  le  publier  vers  488,  49  ans 
après  la  mort  de  S.  Germain,  et  peu  de  temps  avant 
celle  de  l'auteur. 
Mi.3i.jui.Tab.  'Constance  paroît  à  quelques  Ecrivains  avoir  un  peu  am- 
plifié les  miracles  qu'il  rapporte,  et  avoir  transposé  quel- 
ques faits  contre  l'ordre    des   temps.   Mais   outre  que  les 


PRETRE    DE  L'EGLISE   DE  LYON.  547     v<lIKriP 


endroits  où  cela  lui  est  arrivé,  sont  de  peu  d'importance, 
on  remarque  qu'il  est  exact  dans  le  reste,  et  qu'il  rè- 
gne dans  tout  son  ouvrage  un  caractère  de  sincérité,  qui  le  met 
à  couvert  de  toute  suspicion. 

Assurément  '  c'est  un  avantage  particulier  pour  S.  Ger-  thi.  ùm.  p.  6. 
main,  d'avoir  eu  pour  écrivain  de  sa  vie,  un  auteur  aussi 
célèbre  que  le   Prêtre  Constance,  dont   la  pieté,   le  sça- 
voir  ,  et  l'éloquence  ont  reçu  les  grands  éloges ,  que  nous 
avons  marqués  en  partie.  'Cet  ouvrage  de  Conslance   est  p-7- 
généralement  estimé  de   tout  le  monde;  et  les  plus  habi- 
les s'y  arrêtent  avec  justice ,  comme  à  une  autorité  incon- 
testable. '  L'ancien  auteur  de  la  vie  de  sainte  Geneviève ,  p-  6. 
le  Prêtre  Etienne ,  qui  a  fait  celle  de  S.  Amateur,  [le  vé- 
nérable Bede  ,  et  d'autres  écrivains  en   ont  tiré    diverses 
choses  presque  de  mot  à  mot. 

'S.  Aunaire  autre  Evêque  d'Auxerre  avoit  prié  ce  même  p-  7- 
Etienne  ,  de  mettre  en  vers  cette  vie  de  S.  Germain  par 
Constance.   Mais    s'il  l'a   exécuté ,  son   ouvrage  n'a   point 
encore  paru.   '  Il  ne  se  trouvoit    point  non  plus  dès  le  IX  Huit.  îiïst.occ.t.s. 
siècle.  Ce  fut  pour  cela  que  sous  Charles  le  Chauve,  Lo-  p" 
thaire  Abbé  de  S.  Germain   d'Auxerre  pressa  Eric  Moine 
du  même  monastère,  d'exécuter  ce  dessein.'  Eric  satisfit  à  U*.»«.  Mb.  t, 
la  prière  de  son   Abbé  ;  et   nous  avons  encore  son  poëme    ' p' 
que  le  P.  Labbe  nous  a  donné  dans  sa   bibliothèque  des 
manuscrits. 

'M.  de  Tillemont  croit  que  le  Prêtre  Constance,  est  aussi  thi.  t.  8.  p.  5*6. 
auteur  de  la  vie   de  S.   Just  Evêque  de  Lyon ,   mort  vers 
l'an  390.  '  Surius  nous  l'a  donnée  dans  son  recueil  au  2e  Sur.a.sep.p.6-8. 
jour  de  Septembre,  après  en  avoir  changé  un  peu  le  style, 
comme  il  l'avoue   lui-même.  '  Cette  vie  à  la   vérité  con-  tui.  u>ia. 
tient  plus  d'éloges  généraux,  que  de  faits  particuliers,  com- 
me étant  écrite  long-temps  après   la  mort  du  Saint.  Mais 
le   style  en  est  grave ,  saint,  majestueux,  plein  d'élégance, 
en  un  mot  digne  de  ce  célèbre  Prêtre  de  Lyon  ;  et  le  peu 
de  faits  que  contient  la  pièce,  suppose  son  auteur  assez  bien 
instruit  de  l'histoire  de  cette  Eglise. 

Constance  'déclare   qu'il    composa   cette  vie  à  force  de  sur.  ibid.  p.  c. 
sollicitations ,  à  peu  près  comme  nous  avons  déjà  vu  qu'il 
avoit   écrit   celle  de  S.    Germain  'd'Auxerre.   D'abord  il  y 
fait  voir  que  si  S.  Just  n'a  pas  remporté  la  palme  du  mar- 
tyre, en  versant  son  sang  pour  J.  C.  il  n'a  pas  laissé  d'imi- 

Z  z  z  y  ij 


r)18C0NSTANCE,  PKETKE  DE  L'EG.  DE  LYON. 

V    SIECLE. 


ter  en  quelque  sorte  les  martyrs,  et  d'en  mériter  le  nom  ; 
parce  que  la  longue  pénitence  qu'il  a  pratiquée,  et  le  mé- 
pris qu'il  a  fait  de  son  corps,  font  aussi  bien  des  Martyrs, 
que  le  renoncement  aux  idoles,  et  l'effusion  de  son  sang 

iuii.  2.  sept.  tab.  pour   la  foi.  'M.   Daillet  attribue  cette  vie  à   un  anonyme 

cm.  n.  3.  ju    yj    sjccie;    convenant    néanmoins    qu'elle   a    quelque 

chose  d'assez  beau,  et  qu'elle  marque  que  son  auteur  sça- 
voit  écrire.  Il  pouvoit  ajouter ,  et  beaucoup  mieux  que 
l'on   ne    faisoit    ordinairement    au    VI   siècle    de  l'Eglise. 

Lenn. p. 316-319.  '  Cette  vie  se  trouve  aussi  dans  le  recueil  de  Barrali ,  qui 
paroît  l'avoir  tirée  de  Surius,  quoiqu'il  n'en  dise  rien. 

Tin.  ibid.  'On  voit  qu'elle  a  été  suivie  par  Adon,  Florus  et  d'au- 

tres auteurs  de  martyrologes.  M.  le  Maître  l'a  même  ju- 
gée si  édifiante  et  si  belle  ,  qu'il  a  cru  qu'elle  méritoit 
d'être  traduite  toute  entière  en  nôtre  langue  ,  parmi  les 
autres  vies  des  Pères  du  désert.  Il  y  a  bien  de  l'apparence 
que  l'épitaphe  du  même  S.  Just,  que  nous  avons  rapportée 
à  la  fin  de  son  éloge,  est  encore  de  la  façon  du  Prêtre  Con- 
stance (XXIV). 


ARBOGASTE  ou  ARVOGASTE , 

Evkqie  de  Chartres. 

sid.  s.  i.  *.  op.  i7.    t  es  éloges   que  S.  Sidoine  a  donnés  à  Arbogaste ,  pour 

p.  9ô2.  'l_jle  soin  qu'il  prenoit   de    cultiver   les    letres    au  milieu 

des  barbares ,   ne  permettent  pas  que  nous  l'oublions  dans 

Duchés,  t.  î.p.    cet   ouvrage   de    Jiterature.   '  Arbogasfe    avoit   les  titres   de 

86*-  Comte  et  de  Gouverneur  de  la   Mile   de  Trêves,   et  fleu- 

rissoit   après  le  milieu  et  avant  la  fin  de  ce  V  siècle.  Il 

ibid.  |Amb.  vit. n.  étoit   dès-lors    Chrétien,   'et   descendoit  d'un    autre    Arbo- 

l0^*"™1'  Cl'r'  gastei  Q,u'  fut   cr^°  Comte  par  l'Empereur    Valentinien  le 

jeune,  et  qui  devint  fameux  et  par  sa  valeur   et  par  son 

ambition  sous  Théodose  I. 

Du  ci.es.  ibid.  '  Arige  père  de  celui  qui  fait  le  sujet  de  cet  article  ,  et 

sa  mère  qui  vivoit   encore ,    s'étoient  acquis   beaucoup  de 

réputation    Leur  fils  s'en  fit  une  semblable,  si  même  il  ne 

les  surpassa  en  cela.   N'élant  encore   que  Laïc,  il  avoit  Je 

mérite   et  les   qualités  d'un    Prélat.    Il    étoit  juste,  sobre, 


ARBOGASTE,  EVÊQUE  DE  CHARTRES.        549     f  glECLE 

chaste,  illustre  en    toutes    sortes   de   bonnes    qualités,    et 

gouvernoit   la  Ville    de  Trêves  avec   une  grande   sagesse. 

Il  avoit  de  la   bonté  et  de    la  politesse,  et  faisoit  paroître 

une  ame  élevée  au-dessus  des  grandeurs  du  siècle.  '  Il  avoit  sid.  iwd.  p.  gxs. 

même  de  l'éloquence;  et  semblable  à  César,  et  à  ces  au-  953- 

très  Capitaines  Romains,  qui   sçavoient  manier  également 

la  plume   et  l'épée,  il   conservoit   la  pureté  de  la   langue 

Latine  au  milieu  des  barbares  du  Rhein,  c'est-à-dire   des 

Francs  qui  dominoient  en  ce  pais-là. 

'  S.  Auspice  Evêque  de  Toul,  qui  l'avoit  connu  dans  sa  Du  ches.  ïwa.  p. 
Ville  épiscopale,  ce  qu'il  estimoit  comme   une  faveur,  lui  863- 
écrivit  quelque  temps   après  une  lelre  en  vers,  que   nous 
avons  encore.    Il  y  donne   à   ce  Comte  divers  avis  salu- 
taires, et  l'exhorte  sur-tout  à  faire  l'aumône,  et  à  se  pré- 
parer à  l'Episcopat,  qu'il  dit  lui  être  destiné.  Vers  le  mê- 
me temps,  ou  peu  après,  '  Arbogaste  écrivit  lui-même  à  S.  sid.  ibid.p.953. 
Sidoine  dès-lors    Evêque,  pour  lui  demander  quelque  ex- 
plication sur   les  livres  sacrés,  dont   la  lecture  faisoit  les 
délices  d'Arbogaste. 

'  S.  Sidoine  y  répondit  par  la  17e  letre  de  son  4e  livre,  P.  952. 
aussi  honorable  à  la  mémoire  d'Arbogaste,  pour  le  soin 
qu'il  prenoit  de  cultiver  les  letres,  que  le  poëme  de  S. 
Auspice,  pour  les  autres  grandes  qualités  que  l'on  admi- 
roit  en  ce  Comte.  D'abord  S.  Sidoine  marque  trois  avan- 
tages principaux,  qui  relevoient  le  mérite  de  ses  letres  : 
la  charité  qui  le  portoit  à  aller  chercher  une  personne, 
aussi  éloignée  qu'il  étoit  de  Trêves  ;  la  modestie  qui  en 
lui  inspirant  une  crainte  qu'il  ne  devoit  pas  avoir,  suffi- 
soit  pour  faire  son  éloge;  enfin  une  politesse  qui  lui  fai- 
soit dire  d'une  manière  aussi  agréable  qu'élégante,  qu'il 
ne  regardoit  ses  propres  letres  que  comme  des  inepties. 
'  Ensuite  S.  Sidoine  le  congratule  de  ce  qu'au  moins  il  p.  953. 
se  trouvoit  une  personne  de  son  rang,  qui  retenoit  quel- 
que teinture  de  l'ancienne  literature,  et  qui  tandis  qu'on 
voïoit  la  langue  Latine  éteinte  dans  la  Belgique,  en  con- 
servoit toute  la  beauté,  qu'elle  faisoit  paroître  dans  ses 
discours  familiers,  comme  dans  ceux  qu'elle  prononçoit 
en  public.  Il  ajoute  que  si  Arbogaste  prenoit  soin  de  la 
cultiver  par  une  lecture  assidue,  il  verroit  qu'il  y  a  au- 
tant de  différence  entre  un  sçavant  et  un  ignorant,  qu'il 
y  en  a  entre  un  homme  et  une  bête.  Du  reste  il  le  ren- 
:<  s 


V  SIECLE. 


550    ARBOGASTE,  EVÊQUE  DE  CHARTRES. 


voie  ou  à  S.  Loup  de  Troïes,  ou  à  S.  Auspice  de  Toul, 
pour  avoir  les  instructions  qu'il  lui  demandoit. 
mi.  h.e.  t.i6.p.  'On  croit  avec  raison,  comme  l'on  en  peut  juger  par  ce 
T«'t.  sap.«i  que  nous  en  venons  de  dire,  que  cet  Arbogaste  est  l'E- 
vêque  de  ce  nom,  qui  gouverna  l'Eglise  de  Chartres  sur  la 
fin  de  ce  V  siècle.  Il  put  être  élevé  à  l'Episcopat  vers  473, 
ou  474,  mais  non  guéres  plutôt.  C'est  ce  que  prouve  la 
letre  de  S.  Sidoine,  qui  lui  est  adressée.  Car  Arbogaste  n'é- 
toit  point  encore  revêtu  de  cette  dignité,  lorsque  S.  Si- 
doine la  lui  écrivit  ;  et  il  ne  le  fit,  que  lorsqu'il  étoit  déjà 
Evêque  lui-même,  ce  qui  n'arriva  qu'en  471.  Il  faut  mê- 
me qu'il  eût  passé  des-lors  quelque  temps  dans  l'Episco- 
pat, pour  que  sa  réputation  fût  allée  jusqu'à  Trêves,  et 
eût  porté  Arbogaste  à  s'adresser  à  lui,  pour  lui  demander 
des  instructions. 


S.    APOLLINAIRE    SIDOINE, 

Evêque  de  Clermont  en  Auvergne. 

s  i. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Sid.ear.  9.  p.H5.    '/~1    AÏUS       SoLLIUS       APOLLINARIS       SlDONlUS  ,       h       qui 

■? i.  «ms.  H  £r*  ^  quelques  manuscrits  donnent  encore  le  nom  de  Mo- 
I,nrs'%P,?37p|  destus,  qu'ils  placent  avant  Apollinaris,  étoit*  issu  d'une 
2.  n".  21.  p*  W/  '  famille  très-illustre,  et  des  premiers  Sénateurs  des  Gau- 
sid.  1. 1.  ep.  3. p.  les.  '  Il  comptait  parmi  ses  ancêtres  des  Préfets  de  Rome 
21  •  et  du  Prétoire,  des   Maîtres   des  Offices,  et   des    Généraux 

.  3.  ep.  îî.  i.  s.  d'armée,  '  Son  aïeul  Apollinaire,  homme  de  probité  et  de 
cP.  9.  p.  207. 3«.  vertu,  et  le  premier  Chrétien  de  sa  famille,  exerça  la  Pré- 
fecture au  commencement  de  ce  V  siècle  sous  le  tyran 
Constantin,  après  avoir  vu  la  même  dignité  sur  la  tête 
1.5.  ep.9. p.  340.  de  son  père.'  Son  fils  père  de  nôtre  Saint,  qui  ne  le  nom- 
311  •  me  nulle  part,  fut  Tribun,  et  Secrétaire  d'Etat  sous  l'Em- 

pereur Honorius,  puis  Préfet  des  Gaules  sous  Valenti- 
Tiii.H.E.  t.  le.  nien  III'  en  448  ou  449.  On  ne  marque  point  le  nom  de 
f'sîaf'i.  3  ep.  i.  la  mère  de   S.  Sidoine.  •   Elle  étoit    fort   proche   parente 

p.  179.  |TiH.  ib.' 


S.  SIDOINE,  EVÊQUE  DE  CLERMONT.        551     wmammMm 


de  la  mère   d'un   Avite,  que  l'on  croit  avoir  été  l'Empe- 
reur de  ce  nom. 

'  S.  Sidoine  naquit   le   5e  jour   de   Novembre  vers  l'an  sid.  ear.  P.  so. 
430,"  dans  la  Ville  de  Lyon,  quoique   ses    ancêtres   pus-  \f.  \yxèp*  5ars. P. 
sent    être   d'Auvergne.    Il  reçut    une    éducation    conforme  ^^J^Ynsw'.p. 
à  sa  naissance  ; b  et  si-tôt  qu'il  fut  en  âge,  il  s'appliqua  à  «69- 
l'étude  des  letres  et  des  sciences. c  II  eut  pour  maître  dans  "Vi«aSir- 
la  poésie  le  Poète  Hoëne, d  et  ce  semble  aussi  Victor  au-  \  ££ ,'  *  ^^ 
tre  habile  Poëte,  qui  fut  Questeur  sous  Antheme.  e  II  étu-  »i.  *.«p,i.p.23o. 
dia  la  philosophie  sous  Eusebe,  dont  il  loue  beaucoup  la 
science  et  la  sagesse.  Ce  fut  peut-être  du  même  qu'il'  ap-  >•  car"-  p-  »**• 
prit   l'arithmétique,    la    musique,    et  l'astrologie,  qu'il    dit 
être  des    parties  essentielles   de   la  philosophie.  '  Enfin    il  i.  *•  ep.  i.  p. 
étudia    généralement    toutes    les    sciences    qui    dépendent 
des  letres  '  et  prit  une  assez  grande  connoissance  du  Grec,  '  s.ep.  3l  p.  485. 
pour  être  en  état  de  le  traduire  en  Latin.  'Mais  il  fit  sur-  ».  ep.  ai.  P. 
tout  ses  délices  de  la  poésie,  qu'il  aima  dès  l'enfance,  "  et  .  i.'s.ep.4.p.49i. 
qu'il  cultiva  beaucoup  jusqu'à    un    âge   avancé.  '  Il  avoit  vu.  &  sav. 
tant  de  facilité  à  y  réussir,  que  souvent  il  faisoit  des  vers 
sur  le  champ,  et  de  toutes  les  sortes.  Il  nous  en  reste  en- 
core plusieurs,  qu'il  fit  ainsi  sans  préméditation.'  Il  n'avoit  ér.  t.  y*,  fr.  î. 
pas  moins  de  facilité  à  parler  éloquemment  en  prose  :  de    ' 
sorte  que  sans  se  préparer,  il  faisoit  souvent  des   discours 
polis  et  achevés,  sur  tous  les  sujets  qui  se  présentoient. 

'Entre  les  personnes  avec  qui  il  avoit  été  élevé  dans  ses  sid.i.3.ep.t.iTj. 
premières  années ,  ou    avec  qui  il  avoit   étudié ,    il    nom- 
me Avite  son  cousin  par  les  femmes,  et  de  même  âge  que 
lui  ;  '  Probe  qui  épousa  depuis  sa  cousine  germaine,  mais  i.  +•  «p.  p.  s». 
qui  étoit  plus  avancé  que  lui   dans    ses    études  ;  '   Faustin  ep-  *•  p-  **8. 
plus  âgé  que  lui,  qui  étoit   aussi  d'une  naissance  illustre, 
et  qui  depuis  fut  fait  Evêque  ;  '  Aquilin  son  compatriote  de  i-  s.  ep.  9.  p.  340. 
même  âge  que  lui,  et  uni    avec   lui   par  une  amitié,  qui  Mt" 
continuoit  entre    leurs  familles    depuis   plusieurs  généra- 
tions. 

'  Sidoine  après  s'être  suffisamment  formé  dans  l'étude,  ra.  ibid.  p.  198. 
'  songea  à  s'avancer  dans  les  dignités;  il  ne  fit  pas  moins  sid.i.i.ep.3.p.ai. 
paroître  d'ambition  pour  y  arriver,  qu'il  avoit  montré  d'é- 
mulation pour  se  perfectionner  dans   les  sciences.  '    Sava-  Sid.  vit.  à  sav, 
ron  veut  qu'il  ait  fait  d'abord  profession  des  armes;  mais 
il  y  a  plus  d'apparence  qu'il  suivit  le  barreau.  '  Avant  que  1.  i.«p.  a.  p.  *i. 
d'entrer  dans  lès  charges,  Sidoine  épousa  Papianille  '  fille  car.  *3.  v.  430. 


V  SIECLE. 


552  S.  SIDOINE, 

ep  3  p  2,  '  d'Avite,  qui  fut  depuis  Empereur  en  455.  '  et  sœur  d'Ec- 
i.s.ap.i*.  p.  162.  dice  et'  d'Agricole,  dont  le  premier  est  célèbre  dans  l'his- 
ep.  s.  p.  ioo-«>+.  toire.  '  Ce  mariage  lui  apporta  la  terre  d'Avitac  en  Au- 
vergne, dont  il  fait  un  grand  éloge  dans  une  de  ses  letres, 
et  qu'il  aimoit  particulièrement,  parce  qu'elle  étoit  du  pa- 
Tiii.  ibid.  p.  i98.  trimoine  de  sa  femme.  '  Il  eut  au  moins  quatre  enfants  de 
sid.'i.s.ep.o  p.34!.  Papianille,  '  un  garçon  nommé  Apollinaire,  '  et  trois  fil- 
*  '«'«w  'es  :  Sévérienne  qu'il  élevoit  chez  lui,  Roscie  dont  il  con- 
kP<ir.  T.PhisÛFr.i'.  fia  le  soin  aux  tantes  paternelles  de  cet  enfant;  b  et  Al- 
3.  c.  2. 12.  chime,    ou    Alcime ,    dont    parle   S.    Grégoire    de    Tours, 

sir.  in  sid.  p.  923.  'Apollinaire  épousa  une  Placidine,  qui   donna   à  son  ma- 
924-  ri  un  fils  nommé  Arcade.  De  cet  Arcade  vint  une  fille  de 

même  nom  que  sa  grand'mere,  qui  fut  donnée  en  ma- 
Fort.  î.  î.c  14-  riage  à  Léonce  II,  depuis  Evêque  de  Bourdeaux,'   comme 

le  dit  Fortunat  au  premier  livre  de  ses  poésies. 
Tm.ibid.  p.  2ooi       '  Avite  aïant  été  déclaré  Auguste  le  10e  de  Juillet  455, 
Sir.mSid.p.n9i.  &jja  enslJute   £   Rome.  S.  Sidoine  l'y  suivit,  et  y  prononça 

son  panégyrique  en  vers,  en  présence  du  Sénat  et  du  peu- 
ple Romain,  le   premier  jour  de  l'année  suivante,  auquel 
sid.i.9.ep.i6.p.     ce  Prince  commençoit    son  Consulat.  '  Cette  pièce  fut  fort 
612 1  car.8.v.7-i  .  appXau<jie  •  mais   son   auteur  n'en  tira  point  d'autre  fruit, 
Tin.  ibid.  que  le  vain  honneur  d'une  statue  d'airain.  '  Le  règne  d'A- 

vite fut  de  très-peu  de  durée,  n'étant  pas  allé  au  bout  de 
ibid.  i  sid.  car.  4.  l'année  456.'  Sidoine  prit  les  armes,  ou  pour  défendre  son 
v1113"  beau-pere,  ou   pour  le   venger.    Mais  il  fut  obligé  de  cé- 

der, et  de  recourir  à  la  bonté  de  Majorien  successeur  d'A- 
vite,   qui   le   reçut  fort  bien,  et  lui    accorda   entièrement 
Tiii.ibid.isid.car.  sa  grâce.  '  De  sorte  que  quand  ce  Prince  alla  à  Lyon  sur 
s.  v.  574-585.       j&  |jn  ^g  }'an   45^   Sidoine  y   prononça  son  panégyrique 
aussi   en  vers,    et  prit  même  la    liberté   de   lui   demander 
quelques  effets  de  sa  libéralité,  en    faveur  de  la  Ville  de 
Lyon  sa  patrie, 
sid.  vit.  à  sav.         '  Majorien  aïant   reconnu   le  mérite  de   Sidoine,    ne    se 
contenta  pas   de  lui  accorder  ses  demandes,  il  voulut   en- 
core le  mettre  au. nombre  de  ses  amis.   Ce  fut  ce  Prince, 
plutôt  qu'Antheme  qui  ne  régna  qu'après  Sévère,  en  467, 
Tiu.  ibid.  p.  201.  qui  éleva  Sidoine   à   la  dignité   de  Comte,  dont  '  il   étoit 
a04'  revêtu  dès  461.  Il  exerçoit  même   quelques  autres  emplois 

à  la  Cour  sous  Majorien,  et  s'en  acquittoit  parfaitement, 
sid.  vit.  ibid.        '  Mais  il  paroît  qu'il  passa  tout  le  temps  du  règne  de  Sé- 
vère, dans  sa  belle  maison  d'Avitac,    uniquement  occupé 

da 


EVÊQUE  DE  CLERMONT.  553 

V    SIECLE. 

de  l'étude  des   belles   letres,  des  ses  affaires   domestiques ,  

et  du  soin  de  recevoir  et  de  visiter  ses    amis.  '  En  décri-  ,  2.cp.9.P.i39.  i 
vant  de  quelle  manière    il   passoit    le  temps  avec   eux  ,  il  car.  23.  v.  «9. 
marque   la    paume  f  les  dez ,  les  livres ,  l'entretien ,  le  dî- 
ner après  onze  heures,  ample,  mais  de  peu  de  plats  à  la 
mode  des  Sénateurs,  la  méridienne ,  la  promenade  à  che- 
val, le  bain  et  le  souper. 

'Antheme  étant  parvenu    à  l'Empire  l'an    467,  a  man-  Tiu     ^ 
da  à  Sidoine   qui    étoit   alors  à  Lyon,    de  l'aller    trouver  «sm.  i.  i.ep.s.p. 
à  Rome.  Sidoine  s'y  rendit,  '  chargé  de  faire  quelques  de-     '  9      ^ 
mandes  au  nom  de  l'Auvergne.  Il  y  fit  encore  en  vers  le 
panégyrique    de   cet  Empereur,    en  présence  de  qui    il  le 
prononça  le  premier  jour  de  Janvier  de    l'année    suivante 
468.  Rasile  son  ami ,  qui  avoit  beaucoup  de  crédit  auprès 
d'Antheme,  et  qui  avoit  procuré  à   Sidoine  une    audience 
favorable    pour  prononcer  le    panégyrique  de   ce  Prince  , 
lui  en  obtint  encore  '  la  charge  de  chef  du  Sénat  de  Ro-  ,bi(1  ,  9       16 
me ,  et  de   Préfet  de   la  Ville.  Il    paroît  que    cette   digni-  p  6'3.' 
té ,  '  qui  avoit   les  mêmes  privilèges  que    celle   de    Préfet  Til,      210 
du  Prétoire,'  flattoit  agréablement  l'ambition    de    Sidoine.  c..  . .    ' 
Au  bout  de  quelque  temps,  Antheme a  le  fit  aussi  Patrice;  66. 
après  quoi  il  ne  lui  manquoit  plus  que  le   Consulat  pour  "  '•5cp-6i1-357 
arriver  aux  plus    hautes  dignités,   auxquelles   les   particu- 
liers pouvoient  alors  aspirer. 

'  Sidoine  ainsi  élevé  à  tous  les  honneurs  de  la  robe,  étoit  sPic.  t.  5.  p.579. 
regardé  dans  Rome  comme  le    maître  de   tous  les  autres. 
'  Tous  plioient  sous  son    autorité ,   et  en    recevoient    com-  p.  »8o. 
me  de  l'oracle  de  leur  Prince,  les  ordres  de  leur  conduite 
dans   l'administration  civile ,    de    même    qu'ils    recevoient 
de  son  éloquence    les  règles,   pour  s'exprimer    d'une   ma- 
nière noble  et  élevée.  Mais  ce  qui  est  encore  plus  glorieux 
pour  Sidoine   que  tous  ces  honneurs ,  '  c'est  qu'il  sçut  s'en  _  679 
acquitter  d'une  manière  digne  et  de  l'estime  et  des  éloges 
des  Saints  même  de    son  temps.    Ce  fut  après  son  retour 
dans  les  Gaules'  que  Mamert  Claudien  ,   dont  nous  avons  c,  Mdean  pr 
parlé,  lui  dédia  vers  470  ou  471  son  ouvrage  sur  la  na-  p-  1045-  *• 
ture  de  l'ame.  Sidoine  le  lui  aïant  fait  entreprendre  ,  l'o- 
bligea depuis  de   le    donner  au  public.  Dans    le  titre  de 
l'épitre   dédicatoire,    qui    sert   de  préface  à    cet  ouvrage , 
Claudien  qualifie  Sidoine  Patrice,  ancien  préfet,  un   hom- 
me très-docte,  et  très-excellent;'  et  dans  le  corps  de  l'ou-  i.i.«.».».'ielM. 
Tome  II.  A  a  a  a 


V    SIECLE. 


554  S.  SIDOINE 


vrage  il  le  nomme  son  très-cher  frère. 

On  voit  par-là   que  S.  Sidoine    n'étoit  pas  encore  Evè- 
Tiii.  ibid.  p.  2i7.  que.  '  Mais  sur  la  fin  de  l'an  471  au  plus-tard  il  passa  de 
1  état  séculier  et  des  premières  charges  de  la  Cour,  à  l'hu- 
milité et  à  la  Sainteté   de   l'Episcopat,  comme   il  dit  lui- 
sid.  i.  3.  eP.  i.p.  même,  '  et  fut  contraint  de  se    charger  de  la  conduite  de 
î'xùi.  l'Eglise  de  Clermont,.  "  dont  le    diocèse    comprenoit  alors 

toute  l'Auvergne.  Le  premier  soin  de  S.  Sidoine,  lorsqu'il 
se  vit  Evêque,  fut  de  se  purifier  comme  le  publicain  par 
une  humilité  profonde,  et  par  la  confusion  de  se  voir  éle- 
vé à  un  état  si  Saint,  après  avoir  mené  une  vie  qui  ré- 
Jjondoit  si  peu  à  la  Sainteté  de  cet  état.  Plusieurs  de  ses 
êtres,  et  presque  toutes  celles  qu'il  écrivit  depuis  qu'il  fut 
Evêque ,  sont  remplies  des  marques  de  cette  humilité  sa- 
lutaire, par  laquelle  il  se  rabaissoit  autant  à  ses  yeux,  qu'il 
avoit  désiré  auparavant  de  s'élever  aux  yeux  du  monde, 
sii.  i.9.  ep.a.p.  'Ce  fut  par  un  principe  de  cette  humilité,  qu'il  refusa 
5M'  à  S.  Euphrone   d'Autun  de  travailler   à  quelque   ouvrage 

sur  une    matière    ecclésiastique;  se  jugeant    incapable  de 
.  4.  eP.  22.  l'éxecuter,  et  coupable  d'arrogance  s'il  l'entreprenoit.  '  La 

même    raison   le  porta  à  s'excuser  d'écrire  sur  l'histoire , 
comme  Léon  ministre  d'Euric  Hoi  des  Visigots,  tâchoit  de 
i.  9.  ep.  i2.         le  lui  persuader.  '  Il  renonça  aussi  à  la  poésie  par  le  même 
ep.  i6.  principe,'  et  avoit  même  honte  de  penser  à  tant  de  vers 

qu'il  avoit  faits  autrefois  ,    et  dont  il  eût  voulu   abolir  et 
supprimer  la  plus  grande  partie.    Seulement  il  se  réserva 
Tiii. ibid. p. 220.     d'en    faire   quelquefois  en   l'honneur  des  SS.  Martyrs;' et 
s'il  en  a  fait    d'autres  étant  Evêque,  ce  n'a  été  que  dans 
sid.  î.  9.  ep.  i3.     quelques  occasions  fort  rares.  '  11  se  contenta  de  travailler 
ep.  i6.  en  prose  ,  '  et  de  composer  des  letres.  "  Il  tâchoit  même  de 

«i. 4.  cp.  3.         changer  peu  à  peu  son  style,  et  de  s'en  former  un  autre 
«p.  io.  plus  conforme  à  sa  profession,  '  c'est-à-dire  moins  étudié, 

et  plus  approchant  de  la  manière  dont  on  parloit  commu- 
nément. 

En  un  mot  Sidoine  ordonné  Evêque,  devint  un  homme 
»p.  22.  tout  nouveau,  '  qui  ne  songeoit  plus  qu'au  culte  de  Dieu  , 

qui  ne  travailloit  plus  que    pour  la  vérité  ou  pour  l'utili- 
té, dont  toute  l'ambition  étoit  de  se  rabaisser,  et  de    de- 
i.  7.  op.  u.         venir  inconnu.  '  Ce  ne  fut  plus  qu'un  homme  de  jeûnes  et 
de  prière,  occupé  à  toutes  sortes  de  bonnes  œuvres.  Il  ne 
i.  4.  ep.  2.  distribuoit  pas,  '  mais  il  prodiguoit  ses  biens  aux  pauvres  jus- 


EVÉQUE    DE    CLERMONT.  555     m  mmmman 

V    S I  r.  Cj  L  h . 

qu'à  '  leur  donner  souvent  ses  vases  d'argent.  °  Il  s'occupoit  Gi.  T  hist  Fr ,  J 
sur-tout  à  rechercher  et  à  méditer  les  mystères  de  l'Ecriture,  c.  22. 
et  répandoit  ensuite  sur  les  autres  avec  d'autant  plus  d'à-  *  '  •  •  • ep- 
bondance,  les   eaux  d'une  doctrine  toute  céleste,  qu'il  s'en 
étoit  nourri  lui-même  avec  plus  de  soin.  Par  ce  moïen'ilde-  Genn.Yir.iii.c.92. 
vint  aussi  parfaitement  instruit  dans  les  Sciences  divines, 
qu'il    l'avoit   été  jusqu'alors   dans  les  profanes; 'et  bien-  su. vu.  a Sav. 
tôt  la   réputation   de  son   sçavoir  le    fit    regarder    comme 
l'oracle  de  l'Eglise  Gallicane.  Les  plus  grands  Prélats  qu'el- 
le avoit  alors,  se  faisoient  un  mérite  d'avoir  part  à  l'a- 
mitié de  nôtre  S.    Evêque,  et  d'entrer  en  commerce  de 
letres  avec  lui.  Tels  étoient  S.  Loup  de  Troïes,  S.  Euphrone 
d'Autun  ,  S.  Principe  de  Soissons,  S.  Rémi  de  Reims,  Léonce 
d'Arles,  Grec    de  Marseille  ,   Fontée  de  Vaison ,  S.    Ru- 
rice  de  Limoges,  Fauste  de   Ries,  S.  Mamert  de  Vienne, 
S.  Eutrope  d'Orange,  S.  Auspice  de  Toul,  S.  Prosper  d'Or- 
léans, S.  Patient  de  Lyon,  etc. 

'La  femme  de  S.  Sidoine  vécut  encore  après  son  Epis-  1. 5. ep.ie. 
copat  au  moins  '  jusqu'à  la  fin  de  l'an  474.  Il  paroît  qu'il  m  iwa.  «22. 
conservoit  encore  beaucoup  d'union  et  de  familiarité   avec 
elle:  mais  on  ne  peut  pas  douter  qu'elle  ne  fût  devenue 
sa  sœur  selon  l'ordre  des  Canons. 

'  S.  Sidoine  se  croïoit  obligé  non  seulement  d'intercé-  sid.  1. 3.  eP.  9.  p. 
der  pour  les  âmes  des  peuples  confiés  à  ses  soins ,  auprès  m  '  '■ 7-  ep-  9- 
du  Juge  céleste,  mais  encore  de  s'emploïer  pour  leurs  in- 
térêts temporels,  auprès  dés  Puissances  de   la  terre.  C'est 
ce  qui  fit  le  sujet  de  la  plupart  de   ses  letres   depuis  son 
Episcopat.  '  Mais  en  recommandant  les  personnes ,  il  vou-  i.T.«».».p.«ê. 
loit  que  l'on  eût  toujours  plus  d'égard  à  la  justice  de   la 
cause,  qu'à  sa  recommandation. 

'Un  des  premiers  avantages  que  l'Eglise  tira  de  l'Epis-  ep.  9. 
copat  de  S.  Sidoine,  fut  l'élection  de  Simplice ,  qu'il  choi- 
sit lui  seul  pour  être   Evêque   de  Bourges,    conformément 
au  pouvoir  que  les  Electeurs  lui  en  avoient   accordé.    Il 
sçut  en  cette  rencontre  dissiper  les   brigues  et  écarter  la 
simonie,  qui  auroient  profané  cette  élection.   Il   prononça 
à  ce  sujet  un  discours  que  nous  avons  encore.  '  Menacé  des  l.  7.  ep.  e. 
ravages  et  de  la  domination  d'Euric  Roi  des  Visigots ,  '  il  ep.  1. 
eut  recours,  non   à  la  puissance  des   hommes,  mais  à  la 
miséricorde  de  Dieu.  Ce   fut  pour   cela  qu'il  établit    dans 
son  diocèse  vers  l'an  474  ou  475  ,  la  cérémonie  des  Ro- 

A  a  a  a  ij 


IJ56  S.    SIDOINE, 

V    SIECLE. 

gâtions,  que  S.  Mamert  avoit  instituée  depuis  peu  à  Vien- 
ne; et  il  attribua  à  ces  prières  publiques  la  protection,  que 
Dieu   accorda   quelque  temps   à  l'Auvergne  contre  les  ef- 
ioru.  reg.  Got.  c   forts  des  ces   barbares.  '  Ils  se   rendirent  cependant   maî- 
45-  très  de  Clermont  avant  la   fin  du  règne  de    Jules  Nepos , 
c'est-à-dire   avant  le  28e  d'Août  475  ;  et  S.  Sidoine  en  eut 
beaucoup  à  souffrir.  Mais  sans  se  laisser  abattre  par  son  aflic- 
sid.  1. 7.  eP.  6.      tion  ,  '   il  ne   cessa  point  d'agir  avec   son   zèle   et  sa  force 
ordinaire  pour    la    vérité.  Il  fit  tous  les  efforts  possibles, 
afin  que  l'on  mît  dans  le  traité,  par  lequel  on  cedoit  l'Au- 
vergne  aux  Visigots,   un   article  qui  donnât  aux   Catholi- 
ques soumis  à  ces    barbares,    le   pouvoir  d'ordonner  des 
Evêques,  ce  qu'Euric  ne  leur  permettoit  pas  de  faire. 
Tiii.  ibid.p.255.  |       Cette  vigueur  Episcopale,  jointe'  à  l'affection  qu'il  avoit 
sàd.  i.  s.  eP.  3.p.  p0ur  jes  RomajnSi  et  à  son  union  avec  les  personnes  les  plus 

considérables  des  Gaules,  fut  sans  doute  cause  qu'Euric 
l'envoïa  prisonnier  au  Château  de  Liviane,  à  4  ou  5  lieues 
de  Carcassonne  sur  le  chemin  de  Narbone.  Le  Saint  Evo- 
que y  demeura  jusqu'à  ce.  que  Léon  Ministre  d'Euricque 
Dieu  conservoit  dans  cette  Cour  barbare  et  Arienne,  pour 
la  consolation  de  ses  serviteurs,  le  tira  de  cette  prison.  S. 
Genn.  ibid.  Sidoine  retourna  donc  en  Auvergne'  gouverner  son  peuple, 

sous  la  domination  des  barbares,  qui  opprimoient  alors  les 
Gaules.  Mais  toute  la  dureté  et  la  férocité  des  Visigots  , 
ne  l'empêchèrent  point  d'agir  toujours  avec  une  vigueur 
toute  Chrétienne ,  et  d'éclater  comme  un  docteur  ad- 
mirable et  un  véritable  père  des  Catholiques. 

Quoique  tout  entier  occupé  du  soin  de  son  Diocèse ,  il 
sid.  i.  i.ep.t.  1.8.  ne  laissa  pas  de  trouver  du  loisir'  pour  revoir  et  publier 
ep'  '  ses  letres.    11  le  fit  à  trois  ou  quatre  différentes  reprises, 

ne  pouvant  refuser    cette   consolation  au    Prêtre   Constan- 
l.  9.  cp.  1  .p.  os»,   ce ,  et  à  deux  autres  des  ses  amis  qui  l'en  avoient  pressé.  '  Mais 
il  refusa  constamment  de  continuer  l'Histoire  de  la  guerre 
d'Attila,  et  du  siège  qu'il   avoit   mis    devant  Orléans,  à 
laquelle  il  avoit  commencé  de  travailler,  à  la  prière  de  S. 
Prosper    Evêque    de    cette    Ville.    Trouvant    cette   entre- 
prise au-dessus  de  ses  forces  ,  il  l'abandonna  entièrement 
sans  vouloir  même  montrer  à  personne  le    peu  qu'il  en 
avoit  fait. 
Tiu.  ibid.  p.  â73-       '  Nous  ne  sçavons  rien  des   dernières  années  de  la   vie 
àlav755-        "  de  S.  Sidoine.  11  mourut  le  21e  jour  du  mois  d'Août,  au- 


ne 

V 

SIECLE. 

On 

et 

les 

Genn 

.vit. 

ill.c.92. 

en 

la 

EVÊQUE  DE  GLERMONT.  557 

quel  l'Eglise  de  Clermont  célèbre  encore  sa  fête, 
convient  pas  tout-à-fait  de  l'année  de  sa  mort  ; 
anciens  monuments  ne  la  marquent  qu'en  général  , 
mettant  sous  l'Empire  de  Zenon.  Mais  l'époque  qui  pa- 
roît  la  plus  certaine  '  est  celle  qui  la  place  ou  en  488  tui.  a>a. 
ou  l'année  suivante,  en  la  58e  ou  la  59e  de  son  âge,  et 
après  un  peu  plus  de  18  ans  d'Episcopat.  Il  fut  enterré 
dans  l'Eglise  de  S.  Saturnin  auprès  *de  S.  Eparche ,  à  qui  il 
avoit  succédé;  et  il  eut  lui-même  pour  successeur  S. 
Aproncule  Evêque  de  Langres. 

EPITAPHE. 

{  Sanctis  contigous,  sacruque  patri  Sid.  vil.  à  Sir. 

Vivit  sic  meritis  Apollinaris, 

Inlustris  titulis,  potuns  honore, 

Rector  militiœ,  forique  judex. 

Muiuli  inter  tumidas  quietus  undas, 

Causarum  moderans  subinde  motus, 

Leges  barbarico  dédit  furori, 

ûiseordantibus  intcr  arma  regnis, 

Pacem  consilio  reduxit  amplo. 

Haec  inter  tamen  et  pliilosophando 

Scripsit  perpetuis  habenda  sacclis. 

Et  post  talia  dona  gratiarum, 

Summi  pontifias  sedens  cathedram, 

Mundanos  subdoli  refundit  actus. 

Quisque  hic  dum  lachrimis  Deum  rogabis 

Dextrum  funde  preces  super  sepulcrum. 

Nulli  incognitus,  et  legendus  orbi, 

HUc  Sidonius  tibi  invocetur. 

XII.   Kal.   Septemb.   Zenoae  Imp. 

'  S.  Sidoine  étoit    un    esprit  doux  ,    civil  ,    obligeant ,  Til1-  &**•  p-  *>*■ 
honnête,  toujours    prêt  à    dire  du  bien    des   autres,  et  à 
leur  en  faire.    Mais   aussi    lorsqu'il    vouloit   piquer,  ou  en 
raillant,    ou  tout  de  bon,  il  le  sçavoit  faire  autant  qu'un 
Lutre.  '  Il  sçavoit  sur-tout  railler  les   vices   d'une  manière  Sid- vit-  à  SaT« 
vive   et  piquante ,  comme  le  remarque  S.  Pierre  de  Cluni. 

Il  avoit  un  grand  discernement  pour  ce  qu'il  falloit,  ou  C1-  Mam-  de  an- 
ne  falloit  pas  dire.  a  Ennemi  cependant  d'une  contrainte  «sif.'i.i.ep.i8. 


v  siècle.     558  S.  SIDOINE, 

servile ,  il  vouloit  avoir  une  honnête  liberté  de  dire  ses  sen- 
timents.   Il    avoit  beaucoup  de  tendresse  et  d'attachement 

i.s.ep.n  |2.op.6.  pour  ses  amis;  '  mais  il  vouloit  les  choisir,  et  les  éprouver 

i.  ».  ep.  i4.  beaucoup ,  avant  que  de  s'attacher  à  eux.  '  Pour  les  mé- 

chants ,  il  craignoit    même   d'en  être  aimé ,  et  d'en  rece- 

i.rep.u.  p.  46».  voir  des  grâces.  '  C'est  ce  qui  lui  faisoit  éviter ,  autant  qu'il 
pouvoit  ,  les  barbares  qui  ravageoient  alors  les  Gaules, 
même  ceux  que  l'on  prétendoit  avoir  les  meilleures  quali- 

«p-  "■  tés.  '  Il  avoit  du  respect ,   et  se   soûmettoit  avec  humilité 

aux  personnes  graves  et  réservées,  qui  ne  se  communi- 
quoient  pas  aisément  aux  autres  :  mais  il  aimoit  mieux  se 
lier  avec  ceux  qui  avoient  plus  de  liberté  et  plus  d'ou- 

i.  2.ep.io.p.i5i|  yerture  ,    pourvu  qu'elle  fut  sincère  et  effective.  '  Il  aimoit 

1.7.  ep.  14. p. 464.  r,     i        î  1  •       •  m  e   .         •    . 

•  i.  9.  ep.  9.  extrêmement  les  letres  ;  ■  mais  jamais  il  ne  tut  sujet  aux 
vices  assez  ordinaires  aux  Sçavants.  Jamais  il  n'eut  ni  en- 
vie ni  jalousie  contre  ceux  qui    tâchoient  ou  de  l'égaler ,  ou 

i.  4.  ep.  i6.  même  de  le  surpasser  dans  les  sciences.  "  Il  communiquoit 
volontiers  ce  qu'il  avoit  fait ,  persuadé  qu'il  tiroit  de  l'a- 
vantage du  plaisir  qu'il  faisoit  aux  autres. 

Tant  de  rares  qualités  acquirent  à  S.  Sidoine  ,  un  nom- 
bre prodigieux  d'amis"  du  premier  ordre.  Outre  les  grands 
Evêques  que  nous  avons  nommés,  et, avec  lesquels  il  étoit 
lié  <ramitié ,  il  étoit  aussi  en  commerce  avec  tous  les  hom- 
mes de  letres ,  et  presque  tous  les  beaux  esprits  et  les  per- 
sonnes les  plus  qualifiées ,  qui  vivoient  dans  les  Gaules  en 
son  temps.   On  en  peut  remarquer  un  très-grand  nombre 

Tiii.  ibid.  p.  277.  (jang  je  cours  de  l'histoire  de  ce  V  siècle;  et  l'on  voit 
par  les  éloges  que  plusieurs  en  ont  faits ,  et  auxquels  il  faut 
joindre  ceux  que  Gennade  et  S.  Avite  de  Vienne  lui  ont 
donnés  dans  la  suite ,  qu'il  a  passé  pour  être  la  gloire  et 
l'ornement  de  l'Auvergne ,  aussi  bien  par  sa  pieté  que  par 
ses  écrits. 


EVÉQUE  DE  CLERMONT.  559     v  SIECLE 


S-    "• 
SES  OUVRAGES  QUI  SONT  VENUS  JUSQU'A  NOUS. 

Les  Ouvrages  que  nous  avons  de  S.  Sidoine  ,  ont  ce- 
la de  commun  avec  ceux  de  S.  Paulin  de  Noie,  que 
ce  ne  sont  point  des  écrits  de  longue  haleine  ;  ne  consis- 
tant qu'en  des  poésies  et  des  letres,  qui  ne  laissent  pas 
d'avoir  leur  mérite. 

1°.  '  Le  recueil  de  ses  poésies  contient  24  poèmes.  Les  sid.  car.  P.  1-210. 
uns  sont  assés  longs,  et  les  autres  fort  courts  ,  et  tous  sur  di- 
vers sujets.  '  Ce  recueil  parut  dans  le  public  avant  celui  1. 1.  ep.  t.  p.  2. 
de  ses  lelres  ,  que  S.  Sidoine  ne  publia  que  sur  la  fin  de  son 
Episcopat  :  '  au  lieu  que  l'autre  avoit  vu  le  jour  dès  avant  m  h.e.  t.ie.p. 
qu'il  fût  Evêque.   Le  Panégyrique  de  l'Empereur  Antheme  *16' 
qui  est  à  la   tête ,  fait  juger  que  ce  Prince   regnoit  alors. 
Ainsi  ce  fut  vers  468  '  que  S.  Sidoine  dressa  ce  recueil ,  à  sid.  car.  9. 
la  prière  de  Félix  fils  de  Magnus ,    qui  fut  depuis    Patri- 
ce et  se  rendit  ensuite  Moine.  '  Il  n  y  mit  qu'une  partie ,  ra.  ■**• 
et  apparemment  une   très-petite  partie  de  ses  vers;   puis- 
qu'il s'y  en  trouve  peu  en  comparaison  de  tous  ceux  qu'il 
paroît  avoir  composés,  et  que  d'ailleurs  il  en  publia  enco- 
re d'autres  depuis  en  différentes  occasions.   De  ce  nombre 
sont  presque   tous   ceux  qui  se  trouvent  insérés  parmi  ses 
letres,    et   dont  les  plus  considérables'  sont  le  petit  poë-  sid.  1.2.  ep. i6.p. 
me  qu'il  fit  pour  orner  l'Eglise   que  S.  Patient  avoit    fait  1M' 153' 
bâtir  à  Lyon  ;   '   l'épitaphe   d'Apollinaire  son   aïeul  ,  com^  i.3.ep.«.p.207. 
posée   cependant  avant  son    Episcopat;   '  celle  de  Mamert  n.ep.ii.p.seo. 
Glaudien  ;  a   l'inscription    pour    l'Eglise    de  S.    Martin    à  J^  18  p  18î 
Tours ,  qu'il  fit  à  la  prière  de  S.  Perpétue  ;  'l'éloge  en  vers  iiep.n.p.472. 
d'Abraham    Abbé    en   Auvergne  ;     '   et    les   deux   poèmes  l.t.  eP.  15. 16.  p. 
qui  sont  la  clôture  de    ses  letres ,   adressés  l'un  à  Gelase 
et  l'autre  à  Firmin. 

Quant  aux  autres  pièces  contenues  dans  le  recueil  de  ses 
poésies,  les  plus  considérables  sont  les  panégyriques  des 
trois  Empereurs ,  Avite ,  Majorien  et  Antheme ,  qui  ne 
sont  point  placés  selon  l'ordre  chronologique,  non  plus 
que  les  autres  poèmes.  Le  premier  selon  l'ordre  des  temps 
est   celui  d'Avite  son    beau-pere.    '  Sidoine  le  prononça  à  sir.  înSid.p.  1191. 


V    SIECLE. 


560  S.  SIDOINE, 


p.  1159. 


Rome ,  comme  nous  l'avons  déjà  remarqué ,  le  premier 
jour  de  janvier  456 ,  lorsqu'Avite  entra  dans  son  consu- 
lat. '  Celui  de  Majorien  fut  prononcé  à  Lyon  sur  la  fin 
de   l'année   458  ,   lorsque  ce   Prince  étoit  encore    Consul. 

p.  il»,  use.  '  Enfin  celui  d'Antheme ,  qui  est  le  troisième ,  quoique  pla- 
cé à  la  tête  des  autres ,  fut  prononcé  à  Rome  le  premier 
jour  de  Janvier  468,  auquel  cet  Empereur  commençoit 
son  second  consulat  :  ce  qui  fait  le  sujet  de  l'exorde  de 
ce  poëme. 

sid.  s.  car.  9.  p.  Le   neuvième  poëme  parmi  ceux  qui  suivent  ces  trois 

1485-1238.  panégyriques,    est  comme    l'epitre    dédicatoire    et  la  pré- 

face de  tout  le  recueil.  Il  est  adressé  à  Félix  ,  qui  avoit 
porté  Sidoine  à  recueillir  en  un  volume  les  poésies  qu'il 
avoit  composées  en  différentes  occasions.  Ce  poëme  est 
plein  d'une  grande  érudition ,  et  contient  un  abrégé  mé- 
thodique de  la  fable ,  avec  le  dénombrement  presque  de 
tous  les  plus  célèbres  poètes ,   qui  avoient  écrit  jusqu'alors. 

p.  1239.1445.  Le    onzième   est    l'épithalame ,    que  Sidoine   composa 

avant  son  Episcopat ,  pour  honorer  le  mariage  de  Ruri- 
ce  ,  depuis  Evêque  de  Limoges  ,  avec  Iberic  fille  d'Omma- 

Tiii.  ibid.  p.  236.    ce-   '  C'est  une  méchante  pièce  en   toutes   manières.  •  Le 

■sijs.car.  io.p.  poëme  qui  la  précède  et  qui  lui  sert  de  préface,  n'est  pas 
grand'chose. 

P.  i2*5. 1249.  '  Le  douzième  est  adressé  à  un  Catullin ,  qui  avoit  de- 

mandé aussi  un  épithalame  à  Sidoine  ,  qui  s'en  excuse  par 
ce  petit  poëme.  Il  dit  pour  ses  raisons  de  refus  ,  qu'il  n'y 
avoit  pas  moien  de  rien  faire  au  milieu  des  Rourguignons, 
dont  il  fait  une  plaisante  description.  On  voit  par-là  que 
Sidoine  demeuroit  encore  alors  à  Lyon  ,  dont  les  Rour- 
guignons étoient  les  maîtres  après  le  milieu  de  ce  V  siè- 
cle. 

p.  1250-1261.  Le  poëme  quatorzième  est  la   préface   du   quinzième , 

3ui  contient  l'épithalame  de  Poleme  et  d'Araneole.  Si- 
oine  plus  attentif  à  se  conformer  au  goût  de  Poleme,  qui. 
étoit  un  grand  Philosophe  Platonicien ,  qu'à  consulter  les 
circonstances  de  son  mariage ,  fait  entrer  dans  cette  pièce 
des  matières  de  philosophie  et  d'astronomie  ,  contre  le 
génie  de  cette  sorte  d'ouvrages. 
p.  1261-1268.  '  Le  poëme  seizième  est  un  remerciement,  que  Sidoine 

fait  à  Fauste  dès-lors  Evêque  de  Ries ,  du  bon  accueil  qu'il 
lui  avoit  fait  autrefois  dans  sa  ville  Episcopale ,  et  du  soin 

qu'il 


EVÊQUE  DE    CLERMONT.  561     „  cp  , 

V     SIECLE. 

qu'il  avoit  bien  voulu  prendre   de  l'éducation  de  son  jeu- 

ne  frère.  Ce  poëme  est  très-honorable   à  la  mémoire   de 

Fauste,  et  du  monastère  de  Lerins.  "   Comme  Fauste  fai-  ml  iwa  .p.sn. 

soit    une  profession  particulière  de  pieté,  Sidoine  ne  parle 

dans  ce   poëme  ni  des  Dieux,  ni   des  fables  si  froides  du 

Paganisme,  qui  défigurent  entièrement  ses  autres  pièces. 

'  Le  dix-septiéme  et  le  dix-huitiémc  sont  peu  de   chose,  sid.s.car.p.iaôo. 
aussi  bien  que  les  autres  précédents  que  nous  n'avons  pas  1272' 
nommés.  A  l'égard  du  19e,  du  20e  et  du  21%  ils  ne  sont 
presque  rien  du  tout. 

'  Le  vingt-deuxième  est  une  description  de  la  belle  mai-  p.  1274.  us*. 
son  que  Léonce,  ami  particulier  de  Sidoine,   avoit  à  Bourg 
près  de  Bourdeaux.  Il  est  adressé  à  Léonce  même,  et  com- 
mence par  un  long  discours  sur  Bacchus  et  Apollon,  '  qui  tm.  u>.  p.  sos. 
à  en  juger  sainement  ne  peut  passer  que  pour  une  ineptie, 
et  qui  fait  que  l'on   ne  s'étonne  pas  '  si  S.  Sidoine  devenu  sid.i  9. ep.se. p. 
Evêque,  rougissoit  de    penser  à  ses  vers,  et  s'il  souhaitoit  6!3' 
d'en  pouvoir  abolir  la  plus  grande  partie.  '  11  fut  composé  im.  ibu. 
à  Narbonne,  après  que  cette  ville  fut  devenue  toute  mar- 
tiale, selon  la  propre  expression  de  Sidoine  :  '  c'est-à-dire  sir.in  sid.p.1287. 
qu'elle  fut  tombée  l'an  462  entre  les  mains  de  Théodoric 
le  jeune  Roi   des  Visigots,  et  avant  la  mort  de  ce  Prince 
arrivée  l'an  466 . 

'  Le  poëme  vingt-troisième  fut  aussi  composé  avant  la  sid. s. car. p.  1284. 
mort  de  Théodoric  et  après  la  réduction  de  Narbone.  1302' 
C'est  une  réponse  aux  pièces  de  poésie,  que  Consence  grand 
homme  de  letres  avoit  adressées  de  Provence  à  Sidoine. 
Celui-ci  fait  un  éloge  magnifique  de  Consence,  de  son 
père  et  de  la  Ville  de  Narbone,  qui  étoit  la  patrie  de 
l'un  et  de  l'autre.  Il  y  fait  aussi  l'énumération  des 
amis,  presque  tous  gents  de  letres,  qu'il  avoit  visités  dans 
cette  Ville  avec  Consence,  et  y  relevé  le  mérite  de  cha- 
cun d'eux. 

Ce  poëme  est  sur-tout  très-honorable  pour  Narbone , 
en  ce  qu'il  nous  fait  connoître  plusieurs  grands  hommes 
qu'elle  a  donnés  à  la  literature,  et  dont  nous  avons  d'ail- 
leurs peu  de  connoissance. 

'  Enfin  le  vingt-quatrième  et  dernier  poëme  est  une  pie-  p.  1302-13  œ. 
ce  fort  ingénieuse,  adressée  au  recueil  même  des  poésies 
de   Sidoine,  qui    l'envoie   en  divers  pais  voisins   et   éloi-    • 
gnés,  saluer  ses  principaux  amis  qui  se  mêloient  de  l'étude 

Tome  II.  B  b  b  b 


V   SIECLE. 


562  .  S.    SIDOINE, 


des  letres.  Ce  poëme  et  le  précédent  avec  le  9e,  nous  ont 
beaucoup  servi  pour  l'Histoire  literaire  de  la  lin  de  ce  siè- 
cle ;  et  il  seroit  à  souhaiter  que  nous  eussions  plusieurs  sem- 
blables  pièces ,  qui   nous   fournissent  autant   de   lumières 

1. 1.  ep.  i.p.  83.  pour  les  siècles  précédents  et  pour  ceux  qui  suivront.  '  Ce 
recueil  de  poésies ,  comme  l'avoue  S.  Sidoine  lui-même, 
eut  plus  de  succès  qu'il  ne  meritoit;  et  quoiqu'il  ne  fût 
pas  fort-  bien  reçu  de  quelques  critiques ,  il  ne  laissa  pas 
d'acquérir  de  l'honneur  et  de  la  réputation  à  son  auteur 
parmi  le  monde. 

Nous  ne  trouvons  point  que  les  poésies  de  S.  Sidoine, 
aient   été  imprimées  séparément  du  recueil  de  ses   letres, 

cho.  poe.  1. 1.  p.  '  sinon  dans  le  Chœur  des  Poètes,  qui  parut  à  Lyon  en 

i3a\7cêrp4p.î066;-  1616,  et  dans  le  Corps  des  anciens   Poètes  Latins  impri- 

2103-  mé  plusieurs  fois.   Dans  ces  deux  recueils  on  trouve  join- 

tes aux  poèmes  de  S.  Sidoine  ses  autres  petites  poésies, 
qu'il  a  insérées  dans  ses  letres.  Mais  on  y  a  mis  à  la  fin, 
comme  lui  appartenant,  quarante  vers  des  Césars  d'Auso- 
ne,  avec  deux  autres  vers  qu'on  a  pris  d'ailleurs. 

sid.  ep.  p.  i-62o.  2°.  '  Les  letres  de  S.  Sidoine  sont  au  nombre  de  plus  de 
cent  quarante-sept,  en  y  comprenant  les  deux  qui  sont 
insérées  parmi  ses  poésies.  Elles  sont  divisées  en  neuf  li- 
vres, dont  le  premier  en  contient  onze;  le  second  et  le 
troisième  chacun  quatorze  ;  le  quatrième  vingt-cinq  ;  le 
cinquième  vingt-une;  le  sixième  douze:  le  septième  dix- 
huit;  le  huitième  et  le  neuvième  chacun  seize.  Presque 
tous  les  recueils  que  nous  avons  des  letres  des  anciens, tse 
sont  faits  après  leur  mort,  en  les  ramassant  de  part  et  d'au- 
tre.   Il  n'en  a   pas  été  de   même  du  recueil  de   celles  de 

1. 1.  ep.  i.  p.  s.  S.  Sidoine.  •  Il  prit*  lui-même  soin  dès  son  vivant  de  le  dres- 
ser, de  le  revoir,  et  de  le  donner  au  public.  D'abord 
il  en  publia  le  premier  livre,  à  la  prière  du  célèbre  Con- 
stance Prêtre  de  Lyon,  son  ami  particulier,  qui  l'en  avoit 

Tiii. ibid.  p.  96».    pressé  plusieurs  fois.  '   Ce  premier  livre  contient  les  letres," 
que  Sidoine  avoit  écrites  dans  son  voïage  de   Rome  sous 
Antheme,  ou  auparavant,  hors  la  première  et  la  dernière, 
qui  ne  furent  écrites  que  long-temps  après. 

sid.i.i.ep.  i.p.9.  Ce  petit  recueil,  '  qui  n'étoit  que  comme  un  essai  pour 
pressentir  le  goût   du   public,   fut  bientôt  suivi,   selon  la 

i.7.ep.i8.p.478.  promesse  que  Sidoine  en  avoit  donnée  à  Constance,  '  de 
six  autres  livres  qu'il   lui    dédia  aussi,  mais  qu'il  ne  prit 


;ï 


EVEQUE    DE   CLERMONT.  563 

V    SIECLE. 

pas  le  soin  de  polir  comme  le  premier.  '  Au  bout  de  quel-  j  8  op ~     482 
que  temps  Pétrone,  '  qui  faisoit  alors  l'un  des  plus  grands  i.s!«.t!».«». 
ornements  des  Gaules  par  son  érudition  et  son  éloquence  , 
'pria  S.  Sidoine  de  chercher  s'il  n'avoit  •  point  encore  d'au-  1.  s. ibid. 
très  letres,    qu'il  pût  ajouter  aux  premières.   Ce  fut  donc 
à  sa  prière  que  S.  Sidoine  donna  le  huitième  livre.  '  Enfin  il  1. 9.  ep.  1.  p.  559. 
y  en  ajouta  un  neuvième  quelque  temps  après  ,  aux  solli- 
citations de   Firmin,  qui  l'en  avoit  pressé ,  afin  qu'il   imi- 
tât par-là  le  nombre    que  Pline  le  jeune  avoit  gardé  dans 
le  recueil  de  ses  letres. 

'  La  douzième  letre  de  ce  neuvième  livre    nous  fait  ju-  ep.  «.  p.  594. 
ger,  que  S.  Sidoine  étoit  dans   la  douzième  ou  treizième 
année  de  son  Episcopat ,  lorsqu'il  le  publia  ;   puisqu'il  dit 
qu'il   y  avoit  douze  ans  qu'il   avoit  renoncé  à  la   poésie. 
Ainsi  ce  fut  vers  483,  qu'il  finit  de  publier  toutes  les  letres 

ue  nous  avons  de  lui.     Il  ne  s'y  trouve    aucun   ordre  ni  tui.  ibid.  p.  266. 

e  chronologie,  ni  de  matières.  Elles  sont  sur  toutes  sor- 
tes de  sujets,  et  traitent  de  toutes  sortes  d'affaires  confu- 
sément ;'  quoique  d'ordinaire  chaque  sujet  n'y  tienne  pas  si<i.  i.  7.  ep.is.p. 
plus  d'une  letre.  L'auteur  témoigne  l'avoir  fait  à  dessein,  afin  478- 
que  si  elles  ne  sont  pas  assez  bien  écrites  pour  plaire  aux 
beaux  esprits ,  elles  aient  au  moins  l'avantage  de  n'en- 
nuier  personne.  Mais  elles  auront  toujours  le  défaut  de 
n'être  pas  assez  instructives  ;  '  parce  que  souvent  l'auteur  ne  tui.  ibid.  P.  272. 
fait  qu'y  marquer  obscurément  les  faits  dont  il  parle,  et 
que  l'on  ne  sçait  en  beaucoup  d'endroits  à  qui  il  faut 
rapporter ,  par  exemple  la  paix  et  la  guerre  dont  il  fait  men- 
tion. Gela  néanmoins  ne  doit  pas  empêcher  que  nous  ne 
lui  aïons  obligation  de  nous  avoir  conservé  dans  ses 
letres,  comme  dans  ses  poésies,  quantité  de  traits  de  l'his- 
toire de  son  temps,  qui  bien  que  fort  embrouillés,  ne  lais- 
sent pas  de  nous  en  donner  quelque  connoissance. 

Outre  un  grand  nombre  d'hommes  de  letres,  '  elles  nous  DuPin.bib.  t.  4. 
font  connoître  encore  plusieurs  Evêques  de   ces  temps-là ,  p- 607> 
à  qui  elles   sont  adressées  pour  la   plupart,  et  qui  y  sont 
tous  qualifiés  Papes   suivant  l'usage  de  ces    premiers  siè- 
cles. Il  y  en   a  même  quelques-uns   dont    on    ne    trouve 
rien  ailleurs.'  Ce  que  la  vingt-quatrième  du  4e  livre  nous  sid.1.4. ep.  u. P. 
apprend  de  l'Evêque  Maxime ,    qui  avoit  été  tiré  des  em-  m- 302, 
plois    du  siècle  ,  et  contraint   malgré  lui   par  la  violence 
du  peuple,  comme  un  autre  S.    Ambroise,  de    se  charger 

Bbbbij 


V  SIECLE. 


564  S.     S  I  D  0  ï  N  E 


de   l'Episcopat ,    fournit  un  excellent  modèle  de  conduite 
à  tous  les  Evêques. 
Du  Pin,  ib.p.  6ov       '  Nous   apprenons  encore  par  ces   letres  de  S.   Sidoine 
que  S.  Mamert,  Evêque  de  Vienne  ,  a  été  le  premier  in- 
stituteur des  Rogations ,   dont   l'usage  se   répandit   bientôt 
p.606|Sid,i.B.ep.  dans  toute  l'Eglise; 'que  l'on  célébroit  les    fêtes  annuelles 
Ï7.  p. 36i.  des   samtg    avec   une  très-grande   solennité;    que  le    peu- 

ple couroit  en  foule  à  l'Eglise  avant  le  jour;  qu'on  allu- 
moit   quantité   de  cierges  ;    que    les    moines   et  les  clercs 
chantoient  les  vigiles  à  deux  chœurs  ;   que   sur   le  midy 
sid.M.ep.w.p.     l'on  célébroit  la  messe.  '   On  trouve   aussi  dans  ces  letres 
302'  des  principes  contre  l'usure  ,  quoique  permise  par  les  loix 

i.8.  ep.  u.  p  .s».  Romaines,'    et   contre   l'astrologie  judiciaire,    que  S.  Si- 
doine condamne  comme  une  curiosité  criminelle,  qui  met 
en  danger  d'abandonner  la  foi  Catholique. 
i.  7.  ep.  9.  p.  442-        Parmi  les  letres  du  saint  Evêque  nous  avons  le  discours 
4W-  qu'il  prononça  à  Bourges  devant  le  peuple  pour  l'élection 

d'un  Evêque.  Il  y  fait  l'éloge  de  Simplice,  qu'il  choisit  et 
nomma  pour  remplir  le  Siège   métropolitain  de  cette  Egli- 
se ,  suivant  la  commission  dont  il  avoit  été  chargé  par  le 
Clergé  et  le  peuple  de  la   Ville.  Mais   comme  il   parut  en 
cette    rencontre    de    fortes   brigues  f  et    beaucoup    d'ambi- 
tion de  la  part  des  Ecclésiastiques,  S.  Sidoine  se  crut  obli- 
gé d'emploïer  une  partie  de  ce  discours  à  parler  avec  for- 
Fien.H.E.t.e.p.     ce  contre  leurs   défauts.  '  Il   n'oublie   pas   d'y    toucher  la 
p9606DuPin'         difficulté  des  élections,  et  l'impossibilité  d'en  faire  une  qui 
soit    au    gré    de  tout  le  monde.    C'est  ce  qu'il    représente 
Sid.ibid.p.44i.      d'une  manière  fort  pathéthique.  '    S*   Sidoine   n'emploïa  à 
-      composer  ce  discours,  que  la  moitié  d'une  nuit  très-courte, 
p.  440.  car  c'étoit  en  été.  '  Il  l'envoïa  ensuite  à  S.  Perpétue  Evê- 

que de  Tours,  qui  le   lui  avoit  demandé;  et  c'est  par  ce 
ep.  s.  p.  4«.        moïen  qu'il  est  venu  jusqu'à  nous.  '  Cela  se  passa  peu  après 
l'Episcopat  de  S.  Sidoine  vers  472,  comme  on  en  juge  par 
néon  ibid.  sa  letre  à  Agréce'  Evêque  de  Sens,    que  l'on  croit  avoir 

présidé  à  cette  élection. 


V  SIECLE. 


I 


EVÈQUE    DE    CLERMONT.  565 

S-  ni. 

SES  OUVRAGES  QUI  SONT  PERDUS. 

l  est  visible  par  ce  que  nous  venons  de  dire  des  letres 

et  des  poésies  de  S.  Sidoine ,  qu'il  en  avoit   écrit  beau- 
coup d'autres   que  celles  qui   nous  restent.  Comme  il  vé- 
cut encore  cinq  à   six  ans  depuis  qu'il  eut  publié  le  der- 
nier livre  de  ses  letres  ,   on  ne  peut  pas  douter ,  qu'aïant 
les  grandes  liaisons  qu'il  avoit,  il  n'en  ait  écrit  grand  nom- 
bre d'autres  jusqu'à  la  fin  de  sa  vie.  D'ailleurs  celles  que 
nous  avons,  ne  sont  proprement  que  l'élite  de  celles  qu'il 
avoit  écrites,  avant  que  de  les  publier,  '  comme  il  nous  en  sid.  i.i.ep.i.p.i. 
assure  lui-même  en  plus  d'un  endroit.  Il  en  a  été  à  peu  près  i.'9.'ep'.t6.p.6«'.  j 
de  même  de  ses  poésies,  avec  cette  différence  qu'en  entrant 
dans  l'Episcopat  il  renonça  à  cet   amusement,  c'est-à-dire 
qu'il  ne  s'en  fit  plus  une  occupation,  mais  qu'il  ne  laissa 
pas    néanmoins   d'y  donner   quelques  moments  en   certai- 
nes rencontres.  De  celles  qu'il  a  composées  et  qui  ne  sont 
pas  venues  jusqu'à  nous  ,  nous  ne  connoissons  que  les  sui- 
vantes; '  S.  Sidoine  avouant  qu'il  ne  se  souvenoit  pas  lui-  i.9.ep.6.p.6i3-6is. 
même  de  toutes   celles  qu'il    avoit  faites  dans  sa  jeunesse. 
'Dans  une  de   ses  letres  toutefois  il   fait  mention  de  plu-  i  s.ep.s.  p.  i3î. 
sieurs  livres  de  ses  épigrammes,  que  nous  ne  connoissons 
point  d'ailleurs. 

1°.  '   Nous  n'avons  point  un    traité ,     ou    plutôt   une  cave,  P.  292. 
satyre,'  qu'il   composa   contre  une    personne,    dies  bonos  sid.  1.5.  ep.n.  p. 
maie  ferentem.  Il  l'envoïa  à  Eriphe  l'un  de  ses  amis,  en  le     2' 
priant  de  la  revoir  en  son  particulier ,  et  si  elle  lui  plaisoit 
de  la  publier  ;    ou  de  la  supprimer ,  si  elle  n'étoit  pas  de 
son  goût. 

2°.  '  S.   Sidoine  avoit  promis   à  Prosper  Evêque  d'Or-  îs.ep.is.p.ssî. 
leans,  de  faire  l'éloge  de  S.  Agnan  l'un  de  ses  saints  pré-    , 
décesseurs;  'et    l'on  ne  doute  pas   qu'il    ne  l'ait  exécuté,  thi.  ibid.  p.  ses. 
.  Ce  sera  apparemment  quelque  poëme   qu'il   aura   fait  sur 
ce  sujet ,  et  qui  se  sera  perdu  dans  la  suite  des  temps. 

3°.  '  Sur  la  fin  du  poëme  inséré  dans  la  dernière  des  le-  Sid.uj.ep.i6  p. 
très  de  S.  Sidoine,  le  Saint  s'engage   à  faire  des  hymnes 
en  l'honneur  de  S.  Saturnin  de  Toulouse ,    et   des  autres 
martyrs  qu'il  avoit  choisis  pour  patrons ,  et  qui  lui  avoient 
3  s 


613.  614. 


V  SIECLE. 


566  S.     SIDOINE, 

fait  sentir  l'effet  de  leur  protection  dans  ses  besoins.  Au- 
jourd'hui nous  ne  trouvons  aucun  autre  vestige  de  ces  pie- 
ces  de  poésies  ;  mais  la  pieté  de  S.  Sidoine  nous  est  un  as- 
sez bon  garant,  qu'il  n'aura  pas  laissé  de  satisfaire  à  cette 
juste  dévotion.  Ce  sont  là  toutes  les  poésies  de  S.  Sidoine 
que  nous  sçachions  être  perdues, 
care,  ibid.  Mais  il  ne  faut  pas'  mettre  de   ce  nombre,  comme  fait 

sid.i.i.  ep.  m.  p.  Cave,  la  Satyre  contre  Péone,' que  S.  Sidoine  désavoue  bien 
74"77-  positivement.  En   voici  l'histoire   en  abrégé  ,  que  le  Saint 

raconte  assez  au  long  et  fort  agréablement ,    et  à  laquelle 
P.  75.  Cave   paroît     n'avoir   pas  fait  assez   d'attention.  '  Sidoine 

étant  allé  d'Auvergne  à  Arles ,  où  étoit  alors  l'Empereur 
Majorien,  fut  surpris  de  voir  qu'on  le  faisoit  Auteur  d'une 
Satyre  en  vers,  qui  déchiroit  nommément  plusieurs  per- 
sonnes, et  entre  autres  Péone,  qui  peu  auparavant  avoit 
été  Préfet  des  Gaules;  et  c'étoit  ce  Péone  même  qui  ac- 
p.  76.  cusoit  Sidoine  de  l'avoir  faite.  '  L'Empereur  qui   en  avoit 

oui  parler,  voulut  que  Péone  et  Sidoine  avec  les  princi- 
paux de  la  Cour  vinssent  manger  avec  lui  après  les  jeux 
du  Cirque.  Sidoine  étoit  alors  revêtu  de  la  dignité  de 
Comte,  et  se  trouvoit  à  la  dernière  place.  On  y  parla  de 
p.  77.  la  Satyre  ;  '  et  Sidoine  l'aïant  absolument  désavouée,  Péone 

3ui  n'avoit  point  de  preuve  ,  demeura  confus.  Alors  Si- 
oine  demanda  à  l'Empereur  en  deux  vers  faits  sur  le 
champ ,  la  permission  de  faire  effectivement  une  Satyre 
contre  celui  qui  l'accusoit,  sans  preuve  d'en  avoir  fait  une. 
Majorien  y  consentit;  mais  au  sortir  du  Palais,  Péone 
alla  demander  pardon  à  Sidoine;  et  tous  les  Grands  aïant 
intercédé  pour  lui,  cette  affaire  se  termina  d'une  ma- 
nière très-glorieuse  pour  l'accusé. 
i>.  7i.  '  Le  bruit  néanmoins  ne   laissa  pas  de  continuer ,  peut- 

être  en  conséquence  de  la  permission  accordée  par  l'Em- 
(>ereur ,  que  Sidoine  avoit  fait  une  Satyre.  De  sorte  que 
ong-temps  après  un  des  ses  amis  nommé  Montius,  le  pria 
fort  sérieusement  de  la  lui  envoïer,  s'il  l'avoit  faite.  Sidoi- 
ne trouva  mauvais  que  son  ami  le  crût  capable  d'avoir 
fait  une  Satyre ,  et  pour  le  détromper ,  il  lui  en  écrivit 
l'histoire  que  nous  venons  de  rapporler.  Ecrivant  depuis 
à  Catullin ,  à  qui  l'on  avoit  donné  part  à  la  même  pièce, 
car.  ij.  p.  no.  '  et  lui  faisant  une  description  un  peu  railleuse  des  Bour- 
guignons ,  il    s'arrête  aussi-tôt ,   de  peur ,  dit-il ,  que  l'on 


EVÊQUE    DE   CLERMONT.  567 

V  V    SIECLE. 


ne  qualifie  encore    ceci  une  Satyre.    Il   est   donc    constant 
que  S.-  Sidoine  n'a  point  fait  celle  que  Cave  lui  attribue. 

4°.  '  Le  même  Auteur  prend  aussi  pour  une   traduction  cave,  p.  292. 
de  Grec  en  Latin ,  '  la  vie  d'Apollone  de  Tyane   par    Phi-  sw.  1. 8.  eP.  3.P. 
lostrate  ,  que  Léon    Ministre  du   Roi  Euric   avoit  deman-  485- 
dée  à  S.  Sidoine,  lorsqu'il  étoit  relégué  à  Liviane,  et  qu'il 
lui  envoïa  après  son   élargissement.  '  Cependant  le  P.  Sir-  sir.  in  su.p.ioss. 
mond  croit  que  ce  n'étoit  qu'une  simple   copie  de  la    vie 
de  ce  Philosophe.  Au  reste ,  si  c'étoit  une  traduction,  com- 
me Cave  le  prétend,'  et  que  la  letre  de  S.  Sidoine  à  Léon  su.  iwa. 
le  donne ,  ce  semble ,  à  entendre  par  les  peines  et  le  tra- 
vail que  cette  pièce  lui  causa,   comme  il  le  témoigne  lui- 
même  ,  il  faut  dire  que  cette  traduction  est  perdue. 

5°.  Nous  n'avons  point  non  plus  aujourd'hui'  l'ouvrage  1. 7. «p. s. p.u«. 
que  S.  Sidoine  avoit  fait ,  et  dont  il  parle  sous  le  titre  de 
Contestât iunculas.  '  Le  terme  de  Contestatio,  selon  Dom  Ma-  fcb.Ht.u.e.3. 
billon,  signifie   dans  le  langage   des  anciens  ce  que  nous  p' 24' 
nommons  aujourd'hui  la  Préface,  de  la   Messe;  parce  que 
les  fidèles  par  la  réponse  qu'ils  y  faisoient  au  Sursum  corda, 
témoignoient  ou    attestaient    qu'ils    avoient  le    cœur    élevé 
à  Dieu.  'Ainsi  ces  Contestatiunculae  de  S.  Sidoine,  dit  M.  de  toi.  iwa.  p.  877. 
Tillemont,  pourroient  bien   être  la  même  chose,  'que  les  Gr. t. Wsi. Fr.1.2. 
Messes  composées  par  le  même  S.  Sidoine  selon  S.  Grégoi-  c'  n' 
re  de  Tours,  qui  assure  en  avoir  formé  un  livre  dans  la 
suite,  et  y  avoir  mis  une  préface.  Cela  peut  se  confirmer 
par  le  trai'  d'histoire  que   iipporte  cet   Historien  ,  et  qui 
fait  voir  qie  S.  Sidoine  sçavoit  bien  son  Missel.  Le  Saint 
Evoque  aiant  été   prié    d'aller   faire    l'Office  dans    le  Mo- 
nastère de  S.  Cyriaque  ou  S.  Cyr,  que  les  gents  du  pais  ap- 
pellent Cyrgue,  le  jour  de  la  fête  du  Saint,  on  lui  ùta  par 
malice  le  livre  dont  il   avoit  accoutumé  de  se  servir  dans 
la  célébration  des  SS.   mystères.   S.  Sidoine   ne  laissa  pas 
néanmoins  de  chanter,  et  de  faire  tout  ce  qu'il  falloit  pour 
la  solennité  avec  tant  de  perfection,  que  tout  le  monde  en 
l'admirant,  disoit  que  c'étoit   plutôt  un   ange   qu'un   hom- 
me qui  avoit  parlé.  C'est  ce  que  S.  Grégoire  de  Tours  té- 
moigne   avoir  rapporté  plus  au  long  dans  la  préface  qu'il 
avoit  mise  à  la  tête  des  Messes  composées  par  S.  Sidoine. 

'L'Evêque  Megethe  dont    on  ne    connoît    pas    certaine-  su.  s.  1. 7.ep.3. 
ment  le  Siège,  les  demanda  à  S.  Sidoine,  qui  eut  quelque  p-  " 
peine  à  les  lui  envoïer.  Il  le  fit  néanmoins,  en  quoi  il  dit 


1019. 


vs.ecle.     568  S'  SIDOINE, 


qu'il  donna  une  grande  preuve  de  son  obéissance  pour  ce 
Saint  Prélat ,  et  encore  plus  de  sa  témérité ,  en  expo- 
sant ses  ouvrages  au  jugement  d'une  personne  très-docte 
et  très-éloquente. 

iwd.  6°.  'On  peut  dire  en  général  '  après  S.'  Sidoine  même  , 

qu'il  écrivoit  beaucoup  de  choses;  mais  qu'il  en  publioit 
peu,  et  que  par  conséquent  il  ne  peut  gueres  se  faire  que 
nous    n'aïons  perdu  plusieurs  des  Ouvrages  qui  sont  sortis 

sid.i.s.ep.is.p.  de  sa  plume.'  Il  avoit  commencée  écrire  la  guerre  d'At- 
tila ,  et  l'histoire  du  siège  que  ce  Roi  barbare  avoit  mis 
devant  Orléans,  comme  nous  l'avons  déjà  remarqué. 
Mais  n'étant  pas  content  de  ce  qu'il  avoit  fait,  il  laissa 
cette  entreprise  ,  sans  communiquer  à  personne  ce  qu'il  en 
avoit  déjà  jette  sur  le  papier. 

Tiii.ibid.  p. 277.  |        '  On  ne  sçait  ce  que  c'est  que  Liber  causarum;  mis  par  Ca- 

cave,  p.  292.        ye  en{re  ies  ouvrages  fe  g    Sidoine  qui  sont  perdus.  On  ne 

voit  pas  même  ce  qui  a  pu  donner  sujet  à  cet  Ecrivain , 
sid  vit.  a  sir.  d'attribuer  un  tel  ouvrage  à  nôtre  Saint.  '  Son  épitaphe 
à  la  vérité  dit  de  lui  Causarum  moderans  subinde  motus;  mais 
on  ne  peut  pas  croire  que  Cave  ait  fondé  son  Liber  causa- 
rum sur  cet  endroit ,  qui  signifie  seulement  que  S.  Sidoine 
avoit  le  talent  d'appaiser  les  troubles ,  qui  s'élèvent  quel- 
quefois dans  différents  partis.  Il  y  a  aussi  quelque  appa- 
cave,  ibid.  rence  que  c'est  une  faute  d'exactitude'  dans  le  même  Au- 

teur ,  lorsqu'après  avoir  marqué  entre  les  ouvrages  qui 
nous  restent  de  S.  Sidoine ,  ses  vingt-quatre  poèmes ,  au 
nombre  desquels  sont  compris  les  panégyriques  de  Majo- 
rien  et  d'Antheme ,  il  met  encore  ces  deux  pièces  dans  le 
Catalogue  des  écrits  de  S.  Sidoine  qui  sont  perdus. 

S-  iv. 

SON  GENIE,  SON  ELOQUENCE,  SON  ERUDITION. 

Tiii.  H.E.t.i6.p.    O  aint,  Sidoine  passoit    presque   sans    contradiction  ,    et 
280  O  pour  la  plume   la   plus   éloquente ,   et  pour  l'esprit  le 

f)lus  judicieux  et  le  plus  élevé  qui  fût  alors  dans  les  Gau- 
es.  '  Nicet ,  l'un    des  meilleurs  connoisseurs  ,  et  des  plus 
498  •  éloquents  nommes  de  ce  temps-la,  ne  pouvoit  se  lasser  de 

louer  les  ouvrages  du  Saint.  Il  ne  faisoit  pas  même  diffi- 
culté 


EVÊQUE  DE  CLERMONT.  569     „  mtmmmm 

V    SIECLE. 


culte  de  dire,  que  dans  un  âge  encore  peu  avancé,  il  surpas- 
soit  en  plusieurs  genres  d'écrire  la  plus  grande  partie  de 
ceui  de  son  âge,  et  même  beaucoup  de  vieillards.  '  Un  au-  1.  s.  ep.  17. 
tre  ami  de  Sidoine  relevoit  ses  vers  avec  des  éloges,  qu'Ho- 
mère  et  Virgile   auroient   à  peine    mérités  ;  '   et  Tonance  1. 9.  ep.  13. 
Ferréol   homme  de    la   première  qualité   dans  les  Gaules , 
ne  craignoit  point  de  le   préférer  à  la  plupart  des  Poètes. 
'De   même   Mamert   Claudien   sçavant  Prêtre  de    l'Eglise  p^-P;.1-  {0c45-i}-de 
de  Vienne,  en  lui  adressant  l'ouvrage  qu'il  avoit  fait  à  sa  an■pr'p• 
prière,  sur  la  nature  de  l'ame,  le  qualifie  un  homme  très- 
docte,  le  premier  pour  l'art  de  bien  parler,  aussi  bien  que 
pour  l'érudition ,  et  le   réparateur   de  l'éloquence  des  an- 
ciens. '  Gennade,  après  avoir  loué  la  subtilité  de  son  esprit  Genn.vir.ui.c.w. 
et  la  pureté  de  sa  doctrine,  dit  que  ses  ouvrages  en  vers 
ou  en  prose,  nous  montrent  quelle  étoit  sa  capacité  dans 
les  letres.  '  S.  Avite  Evêque   de  Vienne ,  relevé  avec  éloge  ^il-  eP-  38- 
les  charmes  de   son  éloquence,  et   cette  abondance    sem- 
blable à  un  fleuve,  qu'il  découvroit  en  lui. 

'S.  Sidoine  a  conservé  la  même  réputation  dans  les  sie-  sia.pr.p. 3.5.7. 
clés  postérieurs.  Guibert  de  Gemblours  ,  Helinard,  Flo- 
doard  et  Trithême  le  nomment  le  plus  sçavant  de  tous 
les  Prélats ,  un  homme  plein  d'esprit ,  et  d'une  éloquence 
aussi  grande  qu'élevée.  '  S.  Pierre  le  vénérable  lui  donne  p-  *« 
les  titres  d'homme  le  plus  docte  de  son  siècle,  de  génie 
le  ^)lus  pénétrant  et  le  plus  vif,  et  qualifie  ses  letres  les 
plus  élégantes  et  les  plus  polies ,  que  l'on  vit  paroître 
alors.  Pierre  de  Poitiers  s'accorde .  avec  Mamert  Claudien , 
à  nous  le  donner  pour  le  restaurateur  du  style  des  anciens. 

'  De  tous  ceux  qui  se  mêloient  d'écrire  en  ce  temps-là ,  Du  Pin,  bit.  1.  4. 
ajoute  M.  du  Pin,  il  n'y  en  avoit  point  de  plus  habile  dans  p' 603' 
les  belles  letres,  ni  qui  écrivît  plus  élégamment,  soit  en 
prose  soit  en  vers,  que  S.  Sidoine.  Ses  écrits  confirment 
ce  jugement  avantageux.  Us  sont  tous  pleins  d'esprit  et  de 
feu  ;  l'on  y  trouve  des  pensées  curieuses ,  agréables ,  et 
bien  tournées.  Il  y  a  une  abondance  et  une  variété  de 
discours  qui  surprennent,  et  qui  charment.  Il  se  sert  de 
termes  propres ,  significatifs ,  et  extraordinaires  ;  quoi- 
qu'il en  mêle  quelquefois  qui  ne  sont  pas  de  la  pure 
latinité.  Il  y-  a  beaucoup  de  sel  et  de  saillies.  Son  discours 
est  vraiment  épistolaire,  c'est-à-dire  concis,  plaisant,  plein 
de  pointes  et  de  pensées  divertissantes  et  enjouées.  II  ex- 
.  „     Tome  II.  G  c  c  c 


V  S  1  E  C  L  E. 


570  S.  SIDOINE, 


•—  celle  dans  les  descriptions  et  dans  les  portraits,  qui  sont 

le  principal   ornement  de  ses  écrits.   Tel    est  le   jugement 
que  les  autres  ont  fait  de  l'esprit,  de  l'érudition,  et  de  l'é- 
loquence de  S.  Sidoine, 
sid.  i.  3.  eP.  7.  p.       '  Pour  lui  il  avoue  qu'il  avoit  plus  de  facilité  pour  écrire, 
«9)8'8.  eP.  *.        que  de  capacité  pour  le  bien  faire;  *  mais  que  s'il  ne  sça- 
voit    pas   faire  de   belles  pièces,  il  étoit  néanmoins  capa- 
1. 1.  ep.  i.  p  î.     ble  de  juger  de  celles  des  autres.  '  Il  convient  que  son  sty- 
le bien  loin  d'approcher  de  celui   de   Gicéron ,   de   Pline , 
î.s.ep.ie.p.sss.     de  Jule  Titien,  de  Symmaque  et  de  tant  d'autres,'  n'a  ni 
élévation,    ni    éloquence ,  ni    politesse  ,  ni    beauté  ;    qu'il 
est  bas,  sec  ,  commun  ;  que  l'on  n'y  trouve  qu'une  simpli- 
cité bourgeoise;  mais  que  néanmoins  il  plaisoit  à  ses  amis, 
ce  qui  étoit  assez  pour  lui.  Avec  tout  cela  il  ne  laisse  pas 
de    donner  à  entendre,    qu'il  n 'avoit  point   emploie  d'ex- 
Du  Pin,  ibid.         pression  qui  ne  fût  autorisép  par  quelque  bon  auteur  :  '  ce 
que  l'on  croit  avec  juste  raison  n'être  pas  absolument  vrai, 
sid.  i.  7.  «p.  g.  p.  Mais  il   a  la   justice  '  d'avouer   encore   que  les  plus   élo- 
*95-  quents  de  son  siècle,  ne  l'étoient  guéres  en   comparaison 

de  ceux  de  l'antiquité  ;  la  véritable  éloquence  étant  tout- 
à-fait  dégénérée. 
Tiii.  ibid.  p.  28i.  C'est  pourquoi  '  il  pouvoit  y  avoir  des  personnes  ,  com- 
me il  y  en  avoit  effectivement,  qui  accoutumées  à  une  élo- 
quence plus  pure  et  plus  naturelle ,  trouvoient  bien  des 
défauts  dans  ce  que  l'on  estimoit  le  plus  en  ce  temps-là, 
p.  280.  et  dans  les  écrits  de  S.  Sidoine  même  ,  '  comme  il  le  recon- 

,,.  28i.  noît  en  plusieurs  endroits.  '  Il  pouvoit  avoir  autant  de  gé- 

nie que  les  plus  excellents  Poètes  et  Orateurs  :  mais  le  goût 
de  son  siècle  étoit  bien  au-dessous  de  celui  des  anciens  ;   et 
assurément  il  seroit  difficile  de  justifier,  que  ses  écrits  ne 
se  ressentent  pas  de  ce  mauvais  goût ,  encore  plus  qu'au- 
cun des  autres  Ecrivains  de  ce  temps-là. 
Gyr.  poe.  diai.5.       'On  y  trouve  un  certain  jargon  gaulois  et  barbare,    qui 
î'vwù»,  dorat.die.  les  défigure  beaucoup.  '  L'auteur    s'y    sert   de  mots  hors 
i.  s.  ràp .  dopoei.  d'usage,  d'autres  inventés  de  nouveau.  Sa  diction  est  du- 
l''  re,  ses  phrases  obscures  ;  en  un  mot  sa  prose  est  insuppor- 

Tiii.  ibid.  |da  Pin,  table.  '  Il  est  absolument  trop  plein  -  d  antithèses ,    de  fi- 
,bu1,  gures,  de  jeux  de  mots,  et  trop  nardi  dans  ses  expressions, 

ses  métaphores ,  ses  comparaisons.   Il  donne  un   tour  trop 
forcé  et  trop  subtil  à   ses   pensées ,  et   pèche ,   pour  ainsi 
Menag.t.i.p.385.  dire,  par  trop  d'esprit.  '  C'est  ce  qui  a   fait  dire  à  quel- 


EVÉQUE  DE   CLERMONT.  57i    .      ■      „ 

*  V   SIECLE. 


3ues-uns,  qui  s'en  expliquent  en  sortant  du  respect  qu'ils  ' 

oivent  à  un  Evêque  aussi  respectable,  que  l'on  ne  peut  dis- 
convenir que  S.  Sidoine  n'eût  de  l'érudition  ;  mais  que  l'on 
doit  convenir  aussi  qu'il  écrivoit  en  fanatique,  et  que  son 
style  est  extravagant.  Et  il  ne  faut  pas  dire,  ajoutent-ils, 
que  c'étoit  le  vice  du  siècle;  puisque  Cassien,  S.  Prosper, 
Vincent  de  Lerins,  Mamert  Claudien,  S.  Eucher,  Sal- 
vien  et  autres  n'ont  point  donné  dans  ce  style. 

D'ailleurs'  cette  trop  grande  subtilité  jointe  à  une  pro-  pu Pin,ibid,  | m 
fonde   érudition ,    le    rend    quelquefois  obscur    et    difficile  lbld* 
à  entendre.  S.  Rurice  qui  ne  manquoit  ni  d'esprit  ni  d'é- 
rudition  pour    en  juger,    ni  d'affection   et  d'estime    pour 
S.  Sidoine,  '  a  remarqué  lui-même  cette  obscurité  de  ses  Rur.  i.  2.  ep.  25. 
ouvrages.  '  Pétrarque  dit  aussi  que  souvent  il  n'y  trouvoit  sid.  pr.  P.  6. 
rien  de  beau,  parce  qu'il  ne  les  entendoit  pas.  En  effet  on 
ne  seroit  pas  éloigné  de  juger,  que  S.  Sidoine  a  presque 
fait  consister   son  éloquence  à  se  rendre  intelligible  à  peu 
de  personnes. 

'  Comme  cette  obscurité  est  plus  ordinaire  à   la  poésie  ,  m.  Utf. 
pour  laquelle  il  faut  beaucoup  de  vif  et  de  feu,  ce  qui  pa- 
roît  avoit  été  le  caractère  naturel  de  Sidoine,  '  il  passe  pour  ibid|Gyr.ibid|Viv. 
avoir  mieux  réussi  dans  ses  vers  que  dans  sa  prose.  '  On  ju-  ibid. 
ge  néanmoins  qu'aïant  beaucoup  de  facilité  pour  faire  des 
vers,  il  ne  se  donnoit  pas  assez  de  soin  de  les  polir  et  de 
les  perfectionner.  '  Il  y  fait    même  paroître  de  l'éloquen-  Jug.  des  Sav.  poë. 
ce    poétique,    mais  c'est  de  celle  de  son   siècle  ,  qui   dégé-  p' 521' 
néroit   déjà  beaucoup  de  l'ancienne,  par  l'affectation  dont 
il  usoit  dans  les   allusions  sur  les   mots,    et  dans  les  ren- 
contres des  noms  qui  avoient  de  la  ressemblance.  Au  ju- 
gement de  Jules  Scaliger,  S.  Sidoine  est  un  écrivain  exact, 
plein   de  mots  choisis  et  de  pensées  fines,  qu'il  renferme 
dans  un  style  concis.  Mais  aussi  selon  le  P.  Rapin,  il  est 
tombé    dans    l'impropriété    en    affectant    de   la  grandeur 
d'expression,   sans  avoir   pourtant   le  génie    de    la  poésie; 
et  suivant  le  P.  Briet  et  M.  Borrichius  '  il  fait  souvent  des  p.  522. 
fautes  de  Prosodie. 


,  c  c  c  1J 


572  S.  SIDOINE, 

V   SIECLE. 


S  v. 

EDITIONS  DE  SES  ŒUVRES. 

Bib.  cas.  Ben.  '  t  a  première  édition  des  œuvres  de  S.  Sidoine  parut 
-Li  en  un  volume  in  folio  sans  préface,  ni  commentaire, 
ni  aucunes  notes.  Le  volume  est  aussi  destitué  de  toute  mar- 
que propre  à  nous  en  faire  connoître  ou  l'Imprimeur,  ou 
le  lieu  de  l'impression.  On  n'y  trouve  non  plus  aucune  date; 
mais  les  caractères  et  le  papier  font  voir  assez  clairement, 
que  cette  édition  a  suivi  de  près  l'invention  de  l'imprime- 

...Maj.  mon.  rie.  'En  1498  Jean-Baptiste  Pius  en  donna  une  édition  avec 
des  commentaires  de    sa   façon,  laquelle  parut  à  Milan  en 

Miss.  Cen.  un  volume  in  folio.  '  Cette  même  édition   reparut  ensuite 

à  Basle  chez  Henri  Pétri,  l'an  1542  avec  les  mêmes  com- 

...mon.  siiv.  mentaires,  en  un  volume  in  4°.  '  Elie  Vinet  en  prépara  une 
autre  édition,  qu'il  publia  à  Lyon  chez  Jean  de  Tournes 
en  un  volume  in  8°  l'an  1552.  Il  marque  à  la  fin  que  dans 
le  manuscrit  de  Saintes  dont  il  s'étoit  servi,  il  y  avoit  d'au- 
tres poésies  à  la  suite  de  celles  de  S.  Sidoine,  comme  si 
elles  eussent  été  du  même  auteur.  Mais,  quoiqu'il  ne  ju- 
geât pas  qu'elles  en  fussent,  non  plus  que  les  Sçavants  qui 
sont  venus  après  lui  ne  l'ont  pas  jugé,  il  n'a  pas  laissé  de 
les  faire  imprimer  avec  celles  de  S.  Sidoine. 

syii.poë.  chr.  '  Sebastien  Henri  Pelri  imprima  encore  à  Basle  l'an  1597, 

Bib.  ff.  prœd.  cen.  les  œuvres  de  S.  Sidoine  en  un  volume  in  8°.  '  L'édition 
qu'en  donna  Jean  de  Wouwer  en  fut  faite  sur  les  anciens 
imprimés.  On  la  mit  au  jour  l'an  1598  en  un  volume  in  8°, 
avec  les  notes  de  l'éditeur,  et  celles  de  Pierre  Colvius.  Elle 
sortit  des  presses  de  Jean  Pilchotte  Imprimeur  à  Lyon  ; 
mais    elle    fut    débitée    à   Paris   chez   Ambroise    Drouart. 

Fab.bii.iat.p.207.  '  Georges  ou  plutôt  Gevehart  Elmenhorstius  fit  réimpri- 
mer les  écrits  de  S.  Sidoine,  avec  les  mêmes  notes  et  en  mê- 

Le i.ong,  ub. bist.  me  volume  en  1617  à  Francfort.  '  Le  P.  le  Long  marque 

'cîte.l,.<m  |  Bib.  celte  édition  comme  faite  à   Heidelberg. a  D'autres  la  met- 

Bai.  P.  C43.  tent  à  Hanaw.  Est-ce  qu'elle  auroit  paru  en  trois  endroits 

différents  la  même  année  ? 

Bib.  s.  vin.  cen.  'En  1598,  et  non  pas  1599,  comme  on  le  trouve  en  di- 
vers auteurs,  Jean  Savaron  aiant  revu  sur  quelques  ma- 
nuscrits les  œuvres  de  S.   Sidoine,    les  donna  au  public 


EVÈQUE  DE  CLERMONT.  573     it.1Mf_ 

Y    ait  LLb' 


avec  les  petites  poésies  étrangères,  dont  nous  avons  par- 
lé  plus  haut.  Cette  édition  qui  est  sans  notes,  '  et  que  M.  Fab.  bu>.  îat.  p. 
Fabricius  paroît  confondre  avec  celle  de  1609  in  4°,  '  pa-  ^mb.s.vin.Cen. 
rut  à  Paris  chez  Adrien  Perier  en  un   volume  in  8°,  à  la 
tête  duquel  Savaron  a  mis  la  vie   de  l'auteur  tirée  de  ses 
propres  écrits,  pour  la  plus  grande  partie.  Mais  cet  éditeur 
s'étant  apperçu    sans    doute  que  l'on  ne  pouvoit  lire   avec 
plaisir  et  avec  fruit  un  texte  aussi  obscur  qu'est  celui  de  S. 
Sidoine,    s'il   n'étoit  accompagné   de   bonnes  notes,  il  tra- 
vailla à  procurer  cet  avantage  au  public;  '  et  en  1609  il  fit  ibid. 
paroître   sa    belle    édition   avec    de    sçavants  commentaires 
en   un   volume   in  4°,  imprimé  au  même  endroit  et  chez 
le  même  imprimeur.  L'édition  de  Savaron,   quelque    esti- 
mée qu'elle  fût,  n'empêcha  pas  néanmoins'  que  le  P.  Sir-  ibid.  Fab.wb.p. 
mond  n'en   donnât    une  autre    avec   de   nouvelles    notes.  *"'  ''  . '  en' 
Celle-ci  fut  faite   à  Paris  dès  1614,  '  et  renouvellée  avec  Bib.s.  serg.  And. 
de  plus  amples  notes,   chez  Sébastien  et  Gabriel  Cramoi- 
sy  au  même  endroit  l'an  1652,  en  un  volume  in  4°; 'puis  sir.op.t.i.p.837- 
insérée  dans  la  collection  des  ouvrages  du  P.  Sirmond,  im-  1310- 
primés  en  1696,  '  et  auparavant  dans  la  Bibliothèque  des  Bib.  pp.  i.  6.  p. 
Pères  de  Lyon.  107:- 1155- 

'M.  Du  Pin  et  d'autres  estiment  beaucoup  les  notes  de  DuPin,bib.t.4.P. 
Savaron  sur  S.  Sidoine,  et  encore  plus  celles  du  P.  Sir-  ^.' J"gi^,SaT' 
mond,  quoiqu'ils  avouent  que  ces  dernières  n'ont  pas  ren- 
du les  autres  inutiles,  et  qu'il  est  bon  d'avoir  les  unes  et  les 
autres.  '  On  ne  peut  cependant  s'empêcher  de  dire  que  cel- 
les de  Savaron  sont  moins  lumineuses  que  sçavantes.  Cet 
éditeur  en  effet  s'y  est  plus  appliqué  à  étaler  son  érudi- 
tion, qu'à  éclaircir  le  texte  de  son  auteur  :  ce  que  le  P. 
Sirmond  n'a  pas  négligé,  comme  étant  la  chose  la  plus 
nécessaire  dans  les  éditions  des  ouvrages  des  anciens.  (XXvI.) 


V  SIECLK. 


574 


DIVERS  HOMMES  DE  LETRES, 

CONTEMPORAINS  DE  S.  SIDOINE, 

DESQUELS    ON    SÇAIT    PEU    DE    CHOSES. 


N 


ous  avons  déjà  observé,  que  tout  ce  qui  s'est  passé 
dans  nos  Gaules  touchant  les  lelres  en  ces  temps  éloi- 
gnés, nous  doit  être  précieux,  et  mérite  de  n'être  pas  omis 
dans  un  ouvrage  de  literature.  C'est  ce  qui  nous  porte  à 
recueillir  ici  sous  un  même  titre  divers  hommes  de  letres, 
sur  lesquels  l'antiquité  ne  nous  fournit  pas  une  matière 
suffisante,  pour  leur  donner  des  titres  particuliers.  Quoi- 
que l'on  ne  sçache  que. peu  de  choses  de  leur  histoire,  ils 
n'en  méritent  pas  moins  d'être  connus.  Ce  nous  est  même 
un  nouveau  motif  d'en  parler,  afin  de  ne  pas  laisser  per- 
dre le  peu  que  l'on  en  sçait.  D'ailleurs  ils  ont  fait  comme 
les  autres,  dont  on  a  des  éloges  entiers,  l'honneur  et 
l'ornement  de  leur  pais, 
sid.  s.  car.  ?.  v.  Le  premier  qui  se  présente  à  nôtre  plume,  '  est  un  cé- 
*85"292-  lebre    poëte    nommé    Quintien.    Il  étoit   de  Ligurie;  mais 

il  quitta  ensuite  son  pais,  et  se  retira  dans  nos  Gaules,  où 
il  paroît  avoir  fini  ses  jours.  Il  y  suivit  l'armée  du  Géné- 
ral Aëce,  sans  que  le  tumulte  et  le  bruit  des  armes  fussent 
capables  d'interrompre  ses  études.  Durant  même  qu'il 
étoit  ainsi  à  la  suitp  de  l'armée,  il  fit  jusqu'à  trois  fois  le 
panégyrique  de  ce  Général,  et  mérita  autant  de  fois  les 
honneurs  publics,  que  l'on  rendoit  aux  plus  célèbres  Poè- 
tes en  ces  occasions.  Quintien  avoit  pour  la  poésie  un  gé- 
nie tout  de  feu,  ce  que  S.  Sidoine  exprime  en  le  qualifiant 
un  génie  foudroïant.  Il  vivoit  encore,  ce  semble,  lorsque 
cet  auteur  parloit  ainsi  de  lui  avant  l'an  471. 
1. 1.  eP.7.p.856.  Vers  le  même  temps  '  Thaumaste  faisbit  un  des  principaux 
857 •  ornements  de  nos  Gaules,  joignant  à  une  grande  éloquence 

une  profonde  érudition.  En  468  il  fut  député  à  Rome, 
avec  l'illustre  Tonance  Ferréol  et  Pétrone,  de  la  part  des 
Gaules,  afin  de  poursuivre  l'affaire  d'Arvande  accusé  du 
i.5.ep.7.P97*. i   crime  de  Leze-Majesté  et   de   Péculat.  '  Thaumaste  avoit 


Cai-.M.V.  84-89. 


DIVERS  HOMMES  DE   LETRES.         575 

V    SIECLE. 


un  frère  beaucoup  plus  jeune  que  lui,  nommé  Apollinaire. 

S.  Sidoine  leur  parent,  et  de  même  âge  que  le  plus  jeune 

des  deux  frères,  aimoit  celui-ci  comme  son  frère  propre, 

et  honoroit1  l'autre,  comme  s'il  eût  été  son  oncle.  Lorsqu'il 

eut    recueilli   ses  poésies  en  un  corps  d'ouvrage,  il  voulut 

que  les  deux  frères   fussent  des  premiers  qui  en  eussent 

communication.  Il  semble  qu'ils  fissent  alors  leur  demeure 

à  Tricastin,  aujourd'hui    S.  Paul  trois  Châteaux  :  au  moins 

nous  ne  connoissons  point  de  lieu  qui    approche  le  plus 

'  de  l'expression  de  S.  Sidoine, Exin  tende  gradum,  trïbusque  car  24.  v.  si 

Villis  Thaumastum  expete.  Il  y  a  plusieurs  letres  du  même 

Auteur    adressées   à  Thaumaste   et  à   Apollinaire.    '    Cel-  1.  s.  eP.  7. 

le    qui  3'adresse  à   Thaumaste,   est  sur-tout  remarquable 

pour  le  portrait  qu'elle  contient  des  Bourguignons,    qui 

dominoient  dans  Lyon. 

Après  le  milieu  de  ce  siècle,  '  il  y  avoit  dans  la  même  ep.17p.990. 1  not. 
Ville  un  Avocal  nommé  Philémace, a  qui  passoit  pour  une  Pp8^;.^. 
source   inépuisable    d'éloquence.   Il  avoit  autant   de  poli- 
tesse que  de  feu  et  de  vivacité;  '  mais  il  étoit  encore  plus  p.  990. 
recommandable  pour  la  probité  dont  il  faisoit  profession. 

Après  qu'il  eut  été  Assesseur  d'un  Vicaire,  on  lui  offrit  1.1.  «p  3.  *.8«. 
la  charge  d'Assesseur  d'un  Préfet,  apparemment  des  Gau- 
les. Ce  fut  pour   l'exhorter  à  accepter   cette  Charge,  que 
S.  Sidoine  lui  écrivit  la  3e  letre  de  son  premier  livre.  '  Phi-  î.s.ep.n.p.-w. 
lémace  avoit  un  gendre  homme  de  letres  et  de  mérite,  qui 
étoit  aussi  de  Lyon  et  ami  de  Sidoine  comme  son  beau-pe- 
re.    Ce  gendre   se  nommoit   Eriphe ,   et  demeuroit  tantôt 
à  la  Ville   tantôt  à  la  campagne ,   où  il  prenoit  quelque- 
fois le  divertissement  de  la  chasse.  Mais  cette   occupation 
ne  l'empêchoit  pas  de  donner  du  temps  à  l'étude  qui  fai- 
soit ses  délices.  Il  aimoit  particulièrement  les  écrits  de  S. 
Sidoine,  qui  dans  une  assez  longue  letre  '  lui  adresse  un  p.  991.  99*. 
quatrain  qu'il  avoit  fait  en  faveur  de  Philémace,  à  qui  il 
donne  le  trtre  d'Illustre.  '  Le  même  S.  Sidoine  composa  une  1. 2.  ep.  s.  p.890. 
Epitaphe  que  nous  avons  encore,  pour  orner  le  tombeau  891' 
d'une  nommée  Philématie ,   ou  Filimatie ,   qui   étoit   une    . 
Dame  illustre  par  toutes  sortes  de  belles  qualités.  Mais  il 
ne  paroît  pas  autrement  qu'elle  fût  de  la  famille  de  Phi- 
lémace dont  nous  parlons. 

Cette   Epitaphe   nous  fait   connoître    un   autre  homme 
de  letre»,  à  qui  elle  est  adressée.  C'est  Désiré,  qui  paroit 


V    SIECLE. 


576  DIVERS  HOMMES 

s'être  mêlé  lui-même  de  faire  aussi  des  vers.  S.  Sidoine  en 
la  lui  adressant,  lui  dit  que  si  elle  peut  avoir  son  appro- 
bation, un  Libraire  en  sçaura  faire  usage  pour  la  joindre  à 
s»T.in.sid.p.is3.  ses  autres  poésies.  '  Savaron  prétend  que  Désiré  étoit  un 
Sénateur  de  Clermont  en  Auvergne,  et  qu'il  est  un  des 
ancêtres  du  S.  Evêque  de  même  nom,  qui  gouverna  cette 
Eglise  après  S.  Avite.  Il  y  a  bien  de  l'apparence  qu'il  est 
sir.in.sid.p.itii.  aussi  le  même,  '  à  qui  Sévérien  adressa  vers  le  même  temps 
un  traité  de  rhétorique. 

Nous  sommes  redevables  à  S.  Sidoine,  de  la  connoissan- 
ce  que  nous  avons  de  ces  hommes  de  letres.  C'est  encore 
lui  qui  nous  aprend  ce  que  nous  allons  rapporter  de  quel- 
sid.s.i.i.ep.n.     ques  autres,  qui  étoient  ses  contemporains.  '  Il  parle  d'un 
p-  867-  Montius  comme  d'un  homme  des  plus  éloquents  de   son 

siècle.    Ce  Montius  étoit  de   la   province    des  Séquanois; 
et  c'est  à  lui  que  S.  Sidoine  adresse  l'histoire  de  la  préten- 
due satyre  contre  Peone,  qui  fit  tant  de  bruit  en  son  temps. 
.7.ep.u.p.io«.    '  Philagre,  ami  particulier  du  même  S.  Sidoine,  qui  lui 
sir!  not.  p.  91*.    écrit  la  14e  letre  de  son  7e  livre,  pouvoit  descendre  '  du 
Patrice  Philagre,  dont  l'Empereur  Avite  et  le  Consul  Ma- 
sid.  ibid.  gnus  étoient  issus.  '  S.  Sidoine  nous  représente  son  ami,  com- 

p.  îou.  me" un  homme  versé  dans  toute  sorte  d'érudition,  '  et  qui 

avoit  beaucoup  de  belles  qualités   qui  le  rendoient  aima- 
ble.  Mais  S.   Sidoine  l'aimoit  sur-tout  pour  la  régularité 
de  ses  mœurs,  qui  étoient  assez  semblables  aux  siennes. 
car.24.v  93.94.      '  Philagre  avoit  une  bonne  Bibliothèque,  *  et  faisoit  ses  plus 
•i.7.ep.u.p.io44.  cheres  délices  de  l'étude,  et  de  la  compagnie  des  gents  de 
i.8.ep.s.p.io57.     letres.  '  S.  Sidoine  adresse  encore  une  de  ses  letres  à  un 
Fortunal,  homme  de   sçavoir,  pour   louer  son   éloquence, 
et  faire  passer  son  nom  à  la  postérité.  Il  le  qualifie  un  illu- 
stre ornement  de  l'Espagne,  d'où  il  semble  qu'il  étoit  sor- 
ti pour  se  retirer  dans  les  Gaules.   Entre  les  louanges  que 
lui  donne  S.  Sidoine,  qui  avoit  lié  amitié  avec  lui,  il  dit 
qu'il  avoit  soutenu   de  grandes  afflictions  avec  beaucoup, 
de  constance. 
8ep.6.p.io5T.         Nammace,  ou   Namace,  '  autre  ami  de   S.  Sidoine,   à 
°65-  qui  il  écrivoit  quelquefois,  étoit  un  Seigneur  de  Sainton- 

ge,   qui  avoit   une   terre  dans  l'Isle  d'Oleron.    Son  occu- 
pation la   plus   ordinaire   étoit  la  chasse,    et  quelquefois 
l'agriculture.  C'est  pourquoi  S.  Sidoine  lui  conseille  la  lec- 
p  .io65.  ture  de  Vitruve  et  de  Columelle.  '  Mais  il   ne  laissoit  pas 

de 


DE    LETRES.  577     f  siecle_ 


de  donner  quelque  temps  à  l'étude  des  sciences,    et  d'à- 
masser  de  bons  livres.  S.  Sidoine  lui  envoïa  en  une  occa- 
sion Varron  et  la  chronique  d'Eusebe,  que  Nammace  lui 
avoit  demandé.  '  On  trouve  vers  la  fin  de  ce  siècle  un  Na-  Rur.  1.  2.  cp.  *. 
mace,  dont  la  fille  épousa  le  fils  de  S.   Rurice  Evêque  de 
Limoges  ;  et  nous  ne  voions  rien   qui  empêche  que  ce  ne 
soit  le  même  dont  nous  parlons.  '  Mégethe  Evêque  dans  les  sid.  s.i.7.ep.3.p. 
Gaules  avoit  aussi  d'étroites  liaisons  avec  S.  Sidoine.  C'étoit  ,019' 
un   Prélat    éloquent ,    vénérable   pour  sa  vertu ,    et   d'un 
examen  d'autant   plus   sévère,   qu'il   avoit  plus  de  lumière 
et  de  sçavoir.  '  Il  y  a  un  Evêque  de  ce  nom  parmi  ceux  qui  Conc.t.4. 
assistèrent    au    Concile    d'Arles    vers   475  ;    mais    on    ne 
sçauroit  assurer  que  c'est  le  même.  On  n'a  point  non  plus 
de  bonnes  preuves  pour  le  faire  Evêque  de  Bellai,  comme 
quelques-uns   voudroient.    Quoi   qu'il    en    soit,  '  Mégethe  SM.ibw. 
aïant  demandé   à   S.  Sidoine   ce  que   celui-ci  nomme  ses 
Contestât iuncul as ,  et  que  nous  croïons  être  des  Préfaces 
pour  différentes  Messes,  suivant  l'usage  de  ce  temps-là,  S. 
Sidoine    les    lui   envoïa,    en  faisant   beaucoup   valoir   son 
obéissance  en  cette   occasion.  Car  il  lui  témoigne   dans  la 
letre  qu'il  y  joignit,  que  c'étoit  jelter  de  l'eau  dans  la  mer, 
et  porter  du  bois  dans  les  forêts ,   que  d'envoïer  ainsi  des 
écrits  à  une   personne   qui  étoit  encore   plus  capable  d'en 
faire  que  lui-même. 

Voici   deux  célèbres  Avocats  encore  fort  connus  de  S. 
Sidoine,  quoiqu'il  ne  nous  ait  laissé  que  peu  de  traits  de 
leur    mérite.    Ils    soûtenoient    l'un  et  l'autre   une    grande 
érudition  par  un  plus  grand  amour  pour  la  justice.  '  L'un  se  i.2.cp.i3.p.w3. 
nommoit  Marcellin ,  et  étoit  l'une  de  ces  personnes  illus-  car'23'  *•**"*■ 
très  que  Sidoine  se  faisoit  honneur  de  visiter  à  Narbone, 
durant   le   séjour  qu'il  y  fit  avant  son  Episcopat.  Marcel- 
lin  possedoit  à  fond  la  science  des  Loix,  et  avoit  un  si  par- 
fait  attachement  pour  la  vérité,  que  rien  au  monde  n'é- 
toit  capable  de  la  lui  faire,  non  pas  violer,  mais  même  lé- 
gèrement blesser.  C'est  ce  qui  le  faisoit  passer  pour  un  hom- 
me extrêmement  sévère  aux  yeux  de  ceux  qui  ne  le  con- 
noissoient   pas.    Mais    ceux   qui    l'avoient    pratiqué,    sça- 
voient  lui   rendre  la  justice   qu'il  méritoit.  '  L'autre  Avo-  i.3.cp.io.p.s>i9. 
cat  se   nommoit  Tétrade,  et  paroît   avoir    été  de  la  Ville  ■ 
d'Arles.   C'étoit  un  homme  d'un  excellent  conseil  ;  et  l'on 
trouvoit  en  lui  une  source  très-pure  d'érudition.  '  La  pure-  car.  2*.  v.  80-83. 

Tome  IL  D  d  d  d 


V  SIECLE. 


578  EGDICE, 

té  de  ses  mœurs  et  son  équité  le  mettoient  au  rang  de  ceux 
qui  faisoient  l'ornement  des  genls  de  bien  de  son  siècle. 


E  CD I  CE, 

Comte,  General    d'Aumée   et  Patrice. 


i; 


l  est  peu  de  personnes  qui  aient  plus  contribué  au  pro- 
grès des  letres  dans  leur  pais ,   que  le   fit  Ecdice  ,   dont 

sid.s.i.3.ep.3.p.  nous  entreprenons  l'éloge.  '  11  naquit  en  Auvergne,  et  peut- 

l  î.  op.i».p.988.  être  à  Clermont  môme ,  d'une  famille  très-distinguée.  '  Il 
eut  pour  sœur  Papianille,  qui  épousa  saint  Sidoine   de- 

T«i.  h.  E.t.ie.p.  puis  Evêque  de  Clermont.  '  Mais  on  croit  qu'il  n'en  étoit 
irere  que  du  côté  de  leur  mère,  qui  auroit  eu  Papianille 
de  ses  secondes  noces  avec  Avite,  qui  fut  Empereur  dans 

sir.  in  sid.. p. 875.  la  suite.  '  Le  P.  Sirmohd  prétend  néanmoins  qu'Ecdice  et 

911  '  Agricole  son  frère,   étoient  réellement  fils   d'Avite.   Quoi- 

sid.  i.  3.  cp.3.p.  qu'il  en  soit,'  Ecdice  fut  presque  le  seul  de  son  siècle,  dont 
la  naissance  eût  été  désirée  de  sa  Patrie,  avant  qu'il  vint 
au  monde,  et  qui  lui  eût  donné  de  la  joie,  après  que  sa 
mère  l'eut  enfanté.  Si-tôt  qu'il  fut  en  âge,  on  vit  en  quel- 
que sorte  se  réunir  de  toutes  parts  à  Clermont  tous  les 
genres  de  sciences,  pour  concourir  à  son  instruction.  Ce 
fut  sur-tout  par  ce  moïen,  et  par  les  soins  qu'il  y  appor- 
ta lui-même  dans  la  suite,  que  la  noblesse  du  pais  quit- 
tant le  jargon  de  la  langue  Celtique,  s'habitua  à  parler 
le  langage  des  Orateurs  et  celui  des  Muses. 

nut.  p.  875.  on.  '  Ecdice  fut  d'abord  Comte  et  Colonel,  ou  Général 
des  Armées  Romaines    dans  les  Gaules.    En  cette  qualité 

sid.  P.  9i2.  913.  '  il  défendit  avec  beaucoup  de  courage  la  Ville  de  Cler- 
mont contre  les  attaques  des  Visigots,  qu'il  chassa  de  l'Au- 
vergne,  avec  d'autant   plus  de    valeur  qu'il   étoit  accom- . 
pagné  de  moins  de  troupes.  Ce  fut  sans  doute  en  cette  oc- 

\>.  912.  casion  '    que  tout  le  monde   témoigna,  lui    avoir  l'obliga- 

tion de  ce  qu'il  avoit  empêché  que  ceux  qu'il  souhai- 
toit  ardemment  d'entendre  parler  le  pur  latin,  ne  de- 
vinssent barbares,  en  éloignant  d'eux  la  domination  des 
étrangers. 

i.  s.  ep.  io.p.989.      Cette  action  jointe  aux  autres  '  services  qu'Ecdice  avoit 


PATRICE.  579     „  _> 

V    SIECLE. 


rendus  aux  Romains,  lui  mérita  la   dignité  de  Patrice,  " 
la  plus  honorable  pour   un   particulier  après   le  Consulat. 
'  Il  y  fut  élevé  en  474,  lors  qu'il   étoit  encore  en  un  âge  p.  988. 
peu   avancé.  '    Antheme    lui    avoit    promis    cette    dignité,  p.  989. 
mais    la    mort    de    cet    Empereur   aiant    prévenu  l'exécu- 
tion de  son  dessein,  Jule  Nepos  son  successeur  acquitta  sa 
promesse. 

Vers  ce  même  temps  Ecdice   fit  un  voïage   à  la   Cour 
des   Hois   de   Bourgogne ,   dont  il   paroit    qu'il    étoit    fort 
aimé.  '  S.  Sidoine  alors  Evêque  de   Clermont,  qui  sçavoit  i.3.ep.3.p.9n. 
combien   sa    présence    étoit    nécessaire   dans  l'Auvergne, 
toujours    menacée    des  ravages    des    Visigots,  lui    écrivit 
pour   l'exhorter    à  n'être    pas  long-temps    à    cette    Cour , 
parce  qu'il    n'est  jamais  bon   de   se   familiariser  avec  les 
Princes.    Peut-être   les   Auvergnats    attendoient-ils    encore 
alors,'  comme  en   une   autre  occasion    sous  Antheme,  la  i.î.ep.i.p.878. 
présence  d'Ecdice,  ou  pour  se    défendre   des  Visigots,  ou 
pour  se  rendre  à  eux.   Mais   cela   n'empêcha  pas  '  qu'Eu-  Jom.  rer.  Go«.  e. 
rie  Roi  de  cette  nation,   ne   se   rendit  maître  de  Clermont  **" p' a79' 
avant  la  fin  du  règne  de   Nepos,    c'est-à-dire  avant    le  28 
d'Août  475.  Ecdice  voïant  ce  malheur,  aima  mieux   s'en 
aller  en    Italie,  où  Nepos   l'appelloit,   que    de    voir    plus 
long-temps  son  pais  sous  cette  nouvelle    domination.  L'on 
ne  sçait  point  ce  qu'il  devint  dans  la  suite. 

Nous  avons  deux  letres  que  S.  Sidoine  lui  adresse;  la  SM.i.s.ep.i  11.3. 
première  du  second  livre,  dans  laquelle  il    lui  trace    une  eP-3-P-877-912- 
description  des  ravages  des  Visigots;  et  la  3e  du  3e  livre, 
dans  laquelle  il  nous  a  laissé  un  éloge  pompeux  de  la  per- 
sonne et   du  mérite   d'Ecdice.'  Le  même    S.   Sidoine   en  i.  i.ep.ai  1 2.  op. 
adresse  deux  autres  à  Agricole  frère  d'Ecdice  :  la  première,  9oi.P9038*°   8*r> 
où  il  lui  fait  un  portrait  fort  détaillé  et   fort  agréable   de 
Théodoric  le  jeune,  roi  des  Visigots;  et  l'autre,  pour  s'ex- 
cuser   d'aller    en    un    endroit    où  Agricole    l'invitoit.  '  S.  e».  T.  uw.i.s.  a. 
Grégoire  de  Tours  parle  d'Ecdice  et  relevé  beaucoup  les  24- 
libéralités  qu'il  fit  aux  pauvres  durant  une  grande  famine. 


Dddd  ij 


•  V   SIKCLE. 


580 


PRAGMACE, 

Assesseur  d'un  Préfet  des  Gaules. 

sid.s.  1.5.  ep.  io.   ,  iaragmace    que    S.    Sidoine    qualifie    un     homme   illus- 
i>.  osa.  <J83.  J-  tre^  jieurissoit    au    môme  temps  que  le  célèbre  Sapau- 

de,  dont  nous  avons  déjà  parlé.  Ils  passoient  l'un  et  l'au- 
tre pour  les  deux   plus  grands  ornements  de   la  literature 

p.  osa.  dans  nos  Gaules.  '  Entre  plusieurs   autres   belles   qualités , 

Pragmace  cullivoit  les  letres  avec  soin,  et  leur  faisoit 
beaucoup  d'honneur,  tant  par  son  érudition  que  par  son 
éloquence.  Lorsqu'il  parloit  en  public ,  il  s'en  acquitoit 
si  doctement  et  avec  tant  de  grâce,  qu'il  s'attiroit  les 
applaudissements  de  tous  ses  auditeurs.  Ce  fut  sur-tout  ce 
rare  talent    qui   lui   procura  l'honneur  d'entrer    dans   une 

ibid.  |car.8. v.i.  maison    Patricienne;  '   puisqu'il    porta   Prisque    Valérien, 

6-  autre   homme    d'érudition,    parent   de    l'Empereur    Avite, 

i.s.ep.io.p.98â.  et  allié  de  S.  Sidoine,  '  à  donner  à  Pragmace  sa  fille  en  ma- 
riage. 

ibij.  '  Ce  n'est  pas  que  Pragmace  ne  méritât  par  bien  d'au- 

tres endroits,  l'honneur  que  lui  fit  Valérien  par  cette  al- 
liance. Car  sans  parler  ni  de  ses  biens,  ni  de  sa  naissance, 
il  étoit  alors  à  la  fleur  de  son  âge,  fort  bien  fait  de  sa  per- 
sonne, et  joignoit  à  tout  cela  des  mœurs  très-chastes. 
Mais  il  n'auroit  souffert  qu'avec  peine  qu'on  lui  eût  fait 
un  mérite  de  sa  bonne  mine,  aïant  plus  que  suffisamment 
de  quoi  plaire  par  la  beauté  de  son  génie.  Et  en  effet, 
remarque  judicieusement  S.  Sidoine,  un  homme  de  bien 
n'a  point  de  plus  grand  mérite  que  l'intégrité  de  ses 
mœurs;  les  plus  belles  qualités  du  corps  ne  faisant  que 
passer  et  se  flétrir  avec  le  temps. 

lbid  '  Depuis-,   Valérien  étant  devenu    Préfet   des    Gaules,  et 

voulant  confirmer  le  jugement  qu'il  avoit  porté  du  méri- 
te de  Pragmace,  en  s'alliant  avec  lui  en  vûë  de  son  sça- 
voir,  le  choisit  encore  pour  en  faire  son  assesseur. 

^ij  '  L'amour  que  Pragmace  avoit  pour  les  letres,  s'étendoit 

jusqu'à  ceux  qui  en  faisoient  profession.  Ce  fut  pour  cette 
considération  qu'il  s'unit  par  une  amitié  très-étroite  avec 


PRAGMACE,  ASSES.  D'UN  PRÉF.  DES  GAUL.  581     f  SI£CLE 

Sapaude,  l'un  des  hommes  le  plus  éloquent  de  son  siècle. 
On  jugeroit  par-là  que  Pragmace  n'étoit  pas  extrême- 
ment éloigné  de  Vienne ,  qui  étoit  la  patrie  de  Sapaude , 
où  il  enseignoit  les  belles  letres.  '  S.  Sidoine  rend  ce  té-  p.  983. 
moignage  glorieux  a  la  mémoire  de  l'un  et  de  l'autre,  que 
dans  un  temps  où  les  Gaulois  négligeoient  l'étude ,  ils 
étoient  les  seuls  qui  la  cultivassent  avec  plus  de  succès  et 
plus  d'honneur,  et  en  qui  l'on  vît  quelques  traces  de  l'é- 
rudition et  de  l'exactitude  des  anciens.  Il  ne  nous  reste 
plus  néanmoins  aucun  monument  du  sçavoir  de  ces  deux 
grands  hommes. 

'Il  y  avoit  en  ce  même  siècle  dans  les  Gaules  un  Eve-  î.c.ep. 2. p.  998. 
que,  qui  se  nommoit  Pragmace,  et  à  qui  S.  Sidoine  adresse 
une  de  ses  letres.  Mais  il  n'y  a  nulle  apparence  que  ce  soit 
celui  qui  fait  le  sujet  de  cet  article.  Il  y  en  a  beaucoup  au 
contraire'  pour  croire  avec  Baronius  et  Savaron,  que  cet  Gaii.  Chr.vet.t.i. 
Evêque  est  le  même  que  S.   Pragmace   Evêque  d'Autun  ,  p" 30' 
qui  assista  au  Concile  d'Epaune  en  517,  '  quoique  le  P.  Sir-  sir.  in  sid.p.998. 
mond  tâche  de  réfuter  ce  sentiment. 


PETRONE, 

Jurisconsulte. 

Pétrone  célèbre  dans  les  écrits  de  S.  Sidoine,  comme  sia.s.i.i.ep.7|i.8. 
tant   d'autres    sçavants    dont   nous   avons    parlé,    por-  °p-16-p-8571087- 
toit  le  titre   d'Illustre,  soit   par   le  droit  de   sa  naissance, 
soit  par  les  bien-faits   du  Prince.  '  Savaron   prétend  qu'il  sav.insid.ep.p.52. 
étoit  de  la  famille    de  Pétrone    Evêque  de  Boulogne    en 
Italie.  Suivant  cette  opinion  il  seroit  descendu  '  de  Sextus  Genn.vir.iii.c.4i  1 
Anicius    Petronius    Probus    Préfet   du    Prétoire ,    qui    fut  Buch' p' 52 
Consul  avec  l'Empereur  Arcade  l'an  406,  et  qui  avoit  la 
réputation  d'un    homme  très-éloquent  et  très-instruit  dans 
les  sciences    profanes,    et  même   Ecclésiastiques,   puisqu'il 
a  écrit  un  traité  sur  l'ordination  d'un  Evêque.'  Mais   ce  sym.i. 9.eP.45. 
Petronius    Probus   étoit  de   Rimini,   selon   le    témoignage 
de   Symmaque.  Au  contraire   Pétrone,   dont  nous  entre- 
prenons de  parler,  '  étoit  Gaulois,   et  de  la  Ville  d'Ar-  sid.s.i.i.eP.7.p. 
4  0 


vs.eclk.     582  PETRONE, 

856 1  not.  p.  use.    les,   où  il    exerça    d'abord    l'emploi   d'Avocat  et    de  Ju- 
•%.uSë.pi«7   ,'Jsconsu'le- Ainsi  il   est  plus  croïable  qu'il  descendoit  •  de 
im'|Tiii.ï.B.t.'  Pelrone,  Préfet  du  Prétoire  des  Gaules  au  commencement 
de  ce  V  siècle,  qui  paroit  avoir  été  fort  zélé  pour  l'honneur 
de  la    Ville   d'Arles,  comme   étant,  ce  semble,   sa    Patrie. 
Car  il  avoit  travaillé  à  ce  que  depuis  le  13e  d'Août  jus- 
qu'au 13°  de  Septembre,  on  y  tiendroit  l'assemblée  des  sept 
Provinces  des  Gaules.  On  a   vu   ailleurs  que  par  ces  sept 
Provinces   on   entendoit  la  Viennoise,  les  deux  Narbonoi- 
ses,  et  les  Alpes  Maritimes,  qui  est  la  Province  d'Embrun; 
ce  qu'Honorius  et  Théodose  le  jeune  ordonnèrent  en  418, 
conformément  au  projet  de  Pétrone. 
sid.s.i.i.ep.7.i.2.       Quoiqu'il   en   soit,  '    Pétrone   l'Avocat   étoit   très-habile 
ePgS.i.s.  p.i.p.    dans  les  letres,  et  faisoit  en  son  temps  un  des  plus  grands 
ornements  des    Gaules.    Il   étoit   homme    d'excellent  con- 
seil,  et  joignoit   la  belle  élpquence  à  la  science  des  loix. 
p.  Rr*.  «67.         '  Tant   de    rares  talents  portèrent   les  Gaulois   à    députer 
Pétrone  avec  Thaumaste  et  Tonance  Ferréol  en  4G8,  pour 
aller   à   Rome   poursuivre  la  fameuse   affaire   d'Arvande , 
dont  nous  avons  déjà  parlé  plus  d'une    fois.  Ce  fut   peut- 
être  en  cette  occasion  que  Sidoine,  qui    étoit  alors  aussi  à 
Rome,  lia  avec  Pétrone  l'étroite  amitié  qu'il   lui   conserva 
toujours  dans  la  suite. 

Quelques  années  après,  étant  pour  lors  Evêque  de  Cler- 
P.  8ss.  9C9.  mont,  et  Pétrone  de  retour  à  Arles,  '  il  lui  écrivit  à  différen- 

tes fois  pour  lui  recommander  ceux  de  son  païs,  qui  avoient 
des  affaires  devant  le  Préfet  du  Prétoire.  Comme  Pétro- 
ne faisoit  ses  délices  de  la  lecture  des  écrits  de  S.  Sidoine, 
dont  quelques-uns  avoient  déjà  vu  le  jour,  le  Saint  se  ser- 
vit d'une  de  ces  occasions  pour  lui  en  envoïer  quelques 
autres  que  Pétrone  n'avoit  pas  encore  vus.  Il  les  accom- 
pagna d'une  letre,  dans  laquelle  il  lui  fait  compli- 
ment sur  ce  qu'étant  un  homme  de  sçavoir,  et  versé  dans 
les  plus  grandes  connoissances,  il  ne  laissoit  pas  néanmoins 
de  ne  rien  négliger  pour  s'instruire  des  plus  petites  cho- 
ses. Il  le  félicite  de  ce  qu'il  acqueroit  beaucoup  d'honneur, 
et  qu'il  faisoit  paroître  toute  la  beauté  de  son  esprit,  en 
î.  3. op. t. p. utti.  favorisant  les  productions  de  celui  des  autres.  '  En  effet 
Pétrone  avoit  pour  maxime  de  faire  valoir  les  talents  de 
ses  amis,  et  de  leur  procurer  tout  l'honneur  possible.  C'est 
pourquoi  S.  Sidoine  disoit  de  lui,  qu'il  méritoit  les  élo- 
ges de  tous  les  gents  de  bien. 


JURISCONSULTE  583     wmtmJtèm 

V  SIECLE. 


Nous  lui  avons  l'obligation  du  8e  livre  des  letres  de  S. 
Sidoine,  qu'il  nous  procura.  '  Car  aïant  lu  avec  autant  de  1.  s.  eP.i.P.  969. 
plaisir  que  d'assiduité'  les  sept  premiers  livres  ,  qu'il  avoit  l».  *j|]t» 
déjà   publiés  à  la   sollicitation  du    Prêtre  Constance,  *  il  •  î.&p.i.p.iosi'. 
pria  S.  Sidoine  de  chercber  parmi  ses  papiers,  s'il  n'avoit 
pas  encore  quelques  autres  letres ,  qu'il  pût  ajouter  à  cel- 
les qui  avoient  déjà  paru.  S.  Sidoine  sensible  à  sa  prière,  re- 
cueillit celles  qui  composent  le  8e  livre  ;  '  laissant  à  Petro-  eP.  i6.  p.  1087. 
ne  même  le  soin  de  les  revoir  et  de  les  corriger,  et  à  Cons- 
tance l'honneur  de  les  donner  au  public.  C'est  ainsi  qu'en 
parle  S.  Sidoine  lui-même,  qui  étoit  alors  avancé  en  âge: 
c'est-à-dire  que  cela  put  arriver  vers  482.   Et  comme  Pé- 
trone  étoit  à  peu   près  du   même  âge,  il   aura  vécu   au 
moins  autant  que  S.  Sidoine. 


LOUP, 

Poète     et    Rhéteur. 


0 


n   vit  revivre  en  la  personne  de   Loup  les  Drépanes,  sid.  s.  i.s.eP.  u. 

les  Alcimes ,    les    Paulins  ,    les   Anthédius  ,    ces    cèle-  p'  ,0'8'  1073' 
bres  Poètes   et  Rhéteurs  dont  nous   avons  parlé   en  leurs 
lieux,  tant  sur  ce  V  siècle  que  sur  le  précédent.  Loup  étoit 
né   à  Périgueux,  et  marié  à  Agen.    C'est   le   sens   naturel 
que  présente  le  texte  de  S.  Sidoine  ;  '  quoique  Savaron  l'en-  sav.  in.  sid.  ep.P. 
tende    d'une    manière  différente  ,    prenant  Agen   pour    la  5:i9' 
patrie   de    Loup ,  et    Périgueux  pour  celle  de  sa  femme. 
Ces   deux  Villes  avoient  tant  d'estime  pour  Loup,  qu'el-  sid.s.ibid.p.io;». 
les  se  disputaient  à  l'envi  la   gloire  de  le   pouvoir  comp- 
ter au  nombre   de  leurs  compatriotes.  S.   Sidoine  son  ami 
et  dès-lors   Evêque  de  Clermont,   lui    fait  un  mérite,  et 
le  félicite  de  cette  pieuse   émulation,  comme  il  la  qualifie 
lui-même.  Mais  il  le  juge  encore  plus  heureux   de  ce  que 
ces  deux  Villes  souhaitoient  avec  ardeur  de  le  posséder  , 
et  s'efforçoient  de  le  retenir  le  plus   long-temps  qu'il   leur 
étoit  possible.  Loup  de  son  côté  voulant  satisfaire  leur  em- 
pressement mutuel,  se  prêtoit  tantôt  à  l'une  tantôt  à  l'au- 
tre ,  '  et  paroît    avoir  donné  des  leçons  de  rhétorique    en  p-  m»  1073. 
l'un  et    l'autre   endroit.    Lorsque  ceux   d'Agen   joûissoient 


584  LOUP, 

V   SIECLE.  ' 


de  sa  présence ,  ils  croïoient  revoir  parmi  eux  ou  Dré- 
pane  ou  Alcime;  et  quand  ceux  de  Périgueux  le  possé- 
doient,  ils  oublioient  qu'ils  avoient  perdu  et  Anthedius 
et  Paulin. 

ibid.  '  Cet  endroit  où  S.  Sidoine  compare  Loup  à  ces  quatre 

sçavants  hommes  qui  l'avoient  précédé  ,  ne  permet  pres- 
que pas  de  douter  qu'il  ne  fût  aussi  bon  Poëte ,  que  célèbre 
Rhéteur.  Il  est  au  moins  vrai  que  ceux  qu'il  avoit  la  ré- 
putation de  remplacer,  avoient  excellé  dans  la  poésie 
comme  dans  la  rhétorique. 

p.  iot3.  '  Loup  avoit  une   nombreuse    Bibliothèque ,   et    une  ar- 

deur infatigable  pour  la  lecture.  Entre  les  autres  sciences 
qui  faisoient  ses  occupations  ordinaires,  il  s'appliquoit 
beaucoup    aux   Mathématiques  ,    dont  il    tàchoit    de    péné- 

p.  1079 1  car.  2-2.    trer  ce  qu'elles  ont  de  plus  sublime  et  de  plus  profond.  '  Il 

P.  1273.  faisoit  une  étude  particulière  des  écrits  de  Julianus    Ver- 

tacus ,  de  Fullonius  Saturninus  ,  et  de  Thrasybule ,  qui 
passoient  alors  pour  les  plus  fameux  Mathématiciens. 

P.  1080.  'Comme  il  étoit  lié  d'amitié  avec   S.  Sidoine,  il    étoit 

entré  aussi  en  commerce  de  letres  avec  lui.  Ils  s'écrivoient 
mutuellement  l'un  à  l'autre  ce  qu'ils  sçavoient  de  plus  in- 

i>.  io73.io73.  teressant.  '  Loup  aïant  demandé  en  une  occasion  à  S.  Si- 
doine quelques-unes  de  ses  anciennes  pièces  de  poésies , 
celui-ci  lui  envoïa  un  Poëme ,  qu'il  avoit  adressé  autrefois 
à  Lampride  ce  fameux  Orateur  de  Bourdeaux  ,  dont  nous 
avons  parlé,    et    qui  n'avoit  pas  paru    dans  le  recueil  de 

p.  1072-1080.  ses  poésies  publiées  vere  469.  '  S.  Sidoine  y  joignit  l'éloge 
de  cet    Orateur,   dont  il  venoit   d'apprendre    la  mort  fu- 

p.  loso.  neste  ,  telle  que  nous  l'avons  rapportée.  '  Et  parce  que  cet- 

te nouvelle  lui  causoit  une  extrême  douleur,  il  finit  sa 
longue  letre  ,  qui  peut  passer  pour  l'oraison  funèbre  de 
Lampride ,  en  priant  Loup  de  lui  envoïer  incessamment 
quelque  pièce  de  literature,  qui  fût  capable  d'adoucir  la 
juste  amertume  où  son  cœur  étoit  plongé.  On  voit  par- 
là  que  celte  letre  de  S.  Sidoine  à  Loup  fut  écrite  en  479 , 
que  nous  avons  dit  être  l'époque  de  la  mort  de  Lampride. 
L'antiquité  ne  nous  fournit  rien  davantage  pour  pousser 
plus  loin  l'histoire  de  Loup  :  à  moins  que  nous  ne  disions, 
comme  il  y  a  bien  de  l'apparence ,  que  c'est  le  même  à 

uur.  1. 1.  op.  io.  qui'  S.  Rurice,  depuis  Evêque  de  Limoges,  adresse  une  de 
ses  letres ,  comme  à  un  intime  ami ,  en  donnant  beau- 
coup 


POETE    RHETEUR.  585     .  c, 

V    SIECLE. 


coup  de  louanges   aux  beautés   de  son    éloquence. 

'Nous  trouvons  sous  le  nom  de  P.  Rutilius  Lupus  Rhé-  ind.ub.àR.steph. 
teur,  un  petit  écrit  intitulé,  De  fîguris  sententiarum  ac  verbo- 
rum.  Mais  cet  opuscule  est  d'un  Auteur  beaucoup  plus  an- 
cien, '  dont  Quintilien   fait   mention ,   et  n'appartient  poïnt  Qaint.ta*t.i.9.e. 
au  Rhéteur  dont  nous  venons  de  faire  l'éloge.  ' p' 565' 


FAUSTE, 

Abbé  de  Lérins,  puis  Evêque  de  Ries. 

8-  L 
HISTOIRE    DE   SA   VIE. 

'ruiiSTE  naquit,  comme  on  en   juge  par  la  suite  de    sa 
-Tvie,  sur  la  fin  du  IV.  siècle,    quoiqu'il  ait  vécu  près-  Tïn.H.B.t.M.p. 
que  jusqu'à  la  fin  du  V.'  Il  étoit  Breton,"  non  pour  être  sid.'i.9.ep.  9.  P. 
né,  suivant  l'opinion  de   quelques   modernes,  dans  la  pe-  •»8iAyit.eP.4.p. 
tite    Bretagne    ou   l'Armorique ,  b  dans  laquelle    les   Bre-  *  ôud.scri.  t.  i.P. 
tons  n'étoient  point   encore  passés;  mais  dans  la  Grande  »>  Tiii.ibid.p.773.1 
Bretagne,    aujourd'hui    l'Angleterre.    Que    si  quelques  an-  J^mT^;»^1'*' 
ciens,  comme  c  l'Evêque  Possesseur  et  Facundus  d'Hermia-  *c°nc.i j.p.iS3o j 

1»  /•  -i    r>       I    •  1  '-il'  ■  1       Fac.inMoc.  p.562. 

ne ,  1  ont  lait  Gaulois ,  c  est  qu  ils  1  ont  ainsi  pense  sur  le 
long  séjour  que  Fauste  a  fait  dans  les  Gaules ,  qui  ont 
été  l'unique  théâtre  où  il  a  paru,  et  le  lieu  où  il  a  fini  ses 
jours.  Ses  parents,  que  nous  ne  connoissons  point  d'ail- 
leurs, paroissent  non  seulement  avoir  été  Chrétiens;  mais 
avoir  même  fait  profession  de  pieté.'  L'on  parle  de  sa  sid.car.  i6.v.8i. 
mère  en  particulier ,  comme  d'une  sainte  femme  ,  com-  88' 
parable  à  Rebecca ,  et  à  Anne  mère  de  Samuel. 

'Fauste   dans    sa  jeunesse    étudia    l'éloquence,    et    s'y  1.9.  ep.  9.  p.  578. 
rendit  si  habile  ,  qu'il   surpassa  même  ceux  qui  la  lui  en- 
seignèrent. '  On  croit  pouvoir  tirer  d'un  endroit  de  S.  Si-  Nor.  u>id.  p.  243. 
doine ,  qu'il  eh  fit  usage  dans  le  barreau  ,    et   qu'il  plaida 
quelque  temps.  '  Il  s'appliqua  aussi  avec  beaucoup  de  soin  sid.ib.  p.  579.1 
dès  ses  premières  années,  et  même  depuis  qu'il  eut  quit- 
té le  monde ,  à  l'étude  de  la  Philosophie. 

Avec  ces  avances  '    il   sortit  de  son  pais  et  passa  dans  tui.  iud.  p.  411. 
Tome  II.  E  e  e  e 

*  0    * 


V    SIECLE. 


586  F  AU  S  TE, 


1rs  Gaules,   on  ne   sçait  pour  quelle  raison.   Seulement  il 
est  certain  qu'il  se  retira   dans   le  monastère    de   Lérins , 
que  la  vertu  de  S.  Honorât  son  fondateur  ,  et  de  plusieurs 
sid.  ibid.  autres  Saints    rendoit  alors  très-célebre  dans  l'Eglise.  '   Sa 

retraite  dans  le  désert  ne  l'empêcha  pas  de  continuer  l'é- 
tude de  la  Philosophie;  mais  il  s'y  appliqua  de  manière 
qu'il  la  sçut  dépouiller  de  ce  qu'elle  a  de  moins  con- 
forme à  la  pieté  Chrétienne.  Par  ce  moïen  il  sçut  faire 
servir  l'école  de  Platon  à  combattre  un  jour  pour  l'E- 
glise ,  et  acquit  une  philosophie  qui  alloit  encore  au-des- 
sus de  Platon  même.  S.  Sidoine  ami  de  Fauste,  qui  parle 
ainsi  de  sa  science,  n'entend  peut-être  autre  chose  par  ces 
ccnn.  vir.  ai.  c.  expressions ,  que  ce  qu'en  '  dit  Gennade,  en  nous  appre- 
85.  p.  as.  nan[  qUe  i?auste  donna  une    application   suffisante  aux  di- 

sid.i.n.  op.  3.  p.    vines  Ecritures.  '  11  devint  encore  très-habile,  selon  le  mê- 
562-  me  Sidoine,  dans  l'éloquence  et  la  science  spirituelle ,   ou 

Tin.  ibid.  p.  4n.  ecclésiastique.  '  Pour  ses  mœurs,  on  ne  peut  douter  qu'il 
n'ait  pratiqué  toutes  les  vertus  qui  peuvent  édifier  l'E- 
glise. 

Le  choix  que  l'on  fît  de  lui  pour  gouverner  le  monastère 
de  Lerins,  est  une  preuve  convaincante  de  son  mérite  et  de 
Nor.  ibid.  p.  94*.    la  régularité  de  sa  vie.  '  Ce  fut  l'an  433  ou   434  qu'il  en 
t'iV'/'Vi'390'1  fut   établi  Abbé  en   la  place  de  S.  Maxime,   qu'on  éleva 
Nor.  ilid.  p.  213.  sur  le  siège  Episcopal  de  Ries.  '   Fausle  devenu  par-li  le 
père  et  le  maître    des  Moines  de  Lérins ,  travailla  et  par 
ses  exemples   et   par  ses   discours  à  y  maintenir  la  disci- 
pline monastique,  qu'il  y  avoit  trouvée  dans  un  haut  dé- 
gré  de  perfection.  Ii  y  prit  soin  aussi  de  l'éducation  des  en- 
fants de  naissance,  que  leurs  parents  y  mettoient  pour  leur 
si.i.  Mr.  ii..  v.  7i-  fa'rc  éviter  les  vices  de  la  jeunesse;'  et  S.  Sidoine  le  re- 
"•  mercie  d'avoir  bien   voulu   prendre  la   peine    d'élever   un 

Tiii.t.ir..p.4n.      de  ses  frères.  '  On  a  lieu  de  croire  que  Fauste  faisoit  sou- 
tenu, ibid.  p. 39.    ven*   des  exhortations   à  ses  Moines;   puisque  ses  discours 
de  vive  voix  lui  acquirent  le  titre  et  la  réputation  d'un  doc- 
uri».  p.  «os.        ,our    illustre.  '  La   vie  de   S.   llilaire  d'Arles  nous  fournit 
un  trait,  qui  montre  quelle  estime  les   plus   grands   Evo- 
ques faisoient  de  Fauste.  S.  llilaire  se  trouvant  à  la  mort 
is..r.p.»i3|  i-Tin.  de    S.      Caprais,  '   arrivée    vers  447,  obligea    Fauste  de 
■in  i     .p. h  .    s'asseojr    entre   ]uj   ct   les  deux   saints   Evoques  Théodore 
de  Fréjus  et  Maxime  île  Uiès,  qui  étoient  présents.   Fauste 
éloil  alors  revêtu  de  la  dignité  de  Prêtre. 


EVÊQUE  DE  RIES.  587 

*  V    SIECLE. 


On  ne  sçauroit  assurer  positivement  où  cet  Abbé  puisa 
la  doctrine,  qu'il  opposa  à  celle  de  S.  Augustin  sur  la  pré-  Nor.  ibi.i.  p.  ■n:;. 
destination  et  à  la  foi  et  à  la  gloire.  '  Le  P.  Vignierdel'O-  Aof.iopp.pr.TMi. 
.  ratoirc  qui   avoit  entre  les   mains  d'excellents   monuments  i«!*p       l"9-!»- 
de  l'antiquité,    prétendoit   avoir  des  preuves,    que  Julien  le 
Pélagien   aïant   été    chassé    une   seconde    fois  d'Italie   par 
le  Pape  Sixte  en  439,   se  retira  à  Lérins;  qu'il  y  fut  trop 
bien  reçu  pas  Fauste  durant  plusieurs  mois  ;  que  pour  re- 
compense de  cette  civilité,  il  laissa  à  ses  hôtes  le  venin  de 
son  hérésie.  Cela  peut  être  fort  vrai;  mais  il  ne   le  seroit 
peut-être  pas  moins  de  dire,  que  Fauste  en  avoit  déjà  ap- 
porté le  germe  avec  lui  en  quittant  la  Grande  Bretagne.  Il 
est  au  moins  certain,  comme  nous   l'avons   vu   à  l'article 
de    S.    Germain   d'Auxerre ,  que   cette   Isle   étoit   étrange- 
ment troublée  par  l'hérésie  de  Pelage  avant  l'an  429. 

'  Fauste  étoit  encore   Abbé    de   Lérins,   lorsqu'il   écrivit  Fausi.â<iGr.p.:i53. 
pour  réfuter  les  erreurs  d'un  certain  Diacre  nommé  Grec,  55*  ' T'"-  p-  *12 
ou  Gratus,  qui   étoit   proprement    Eulychien.  '  Il   continua  tui.  p. +u. 
de  gouverner  ce   monastère  jusqu'après  l'an   454,  auquel 
il  eut   un   grand   différend   avec   Théodore  de   Fréjus  son 
Evêque  :  ce  qui  fut  l'occasion  et  le  sujet  de  la  convocation 
d'un  Concile,  dont  nous  avons  parlé  en    son   lieu.    Enfin 
'  après  avoir  porté  durant  plus  de  vingt  ans  le  titre   d'Ab-  Nor.  ibid. 
bé  de  Lérins,  il  reçut  celui  d'Evêque  de  Ries,  par  l'élec- 
tion que  l'on   fit    de  sa  personne'  vers  le  commencement  tui.  p. «4.775. 
de  l'an  462,  pour  remplir  le  siège  Episcopal  de  cette  Egli- 
se, vacant  par  la  mort  de  S.  Maxime.    De  sorte  que  Faus-  su.  car.  ic.  v.115. 
te  après  avoir  succédé  à  ce  Saint  dans  la  charge  d'Abbé 
de  Lérins,  lui  succéda  encore  dans  la  dignité  d'Evêque  de 
Ries.  '    Cette   nouvelle   dignité    ne    le   changea    point.    Il  1. 9.  cp.  3. 
parut  toujours  le  même,  Evêque  et  Abbé.  Au  milieu  d'une 
Ville  et  des  travaux  de  l'Episcopat,  il   ne   relâcha  rien  de 
la  rigueur  de  son  ancienne  discipline  ;  et  il  fit  passer  à  Ries 
les    prières   fréquentes,   auxquelles    il    avoit  accoutumé  de 
s'appliquer  dans  son  désert. 

Mais  ni  l'application  à  la  prière,  ni  les  charmes'  de  la  so-  car.  îu.v.  117-127. 
litude  dont  il  joùissoit  le  plus  qu'il  pouvoit,  ne  l'empê- 
choient  pas  de  veiller  avec  soin  sur  les  peuples  qui 
lui  éloient  confiés.  Sa  sollicitude  pastorale  pourvoïoit 
avec  zèle  aux  besoins  de  tous  :  d:  s  malades,  des  indigenis, 
des  affligés,  des  étrangers,  des  prisonniers,  des  morts  mê- 

E  e  e  e  ij 


V   SIECLE.. 


588  FAUSTE, 


me,  qu'il  ne  laissoit  jamais  sans  recevoir  les  honneurs  de 
la  sépulture.  Il  s'appliquoit  sur-tout  à  instruire  le  peuple 
en  lui  expliquant  les  mystères  de  la  loi  de  Dieu,  afin  qu'il 
y  trouvât,  non  la  satisfaction  d'une  vaine  curiosité,  mais 
le  remède  à  ses  maux  spirituels.  Il  exhortait  ses  auditeurs 
à  ne  se  pas  contenter  d'imiter  ceux  qui  les  avoient  précé- 
dés, mais  à  les  surpasser  même  par  une  vertu  plus  émi- 
nente. 
Genn.  ibid.  '  Ses  prédications  ne  contribuèrent  pas  peu  h  lui  acque- 

sid.  i.9.ep.  3.  rir  beaucoup  d'estime  dans  le  monde.  '  On  l'obligeoit  quel- 
quefois de  prêcher  même  hors  de  son  diocèse  ;  et  il  le  fai- 
soit  assez  souvent  sans  préparation.  S.  Sidoine,  qui  l'en- 
tendit plusieurs  fois,  témoigne  que  l'on  apprenoit  dans  ses 
instructions  également  à  bien  parler  et  à  bien  vivre,  et 
qu'il  étoit  le  seul  qui  parloit  mieux  qu'on  ne  lui  avoit  ap- 
uur.  1.  î.  ep.  i.  pris,  et  qui  vivoit  encore  mieux  qu'il  ne  parloit.  '  Ainsi  il 
s'acquit  une  très-grande  réputation  dans  l'Eglise,  tant  par 
ses  actions  et  ses  sermons,  que  par  ses  ouvrages.  Il  passa 
cp.  2.  même  pour  un  docteur  admirable,  '  pour  un  père  des  âmes, 

et  un  excellent  pasteur. 
Conc.t.4.p.iot2.  '  En  462,  l'année  même  de  son  ordination,  il  se  trouva 
à  Rome,  et  y  assista,  sinon  comme  député  des  Evêques 
des  Gaules,  au  moins  comme  celui  de  Léonce  d'Arles,  au 
Concile  que  le  Pape  S.  Hilaire  tint  la  même  année  au  mois 
p.  iM4.  de  Novembre.  '  A  son  retour  il  apporta  une  lelre  de  ce  Pa- 

pe aux  Evêques   de  la  Viennoise,   de  la  première  Lyonoi- 
P.  lois.  se,  des  deux  Narbonoises  et  des  Alpes.  '  II  est  le  neuvième 

des  vingt  Evêques  des  Gaules,  à  qui  le  même  Pape  écri- 
Tui.  p.  4i6.         vit  sur  l'affaire  de  Die  le  24  de  Février  464  ;  '  ce  qui  mar- 
que que  Fauste  avoit  déjà  passé  quelques  années  dans  l'E- 
Faus.  ad. Paul. p.  piscopat.  Quelque  temps  après'  il  fut  consulté  par  un  nom- 
550.  i-boi.  m^  genoit  paulin  sur  diverses  questions,  comme  nous  l'a- 

vons dit  ailleurs.  Mais  la  réponse  que  Fauste  lui  fit,  se 
Avit.eP.4.p.3o.  |  trouva  si  peu  exacte,  '  que  S.  A  vite  de  Vienne  se  crut  obli- 
iiii.  p.  41».  gé  d'en  marquer  les  erreurs,  à  la  prière  de  Gondebaud 
Gonn.  vir.  in.  c.  Iloi  de  Bourgogne.  La  même  chose  arriva  '  au  traité  que 
p55i'j!55o|0ci.M.'  Fauste  composa,  pour  montrer  que  Dieu  seul  est  incor- 
an.  p.  1045-1074.  p0rei  ;  ce  traité  aïant  été  réfuté  par  Mamert  Claudien, 
ainsi  qu'on  l'a  vu  à  son  article. 

Vers  le  même  temps  que  Claudien  travailloit   à   répon- 
sid.  car.  io.         dre  à  Fauste,  '  Sidoine,  qui  fut  bientôt  après  Evêque  de 


EVÉQUE  DE  RIES.  589     v  SIECLE 

Clermont,   adressa  à  celui-ci  son    1G°  poème  pour   le  re- 

mercier,  tant  du  soin    qu'il    avoit  pris    de  l'éducation  de 

son  frère,  que  de  la  manière  gracieuse  dont  Fauste  l'avoit 

reçu  lui-même  chez  lui  à  Ries.  Il  le  remercie  sur-tout  de 

ce  qu'il  lui  avoit  procuré  le  bien  de  voir  sa  sainte  mère, 

qui  paroît  par-là   s'être  retirée  à    Ries,  après  que  son  fils 

en  eût  été  fait  Evêque.  '  Il  semble  que  Fauste  eût  aussi  au-  Faust,  ad  Rur.  p. 

près  de  lui  un  frère  nommé  Mémorius,  qui  étoit  Prêtre. 

Mais  rien  n'a  plus  contribué  à  rendre   fameux    le  nom 
de  notre  Prélat,  '  que   l'affaire    du  Prêtre  Lucide,  arrivée  conc.t.*.p.io«. 
comme  l'on  croit  vers    l'an  475.  '  Ce  fut  à  cette  occasion  P.  io*i. 
que   Fauste  composa  son  ouvrage,  sur  la  grâce  et  le  libre 
arbitre,  qui  eut  le   sort  que  nous  dirons  dans  la  suite.  Il 
fut  apparemment  suivi  '  de  l'écrit  contre  les  Ariens  et  les  Genn.  ibid. 
Macédoniens,  dont  parle  Gennade. 

'  Le  Cardinal  Noris   croit  que   ee  fut  ce  dernier  ouvra-  Nor.hisi.rei.1.2. 
ge,   qui   fit  condamner   Fauste  à  l'exil  par  Euric  Roi  des  c' ,6,  p-  297- 
Visigots.  '  Ce  Prince  Arien  se  rendit  effectivement  maître  rai.  iWd.  p.  429. 
vers  481,  de  ce  qui   restoit  à  l'Empire  dans  la  Provence. 
'  Fauste  parle  de  cet  exil  en  plusieurs  de  ses  letres,  com-  font.  ad  Foi.  p. 
me   d'un  effet  de   la  miséricorde  de   Dieu,  qui  vouloit  le  i^;  V —  nurp' 
purifier  de   la  rouille  qu'il  avoit  contractée  par  la  longue 
sécurité,  et  par   la  paix  dont  il  avoit  joui  jusqu'alors.  On 
ne  sçait  point  en  quel  endroit  Fauste  fut  exilé.   Seulement 
'  il  paroît  que  c'étoit  en   un  lieu  fort   éloigné  d'Arles,  •  et  p.  552. 2. 
que  Fauste  y  choisit  un  monastère  pour  sa  retraite.  Il  trou-  ,p-  555,2" 
va  dans    le   pais,    non  des  étrangers,   mais   de  nouveaux 
compatriotes,   qui  se   lièrent    avec   lui   par   un    commerce 
de  charité.  '  Il  y  fut  même  assisté  par  de  fidèles  serviteurs  ibiuip.  552.  2. 
de  Dieu,  gents  de  qualité,  qui    bien   que   fort  éloignés  de 
lui,  crurent   profiter  beaucoup  en  le    soulageant  dans   ses 
besoins,  et  s'enrichir  en  lui  faisant  part  de  leurs  richesses. 

De  sorte  que  sans  avoir  de  bien,  il  se  trouva  dans  l'abon-  p.  555. 2. 
dance,  et  qu'il  crut  non  pas  être  hors  de  sa  patrie,  mais 
en  avoir  trouvé  une  nouvelle. 

'  Rurice,  depuis  Evêque  de  Limoges,  et  Félix  dont  ibid  1  p.  552. 2. 
nous  parlerons  ailleurs,  furent  de  ceux  qui  assistèrent  Faus- 
te en  cette  occasion.  Ils  sçurent  l'un  et  l'autre  profiter  de 
son  loisir,  pour  lui  demander  avis  sur  ce  qu'ils  dévoient 
faire,  afin  de  se  donner  entièrement  à  Dieu.  Nous  avons 
encore  les   letres  que  Fauste  leur  écrivit  à  ce  sujet,  '  l'une  Genn.  ibid. 


V    SIECLK. 


590  FAUSTE, 


desquelles   est    marquée    par   Gennade.    Ce   commerce   de 

letres   entre  Fauste  et    Rurice,   qui   n'éloil  alors   que  laïc, 

continua  encore    depuis   qu'il    fut  élevé  à    l'Episcopat,   ce 

qui  ne  tarda  pas  d'arriver. 

Faust.  a.i.  Kur.p.       '  Fauste  reçut  sa  liberté  vers  le  même  temps,  *  et  com- 

i^rm2'ibîd7 p!*33.  me  ' on  cro'1  en  ^4,  'orsque  Dieu  eut  ôté  la  vie  à  Euric, 

et  brisé  le  sceptre  de  fer  avec  lequel  ce   Prince   dominoit 

sur  ses  sujets.   Depuis  que  Fauste  fut  rendu  à  son  Eglise, 

Faust,  ibid.  on  ne  trouve  plus  aucunes  de  ses  actions,  sinon  '  deux  le- 

T.ii.  ibid.  très  qu'il  écrivit  à  Rurice  alors  Evêque  de  Limoges.  '  On 

suppose   néanmoins    qu'il   a   encore  vécu  jusqu'en  493,  et 

même  au-delà.  Ainsi  il  aura  accompli  la  prophétie   de  S. 

sid.  i.  9.  ep.o.p.  Sidoine,  '  qui  lui  avoit  promis  qu'il  passeroit  l'âge  de  cent 

179  •  ans.  Cela  peut  être  arrivé  ;    et  il  paroît  au  moins  comme 

nu.  ibid.  certain  '  qu'il   vivoit   encore   lorsque    Gennade   parloit    de 

lui;  parce  qu'il  ne  dit  point,  comme  il  fait  sur  les  autres 

écrivains  dont   il  donne  le  catalogue,    sous  quel  Empereur 

il  est  mort.  Mais  aussi  de  prétendre  qu'il  a  vécu  jusqu'en 

493,  sur  ce  que  Gennade  n'écrivoit  son  catalogue  que  vers 

ce  temps-là,  c'est  assurément  s'appuïer  sur  une  preuve  fort 

équivoque,  pour  ne  pas  dire  fausse.  On    peut  se  souvenir 

de  ce  que  nous  avons  observé  à  ce  sujet  sur  Salvien.  On 

conviendra  même  qu'à   le   bien  prendre,  on   ne  peut  gué- 

res  prolonger   les  jours   à  Fauste   au-delà   de  490,  ce  qui 

est  encore  btaucoup. 

A  la  doctrine  près,  Fauste  étoit  digne  d'estime  ;  et  il  avoit 
si j.  car.  to.         acquis  une  grande  réputation  par  sa  vertu. 'S.  Sidoine  son 
contemporain,  loue  beaucoup  sa   pieté,  son  abstinence,  sa 
charité  envers   les  pauvres,  son  amour  pour  ses  frères,  et 
ne  fait  pas  difficulté  de  le  comparer  à  S.  Honorai  et  à  S. 
Maxime  ses  prédécesseurs  dans  la   dignité  d'Abbé    de  Lé- 
rins.  C'est  sans  doute  sur  cette  idée,  et  en  faisant  abstrac- 
Leh...  p.  sa.  53.  tion    de    sa  doctrine,  '    que   la   Provence,  et  particulière- 
ment l'Eglise   de  Ries,  a  accoutumé    d'antiquité    de    faire 
Lorin.  p.  53.        M  fête  et  son  office  le  10°  jour   de  Janvier.  '  Cependant 
l'on  assure  que  le  Maitre  du  sacré   Palais  ordonna  dans  le 
XVI  siècle,  d'ôter  par-tout  le  nom  de  Saint  à  Fauste,  com- 
me à  un  homme  qui   en   étoit  tout-i-fait  indigne.  Barrali 
lu.  ibid.  p.  43».  trouve  cette  sentence  sévère,  mais  juste  ;  '  et  l'on  remar- 
que que  lui-même,  en  parlant  de  Fauste,  ot  ramassant  les 
pièces  pour  son  histoire,  ne  le  traite  jamais  de  Saint. 


EVÉQUE   DE    RIES. 

591 

V  SIECLE. 

S  H. 
SES  ECRITS.  • 

L 


es  écrits  de  Fauste  ont  été  encore  plus  fameux  que 
sa  personne.  Ils  ont  fait  pour  la  plupart  parler  beau- 
coup durant  sa  vie,  et  encore  davantage  après  sa  mort. 
Nous  en  allons  donner  le  catalogue  suivant  l'ordre  chro- 
nologique, autant  que  nous  en  avons  de  connoissance,  en 
renfermant  néanmoins  ses  sermons  ou  homélies  sous  un 
seul  article,  que  nous  placerons  après  les  autres;  tant  à 
cause  qu'il  est  difficile  de  découvrir  le  temps  où  il  les  a 
faits,  que  parce  que  plusieurs  peuvent  être  les  dernières  de 
ses  productions. 

1°.  '  La  letre  au  Diacre   Gratus  ou  Graecus,  à  laquelle  Genn.vir.in.c  «s. 
Gennade   donne    le   nom   de   petit  livre    ou    traité,    paroît  j^y^'Vsiu's'i" 
être  le  premier  ouvrage  de  Fauste,  au  moins  de  ceux  que  K  «•  3.  p.  45. 48. 
nous  connoissons.  '  Il  étoit  encore  jeune  lorsqu'il  l'écrivit:  m.  pp.  tttt.  p. 
a  ce  que  l'on   croit  devoir  mettre  avant  l'an  449,  quator-  i^-,,%  E  1 16 
ze  ou   quinze  ans  après  qu'il  eut  été  fait  Abbé  de  Lérins.  p-  «*• 
'Il  y  répond  à  un  écrit  de  Gratus,  et  y  réfute  l'erreur  de  Bib.pp.ibionn. 
Nestorius,  dans  laquelle  ce  Diacre  étoit  tombé,  selon  Gen-  ibiU- 
nade.  '  Mais  on  croit  que  c'est  une  faute  à  cet  Auteur,  et  que  Tiii.  Hit. 
Gratus    étoit    plutôt    Eutychien    que    Neslorien ,    quoique 
l'hérésie  d'Eutychès   n'eût  pas  encore  éclaté;  et  la  réponse 
de   Fauste  confirme  ce  jugement.  Nous  avons  déjà  donné 
une  idée  de  cette  letre  à  l'article   de  Gratus;   et   nous  n'y 
ajouterons  lien,  sinon  que  c'est  dans  cet  écrit  '  que  Faus-  Faust.  a.i  or.  p. 
te  commença  à  se  déclarer  contre    la   doctrine  de  S.  Au-  *•*•  *■ 
gustin.    A  la  vérité  il  blâme  Gratus  de  le  condamner  sur 
les  points  qui  regardoient  les  erreurs  qu'il  avoit  embrassées. 
Mais  il  ajoute   que  de  très-habiles  gents,   il  entend  les  Sé- 
mipélagiens,    y   trouvoient  certaines   choses  suspectes   sur 
d'autres  matières. 

2°.  '  La  letre  16e  ainsi  intitulée  dans  la  Ribliotheque  des  Bib-  pp.  ibid.  P. 
Pères,    semble    avoir  suivi    de  près  la  précédente.»  Il  pa-  ij4S-  V,9-2641||M' 
roît  au  moins  que  Fauste  n'étoit  pas  encore  Evoque,  lors-  *Vmm- 
qu'il  l'écrivit.  11  ne  nomme  point  la  personne  à  qui  il  l'a- 
dresse ;   mais  il  fait  voir  que  c'est  à  un  Evêque    qui  avoit 
de  l'érudition,   et  peut-être  plus  de    lumière   que   Fauste, 


V    SIECLE. 


592  FAUSTE, 


quoiqu'il  le  consultât.  Les  éclaircissements  qu'il  deman- 
dait à  Fauste,  roulent  sur  trois  points  principaux  :  1°.  Com- 
ment il  faut  répondre  aux  Ariens,  lorsqu'ils  disent  que 
le  Fils  étant  né  au  Père,  il  faut  qu'il  soit  postérieur  pour 
».  le  temps.  2°.  '  En  quel  sens.il  faut  prendre  cet  endroit  d'un 

certain  écrit,  qui  porte  que  dans  J.  C.  la  substance  Divi- 
ne n'a  rien  souffert  par   un  sentiment  de  douleur,  mais 
Faust.ad Gr.p.553.  par  l'union  qui  l'y  faisoit  compatir?  '  C'est  ce  que  Fauste 
*•  «  «  «a  «    même  avoit  avancé  dans  sa  letre  à  Gratus.  3°.     L'Evêque 

ep.  16.  p.  549.  !•,.,.,.  h  •  ,  ^ 

lui  demandoit   quelles    sont  entre  les  créatures  les  corpo- 
relles et  les  incorporelles?  Voilà  ce  qui  fournit  la  matière 
ci.M.an.  î.  i.c.2.  à  cette    letre  ou  traité  de  Fauste,  '  qui  n'y  mit  point  son 
p.  1046.  î.  nom,  non  plus  que  celui  de  la  personne  à  qui  il  l'adres- 

c  i.  p.  iM5.  s.    soit.  '  Cela  n'empêcha  pas  que  la  pièce  ne  se  répandit  dans 
le  public,  et  qu'elle  ne  se  fît  lire  avec  empressement  par  la 
curiosité  qu'on  a  pour  tout  ce  qui  est  nouveau, 
ibid.  '  Il  y  avoit  déjà  quelque   temps   qu'elle   étoit  entre  les 

mains  du  public,  lorsque  Mamert  Claudien  en  eut  con- 
c.  2.  P.  10*6.  î.  noissance.  '  Il  en  trouva  la  doctrine  si  erronée,  qu'il  se  crut 
obligé  d'entreprendre  de  la  réfuter.  C'est  ce  qu'il  exécuta 
avec  beaucoup  de  succès,  comme  nous  l'avons  dit  plus 
amplement  en  parlant  de  lui  et  de  ses  écrits.  Il  passe  légè- 
rement sur  les  réponses  de  Fauste  à  la  première  et  seconde 
p.  1045.  2.  question  ;  '  se  contentant  de  marquer  que  l'une  est  catholi- 

que, mais  foible  ;  que  l'auteur  s'égare  presque  sans  entrer 
p.  io46.  i.  dans  la  difficulté,  et  '  qu'en   traitant  la  seconde,    il   tend 

à  faire  la  divinité  passible.  Mais  pour  la  troisième,  il  crut 
Bib. pp.  t.  6.  p.  qu'elle  méritoit  d'être  réfutée  plus  amplement;  '  et  il  y 
nus.  1074.  emploïa  trois  livres  entiers,  qu'il  intitula  De  la  nature  de 

rame  ;  prouvant  contre  l'opinion  de  Fauste  par  des  raison- 
nements invincibles,  qu'elle  est  incorporelle. 
Genn.  ibid.  p.  38.       '  Fauste  néanmoins  prétendoit  établir  son  sentiment  par 
Faust,  ep.  16.  p.    des  autorités  de  l'Ecriture  et  des  Pères,  '  et  nommément  de 
M9-  *•  S.  Jérôme  et  de  Cassien.  Un  des  passages  qu'il  apporte  pour 

l'appuïer,  est  tiré  de  la  2e  épître  de  S.  Paul  aux  Corin- 
thiens, où  l'Apôtre  dit  qu'il  y  a  des  corps  célestes  et  des 
corps  terrestres  ;  ce  qui  assurément  a  un  sens  bien  différent 
p.  550.  i.2.  de  celui  que  Fauste  y  donne.  '  Aux  autorités  il  joint  le  rai- 
sonnement, mais  en  confondant  l'immense  avec  l'incor- 
t.  porel.  '  Il  prétend  donc  que  Dieu  seul  étant  immense,  et 

n'étant  renfermé  ni  borné  par  aucune  créature,  ni  par  au- 
cune 


EYÈQUE  DE  RIES,  593     w  mwmmmm 

v  V   SIECLE. 

cune  qualité ,  il  est  le  seul  qui  soit  sans  corps.  '  sur  ce  prin-  P.  uo.  2.  j&o.  i. 
cipe  il  s'étend  à  montrer  que  les  âmes  et  les  Anges   étant 
renfermés  dans  un  certain  lieu  ,    sont  par  conséquent  des 
corps ,  quoique  beaucoup  plus  subtils  que  les  autres.  '  C'est  p.  549. 1. 
pourquoi  il  veut  bien  que  l'on  dise  que  ce  sont  des  créa- 
tures  spirituelles,   mais  seulement  comme  il  dit  que  l'air 
est  spirituel.  '  Ainsi  raisonnoit  Cassien  avant  Fauste. a  Après  Cms.  coll.  7.0.13. 
avoir  établi  ces  principes,   Fauste  tend  à  conclure  que  le  l'Faust'.Und.p.Kio. 
sentiment  contraire  est  une  erreur  dangereuse  ;  puisqu'elle  -• 
donne  à  la  créature  une  prérogative  qui  n'appartient  qu'au 
Créateur.  Il  prétend  même  que  c'est  ce  qui  a  été  la  cause 
de  la  chute  du  premier  Ange. 

Gennade  marque  ce  traité  entre  les  ouvrages  de  Fau-  Genn.  ibid. 
sic ,  avec  les  éloges  qu'il  a  de  coutume  de  donner  à  tout 
ce  qui  est  sorti  de  la  plume  de  ce  cher  ami.  Mais  à  parler 
selon  la  vérité ,  cet  écrit ,  au  moins  pour  la  3e  partie ,  n'a 
point  d'autre  mérite  que  de  nous  faire   voir  que  Dieu  par 
un  juste  jugement,  '  permit  que  celui  qui  refusoit  de  re-  rai.  iMd.  p.  419. 
connoître  la  véritable  misère  de  la  nature  humaine ,  n'en 
connût  pas  la  véritable    dignité.   '  On   met  ordinairement  Mb.  pp.  t.  0.  p. 
cette  partie  de  la  letre  de  Fauste  sur  les  créatures,  à  la  ».iôr*od.t.i.p'. 
tête   de    la    réfutation     qu'en    a  faite    Mamert    Claudien.  8W- 8"- 
Elle   se  trouve  de  la  sorte  dans  les  Bibliothèques  des  Pè- 
res et  dans  les  Orthodoxographes.    Dans  ce  dernier  recueil 
elle  est  tellement  placée ,  qu'elle  termine  les  écrits  de  Fau- 
ste   qu'on  y   a  insérés ,  et  qu'elle  précède  immédiatement 
ceux  de  Mamert  Claudien ,  qu'on  y  a  fait  aussi  entrer. 

3°.  '  La  letre  ou  le  traité  à  Paulin ,  fut    écrite ,  lorsque  B,b.  pp.  t.  s.  p. 
Fauste  étoit   déjà  Evêque,    et    ce  semble  vers   470.   C'est  ïfs.î?».»!^ 
une  réponse  à  8  ou  9  questions  que  Paulin  lui  avoit  pro- 
posées ,   ainsi  que  nous  l'avons  dit  plus  amplement  en  un 
autre  endroit.  Il  suffit  d'observer  ici   qu'il    s'y   trouve  di- 
verses erreurs,  '  pour   lesquelles  cet  écrit  a  été  rejette  et  p.  kso.  2. 
condamné  avec  quelques  autres  du  même  auteur  par  l'E- 
glise   Romaine ,  comme  l'ont   marqué  les    éditeurs    de  la 
Bibliothèque  des  Pères. 

'  Fauste  en  effet  répondant  à  la   question  touchant    les  iwd. 
conversions  qui  ne  se  font  qu'à  la  mort,  semble  aller  jus- 
qu'à vouloir  qu'elles  soient   toujours  inutiles.  '  Il  n'en  ex-  Titt.  ibid.  p.  117. 
cepte  point  les    effets  rares  et  extraordinaires  de   la  misé- 
ricorde de  Dieu,  qui  font  que     l'Eglise    accorde    presque 

Tome  II.  Ffff 


v  ...«.       »94  F  A  U  S  T  E, 

v  SIECLE.  ' 


toujours  la  pénitence  et  l'absolution  à  ceux  qui  n'ont  plus 
que  ce  moment  pour  la  demander.  Ainsi  Fauste  sembloit 

Avit.  cP.  \.  p.  29-  condamner  la  pratique  générale.  Gondebaud  Roi  de 
Bourgogne ,  qui  se  mêloit  de  science  ,  fut  surpris  de  ce 
sentiment,  et  en  témoigna  sa  surprise  à  S.  Avite  de  Vien- 
ne. Ce  sçavant  Evêque  lui  répondit  qu'elle  étoit  juste  ; 
puisque  c'étoit  une  dureté  contraire  à  la  vérité ,  de  dire 
que  ces  pénitences  fussent  toujours  inutiles.  Il  lui  ajoute 
que  la  seule  volonté  de  se  corriger,  pourvu  qu'elle  fût  sin- 
cère ,  ne  pouvoit  manquer  de  plaire  à  Dieu ,  mais  qu'il  lui 
en  falloit  laisser  le  jugement.  Il  dit  même  que  ceux  qui 
croient  le  contraire ,  sont  plutôt  enflés  par  l'orgueil  qu  ils 
aiment ,  qu'affermis  par  la  paix  et  la  pureté  de  leur  cons- 
cience. 

Fout.  a:i i  Paul.  p.  '  Fauste  répondant  à  une  autre  question  de  Paulin ,  rc- 
levoit  extrêmement  la  nécessité  des  bonnes  œuvres ,  et 
montroit  que  sans  elles  h  foi  est  inutile  :  ce  qui  est  vrai; 
mais  il  n'en  exceptoit  pas  le  cas  où  les  bonnes  œuvres  sont 
vit  ibij.  impossibles.  '   Ce  sentiment  frappa  encore  Gondebaud   qui 

demanda  aussi  à  S.  Avite  ce  qu'il  en  pensoit.  Le  Saint  lui 
lit  réponse  que  ce  sentiment  étoit  faux ,  si  on  l'entendoit 
généralement ,  et  s'arrêta  à  montrer  que  les  meilleures  œu- 
vres ne  sont  rien  sans  la  foi ,  et  ne  peuvent  être  bonnes 
que  par  la  foi. 

Kausi.  iiiki.  p. 551.  '  Dans  ce  même  écrit  Fauste  a  eu  soin  d'établir  de  nou- 
veau son  opinion  chérie  sur  la  nature  de  lame ,  qu'il  soû- 
"  tient  être  corporelle.  Mais  il  ne  le  fait  qu'en  passant;  et 
en  répétant  son  grand  raisonnement,   par  lequel    il  con- 

Tiii.  p.  *i8.  fond  l'immense  et  l'incorporel.  '  On  remarque  qu'il  y  a- 
vance  encore  une  autre  opinion  qui  n'est  digne    que  d'un 

Fnust.ibid.  s.  Sémipélagien  ,  'en  disant  que  le  péché  d'Adam  n  est  puni 
que  dans  le  corps  des  autres  hommes  par  la  mort  ;  mais 
non  point  dans  l'ame. 

i»ib.  pi\  i.  s.  p.       4°  '  La  letre  de  Fauste  à  Lucide ,  dont  nous  avons  déjà 

'•■'*•  '  *•  rapporté  quelques  particularités,  fut  écrite  vers  l'an  474. 

i.  '  Fauste  s'y  propose  d'abord  de  suivre  la  voie  roïale ,  c'est- 

à-dire  commune,  sans    s'écarter  ni  à  droit   ni   à  gauche. 

Tiii.  ibi.i.  p.  123.  '  On  observe  néanmoins  qu'il  est  aisé  de  trouver  l'erreur 
des  Sémipélagiens,  en  divers  endroits  de  cette  letre.  Il  est 
vrai  aussi  qu'on  avoue  qu'à  l'exception  d'un  seul ,  il  n'y  en 
a  point  auxquels  on  ne  puisse  donner  un  sens  Catholique. 


EVE  QUE  DE  RIES.  595 

**  V   SIECLE. 

'  Fauste  ne  laisse  pas  d'y  étaler  de  grandes  vérités ,  peut-  rwmTSâT. 
rire  à  dessein  que  l'on  lasse  moins  d'attention  à  ce  qu'il  j'- 
avance de  défectueux.  Il  y  prononce  anatliôme  contre  ce- 
lui qui  suifant  les  impiétés  de  Pelage ,  ose  dire  qne  l'hom- 
me naît  sans  péché.  Il  regarde  comme  une  présomplion 
damnable ,  de  prétendre  que  l'on  puisse  être  sauvé  par  son 
seul  travail,  et  délivré  sans  la  grâce  de  Dieu.  '  Il  s'y  flaitc  a. 
d'écarter  toute  idée  d'arrogance  et  toute  présomption ,  que 
l'on  pourroit  tirer  de  son  travail.  C'est  pourquoi  il  le  l'ail 
précéder  par  la  grâce ,  et  soutient  que  nous  devons 
regarder  tout  ce  que  nous  recevons  de  la  main  de  Dieu , 
non  comme  un  prix  ,  ou  une  récompense ,  mais  comme  un 
pardon  ;  sçachant  que  le  fruit  de  nôtre  travail  même  est 
l'effet  de  nôtre  devoir,  et  non  pas  de  nôtre  mérite. 

'  Celte  letre,  qui  n'est  proprement  que  le  plan   de  l'ou-  BH. 
vrage ,  que  Fauste  fit  peu  après  sur  la  grâce ,  est  souscrite, 
outre    Fauste ,    de  dix  autres  Evoques  et    du  Prêtre  Luci- 
de. Mais  il  ne  faut  pas  s'imaginer,  que  ces  souscriptions  se 
soient  faites  '  dans   le  Concile  d'Arles,    où  ces  onze  Eve-  Conc.  t.4.p.io*i. 
ques  assistèrent  avec  19  autres  en  475.   ■  C'est  de  quoi  le  conc.snp.p.39.  ; 
P.   Sirmond  même  convient.  Nous    en   avons  déjà   dit  as-  ■■"••*•*•»•**■ 
sez  ailleurs  sur  ce  sujet  ;  et  il  seroit  inutile  de   le  répéter 
ici.  '  Cet  écrit  de  Fauste  se  trouve  ordinairement  à  la  tête  Kfc.  pp.  t.  s.  p. 
de  ses   ouvrages,  avec  la  retractation  de  Lucide,  que  l'on  S2*-53sa- 
croit  être   l'ouvrage  de    Fauste ,  qui  l'aura  dictée  à  ce  Prê- 
tre. '  L'un  et  l'autre  a  été  inséré  dans  les  collections  desCon-  Conc.t.4.p.iot2- 
ciles ,  comme  faisant  la  principale  partie  des  actes  qui  nous  39^"  ' suppp-37- 
restent   des   Conciles   d'Arles  et  de  Lyon  ,  tenus  vers  l'an 
475.  '  Dans  les  Orlhodoxographes   où  l'on  trouve  aussi  ces  onhod.  t.  2.  p. 
mêmes  pièces ,  elles  sont  à   la  fin   des  livres  de  Fauste  sur  84i'  8i5' 
la  grâce  et  le  libre  arbitre. 

5°  '  Ce   fut  immédiatement  après  ces  Conciles ,  comme  Fansi.  ad  Léon. p. 
Fauste  le  dit  lui-même,  qu'il  travailla  à  son  ouvrage  sur  la  m  '" 
grâce ,  '  y  aïant  été  porté  par  Léonce  Evoque  d'Arles.  a  Cet  p.  523.  2. 
ouvrage  est  divisé  en  deux  livres ,  et  porte  pour    titre  :  De  * do  er'  *  523-  2' 
la  grâce  de  Dieu ,    et  du  libre  arbitre  de  l'homme.  '  Gen-  Gain,  ibid. 
nade  en  parle  fort  avantageusement  ;  '  quoique  ce  soit  ce-  là.  ma.  p.  422. 
lui  de  tous  les  écrits  de  Fauste ,  qui  a  le  plus  contribué  à  ren- 
dre le  nom  de  son  auteur  et  célèbre  et  odieux.  Nous  avons 
vu    plus  haut,    que    Fauste    s'étoit  déjà    déclaré    contre 
la   doctrine    de   S.    Augustin.   '  Le  Cardinal   Noris  obser-  Nor.  i.it.poi.1.2. 

Ffff  ij      c' 15" p'  *"■ 


V  SIECLE. 


596  FAUSTE, 

ve  qu'il  entreprit  ce  nouvel  ouvrage ,  pour  réfuter  expres- 
sément ce  Saint  Docteur.  Il  ne  faut  pas  néanmoins  croire 
que  ce  fût-là  l'intention  du  Concile  d'Arles,  ni  de  celui  de 
Faust. ad  Léon.  p.  Lyon ,  '  lorsque  Léonce  donna  à  Fauste  le  soin  de  reciieil- 
5-3- 2-  lir  ce  qui  s'étoit  dit  dans  l'un  sur  la   matière   de   la  prédes- 

P.  524.  i.  tination,  '  et  que  l'autre  demanda  que  Fauste  y  ajoutât  cer- 

taines choses ,  à  cause  de  quelques  erreurs  qui  avoient  pa- 
voss.  hisi.Pei.i.i.  ru  de  nouveau.  '  L'on  convient  que  Fauste  passa  en  cette 
p.278P293U|'cavei  rencontre  les  bornes  de  la  commission  qu'il  avoit  reçue, 
P.  293.  i.  et  qU'il  mit  dans  son  livre  beaucoup  de  choses,  que  les  Évo- 

ques de  ces  deux  Conciles  n'auroient  pas  avouées. 

Le  sujet  ou  le  prétexte  de  cet  ouvrage  vint  de  l'affaire 
du  Prêtre  Lucide ,   qui  étoit  accusé  d'errer  sur  la  prédes- 
Faust.  ad  Léon. p.  tination.    '  C'est  pourquoi  l'Auteur  avertit,  qu'il  s'est  éten- 
524-  '•  du    d'avantage  sur    cette  matière    obscure   en  elle-même, 

afin  de  la  mettre  plus  à  portée  de  ceux  qui  ont  moins  d'in- 
i.Tim.  6. 16.        telligence.  Mais  il  oublia  '  que  Dieu  habite    une    lumière 
Proy.  25. 27.        inaccessible ,  '    et  que    celui  qui   entreprend  de  sonder  la 
Faust. ibid.i de Gr.  Majesté,  est  accablé    de  sa    gloire.  '    il  promet  cependant 
i.i.c.i.p.523.2.    j'y  sujvre  ia  doctrine  de   l'Evangile  et  les  règles  apostoli- 
ques ,  d'y    emploïer  les   expressions    des    Prophètes  et  des 
Apôtres,  et  de  les    prendre  dans  le    même    sens  qu'eux- 
mêmes  les  ont  prises.  De  sorte  que  selon  lui  ceux  qui  au- 
roient  la   présomption  de  contredire  ce  qu'il  écrivoit ,  pas- 
seraient pour  tenter  ,  non  de   détruire  ses  propres  inven- 
tions ;  mais  de  renverser  les  loix  divines ,  et  les  fondements 
de  la  foi.  Telle  est  la  confiance  avec  laquelle   Fauste  en- 
treprit d'écrire  sur  la  grâce, 
degr.i.i.c.  1.2.         D'abord  il  emploie  les  deux  premiers  chapitres  de  son 
P. sas. 2-527. 2.     ouvrage  a  réfuter  les  erreurs  les  plus  grossières,  ou  pour 
nous    servir    de    ses    propres    termes,   les   blasphèmes  de 
Pelage ,    qu'il    dit  avoir    été    anathématizés   depuis  long- 
Mang.p. 578.| mi.  temps  par  l'Eglise  catholique.  '   Mais  il  n'en  use  ainsi ,  au 
ibid.  p.  425.        sentiment  des  plus  habiles ,  que  pour  mieux  faire  recevoir, 
dans  la  suite  de  l'ouvrage  le  venin  mitigé  de  cette  doctri- 
ne, et  le  faire  couler  plus    insensiblement  dans  les  âmes. 
Pour  s'en  convaincre  il  n'y  a  qu'à  lire  les  chapitres  3e,  7e  et 
17e  du  premier  livre  de  son  ouvrage. 
m  ibid.  '  L'Histoire  ne  nous  apprend  point  de  quelle   manière 

cet  écrit  de  Fauste  fut  d'abord  reçu  dans  les  Gaules.  Peut- 
être  n'en  apperçut-on  pas  si-tôt  les  erreurs ,  parce  qu'elles 


ÉVEQUE   DE    RIES.  597 

V  V    9I£CLE. 


y  sont  déguisées  d'une  manière  artificieuse,  et  que  le  respect 
que  l'on  avoit  pour  la  vertu  qui  paroissoit  dans  la  conduite  de 
1  auteur,  couvroit  même  ce  qui  pouvoit  y  être  dit  plus  claire- 
ment. L'éloge  que  Gennade  en  fait,  montre  que  ceux  qui 
étoient  dans  les  mêmes  sentiments,  en  avoient  une  haute 
estime.  Pour  les  autres,  peut-être  que  les  changements  qui 
arrivèrent  en  Provence,  lorsque  la  Ville  d'Arles  passa  sous  la 
puissance  desVisigots  vers  l'an  481,  et  l'exil  de  Fauste  qui 
suivit  de  près,  arrêtèrent  les  efforts  qu'ils  firent  pour  s'y 
opposer,  ou  qu'ils  ont  empêché  que  le  bruit  n'en  soit  venu 
jusqu'à  nous. 

'  Nous  sçavons  néanmoins  que  S.  Avite  Evoque  de  Vien-  atu.  «p.  s*. 
ne  et   contemporain   de    Fauste,    en    censurant    quelques 
autres   erreurs   de   ce  Prélat,   avoit  témoigné    en    même 
temps  une  extrême  aversion  pour  sa  doctrine  touchant  la 
foi  et  les  œuvres.  '  Il  écrivit  même  expressément,  selon  Ado,  chr.  an. 492. 
le  témoignage  d'Adon,  contre  ses   livres   sur  la  grâce,  et  p'  798, 2< 
réfuta  son  erreur  par  une   exposition  claire  de   la  vérité 
Catholique.  '  De  même  S.  Césaire  qui  fut  Evêque  d'Arles  Genn.  vir.  m.  c. 
en  502,  composa  un  ouvrage  sur  la  grâce  et  le  libre  ar-  M- 
bitre,  dans  lequel  il  prouvoit  par  l'Ecriture  et  les   Pères, 
que  l'homme  ne  peut  faire  de  lui-même  aucun  bien,  s'il 
n'est  prévenu  par  la  grâce  de  Dieu  :  ce  qui  est  entièrement 
opposé  à  la  doctrine  de  Fauste.  Aussi  fait-on   suivre  dan9 
Gennade  les  deux  articles  de  ces  deux  Evêques,  pour  faire 
observer  sans  doute,  que  si  l'un  a  combattu  la   grâce  de 
J.    C,    l'autre   l'a  deffenduë  avec    de   puissantes   armes. 
L'auteur  de  l'article  de  S.  Césaire  qui  est  différent  de  Gen- 
nade, ajoute  que  son  ouvrage  sur  la   grâce  fut  approuvé 
par  le  Pape  Félix  IV.  Il  est  au  moins  certain,  ainsi  que 
nous  l'avons  dit  ailleurs,  que  Saint  Césaire  travailla  le  plus 
dans  les  Gaules  à  y  ruiner  la  doctrine  de   Fauste,  et  des 
Sémipélagiens,  sur-tout  par  les  Canons  du  II  Concile  d'Orange 
tenu  en  529. 

La  doctrine  de  Fauste  n'eut  pas  un  sort  plus  heureux 
à  Rome  que  dans  les  Gaules.  '  Personne  ne  doute  que  ce  m,  ibid.  p.  4M. 
ne  soit  particulièrement  à  cause  de  son  ouvrage  contre  la 
grâce,  '  que  le  Pape  Gélase  et  les  70  Evêques  du  Concile  cono.t.4.p.«65. 
de  Rome,  mirent  ses  écrits  au  rang  des  apocryphes  en  494. 
'  Baronius  soutient  aussi  que  le  Pape  Félix  non  seulement  Lena.  p.  es. 
approuva  l'ouvrage  de  S.  Césaire,  qui  contenoit  une  Doc- 
4  1 


V    SIECLE. 


598  FAUSTE, 


trine  tout  opposée  à  celle  de  Fauste  sur  la  grâce  ;  mais  en- 
core qu'il  le  confirma  par  une  letre,  et  qu'il  eut  soin  de  le 
répandre  par-tout.  C'est  ce  qui  peut  s'appeler  rejetter  clai- 

conc. ..  1530.  rement  la  doctrine  de  Fauste  sur  ces  matières.  '  Le  Pape 
Hormisda  s'explique  encore  plus  ouvertement   sur   ce   su- 

p.  1532.  Lerin.  p.  jet  dans  sa  réponse  à  l'Evêque  Possesseur,  '  qui  l'avoit  con- 
•  suite  sur  les  sentiments  de  Fauste.  Ce  Pontife  l'exclut  d'a- 

bord du  nombre  des  Pères,  qu'il  faut  prendre  pour  juges 
dans  les  difficultés  qui  s'élèvent  sur  la  doctrine.  Ensuite  il  le 
condamne  assez  ouvertement,  en  disant  que  sur  les  matières 
du  libre  arbitre  et  de  la  grâce,  l'Eglise  Romaine  et  Catholique 
suit  et  s'attache  à  ce  qu'on  en  trouve  dans  les  divers  écrits 
de  S.  Augustin,  et  particulièrement  dans  ceux  à  S.  Prosper  et 

«iang.p.58i  i  Tiii.  à  Hilaire,  '  qui  sont  ceux  que  Fauste  tâchoit  le  plus  de  décrier 

ibidpW-         et  de  combattre. 

On  ne  fit  pas  un  meilleur  accueil  au  livre  de  Fauste,  dans 

conc.  p.  1530.  i     l'Eglise  d'Orient  et  celle  d'Afrique.  '  On  sçait   les   broùil- 

im£u9.10'  appp'  leries  et  le  scandale  qu'il  causa  à  Constantinople,  et  qu'il 
trouva  de  puissants  adversaires,  sur-tout  en  la  personne 
de  Pierre  Diacre,  de  Jean  Maxence,  et  en  celle  des  Moi- 

isij.  s™,  erci.c.  nés  de  Scythie.  De  même  '  S.  Fulgence  Evêque  de  Rupse 

it.  p.  u.  en  AfrjqU(^  célèbre  par  l'exil  qu'il  souffrit  pour  la  foi,  en- 

treprit un  ouvrage  sur  la  grâce  et  le  libre  arbitre,  divisé  en 
sept  livres,  pour  répondre  à  celui  de  Fauste,  prenant  à  lâ- 
che d'y  détruire  la  subtilité  profonde  et  artificieuse  de  ce 
Prélat,  qui  appuïoit  l'hérésie  Pélagienne.  C'est  ainsi  qu'en 
parle  S.  Isidore  de  Séville  ;  et  son  témoignage  peut  servir 
a  montrer  que  l'Eglise  d'Espagne  ne  goûtoit  pas  davantage 
le  livre  de  Fauste,  que  les  autres  Eglises  du  monde  Chré- 

ccsn.bib.  uni. 4.i.  tien.  '  Gesner  par  une  erreur  de  chronologie,  et  faute  d'avoir 

p.  239.  2.  j^  je  (rajt£  (jg  pauste>  dont  il  est  ici  question,  a  avancé  que 

S.  Fulgence  aïant  repris  Fauste  de  ses  erreurs,  celui-ci  re- 
connut la  vérité,  et  composa  son  ouvrage  sur  la  grâce,  que 
Gesner  qualifie  un  excellent  livre,  pour  retracter  ses  premiers 
sentiments. 
Buii.i.  jan.  p.  43.  '  L'Auteur  original  de  la  vie  de  S.  Fulgence  détaille  en- 
core mieux  que  S.  Isidore,  ce  que  fit  ce  S.  Confesseur  en 
faveur  de  la  cause  qu'il  défendoit.  «  Fauste  dans  son  ou- 
«  vrage,  dit-il,  attaquoit  artificieusement  la  grâce,  et  y  fa- 
ce vorisoit  les  Pélagiens  d'une  manière  couverte,  affectant 
«  néanmoins  d'y  paroître  Catholique.  S.  Fulgence  entreprit 


ÉVÊQUE    DE    RIES.  599     f  S1ECL£_ 


«  sur  cela  de  le  réfuter  par  sept  livres  qu'il  lui  opposa,  pour 

«  empêcher  que  le  venin  secret  qu'il  contenoit,  ne  se  ré- 

«  pandit.  Il  s'appliqua  davantage  à  en  faire  voir  les  mauvais 

«  sentiments,  qu'à  les  combattre  ;  parce  que  c'étoit  assez  ré- 

«  futer  les  erreurs  de  Fauste,  que  de  les  faire  connoître  sous 

«  les  termes  équivoques  dont  il  les  couvroit.  Le  Concile  des 

«  Saints  Confesseurs  d'Afrique  parlant  de  cet  ouvrage  de  S. 

«  Fulgence,  dit  que  l'examen  qu'il  y  faisoit  des  livres  de 

«  Fauste,  en  avoit  découvert  les  mauvaises  opinions,  con- 

«  traires  à  la  vérité,  et  entièrement  opposées  à  la  foi  Ca- 

«  tholique,  et  que  l'autorité   divine  les   avoit  détruites   et 

«  confondues.  »  '  C'est  ce  qu'on  lit  en  propres  termes  dans  la  Aug.  t.  io. 

letre  Synodale  de  ces  Saints  Confesseurs,  écrite  du  lieu  de  leur  app-  p' 156' 

exil  l'an  523. 

'  Facundus  Evêque  d'Hermiane  reconnoît  aussi  que  Fauste  Fac.  in.Moc.p. 
avoit  tâché  de  tromper  les  simples,  et  de  les  entraîner  dans  son  56î' 
erreur,  en  abusant  même  des  paroles  de  S.  Augustin  qu'il 
n'entendoit  pas.  '  Adon  de  Vienne,  qui  semble  avoir  cru  Le™,  p. 64 1  Ado, 

3ue  Fauste  avoit  entrepris  de  combattre  sincèrement  l'hérésie  r"  m  i9i 
e  Pelage,  avoue  néanmoins  qu'il  est  tombé  lui-même  dans 
l'erreur,  en  voulant  que  la  force,  la  lumière,  et  la  santé  du 
libre  arbitre  vinssent  de  la  nature  et  non  de  J.  C.  en  quoi, 
dit-il,  Fauste  est  contraire  à  ce  que  S.  Augustin  et  tous 
les  autres  Catholiques  enseignent  dans  l'Eglise  de  Dieu. 
De  sorte  que  Gennade  et  tous  ceux  qui  prétendent  que 
ses  sentiments  en  ce  point  sont  Orthodoxes,  se  trompent  assu- 
rément. 

Tel  est  le  jugement  que  les  anciens  ont  porté  des  livres 
de  Fauste  sur  la  grâce, -et  celui  qu'en  portent  la  plupart 
des  modernes    n'est  point    différent.    Les   Cardinaux   Bel- 
larmin,  Baronius,  Noris,  les  PP.  Vasquèz,  Suarèz,  Petau, 
Théophile    Raynaud ,    et    une    infinité    d'autres ,    ne    font 
point  difficulté  de  regarder  sa  doctrine  sur  la  grâce,  com- 
me Sémipélagienne.  '  C'est  en  vain,  dit  le  Cardinal  Baro-  Bar.  an.  4<x>.  n. 
nius  en  particulier,  que  l'on  voudroit  excuser  un   homme  •* 3é- 
qui  a  été  combattu  par  tout  le   monde   Catholique;  '  qui  n.  36. 42. 
a  usé  d'artifice  pour  détruire  toute  la  croïance  de  la  justi- 
fication de  l'homme;  et  qui  faisant   semblant   de   combat- 
tre   contre     Pelage,     combattoit    adroitement    pour    Pe- 
lage   même.    Ce    grand   Cardinal   fait   voir   par-là   qu'il 
étoit  bien  éloigné  de  trouver  '  dans  cet  ouvrage  de  Fauste  n«i>in,bib,  1 4.P. 

597. 


600  FAUSTE, 

V   SIECLE. 

la  modération  et  la  précaution,  que  M.  Du  Pi  a  prétend  y 

avoir  découvertes. 

Il  ne  paroît  point  d'édition  de  ces  deux  livres  de  Faus- 
orthod.t.i.p.808.  te  sur Ja  grâce  et  le  libre  arbitre,  avant  l'an'  1555.  Ils 
843-  furent  alors  imprimés  à  Basle  parmi    lés  Orthodoxogra- 

phes,  puis  réimprimés  dans  l'édition  du  même  recueil,  qui 
Bib.  pp.  t.  s.  p.    parut  au  même  endroit  en  15G9.  '  De  là  ils  sont  passés  dans 
par!5»5  '693-740.'    'es  diverses  Bibliothèques  des  Pères.   Mais  dans  l'édition 
de  Lyon  on  en  a  détaché  la  préface  ou  épître  dédicatoire, 
adressée  à  Léonce  d'Arles,  de  laquelle  on  a  fait  un   écrit 
particulier,  en  lui  donnant  pour  titre,  Profession  de  foi,  etc. 
Cave,  p. «93. i.      '  Cave  la  compte  aussi  pour  un  ouvrage  séparé,  et  différent 
Tui.  iwd.  p.  424.  des  autres  de  Fauste.  '  C'est  ce  qui  fait  que  M.  de  Tille- 
mont,  qui  ne  s'étoit  pas   servi   de    l'édition   de   Lyon,  dit 
qu'il  ne  trouve   rien  ailleurs   de  cette   Profession   de   foi, 
conc.  supp.  p.  39.  que  dans  Cave.  '  M.  de  la  Lande  a  inséré  aussi  cette  pie- 
i-4o.  i.  ce  (jans  son  SUpplément  aux  anciens  Conciles  des  Gaules, 

comme  pour  suppléer  aux   actes   qui    nous   manquent  du 
Concile  de  Lyon,  tenu  vers  475.  Il  y  a  ajouté  les  souscrip- 
p.  m.  lions  de  30  Evoques,  '  les  mêmes  auxquels  Lucide  adres- 

se sa  retractation,  et  que  l'on  croit  avoir  composé  le  Con- 
cile qui  se  tint  à  Arles  avant  celui  de  Lyon  :  souscriptions 
qui  n'ont  jamais  été  dans  l'original.  Car  outre  qu'il  est 
fort  difficile,  que'  tous  les  mêmes  Evêques  qui  ont  assisté  à 
un  premier  Concile,  se  trouvent  aussi  à  une  autre  assemblée 
quelque  temps  après  et  en  un  lieu  différent,  il  est  incon- 
testable que  cette  pièce  n'est  autre  chose  que  la  préface, 
ou  l'épitre  dédicatoire  de  l'ouvrage  de  Fauste  sur  la  gra- 
p.  39.  2.  ce,  '  et  que  l'ouvrage  ne  fut  fini  qu'après   le   Concile   de 

Lyon,  comme  en  fait  foi  cette  préface  même,  qui  ne  fut 
écrite  qu'après  la  perfection  de  l'ouvrage,  ainsi  qu'il  est 
ordinaire. 

6°.  Comme  l'on  croit  que  ce  furent  les  écrits  de  Faus- 
te contre  les  Ariens,  qui   le  firent  bannir,  et  que  cet  exil 
arriva  vers  481,  nous  devons  placer  quelques  années  au- 
paravant, vers  479  ou  480,  son  ouvrage  sur  le  S.  Esprit, 
tenn.  vit .  m.  c    dans  lequel  sans  doute  il  altaquoit  ces   hérétiques.  '  Gen- 
83.  p.  38.  im(je  je  marqUe  parmi  les  autres  écrits  de  Fauste,  qui  le 

composa,  dit-il,  en  expliquant  le  symbole,  et  qui  y  mon- 
troit  que  le  S.  Esprit  est  Dieu,  coéternel  au  Père  et  au 
Fils,  et  de  la  même  substance.  Presque  tous  les  modernes, 

qui 


EVÊQUE    DE   RIES.  601     y  siecle_ 


ont  cru  qu'il  ne  se  trouvoit  plus  aujourd'hui.  Mais  d'autres 
plus  attentifs  ont  découvert  que  nous  l'avons  encore ,  et 
que  c'est  celui  auquel  on  fait  porter  le  nom  de  Pascase 
Diacre  de  l'Eglise  Romaine.  C'est  ce  que  Dom  Pierre  Coû- 
tant, Religieux  de  nôtre  Congrégation,  a  observé  le  pre- 
mier ,  comme  il  paroit ,  et  prouvé  par  des  raisons  invin- 
cibles ;  en  quoi  il  a  été  suivi  par  M.  de  Tillemont  et  Ca- 
zimir  Oudin. 

'  Les  raisons  qu'apporte  Dom  Coûtant,    pour  montrer  mi.  de sy.».  not. 
que  les  deux  livres  sur  le  S.  Esprit  attribués  à  Pascase,  sont  im- 
l'ouvrage  de  Fauste,  consistent  1°.  en  ce  qu'un  manuscrit 
du  Vatican  les  lui  attribue.   2°.  Gennade ,  qui  vivoit  du 
temps  de  Fauste,    et   qui  avoit  une  connoissance  particu- 
lière de  ses  écrits  ,  assure  qu'il  a  écrit  sur   cette  matière. 
On  peut  fortifier  cette  raison   par  ce  qu'ajoute  '  Gennade,  Genn.  au. 
que  Fauste  le  fit  en  expliquant  le  Symbole.  '  Or  le  titre  de  bui.  pp.  i.  8.  p. 
l'ouvrage  attribué  à  Pascase,  porte  que  c'est  une  explica-  887'  2* 
tion  du  Symbole  contre  les  erreurs  de  Macedonius.  '  3°.  hh.  ibid. 
11  se  trouve  entre  ces  livres  sur  le  S.  Esprit ,  et   les  écrits 
qui  sont  indubitablement  de  Fauste,  une  ressemblance  mer- 
veilleuse et  pour  la  Doctrine  et  pour  les  expressions.  Par 
exemple,  l'objection  qui  se  lit  au  5e  chapitre  du   premier 
livre  contre  l'éternité  du  Fils,  y  est  résolue  par  le  même 
raisonnement   et    presque   dans    tous    les   mêmes  termes  , 
qu'elle  l'est  dans  la  16e  letre  de  nôtre  auteur.  De  même  au 
premier  chapitre  du  second  livre  sur  le  S.  Esprit,  l'auteur 
soutient,  comme  Fauste  dans  sa  16e  letre,  qu'il  n'y  a  que 
Dieu  seul  qui   soit  sans  corps ,   que  ni  l'ame  ni  les  Anges 
n'ont  point  cet   avantage.    Cazimir  Oudin  apporte    enco-  omi.  sm.i.  i.  p. 
re  quelques  autres  raisons,   pour  appuïer  le  sentiment  que  t306- 1307- 
nous  soutenons;  mais  celles  que  nous   venons    d'alléguer 
sont  plus  que  suffisantes  pour  l'établir. 

Il  est  vrai  '  que  S.  Grégoire  le  Grand  assure,  que  le  Dia-  Gr.  m.  dia.  i.  *.c 
cre  Pascase  avoit  écrit  des  livres  sur-  le  S.  Esprit,  a  et  que  fgenn  ^id. 
d'ailleurs  Gennade  parlant  de  l'ouvrage  de  Fauste  sur  le 
même  sujet ,  ne  fait  mention  que  d'un  livre.  Mais  ces  au- 
torités ne  font  rien  contre  nôtre  opinion.  Car  pour  ce  qui 
est  de  S.  Grégoire,  il  ne  dit  pas  la  moindre  chose  qui  prou- 
ve que  les  livres  de  Pascase  soient  ceux  qui  nous  restent 
sous  son  nom.  Il  peut  être  vrai,  et  nous  l'accordons  h  ce 
S.  Pape,  que  ce  Diacre  a  écrit  sur  le  S.  Esprit;  mais  il 

,  1  t    T<>™  B.  Gggg 


V  SIECLE. 


602  F  A  U  S  T  E 


est  aisé  que  son  ouvrage  s' étant  perdu,  on  Jui  ait  substi- 
tué celui  que  nous  montrons  être  de  Fauste ,  et  qui 
traite  du  même  sujet.  Il  est  d'autant  plus  croïable  que  ce- 
lui qui  nous  reste  n'est  pas  le  même  dont  parle  S.  Gré- 
tir,  ibid.  goire,  qu'il  est  moins  aisé  de  se  persuader'  qu'il  l'eût  qua- 
lifié, comme  il  fait,  un  ouvrage  très-exact  et  universel- 
lement approuvé;  puisqu'il  s'y  trouve  une  erreur  gros- 
sière sur  la  nature  de  l'aine,  ainsi  que  nous  l'avons  remar- 
Trii.  Scri.  c.  iw.  que.  '  Trithéme  qui  l'avoit  vu  manuscrit ,  avant  qu'il  por- 
tât le  nom  de  Pascase  dans  les  imprimés,  le  donne  positi- 
vement à  Fauste.  C'est  ce  dont  on  ne  peut  douter,  en  lisant 
les  premiers  mots  qu'il  en  rapporte  à  l'article  de  cet  au- 
teur, et  sur  le   titre  de  l'ouvrage. 

Quand  à  Gennade,  quoi  qu'il  ne  fasse  mention  que  d'un 
livre,  cela  ne  doit  point  tirer  à  conséquence.  On  sçait  que 
le  terme  de  livre  dans  les  anciens ,  a  la  même  signification 
Geun.  ibid.  que  celui    d'ouvrage  ;  '  et  Gennade  lui-même  en  marquant 

les  deux  livres  de  Fauste  sur  la  grâce,  n'en  parle  que  com- 
me s'ils  n'eussent  point  été  divisés  en  deux  livres.  Outre 
cela ,  l'ouvrage  sur  le  S.  Esprit  est  à  la  vérité  divisé  au- 
jourd'hui en  deux  livres  :  mais  rien  n'indique  que  cette  di- 
vision soit  ou  originale  ou  nécessaire.  Elle  paroît  entière- 
ment arbitraire;  et  il  est  assez  naturel  que  depuis  qu'on 
s'est  émancipé  de  l'attribuer  à  Pascase,  on  se  soit  avisé  aussi 
de  le  partager  en  deux,  sur  ce  que  S.  Grégoire  faisant  l'é- 
loge de  l'écrit  de  ce  Diacre  sur  le  même  sujet ,  en  parle 
r,esn.  bib.  um.  i.  comme  contenant  plusieurs  livres.  '  Il  n'étoit  point  encore 
"  p'  '  ainsi  divisé  au  temps   de  Gesner,  avant  le  milieu  du  XVI 

siècle.  En  effet  cet  Ecrivain  marquant  ce  même  ouvrage , 
tel  qu'il  porte  aujourd'hui  le  nom  de  Pascase,  entre  les  é- 
crils  qui  appartiennent  à  Fauste,  il  ne  le  compte  que  pour 
un  seul  livre.  Au  reste  que  ce  soit  le  même  que  1  on  don- 
ne à  Pascase ,  cela  est  visible  ;  puisque  Gesner  en  rapporte 
les  premiers  mots  qui  commencent  l'ouvrage  :  Fides  catho- 
lica  in  universum. 

Il  n'y  a  donc  aucune  raison  qui  empêche  de  rendre  cet 

ouvrage  à  Fauste ,  comme  à  son  véritable  auteur,  quoique 

cave,  p.  3i8.       jusqu'ici  il  ait  toujours  paru  sous  le  nom  de  Pascase.  '  11  y 

en  a  une  édition  faite  à  Basic  l'an  1539  en  un  volume  in- 

itib.  i«p.  us.  p.  8°,  et  une  autre  à  Helmenstad  en  1613.'  Depuis,  l'écrit 

est  passé  dans  la  Bibliothèque  des   Pères ,   en   conservant 


EVÈQUE   DE   RIES.  603     „.,„,.,„ 

*  V    SIECLE. 


le  nom  de  Pascase.  Avant  cette  découverte  il  auroit  sem- 
blé ,  à  s'en  tenir  à  l'idée  '  que  Gesner  nous  donne  d'un  Ocsn.  wb.  uni.  t. 
autre  ouvrage  de  Fauste,  imprimé  à  Basle  chez  Henri  Pe-  *•  »•"*■*■ 
tri  dès  l'an  1528,  que  ç'auroit  été  le  traité  de  nôtre  Pré- 
lat sur  le  S.  Esprit ,  dont  cet  ouvrage  traite  effectivement. 
Mais  on  va  voir  par  la  suite  que  cet  écrit  intitulé  :  Fausti 
Episcopi  de  ratione  fidei,  in  quo  etiama  liquot  loci  invicem  con- 
feruntur,  est  tout-à-fait  différent  du  traité  sur  le  S.  Esprit. 

7°  '  Gennade   fait  mention   d'un    autre   petit  écrit  que  G«nn.  ihid.. 
Fauste  avoit  composé,  pour  prouver   contre  les  Ariens  et 
les  Macédoniens,  que  toute  la  Trinité   n'a  qu'une    même 
nature.  '  Quelques  sçavants  croient  que  cet  écrit  n'est  au-  Du  Ma.  Mb.  t.  *. 
tre  chose,  que  la  première  partie  de  la  16e  letre  de  Fauste  S^^a?».*" 
adressée  à  un   Evêque ,  de  laquelle  nous  avons  parlé  ,    et  pp-  '•  8-  ■■  s*8- 
prétendent  que  Gennade  par    erreur    en   a  fait  deux  trai- 
lés  différents.  Ils  fondent  leur  opinion  sur  ce  que  la  der- 
nière partie  de  cette  letre  ,  se   trouve  aujourd'hui  séparé- 
ment à   la  tête  de  l'ouvrage  de  Mamert  Claudien  ,  qui  l'a 
refutée.  '  Mais  nous  ne    voïons  point ,  répond  judicieuse-  Tui.n.E.t.M.p. 
ment  M.  de  Tillemont,  que  cette  dernière  partie  fût  ain-     8' 
si  séparée  de  la  première  du  temps   de  Gennade ,  ni   que 
Claudien  l'ait  mise  de  la  sorte  à  la  tête  de  la  réfutation.- 

Il  paroîtau  contraire  que  cela  n'étoitpas;  '  puisque  Clau-  ci.  m.  dean.i.i. 

,.  l        J        l"  i-  r     1         f     •  c.  S.  3.  p.  MUS. 1. 

dien  parle  de   1  écrit  entier ,  en  marque  les  trois  parties ,  i<u6.  i.  a. 
et   réfute    même   la  seconde   avec  étendue.  a  On  n'a  donc  * TU1-  lb,d' 
point  de  raison  suffisante  pour  attribuer  cette  faute  à  Gen- 
nade ;  étant  aisé  que  Fauste  ait  écrit  plusieurs  fois  contre  les 
Ariens ,  qui  occupoient  de  son  temps  une  grande  partie  des 
Gaules. 

Ainsi  il  vaudroit  mieux  dire  '  avec  Aubert  le  Mire,  Ca-  Genn.  ibid.  no 
ve  et  d'autres,  que  ce  petit  écrit  de  Fauste ,  dont  parle  Gen- 
nade, est  perdu,  et  que  nous  n'en  avons  plus  rien  aujour- 
d'hui. '  Peut-être  aussi  seroit-ce  le  discours  sur  la  Trinité,  la.  ibid.  p.  429. 
dont  on  fait  l'homélie  33e  dans  Eusebe  d'Emese,  '  et  que  hu.  de  syn.  net. 
l'on  juge  être  de  Fauste.  Au  moins  est-il  certain'  que  cette  Fkmîs.  nom.  3. p. 
homélie  est   toute  entière   contre  les    Ariens  et  les  Macé-  29t-  296-  ' 
doniens,  et  particulièrement  contre   l'erreur   qui  faisoit  du 
S.  Esprit  une  pure  créature.  '  On   pourroit    encore  croire  ra».  ibid. 
avec  beaucoup  de  fondement ,  que  ce  seroit  '  un    écrit  de  Aug.  ser.  app.  ]>• 
Fauste  imprimé  à  Paris  chez  Nivelle  en  1586,  avec  ce  ti-  384' 
tre,  Réponses  à  quelques  objections  sur  la  foi,  '  et  qui  se  trouve  Antid.  p.  239. 1  - 

r*ggg  ij 


vc,P,IP      604  FAUSTE, 

V  SIECLE. 


—————  imprimé  dès  1528  sous  cet  autre  titre,  De  ratione  fidei,  dans 
V Antidotum  contre  toutes  les  hérésies.  Car  il  regarde  par- 
ticulièrement ceux  qui  disoient  que  le  Fils  ,  selon  sa  divi- 
nité, étoit  moindre  que  le  Père,  et  qui  pensoient  la  mê- 
Aug.  ibid.  p.  38*.  me  chose  du  S.  Esprit.  '  On  en  a  pris  un  grand  endroit  pour 
386  '  faire  le  234  Sermon,  qui  est  le  second  sur  la  foi  Catholi- 

que ,  parmi  ceux  de  S.  Augustin  qui  sont  supposés.  Au 
reste  le  commencement  paroit  manquer  à  cet  écrit ,  tel 
que  nous  l'avons  dans  l'Anlidotum.  Il  est  néanmoins  fâ- 
cheux de  ce  qu'on  a  omis  de  le  réimprimer  dans  les  re- 
cueils des  autres  écrits  de  Fauste ,  à  qui  l'on  ne  peut  le 
refuser,  tant  le  style  et  les  raisonnements  en  sont  sembla- 
bles à  ceux  de  cet  Auteur. 
Genn.  vir.  ni.  c.  ,  8°'  Entre  les  letres  que  Fauste  écrivit  durant  le  cours 
«s.  p.  an.  d'une  très-longue   vie  ,  et  qui  sans  doute  ne  sont  pas  ve- 

nues toutes  jusqu'à  nous,  Gennade  marque  en  particulier 
celle  qui  est  adressée  à  Félix  Patrice,  Préfet   du  Prétoire, 
fils  du  Consul  Magnus,  et  alors  Moine.   C'est,  dit  cet  E- 
crivain ,  une  puissante  exhortation  .  à  la   crainte   de  Dieu , 
propre  pour  les  personnes  qui  veulent  faire  pénitence  avec 
Bib.  pp.  t.  8.  p.     sincérité  et  plénitude  de  cœur.  'Nous  avons    encore  cette 
35p!  435544.      '  -pièce  parmi  les  autres  écrits  de  Fauste,  dans  la  Bibliothe- 
Tiii.  ibid.  p.  430.    que  des  Pères.  '  Elle  est  belle  ;  mais  les  habiles  connoisseurs 
Faust,  ad  F.«i.  p.  n'y  trouvent  rien  de  fort  extraordinaire.  '  Elle  fut  écrite  , 
r'52' î-  comme  nous  l'avons  remarqué  plus  haut,    durant   l'exil  de 

Fauste,  vers  l'an  482  ou  483.  Fauste  y  prescrit  de  fort  belles 
p.  553.  i.  règles  pour  la  mortification  des  sens,  '  de  l'esprit  et  du  cœur, 

p.  552.  a.  '  Il  y  recommande  la  lecture  au  matin,  mais  une  lecture  mo- 

dérée, afin  qu'elle  serve  à  soutenir  la  longueur  des  prières. 
Félix  étoit  alors  auprès  de  (1)  Léonce  Evêque  d'Arles,  qui 
le  formoit  par  ses  instructions  dans  les  exercices  de  la  pieté. 
9°.   Outre   cette   letre  à  Félix  ,    et  les   autres  dont  nous 
p.  554-557 1  p.  t.3.  avons  parlé  auparavant,  '  nous  en  avons  cinq  autres  de  Faus- 
P.  352-356.  te  ^crjtes  £  Ruricei  ]es  trois  premières  avant  qu'il  fût  élevé 

à  l'Episcopat,  et  les  deux  dernières  depuis  qu'il  eut  été  fait 
Evêque  de  Limoges.  Elles  ne  contiennent  rien  de  bien  re- 
p.555.  marquable,   si  nous   en  exceptons  la    seconde,'  où   l'on 

trouve  quelques  particularités  de  l'exil  de  Fauste,  qui  l'é- 
crivit alors,  et  quelques  traits  de  la  grande  charité  de  Ru- 

1  Onlit,S.£piienptj>oMii;maisilfant  lire  Leontii,  comme  dans  les  premiers  imprimés. 


EVEQUE    DE    RIES.  605 


V  SIECLE. 


rice,  qui  l'assista  dans  son  exil  avec  beaucoup  de  généro- 
site.  Presque  tout  le  reste  de  la  letre  n'est  qu'uns  répéti- 
tion de   celle   qui   est  adressée  à   Félix.  '  La  dernière  des  p.  556.2.557.1. 
cinq  à  Rurice,  paroît  avoir  été  écrite  avant  la  4e,  "et  aussi- 
tôt que  Fauste  eut  été  rendu  à  son  Eglise,  et  Rurice  éta- 
bli   pour  gouverner  celle    de    Limoges.  Ainsi   elle    sert  à 
fixer  le  commencement  de   l'Episcopat   de  ce   dernier,  que 
l'on  doit  placer  vers  l'an  484,  temps  auquel  finit  l'exil  de 
Fauste.  '  Ces  cinq'letres  de  Fauste  à  Rurice  avec  celle  à  Lu-  canis.  t.  5.  P. 
cide,  et  deux    à  trois   autres  de  ses  opuscules  dont  nous    IB- 
avons  parlé,  se  trouvent  dans  Canisius. 

'  10°.  Nous  avons  vu  que  Fauste  s'étoit  rendu  fort  ce-  '•  p-  550.565. 
lebre  par  ses  prédications;  et  il  n'y  a  pas  de  doute  qu'il 
n'en   ait   fait   un   très-grand    nombre,  dont  on   peut  assu- 
rer que  la  plupart  ne  sont  pas  venues  jusqu'à  nous.'  On  Aug.  scr.  app.  p. 
croit  cependant  que  le    plus  grand  nombre  des  homélies,  ™V. %i™iis!'\ 
imprimées  sous   le  faux  nom  d'Eusebe  d'Emése,    sont   de  ™76ibl3d"  p' 774- 
nôtre  Prélat,  qui  les  aura  prononcées  partie  à  Lérins,  lors- 
qu'il en  fut  Abbé  durant  l'espace  de  25  ans,  partie  à  Ries 
ou  ailleurs,  depuis  qu'il  fut  revêtu  de  l'Episcospat. 

'  Cazimir  Oudin  prétend  même  sur  plusieurs  raisons,  que  Oud.  Scn.  t.  î.p 

•  Alt)        tin         m  ri(\r\ 

tout  le  recueil,  qui  dans  les  premières  éditions  contient  131*. 
56  homélies,  et  74  dans  les  plus  récentes,  en  comptant 
les  fragments  pour  des  homélies  entières,  est  entière- 
ment l'ouvrage  de  Fauste.  Mais  quelque  puissantes  que 
lui  paroissent  ses  raisons,  qu'il  répète  dans  toute  leur  éten- 
due, et  sans  y  rien  changer,  en  deux  différents  endroits 
du  même  volume,  il  est  certain  qu'elles  ne  prouvent  point 
ce  qu'il  avance  à  l'égard  de  toutes  ces  homélies,  sans  nulle 
exception.  Seulement  elles  prouvent,  et  le  prouvent  fort 
bien,  que  la  plupart  de  ces  homélies  sont  de  Fauste.  Mais 
de  conclure,  comme  fait  Oudin,  de  ce  que  plusieurs  sont 
de  Fauste,  que  tout  le  recueil  est  également  de  lui,  assuré- 
ment la  conséquence  n'est  ni  nécessaire,  ni  légitime.  Il  fau- 
drait montrer,  ce  que  ne  fait  pas  Oudin,  qu'il  n'y  en  a 
aucune  qui  ne  convienne  à  Fauste,  à  l'exclusion  de  tout 
autre  auteur.  C'est  ce  qu'il  seroit  fort  difficile  d'exécuter. 
On  trouve  au  contraire  dans  quelques  unes  divers  endroits, 
qui  ne  conviennent  nullement  à  Fauste. 

Sans,  parler  '  de  la  15e  qui  porte  le  nom  de  S.  Maxime,  Emis.  hom.  «.p. 
sans  doute  conformément  aux  manuscrits,'  la  11e  qui  est  p**»:*. 


606  FAUSTE, 

V  SIECLE. 


sur  Sainte  Blandine,  a  été  prononcée  assurément  par   un 

p.  259.  î.  Evêque  de  Lyon,  '  qui  nomme  cette  Ville  sa  patrie,*  Saint  ' 

B  2-  Pothm   son  père,  et  l'Eglise  de  Lyon  son  Eglise  :  ce  qui 

bien  certainement  ne  peut  convenir  à  Fauste  de  Ries.  D'ail- 
leurs le  style  de  cette  homélie  est  bien  plus  beau,  sur-tout 
plus  nerveux  et  mieux  soutenu,  que  celui  des  pièces  que 
l'on  sçait  être  de  Fauste.  11  faut  porter  le  même  jugement 
uom.  w.  p.  sm.  '  de  la  49e  sur  S.  Epipode  et  S.  Alexandre,  et  quant  au  style, 
qui  est  le  même  que  celui  de  la  11e,  et  quant  aux  traits 
d'histoire  qu'elle  contient.  Elle  a  été  prononcée,  com- 
me le  texte  le  fait  voir ,  par  un  homme  de  Lyon ,  qui 
avoit  reçu  la  même  naissance ,  soit  naturelle,  soit  spiri- 
tuelle, que  les  Saints  Martyrs  dont  il  fait  l'éloge.  C'est  en- 
core ce  que  l'on  ne  peut  pas  dire  de  Fauste,  qui  n'est  ni 
né,  ni  n'a  été  baptisé  à  Lyon,  dont  ces  Saints  étoient 
originaires,  ou  même  natifs.  De  même  on  peut  assurer 
Emis.  hom.  2*.  p.  '  que  la  24e  qui  est  sur  les  Litanies  ou  les  Rogations , 
»8p.'282.  2.  n'est  point  de  Fauste.  *  Elle  a  été  faite  par  l'Evêque  d'une 

Ville  qui  étant  tombée  sous  la  puissance  des  ennemis,  ne 
perdit  rien  de  sa  paix,  ni  de  sa  liberté.  Assurément  cela 
ne  convient  ni  à  la  Ville  de  Ries,  ni  à  Fauste  qui  fût  exilé, 
sitôt  qu'Euric  se  fut  rendu  maître  de  la  Ville.  De  plus 
il  ne  paroit  par  nul  monument,  que  les  Rogations  aient 
été  établies  à  Ries  sous  l'Episcopat  de  Fauste.  Il  seroit 
aisé,  en  entrant  dans  le  détail,  ce  qui  n'est  pas  de  nôtre 
dessein,  de  montrer  la  même  chose  sur  quelques  autres 
de  ces  mêmes  homélies  :  mais  ce  que  nous  en  venons  de 
dire,  suffit  pour  ruiner  l'opinion  d'Oudin.  Puis  donc  qu'elle 
n'est  pas  soûtenable,  nous  croïons  devoir  nous  borner  à 
attribuer  à  Fauste  seulement  les  homélies  suivantes  du  mê- 
me recueil. 
Hii.  de  syn.  nnt.  '  On  ne  doute  point  que  les  deux  premières ,  qui  sont 
p' lî00'  sur  la  nativité  de  N.  S.  les  deux  sur  le  symbole,  qui  sont 

la  9e  et  la  10e,  plusieurs    sur   les   fêtes  de  Pàque  et  de' 
Du  Pin.bib.  i.  4.  l'Ascension,  '  c'est-à-dire  peut-être   celles   que   marque  M. 
p'  *"■  Du  Pin,  et  qui  sont  la  6e,  la  8e  avec  les  suivantes,  jusqu'à 

la  11*  inclusivement  sur  Pâque.  et   la  2e  sur  l'Ascension, 
qui  est  le  176e  sermon  de  ceux  qui  ont  porté  le  nom  de 
uii.  ibïd.  S.  Augustin,  '  auxquelles  il  faut  joindre  la  33e  sur  la  Tri- 

nité; l'on  ne  doute    point,  dis-je,  que  toutes   ces  homé- 

1  On  lit  Fotinui,  mais  il  doit  y  avoir  Pothinos. 


EVEQUE   DE    RIES.  607     y  slECL£. 


lies  ne  soient  l'ouvrage  de  Fauste.  Cela  paroît  incontes-  ' 
table  en  conférant  la  première  sur  le  symbole,  avec  la  pré- 
face des  deux  livres  du  S.  Esprit,  que  nous  avons  prouvé 
être  du  même  auteur;  puis  en  confrontant  cette  même  ho- 
mélie avec  la  seconde,  et  toutes  les  deux  avec  les  autres  que 
nous  venons  de  marquer. 

'  M.  Du  Pin  croit  devoir  donner  encore  à  Fauste  la  4e  Du  ku,  ibid. 
du  même  recueil,  qui  est  la  première  sur  l'Epiphanie  ;  mais 
il  n'en  apporte  point  de  raison.'  On  trouve  quelques  traits  Aug.ser.  app.  P. 
de  cette  homélie  dans  le  130°  sermon  de  l'appendice  de  9m.  &.  t. 
ceux  de  S.  Augustin,  qui  étoit  autrefois  le  29e  de  tempore. 
'  Nos  pères,  qui  ont  donné  cette  dernière  édition  des  œu-  Aug.  an.  p.  aa. 
vres  de  ce  S.  Docteur,  attribuent  aussi  à  Fauste  la  7e  ho- 
mélie du  recueil  qui  porte  le  nom  d'Eusebe  d'Emése,  c'est- 
à-dire  la  4e  sur  l'Epiphanie,  '  ou  sur  les  sept  frères  Maca-  Emis.  bon.  7.  p. 
bées  Martyrs. a  Elle  est  faite   par  un  solitaire  et  à  des  so-  a47,.'  lis- 1. 
litaires  :  ce  qui  convient  fort  bien  à  Fauste.  '  La  doctrine  Aug.  oui 
qu'elle  contient  sur  la  grâce,  ne  lui   convient   pas  moins 

parfaitement,  Gratia  divina ubi  infirmitatis  nostrœ  inve- 

nerit  votum,  supponit  auxilium.  '  Un  endroit  de  cette  home-  I».  h.e.  t.  ie.p. 
lie  est  répété  dans  la  38e  et  dans   la  43e,  qui  sont  com-  774'1' 
me  la  7e  des  exhortations  d'un  Supérieur  à  ses  Moines. 

'  Les  mêmes  éditeurs  de  S.  Augustin  confirment  le  juge-  Aug.  Mr.  app.  p. 
ment,  que  nous  venons  de  porter  sur  la  plupart  des  home-  285' 
lies,  que  nous  avons  marquées   appartenir  à  Fauste,  dont 
ils  les  croient  dignes  pour  la    même   raison  qui  les  porte 
à  lui  attribuer  la  7°.  Outre  celles-là,  dont  la  9e  sur  Pâque 
se  trouve  dans  l'appendice  de  S.  Augustin,  et  faisoit  autre- 
fois le  156e  sermon  de  tempore  dans  le  même  Père,  '  ils  don-  p-  269. 
rient  encore  à  Fauste  la  23°   dans  l'ordre  du   recueil  qui 
porte  le  nom  d'Eusebe,  sur  le  bon  larron.  Ils  y  croient  voir 
l'air  de   cet  auteur,  et  plusieurs   des  expressions  qu'il  em- 
ploie dans  le  chapitre  7e  du  premier  livre  sur  la  grâce  et 
le  libre  arbitre,  et  dans   le    chapitre  6e  du    second  livre. 
Cette  homélie  faisoit  autrefois  le  120e,  puis  le  45e  de  l'ap- 
pendice des  sermons  de  tempore  de  S.  Augustin.  Aujourd'hui 
elle  fait  le  154e  de  ceux  de  l'appendice.  '  Ils  jugent  aussi  que  i>-  33e. 
l'homélie   32e  du  même  recueil  sur  la  fête  des  Apôtres  S. 
Pierre  et  S.  Paul,  laquelle  faisoit  anciennement  le  29e  ser- 
mon des  Saints  dans  S.  Augustin,  et  qui  fait   aujourd'hui 
le  203e  de  l'appendice,  aux  premières   lignes  près  qui  y 


v  «M*,,*      608  FAUSTE, 

V    SIECLE.  ' 

p.  337.  manquent,  est  encore  l'ouvrage  de  Fauste.  '  Sa  doctrine,  y 

est  fort  facile  à  reconnoître  :  ainsi  le  P.  Louis  Jacob,  qui 
l'attribue  à  S.  Eucher,  comme  nous  avons  vu,  ne  lait 
point  honneur  à  ce  S.  Evêque  de  Lyon. 

Pour  ce  oui  est  de  la  34e  homélie  selon  l'ordre  du  re- 
Tiii.ibid.p.776.i.  cùeil,  laquelle  est  sur  S.  Maxime  Evêque  de  Ries,  'il  n'y 
a  pas  moïen  de  douter  qu'elle  ne  soit  de  Fauste,  qui  lui 
succéda  dans  le  gouvernement  de   cette  Eglise.    Non  seu- 
Lerin.t.a.p.iis-    lement  '   elle  porte  le  nom  de  cet  auteur  dans  Barrali,  où 
119'  elle  se  trouve    toute  entière;  mais  encore  plusieurs  traits 

historiques     qu'elle     contient,     prouvent     invinciblement 
qu'elle  est  de  Fauste.  D'ailleurs  on  y  reconnoît    tout  son 
p-  iw.  style.  '  Elle  a  été  prononcée  à  Ries  même  devant  les  Fidè- 

les de  cette  Eglise,  peu  de  temps  après  la  mort  de  S.  Maxi- 
me, dont  elle  nous  donne  beaucoup  plus  de    connoissance, 
que  la  vie  même  qu'en    composa  Dyname  au   siècle  sui- 
Tiii.H.E.  t.is.p.  vant.  Mais  'on  remarque  qu'il  y  a  quelque  chose  débrouil- 
lé, ou  de  transposé  en  l'endroit  où  il  est  dit  page  118,  li- 
gne 2,  qui  tabernaculum  etc.  et  que  pour  y  trouver  un  sens 
suivi,   il  faudroit  transporter  ces  paroles  de  la  même  pa- 
ge, Tu  erga  teipsum  fatigas,  et  les  suivantes  jusqu'à  celles-ci 
inclusivement,  Exodore  cœlestis  unguenti  pag.  119,  lig.  3,  et 
les  joindre  à  ces  autres  de  la  page  118,  ligne  2,  Tanto  ma- 
gis  ingeris  desideriis.  Après  quoi  l'on  reprendroit  le  discours 
à  :  qui  tabernaculum  etc.   Il  faudroit  encore  ajouter  dans 
les  recueils  qui  portent  le  nom  d'Eusebe  d'Emese,  après  ces 
paroles,  inediam  summam  duceret,  le  mot  voluptatem  qui  y 
manque,  et  qui  se  trouve  dans  Barrali. 
Tiiu.i6.p.774.i.       'M.  de  Tillemont  croit  que  les  dix  homélies  du  recueil, 
qui  sont  faites  à  des  Moines,  c'est-à-dire  la  35e  avec  les 
Du  Pin,  ibid.  p.     suivantes  jusqu'à  la  44e,  peuvent  être  aussi  de  Fauste.  '  Les 
5",   6e,  9e  et  10e  se  trouvent  néanmoins  parmi  les  sermons 
de  S.  Cesaire  d'Arles,  à  qui  M.  du  Pin  les  attribue.  Peut- 
être  auroit-on  quelque   droit  de  lui  donner  encore  la   3"* 
de  ces  dix  aux  Moines,  ou  la  37e  dans  l'ordre  du  recueil  ; 
Bib.  pp.  t.  s.  o.     quoiqu'elle  '  se  trouve  parmi  les  autres  œuvres  de  Fauste 
i^p^wiiaa      dans  ^a  Bibliothèque  des  Pères,*  et  qu'elle  porte  aussi  son 
a  Lerin.  p.  76-79.  nom  dans  Barrali, b  et  à  la  fin  de  l'oraison  funèbre  de 
60.  a-7ie  s.on' p-  S.  Honorât,  et  de  la  letre  de  S.  Eucher  sur  l'éloge  du  dé- 
sert, où  elle  est  imprimée.  Si  elle  est  de  Fauste,  il  faut 
avouer  que  c'est  sans  contradiction  la  plus  belle  de  celles 

qui 


EVÊQUE    DE    RIES.  609 

V  SIECLE. 


qui  lui  appartiennent,  soit  pour  le  style,  soit  pour  les  cho- 

ses  qu'elle  contient.  C'est  ce    qui,  joint   à  quelques  traits 

bien  opposés   à  la   doctrine  des  Semipélagiens,  '  qu'on  y  Bib.  pp.  ibid.  P. 

lit,  par  exemple,  a  que   nous  devons   bien   prendre  garde  S46'2' 

de  rien  présumer   de   nous-mêmes,  parce  que  tout  ce  que 

nous  pouvons,  vient  de  Dieu,  »  feroit  juger  qu'elle  seroit 

plutôt  de  S.  Césaire,  que  de  Fauste. 

'  Il  est  certain  qu'il  y  a  une  si  grande  confusion  parmi  Ang.  ser.  app.  p. 
ces  homélies  qui  portent  le  nom  d'Eusebe,  que  celles  qui  20P' 
sont    véritablement    de  S.    Césaire,   sont  assez   souvent  at- 
tribuées à  Fauste,  et  de  même   celles  qui  sont  de  Fauste 
à  S.  Césaire.  Cela  est  arrivé  positivement  à  l'égard  de  cel- 
le  '  qui,  dans  la  Bibliothèque  des  Pères,  suit  immédiate-  Bib.  pp.  ibid.  p. 
ment,  sous  le  titre  d'exhortation  du  même  Fauste,  la  37e  M7' 
dont  nous  venons  de  parler.  '  Elle  faisoit  autrefois  le  35e  Aug.  ibid. 
sermon  de  S.  Augustin  sur  les  paroles  de  l'Apôtre,  et  fait 
aujourd'hui  le   110e  de  l'appendice,  et  le   38e  de  ceux  de 
S.  Césaire,  à  qui  tous  ceux  qui  sont  versés  dans  la  lecture  de 
ses  écrits,  disent  les  derniers  éditeurs  de  S.  Augustin,  n'hé- 
siteront point  de  la  donner.  Néanmoins  elle  se  trouve  pré- 
sentement sous  le  nom  de  Fauste,  '  depuis  que  Canisius  canis.  t.  s.  2.  p. 
l'a  fait  imprimer  entre  les   écrits   de   cet  Evêque  sous  le 
nom  de  S.  Fauste.  Qui  empêche  que  la  37e  n'ait  eu  le  mê- 
me sort? 

Pour  finir  ce  qui  regarde  le  recueil  des  homélies  d'Eu- 
sebe, '  M.  du  Pin   en  attribue  encore  à  Fauste  celles  qui  Du  Pin,  ibid. 
sont  sur  S.  Epipode  et  S.  Alexandre,  sur  S.  Genès  et  sur 
S.  Romain,  c'est-à-dire  la  49e  et  les  deux  suivantes.  Mais 
nous  avons  montré  plus  haut  que  la   première  des  trois, 
qui  est  sur  S.   Epipode  et  S.  Alexandre,  ne  peut  être  de 
cet  auteur.  De  même,  celle  sur  S.  Genès  ne  lui  peut  non 
plus  convenir,  qu'en  supposant  qu'il  l'aura  prononcée  '  sur  Emis.hom.  so.p. 
le  lieu  de  son  martyre,  c'est-à-dire  à  Arles,  où  le  texte  fait  324'  *' 
voir  qu'elle. a  été  prêchée.  Il  faut  aussi  supposer  que  Faus- 
te l'aura  plus  travaillée  que  ses  autres  pièces;  car  le  style 
en  est  et  plus  clair  et  plus  net,  que  ne  l'est   ordinairement 
celui  de  ce  Prélat.   C'est  pourquoi   il  nous    paroît  qu'elle 
appartient  moins  à  lui,  qu'à  S.  Hilaire  d'Arles,  ou  bien 
à  S.  Césaire. 

'  Enfin  le  P.  Labbe  marque  la  dernière  de  toutes  dans  Lab.  scn.  t.*.  p. 
les  premières  éditions,  qui  est  la  56'  sur  la  veuve  qui  avoit  3'6, 

Tome  II.  H  h  h  h 


420. 


V  SIECLE. 


■i. 


610  FAUSTE, 

offert  deux  petites  pièces,  comme  une  de  celles  qui  sont 
Tiii.îbid.p.  TT6.1.  le  plus  certainement  de  Fauste.  '  Mais  il  ne  donne  aucune 
raison  pour  la  lui  attribuer.  Il  semble  môme  qu'elle  soit 
plutôt  d'un  simple  Prêtre,  qui  parloit  par  l'ordre   de  son 
Evêque  :  ce  qui  ne   convient  pas  à  Fauste  en  aucun  des 
états  où  il  s'est  trouvé.  Il  est  incontestable  qu'elle  n'a  pas 
Emis.  hom.  59.  p.  été  prononcée  à  Lérins,  '  puisqu'elle  s'adresse  à   des  per- 
332  *•  a-  sonnes  qui  avoient  besoin  qu'on  les  portât  à  faire  l'aumô- 

tui.  ibid.  ne.  '  Si  néanmoins  elle  est  de  Fauste,  il  faut  dire  qu'il  l'a 

faite  ou  à  Lyon,  ou  dans  quelque  autre  endroit  hors  de 
son  diocèse,  et  que  les  termes  à  summo  Antùtite,  ne  mar- 
quent pas  ici  un  simple  Evêque,  mais  un  Métropolitain 
en  présence  de  qui  il  prêchoit,  et  dont  il  fait  un  grand 
éloge.  Mais  à  dire  le  vrai  cette  interprétation  n'est  guéres 
naturelle  ;  et  il  vaut  mieux  croire  que  c'est  un  simple  Prê- 
tre qui  parle  dans  cette  homélie  devant  un  Evêque  qui 
n'étoit  pas  le  sien,  quoique  ce  fût  dans  son  diocèse.  Car 
Emis.  ibid.  p.33i.  adressant  la  parole  au  peuple,  '  il  dit  qu'il  entreprend  de 
leur  parler  par  l'ordre  de  son  Seigneur  qui  étoit  leur  père  : 
prœcipiente  domino  meo  pâtre  vestro. 

Outre  toutes  ces  homélies  dont  nous  venons  de  par- 
Dn  Pin.  bib.  t.  4.  1er  '  M.  du  Pin  prétend  qu'on  doit  donner  encore  à  Faus- 
p-  *"•  te  toutes  celles  qu'on  a  publiées  nouvellement  sous  le  nom 

d'Eusebe,  et  dont  quelques-unes  portent  le  nom  de  S. 
Faustin.  Il  entend  celles  qui  ont  été  ajoutées  dans  les  édi- 
tions postérieures,  aux  56  des  premières  éditions.  Mais  il 
Aug.  ser.  app.  p.  en  faut  excepter  au  moins  '  une  sur  le  carême,  qui  com- 
mence par  ces  mots  :  Rogo  vos  et  admoneo,  fratres  carissimi,  et 
qui  dans  quelques,  manuscrits  porte  le  nom  de  Faustin. 
Elle  faisoit  autrefois  le  62e  sermon  de  tempore  de  S.  Augus- 
tin, et  le  26  de  ceux  qui  portoient  le  nom  de  S.  Ara- 
broise  :  mais  elle  est  proprement  le  46  de  ceux  de  S.  Cé- 
saire  d'Arles,  que  l'on  y  reconnoît  à  chaque  mot,  pour 
ainsi  dire.  On  peut  juger  par-là  que  le  nom  de  Faustin  , 
que  l'on  trouve  à  la  tête  d'une  pièce,  .n'est  pas  une  rai- 
son aussi  solide  que  l'a  pensé  M.  du  Pin,  pour  donner 
Bib.  pp.  e.  t.  2.  une  telle  pièce  à  Fauste.  '  Il  semble  que  l'on  doit  faire 
p      '  l'application  de  ceci  à  la* 5e  homélie,  qui  porte  le  nom  de 

S.  Faustin  Evêque  parmi  celles  de  S.  Eucher  :  car  elle  pa- 
roît  trop  belle  pour  la  croire  de  Fauste,  sans  en  avoir  d'au- 
p.765-710.  très  preuves.       Les  trois  premières   des  dix-huit  qui  ont 


V  SIECLE. 


EVEQUE    DE   RIES.  611 

été  ajoutées  aux  56 ,  et  qui  portent  dans  la  Bibliothèque 
des  Pères  de  Paris  le  nom  de  S.  Eucher,  sont  sur  la  dé- 
dicace de  l'Eglise  suivant  leur  titre.  Elles  peuvent  être  de 
Fauste  ;  mais  il  ne  s'y  trouve  pas  le  moindre  indice,  qu'elles 
soient  '  des  sermons  prêches  à  Lyon  par  Fauste  à  cette  sm.  i.  g.ep.3.p. 
sorte  de  cérémonie,  comme  il  paroit  par  S.  Sidoine  que  563' 
Fauste  y  en  a  prêché. 

'  Dom  Martene  et  Dom  Durand  nous  on  donné  en  Hart.th.«Mi.i, 
1717  sous  le  nom  de  S.  Faustin  une  homélie,  qu'ils  ont  '  p'  °7"60' 
tirée  d'un  manuscrit  de  l'Abbaïe  de  S.  Allire  a  Clermont. 
Il  n'y  a  nul  doute  que  ce  ne  soit  la  production  d'un  an- 
cien Ecrivain  ;  et  tout  porte  à  la  croire  de  Fauste  Evê- 
que  de  Ries.  Seulement  le  style  est  beaucoup  plus  clair , 
que  ne  l'est  celui  de  plusieurs  autres  de  ces  pièces.  Cette 
homélie  roule  sur  la  passion  de  J.  C.  que  l'Auteur  mon- 
tre avoir  été  figurée  dans  Abel ,  lsaac  ,  Jonas  et  le  tom- 
beau d'Elizée.  Fauste  la  finit  par  un  beau  trait  de  morale, 
où  il  n'a  pu  s'empêcher  de  glisser  quelque  chose  de  sa  doc- 
trine sur  la  grâce. 

'  Enée  Evêque  de  Paris,  dans  son     ouvrage  contre   les  spic.1.7.  p.sc.87. 
Grecs,  rapporte  un  fragment  considérable   d'une  autre  ho- 
mélie sous  le  nom  de  S.  Faustin  Evêque.  '  Dom  Luc  d'A-  p-  us.  Ht. 
chéri  en    a  imprimé  la  suite  sur  un  manuscrit  de  l'Abbaïe 
de  Corbie,  et  croit  que  ce   qu'il  en  a  publié,  joint  à  ce 
qu'Enée  en  rapporte,  fait  l'homélie  entière.  '  Elle  est  faite  p- *>.  87. 
pour  justifier  les  jeûnes  de  surerogation ,  que  l'on  ajoûtoit 
aux  jeûnes  ordinaires  du   Carême,   et  que    l'on   commen- 
çoit    cinq   jours    auparavant.    On    reconnoît    encore    dans 
cette  pièce  le  génie    et  tout  le    style    de   Fauste    de   Ries. 
11    paroît  qu'il   la   prononça    n'étant   encore    qu'Abbé,    et 
qu'elle  ne   regarde   que  les  Moines  de    Lérins  ,  qui   pou- 
voient  ajouter   dès-lors   au    Carême    ordinaire   cinq   jours 
de  jeûnes,  plus  que  le  commun  des  Fidèles.  '  Après  avoir  p-  87-  »«• 
fait  l'éloge  de  cette  sainte  pratique,    il    exhorte    ceux   qui 
ne  la  suivoient  pas,  à  l'embrasser.  Et  pour  rendre  son  exhor- 
tation plus  touchante,  il  y  applique  celle  que  Noë  faisoit    . 
aux  hommes  de  son  temps ,  pour   les  porter   à  éviter   le 
déluge. 

•  Rosweide  et  M.  du  Pin   croient  que  Fauste  est  encore  Tiii.H.E.t.«;p. 
auteur  de   l'homélie   sur  S.   Honorât  d'Arles,  qui  est  la  b7tltl6-P"5-1- 
13e  parmi  celles  qui    portent  le   nom  de  S.  Eucher,    de 

H  h  h  h  ij 


,„m,     612  FAUSTE. 


qui  assurément  elle  ne  peut  être.  Mais  M.  de  Tillemont 
juge  qu'elle  n'est  pas  assez  bien  écrite  pour  être  de  Faus- 
te,  et  qu'il  a  plus  de  sujet  de  la  croire  d'un  autre  Ab- 
bé moins  ancien  que  lui. 

cod.  wg.  app.  p.       '  Dans  le  recueil  des  règles,  fait  au  IX  siècle  par  S.  Be- 

42"M'  noit  Abbé  d'Aniane,  il  y  a  quatre  sermons  sous  le  nom  de 

Fauste  qualifié  Abbé  de  Lérins.  Mais  il  n'est  pas  bien  cer- 
tain qu'ils  soient  de  lui ,  si  néanmoins  on  en  excepte  le 
4e  qui  n'est  que  la  42e  homélie,  ou  le  8e  sermon  aux 
Moines  parmi  ceux  du  recueil  sous  le  nom  d'Eusebe 
d'Emese.  Ainsi  ce  4e  peut  bien  être  de  Fauste  ;  mais  il  y 

p.  *3.  a  de  la  difficulté  pour  lui  donner  les  autres.'  '  Car  le  premier 

exhorte  les  auditeurs  à  imiter  les  vertus  dont  leur  père , 
qui  étoit  mort  depuis  peu,  les  avoit  laissé  héritiers,  com- 
me étant  ses  disciples  et  ses  enfants  :  ce  qui  ne  peut  con- 
venir plus  naturellement  qu'à  S.  Honorât,  Fondateur  et 
premier  Abbé  de  Lérins ,  mort  vers  l'an  429 ,  supposé 
toutefois  que  le  sermon  ait  été  prononcé  à  Lérins.  Or 
Fauste  n'en  fut  fait  Abbé  qu'environ  sept  ans  après.  D'ail- 
leurs ce  sermon  est  d'un  style  plus  clair  que  ne  sont  or- 
dinairement ceux  de  Fauste.  Il  semble  donc  qu'il  appar- 
tiendroit  plutôt  à  S.  Maxime,  qui  succéda  dans  la  dignité 
d'Abbé  de  Lérins  à  S.  Honorât,  lorsque  celui-ci  fut  éle- 
vé, sur  le  Siège  épiscopal  d'Arles. 

Quant  au  second  de  ces  quatre  sermons  ,  ce  n'est  que 
la  37e  homélie  entre  celles  qui  portent  le  nom  d'Eusebe 
d'Emese,  au  sujet   de   laquelle   nous   en  avons   déjà  dit 

Tui.  t.  îe.  p.  775.  assez,  pour  juger  si  on  la  doit  attribuera  Fauste.  '  Le  3e 
de  ces  mêmes  sermons  n'est  pas  même  d'un   Abbé  ,  mais 

Cod.  reg.  iimi.  p.  d'un  Êvêque,  '  comme  il  paroît ,   engagé   dans  le  trouble 

f4f-  et  les  affaires  du  monde.  '  Il  débute  par  dire  que  c'est  une 

témérité  à  lui,  de  vouloir  animer  à* la  vertu  des  personnes 
déjà  parfaites,  étant  lui-même  imparfait,  tiède  et  igno- 
rant, et  d'entreprendre  d'instruire  des  maîtres  de  la  pie-i 
té,  lorsqu'il  n'avoit  pas   encore  appris  à   en  être  le   disci- 

Tui.  pie.  '  Un  Evêque  qui  avoit  été  environ  25  ans  Abbé  de  Lé- 

rins, ne  pouvoit  raisonnablement  parler  de  la  sorte  ; 
et  sur-tout  Fauste,  qui  n'étoit  point  accoutumé  de  se  rabais- 
ser si  fort,  ni  de  traiter  les  Moines  de  Lérins  de  gents 
fort  parfaits.  Au  reste  il  n'est  pas  étonnant  que  S.  Benoit 
d'Aniane ,  qui  vivoit  au  IX  siècle ,  se  soit  trompé  en  don- 


V  SIECLE. 


EVÊQUE   DE  RIES.  613 

nant  à  Fauste  des  pièces  qui  ne  sont  point  de  lui  ;  car  sans 
doute  dès  ce  temps-là,  et  peut-être  dès  la  source,  il  s'é- 
toit  glissé  beaucoup  de  confusion  entre  les  sermons  de  cet 
Evêque,  et  ceux  des  autres  Prélats  de  son  siècle  et  du  sui- 
vant. 

'  Les  derniers  éditeurs  de  S.  Augustin  jugent  avec  beau-  Aug.  s«r.  app.  p. 
coup  de  fondement,  que  Fauste  peut  être  encore  auteur 
du  114e  sermon,  qui  a  porté  long-temps  le  nom  de  ce  Pè- 
re, et  qui  est  aujourd'hui  le  153e  de  l'appendice.  Il  fut 
prononcé  le  propre  jour  de  la  Passion;  et  il  insiste  sur  la 
rédemtion  de  tous  les  hommes  d'une  autre  manière  que 
n'auroit  fait  S.  Augustin.  '  Le  196e  de  ceux  qui  ont  porté  i>.  3**. 
autrefois  le  nom  de  ce  S.  Docteur,  et  qui  dans  l'appen- 
dice de  la  dernière  édition  de  ses  œuvres  est  le  premier 
sur  la  nativité  de  S.  Jean-Baptiste ,  paroît  tout  naturel- 
lement appartenir  à  Fauste.  C'est  ce  que  font  (juger  plu- 
sieurs traits  de  sa  doctrine,  et  beaucoup  des  ses  expressions 
qui  s'y  rencontrent. 

'  Bollandus  au  premier  de  Janvier  nous  a  donné  une  ho-  tai.i.J«i.».i.s. 
mélie  sous  le  nom  d'un  Faustin  Evêque,  qui  pourroit  fort 
bien  être  Fauste  de  Ries.  La  pièce  est  ancienne  et  fort 
belle.  Elle  roule  sur  l'origine  de  la  fête  profane  des  Ca- 
lendes de  Janvier,  et  les  folies  indignes  d'un  homme  rai- 
sonnable, dont  elle  étoit  accompagnée.  Après  en  avoir  fait 
une  description  pathétique ,  l'Auteur  rend  grâces  à  Dieu 
de  ce  que  la  Ville  où  il  prononçoit  son  discours  en  étoit 
exemte.  Il  exhorte  ensuite  les  auditeurs  à  pratiquer  ces 
jours-là  le  jeûne,  qu'il  dit  avoir  été  établi  par  ceux  qui 
les  avoient  précédés,  pour  l'opposer  à  ces  abominations.  Il 
les  exhorte  encore  à  ne  pas  borner  à  avoir  de  l'éloigne- 
ment  pour  ces  sortes  de  folies  damnables,  mais  à  prier 
encore  pour  la  conversion  de  ceux  qui  y  étoient  sujets. 
Il  leur  témoigne  que  c'est  se  rendre  .participant  de  leurs 
excès,  que  de  donner  à  ces  gents-là.  quelque  marque  d'ho- 
nêteté ,  lorsqu'ils  font  actuellement  leurs  extravagances , 
et  que  bien  loin  de  prendre  plaisir  à  les  voir,  on  doit  gé- 
mir sur  eux  et  déplorer  leur  aveuglement.  Le  style  de  l'ho- 
mélie est  net,  clair  et  concis,  même  un  peu  plus  que  ne  l'est 
ordinairement  celui  des  autres  homélies  de  Fauste  de  Ries. 

'Enfin  le  P.  Sirmond  a  eu  entre  les  mains  un  sermon  ma-  IPjJW'9,  ™6- 
nuscrit  sur  la  révélation  du  corps  de  S.  Etienne,  fait  par 
*  2 


V  SIECLE. 


p.  *1(>. 


t>14  FAUSTE, 

un  Fauste  Evêque,  qui  peut  être,  dit— il,  celui  de  Kiès. 
En  effet,  ajoute  M.  de  Tillemont,  le  commencement  qu'il 
en  rapporte  en  a  tout-à-fait  le  style. 

Voilà  tout  ce  que  nous  trouvons  de  plus  probable  tou- 
chant les  sermons  ou  homélies,  que  l'on  peut  légitimement 
attribuer  à  Fauste.  Comme  il  a  plus  de  part  que  tout 
autre  au  recueil  de  .  celles  qui  portent  le  nom  d'Eusebe 
d'Emése,  nous  ne  croïons  pas  devoir  finir  cet  article,  sans 
dire  quelque  chose  de  ce  que  l'on  pense  de  ce  recueil  en 
général,  et  en  marquer  les  différentes  éditions. 

Ah.  ser.  app.  p.  '  Nos  Pères  qui  ont  donné  la  dernière  édition  des  œu- 
vres de  S.  Augustin ,  conjecturent  que  le  nom  d'Eusebe 
qu'on  lit  à  la  tête  de  ce  recueil,  est  moins  le  nom  pro- 
pre d'un  homme ,  qu'un  nom  appellalif,  qui  selon  la  force 

Du  Mu.  îiib.  i.  *.  du  mot  grec  signifieroit  un  homme  de  pieté.  '  On  lui  a 
peut-être  donné  le  nom  d'Ejusebe,  dit  M.  du  Pin  en  suivant 
cette  pensée,  parce  que  les  Moines  de  Lérins,  qui  en  soni 
les  auteurs,  pour  la  plupart,  avoient  coutume  de  se  cacher 
sour  un  nom  appellatif.  Ainsi ,  sermons  d'Eusebe  ne  vou- 
droient  dire  autre  chose,  sinon  sermons  d'une  personne  de 
pieté.  C'est  ainsi  que  Vincent  de  Lérins  avoit  pris  dans  son 
Mémoire  le  nom  de  Peregrinus,  Étranger  ou  Pèlerin;  Sal- 
vien  celui  de  Timothée;  et  peut-être  est-ce  pour  la  même 
raison  que  la  vie  de  S.  Hilaire  d'Arles,  composée  par  S. 
Honorât  Evêque  de   Marseille,   porte  le  nom  de  Révérend. 

o«u].s<-.ri.  t.  i.p.  '  Oudin ,  prenant  le  nom  d'Eusebe  dans  la  même  simii- 
lication,  estime  que  cest  Wuiste  lui-même ,  a  qui  il  attri- 
bue tous  ces  sermons,  ou  plutôt  quelqu'un  de  ses  disci- 
ples, qui  aiant  pris  le  soin  de  faire  ce  recueil,  afin  d'em- 
pêcher que  les  derniers  écrits  d'un  homme  si  célèbre  par- 
mi les  Pélagiens,  ne  se  perdissent,  leur  aura  fait  porter  le 
nom  appellalif  d'Eusebe,  à  dessein  de  cacher  le  nom  du 
véritable  auteur,  qui  depuis  la  censure  de  ses  écrits  sur 
la  grâce,  faite  dans  le  Concile  de  Home,  étoit  devenu 
odieux  aux  Fidèles.  Cette  pensée  est  assez  ingénieuse  ;  mais 
elle  ne  se  peut  soutenir,  parce  qu'elle  suppose  contre  la  vé- 
rité que  tous  ces  sermons  sont  de  Fauste,  et  que  le  recueil 
en  a  été  dressé  par  un  de  ses  disciples.  11  y  a  bien  plus 
d'apparence  qu'il  se  sera  fait  insensiblement,  en  joignant 
ces  sermons  les  uns  aux  autres,  à  mesure  qu'on  les  décou- 
vrit ,    sans  sçavoir  qui  en  étaient  les  véritables  auteurs. 


•121.  «2. 


EVÊQUR    DE  RIES.  615 

v  V  SIECLE. 


Fnsuite  il  sera  aisément  arrivé,  que  ce  recueil  paroissan 
sans  nom  d'auteur,  quelque  copiste  se  sera  avisé  de  lu 
faire  porter  celui  d'Eusebe,  plutôt  que  tout  autre,  parce 
qu'il  aura  lu  dans  la  vie  de  S.  Hilaire  d'Arles,  qu'en  son 
!cmps  il  y  avoit  dans  les  Gaules  un  nommé  Eusebe  qui 
s'étoit  rendu  célèbre  par  ses  écrits  :  ou  bien  parce  que 
quelques-unes  de  ces  homélies  étant  de  cet  Eusebe,  se  se- 
ront trouvées  seules  en  porter  le  nom,  que  l'on  aura  don- 
né à  tout  le  recueil,  où  il  n'en  paroissoit  point  d'autre. 
C'est  de  quoi  l'on  pourroit  fournir  plus  d'un  exemple.  Il 
suffit  qu'un  copiste  se  soit  émancipé  de  mettre  ce  titre  à 
ces  sermons  dans  un  seul  exemplaire,  pour  qu'il  ait  été 
imité  par  plusieurs  autres  dans  la  suite  des  temps,  et  qu'au- 
jourd'hui presque  tous  les  manuscrits  retiennent  le  nom 
d'Eusebe. 

De-là  il  sera  encore  aisément  arrivé  que  d'autres  copis- 
tes postérieurs,  voïant   le  nom  d'Eusebe   à   la  tête   de  ces 
sermons,  sans  y  trouver  de  quel  Eusebe  on  l'entendoit,  ils 
se  seront  avisés  d'y  joindre  le  nom  de  la  Ville  dont  ils  l'au- 
ront cru  Evêque.  '  Ainsi  les  uns  s'imaginant  que  c'étoit  le  Ou<i.  ibid. 
célèbre  Eusebe   de   Césarée,    lui   en   ont   donné   la  quali- 
té. Le  plus  grand   nombre,  croïant  que   c'étoit   plutôt  ce- 
lui d'Emése,  lui  ont  fait  porter  le  nom  de  cette  ville.  Mais 
comme  on  s'est   enfin    aperçu   que    ces  sermons  n'étoient 
point  d'aucun  auteur  grec,  et   qu'ils   avoient   été  pronon- 
cés dans  les  Gaules,  on  en    a  qualifié  l'auteur,  Eusebe  le 
Gaulois,  '  comme  il  est   nommé   dans  la  Bibliothèque  des  Mb.  pp.  t.  6.  p. 
Pères.   C'est  ce   qui   nous   paroît  être  arrivé  le  plus  natu-  619'  *' 
rellement  à  ce  sujet,  qui  ne  valoit  peut-être   pas   la  pei- 
ne de  nous  y  être  tant  arrêtés. 

La  première  édition  de  ce  recueil  d'homélies  sous  le  Bib.  Bai.  i.  2.  p. 
nom  d'Eusebe  d'Emése,  parut  h  Paris  chez  Nicolas  le  Ri-  633l  •••«»• Cen- 
che,  l'an  1547,  en  un  volume  in-8°,  par  les  soins  de  Jean 
de  Gaigny.  Claude  Fremy  Libraire  de  Paris,  aïant  re- 
couvré par  le  moien  d'un  Docteur  de  l'Ordre  de  S.  Do- 
minique les  sermons  sur  les  Dimanches  et  les  principales 
Fêtes  de  l'année,  que  l'on  a  reconnu  dans  la  suite  être 
de  Rrunon  Evêque  de  Signy,  les  joignit  aux  précédentes, 
et  les  publia  sous  le  nom  d'Eusebe  d'Emése  l'an  1554, 
comme  il  paroît  par  l'épître  dédicatoire  de  cette  édition, 
qui  se  trouve  à  la  tête  de  celle  de  1575.  '  Le  même  recueil  p.  1002. 


616  FAUSTE, 

V    SIECLE.  ' 


fut  réimprimé  à  Anvers  l'an   1558,  en  un  volume  in-8°. 

Bib.  s.  vin,  cen.  '  L'édition  de  1575  parut  à  Paris  chez  Michel  Sonnius 
en  un  volume  in-8°,  qni  contient  toutes  les  mêmes  homé- 
lies, c'est-à-dire  et  celles  de  Brunon  de  Signy,  et  les  56  au- 

oud.  soi.  t.  i.p.  très,  toutes  sous  le  nom  d'Eusebe  d'Emése.  '  Oudin  en  mar- 

1309. 1310.  qUe  une  édition  de  Paris  de  la  même   année  et  en  même 

volume,  faite  chez  Jérôme  de  Marnef  et  Guillaume  Ca- 
vellat.  Mais  il  y  a  toute  apparence  que  c'est  la  même, 
que  ces  trois  Libraires  auront  publiée  ensemble;  après 
quoi  ils  en  auront  partagé  les  exemplaires,  et  Sonnius  au- 
ra mis    son  nom   et   la  marque   de   son   enseigne  à  ceux 

P.  i3io.  qui  leur  seront  échus.  'En  1618,  André  Schot  les  fit  im- 

primer de  nouveau  dans  sa  collection  des  Pères,  après  avoir 
recouvré  de  nouvelles  homélies  qu'il  ajouta  aux  56  pre- 
mières. Il  en  donna  jusqu'au  nombre  non  de  92,  mais  de  74, 

Bib.  pp.  t.  6.  p.    sans  y  comprendre  celles  de  Brunon  de  Signy.  '  On  les 

2!9p!"T65.'788Pt'  trouve  encore  dans  la  Bibliothèque  des  Pères  des  édi- 
tions de  Lyon  et  de  Paris. 

llo.  Outre  Jes  ouvrages, de  Fauste,  que  nous  venons  de 
marquer,  il  en  avoit  composé  quelques  autres  qui  ne  sont 

Genn.vir.  ui.c.85.  pas  venus  jusqu'à  nous.  '  Gennade  qui  donne  le  catalogue 
de  ceux  qu'il  avoit  lus,  témoigne  lui-même  qu'il  y  en  avoit 
quelques  autres  du  même  auteur,  qu'il  n'avoit  encore  pu  li- 

sid.  î.  9.  ep.9.p.  re.  Nous  n'avons  point  '  celui  dont  S.  Sidoine  fait  un  éloge 

578,  magnifique,  et  qu'il  ne  nous  fait  connoître  que  sous  une  idée 

générale,  en  disant  que  c'étoit  un  écrit  d'un  très-grand 
travail,  opus  operosissimum,  en  forme  de  dialogue,  divisé  en 
quatre  parties  selon  les  différentes  matières  qui  y  étoient 
traitées,  et  subdivisé  en  divers  articles  avec  beaucoup  de 
méthode.  Fauste  envoïa  cet  ouvrage  avec  quelques  autres 

Tiu.  ibid.  p.  4îi.  aux  Bretons  ses  compatriotes.  '  On  croit  que  ce  fut  à  ceux 
qui  s' étoient  venus  établir  dans  l'Armorique,  sous  leur  Roi 
nommé  Riotam.  Nous  avons  vu  sur  le  I  Concile  de  Tours, 

sid.  ibid.  qu'ils  y  avoient  un   Evêque  dès  461.  '  L'Evêque  Riocat, 

qui  étoit  chargé  de  ses  écrits,  passa  par  Clermont,  et  y  de- 
meura au  moins  deux  mois  entiers  à  cause  des  guerres,  sans 
donner  à  S.  Sidoine  la  moindre  connoissance  de  l'ouvrage 
dont  nous  parlons,  quoiqu'il  lui  en  eût  communiqué  d'au- 
tres. On  ne  sçait  quels  sont  ces  autres  ouvrages.  S'ils  étoient 
aussi  de  Fauste,  ce  ne  sont  pas  apparemment  les  deux  livres 

tui.  p.  mo.        sur  la  grâce  ;  '  puisque  cela  se  passa  en  473,  et  que  ces  li- 
vres 


EVÊQUE   DE    RIES.  617     y  siecle_ 


vres  ne  furent  écrits  qu'après  le  Concile  d'Arles  vers  475. 

Quoiqu'il  en  soit,  '  Riocat  partit  ainsi  de  Clermont.  Mais  sid.p.7ap.5». 

dès  le  lendemain  S.  Sidoine  fut  averti ,  qu'il  ne  lui  avoit 

{>as  montré  tout  ce  qu'il  portoit.  Il  courut  aussi-tôt  après 
ui  ;  et  l'aïant  atteint ,  il  l'obligea  de  lui  montrer  ce  qu'il 
lui  avoit  caché,  et  il  en  prit  même  un  extrait. 

12°.  ■  Le  même  S.  Sidoine  fait  mention  d'un  Sermon,  i  »■  «p-  s 
que  Fauste  avoit  prêché  à  la  dédicace  d'une  Eglise  à  Lyon, 
et  auquel  il  avoit  assisté.  '  Ce  pourroit  fort  bien  être  l'un  Oud.ibid.p.isi. 
des  trois  Sermons  sur  cette  matière ,  qu'Oudin  assure  se 
tçouver  parmi  ceux  qui  portent  le  nom  d'Eusebe  d'Eme- 
se  dans  les  dernières  éditions.  Mais  personne  ne  croira  rai- 
sonnablement que  nous  aions  tous  ceux  que  Fauste  a  prê- 
ches ,  soit  à  Lérins  environ  durant  25  ans  qu'il  a  gouver- 
né ce  Monastère ,  soit  à  Ries  ou  ailleurs  durant  un  Epis- 
copat  de  30  ans  ,  ou  même  davantage. 

13°.  De  même  il  s'en  faut  bien  que  nous  aïons  toutes  les 
letres,  ou  autres  écrits  qui  sont  sortis  de  sa  plume  durant 
le  cours  d'une  si  longue  vie.  Ce  qui  nous  en  reste,  est  sans 
doute  peu  de  chose  en  comparaison  de  ce  qui  nous  man- 
que. Nous  n'avons  point  la  letre  ,  ou  l'opuscule,  '  dont  un  cone.t.*.  p.mg.i 
ancien  cite  cette  belle  sentence  au  sujet  des  Evoques  et  des  sn-.m.Sid.i.s.ep. 
Prêtres  mariés.  »  Qui  veut  encore  user  du  mariage  ,  perd 
la  grâce  de  sa  consécration.  » 

14°.  '  Le  Patrice  Dyname  dans  sa  letre  à  Urbique  Eve-  Lenn.t.î.p.iM. 
que  de  Ries ,  témoigne  que  Fauste  avoit  dressé  des  mémoi- 
res pour  servir  à  l'histoire  de  S.  Maxime  son  prédécesseur 
dans  le  même  siège.  Mais  lorsque  Dyname  entreprit  d'é- 
crire cette  histoire,  et  qu'il  demanda  des  mémoires  pour 
l'exécuter  vers  la  fin  du  VI  siècle ,  ceux  de  Fauste  se  trou- 
vèrent ou  rongés  par  les  vers ,  ou  gâtés  par  la  pourriture. 
'  Tritheme  attribue  à  Fauste  un  livre  contre  les  Anthropo-  Trith.scric.i96. 
morphites.  Mais  il  n'en  rapporte  point  le  commencement  : 
ce  qui  marque  qu'il  ne  l'avoit  point  vu.  Ainsi ,  comme  il 
ne  parle  point  d  après  les  anciens ,  qui  auroient  pu  avoir 
connoissance  de  cet  ouvrage ,  il  est  un  écrivain  trop  récent 
pour  mériter  quelque  créance  sur  ce  fait  si  éloigné  de 
lui. 


Tome  II.  I  i  i  i 

♦  i  * 


y  siècle.     618  FAUSTE, 

S-  m. 

SON  ELOQUENCE  ET  SA  MANIERE  D'ECRIRE. 


0 


UOfQl'E  nous  aions  parlé  assez  au  long  et  de  la  per- 
sonne et  des  écrits  de  Fauste,  il  semble  qu'il  manque- 
roit  quelque  chose  à  son  histoire,  si  nous  ne  disions  rien  en 
particulier  de  sa  manière  d'écrire,  et  de  l'éloquence  que 
quelques  anciens  ont  trouvée  dans  ses  écrits.  Pour  ce  qui 
est  de  la  Doctrine,  les  traits  que  nous  avons  marqués,  suf- 

i ...i,f.i.4.|i.isiii3.    lisent  pour  vérifier  '  le  jugement  qu'en  a  porté  le   Concile 
de  Rome  sous  le   Pape  Oélase,  lorsqu'il   a  mis  ses  écrits 

iiib.  m:  i.  h.       au  nonibre  des  livres  apocryphes  ;  '  et  ce  qu'en  a  pensé  long- 

•*i  2  temps  après  un    Maître   du  sacré    Palais,   lorsqu'il  a  don- 

né à  Fauste  la  qualité  de  chef  des  Sémipélagiens. 

Nous  avons  vu  dés  le  commencement  de  son  histoire , 
que  Fauste  dans  sa  jeunesse  s'étoit  beaucoup  appliqué  à 
l'éloquence  ;  mais  il  s'agit  ici  de  celle  qu'il  a  laissée  dans 

m.  i.  e.  op.  o.  ses  Ouvrages.  S'il  en  faut  croire  '  S.  Sidoine  son  ami, 
Fauste  est  si  fort  dans  la  science  du  raisonnement,  qu'il 
seait  renverser  tous  les  Philosophes  et  les  Hérésiarques, 
par  leurs  propres  armes.  Il  a  le  secret,  ajoute-t-il,  de 
tourner  contre  ses  Adversaires  leurs  propres  raisonne- 
ments, de  les  emharasser  par  leurs  syllogismes,  et  les  ter- 
rasser par  la  subtilité  de  sa  dialectique.  On  trouve  dans 
ses  Ouvrages,  selon  le  même  Auteur,  divers  endroits 
Unit  de  l'eu,  beaucoup  d'aulres  d'un  style  majesteux  ; 
quelques-uns  écrite  avec  simplicité,  quoique  la  sublimité 
des  autres  ne  soit  point  une  subtilité  captieuse.  Il  traite 
gravement  les  choses  sérieuses  et  importantes.  Il  examine 
avec  soin  celles  qui  sont  obscures  et  difficiles;  11  appuie 
solidement  celles  qui  sont  contestées.  Tantôt  son  dis- 
cour.-,  paioil  mâle  et  vigoureux,  lantôi  plus  doux  et  plus 
fleuri,  mais  par-tou!  édifiant,  par-tout  élégant,  par-tout 
aussi  éloquent  que  solide.  '  Le  style  en  est  fleuri,  figuré, 
et  excelle  pour  la  diversité  et  l'élégance  des  expressions. 
Tel  est  le  jugement  que  S.  Sidoine  porte  des  écrits 
de  Fauste.  Mais,  outre  '  qu'il  le  fonde  particulièrement 
sur  un  de  ses  Ouvrages,  dont  il  n'eut  de  son  propre 
aveu    qu'une  lecture   assez    rapide,    et   que  nous    n'avons 


cp 


EVÊQUE  DE  RIfiS.  619 


plus,    on    sçait  qu'il  n'est    pas  avare  d'éloges    envers  ses 
amis.  Il  n'en  donne  pas    de  moindres  aux  ouvrages  écrits 
contre  Eauste  même,  comme  on  l'a  dû  remarquer  à  l'ar- 
ticle   de    Mamert   Claudien.    A  dire    le  vrai,  il  "  ne    nous 
reste  aujourd'hui  rien   de    Eauste,    qui  puisse   justifier  ce 
qu'en    dit    S.  Sidoine.   Ce  que  nous  en  avons,  ne  marque 
point    que    cet    Ecrivain    eût    rien    d'extraordinaire    pour 
l'éloquence,    ni    pour    l'érudition  ;    ni    pour    la    force   du 
raisonnement.   '  Le  style  en  est  ordinairement  grave,  sim-  tmi.  ib.  p..  410.  i 
pie  en    quelques    endroits,    un    peu  obscur   en    d'autres,  g«Pte,Mfc.t.«.p. 
quoiqu'il   ne  laisse  pas  d'être  le   plus  souvent  assez  i'acile, 
clair,   '   fort  coupé,  et  néanmoins    trop  long,  en    ce    qu'il  thi.  im. 
rebat    et    tourne    quelquefois    une    même    pensée  en  plu- 
sieurs   phrases,    qui    ne    disent    que  la    même  chose.  On 
doute  qu'il  eût  beaucoup    de   fécondité  et    d'étendue    d'es- 
prit;   et    les    répétitions    presque  en    mêmes  termes,  dont 
il  use    assez  souvent,    comme  nous   l'avons    observé,  peu- 
vent   servir    à    fortifier    ce    doute.    Peut-être    qu'une  des 
causes  qui   l'a  fait   tomber  dans  l'erreur,  tant  sur   la   na- 
ture  de    lame,  que  sur   la  grâce,   c'est    qu'il    n'avoit  pas 
assez  de  lumière,  ni  assez   de  jugement,   et  qu'il  ne  voioit 
pas  les   vérités  dans  toute  leur  étendue.   '  Il  ne  laisse  pas  tuai.  28.  sept.  p. 
d'être  abondant   en    maximes  spirituelles,  et    en    préceptes  38° 
de  morale.  C'est  sans  doute  ce  qu'il  y  a  de  meilleur  dans 
ses  écrits,  (xxvii.) 


S.     PERPETUE, 

Evkque  de  Tours. 

S-  i 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Saint    perpétue    est    compté    pour    le    huitième  Tm.  h.  e  i.  ig 

Evêque  de  Tours    depuis    S.   Catien.    En  cette   qualité  ►  :m 
il    se    trouvoit    Métropolitain    de    la    troisième    Lyonoise. 

Ce  fut  en    461,  la   64e   année  d'après  la  mort  de    Saint  p.wrf&.T.wh'. 

Martin,  que  nous  avons  marqué  être  arrivée  en  397,  qu'il  ''  '  c  <ip  ,007 

I  i  i  i  ij 


1033 


..      620  S.  PERPETUE, 

V   SIECLE. 

Gr.T.hist.Fr.  î.a.  commença   à   remplir  ce  siège.  '  Il  y  succéda  à  S.  Eusto- 
îiMp10!?,»»™  que  sorti  d'une    famille   de  Sénateurs   et   son  parent.  ■  11 

•  Hist.rr.l.lU.oJU.     7     •        1     •         »  i»  1       ri  i  -n 

spic.t.5.p.io8.io9.  étoit  lui-même  d  une  race  de  Sénateurs  très-illustre,  et 
qui  comptait  à  elle  beaucoup  de  terres  en  divers  en- 
droits. Mais  Perpétue  posséda  ces  grands  biens  com- 
me n'en   possédant  aucun,   suivant  le   précepte  de  l'Apô- 

spic.  p.  106.  108.  tre,  et  ne  s'en  servit  que  '  pour  les  léguer  partie  aux 
Eglises,  partie  aux  pauvres  et  aux  nécessiteux.  De  sorte 
que  les  richesses   qu'il  eut  de  ses  Parents,  ne  l'empêche- 

sid.  s.  i.*.  ep.i8.  rent  point  '  d'être  un  digne  successeur  de   S.  Martin,  en 

p-9397  '  ^'k^1,    qui  la  pauvreté  a  été  et  si  sainte  et  si  éminente. 

tIii.  ib.  p.  399.  Dès  son  entrée    dans  l'Episcopat  '  Perpétue   donna  des 

marques  de  son  amour  pour  l'Eglise  et  pour  la  pureté 
de  sa  discipline,  par  la  convocation  du  Concile  de  Tours, 
tenu  au  mois  de  Novembre  461,  un  peu  moins  de  deux 
mois  après  son  ordination;  S.  Eustoque  son  Prédécesseur 
n'étant  mort  que  le  19  de  Septembre  de  la  même  année. 

conc.  t.  4. p. loso.  '  S.  Perpétue  à  la  tête  de  huit  autres  Evêques,  parmi  les- 

^uels    se    trouvoient    deux    Métropolitains,    présida   à  ce 
ioncile.   On  y   fit   divers   règlements,    pour  maintenir  la 
discipline   Ecclésiastique    contre    le  relâchement    qui   s'y 
glissoit,  à  la  faveur  des  incursions  des   Barbares  dans  les 
p.  1057.  Gaules.    Peu  de   tems   après;  "  et   comme   l'on  croit  en 

P.  ioM.  465,  S.  Perpétue  présida  à  un  autre  Concile,  '  qui  se  cé- 

lébra à  Vennes   à   l'occasion  de    l'ordination  d'un  nouvel 
p.  io55-io57.        Evêque  pour  remplir  le  siège  vacant  de  cette  Eglise,  '  et 
où   l'on  dressa  seize  canons,    pour  remédier   ou  prévenir 
divers  abus. 

Nous  n'avons  point  de  détail  suivi  des  actions  de  Saint 
Perpétue;  mais  on  nous  en  apprend  assez,  pour  nous  faire 
spic.t.5.p.io7.     juger  que  c'étoit  un  très-saint  Evêque.  '  Quoiqu'il  eût  une 
sœur  nommée  Fidia  Julia  Perpétua,  et  quelques-autres  pa- 
Gr.T.i.io.c.3i.    rents ,  '  entre   lesquels    étoit  Volutien,   nomme   très-riche 
p' 53ï'  et  de  race  de   Sénateurs,  qui  lui  succéda  dans  le  siège  de 

spk.  p.  io8.  Tours,  '  il  regardoit  néanmoins  les  pauvres  comme  ses 
véritables  enfants,  qui  devaient  être  les  héritiers  de  tous 
ses  biens.  Les  nécessiteux,  les  mandiants,  les  malades, 
les  veuves,  les  orphelins  étoient  ses  entrailles,  sa  joie,  sa 
couronne,  ses  enfants,  ses  seigneurs,  ses  très-chers  frères. 
'  Il  estimoit  les  plus  grands  seigneurs  pour  ses  amis,  lors- 
qu'ils  servoient   l'Eglise,  et   qu'ils  emploïoient    leur  pui»- 


p.  107. 


EVÊQUE  DE  TOURS.  621     ....... 

Y    SIECLE. 

sance   pour  protéger  les  pauvres.  '  Ce  furent  les  pauvres  ^Tos'io»!" 

3u'il  institua  ses  héritiers,  comme    il   reconnoissoit  qu'ils 
evoient  l'être.  '  Il  se  prépara  ainsi  une  place  dans  le  Ciel,  p-  «»• 
en  y  faisant  passer  ses  richesses  par  leurs  mains;  et  il  se 
rendit  plus   illustre   par  la  distribution   qu'il   leur  en   fit, 
que  par  la  puissance  et  les  dignités  de  ses  ancêtres. 

Autant  qu'il  avoit  de  tendresse  pour   les  pauvres,  au- 
tant  avoit-il    de  vénération   pour  les   Saints.    Il   honoroit 
ceux-ci  en  diverses  manières.  '  Il ramassoit  et  gardoit leurs  P:10^,1"7- 1 GrT- 
reliques  avec  beaucoup  de  respect;  il  ornoit,  et  enrichis- 
soit  les  Eglises  bâties  en  leur  honneur;  il  leur  en  élevoit 
même    de  nouvelles.    '  Celle  qu'il  fit   bâtir  en  l'honneur  sid.  s.i.*.ep.i8. 
de  S.  Martin,  au  lieu  de  la  petite  dont   S.    Brice   s'étoit  p,9M' 
contenté,    étoit  magnifique.    Afin   qu'il   ne  manquât  rien 
à  son  embelissement,  il  s'adressa  à  ses  amis  pour  les  por- 
ter à  seconder  son  juste  zèle.  '  S.  Euphrone  Evêque  d'Au-  Gr.  t.  ibid.  c.  is. 
tun  fournit  le  marbre,  dont  il  couvrit  le  tombeau  du  Saint. 

Sidoine,  depuis  Evêque  de  Clermont,   et  Paulin  de  Pé-  JjJ  gj*-  !  «">«•  p- 
rigueux,  deux  célèbres  Poètes  de  ce  temps-là,  lui  envoïe- 
rent  des  vers  de  leur  façon  pour  y  être  gravés.  '  Lorsque  tui.  p.  403.  nu. 
tout  l'ouvrage  fut  fini,  S.  Perpétue  fit  la  dédicace  de  1  E- 

fflise,  et  y  transféra  le  corps  de  S.  Martin  le  4e  de  Juill- 
et vers  473  ;  et  la  fête  s'en  fait  encore  tous  les  ans  au  mê- 
me jour.  '  Quelque  magnificence  que  S.  Perpétue  pût  faire  sid.  iwd.  p.  est. 
éclater  en  cette  occasion,  rien  n  y  paroissoit  plus  grand 
aux  yeux  de  S.  Sidoine,  que  de  voir  que  ce  fût  un  si  di- 
gne Prélat,  qui  s'emploïât  à  honorer  la  mémoire  d'un  si 
Saint  et  si  grand  Evêque. 

Le  zèle  de  S.  Perpétue  pour  le  culte  de  Dieu  et  l'hon- 
neur des  Saints,  ne  se  borna  pas  à  bâtir  et  orner  des  Egli- 
ses. Le  S.  Evêque  le  porta  encore  à  quelque  chose  de  plus 
essentiel,  '  en  réglant  le  service  que  l'on  y  devoit  faire.  Gr.T.i.io.e.si. 
On  nous  a  conservé  l'ordre  qu'il  établit  pour  aller  célé- 
brer  les   veilles    des   grandes  Fêtes  dans  diverses  Eglises 
de  la  Ville;  et  il  n'y  a  pas  de  doute  '  que  le  15e  canon  du  c<me.t.4.p.i«7. 
I  Concile   de  Vennes,  qui  ordonne  l'uniformité  du   chant 
et  de  l'Office  dans  toute    la  Province,  ne  soit  son  ouvra- 
ge. 'Il  régla  aussi  les  jeûnes  dans  son  diocèse,  comme  nous  Gr.  t.  om. 
dirons  plus  en  détail  dans  la  suite;  et  l'un  et  l'autre  rè- 
glement  s'observoit   encore  du    temps  de  S.  Grégoire  de 
Tours,  plus  de  six  vingt  ans  après  qu'ils  eurent  été  dres- 
sés. 


622  S.    PERPETUE, 

V  SIECLE. 


A  cette  pieté ,  qui  eût  été  peu  de  chose ,  si  elle  n'eût 
été  éclairée ,  S.  Perpétue  eut  soin  de  joindre  la  science , 
afin  de  rendre   sa  charité   aussi   lumineuse  ,    qu'elle   étoit 

sid.s.i.7.ep.9.      ardente.  'S.  Sidoine,  son  ami,  nous  le  réprésente  comme 

p.  io3o.  1031 .  un  preiat  fort  studieux,  qui  se  faisoit  une  étude  particu- 
lière de  la  Religion,  conformément  à  son  état;  la  puisant 
dans  l'Ecriture  et  les  ouvrages  des  Pères,  qu'il  s'étoit  ren- 
dus très'-familiers.  Aïant  oiii  parler  du  discours  que  S.  Si- 
doine avoit  fait  à  Bourges  à  l'élection  de  Simplice  ,  pour 
remplir  le  siège  vacant  de  cette  Eglise ,  il  le  voulut  avoir. 
Il  en  écrivit  lui-même  à  l'auteur ,  qui  le  lui  envoïa  avec 
la  9°  letre  de  son  7e  livre.  De  sorte  que  nous  sommes  re- 
devables en  quelque  manière  à  la  pieuse  curiosité  de  nô- 
tre saint  Prélat,  de  ce  que  ce  discours  est  venu  jusqu'à 
nous. 

spic.t.s.p.iiw.  '  Le  désir  qu'avoit  S.  Perpétue  de  laisser  aux  pauvres  ce 

que  Dieu  lui  avoit  donné  ,  l'obligea  à  prévenir  de  15  à 
16  ans  le  temps  de  sa  mort;  de  peur  que  les  biens  d'une 
Eglise  ne  passassent  à  d'autres  qu'à  l'Eglise  même  :  ce  qu'il 

pioe.  regardoit     comme    une     faute     considérable.  '    Ainsi    dès 

l'an  475  ,  il  fit  un  testament  pour  disposer  de  tout  ce  qu'il 

p.  105-108.  avoit  en   faveur  ou   des  pauvres   ou  des  Eglises.'  On  voit 

par  celte  pièce  parfaitement  digne  de  la  pieté  de  son 
auteur,  combien  S.  Perpétue  étoit  attentif  à  établir  par- 
tout la  paix  de  J.  C.  et  particulièrement   parmi  son  Cler- 

Tiii.  p.  398.  gé.  '  Mais  l'amour  qu'il  avoit  pour  la  paix  ,  ne  lui  faisoit 

point  négliger  ce  qui  regarde  la  discipline.  Nous  avons 
vu  les  censures  qu'il  attacha  avec  les  autres  Evêques  de 
sa    Province    en    deux    différents    Conciles ,  à  divers  abus 

Spic.  p.  io7.  qui  se  glissoienl  parmi  les  Ecclésiastiques.  '  Il  dégrada  mê- 
me les  Curés  de  Maillé  ou  Luynes ,  et  d'Orbone ,  et  re- 
commanda à  son  successeur  de  ne  les  rétablir  jamais.  Il 
leur  assigna  néanmoins  une  pension  sur  ses  biens  pour  toute 
leur  vie. 

cr.T.  î.s.e.as.  i       Telle  fut  la  vie  de  ce  saint  Evêque  '  durant  30  ans  ac- 

i'Boiie'81'apr3p   complis   qu'il  gouverna    l'Eglise  de  Tours.  a  II  mourut  ou 

750.  ira.  P.  Al  ie  30«  de  Décembre  490  ou  le  8e  d'Avril  491  ;  sa  fête 
étant  marquée  au  premier  de  ces  jours,  tant  par  Florus, 
que  dans  d'autres  martyrologes  très  -  anciens ,  et  au  8' 
d'Avril  par  Usuard  et  par  l'Auteur  du  martyrologe  Ro- 
main. Les  saintes   dispositions   dans  lesquelles  il  mourut. 


EVÊQUE    DE   TOURS.  623 


V  SIECLE 


comme  son  testament  nous  en  est  un  gage  assuré ,  ne  lais- 
sent aucun  lieu  de   douter  que  sa  mort  ne  fût  aussi  pré- 
cieuse  devant    Dieu ,  que   sa   vie   avoit   été   édifiante   aux 
yeux  des  hommes.  '  Il    fut    enterré    dans    l'Eglise  de  saint  Gr.  t.  i.io.  c.  u. 
Martin,  b  et  aux  pieds  de  cet  illustre  Saint,  comme  il  l'a-  l$\  5.  p.  105> 
voit    demandé    par    grâce ,  quoiqu'il   s'en  jugeât   indigne,  109- 
et  qu'il  eût  laissé  à   son    Clergé    et  au    Comte    Agilon    le 
choix  du  lieu  de  sa   sépulture.  '  Nous  donnons  ici  son  épi-  p.  iw. 
taplie  que  l'on  nous  a  conservée,  et  qui  va  bien  loin,  puis- 

S[u'elle  l'égale  à  S.  Martin.  '  Au  moins  S.  Sidoine  n'a  pas  au. s.  1.4. ep. m. 
ait  difficulté  de  le  regarder  comme  un  très-digne  succès-  >'•  9M- 
seur  de  ce  grand  Evn|ue;     et  un  autre  auteur  célèbre  du  paui. yk.  Mar.u. 
même  temps  ne  craint    pas  de  dire  qu'il  étoit  un    parfait  v-  m m 
imitateur  de  sa  vertu,'  et  qu'il  avoit  comme  lui  la  dignité  aanep.pr.p.m. 
des  Apôtres  et  le  mérite  de  la  vie  des  Anges. 


E  P I T  A  P II E. 

'  Culmina  sublimi  tollunt  qure  vertico  cristas,  Spic.t.5.p.i09. 

Exiinius  meritis  l'erpetuus  dederat 
Domno  Martino,  cujus  sub  marmore  pausant 

Ossa  veneratur  qure  pia  plebs  precibus. 
Heredem  scripsit  christum,  atque  aurea  inulta, 

Sacrando  Domini  vasa  cruorc  dédit. 
Transmisil  cœlo,  qua)  plurima  cussit  egenis, 

Fecit  et  ante  suas  seaudere  divitias. 
Uarus  avis,  alavisque  potcns  fuit  atque  Seûator 

Clarior  at  sua  dum  pauperibus  tribuit. 
Sed  neque  Martino  soli  tara  grande  sepulerum 

Construxit,  tumulum  fecit  et  esse  suum. 
Et  licet  ante  pedes  Mirtini  contumeletur, 

In  cœlo  simili  uaud.l  ulerque  locu. 
Respice  de  Superis  super  lioc,  boue  pastor,  ovili, 

l'erpetuusque  tuam  perpétua  palriam. 


▼  SIECLE. 


624  S.  PERPETUE, 

S-  H- 

SES  ÉCRITS. 


C 


e  que  l'on  nous  a  conservé  des  écrits  de  S.  Perpétue, 
lest  peu  de  chose,  si  l'on  a  égard  au  volume;  mais 
si  l'on  considère  le  mérite  de  ce  qui  y  est  contenu,  l'on 
ne  peut  disconvenir  que  ce  ne  soient  des  monuments  pré- 
cieux. 

Sgc.  t.  s.  p.  «s.        l».  '   Nous  avons  de  lui    un  testament  qu'il  dressa  lui- 

•p.'io8.  même,  et  qu'il  signa  le  premier  jour  de  Mars  475.  •  Il  en 

fit  un  double,  et  en  laissa  un  exemplaire  entre  les  mains 
de  la  Vierge  Dadolene ,  et  confia  l'autre  à  Delmace , 
qu'il  qualifie  son  fils,  avec  ordre  à  lui  de  donner  l'un  et 
1  autre  après  sa  mort  au  Comte  Agilon,  pour  l'ouvrir 
et  le  lire  en  présence  des  Prêtres,  des  Diacres  et  des  Clercs 
de  son  Eglise. 

pr.  p.  io.  '  On  regarde  cette  pièce  comme  un  illustre  monument 

de  l'antiquité;  et  l'on  observe  qu'elle  s'accorde  parfaite- 
ment et  avec  le  droit  Romain,  et  avec  ce  que  S.  Gré- 
goire de  Tours  nous  apprend  de  S.  Perpétue.  On  peut 
même  dire  que  ce  seroit  un  excellent  modèle  à  suivre 
pour  les  Evêques  et  les  Ecclésiastiques.,  qui  non-seulement 
voudroient  tester,  mais  qui  auroient  encore  la  pieuse  ému- 
lation d'épouser  les  sentiments  des  Saints  qui  ont  le  plus 
édifié  l'Eglise,  et  de  régler  leur  conduite  sur  celle  des 
saints  Evêques  de  l'antiquité.  Car  on  a  pu  remarquer 
par  les  divers  endroits  de  ce  testament,  que  nous  avons 
déjà  cités,  qu'il  contient  les  sentiments  de  la  pieté  la  plus 
tendre,  et  un  abrégé  d'une  conduite  vraiment  épiscopale. 

»pie.  p.  los.  S.  Perpétue  le  commence   par   l'invocation    du   Saint 

nom  de  Dieu;  et  après  avoir  laissé  à  son  Clergé  la  paix 
de  J.  C.  et  prié  le  Seigneur  d'y  maintenir  le  bien  qu  il  y. 
avoit  mis,  d  en  éloigner  les  schismes  et  les  divisions,  de 
l'affermir  dans  la  foi,  et  dans  la  pratique  de  l'Evangile, 
de  donner  sa  paix  à  son  Eglise  et  à  tout  son  peuple  tant 
de  la  Ville  que  de  la  campagne;  il  déclare  son  intention 
au  sujet  de  sa  sépulture,  et  marque  ses  sentiments  sur  l'im- 
mortalité et  la  résurrection.  Ensuite  il  passe  aux  legs  pieux 
qu'il  avoit  dessein  de  faire,  et  qui  absorbent  généralement 

tout 


EVÈQUE  DE  TOURS.  625     . 

v  V    SIECLE. 

tout  ce  qu'il  possédoit  en  meubles  et  immeubles  '  Il  don-  p  103.  m 
ne  la  liberté  à  tous  les  esclaves  de  la  terre  de  Savonieres 
qu'il    avoit  achetée    '  à  deux  lieues   de  Tours  au-de-là  du  «a.  h.  e.  1. 16. 
Cher;    *    voulant    néanmoins    que    tant   qu'ils   vivraient ,  ?'s^;  p  106 
ils  rendissent  service  à    son  Eglise.  Il  remet  tout  ce  qu'on 
lui  pouvoit  devoir,  avec    défense  à  qui  que  ce  soit  de  ja- 
mais inquiéter  ses  débiteurs  à  ce  sujet.  '  Il  laisse  à  son  suc-  p-  10t- 
cesseur  tout  ce  qui  lui  agréeroit  des  ornements  épiscopaux 
de  sa  chambre  et  de  sa  chapelle.  '  Il  lègue  à  l'Evêque  Eu-  p-  106- 
phrone,  que  l'on    croit  être  celui   d'Autun ,  une  châsse  de 
reliques  qu'il  avoit  accoutumé  de   porter,  et  un    livre  des 
Evangiles  écrit  de    la  main  de   S.  Hilaire    de  Poitiers.  Il 
laisse  à  son  Eglise    quelque  terre  avec  deux    calices,  une 
croix  d'or,   une  châsse   de  reliques    d'argent  doré  et  tous 
ses  livres.  11  fait  quelques  autres  legs  à  des  Eglises  parti- 
culières de  son  diocèse,  entre  lesquels  on   peut  remarquer 
une    colombe    d'argent    pour    conserver  la  sainte    Eucha- 
ristie, '  et  des  tapisseries  à  l'Eglise  de  S.  Pierre,  à  laquelle  p-  107- 
il  avoit  coutume  de  les  prêter  pour  le  jour  de  la  fête  de 
ce  Saint. 

Quant  à  sa  sœur  Fidia  Julia  Perpétua,  il  ne  lui  laissa  p-  107- 

3u'une  petite  croix  d'or  émaillé,  où  il  y  avoit  des  reliques 
u  Seigneur,  qu'il  ne  spécifie  point;  mais  en  lui  recom- 
mandant beaucoup  de  ne  la  laisser  en  mourant  qu'à  son 
Eglise,  ou  à  la  Vierge  Dadolene,qui  auroit  soin  pareil- 
lement de  la  laisser  à  quelque  Eglise ,  de  peur  qu'elle  ne 
tombât  en  des  mains  indignes. 

'  Après  ces  legs  particuliers,  il  veut  que  tout  ce  qu'il  p-  108- 
se  trouvera  posséder  au  jour  de  sa  mort,  sans  en  rien  ex- 
cepter, soit  vendu  au  profit  des  pauvres,  et  que  le  prix 
soit  divisé  en  trois  parties ,  deux  desquelles  seront  distri- 
buées aux  hommes  par  les  mains  du  Prêtre  Agraire  et 
du  Comte  Agilon ,  et  la  troisième  partie  aux  femmes  par 
les  mains  de  la  Vierge  Dadolene. 

Un  autre  trait  encore  plus  édifiant  '  que  contient  ce  tes-  p-  ,ot- 
tament,  c'est  la  prière  qu'y  fait  S.  Perpétue  au  successeur, 
que  la  Providence  devoit  lui  donner.  «  Aimez ,  lui  dit-il, 
«  les  Prêtres,  les  Diacres,  les  Ecclésiatiques  et  les  Vierges 
«  de  vôtre  Eglise  et  de  la  mienne,  ou  plutôt  de  l'Eglise,  qui 
«  n'appartient  ni  à  vous,  ni  à  moi,  mais  à  J.  C.  Soûtenez- 
<v  les  par  vôtre  exemple;  prévenez-les  par  vôtre  bonté;  fai- 
Tome  II.  K  k  k  k 


v  s.eclb.     <326  S-  PERPETUE, 


«  tes  en  sorte  qu'ils  voient  qu'ils  sont  vos  enfants, et  non  vos 
«esclaves,  qu'ils  vous  ont  pour  père,  et  non  pour  un  mai- 
p.  103.  «  tre  impérieux.  »  '  Cette  belle  pièce  finit  par  ces  paroles 

du  disciple  bien-aimé,  qui  marquent  si  bien  le  désir  qu'a 
une   ame  de  quitter  la  terre  pour  s'unir  à  Dieu  dans  l'é- 
ternité :  venez,  Seigneur  Jesus-Christ. 
pr.  p.  i9.il.  'Elle   avoit  été   longtemps   euvevelie  dans  la  poussière, 

lorsque  le  P.  Vignier  de  l'Oratoire  l'en  ayant  tirée ,  elle 
spic.  t.  :;.  i>.  lue:  passa  à  Dom  Luc  d'Acheri,  '  qui  la  publia  en  1061  dans 
•  BoH.  8.  api.  p.  le  cinquième  Tome  de  son  Spicilege.  a  Depuis ,  les  con- 
«i]p?ij.STlÎGr  lmuateilr''  de  Dollandus  l'ont  insérée  parmi  les  vies  des 
T.  ipp.  p.  hit-  Saints  au  8".  d'Avril ,  M.  de  la  Lande  dans  son  supplé- 
ment des  Conciles ,  et  Dom  Ituinart  dans  l'appendice  aux 
œuvres  de  S.  Grégoire  de  Tours. 

ln.    S.   Perpétue   dressa    un   autre  écrit  dont  on  nous  a 
conservé    quelque    connoissance ,   et    qui    servit    à    gros- 
nii  ibîd.  p  loi.  sir   l'ouvrage   de   Paulin  de  Perigueux.  '  Ayant  appris  que 
ce    Poète   mettoit   en    vers  ce  que  S.  Sévère  Sulpice  avoil 
piitii.  vu.  Mat.i.i..  écrit   de   la   vie   de   S.  Martin,  '  il  lui  envoya  un  mémoire 
contenant   la   relation    de   divers  Miracles  du  même  Saint, 
dont   il  avoil   été    lui-même    témoin    oculaire.    Paulin    ne 
manqua    pas  d'en  faire  usage;  cl  il  en  composa  le  sixième 
livre   de   son    Poëme   qu'il   dédia  à.  S.    Perpétue  vers  l'an 
v.  896-351.  iO.'i,  et  avant  470.  '  Entre  ces  miracles  il  y  en  a  un  qui 

se  lit  entre  les   mains   même   de  noire   Saint   Prélat.  Car 
après    avoir   offert    de    l'huile    au  tombeau  de  S.  Martin, 
afin    qu'elle    put  servir  à   guérir   diverses  maladies,  com- 
me  cela    étoit   assez   ordinaire ,  et   y  ayant  mis  à  cet  effet 
quelque   raclure    du    marbre    qui    couvroit    son    tombeau, 
celte  huile  se  mulliplia  aussi-tôt,  en  sorte   qu'elle    se   ré- 
pandoit.   sur    les  habits  de  Perpétue,  qui   néanmoins  n'en 
Gr.T.mir.  jli.i.  furent  point    du    tout    tachés.  '  Cette    même    huile    servit 
•Vauid.fDep.pr.  encore  à  faire  divers  miracles  dans  la  suite.  a  Le  mémoire 
p.i£!|TUi.p.404.  j(.  vj    Perpétué  étoit  signé  de    sa   main;  aussi    l'on    peut 
dire  qu'il   eut  quelque  part  au  miracle    que    Dieu    lit  par 
Paul.  mi.  re  papier.  '  Le    petit-fils  de  Paulin ,  et'  une  fille  qu'il  de- 

voit    épouser,  étant    l'un    et    l'autre    malades    en    même 
tempe,  furent  guéris  en  le  leur  appliquant  sur  l'estomac  :  ce 
qui  fournit  à  Paulin  la  matière  pour  un  petit  poëme. 
Cave,  p.  a«). i .  ;{".  .Vous  pouvons  compter  '  après  Cave  au  nombre  des 

Grc.T. i.  io.  c.  a    écrits  de  S.    Perpétue,  l'ordre    ou    les   règlements,   '  qu'il 
p.  :>jm.  5ji  .  r         »  o  i 


EVÉQUE    DE     TOURS.  627 

v  V    SI  KO  L  K. 


lit  pour  le  service  divin  et  pour  les  jeûnes,  et  qui  sont 
rapportés  dans  S.  Grégoire  de  Tours.  Il  y  prescrit  la 
cérémonie  d'aller  célébrer  les  veilles  des  grandes  fêtes 
dans  diverses  Eglises  de  la  Ville.  '  Il  y  ordonne  que  l'on  p.  sa 
ieûneroit  le  Mercredi  el  le  Vendredi  depuis  la  Pentecôte 
jusqu'au  milieu  de  Février,  '  comme  S.  Benoît  l'ordonna  n™  rc«-  <••■»'• 
à  ses  Moines  au  siècle  suivant,  jusqu'au  1 4*  de  Septem- 
bre.' Mais  S.  Perpétue  dispense  de  ces  jeûnes  depuis  la  RI>,Tibl|l ,Ti"- 
fête  de  S.  Jean  jusqu'à  la  tin  d'Aoûl,  et  depuis  Noël 
jusqu'à  la  fête  de  S.  Ililaire,  qui  est  le  jour  de  l'Octave 
de  l'Epiphanie.  De  sorte  qu'il  ne  marque  aucun  jeûne 
pour  tout  ce  temps,  non  plus  que  dans  le  lemps  Pascal. 
Outre  le  Mercredi  el  le  Vendredi,  il  ordonne  un  troi- 
sième jour  de  jeûne  par  semaine  depuis  la  S.  Martin  jus- 
qu'à Noël;  et  c'est  peut-être  le  premier  endroit  où  l'on 
trouve  une  espèce  d'Avent.  Autant  que  l'on  en  peut  ju- 
ger par  ce  qui  s'esl  fait  depuis,  ce  troisième  jour  étoit  le 
Lundi. 

Il  est  remarquable  '  que    dans    l'ordre    des    fêtes    dont  Gr. T.  *Mi; p.  a» 
S.  Perpétué'    fait    le    dénombrement,    on    trouve    celle  de 
la  chaire  de  S.  Pierre,  suivant    l'édition   dont    nous  nous 
sommes  servis;  '  et  qu'il  en  marque  deux  en  l'honneur  de  p-  ',31 
S.  Martin. 


LÉON, 

Ministre      d'Eta  t. 

Avoir    sçu    allier    une    pieté    sévère    avec    un    profond 
sçavoir,    et    soutenir    l'un  et  l'autre  au   milieu  d'une 
Cour  hérétique  et  barbare,  c'est  ce  qui  fait  en   deux  mots 
l'éloge  de  ce  célèbre    Ministre.  '  Léon  étoit  de  la  Ville  de  sùi.s.i.g.ep.is. 
Narbone,  où    S.    Sidoine    Evêque    de    Clermont,  son   ami  ^il8,.cari3v- 
particulier,    l'avoit  connu  et  visité    quelquefois.'    Il  comp-   i.8.ep.3.p.  «oss 
toit  entre  ses  aïeux  l'Orateur   Fronton,    dont    nous    avons 
parlé  sur  le   second  siècle.    Léon  avoit  hérité  de  son  élo- 
quence, comme   d'un  bien  domestique  :  ce  qui  rendit  son 
nom  très-célebre  par  toute  la  terre.'  Il  fit  voir  en  bien  des  e™  rit.*.*» 

K  k  k  k  ii 


occasions  qu'il  l'emportoit  sur  tous  les  autres  Orateurs  de  son 
sid.  iWd.  temps.  '  Les  discours  qu'il  prononçoit  en  public,  avoient  tou- 

jours un  applaudissement  universel. 

A  une    éloquence  si  généralement    reconnue,  il  joignoit 
la  connoissance  de  presque  toutes  les  sciences  et  des  beaux 
arts.  11    possédoit    à    fonds  la  poétique,    la  jurisprudence, 
la    philosophie,    et    avoit    toutes  les    qualités     nécessaires 
1.9.  «p.  s.  p.  iiio.  pour  bien  écrire  l'histoire.'  11    étoit  si  excellent  Poêle,  que 
S.   Sidoine   ne  fait  pas  difficulté  de  le  qualifier  le  Prince 
î.  s.  ep.3.p.  iom.  des  Pcëtes    de  son  siècle,  Rex  Castalii  chori.  '  La  versifi- 
cation,   qui  coûte     toujours  beaucoup    aux    plus    sçavants 
î. 9. ep. 15. p. ni8.|  hommes,  lui  étoit  familière,  et  comme  naturelle.  '  Il  avoit 
ear.ï3.Y,«o  to*.  gur  j^  p0UJ,  jg  p0gme  épique,  les  vers  lyriques,  et  la  satyre, 
un  talent  qui  le  rendoit  comparable  et  à  Pindare  et  à  Ho- 
race. De  tous  les]  Poètes  de  son  temps,  il  n'y  avoit  que  le 
seulConsence  le  jeune  son  compatriote,  que  l'on  pût  mettre  en 
parallèle  avec  Léon,  parce  qu  il  avoit  pris  à  tâche  d'imiter  sa 
cm  9  v.  3«.       manière  d'écrire.  '  Ses  pièces  de  poésie  étoient  si  ingénieuses, 
que  S.  Sidoine  voulant  lui  assigner  un  caractère  distinctif,  le 
nomme  catumLeonem. 
car.23.v.  447-449.  P°ur  la  science  des  loix,  il  la  possédoit  comme    pou- 

voient    faire  les   plus  habiles  Jurisconsultes,  et  même  jus- 
qu'à éclipser    le  célèbre  Claudius  Appius.  On  peut   com- 
cw.u.pr.p.  iî49.  prendre    combien  il  étoit   bon  philosophe,  '  par   l'honneur 
1*50.  que  lui  faisoit  S.  Sidoine  vers  l'an  465*  de  le  prendre  pour 

juge  avec  le  Consul  Magnus  et  le  Questeur  Domnule,  dans 
les  matières  les  plus  abstraites  de  la  philosophie.  On  verra 
dans  la  suite  plus  en  détail  les  preuves  de  ses  autres  rares 
talents, 
î  s  ep.sp.io54.  Tel  étoit  Léon,  '  lorsqu'Euric  Roi  des  Visigots,  qui 
iom.  commença  à  régner  en  466,  le  choisit  pour  son  Ministre. 

On  ne  marque  point  ni  en  quelle  année,  ni  à  quelle  occa- 
sion.   Mais  on  ne  doit  pas  douter  que  le  motif,  qui  porta 
Euric  à   lui   donner   cette  charge,  ne   fut  la   grande   ré-* 
Not.  p.  1055.        putation  de  sçavoir  et  de  probité  où   étoit  Léon.  '    Léon 
Enn.  ibid.  devint  par-là  et  le  questeur  et  l'organe  de  ce  Prince,'  le 

sw.  ibw.  p.io55.  modérateur  et  l'arbitre  de  ses  conseils.  '  C'étoit  lui  qui 
faisoit  ces  fameuses  ordonnances,  qui  portoient  la  ter- 
reur du  Prince  jusqu'au  delà  des  mers;  qui  lui  conservant 
le  droit  de  victorieux,  lui  procuroient  des  alliances  ho- 
norables avec  les  peuples  étrangers;  et  qui  dans  l'étendue 


MINISTRE    D'ÉTAT.  629 

V     S I  h  C I.  K 


de  ses  Etats  lui  apprenoient  le  secret  de  réprimer  les 
armes  par  les  lois,  comme  il  réprimoit  les  peuples  par  les 
armes. 

Mais  ce  qui  est  un  plus  grand  sujet  d'éloge  pour  Léon, 
'  c'est  qu'il  vivoil  au  milieu  des  riches  du  monde  ,  sans  iwd. 
avoir  ni  aucune  ambition  pour  les  honneurs,  ni  aucun  de- 
sir  pour  les  richesses.  Ennemi  de  la  passion  pour  l'argent, 
il  n'en  avoit  d'autre  que  de  s'avancer  dans  les  sciences  et 
dans  la  pieté.  Abstéme  dans  les  festins,  vêtu  d'habits  les 
plus  vils  en  la  compagnie  de  gents  couverts  de  pourpre, 
négligé  en  tout  son  extérieur  dans  une  cour  qui  ne  res- 
piroit  que  le  faste,  le  luxe,  et  tout  ce  qui  peut  flatter 
les  sens,  n'usant  ni  de  chair  pour  se  nourrir,  ni  de  laine 
pour  se  vêtir,  il  devint  moins  l'objet  du  soupçon  des  di- 
vers pais  qu'il  parcourut,  que  le  sujet  de  leur  juste  admi- 
ration. Jouissant,  de  toute  la  faveur  des  Rois  ses  maîtres, 
s'il  s'en  servoit  pour  demander  des  grâces,  c'étoit  tou- 
jours pour  les  autres,  et  jamais  pour  lui.  Enfin  Léon  étoit 
tel,  que  S.  Sidoine  a  trouvé  quelque  ressemblance  entre 
lui  et  le  fameux  Apollone  de  Tyane  avec  celte  différence 
glorieuse  pour  Léon,  qu'il  avoit  sur  ce  Philosophe  payen  le 
bonheur  de  professer  la  foi  Catholique. 

On  peut  s'étonner  avec  justice  comment  Euric,  qui  avoit 
tant  de  zèle  pour  l'Arianisme,  pouvoit  retenir  un  Catholique 
d'une  pieté  aussi  éminente,  qu'étoit  Léon.  Mais  on  doit  con- 
sidérer que  Dieu,  qui  a  en  sa  main  le  cœur  des  Rois,  et  le 
pouvoir  de  les  remuer  comme  il  lui  plaît,  '  vouloit  conserver  p-  iom.  toss. 
ce  Ministre  fidèle  dans  cette  Cour  Arienne  et  Barbare,  pour 
la  consolation  de  ses  serviteurs. 

En  effet  Léon  rendit  en  diverses  occasions  de  grands 
services  à  l'Eglise.  En  474'  lorsque  S.  Epiphane  Evêque  Enn.  ibid.  P.3«- 
de  Pavie  vint  dans  les  Gaules  de  la  part  de  Jules  Nepos,  384' 
pour  ménager  un  accord  entre  cet  Empereur  et  le  Roi 
Euric,  Léon  fut  d'un  grand  secours,  à  ce  saint  Prélat,  en 
répandant  à  la  Cour  l'estime  de  son  mérite  et  de  sa  pieté. 
De  sorte  que  quand  le  Saint  arriva  à  Toulouse,  alors  la 
capitale  des  Visigots,  il  trouva  que  sa  réputation  y  avoit 
déjà  précédé  son  arrivée.  Il  eut  aussi-tôt  audience  d'Eu- 
ric;  et  ce  fut  sans  doute  à  Léon  qu'il  en  fut  redevable. 
Ce  Ministre  y  fit  valoir  l'éloquence  du  S.  Evêque,  com- 
me son  mérite  ;  car  aiant  assisté  au  discours  que  le  Saint 

4  3 


V    S1ECLK. 


630  LÉON 


fit  au  Roi,  il  témoigna  hautement  qu'on  ne  pouvoit  assez 
l'admirer. 

L'année  suivante    475,  Euric    s'étant    rendu  maître  de 

SM.  ibi.i.  p.io'i*.  l'Auvergne,  '  et  ayant  relégué  S.  Sidoine  Evoque  de  la 
capitale  du  pais  dans  les  prisons  de  Liviane,  entre  Nar- 
bone  el  Carcassone,  ce  fut  encore  Léon,  oui  obtint  la  liberté 
au  saint  Prélat.  Comme  il  avoit  pour  lui  une  estime  et 
une    amitié   particulière,   qui    bannissoit  toute   cérémonie, 

p.  ios.1.  '  il  l'engagea  à  lui   copier,  ou  plutôt  à  lui    traduire  du- 

rant sa  prison  la  vie  d'Apollone  de  Tyane    par  Philostrate  : 

p.  ion:..  '  ce  que  S.  Sidoine  exécuta  volontiers  en  faveur  de  cet  illus- 

tre ami. 

i.  4.ep.«.p. 060.  Quelque  temps  auparavant,'  Léon  avoit  fait  ses  efforts 
pour  porter  le  même  S.  Sidoine  à  écrire  l'histoire  du  rè- 
gne d'Euric.  Mais  ce  fut  en  vain.  S.  Sidoine  s'en  défendit 
sur  de  puissantes  raisons  /  alléguant  que  Léon  avoit  et 
plus  de  capacité  et  plus  de  talents  que  lui-même  pour 
réussir  dans  ce  grand  dessein.  Qu'il  pouvoit  a  juste  titre 
faire  en  cette  occasion,  ce  que  fit  Tacite  à  l'égard  de 
Pline  le  jeune,  à  qui  il  vouloit  persuader  d'écrire  l'histoi- 
re, qu'il  écrivit  néanmoins  lui-même,  malgré  ses  instan- 
ces pour  y  déterminer  son  ami.  Qu'il  avoit  encore  plus  de  ta- 
lents pour  exécuter  heureusement  cette  entreprise,  que 
n'en  avoit  Tacite  même,  qui  seroit  véritablement  Tacite, 
c'est-à-dire  muet,  si  vivant  en  leur  siècle,  il  connoissoit 
toute  l'étendue  du  sçavoir  de  Léon.  Qu'il  pouvoit  avec 
justice  entreprendre  de  traiter  le  sujet  dont  il  le  vouloit 
charger;  puisqu'à  une  rare  éloquence  il  joignoit  une  éru- 
dition presque  immense,  et  des  connoissances  particuliè- 
res sur  l'histoire  de  ce  puissant  Roi.  Qu'entrant  tous  les 
jours  dans  son  conseil,  il  entroit  aussi  dans  les  négocia- 
tions qu'il  avoit  par  toute  la  terre  ;  qu'il  connoissoit  tous 
les  ressorts  de  ses  Etats,  ses  traités  d'alliance,  ses  guerres, 
les  differens  lieux  qu'il  avoit  honorés  de  sa  présence,  en 
un  mot  toutes  les  qualités  bonnes  et  mauvaises  de  sa  per- 
sonne. Que  nul  n'étoit  plus  capable  d'exécuter  ce  projet  d'his- 
loire  que  celui  qui  sçavoit ,  comme  Léon  ,  les  mouve- 
ments  des  peuples,  le  nombre  des  ambassades,    les  actions 

p.  9ci.  des  Gouverneurs,  les  traités  des  Princi  s,  '  enfin  les  secrets , 

de  toutes  les  Républiques. 

ii.i.i.  '  S.  Sidoine,  tant  pour  se  défendre  de  mettre  la  main  à 


MINISTRE  D'ÉTAT.  631     f   • 


cet  ouvrage,  que  pour  déterminer  son  ami  à  l'exécuter, 
insiste  sur  ce  que  Léon  dans  la  haute  dignité  qu'il  rem- 
plissoit ,  ne  seroit  point  obligé  en  écrivant ,  ou  de  taire  la 
vérité,  de  peur  d'offenser  les  Grands,  ou  d'inventer  des 
choses  fausses  pour  les  flatter.  Qu'il  n'avoit  point  à  crain- 
dre ,  comme  les  autres ,  et  particulièrement  comme  les 
Ecclésiastiques  de  son  temps ,  la  critique  des  mauvais  es- 
prits et  des  langues  médisantes.  Qu'une  personne  de  son 
rang  étoit  au-dessus  de  toute  critique.  Qu'aïant  acquis  d'a- 
bord l'art  de  parler  avec  facilité,  et  y  aïant  ensuite  joint 
la  science  des  faits,  personne  ne  pouvoit  réussir  à  écrire 
avec  plus  de  suffisance  et  de  perfection  que  lui ,  ni  d'une 
manière  qui  approchât  plus  de  celle  des  anciens,  quoi- 
qu'il ne  racontât  que  des  choses  nouvelles.  Que  la  posté- 
rité tireroit  beaucoup  de  fruit  de  son  ouvrage  ;  qu'elle  le 
liroit  avec  délices,  et  le  citeroit  comme  une  autorité  de 
poids  ;  atque  ideo  te  in  posterum  consuli  utilitas,  audiri  vo- 
luptas,  legi  autoritas  erù. 

On  ne  trouve  nulle  part  que  ces  raisons  aient  été   assez 

fmissantes  sur  l'esprit  de  Léon ,  pour  le  porter  à  exécuter 
e  projet  d'histoire  qu'il  proposoit  à  S.  Sidoine.  Aussi  sem- 
ble-t-il  que  ce  n'auroit  pas  été  bien  faire  sa  cour  à  Euric, 
que  de  le  tenter  de  son  vivant,  en  se  proposant  de  rap- 
porter les  faits  avec  fidélité.  L'on  en  peut  juger  '  par  ceux  i.7.eP.6.p.io23- 
que  S.  Sidoine  nous  en  a  conservés  dans  une  de  ses  letres.  l<yî6' 
Euric  y  est  représenté  comme  un  Roi  aussi  passionné  pour 
l'hérésie  dont  il  faisoit  profession  ,  que  pour  le  sceptre  qu'il 
portoit.  Il  avoit  ou   chassé  de  leurs  Sièges ,  ou  mis  à  mort 

f)lusieurs  Evêques  des  Gaules ,  sans  vouloir  souffrir  qu'on 
eur  donnât  de  successeurs.  Il  sembloit  qu'il  se  fût  pro- 
posé d'y  éteindre  la  religion  Catholique  ;  et  sous  son  rè- 
gne la  discipline  ecclésiastique  y  étoit  entièrement  tom- 
bée  en    plusieurs  endroits. 

'S.Sidoine  dans  une  letre  écrite  vers  483  parle  de  Léon   i.o.ep.is.p.iiM. 
comme  vivant  encore.    Il  vêquit   même    au-delà   de    cette 
époque ,  comme  il  paroit  d'ailleurs.  Car  il  exerça  encore 
sa  charge  sous  Alaric,  fils  et  successeur  du  Roi  Euric.  '  S.  d-.  t.  gi.  m.  i.i. 
Grégoire   de    Tours  qui   écrivoit  environ  cent  ans   après,  c'  9"'  *' 825' 
rapporte  qu'une   Eglise  bâtie  à  Narbonne ,    dans   laquelle 
il  y  avoit  des  reliques  de  saint  Félix  martyr  de  Girone, 
empêchant  par  sa  hauteur  la  vûë  qu'Alaric  avoit  de  son 


vc,^.P      b32  LÉON,  MINISTRE  D'ETAT. 

V    SIECLE. 

"~  palais  dans  la  plaine  ,  ce  Prince  ordonna  à  Léon  son  con- 
seiller de  faire  abaisser  le  toît  de  cette  Eglise  :  ce  que  ce- 
lui-ci aïant  exécuté,  il  perdit  aussi-tôt  la  vûë.  On  peut 
regarder  cette  peine  comme  une  juste  punition  de  la  fau- 
te que  fit  Léon  en  cette  rencontre,  en  exécutant  les  or- 
dres du  Prince ,  sans  lui  représenter  le  respect  que  les 
Souverains,  comme  les  particuliers,  doivent  aux  lieux 
saints. 


GENNADE, 

Prêtre    de    l'Eglise    de   Marseille. 

S   L 
HISTOIRE    DE  SA  VIE.. 

L'antiquité  nous  fournit  peu  de  connoissance  de  la  per- 
sonne de  Gennade.  Divers  écrivains  modernes  et  du 
sigeb.  serf.  c.  30.  moïen  âge  l'ont  fait  Evêque  ;  les  uns  '  comme  Sigebert 
ï'Afg;  1 8  app  _  de  Gemblours  sans  lui  assigner  aucun  siège  ;  "  d'autres ,  com- 
75-  me  Platine  dans  la  vie  du  Pape  Symmaque  ,  en  le  plaçant 

Notk.  im.  scr.  c.     entre  les  Evêques  de  Marseille  ;  '  et  enfin  quelques  autres, 
7"  p-  9-  comme  Notker  Moine  de  S.  Gai ,  en  lui  assignant  l'Eglise 

de  Tolède  en  Espagne.  L'erreur  seroit  moins  grossière ,  si 
Notker  avoit  dit  de  Toulon  ;  car  il  est  certain  que  Gen- 
nade étoit  Gaulois ,  et  qu'il  a  toujours  fleuri  daus  les  Gau- 
les. Aujourd'hui  tous  les  Sçavants  sont  persuadés  que  ces 
Ecrivains  se  sont  trompés  sur  le  fait  de  l'épiscopat  pré- 
tendu de  Gennade ,  et  qu'il  n'a  point  eu  de  plus  haute 
Genn.  Tir.  m.  c.  dignité  dans  l'Eglise ,  '  que  celle  de  simple  Prêtre  de  Mar- 
l00-  seille.  11  n'en  prend  point  d'autre  lui-même  dans  ce  qu'il 

a  jugé  à  propos  de  nous  apprendre  de  son  histoire. 

Il  paroît  par  les   ouvrages    qu'il    composa  ,  que    c'étoit 

un  homme  fort  laborieux,  et   d'une   grande  lecture,  mais 

qui  avoit  plus  d'érudition ,  que  de  bon  goût  et  de  justesse 

e. n. 78.  a'esprit.  '  Il  sçavoit  la  langue  Grecque  comme  la  Latine, 

puisqu'il   a   traduit   en   celle-ci  plusieurs  écrits  d'Auteurs 

e.  ioo.  Grecs.  '  Il  fleurissoit  sur  la  fin  de  ce  V  siècle ,  et  vécut 

jusques 


GENNADE,  PRÊT.  DE   L'EG.  DE  MARSEILLE.     633     .  er 

V    SIECLE. 

jusques  sous  le  Pontificat  du  Pape  Gelase  :  '  ce  que  quel-  Cave_  p  ^ 

ques-uns  étendent  jusqu'à  l'an  495,  mais  que  nous  croïons 

devoir   restraindre  à  l'an   493  ,  pour  les  raisons  que  l'on 

verra  dans  la  suite.  '  Il  est  certain  qu'il  semêloit  de  lité-  conn.  ibia.  e.  82. 

rature  avant  l'an  467. 

On    ne   s'accorde    pas  unanimement    sur   la   catholicité 
de  la    doctrine    de  Gennade;   quoiqu'on    le  regarde  com- 
munément comme  aiant  été  engagé  dans  les  erreurs  des 
Semipélagiens.      Vossius  toutefois  ne  craint  pas  de  soute-  ?om.  i.ist.  im. 
nir  qu'il  n'y  a  point  de  raisons  assez  fortes,  ni  assez  pré-  '  «•••».  p.». 
cises  pour  appuïer  cette  accusation.       Le   Pape   Adrien  I  cave  Mi. 
dans  une  letre  à    Charlemagne ,  est  allé   encore  beaucoup 
plus  loin  que  Vossius,    en    mettant    Gennade    au    nombre 
des  plus  saints  Personnages. 

Au  contraire  l'Eglise  de  Lyon  au  siècle  suivant  qui  étoit  Vom.  ibw.p.  *i. 
le  IX,  a  cru  voir  des    erreurs    Pélagiennes    dans    1  un    de 
ses    écrits.'  Thomas    Bradwardin ,  le  Cardinal  Bellarmin  ,  Uwi  |  Cono.Yir.iit. 
Ferdinand    Mendosa ,    une    infinité    d'autres    Auteurs    et  '"  p  *" 
l'Université    entière    de   Louvain ,  ne    le  croient    pas  non 
plus  exemt   d'erreurs  sur  la  foi.  Et  en  effet  il  seroit  bien 
difficile  de  l'en  justifier  entièrement.    Le  lecteur  judicieux 
en  jugera  lui-môme  par  les  preuves  qu'on  allègue  contre 
cet  écrivain. 

1°.  Sans  parler  de  quelques  erreurs  qui  se  trouvent  dans 
son  traité  des  dogmes  ecclésiastiques ,       il  se  déclare  ou-  oonn.  ibid.  <•  w. 
vertement  contre  saint  Augustin  dans  son   livre  des  hom- 
mes  illustres,  et    parle  désavantageusement    de  sa  doctri- 
ne ,  affectant  de    lui    appliquer  ces  paroles  de  l'Ecriture  : 
Quiconque  parle  beaucoup,  ne  manquera  pas  dépêcher.  '  Il  est  Mah.  ami  t.  i.p. 
vrai  que  cet  article  de  S.  Augustin  par  Gennade  se  trouve  4r>  *r> 
corrigé,  et  tourné  à  la  louange  de  ce  S.  Docteur  dans  l'an- 
cien manuscrit  de   Corbie.  Mais  il  n'y  a  presque  pas  lieu 
de    douter  que  cette  correction    a   été  faite  après  la  mort 
de    Gennade    par  quelque    partisan    de    la  doctrine  de  S. 
Augustin. 

2°.  '  Gennade  dans  le  même  traité  se  déclare  en  faveur  0™.  ï\,h.  <■.  «. 
des   Eulogies  de    Pelage,    livre    que  S.  Jérôme  condamne 
d'hérésie  dans  son   premier  traite  contre   les  Pélagiens.  Il 
n'importe  '   qu'il  nous  assure  lui-même  qu'il  a  composé  trois  e.  ioo. 
livres  contre  le  même  Pelage.  Il  est  toujours  certain  qu'il 
a  loué  les  Eulogies  de  cet  hérésiarque. 

,  .     Tome  II.  LUI 

♦  3  * 


pr.  p.  2. 


634  GENNADE, 

V     S1ECLK-  ' 

o.  11.  i  pr.  ibiii.  3°-  '  Il  donne  de  grandes  louanges  à  Evagre ,  que  le 
même  S.  Jérôme  dans  sa  letre  a  Ctesiphon  dit  avoir  été 
Origéniste  :  ce  qui'  renferme  les  premiers  principes  du  Pé- 
lagianisme. 

pi .  p.  i.  4°.  '  Il  préfère  Hufin  à  ce  S.  Docteur;  quoiqu'il  soit  cer- 

tain que  Rufin  a  été  dans  les  erreurs  d'Origene.  En  effet 

Tiii.ii.  e.  i.io  i>.  '  remarque  un  Sçavant  moderne,  on  accuse  du  crime  de 
l'Origénisme  plusieurs  personnes  des  premiers  siècles,  que 
l'on  peut  croire  avec  fondement  avoir  été  très  .bons  ca- 
tholiques ;  mais  on  a  bien  de  la  peine  à  excuser  Gennadc 
aussi  bien  que  Rufin  d'avoir  suivi  les  erreurs  qu'on  leur 
attribue  à  ce  sujet. 

(;,nn.ibi,i .-.  Bi  i       5°  '  Gcnnade    improuve    le    livre    des  réponses  de  saint 

'"  p  '  Prosper  contre  Cassien,  livre  reçu  et  approuvé  dans  toute 

l'Eglise. 

r.  oi.  un  C°.  '  Au  contraire  il  témpigne  une  estime  singulière  poul- 

ies ouvrages  de  Cassien  et  de  Fauste  ,  qui  ont  été  mis  au 
nombre  des  apocryphes  par  le  Concile  de  Rome  en  494  , 
comme  l'on  a  vu. 

s  «. 

SES  ECRITS. 


D 


e  tous  les  ouvrages  que  Gennadc  avoit  composés , 
et  qui  étoienl  assez  nombreux,  il  n'en  est  venu  que 
deux  jusqu'à  nous,  si  néanmoins  nous  en  exceptons  peut- 
être  quelques  fragments  de  ses  traductions  latines. 

4°.  Le  plus  connu,  comme  le  plus  estimé  ,  et  le  pre- 
mier selon  l'ordre  des  temps,  est  son  traité,  ou  catalo- 
gue des  hommes  illustres,  ou  auteurs  Ecclésiastiques.  On 
le  regarde  avec  justice  comme  une  suite  et  une  continua- 
tion de  celui  que  S.  Jérôme  avoit  fait  sur  la  même  ma- 
sijwh.  !Vri.  c.  no.  tiere  à  la  fin  du  IV  siècle.  '  Sigebert  dit  que  Gcnnade  com- 
■'  !Hi'  mence  ce  traité  à  la  14e  année   de  l'Empire  de  Théodose 

l'ancien  :  ce  qui  revienl  à  l'an  31)2,  et  qu'il  le  continue 
durant  près  de  cent  ans.  Mais  Sigebert  n'a  pas  pris  garde 
«;.nn.  vii.  in.  ci.  '  que  Gennadc  le  commence  par  S.  Jacques  Evêque  de  Ni- 
sibe ,  qui  mourut  sous  l'Empereur  Constance  fils  du  grand 
Constantin,  ainsi  avant  l'an  3G1.  '  Il  y  place  même  le  Pa- 
pe S.  Jules,  qui  gouvernoit  l'Eglise  plusieurs  années  avant 


p.  5.  o. 

c.  2.  p.  0. 


PRETRE  DE  L'EGLISE  DE  MARSEILLE.   635 

V    SIECLE. 


le  milieu  du  môme  siècle,  qui  étoit  le  IV. 

Le  rang  que  tiennent  entre  eux  ces  deux  articles ,  et 
plusieurs  autres  suivants,  font  voir  que  Gennade  n'a  pas 
observé  une  exacte  chronologie,  en  plaçant  les  Ecrivains 
dont  il  dresse  le  catalogue.  On  peut  dire  néanmoins,  com- 
me nous  l'avons  déjà  remarqué  ailleurs,  qu'il  n'a  pas  laissé 
de  s'y  prescrire  un  certain  ordre ,  en  divisant  en  trois  clas- 
ses, sans  en  avertir,  tous  les  auteurs  dont  il  parle.  La  pre- 
mière classe,  qui  comprend  les  38  premiers  chapitres  jus- 
qu'à S.  Augustin,  est  de  ceux  qui  ont  fleuri,  ou  com- 
mencé à  fleurir  dès  le  IV.  siècle;  quoiqu'il  y  en  ait  quel- 
3ues-uns  qui  ne  sont  morts  qu'au  siècle  suivant.  La  secon- 
e  classe,  que  l'on  peut  étendre  jusqu'au  701'  chapitre, 
qui  est  celui  de  S.  Léon  Pape ,  comprend  les  Ecrivains 
qui  ont  fleuri  au  commencement  et  avant  le  milieu  du 
V  siècle.  Enfin  la  3"  et  dernière  classe  comprend  le  reste  des 
Ecrivains  qui  ont  fleuri  depuis  le  milieu  de  ce  siècle,  jus- 
qu'au temps  que  Gennade  composoit  ce  catalogue. 

On  croit  communément  qu'il  le  fit  sous  le  Pontificat 
du  Pape  S.  Gélase,  apparemment'  sur  ce  que  l'éloge  de  c.n. 
ce  Pontife  s'y  trouve,'  et  que  l'article  de  Gennade  con-  <••  i<k>. 
tient  un  écrit  adressé  au  même  Pape.  Mais  ces  preuves  sont 
bien  foibles  pour  appuier  une  telle  opinion.  I0'  Parce-  ut.  p.  u 
que  l'article  de  S.  Gélase  manque  dans  plusieurs  manus- 
crits, et  même  dans  la  plupart  des  imprimés,  comme 
nous  le  montrerons  dans  la  suite.  2°.  Parce  que  l'écrit 
de  Gennade  adressé  à  S.  Gélase  ,  et  contenu  dans  l'arti- 
cle de  Gennade,  est  visiblement  une  addition  faite  après 
coup.  Pour  s'en  convaincre  il  n'y  a  qu'à  rapporter  ici  la 
fin  de  cet  article.  '  Après  que  l'auteur  a  donné  la  liste  de  e.  h». 
ses  autres  ouvrages,  il  ajoute,  et  hoc  opus ,  pour  marquer 
le  traité  des  auteurs  Ecclésiatiques  :  puis  on  lit,  et  epistolam 
de  fîde  mea  misiadbcatum  Gelasium  urbis  Romœ  Episcopwn. 
Il  est  bien  visible  que  ces  dernières-  paroles  depuis  et  epi- 
stolam, sont  une  addition.  Car  1°.  Il  étoit  naturel  que  cel- 
les-ci et  hoc  opus  f  qui  marquent  le  catalogue  des  auteurs , 
finissent  l'article.  2°.  La  répétition  de  la  conjonction  et 
devant  les  deux  écrits .  est  une  preuve  que  le  dernier  est 
ajouté  par  d'autres  que  par  l'auteur  original,  qui  n'auroit 
mis  la  conjonction  que  devant  le  dernier  écrit. 

Ces  raisons  jointes  à    ce  que  divers  autres  articles   ou 

L  1  1  1  ij 


636  G  E  N  N  A  D  E , 

V    SIECLE.  ' 

chapitres  ne  se  trouvent  pas  dans  le  trait/;  des  Ecrivains , 
selon  plusieurs  manuscrits  et  les  premiers  imprimés ,  com- 
me les  articles  de  S.  Sidoine  Evoque  de  Clermont ,  de 
Pomer.e ,   de   S.    Honorât    de   Marseille  ,    et    de    Gennade 

Tiii.n.  e.  1. 10.      même,'  font  croire   à   quelques   Sçavants,    et   ce   semble 

■'' 7*7'  avec  juste  sujet,  que  Gennade   composa   le    traité ,  dont  il 

est  ici  question ,-  peu  après  l'an  481 ,  qui  est  l'époque  à 
laquelle  S.  Eugène  de  Carthage  fit  les  écrits  dont  Gen- 
nade fait  mention.  De  sorte  que  l'article  de  S.  Eugène 
auroit  fait  la  clôture  du  catalogue  des  Ecrivains.  Pour  ce 
qui  est  de  l'article  de  S.  Césaire  d'Arles,  qui  ne  fleurit 
qu'au  VI  siècle,  il  est  certain  qu'il  a  été  ajouté  dans  la 
suite  par  quelque  disciple  de  S.  Augustin,  comme  un  cor- 
rectif à  celui  de  Eausle  qui  le  précède  immédiatement. 
Aussi  cet  article  se  trouve  dans  très-peu  de  manuscrits  et 
d'imprimés. 

On  pourroit  même   Mire    avec  fondement  que  Gennade 
a  écrit   ce  traité  dès  477,  ou  peu  après,  mais  avant  qu'il 

Gunn.  ibiu.  ( .  72.  eût  appris  la  mort  de  Timothée  Elure.  '  Car  en  faisant 
l'article  de  cet  hérésiarque,  comme  Gennade  le  qualifie 
lui-même,  if  dit  qu'il  vivoit  encore  alors  dans  le  heu   de 

•nu.  iin.1.  p  .307.    son  exil.'  Or  il  est  constant  que  ce  Timothée  est  mort  en 

Lhd.UiW.  c.  07.  477.  Nous  pourrions  encore  fortifier  ce  sentiment,'  par  ce 
que  Gennade  dit  dans  l'éloge  de  Salvien  Prêtre  de  Mar- 
seille ,  qu'il  assure  avoir  vécu ,  quoique  dans  une  grande 
vieillesse,  du  temps  que  lui  Gennade  composoil  son  cata- 
logue. Or  c'est  pousser  bien  loin  la  vie  de  Salvien  qui  fleu- 
rissoil  dès  le  commencement  de  ce  siècle,  que  de  ne  mettre 
sa  mort  qu'en  485,  comme  nous  avons  fait.  Nous  avouons 
cependant  qu'on  pourroit  aisément  l'avancer  de  quel- 
ques années.  Mais  en  ce  cas  il  faudroit  dire  que  l'article 
de  S.  Eugène  auroit  été  ajouté  à  Gennade  après  coup , 
comme  tant  d'autres.  Il  ne  se  trouve  point  effectivement 
dans  l'édition  des  œuvres  de  S.  Jérôme  faite  à  Basic  l'an 
1497,  parmi  lesquelles  on  a  inséré  ce  traité  des  hommes 
illustres  par  Gennade. 

On  le  joint  ordinairement  avec   celui  de  S.  Jérôme  sur 
le  même  sujet.  Celte  union  est  aussi  ancienne  qu'elle  pa- 

<:;.mI.  insi.  <•.  n.  roît  naturelle.  '  Dès  le  VI  siècle  Cassiodore,  qui  parle 
avec    beaucoup  d'estime  de  l'un   et    de   l'autre  ,    les    avoit 

Mai^ana.  i.  s.  p.  ainsi  joints  ensemble.  '  Ils  se  trouvent  encore  joints  de  la 


PRÊTRE  DE  L'EGLISE  DE  MARSEILLE.   637     „„,„,.,„ 

V  SIECLE 

sorte  dans  le  manuscrit  de  Corbie,  qui  dès  le  temps  que  ~~ 
Dom   Mabillon  écrivoit,   montroit  plus  de   900   ans   d'an- 
tiquité ;  et    ils    ont   été   presque   toujours   ainsi    imprimés 
l'un  avec  l'autre.  De  sorte'  que  celui  de  Gennadë  se  trou-  Gcnn.  m»,  pr. p. 
ve  dans  toutes  les  éditions  des  œuvres  de  S.  Jérôme.  Il  est  4" 
même  deux  fois  dans  l'édition  de  Francfort  de  l'an  1680, 
au  tome  I  et  au  IV.  Erasme  a  néanmoins  séparé  ce  traité  de 
Gennade  de  celui  de  S.  Jérôme,  dans  la  belle  édition  de 
ce  Perc  qui  parut  à  Rasle  l'an  1516.  Mais  dans  celle  qu'il 
publia  ensuite,  et  qui  fut  renouvellée  à  Paris  l'an  1546, 
ces  deux  traités  furent  réunis  ensemble. 

'Ce  fut  sur  l'édition  d'Erasme  qu'Alban  Torin  fit  im-  m:,,  s.yin.ccn.  | 
primer  le  même  ouvrage  de  Gennade,  avec  celui  de  S.  "  Sorg'  Aml 
Jérôme,  les  vies  des  Prophètes  par  S.  Epiphane,  celles 
des  Evangelistes  par  Sophrone ,  et  quelques  poëmes  de 
S.  Grégoire  de  Nazianze  sur  les  paraboles  et  les  miracles 
attribués  aux  Evangelistes.  Cette  édition  fut  faite  à  Rasle 
chez  André  Cratandre  l'an  1529  en  un  volume  in  4°. 
C'est  apparemment  la  même'  qui  est  marquée  dans  Cave  cave,  v.  taa.t. 
avec  une  faute  d'Imprimeur,  de  l'an  1628.  Dans  cette  édi- 
tion comme  dans  les  précédentes  t  le  catalogué  de  Gen- 
nade ne  contient  que  96  chapitres,  ou  articles.  Ceux  du 
Pape  S.  Gélase,  de  S.  Sidoine,  de  S.  Césaire,  et  de  Gen- 
nade même  ne  s'y  trouvent  point  ;  et  il  y  a  bien  de  l'appa- 
rence que  ceux  de  Pomere^  et  de  S.  Honorât  de  Marseille  y 
ont  été  ajoutés  par  d'autres  que  par  Gennade.  Ils  ne  sont 
point  dans  l'ancienne  édition  de  S.  Jérôme  faite  en  1497. 

'En    1580  Suffridus  Pétri   aïant  revu    le   même  traité  r.«..n.  >ir  iif.  Pr. 
de  nôtre  auteur  sur  divers  manuscrits,  le  donna  au  public  v'  *' 
avec  des  notes  de  sa  façon,  et  les  traités  de  S.  Jérôme,  de 
S.  Isidore  de  Sevillc,  d'Honoré  d'Autun,  de  Sigebert,  de 
Henri  de  Gand  sur  le  même  sujet.  Cette  édition  est  de  Co- 
logne en  un  volume  in  8°.  '  Elle  parut  de  nouveau  en  mê-  Bib.  Teii.11.353.1. 
me  volume  et  au  même  endroit  chez  Cholin  l'an  1583. 

'Jean  de  Euchte   fit   imprimer  séparément  l'ouvrage  de  p.«.i.  |Kb.w. 
Gennade  l'an  1612  à  Helmstad  chez  Jaques  Lucius  en  un  ''     p' 168 
volume  in  i".  '  Il  parut  encore  à  Anvers  chez  Jaques  Me-  Tuii.  p.  351.  t. 
sius  l'an  1639  en  un  volume  in  folio,   avec  les  traités  de 
saint   Jérôme  ,    de   S.    Isidore ,  de    S.  Ildefonse   de   Tolè- 
de ,    d'Honoré    d'Autun  ,   de    Sigebert ,    et   de    Henri    de 
Gand,   par  les  soins   d'Aubert  le  Mire,  qui  y  joignit  des 


638  G  E  N  N  A  D  E , 

V    SIECLE. 


scholies."  La  Bibliothèque  du  Cardinal  Barberin   met  cette 

a  Barb.  t.i.p.wo.  édition  en  1058,    apparemment  comme  aïant   été   renou- 

'•  vellée  cette  année-là. 

Genn.  iwa.  '  Salomon  Ernest  Cyprian  aïant  revu  l'ouvrage  de  Gen- 

nade  sur  deux  différents  manuscrits,  le  publia  séparément 
en  un  volume  in  4°  l'an  1703,  avec  les  scholies  d'Auberl 

O  hua.  le  Mire,  et  de  courtes  notes  de  sa  façon,  à  Jene  (*)  chez  Henri 

Beyerus, 

Hier.i.s.p.ïs-w.        '  En  1700  Dom  Marcianay  le   mit  à  la  tête  du  5e  vo- 
lume des  œuvres  de   S.   Jérôme,    imprimé   la   même    an- 

p  i9-«4.  née  à  Paris  chez  Louis  Boulland.  '  Cet  éditeur  a  eu  soin 

d'y  joindre  les  différentes  leçons,  telles  qu'elles  se  trou- 
vent dans  l'ancien  manuscrit  de  Corbic  ,  aujourd'hui  à 
l'Abbaïe  de  Saint  Germain  des  Prez,  et  qui  sont  considé- 

n.iii.  iijni.  p.  «-  râbles.  '   Dès   1G7G  Dom   Mabillon    eu   avoit  donné   quel- 

Wi'  que  chose  dans  le  second  tome  de  ses  analectes. 

Biii.  Ecci.p."..«.  'C'est  sur  cette  édition  de  Dom  Marcianay  que  le  sça- 
vant  M.  Fabricius,  après  avoir  profilé  des  remarques  de 
tous  les  éditeurs  précédents,  a  inséré  ce  traité  de  Gen- 
nade  dans  sa  Bibliothèque  ecclésiastique ,  ou  Recueil  de 
divers  catalogues  d'Ecrivains  ecclésiastiques,  imprimé  à 
Hambourg  chez  les  Felginer  en  un  volume  in  folio  1  an 
1718.  Il  y  a  joint  non-seulement  tous  les  autres  auteurs 
avec  lesquels  Gennadc  avoit  déjà  paru ,  mais  aussi  les  ad- 
ditions à  S.  Isidore  et  à  S.  Ildefonfe;  l'Anonyme  de  Molk 
publié  par  Dom  Bernard  Pèz;  Pierre  Moine  du  Moat- 
Cassin;  Jean  Trilhemc  avec  les  notes  et  les  additions  d'Au- 
bert  le  Mire ,  et  divers  autres  additions  et  remarques.  De 
.sorte  que  c'est  à  juste  titre  qu'il  a  donné  à  ce  Recueil  le 
nom  de  Bibliothèque  ecclésiastique. 

Dans  ces  dernières   éditions    le  traité  de.Gcnnade  com- 
prend cent  articles  ou  chapitres ,  depuis  S.  Jaques  de  Ni- 

iiier.  itwd.  \<.  48.  sibe  jusqu'à  Gennade  inclusivement.  '  Mais  on  remarque 
que  ce  dernier  chapitre  ne  se  trouve  que  dans  le  seul  ma-, 
nuscritde  S.  Siran.  L'édition  de  nôtre  auteur  qui  parut  à 
Basle  en  1 197  entre  les  ouvrages  de  S,  Jérôme  finit  à  Jean 
d'Anlioche  ,  et  ne  contient  que  90  chapitres.  Les  suivan- 
tes y  ajoutent  ceux  d'Honorat  de  Constantine  en  Afri- 
que ,  de  Cereal ,  de  S.  Eugène  de  Carthage ,  de  Pomere  , 
et  de  S.  Honorât  de  Marseille.  Nous  avons  marqué  plus 
haut  les  chapitres  qui  y  manquent,  et  qui  se  trouvent  dans 
d'autres  éditions. 


PRETRE  DE  L'EGLISE  DE  MARSEILLE.      639 

V    SIECLE. 

'  Notker  avoit  vu  un  exemplaire  de  l'ouvrage  de  Gen-  Nolk  in,  s(.ri  c 
nade,  qui  commençoit  par  l'article  de  S.  Ambroise  de  Mi-  7- 1>  "• 
lan  :  ce  qui  étoit  fort  naturel ,  puisque  S.  Jérôme  l'avoit 
omis  dans   son   catalogue.    Mais   cet  article   ne  se    trouve 
plus  ni  dans  les  manuscrits,  ni  dans  les  imprimés.  On  n'y 
voit  point   non   plus   l'éloge   de  S.  Jérôme,  'excepté  dans  Mai»,  mm.  \>  #». 
le  manuscrit   de  Corbie ,  dont   nous   avons  parlé.' Comme  44 
il  ne  paroît  point  ailleurs,  il  y  a  bien  de  l'apparence  qu'on 
l'aura  méprisé ,  ne  ie   jugeant   pas  comparable   à  ce    que 
S.  Jérôme  dit  de  lui-même  et  de  ses  écrits ,  dans  son  cata- 
logue des  Auteurs  ecclésiastiques ,  dont  Gennade  n'est  que 
le  continuateur.  Cela   n'a  pas  empêché  '  que   Dom   Mabil-  p.  42. 43. 
Ion    ne  l'ait   publié   dans  le  second  volume  de  ses  analec- 
tcs.  '  Il  nous  en  a  donné  un  autre  dans  le  quatrième  vo-  i.«.p.ttt.ttf. 
lume ,   qu'il   croit    être   du  même   Gennade,  et  qui    bien 
qu'il  ne  paroisse  pas    fort   exact    dans   tout  ce   qu'il  con- 
tient ,   semble   néanmoins   préférable    au    précédent.    Mais 
on  ne   dit   point  à  quelle   occasion   Gennade   l'avoit  com- 
posé ,   ni  s'il    l'avoit    placé   entre   les   éloges    des   auteurs 
dont  il  parle. 

Erasme,  qui  n'estimoit  proprement  que  les  ouvrages  d'es- 
prit et  d'éloquence ,  ne  fait  de  cas  de  celui  de  Gennade , 
que  pour  ce  qu'il  contient  d'historique.  Il  est  vrai  qu'il  est 
écrit  sans  art,  et  avec  beaucoup  de  simplicité;  mais  c'est 
ce  qui  doit  contribuer  à  le  rendre  plus  estimable.  L'au- 
teur nous  y  a  conservé  quantité  de  traits  historiques  tou- 
chant les  Ecrivains  dont  il  parle ,  que  nous  chercherions 
inutilement  ailleurs.  Il  nous  y  donne  aussi  la  connoissance 
de  grand  nombre  d'écrits,  qui  ne  subsistent  plus  aujour- 
d'hui, et  que  nous  ne  connoitrions  point  sans  son  tra- 
vail. Adon  de  Vienne  a  beaucoup  profité  de  ce  traité  pour 
composer  le  sixième  âge  de  sa  chronique. 

2°.'   Nous  avons  dans  l'appendice   au  8e  tome  des  œu-  a0r.  t.  s.  app.  p. 
vres  de  S.  Augustin ,  un  traité  intitulé  Des  dogmes  ecclé-  75"8<x 
siastiques.  '  11  a  porté  longtemps  le  nom   de  ce   S.  Doc-  ftafta.  Ub.  t.  V. 
teur  ;    quoiqu'il   semble  qu'il  fût  facile  de  ne  s'y  pas  trom-  p  dfl6" 
per,  tant  les  sentiments  que  contient  cet    écrit  sont  diffé- 
rents de  ceux  de  S.   Augustin.  Néanmoins  '  le  Maître  des  Aog.  a»,  p  -r,. 
Sentences  le  cite  quelquefois  sous  le  nom  de  ce  Père,  Gra- 
tien  sous  celui   de  Patere;   et   Trithéme   l'attribue  à   Al- 
cuin.    Ratramne    de    Corbie    le   donne    à    Gennade   de 


V    SIECLE. 


640  GENNADE, 


Conslantinople,   et    un    manuscrit   à    Fauste    Evêque  jde 

Du  Pin,  bib.  t.  s.  Marseille,  ce  qui  est  une  double  faute.  '  Il  porte  même  le 

p- 79i  nom   de  Gélase   dans   plusieurs   autres   manuscrits  ;    et   le 

Maître  des  Sentences  le  cite  en  le  lui  attribuant. 

Aug.  ibi.i.  '  Mais  l'opinion   la  plus  .  commune  ,    comme  la   mieux 

fondée,  donne  cet  écrit  à  Gennade  Prêtre  de  Marseille , 
à  qui  il  est  attribué  par  Alger ,  Valafride  Strabon  ,  le 
maître  des  Sentences   même,  et   S.  Thomas  en   quelques 

spic  i.  3.  p.  a»,  endroits.  '  Dès  le  commencement  du  VIII  siècle,  il  se 
trouvoit  sous  le  nom  de  Gennade  Prêtre  de  Marseille , 
dans  la  bibliothèque  de  S.  Wandrille  près   de  Rouen.    Ce 

Gcnn.  vir.  ni.  pr.  qui  confirme  ce  sentiment  à  n'en  pas  douter,'  c'est  qu'on 

p  ''  est   persuadé    après    Bellarmin   que  cet    écrit    n'est  autre 

c.  ioo.  chose ,  '  que   le   traité  de  sa  doctrine  ou  de    sa   croïance, 

que  Gennade  marque  lui-même ,  ou  un  autre  après  lui , 
avoir  adressé  au  Pape  S.  Gélase  en  forme  de  letre. 

Du  Pin,  ibia.  '  On  trouve  effectivement   dans  ce   livre   un  abrégé  des 

principaux  dogmes  de  la  religion  ;  et  il  est  visible  que  son 
auteur  étoit  dans  des  sentiments  opposes  à  ceux  de  S.  \u- 

Ang.  ibij.  gustin  sur  la  grâce  et  le  libre  arbitre.  '   Il  contenoit  autre- 

fois beaucoup  plus  d'articles  qu'il  n'en  a  aujourd'hui,  n'y 
en  aiant  plus  que  55.  On  a  cru  avec  raison  en  devoir  re- 
trancher plusieurs  qui  y  avoient  été  insérés ,  après  les 
avoir  tirés  de  la  letre  de  S.  Célestin  aux  Evêques^  des 
Gaules,  et  des  Conciles  de  Mileve,  de  Carthage  et  d'O- 
range II,  ce  qui  ne  pouvoit  pas  quadrer  avec  la  doctrine 
de  ce  traité. 

Du  Pin,  t.*. p. 67i.  '  Les  Sçavants  remarquent  qu'il  s'y  trouve  plus  d'éru- 
dition que  de  jugement.  Gennade  y  avance  des  sentiments 
erronés,  y  débite  de  simples  opinions  comme  des  dogmes 
de  foi,  et  y  condamne  des  sentiments  catholiques.  Ce 
traité  et  le  livre  des  Ecrivains  Ecclésiastiques  font  voir 
que  leur  auteur  étoit   dans  les   sentiments  de   Fauste  de 

Ccnn.dogc.il.      Ries  sur  la  grâce  et  le  libre  arbitre.  '  Il  y  approuve  bien. 

18  **•  clairement  l'opinion   chérie  de  ce  Prélat  sur  la  nature  de 

l'Ame  et  de  toutes  les  créatures  ;  c'est-à-dire ,  qu'elles 
sont    toutes    corporelles ,    quoiqu'il   avoue    que    les    intel- 

DuP;n,  ibij.  p.  lectuelles  sont  immortelles.'  Cet  écrit  est  composé  en 
forme  de  profession  de  foi;  mais  en  expliquant  les  dogmes 
Catholiques,  il  rejette  les  erreurs  contraires,  et  nomme 
ceux  qui  les  ont  soutenues. 

Les 


en. 


PRÊTRE  DE   L'EGLISE    DE   MARSEILLE.  641     vai^lp 

'Les  cinq  premiers  articles  sont  sur  la  Trinité  et  l'In-  Genn  dog. c ,  „' 
carnation,  et  les  quatre  suivants  sur  la  résurrection.'  Gen-  c.  g.  Y  25. 
nade,  dans  ceux-ci  et  dans  quelques  autres  suivants,  rejette 
la  fable  des  Millénaires,  et  les  erreurs  d'Origene  et  de 
Diodore ,  qui  prétendoit  que  par  les  vivants  et  les  morts 
que  J.  C.  viendra  juger,  suivant  le  symbole,  il  falloit  en- 
tendre les  justes  et  les  pécheurs.  II  soutient  qu'il  n'y  au- 
ra qu'une  seule  résurrection  de  la  chair,  qui  sera  vérita- 
ble, quoiqu'incorruptible.  Que  l'on  ne  peut  pas  dire 
sans  erreur,  que  les  tourments  des  démons  et  des  impies 
finiront  un  jour.  '  11  rejette  l'opinion  d'Origene  touchant  c-  **■ 
la  préexistence  des  âmes  ,  et  le  sentiment  de  ceux  qui , 
comme  Cyrille,  dit-il,  les  Luciferiens  et  d'autres,  sou- 
tiennent qu'elles  sont  produites  par  propagation.  Il  dit 
que  Dieu  les  crée,  et  les  met  en  même  temps  dans  les 
corps,  quand  ceux-ci  sont  formés. 

'  Gennade   s'explique   fort    bien    sur   le   baptême   donné  «•  «• 
par  les  hérétiques.  '    Les    règles  qu'il   prescrit   pour*  s'ap-  c-  S3- 
procher  de  la   sainte  Eucharistie,   sont  fort  sages.  Il  n'ose 
ni   blâmer   ni   approuver   ceux   qui   communient    tous  les 
jours  ;  mais  il  conseille  et  exhorte  de  le  faire   tous  les  Di- 
manches, pourvu   que  l'on   se    sente   exemt  de   l'affection 
au  péché,  et  que  l'on  gémisse  sincèrement  sur  ses  foibles- 
ses.  '  Il  n'est  point-exact  dans  la  définition  qu'il  donne  de  c- 24- 
la  satisfaction  ;  la  faisant  consister  uniquement  à   retran- 
cher les  causes  du  péché,    et  à  ne  point  donner   d'entrée 
à  leurs  suggestions.  '  Il  erre  encore  en  n'accordant  le  salut  c-41- 
à  nul  Catéchumène  ,   à    moins  qu'il  ne  soit  baptisé  dans 
son  sang  en  souffrant  le  martyre.  '  Il  relevé   beaucoup   la  c-  31.3s.3r,. 
continence  et  la   virginité.  '  Il   recommande   la  vénération  c.  40. 
envers  les  saintes  Reliques  ,  sur-tout  celles    des  Martyrs  , 
comme   étant   les   membres  de  J.   C.  '  Il  admet  la  béati-  c.  «. 
tude  de  l'âme  juste  dès  la  sortie  de  son  corps.  '  Il  ne  croit  c.  48. 
pas  que  le  Diable   connoisse  les   pensées  de  l'ame,  sinon 
par  les  mouvements  du  corps,  et  les  saillies  des  passions. 
C'est-là  ce  qui  nous  a  paru  le  plus  remarquable  dans  ce 
traité  Des  dogmes  Ecclésiastiques. 

'  Il  y  en  a  deux  éditions   particulières  sous  le  nom  de  Bib.  d.  Fauit.  p. 
Gennade   de    Marseille ,    faites    à   Hambourg   les    années  p60^.'" 
1594.  et  1614.  en  un  volume  in-4°.  par  les  soins  de  Ge- 
vehart  Helmenhorstius ,  qui  y  a  joint  une  homélie  d'un 
Tome  IL  M  m  m  m 


.Baluz.l. 


V   SIECLE. 


642  GENNADE, 

"  ancien  Théologien,  et  les  letres  attribuées  à  S.  Martial 
Ëvêque  de  Limoges,  avec  des  notes  de  sa  façon. 
Genn.  vir.  m.  c.  3°.  '  Gennade  dans  ce  qu'il  nous  apprend  de  lui-même, 
dit  avoir  composé'  un  ouvrage  compris  en  huit  livres  , 
contre  toutes  les  hérésies.  Mais  cet  ouvrage  ne  paroit 
plus  nulle  part, 
ibid.  4°.  '  Il  ajoute    qu'il  avoit    écrit    aussi    six    livres  contre 

Nestorius   en   particulier ,   marquant  ce   traité  comme  dif- 
férent du  précédent, 
ibid.  5°.  '•  Il   marque   de   même    trois   livres    contre    Pelage, 

not.  P.  *5.  '  Un   manuscrit  du   catalogue  de  cet   Auteur  ajoute,  qu'il 

Hon.  scn.  i.  2.  c.  avoit  encore  composé  onze   livres  contre    Eutychès.  '   Ho- 
oti Trhh.scri.  c.    noré    d'Autun    et  Trithéme   ont   suivi  cette  leçon  et  mar- 
qué ces  onze  livres  entre  les   autres  écrits  de  Gennade. 
Mais  de  tous   ces  ouvrages  et  contre  les  hérésies,   et  con- 
cave, p.  3oo.  i.  tre   les   Hérésiarques  nommés  ,  '  il   ne  nous  reste  que   les 
descriptions  assez  courtes  des  hérésies   des  Prédestinatiens, 
des    Nestoriens ,    des    Timothéens ,     et    des    Eutichéens , 
que  l'on  a  coutume    de    mettre  à   la    fin    des    catalogues 
des  hérésies,   dressés   par  S.   Jérôme  et  par  S.  Augustin. 
Du  Pin,  iwd.  p.     '  Ces  additions  se  trouvent  sous   le  nom  de  Gennade  dans 
672-  un  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  S.  Victor  à  Paris,  à  la 

fin  du  livre  de  ce  dernier  père  ;  et  Hincmar  le  cite  sous 
le  nom  de  cet  auteur. 
Gêna.  vir.  in.  c.       6°.  '    Gennade  assure   encore   lui-même  qu'il  avoit  écrit 
îion.  ibid.  un  traité  Des  mille  ans  et  de  l'Apocalypse  de  S.  Jean  :  '  ou 

comme  a  lu  Honoré  d'Autun,  Des  mille  ans  sur  l'Apoca- 
lipse.  Cet  Ouvrage  est  perdu,  ou  caché  dans  les  bibliothè- 
ques, comme  les  précédents. 

7°.    Outre  les  lîvres  que  Gennade    composa  de  son  pro- 
pre fonds,  et   dont  nous   venons   de  donner  le  catalogue  , 
Genn.  ibid,  c.  «.  '  il  laissa  encore  diverses   traductions  latines  faites  sur   le 
V'.'w.  p.  9.         grec>  comme  il  nous  en   assure   lui-même.  '   La  première 
qu'il  marque,   est  celle   du  livre   qu'Evagre  du  Pont,  dis-' 
ciple  de    S.   Macaire  d'Egypte   avoit   composé  contre    les 
suggestions  des    huit    vices    capitaux.  •  Gennade    témoigne 
avoir  gardé   dans   sa   traduction   la  même   simplicité,  qui 
p.  io.  étoit  dans  l'original.  '  Il  avoue   néanmoins   que  cet  ouvra- 

ge avoit  été  déjà  traduit  en  latin,  mais  d'une  manière  si 
imparfaite  et  si  inlidelle,    qu'il   fut  obligé  de  le  retoucher 
Bib.  pp.  t.  27.  p.  en    partie,    et   de   corriger  l'autre.  '  Nous  avons  dans    la 


PRÊTRE    DE    L'EGLISE   DE    MARSEILLE.   643 

V  SIECLE. 

Bibliothèque  des  Pères  un  fragment  latin  de  cet  ouvrage 
d  Evagre;  et  il  semble  qu'il  n'y  a  pas  lieu  de  douter  que 
ce  ne  soit  un  fragment  de  la  traduction  dont  parle  Gen- 
nade.  ' 

'  Notre    Auteur  traduisit  aussi  le    livre    du  même   Eva-  Genn.  ibid. 
gre  intitulé    Des  cent,   et  des    cinquante    sentences,    dont 
la    première    partie    éloit  pour    les    Anachorètes    les   plus 
simples,    et    l'autre  pour  ceux  qui  avoient  étudié,  ou  qui 
desiroient  le  faire.  Il  mit  encore    en  latin  les  petites  Sen- 
tences  du  même  Auteur,     qu'il  dit  être  très-obscures,    et 
n'êlre  propres ,   de  l'aveu  d'Evagre  même ,  que  pour    des 
Moines.  Il  y  a  bien  de  l'apparence  que  ce  sont    ces    mê- 
mes '  Sentences  que  M.  Uolstenius   nous  a  données  en  la-  Cod.  reg.  app.  p. 
tin,  et  peut-être  de  la  traduction  de    Gennade,    avec  d'au-  34~41' 
très   Sentences  du  même    Evagre   adressées  aux  vierges. 

Les  unes  et  les  autres    ont  été  insérées  depuis  dans  la  Bib.  pp.  ibid.  p. 
Bibliothèque   des    Pères,    où   l'on    dislingue    mal-à-propos  *69"471- 
cet  Evagre  d'Evagre  du    Pont. 

Gennade,  à    la    prière   de  quelques   Fidèles ,    traduisit  Genn.  ibid.  c.  72. 
aussi  l'ouvrage  que  Timothée    Elure    avoit    composé    pour  p' 33' 
appuïer    son  hérésie,  dont  le  fonds  étoit  l'Eutychianisme, 
et  qu'il    avoit    adressé   à   l'Empereur    Léon;    tâchant   d'y 
montrer  que  S.   Léon  Pape,    le  Concile  de  Calcédoine,  et 
tous  les   Occidentaux    étoient    Nestoriens.    Mais  en  tradui- 
sant cet  écrit  Gennade  assure  qu'il  eut  soin  d'en  marquer 
le    venin.     Cette    traduction  latine,    non    plus  que  l'origi-  not.p.33.  |Cav«. 
nal  grec,  ne  se  trouve  nulle  part.  (XXX.)  p'       8- 


Mm  m  m   ij 


V   SIECLE. 


644 


S.    HONORAT, 

Evêque  de  Marseille. 

S-  i- 

HISTOIRE   DE   SA   VIE. 

1*0, 1. 1.  p.  73i.  /VEst  un  préjugé  bien  favorable  pour  S.  Honorai,'  que 
Ijd'avoir  eu  pour  son  saint  maître ,  et  pour  son  père 
particulier  un  aussi  grand  Evêque  que  l'étoit  S.  Hilaire 
d'Arles.  Ce  titre  est  le  seul  dont  il  se  glorifie  dans  ce  qu'il 
nous  apprend  de  lui-même:  aussi  fait-il  un  des  beaux  en- 
G«nn.vir.ui.c.99.  droits  de  son  éloge.  '  Ce  fut  donc  sous  la  conduite  de  ce 
p' w'  saint  Prélat,  qu'Honorât  dès   son   enfance  fut  élevé  dans 

la  crainte  de  Dieu,  et  depuis  exercé  aux  affaires  Ecclé- 
Leo.  iwd.  p.  7w.  siastiques.  '  Il  fut  souvent  témoin  de  ses  plus  secrètes  ac- 
p, "46-749.  tions,  tant  il  avoit  de  part  à  sa  confidence,  '   et  se  trouva 

présent  à  sa  mort  et  à  ses  funérailles.  De  sorte  qu'il  de- 
'  meura  à  Arles  au  moins  jusqu'en  449;  et  comme  il  avoit 
suivant  toutes  les  apparences  quelques  années,  lorsqu'il 
entra  dans  la  communauté  de  S.  Hilaire,  nous  pouvons 
supposer  qu'il  étoit  né  vers  420. 
Genn.  ibi.i .  •  Gennade    Prêtre    de   Marseille,    ou    un    autre    auteur, 

mais   contemporain ,    nous   apprend    qu'Honorât  étoit  na- 
turellement   éloquent,    et  qu'il    avoit   une  grande    facilité 
à  s'énoncer,  et  à  parler  sur  le   champ  dans  les    assemblées 
des  fidèles  ;  sa   bouche  étant  comme  un  trésor  des  divines 
écritures.    Son    mérite   l'aïant  fait  élire   Evêque  de  Mar- 
seille, il  se  trouva  en  situation  de  faire  un  usage  journa- 
Tui.  h.  e.  t.  «.  lier   de  ses  grands  talents.  '  Quelques   sçavants  placent   le* 
chr'novf6!.  vj  commencement  de  son   Épiscopat  en  l'année  476;  mais  il 
^îid.  1. 9.  «p  4.  es*  difficile  de  le  mettre   avant  483.  aCar  il  semble   que 
p-  569.  Grec  occupoit  encore  alors  le  siège  de   Marseille.  C'est  ce 

que  fait  juger  la  4*.  lettre  que  lui  adresse  S.  Sidoine  dans 
son  9e.   livre,    qui  ne  fut    publié    que   vers   ce  temps-là 
comme  nous  l'avons  montré  en  son  lieu. 
S.    Honorât   à  ce  compte    étoit    déjà   avancé   en   âge, 


S.  HONORAT,    EVEQUE  DE  MARSEILLE.  645     .„„.. 

V  S  I  IjC  l  k  . 


lorsqu'il  fut  élevé  à  l'Episcopat.  Mais  cela  ne  l'empêcha 
pas  de  s'acquiter  avec  zèle  de  tous  les  devoirs  d'un  bon 
Pasteur.  '  Il  célébroit  souvent  les  Litanies  avec  son  peu-  Genn.  iwd. 
pie,  pour  obtenir  de  Dieu  les  effets' de  sa  miséricorde:  en 
quoi  l'on  veut  marquer  son  assiduité  aux  prières  publi- 
ques, et  peut-être  en  particulier  la  cérémonie  des  Roga- 
tions, qui  de  l'Eglise  de  Vienne  commençoit  à  passer  aux 
autres  Eglises.  L'occupation  la  plus  ordinaire  de  S.  Hono- 
rât, étoit  de  composer  des  homélies,  tant  pour  l'instruc- 
tion de  ceux  qui  étoient  à  portée  de  l'entendre,  lorsqu'il 
les  prononçoit ,  que  pour  l'édification  de  ceux  qui  se  don- 
neroient  la  peine  de  les  lire'.  Il  s'y  proposoit  sur-tout  d'y 
expliquer  les  mystères  de  la  foi,  et  d'y  combattre  les  er- 
reurs des  Hérétiques.  Il  donnoit  aussi  une  partie  de  sou 
temps  à  écrire  les  vies  des  Saints,  afin  de  laisser  à  la  pos- 
térité des  exemples  de  vertu  qu'elle  pût  imiter.  Lorsqu'il 
montoit  en  chaire,  il  annonçoit  les  vérités  du  salut  avec 
tant  de  force  et  de  liberté,  que  non-seulement  le  Clergé 
et  le  peuple  des  Eglises  voisines  alloient  en  foule  l'écouter, 
mais  que  même  les  Evêques  éloignés  le  prioient  d'aller 
prêcher  dans   les  leurs. 

'  Le  saint  Prélat  vécut  jusques  sous  le  Pontificat  de  S.  ibid. 
Gélase,  qui  gouverna  l'Eglise  de  Rome  depuis  le  mois  de 
Mars  492,  jusqu'en  Novembre  496.  Ce  saint  Pontife  re- 
connut l'intégrité  de  sa  foi,  et  lui  donna  par  écrit  des 
marques  de  son  estime.  On  met  communément  la  mort 
de  S.  Honorât  vers  l'an  494 ,  lorsqu'il  en  avoit  passé  dix 
à  onze  dans  l'Episcopat,  et  vécu  en  tout  environ 73 à  74 
ans»  '  Le  Cardinal  Raronius,  et  tous  les  autres  lui  donnent  rai.  u>id. 
le  titre  de  Saint;  et  le  P.  Guesnay  assure  que  son  nom  est 
dans  le  Calendrier  de  l'Eglise  de  Marseille,  pour  en  faire 
tous  les  ans  la  fête. 

s-  ».   . 

SES  ECRITS. 

De    toutes    les    homélies ,    et   de   toutes    les    vies     de  Genn.  vir.  n.  c. 
Saints    que   composa   S.   Honorât ,   il    ne    nous  reste  "' p"  *J' 
que  nous  sçachions ,  que  la  vie  de  S.  Hilaire  Evêque  d'Ar- 
les,  à  qui  il  étoit  redevable   de   son    éducation.  '  Cepen-  *a.  a*. 
** 


V    SIECLE. 


646  HONORAT, 

dant  le  P.  Chifflet,  et  quelques-autn  s  après  lui,  onl  vou- 
lu douter  que  cette  vie  fût  l'omrage  de  S.  Honorai. 
Leur  plus  fort  raisonnement  est  que  l'on  n'a  point  d'antre 
preuve  pour  la  lui  donner,  que  ce  que  l'on  en  trouve 
dans  Gennade,  et  que  l'on  suppose  être  une  addition 
faite  à  cet  auteur,  laquelle  ne  se  trouve  point  dans  plu- 
sieurs manuscrits.  D'ailleurs  cette  vie  est,  dil-on,  attri- 
buée à  Révèrent  successeur  de  S.  Hilaire .  par  Pierre  Saxi 
sur  la  foi  d'un  manuscrit  assez   ancien. 

Mais  quand  l'article  de  S.  Honorât,  qui  se  trouve  dans 
le  manuscrit  de  Gorbie,    de  l'antiquité  duquel  nous  avons 

Earlé,   ne  seroit  pas  de  Gennade  même,  il  est  incontesta- 
le  '   qu'il  est  d'un  Auteur  du    même  temps;  puisque  tout 

p-  90-  ce  qu'il  y  dit  suppose  que  S.  Honorât  vivoit  encore.  Ainsi 

cette  preuve  qui  établit  nôtre  saint  Prélat  auteur  de  la 
vie  de  S.  Hilaire,  remonte,  sans  contradiction  plus  haut 
que  le    manuscrit  dont  parle  le   P.  Chifflet  sur  la    foi  de 

p.  8*5.  M.    Saxi.    Nous  pouvons   ajouter,  '    que   ce    Révèrent    ou 

Révérentius  semble  être  le  même  que  Ravennius  succes- 
seur immédiat  de  S.  Hilaire:  au  moins  n'en  trouve-t-on 
pas  dont  le  nom  en  approche  davantage.  Or  Ravenne 
étoit  mort ,  lorsque  cette  vie  fut  écrite  ;  puisqu'il  y  est 
parlé  de  ses  successeurs.  On  peut  voir  ce  que  nous  avons 
déjà  dit  à  ce  sujet  sur  Ravenne. 

Léo, t.  i.  p.  730.  'Le  P.  (Juesnel,  qui  avoit  entre  les  mains  le  manuscrit 
où  cette  vie  porte  le  nom  de  Révèrent,  a  cru  que  ce 
nom  y  avoit  été  mis  par  S.  Honorât  même,  qui  voulant 
cacher  son  nom  propre  sous  un  nom  appellatif,  comme 
nous  avons  observé  que  c'éloit  assez  l'usage  de  ce  siècle  , 
sur-tout  en  Provence,  se  seroit  servi  du  nom  de  Révé- 
rentius pour  celui  d'Honoratus,  qui  selon  la  force  du 
mot  latin  signifie  la  même  chos.:.  (Juoiqu'il  en  soit ,  il 
paroît  certain  que  l'ouvrage  est  de  S.  Honorât  de  Mar- 
seille,  à  qui  tous  les  Sravanls  s'accordent  aujourd'hui  de 
le  donner. 

Il  seroit  difficile  de  marquer    précisément  le   temps  au- 

p.  ni.  e.  «.  quel  cet  Auteur  le  composa.  Seulement'  il  dit  lui-même 
qu'il  ne    le    fit    qu'après    que   plusieurs  années   se   furent 

P.  7M.  e.  s.  écoulées  depuis  la  mort  de  S.  Hilaire,  '  et  que  ce  Saint 
eut  eu  plusieurs  successeurs  de  sa  dignité.  Ainsi  ce  fut  ap- 
paremment   sous  Eone   qui  avoit  succédé    à  Léonce  suc* 


EVÊQUE    DE    MARSEILLE.  647     f  si£CLE 


cesseur  de  Rayonne,  qui  avoit  pris  la  place  de  S.  Hilaire 
en  449,  et   lorsque  S.  Honorât    remplissoit  déjà  le   siège 
de   Marseille.'  Car  il  y  parle  de  son  sacerdoce  :  a  ce  qui  p.  ut.  *.  m. 
dans  les  premiers   temps  marquoit  plutôt   la   dignité  d'E-      '  '  '   p" 
vèque   que    celle  de  Prêtre.'  D'autres   croient   néanmoins  p.  90. 
qu'il    l'écrivit    lorsqu'il    étoit    encore    Prêtre    à   Arles    et 
membre  de  la   communauté  de  S.  Hilaire,'  pour  laquelle  Léo,  ma.  p.  737. 
particulièrement    il    paroit    l'avoir   entrepris.    b    Plusieurs  £*p."  731.  pr. 
Kvèques  l'en  avoient  pressé  aussi  ;  et  il  ne  leur  obéît  qu'a- 
près   leur    avoir   résisté    longtemps.    11    semble    qu'il    ait 
prononcé  celte  pièce  en  leur  présence,  peut-être  en  quel- 
qu'un des  jours  anniversaires  de  la  mort  du  Saint.'  Ce  qui  p.  7*4.  e.  17. 
est  bien  clair  par  le  texte  même,  c'est  qu'elle  fut  assuré- 
ment écrite  après  la  mort  du  Pape  S.  Léon,  et  ainsi  après 
l'an  461. 

Mais    quoique'    cette    vie   ait    été    composée    plusieurs  p.  750.  e.  2*. 
années  après  la  mort  de   S.    Hilaire,'  on  ne  peut  douter  "nu.  ïbid. 
que  ce   ne  soit  une  histoire  originale ,  sortie  de  la  plume 
d'un    de  ses  Disciples.'  C'est   ce   que    persuade  un  grand  Léo,  ibid.  P.  731. 
nombre  d'expressions   de   l'Auteur,  c  qui   y  parle  comme  î',^,. 24^.746- 
aïanl  vu  lui-même  la  plupart  des  faits  dont  il  y  donne  le  749- c- aoe- 
détail ,   et   comme   lémoin  oculaire  des   plus  secrètes   ac- 
tions du   Saint.   C'est    ce   que   persuadent   encore   le   dis- 
cours du  saint   Evêque  qu'il   rapporte  en  entier,  tel  qu'il 
le  fit  alors  en  quittant  la  terre   pour  aller  au  ciel ,  et  les 
autres  circonstances  qu'il  marque,  'jusqu'aux  propres  pa-  p. 7*8. c. si. 
rôles  que  le  peuple  proféra,   en    volant   son  corps   exposé 
pour  la  cérémonie  de  ses  funérailles.  «  Voici  le  jour,  di- 
«  soit-il,  en  se  rappelant  les  peines  qu'on  lui  avoit  susci- 
«  lées  ;  voici  le  jour,  qui  a  terminé  à  jamais  les  sujets  de 
«  dispute,  dont  on  l'a  si  injustement  chargé.  » 

'  Les  Scavants   remarquent   que  cet  ouvrage   de  S.  Ho-  Du  Pin,  bu>.  1.  4. 
norat  est  écrit  a»ec  pieté ,  et  même  avec  quelque   élégan-  p"  J    ' 
ce,  et  qu'il  est  plein  de  maximes  très-utiles.'  La  préface  Léo,  p.  731.  pr. 
qu'il  a  mise  à  la  tête,  est  uu  témoignage  éclatant  de  son 
humilité  et  de  sa  modestie  ;  et  l'on  ne  scauroit  assez  louer 
la  prudence  avec  laquelle   il  touche  l'endroit  qui   regarde 
le  différend  entre  le  Pape  S.  Léon  et  S.  Hilaire.  Il  en  par- 
le de  telle  manière ,  que  sans  blâmer  le  premier,  il  montre 
que  l'autre  n'éloit  point  coupable,  et  ne  cessa   point  d'a- 
gir en  saint  et  généreux  Evêque.  Il  a  soin  d'avertir  lui- 


.  „„.„     648  S.   HONORAT, 

V    SIECLE.  ' 


même  de  sa  sage  retenue  par  ces  paroles   remarquables. 

a.  «44.  c.  17.  «  Je  n'ose  pas,  dit-il,  toucher  au  procédé,  ni  examiner 
a  la  conduite  de  deux  si  grands  hommes,  sur-tout  à  prê- 
te sent;  que  Dieu  les  a  appelles  à  sa  gloire.  » 

A  tous  ces  traits  qui  relèvent  beaucoup  le  mérite  de  la 

Du  Pin, iwd.  p.     pièce ,'   l'Auteur    y   a   joint    tant    d'exactitude,   que    l'on 

391  '  ne  doit  point  craindre  de  se  tromper  en  le  suivant.  Il  n'y 

parle  point  de  la  noblesse  de  l'extraction  de  S.  Hilaire  : 
il  ne  marque  pas  même  le  nom  de  ses  parents  ni  de  sa  pa- 
trie ,  afin  de  suivre  l'esprit  du  Saint ,  qui  avoit  méprisé 
tous  ces  avantages  temporels.  11  passe  sous  silence  ce  que 
l'on  eût  pu  dire  des  premières  années  de  sa  vie,  et  dit 
peu   de  choses  des  beautés    de  son  génie,  et  du  progrès 

p.  397.  qu'il  fit  dans  les  sciences.'  Mais  en  nous  faisant  connoitre 

p.  s».  au  naturel  l'esprit  et  le  caractère  de  S.  Hilaire,'  cette  vie 

nous  donne  une  haute  idée  de  sa  personne. 

iwd.  '  L'Auteur  n'y  a  rien  inséré  de  bas  ni  de  puérile,  et  l'on 

y  voit  par  tout  un  caractère  de  vérité  et  de  sincérité.  Elle 
nous  fournir  tout  à  la  foi»  le  modèle  d'une  vie  vraiment 
épiscopale,  et  un  original  à  imiter  pour  bien  écrire  les 
vies  des  Saints.  L'Auteur  y  autorise  ce  qu'il  avance ,  par 

Léo,  iwd.  p.  734.  le  témoignage  de  ceux  qui  avoient  vu  le  saint  Evêque.    Il 

738.74o.c4.il.  ^  emploie  avec  autant  de  discernement  que  de  succès, 
ce  que  les   personnes  de  letres  avoient  dit  à   sa  louange. 

p.  734.  c.  4.        '  Il  y    cite    à    propos    l'oraison    funèbre    que    S.    Hilaire 

p. 735.  p.  736.  c.  avoit  faite  de  S.  Honorât,  son  prédécesseur, '  et  l'éloge  du 

*'  5'  désert  de  Lérins  par  S.  Eucher. 

p.  735.  c.  4.  '  Il  y  a  laissé  divers  traits  de  doctrine,  qui  ne  permet- 

tent pas  de  douter  %qu'il  ne  fût  bien  éloigné  des  erreurs 
des  Semipélagiens,  quoiqu'élevé  dans  un  pais  où  ils  do- 
minoient.  Enfin  S.  Honorât  dans  cette  vie  nous  a  con- 
servé la  notion  de  plusieurs  Sçavants  contemporains  de 
S.  Hilaire,  quelques  uns  desquels  nous  ne  connoîtrions 
point  sans  ce  qu'il  nous  en  apprend. 

p.  730.  '  Le  P.  Labbe  a  cru  que  cette  vie  de  S.   Hilaire  étoit 

perdue,  parce  qu'il  a  distingué  celle  qui  se  trouve  dans 
Surius  et  dans  Barrali,  de  celle  que  S.  Honorât  a  écrite; 
quoique   ce  soit  certainement   la   même ,  avec   cette  diffé- 

p.  731-751..  rence  qu'elle  est  pleine  de  fautes  dans  Barrali.'  Mais  le  P. 
Quesnel  a  eu  soin  de  les  corriger  dans  la  nouvelle  édition 
qu'il  nous  a  donnée  des  œuvres  de  S.  Léon ,  à  la  fin  du 

premier 


EVEQUE   DE  MARSEILLE.  649 

premier  volume  desquelles  il  a  placé   cette    vie.      Il  sup-  p.  930. 

pose  que  Surius  l'a  publiée  dans  son  Recueil.  Elle  ne  se 

trouve  point   dans  la   première  édition  de  Cologne.    Mais 

elle  y  aura  peut-être  été  insérée  dans  les  éditions  qui  ont 

suivi,  et  que   nous   n'avons  pas  entre  les  mains.  '  Barrali  Lerin.  p.io3-m. 

l'a   fait  imprimer  depuis   dans   sa  chronologie  des  Abbés 

et    des  Saints  de  Lénns.  '  Les  continuateurs  de  Bollandus  Boii.s.mai.p.is- 

l'ont  donnée  à  leur  tour  avec  des  notes  au  cinquième  jour  34- 

de  Mai. 

'On  croit  que  l'épilaphe  de  S.  Hilaire  d'Arles,  que  nous  Aum.p.  6«3 1  tui. 
avons  rapportée,  est  aussi  de  la  composition  de  S.  Honorât  ;  a"d-  p-  89- 
elle  est  digne  d'un  siècle  encore  plus   poli  que  celui-là.  Le 
dixième  vers  manque  dans  Baronius,  et  dans  quelques  au- 
tres copies,  et  se  trouve  défiguré  '  dans  Barrali,    où  on  lit  Lerin.  p.  ut. 
servite  pour  sewile. 

'  Le  P.  Quesnel  juge  que  la  relation  des  miracles  de  S.  Léo,  Mi.  p.  730. 
Genès  qui  se  trouve  dans  Surius  au  25e  jour  d'Août,  est 
plutôt  de  S.  Honorât  de  Marseille,  que  de  S.  Hilaire  d'Ar- 
les, auquel   nous  la  donnons  après  quelques  Sçavants.  La 
raison  du  P.   Quesnel  est  que  cette  homélie  n'a  rien  de 
l'élégance  de  S.   Hilaire,  et  qu'il  y  trouve  tout  le  style  de 
l'autre.  Mais  nous  avons  montré   ailleurs  par  des  raisons 
de   chronologie  ,  prises  de  la  pièce  même,  qu'on  ne  peut 
la  refuser  à  S.  Hilaire,  et  qu'il  n'est  pas  possible  que  S. 
Honorât  en   soit  auteur.   '  Quelques    autres  Ecrivains  ont  Boi1.2j.jui. p. mi. 
voulu   lui    donner   aussi  les  premiers  Actes  de  S.   Victor  n'  19' 
Martyr  à  Marseille.  C'est  ce  que  nous  avons  déjà  prouvé  ne 
lui  pouvoir  convenir  en  parlant  de  ces  mêmes  Actes.  (XXIX.) 


PROBE, 

Homme  de  Letb.es. 

Probe  homme  de  letres,  et  d'une  érudition    peu  com-  sid.s. i.i.n.t. 
mune,  étoit  d'une   famille,  où  la  noblesse,  la  science,  fs^m.T'^'v'. 
et  les  grands  biens  se  trouvoient  réunis  avec  les  premières  90"9i- 
dignités  de  l'Empire.  '  Il    avoit  pour  frère   Magnus  Félix  ,  c*r.  9.  v.  3*9. 
qui  fut  Préfet   du  Prétoire  et  Patrice  ,  et   dont  nous  par-  ^n°  ™-  »"•  c- 
lerons  bien-tôt.  Ils  étoient  l'un  et  l'autre  fils  de  Magnus, 

Tome  II.  Nnnn 

M  • 


050  PROBE, 

V  SIECLE. 

sid.  car.  23.  ic.      ce  Seigneur  si  illustre  de  la  ville  de  Narbone  ,  qui  par  sa 

st.  ami.  sa  sagesse  et  son  esprit  étoit  devenu  comme  l'arbitre  de  tout 

le  pais;  cet  homme  si  poli,  qui  ne  manquoit  jamais  à  au- 

car.u.pr.p.isw.  cune  bienséance  ;'  ce  grand  Philosophe,  que  S.  Sidoine  pre- 

l^M-  noit   quelquefois    pour  juge  dans  les  matières  les  plus  ab- 

car.2i.v.ooisir.    straitesde   la  Philosophie,'  et  qui   fut    enfin    Consul  avec 

K'n*'  lm  ' in'  Apollone  sous  Majorien  l'an  iOO. 

11  semble  que  Probe  lût  l'ainé  des  enfants  de  Magnus  ; 
quoiqu'il  ne  paroisse  point  qu'il    ait  exercé    quelque  char- 

sid. si. ♦. op. i.27  gft>  ou  possédé  quelque  dignité  comme  son  frère.  '  Il  fut 
élevé  dans  les  mêmes  études,  les  mêmes  exercices,  et  sous 
les  mêmes  maîtres,  que  Sidoine.  De  cette  société  il  se  forma 
entre  eux  une  étroite  amitié  ,  que  le  même  goût ,  qu'ils 
se  trouvèrent  l'un  et  l'autre  avoir  pour  les  letres,  rendit 
inaltérable  dans  la  suite.  Leur  génie  et  leur  inclination 
éloient  si  semblables,  que.  ce  que  l'un  blàmoit,  ou  ap- 
prouvoit,  éioit  pareillement  ou  blâmé ,  ou  approuvé  de 
l'autre.  Sidoine  avoue  cependant  avec  modestie ,  que  Pro- 
be le  surpassoit  pour  la  solidité  du  jugement ,  et  qu'étant 
plus  avancé  que  lui  dans  ses  éludes,  on  l'auroit  pris  pour 
son  maître,  quoiqu'ils  fussent  encore  tous  deux  disciples. 

p.  mb.  '  Dès-lors  Probe   cxpliquoil   aux  autres  tout    ce   qu'il    \ 

avoil    de    plus    beau    et   de    plus   difficile    dans   les    Poè- 

ii.929.  tes,  les  Historiens,  les  Orateurs  elles  Jurisconsultes.       De 

même  lorsqu'ils  eludioient  la  Philosophie  sous  Eusebe  , 
Probe  y  fil  tant  de  progrès  ,  qu  il  paroissoit  comme  un 
autre  Platon  étudiant  sous  Sociale  ,  qu'il  devoit  un  jour 
surpasser  de  beaucoup.  En  un  Age  si  peu  avancé  ,  il  n'\ 
avoil  point  d'homme  instruit  dans  les  sciences  des  Grecs, 
qui  expliquai  mieux  que  Probe  ce  i,u'il  y  a  de  plus  épi- 
neux   dans    les  écrits  d'Arislote.   Mais  ,  ee  qui  est  encore 

(•.osa.  plus  digne  de  louange,'  c'est  que  dès-lors  on  voïoit  en  lui 

avec  plaisir  la  sagesse  et  la  probité  marcher  de  pair  avec 
la  science. 

p.  <n-.  i  .ai.  2».       '  Probe  conserva  toujours  dans  la  suite  du  goût  pour  les 

V-9M.*-  lelres  ,  auxquelles  il    faisoil    beaucoup   d'honneur   par   son 

sçavoir  ,  et  par  sa  riche  bibliothèque  dont  il  avoit  hérité 
du  Consul  son  père.  En  cullivani  les  letres,  il  cullivoit 
aussi  les  genls  teavanls  ;    et  ecux-ci  le  reconnoissant  pour 

-.nr .!•  a  ..{*i-;t;ti.  an  lionnue  d'un  jugeinenl  exquis,  '  el  d'une  critique  exac- 
te ,  lui    soùnielloient  volontiers   l'examen  de  leurs  ouvra- 


HOMME   DE  LETRES.  6T.J      y 


ges.  Ce  fut  par  tous  ces  endroits  que  Probe  mérita  le  glo- 
rieux titre  d'appui  et  de  soutien  des  letres  dans  les  Gau- 
les. I /antiquité  ne  nous  fournit  rien  davantage  sur  son  sea- 
voir .  et  ne  nous  apprend  point  si  un  homme;  qui  soû- 
tenoit  un  si  grand  fonds  de  literature  par  tant  de  belles 
qualités ,  avoit  laissé  quelques  monument?  de  son  éru- 
dition. 

Avant  que  S.   Sidoine  eût   publié  le   recueil  de  ses  poé- 
sies vers  4(>9,  '  Probe  avoit  épousé  Eulalie  sa  cousine  ger-  M.ep.i.  p.927. 
inaine  ,   dont  le  même  S.  Sidoine  loue  beaucoup  la  chas-  car"  ' 
teté  et   la  gravité  des  mœurs.   11  ne  paroît  nulle  part  qu'il 
y  ait  eu  des  enfants  de  ce  mariage. 


S 


S  Y  A  G  R  E, 

Homme  m  Letres. 

yaoke  ,  qu'il  ne  faut   pas    confondre'  avec   un   autre  Gr.T.H*.Fr.i.». 

d  Syagre   fils    du  Comte  Giles  ,  et  contemporain  du  pre-  n' 27' 

mier  ,  qui   commandait  dans   Soissons   pour  les    llomains 

vers  473,  '  éloil  Lyonnois  de  naissance.  S.  Sidoine  le  qua-  si.i.s.i.s.ep.s. 

lifie  la  fleur  de  la  jeunesse  Gauloise  ,  et  l'émule  des  Serrans 

et  des  Camille».  '  Il  avoit  eu    pour  aïeul  paternel  le  Con-  i.5.pp..r..p.97->. 

sul  Afranius    Syagrius ,  dont  nous  avons    parlé  sur  le  IV 

siècle. 

'  Dès  son  enfance  il  fut  instruit  dans  les    belles  letres,  p-  •»• 
où  il  fit   de    grands  progrès.   Il    devint  fort  éloquent  ,    et 
très-habile  dans  la  déclamation.   Il  avoit   du    feu  ,    et   par- 
loit  purement    la    langue  Latine.   '  A  cette   langue   il  joi-  p.  97*.  973 
gnit  la  connoissance  de  celles  des  Germains  et  des    Bour- 
guignons ,  qu'il    apprit  si  parfaitement ,  que    ces  Barbares 
les  parlant  en  sa  présence,  craignoient  sa  censure.  '  S.  Si-  p-  973. 
doine  ne  put  s'empêcher  de  marquer  à  Syagre  même  l'é- 
tonnement  où  il  étoit ,    de   ce  que  s'étant  rompu  dans  la 
lecture  de  Virgile  ,  et  enrichi  de  l'éloquence  de    Cicéron  , 
il  pouvoit  si    bien  parler  le  Bourguignon  et    le  Germain. 
La  connoissance  de  ces  langues  et  des  loix  de  ces  peuples 
faisoit  passer  Syagre   pour  un  nouveau   Solon    au    milieu 
d'eux.  Il  devint   par-là    leur   interprète    et    leur    arbitre: 

N  n  n  n  i  j 


V  SIECLE. 


652  SYAGRE, 


et  quoiqu'ils  eussent  l'esprit  aussi  pesant  que  le  corps , 
ils  apprirent  de  lui  à  perfectionner  leur  langue,  et  à  for- 
mer leurs  sentiments  sur  la  politesse  Romaine  :  discunt  ser- 
monempatrium,  cor  Latinum.  S.  Sidoine  ne  blâme  point  son 
ami  dé  s'appliquer  à  de  tels  exercices  ;  mais  il  l'exhorte , 
P.  974.  lui  qui  étoit  un  homme'  si  poli,  à  garder  un  certain  mi- 

lieu en  donnant  toujours  quelque  temps  à  la  lecture  des 
bons  auteurs ,  afin  de  ne  pas  oublier  la  langue  Latine  , 
ce  qui  feroit  qu'on  se  moqueroit  de  lui,  et  en  s'exer- 
çant  dans  les  langues  étrangères  ,  pour  pouvoir  se  mo- 
quer des  autres. 
i.8.eP.8.p  1066.  '  Syagre  cependant  négligea  dans  la  suite  la  noble  occu- 
1067 •  pation  des   belles  letres  ,    et  les  autres  voies  qui    le  pou- 

voient  conduire  aux  plus  grandes  dignités  ,  et  se  donna 
tout  entier  aux  soins  de  Ta  vie  champêtre  dans  sa  terre 
de  Taïonnac.  Ce  fut  pour  lui  reprocher  sa  négligence  à 
ce  sujet ,  et  pour  lui  inspirer  une  émulation  plus  digne 
de  sa  naissance  ,  que  S.  Sidoine  lui  écrivit  la  8e  letre  de 
p.  1087.  son  8e  livre  ,  '  en  lui  remettant  sous  les  yeux  les  honneurs 

et  les  dignités  auxquelles  ses  ancêtres  avoient  été  élevés. 
Il  lui  reproche  en  même  temps  de  ne  s'être  point  encore 
marié,  et  lui  dit  qu'un  homme  sage  ne  doit  pas  tant  s'ap- 
pliquer à  cultiver  ses  terres,  qu'il  ne  songe  à  ce  qu'il  doit 
devenir. 

C'étoit  vers   480  que  S.    Sidoine    parloit   ainsi  de  Sya- 
gre, qui  put  aisément  vivre  jusques  vers  la  fin  de  ce  siè- 
cle. En  ce  même  temps  '  sous  l'épiscopat   de  S.  Rustice  , 
l'Eglise  de   Lyon  étoit  honorée  par  la  vertu  d'une   dame 
nommée  Syagrie,  illustre  par  sa   pieté,  et  qui  étoit  en  ces 
quartiers-là  le  thresor  de  l'Eglise.  Ce  fut  elle  qui  fournit 
une  grande  partie  de   l'argent,  dont  avoit  besoin  S.  Epi- 
Conc.i.4.p.ia6o.    phane  Evêque  de  Pavie  ,  '  qui  étoit  venu  dans  les  Gaules 
Bon.  i.  jan.  p.ss.  pour  racheter  les  Italiens  captifs.'  La  vie  originale  de  S. 
Eugende  parle  aussi  très-honorablement  de  Syagrie,  qu'elle 
qualifie  la  mère  des  Eglises  et  des  Monastères  pour  les  au- 
mônes qu'elle  leur  faisoit. 
Genn.  vir.  ni.  c.        '  Gennade  entre  les  auteurs  qui  ont  commencé  à  fleurir 
es-  p-  3i-  avant   le   milieu  du  Y  siècle,    fait  mention  d'un  Syagre  , 

qui  avoit  composé  un  traité  De  la  foi  contre  les  expres- 
sions présomptueuses  dont  les  hérétiques  se  servoient  pour 
abolir  ou  changer  les  noms  de   la  Sainte  Trinité.    Les  hé- 


Enn.vit.Epi.p 
408. 


HOMME   DE   LETRES.  653     _  

Y     S 1 1  L  Lk. . 

rétiques  que  Syagre   attaquoit,    prétendoient    que  le   Père  

ne  devoit  point  se  nommer  le  Père,  de  peur  d'établir  là  re- 
lation qu'il  y  a  entre  le  Père  et  le  Fils,  et  par-là  l'iden- 
tité d'essence  entre  l'un  et  l'autre.  Mais  ils  vouloient  qu'on 
le  nommât  non  engendré ,  incréé ,  solitaire ,  dans  le  des- 
sein de  faire  croire  que  toute  autre  personne  distinguée 
du  Père ,  étoit  d'une  autre  nature.  Syagre  leur  montroit 
dans  son  écrit,  que  le  Père,  qui  est  de  môme  nature  que 
les  autres  personnes ,  pouvoit  à  la  vérité  se  nommer  non 
engendré  ou  sans  principe,  et  que  l'Ecriture  se  sert  de  cet- 
te expression  :  mais  que  cela  n'empêche  pas  qu'il  n'ait  en- 
gendré et  non  créé  un  Fils,  qui  est  une  autre  personne, 
et  qu'il  n'ait  produit,  non  engendré  ni  créé  le  S.  Esprit, 
qui  est  une  troisième  personne. 

On  peut,  ce  semble,  avec  fondement  rapporter  cet  ou- 
vrage, qui  ne  subsiste  plus,  à  quelqu'un  des  Syagres  de  Lyon. 
La  réputation  de  pieté  et  de  sçavoir,  où  étoit  alors  cette 
famille ,  rend  cette  opinion  fort  plausible  ;  et  les  Bour- 
guignons qui  étoient  Ariens,  et  qui  dominoient  dans  Lyon 
en  ce  siècle,  lui  donnent  un  nouveau  degré  de  créance. 

'Gennade   ajoute  qu'il   avoit  vu    sept  autres   livres   inti-  UAim 
tulés ,  De  la  foi   et  des  règles  de  la  foi ,  sous  le  nom  d'un 
Syagre  ;  mais   qu'y    aïant  remarqué  de   la  diversité  pour 
le  style,  il  ne  les-croïoit  pas  de  Syagre,  qui   a  composé 
le  premier  traité  dont  il  parle. 


CONSENCE    III. 

P  0  E  T  E. 

Consence  III  du    nom    naquit  à   Narbone ,   ou    dans  v  ConienMi 
le  voisinage,  d'une  famille  très-noble,  où  la  probité,  *'<:«»««»•  u.' 
la  vertu,  et  la   science,    étoient  héréditaires.  Il  eut  pour 

f>ere  Consence  II,  qui  exerça  des  charges  honorables  sous 
es  Empereurs  Valentinien  III  et  Avite,  et  pour  aïeul  un 
autre  Consence,  qui  se  lit  une  trte-grande  réputation  par 
son  profond  sçavoir.  Nous  avons  donné  plus  haut  l'éloge 
de  l'un  et  de  l'autre. 


6IU  CONSENCE  III, 

V    SIECLE. 


Le  jeune  Consence  ne  dégénéra  en  rien  du  mérite   de 
8kl.  s.  i.R.cp.4.  ses  ancêtres.'  Il  sçut  unir  parfaitement  le  caractère  d'hom- 
ïs.'p^'ins9'  °p'  me  d'honneur,  avec   In  personnage  d'homme    de  letres.  Il 
possedoit   les   deux   langues,    la  Greque   et  la  Latine,   et 
reùssissoit  également  à  faire  des  vers  en  l'une  et  en  l'au- 
tre. 11  se  rendit   si   habile  dans  les  sciences ,  qu'il  ne  fut 
inférieur  à  aucun  des  plus  sçavants  hommes  de  son  temps  : 
i.  s.  ep.  *.p. mm.  nulli  secundus inter  astra  Delphica.'  Si  Sidoine,  qui  avant  son 
épiscopat,  avoit  été  intime  ami  du  père,  lia  aussi,  depuis 
qu'il  fut   Evêque    de    Clermont,   une    étroite  amitié   avec 
le  fils,  et  lui  écrivoit  quelquefois,  comme  à  un  jeune  hom- 
me qu'il  considéroit,   mais  qu'il  aimoit  encore  plus   pour 
l'éternité  que  pour  le  temps, 
p.  i05C.  '  Consence  avoit  près  de   la  Ville  de  Narbone  ,    du  cô- 

té de  Besiers,  une  maison  nommée  Octavienne,  qui  étoit 
autant  à  ses  amis  qu'à  lui-même  :  aussi  y  en  a>  oit-il  tou- 
jours quelques-uns.  Rien  ne  manqnoit  à  la  beauté  et  aux 
commodités  de  cette  maison,  avenues,  promenades,  jar- 
dins, points  de  vûë,  eaux,  bains,  enceintes  de  murs,  bel 
ordre  dans  les  édifices ,  goût  exquis  dans  les  ameuble- 
ments, tout  s'y  trouvoil  ;  et  sa  situation  près  de  la  mer  et 
d'une  rivière  lui  procuroit  abondamment  toutes  sortes  de 
provisions.  Mais  ce  qui  étoit  plus  estimable  que  tout  le 
reste,  étoit  une  bibliothèque ,  qui  pouvoil  être  fort  con- 
sidérable ;  puisque  le  père  et  l'aïeul  de  Consence  étant 
deux  hommes  de  letres  l'avoient  sans  doute  enrichie  des 
meilleurs  livres.  La  le  jeune  Consence  passoit  agréable- 
ment son  temps ,  le  partageant  entre  l'étude  et  l'agricul- 
ture. On  auroit  eu  peine  à  dire,  remarque  S.  Sidoine,  le- 
quel des  deux  étoit  le  mieux  cultivé ,  ou  l'esprit ,  ou  la 
lerre  de  ce  Seigneur, 
ibid.  '  L'occupation    la   plus   ordinaire   de  Consence   étoit   de 

faire  des  vers.  Il  en  faisoit  de  toutes  les  sortes,  qui  lui  atti- 
roient  l'estime  des  hommes  de  son  siècle,  et  qui  étoient 
i.9.ep.is.  p.in8.  capables  de  rendre  son  nom  célèbre  dans  la  postérité.  '  Il 
avoit  sur-tout  un  talent  particulier  pour  le  poème  épique  ; 
et  S.  Sidoine  ne  connoissoit  que  le  Poëte  Léon  qui  éga- 
lât Consence  en  ce  genre  de  poésie.  Ses  vers  lyriques 
avoient  aussi  tant  de  beautés ,  qu'ils  sembloient  l'empor- 
ter sur  ceux  d'Horace  ;  et  les  poésies  qu'il  composoit  en 
grec ,  étoient    comparables  à  celles    de  Pindare.    Nous  ne 


POETE.  633     VSIECLE_ 


sçaurions  mieux  faire  sentir  toute  l'énergie  avec  laquelle  S. 
Sidoine  en  parle,  qu'en  rapportant  ses  propres  expressions. 

Epos  sed  istud  aptius  paravent  ""d. 

Léo,  Leonis  aut  sequutus  orbitas 

Cautus  in  Latino,  cum  prior  sit  Àttieo, 

Consentiorurn  qui  supcrstos  i'st  patri. 

Fide,  voce,  metris,  ad  fluenta  Pegasi 

Cccinissc  dicta*  oniniforme  canticuiu  ; 

Quotiesquc  verlia  Graïa  carminavcril. 

Tenuissc  celsa  junctus  Ml  Pindaro, 

Montemque  viclor  ipse  per  biverticein 

Nulli  secundus  intcr  astra  Delphica. 

At  uterquo  valu  m,  si  liras  poëtica; 

Lntiale  carnet)  aptet  absque  Dorico. 

Venusia,  Plaças,  plectra  iocptus  cxeras, 

lapygisque  vcrna  cycnus  Aufidi. 

Atacetn  tonare  cum  suis  oloribus, 

Cana  et  canora  colla  viclus  ingemas. 

'  Les  citoïens  tle  .Narbone  et  ceux  de  Besiers  trou\ oient  i.8.cp.*.p.io56. 
tant  de  douceur  et  d'harmonie  dans  les  poésies  de  Con- 
sence,  qu'ils  en  faisoient  le  sujet  de  leurs  chants,  Ils  ad- 
miroienl  également  le  degré  de  perfection  qu'il  sçavoit 
leur  donner ,  et  la  diligence  avec  laquelle  il  les  compo- 
soit.  S.  Sidoine,  qui  de  son  propre  aveu  sçavoit  mieux  ju- 
ger des  pièces  des  autres,  qu'il  ne  sçavoit  lui-même  écrire, 
trouvoit  les  mêmes  beautés  dans  les  poésies  de  Consence, 
même  dans  celles  qui  lui  étoient  communiquées  au  sortir 
de  ses  mains,  avant  qu'il  les  t  ûl  retouchées. 

Mais  quelque  estime  que  S.  Sidoine  fit  de  cette  sorte 
de  productions,  '  il  se  crut  obligé  de  faire  observer  à  Con-  iMd. 
sence,  qu'à  le  bien  prendre  ce  n'étoit  après  tout  qu'un  vain 
amusement  de  jeunesse.  Que  dans  un  âge  avancé  il  faut 
s'occuper  à  quelque  chose  de  plus  sérieux,  beaucoup  plus 
penser  à  la  vie  éternelle  qu'à  la  présente,  et  se  souve- 
nir qu'après  nôtre  mort  il  s'agira  non  de  nos  poésies,  mais 
de  nos  actions.  S.  Sidoine  ajoute  qu'il  ne  prétend  pas  néan- 
moins donner  cet  avis  à  Consence,  comme  s'il  doutoit 
qu'en  s'occupant  à  faire  des  vers,  il  oubliât  de  tra\ ailler 
à  son  salut,  où  que  sa  conduite  fût  moins  régulière  pour 


T   SIECLE. 


656  CONSENCE  III    POETE. 


faire  encore  paroître  de   l'enjouement  dans  ses  discours  et 
dans  ses  écrits.  Mais  qu'il  prétend  seulement  l'exhorter  à 
vivre  au  dehors  en  aussi  bon  chrétien,  que  Dieu  lui  fai- 
soit  la  grâce  de  l'être  dans  le  cœur. 
t.  i«T.  '  Il  lui  marque  encore  que  son  intention  est  de  le  por- 

ter à  donner  quelque  temps  au  chant  des  louanges  de 
Dieu  ,  c'est-à-dire  apparemment  à  la  prière  publique ,  à  la 
méditation  des  vérités  célestes ,  et  sur-tout  à  faire  beau- 
coup d'aumônes,  parce,  dit-il,  que  tout  ce  que  vous  ré- 
pandrez dans  le  sein  des  Eglises,  deviendra  une  moisson 
pour  vous.  Ce  qui  peut  le  plus  vous  animer  à  la  prati- 
que de  ces  vertus,  ajoute  S.  Sidoine  en  finissant  sa  letre, 
c'est  la  persuasion  que  ce  que  nous  faisons  au  milieu  des 
richesses,  qu'il  plaît  aux  insensés  de  nommer  faussement 
des  biens,  nous  est  propre,  et  que  ce  que  nous  y  possé- 
dons, est  moins  pour  nous  que  pour  d'autres,  à  qui  nous 
le  laissons  en  mourant. 

Ces  derniers  traits  sont  aussi  édifiants  pour  la  pieté,  que 
les  autres  sont  intéressants  pour  la  literature.  L'on  y  a  pu 
remarquer  que  la  famille  des  Consences  a  fait  beaucoup 
d'honneur  aux  letres  dans  les  Gaules  durant  tout  ce  siè- 
cle. Mais  il  ne  nous  reste  plus  rien  des  productions  de 
ces  Sçavants;  et  l'antiquité  ne  nous  apprend  rien  davanta- 
ge de  l'histoire  d'une  maison  si  illustre. 


o; 


HESPERE, 

POETE. 

ne   trouve  rien   de    la    Patrie  de   ce   Poëte  ;   quoi- 

'que   l'on  ne  puisse  douter  en  nulle  manière  qu'il  ne 

fût  Gaulois  de  naissance.  C'est  encore  S.  Sidoine,  qui  nous 

fournit  le  peu  que  nous  sçavons  de  son   histoire.  Il  nous 

fait  son  éloge  en  trois  mots,  qui  le  caractérisent  fort  bien. 

Sid.8.i.4.»p«.    '  Hespere ,  dit-il ,  étoit    un   homme    magnifique ,   un  ami 

».  960.  incomparable ,  et  la   perle   des  gents    de    letres    de  son 

temps. 
u«.t».io.p.89«.        '  S.  Sidoine  l'aimoit  principalement,  parce  qu'il  cultivoit 
les  sciences;  et  il  auroit  souhaité  de  pouvoir  relever  par 
les  plus  grands  éloges  la  générosité  qu'il  faisoit  paroître, 

et 


II  ESPERE,    POETE.  657 


V   SIECLE. 


fit  les  soins  qu'il  prenoit  do  faire  valoir  non-seulement  ses  " 
propres  commencements  de  literature,  mais  aussi  les  étu- 
des des  autres.  Il  lui  témoigne  un  singulier  plaisir  de  le 
voir  faire  un  si  grand  progrès  dans  les  letres,  '  et  le  feli-  p.  897. 
cite  de  ce  qu'il  est  un  de  ceux  qui  s'atlachoient  avec  le 
plus  de  succès  à  cultiver  la  pureté  de  la  langue  Latine, 
pour  l'empêcher*  de  se  perdre  entièrement  au  milieu  du 
langage  barbare,  qui  s'introduisoit  dans  les  Gaules.  C'é- 
toit  vers  475  que  S.  Sidoine  écrivit  cette  letre;  '  et  Hes-  ifau. 
père  étoit  encore  alors  fort  jeune.  Mais  il  faisoit  déjà  voir 
tant  de  maturité  en  son  esprit  et  en  ses  mœurs,  que  ses 
anciens,  tel  qu'étoit  S.  Sidoine,  se  faisoient  un  mérite 
de  lui  obéir.  Il  avoit  demandé  à  celui-ci,  qui  étoit  dès-lors 
Evêque  de  Clermont,  et  pour  les  ouvrages  duquel  il  avoit 
beaucoup  d'estime,  les  poésies  qu'il  avoit  composées  de- 
puis qu'ils  ne  s'étoient  pas  vus.  Le  Saint,  qui  depuis  son 
épiscopat  avoit  renoncé  à  la  poésie  profane,  et  qui  ne  fai- 
soit plus  usage  de  sa  muse  que  pour  traiter  des  sujets  de 
pieté,  Jui  envoïa  l'inscription  qu'il  avoit  faite  depuis  peu,  pour 
orner  l'Eglise  que  S.  Patient  avoit  bâtie  à  Lyon,  comme  nous 
avons  dit  ailleurs.  De  sorte  que  nous  avons  l'obligation  à  Hes- 
pere  de  ce  que  cette  pièce  se  trouve  aujourd'hui  entre  les  autres 
écrits  de  S.  Sidoine. 

'  Ce  Prélat  en  l'envoïant  à  Hespere,  le  pria  instamment  p.  899 
de  lui  envoïer  plusieurs  des  siennes  par  reconnoissance  : 
ce  qui  montre  qu'Hespere  faisoit  une  profession  particu- 
lière de  sa  poésie.  Mais  aucune  de  ses  productions  n'est 
venue  jusqu'à  nous.  Comme  il  devoit  se  marier  bientôt, 
et  que  le  mariage  sert  souvent  d'excuse  aux  paresseux  et 
aux  négligents  pour  cesser  de  cultiver  les  letres,  S.  Si- 
doine lui  représente  qu'une  femme  ne  doit  point  préjudi- 
cier  à  ses  études.  Pour  l'en  convaincre,  il  lui  remet 
devant  les  yeux  ce  qui  s'est  passé  dans  l'antiquité^  où  l'on 
a  vu  parmi  les  Orateurs  plusieurs  Dames  illustres  tenir 
la  bougie  ou  le  flambeau,  pendant  que  leurs  maris  étu- 
dioient.  Telles  ont  été,  dit-il,  Martia  à  l'égard  d'Hor- 
tensius,  Terentia  à  l'égard  de'Cicéron,  Calpurnia  à  l'é- 
gard de  Pline,  Pudentille  à  l'égard  d'Apulée,  Rusticien- 
ne  à  l'égard  de  Symmaque.  '  De  même  parmi  les  Poètes,  p-  9*>- 
poursuit  S.  Sidoine,  Corinne  a  souvent  composé  des  vers 
avec    Ovide,    Lesbie    avec   Catulle,   Césennie    avec   Gélu- 

Tome  IL  0  o  o  o 


V    SIECLE. 


O-iS 


11ESPERE,  POETE. 


lique,  Argentaire   avec  Lucain,  Cynthie  avec  Properce,  et 
Délie  avec  Tibulle. 

Il  n'y  a  presque  pas  lieu  de  douter  qu'Hespere  dont  nous 
Bnr.  i.  i.ep.3-5.  parlons  ne  soit  'celui  à  qui  S.  Rurice  depuis  Evêque  de  Li- 
moges, adresse  trois  de  ses  letres,  en  lui  donnant  com- 
me S.  Sidoine,  le  titre  d'homme  toujours  magnifique.  '11 
paroît  par  la  manière  dont  lui  parle  S.  Rurice,  qu'Hespere 
avoit  épousé  une  de  ses  proches  parentes,  ou  même  sa  propre 
fille;  car  il  lui  dit  qu'il  lui  a  confié  l'espérance  de  sa  postérité. 
il  loue  particulièrement  en  lui  la  pénétration  de  son 
esprit,  le  sel,  la  douceur,  la  politesse  et  l'éloquence  de  son 
style. 


e;».  3 


cp.  1 


FELIX, 


Préfet   nu   Prétoire  ,   Patrice  ,    et   enfin   Morve. 


Sir.inSi.Ip.9M  | 
SU.  ear.9.T.1-l2. 


Casl.l.â.ep. 
p.  23.1.  24, 


1|3. 


SM.  car.  24.Y.90. 
91.  |  brnn.  vir.ill. 
e.  S.".,  p.  39. 

a  Sid.car.9-Y. 327. 
I.3.ep.7.p.l98.  | 
>.4.ep.5.p.245.  j 
10.  p.  358. 


M' 

de. 


Car.  9.  ».  I.  12. 


agnus  Félix  éloit  de  la  Ville  de  Narbonne ,  et 
une  personne  de  la  première  qualité  selon  le  mon- 
La  noblesse  et  la  splendeur  de  sa  famille  étoient  si 
connues  au  VI  siècle,  qu'elles  s'y  trouvent  louées  par  un  Roi 
d'une  nation  étrangère.  Mais  c'est  en  faire  l'éloge  en 
deux  mots,  que  de  dire'  qu'il  étoit  fils  de  Magnus  Con- 
sul en  4G0,  et  frère  de  Probe  dont  nous  avons  déjà  par- 
lé. "  Félix  étudia  avec  S.  Sidoine  depuis  Evêque  de  Cler- 
mont,  avec  qui  il  fut  toujours  fort  uni.  Quoiqu'il  eût 
beaucoup  d'affabilité  pour  tout  le  monde,  Sidoine  néan- 
moins se  plaint  souvent  de  ce  qu'il  ne  pou  voit  tirer  de  lui 
aucune  letre.  Félix  s'excusoit  sur  ce  qu'il  n'osoit  pas  écri- 
re à  un  homme  aussi  éloquent  qu'éloit  Sidoine.  Mais  il 
ne  laissoil  pas  de  s'appliquer  lui-même  beaucoup  à  l'étude  ;  • 
étant  toujours  ou  au  milieu  de  ses  livres,  ou  environné  de  gents 
du  barreau. 

'Ce  fut  à  sa  prière  que  Sidoine  avant  son  Episcopat, 
recueillit  et  publia  le  livre  de  ses  poésies.  Quoiqu'il  se 
sentit  retenu  par  la  crainte  de  s'exposer  à  la  censure,  ou  même 
à  l'envie  du  public,  il  ne  peut  néanmoins  refuser  cette 
satisfaction  à  son  ami,  qu'il  qualifie  son  pieux  frère  dans  le 


FELIX,  PRÉFET  DU  PRÉTOIRE.   Gbï) 


titre  du  poëme  qu'il  lui  adressa  en  lui  dédiant  ce  recueil.  C'étoit 
vers  l'an  469  ;  et  Félix  se  trouvoit  déjà  engagé  dans  le  mariage, 
et  avoit  des  enfants.  C'est  pourquoi  Sidoine,  faisant  allusion  à 
son  nom  dé  Félix,  dit  qu'étant  heureux  de  nom,  il  l'étoil  en- 
core non-seulement  en  esprit,  en  gloire,  en  réputation,  mais 
aussi  en  femme,  en  enfants,  en  père,  en  famille  paternelle  et 
maternelle. 

La  suite  des  temps  vérifia,  par  rapport  aux  enfants  de 
Félix,  la  pensée  de  Sidoine,  qui  se  bornoit  alors  à  la  sim- 
ple allusion  du  nom  d'un  fils  de  nôtre  Patrice.  Ce  fils  Ca*i.  i.  *.  y.  i. 
de  même  nom  que  le  père  fut  heureux  selon  la  reli-  **  *•'" 
gion  et  selon  le  monde.  Dès  sa  première  jeunesse  il  fit  pa- 
roître  la  maturité  des  mœurs  d'un  vieillard.  Il  scut  arrêter 
l'impétuosité  de  cet  âge  dangereux  à  passer,  par  la 
gravité  de  sa  conduite.  Il  scut  dompter  les  désirs  de  la 
chair,  qui  sont  les  ennemis  de  la  vraie  sagesse.  Il  scut 
mépriser  les  charmes  flatteurs  qui  conduisent  aux  vices, 
et  fouler  aux  pieds  tout  ce  qui  peut  inspirer  de  l'orgueil. 
En  un  mot,  selon  le  témoignage  de  Théodoric  Roi  des 
Ostrogots  en  Italie,  qui  le  connoissoit  particulièrement, 
et  qui  nous  en  a  laissé  l'éloge  que  nous  venons  de  copier, 
Félix  dès  son  jeune  âge  fit  voir  qu'il  étoit  digne  du  Con- 
sulat. Théodoric  l'y  éleva  effectivement  en  l'année  511, 
après  l'avoir  déjà  comblé  de  plusieurs  autres  honneurs.  *>.  2.  p.  41. 1. 
'Nous  avons  trois  letres  de  ce  même  Prince,  l'une  à  op.  1.2. 3. 11.23.21. 
l'Empereur  Anastase,  l'autre  à  Félix  même,  et  la  troisiè- 
me au  Sénat  de  Rome,  dans  lesquelles  ce  Roi  s'épuise  en  éloges 
sur  les  vertus  de  Félix,  et  sur  la  noblesse  et  le  mérite  de  sa 
famille. 

Pour  ce  qui  est  de  la  femme  de  nôtre  Patrice,  mère  du 
Consul  son  fils,   'on   ne    doute   pas  que  ce  ne  soit   cette  sir. in  su. p.  12*6. 
Attique,  qui  fit  construire  quelque   autel  ou  chapelle  dans 
l'Eglise  de   S.  Laurent  à  Rome,  comme  le  porte  une  épi- 
gramme.  En  effet  Attique  dans   cette  épigramme,  que  l'on 
voit    encore   aujourd'hui,   est   qualifiée   femme  de  Magnus 
Félix.  'Théodoric  marque  expressément  que  le  Consul  Félix  Cud.i.s.ep.s.p. 
avoit  quitté  les  Gaules  sa  pairie,  pour  se  retirer  à  Rome,  où  il  **''  '  3J,i'1 
y  a  toute  apparence  que  sa  mère  le  suivit,  soit  après  la  mort  du 
son  mari,  soit  même  dès  qu'il  eut  renoncé  au  monde,  comme 
nous  Talions  dire. 

'Entre  les  cousins -germains  de  Magnus  Félix,  Sidoine  sid.car.y.v.s. 

0  0  0  o   i  j 


v  siècle.     66°  FELIX, 

i.  i.ep.n.p.76.  nomme  un  Camille,  'fils  d'un  frère  du  Consul  Magnus. 
Ce  Camille  avoit  été  élevé  à  deux  dignités,  par  lesquel- 
les il  avoit  fait   honneur  au  Proconsulat  de  son  père,  et 

sir.  ibia.  au   Consulat  de  son  oncle.  '  On   croit  avec   beaucoup  de 

fondement  qu'il  fut  ensuite  père  de  S.  Ennode  Evêque  de 
Pavie,  qui  étoit  d'Arles,  et  qui  portoit  les  noms  de 
Magnus  Félix. 

sid.car.9.v.i.  '  Dans  le  titre  du  poëme  que  Sidoine  adresse  à  Félix,  il 

n'est  qualifié  que  Clarissime;  et  dans  celui  qui  finit  le  re- 
cueil de  ses  poésies,  il  ne  lui  donne  point  de  plus  haute 

Tin. h.e. t.ie.p.  qualité.  'Cela  fait  croire  qu'il  n'étoit  encore  ni  Patrice, 
ni    Préfet    du    Prétoire,    et    qu'il   n'eut    la    première  di- 

sid.i. a.ep. 3. p.  gnité  que  vers  472  ou  473.  'Sidoine  lui  en  fait  compli- 
ment dans  une  letre  que  nous  avons  parmi  ses  œuvres.  11  le 
félicite  de  voir  par-là  rentrer  cette  dignité  dans  la  famille 
des  Philagres  ,  d'où  elle  étoit  sortie  depuis  long-temps. 
Il    paroît   par   cette  letre    que    Félix  étoit  issu  du  Patrice 

Sir.  in.  sid. p. 887.  Philagre,  '  comme    l'étoit   aussi    l'Empereur    Avile.'  Ceux 

G«n.ib»d.|  ir.p.  ^   noug    apprennent   que   pelix  fut  Préfet   du  Prétoire, 

n'en  .marquent  point  le  temps,  et  ne  disent  point  si  ce  fut 
ou  de  l'Italie  ou  des  Gaules,  ou  plutôt  du  peu  qui  y  restoit 

Casd.i.î.ep.3.p.  alors  aux  Romains.  '  De  la  manière  cependant  que  le  Roi 
Théodoric  parle  de  l'honneur  que  Félix  fit  aux  dignités 
qu'il  posséda,  il  est  aisé  de  juger  que  ce  fut  à   Rome  plû- 

sid.not.p.m.m.  tôt  que  dans  les  Gaules  qu'il  exerça  cette  charge.  '  Sa- 
varon    prétend    qu'il     avoit  été  élevé    aussi  au   Consulat. 

sir.ibid.|Tiu.ibid.  Mais  assurément  il  se  trompe;  '  et  les  plus  habiles  d'entre 

Easd^ïbid.  les  modernes  en  conviennent.    'Il   est  vrai  que  Théodoric 

dans  l'éloge  de  la  famille  du  Consul  Félix,  fils  de  celui 
dont  nous  parlons,  fait  mention  du  Consulat  d'un  autre  Félix, 
comme  d'un  événement  dont  on  se  souvenoit  encore  avec  plai- 
sir. Mais  il  est  visible  par  la  suite  du  discours,  qu'il  faut  l'en- 
tendre du  Consulat  de  Magnus,  aïeul  paternel  de  Félix  le  jeune. 
Ainsi  ou  ce  Prince  se  sera  trompé  en  nommant  Félix  au  lieu, 
de  Magnus,  ou  Magnus  aura  porté  aussi  le  nom  de  Félix,  ce  qui 
est  assez  croiable. 

Quelque  heureux  que  fût  déjà  Félix,  selon  la  pensée  de 
S.  Sidoine,  il  le  devint  encore  davantage  en    renonçant  à 

Cusd.  ibid.  la  pompe  et  à  toutes  les  dignités    du  siècle.  Il  quitta  '  la 

Cour,  où  il   avoit  brillé  encore  plus   par    son  sçavoir,    sa 
prudence  et  sa  sagesse,  que  par  les  grands  honneurs  dont   il 


PRÉFET  DU  PRÉTOIRE.  661     v  SIECLE 


y  joùissoit.  On  l'y  regardoit  communément  comme  le  Ca- 
ton  de  son  siècle;  et  son  éloignement  de  toutes  sortes  de 
vices  y  étoit  un  exemple  puissant  pour  porter  les  autres  à 
l'amour  de  la  vertu.      Il  paroît  qu'après  son  renoncement  Faust,  ad.  Fei.  p. 
au  monde,  il  se  retira  à  Arles  auprès  de  l'Evêque  «  Léon-  5u2' 
ce,  qui  par  ses  instructions  et  par  ses  exemples  le  fortifioit 
dans  la  pieté.  '  Le  terme  dont  se  sert  Gennade  pour  expri-  Genn.imd.  j  sir.in 
mer  le  changement  de  vie  où  entra  alors  Félix,  fait  juger  Sld'  p- 1223' 
qu'il  embrassa  le  Monachisme.  Nous  verrons  dans  la  suite 
qu'il  y  avoit  dès-lors  un  Monastère  à  Arles  ou  aux  envi- 
rons, dont  Pomere  étoit  Abbé. 

'  Félix  dans  le  lieu  de  sa  retraite  apprit  l'exil  de  Fauste  Faust,  und. 
Evèque  de  Ries,  gui  fut   relégué  vers  481  ou  482,  com- 
me nous  avons  dit,  en  un  endroit   fort  éloigné  d'Arles. 
Mais  la  distancé  des  lieux  ne  fut  point  à  Félix  un  obsta- 
cle, pour  l'empêcher  de  lui  faire  sentir  en  cette  rencon- 
tre les  effets  de  sa  charité,  et  de  l'attachement  qu'il  avoit 
pour  lui.  '  Il  l'assista  généreusement  en  tousses  besoins;  et  ibid.  lad.  Rnr.  p. 
quelques  autres  personnes  de  qualité,  entre  autres  Rurice,  533' 2' 
depuis  Evêque  de   Limoges,  en  firent,  de  même.  Ils  cru- 
rent s'enrichir  eux-mêmes  en  lui  faisant  part  de  leurs  ri- 
chesses,   et    profiter   beaucoup  en  le    soulageant.    Fauste 
avoue    que    par    ce    moïen    il    se   trouva    dans   l'abon- 
dance au  milieu  de  la  disete.  '  Félix  se  servit  de  cette  oc-  P.  552.  2. 
casion,  et  du  loisir  qu'avoit  cet  Evêque,  pour  le  consulter 
sur  ce  qu'il  devoit  faire,  afin  de  se  donner  entièrement  à 
Dieu. 

'  Fauste  lui  répondit  par  une  letre  que  nous  avons  enco-  p.  552.2-553.  1 1 
re,  et  que  Gennade  marque  avec  éloge  entre  les  ouvra-         lb,d- 
ges  de  Fauste.  '  Il  y  donne  quelques  avis  à  Félix,  plutôt,  fmsu  ad.  Fei.  p. 
dit-il,    pour  exprimer  ce   qu'il  pratiquoit  déjà,   que  pour 
lui  apprendre  ce  qu'il  devoit  faire.  Il  lui  parle  de  la  crain- 
te du  jugement  dernier  et  du  feu  de  l'enfer,  comme  de  mo- 
tifs propres  pour  éviter  le  péché.  Parlant  de  l'assiduité  à 
la  prière,  il  marque   le  temps  de  la  nuit  comme  le  plus 
propre  pour  ce  saint  exercice  ;  mais  il  lui  conseille,  afin 
de  pouvoir  le  soutenir,  de  lui  faire  succéder  une  lecture 
modérée  qu'il  pourroit    prolonger  jusqu'à  neuf  heures  du 
matin.  Il  lui    touche    quelque    chose  des  jeûnes,    et  em- 

1  Ou  lit' Leouii  dans  e  lexle  do  Fausie;  mais  il  faut  lire  Leuntii,  comme  il  est  écrit  à 
1  a  marge. 

♦  5 


552.  2. 


V     SIECLE. 


662  FELIX, 

ploie  le  reste  de  sa  letre,  qui  n'est  pas  fort  longue,  à  lui 
parler  de  la  mortification  du  corps  et  de  l'esprit. 

Nous    ne    sçavons    point    si    Félix    vécut   encore    long- 
temps, depuis  qu'il  eut  embrassé  ce  nouveau  genre  de  vie. 
Ca*i.  î.s.op.i.p.    '  Théodoric  témoigne   que    le   Consul  Félix  son    fils,  qui 
23-  '■  pouvoit  être  né  vers  469,  fut  privé  de  ce  digne  père,  lors- 

qu'il étoit  encore  jeune.  Mais  apparemment  cela  doit 
moins  s'entendre  de  la  mort  nalurelle  de  Félix,  que  de  sa 
mort  civile,  lorsqu'il  renonça  au  monde,  et  qu'il  quitta 
sa  famille,  afin  de  ne  plus  vivre  que  pour  J.  C.  Il  est  cer- 
Faiwt.au.  Foi.  p.  tain  qu'il  vivoit  encore  vers  l'an  483,  '  comme  il  paroît 
5M-2-  par  la  lctre  que  Fauste  lui  écrivit  durant  son  exil.  Il  n'é- 

toit  pas  alors  extrêmement  âgé  :  ainsi  rien  n'empêche 
c.is.1.  i.  a.cp.â.p.  qu'il  n'ait  vécu  au-delà  de  l'an  490.  '  Il  laissa  de  grandes 
**'1"  richesses  à  son  fils,  que  celui-ci  augmenta  encore  dans  la 

suite  par  son  œconomie,  et  peut-être  aussi  par  la  succession 
de  Probe  son  oncle,  qui  semble  n'avoir  point  laissé  de 
postérité. 

11  ne  nous  reste  aujourd'hui  aucune  production  de  l'es- 
cp.  3.  p.  u.  a.  prit  et  du  sçavoir  de  Félix.  '  Il  est  néanmoins  certain  par 
le  témoignage  que  lui  rend  le  roi  Théodoric,  qu'il  avoit 
composé  des  livres;  et  selon  ce  que  ce  Prince  dit  de  son 
sçavoir,  Félix  pouvoit  passer  pour  l'un  des  plus  sçavants 
hommes  de  son  siècle.  «  Dès  qu'il  se  fut  appliqué  une  fois 
«  à  l'étude  des  letres,  dit-il,  ce  qu'il  fit  dès  sa  jeunesse,  com- 
«  me  nous  avons  vu,  il  ne  discontinua  jamais  cette  applica- 
«  tion,  dont  les  hautes  sciences  faisoient  le  sujet  le  plus 
«  ordinaire.  11  ne  se  contenta  pas  de  prendre  seulement  une 
«  teinlure  de  l'éloquence,  mais  il  voulut  la  posséder  à  fond. 
«  Les  livres  qu'il  composa,  faisoient  voir  le  feu  de  son 
«  esprit,  et  la  force  de  son  raisonnement.  Ses  discours  tant 
«  particuliers  que  publics,  où  il  sçavoit  semer  toujours  quel- 
«  ques  expressions  nouvelles,  montraient  qu'il  possédoit 
«  tous  les  agréments  de  la  déclamation.  On  jugeoit  par  ses 
«  talents,  qu'il  n'étoit  inférieur  en  nulle  manière  aux  au- 
«  teursdont  il  faisoit  usage  dans  ses  études.  Il  avoit  pris  une 
«  très-grande  connoissance  de  ce  qu'il  y  a  de  plus  sublime 
«  dans  la  philosophie,  et  s'étoit  fait  un  fonds  particulier  de 
«  la  science  politique  des  Grecs.  » 

Telle  est  l'idée  que  ce  Roi  étranger  nous  donne  du  sça- 
voir de  Félix.  Mais  ce  qui  est  encore  plus  digne  d'estime, 


PRÉFET    DU   PRETOIRE.  663      „  m-m 

0  V     SIECLE. 

'  c'est  que  la  science  de  Félix  n'étoit  point  une  science  qui  JJJ 
enflât  le  cœur.  Théodoric  assure  que  Félix  avoit  sçû  l'ac- 
compagner de  l'amour  et  de  la  pratique  de  la  vertu,  et  y 
joindre  une  bonté  et  une  affabilité  qui  lui  dorïnoient  un 
relief  merveilleux.  De  sorte  que  sa  science  nourrissant  tou- 
jours son  esprit  de  pensées  salutaires,  elle  n'étoit  nulle- 
ment indigne  de  l'application  d'un  homme  de  la  plus 
haute  vertu.  Il  paroît  par  ces  expressions  que  ce  qui  faisoit 
le  sujet  ordinaire  des  études  de  Félix,  étoit  plutôt  des  ma- 
tières de  pieté,  que  des  matières  profanes. 


VERUS, 

Evéque    d'Orange. 

L'antiquité   ne  nous  a  presque  rien  conservé  sur  l'his- 
toire  de  ce   Prélat.  '  La  tradition  étoit    dès   le   temps  «oii.  27.  ma»,  p. 
d'Adon  et  d'Usuard  qu'il  avoit  succédé  à  S.  Eutrope,  mort  699' 2" 
vers  476  ou  477.  'L'on  convient  qu'il  eut  lui-même  pour  OU  1  Gaii.  Chr. 
successeur  S.  Florent,  qui  assista  en  517  au  Concile  d'E-  »ot-«-»-p-w-™"- 
paone.  De  sorte  que  Verus  aura  rempli  le  siège  épiscopal 
d'Orange  depuis  477,  jusques  vers  la  fin  de  ce  siècle.  Cela 
n'a  pas  empêché  '  que  le  P.  Quesnel  dans  ses  notes  sur  S.  G*,  ci  r.  ibid.  P. 
Léon  n'ait  cru  que  ce  Verus  étoit  le  même  qui  souscrivit  767' 
la  letre  Synodique   des   Evêques  des  Gaules  au  même   S. 
Léon  en  451.  Mais   on  peut  assurer  que  cette  conjecture 
n'est  nullement  fondée. 

'  Adon  et  Usuard  disent  que  *  Verus  écrivit  très-Jbien  BotLau  |  Tin.  ■. 
la  vie  de  son  saint  prédécesseur,  de  laquelle  il  ne  paroît  E'  ''  16'  p' 249' 
pas  que  l'on  eût  rien   dès  le  temps   de  Pierre  des   Noëls. 

Il  n  en  avoit  même  encore  rien  paru  dans  le  public,  lors-  «on.  ibid. 
que  les  continuateurs  de  Bollandus  en   donnèrent  un  frag- 
ment, qu'ils    avoient   recouvré  dans  un  manuscrit   appar- 
tenant alors  à  M.  Fouquet.  '  Avant  que  de    le  publier,  ils  p.  700.  i.  -m.  t. 
le  collationnerent  sur  une   copie  du  même  fragment,  mais 
abrégé  en   divers  endroits,  '  que  Henri  de   Suarès  leur  a-  p-  699. 2. 
voit  communiqué,  après  l'avoir  tiré  du   bréviaire  de  l'E- 

1  La  nouvelle  édition  de  Moreri,  en  citant  la  Bibliothèque  des  Auteurs  Espagnols,  sem-    Mor.  t.  p.  70.  1. 
ble  donner  cet  ouvrage  à  Verus  Evêque  de  Séville,  au  huitième  siècle. 


V  SIECLE. 


664  VERUS,   EVÉQUE  D'ORANGE. 


glise  de  S.  Paul  Trois-châteaux,  où  il  est  divisé  en  leçons 
à  l'usage  de  cette  Eglise. 
ibid.  '  Ces  Sçavants  ne  doutent  point  que  ce  ne  soit  là  une 

fiartie  jde  l'ouvrage  de  Verus.  En  effet  ce  fragment  a  tout 
'air  des  écrits  de  la  fin  de  ce  V  siècle.  '  Il  y  paroît  beau- 
coup de  pieté,  et  une  attention  particulière  à  ne  point  mê- 
ler la  fable  avec  l'histoire,  à  ne  point  allier  le  mensonge 
avec  la  vérité,  et  à  ne  rien  ajouter  par  flatterie  de  ce  qui 
ne  seroit  pas  vrai,  comme  à  ne  rien  omettre  de  ce  qui 
méritoit  d'être  sçû.  L'auteur  témoigne  avoir  entrepris  cet- 
te vie  par  le  motif  qu'elle  pourroit  servir  beaucoup  à  l'é- 
dification et  à   l'avancement  de  ceux  qui  la  liroient  avec 

n.  s.  des  dispositions  chrétiennes.  Mais  il  est  bien  fâcheux  '  que 

ce  fragment  ne  nous  conduise  que  jusqu'aux  premières  an- 

•   nées  de  l'épiscopat  de   S.  Eutrope,  qu'il    nous  représente 

comme  un  Prélat  toujours  occupé  ou  du  travail  ou  de  la 

prière,  et  très-souvent  de   l'un  et  de  l'autre  tout  à"ia  fois. 

Verus  n'y  rapporte  rien  qui  ne  s'accorde  parfaitement 

n.  3.  avec  l'histoire  de  son  siècle.  '  Ce  qu'il  y  dit,  par  exemple, 

du  saint  Abbé  qu'Eutrope  consulta  à  Marseille  sur  deux 
visions  extraordinaires    qu'il  avoit  '  eues    assez   long-temps 

iwd.  not.  avant  son   épiscopat,  '  peut    s'entendre  fort  bien  de  l'Abbé 

Cassien  établi  dans   cette  même   Ville   dès  le   commence- 

n.  4.  ment  de  ce  siècle,  comme  nous  avons  dit.  De  même  '  ce  que 

Verus  ajoute  de  la   désolation    où    étoit  l'Eglise  d'Orange, 

sid.s.i.7.eP.6.      lorsque  S.  Eutrope  eu  fut  élu  Evêque,  '  s'accorde  très-bien 

p.  io23-io25.        avec  œ  qUe  g  gidojjjg  nous  apprend  des  ravages  sanglants, 

qu'Euric  roi  des  Visigots  exerçoit  vers  ce  temps-là  en  di- 
verses provinces  des  Gaules,  peu  éloignées  d'Orange  jus- 
qu'où sa  fureur  put  aussi  pénétrer.  Nous  pouvons  encore 
remarquer  que  Verus  n'a  rien  inséré  de  fort  extraordinaire 
Boii.p.70i.n.3.  dans  son  ouvrage.  Seulement  '  il  y  parle  de  deux  visions 
qu'eut  le  Saint;  mais  il  le  fait  avec  autant  de  précision 
que  de  simplicité,  et  sans  affecter-  un  certain  air  mistérieux 
assez  en  usage  dans  les  écrivains  des  siècles  suivants. 


POMERE, 


665 

V   SIECLE 


P  0  M  E  R  E  , 

Abbé   a   Arles. 


PC 


HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

iOmere   étoit   Maure    de    nation ,    c'est-à-dire    natif   de  Genn.vir.m.c.  98. 
Mauritanie    en  Afrique.  "  S.    Isidore    de   Séville,    qui  Mg'ii'sisri.V.""; 
n'écrivoitqu'à  la  fin  du  VI  siècle,  ou  même  au  commen- 
cement du  VII,  lui  donne  le  prénom  de  Julien  ,  sans  que 
l'on  voie  sur  quel  fondement.  '  Car  il  est  simplement  nom-  cenn.  ibid.  |  c»». 
mé  Pomere  par  tous  ceux  qui  en  ont  parlé  avant  cet  écri-  Ipt'Jb|dRlUrniniLép' 
vain ,  et  qui    paroissent  l'avoir  connu  d'une  manière  très-  "■  1 12.ep.e9. 
particulière  ,  et   même    personnellement ,  tels    que  Genna- 
de  ,  ou  son  continuateur,  S.  Rurice,et  S.  Ennode. 

Quoiqu'il  en  soit,  '  Pomere  se  retira  dans  les  Gaules,  Genn. iWd.  1  c»s. 
étant  encore  jeune ,  comme  l'on  en  juge  par  la  suite  de  sa  vil- ibid- 
vie  :   peut-être  à  cause  des    ravages  que  faisoient  alors  les 
Vandales  dans    son  pais.      Il  fixa  sa  demeure   à-  Arles,  où  c«s.  vit.  ibid. 
il  enseigna  les  belles  letres    et  la  rhétorique  avec   beaucoup 
de  réputation.   '  Aussi   l'on  remarque  qu'il  sçavoit  la  langue  s»r.inEnn.p.i403. 
grecque  et  la  latine ,  et  qu'il  joignoit  à  une  érudition  pro- 
fane une  grande  connoissance  des  letres  sacrées.  '  Il  sem-  Pom.  «t.  cod.i.j. 
ble  dire  en  un  endroit  de  ses  écrits" ,  que  ce  qu'il  sçavoit , 
il  l'avoit  appris  de  lui-même  sans  le  secours  d'aucun  maî- 
tre. '  Il  eut    l'avantage  de  donner  à   Arles  quelques  leçons  Csps.  vit.  ibid. 
à  S.   Césaire ,  '  qui  étant  déjà  Moine  s'y  étoit  retiré  pour  ■»•  »■ 
rétablir  sa  santé ,  '  et  qui  fut  dans  la  suite  Evêque  de  la  "•  •> 
Ville. 

Pomere  embrassa  lui-même  la  vie  monastique ,  dans  un 
monastère  que  l'on  ne  nomme  point,  et  dont  il  fut  Abbé 
depuis.  '  Car  on  est  persuadé  que  c'est  cet  Abbé  Pomere,  »»•  «bid. 
à  qui  S.  Rurice  Evêque  de  Limoges  adresse  deux  de  ses 
letres ,  '  et  qu'il  desiroit  d'attirer  auprès  de  lui ,  avec  la  Rur.  1.  a.  ep.  s. 
permission  d  Eone  Evêque  d'Arles ,  à  qui  il  le  demanda. 
Dans  cette  supposition ,  qui  ne  paroit  pas  souffrir  de  diffi- 

Tame  //.  P  P  P  P 


{Hîd  P  0  M  E  R  E 

V    SIECI,K. 


culte ,    le    monastère  dont  Pomere    étoit    Abbé ,    est    sans 
cas.vit.i.i.n.181.  doute  'celui  dont  il  est  fait  mention  dans  la  vie  de  S.  Cé- 
saire  comme   étant  situé   dans  une  isle   à  la  porte  de   la 
Ville  d'Arles.  On  ne  sçauroit  dire  si  ce  fut  avant  que  d'ê- 
Genn.iWd.  tre  Abbé,   ou  seulement  dans  la  suite ,'  que  Pomere  fut 

ordonné  Prêtre.  Mais  il  est  certain  selon  Gennade,  qu'il 
ne  fut  élevé  à  celte  dignité  ,  que  depuis  sa  retraite  dans 
les  Gaules. 

Son  sçavoir  et  sa  pieté  le  rendirent  fort  célèbre,  et  lui 
acquirent  l'estime  et  l'amitié  de  plusieurs  grands  Prélats 
de  son  temps.  Il  nous  en  reste  encore  aujourd'hui  d'illus- 
tres témoignages,  sur-tout  de  la  part  de  S.  Rurice  Evêque 
de  Limoges,  de  S.  Ennode  depuis  Evêque  de  Pavie,  et 
Conc.t. 4. p. 1582.  de  Julien  que  nous  croïons  être  le  même,'  que  l'Evêque 
de  Carpentras  de  même  nom  dans  la  province  de  Vienne, 

Caii.chr.nov.t.i.  qui  assista  en  517  au  Concile  tenu  à  Epaone,  '  et  qui  étoit 
P.  835. 89G.  enlré  dang  rEpiscopat  dès  ran  482 

Rur.u.ep. «.il.       'S.  Rurice  dans  deux  letres  qu'il  écrivit  à  Pomere,  lui 

s.  ep.  9.  donne  de  grandes  marques  de  son  estime  et  de  son   atta- 

chement,   le   qualifiant   son   très-cher  et   très-honoré   Sei- 

i.  2.  ep.  i7.  gneur  en  .T.  C.  '  La  première  est,  ce  semble,  pour  lui  don- 
ner avis  de  son  élévation  à  l'Episcopat ,  qu'il  réprésente 
sous  la  figure  d'un  chemin  laborieux  et  difficile  à  tenir  et 
d'un  pais  qui  n'avoit  rien  que  d'affreux.  Il  conjure  Pome- 
re de  lui  obtenir  de  Dieu,  à  qui,  dit-il,  tou les  choses  sont 
possibles,  qu'ils  pussent  se  réunir  un  jour  dans  la  même 
cité  ,  c'est-à-dire  ,  dans  la  Jérusalem  céleste  ;  quoiqu'ils  y 
tendissent  par  des  voies  différentes. 

i.  i.  ep.  o.  '  L'autre  letre  feroit  juger  comme  ce  dernier  trait  de  la 

première,  que  S.  Rurice  et  Pomere  auroient  demeuré  en- 
semble. Ils  étoient  si  intimement  unis,  qu'ils  n'avoient 
tous  deux  qu'un  cœur  et  une  ame.  S.  Rurice  se  sert  de 
cette  union  comme  d'un  motif  puissant  pour  porter  Pome- 
re à  l'aller  rejoindre  avant  la  saison   de  l'hiver.  11   paroît 

ep.  s.  que  cette  letre  fut  rendue  à  Pomere  '  par  le   même  por- 

teur, qui  étoit  chargé  de  celle  que  S.  Rurice  écrivoit  à 
l'Evêque  Eone,  pour  le  prier  de  lui  envoier  ce  pieux  Ab- 
bé. Les  motifs  qu'y  emploie  S.  Rurice ,  sont  très-honora- 
bles à  la  mémoire  de  Pomere,  et  font  voir  qu'il  étoit  aussi 
«  étroitement  uni  avec  Eone  qu'avec  S.  Rurice.  »  Ne  croiez 
«  pas,  lui  dit  celui-ci,  que  Pomere  en  venant  auprès  de  moi, 


ABBÉ   A   ABLES.  607     , 


«  se  sépare  de  vous.  Vous  devez  vous  assurer  qu'il  trouvera 
«  en  moi  un  autre  vous-même,  comme  je  m'assure  moi-mê- 
«  me  que  vous  ne  le  laisserez  par  venir  sans  l'accompagner 
«  d'esprit  et  de  cœur.  D'ailleurs  ce  sera  pour  vous  un  grand 
«  sujet  de  mérite,  si  son  sçavoir  me^  peut  être  de  quelque 
«  utilité  pour  m'instruire  dans  la  crainte  de  Dieu.  »  Néan- 
moins tant  d'instances  ne  furent  point  capables  de  tirer 
Pomere  de  sa  solitude. 

S.  Ennode  qui  l'avoir  connu ,  ou  à  Arles  ,  ou  ailleurs , 
lui  écrivit  quelque  temps  après  qu'il  eut  été  fait  Diacre 
de  l'Eglise  de  Pavie  ,  pour  se  plaindre  de  ce  qu'il  négli-  Bnn.i.s.  ep.e.p. 
geoit  de  soulager  leur  absence  par  ses  letres.  Il  lui  dit  à 
ce  sujet,  que  sans  craindre  de  passer  pour  téméraire,  il 
veut  bien  le  prévenir,  afin  d'attirer  dans  l'Italie  le  tliré- 
sor  dont  jouissoient  les  Gaules.  Il  entend  quelques  pro- 
ductions du  soavoir  de  Pomere.  Il  lui  demande  ensuite, 
s'il  prétend  se  cacher  dans  un  lieu  si  obscur ,  que  la  lu- 
mière do  sa  science  ne  puisse  pas  le  découvrir  à  ceux  mê- 
mes qui  sont  le  plus  éloignés  ?  '  De-là  il  passe  aux  éloges  i>.  m. 
de  son  génie,  de  sa  vertu,  et  des  autres  grâces  dont  Dieu 
l'avoit  favorisé,  '  et  finit  en  lui  demandant  des  écrits,  non  p.  w. 
sur  des  sujets  profanes,  mais  sur  des  matières  propres  à 
un  Ecclésiastique.  Il  le  prie  donc  de  lui  envoïer  un  éclair- 
cissement sur  les  parents  de  Melchisedec ,  sur  la  struc- 
ture de  l'arche,  le  sacrement  de  la  Circoncision  ,  et  les 
autres  mystères  de  l'Ecriture.  '  S.  Ennode  dans  cette  letre  p.  *s. 
marque  distinctement  le  lieu  de  la  résidence  de  Pomere, 
en  le  qualifiant  un  habitant  des  bords  du  Rhône,  qui  passe 
à  Arlis,  alumnus  Rhodani  ;  ce  qui  ne  permet  pas  qu'on 
l'entende  d'un  autre,  différent  de  celui  dont  nous  faisons 
l'his'oire. 

L'Evêque  Julien   ne  faisoit  pas  moins  de  cas  du  sçavoir 
et  du  mérite  de   Pomere,  qu'en  faisoient  S.  Rurice  et  S. 
Ennode.'  Il  s'adressa  à  lui  pour  l'engager  à  écrire  sur  les  Pom.  nt.  eon.i.i. 
propriétés   de    la     vie    contemplative,    conformément    au  <""•  i'  '■ - 
projet   qu'il  lui  en  envoïa  :  ce  que  Pomere  exécuta  de  la 
manière  que  nous  le  voïons   dans    l'ouvrage  qu'il  nous  a 
laissé  sur  ce  même  sujet,  et  qu'il  adressa  au  Pontife  Ju- 
lien. C'est  sans  nul   doute  le  même  '  Evêque  Julien  qu'il  cen».  ibid. 
choisit  avec  le  Prêtre  Verus,  pour  interlocuteurs  dans  ses 
dialogues  sur  la  nature  de  l'ame. 

Ppppij 


vs.ecle.     m  POMERE, 

v$i.  Pomere  étoit  encore  étroitement    uni   avec  un   nom- 

mé Principe,  à  qui  il  adressoit  un  autre  de  ses  ouvrages, 
et  qui  le  lui  avoit  peut-être  demandé,  on  pour    son    in- 

sid.  1.8.  ep.i*  1 1.  struction    particulière,    ou    pour    celle    du   Public.  '  Nous 

•  no?.'  p.'  550.576.  trouvons  en  ce  temps-là  un  Principe,  a  Evêque  de  Sois- 
sons  ,  et  Frère  de  S.  Rémi,  que  l'Eglise   honore   comme 

Gaii.  chr.  iiov.  t.  Saint.  '  Il  y  avoit  un  autre  Principe ,  qui  fut  Evêque  de 
' p'  Carpentras   après   Julien  ,  dont   nous   avons  parlé.    Quoi- 

que le  premier,  qui  entretenoit  des  relations  jusques  dans 
le  fond  de  l'Auvergne  avec  S.  Sidoine,  pût  fort  bien  avoir 
aussi  des  liaisons  à  Arles,  il  n'y  a  pas  néanmoins  lieu  de 
douter  que  ce  ne  soit  le  dernier,  à  qui  nôtre  Auteur  adressa 

Genn.  iWd.  son  ouvrage.  Ce  qui  le  persuade,  '  est  que  quand  Pomere 

lui  fit  cette  dédicace,  Principe  n'étoit  point  encore  Evê- 
que. Ainsi  il  étoit  apparemment  ou  Clerc  ou  Prêtre  de  l'E- 
glise de  Carpentras  sous  Julien ,  dont  il  fut  ensuite  le 
successeur. 

L'union  de  Pomere  avec  ces  grands  hommes  sert  non- 
seulement  à  relever  son  mérite,  mais  aussi  à  fixer  le  temps 
auquel  il  a  fleuri.  Il  est  certain  par  ce  que  nous  avons 
dit,  qu'il  enseignoit  à  Arles  plusieurs  années  avant  la  fin 
du  V  siècle  ;  puisqu'il  y  donna  des  leçons  au  jeune  Césaire, 
qui  ne  fut  Evêque  de  celte  ville  qu'en  502 ,  étant  alors 
âgé  environ  de  32  ans.  Il  n'est  pas  moins  certain  que  Po- 
mere vivoit  encore  vers  la  fin  de   ce   même  siècle  ,  com- 

ii>M-  me  il    paroît  par    S.   Ennode.  Aussi  '  Gennade,  ou  plutôt 

un  autre  auteur,  qui  continua  avant  la  fin  de  ce  siècle  son 
catalogue  des  hommes  illustres,  témoigne  dans  l'article 
de  Pomere,  que  cet  Abbé  écrivoit  encore  alors,  menant 
une  vie  conforme  à  l'état  qu'il  avoit  embrassé,  et  à  la 
dignité  de  Prêtre  dont  il  étoit  revêtu. 

c*s  vit.i.i.  u.8.  '  La  vie  de  S.  Césaire  nous  fournit  un  fondement  lé- 
gitime ,  comme  il  nous  paroît,  pour  mettre  la  mort  de 
Pomere  vers  la  fin  de  1  an  498 ,  ou  au  commencement 
de  l'année   suivante.  Car    nous   avons   montré    plus  haut 

3u'il    est  presque   certain    qu'il    étoit  abbé    du   monastère 
e  l'isle  près  de  la  Ville  d'Arles.   Or  l'Abbé  de  ce  mona- 
stère mourut  vers  ce  temps-là  ;  et  après  sa  mort  S.  Césaire 
n.  9.  fut  Abbé  en  sa  place,  '  un  peu    plus  de    trois   ans    avant 

3ue  le  même  S.  Césaire  fût  élevé  sur  le  Sicge  Episcopal 
'Arles;  ce  qui  arriva,   comme    nous   avons   déjà  dit,  en 
502. 


ABBÉ  A  ARLES.  669     v  siecle_ 


On  peut  juger  par-là  que  ce  seroit  contre  toute  appa- 
rence ,  que   l'on   voudroit  confondre  l'Abbé  '  Pomere   avec  Léo,  1. 1.  not.  p. 
Julien  Evêque  de  Cavaillon ,   qui  assista  au    Concile    de  866, 
Ries  en  439 ,    comme  le  dernier  éditeur   des  œuvres  de 
S.    Léon  l'a   pensé ,  '  et  qu'un    autre  très-habile    homme  nu.  h.e.  t.  tg.f. 
semble  l'avoir  fait  réellement.  . 6i8* 

'Un  troisième  Ecrivain  de  réputation  a  ouvert  une  au-  Mab.  .i.i.a. 
tre  opinion ,  qui  ne  paroît  pas  mieux  fondée.  Il  lui  a  sem-  49' 
blé  que  Pomere  Rhéteur  à  Arles  et  Maître  de  S.  Césaire 
étoit  différent  de  Julien  Pomere  ;  quoiqu'il  convienne 
qu'ils  étoient  Africains  l'un  et  l'autre  et  'tous  deux  Moi- 
nes de  profession.  Pomere  d'Arles,  dit-il,  est  qualifié  Ab- 
bé par  S.  Rurice;  et  Julien  Pomere  Auteur  des  livres  de 
la  vie  contemplative,  étoit  Evêque,  comme  il  paroît  |*r 
son  ouvrage.  '  Il  y  parle  en  effet  de  sa  charge  pastor%  Pom.ibid.  c.si.ii. 
le ,  et  du  désir  qu'il  avoit  de  la  quitter  pour  vivre  dans  la  *" 
retraite  :  et  volui  sarcina  episcopatus  met  deposita,  elongare 
fugiens  et  matière  in  solitudine.  '  Or,  reprend-on ,  cela  ne  Mab.  om. 
convient  point  à  l'Abbé  Pomere.  Mais  tout  lui  conviendra  , 
si  l'on  ne  prend  pas  à  la  rigueur  le  terme  episcopatus ,  qui 
ne  signifie  ici  que  le  gouvernement  du  monastère  dont 
l'Auteur  étoit  chargé  en  qualité  d'Abbé.  Pomere  frappé 
de  la  description  qu'il  venoit  de  faire  de  la  conduite  d'un 
mauvais  Pasteur  ,  .témoigne  vouloir  abdiquer  sa  charge , 
pour  vivre  dans  la  tranquillité  d'un  simple  Moine.  Cet 
endroit  ainsi  expliqué  ne  fait  rien  et  ne  peut  rien  faire 
contre  les  autorités  des  Anciens,  par  lesquelles  il  est  con- 
stant, comme  nous  l'avons  montré,  que  Pomere  et  Julien 
Pomere  est  la  même  personne ,  et  que  Pomere ,  selon  le 
continuateur  de  Gennade ,  ou  Julien  Pomere ,  selon  S. 
Isidore  de  Seville,  est  Auteur  du  Traité  de  la  vie  contem- 
plative. 

S   H 

SES  ECRITS. 

Pomere  laissa  plusieurs  ouvrages  de  sa  composition , 
qui  furent  si  estimés,  que  dans  les  siècles  suivants  l'on 
n'a  pas  fait  difficulté  d'en  attribuer  un  à  l'un  des  plus  il- 
lustres Pores  de  l'Eglise  des  Gaules  en  ce  V  siècle.  C'est 
l'unique   que  la   providence   nous    ait  conservé.    Tous  les 


,...»«.     67°  POU  ERE, 


aulres  sont  perdus;  et  ce  qui  nous  en  reste,  se  réduit, 
ou  à  leurs  simples  titres,  ou  tout  au  plus  à  une  nolion 
assez  imparfaite. 

1°  L'ouvrage    de    Pomere    qui  est  venu  jusqu'à  nous, 

Pro».»pp.p.i-8i.  'est  celui  qui  a  pour  titre,  De  la  vie  contemplative.  Il 
est  divisé  en  trois  livres  ;•  et  l'auteur  le  composa  à  la 
prière  de  Julien   Evêque   de    Carpentras ,    vers   l'an   400. 

isij.  scri.  c.  12.  Quoique  '  S.  Isidore  de  Seville  eût   donné  cet  écrit  à  son 

Pros.  app.  pr.  véritable  auteur,  cela  n'a  pas  empêché,  '  que  dès  le  VIII 
siècle  on  ne  l'ait  attribué  a  S.  Prosper  :  ce  qui  a  été  suivi 
communément  jusqu'au  XVII  siècle.  Alors  le  P.  Sirmond 
fit  voir  par  plusieurs  raisons ,  que  cet  ouvrage  n'étoit  point 
de  S.  Prosper ,  quoiqu'il  fût  digne  de  lui ,  mais  de  Ponie- 

pom.  vu.  con.i.a.  re ,  conformément  au  témoignage  de  S.  Isidore.  '  C'est  ce 
qui  se  confirme  par  des  traits  pris  de  l'ouvrage  même. 
L'Auteur  y  faisant  l'éloge  de  S.  Hilaire  d'Arles,  qui  mou- 
rut en  l'année  440  ,  en  parle  non  comme  d'une  chose 
présente,  mais  comme  d'un  événement  arrivé  long-temps 
avant  qu'il  écrivît  :  ce  qui  ne  peut  pas  convenir  à  saint 
Prosper,  qui  vivoit  au  même  temps  que  ce   S.  Prélat,  et 

i'ros.app.pr.|Apo.  qui  mourut  peu  d'années  après  lui.  D'ailleurs  '  le  P.  Sir- 

Pesi3.  '  "  '" c-4'  mond,  le  P.  Quesnel  et  quelques  autres  ont  vu  divers  ma- 
nuscrits de  cet  ouvrage,  qui  portent  en  tête  le  nom  de  Po- 
mere :  ce  qui  est  confirmé  par  le  recueil  des  canons  dans 
le  manuscrit  d'Angers,  qui  donne  à  nôtre  auteur  le  titre 
de  Saint.  On  assure  aussi  qu'un  très-ancien  manuscrit  du 
Chapitre  de  l'Eglise  de  Beauvais  ,  attribue  le  même  ou- 
vrage à  Pomere.  On  est  même  persuadé  que  c'est  cet  ou- 

cenn.  ibid.  vrage  ,  que  '  Gennade  ou  son  continuateur  a  marqué  dans 

le  catalogue  des  écrits  de  Pomere  ,  sous  le  titre  ,  Des  vi- 

pom.  vit  coiii.  1.  ces  et  des  vertus.  '  En  effet  l'auteur  faisant  lui-même  la  di- 
'  pr  vision   de   son  ouvrage  en  trois  livres,  telle  qu'on  la  voit 

encore  aujourd'hui,  dit  que  dans  le  premier  livre  il  y  avoil 
traité  de  la  vie  contemplative;  faisant  voir  en  quoi  ello 
diffère  de  la  vie  active ,  et  comment  on  y  peut  arriver 
avec  le  secours  de  Dieu.  Que  dans  le  second  livre  il  a  parlé 
de  la  vie  active;  montrant  de  quelle  utilité  est  la  cor- 
rection religieuse  ,  la  vertu  de  patience ,  et  de  quelle  ma- 
nière il  faut  administrer  les  biens  de  l'Eglise  ;  que  dans  le 
troisième  livre  enfin  il  doit  traiter  des  vices  et  des  ver- 
tus.   Ainsi  Gennade  aura  pris  le   titre  du  3r  livre,  coni- 


ABHÉ    A    AH  LES.  <>71 


V  SIECLE. 


nie  l'on  prend  aujourd'hui  celui  du  premier,    pour  le  ti- 
Ire  [général  ite  huit  l'ouvrage. 

Les  préfacés  que  Pomcre  a  mises  à  la  tête  de  chaque 
livre,  contiennent  des  traits  bien  édifiants  de  sa  "modestie, 
de  sa  pieté ,  de  son  humilité ,  et  de  la  juste  défiance  de 
son  sçavoir.  '  11  assure  t'Evfrjue  Julien,  à  qui  il  adresse  i.i.pr.  p.  t. 
ran  ouvrage ,  que  sans  son  ordre  et  ses  sollicitations ,  il 
n'aurait  jamais  osé  entreprendre  de  traiter  un  tel  sujet; 
'  soit  par  crainte  de  s'exposer  à  la  critique  des  mal-in-  1. 2.  pr.  a.  t. 
lenlionnés ,  qui  ne  faisan!  pas  attention  qu'il  écrivoit 
comme  malgré  lui  ,  le  feraient  passer  pour  un  homme 
vain  et  téméraire;  soit  parce  qu'étant  obligé  de  décrire 
les  mœurs  des  Ecclésiastiques  ,  il  y  avoit  à  craindre  de 
blesser  l'esprit  de  ceux  qui  menant  une  vie  toute  sécu- 
lière,  étoient  bien  moins  disposés  à  changer  de  conduite, 
qu'à  ne  point  voir  leurs  vices  découverts  :  ce  qui  les  por- 
terait à  se  moquer  ou  du  sujet  de  l'ouvrage ,  ou  de  la 
personne  de  l'auteur.  Il  craignoit  encore  la  censure  de 
ceux ,  qui  faisant  plus  d'attention  à  la  qualité  de  l'écri- 
vain,  qu'à  la  force  du  raisonnement,  et  qui  ne  pouvant 
souffrir  que  l'on  dît  ce  qu'ils  ne  vouloient  pas  faire,  ai- 
moient  mieux  ignorer  ce  que  d'ailleurs  ils  désiraient  de 
sçavoir,  que  de  l'apprendre  d'une  personne  qu'ils  regar- 
doient  au-dessous  d'eux. 

La  crainte  de  tous  ces  inconvénients  n'empêcha  pas 
néanmoins  Pomere  d'exécuter  son  dessein.  Outre  les  in- 
stances de  l'Evêque  Julien,  il  marque  encore  quelques  au- 
tres raisons  qui  l'y  déterminèrent.  Tl  étoit  persuadé  que  1.  i.  pr.  n.  s. 
quand  un  ouvrage  qu'on  entreprend ,  ne  produirait  point 
d'autre  fruit,  c'en  seroit  un  considérable  que  de  servir  à 
exercer  l'esprit  de  celui  qui  y  travaille.  Car  l'auteur  en 
cherchant  ce  qu'il  doit  dire  ,  et  ne  le  trouvant  pas  ,  com- 
prend qu'il  ne  sçait  pas  ce  qu'il  présumoit  peut-être  de 
sçavoir.  Dé -là  convaincu  de  son  ignorance,  il  cherche 
à  s'instruire  de  ce  qu'il  voit  lui  manquer;  et  lorsqu'il  a 
été  assez  heureux  pour  réussir  dans  son  dessein,  il  ne  s'é- 
lève point  par  orgueil  d'avoir  trouvé  la  vérité,  mais  il 
en  rapporte  la  gloire  à  Dieu  ,  qui  l'a  éclairé  intérieure- 
ment pour  découvrir  ce  qu'il  vouloit  éclaircir. 

Ces  traits  sont    fort   instructifs  pour  les  gents  de  letres 
qui    veulent   étudier   chrétiennement.  Les   suivants   ne    le 


672  PO  ME  RE 

V  SIECLE. 

ibil  sont  Pa3  moins.  '  Autant  que  la  science ,  ajoute  nôtre  au- 

teur, enfle  le  cœur,  lorsqu'elle  est  dénuée  du  don  de 
Dieu  qui  est  la  charité  ;    autant    édifie-t-elle  ,    lorsque  la 

i.  «.  pr.  n.  2.  charité  l'accompagne.'  De  quelque  endroit,  dit-il  enco- 
re, que  la  vérité  vienne  se  manifester,  il  faut  bien  se  don- 
ner de  garde  de  l'attribuer  à  l'esprit  humain  ,  mais  à 
Dieu  seul.  La  vérité  est  de  telle  nature,  qu'il  ne  faut  pas 
s'imaginer  qu'elle  soit  à  quelques-uns  en  particulier,  à  l'ex- 
clusion des  autres  ;  mais  qu'elle  est  à  tous  en  général.  Elle 
n'est  point  grande  parce  qu'elle  est  enseignée  par  les  grands; 
mais  c'est  elle  au  contraire  qui  rend  grands  ceux  qui  ont 
l'avantage  ou  de  l'enseigner,   ou   d'en   être   les    disciples. 

Pom.  va.  corn.  i.  '  Pomere  finit  son  traité  en  suppliant  ceux   qui  y  trouve- 

3.  c  2*.  n.  i.  ronj  qUeique  chose  &  reprendre,  de  l'attribuer  à  son  igno- 
rance, et  de  le  lui  pardonner  avec  bonté.  Si  au  contraire 
ils  y  rencontrent  quelque  chose  qui  mérite  leur  approba- 
tion ,  comme  étant  conforme  à  la  doctrine  de  la  foi  Ca- 
tholique, il  les  prie  de  l'attribuer  à  Dieu,  qui  donne  li- 
béralement à  tous ,  sans  reprocher  ses  dons ,  et  de  s'unir 

iwd.  n.  ».  à  lui  pour  l'en  remercier.     Il  ajoute  qu'il  ne   s'est   point 

étudié  au  choix  de  ses  termes;  aïant  jugé  qu'il  valoil 
mieux  s'appliquer  à  exprimer  clairement  ses  pensées,  qu'à 
flatter  les  oreilles  par  les  faux  charmes  de  l'éloqu«nce. 

Cet  ouvrage  de  la  vie  contemplative  a  toujours  été  fort 
célèbre  dans  l'Eglise  ;  et  l'on  peut  assurer  que  la  lecture 
en   est    très-utile   à  toutes   sortes    de   personnes ,   sur-tout 

Au*,  t.  6.  app.  p.  aux  Ecclésiastiques.  '    Paulin    Patriarche    d'Aquilée   à    la 

i9i.  192.  gn  fa  y  1 1 1  siecie  f  l'avoit  bien  compris ,  puisqu'il  en  fit 

beaucoup  d'usage  pour  composer  son  livre  d'Exhorta- 
tions ,  ou  Instructions  salutaires ,  adressé  à  un  certain  Com- 
te. Il  en  a  même  tiré  tout  ce  qu'il  dit  depuis  le  10*  cha- 
pitre de  son  écrit  jusqu'au  20e.  L'ouvrage  de  Pomere  se- 
trouve  presque  dans  toutes  les  éditions  des  œuvres  de  S. 
Prosper  et  sous  son  nom,  excepté  dans  celle  de  171 1,« 
dans  laquelle  on  l'a  rendu  à  son  véritable  auteur,  en  le 
renvoïant  dans  un  appendice.  Avant  ces  éditions  com- 
munes ,  il    en   avoit   paru   quelques  éditions  particulières. 

B.bi.  cm.  Ben.  '  On  en  trouve  une  de  cette  sorte  en  un  petit  volume  in- 
4°  de  l'an  1487 ,  sans  nom  d'Imprimeur  ou  de  Librairie , 
non  plus  que  du  lieu  où  elle  a  été  publiée.  Elle  a  pour 
titre,  Prosper  de  la  vie  contemplative  et  active,  ou  de  la  règle 

des 


ABBÉ    A    ARLES.  673     y  SIECLE 

des  Ecclésiastiques.'  Il  yen  eut  une  autre  édition  l'an  1536  Bib.  ff.  pned.cen. 

en  un   volume  in-8°  faite  à  Cologne  chez  Jean  Gymni- 

cus.  Elle  est  sous  le  nom  de  S.  Prosper;  et  l'on  y  a  joint 

quelques  opuscules  d'Orisiesis,  et  de   Pierre  de  Damien. 

'  En  1635  le  même  ouvrage  fut  réimprimé  à  Cologne  en  bu>i.  Barb.  t.  2. p. 

un  volume  in-4°  sous  le  titre,  De  la  vie  contemplative  des  250' 2" 

Prêtres.  '  La  préface  sur  le  1er  livre  se  trouvoit  imparfaite  Spic.  1.13.  p.  254. 

dans   les   premières  éditions    de   cet  ouvrage  ;  mais   Dom 

Luc  d'Acheri  nous  a  donné  ce  qui  y.  manquoit. 

2°.'  Pomere  laissa  un  autre  ouvrage  de  sa  façon  divisé  Geiin.vir.ui.c.os. 
en  huit  livres,  sur  la  nature  de  l'ame,  ses  qualités,  ses  es-    81  '   cnp'  c' 
peces,  sa  résurrection  et   celle  du  corps.  Mais  il  ne  nous 
reste  plus  de  ce  grand  ouvrage,  que  la   notion  que  nous     • 
en  ont  conservée  Gennade  et  S.  Isidore  de  Seville ,  et  qui 
nous  en  doit  faire  regretter  la  perte.  Dans  le  premier  li- 
vre l'auteur  expliquoit  ce  que  c  est  que  l'ame,  et  comment 
on  croit  qu'elle  a  été  créée  à  l'image  de  Dieu.  Dans  le  se- 
cond il  discutoit ,  sçavoir  si  l'âme  doit  passer  pour  corpo- 
relle ,  ou   pour  dégagée  de  .tout  corps.  '  Pomere  dans  ce  isia.  ibid. 
second    livre     s'écartoit   de   la    vérité    du    dogme   Catho- 
lique, et  donnoit  dans  l'erreur  de  Tertullien,  tâchant  d'é- 
tablir  par  de  certains  faux  raisonnements   que   l'ame    est 
corporelle.'    Dans  le   3e  livre  il    exposoit    d  où    l'ame   du  g«m.  ibid.  |  hid. 
premier  homme  avoit  été  tirée.   Dans  le  4e  il  traitoit  cette  lbld' 
célèbre  question  qui  a  été  agitée  par  tant  de  grands  hom- 
mes, sçavoir  si   1  ame  qui  dans  l'ordre  de  la  nature  s'u- 
nit à  un  corps  pour  l'animer,  est  créée  tout   de  nouveau 
et  sans  péché  ;  ou  bien  si  elle  n'est  qu'une  émanation  de 
la  substance   de  l'ame  du  premier  homme,  comme  un  ra- 
meau sorti  de  sa  souche,  et  si  elle  emporte  avec  elle  par 
son  origine  la   tache  du  péché  de  la  première  ame?  Dans 
le  5e  livre  il   faisoit  une  récapitulation   de    ce   qu'il  avoit 
dit  dans  le  précédent,  et  y  expliquoit  quelle  est  la  faculté, 
c'est-à-dire  le  pouvoir  ou  la  puissance  de  l'ame  ;  montrant 
que  ce  pouvoir  lui  vient  de  sa  volonté,  lorsqu'elle  est  une 
et  sincère;  et  quod  eam  ex  una  et  sincera  voluntate  obtineat. 
Dans   le  6e  livre  il  avoit   entrepris  d'expliquer  d'où  vient 
ce  combat  mutuel    entre  l'esprit  et   la    chair  ,  dont  parle. 
l'Apôtre.  Dans   le    7e   il  traitoit  de   la  différence   qui    est 
entre  la  vie  de  l'ame  et   la  vie   du  corps,  entre   la  mort 
et  la  résurrection  de  l'un  et  de  l'autre.  Enfin  il  emploïoit 
Tome  IL  Q  q  q  q 


ti7i  POMERE, 

V  SIECLE.  ' 

le  huitième  et  dernier  livre  à  traiter  de  ce  (|ui  doit  arri- 
ver à  la  fin  du  monde,  en  expliquant  les  questions  que  l'on 
a  coutume  de  proposer  sur  la  résurrection,  ou  la  fin  der- 
nière des  bons  et  des  méchants. 

is,d.  ibid.  '  Cet  ouvage  sur  la  nature  de   l'ame  étoit  en   forme  de 

te™,  ibid.  dialogues.  '     L'auteur   y    inlroduisoit    pour    interlocuteurs 

l'Evêquc-  Julien  et  le  prêtre  Verus.  Gennade,  ou  son 
continuateur,  remarque  que  ces  dialogues  étoient  écrits 
avec  esprit,  et  un  style  qui  répondoit  au  sujet  qui  y  étoit 

not.  p.  ti.  traité.'  L'on  prélend,  plutôt  par  conjecture  que  sur  quel- 

que preuve,  que  l'omere  a  tiré  l'ouvrage  dont  nous  par- 
lons, dos  huit  livres  de  S.  Grégoire  de  Nysse  sur  la  phi- 
losophie, ou  pour  mieux  dire  de  ceux  du  Philosophe  Ne- 

p.  38.  mese  sur  l'ame.'  On  ajoùle  que  Julien,  évêque  de  Tolè- 

de dans  ses  Prognostiques  touchant  les  temps  à  venir,  cite 
souvent  les  livres  de  l'ame  par  Pomere. 

ceun.  c.  us.  3°.  '  Gennade  assure    qu'il  avoit   lu    un    autre   ouvrage 

de  nôtre  auteur,  qui  l'adressoit  à  un  certain  Principe,  le 
même  sans  doute  que  celui  qui  fut  Evêque  de  Carpen- 
tras  après  Julien,  comme  nous  l'avons  observé.  Cet  ou- 
a  rage  étoit  une  Exhortation  sur  le  mépris  du  monde  et  des  choses 
passagères  ;  mais  il  ne  nous  en  reste  aujourd'hui  que  ce  titre. 

hid.  ii>id.  i".  '  S.  Isidore  de  Seville ,  qui  paroit  avoir  fait  des  re- 

cherches particulières  au  sujet  des  écrits  de  Pomere,  té- 
moigne qu'il  avoit  encore  composé  un  traité  sur  la  con- 
duite des  Vierges,  De  Virtjinibus  instituendis,  qui  n'est  point 
venu  jusqu'à  nous.  Pomere  y  pouvoit  dire  de  belles  cho- 
ses; puisque  cette  matière  avoit  été  déjà  souvent  traitée 
par  les  Percs  qui  l'avoient  précédé. 

spk.  1. 1.  p.  484.  îiV  Ilariuli'e  Moine  de  S.  Riquier  au  XI  siècle,  faisant 
le  catalogue  de  la  Bibliothèque  des  livres  de  son  monastè- 
re, y  marque  L Exposition  et  les  prognostiques  de  Julien  Po- 
mere. II  pourroit  venir  en  pensée  qu'Hariulfe  en  cet  endroit 
auroit  confondu ,  comme  plusieurs  ont  fait,  Pomere  dont 
nous  parlons,  avec  Julien  E\êque  de  Tolède,  qui  vi- 
voit  à  la  (in  du  Vil  siècle ,  et  qui  à  composé  aussi  des 
Prognostiques,   comme    nous  l'avons  observé    en    passant. 

r. mu. ibid.  noi.  p.  '  Mais  Bellarmin  dans  le  catalogue  de  ses  Ecrivains,  et 
Baronius  dans  ses  notes  sur  le  Martyrologe  Romain  remar- 
quent que  les  Prognosiiques  de  Pomere  étoient  divisés 
en  trois  livres,  et  faisoient  un  ouvrage  différent  de  ceux 
de  S.  Julien  de  Tolède. 


ABBE    A  A  BLES.  675     VSIECLE; 

Nous  avons    vu    plus  haut  '  que  S.  Ennode  n'étant  en-  Enn.i.a.ep.c.p.w. 
core  que  Diacre,  avoit  demandé  à  nôtre  auteur  des  éclair- 
cissements sur  les  parents  de  Melchisedec ,  et  sur  diverses 
autres    matières  de  pieté.  Mais  nous  n'avons  nulle  preuve 
que  Pomere,  qui  paroit  néanmoins  avoir  été  sensible  aux 
prières  de  cette  nature  que  d'autres    lui   faisoient ,  ait  ac- 
cordé à  S.  Ennode  sa  pieuse  demande.  Les  deux  premiers 
sujets  que  S.  Ennode  lui  proposoit  à  éclaircir  ,  sont  assez 
stériles;  mais  les  autres  lui  auroient  ouvert  une  vaste  ca- 
riere.  Nous  ne  sçavons  que  penser,  parce    que    nous  n'a- 
vons pas  vu  l'ouvrage,'  des  sermons  que  Gesner  dit  avoir  G«a.  Mb.mM.i. 
été  imprimés    sous    le    nom    de    Pomere  à    Cologne    chez  f'8***1 
Quentel  ;  mais  qui  portoient    auparavant   le    nom  de  Pon- 
serius  pour  celui  de  Pomerius. 

On  a  pu  remarquer  plus  haut  ce  que  Pomere  dit  lui- 
même  de  son  style,  en  avertissant  qu'il  s'est  plus  attaché 
à  se  faire  entendre,  qu'à  plaire  à  ceux  qui  aimeroient  un 
style  fleuri.  Il  a  été  exact  à  suivre  ce  plan.  11  a  écrit 
d'une  manière  simple,  nette  et  claire,  et  beaucoup  au- 
dessus  de  celle  de  la  plupart  des  écrivains  de  la  lin  de 
ce  siècle.  C'est  faire  en  un  mot  l'éloge  de  son  style,  que 
de  dire,  qu'on  y  a  trouvé  assez  de  beautés  pour  le  pouvoir 
attribuer  à  S.  Prosper.  (XXX.) 


S.  RUSTICE  ou  RUSTIQUE, 

E  v  Ê  q  h  e    DE    Lyon. 

Personne    de  ceux   qui    ont    entrepris    de    parler    de   ce 
Saint  Evêque  ,  ne  nous  apprend  rien    ni  de    son    pais, 
ni  de  sa    famille.    Seulement'  Baronius  et  M's  de  Sainte-  Gaii.  ci.r.  vet.t.  1. 
Marthe    le    confondent    avec    Buslique  de  Bourdeaux    ami  ï»!^'!.'»** 
de  S.  Sidoine  :  ce  qui  ne  peut  se  soutenir,  comme  l'on  peut 
voir  par    ce    que  nous  avons  dit  à  son  article.  Mais   rien 
n'empêche,    et    il    y    a   même    toute    l'apparence    possible 
qu'il  est  '  ce  Rustique    fds  d'Aquilin ,  intime  ami   du  mê-  BM.  i.  a.  *.i-p 
me  S.  Sidoine  et  son  Compatriote,  c'est-à-dire  natif  com-  mSM- 
me  lui  de  la  Ville    de    Lyon.    Ainsi    Bustice    sortoit  d'u- 
ne famille  autant  considérable  par  l'amour  pour  les  letres 

Qqqq  ij 


676  S.    RU  STIC  E, 

V  SIECLE.  ' 


et  la  vertu,  qui  y  étoit  héréditaire,  qu'illustre  par  les  gran- 
des charges  qui  y  étoient  entrées.  Il  y  avoit  entre  elle  et 
la  famille  de  S.  Sidoine  une  union  très-particulière,  qui 
subsistoit  sans  altération  de  père  en  fils  depuis  trois  ou 
quatre  générations. 

ibïd.  P.  3*).  '  Une    noble    et    mutuelle    inclination    pour   les    letres, 

l'exercice  des  mêmes  charges,  la  même  fortune,  le  mê- 
me  fonds    d'honneur   et    de    probité   avoient     étroitement 

Gr.  t.  hist.  Fr.  i.  uni  '  Decimius  Rusticus    Préfet  des    Tyrans   Constantin  et 

•  sid.  aiif.'61'62'  Constant,  a  et  bisaïeul  de  S.  Rustice,  avec  Apollinaire 
aïeul  de  S.  Sidoine  ;  et  les  mêmes  sentiments  de  vertu 
leur  avoient  fait  détester  à  l'un  et  à  l'autre  tous  les  vi- 
ces des  Tyrans.  De  même  le  père  de  celui-ci  et  l'aïeul 
de  Rustice,   aïant    été    toujours  élevés   ensemble   dès  leur 

P.  341.  enfance,  '  furent   ensemble  Tribuns  et    Secrétaires   d'Etat 

sous  l'Empire  d'Honorius,  puis  l'un  Préfet  des  Gaules 
et  l'autre  son  vicaire  sous  Valentinien  III,  et  toujours 
inviolablement  unis   comme  deux  frères.  Dans  la  suite  A- 

auilin  et  Sidoine  nés  en  même  temps  et  dans  le  même  en- 
roit,  instruits  par  les  mêmes  maîtres  et  dans  les  mêmes 
exercices,  ne  firent  aussi  qu'un  cœur  et  qu'une  ame .  En- 
fin ceux-ci  inspirèrent  à  leurs  enfants  Rustice  et  Apol- 
linaire les  mêmes  sentiments  d'union  et  d'amitié,  et  les 
formèrent  à  faire  revivre  en  eux  les  vertus  de  leurs  illus- 
tres aïeux,  comme  ils  en  faisoient  revivre  le  nom. 

Telles  furent  la  naissance  et  l'éducation  de  S.  Rustice, 
qui  bien  loin  d'en  dégénérer,  les  sçut  soutenir  avec  beau- 
Enn.  yit.  epi.  p.  coup  de  dignité.  '  Il  fut  élevé  lui-même  à  de  grands  em- 
4M'  plois  et  aux  honneurs  du  siècle;  mais  ce  qui  est  incompa- 

rablement plus    glorieux   pour  lui,  il   les  remplit   toujours 
f)lûtôt  en  Evêque   qu'en  Magistrat.   Il  faisoit  ainsi  le  pré- 
ude  de  ce  quil  devoit  être  un  jour;  '  car  le  Siège  Epis- 
p'  W5  copal  de  l'Eglise  de  Lyon  étant  vacant  par  la  mort  de  S. 

Lupicin,  S.  Rustice   fut  élu    à    sa  place.    On   ne    mar-* 
Boii.3.Feb.p.36o.  que  point  l'année  de  son  ordination.  Mais  si  '  le  3e  de  Fé- 
vrier auquel  on  fait  mémoire  de  S.  Lupicin,  est  le  jour 
de  sa  mort,  S.  Rustice  aura  été    mis  sur   son  Siège,  au 
conc.  t.  *.p.i26o.  moins  dès  l'an  493,  comme  il  est  aisé  de  le  prouver'  par 
la  date  de  la  réponse,  que  lui  fit  le  Pape  S.  Gelase  le  22e 
de  Février  494. 
ibid.p.UM.  1860.       '  Cette   letre  étoit    en   réponse  à    celle    que  S.  Rustice 


KVÈQUEDELYON.  677     ^^ 


étant  déjà   Eve  que,  avoit  écrite  à  ce  Pape,  pour  lui  té-  " 
moigner  la  douleur    qu'il   ressentoit,    soit   des  maux  pu- 
blics de  l'Eglise,  soit  de  ce  que  saint  Gélase  souffroit  en 
particulier,      parmi    la  désolation  et   les  misères  que  les  Tin.  h.  e.  t.ie.p. 
guerres  d'Odoacre  et  de   Théodoric   causoient  alors  dans  i02- 
l'Italie.   '  Comme  S.    Rustice    lui  avoit  envoie   en   même  conc.  iwa. 
temps   une  somme   d'argent,  dont  Gélase  avoit  grand  be- 
soin, celui-ci    l'en    remercie    fort    poliment,    en    relevant 
beaucoup  sa    charité.   Il  le   prie   de  la  lui   continuer,    et 
de    l'étendre  aussi  sur  Saint  Epiphane  Evêque    de    Pavie, 
qui    alloit    dans    les    Gaules   racheter    les    Italiens    cap- 
tifs. 

S.  Rustice  fut  sensible  à  cette  prière,   et  exact  à  y  sa- 
tisfaire. '  Si-tôt  qu'il    apprit  que   S.  Epiphane   arrivoit  à  e™.  au. 
Lyon,  il  en  fut  rempli  d  une  joïe  spirituelle,  qui  le  fit  al- 
Jer  au-devant  de  lui  jusqu'au-delà  du  Rhône.  Là  il  s'in- 
forma du   sujet  de  son  voïage,  et  l'avertit  des  finesses  et 
des  ruses   de  Gondebaud,  Roi  des   Bourguignons,  à  qui 
Lyon  obéïssoit  alors,  afin  que  ce  Prince  ne  le  surprit  pas 
par  ses  réponses  et  ses  objections  artificieuses.  '  On  ne-  sçait  boii.  25.  apr.  p. 
point   combien  de  temps  S.  Rustice  gouverna    l'Eglise  de  m 
Lyon.  Mais  son  nom  est  marqué  dans  divers  martyrologes 
au  25e  jour  d'Avril.  Il  y  a  beaucoup  d'apparence  qu'il  ne 
vêquit  pas  plus  avant  dans  l'année  499  ;  car  dès  le  mois  de 
Septembre  '  Etienne  remplissoit  le  siège  de  Lyon.  C'est  ce  spïc.  t.  5.  P.  no. 

3ue  nous  voions  par  la  célèbre  conférence  des  Evêques 
es  Gaules  contre  les  Ariens,  qui  se  tint  la  même   année 
dans  cette  Ville. 

Nous  n-' avons  point  '  la  letre  de  S.  Rustice  au  Pape  S.  conc.ibid.p.im 
Gélase,  qui  la  qualifie  une  letre  pleine  de  douceur  et  de 
consolation.  L'on  ne  nous  a  point  conservé  non  plus  les  au- 
tres, qu'il  lui  écrivit  durant  leur  commerce  mutuel.  Assu- 
rément c'est  une  perte  pour  l'histoire  de  l'Eglise,  que  la 
5>rivation  où  nous  sommes  de  celles  qui  regardoient  l'af- 
àire  d'Acace  de  Constantinople  en  particulier,  dont  la 
déposition  avoit  séparé  de  Rome  presque  tout  l'Orient, 
et  causoit  beaucoup  de  trouble  dans  l'Eglise.  Car  on  ne 
doit  pas  douter  que  S.  Gélase  aïant  prié  S.  Rustice  de  lui 
mander  quel  étoit  le  sentiment  tant  de  lui  que  des  autres 
Evêques  des  Gaules  sur  cette  affaire,  le  zélé  et  la  charité 
de  nôtre  saint  Prélat  ne  l'engageassent  à  écrire  diverses 
4  s 


v  ..~,.     678      s-  RUSTICE,  EVÊQUE  DE  LYON. 

V      SI  EL  Jj  r.. 

letres  à  ce  sujet,  tant  à  ses  confrères  dans  l'épiscopat,  qu'au 
Pape  même.  Mais  le  malheur  des  temps  nous  a  enlevé  ces 
précieux  monuments  de  l'antiquité.  Au  reste,  si  tout  cela 
ne  nous  autorise  pas  à  mettre  S.  Rusfice  au  nombre  de  nos 
écrivains,  on  ne  sçauroit  au  moins  nous  blâmer  d'en  avoir 
pris  occasion  de  faire  connoître  sa  famille,  qui  a  cultivé 
les  letres  durant  plus  d'un  siècle. 


CONFERENCE  DE   LYON 


CONTRE    LES     ARIENS. 


spic  i. 5.  p.  no.  'oous  l'épiscopat  d'Etienne,  successeur  de  S.  Rustice 
&dont  nous  venons  de  parler,  on  vit  à  Lyon  un  événe- 
ment des  plus  glorieux  de  ce  siècle  pour  la  Religion  Ca- 
tholique. Au  même  temps  que  Dieu  se  servoit  de  S.  Rémi 
Evêque  de  Reims ,  pour  détruire  l'idolâtrie  parmi  les 
François ,  qui  s'étoient  rendus  maîtres  de  la  plus  grande 
partie  des  Gaules,  il  inspira  à  plusieurs  autres  Evêques  de 
combattre  l'Arianisme,  que  professoicnt  les  Rourguignons 
établis  aussi  dans  la  Gaule  Celtique,  à  Lyon  même  et  dans 
les  païs  voisins.  Nos  Prélats  convinrent  de  s'assembler 
pour  cet  effet  ;  mais  afin  d'y  réussir,  et  que  le  roi  de  cette 
nation  ne  pût  empêcher  leur  convocation,  il  falloit  que 
la  chose  ne  parût  pas  concertée. 

ibid.  isid.i.r.ep.       '  Dans  ce  dessein  Etienne  Evêque  de  Lyon  se  servit  de  la 

17.  p.  36i.  proximité  de  la  fête  de  S.  Just,  qui  avoit  de  coutume  de  se 

célébrer  avec    beaucoup    de  solennité,    et    un  grand  con- 

spk-.  ibid.  cours  de    peuple.       11  y  invita  plusieurs  Evêques  récom- 

mandables  par  la  pureté  do  leur  foi  et  la  sainteté  de  leur 
vie.  Entre  ceux  qui  s'y  trouvèrent,  l'on  compte  S.  Avile 
de  Vienne,  Eone  d'Arles,  les  Evêques  de  Valence,  de 
Marseille  et  de  plusieurs  autres  Villes,  outre  Etienne  qui 
les  assembloit.  Les  noms  des  Evêques  de  Valence  et  de 
Marseille,  ou  sont  effacés  dans  le  manuscrit,  ou  ont  échap- 
pé à  la  plume  du  copisle.  Mais  le  premier  étoit  sans    dou- 

r.aii.cbr.  vei.i.:i   te'  S.  Apollinaire  frère  aîné  de  S.  Avite.  *  Pour  le  nom  de 

p.  1109. 
*  Spic.  ibid. 


CONF.  DELYON  CONTRE  LES  ARIENS.  679  „  ,,„.,„ 


celui  de  Marseille,  il  se  terminoit  en  t  ius  :  ainsi  ce  n'étoit  ' 
pas  S.  Honorât;  et  nous  sommes  autorisés  par-là  à  mettre 
sa  mort  au  temps  que  nous  l'avons  rapportée. 

'  Lorsque  ces  Prélats  furent  arrivés  à  Lyon,  l'Evêque  ibid. 
Etienne  les  mena  saluer  le  Roi  Gondebaud,  qui  étoit 
avec  une  partie  de  sa  Cour  à  Sarbiniac  à  quelque  distance 
de  la  Ville.  Dieu  fit  que  contre  toute  apparence  ils  eurent 
une  audience  favorable  du  Prince.  Après  les  sa  luis  ordi- 
naires, S.  Avite,  quoiqu'il  ne  fût  ni  le  plus  distingué  ni 
le  plus  âgé  des  Evêques,  prit  la  parole,  et  réprésenta  au 
Roi,  '  que  le  moïen  de  procurer  la  paix  de  l'Eglise,  seroit  p.  iti. 
d'ordonner  une  conférence  réglée  entre  les  Evêques  de 
sa  communion,  et  les  Evêques  Catholiques.  Que  ceux-ci 
étoient  prêts  à  montrer  si  clairement,  que  leur  foi  étoit 
conforme  à  l'Evangile  et  à  la  doctrine  des  Apôtres,  que 
personne  n'en  douteroit,  et  qu'au  contraire  celle  du  Roi 
et  des  siens  n'étoit  ni  selon  Dieu,  ni  selon  les  sentiments 
de  l'Eglise. 

'    \j&   Roi  n'écoutant   pas  d'abord  volontiers  cette    pro-  ibid. 
position,  tâcha  de   la  détourner  par  des  questions  sur  di- 
vers   sujets  auxquelles  S.   Avite  répondit  avec  une  suffi- 
sance admirable.  '    Et  comme  il  vit  que  le  Roi  l'écoutoit  v.  m. 
avec  bonté,  il  insista  si  à  propos  sur  la  tenue  de  la  confé- 
rence, que    le  Prince  répondit  aimablement  qu'il  satisferait 
à  leur  demande.  C'étoit  l'avant  veille  de  la  fête  de  S.  Just 
'de  l'an  499:  a  et  dès  le  lendemain  veille  de  la  fête,  qui  pp- li- 
se   célébrait   le  2e  de  Septembre,  le  Roi  s'étant  rendu   à    *" 
Lyon,    où  il  tenoit  ordinairement  sa  Cour,  envoïa    quérir 
l'Evêque  Etienne  et  S.  Avite.  Il  leur  dit  qu'on  leur  accor- 
doit  ce  qu'ils  demandoient;  que  ses  Evêques  étoient  dis- 
posés  à   soutenir,  que   personne   ne   peut   être    coéternel 
et     consubstautiel     avec     Dieu;    que    dès    le    lendemain 
la    conférence    se    tiendrait    au     même    lieu    qu'il     leur 
parloit,  c'est-à-dire  dans  son  palais;  que  néanmoins  ce  ne 
serait  point  en  présence  du  peuple,  comme  le  souhaitoient 
les  Evêques  Catholiques,  de  peur  qu'il  ne  s'excitât  du  tu- 
multe, mais  seulement  en  présence  de  ses  Conseillers,  et 

'  »  Ce  pourroit  fort  bien  être  Cbartenius  remplir  l'espace  de  plus  de  50  ans.  qui  se    Avii.  ep.  28.p.b5. 

-lonl  pané  S.  A  vile  à  Gondebaud,  dans  une  trouve    entre    S.    Honorât    et  Kiueterins, 

lelre  qui  .semble  écrite  après  celte  Conférence.  qu'on  loi  donne  pour  successeur  immédiat 
La  découverte  de  cet   K\èqne  serriroit  à 


V   SIECLE. 


680  CONFERENCE  DE  LYON, 


des  autres  qu'il  choisiroit  pour  spectateurs,  ainsi  qu'eux- 
mêmes  Catholiques  choisiroient  ceux  qu'il  leur  plairoit, 
pourvu  que  ce  ne  fût  pas  en  grand  nombre. 

îwti.  Après  cette  réponse,    les  deux  Evêques  prirent  congé 

du  Roi ,  et  s'en  allèrent  en  donner  avis  à  leurs  confrères. 
Ils  auroient  fort  souhaité  que  la  conférence  n'eût  été  in- 
diquée qu'au  sur-lendemain,  à  cause  de  la  fête  de  S.  Just. 
Mais  la  vûë  d'un  si  grand  bien  les  empêcha  de  remettre 
la  partie  ;  et  ils  se  résolurent  tous  unanimement  de  passer 
la  nuit  au  tombeau  du  Saint,  afin  d'obtenir  de  Dieu,  par 
son  intercession,  une  heureuse  réussite  dans  leur  entreprise. 

f*'jk  '  Le  jour  marqué  étant  venu,  a  qui  étoit  le  propre  jour 

de  la  fête  de  S.   Just,  le  second  du    mois  de    Septembre, 

p-  ll3-  '  tous  les  Evêques  Catholiques    accompagnés  de    plusieurs 

Prêtres  et  Diacres,  et  de  quelques  laïcs,  entre  lesquels 
étoient  Placide  et  Lucane  deux  des  principaux  Officiers 
de  l'armée  du  Roi,  se  rendirent  au  Palais.  Là  se  trouvè- 
rent aussi  les  Evêques  Ariens  avec  leur  suite.  Tout  le  mon- 
de s'étant  assis  le  Roi  présent,  S.  Avite  fut  chargé  de  par- 
ler pour  les  Catholiques,  et  Boniface  pour  les  Ariens.  S. 
Avite,  que  la  relation  de  cette  conférence  qualifie  un  au- 
tre Ciceron  pour  la  force  de  l'éloquence,  et  aux  discours 
duquel  Dieu  donnoit  une  grâce  particulière,  établit  la 
foi  de  l'Eglise  par  les  passages  de  l'écriture,  d'une  manière 
si  invincible  qu'il  jetta  les  Ariens  dans  une  extrême  con- 
sternation.  De  sorte  que  Boniface,  qui  l'avoit  écouté  assez 

p-  ***•  attentivement,  n'eut  rien  du  tout  '  à  répondre  aux  raison- 

nements du  S.  Evêque.  Seulement  il  se  jetta  sur  quelques 
questions  difficiles,  comme  pour  fatiguer  et  dégoûter  le 
Roi.  Mais  S.  Avite  s'appercevant  de  la  ruse,  rappela  Bo- 
niface de  son  écart ,  et  le  pressa  de  -répondre  à  ce  dont 
il  s'agissoit,  lui  promettant  de  répondre  lui-même  ensuite 
aux  questions  qu'il  avoit  proposées,  quoiqu'assez  inuti- 
les. Ce  fut  en  vain.  Boniface  ne  dit  pas  un  seul  mot  pour 
la  défense  de  sa  cause,  et  n'ouvrit  la  bouche  à  la  manière 
des  gents  qui  se  sentent  vaincus  par  la  force  de  la  vérité, 
sans  vouloir  s'y  rendre,  que  pour  dire  des  injures,  traitant 
les  Catholiques  d'enchanteurs,  et  de  gents  qui  adoroient 
plusieurs  Dieux. 

ibid.  '  Le  Roi  voïant  la   confusion   de  ceux  de  sa  secte,  se 

leva  de  son  siège,  et  dit  que  Boniface  répondrait  le  len- 
demain. 


CONTRE    LES    ARIENS.  681 

V  SIECLE. 


demain.  Ainsi  finit  cette  session;  et  comme  le  jour  n'étoit 
pas  encore  fini,  les  Catholiques  allèrent  à  l'Eglise  de  S. 
Just,  qui  étoit  hors  de  la  Ville,  pour  remercier  Dieu  du 
commencement  de  cette  victoire. 

'  Le  jour  suivant  les  Catholiques  se  rendirent  au  Palais,  tt>id. 
en  même  nombre  qu'à  la  session  précédente.  Us  trouvè- 
rent à  l'entrée  un  nommé  Arede ,  qui  voulut  les  renvoïer, 
sur  ce  que  de  telles  animosités  aigrissoient  l'esprit  du  peuple, 
et  ne  pouvoient  produire  aucun  bon  effet.  Mais  l'Evêque 
Etienne  qui  sçavoit  que  cet  Arede ,  bien  qu'il  professât  la 
foi  Catholique,  favorisoit  les  Ariens  pour  faire  sa  cour  au 
Roi ,  lui  répondit  en  généreux  Evêque ,  qu'il  n'y  avoit 
point  à  craindre  que  la  recherche  de  la  vérité,  et  l'amour 
que  l'on  avoit  pour  le  salut  de  ses  frères ,  causassent  des 
animosités.  Qu'au  contraire  il  n'y  avoit  rien  de  plus  pro-  • 
pre  à  réunir  les  esprits  dans  une  amitié  toute  sainte,  que 
de  découvrir  de  quel  côté  étoit  la  vérité,  parce  qu'en 
quelque  endroit  qu'elle  se  trouve ,  elle  est  aimable ,  et  rend 
aimables  ceux  qui  en  font  profession.  Qu'au  reste  c'étoil 
l'ordre  du  Roi  qui  les  amenoit.  A  ces  mots  Arede  n'osa 
plus  rien  répliquer ,  et  nos  Evêques  entrèrent  avec  leur 
suite.  Si-tôt  que  le  Roi  les  apperçut,  il  se  leva,  alla  au- 
devant  d'eux,  et  s'étant  mis  entre  l'Evêque  Etienne  et  S. 
Avite,  il  leur  fit  encore,  '  comme  il  avoit  fait  la  première  p.  ni. 
fois  qu'ils  le  saluèrent ,  des  plaintes  contre  le  Roi  des  Fran- 
çois ,  qui  étoit  Clovis.  '  Mais  les  deux  Evêques  aïant  fait  p.  <u.  lis. 
entendre  au  Roi  qu'il  n'y  avoit  point  de  plus  sûr  moïen 
de  faire  la  paix  avec  ce  Prince ,  pour  laquelle  ils  s'offroient 
de  travailler  eux-mêmes ,  s'il  le  sôuhaitoit ,  que  de  s'ac- 
corder sur  la  foi,  Gondebaud  ne  dit  plus  rien. 

Chacun  aïant  prit  la  place  qu'il  occupoit  le  jour  pré-  p.  us. 
cèdent,  S.  Avite  commença  par  réfuter  l'injure  que  Bo- 
niface  avoit  faite  à  nôtre  foi ,  en  accusant  les  Catholiques 
d'adorer  plusieurs  Dieux;  et  il  le  fit  avec  tant  de  clarté, 
que  ses  ennemis  furent  étonnés  de  sa  lumière  et  de  sa  scien- 
ce, et  ne  purent  s'empêcher  de  les  admirer.  Il  se  tut  en- 
suite ,  pour  laisser  parler  Boniface  ;  mais  celui-ci  n'y  put 
rien  répondre  que  ce  qu'il  avoit  répondu  dans  la  session 
précédente.  Puis  ajoutant  injure  sur  injure,  il  fit  tant  de 
clameurs ,  qu'il  s'enroua  jusqu'à  ne  pouvoir  plus  ni  parler, 
ni  même  presque  respirer. 

4  6      Tome  II.  Rrrr 


vc.,,,,      fi82  CONFERENCE  DE  LYON 

ibû-  '  Le   Roi    présent  à   ce  spectacle  ,  attendit   assez   long- 

temps, pour  voir  si  Boniface  réprendroit  ses  esprits  avec 
l'haleine.  Mais  volant  que  c'était  inutilement ,  il  se  leva 
enfin,  montrant  assez  à  son  air  l'indignation  qu'il  avoit 
conçue  conlre  Boniface.  Alors  S.  Avite  pria  Sa  Majesté 
d'ordonner  que  les  autres  Ariens  répondissent  à  ce  qu'il 
avoit  avancé ,  afin  qu'elle  pût  juger  par  elle-même  quelle 
était  la  foi  qu'il  falloit  suivre.  Mais  ni  ce  Prince,  ni  les 
autres  Ariens  qui  l'accompagnoient ,  ne  répondirent  rien 
à  la  justice  de  cetle  demande,  tant  ils  étaient  en  admira- 
lion  du  sçavoir  et  de  la  sagesse  de  S.  Avite. 

ibid.  '  Le  saint  Evêque  voiant  leur  silence,  dit  au  Roi  :  «  si 

«  vos  Ministres  ne  peuvent  répondre  à  nos  raisons,  qui  ém- 
et pêche  donc  que  nous  ne  nous  attachions  tous  ensemble  à  la 
«  même  foi?  »  Et  comme  les  Ariens  se  prirent  à  murmurer, 
le  Saint  rempli  d'une  confiance  en  Dieu  touchant  la  cer- 
titude de  la  foi  qu'il  professoit ,  ajouta  :  «  Si  nos  raisons  ne 
«  peuvent  les  convaincre,  je  ne  doute  nullement  que  Dieu 
«  ne  fasse  un  miracle  pour  confirmer  la  foi  que  nous  sui- 
«  vons.  Que  vôtre  Majesté  ait  la  bonté  d'ordonner  que  nous 
«allions  tous  ensemble  eux  et  nous  au  tombeau  de  S.  Just. 
«  Là  nous  autres  Catholiques  prierons  le  Saint  de  s'expli- 
«  quer  sur  nuire  foi;  Boniface  le  priera  de  même  de  s'ex- 
«  pliquer  sur  celle  qu'il  professe  ;  et  le  Seigneur  déclarera 
«  par  la  bouche  de  son  serviteur,  laquelle  ou  de  la  vôtre , 
«  ou  de  la  nôtre  lui  es!  agréable.  » 

ibid  '  Le  Roi  surpris  d'une  telle  confiance ,  sembloit  accep- 

ter la  proposition  :  mais  les  Ariens  commencèrent  à  faire 
des  clameurs,  et  à  dire  qu'ils  ne  voûtaient  point  met- 
tre eu  pratique  pour  faire  connottre  la  vérité  de  leur  foi, 
ce  que  Saiil  avoit  fait  et  qui  lui  aVoit  attiré  la  malédiction 
de  Dieu.  Qu'ils  éloient  bien  éloignés  d'avoir  recours  aux 
enchantements.  Qu'il  leur  suffisoit  d'avoir  pour  eux  l'écri- 
ture, qui  est  une  preuve  plus  forte  que  tous  les  prestiges. 
Ils  s'en  tinrent  là  et  répétèrent  sans  cesse  les  mêmes  cho- 
ses avec  des  clameurs  efiïoïables. 

ibid.  '  Gondebaud   qui   s'éloit  déjà  levé  de  son  siège ,  voïant 

bien  à  quoi  il  s'en  falloit  tenir,  sans  oser  le  déclarer,  prit 

par  la   main   l'Evêque   Etienne   et  S.    Avite,  et  les  mena 

p-  n6.  dans  son  cabinet.  '  Là  les   embrassant    tendrement ,  il  les 

«  conjura  de  prier  pour  lui.    Les  deux  Prélats,  «remarque 


CONTRE   LES   ARIENS.  683     v  ciprir 


l'Auteur  de  la  relation,  «  comprirent  fort  bien  la  perple- 
«  xité  et  le  serrement  de  cœur  où  étoit  ce  Prince.  Mais  par- 
te ce,  ajoûle-t-il ,  que  le  Père  ne  l'avoit  pas  attiré,  il  ne  put 
«  aller  jusqu'au  Fils;  afin  de  vérifier  cet  oracle  de  l'Ecritu- 
«  re,  qui  porte,  que  cela  ne  dépend  ni  de  celui  qui  veut, 
«  ni  de  celui  qui  court,  mais  de  Dieu  qui  fait  miséricorde.  » 
'  Divers  traits  des  lectures  que  l'on  avoit  faites  la  nuit  à  iMd.  p.  U3. 
l'office  de  la  fête  de  S.  Just ,  avoient  déjà  donné  aux  Evê- 
ques  un  pressentiment  de  l'obstination  du  Roi  dans  son 
hérésie. 

Cela  n'empêcha  pas  néanmoins  que  dès  le  jour  même 
de  la  conférence  plusieurs  Ariens  ne  se  convertissent,  et 
ne  fussent  baptisés  au  bout  de  quelques  jours.  C'est  assuré- 
ment une  perle  et  pour  l'Eglise,  et  pour  la  lilerature ,  que 
d'être  privés,  comme  nous  le  sommes,  des  actes  de  cette 
conférence.  L'antiquité  ne  nous  en  a  conservé  qu'une  re- 
lation assez  détaillée ,  et  que  nous  venons  de  copier 
pour  la  plus  grande  partie.  Elle  est  écrite  avec  beaucoup 
de  pieté,  et  une  simplicité  qui  en  relevé  extrêmement  le 
mérite.  Les  faits  y  sont  si  bien  circonstanciés ,  qu'il  n'y  a 
nul  lieu  de  douter  qu'elle  n'ait  été  dressée  par  un  des  Ca- 
tholiques qui  se  trouvèrent  à  la  conférence.  Mais  on  ne 
peut  pas  dire  que  ce  soit  ni  S.  Avite,  ni  Etienne  Evêque 
de  Lyon  ,  qui  sans  doute  n'y  auroient  pas  parlé  d'eux-mê- 
mes avec  autant  d'éloge  que  cette  relation  en  parle.  11 
semble  que  le  premier  dessein  de  l'auteur  étoit  d'insérer 
les  actes  de  la  conférence  dans  sa  relation.  'C'est  ce  que  p-  ui.ua. 
fait  juger  le  commencement  de  la  pièce ,  où  il  rapporte 
tout  au  long  et  les  premières  questions  que  Gondebaud 
fit  aux  Evoques  Catholiques  et  les  réponses  qu'y  donna 
S.  Avite.  Mais  il  n'en  a  pas  usé  de  même  pour  ce  qui  se 
dit  dans  les  deux  sessions  entre  les  Catholiques  et  les  Ariens. 
Au  reste  on  voit  parla  lin  de  cette  relation,  que  celui  qui 
l'a  dressée ,  étoit  bien  éloigné  de  la  doctrine  du  Semipé- 
lagianisme. 

Ce  précieux  monument  étoit   demeuré   enseveli   dans  la 
poussière,  'jusqu'à  ce  que  le  P.  Vignier  l'en  tira  pour  l'iit-  pr.  p.  îu. 
sérer  dans  son  histoire  de  l'Eglise  Gallicane ,  ou  des  Evo- 
ques de  toute  la  France.  Des   papiers  de  ce  sçavant  hom- 
me il  passa  entre  les  mains  de  Dom  Luc  d'Achery,  '  qui  le  p-  il°-  "<>• 
publia  en  1601  dans  le  5e  volume  de  son  Spicilege.  'De-  Conc-  supp-  p-  ■* 

R  r  r  r  ij 


v..^,c      G84    CUNF.    DE  LYON  CONTRE  LES  ARIENS 

puis,  M.  De  la  Lande  le  fit  imprimer  dans  son  supplément 

aux  anciens  Conciles  de  la  France,  donnés  par  le  P.  Sir- 

conc.  t.  4.  p.        mond  son  oncle.  '  Delà  on  l'a  fait  passer  dans  le  4e  tome  du 

t. ^SLm.  °P'  #rand  recùeil  des  Conciles ,  et  mis  ensuite  à  la  fin  des  œu- 

&/;£?'  p-       vres  ^e  S.  Avite  Evêque  de  Vienne.  '  Dom  Ruinart  en  a 

13zz-ldzo.  •     r  • l        •  •  •  11  i  -i  i. 

aussi  tait   réimprimer  la  plus  grande  partie  dans  rappen- 
dice  aux  œuvres  de  S.  Grégoire  de  Tours. 


Cœs.  vit.  n.  7. 


A 


FIRMIN, 

Homme    de    Letkes. 

voir  de  la  science ,  sans  avoir  de  la  pieté ,  c'est  possé- 
der un  fonds  assez  inutile.  Avoir  de  la  pieté ,  sans 
avoir  de  la  science ,  c'est  encore  peu  de  chose.  Mais  sça- 
voir  réunir  la  science  avec  la  pieté ,  c'est  de  quoi  rendre 
un  homme  parfait.  Tel  fut"  le  caractère  de  Firmin ,  dont 
nous  entreprenons  l'éloge.  '  Il  étoit  citoïen  de  la  Ville 
d'Arles,  et  issu  d'une  famille  illustre.  La  pieté  dont  il  fai- 
soit  profession,  lui  mérita  une  épouse  parfaitement  digne 
de  lui.  Elle  se  nommoit  Grégorie,  et  ne  cédoit  en  rien  à 
Firmin,  tant  pour  la  naissance  que  pour  la  vertu.  Bien 
loin  de  dissiper  leurs  grands  biens  en  des  superfluités  mon- 
daines, ils  les  faisoient  passer  devant  eux  au  ciel  par  les 
mains  des  pauvres,  à  qui  ils  les  distribuoient  libérale- 
ment. 
ibM.  '  Ils    étoient   fort  affectionnés  aux  Clercs  et  aux  Moines. 

Ils  en  donnèrent    des    preuves    éclatantes ,  sur-tout  envers 
«.».♦.  S.  Césaire  ,  '  lorsqu'il  fut  obligé    de  sortir    de  Lerins,  et 

n.  7.  d'aller  à  Arles  pour  rétablir  sa  santé.  '  Ce  furent  Firmin 

et  Grégorie  qui  le  logèrent,  et  qui  prirent  soin  de  le  faire 
instruire  dans  les    letres  humaines,  afin  de  relever  en  lui 
la  profession   monastique,  par  la  connoissance    des    belles 
letres.  Us  étoient  aussi  fort  attachés  à  Pomere,  ce  Rhéteur 
si  célèbre,  et  depuis  Abbé ,  dont  nous  avons  parlé  en  son 
lieu, 
sid.s.i.  o.ep.i.  |        '  Firmin  étoit  uni  d'amitié,  et    en  commerce    de  letres 
îuîMEnn! u'.ep.  avec  S.  Sidoine  Evêque  de  Clermont,  et  S.  Ennode  depuis 
«H  i.2.eP.7.p.i8.    Evêque  de  Pavie.  Il  étoit  beaucoup  plus  jeune  que  le  pre- 


FIRMIN,  HOMME  DE  LETRES.  685 

V    SIECLE. 

mier  qui  le  qualifie  son  fils  en  lui  écrivant.  *  Aïant  vu  les  t  Sid  gg 

huit  premiers  livres  des  letres  de  S.  Sidoine,  dont  le  der- 
nier avoit  paru  vers  482,  Firmin  écrivit  à  l'auteur  pour 
le  porter  à  y  en  ajouter  un  neuvième;  lui  donnant  pour 
motif  l'exemple  de  Pline  le  jeune,  qui  avoit  publié  les 
siennes  en  un  pareil  nombre  de  livres.  '  Mais  lorsque  Fir-  not.  p,  1089. 
min  ne  compte  que  neuf  livres  des  letres  de  Pline,  il  n'en- 
tend parler  que  de  celles  qui  sont  écrites  à  des  particu- 
liers, n'y  comprenant  pas  le  dixième,  qui  ne  contient  que 
des  letres  écrites  de  Province  à  l'Empereur  Trajan. 

'  S.  Sidoine  ne  put  se  refuser  aux  instances  de  son  ami,  sw.  p.  im. 
et  ajouta  le  dernier  livre  de  ses  letres  aux  huit  premiers. 
Du  reste  '  il  laissa  à  Firmin  le  soin  d'excuser  son  procédé  p.  1090. 
dans  le  public,  en  le  priant  de  lui  écrire  de  très-fréquen- 
tes letres  sur  le  jugement,  que  les  Sçavants  porteraient  de 
cette  addition.  '  II  la  dédia  à  Firmin  même,  à   qui  il  en  p.  îot».  |  ep.  iu. 
adresse  la  première  et  la  dernière  letre,  avec  un  poème  en  p'  lll9"m'- 
vers  saphiques.  Il  y  joignit  cette  dernière  pièce,  parce  qu'il 
soavoit  que  ses  poésies  faisoient  plaisir  à  cet  ami.  De  sorte 
que  nous  sommes  redevables  à  Firmin  de  nous  avoir  pro- 
curé ce  nouveau  poëme,  et  ce  9e  livre  de  letres. 

'Nous  avons  aussi  deux  letres  de  S.  Ennode  adressées  à  ftu.i.i.«p.>|i.3. 
Firmin,  lesquelles  en  supposent  plusieurs  écrites  de  sa  part.  q>' 7  p  '  ' 
Mais  il  ne  nous  reste  plus  aucune  ni  de  celles  qu'il  a  écri- 
tes à  S.  Ennode,  ni  de  celles  qu'il  a  adressées  à  S.  Sidoine, 
et  à  d'autres.  S.  Ennode  dans  les  siennes  fait  beaucoup 
d'éloge  du  sçavoir  de  Firmin,  sur-tout  de  la  politesse,  de 
l'éloquence,  et  des  autres  beautés  de  son  style.  Il  est  fâ- 
cheux de  n'en  avoir  rien  pour  en  pouvoir  juger  par  nous- 
mêmes. 


BOURGUIGNON. 

Orateur. 

u   même    temps   que   Firmin,    dont   nous   venons   de 

parler,  fleurissoit  à  Arles,  '  Bourguignon    faisoit    un  sm.  s.i.o  ep.u. 


k 

des    ornements  de  l'Auvergne    sa  patrie,  t'étoit  un  jeune  p"14-1"7 
homme  de  mérite  ,  qui  faisoit  sa  demeure  ou  à  Clermont 


686  BOURGUIGNON, 

V     SIECLE. 


même,  ou  dans  le  voisinage,  et  pour  qui  S.   Sidoine  son 

P.  1115.  Kvêque   avoit   conçu    une   affection   particulière;  '  II  avoit 

tant  de  passion  pour  s'avancer  dans  Ie3  sciences,  que  mê- 
me durant  ses  maladies  il  oublioit  le  soin  qu'il  devoit 
prendre  de  rétablir  sa  santé,  pour  ne  s'occuper  que  de 
l'étude.  Cet  état  de  langueur,  dont  l'esprit  se  ressent  or- 
dinairement comme  le  corps,  ne  diminuoit  rien  du  zèle 
de  Bourguignon,  et  ne  l'empêchoit  point  d'écrire  à  S. 
Sidoine  pour  lui  demander  des  instructions  sur  la  poéti- 
que. Il  souhaitoit  sur-tout  qu'il  lui  apprit  à  faire  des 
vers  que  les  Latins  nomment  récurrentes,  c'esl-à-dirc 
qui,  sans  y  faire  aucun  changement,  peuvent  se  lire  en 
commençant  par  la  fin,  et  retiennent  néanmoins  la  mê- 
me leçon,  la  même  mesure  et  le  même  sens.  C'est  ce  qui 
fait  la  principale  partie  de  la  lelre  que  lui  adresse  S.  Sidoi- 

PâM|.  rech.  1. 7.c.  ne.  '  Pasquier    dans  ses  recherches    parle    assez   au    long 
p'  de  cette  sorte  de  vers,  qu'il   nomme  redoublés,  et  Diome- 

de  réciproques. 

siJ.  ibiJ.  '  Bourguignon    auroit  bien    souhaité  de    pouvoir  aller  à 

Home,  pour  se  perfectionner  dans  les  letres,  selon  la 
coutume  des  jeunes  Gaulois.  S.  Sidoine  qui  connoissoit 
mieux  sa  capacité  que  personne,  jugeoit  qu'il  y  auroil 
brillé  entre  les  fils  des  Sénateurs  que  l'on  y  instruisoit  dans 
les  sciences,  et  qu'il  s'y  seroit  fait  admirer  et  par  son  es- 
prit et  par  ses  autres  talents.  Mais  les  conditions  de  la 
paix  faite  avec  les  Visigots,  qui  s'étoient  rendus  maîtres 
de  l'Auvergne  vers  47.r>,  ne  lui  permettoient  pas  de  sortir 
de  son  païs.  Contraint  d'y  demeurer,  il  tâcha  de  sup- 
pléer tant  par  l'application  que  par  l'exercice,  à  ce  qu'il 
auroit  pu  acquérir  dans  cette  capitale  de  l'Empire,  s'il  y 
eût  fréquenté  les  Sçavants,  qui  y  étoient  encore  en  assez 
grand  nombre. 

lbid>  '  S.  Sidoine  loue  beaucoup  un  discours  que  Bourguignon 

avoit  prononcé  en  public    avec   tant    de    grâce,  que   bien* 
qu'il  eût  été  composé  sur  le  champ,  il  emporta  les  suffra- 
ges de    tous  les   auditeurs,  sçavants  et  autres,  affeclionnés 

i>.  nia.  un.  ct  non  all'ectionnés.  '  Bourguignon  eu  avoit  préparé  un 
autre  qu'il  devoit  pronone<  r  pour  son  examen  public  : 
apparemment  avant  que  d'être  admis  au  rang  des  Avo- 
cats, ou  d'entrer  dans  quelque  emploi.  C'étoit  l'éloge 
de  Jules  César ,   et  par  conséquent ,  remarque  S.  Sidoine, 


ORATEUR.  G87     v  S1ECL, 


un  siiji.-t  très-délicat  à  traiter,  et  sur  lequel  le  candidat  le 
(dus  habile  devoit  particulièrement  s'attacher  à  ne  rien 
oublier;  lui  étant  bien  difficile  d'approcher  de  ce  qu'en 
a  voient  dit'  Tile-Live,  Suétone,  Juvenùus  Martialis  '  et 
Balbus.  Cependant  S.  Sidoine  témoigne  avoir  eu  une  si 
bonne  opinion  du  travail  de  Bourguignon  ,  qu'il  l'assura 
par  avance  d'un  applaudissement  général.  «  Oui,  lui  dit- 
ce  il,  dans  la  letre  que  nous  avons  citée,  plusieurs  des  audi- 
«  leurs  loueront  vôtre  éloquence,  grand  nombre  d'autres 
«  vôtre  esprit,  et  tous  ensemble  la  régularité  de  vôtre  con- 
«  duile.  Car  ce  n'est  pas  un  moindre  sujet  d'éloge,  de  voir 
«  qu'un  jeune  homme,  et  ce  qui  est  encore  plus  honorable, 
«  un  jeune  homme  qui  à  peine  ne  fait  que  sortir  de  l'enfan- 
«  ce,  emporte  avec  lui,  en  sortant  d'un  examen  public,  les 
«  suffrages  de  l'assemblée,  tant  pour  les  mœurs  que  pour  le 
«  scavoir.  » 

Comme  Bourguignon  étoit  encore  jeune  lorsque  S.  Si- 
doine parloit  ainsi  de  lui  vers  482,  nous  avons  cru  ne  de- 
voir faire  mention  de  lui  qu'à  la  fin  de  ce  siècle.  La  mô- 
me considération  nous  y  a  fait  rapporter  l'éloge  de  Firmin 
qui  précède  celui  de  Bourguignon. 


S.  PORCAIRE   ou  POItCHAIRE, 

Abbé   de    Lerins. 

Barrau  qui   nous  a  donné  les  monuments  pour  servir 
à  l'histoire  de  Lérins,  hésite,  scavoir  s'il  doit  distin- 
guer deux  Abbés  du  nom  de  Porcaire,  qui  aient  gouver- 
né cette   Abbaïe  en  différent  temps.'  D'autres    sont    enco-  iteii.  Ser. t. m. 
re    allé   plus  loin,  et  n'en  ont  reconnu  réellement   qu'un  p'152' 
seul.  '  Il  est  néanmoins  certain  par  des  monuments  non  sus-  cœs.  vu.  n.  5.  g. 
pects,  qu'il  y  en  a  eu  deux  distingués  l'un  de  l'autre  a  par  Lerin- p'  "°'2*3- 
l'espace  de  plus  de  deux  siècles.  L'un  fleurissoit  à  la  fin  du 
V  siècle,  comme  il  paroil  par  la  vie  de  S.  Césaire,  et  l'au- 
tre ne  vivoit  que  sur  la  fin  du  VII,  et  fut  égorgé  vers  730 

Sir.  inSid.  p. 1117. 

'  1  Cette  partie    des  écrits  de  Titc-Live  '  8  Vers  la  fin  du  sixième  fiecle,  il  y  avoil    Mab  '  ann   t   1    d 

est  perdue;  et  1  on  ne  connoit  l'épliemeride      un  troisième  Porcaire  Abbé  de  S.  Hilaire  4   97    n   an     ' 
de  Balbus  que  par  cet  endroit  de  S.  Sidoine.       Poitiers.  ' 


Lerin.  p.  î-23. 


688  S.  PORCAIRE, 

V     SIECLE. 


avec  plusieurs  de  ses  Moines  par  les  Sarrasins  qui  rava- 
geoient  alors  nôtre  France.  C'est  du  premier  de  ces  deux 
saints  Abbés  que  nous  entreprenons  de  parler  dans  cet  ar- 
ticle. 

Meii.  iMd.  '  Porcaire  étoit  un  homme   vénérable   pour   la  sainteté 

c«s.Tii.n.5.B.  s.  de  ses  mœurs.  '  La  vie  de  S.  Césaire  qui  parle  assez  sou- 
vent de  lui,  ne  le  fait  qu'avec  éloge,  et  en   lui  donnant 

Gaii.  chr.  nov.  t.  toujours  le  titre   de  Saint.  '  Avant  l'an  486,  il  gouvernoit 

3.  p.  1092.  ^ja  je  monastere  je  Lérjris  en  qualité  d'Abbé.  Il  en  faut 

mettre  au  moins  un  autre  entre  lui  et  Fauste,  qui  quitta 
cette  dignité  vers  461,  pour  remplir  le  siège  épiscopal  de 

ibid.  i  cm.  vu.  n.  Ries.  '  En  486,  ou  environ,  Porcaire  reçut  dans  son  mo- 
nastère au  nombre  de  ses  moines  le  jeune  Césaire,  qui  fut 
fait  Evêque  d'Arles  au  commencement  du  siècle  suivant. 
Il  eut  ainsi  l'avantage  de  jetter  en  ce  digne  sujet  les  pre- 
mières semences  de  celte    pieté   tendre  et  solide,  qui  parut 

cœ».  vit.  n.  s.  ensuite  en  lui  avec  tant  d'éclat.  '  D'abord  il  le  fit  cellerier 
de  la  maison  ;  mais  il  fut  bien-tôt  obligé  de  lui  ôter   cet 

n  e.  emploi   par   l'importunité    de    quelques    mécontents.  '    Cé- 

saire étant  tombé  dans  une  longue  et  fâcheuse  maladie, 
le  saint  Abbé  comme  un  père  plein  de  tendresse,  ressen- 
tit en  son  cœur  tout  ce  que  ce  cher  disciple  eut  à  souffrir 
en  son  corps.  Il  n'oublia  rien  pour  le  soulager;  et  voïant 
que  tous  les  remèdes  étoient  inutiles,  il  se  servit  de  toute 
son  autorité  pour  l'obliger  d'aller  passer  quelque  temps  à 
Arles,  afin  de  tâcher  de  rétablir  sa  santé ,  en  respirant  un 

»  8  air  différent  de  celui  de  Lérins.  '  S.  Porcaire  vivoit  encore 

en  498.  Ce  fut  alors  que  le  bien-heureux  Eone  Evêque 
d'Arles  obtint  de  lui,  quoiqu'avec  une  peine  extrême, 
ju'il  lui  accordât  S.  Césaire  pour  l'attacher  à  son  église. 
.,'antiquité  ne  nous  apprend  rien  davantage  sur  la  per- 
sonne de  ce  saint  Abbé.  •  ,,  ; 

*»"-ibW-  '  Il  laissa  quelques   écrits  de  sa  façon,   qui  subsistoient 

encore  au  XII  siècle  sous  un  titre  qu'ils  ne  portent  plus 
aujourd'hui.  Il  les  avoit  composés  pour  l'instruction  de  ses 
Moines,  et  les  avoit  intitulés,  Monita,  Avis.  Il  y  traitoit 
en  particulier  du  mépris  du  monde.  L'anonyme  de  Molk, 

3ui  les  avoit  lus,  en  fait  beaucoup  d'estime.  L'ouvrage, 
it-il,  est  court  en  lui-même  ;  mais  on  le  peut  regarder 
comme  fort  long  pour  l'excellence  des  choses  qu'il  con- 
tient ;  l'auteur    aïant   eu  le  secret  d'y  dire   beaucoup  de 

choses 


n 


ABBEDELERINS.  689    y  SIECLE- 


choses  en   peu  de  mots.  '  Nous  avons  dans  la  Bibliothe-  Bib  pp  ,  Z 
que  des  Pères  une  letre  sous  le  nom  de  S.  Porcaire  Ab-  «83. s.  484.  t. 
bé;  et  il  n'y   a    pas  lieu  de  douter  que  ce  ne  soit  l'écrit 
que  l'Anonyme  de  Molk  vient  de  caractériser. 


ANONYME, 

Auteur  de  la  vie  de  S.  Paul,  Évêque  de  Narbonne. 

Nous   ne    croïons   pas   devoir    finir   ce   V   siècle,   sans 
parler    de    cet    écrivain,    qui    paroît    y     appartenir. 
En  spécifiant,  comme  il  fait,  les  lieux  dont  il  parle,  il  J*  »•  ■ 


nutr.  p. 


témoigne  assez  clairement  qu'il  étoit  de  la  Ville  même 
de  Narbonne.  C'est  là  tout  ce  que  nous  sçavons  de  sa  per- 
sonne; et  peut-être  aussi  tout  ce  que  nous  pouvons  pré- 
tendre d'en  sçavoir. 

Son  style  est  grave,  assez  bon,    et  dégagé  de  diver-  ni.  h.  e.  t. 4. p. 
ses  fictions,   qui   ont  été    inventées   dans   la  suite.    Tout  7M' 
cela  joint  '  au  terme  de  Pape  qu'il  emploie  en  plusieurs  Boii.  iwa.  n.  u.  \ 
endroits    pour  qualifier  le  S.  Evêque,   fait  juger  que   cet  p-374"16- 
auteur  vivoit  dans  les  premiers  siècles  de  1  Eglise.   Néan- 
moins certaines  circonstances  qu'il  a  insérées  dans  son  his- 
toire, empêchent  qu'on  ne  le  mette  avant  la  fin  du  V  siè- 
cle. Telles  «ont  celles  '  qui  regardent  les  Eglises  et  les  Mo-  p.  373.  n.  «s. 
nasteres  de  Besiers,  '  et  le  bruit  des  miracles  du  S.  Eve-  p.  374.  n.  n. 
que.    L'auteur    prétend    même   que  l'on    en  avoit  dressé 
une  relation,  qui  avoit  été  envoïée  en  diverses  Villes  des 
Gaules,    et  jusqu'à    Rome,    avant   qu'il   écrivît   lui-même 
son  ouvrage.   Voilà  ce  que  l'on  peut  conjecturer  de  plus 
raisonnable    touchant  le  temps    auquel    cet   Anonyme    a 
pu  écrire. 

Quant  au  mérite  de  la  vie  qu'il  nous  a  laissée,  on 
voit  assez  nar  ce  que  nous  venons  de  dire,  qu'elle  n'est 
pas  originale;  aïant  été  composée  environ  deux  cents  ans 
après  la  mort  du  Saint,  qui  gouvernoit  l'Eglise  de  Nar- 
bonne, comme  l'on  croit,  entre  le  milieu  et  la  fin  du  III 
siècle.  '  La  députation  de  la  Ville  au  Saint,  qui  aux  ter-  p.  373.  n.  «.• 
mes  de  cette  vie  semble  s'être  faite  au    nom  des  Païens 

Tome  II  S  sss 


vsiecle.    690  VIE  DE  S    PAUL*  EVEQ.  DE  NARBONNE. 

p.  374.  n.  i6.       mêmes  ;  '  l'histoire  de   l'aigle  qui  y  est  si  fort   étendue, 
Tiii  ibid.  et  celle  du  corbeau,  qui   port  oit  à  manger  à  l'aigle,  '  pa- 

SurTalcriin^â  roissent  aux  Sçavants  des  choses  peu  probables,  '  et  leur 
font  dire  que  ces  actes  ne  peuvent  avoir  toute  l'autorité 
qu'il  serait  à  souhaiter.  C'est  ce  qu'en  pensent  M™  de  Tille- 
mont  et  Baillet  ;  quoiqu'ils  les  reconnoissent  pour  assez 
graves,  et  assez  anciens.  On  peut  aussi  ajouter  qu'ils  sont 
écrits  ayec  beaucoup  de  pieté, 
t.*.  p.  106.  '  M.  Bosquet  est  le  premier  qui  les  a  donnés  au  public, 
dans  la  seconde  partie  de  son  histoire  de  l'Eglise  Galli- 
BoH.ihiJ.p.373.  cane.  '  Aprt-s  lui  les  Continuateurs  de  Bollandus  les  ont 
insérés  dans  leur  ample  recueil  au  22e  jour  de  Mars. 


ANONYME, 

AUTEUR  DE  LA  VIE  I>E  S.  LOUP,  EYEQUE  DE  TROŒS. 


2-37t.  SI . 


r 


l  nous  semble  qu'il  y  a  un  juste  fondement  pour  met- 
tre aussi  vers  la  fin  de  ce  siècle,  la  vie  de  S.  Loup 
Evèque  de  Traies,  mort,  comme  nous  avons  dit  en  son 
lieu,  l'an  479.  En  effet  on  découvre  dans  cette  vie  tous 
les  caractères  d'une  pièce  originale.  L'auteur  qui  l'a  écrite 
et  qui  paraît  avoir  été  de  la  Ville  même  de  Traies,  y 
parle  comme  instruit  ou  par  lui-même,  ou  par  les  disci- 
ples du  Saint  Evêque.  Il  ne  cite  ni  tradition  orale,  ni 
écrit  qui  eût  précédé  le  sien.  11  Gxe  les  époques  de  tous 
les  principaux  événements  ;   et  il   les   fixe  conformément 

sur.  «j.ip.39».  à  la  vérité  de  l'histoire.  '  Il  dit  que  le  Saint  passa  un 
an  entier  à  Lérins  sous  S.  Honorât  Abbé  du  lieu  ;  qu'au 
bout  de  ce  temps  il  fut  élevé  à  l'Episcopat,  que  deux  ans 
après  il  fil  le  volage  de  la  Grande-Bretagne  avec  S.  Ger- 

p.  39*.  main  ;  '  enfin  qu'il  mourut  après  52  ans  d'Episcopat.  Il  ne . 

parle  d'aucun  miracle  que  le  Saint  ait  fait  après  sa  mort, 

Îuoiqu'il    fasse  mention  de  quelques-uns   de   ceux  de  ses 
isciples,  '  qui   étoienl  morts  plusieurs  années   avant  lui. 
p.  1168.  i.  '  Et  lorsqu'il  rapporte  les  principales  merveilles  que  saint 

•  Sa*. ibid.  psi.  Loup  opéra  durant  sa  vie,  il  le  fait  avec  toute  la  pré- 
cision possible.  Son  style  est  grave,  concis,  et  dégage  de 
ces  épisodes  si  fort  en  usage  dans  les  siècles  postérieurs. 


VIE  DE  S.  LOUP,  EVÊQUE  DE  TROIES.  691     .  cirrir 

Bien  loin    d'avoir  donné   carrière  à   son   imagination,    et 
d'avoir   cherché  à  étendre  son  discours,  et  le  charger  de 
choses   étrangères  à    son   sujet,    il    s'en  tient  à  la   préci- 
sion des  faits ,  '  et  avoue  lui-même  qu'il  a  abrégé  l'abon-  P.  390. 
dance  de  sa  matière. 

Mais  voici   quelque   chose  encore  de  plus  positif,  pour 

(>rouver   que    cette  vie  a   été  écrite   peu   de  temps  après 
a  mort  de  S.  Loup.  Il  est  visible  qu  elle  l'a  été  sous  l'E- 
piscopat  de  S.  Camélien,  successeur  immédiat  de  S.  Loup 
dans  le  siège  de  Troïes.    C'est  ce  que  montre  la  manière 
dont  nôtre   écrivain   parle  de   cet  Evoque,  qu'il   suppose 
vivant,  lorsqu'il  composoit  son  ouvrage.  Car  il  ne  lui  don- 
ne point  le  titre  de  Saint,  '  quoique  ce  Prélat  ait  été  re-  GaJi.chr.vet.i.3. 
connu  pour  tel  depuis  sa  mort.  b  II  se  contente  de  dire  qu'il  ^surUM.  p.  39». 
étoit    un    fidèle   imitateur  de  la  conduite    de  S.  Loup,  et 
vraiment  digne  de  lui  succéder  dans   l'Episcospat.  Mais  il 
donne  ce  titre   de   Saint  à  trois  autres   disciples  de   saint 
Loup  dont  il  parle,  '  parce  qu'ils  étoient  morts  plusieurs  MUÉr.««.t.i. 
années  auparavant.  Tels  sont  S.  Sévère   Evêque   de  Tre-  ï.'7!7t".3.p*'«aî?.' 
ves,  mort  avant  l'an  468  ;  S.  Aubin  ou  Alpin  Evêque  de 
Châlons  sur  Marne,  mort  avant  l'an  461  ;  et  saint  Poly- 
chrone  ou  Pulchrone  Evêque  de  Verdun,   mort  vers  470. 

Ainsi  ce  n'est   pas  trop    relever  le  mérite   de  cette   vie 
de  dire,  '  comme  fait  M.  Baillet,  qu'elle  a  été  écrite   par  MLkm.  «ni. 
un  ancien  auteur,  que  l'on  croit  être   du  VI  siècle.  •   11  r*wL*r.  t.  3p 
est    vrai    que  S.  Camélien,   sous  l'Episcopat  duquel  nous  ,077-  *•*• 
venons  de  montrer  qu'elle  fut  faite,  a  vécu  jusqu'en  525, 
selon  la   Gaule   Chrétienne.   Mais  ce  que   nous  en   avons 
dit  d'ailleurs,  est  plus  que  suffisant  pour  la  croire  plutôt 
du  V,  que  du,  VI  siècle. 

Quant  au  mérite  de  l'auteur,  c'étoit  assurément  un 
homme  habile,  qui  avoit  du  goût  et  de  la  pieté.  '  Il  pa-  sur.  ibid.  p.  392 
roît  même  se  dire  assez  clairement  disciple  de  S.  Loup, 
qu'il  qualifie  son  excellent  maître ,  eximii  magistri.  La 
doctrine  qu'il  a  établie  dans  son  écrit ,  en  y  parlant  de 
la  grâce ,  est  digne  d'un  élevé  de  S.  Loup  un  des  plus 
zélés  adversaires  du  Pélagianisme.  '  Car  il  a  eu  soin  de  p.  390. 
marquer,  en  relevant  la  bonne  discipline  que  le  Saint 
faisoit  observer  dans  son  clergé ,  qu'il  n'y  réussit  que  par 
le  secours  de  la  grâce  prévenante,  gratia  praeunte. 

'  Nous  avons  cette  vie  dans  le  recueil  de  Surius  au  29e  p.  390.  391. 

S  sss  ij 


692  VIE  DE  S.  LOUP,  EVÊQUE  DE  TROIES 

V    SIECLE. 


jour  de  Juillet.  Quelque  grave  que  ce  compilateur  en  ait 
reconnu  lui-même  le  style,  il  n'a  pas  laissé  néanmoins 
de  se  donner  la  peine  de  le  polir  à  son  ordinaire.  Mais 
nôtre  siècle  l'auroit  volontiers  tenu  quitte  de  ce  travail. 
Leiin.t.i.p.jw.  '  Barrali  a  inséré  aussi  la  même  vie  dans  la  chronologie 
ao6'  des  Saints   et   des  Abbés  du  Monastère   de  Lérins.  Le   ti- 

tre qu'il  a  mis  à  la  tête  de  cette  histoire,  pourroit  faire 
croire  qu'il  l'auroit  tirée  des  anciens  manuscrits.  Il  est 
néanmoins  certain  par  la  collation  que  nous  en  avons 
faite ,  qu'elle  a.  été  imprimée  sur  l'exemplaire  de  Surius. 
Il  n'y  a  de  différence  entre  l'une  et  l'autre  édition,  que 
quelques  fautes  grossières,  qui  se  sont  glissées  dans  Bar- 
rali par  la  négligence  de  l'Imprimeur. 


FIN. 


693 


TABLE    CHRONOLOGIQUE. 


An  de 
l'Ere  vulg. 

401. 


402. 


403. 


404. 


4  7 


Les  Gaulois  entretiennent  un  commerce  de  literature  en 
Afrique ,  en  Palestine ,  et  en  Campanie  avec  S.  Augu- 
stin, S.  Jérôme  et  S.  Paulin  de  Noie.  Vincent  Préfet  des 
Gaules  est  élevé  au  Consulat.  Disaire  Médecin  Gaulois  se 
fait  beaucoup  de  réputation  à  Rome.  Protade  travaille  à 
exécuter  le  dessein  projeté  d'une  histoire  des  Gaules ,  et  s'a- 
dresse à  Symmaque  pour  en  avoir  des  mémoires.  Naissance 
de  S.  Salone,  depuis  Evêque  de  Genève.  La  vie  de  saint 
Martin  par  S.  Sévère  Sulpice  se  débite  à  Rome  avec  un 
concours  prodigieux.  Elle  pénétre  en  Illyrie  et  en  Afri- 
que. 

Mort  de  S.  Delphin  Evêque  de  Rourdeaux.  S.  Amand  lui  suc- 

.  cède.  Vigilance  publie  ses  erreurs  dans  un  ou  plusieurs 
écrits.  Second  voïage  de  Posthumien  en  Orient  et  en  Egyp- 
te, où  il  répand  la  vie  de  S.  Martin  par  S.  Sulpice.  Nais- 
sance de  S.  Hilaire,  depuis  Evêque  d'Arles.  S.  Rustique,  de- 
f»uis  Evêque  de  Narbonne,  va  à  Rome  se  perfectionner  dans 
'éloquence.  Naissance  de  S.  Eutrope ,  depuis  Evêque  d'O- 
range, et  de  S.  Véran  Evêque  de  Vence  dans  la  suite. 

Marcel  l'Empirique  publie  son  recueil  de  remèdes.  Ri- 
paire  Prêtre  d  Aquitaine  donne  à  S.  Jérôme  avis  des  er- 
reurs de  Vigilance.  Le  Prêtre  Alethe ,  depuis  Evêque  de 
Cahors  écrit  à  S.  Paulin  de  Noie ,  pour  l'engager  à  écrire 
sur  l'Incarnation.  Le  Saint  lui  envoie  son  sermon  sur  l'au- 
mône. S.  Sulpice  achevé  son  histoire  sacrée. 

S.  Paulin  de  Noie  compose  son  poëme  27e.  S.  Jérôme  com- 
mence à  réfuter  les  erreurs  de  Vigilance  dans  ses  letres 
à  Ripaire,  et  à  Didier  autre  Prêtre  d'Aquitaine,  qui  se  joint 
à  Ripaire  dans  cette  cause.  Rutilius  va  à  Rome  han- 
ter le  barreau,  et  se  perfectionner  dans  les  sciences.  Ger- 
main d'Auxerre  en  fait  de  même.  Jean  Gassien  après  avoir 
visité    les    déserts   d'Egypte ,  de    Thebaïde    et    de    Sceté, 


An    de 
t'Ere  vulg. 


405. 


694 


TABLE 


406. 


107. 


se  retire  à  Constantinople  auprès  de  S.  Chrysostome,  qui 
l'ordonne  Diacre. 

Posthumien  revient  d'Orient  et  d'Egypte  dans  les  Gaules. 
Sancte  continue  son  commerce  de  letres  avec  S.  Paulin 
de  Noie ,  à  qui  il  communique  ses  poésies  Chrétiennes. 
S.  Sulpice  écrit  et  publie  ses  dialogues ,  dont  Posthumien 
et  Gallus,  qui  se  trouvoient  chez  lui ,  fournissent  la  ma- 
tière. Evagre  Prêtre  et  disciple  de  S.  Martin  se  trouve 
présent  à  ces  dialogues,  et  écrit  quelques  ouvrages  aussi 
en  forme  de  dialogues.  S.  Honorât  revient  dans  les  Gau- 
les avec  S.  Caprais,  et  se  retire  à  Lérins.  II  donne  les  pre- 
miers commencements  à  celte  Abbaïe ,  qui  devient  bien- 
tôt une  école  célèbre.  Troisième  voïage  de  Posthumien 
en  Orient,  où  il  porte  les  dialogues  de  S.  Sulpice.  Cassien 
va  à  Rome  pour  la  cause  de  S.  Chrysostome.  S.  Sulpice 
écrit  à  S.  Paulin  de  Noie. 

Hedibie  et  Algasie  deux  dames  Gauloises  écrivent  à  saint  Jé- 
rôme sur  diverses  questions;  et  le  Saint  leur  répond  l'an- 
née suivante.  Sisinne  allant  en  Palestine  et  en  Egypte  por- 
ter les  aumônes  de  S.  Exupere  Evêque  de  Toulouse,  est 
chargé  de  plusieurs  autres  letres  pour  S.  Jérôme.  Ripaire 
et  Didier  se  servent  de  cette  occasion  pour  envoïer  au 
Saint  l'ouvrage  de  Vigilance ,  contre  lequel  S.  Jérôme  écrit 
aussi-tôt.  Didier  écrit  à  S.  Paulin  de  Noie,  qui  lui  adresse 
sa  43e  letre.  Jean  -Cassien  se  retire  à  Marseille,  et  y  éta- 
blit deux  Monastères,  l'un  d'hommes  et  l'autre  de  filles. 
S.  Paulin  compose  son  13e  poëme  sur  la  défaite  de  l'ar- 
mée des  Goths,  et  adresse  à  S.  Sulpice  deux  letres  qui  sont 
perdues.  Aper  Prêtre  d'Aquitaine  continue  d'entretenir 
commerce  de  letres  avec  lui  jusqu'en  cette  année.  Vigi- 
lance se  retire  en  Espagne ,  où  il  renonce  à  ses  erreurs, 
et  se  voit  chargé  du  soin  d'une  Paroice.  Irruption  de  di- 
vers peuples  barbares  dans  les  Gaules,  où  ils  entrent  le 
dernier  jour  de  cette  année. 

Mort  d'Hespere  Proconsul  d'Afrique  et  Préfet  des  Gaules. 
Protade  sort  des  Gaules .  et  se  retire  en  Ombrie ,  où  i! 
cultive  une  terre  qu'il  y  possédoit.  S.  Jérôme  écrit  aux 
solitaires  Minerve  et  Alexandre,  qui  l'avoient  consulté  sur 
quelques  difficultés  de  l'Ecriture.  S.  Héros  est  fait  Evêque 
d'Arles.  Tyro  Prosper  compose  son  poëme  adressé  à  sa 
femme. 


An  de 

l'Ere  vulg. 


409. 


410. 
411. 

412. 


413. 
414. 


41; 


416. 


CHRONOLOGIQUE. 

Mort  de  Marcel  surnommé  l'Empirique  et  de  Valérien  Pré- 
fet de  Rome.  Lazare  est  ordonné  Evêque  d'Aix  par  Pro- 
cule  de  Marseille. 

Les  Barbares  qui  inondoient  les  Gaules ,  .se  dégorgent  dans 
l'Espagne.  Mort  du  Poëte  Sancte.  Jove  grand  homme  de 
letres  est  envoie  en  ambassade  par  Constantin  vers  l'Em- 
pereur Honorius.  Il  entretient  commerce  de  letres  avec  S. 
Paulin  de  Noie  et  l'Orateur  Symmaque.  Alethe  succède 
à  Florent  son  frère  dans  le  Siège  épiscopal  de  Cahors.  S. 
Paulin  est  élevé  sur  celui  de  Noie. 

S.  Honorât  Abbé  de  Lérins  recherche  l'amitié  de  S.  Paulin 
de  Noie.  S.  Eucher  avec  Galla  sa  femme ,  Salone  et  Véran 
ses  fils  se  retire  à  Lérins,  puis  aussi-lôt  dans  l'isle  de  Lero. 

S.  Rustique  depuis  Evêque  de  Narbonne  s'adresse  à  S.  Jérô- 
me pour  avoir  des  règles  d'une  conduite  de  vie.  Lazare  Evê- 
que d'Aix  se  démet  de  l'épiscopat  vers  la  fin  de  cette  an- 
née. 

Les  Goths  entrent  dans  les  Gaules  pour  la  première  fois. 
Dardane  y  exerce  la  préfecture.  S.  Héros  Evêque  d'Ar- 
les est  chassé  de  son  siège.  Patrocle  est  mis  à  sa  place.  Lé- 
porius  se  rend  Moine  à  Marseille,  et  y  débite  des  erreurs. 
Salvien  quitte  la  Belgique  sa  patrie ,  et  se  retire  en  Pro- 
vence. 

Les  Bourguignons  pénètrent  dans  les  Gaules,  et  s'y  établis- 
sent. Vienne  devient  la  Capitale  de  leur  empire. 

Rutilius  est  fait  Préfet  de  Rome.  S.  Héros  et  Lazare  se  retirent 
en  Palestine.  La  Ville  de  Bourdeaux  est  saccagée  et  brû- 
lée par  les  Goths,  qui  passent  des  Gaules  en  Espagne.  Hi- 
laire  défenseur  de  la  grâce  de  J.  C.  écrit  de  Syracuse  à  S. 
Augustin ,  qui  lui  fait  réponse  peu  après.  Attale  donne  à 
Paulin  le  pénitent  le  titre  de  Comte. 

S.  Héros  d'Arles  et  Lazare  d'Aix  se  trouvant  en  Palestine  dé- 
noncent la  doctrine  de  Prlage  et  de  Celestius,au  sujet  de 
quoi  se  tient  le  Concile  de  Diospolis.  Ces  Evêques  Gaulois 
y  attaquent  la  doctrine  de  Pelage.  Hilaire  passe  en  Afri- 
que pour  voir  S.  Augustin.  Pallade  jeune  Gaulois  va  à  Ro- 
me hanter  le  barreau.  Mort  de  Lachanius,  questeur, 
préfet  du  Prétoire  et  gouverneur  de  Toscane. 

S.  Héros  et  Lazare  écrivent  aux  Evêques  d'Afrique  sur  l'af- 
faire de  Pelage  et  de  Celestius.  Leur3  letres  sont  lues  dans 
les  Conciles  de  Carthage   et  de  Mileve.  Un  Anonyme  Gau- 


An.  de 

l  Ere  vulfi. 


417. 


418. 


419. 


420. 


421. 
422. 

423. 


TABLE 

lois  écrit  un  beau  poëme  sur  la  Providence,  que  nous  avons 
encore.  Dardane  Préfet  des  Gaules  entrelient  commerce 
de  letres  avec  S.  Augustin  et  S.  Jérôme.  Gassien  à  la  prière 
de  S.  Gastor  Evêque  d'Apt,  écrit  ses  Institutions. 

Les  Bourguignons  embrassent  la  foi  Catholique.  Rutilius  quit- 
te Rome  pour  revenir  dans  les  Gaules  sa  patrie ,  et  fait  en 
vers  élégiaques  la  description  de  son  voïage.  S.  Jérôme  écrit 
encore  au  Prêtre  Ripaire.  Exupérance  Préfet  des  Gaules 
rétablit  les  loix  et  la  police  Romaine  dans  les  Armoriques. 
Lépoiïus  est  chassé  des  Gaules  pour  ses  erreurs,  et  se  retire 
en  Afrique. 

Les  Goths  reviennent  dans  les  Gaules,  et  y  établissent  leur  em- 
pire qui  dura  88  ans.  Toulouse  devient  la  Capitale  de  leurs 
Etats.  Commencement  du  différend  entre  les  Eglises  d'Ar- 
les et  de  Vienne,  qui  dura  environ  50  ans.  Mort  du  Prê- 
tre Didier.  Léporius  converti  par  les  soins  de  S.  Augustin 
et  de  quelques  autres  Evoques  d'Afrique,  retracte  ses  erreurs, 
et  adresse  sa  rétractation  à  Procule  de  Marseille  et  à  Cy- 
linne  d'Aix.  Il  est  aggrégé  au  Clergé  d'Hippone,  et  dans 
la  suite  élevé  au  Sacerdoce.  S.  Germain  est  ordonné  Prê- 
tre et  bientôt  après  Evêque  d'Auxerre. 

Mort  de  Procule  Evêque  de  Marseille.  II  Concile  de  Valence 
dans  la  Viennoise  pour  l'affaire  de  Maxime  Evêque  de  la 
Ville.  Il  paroît  à  Besiers  des  signes  et  prodiges  extraordinai- 
res, dont  Paulin  Evêque  de  la  Ville  dresse  une  relation. 

Mort  de  S.  Sévère  Sulpice.  L'Institut  monastique  se  répand 
dans  plusieurs  Provinces  des  Gaules,  et  y  représente  une 
image  de  l'Egypte.  Mort  de  S.  Castor  Evêque  d'Apt.  S. 
Héros  et  Lazare  poursuivent  la  condamnation  de  Pelage 
auprès  d'un  Concile  où  Théodote  préside.  Cassien  publie  ses 
dix  premières  conférences.  Vincent  se  retire  au  Monastère 
de  Lérins.  Avite  est  député  de  la  part  de  l'Auvergne  vers 
l'Empereur  Honorius.  Salvien  se  retire  à  Lérins,  et  y  ensei- 
gne les  enfants  de  S.  Eucher.  Naissance  de  S.  Honorât,  de- 
puis Evêque  de  Marseille. 

Naissance  de  Tonance  Ferréol,  depuis  Préfet  des  Gaules. 
Fauste  depuis  Evêque  de  Ries,  se  retire  à  Lérins. 

Un  Poëto  anonyme  de  Cahors  quitte  son  pais  pour  se  reti- 
rer en  Afrique.  Paulin  le  pénitent  reçoit  le  baptême,  âgé 
de  46  ans. 

Protade,  Minerve  et    Florentin  tous  trois  frères*  et  hommes 

de 


An.  dt 
l'Ere  vultj. 


m. 

425. 


4*26. 


427. 

428. 


429. 


430. 

*  7   * 


CHRONOLOGIQUE.  «97 

de  letres  ont  pu  vivre  jusques  vers  ce  tems-ci. 

Exupérance  Préfet  des  Gaules,  est  tué  dans  une  sédition  mi- 
litaire à  Arles.  S.  Hilaire  depuis  Evêque  de  cette  Ville  re- 
nonce au  monde,  et  se  retire  à  Lerins. 

Les  Empereurs  Theodose  le  jeune  et  Valentinien  III  indi- 
quent un  Concile  dans  les  Gaules  contre  les  Pelagiens,  qui 
néanmoins  ne  se  lient  pas.  Minerve  Abbé  dans  les  Isles 
Stoccades,  y  fait  fleurir  l'institut  des  Cénobites  dans  toute 
sa  pureté  et  sa  plus  grande  vigueur.  Un  Anonyme  écrit  les 
Actes  de  S.  Epipode  et  de  S.  Alexandre  Martyrs  à  Lyon.  S.' 
Loup  depuis  Evêque  de  Troïes  se  retire  au  Monastère  de 
Lerins. 

S.  Honorât  quitte  Lerins,  et  est  élevé  sur  le  siège  épiscopal 
d'Arles.  A  sa  place  S.  Maxime  est  fait  Abbé  de  Lerins. 
Cassien  publie  sept  autres  conférences.  La  13e  donne  nais- 
sance au  semipelagianisme  dans  les  Gaules.  S.  Prosper  passe 
d'Aquitaine  en  Provence,  et  se  lie  avec  le  Moine  Hilaire 
pour  la  défense  de  la  grâce  de  J.  C.S.  Eucher  écrit  son  beau 
traité  sur  l'éloge  du  désert.  S.  Loup  sort  de  Lerins  vers  la 
fin  'de  cette  année,  et  est  fait  Evêque  de  Troïes.  Salvien 
quitte  aussi  Lerins,  et  se  retire  à  Marseille,  où  il  est  ordon- 
né Prêtre. 

Cassien  publie  ses  dernières  conférences.  S.  Rustique  est  fait 
Evêque  de  Narbone. 

Les  François  entrent  dans  les  Gaules,  en  chassent  dans  la 
suite  presque  tous  les  autres  Barbares,  et  y  établissent  peu 
à  peu  la  Monarchie  Françoise.  On  tient  un  Concile  dans 
les  Gaules  au  sujet  du  Pelagianisme  qui  ravageoit  la  grande 
Bretagne.  Le  Concile  y  députe  S.  Germain  d'Auxerre  et  S. 
Loup  de  Troïes.  S.  Prosper  et  Hilaire  écrivent  à  S.  Augu- 
stin sur  les  erreurs  du  semipelagianisme. 

S.  Germain  d'Auxerre  et  S.  Loup  de  Troïes  partent  pour  leur 
mission  dans  la  grande  Bretagne,  où  ils  détruisent  l'héré- 
sie Pelagienne.  Mort  de  S.  Honorât  d'Arles  le  16e  jour  de 
janvier.  S.  Hilaire  est  mis  à  sa  place.  S.  Prosper  écrit  sa 
belle  letre  à  Rufin,  et  compose  son  poëme  contre  les  in- 
grats. Sur  la  fin  de  cette  année,  S.  Augustin  répond  à  S. 
Prosper  et  à  Hilaire  par  ses  deux  traités  de  la  prédestina- 
tion des  Saints,  et  du  don  de  la  persévérance,  qu'il  leur  en- 
voie dans  les  Gaules. 

S.    Hilaire  Evêque  d'Arles  prononce  le  panégyrique  de  S. 

Tome  IL  T  t  t  t 


An   de 
tErr  vulg. 


cm 


TABLE 


431. 


432. 


433. 


434. 


43o. 
436. 
437. 


Honorât  son  prédécesseur.  Un  Anonyme  écrit  les  Actes  de 
S.  Saturnin  Evoque  de  Toulouse  et  Martyr.  Mort  de  Cy- 
there  homme  de  Jetres,  et  de  S.  Arnaud  Evêque  de  Bour- 
deaux.  Cassien  commence  à  écrire  ses  sept  livros  sur  l'In- 
carnation. Claudius  Marius  Victor  et  Corvinus  enseignent 
la  Rhétorique  à  Marseille.  S.  Germain  et  S.  Loup  revien- 
nent de  la  grande  Bretagne  dans  les  Gaules.  Naissance  de 
S.  Sidoine  depuis  Evêque  de  Clermont  en  Auvergne,  le  5' 
jour  de  Novembre.  Certains  Gaulois  ennemis  de  la  doctri- 
ne de  S.  Augustin,  jettent  dans  le  public  15  propositions 
pour  la  décrier.  S.  Prosper  y  répond  sur  la  fin  de  cette 
année. 

Mort  de  S.  Paulin  Evêque  de  Noie  le  22e  jour  de  Juin.  Ura- 
ne  Prêtre  de  Noie  écrit  la  relation  de  celte  mort.  Paca- 
tus  Poëte  Gaulois,  entreprend  d'écrire  la  vie  du  même 
Saint.  Un  nommé  Vincent,  renouvelle  les  calomnies  déjà 
répandues  contre  la  doctrine  de  S.  Augustin  et  réfutées 
par  S.  Prosper,  qui  réfute  celles-ci  sur  le  champ  comme 
les  autres.  Il  fait  aussi  l'épitaphe  des  hérésies  de  Pelage  et 
de  Nestorius.  11  répond  aux  difficultés  que  ceux  de  Gènes 
lui  avoient  proposées,  et  va  à  Rome  avec  Hilaire  son  Col- 
lègue, reclamer  l'autorité  du  saint  Siège  contre'  les  enne- 
mis de  S.  Augustin  et  de  sa  doctrine. 

S.  Prosper  revient  de  Rome  avec  une  letre  du  Pape  S.  Cé- 
lestin  aux  Evêques  des  Gaules  en  faveur  de  la  doctrine  de 
S.  Augustin.  Les  Semipelagiens  des  Gaules  ne  laissent  pas 
de  continuer  à  décrier  la  doctrine  de  ce  Saint  docteur.  S. 
Eucher  écrit  sa  belle  letre  à  Valerien.  S.  Maxime  est  élu 
Evêque  de  F ré jus,  mais  il  évite  son  ordination  par  la  fuite. 
S.  Prosper  réfute  la  13e  Conférence  de  Cassien. 

S.  Maxime,  d'Abbé  de  Lerins  est  fait  Evêque  de  Ries.  Fauste 
lui  succède  dans  la  dignité  d'Abbé  de  Lerins.  S.  Prosper 
écrit  son  commentaire  sur  les  Pseaumes. 

Mort  de  Jean  Cassien,  Abbé  à  Marseille.  Vincent  de  Lerins 
écrit  son  beau  Mémoire  ou  Avertissement.  On  peut  meUre 
en  celte  année  l'ordination  de  S.  Eucher  Evêque  de  Lyon. 

Un  anonyme  écrit  les  Actes  de  S.  Victor  Martyr  à  Marseille. 

Naissance  du  Comte  Ecdire. 

S.  Valerien  est  fait  Evêque  de  Cemele  ou  Cimiès  cette  année- 
ci,  ou  la  suivante  ou  plus  tard.  Naissance  de  S.  Rémi, 
depuis  Evêque  de  Reims. 


,4n   df 

l'Ere  vultj. 

'438. 


439. 


i40. 


441 


442. 


443. 
444. 


445. 


446. 


CHRONOLOGIQUE 


699 


S.  Auspice  est  élevé  sur  le  siège  episcopal  de  Toul.  Quintien 
célèbre  Poëte  de  Ligurie  se  retire  dans  les  Gaules,  et  y 
brille   par   son    talent   pour   la  poésie. 

Tenue  d'un  Concile  à  Ries  sur  l'affaire  d'Armentaire  d'Em- 
brun. S.  Hilaire  d'Arles  y  préside.  Le  Prêtre  Vincent  qui 
a  écrit  sur  les  Pseaumes,  se  trouve  à  ce  Concile.  Julien  d'E- 
clane  chassé  d'Italie  par  le  Pape  S.  Sixte,  se  retire,  dit-on,  à 
Lerins.  Théodoric  l'ancien  Roi  des  Gols  envoie  S.  Orient 
en  ambassade  vers  Aëce  et  Littorius,  Généraux  de  l'ar-- 
mée  Romaine.    Avite  est  fait  Préfet  des  Gaules. 

Arnobe  le  jeune  commence  à  paroitre  dans  le  monde.  S.  Léon 
élu  Pape  prend  S.  Prosper  pour  son  Secrétaire.  S.  Salone 
est  fait  Evêque  de  Genève.  Domnule  Poëte  Africain  se  re- 
tire dans  les  Gaules,  où  il  finit  ses  jours.  Salvien  écrit  ses 
quatre  livres  contre  l'avarice. 

1  Concile  d'Orange  auquel  préside  S.  Hilaire  d'Arles. 
S.  Veran  est  fait  Evêque  de  Yence.  S.  Eucher  leur 
père  écrit  pour  eux  ses  institutions  sur  l'Ecriture 
sainte. 

Les  Bourguignons  se  laissent  infecter  de  l'hérésie  Arienne, 
peut-être  par  leur  commerce  avec  les  Gots.  I  Concile  de 
Vaison. 

III  Concile  d'Arles  sous  S.  Hilaire. 

Concile  de  Besançon  contre  Quelidoine  Evêque  de  la  Ville. 
S.  Hilaire  d'Arles  fait  le  voïage  de  Rome ,  pour  y  soutenir 
le  jugement  rendu  dans  ce  Concile.  S.  Rustique  entreprend 
de  rebâtir  l'Eglise  de  Narbone.  S.  Léon  emploie  S.  Pros- 
per pour  régler  la  contestation  sur  le  jour  de  Pâque  de  l'an- 
née suivante. 

Eusebe  enseigne  la  philosophie  à  Lyon.  Il  a  entre  ses  disciples 
Sidoine  depuis  Evêque  de  Cleimont ,  et  plusieurs  autres 
personnes  de  la  première  qualité.  Hoene  et  Viclor  donnent 
au  même  endroit  des  leçons  de  poétique.  Mort  de  Claudius 
Marius  Victor  Poëte  Chrétien,  et  de  Consence  I,  Poëte, 
Orateur  et  Philosophe.  S.  Orient  Evêque  d'Auch  a  pu  vi- 
vre jusqu'ici.  S.  Hilaire  revient  de  Rome  à  son  Eglise.  Le 
Pape  S.  Léon  écrit  contre  lui  aux  Evêques  des  Gaules,  et 
obtient  de  l'Empereur  un  rescrit  contre  le  même  S.  Evê- 
que. Celui-ci  se  justifie  par  divers  écrits,  et  dépuleàRome 
le  Prêtre  Ravenne. 

S.  Germain  d'Auxerre  retourne  dans  la  grande  Bretagne  avec 

T  ttt  ij 


.4  ri   de 
l'Ere  vutg. 


447. 


700 


TABLE 


448. 


449. 


450. 


451. 


45 


S.  Severe  de  Trêves,  pour  y  détruire  le  reste  du  Pélagianis- 
me.  S.  Eucher  écrit  les  Actes  du  Martyre  de  S.  Maurice  et 
de  ses  compagnons. 

Consence  II  est  appelle  à  la  Cour  de  l'Empereur  Valenti- 
nien  III,  qui  l'envoie  en  ambassade  vers  l'Empereur  Théo- 
dose le  jeune.  S.  Hilaire  d'Arles  et  S.  Maxime  de  Ries  se 
trouvent  à  Lerins  à  la  mort  de  S.  Caprais.  Naissance  de  S. 
Maixent  depuis  abbé  en  Poitou. 

S.  Germain  d'Auxerre  va  à  Ravenne  trouver  l'Empereur,  et 
y  meurt  le  31e  jour  de  Juillet.  Salvius  ou  Silvius  Evêque 
d'Octodure  compose  un  Kalendrier  sacré  et  profane.  Gra- 
tus  ou  Graecus  Diacre  en  Provence  consulte  Fauste  Abbé 
de  Lerins,  qui  répond  à  ses  difficultés.  S.  Rustique  achevé 
l'édifice  de  l'Eglise  de  Narbonne. 

Mort  de  S.  Hilaire  d'Arles  le  5e  jour  de  Mai.  Edese  Poëte 
Chrétien  écrit  sa  vie  en  vers.  Ravennes  est  fait  Evêque  à 
la  place  de  S.  Hilaire  ,  et  écrit  au  Pape  S.  Léon  sur  sa  pro- 
motion. Nicet  Orateur  prononce  ie  panégyrique  du  Con- 
sul Astere.  Plusieurs  Evêques  des  Gaules  écrivent  à  S.  Léon 
sur  le  différend  entre  les  Eglises  d'Arles  et  de  Vienne.  Ce 
S.  pontife  leur  répond  par  sa  lettre  109e.  Naissance  de  S. 
Eugende  ou  Oyand ,  depuis  Abbé  de  Condat. 

Le  Pape  S.  Léon  envoie  dans  les  Gaules  sa  belle  letre  à  Fla- 
vien,  et  quelques  autres  écrits  sur  l'hérésie  d'Eutyches.  On 
la  lit  publiquement  dans  les  Eglises,  et  plusieurs  tant  Evê- 
ques que  simples  particuliers  eu  font  des  copies.  Mort  de  S. 
Eucher  Evêque  de  Lyon  et  de  Vincent  de  Lerins.  Pallade 
écrit  ses  livres  sur  l'agriculture,  el  un  Anonyme  les  Actes 
de  S.  Symphorien  Martyr  à  Autun.  Musée  Prêtre  de  Mar- 
seille fait  l'ornement  de  cette  Eglise  par  son  sçavoir.  To- 
nance  Ferréol  exerce  la  Préfecture  dans  les  Gaules. 

Concile  dans  les  Gaules  au  sujet  de  la  letre  de  S.  Léon  à 
Flavien.  Ravenne  Evêque  d'Arles  préside  à  ce  Concile.  S. 
Léon  écrit  au  même  Evêque,  sur  le  jour  auquel  il  falloit 
célébrer  la  pâque  l'année  suivante.  S.  Prosper  compose  ses 
Epigrammes  et  fait  le  Recueil  de  ses  Sentences.  S.  Euphro- 
ne  est  ordonné  Evêque  d'Autun.  S.  Loup  Evêque  de  Troïes 
défend  par  ses  prières  sa  ville  épiscopale  contre  les  rava- 
ges d'Attila.  Ce  Roi  Barbare  le  mène  jusqu'au  Rhein ,  puis 
le  renvoie  à  son  Eglise. 

S.  Léon  écrit  aux  Evêques  des  Gaules  sur  la  condamnation 


An  de 
l'Ert  eufj. 


CHRONOLOGIQUE. 


701 


453. 


454. 


too. 


456. 


457. 


458. 


459. 


de  l'hérésie  cT'Ëutyches.  Syagre  compose  un  traité  de  la 
foi  contre  les  ennemis  de  la  divinité  du  Verbe.  S.  Euphro- 
ne  d'An  tun  écrit  au  Comte  Agrippin  une  letre  que  nous 
n'avons  plus,  sur  les  prodiges  qui  avoient  paru  cette  année 
dans  les  Gaules. 

I  Concile  d'Angers.  Talase  Evêque  de  cette  ville  consulte  S. 
Loup  de  Troïes  et  S.  Euphrone  d'Autun  sur  quelques  points 
de  discipline,  auxquels  ils  répondent. 

IV  Concile  d'Arles.  Ravenne  Evêque  de  la  ville  y  préside. 
Pragmace  se  fait  beaucoup  de  réputation  dns  le  barreau  . 
Fauste  encore  Abbé  de.  Lérins  écrit  sa  16e  letre.  Grande 
contestation  sur  le  jour  auquel  on  devoit  célébrer  la  Pâque 
l'année  suivante,  ce  qui  porte  à  recourir  à  S.  Prosper  et  à 
Victprius,  pour  examiner  le  moïen  propre  à  trouver  tous 
les  ans  le  jour  de  cette  solennité. 

Tyro  Prosper  finit  sa  petite  chronique.  Avite  est  déclaré 
Empereur  le  10e  de  Juillet.  Prisque  Valérien  exerce  la  Pré- 
fecture dans  les  Gaules.  Pragmace  homme  d'éloquence  et 
d'érudition  est  fait  son  assesseur.  S.  Prosper  met  la  dernière 
main  à  sa  chronique.  Serran  Orateur  compose  le  panégy- 
rique du  Tyran  Pétrone  Maxime.  Consence  II  est  fait 
Comte  du  Palais  par  l'Empereur  Avite.  Salvien  compose 
ses  livres  de  la  Providence.  Philemace  Avocat  brille  à 
Lyon  par  son  éloquence.  Eriphe  son  gendre  y  cultive  aussi 
les  letres. 

Sidoine  prononce  à  Rome  le  premier  jour  de  Janvier  le  pa- 
négyrique de  l'Empereur  Avite,  qu'il  dédia  aussitôt  à  Pris- 
3ue  Valérien.  Mort  de  S.  Valérien  Evêque  de  Cemele,  et 
e  l'Empereur  Avite.  Un  poète  Anonyme  publie  en  vers  un 
abrégé  sur  les  pierres  précieuses.  Naissance  de  S.  Eleuthe- 
re,  depuis  Evêque  de  Tournai. 

A  la  prière  d'Hilaire  Archidiacre  de  Rome,  Victorius  com- 
pose son  cycle  pascal.  Pierre  célèbre  poëte  est  fait  secré- 
taire d'Etat  sous  Majorien.  Philagre  se  distingue  par  son 
érudition  et  ses    soins    à  former    une  bonne    bibliothèque. 

Un  Anonyme  écrit  une  conférence  entre  un  Catholique  et  un 
Eutychien,  que  l'on  attribue  assez  mal-à-propos  à  Arnobe 
le  jeune.  Sidoine  prononce  à  Lyon  le  panégyrique  de  l'Em- 
pereur Majorien. 

Arnobe  le  jeune  compose  le  fameux  traité  que  l'on  a  depuis 
intitulé  prœdestir\atw.  S.  Eutrope  est  fait  Evêque  d'Orange, 


An    ilt 
VErt  vulg. 


702 


TABLE 


460. 


461. 


462. 


463. 


464. 


et  S.  Mamert  de  Vienne.  Désiré  se  mêle  de  faire  des  vers, 
et <:ntre  en  liaison  avec  Sidoine.  S.  Rémi  est  fait  Evêque  de 
Reims.  Naissance  de  S.  Avite  depuis  Evêque  de  Vienne, 
S.  Mamert  lui  confère  le  saint  baptême. 
Mort  de  Musée  Prêtre  de  l'Eglise  de  Marseille.  Arnobe  le 
jeune  écrit  sur  les  pseaumes.  Paulin  le  pénitent  à  l'âge  de 
84  ans  ou  environ  compose  son  Eucharisticon.  S.  Prosper 
dresse  un  cycle  pascal  que  nous  n'avons  plus.  S.  Loup  Evê- 

3ue  de  Baieux  écrit,  dit-on,  la  vie  de  S.  Raimbert  l'un 
e  ses  prédécesseurs.  Mamert  Claudien  Prêtre  de  Vienne 
fait  l'ornement  de  cette  Eglise  par  sa  piété  et  son  sçavoir. 
Sidoine  est  fait  Comte  du  Palais  par  l'Empereur  Majorien. 
Magnus  père  de  Probe  grand  homme  de  letres  est  élevé 
au  Consulat. 

Mort  de  Ravenne  Evêque  d'Arles.  Léonce  lui  succède.  Mort 
de  S.  Rustique  Evêque  de  Narbone  le  26e  jour  d'Octobre. 
Domnule  célèbre  poète  exerce  la  Questure.  Polence  grand 
philosophe,  et  depuis  Préfet  des  Gaules,  épouse  Araneo- 
le.  Sidoine  compose  leur  épithalame.  S.  Perpétue  est  fait 
Evêque  de  Tours.  11  tient  au  mois  de  novembre  un  Con- 
cile dans  sa  ville  épiscopale.  S.  Maxime  Evêque  de  Ries 
meurt  le  27e  jour  de  novembre,  et  laisse  son  siège  à  Fauste, 
qui  est  ordonné  à  sa  place  l'année  suivante. 

Mort  de  S.  Mamertin  Abbé  de  S.  Marien  à  Auxerre,  qui  nous 
a  laissé  l'histoire  de  sa  conversion.  Un  Anonyme  écrit  les 
actes  de  S.  Donatien  et  de  S.  Rogatien  martyrs  à  Nantes.  Le 
pape  Hilaire  et  Léonce  d'Arles  entrent  en  commerce  de 
letres.  Montius  homme  très  -  éloquent  et  Philagre  autre 
homme  d'une  grande  érudition,  entrent  en  commerce  avec 
Sidoine.  Marcellin 'Avocat  à  Narbone,  et  Tttrade  autre 
Avocat  à  Arles,  font  un  des  ornements  de  leur  patrie  par 
leur  érudition  et  leur  probité.  Fauste  Abbé  de  Lerins  est 
ordonné  Evêque  de  Ries  au  commencement  de  cette  an- 
née. Il  est  député  à  Rome  par  Léonce  d'Arles,  et  s'y  trou- 
ve à  un  Concile.  Théodoric  le  jeune,  Roi  des  Visigols,  se 
rend  maître  de  Narbone. 

Mort  de  S.  Prosper  et  du  poète  Livius.  Assemblée  d'un  Con- 
cile sur  l'ordination  d'un  Evêque  à  Die  faite  par  S.  Ma- 
mert de  Vienne.  Léonce  Evêque  d'Arles  y  préside. 

Le  pape  Hilaire  écrit  aux  Evêques  de  plusieurs  provinces  des 
Gaules  sur  l'affaire  de  S.  Mamert  de  Vienne.  Concile  de  la 


An   de 
l'Ere  vutg. 


i65. 


ir.6. 

4f>7. 


4(58. 


409. 


470. 


CHRONOLOGIQUE. 


703 


471 


province  d'Embrun,  dont  nous  n'avons  point  d'actes,  sur 
la  réunion  des  sièges  de  Nice  et  de  Cemele.  S.  Veran  Evê- 
que  de  Vence  y  préside. 

Mort  du  Prêtre  Vincent  qui  a  écrit  sur  les  Pseaumes.  I  Con- 
cile de  Vennes  dans  l'Armorique.  S.  Perpétue  Evêque  de 
Tours  y  préside.  Mort  de  S.  Loup  Evêque  de  Baïeux.  Pau- 
lin de  Perigueux  à  la  prière  de  S.  Perpétue  Evêque  de 
Tours,  met  en  vers  ce  que  S.  Sulpice  avoit  écrit  de  la  vie 
de  S.  Martin. 

Mort  du  poëte  Viclorius  dans  le  Gevaudan.  Lampride  fleu- 
rit à  Bourdeaux ,  où  il  enseigne  la  poétique  et  la  rhéto- 
rique. 

Le  poëte  Héron  fleurit  à  Lyon ,  et  Sapaude  à  Vienne ,  où  il 
enseigne  la  rhétorique.  Sidoine  est  appelle  à  Borne  par 
l'Empereur  Antheme.  Euric  Boi  des  Visigots  choisit  Léon 
pour  son  ministre  d'Etat.  Gennade  Prêtre  de  l'Eglise  de 
Marseille  commence  à  en  faire  l'ornement  par  son  sçavoir. 

Sidoine  prononce  à  Borne  le  premier  jour  de  Janvier  le  pa- 
négyrique de  l' Empereur  Antheme.  Il  est  fait  préfet  de  la 
Ville,  et  publie  bien-tôt  après  le  recueil  de  ses  poésies.  Eu- 
trope  philosophe  est  fait  Préfet  du  peu  qui  restoit  aux  Bo- 
mains  dans  les  Gaules.  Les  Gaulois  députent  à  Borne  To- 
nance  Ferréol ,  Thaumaste  et  Pétrone  contre  le  Préfet  Ar- 
vande. 

Deux  Anonymes  écrivent,  l'un  les  actes  de  S.  Julien  Martyr 
à  Brioude,  l'autre  ceux  de  S.  Ferréol  aussi  Martyr  ;'i  Vien- 
ne. Domice  enseigne  les  belles  letres  en  Auvergne.  L'em- 
pereur Antheme  élevé  Sidoine  à  la  dignité  de  Patrice.  Pro- 
be homme  d'érudition  fait  beaucoup  d'honneur  aux  letres. 
Naissance  de  S.  Césairo,  depuis  Evêque  d'Arles. 

Le  poëte  Victor  est  fait  Questeur  de  l'Empire.  La  décadence 
des  letres  introduit  l'usage  d'abréger  les  gros  ouvrages  des 
anciens,  et  de  se  servir  d'une  espèce  d'éloquence  à  peine 
intelligible.  Mort  de  Victorius  auteur  d'un  cycle  pascal, 
et  de  Bustique  homme  de  letres.  Mamert  Claudien  com- 
pose son  traité  de  la  nature  de  l'ame  contre  Fauste.  S.  Eu- 
phrone  et  S.  Patient  se  trouvent  à  Châlons  sur  Saône  pour 
l'ordination  d'un  Evêque.  Benoît  Paulin  consulte  Fauste 
de  Biès  sur  diverses  questions,  auxquelles  ce  Prélat  répond 
aussi-tôt. 
I  S.  Sidoine  est  fait  Evêque  de  Clermont  en  Auvergne.  S.  Loup 


An    de 
Krt  vulg. 


472. 


704 


TABLE 


473. 


474. 


475. 


476. 


477. 


de  Troïes  lui  écrit  sur  son  ordination.  Pomere  quitte  l'Af- 
frique  sa  patrie,  et  se  retire  à  Arles,  où  il  enseigne  la  rhé- 
torique. 
Mort  de  Consence  II  Comte  du  Palais,  et  de  S.  Salone  Evê- 

3ue  de  Genève.  S.  Sidoine  va  à  Bourges  pour  l'ordination 
'un  Evêque,  et  y  prononce  un  discours  qu'il  envoie  à  S. 
Perpétue  de  Tours.  Institution  des  Rogations  par  S.  Ma- 
mert  Evêque  de  Vienne.  Félix  est  revêtu  de  la  dignité  de 
Patrice,  et  fait  préfet  du  Prétoire.  S.  Porcaire  ou  Porchai- 
re  succède  à  Nazaire  dans  le  siège  Abbatial  de  Lérins. 

Mort  du  poëte  Pierre,  auparavant  secrétaire  d'Etat.  S.  Per- 
pétue bâtit  une  Eglise  en  l'honneur  de  S.  Martin.  S.  Sidoi- 
ne et  Paulin  de  Perigueux'font  des  vers  pour  orner  le  tom- 
beau du  Saint.  S.  Perpétue  y  transfère  son  corps.  Constan- 
ce Prêtre  de  Lyon  fait  un  voiage  à  Clermont  en  Auvergne, 
pour  consoler,  réunir  et  rassurer  ces  peuples  contre  la  ter- 
reur des  Visigots.  Arbogaste  est  élevé  sur  le  siège  épisco- 
pal  de  Chartres.  Megethe  Evêque  Gaulois  fait  l'un  des  or- 
nements des  Gaules  par  ses  lumières  et  son  sçavoir.  Nais- 
sance de  S.  Ennode  depuis  Evêque  de  Pavie. 

Mort  de  Mamert  Claudien  Prêtre  de  l'Eglise  de  Vienne.  S. 
Sidoine  fait  son  épitaphe.  Lucide  Prêtre  en  Provence  tom- 
be en  quelques  erreurs,  et  en  est  repris  par  Fauste  de  Ries. 
S.  Sidoine  établit  dans  son  Eglise  la  cérémonie  des  Roga- 
tions. Ecdice  est  élevé  ù  la  dignité  de  Patrice. 

V  Concile  d'Arles  sur  l'affaire  du  Prêtre  Lucide.  Secondin 
se  fait  de  la  réputation  par  son  talent  pour  la  poësie.  Po- 
leme  est  fait  Préfet  des  Gaules,  L'Auvergne  passe  sous  la 
domination  des  Visigots.  S.  Sidoine  est  envoie  en  exila  Li- 
viane.  Ecdice  quitte  les  Gaules,  et  se  retire  en  Italie  auprès 
de  l'Empereur  Jule  Nepos.  S.  Perpétue  fait  son  testament 
que  nous  avons  encore.  Hespere  poëte  fait  un  des  orne- 
ments de  son  pais  par  son  sçavoir. 

II  Concile  de  Lyon.  Fauste  de  Ries  écrit  son  traité  sur  la' 
grâce.  Mort  de  S.  Euphrone  Evêque  d'Autun  et  du  poëte 
Paulin  de  Perigueux.  S.  Sidoine  fait  un  voiage  à  Bour- 
deaux  et  obtient  du  Roi  Euric  son  retour  à  Clermont. 

Mort  de  S.  Eutrope  Evêque  d'Orange,  et  de  S.  Veran  Evê- 
que de  Vienne.  Gemiade  de  Marseille  compose  son  traité 
des  hommes  illustres.  Verus  succède  à  S.  Eutrope  dans  le 
siège  d'Orange.  Mort 


An  de 
l'Ere  vulg. 

478. 
479. 


480. 


481. 


482. 
483. 

484. 
485. 


486. 

487. 


488. 


CHRONOLOGIQUE. 


705 


Mort  de  S.  Auspice,  Evêque  de  Toul  et  de  S.  Mamert  Évêque 

de  Vienne. 
Mort  de  S.   Loup   Evêque  de  Troïes   le  29e  Juillet  ,  et   de 
Lampride,  poëte  et  rhéteur.  Loup  poëte  et  rhéteur  fait  l'or- 
nement des  villes  de  Périgueux  et  d'Agen.   S.   Sidoine  lui 
adresse  sa  Ietre  sur  la  mort  de  Lampride.  Fauste  de  Ries  lui 
adresse  ses  livres  sur  le  S.  Esprit. 
Mort  de  Sapaude  rhéteur,  et  de  l'Orateur  Nicet.  S.  Patient  Evêque 
de  Lyon  finit  son  épiscopat  et  sa  vie.  Jean  enseigne  les  belles 
letres  dans  cette  partie  des  Gaules  où  regnoient  les  Visigots. 
Antheius   se  distingue  à  Périgueux  par  son  talent  pour  la  poé- 
sie. Constance  Prêtre  de  Lyon  entreprend  d'écrire  la  vie  de 
S..  Germain  Evêque  d'Auxerre. 
Procule  poëte,  qui  s'étoit  retiré  de  Ligurie  dans  les  Gaules,  s'y 
fait  beaucoup  de  réputation  par  ses  vers.  Fauste  Evêque  de 
Ries  est  envoie  en  exil  par  Euric  Roi  des  Visigots.  Bourgui- 
gnon Orateur  commence  à  acquérir  de  la  réputation.  Clovis  I 
succède  à  Childeric  son  père  et  est  reconnu  Roi  des  François. 
S.  Eugène  qui  vint  depuis  mourir  dans  les  Gaules,  est*  fait 
Evêque  de  Carthage. 
Pétrone  célèbre  Avocat  à  Arles  engage  S.  Sidoine  à  publier  le 
huitième  livre  de  ses  letres.  Fauste  écrit  de  son  exil  au  patrice 
Félix  et  à  Rurice  depuis  Evêque  de  Limoges. 
Mort  de  Domnule  poëte,  et  de  Severien  aussi  poëte  et  rhéteur. 
S.  Honorât  est  fait  Evêque  de  Marseille.  S.  Sidoine  à  la 
prière  de  Firmin  homme  d'érudition,  publie  le  9e  livre  de 
ses  letres. 
Mort  de  Léonce  Evêque  d'Arles,  à  oui  succède  S.  Eone.  S.  Ru- 
rice est  élevé  sur  le  siège  épiscopal  de  Limoges.  Fauste  sort  de 
son  exil,  et  retourne  à  son  Eglise. 
Mort  du  philosophe  Poléme,  et  du  Prêtre  Salvien.  S.  Honorât 
Evêque  de  Marseille  écrit  la  vie  de  S.  Hilaire  d'Arles.  S. 
Rurice  écrit  à  S.  Eone  d'Arles  et  à  Pomere,  pour  attirer  ce 
dernier  à  Limoges. 
Mort  de  Tonance  Ferreol  préfet  des  Gaules. 
Le  Prêtre  Constance  publie  la  vie  de  S.  Germain  d'Auxerre,  qu'il 
tenoit  cachée  après  y  avoir  mis  la  main  dès  480.  S.  Césaire 
reçoit  la  tonsure  de  la  main  de  Sylvestre,  Evêque  de  Châlons 
sur  Saône. 
Mort  de  Constance  Prêtre  de  Lyon,  et  de  S.  Sidoine   Evêque 
de  Clermont.  S.  Gilles,  Abbé,  retiré  dans  la  Gaule  Narbo- 
Tome  II.  V  u  u  u 


An   de 

l'Ere  vutg. 


489. 

490. 
491. 

492. 
493. 


706 


TABLE 


494. 


495. 
496. 


497. 


498. 


noise,  s'y  rend  recommandable  par  la  sainteté  de  sa  vie. 

Pragmace  et  Pétrone  après  avoir  illustré  leur  patrie  par  leur  élo- 
quence et  leurs  autres  rares  talents,  finissent  leurs  jours.  Loup 
célèbre  poëte  et  rhéteur  les  suit  de  près.  S.  Césaire  se  retire  à 
Lérins  sous  l'abbé  S.  Porcaire. 

Mort  de  Fauste  Evêque  de  Ries.  S.  Avite  est  élevé  sur  le  siège 
épiscopal  de  Vienne.  Naissance  de  S.  Gildas,  surnommé  le 
Sage,  depuis  Abbé  dans  l'Armoiïque. 

Mort  de  S.  Perpétue  Evêque  de  Tours.  Pomere  est  fait  Abbé 
d'un  Monastère  près  d'Arles.  Clovis  subjugue  les  Thurin- 
giens.  S.  Ennode  entre  dans  le  mariage  et  y  renonce  peu 
après. 

Mort  de  Léon  ministre  d'Etat  sous  Euric  et  Alaric  Rois  des  Visi- 
gots.  Gennade  de  Marseille  écrit  son  traité  des  dogmes  ecclé- 
siastiques, et  l'adresse  au  pape  S.  Gélase. 

Mort  de  Gennade,  Prêtre  de  l'Eglise  de  Marseille.  S.  Rustice  ou 
Rustique  succède  à  S.  Lupicin  dans  le  siège  épiscopal  de 
Lyon.  Clovis  épouse  sainte  Clotilde.  Pomére  à  la  prière  de 
Julien  Evêque  de  Carpentras  écrit  son  traité  de  la  vie  contem- 
plative. 

L'affaire  d'Acace  de.  Constantinople  agite  les  Eglises  des  Gau- 
les, et  exerce  la  plume  de  nos  Evoques.  Mort  de  S.  Ho- 
norât, Evêque  de  Marseille.  S.  Ennode  est  fait  Diacre  par 
S.  Epiphane,  Evêque  de  Pavie,  qu'il  accompagne  dans  les 
Gaules. 

Mort  de  Probe  homme  d'érudition,  et  de  Syagre  autre  homme 
de  letres.  Naissance  de  S.  Nicet  ou  Nicesse  depuis  Evêque 
de  Trêves. 

Mort  de  Consence  III,  poëte.  Clovis  défait  les  Allemans ,  se 
convertit  à  la  foi  et  reçoit  le  baptême  de  la  main  de  S.  Rémi. 
Alboflede  sœur  du  Roi  et  trois  mille  François  sont  aussi  bap- 
tisés. S.  Eluthere  est  fait  Evêque  de  Tournai.  Naissance  de  S. 
Germain  depuis  Evêque  de  Paris. 

Mort  du  poëte  Hespére,  et  du  patrice  Félix.  S.  Rémi  écrit 
au  Roi  Clovis  sur  la  mort  de  sa  sœur.  S.  Ennode  écrit  à 
l'Abbé  Pomere,  pour  le  prier  de  lui  envoïer  quelque  ouvrage 
de  pieté  de  sa  façon. 

Mort  de  Verus  Evêque  d'Orange.  S.  Eone ,  Evêque  d'Arles 
attache  à  son  Eglise  S.  Césaire,  qui  est  bien-tôt  élu  Abbé 
à  la  place  de  Pomere,  mort  à  la  fin  de  cette  année.  Clo- 
vis établit  le  monastère  de  Micy  ou  S.  Mesmin  près  d'Or- 


An  t*  ta 
fond.deRo. 


CHRONOLOGIQUE. 


707 


'm. 


500. 


leans.  S.  Euspicc  en  est  fait  premier  Abbé.  S.  Eugène  Evêque 
de  Carthage  est  exilé  dans  les  Gaules  et  choisit  la  ville  d'Albi 
pour  le  lieu  de  sa  retraite. 

S.  Rustice  Evêque  de  Lyon  meurt  le  25  d'Avril  ;  et  Etienne  est 
mis  h  sa  place.  Il  se  tient  à  Lyon  au  commencement  de  Sep- 
tembre une  célèbre  conférence  entre  les  Evêques  Catholiques 
et  les  Ariens.  S.  Avite  de  Vienne,  S.  Eone  d'Arles,  Etienne  de 
Lyon  et  divers  autres  Prélats  s'y  trouvent. 

Mort  de  Firmin  homme  de  letres.  S.  Porcaire  Abbé  de  Lérins 
finit  ses  jours ,  et  laisse  quelques  écrits  pour  l'instruction 
de  ses  Moines.  Gondebaud  Roi  de  Rourgogne  tuë  son  frère 
Gondegisile,  chasse  les  François  de  Vienne ,  s'assure  le 
roïaume  de  Rourgogne,  et  fait  des  loix  pour  y  établir  le  bon 
ordre.  Deux  Anonymes  écrivent,  l'un  la  vie  de  S.  Paul 
premier  Evêque  de  Narbone ,  et  l'autre  celle  de  S.  Loup 
Evêque  de  Troïes. 


FIN. 


V  uuuij 


TABLE 

DES   AUTEURS 


ET  DES  PRINCIPALES  MATIÈRES 


CONTENUES  DANS  CE  VOLUME. 


SAint  Abbon,  Abbé  de  Fleuri,  écrit  snr  le 
cycle  pascal  de  Victorius,  427. 

Ablave,  Consul,  son  distique  contre  l'Em- 
pereur Constantin,  503. 

Abtahatn,  AJbbé  en  Auvergne,  36.  S.  Si- 
doine fait  son  éloge,  599. 

Abreviateurt  communs  au  V  siècle,  31. 
Exécutent  leur  dessein  en  différentes  ma- 
nières, 32.  Leur  travail  estimé  de  quelques- 
uns,  33.  Blâmé  de  quelques  autres,  ibid. 
Favorise  la  paresse  et  entretient  l'ignorance, 
ibid. 

Acace  de  Constantinople,  suites  fâcheuses 
de  sa  déposition  dans  toute  l'Eglise,  677. 

Aeadémieiem,  caractère  de  ces  Philoso- 
phes, 66. 

Aict,  Général  de  l'armée  Romaine,  combat 
les  Barbares  répandus  dans  les  Gaules,  333. 
Quihtien  fait  trois  fois  son  Panégyrique, 
574.  Son  respect  pour  S.  Orient,  253. 

Age*,  son  Ecole,  39.  40.  583.  584.  Grands 

Hommes  qui  en  Sont  sortis,  316.  583.  584. 

Agiton,  Comte  de  Tours,  613.  624.  625. 

Agrée»,  Eveque  de  Sens,  préside  à  l'élec- 
tion de  Simpllce  de  Bourges,  564. 

Agrice,  ou  Agrice.  A  qui  Salvien  adresse 
no*  dé  sel  létres,  528. 

Agricole,  Eveque  Breton,  répand  le  Pola- 
gianisme  dans  la  grande  Bretagne,  153,  258. 

*  8 


Agricole,  frère  du  Comte  Ëcdice  et  beau- 
frère  do  S.  Sidoine,  578. 579. 

Agriculture,  écrits  qui  en  traitent,  299-301 . 

Agrippin,  à  qui  S.  Euphrone  adresse  une 
relation  des  prodiges  qui  parurent  en  452. 
468. 

S.  Aignan,  Eveque  d'Orléans,  S.  Sidoine 
fait  son  éloge,  563. 

Ainai,  ancienne  Abbale,  aujourd'hui  Col- 
légiale A  Lyon,  36.  37. 

A  tarie,  Roi  des  Visigots,  successeur  d'Eu- 
ric,  631. 

S.  Albin,  Eveque  de  CbAlons  sur  Marne, 
disciple  de  S.  Loup  de  Troïcs,  490.  691. 

Albin,  Eveque  de  Treguier  ;  se  trouve  au 
I  Concile  de  Venues,  416. 

Albiton,  disciple  de  S.  Euphrone  Eveque 
d'Autun,  peut-être  Eveque  de  Langres,  466. 
467. 

Alcimt,  ou  Alchime,  fille  de  S.  Sidoine, 
552. 

Alethe,  Eveque  de  Cahors,  83.  Son  ordi- 
nation,'84.  Ses  liaisons  avec  S.  Paulin  de 
Noie,  83.  84.  Avec  S.  Jérôme,  ibid.  Votez 
son  éloge,  83-84.  Ses  écrits,  ibid. 

S.  Alexandre,  Martyr  A  Lyon,  145.  En 
quel  temps  ont/  été  écrits  les  actes  de  son 
martyre,  146. 

Alexandre,  Solitaire  dans  les  Gaules,  143. 
Auparavant  Avocat,  144.  En  relation  avec 
S.  Jérôme,  144.  145.  Votez  son  éloge,  143, 


710 


TABLE  DES  MATIÈRES. 


145.  S.  Jérôme  lai  adresse  son  commen- 
taire sur  Malachie,  145. 

Alcasie,  Dame  Gauloise,  s'applique  par- 
ticulièrement a  l'étude  de  l'Ecriture,  4-5.  En 
commerce  de  literature  avec  S.  Jérôme,  5  ; 
son  caractère,  ibid. 

Alittique,  oncle  de  S.  Loup  Evêque  de 
Troles,  486. 

Alode,  Evêque  d'Araerre,  *  367.  368. 

Aloge,  Abbé  à  Auxerre,  ne  doit  pas  être 
confondu  avec  le  précèdent,  *  367.  368. 

S.Amahd,  Evêque  de  Bourdeaux,  sa  pieté 
dès  l'enfance,  175.  Ses  liaisons  avec  S.  Jé- 
rôme, 176.  Avec  S.  Paulin  de  Noie,  177. 
Convertit  celui-ci  et  le  catéchise,  175, 176. 
Son  ordination,  177.  Votez  son  éloge,  175- 
178.  Ses  écrits,  178-179. 

Amand,  ami  du  Poêle  Sancte,  différent  de 
S.  Amand  Evêque  de  Bourdeaux,  55.  179. 
A  contribué  à  nous  conserver  les  letres  de 
S.  Paulin  de  Noie,  56. 

Amande,  femme  d'Aper  Prêtre  en  Aqui- 
taine, 190.  201. 

Amandin,  Evêque  de  Chalons  sur  Marne, 
assiste  an  I  Concile  de  Tours,  *  365. 

S.  Amateur,  Evêque  d'Auxerre,  sa  con- 
duite envers  S.  Germain,  257.  Le  désigne 
pour  son  successeur,  ibid. 

S.  Ambroùe  de  Milan  en  commerce  de 
letres  avec  S.  Phébade  d'Agen  et  S.  Delpbin 
de  Bourdeanx,  45.  On  lui  attribue  le  livre 
de  la  vocation  des  Gentils,  397.  Mais  il  n'en 
est  point  Auteur,  398.  Vend  les  vases  sacrés 
pour  soulager  les  pauvres,  264. 

L'Ame,  son  origine,  641 .  Erreurs  d'Ori- 
genes  et  d'autres  à  ce  sujet,  ibid.  Ecrits 
touchant  sa  nature,  446-448.  673.  674.  Di- 
verses questions  à  ce  sujet,  673.  Elle  n'est 
point  corporelle,  446.  447.  462-464.  Eut  de 
Came  après  la  mort,  464. 

L'Amitié,  ses  caractères,  557.  558.  L'A- 
mitié chrétienne,  son  caractère,  527.  Elle 
devient  quelquefois  un  sujet  de  haine,  ibid. 

Angers,  il  s'y  tient  un  Concile,  322.  Ses 
Canons,  ibid.  Evêques  qui  s'y  trouvèrent, 
ibid. 

Les  Ange i,  opinion  de  Mam.  Claudien sur 
leur  nature,  448.  Leur  ministère,  346. 

L'Année  composée  de  plus  ou  de  moins 
de  mois  ehex  les  anciens  peuples,  296. 

Airamit,  Auteur  des  actes  de  S.  Alexan- 
dre et  de  saint  Epipode,  145.  En  quel  temps 
il  a  écrit,  146.  Foies  son  article  145-147. 

Anontmi,    Auteur  des  actes  des  saints 


Donatien  et  Rogatien  Martyrs  à  Nantes,  407 
Votez  son  article,  407.  408. 

Anonyme.  Auteur  des  actes  de  saint  Fer- 
reol  Martyr  à  Vienne,  422.  En  quel  temps  il 
a  écrit.  Votez  son  article,  422.  423. 

Anonyme,  Auteur  des  actes  de  saint  Ju- 
lien Martyr  à  Brioude,  sa  patrie,  421.  Votez 
son  article  420.  421. 

Anonyme,  Auteur  de  la  vie  de  saint  Loup 
Evêque  de  Truies,  690.  Sa  patrie,  ibid. 
Temps  où  il  écrivoit,  690.  691.  Mérite  du 
son  ouvrage.  Votez  son  article,  690-692. 

Anoxm,  Auteur  de  la  vie  de  saint  Paul 
Evêque  de  Narbone,  689.  Temps  où  il  écri- 
voit, 689.  690.  Mérite  de  son  ouvrage.  Votez 
son  article,  ibid. 

Anonyme,  Poêle  Chrétien,  76.  Sa  patrie. 
ibid.  Sa  conversion  et  sa  pieté.  Votez  son 
éloge,  76-79.  Ses  écrits,  79-82.  Mal  attribués 
à  saint  Prosper,  79-81. 

Aitiwmre,  autre  Poète,  son  pays,  248.  Eloge 
de  ses  Poésies,  249. 

Anonyme,  Auteur  des  actes  de  saint  Sa- 
turnin Evêque  de  Toulouse,  161.  Temps  où 
il  a  écrit,  162.  Son  mérite,  161 .  162.  Votez 
son  article,  161-163. 

Aitoimrs,  Auteur  des  actes  de  saint  Sym- 
phnrien,  303-304.  Etoil  d'Autun,  304.  Sa 
manière  d'écrire,  303.  304.  Votez  son  article. 
ibid. 

Anonyme,  Auteur  des  actes  de  saint  Victor 
Martyr  à  Marseille,  230-232.  Etoit  de  la 
même  Ville,  231 .   Son  ouvrage  attribué  à 

Cassien,  l'oia". 

Anonyme,  Auteur  des  actes  de  saint  Vin- 
cent Martyr  a  Agen,  316.  317.  Sa  patrie,  316. 
Votez  son  article,  316.  317. 

V  Antéchrist,  sa  venue,  126.  Durée  de  son 
règne,  127. 

Anthémis,  Poète,  sa  patrie,  537.  Son 
grand  talent  pour  la  versification,  ibid. 
Votez  son  éloge,  537.538.  Ses  écrits,  ibid. 

Antheme,  Empereur,  son  panégyrique  par 
saint  Sidoine,  553.  559.  560. 

Antiole,  Evêque  peut-être  dans  la  Bel- 
gique, élevé  de  Lerins,  38. 

L'Antiquité,  un  des  caractères  de  la  foi 
Catholique  et  de  la  verilé,  307.  309. 

Antoine,  Evêque  Gaulois,  député  à  Rome, 
410.  412.  Se  trouve  au  Concile  contre  saint 
Mamert,  410. 


TABLE  DES  MATIÈRES. 


7*1 


Antoine,  ami  «le  saint  Jérôme,  peut  être 
Auteur  d'un  Poème  attribué  à  saint  Paulin 
de  Noie,  193. 

Ara,  Prêtre  en  Aquitaine,  sa  patrie,  199. 
Sa  conversion,  200.  Son  ordination,  801. 
Différent  de  saint  Erre  Evêque  de  Toul, 
ibid.  Votez  son  éloge,  190-202.  Ses  écrits! 
201. 

Ape r,  Moine,  différent  du  précèdent,  201 . 

Aper,  disciple  de  saint  Augustin,  ses  liai- 
sons avec  saint  Eutrope  d'Orange,  474. 

Aper,  ami  de  saint  Paulin  de  Noie.  Salvien 
lui  adresse  une  de  ses  letres,  529. 

S.  Apollinaire,  Evêque  de  Valence,  se 
trouve  à  la  conférence  de  Lyon,  678. 

-  Apollinaire,  aïeul  de  saint  Sidoine,  ses 
vertus  et  ses  dignités,  550,  559.  Son  union 
avec  la  famille  de  saint  Ruslice  de  Lyon, 
676. 

Apollinaire,  fils  de  saint  Sidoine,  552. 
Son  uuion  avec  la  famille  de  saint  Rustice 
de  Lyon,  676. 

Apollinaire,  Homme  de  Letres,  parent  de 
saint  Sidoine,  575,  qui  lui  adresse  plusieurs 
letres,  ibid. 

Apollonius  de  Tyane,  sa  vie  traduite  de 
Grec  en  Latin  par  saint  Sidoine,  567.  630. 

Aquilin,  père  de  saint  Rustice  Evèque  de 
Lyon,  sa  famille  fort  liée  avec  celle  de  saint 
Sidoine,  675.  676.  Ami  particulier  du  même 
el  son  condisciple,  551 . 

Les  Aquitaine»,  autrefois  nommées  Ar- 
moriques,  142. 

Araneole,  femme  de  Poleme,  son  éloge, 
514. 515.  Sidoine  compose  leur  épitlialame 
515.  560. 


Auogaste  ou  Abvocaste,  Comte  de  Trê- 
ves, 479.  Puis  Evêque  de  Chartres,  548. 
550.  Sa  naissance,  548.  Ses  liaisons,  479. 
'  519.  Son  ordination,  550.  Son  éloquence, 
5*9.  S.  Auspiee  de  Toul  lui  écrit,  479.  480. 
Votez  son  éloge,  549-550. 

Arcade  de  Vence,  assiste  au  Concile  de 
Ries,  233. 

Arcade,  fils  d'Apollinaire  et  petit-fils  de 
saint  Sidoine,  552. 

Arconte.  Soudiacre  de  l'Eglise  d'Angers, 
491. 

Arede,  fauteur  des  Ariens,  quoique  Ca- 
tholique, 681. 

Argentaire,  femme  de  Lucain,  638. 
Arien»,  leurs  ravages  en  Occident,  307. 
Confondus   dans  une   conférence  tenue  a 


Lyon,  680-683.  Quelques-uns  se  convertis- 
sent, 683. 

Xn'oe,  père  d'Arbogaste  Evêque  de  Char- 
tres, 548. 

L'Arithmétique,  idée  qu'on  en  avoit  an 
V  siècle,  30. 

Arles,  lieu  de  la  résidence  du  Préfet  des 
Gaules,  154.  Lieu  de  l'assemblée  des  cinq 
Provinces,  582.  Assiégé  par  Thorimond  Roi 
des  Gots,  541.  Grands  Hommes  qui  eu  sont 
sortis,  352.  354.  577.  581.  582.  684.  Son 
Evêque  Primat  des  Gaules,  154.  355.  Avoit 
le  pouvoir  d'assembler  le  Concile  des  cinq 
Provinces,  240.  En  différend  avec  Vienne 
au  sujet  de  la  Primatie,  43.  Ce  différend 
soutenu  avec  chaleur  de  part  etd'antre,  ibid. 
On  y  tient  un  Concile  au  sujet  du  Pela- 
gianisme,  152-155.  Un  autre  qui  est  le  III, 

239.  Epoque  de  sa  tenue,  ibid.  Ses  Canons,' 

240.  241.  Son  autorité,  ibid.   IV  Concile 
323.  324.  V.  Concile,  456-459. 

Armentaire,  Evêque  d'Auch,    succède  à 
saint  Orient,  251.  253. 

Armentaire,  ordonné  Evêque  d'Embrun 
contre  les  Canons,  232.  233. 

Armoriquei,  nom  que  portoient  autrefois 
les  Aquitaines,  142. 

Arnobe  l'ancien,  temps  où  il  vivoit,  343. 
Différent  de  celui  qui  suit,  ibid. 

Arnobe  le  jeune,  Prêtre,  son  pays,  342. 
Temps  ou  il  vivoit,  343.  Son  caractère,  343. 
344.  Votez  l'histoire  de  sa  vie,  342-344. 
S..S  écrits,  344-351.  Leurs  éditions,  346. 
347.  350.  351.  Sa  doctrine,  345.  346.  349. 
350.  Sa  manière  d'écrire,  344.  346. 

Arvande,  autrefois  Préfet  des  Gaules,  ac- 
cusé de  peculat,  541.  582. 

Asclepe,  Evêque  d'Apt,  assiste  au  I V  Con- 
cile d'Arles,  324. 

L'Astrologie  judiciaire,  curiosité  crimi- 
nelle, qui  met  en  danger  d'abandonner  la 
foi,  495.  496.  564. 

Athenie,  Evêque  de  Rennes,  assiste  au  I 
Concile  de  Tours,  *  365  et  au  I  de  Venues, 
416. 

Attale  reprend  la  pourpre  dans  les  Gaules 
sans  néanmoins  aucun  pouvoir,  365. 

Attila  met  le  siège  devant  Orléans,  556. 
S.  Sidoine  entreprend  l'histoire  de  ce  siège, 
et  ne  la  finit  pas,  ibid. 

A  t tique,  femme  de  Magnus  Félix,  se  retire 
à  Rome,  659. 

L'Avariée,  Traité  de  Salvien  contre  ce 
vice,  522-524.  Fort  commune  dans  l'Eglise 
au  V  siècle,  522. 


712 


TABLE  DES  MATIRHKS 


S.  Aubin,  Evêque  do  Cn&lons  sur  Marne, 
Voïez  Albin. 

VAvent,  origine  de  ce  saint  temps,  627. 

S.  Aventin,  disciple  de  saint  Loup  de 
Troïes,  490. 

S.  Augmtal,  qu'on  fait  sans  fondement 
Evèque  d'Arles,  356. 

S.  Augustin,  Ses  liaisons -avec  les  Sça- 
vants  des  Gaules,  4.  16.  92*  129. 173.  187. 
188.  209-211.  213-214.  271.  Ecrit  en  leur 
faveur  ses  livres  de  la  Prédestination,  et  du 
don  de  la  persévérance,  16.  Sort  de  ces  deux 
livres,  ibid.  Lcnr  envoie  ceux  de  la  grâce 
et  du  libre  arbitre,  avec  ceux  des  rétracta- 
tions, de  la  correction  et  de  la  grâce,  11. 
211.  Sort  de  ce  dernier,  11.  Ce  qui  lui  fit  com- 
poser son  ouvrage  de  la  Cité  de  Dieu,  79.  80. 
Ses  livres  entre  les  mains  des  femmes  comme 
des  Sçavants,  23.  Vend  les  vases  sacrés  pour 
soulager  les  pauvres,  264.  Contribue  le  plus 
i  la  conversion  de  Leporius,  166. 167.  Com- 
bat le  Semipelagianisme,  11.  Sa  doctrine 
approuvée  et  suivie  par  l'Eglise  Romaine, 
598.  Tend  à  humilier  l'homme,  10.  L'Eglise 
l'oppose  aux  Pclagicns,  10.  Aux  Sémipela- 
giens,  14,  qui  la  combattent,  14-20.  Eloge 
de  ce  Saint,  14.  16.  19.  348.  371.  379.  Un 
des  oracles  des  Chrétiens,  4.  Qui  ose  le 
reprendre,  se  condamne  soi-même,  348. 

Avitac,  maison  de  campagne  de  saint  Si- 
doine, 552. 

S.  Avite,  depuis  Evêque  de  Vienne,  bap- 
tisé par  saint  Mamert,  482.  Assiste  à  la 
conférence  de  Lyon,  678.  Y  fait  le  principal 
personnage,  679.  680.  Confond  les  Ariens, 
680-682.  Ecrit  sur  la  Genèse,  247.  Contre 
Fauste  de  Ries,  463.  464.  594.  597.  Son 
éloge.  Un  autre  Ciceron  pour  l'éloquence, 
680. 

Avite,  Empereur,  sa  naissance  et  son  édu- 
cation, 333.  Son  éloquence,  333.  334.  Ses 
charges,  333.  Parvient  à  l'Empire,  334.  Sa 
mort,  ibid.  Votez  son  éloge,  333-335.  Son 
panégyrique  par  saint  Sidoine,  362.  552. 
559.  560. 

Avite,  cousin  de  saint  Sidoine  et  son  con- 
disciple, 552. 

Aurele,  Diacre, à  qui  saint  Sulpice  adresse 
sa  seconde  letre  sur  la  mort  de  saint  Mar- 
tin, 105. 

Autone,  ami  de  saint  Paulin,  l'instruit 
dans  les  Letres,  le  pousse  aux  honneurs, 
180.  Tente  en  vain  de  le  rappeller  à  la  Poé- 
sie. 182.  Fait  l'éloge  de  ses  pièces  en  vers, 
190.  191.  Compose  des  Fables  consulaires 
pour  Hespere  son  fils,  48.  Quelques-uns  de 


ses  vers  imprimés  et  confondus  avec  ceux 
de  S.  Sidoine,  562. 

S.  Al'SPicE,  Evêque  de  Tout,  sa  famille, 
478.  479.  Sos  liaisons,  479.  Son  mérite. 
Voïez  son  éloge,  478.  479.  Ses  écrits,  479. 
480. 

Autpiee,  Evêque  de  Vaison,  assiste  au  Con- 
cile de  Ries,  233.  Au  I  d'Orange,  235.  An 
I  de  Vaison.  238. 

Autpiee,  Préfot  du  Prétoire,  célèbre  dans 
saint  Sulpice,  478. 

Auipiciole,  fille  de  Salvien,  517. 

Auteur t,  but  qu'ils  se  doivent  proposer 
dans  leurs  ouvrages,  101.  102.  Motifs  qui 
peuvent  les  y  porter,  671.  672. 

Autun,  Grands  Hommes  qui  en  sont  sor- 
tis, 304.  465. 

Auvergne,  Grands  Hommes  qui  eu  sont 
sortis,  421. 

Auxane,  Evêque  d'Aix  on  de  Nice,  assiste 
au  Concile  contre  saint  Mamert  de  Vienne, 
410.  Au  V  d'Arles,  457.  Ses  entreprises  sur 

Nice,  477. 

Auxerre,  Grands  Hommes  qui  en  sont 
sortis,  256.  257.  *  367.  546. 

Auxiliaire,  Préfet  de  Rome,  homme  fort 
éloquent,  271.  Grand  admirateur  de  saint 
Hilaire  d'Arles,  ibid. 

Auxone,  ou  Autone,  Evêque  de  Viviers, 
l'un  des  Prélats  du  Concile  contre  saint 
Mamert  de  Vienne,  410. 


B 


BAieux,  les  commencements  de  l'histoire 
de  cette  Eglise  sont  obscurs,  417.  Quel- 
ques-uns de  ses  premiers  Eveques,  418. 

Balbut  avoit  composé  une  éphemeride,  ou 
histoire  de  Jules  César,  qui  est  perdue,  687. 
not. 

Les  Barbaret  se  jettent  dans  les  Gaules 
et  les  ravagent.  23-28.  253.  254.  326.  327. 
Suites  de  leurs  ravages,  247.  326.  327.  Y 
font  tomber  les  Letres  et  l'Empire,  23-25. 
28.  29.  Quelques  s'y  habituent,  22.  67.  Mé- 
prisent les  Sciences  et  les  Arts,  28.  29. 
Incorporés  avec  les  naturels  du  pals,  39. 

lituile,  Evèque  d'Aix,  assiste  au  V.  Con- 
cile d'Arles,  457. 


TABLE  DES  MATIERES. 


713 


Battule,  belle-mere  de  S.  Severe  Sulpice, 
son  éloge,  96.  97.  Ecrit  à  S.  Sulpice,  103. 
Qui  loi  répond,  105.  106. 

Besançon ,  il  s'y  tient  un  Concile,  241-244. 
A  quelle  occasion?  242.  243.  Année  de  sa 
tenue,  244.  Ses  décisions  et  leurs  suites, 
243.  244. 

Les  Bibliothèques  nombreuses  dans  les 
Gaules,  40.  41.  N'y  sont  pas  respectées  par 
les  Barbares,  40.  Celle  de  Loup  Professeur 
à  Agenet  à  Perigueux,  40.  Celles  du  Consul 
Maguus,  de  saint  Rurice,  etc.  ibid.  Celle  de 
Tonance  Ferreol,  la  plus  belle  de  toutes,  41. 
541.  542.  Celles  de  Philagre  et  de  Consence, 
41. 

Bon,  compagnon  de  Leporius  et  engagé 
dans  les  mimes  erreurs,  168  169. 172.  173. 
S'en  retire,  168. 

S.  Boni  face  Pape  indique  un  Concile  dans 
les  Gaules,  94. 

Bonifaee,  Evéque  Arien,  parle  pour  ceux 
de  sa  communion  a  la  conférence  de  Lyon, 
680.  Confondu  à  deux  différentes  fois,  ibid. 

Bonote,  Evèque  en  Macédoine,  ses  er- 
reurs, 241. 

Bonofiaques  ,  ou  Bonotiem  ,  pourquoi 
ainsi  nommés?  241.  Leurs  erreurs,  ibid. 

Bourdeaux,  Grands  hommes  qui  en  sont 
sortis,  44.  46.  49.  55.  175.  179.  199.  202. 
204.  428.  462.  494.  514.  Lampridc  y  enseigne 
la  Poétique  et  la  Rhétorique,  494.  Il  s'y 
tient  un  Concile  contre  les  Priscillianistes, 
44. 

Bourgdighok,  Orateur,  sa  patrie,  685.  Son 
genre  d'étude,  686.  Son  lele  pour  y  avancer, 
ibid.  Voies  son  éloge,  685-687.  Se»  écrits, 
686.  687. 

Les  Bourguignon*  se  jettent  dans  les  Gau- 
les et  s'y  établissent,  26.  Embrassent  d'abord 
la  foi  catholique,  puis  deviennent  Ariens, 
26.  503.  507.  Leurs  bonnes  et  mauvaises 
qualités,  26.  485. 

Grande  Bretagne  infectée  et  troublée  par 
le  Pelagianisme,  8.  9.  10.  153.  258.  Implore 
le  secours  de  l'Eglise  Gallicane,  et  en  est 
secourue,  9.  153.  155.  258.  259. 

Les  Bretons  établis  dans  l'Armorique,  à 
laquelle  ils  donnent  leur  nom,  •  366. 

Bréviaire  pour  l'Office  divin,  son  origine, 
341. 


c 


CAkori,  Grands  hommes  qui  en  sont  sor- 
tis, 83.  248. 

Tome  II. 

4  8   * 


Calendrier  sacré  et  profane,  295.  296. 

Calpurnia,  femme  de  Pline,  657. 

S.  Camelien,  Evéque  de  Troïes,  disciple 
et  successeur  de  saint  Loup,  490.  691. 

Camille,  de  concert  avec  Théodore  envoie 
de  Gènes  i  saint  Prosper  une  liste  de  diffi- 
cultés, 374.  S.  Prosper  y  répond,  374.  386. 

Camille,  père  de  saint  Ennode  de  Pavie, 
sa  famille,  660. 

S.  Capraii,  illustre  Solitaire  de  Lerins, 
156. 157.  487.  Sa  mort.  586. 

Jean  Cassien,  Prêtro  et  Abbé,   sa  pairie, 

215.  Son  éducation,  215.  216.   Ses  voïages, 

216,  217.   Est   ordonné  Diacre,   par   saint 
Chrysoslome,  217.  Vient  s'établir  à  Mar 
seille,  9.  Y  est  ordonné  Prêtre,  217.  Y  éta- 
blit deux  monastères,  217.  218.  Son  mérite. 

9.  10.  Jette  les  premières  semences  du  Se- 
mipélagianisme,  9.  10.  219.  220.  221.  222. 
Combat  l'hérésie  de  Nestorins,  219.  Sa  mort, 
ibid.  Votez  son  éloge,  215-220.  Ses  écrits, 
220-227.  Leurs  édilions,  221.223-225.  228. 
Sa  Règle.  226.  Autres  ouvrages  qu'on  lui 
attribuo,  226.227.231.  Sa  manière  d'écrire, 
227.  228.  Ses  erreurs  sur  la  grâce,  et  autres, 

10.  222.  Réfutées  par  saint  Prosper,  20.  387. 

S.  Castor,  Evêqne  d'Api,  140.  Le  Pape 
Bonifaee  lui  écrit,  94.  141.  Engage  Cassien 
à  écrire  ses  Institutions  et  ses  premières 
Conférences,  140.  141.  218.  Votez  son 
éloge,  140.  141.  Ses  écrits,  141. 

Caton,  ses  œuvres  imprimées  avec  celles 
de  Pallade,  300.  301. 

Catullin,  à  qui  saint  Sidoine  adresse  un 
de  ses  poëmes,  560.  566. 

Cature,  à  qui  Salvien  adresse  une  de  ses 
letres,  529. 

S.  Celestin  Pape  envoie  des  députés  a-i 
Concile  d'Arles,  153.  Ecrit  en  faveur  de  saint 
Augustin,  de  sa  doctrine  et  de  ses  défen- 
seurs, 19.  374.  375.  401.  Ecrit  à  Nestorius 
pour  le  porter  à  se  rétracter,  219. 

Celestiui,  disciple  do  Pelage,  7.  149.  131. 
Condamné  en  412  au  Concile  de  Carlhage 
149. 

Cemele,  ou  Cimiès,  autrefois  ville  épis- 
copale,  328.  Réuni  avec  Nice  pour  ne  faire 
qu'un  même  Siège,  477.  478. 

Censurius,  Evéque  d'Auxerro,  engage 
Constance  à  publier  la  vie  de  saint  Germain, 
546.  Et  celui-ci  la  lui  dédie,  505. 

Cereee,  Evéque  dans  la  province  d'Em- 
brun, 436,  478.  te  trouve  au  I  Concile  d'O- 
range, 235. 

S.  Cétaire,  depuis  Evéque  d'Arles,  étudie 

Xxxx 


7li 


TABLE  DUS  MATIERES. 


les  MlM  lolros  dans  colle  Ville,  665.  084. 
Succède  à  Pomcre  dans  la  dignité  d'Abbé, 
GG8.    Préside   au  11   Concile    d  Orange,    22. 

Met  lin  au  Somipelagfardstne,  iiiid.   Ecrit 

contre  les  livres  de  l'auslo  el  de  Ries  sur 
la  trace,  --•  W.  Kcrils  sous  le  nom  de 
Fauslo  qui  lui  appartiennent,  608.  609. 

Cesennie,  femmo  de  Gelulique,  057. 

Clutrleniiis,  Evoque  do  Marseille,  manque 
dans  le  catalogue  des  Evoques  do  colle  ville, 
079.  mil.  Assisle  à  la  conférence  de  Lyon 
cjnlre  les  Ariens,  G78.  679. 

(,'iVii/i'S  d'ancien  usage  dans  l'Eglise,  GO. 
02.  564.  Aux  tombeaux  dus  Martyrs,  GO.  62. 

Cilinc,  volez  (.'ylinne. 

Claudia,  sieur  de  saint  Sevcre  Sulpice, 
sa  pieté,  OR.  S.  Sulpice  fait  pour  elle  des 
écrits  de  pie'é,  112.  113. 

Mam.  Clavdibs,  Prêtre  il'  l'Eglise  de 
Vienne,  iid.   Sa   première  profession,  442. 

443.  Ses  éludes,  4*3.  l'ail  les  funclions  de 
Grand    Vicaire   à  Vienne,  ihiil .    Sa   verlu, 

444.  Ses  liaisons,  4  45.  Réfule  les  sentiments 
dcl'auslc  sur  l'aine,  .'.02.  Salvien  lui  adresse 
un  écrit  qui  e-l  perdu,  S'il.  Sa  morl.  4  45. 
t'a'trz  son  éloge,  442-446.  44S.  452.  Ses 
écrits,  446-433.  Leurs  éditions,  450.  Ses 
écrits  supposés,  433. 

S.  Clément  Pape,  un  de  ses  ouvrages  tra- 
duit par  saint  Paulin  de  Noie,  191 . 

Les  Clercs,  règlements  qui  les  concer- 
nent, 41G.  417.  Leurs  mariag's,  468.  4!>0. 
492.   \'oïe:  Ecclésiastiques. 

Clermoid  en  Auvergne,  Irisleélal  OÙ  il  fut 
réduit  au  V  siècle,  344.  578.  379.  Tombe 
sons  la  doutinaliiiu  des  Viiigols,  379,  Grands 
hommes  qui  en  sont  surlis.  123.  576.  578. 

Columelle,  ses  rouvre*  imprimées  avec 
celle;  de  l'allade,  300,  8tH. 

Communion  accordée  aux  moribonds, 
235.  Dispute  entre  les  Sçavanls  à  ce  sujel, 
23G. 

Couette*,  leur  utilité,  416.  Manière  d'y 
proie  1er,  238.  Les  actes  s'en  dislribuoient 
il  iliaque  K\éi|ue,  237.  Conciles  tenus  dans 
les  liantes,  93.  94.  152-155.  322-324.  410- 
417.  438-460.  A  Angers.  322.  A  Arles,  152- 
155.  239  241.  320.  321.  323.  324.  *  305. 
3.«.  456-459.  A  Besancon,  242  244.  A 
tirante  234-237.  A  ltiés,  232  234.  A  Tours, 
•  36',.  366.  A  Vaison,  237.  239.  A  Vennes, 
415-417.  Contre  les  Ariens,  91 .  678-684. 
Contre  Pelage  et  les  Pelagiens,  7.  149-155. 
Contre  les  l'risiillianislos,  44.  Contre  les 
Scmipelagiens,  22. 

Concorde,  Diacre  do  l'Eglise  d'Arlos,  fait 
le  volage  de  Home,  511. 


Condiit,  ou  Condatiseone,  monaslrre  cé- 
lèbre au  Muni  Jura,  36.  En  enfante  plusieurs 
autres,  ibid. 

Co.nse>ce  I,  Poêle,  Orateur,  Philosophe, 
249.  250.  Sa  grande  érudition.  Volet  son 
éloge,  ibid.  Ses  écrits,  250. 

Coxse.xce  II,  Comte  du  Palais,  431.  Sa 
patrie,  sa  famille,  ibid.  Ses  dignités,  431 . 
432.  Sun  sçavoir,  iliid.  Ses  liaisons,  432. 
Sa  morl.  VoUt  son  éloge,  431-433.  Ses 
écrils,  432.  433. 

Consence  III,  Poêle,  sa  patrie,  sa  famille, 
G'3.  Son  sçavoir, 634.  Sa Bibliothèque,  41. 
654.  Son  talent  pour  les  vers,  G54.  655. 
Yoiez  sou  éloge,  653-656.   Ses  écrits,  654- 

656. 

Constance,  Evèqtio  d'Orange  mal  nommé 
Constantin,  94.  Assiste  en  381  au  Concile 
d'Aquilée  en  qualité  do  DéputédcsGaulcg,9l. 

Constance,  Evéquo  il'L'zès,  assiste  en  451 
au  Concile  d'Arles,  321 . 

Constance,  Prêtre  de  l'Eglise  de  Lyon, 
543.  Sa  pairie  el  son  éducation,  ses  liaisons, 
543-545.  Ses  divers  talents,  544.  545.  Ses 
vertus,  546.  Voïez  son  éloge,  543-545.  En- 
gage saint  Sidoine  à  recueillir  et  publier 
ses  letres,  que  celui-ci  lui  dédie  en  partie, 
562.  Ses  écrits,  545-548. 

Constance,  Vicaire  d'un  Préfet,  est  le 
premier  qui  attaque  les  erreurs  de  Pelage, 
371. 

Constantin ,  Evèque  de  Dio,  ou  de  Gap, 
assislo  au  premier  Concilo  d'Orange.  235. 
Corinne,  femme  d'Ovide,  657. 

ConviM  s,  Orateur  de  l'Empire,  sa  patrie, 
215.  Lnscignc  la  Rhétorique  à  Marseille, 
ibid. 

Critique,  décadence  de  la  bonne  critique, 
33.  Mauvais  effets  qui  s'ensuivent  33.  34. 
Critiquo  maligne  en  usage  au  V  siècle,  34. 

Cycle  pascal,  celui  de  saint  Prosper,  393. 

425.  Calai  de  Vil'Iorius,  425-428.  Des  Grecs, 

426.  Auteurs  qui  ont  travaillé  sur  ce  sujet, 
426.   427. 

Cylinne,  ou  Ciline,  Evèque  d'Aix,  ron- 
damno  Lcporius  cl  le  fait  chasser  des  Gaules. 
8.  Lcporius  converti  lui  adresse  sa  rétrac- 
tation, 92.  Quatre  Evêqnes  d'Afrique  lui 
écrivent,  93.  167.  173. 

Cyntltic,  femmo  do  Properco,  658. 

S.  Cyprien  de  Carlbage,  poome  qu'on  lui 
attribue,  272. 

Cyrille,  ses  erreurs  sur  l'origine  de  l'amc, 
641. 


TABLE  DES  MATIERES. 


:i:> 


Cythere,  Homme  de  Lelres,  sa  pairie, 
163.  Ses  liaisons,  163.  161.  Sa  piété,  Mie: 
son  éloge,  163.  161.  Son  érudition  et  ses 
écrits,  161. 


D 


1) 


Ailulene,  vierge  célèbre  dans  le  lestamenl 
'de  S.  Perpétue,  624.  625. 


Dardame,  Préfet  dos  Gaules,  128.  Ses  au- 
tres dignités,  128,  120.  Son  sçavoir  cl  son 
éloquence,  129.  Kn  liaison  avec  saint  Au- 
gustin et  saint  Jérôme,  129.  rote;  son 
éloge,  128-130. 

Délia,  femme  do  Tibulle,  658. 

S.  Delphi»,  Evêque  do  Bourde.iux,  son 
ordination,  44.  Assiste  en  380  au  Concile  do 
Saragoce,  ibid.  Préside  en  381  à  celui  de 
Bourdcaux,  ibid.  Ilaplise  saint  Paulin  depuis 
Evoque  do  Noie,  ibid.  Kn  relation  avec  lui, 
et  avec  saint  Ambroisc  de  Milan,  et  saint 
Phébade  d'Agen,  15.  Sa  mort  et  ses  disci- 
ples, ibid.  Ses  écrits  perdus,  ibid.  Estime 
qu'en  faisoient  les  Anciens,  16.  Votez  son 
éloge,  44-46. 

Désiré,  Homme  de  Lelres,  se  mèloit  de 
poésie,  575.  576.  Scverien  lui  adresse  un 
traité  de  rbéloriqae,  576. 

Dialectique,  idée  qu'on  en  avoit  au  V  siè- 
cle, 30. 

Dictionnaires  historique»  et  moraux  fort 
à  la  modo,  33.  Détournent  do  s'instruire  à 
fond  dans  kl  sources,  ibid. 

Didier,  Prêtre  en  Aquitaine,  86.  Va  étu- 
dier à  Home,  87.  Kn  relation  avec  saint 
Jérôme,  61.  86-89.  Lui  envoïo  le  livre  de 
Vigilance,  61.  L'engagea  traduire  le  Penla- 
teuque  en  latin,  88.  Ses  autres  liaisons, 
ibid.  Fait  le  volage  de  Palestine,  88.  89.  Kst 
le  premier  qui  répand  dans  les  Gaules  le 
livre  de  la  vie  de  saint  Marlin,  103.  Vniez 
son  éloge,  86-90.  Sou  érudition,  son  élo- 
quence, ses  écrits,  90. 

Die,  brouilleries  à  l'occasion  d'un  Evoque 
ordonné  pour  cette  Eglise,  410-413.  Discu- 
tées dans  un  Concile,  ibid.  Culte  Eglise 
'oujours  sous  Vienne,  413. 


La  Digestion,  questions  proposées  à  ce 
sujet,  133. 

Diodore,  son  cireur  sur  la  résurrection 
des  vivants  et  des  morts,  611. 

Diospolis,  Concile  on  115  cootro  Pelage, 
7.  119.   150. 

DlSAlUC,  Médecin,  sa  pairie,  132.  Va  à 
Home,  on  il  brille  entre  les  Sçavants,  132. 
133.  Voici  son  éloge,  ibid.  Ses  liaisous, 
133. 

La  Discipline  ecclésiastique,  dépôt  confié 
aux  Kvèques,  416. 

La  Doctrine  de  l'Eglise  étroilement  liée 
avec  la  science,  fi. 

Domice,  Professeur  des  belles  Loties,  423. 
Sa  patrie  et  ses  grandes  qualités,  toïe;  son 
éloge,  423.   421. 

Dinniniitlimf,  Diacre  de  l'Eglisj  de  Tours 
sous  saint  Perpétue,  470.  472. 

Uomniii,  compagnon  de  Leporius,  engagé 
dans  les  niénies  erreurs,  168.  169.  172. 
173.  S'en  relire,  ibid. 

Dohm  i  e,  Questeur  do.  l'Empire,  sa  pairie, 
507.  Ses  habitudes,  507-509.  Joint  la  pieté 
à  la  science,  5118.  l'oie;  son  éloge,  507- 
509.  Sou  talent  pour  la  poosio  el  ses  écrits, 
50S. 

S.  Donatien,  Martyr  a  Nantes,  107.  Va 
Anonyme  écril   les  acles  de  ton  martyre, 

io7.  «m. 

Dornc  introduit  chez  tel  François  de  nou- 
veaux caractères  à  écrire,  28. 

Dynam?,  Patrice,  écrit  la  vio  de  saint 
Maxime  Evoque  de  Ries, 008.  617. 


E 


L' EecUliatU  commenté  par  Salvion,  531. 
Par  saint  Saluiie  el  saint  Veran  eu  forme 
de  dialogues,  135.   136. 

Les  Settetiatliquti  doivent  èlre  jugés  par 
les  Evoques  dans  les  affaires  civiles,  322. 
Voitz  Clercs. 

Ecdicë,  Comte,  Général  d'armée,  Patrice, 

578.  Sa  naissance,  son  éducation,  MM,  Ses 
dignités,  578.  579.   Soutien  des  Lelres,  578. 

579.  Volts  son  éloge,  578.  579. 

Les  Eco'es  établies  dans  les  Gaules,  3.  39. 
40.  Négligées,  29-31.  Quelles  sciences  on  y 
enseignoil,  39.  De  quels  Auteurs  on  s'y  ser- 
\oit.  ib.  Volts  Sciences,    /.êtres,   Etudes. 

X  x  x  x  i  j 


716 


TABLE  DES  MATIERES. 


L'Ecriture  Sainte,  fondement  de  notre 
eroïance,  307.  Une  des  véritables  sources 
de  la  Théologie,  6.  Doit  être  expliquée  par 
la  Tradition  ou  par  l'Eglise,  307.  Ses  divers 
sens,  282.  Traités  sur  les  difficultés  qui  s'y 
trouvent,  £81-284.  Les  Gaulois  en  font  une 
étude  particulière,  4.  S. 

Edese,  Poëte  chrétien,  sa  patrie,  352.  Ses 
liaisons,  ibid.  Son  si  avoir,  ib.  Sa  pitié, 
ibid.  Votez  son  éloge,  352.  333.  Ses  écrits, 
353. 

VEgliee,  avantages  qu'elle  a  tirés  des 
Théologiens  Gaulois,  39.  Persécutions  gé- 
nérales qu'elle  a  souffertes,  107. 

h' Eglise  Gallicane,  éclairée  et  consolée 
par  de  Grands  Hommes,  38.  Prête  du  secours 
à  celle  de  la  Grande  Bretagne  contre  les 
Pélagiens.  8.  9. 153-155.  258.  259.  Témoigne 
beaucoup  de  zélé  contre  les  hérésies  de  Nes- 
torius  et  d'Eutychés,  42.  Conserve  la  pureté 
de  la  Foi  sur  le  mystère  de  l'Incarnation, 
ibid.  On  y  lit  publiquement,  on  y  apprend 
par  cœur  la  Letre  de  S.  Léon,  ibid.  Réduite 
en  un  triste  état  par  les  ravages  des  Visi- 
gots,  25.  80.  126.  127.  Troublée  par  les 
Semipelagiens,  9-22.  Voïez  Evéquet  Gau- 
lois. < 

Elie,  son  avènement,  127.  Mettra  fin  à 
la  prédication  de  l'Evangile,  ibid. 

VEliotrope,  pierre  précieuse,  ses  proprie- 
tés  imaginaires,  337. 

L'Eloquence,  en  quoi  on  la  faisoit  consis- 
ter au  V  siècle,  30. 

Tim.  Elure,  son  ouvrage  traduit  par  Gen- 
nade  de  Marseille,  643. 

Embrun,  métropolitaine  pour  le  civil,  non 
pour  l'ecclésiastique  au  V  siècle,  232. 

L  Emeraude,  ses  propriétés  imaginaires, 
337. 

Emilie*,  le  même  que  Pallade  Poëte  et 
Philosophe.  Votez  Pallade. 

Eminence,  fils  de  B.  Paulin,  462. 

L'Empire,  sa  décadence,  28-31.  Causes 
de  celte  décadence,  ibid. 

Endelechius,  ami  de  saint  Paulin  de  Noie, 
l'engage  à  composer  le  panégyrique  de  Theo- 
dose,  192. 

S.  Ennode,  depuis  Evèque  de  Pavie,  fort 
nni  avec  l'Abbé  Pomere,  666.  667.  L'invite 
à  écrire  sur  divers  sujets,  667.  Uni  avec 
Firmin,  684. 

Eone,  Evèque  d'Arles,  fort  uni  avec  saint 
R  »  ri  ce  de  Limoges  et  l'Abbé  Pomere,  666. 
667 .  Se  trouve  en  499  i,  la  célèbre  confé- 
rence de  Lyon,  678. 


S.  Epiphane,  Evèque  de  Pavie,  vient  dans 
les  Gaules,  629.  677.  Pourquoi?  629.  Y  est 
assisté  et  consolé  par  saint  Rustice  de  Lyon, 
677. 

S.  Epipode,  Martyr  à  Lyon,  145.  En  quel 
temps  ont  été  écrits  les  actes  de  son  martyre, 
146. 

Epiroque,  père  de  saint  Loup,  Evèque  de 
Troles,  486. 

L'Epitcopat,  juste  idée  qu'on  en  doit  avoir. 
492.   Votez  Evéquet. 

S.  Epvre,  ou  Etre,  Evèque  de  Toul,  n'est 
point  le  même  qu'Aper  Prêtre  en  Aquitaine, 
201. 

Eric,  Moine  d'Auxerre,  met  en  vers  la  vie 
de  saint  Germain  par  le  Prêtre  Constance,  547. 

Erii'he,  ami  de  saint  Sidoine,  qui  lui 
adresse  nne  de  ses  pièces  de  poésie,  565. 
675.  Homme  de  Lelres  575. 

Le  S.  Esprit,  écrit  de  Fauste  sur  ce  sujet 
600.  601.  603. 

Ethére,  fils  du  Poëte  Victor,  245.  Celui-ci 
lui  adresse  son  poëme  sur  la  Genèse,  246. 

S.  Etienne,  Evèque  de  Lyon,  assemble 
plusieurs  Evéques  pour  une  conférence  con- 
tre les  Ariens,  678.  Y  assiste,  ibid.  Et  y  fait 
un  des  principaux  personnages,  681.  682. 

Les  Etudes  florissantes  dans  les  Gaules, 
3.  5.  6.  Y  tombent  par  les  ravages  des  Bar- 
bares, 23-26.  Causes  de  leur  décadence,  28- 
34.  Remèdes,  35.  38.  Votez  Sciences, 
Letres,  Ecoles. 

Etudier,  vrais  motifs  qui  y  doivent  porter, 
671.  Votez  Auteurs. 

Evagre,  Prêtre,  disciple  de  saint  Martin, 
119.  Ses  liaisons,  tbid.  Son  sçavoir,  120. 
124.  Voïez  son  éloge.  119.  120.  Ses  écrits, 
121-128.  Nouvelles  découvertes  à  ce  sujet, 
121.  124. 

Evagre,  du  Pont,  quelques-uns  de  «es 
ouvrages  traduits  par  Gennade  de  Marseille, 
642.  643. 

Evanee,  guéri  miraculeusement  par  saint 
Martin,  116.  117. 

Evax,  Roi  des  Arabes  écrit  sur  les  pierres 
précieuses,  335.  t'n  Poëte  anonyme  abrège 
son  ouvrage,  335-337. 

L'Eucharistie,  manière  de  la  consacrer 
anciennement,  236.  Règles  pour  s'en  appro- 
cher, 641 . 

S.  Eccher,  Evèque  de  Lyon,  le  seul  de 
ce  nom  qui  ait  gouverné  cette  Eglise,  278. 
Sa  retraite,  276.  Ses  études,  575.  Ses 
talents,  ibid.    Ses   liaisons,   276-278.  291. 


TABLE  DES  MATIERES. 


717 


Son  ordination,  272.  On  sçait  peu  de  choses 
de  son  épiscopal,277.  278.  Son  éloquence, 
279.  280.  Assiste  au  I  Cor.cile  d'Orange, 
235.  Salvien  lui  adresse  deux  de  ses  letres, 
528.  529.  Sa  mort,  278.  Votez  son  éloge, 
275-278.  Ses  écrits  véritables,  278.  294. 
Fait  un  abrégé  de  ceux  do  Cassien,  223. 
Leurs  éditions,  279-282.  284-286.  Ses  écrits 
douteux  et  supposés.  191-294.  De  ce  nombre 
est  le  livre  de  la  Vocation  des  Gentils,  293. 
397.  Quoique  le  style  approche  beaucoup 
du  sien,  293.  398.    Ses   icrits  perdus,  291. 

Les  Evéques,  leurs  devoirs,  416.  Beau 
modèle  pour  leur  conduite,  620-626.  Ensei- 
gnoient  autrefois  eux-mêmes  les  Sciences 
ecclésiastiques,  26.  Juges  des  Ecclésiastiques 
dans  les  affaires  civiles,  322.  Votez  Epis- 
copat. 

Les  Evêquet  Gaulois  en  grande  réputation 
de  doctrine  et  d'érudition,  8.  Leur  zèle 
contre  l'hérésie  de  Pelage.  7-9.  Oonsultés 
par  les  Bretons,  8.  9.  Leur  prêtent  du  se- 
cours, 153.  258.  259.  Concile  qu'ils  tien- 
nent à  ce  sujet,  152-155.  S.  Léon  Pape 
leur  adresse  sa  letre  à  Flavien,  42.  De  quelle 
manière  ils  la  reçoivent,  42.  320.  321.  Ils 
écrivent  à  saint  Léon  à  ce  sujet.  «6.  Réponse 
du  Pape,  43.  S'empressent  de  prendre  part 
a  l'affaire  d'Alcace  de  CP.  43.  677.  678. 
Votez  Eglise  Gallicane. 

Eulalie,  femme  de  Probe,  son  éloge,  651 . 

S.  Euphrone,  Evêque  d'Aulun,  sa  patrie, 
son  ordination,  465.  Estime  qu'où  faisoit 
de  lui,  466.  467.  Ses  liaisons  avec  saint 
Loup  de  Troïes,  489.  491.  Assiste  au  V  Con- 
cile d'Arles,  457.  466.  l'oie;  son  éloge, 
465-467.  Ses  disciples,  467.  Ses  écrits,  467. 
468. 

Euric,  Roi  des  Visigots,  commencement 
de  son  règne,  628.  Fait  un  accord  avec 
l'Empereur  Jules  Nepos,  629.  Ennemi  dé- 
claré du  Christianisme,  25.  26.  Se  rend 
maître  de  la  Provence,  589,  Ses  violences 
et  ses  ravages  dans  les  Gaules,  556.  631. 
66t.  Exile  saint  Sidoine  et  Fauste  de  Ries, 
556.  589.  630.  S.  Sidoine  refuse  d'écrire 
l'histoire  de  son  règne,  630.  631.  Sa  mort, 
590. 

Ecsebe,  Evéque  dans  les  Gaules,  confondu 
avec  Eusebe  d'Emese,301 .  Ses  écrits,  301-303. 

Eusebe,  Evéque,  à  qui  saint  Sulpice  écrit, 
105.  302. 

Eusebe  de  Dorylée,  auparavant  Avocat, 
le  premier  qui  s'oppose  aux  erreurs  de  Nes- 
torius,  371. 

Eusebe  d'Emese,  ce  qu'on  doit  entendre 
sous  ce  nom,  614.  615.   Les  Homélies  qui 


portent  son  nom,  ne  sont  point  de  lui,  288. 
289,  301-303.  La  plupart  sont  de  Fauste  de 
Ries,  605-609.  614-616. 

Eusebe,  Evéque  de  Nantes,  302.  Assiste 
au  I  Coneile  de  Tours,  302.  '  365. 

El  ses*  Professeur  de  philosophie  &  Lyon, 
40.  Y  forme  grand  nombre  d'Elevés  de  dis- 
tinction, ibid. 

Euttaeke,  ou  Eustathe,  ou  bien  huslate, 
Evéque  de  Marseille  a  précédé  Grec  dans 
ce  Siège,  340-342.  Assiste  au  Concilo  contre 
saint  Mamert,  410. 

S.  El'stoqce,  Evéque  de  Tours,  prédé- 
cesseur de  S.  Perpétue,  620.  Assiste  au  I 
Concile  d'Angers,  322.  Ecrit  conjointement 
avec- d'autres  Evêques  a  ceux  de  sa  Pro- 
vince, ibid. 

S.  Eitrope,  Evéque  d'Orange,  sa  patrie, 
473.  Sa  conduite  dans  le  mariage,  474.  Son 
ordination,  ibid.  Son  don  particulier,  474. 
Votez  son  éloge,  473-574.  Assiste  au  Concile 
contre  saint  Mamert,  410.  474.  Au  V  d'Ar- 
les, 457.  475.  Ecrits  qu'on  lui  attribue, 
475.  476.  Verus  son  successeur  écrit  sa  vie, 
663.  664. 

Eutrope,  Prêtre  Gaulois,  ses  écrits,  476. 

Eitrope,  Préfet  des  Gaules,  grand  Phi- 
losophe, 438.  Sa  patrie  et  sa  famille,  ibid. 
Ses  liaisons.  Votez  son  éloge,  438.  439. 

Eulropie,  veuve  célèbre  dans  saint  Si- 
doine, 439. 

Entyches,  son  hérésie  proscrite  dans 
l'Eglise  des  Gaules,  42.  321.  Gennade  de 
Marseille  écrit  onze  livres  contre,  642.  Autres 
Ecrits  qui  la  combattent,  42.  43. 

Euly chiens,  leurs  erreurs,  384.  Combat- 
tues par  saint  Prosper,  ibid.  Votez  Eutychcs. 

Exgperance,  Préfet  des  Gaules,  son  pals, 

141.  Ses  autres  dignités,  143.  Ses  grandes 
qualités,   141.  142.  Saint  Jérôme  lui  écrit, 

142.  Sa  mort  funeste,  143.  Votez  son  éloge, 
141-143. 

S.  Exupere,  Evêque  de  Toulouse,  vend 
les  vases  sacrés  pour  secourir  les  pauvres, 
264.  Envole  des  aumônes  en  Egypte,  144. 
S.  Jérôme  lui  adresse  son  Commentaire  sur 
Zacharie,  144. 


te    Fabiole,  le   cas  où  elle  se  trouvait, 
1  176. 


718 


TABLE  DES  MATIERES. 


Fauste,  Evèquo  de  Ries,  sa  patrie,  585. 
Ses  études,  S85.  586.  Quitte  son  pais  et 
vient  dans  les  Gaules,  ibid.  Sa  retrailo  à 
Lerins,  586.  En  est  fait  Abbé,  ibid.  Ensuite 
Evéqne  de  Ries,  587.  Sa  conduite  dans 
l'Episcopat,  587.  588.  Se  trouve  a  Rome  à 
un  Concile,  589.  Ses  liaisons,  589.  590. 
Réfute  les  erreurs  de  Gratus,  318-320.  As- 
siste au  Concile  contre  S.  Mamcrl,  410. 
Travail  lo  a  autoriser  et  répandre  le  Semi- 
pelagianisme,  21.  22.  Se  déclare  contre  la 
doctrine  de  S.  Augustin,  59H.  Fait  valoir 
le  Prédestinatianisme  contre  ses  adversaires, 
23.  Sa  conduite  contre  le  Prêtre  Lucide, 
454.  455.  Au  V  Concile  do  Lyon,  dont  il 
est  le  Promoteur,  456-459.  Au  II  de  Lyon, 
459.  460.  Sa  mort  dans  un  grand  âge,  590. 
Votez  son  éloge,  585-590.  Ses  écrits  £91- 
615.  Leurs  éditions,  615.  616.  Ses  répon- 
ses à  B.  Paulin,  463-465.  Ses  écrits  per- 
dus, 616.  617.  Son  éloquence  et  sa  ma- 
nière d'écrire,  618.  619.  Ses  erreurs  sur 
l'ame,  592.  593.  601.  Qu'il  appuïo  d'un 
raisonnement  pris  de  Cassien,  222.  Réfu- 
tées par  Main.  Claudien,  446-449.592. Sur  la 
pénitence  a  l'article  de  la  mort,  463.  465. 
593.  Réfutées  par  S.  Avile  do  Vienne,  463. 
464.  594.  Sur  la  grâce,  594-597.  Réfutées 
par  tout  dés  le  V  et  lo  VI  siècle,  21  597- 
599. 

Fautiin,  ami  de  saint  Sidoine,  son  con- 
disciple, puis  Evéque,  551. 

Félix  IV,  Pape,  approuve  l'écrit  de  saint 
Césaire  contre  Fausto  de  Ries,  597.598. 

S.  Félix  do  Noie,  dévotion  particulière 
de  saint  Paulin  pour  lui,  181.  183.  Poèmes 
en  son  honneur,  189. 

Mag.  Feux,  Préfet  du  Prétoire,  Patrice, 
son  pays,  658.  Sa  famille,  658-660.  Ses 
études,  658.  Son  mariage  et  ses  enfants, 
659.  Ses  liaisons,  658.661.  Engage  saint 
Sidoine  à  faire  un  recueil  de  ses  lutres, 
559.  Quo  celui-ci  lui  dédié,  560.  Sa  con- 
duite à  la  Cour,  660.  661.  Son  renoncement 
au  monde,  661.  Voivz  son  éloge,  658-663. 
Son  sçavoir  et  ses  écrits,  662.  063. 

Félix,  Consul,  fils  du  précédent  ,  son 
éloge,  659.  Ses  grands  biens,  662. 

S.  Ferreol,  Martyr  à  Vienne,  translation 
do  ses  Reliques,  482.  S.  Mamert  lui  bâtit 
uno  Eglise,  ibid.  Un  Anonyme  écrit  ses 
actes,  422.  423. 

Ferreol  l'ancien,  Préfet  des  Gaules,  540. 

Ton.  Ferreol,  flls  du  précédent,  aussi 
Préfet  des  Gaules,  540.  Sa  naissance,  519. 
542.  Son  mariage,  541.  542.  L'n  des  An- 
cêtres de  Cbarlemagne,   540.  Services  qu'il 


rend  à  l'Empire,  541.  Est  député  à  Rome 
pour  l'affnire  d'Arvande,  i6t<i.  Sa  belle  Bi- 
bliothèque, 41.  541.  542.  Sa  postérité, 
542.   Votez  son  éloge,  540.  542. 

I'ii'.min,  Hommo  de  Letres,  sa  patrie  , 
684.  Son  mérito,  ibid.  Engage  S.  Sidoine 
a  ajouter  un  nouviéme  livre  à  ses  letres, 
563.  685.  Celui-ci  lui  adresse  un  de  ses 
Poèmes,  699.  Votez  son  éloge,  68i.  685. 
Ses  écrits  et  son  style,  685. 

Jul.  Firmiittis,  célèbre  Mathématicien, 
516. 

Flore,  Evêquo  de  Lodeve,  assiste  au 
IV  Concile  d'Arles,  324. 

Florent,  Evéque  de  Cahors,  83.  Ses 
liaisons  avec  saint  Paulin  de  Noie,  ibid. 

Florent,  Evéque  d'Orange,  succossour  de 
Verus,  663. 

Florentim,  Préfet  de  Romo,  grand  homme 
de  Letres,  138.  139.  Son  pais,  138.  Ses 
liaisons,  139.  Engage  le  Poêle  Claudien  a 
continuer  ses  poésies.  Votez  son  éloge,  138. 
IH>. 

La  Foi  catholique,  ses  caractères,  307. 
Moïens  pour  la  conserver,  307-309.  Ma- 
nière de  la  prêcher,  308.  Donne  aux  meil- 
leures actions  tout  leur  prix,  5:>4.  Ecrits  sur 
la  Foi  et  les  reglos  de  la  Foi,  653. 

Fontée,  Evêquo  de  Vaison,  se  trouve  au 
Concile  contre  saint  Mamert,  410.  Au  V 
d'Arles,  457. 

Forthnal,  Homme  de  sçavoir  et  d'élo- 
quence, 576  Sa  patrie,  i&i<t.  Sa  constance 
dans  les  soffrauecs,  ibid. 

Fortunat  de  Poitiers,  son  travail  sur  les 
écrits  de  saint  Scvere  Sulpice,  112.   472. 

Les  Franct  ou  Francoi»,  la  nation  la 
plus  belliqueuse  entre  les  Barbares,  27. 
Se  jettent  dans  les  Gaules,  ibid.  En  chas- 
sent les  autres  Barbares,  21.  27.  S'y  ha- 
bilui'iit  et  ne  font  plus  qu'un  peuple  avec  le:: 
Gaulois,  27.  Leur  caractère  et  leur  génie, 
27.  28.  Avoienl,  dit-on,  trois  sortes  de  ca- 
ractères à  écrire,  28. 

S.  Fnlgence  combat  les  erreurs  de  Fauste 
de  Ries  sur  la  grâce,  5!'8.  599. 


G 


KM,  femme  de  saint  F.uchcr  Evéque  de 
*  Lyon,   275.   Suit  son  mari  dans  sa  re- 
traite, 276. 


G 


TABLE  DES  MATIERES. 


719 


Gallis,  disciple  de  saint  Martin,  110. 
116.  Son  païs  et  son  éducation,  116.  Ses 
liaisons,  117.  Fournit  la  matière  des  deux 
derniers  dialogues  de  saint  Sulpice,  110. 
116.  En  est  regardé  comme  l'Auteur,  111. 
118.  Votez  son  éloge,  116-118. 

Les  Gaules,  la  Foi  ne  s'y  est  répandue 
que  lard  et  peu  à  peu,  107.  162.  163.  On 
y  a  toujours  combattu  avec  zélé  et  avec 
avantage  les  erreurs  qui  y  ont  paru,  2.  6. 
Le  berceau  et  lo  tlieatre  du  Seniipela^'ia- 
nisme,  9.  10.  Les  études  y  sont  florissantes, 
3.  .1.  6.  A  quel  dessein  Dieu  les  y  conser- 
va, 6. Inondées el ravagées  par  les  Barbares, 

2.  3.  23-23.  247.  253.  15t.  326.  327.  Y 
opposent  quelques  efforts,  2.  3.  Eclairées  et 
consolées  par  de  grands  Hommes,  38.  L'E- 
glise Gallicane,  Evèque»  Gaulois. 

Les  Gaulois  en  liaison  avec  les  plus  si/a- 
vants hommes  de  l'Europe,  4.  Avantages  de 
cette  liaison,  ibiil.  S'appliquent  à  l'élude 
île  l'Ecriture,  4.  .'1.  Soutiennent  les  Scien- 
ces avec  éclat,  3.  6.  Deviennent  ensuite 
négligents  el  paresseux  pour  l'élude,  30.  31. 
Fréquentent   les  écoles  des  pais  étrangers, 

3.  S'y  distinguent  entre  les  autres,  ibiil. 
Y  remplissent  des  chaires  d'éloquence,  ibiil. 
Exercent  à  Rome  le  premières  charges,  ibiil. 
Caractère  do  leur  éloquence,  13.  S'allient 
avec  les  Francs,  héritent  de  leurs  mau- 
vaises qualités,  et  leur  communiquent,  les 
leurs  bonnes,  27. 

S.  Gelase  Pape  en  liaison  avec  saint 
Rustico  de  Lyon,  676.  Qui  le  soulage  dans 
ses  besoins,  677. 

Gelase,  à  qui  saint  Sidoine  adresse  un 
de  ses  poèmes,  559. 

S.  Genès  Martyr  à  Arles,  son  martyre 
écrit  par  saint  Paulin  de  Noie,  18!). 

La  Genèse,  écrits  sur  ce  livre,  246.  247. 
291.  292. 

Sic  Geneviève,  Patrone  de  Paris,  instruite 
el  défendue  par  saint  Germain  d'Auxerre, 
260. 

Gennade,  Prêtre  do  l'Eglise  de  Marseille, 
632.  N'a  point  été  Evèque,  ib.  Son  scavoir, 
ibid.  Suspect  dans  sa  foi,  633.  634.  (lin. 
Votez  son  éloge,  632.  «34.  Ses  écrits,  634- 
643.  Leurs  éditions,  637.  638.  641.  642. 
En  quel  temps  il  a  fait  son  traité  des  Au- 
teurs ecclésiastiques,  635.  636.  Son  traité 
des  dogmes  ecclésiastiques  ne  fut  point 
présenté  au  II  Concile  de  Lyon,  460.  Ses 
traductions,  642.  643. 

La  Géométrie,  idée  qu'on  en  avnit  au  V 
siècle,  30. 

S.  Germain,   Evoque  d'Auxerre,  sa  nais- 


sance, 456.  Ses  études,  257.  Ses  charges, 
son  ordination,  ibid.  Sa  conduite  dans 
l'épiscopat,  258.  Ses  travaux  apostoliques, 
258.  259.  Est  envoie  deux  fois  dans  la 
grande  Bretagne  contre  l'hérésie  de  Pelage, 
153.  155.  258.  259.  Guérit  -  miraculeuse- 
ment saint  Mamertin  367.  Se  trouve  au 
Concile  contre  Quolidoino,  243.  Meurt  à 
Ravcnnc,  259.  Votez  son  éloge,  256-260. 
Ses  écrits,  261 .  Sa  vie  écrite  par  le  Prêtre 
Couslance,  545-547.  Puis  par  Eric  Moine 
d'Auxerre,  547. 

Germain,  Evoque  de  Rouen,  assiste  au 
I  Concile  de  Tours,  '  365. 

Germain,  compagnon  de  voïage  de  Cas- 
sien,  213.  Ses  divers  voïages,  216.  217. 
Porte  à  Romo  des  letres  du  Clergé  de  CP. 
en  faveur  de  saint  Chrysostome,  217. 

Gimdebauil,  Roi  des  Bourguignons,  Prince 
rusé,  677.  Grand  poliliquo  en  fait  de  reli- 
gion, 682.  683.  Fait  son  séjour  ordinaire 
à  Lyon,  679.  Accorde  aux  Evéques  Catho- 
liques la  tenue  d'une  Conférence,  ibid.  Y 
assiste,  680.  682.  Engage  saint  Avile  de 
Vienne  à  réfuter  Fausle  de  Ries,  594. 

Gondinc,  Roi  des  Bourguignons ,  irrité 
contre  saint  Mamert,  411.  S'en  plaint  au 
l'ape  llilairo,  ibid. 

Les  Gols,  votez  les  Visigots. 

La  Grâce  n'est  point  l'effet,  mais  la  cause 
de  nos  mérites,  380.  Maximes  de  saint  Au- 
gustin sur  la  grâce,  suivies  par  toute  l'E 
gliso,  14.  Erreurs  qui  la  combattent,  10.  12. 
Ecrits  pour  el  contre,  594-599.  Grâce  préve- 
nante, telle  que  l'admettoient  les  Semipe- 
lagiens,  13. 

La  Grammaire  méprisée  an  Y  siècle,  30. 

Gnm's,  ou  Gr.+xi  s.  Diacre  en  Provence, 
ses  erreurs,  317.  318.  Plutôt  Eotychien 
que  Nestorien,  591.  Réfuté  par  Fauste  de 
Ries,  318-320.  Votez  son  article,  317- 
320. 

Grec,  Evèque  de  Marseille,  assiste  au  V 
Concile  d'Arles,  457.  A  succédé  à  Eustache 
ou  Eustasc,  340-342.  Et  vécu  jusqu'en  483, 
644. 

S.  Grégoire,  Evèque  de  Tours,  recueille 
les  Messes  de  saint  Sidoiue,  et  y  met  une 
préface,  567. 

Gregorie,  Dame  de  mérite  et  de  vertu, 
femme  de  Firmin  Homme  de  Letres,  684. 

Grigny,  ou  Grinni,  monastère  célèbre  au 
Diocèse  de  Vienne,  36.  On  y  cultive  les 
Letres  avec  un  soin  particulier,  ibid. 


Î20 


TABLE  DES  MATIERES 


H 


H 


edibie,  Dame  Gauloise,  en  commerce  de 
Literature  avec  saint  Jérôme,  4.  S. 
S'applique  particulièrement  à  l'étude  de 
l'Ecriture,  4.  Son  caractère,  4.  S. 

Hellade,  Evèque  de  Lodeve  en  4SI,  an 
Concile  d'Arles,  321. 

IleUide,  ses  erreurs,  341. 

Le*  Hérésies,  manière  de  les  connnltre  et 
de  les  combattre,  307.  309.  Servent  à  sou- 
tenir les  Letres,  9. 

Héron,  Poète,  sa  patrie,  437.  Son  genre 
d'étude,  ibid.  Ses  liaisons,  ibid.  Est  le  pre- 
mier qui  reçoit  dans  les  Gaules  le  panégyri- 
que d'Antheme,  438.  Voïez  son  éloge,  437. 
438.  Ses  poésies,  438. 

S.  Héros,  Evèque  d'Arles,  son  ordina- 
tion, 147.  Chassé  de  son  Eglise,  ibid.  Va 
en  Palestine,  et  y  attaque  des  premiers  l'hé- 
résie de  Pelage,  7. 148.  149.  La  dénonce  au 
Concile  de  Diospolis  et  anx  Evéques  d'A- 
frique, 7.  149-151.  Maltraité  par  te  Pape 
Zosime,  151-152.  Votez  son  éloge,  147-152. 
Ses  écrits,  149-151. 

HespEre,  Proconsnl  d'Afrique,  Préfet  des 
Gaules,  46.  Sa  naissance,  ibid.  Ses  études, 
son  mariage,  ses  enfants,  ibid.  Ses  charges, 
46.  47.  Y  brille  plus  que  dans  les  Letres, 
46.  Ses  liaisons,  47.  Sa  mort,  ibid.  Ses 
écrits,  48.  Voïez  son  éloge,  46-48. 

Hespere,  Poêle,  la  perle  des  Gens  de 
Letres  en  son  temps,  656.  Ses  liaisons, 
656-658.  Voïez  son  éloge,  ibid.  Ses  écrits, 
657.  658. 

Hexameron,  Salvien  en  avoit  composé  un 
qui  est  perdu,  531. 

Hiehus,  Franc  de  nation,  introduit  chez 
les  François  de  nouveaux  caractères  a 
écrire,  28. 

S.  Hilaire  Pape,  n'étant  encore  qu'Ar- 
chidiacre, travaille  &  la  supputation  des 
temps,  423.  Engage  Victorias  à  composer 
son  cycle  pascal,, 425. 426.  Ecrit  aux  Evé- 
ques des  cinq  Provinces,  412.  A  Léonce 
d'Arles,  411.  477.  511.  SU.  A  saint  Veran 
de  Vwtee,  413.. «77.  Irrité  centre  saint  Ma  - 


mert  et  le  maltraite,  411-413.  480.  481.  A 
quel  sujet  T  481.  ' 

S.  Hilaire,  Evèque  d'Arles,  différent 
d'Hilaire  compagnon  de  S.  Prosper,  209. 
213.  214.'  Sa  naissance,  262.  Ses  études, 
ioiil.  Sa  conversion,  157.  262.  Son  ordina- 
tion,  262.   Sa  conduite    dans   l'épiscopat, 

263.  264.  266.  Etablit  prés  de  lui  une  com- 
munauté de  Moines,  264.  Ses  liaisons,  ibid. 
Préside  au  Concile  de  Ries,  233.  264.  Au  I 
d'Orange,  235.  264.  Au  I   de  Vaison,  238. 

264.  Au  III  d'Arles,  240.  264.  A  celui  de 
Besancon,  242.  264.  Son  différend  avec  le 
Pape  saint  Léon,  et  la  conduite  qu'il  y 
tient,  265.  266.  Prononce  l'oraison  funèbre 
de  saint  Honorât,  159.  Sa  mort,  266.  Voïez 
son  éloge,  262-268.  Son  éloquence,  267. 
Ses  disciples,  267.  268.  Ses  écrits  subsis- 
tants, 268-270.  Ses  écrits  perdus,  270.  271. 
Ses  écrits  supposés,  271-273.  Sa  doctrine 
sur  la  grâce,  11.  18.  274.  275.  Sa  vie  écrite 
par  saint  Honorât  de  Marseille,  645-649 
Et  en  vers  par  Edese,  352.  353. 

Hilaire,  Evèque  de  Narbone,  différent 
d'Hilaire  compagnon  de  S.  Prosper,  209. 
Reçoit  des  letres  du  Pape  Zozime  et  de 
saint  Augustin,  ibid.  Le  Pape  Boniface  lui 
écrit  conjointement  avec  quelques  autres 
Evéques,  94. 

,  5.  Hilaire,  Evèque  de  Poitiers,  écrits  qui 
lui  sont  supposés,  271.  272. 

Hilaire  compagnon  de  saint  Prosper, 
différent  de  saint  Hilaire  d'Arles  et  d'Hilaire 
de' Narbone,  209.  Sa  patrie,  ibid.  Sa  pro- 
fession, ibid.  Ses  liaisons  avec  saint  Augus- 
tin, 16.  209-211.  Avec  saint  Prosper,  209- 
211.  371.  Son  zélé  pour  la  défense  de  la 
grâce,  16.  210.  211.  Va  à  Rome  pour  cette 
cause,  19.  Voïez  son  éloge,  209-212.  Ses 
écrits,  212-214.  Ceux  qui  sont  perdus,  et 
qui  lui  sont  supposés,  214. 

Himere,  Evèque,  disciple  de  saint  Loup 
de  Troles,  490. 

L' Histoire,  manière  de  l'écrire,  33.  34. 
Snjete  à  une  critique  maligne,  34. 

L'Histoire  sacrée  écrite  par  saint  Severe 
Sulpice,  106-109. 

Historiens  du  V  siècle,  leur  caractère,  33. 
34. 

Hoeke  professe  la  Poëliqne  à  Lyon,  40. 

S.  Honorât,  Evèque  d'Arles,  sa  nais- 
sance, 156.  Sa  retraite  du  monde,  156.  157. 
Bâtit  le  monastère  de  Lerins,  157.  Sa  con- 
duite en  qualité  d'Ahbé.  Son  ordination, 
158.  Sa  conduite  en  qualité  d'Evèque,  ibid. 
Sa  mort,  158.  Votez  son  éloge,  156-159. 
Ses  disciples,  157.  158.  Ses  écrits,  159-161. 


TABLE  DES  MATIERES. 


721 


Son  oraison  funebro  par  saint  Hilairo,  266. 
Bel  clogo  qu'en  fait  Salvien,  532. 

S.  Honorât,  evêque  do  Marseille,  son 
éducation,  644.  Commencement  de  son  épis- 
copat,  ibid.  Conduite  qu'il  y  tient,  C43. 
Son  talent  pour  la  parole,  sa  prudence,  sa 
modestie  647.  648.  Sa  mort,  645.  l'oie; 
son  élog.s,  644.  645.  Ses  écrits,  645,  6*9.  On 
lui  en  attribue  qui  ne  sont  pas  de  lui,  267. 
Sa  doctrine,  648. 

Ilormisda  Pape  se  déclaro  pour  la  doc- 
trino  de  saint  Augustin  contre  Fauslc  do 
Ries,  598. 

Mères,  isles  sur  la  côte  de  Provence. 
Voiez  Stoccades. 

Ilypace,  beau-pere  de  Salvien,  517. 
Celui-ci  lui  écrit  une  excellente  letre,  518. 
528. 


Jacquet,  premier  Evêque  de  Tarantaise, 
Elevé  de  Lerins,  38. 

Jean,  Evoque  de  Cbàlon  sur  Saône,  son 
ordination  remarquable,  466.  505. 

Jean,  Evèque  de  Jérusalem,  protecteur  de 
Pelage ,  150.  Sa  conduite  au  Concile  de 
Diospolis,  ibid. 

Jean,  Professeur  des  belles  Letres,  535. 
Ses  habitudes,  535.  536.  Voïez  son  éloge, 
ibid. 

S.  Jérôme,  nn  des  Oracles  des  Chrétiens, 
4.  En  liaison  avec  les  Sçavants  des  Gaules, 
4.  5.  58.  61.  83.  88.  129.  144.  145.  175. 
176.  *  362.  363.  Dédie  sa  traduction  de  la 
Genèse  à  Didier,  88.  Son  commentaire  sur 
Zacharie  à  saint  Exupere  de  Toulouse,  144. 
Celui  sur  Malachie  aux  solitaires  Minerve 
et  Alexandre,  145.  Accusé  par  Vigilance, 
59-61.  Ecrit  contre  lui,  59-62.  Résiste  à 
Pelage,  151.  Aide  de  ses  lumières  le  sexe 
dévot,  4.  5.  Bel  éloge  qu'en  fait  saint  Sul- 
pice,  111.  Son  livre  contre  les  Moines, 
118. 

Jesos-Christ,  sa  divinité  établie,  225.  Son 
unité  de  personne,  ibid.  Preuves  de  sa 
présence  réelle  dans  le  sacrifice  de  l'au- 
tel, 128.  Est  notre  lumière  et  notre  force, 
345. 

Tome  II. 


L'ignorance  favorise  l'erreur,  2.  6.  Ses 
causes  et  ses  autres  effets,  31.  33.  Remèdes, 
35.  38. 

L'Incarnation  ,  Cassien  écrit  un  traité 
sur  ce  sujet,  219.  Motifs  qui  l'y  engagent, 
ibid.  Autres  écrits  sur  lo  même  sujet,  224. 
225.  290. 

Ingenuus,  Evêque  d'Embrun,  assiste  au 
I  Concile  d'Orange,  235.  En  451  à  celui 
d'Arles,  qui  le  députe  au  Pape  saint  Léon, 
42.  321.  A  celui  contre  saint  Mamert,  410. 
Au  IV  d'Arles,  324.  Ses  plaintes  contre 
Auxane  d'Aix,  477. 

Ingrats,  qui  sont  ceux  qni  méritent  cette 
qualification,  18.  330.  Poëme  à  ce  sujet  et 
son  mérite,  380-382. 

Joseph,  Prêtre,  Chancelier  du  Roi  d'A- 
quitaine ,  418.  Auteur  de  la  légende  do 
saint  Raimbert,  ibid. 

Jove,  Homme  de  Letres,  différent  de 
plusieurs  autres  personnes  de  même  nom, 
65.  Et  de  Jovin,  ibid.  Son  pals,  son  érudi- 
tion, 6547.  Voiez  son  éloge,  ibid.  Ses  er- 
reurs, 65-66. 

Jove,  Préfet  d'Illyrie,  65.  Ses  antres  di- 
gnités, ibid. 

Jove,  ou  Jovinien,  Comte  sous  Hono- 
rius,  65. 

Judith,  temps  de  son  histoire,  107. 

Les  Juifs,  pourquoi  chargés  de  cérémonies 
légales?  127.  Traités  contre  les  Juifs,  121. 
122. 

S.  Julien,  Martyr  à  Brioude,  ses  actes 
écrits  par  un  Anonyme,  420.  421.  Transla- 
tion de  son  chef,  482. 

Julien,  Evêque  de  Carpentras,  fort  uni 
avec  l'Abbé  Pomere,  666.  667.  L'engage  à 
écrire  sur  la  vie  contemplative,  667.  Pomere 
lui  dédie  son  écrit,  667.  671. 

Julien,  Evêque  de  Cayaillon,  assiste  au 
Concile  de  Ries,  233.  Au  I  d'Orange,  235. 
En  451  à  celui  d'Arles,  321. 

Julien,  Evêque  d'Eclane,  son  épithalame 
par  saint  Paulin  de  Noie,  190.  Tâche  de 
faire  revivre  le  Pelagianisme,  376.  Déposé 
de  l'épiscopat,  185.  Passe  quelque  temps  à 
Lerins,  587. 

Julien,  Evèque  de  Tolède,  à  qui  on  donne 
faussement  le  recueil  intitulé,  Anticimenon, 
533. 

S.  Just,  Evêque  de  Lyon,  sa  vie  écrite 
par  le  Prêtre  Constance,  547.  548.  Sa  fête 
autrefois  très-celebre,  678.  680.  681. 

Yyyy 


722 


TABLE  DES  MATIERES. 


Lachamus  ;  GouYerneur  de  Toscane,  67. 
Ses  antres  dignités,  68.  Son  pais,  ibid. 
Son  intégrité  et  son  sçavoir.  Voies  son 
éloge,  67-69. 

Lampride,  Poète  et  Orateur,  sa  patrie, 
494.  Enseigne  à  Bourdeaux,  «6.  Un  antre 
Orphée  pour  la  doncenrde  ses  vers,  493.  Un 
autre  Cieeron  pour  la  beauté  do  son  élo- 
quence, 497.  Ses  liaisons,  495.  Voiez  son 
éloge,  494-497.  Sa  mort  funeste,  495.  Ses 
écrite,  495-497. 

La  Langue  Latine  vulgaire  dans  les 
Gaules,  6.  28.  Y  tombe  comme  ailleurs, 
88.89. 

Lazare,  Evéque  d'Aix,    son  ordination, 

148.  Quitte  son  Siège  et  va  en  Palestine,  148. 

149.  Attaque  des  premiers  l'béresie  de 
Pelage,  7.  149.  La  dénonce  au  Concile  de 
Diospolis  et  aux  Evéques  d'Afrique,  7. 
149-151.  Votez  son  éloge,  147-152.  Ses 
écrits,  149-151.  Maltraité  par  le  Pape  Zozi- 
me,  151.  158. 

Lectionnaire  pour  l'office  divin,  son  ori- 
gine, 340. 

S.  Léon  I  Pape,  avant  son  pontificat 
engage  Cassicn  à  écrire  sur  l'Incarnation, 
219-224.  Cassien  lui  dédie  son  ouvrage, 
284.  Emmené  saint  Prosper  à  Rome,  et 
en  fait  son  Secrétaire,  375.  376.  Agit  contre 
les  Pelagiens,  376.  Sa  conduite  envers  saint 
Hilaire  d'Arles,  843.  244.  264.  265.  Sa 
Letre  à  Flavien  envoies  daits  les  Gaules, 
48.  330.  436.  De  quelle  manière  elle  y  est 
reçue,  43.  330.  321.  Il  s'y  tient  un  Concile 
à  ce  sujet,  330.  321.  Qui  lui  écrit,  42.  43. 
Le  Pape  y  répond,  43.  Rend  à  Vienne  les 
Eglises  que  ZÔsime  lui  avoit  otées,  411.  Puis 
les  lui  ôte  pour  les  restituer  à  Arles,  ibid. 
Fait  travailler  sur  la  supputation  des  temps, 
435.  Ses  liaisons  avec  Ravenne  d'Arles, 
354.  355.  Avec  saint  Rustique  de  Narbone, 
*  363.  364.  N'est  point  Auteur  du  livre  de 
la  vocation  des  Gentils,  397.  398.  Non  plus 
que  de  la  letre  à  Demetriade,  398.  Autres 
écrits  qu'on  lui  attribue,  401 . 

LEon,  Evéque  de  Bourges,  préside  au 
Concilo  d'Angers,  333.  Ecrit  avec  quelques 
autres  Evéques  a  ceux  de  la  province  de 


Tours,  ibid.  Se  trouve   an   I  Concile   de 
Tours,  "  365. 

Léon,  Ministre  d'Etat,  sa  patrie,  637.  Sa 
réputation  pour  l'éloquence,  637.  688.  Ses 
divers  talents  pour  les  sciences,  628.  630. 
631.  Sa  pieté  et  son  austérité  de  vie,  629. 
Tache  de  porter  saint  Sidoine  à  écrire 
l'histoire  du  règne  d'Enric  Roi  des  Visigols, 
630.  Votez  son  éloge,  627-632. 

Léonce,  Evéque  d'Arles,  son  ordination, 
511.  Son  union  avec  le  Pape  Hilaire,  511- 
513.  Ses  autres  liaisons,  512-513.  Préside 
au  Concile  contre  saint  Mamert,  410-512. 
Reçoit  des  letres  du  Pape  Hilaire  à  ce  sujet, 
511.  Assemble  le  V  Concile  d'Arles,  457. 
Et  y  préside,  458.  513.  Charge  Fausle  de 
Ries  de  recueillir  ce  qui  s'y  éloit  dit,  458. 
Celui-ci  lui  adresse  ses  livres  sur  la  grâce, 
513.  Ses  écrits,  513-514. 

S.  Léonce,  Evéque  de  Frejns,  frère  de 
saint  Castor  Evéque  d'Api,  140.  Le  Pape 
Boniface  lui  écrit  conjointement  avec  quel- 
ques autres  Evéques,  9i.  Cassien  lui  adresse 
ses  conférences,  141.  145. 

Léonce  Diacre,  porte  une  letre  de  saint 
Prosper  à  saint  Augustin,  et  en  rapporte 
réponse,  370.  392.  S.  Prosper  lui  écrit, 
371. 

Ponce  Léonce,  le  plus  puissant  Seigneur 
d'Aquitaine,  409.  Ami  de  saint  Sidoine,  qui 
lui  adresse  un  de  ses  poèmes,  516.  561. 

Cl.  Lepidus,  frère  de  Dardanc,  188.  Ses 
dignités,  ibid. 

Leporils,  Prêtre  de  l'Eglise  d'Hippone, 
165.  Sa  patrie,  ibid.  Sa  première  profes- 
sion, ibid.  Tombe  dans  l'erreur,  165.  166. 
Quelle  étoit  la  nature  de  ses  erreurs,  7.  8. 
165. 166.  Est  repris,  et  se  trouvant  rebelle, 
est  chassé  des  Gaules,  8.  92.  166.  Se  retire 
en  Afrique  et  s'y  rétracte,  8.  93.  166.  167. 
En  quel  temps,  167.  168.  Ses  écrits,  166. 
167.  170-175.  Sa  doctrine,  173.  Voiez  son 
éloge,  165-170. 

Lerint,  ses  commencements,  37.  157.  Sa 
situation,  37.  Autrefois  du  diocèse  de  Fre- 
jus,  ibid.  Concile  en  sa  faveur,  333.  334. 
Sa  grande  réputation  pour  la  pieté  et  les  * 
Letres,  37.  358.  Sa  Règle,  159.  160.  Souffre 
quelque  tache  dans  sa  réputation  au  snjet 
du  Semipelagianisme,  38.  Séminaire  d'E- 
vêques  et  de  gents  de  Letres,  157.  158. 
Grands  Hommes  qui  en  sont  sortis,  37.  38. 
157.  863.  376.  305.  357.  *  368.  363.  433. 
477.  687. 

Letbie,  femme  de  Catulle,  657. 

Les  Letres  no  tombent  dans  les  Gaules 
qu'après  y  avoir  fait  des  efforts  pour  s'y 


TABLE  DES  MATIERES. 


723 


soutenir,  38.  39.  Remèdes  contre  leur  dé- 
cadence, 35.  Enseignées  dans  les  monastè- 
res, 35.  Voïei  Ecoles,  Sciences,  Etudes. 

Libéral  ordonné  Evèque  de  Vennes  au 
I  Concile  tenu  d^ans  celte  ville,  416.  417. 

Le  Libre  arbitre,  on  ne  peut  le  nier  sans 
errer,  3i5.  Sa  faiblesse,  ibid.  11  n'en  faut 
pas  séparer  le  secours  de  Dieu,  ibid. 

Liment,  à  qui  Salvien  adresse  une.  de  ses 
lelres,  529. 

Limoges,  Grands  hommes  qui  en  sont 
sortis,  424. 

Litlorius,  Général  des  armées  Romaines, 
son  mépris  pour  saint  Orient,  252.  Défait 
devant  Toulouse,  333.  Pris  par  les  Gots, 
252. 

Livia,  merc  de  Ponce  Léonce,  409. 

Liviane,  lieu  de  l'exil  de  saint  Sidoine, 
556. 

Livids,  Poète  chrétien,  sa  patrie,  408. 
409.  Différent  d'un  autre  Livius  de  Narbonc, 
409.  Voïez  son  éloge,  408-410.  Ses  écrits, 
409. 

Les  Lombards,  leur  origine,  390.  Saint 
Prosper  est  le  premier  Auteur  qui  en  parle, 
ibid. 

S.  Loup,  Evêque  de  Baïcux,  succède  i 
saint  Ruflinien,  418.  Ce  que  l'on  sçaitdesa 
vie,  417.  418.  Voïez  son  éloge,  ibid.  Ses 
écrits,  418. 

S.  I.iu  p.  Evèque  de  Troïes,  sa  patrie  et 
sa  famille,  48G.  Ses  éludes  et  son  mariage, 
ibid.  Sa  retraite  du  monde,  487.  Son  ordi- 
nation, ibid.  Sa  conduite  dans  l'épiscopat, 
487.  488.  Son  érudition,  son  estime  pour 
les  suivants,  488.  489.  Ses  liaisons,  489. 
Va  au  secours  do  l'Eglise  de  la  grande 
Bretagne,  153.  155.  258.  488.  Sa  mort, 
489.  Voïez  son  éloge,  486-490.  493.  Ses 
disciples,  490.  691.  Ses  écrits,  490-494.  Sa 
vie  écrite  par  un  Anonyme  de  mérite,  690- 
692. 

Loip,  Poète  et  Rhéteur,  sa  patrie,  583. 
Enseigne  tantôt  à  Agen,  tantôt  à  Perigueux, 
583.  584.  Avoit  une  nombreuse  bibliothè- 
que, 58i.  Ses  liaisons,  584.  585.  Voïez  son 
éloge,  583-586. 

Lucide.  Prêtre  en  Provence,  454.  Accusé 
de  soutenir  des  erreurs  sur  la  prédestina- 
tion, ibid.  Repris  par  Fauslc  de  Ries,  454. 
455.  Se  retracte  et  présente  aux  Evèques  sa 
rétractation,  455.  458.  Voïez  son  article, 
454-456.  Ses  écrits,  455.  456. 

P.  Rut.  Lupus,  Rhéteur,  dont  on  a  un 
petit  écrit  sur  les  figures  du  discours,  585. 

Le  Luxe  des  femmes  du  Y  siècle,  247. 


Lyon,  lieu  de  la  résidence  ordinaire  des 
Rois  de  Bourgogne,  679.  Conciles  qu'on  y 
tient,  459.  460.  678-684.  Son  Ecole,  39.  40. 
Grands  Hommes  qui  en  sont  sortis,  39. 
40.  145.  275.  423.  433.  437.  438.  440. 
476.  500.  50*.  543.  550.  575.  651-653. 
675. 


M 


Les  Maccabées,  Poème  sur  leur  triomphe, 
272. 

Magnus,  Consul  en  460,  son  éloge,  649. 
650.  658.  660. 

Majorien,  Empereur,  son  panégyrique 
par  saint  Sidoine,  552.  559.  560. 

Les  Maladies,  leur  avantage,  529.  Etat 
où  l'on  doit  être  lorsqu'on  en  relevé,  ibid. 

S.  Namert,  Evèque  de  Vienne,  son  his- 
toire peu  connue,  480.  Sa  conduite  dans 
l'épiscopat,  480.  482.  Maltraité  par  le  Pape 
Hilaire,  480.  481.  Concile  contre  lui.  410. 
413.  Se  trouve  au  V  d'Arles,  457.  Etablit 
les  Rogations,  481.  482.  Temps  de  sa  mort 
incertain,  483.  Voïez  son  éloge,  480-483. 
Ses  écrits,  483-486.  Translation  de  son 
corps,  483. 

S.  Mamertin,  Abbé  à  Auxerre,  *  367. 
Sa  naissance  et  son  attachement  au  pa- 
ganisme, ibid.  Sa  conversion,  ibid. 
Votez  son  éloge,  *  367.  368.  Ses  écrits, 
*  368. 

Mansuet,  Evèque  dos  Bretons  an  I  Con- 
cile de  Tours,  '  365. 

Marbode,  Evêque  de  Rennes,  confondu 
avec  le  suivant,  336.  337. 

Marbodeos  ,  ou  Marboldus  ,  ou  bien 
Marbotds,  Poète  inconnu,  335.  Son  ca- 
ractère, 336.  337.  Mal  à  propos  confondu 
avec  Marbode  Evèque  de  Rennes,  ibid. 
Ses  écrits,  335-338.  Leurs  éditions,  339. 
340. 

S.  Marcel,  Evèque  de  Die,  au  V  Con- 
cile d'Arles,  457. 

Marcel,  médecin,  surnommé  l'Empirique, 
son  pais,  49-31.  Sa  vertu  et  ses  charges, 
48-50.  Voïez  son  éloge,  i'6id.  Ses  écrits, 
50-52.  Auteurs  qui  les  citent,  50-51 .  Leurs 
éditions,  52.  53. 

Y  y  y  y  ji 


724 


TABLE  DES  MATIERES. 


Marcel,  Préfet  des  Gaules,  contribue  à 
rebâtir  l'Eglise  de  Narbone,  *  363. 

Marcel,  à  qui  Salvien  avoit  adressé  ses 
livres  sur  la  virginité,  530. 

Makcellin,  Avocat  célèbre,  sa  patrie, 
577.  Son  amour  inviolablo  pour  la  vérité, 
ibid. 

Marin,  Homme  de  pieté,  donne  divers 
avisa  B.  Paulin,  462.  463. 

Marseille,  le  berceau  et  le  théâtre  du 
Semipelagianisme,  10.  11.  Ses  écoles  en- 
core florissantes,  345.  Grands  Hommes  qui 
en  sont   sortis,  90.  331.  245.  340.  473. 

Martia,  femme  d'Hortensius,  657. 

Garg.  Martialit,  qui  a  écrit  sur  l'agri- 
culture, 300. 

Juv.  Martialit,  Auteur  qui  a  fait  l'his- 
toire de  J.  César,  687. 

S.  Martin,  Evêque  de  Tours,  ses  disci- 
ples, 97.  116.  119.  147. 148.  Sa  vie  écrite 
par  saint  Sulpice  répandue  en  peu  de  temps 
par  tout  le  monde,  101-105.  110.  111. 
Mise  en  vers  par  Paulin  de  Perigueux, 
471.  Par  Fortunat  de  Poitiers,  492.  S. 
Perpétue  lui  bâtit  une  église,  et  y  transfère 
son  corps,  621. 

Martinien,  Homme  de  pieté,  ami  de 
saint  Paulin  de  Noie,  194.  Fait  naufrage 
sur  mer,  ibid. 

Les  Martyr»,  leurs  tombeaux  et  leurs 
cendres  en  honneur  dans  l'Eglise,  60.  61. 
On  y  al  lu  moi  t  des  cierges,  61.  62. 

S.  Matthieu,  étoit-il  Gentil  ou  Juif? 
122. 

S.  Maurice  et  ses  compagnons,  actes  de 
leur  martyre,  285. 

Maxime,  Evêque  d'Avignon  en  451  au 
Concile  d'Arles,  321 .  Trois  ans  après  à  un 
autre,  323. 

S.  Maxime,  Evêque  de  Ries,  sa  nais- 
sance, 337.  Ses  grands  talents,  ib.  Se  re- 
tire à  Lerins,  ibid.  En  est  fait  Abbé,  358. 
Est  élu  Evêque  de  Frejus,  et  l'évite,  ibid. 
Ordonné  Evêque  de  IUès,  358.  359.  Assiste 
au  Concile  tenu  dans  sa  ville,  233.  Au  I 
d'Orange,  235.  En  451  à  celui  d'Arles,  321 . 
Sa  mort,  359.  Voïez  son  éloge,  357-359. 
Ses  écrits,  359.  360.  Sa  vie  écrite  par  Dy- 
name,  608.  617. 

Maxime,  Evêque  de  Valence,  accusé  de 
divers  crimes,  93.  94.  Conciles  à  ce  sujet, 
ibid. 

Maxime.  Evêque  dont  on  ignore  le  Sioge, 
son  éloge,  863.  564. 

Petr.    Maxime    s'empare   de    l'Empire, 


429.  Serran  fait  son  panégyrique,  $29. 
430. 

Les  Médecins  des  Princes  élevés  aux  pre- 
miers honneurs,  49. 

La  Médecine,  sa  décadence,  30.  Portrait 
assez  plaisant  de  ceux  qui  l'exerçoient  au 
V  siècle,  ibid. 

Megethe,  Evoque  de  Bellay,  selon  quel- 
ques-uns, assiste  au  V  Concile  d'Arles, 
457.  577.  Son  scavoir  et  son  éloquence, 
568.  577.  S.  Sidoine  lui  envoie  son  livre 
des  Messes,  567.  577. 

Mémorial,  Evêque  de  Digne,  assiste  au 
Concile  contre  saint  Mamcrt,  410. 

Memoriut,  Prêtre,  peut  -  être  frère  de 
Fauste  de  Ries,  589. 

Merobaude  ,  célèbre  Poëte  Espagnol, 
338. 

Minerve,  ou  Minere,  Solitaire  dans  les 
Gaules,  d'abord  Avocat,  144.  Depuis  Abbé 
dans  les  isles  Stoccades,  145.  En  relation 
avec  saint  Jérôme,  144.  145.  Voïez  son 
éloge,  143-145.  S.  Jérôme  lui  adresse  son 
commentaire  sur  Malachie,  et  Cassien  ses 
sept  dernières  conférences,  145. 

Mi.ierve,  Intendant  du  Domaine,  Grand 
Homme  de  Letres ,  138.  Son  pals  et 
ses  liaisons,  ibid.  voïez  son  éloge,  138- 
140. 

Minerve,  neveu  du  précèdent  et  fils  de 
Florentin,  139. 

Les  Mœurs  du  V  siècle  fort  corrompues, 
247. 

Les  Moines,  avantages  de  leur  état,  126. 
Pourquoi  ne  pas  aimés  de  quelques-uns? 
ibid.  Règlements  qui  les  concernent,  416. 
417. 

Monastères  répandus  dans  les  Gaules, 
35-37.  Etoient  autant  d'Ecoles  pour  la 
pieté  et  les  Letres,  35.  Servent  à  conserver 
la  pureté  de  la  religion,  ibid. 

Le  Monde,  traité  sur  le  mépris  qu'on  en 
doit  faire,  674. 

Muni ii  s.  Homme  de  Letres  des  plus  élo- 
quents de  son  siècle,  576. 

Morale,  plan  de  morale,  125.  • 

Moribonds,  communion  qui  leur  est  ac- 
cordée, 235.  Dispute  entre  les  Sçavanls  à 
ce  sujet,  236. 

Les  Morts,  prières  qu'on  fait  pour  eui 
autorisées,  194.  195. 

Musée,  Prêtre  de  l'Eglise  de  Marseille, 
340.  Son  scavoir  et  son  éloquence,  ibid. 
Temps  où  il  vivoit,  340.  342.  Votez  son 
éloge,    840-342.  Ses  écrits,  340.  341. 


TABLE  DES  MATIERES. 


725 


La  Muiique,   idée   qu'on  en  avoit  an  V 
siècle,  30. 


N 


NAMmr.E  ,  ou  Nahace  ,  Homme  de 
letres,  curieux  des  bons  livres,  576. 
577. 

Nantet,  Grands  Hommes  qui  en  sont 
sortis,  302.  407. 

Narbonr,  son  éloge  par  saint  Sidoine, 
571 .  Tombe  entre  les  mains  des  Visigots, 
ibid.  Grands  Hommes  qui  en  sont  sortis, 
249.  429.  431.  577.  627.  649.  650.  653. 
658.  689. 

Nectaire,  Evêque  de  Digne  au  Concile 
de  Ries.  233.  An.l  d'Orange,  235.  En  451 
à  celui  d'Arles,  321 .  Au  IV  trois  ans  après, 
324. 

Nehesse,  fils  de  Protade,  son  éloge, 
«35. 

Nestnriut,  connexion  entre  ses  erreurs  et 
celles  de  Pelage,  166.  172.  219.  225.  382. 
383.  Attaquées  d'abord  par  un  simple 
Laïque,  372.  Refutées  par  Cassien,  219. 
224.  225.  Et  par  Gennade  de  Marseille, 
642.  Proscrites  dans  les  Gaules,  42.  Autres 
écrits  pour  les  combattre,  42.  43.  219. 

Nice,  ville  épiscopale ,  à  laquelle  on 
réunit  Cemele  ou  Cimiés  ,  328.  477. 
478. 

Nicft,  Orateur,  sa  patrie  et  sa  famille, 

500.  Habile  dans  la  Jurisprudence,  500. 

501 .  Ses  liaisons,  501 .  Son  talent  pour 
parler  en  public,  502.  Votez  son  éloge, 
500.  502. 

Nuneque,  Evêque  do  Nantes,  succède  à 
Eusebe,  4t6.  Assiste  au  I  Concile  de 
Vennes,  tbid. 


0 


ctaviikri,    maison    de    plaisance    de 
Consente,  41 .  Il  y  avoit  une  riche  bi- 
bliothèque, tbid 

4    • 


Orange,  il  s'y  tient  an  Concile,  234-237. 
Sujet  de  sa  convocation,  234.  Evéques  qui 
y  assistèrent,  235.  Ses  décrets,  235-237. 

(frète,  ou  (fronce,  confondu  avec  S. 
Orient,  254. 

Origene.  jugement  qu'oaen  porte,  111. 
Ses  erreurs  sur  l'origine  de  l'ame,  641. 

S.  Orient,  Evêque  d'Auch,  temps  au- 
quel il  a  vécu,  contesté,  251.  Sa  conduite 
dans  l'épiscopat,  251.  252.  Député  par 
Theodoric  pour  lui  obtenir  la  paix  des  Ro- 
mains, 252.  Sa  mort,  253.  Voïez  son  éloge, 
251.  253.  Ses  écrits,  253-256.  Leurs  édi- 
tions, 255.  256. 

Orleant  assiégé  par  Attila,  556.  S.  Si- 
doine entreprend  l'histoire  de  ce  siège  et  no 
la  finit  pas,  ibid. 

Orote,  prêtre  Espagnol,  va  en  Afrique, 
150.  En  Palestine,  tbid.  En  apporte  des 
letres  de  saint  Héros  et  de  Lazare  contre 
Pelage,  ibid. 


0 


Pacatds,  Poêle  Chrétien,  sa  patrie,  204. 
Entreprend  d'écrire  la  vie  de  saint  Pau- 
lin Evêque  de  Noie,  ibid.  Urane  lui  envoie 
des  mémoires  à  ce  sujet,  202.  204.  Voïez 
son  éloge,  204.  205. 

Les  Paient,  écrits  contre  eux,  124-127. 
192.  193. 

Pallade,  Diacre  Breton,  combat  le  Pela- 
gianisme,  153. 

Pallade,  Proconsul  d'Afrique,  298. 

Pallade,  Poète  et  Philosophe,  sa  patrie, 
297.  Sa  famille,  ses  études,  297.  299.  Mal 
à  propos  confondu  avec  d'autres  de  même 
nom,  298.  Votez  son  éloge,  297-299.  Ses 
écrits,  299.  300.  Leurs  éditions,  300.  301. 

Pallade,  célèbre  Orateur,  mal  à  propos 
confondu  avec  le  précèdent,  298. 

Palladie,  femme  de  Salvien,  517.  De- 
vient sa  soeur,  518.  Eloge  de  sa  pieté, 
tbid. 

Papianille,  fille  de  l'empereur  Avite, 
femme  de  saint  Sidoine,  335.  540.  541. 
551.  502.  555.  578. 

Papianille,  femme  de  Ferreol,  Préfet  des 
Gaules,  ton  éloge,  540* 


72G 


TABLE  DES  MATIERES. 


Pâque,  contestations  an  sujet  tin  jour 
qu'il  falloit  la  faire,  393.  425-427. 

Pascase,  Diacre  de  l'Eglise  Romaine, 
passe  mal  à  propos  pour  Auteur  (les  livres 
sur  le  Saint  Esprit  qui  portent  son  nom, 
1,111.  1,112. 

Patiphile,  à  qui  Palladc  ailrosso  son  ou- 
vrage sur  l'agriculture,  299. 

Paterne,  Evêque  de  Quimper  au  I  Con- 
cile de  Vennes,  41G. 

S.  Patient,  Evèquo  do  Lyon,  son  ordi- 
nation, 504.  Sa  conduite  dans  l'épiscopat, 
604.  505.  Assiste  au  V  Concile  d'Arles, 
457.  505.  Au  II  de  Lyon,  460.  500.  Ses 
grandes  cliarilés,  50t.  505.  Engage  Cons- 
tance Prêtre  de  son  Eglise  a  écrire  la  vie 
de  saint  Germain  d'Auxcrre ,  505.  545. 
l'oie;  son  éloge,  504-500.  Ses  écrits,  506- 
507. 

S.  Patrice,  Apôtre  d'Hibcrnic  élevé  a 
Lerins.  38.  Instruit  par  saint  Germain 
d'Auxerrc,  26. 

Palrocle,  Evèquo  d'Arles,  son  caractère, 
148.  Fâcheuses  suites  qu'eut  son  ordina- 
tion, 148.  154.  158.  Le  Pape  llonifaco  lui 
écrit,  9t. 

S.  Paul,  collègue  de  saint  Pierre  dans 
l'épiscopat  de  Home,  107. 

Paul,  Evèquo  de  Ch.llons  sur  Saône, 
assiste  au  Concile  conlrc  saint  Mantcrl, 
410. 

S.  Paul,  Evêque  de  Narbonc,  sa  vie  écrite 
par  un  Anonyme,  <>89.  880. 

Paulin,  Prêtre  d'Aquiléc,  a  beaucoup 
pris  des  écrils  de  Pomcru,  672. 

Paulin,  Evêque  de  Boziers,  131.  N'est 
point  le  même  que  Paulin  disciple  do  saint 
Auibroiso,  ibid.  Ses  écrils,  131.  132. 

S.  Paulin,  Evêque  de  Noie,  sa  patrie  et 
sa  famille,  179.  180.  Son  éducation,  ses 
éludes,  180.  Son  mariage,  180.  181.  Ses 
dignités,  181.  Converti  et  catéchisé  par  saint 
Amand  de  Bourdeaux,  175.  176.  182.  Bap- 
lisé  |>ar  saint  IHphin,  4t.  Ordonné  Prêtre, 
182.  Austérité  de  sa  vie,  183.  Est  fait 
Evêque,  184.  Sa  conduite  dans  l'cpisroiial, 
18t.  Ses  liaisons,  4.  45.  58.  GO.  83. 
89.  90.  90.  98.  99.  106.  177.  181. 
184.  180.  187.  l!n  des  oracles  des  Chré- 
tiens, 4.  Travaille  à  convertir  Job  son 
parent,  00.  07.  Le  premier  qui  porta  ù 
Home  la  vie  de  saint  Martin  par  saint  Snl- 
pice,  103.  Et  la  répand  dans  tonte  l'Italie. 
101.  Est  pris  |,;u  les  Cols,  185.  Sa  mort, 
ibid.  Son  caractère,  181.  182.  186.  Estime 
qu'en  ont  fait  les  Anciens,  187.  Vutez  son 
éloge,  179-187.  Ses  écrils  certains  et  exis- 
tants,  187-191.  453.   Leurs  éditions,  191. 


197-199.  Ses  écrits  perdus,  191-195.  Dou- 
teux et  supposés,  195-197.  Sa  manière 
d'écrire,  190.  197. 

Paulin,  pero  du  précèdent,  ses  grands 
biens  et  sa  famille,  179.  180. 

Paulin,  Diacre  de  l'Eglise  de  Milan,  con- 
fondu avec  Pauliu  Evêque  de  Deziers,  131. 
Avec  saint  Paulin  do  Noie,  190. 

Paulin  le  Pénitent,  Poète  Chrétien,  363. 
Sa  naissance,  363.  364.  Son  éducation,  ses 
éludes,  36t.  Ses  occupations,  364.  365.  Ses 
disgrâces,  365-367.  Sa  conversion  et  xa 
mort,  367.  l'oie;  son  éloge,  363-367.  Con- 
fondu avec  saint  Paulin  de  Noie,  196.  Ses 
écrits  et  leurs  éditions,  368.  *  SOI. 

Paulin    do    Pcrigneux,    Poêle  Chrétien, 

469.  Mal  il  propos  confondu  avec  saint 
Paulin  do  Noie,  196.  470.  472.  Ses  liaisons, 

470.  J'oie;  son  éloge,  469.  470.  Ses  écrils, 
471-473.  Leurs  éditions,  472-473.  Son  tra- 
vail sur  les  écrils  de  saint  Sulpice,  112. 

Paulin,  Rhéteur  à  Perigucux,  difTcrcnl 
du  précèdent,  409. 

Ben.  Paulin,  mal  à  propos  confondu 
avec  S.  Paulin  de  Noie  cl  les  antres  grands 
Immoles  du  même  nom.  46t.  Sa  patrie, 
462.  Ses  liaisons,  ibid.  l'oie;  son  article, 
461.  462.  Ses  écrils,  462-465. 

Paulianistes.  Voïez  Phtdinicnt. 

Le  Péehé  originel  et  ses  suites,  24G.  345. 
Son  remède,  ibid. 

Pelaije,  nature  de  ses  erreurs,  222.  Leur 
connexion  avec  celles  do  Ncslorius,  165. 
106.  172.  219.  382.  383.  Attaquées  d'a- 
bord par  un  laïc,  372.  Condamnées  en 
Afrique,  8.  A  Rome,  10.  Dénoncées  an 
Concile  de  Diospolis  en  présence  de  Pelage, 

7.  10. 148.  151.  Proscrites  à  Anliochc  et  le 
reste  do  l'Orient,  toi».  Ce  qui  fait  chasser 
Pelage  des  lieux  saints,  10.  151.  Combat- 
tues par  les  Empereurs,  8.  Dans  les  Gau- 
les, 7-9.  N'osent  s'y  montrer  a  déconvcrl, 
9.  S'y  reproduisent  sous  nne  aulre  forme, 
ibid.  Oui  sont  ceux  qni  en  sont  plus  sus- 
ceptibles? 11.  Infectent  la  grande  Bretagne, 

8.  9.  Y  sont  exterminées  par  les  soins  des 
Evèqncs  Gaulois,  9.  258.  259.  Furent-elles 
condamnées  an  V  Concile  d'Arles?  458. 
45!».  Gcnnadc  île  Marseille  écrit  pour  les 
réfuter,  033.  Ci2. 

Le  Pelatjia*i*me.  et  ses  branches,  prin- 
cipes qui  leur  sont  opposés,  100.  101.  172. 
Source  du  Ncslorianismc,  225.  Condamné 
par  Cassicn,  ibid.  Voïcx  Prlugr. 

Les  Ptlagient  en  quoi  différents  des  Se- 
mipelagiens,  13.  14.  Leors  erreurs,  3*5. 
Leur  pieté  apparente,  99. 


TABLE  DES  MATIERES. 


m 


La  Pénitence  a  l'articlo  do  la  mort,  ce 
qu'on  en  doit  penser,  462.  463.  593.  594. 

Pèone,  Préfet  des  Gaules  en  différend 
avec  saint  Sidoine,  566. 

Périgneux,  son  Ecole,  30.  40.  583.  584. 
Grands  hommes  qui  en  sont  sortis,  469. 
537.  583.  584. 

Fid.  M.  Perpétua,  sœur  de  saint  Per- 
pétue qui  suit,  620.  625. 

S.  Perpétue,  Evêque  de  Tours,  sa  famille, 
619.  620.  Temps  de  son  episcopat,  620. 
Convoque  et  préside  au  I  Concile  de  Tours, 
'  365.  620.  Kt  à  celui  de  Ycnncs,  416.  620. 
Sa  charité  envers  les  pauvres,  620.  621. 
Sa  véuéralion  pour  les  Saints,  621.  Engage 
Paulin  de  Pcrigueux  à  mettre  en  vers  la 
vie  de  saint  Martin,  470.  471.  Envoie  des 
mémoires  à  ce  Poêle,  472.  Sa  mort,  622. 
623.  Votez  son  éloge,  619-623.  Son  testa- 
ment et  ses  autres  écrits,  621-627. 

Pétrone,  jurisconsulte,  sa  famille,  582. 
Sa  patrie,  581.  582.  Député  à  Rome  contre 
Arvande.  582.  Ses  liaisons,  582.  583.  Engage 
saint  Sidoine  a  publier  le  huitième  livre  de 
ses  Ictres,  S63.  583.  Votez  son  éloge,  581- 
583. 

Pétrone,  Préfet  dos  Gaules,  582. 

S.  Phcbade,  Evèquo  d'Agen,  en  com- 
merce de  Ictres  avec  saint  Amhroiso  do 
Milan  et  saint  Dclphin  de  Bourdeaut,  45. 

Phii.agre,  Homme  de  Letres,  41.  576. 
Sa  bibliothèque  considérable,  ibid. 

Philmjre,  un  des  aïeux  do  l'Empereur 
Avile  et  du  Consul  Magnus,  576. 

Philexace,  Avocat  célèbre-,  sa  patrie, 
575.  Ses  dignités,  ibid.  Son  Sçavoir  et  son 
éloquence,  ibid. 

Philemalie ,  Dame  illustre,  dont  saint 
Sidoine  a  fait  l'épilapho,  575. 

Philippe»  Empereur  étoit  Chrétien,  308. 

La  Pliilasophie,  idée  qu'on  en  avoit  au 
V  siècle,  30. 

Photiniens,  leurs  erreurs  sur  le  baptême, 
241. 

S.  Pierre,  son  episcopat  à  Rome,  107.  Il 
y  a  saint  Paul  pour  collègue,  ibid. 

PiEnnE,  Secrétaire  d'Etat,  439.  Sa  pairie, 
439.  4M).  N'est  point  le  Consul  de  l'an  516, 
439.  Son  Seàfroir,  440.  Sa  mort,  442. 
Votez  son  éloge,  439-442.  Ses  écrits,  441. 
442. 

Pierre)  précieuses,  écrits  qui  en  traitent, 
335-3W. 

Pimeniole,  femme  de  saint  Loup  Evêque 
de  Troïes,  son  éloge,  486.  487. 


Placidine,  femme  d'Appollinaire,  belle- 
fille  de  saint  Sidoine,  552. 
La  Poésie,  sa  décadence,  30. 

Poitiers,  Grands  Hommes  qui  en  «ont 
sortis,  68.  70.  297.  298.      - 

Poleme,  Préfet  des  Gaules,  Poëte,  Ora- 
teur, Philosophe,  514.  Sa  patrie  et  sa  fa- 
mille, ibid.  Temps  do  sa  Préfecture,  5)5. 
S.  Sidoine  fait  son  épithalame,  360.  Son 
sçavoir  et  ses  écrits,  516.  Votez  son  élogo, 
514-516. 

S.  Pnlijchrone,  ou  Pulcltrone,  Evêque  de 
Verdun,  disciple  de  saint  Loup  de  Troïes, 
ICO.  691. 

Poiere,  Abbé  à  Arles,  son  pais,  665. 
Vient  s'établir  a  Arles,  ibid.  Y  enseigne  les 
belles  Letres,  ibid.  S'y  fait  Moine  et  devient 
Abbé  de  son  monastero,  ibid.  Est  ordonné 
Prêtre,  666.  Ses  liaisons,  666-668.  Son 
sçavoir,  665-668.  N'a  point  été  evêque, 
669.  Votez  son  éloge,  665-669.  Ses  écrits, 
669-675.  Leurs  éditions,  672.  673.  Sa  ma- 
nière d'écrire,  672.  675.  Motifs  qui  le  por- 
tèrent à  le  faire,  671. 

S.  Porcaire,  Abbé  de  Lerins  à  la  fin  du 
V  siècle,  687.  Différent  d'un  aulre  qui  ne 
l'étoit  qu'au  VU  siècle,  ibid.  Son  mérite, 
688.  Reçoit  à  Lerins  saint  Césaire  depuis 
Evêque  d'Arles,  ibid.  Votez  son  éloge,  687. 
688.  Ses  écrits,  688.  689. 

Posthumie:»,  Prêtro  de  l'Eglise  do  Noie, 
I  205.  Sa  patrie,  ibid.  Ses  voïages,  205-207. 
Ses  liaisons,  206-207.  Fournit  la  matière  du 
premier  dialogue  de  saint  Sulpicc,  110.  117. 
Le  porte  à  saint  Paulin  do  Nolo,  111.  Ré- 
pond on  Orient  et  en  Egypte  la  vie  de  saint 
Martin,  207.  Votez  son  éloge,  205-207.  Ses 
écrits,  207.  208. 

Prwdestinatus,  fameux  écrit  attribué  à 
divers  Auteurs,  3(9.  351.  N'est  point  de 
Vincent  do  Lerins,  313-315.  Appartient  à 
Arnobe  le  jeune,  349.  351. 

Pragmace,  Evêque  d'Autun,  différent  do 
celui  qui  suit,  581 . 

Prag*ace  ,  Assesseur  d'un  Préfet  des 
Gaules,  580.  Homme  d'éloquence  et  d'éru- 
dition, 499.  580.  581.  Ses  travaux  literai- 
res,  499.  Votez  son  éloge,  580.  581. 

S.  Principe,  Evêque  de  Soissons,  ses 
liaisons,  668. 

Principe,  Prêtre,  puis  Evêque  de  Car- 
pentras,  fort  lié  avec  Pomere,  668.  Celui-ci 
lui  adresse  un  écrit,  674. 

Les  Priscillianisles  causent  de  grands 
désordres  dans  le  Diocèse  de  Bourdeaux, 


728 


TABLE  DES  MATIERES. 


44.  Condamnés  au  Concile  de  Saragoce, 
ibid.  Appellent  de  celui  de  Bourdeaux  à 
l'Empereur,  ibid. 

Pritque,  Rhéteur  et  Historien,  est-il  le 
même  que  Prisque  Valerien?  362. 

Probe,  Homme  de  Letres,  sa  naissance, 
649.  650.  Son  grand  sçavoir,  650.  651. 
L'appui  et  le  soutien  des  Letres  dans 
les  Gaules,  651.  Votez  son  éloge,  6(9. 
651. 

Petr.  Probui,  Préfet  du  Prétoire,  ses 
autres  dignités  et  sa  patrie,  581. 

S.  Procule,  Evéque  de  Marseille,  forme 
plusieurs  disciples  à  l'épiscopat,  91.  Assiste 
en  qualité  de  Député  des  Gaules  en  381  au 
Concile  d'Aquilée,  90.  A  celui  de  Turin,  91. 
Qui  lui  accorde  le  droit  de  Prima  lie,  ibid. 
Maltraité  par  le  Pape  Zozime,  92.  Condamne 
Leporius,  et  le  fait  chasser  des  Gaules,  8. 
Lopnrius  lui  adresse  sa  rétractation  en  418 
ou  419  et  non  plus  tard,  92.  167.  168. 
Quatre  Evêques  d'Afrique  lui  écrivent,  92. 
93.  167.  173.  Votez  son  éloge,  90.  93.  Sa 
mort,  93. 

Proeule,  Diacre  d'Autun,  disciple  de  saint 
Euphrone,  son  éloge,  466.  467. 

Procule,  Poëte,  sa  patrie,  538.  Ses  liai- 
sons, ibid.  Ses  talents,  538.  539.  Votez  son 
éloge,  ibid.  Ses  écrits,  539. 

Prodige»  extraordinaires  dans  les  Gaules 
au  commencement  du  Y  siècle  et  en  452, 
131.  468. 

Les  Prognottiquet  de  Pomere  Abbé  à 
Arles,  674.  Ceux  de  J union  Pomere  Evéque 
de  Tolède,  t&td. 

S.  Protper,  Evéque  d'Orléans,  en  relation 
avec  S.  Sidoine  de  Clermont,  565.  On  lui 
attribue  sans  preuve  le  livre  de  la  vocation 
des  Gentils,  397. 

Protper,  autre  Evéque  du  VI  siècle  ;  on 
lui  attribue  sans  fondement  le  livre  précè- 
dent, 397. 

S.  Prosper,  le  plus  célèbre  défenseur  de 
la  doctrine  de  saint  Augustin,  369-371 .  N'a 
jamais  été  Evéque,  ibid.  Sa  patrie,  369. 
370.  Différent  de  Tyro-Prosper,  325-328. 
370.  Ses  éludes,  370.  Ses  liaisons  avec 
Hilaire  et  saint  Augustin,  16.  210.  211.  371. 
Attaque  des  premiers  le  Semipelagianisme, 
16-18.  20.  Le  confond,  17.  18.  20.  Instruit 
et  fortifie  les  Fidèles  contre  la  séduction  des 
Semipclagiens,  18.  20.  Défend  la  mémoire 
de  saint  Augustin,  17-19.  Fait  à  ce  dessein 
le  voïage  de  Rome,  19.  374.  Revient  dans 
les  Gaules,  et  y  apporte  des  décisions  favo- 
rables à  sa  cause,  19.  S.  Léon  le  prend 
pour  son  Secrétaire,  376.  Votez  son  éloge, 


13.  369-378.  Sa  mort,  377.  Ses  écrits  per- 
dus, 392-391.  Douteux,  391-401.  Supposes, 
401-403.  Sa  manière  d'écrire,  391.  392. 
399.  400.  Editions  de  ses  œuvres,  380.  382. 
384.  388.  389.  390.  403-406. 

Tyro  Prosper,  Ou  Prosper  Ttro,  Poëte 
chrétien,  souvent  confondu  avec  le  précè- 
dent, 325.  Votez  son  éloge,  325.  326.  Ses 
écrits,  326-328. 

Protade,  Préfet  de  Rome,  Historien,  134. 
Son  pais,  ibid.  Va  étudier  à  Rome,  ibid. 
Ses  liaisons,  134.  135.  Votez  son  éloge, 
134-136.  Ses  écrits,  136.  137.  A  contribué 
à  nous  laisser  les  letres  de  Symmaquc, 
136. 

Protade,  fils  de  Minerve,  neveu  du  pré- 
cèdent, son  éloge,  139. 

S.  l'rutere,  Evéque  d'Alexandrie  en  dif- 
férend avec  Rome  au  sujet  du  jour  de  Pà- 
que,  425. 

Les  Proverbe»,  saint  Salone  et  saint 
Veran  y  ont  fait  des  dialogues,  435-436. 

La  Providence,  traité  de  Salvien  sur  ce 
sujet,  525-527.  Poëme  sur  le  même  sujet, 
79.  80. 

La  Prudence,  en  quoi  elle  diffère  de  la 
sagesse,  426. 

Prusiane,  Maison  de  plaisance  do  Tonancs 
Ferreol,  41.  La  bibliothèque  riche  et  bien 
ordonnée,  ibid.  De  quelle  manière  on  y 
passoit  le  temps,  ibid. 

Pteaumes,  Commentaires  pour  les  expli- 
quer, 344-346.  388.  389.  414. 

Prudenlille,  femme  d'Apulée,  657. 


Q 


Quelidoine,  Evéque  de  Besançon,  déposé 
de  l'épiscopat,  243.  264.  Rétabli  par 
saint  Léon,  243.  244.  Suite  de  cette  grande 
affaire,  243.  244.  264-266. 

La  Que$ture,  ses  prérogatives,  ses  fonc- 
tions, 68.  Demandoit  des  hommes  de  letres 
pour  l'exercer,  ibid. 

Quiète,  bclle-mere  de  Salvien,  517. 
Celui-ci  lui  écrit  une  excellente  letre,  518. 
528. 


TABLE  DES  MATIÈRES. 


731 


QomTiE!»,  Poète,  sa  patrie,  574.  Son  ta- 
lent pour  la  poésie,  ibid.  Ses  écrits,  ibid. 

Quintillien,  frère  d'Exuperance,  retiré  à 
Bethléem,  142. 


S.    nAimbert,  Evéque  de  Baleux,  sa  vie 
I*.  écrite  par   saint   Loup,   418.   Deux 
Evéques  de  même  nom,  ibid.  La  Légende 
dn  second,  ibid. 

Raveune,  Evêquc  d'Arles,  son  éducation, 
354.  Sun  ordination,  ibid.  Sa  conduite 
dans  l'épiscopat,  355.  En  grande  estime 
auprès  de  saint  Léon,  354.  355.  En  451 
convoque  un  Concilo,  et  y  préside,  320. 
3il.  Trois  ans  après  à  un  autre,  323.  324. 
Foies  son  éloge,  351-356.  Ses  écrits,  356. 
357.  N'est  point  Auteur  de  la  vie  de  saint 
Hilaire.  646. 

La  Religion  chrétienne  contribue  plus 
que  toute  autre  chose  à  la  politesse  et  A  la 
connoissance  des  Letres,  27.  28.  35. 

S.  Rémi,  Evèque  de  Reims,  travaille  à 
détruire  l'idolâlne  parmi  les  Francs,  678. 

La  Rhétorique  traitée  indignement  au 
V  siècle,  30.  Voïeil'^foguence. 

Les  Richesses,  ce  qu'on  fait  au  milieu 
d'elles  nous  est  propre,  et  ce  que  nous  y 
possédons  est  pour  d'autres,  656. 

Hiéi,  il  s'y  tient  un  Concile,  232-234. 
Sujet  de  sa  convocation,  232.  233.  Evéques 
qui  s'y  trouvèrent,  233.  Ses  canons,  233. 
254. 

Riocat,  Evêque  des  Bretons  Armoricains, 
616. 

Riotau,  Moi  des  Bretons  Armoricains, 
616. 

Ripaike,  Prêtre  en  Aquitaine,  en  relation 
avec  saint  Jérôme,  60.  6t.  85.  86.  Découvre 
le  premier  les  erreurs  de  Vigilance,  60.  86. 
Envoie  son  livre  i  saint  Jérôme,  61.  Son 
séle  pour  la  fol.  Foies  son  éloge,  85.   86. 

S.  ilojatien,  Martyr  à  Nantes,  407.  Ses 
actes  écrits  par  un  Anonyme,  407.  408. 

Les  Roantiont  doivent  leur  origine  à 
saint    Msmen.   481.     Leur     établissement, 

Tome  II. 

4   9    ♦ 


481,  482.  Maniera  de  les  célébrer,  481- 
486. 

Les  Rois,  traités  pour  expliquer  ces  livres, 
292. 

Les  Rois,  il  n'y  a  que  la  puissance  divi- 
ne an-dessus  de  la  leur,  345. 

Rome  prise  par  les  Gots  en  410,  puis  en 
453  par  les  Vandales,  525.  526.  Théâtre  où 
brillent  les  Gaulois,  3.  Où  ils  vont  étudier 
le  Droit  et  l'Eloquence,  ibid. 

Romule,  fils  d'un  Préfet  du  Prétoire,  son 
éloge,  478.  479. 

Roscie,  fille  de  saint  Sidoine,  552. 

Ru/in,  Prêtre  d'Aquilée,  Auteur  du  second 
livre  des  vies  des  Pères  du  désert,  208. 
Travaille  sur  les  bénédictions  des  douze 
Patriarches,  90.  196. 

Ru/in,  ami  de  saint  Prosper,  lui  écrit, 
et  saint  Prosper  lui  répond,  372.  373.  379. 
380. 

S.  Rufinien,  Evéque  de  Itaïeux,  418. 

S.  Rurice,  depuis  Evéque  de  Limoges, 
fort  lié  avec  Léonce  d'Arles,  512. 513.  Avec 
Fausto  de  Ries,  589.  390.  Avec  l'Abbé  Po- 
mero,  666.  667.  Se  fait  une  bonne  biblio- 
thèque, 40.  S.  Sidoine  fait  son  épilhalame, 
560.  Fausto  de  Ries  lui  écrit,  604.  605. 
Epoquo  du  commencement  de  son  épisco- 
pat,  665.  Son  caractère,  571. 

Ruiliciene,  femme  de  Symmaqne,  637. 

Decim.  Rusticus,  Préfet  des  Tyrans  Cons- 
tantin et  Constant,  676. 

S.  Rustique  ou  Rustice,  Evêque  de 
Lyon,  675.  Sa  patrie  et  sa  famillo,  675. 
676.  Ses  études  et  ses  liaisons,  676. 677.  Son 
ordination,  676.  Ses  libéralités,  677.  Sa 
mort,  ibid.  Votez  son  éloge,  675.  677. 
Ses  écrits,  676.  678. 

S.  Rustique,  Evéque  de  Narbone,  sa  pa- 
trie  et- son  éducation,  *  362.  Ses  études,  ' 

362.  363.  Ses  liaisons  avec  saint  Jérôme, 
ibid.  So  retire  à  Lerins,  *  363.  Son  ordi- 
nation, ibid.  Sa  conduite  dans  l'épiscopat,  * 

363.  364.  Assiste  en  451  au  Concile  d'Ar- 
les, 321 .  Trois  ans  après  à  un  autre  au 
même  endroit,  324.  Sa  mort,  '  364.  Foies 
son  éloge,  '  362-364.  Ses  écrits ,  "  364 . 
365. 

Rustiqde,  Homme  de  Letres,  428.  Diffé- 
rent île  plusieurs  antres  de  même  nom, 
428.  429.  Sa  patrie,  428.  Foies  son  éloge, 
428.  429.  Ses  écrits,  429. 

Rutiuus,  Poète,  70.  Son  pais,  ibid.  Va 
étudier  à  Rome,  ibid.  Y  est  fait  Préfet  de 
la  ville,  ibid.  Ses  autres  dignités,  t'bid. 
Revient  dans  les  Gaules,  71.  Description  de 
«on  volage,  71-73.  Foies  son  éloge,  70-73. 
Sm  écrits,  73-74.  Lwcs  éditions,  73. 

Z  z  z  z 


75? 


TABLE  DES  MATIÈRES. 


.  A  Sageue,  an  quoi  elle  diffère  de  la 
Lipradonce,  426.  Ce  que  c'est  que  s'ap- 
pâter sur  sa  propre  sagesse,  ibid. 

Les  Sainls,  leur  culte,  162.  Cérémonies 
accoutumées  a  leur  solennité,  564.  Leur  imi- 
tation, 146.  Le  sort  des  Saints  défendu,  417. 

Salomon,  Abbé  à  Marseille,  245.  Le 
Poète  Victor  lui  adresse  une  letre  en  vers  , 
447. 

S.  Salone,  Evêquc  de  Genève,  sa  nais- 
sance, 433.  Son  éducation,  ibid.  Son  épis- 
eopat,  434.  435.  Assiste  au  I  Concile  d'O- 
range, 235.  Au  IV  d'Arles,  324.  S.  Eochor 
écrit   pour   son  instrurlion,  282.  284.  291. 

Salvien  lui  dédia  son  traité  sur  la  pro- 
vidence, 520.  Lui  adresse  uno  lelre  en  for- 
me d'apologie  de  son  écrit  contre  l'avarice, 

529.  Et  un  autro  livre  perdu,  530.  531. 
Voiez  son  éloge,  433.  135.  Sus  écrits,  135. 
436. 

Salvien,  Piètre  de  Marseille,  517.  Sur- 
nommé le  Jérémie  de  son  siècle,  521.  Sa 
naissance  et  sa  patrie,  517.  Son  (Mriage, 
ibid.  Embrasse  la  continence,  518.  Se  bit 
Moine  à  Lerius,  519.  En  sort  el  se  retire  a 
Marseille,  où  il  est  ordonné  l»rètr,!,  itiiil. 
Ses  liaisons,  519.  520.  Son  autorité  dans 
l'Eglise.  520.  521.  Quoiqu'il  n'ait  jamais 
élé  Evèque,  521.  Son  humilité,  523.  Sou 
grand  âge.    521.    Son    caractère,  521.  522. 

528.  l'oie.-  son  éloge,  517-522.  Ses  écrits 
subsistans,    522.    580-    Ses    écrits   perdus. 

530.  532.    Son  style  el  sa  manière  d'écrire, 

529.  .'.30.  Editions  de  ses  n-u\res,  593. 
527.  533.  535. 

Su.vius  M  Sn.vit  s,  Evèque  d'Orlodiiro. 
étoil  Caulois  et  non  pas  né  à  Hoirie,  294. 
Ses  liaisons  avec  S.  Eiicber  de  Lyon,  ibid. 
Ses  habitudes,  291.  295.  Voiez  son  éliige. 
ibid.  Ses  écrits.  295.  296. 

Smniiiiiniciis,  célèbre  Malbéuialicien.  516. 

Svncte,  Poète  cbréiien,  54.  Son  pais, 
55.  Sa  famille,  ibid.  Ses  liaisons.  ibid. 
Voiez  son  éloge,  Si.  56.  Ses  écrits,  56.57. 
Différent  de  Sanctns  Endelcrtiius,  54.  56. 

Sapai  de,  Professeur  des  belles  Lelrcs, 
sa  patrie,    498.    Sou  écolo,   451.  498.  500. 


Ses  travaux  literaires,  498.  500.  Mamert 
Clandien  lui  écrit,  451.  452.  l'oie;  son 
éloge,  498.  500. 

S.  Saturnin,  Evèque  de  Toulouse,  ses 
actes  écrits  par  un  anonyme,  161.  163. 
Hymne  eu  son  honneur  par  saint  Sidoine, 
565. 

Full.  Satutninus,  célèbre  Mathématicien. 
516.  584. 

Savin,  Clerc  do  l'Eglise  d'Auxerre,  con- 
vertit Mamertin,  '  367. 

Scmuiii,  beaux  caractères  d'un  Sçavani. 
443.  444.  558. 

Sclwlaitique,  idée  que  les  Anciens  atta- 
eboientà  ce  terme,  116. 

La  S  fie  nci  enfle  sans  la  charité,  572. 
Sentiments  qui .  doivent  l'accompagner  , 
671. 

Les  Seiencet,  leur  utilité,  2.  6.  31.  Leur 
connexion  avec  la  vertu,  31  ;  avec  la.  doc- 
trine, 6.  Leur  décadence,  I.  2.  2i.  26.  28. 
29.  Causo  do  celle  décadence,  3.  28.  29.  31. 
L'héresio  contribue  à  les  soutenir,  9.  Voiez 
Elude*,  J.elies,  Eailet. 

Secondin,  Poète,  sa  pitrie,  502.  Ses 
grands  l 'dents  pour  la  poésie,  503.  l'oie; 
son  éloge,    502.  503.  Ses  écrits,  503. 

Le  Semiiieintjinnisnie,  son  origine,  9.  12. 
Ses  progrès,  9.  10.  12.  16.  21.  Ses 
suites  funestes,  9.  Ne  gagne  pas  tout  le 
inotide,  22.  23.  368.  683.  691.  A  quoi  il  a 
servi,  9,  Favorise  l'orgueil  de  l'homme,  10. 
Combattu  par  suint  Augustin,  1 1 .  Par  ses 
disciples,  16.21.  En  quel  temps  il  mérita  la 
qualification  d'hérésie,  23.  Enfante  le  Pré- 
dcstiualiaiiisinc,  ihiil.   Eteint  en  52!).  22. 

Les  Semipetngieus,  leur  origine.  9.  10. 
Leurs  principes,  10.  11.  13.  18.  Leur  in- 
constance et  leurs  variations,  II.  211.  Leur 
système.  10.  12.  15.  En  quoi  ils  dilTerenl 
des  Pelagiens,  13.  14.  Leurs  bonnes  qua- 
lités, 12.  15.  Leurs  ruses,  leurs  iiitilics, 
17.  19.  Leur  conduite.  I  i.  20.  Troublent 
les  Eglises  des  Gaules,  II.  12.  Y  sont  com- 
ballus,  210.  211.  213.  211.  Attaqués  d'a- 
bord par  de  simples  Laïcs.  372.  Attaquent 
la  doctrine  de  saint  Augustin,  14.  20.  Leurs 
iuvccli\es  contre  ses  écrits,  372.  Repoiissées. 
373.  Contre  ses  Défenseurs,  373.  371.  Qua- 
liliés  ingrats,  380. 

Serenille.  sn-ur  de  Didier  Piètre  en  Aqui- 
taine, 87.  Son  éloge,  ibid. 

Serras,  Orateur,  sa  pallie,  42)1.  Se» 
liaisons,  429.  4:50.  Votez  sou  éloge,  ioid. 
Ses  écrits,  ibid. 

S.  Seceie,  Evèque  de  Trêves,  disciple 
de  saint  Loup  do  Troïcs,  490.  681.  Accom- 


TABLE  DES  MATIERES. 


783 


pagne    suint    Germain    d'Auxcrre  dans    la 
grande  Bretagne.  SBC*.  190. 

Sevewkn.  Poète  el  Rhéteur,  partieulieiv- 
ment  estime  de  l'Empereur  Mnjorien,  5(X). 
La  mémo  i\w  Julius  Severianus,  510.  Son 
talent  pour  la  paie»,  .%<>!>.  Pe*>J  son  élo- 
g'\  509.  510.  Ses  écrits,  ibid. 

Severinair,  lille  de  sainl  Sidoine,  552. 

V  Seuihix,  Evùque  de  Cologn-,  ne  pa- 
ruil  patte*  le  ni! nie  qui  so  relira  à  ltoiir- 
deaux  pris  de  suint  Aniand,  l"7.  178. 

S.  Steeria  do  Majotre,  peul-ètre  le  même 
que  sainl  Severc  Sulpice,  100. 

S.  Sidoine,  Evéquc  Ai  Clermont,  ses  di- 
vers noms,  550.  Sa  naissance  fort  illustre, 
ibid.  Su  famille  fort  liée  avec  cello  de  l)e- 
eimus  Itiislieus.  (175.  676.  Su  patrie,  551. 
Ses  éludes,  ilii.!.  Son  Mariage,  551.  552. 
Prononce  ù  Home  le  panégyrique  d'Avilc. 
ISS.  559.  Ma).  A  Lyon  celui  do  Majorien, 
:>:*>.  HA.  V  Kome  encore  celui  d'Anlheme, 
555.  56(1.  Ses  diguitia,  555.  Mumert  Clau- 
dini  lui  dédie  sun  oavraaja  Ml  -la  nature  il" 
lame,  H8.  Son  ordination,  55t.  Sa  con- 
duits dans  t'épiieonai,  554.  556.  Ses  liai- 
sons. 555.  55S.  574.  577.  (J84.  Son  exil, 
550.  Se  défend  d'écrire  l'histoire  d'Euric  roi 
d.'s  Yisieols.  630.  Su  (mut,  550.  557.  Son 
caractère,  557.  558.  V,nez  son  élo((e,  HS. 
558.  Ses  écrits  subsistants,  559.  (64,  Ses 
éciils  perdus,  505.  508.  Son  génie,  son 
éloquence,  son  érudition,  508.  571.  Edi- 
tions de  ses  oumis,  572.  573. 

Su  mis.  Exéquc  d'Ocioduie.  Voïez  Sal- 
viis. 

SiLvn  s,  dont  parle  Prospcr  Tyro,  diffé- 
rent du  précèdent,  295. 

Sim/iUcc,  Kvèquc  do  Bourges,  son  élec- 
tion et  son  ordination,  466.  555.  564. 

Sùin»iit)U\il  un  yoïafre  en  Palestine,  61. 
85.  Kn  apporte  dans  les  Gaules  le  livre  de 
saint  Jérôme  contre  Vigilance,  61.  Et  divers 
autres  irrita,  144.  145.  Fait  le  «otage 
d'Egypte,  89.  144.  Y  porte  les  aumônes  de 
saint  Exuperc  de  Toulouse,  144. 

La  Solitude,  écrits  qui  en  font  l'éloge 
279.281. 

Le  Sort  des  Saint*  défendu  pas  I"  I  Con- 
cile de  Vennes,  417. 

Les  Soureiaiut  sont  eux-mêmes  dominés 
par  le  désir  de  dominer,  430.  Itéduits  par- 
la à  uno  véritable  servitude,  ibid. 

Slilicon   brûle  les  vers  des  Sybilles,  74. 

Sloecadrt,  ou  Slœcades,  isles  célèbres 
pour   l'institut    monastique,    36.    Cassien 


écrit  pour  elles   ses   dernières   conférences. 
ibi'l. 

Surtout,  son  livre  sur  les  Kois  de  diffé- 
rentes nalious,  abréjfé  par  saint  Paulin  de 
Noie,  191. 

S.  Sul/tict,  Evéque  de  Bourges,  mal 
à  propos  confondu  avec  le  suivant,  100. 

S.  Seveiie  Sn.rir.E,  ses  divers  noms,  95. 
Son  pais,  sa  famille,  ibiil.  Ses  étudei,  95. 
88.  Sa  conversion,  97.  Qui  lui  attire  des 
rail]  lies,  98.  Ses  liaisons, 89.  96.  08.  99. 
Le  Saluste  chrétien,  108.  Sa  fête  établie 
dans  l'Eglise,  99.  Voit*  son  éloge,  95.  100. 
Ses  écrits,  101.  113.  Pauliu  de  Perigueux  et 
fortunat  de  Poitiers  niellent  en  vers  sa  vie 
de  saint  Martin,  471.  472.  Éditions  de  ses 
(«livres,  104.  108.  109.  114.116.  Traduc- 
tion de  son  histoire,  109.  116.  Ses  écrits 
supposés,  112.  113. 

Syacbe,  Homme  de  letres,  sa  pairie,  651. 
Su  naissance,  S6t'd.  Son  sçavoir,  651.  652. 
Vomi  son  éloge,  631.  653.  Ses  écrits,  652. 
C53. 

Syagre,  lil»  du  Comte  Gilc»,  651. 

Syayrit,  Dame  illustre  par  sa  pieté  et 
par  sa  naissance,  652. 

Sijbillrs,  leurs  vers  brûlés  par  Stilicon, 
74. 

Symmuiiw  l'Orateur,  fort  lié  avec  les 
Sçavanls  des  Gaules,  47.  53.  54.  63.  01. 
67.  135.  138.  139.  Estime  qu'on  faisoit  de 
ses  telles,  136. 

S.  Symphurien,  Martyr  à  Autun,  ses 
actes  écrits  vers  le  milieu  du  V  siècle,  303. 
304. 


T 


Ta  la  se,  Evèque  d'Angers,  son  ordination 
suivie  d'un  Concile,  322.  Souscrit  au  i 
Concile  de  Tours,  '366.  Le  I  Concile  de 
Vennes  lui  écrit,  417.  H  écrit  lui-même  à 
S.  Euphrone  d' Autun  et  à.  S.  Loup  de 
Troies,  qui  lui  répondent,  467.  468.  400. 
491. 

Tncniitt,  femme  de  Ciceron,  657. 

Tétrade,  Avocat  célèbre,  homme  d'éru- 
dition, 577.  Sa  patrie,  ibid. 

Thaumaste,  homme  de  letres,  député  à 
Rome  contre  Arvande,  574.  S.  Sidoine  lui 
adresse  plusieurs  Letres,  575. 

Z  z  z  z  i  j 


734 


TABLE  DES  MATIÈRES. 


Théodore,  Evéque  de  Frejus,  assiste  au 
Concile  de  Ries.  233.  Aul  d'Orange,  235. 
Au  IV  d'Arles,  324. 

Théodore  de  concert  avec  Camille  en- 
rôle de  Gènes  à  saint  Prosper  une  liste  de 
difficultés,  374.  S.  Prosper  y  répond,  374. 
386. 

Theodoric,  Roi  des  Visigots,  étudie,  dit- 
on,  le  droit  à  Toulouse,  24.  Sous  son 
règne,  les  Gots  commencent  à  se  gouverner 
par  des  Lois,  ibid.  Se  rend  maître  deNar- 
bone,  S61.  A  recours  à  saint  Orient  pour 
obtenir  la  paix  des  Romains,  252.  Sa  mort, 
561. 

Theodoie,  Empereur,  son  panégyrique 
par  saint  Paulin  de  Noie,  192.  Eloge  de  cet 
Empereur,  ibid.  Et  de  son  panégyrique, 
ibid. 

Theodote,  Evêqued'Antioche,  préside  à  un 
Concile  où  Pelage  est  condamné,  151 .  II  en 
envoie  les  actes  à  Rome  et  à  Jérusalem, 
ibid. 

La  Théologie,  ses  véritables  sources,  &. 
Les  Gaulois  possèdent  la  véritable  manière 
de  la  traiter,  ibid. 

Theologient  du  V  siècle,  leur  occupation, 
33.  34.  Leur  conduite,  38.  39.  ' 

Theoplatte,  Evéque  de  Genève,  succes- 
seur de  saint  Salone,  435.  Assiste  au  V 
Concile  d'Arles,  457. 

Ste  Therasie,  femme  de  saint  Paulin  de 
Noie,  180.  201.  Compagne  de  sa  retraite, 
181.  Devient  sa  sœur,  ibid. 

Theride,  compagnon  de  voïage  de  Pos- 
thumien,  206. 

Thorismond,  Roi  des  Gots,  assiège  Ar- 
les, 541. 

Thraiibule,  célèbre  Mathématicien,  584. 

Tite-Live  avoit  fait  l'histoire  de  Jules 
César  qui  est  perdue,  687. 

Tonance,  fils  de  Tonance  Ferreol,  mal  à 
propos  confondu  avec  son  père,  542.  Hom- 
me deLetres,  ibid. 

Toulouse  devient  la  capitale  de  l'empiro 
des  Gots  dans  les  Gaules,  24.  Theodoric  y 
étudie  le  Droit,  ibid.  Grands  Hommes  qui 
en  sont  sortis,  72.  161. 

Tourt,  il  s'y  tient  un  Concile,  '  365. 366. 
Ses  décrets,  '  365.  Evéquesqui  les  souscri- 
virent, *  365.  366.  Grands  Hommes  qui  en 
sont  sortis,  619.  620. 

La  Tradition,  fondement  de  nôtre 
croïance,  307 .  Belles  règles  à  ce  sujet,  307. 
309.  L'une  des  véritables  sources  de  la 
Théologie,  6. 

Trêves,  les  écoles  y  sont  encore  floris- 


santes, 517.  Grands  Hommes  qui  en  sont 
sortis,  134.  138.  13J. 

La  Trinité,  écrits  sur  co  sujet,  652.653. 

Traies,  Grands  Hommes  qui  en  sont  sortis, 
486.  490.  690.  691. 

Tronc  dans  les-  églises  d'ancien  usage, 
188. 

Prosp.  Tvro.  Voie?  Tyro  Prosper. 


FAison,  il  s'y  tient  un  Concile,  237. 
Evêques  qui  y  assistèrent,  238.  Ses 
canons,  ibid.  Adoptés  en  partie  par  le  III 
Concile  d'Arles,  ibid. 

Valence  dans  la  Viennoise,  on  y  tient 
un  II  Concile,  93.  94. 

S.  Valerien,  Evéque  de  Cemele ,  ne  doit 
point  être  confondu  avec  Prisque  Valerien, 
328.  361 .  Peut-être  le  même  que  saint  Va- 
leré,  329.  Fut  d'abord  Abbé,  ibid.  Se  trou- 
ve au  Concilo  de  Ries,  233.  En  451  a  ce- 
lui d'Arles,  321.  Au  IV  du  même  endroit, 
324.  Accusé  de  Semipelagianisme,  329. 
On  lui  refu.se  la  qualité  de  Saint,  ibid.lus- 
tifié  sur  l'un  et  l'autre  point.  Votez  son 
éloge,  228.  330.  Ses  écrits,  330.  332.  Leurs 
éditions,  331. 

Prisq.  Valerien,  Préfet  des  Gaules,  360. 
Sa  famille  et  ses  alliances,  ib.  Ses  grands 
talents,  360.  361.  Ses  dignités,  360.  Son 
genre  d'étude,  361 .  Son  amour  pour  les 
gents  de  Letres,  580.  Différent  de  saint  Va- 
lerien Evéque  de  Cémele.  Votez  son  éloge, 
360.  363.  Est-il  le  même  que  Prisque  le 
Rhéteur  et  Historien  de  l'Empire?  362. 
Ses  écrits,  361.363. 

Valerien,  Préfet  de  Rome,  53.  Travaille  a 
enrichir  sa  bibliothèque,  ibid.  Se  mêle  de 
Poésie,  54.  Symmaque  loue  sa  prose.  Votez 
son  éloge,  53.  54. 

Valerien,  Sénateur,  retiré  en  Epire,  dif- 
férent des  précédents,  53. 

Varron,  ses  oeuvres  imprimées  avec  celles 
de  Pallade,  300.  301. 

S.  Venant,  frère  de  saint  Honorât  d'Ar- 
les, 156.  Sa  retraite  et  sa  mort,  156.  157. 

S.  renerf,  Evéque  de  Marseille,  emploie 
Musée  au  ministère  de  la  parole,  341  ■  Au- 


TABIJE  DES  MATURES. 


785 


paravant   Moins   a  Lerins,   *  363.   En  461 
assiste  au  Concile  d'Arles,  321. 

Vennti,  en  465  il  s'y  tient  un  Concile, 
415.417.  A  quelle  occasion?  415.  Ses  ca- 
nons, 416.  Plusieurs  adoptés  par  le  Concile 
d'Agde,  t'6td.  Sa  lelre  synodique  aux  Evê- 
que3  du  Mans  et  d'Angers,  417. 

S.  Yeran,  Evèque  de  Vence,  sa  nais- 
sance, 476.  Son  éducation,  477.  Son  zélé 
pour  la  foi  et  pour  la  discipline,  477.  478. 
Ecrit  au  Pape  saint  Léon,  et  en  reçoit  ré- 
ponse, 477.  Assiste  au  Concile  contre  saint 
Mamert,  410.  477.  Le  Pape  Hilairo  lui 
écrit  à  ce  sujet,  413.  Assiste  au  V  Concile 
d'Arles,  457.  478.  S.  Eucher  écrit  pour  son 
instruction,  282.  284.  291.  Estime  qu'en  fai- 
soientles  Papes.  Koïez  son  éloge,  476.478. 
Ses  écrits,  435.  436. 

La  Vérité  ne  peut  venir  que  de  Dieu, 
672.  Elle  est  à  tous  en  général,  tbid.  Et 
toujours  aimable,  681.  Sa  connoissance 
réunit  les  esprits,  ibid.  Elle  rend  grands 
Ceux  qui  l'enseignent,  '  672.  Manière  de 
l'annoncer,  524.  Qualités  requises  pour 
le  (aire,  527. 

Jul.  Vertanut,  ou  Vertacut,  célèbre 
Mathématicien,  516.  584. 

La  Vertu,  connexion  entre  la  vertu  et  les 
Sciences,  3t. 

Verus,  Evéque  d'Orange,  temps  de  son 
episcopat ,  663.  Ses  écrits,  663.  664. 

S.  Victoire,  ou  Victore,  Evêque  du 
Mans,  assiste  au  I  Concile  d'Angers,  322. 
Au  I  de  Tours,  '  365.  366.  Ecrit  avec 
quelques  autres  Evéques  à  ceux  de  sa  pro- 
vince, 322.  Le  I  Concile  de  Venues  lui 
écrit,  417. 

S.  Victor,  Martyr  à  Marseille,  ses  actes 
écrits  par  un  Anonyme,  230.  232. 

Victor,  Evéque  de  Capoué,  écrit  contre 
le  cycle  de  Victorius,  426. 

Victor,  Evéque  de  Martirite,  entreprend 
de  purger  les  ouvrages  de  Cassien,  222. 
223. 

Cl.  M.  Victor,  Rhéteur  et  Poëte  chré- 
tien, 244.  Sa  pairie,  245.  Son  caractère  et 
sa  mort,  ibid.  Confondu  avec  Victorin 
d'Afrique,  ibid.  Et  avec  Victorius  autre 
Poëte,  246.  Votez  son  éloge,  244.  246.  Ses 
écrits,  246.  247.  Leurs  éditions,  247.  248. 

Victor,  Professeur  de  Poétique  à  Lyon, 
40.  Est  fait  ensuite  Questeur  de  l'Empire, 
ibid. 

Vin.  Victor,  contre  qui  S.  Augustin  a 
écrit  sur  l'origine  de  l'ame,  351.  N'est 
point  Auteur  du  Proedettinatut,  391 . 


Vittor,  Messager  ordinaire  de  saint  Pau- 
lin de  Noie  et  de  saint  Severe  Sulpice,  84. 
89. 

S.  Victor,  Abbaïe  célèbre  a  Marseille,  sa 
fondation,  35.  217.  218.  On  y  comptoit 
peu  après  jusqu'à  cinq  mille  Moines,  218. 
Le  berceau  des  contestations  sur  la  grâce, 
35. 

S.  Victorin,  Evéque  de  Pelaw,  poème 
qu'on  lui  attribue,  172. 

Victorin,  citoïen  de  Toulouse,  quitte  sa 
patrie,  et  se  retire  prés  de  Volterre,  72.  Ses 
charges,  ibid. 

G.  M.  Viclori n ut,  Rhéteur  Africain,  con- 
fondu avec  le  Poëte  Victor,  245.  246.  Ou- 
vrages qu'on  lui  attribue,  278.  273. 

Victorius,  Auteur  d'un  Cycle  pascal, 
424.  Différent  du  Poëte  de  même  nom, 
427.  Sa  patrie,  425.  Sa  science  dans  la 
supputation  des  temps,  425.  Sa  mort,  427. 
Voïez  son  éloge,  424.  427.  Ses  écrits,  426. 
428. 

Victorius,  Poëte,  différent  du  précèdent, 
419.  420.  427.  Sa  patrie,  419.  Voïez  son 
éloge,  419.  420.  Ses  écrits,  ibid.  Estime 
qu'en  faisoit  saint  Sidoine,  419. 

Vit  active,  écrits  qui  en  traitent,  670. 
672. 

Vie  contemplative,  écrits  qui  en  trai- 
tent, 670.  672. 

Vienne  passe  aux  Bourguignons,  qui  «n 
font  la  capitale  de  leurs  Etats,  26.  485.  Les 
Rogations  y  prennent  leur  origine,  481.  En 
différend  avec  Arles  au  sujet  de  la  Prima- 
tie,  43.  Ce  qui  est  soutenu  avec  chaleur  de 
part  et  d'autre,  ibid.  Son  Ecole ,  498. 
Grands  Hommes  qui  en  sont  sortis,  422. 
442.  451.  480.  498. 

La  Ste  Vierge,  Mère  de  Dieu  et  non  seu- 
lement du  Christ,  225. 

Les  Vieraet,  traité  sur  leur  conduite, 
674. 

Vigilance,  Prêtre  en  Aquitaine,  57.  Lieu  de 
sa  naissance,  ibid.  Sa  première  profession, 
ibid.  Ses  volages,  58.  59.  Ses  liaisons, 
ibid.  Se  déclare  contre  saint  Jérôme,  59.  60. 
Celui-ci  écrit  contre  lui,  59. 62.  89.  Tombe 
dans  l'hérésie,  60.  Ses  erreurs,  60.  63.  Se 
relevé,  62.  Voïez  son  éloge,  57.  63.  Ses 
écrits,  58.  61.63. 

S.  Vincent,  Martyr  à  Agen,  ses  actes 
écrits  en  divers  siècles,  316.  317. 

S.  Vikceht,  Prêtre  et  Moine  à  Lerins, 
confondu  avec  divers  antres  de  même  nom, 
305.  Sa  conversion,  305.  306.  Ses  habitu- 
des, 306.  Sa  mort  et  son  culte,  ibid.  Voie* 


736 


TABLE  DES  MATIÈRES. 


«on  éloge,  305.  306.  Il  n'a  point  été  Semi- 
pelagien,  309.  Ni  écrit  contre  saint  Augus- 
tin, ibid.  Ses  véritables  écrits,  30C.  311. 
Leurs  éditions,  310.  312.  Ses  écrits  suppo- 
sés, 312.  315.  I.e  Vrœdettinatut  est  de  ce 
nombre,  351. 

Viuceht,  Prêtre,  différent  dn  précèdent, 
413.  Député  de  la  part  do  l'Evêque  ou  de 
Die  ou  de  Gap  au  Concile  de  Ries,  233. 
413.  Peut-être  le  même  qui  ullaquoil  les 
écrits  do  saint  Augustin,  385.  Réfuté  pur 
saint  Prosper,  385.  386.  Voiez  son  éloge, 
413.  Ses  écrits,  414.  415.  N'est  point  Auteur 
de  Prwdeitinatut,  351. 

Vincent,  frère  de  S.  Loup  de  Troïes, 
Elevé  de  Lerins,  38.  Puis  Evéque  de  Sain- 
tes, 38.  487.  Différent  de  Vincent  de  Lerins, 
305. 

Vikcext,  Préfet  des  Gaules,  63.  Elevé 
au  Consulat,  64.  Différent  de  Vincent  de 
Lerins,  64.  305.  En  liaison  avec  Sym- 
raaque  l'Orateur,  63.  64.  Votez  son  éloge, 
ibid. 

Vincent,  Officier  d'armée,  tué  en  408, 
différent  des  précédents,  63. 

La  Virginité,  Salvien  avoit  écrit  sur  ce 
sujet,  530.  Son  excellence,  126. 

Les  Ft'iitjoi»,  leur  caractère  et  leur  reli- 
gion, 24.  S'établissent  dans  les  Gaules  et 
font  de  Toulouse  leur  capitale,  ibid.  S'a- 
doucissent par  leur  commerce  avec  les 
Gaulois,  ibid.  Chassés  des  Gaules  par  les 
François,  ibid. 

L'Unanimité,  un  des  caractères  de  la  foi 
catholique,  307. 


Wnirerialité,  un  des  caractères  de  la 
foi  catholique  et  de  la  vérité,  307.  .'Mu. 

Vocation  des  Gentil*,  huilé  attribué  à 
divers  Auteurs,  214.  21)3.  297.  100.  Peut- 
être  de  saint  Çmlni  V.\  '■que  de  Lyon,  293. 
Style  de  cet  ouvrngc,  .)!l'.i.  100. 

t'iilusirn,  Evêque  cl" -Tours,  successeur 
de  sailli   i'erpelue,  fl-JO. 

\olusien,  ami  iln  Poète  Rulilius,  oncle 
de  sainte  Jlelunie,  71.  Itulilius  ne  lui  dédie 
point  son  poème.  74. 

I'iivni:,  Piètre  <).•  l'Eglise  de  Noie,  sa  pa- 
trie, 202.  Ses  liaisons,  ibid.  Pacatus  lui 
demande  des  mémoires  pour  la  vie  de  saint 
Paulin,  201.  Vofes  son  cl oge,  202.  203.  Ses 
écrits,  203. 

Uine,  Evèque  de  Senès,  assiste  en  451  au 
Concile  d'Ailes,  321. 

Wastalde  écrit,  dit-on,  l'histoire  des 
Francs  en  langue  do  leur  pais,  28.  C.arac- 
leres  qu'il  y  emploïa,  ibid. 


ZOsime,  Pape,  traite  indignement  S.  Héros 
.l'Arles  et  Lazare  d'Aix,  151.  152.  Sa 
comliiite  envers  saint  Procule  de  Marseille, 
92.  Ole  quelques  Eglises  à  Vienno  et  les 
met  sous  Arles,  411. 


HN 


737 


J 


APPROBATION 


ai  lit  par  onlre  de  Monseigneur  le  GarJe  des   Sceaux    le  deuxième  et   troisième  vo- 
lumes de  YHistoire  Literaire  de  la  France-  A  Paris  ce  6  Avril  1735. 

LANCELOT. 


PRIVILEGE    DU    ROY 

I  01 IS  par  i.a  grâce  df.  Dieu  Roy  de  France  et  de  Navarre  :  A  nos  araei  el  féaux  Conseillers  les 
*-*  Gens  MM  nos  Cours  de  Parlement,  Maîtres  des  Requêtes  ordinaires  de  notre  Hôtel,  Grand  Conseil, 
Prevot  de  Paris,  Baillifs,  Sénéchaux,  leurs  Lieutcnans  Civils,  et  autres  nos  Justiciers  qu'il  appartiendra, 
Salit.  Notre  bien-amé  I'ifi-.iik  Miuir.i.  Hivin  l'ainé,  Libraire  à  Taris,  Nous  ayant  fait  remontrer  qu'il 
lui  auroitété  mis  en  niai»  deux  Om  rages  qui  ont  pour  titre  :  l'Histoire  Literaire  delà  France  :  Les 
AimuiiTEs  Ecclésiastiques,  traputes  i>E  l'Asglois  dl  Joseph  Bixcuam,  qu'il  souhaileroit  faire 
imprimer  el  donner  au  Public,  s'il  Nous  plaisoit  lui  accorder  nos  Lettres  de  Privilège  sur  ee  nécessaires; 
offrant  pour  cet  effet  de  les  faire  i  uprimer  en  bon  papier  et  beaux  caractères,  suivant  la  feuille  im- 
primée et  attachée  pour  modèle,  sous  le  Contre  ecl  des  Présentes  :  Aces  caises,  voulant  traiter  favo- 
rablement ledit  Exposant,  Nous  lui  avons  permis  et  permettons  par  ces  Présentes  de  faire  imprimer 
lesdils  Livres  ri-dessus  spécifiés,  en  un  ou  plusieurs  volumes,  conjointement  ou  séparément,  et  autant 
de  fois  que  bon  lui  semblera,  sur  papier  et  caractères  conformes  à  ladite  feuille  imprimée  et  attachée  sous 
notre  dit  Contresicl,  et  de  les  vendre,  faire  vendre  et  débiter  par  tout  notre  Royaume,  pendant  le  tenis 
de  huit  années  consécutives,  à  compter  du  jour  delà  date  desdites  Présentes;  Faisons  défenses  à  toutes 
sortes  de  personnes  de  quelque  qualité  et  rondition  qu'elles  soient,  d'en  introduire  d'impression  étran- 
gère dans  aucun  lît-u  de  notre  obéissance  ;  comme  aussi  à  tous  Imprimeurs,  Libraires  el  autres,  d'im- 
primer, faire  imprimer,  vendre,  faire  vendre,  débiter  ni  contrefaire  lesdits  Livres  ci-dessus  exposés,  en 
tout  ni  en  partie,  ni  d'en  faire  aucuns  extraits  sons  quelque  prétexte  que  ce  soit,  d'augmentation,  cor- 
rection, changement  de  litre  nu  autrement,  sans  la  permission  expresse  et  par  écrit  dudit  Exposant,  ou 
de  ceux  qui  auront  droit  de  lui  ;  à  peine  de  confiscation  des  Exemplaires  contrefaits  et  de  quinze  cens 
livres  d'amende  contre  chacun  des  eontreveuans,  dont  un  tiers  à  Nous,  un  tiers  à  l'Hôtel  -  Dieu  de  Paris, 
l'aulre  tiers  audit  Exposant,  et  de  tous  dépens,  dommages  et  intérêts;  à  la  charge  que  ces  Présentes 
seront  enregistrées  tout  au  long  sur  le  Itegistre  de  la  Communauté  des  Imprimeurs  et  Libraires  de  Paris, 
dans  trois  mois  de  la  date  d'icelles,  que  l'impression  desdits  Livres  sera  faite  dans  notre  Royaume  et  non 
ailleurs,  et  que  l'Impétrant  se  conformera  en  tout  aux  Reglemens  de  la  Librairie,  et  notamment  à  celui 
du  dix  Avril  mil  sept  cens  vingt  cinq;  et  qu'avant  que  de  l'exposer  en  vente,  le  Manuscrit  ou  Imprimé 
qui  aura  servi  de  copie  a  l'impression  desdits  Livres,  sera  rerais  dans  le  même  état  où  l'Approbation  y 
aura  été  donnée,  es  mains  de  notre  trés-rher  et  féal  Chevalier  Garde  des  Sceaux  de  France  le  sieur 
Chaavelin  ;  et  qu'il  en  sera  ensuite  remis  deux  Exemplaires  dans  notre  Itihliolheque  publique,  un  dans 
celle  de  notre  Château  du  Louvre,  et  un  dans  celle  de  notre  très-cher  et  féal  Chevalier  Garde  des  Sceaux 
de  France  le  sieur  Chauvelin  ;  le  tout  a  peine  de  nullité  de;  Présentes;  Un  contenu  desquelles  nous 
mandons  et  enjoignons  de  taire  jouir  l'exposant  ou  ses  ayans  cause,  pleinement  et  paisiblement,  sans 
souffrir  qu'il  leur  soit  fait  aucun  trouble  ou  empêchement:  Voulons  que  la  copie  desdites  Présentes  qui 
sera  imprimée  tout  au  long  aucommencement  ou  à  la  Un  desdits  Livres,  soit  tenue  pour  dûementsigniBée, 
el  qu'aux  copies  collationnée;  par  l'un  de  nos  aines  et  féaux  Conseillers  et  Secrétaires  foi  soit  ajoutée 
eomme  à  l'original  :  Commandons  au  premier  notre  Huissier  ou  Sergent  de  faire  pour  l'exécution  d'ieellas 


738 

tous  Actes  requit  et  neeessaircs,  mus  demander  autre  permission,  et  nonobstant  clameur  de  Hiro,  Charte 
Normande  et  Lettres  à  ce  contraires  ;  Car  trl  est  notas  plaisir  :  Donné  à  Paris  le  trentième  jour  de 
mois  de  Mit,  l'an  de  grâce  mil  sept  cens  trente-deux,  et  de  notre  Règne  le  dii-septiéme.  Par  le  Roj  en 
son  Conseil.  SAINSON. 


Registre  tur  le  Regittre  TUT  de  la  Chambre  Royale  dei  Libraire»  et  Imprimeurt  de 
Paris,  N»  393.  fol.  378.  conformément  aux  antient  Règlement,  confirmée  par  celui  du 
*8«  Février  17Ï3.  A  Parie  le  El  Juillet  173». 

Signé,  G.  Martin,  Syndic. 


Pari*.  -  !«■[*.  P»ol  U»"pont,  rue  <l«  r,rene*«-8»inl-Monoi\;,  *". 


NOTES.  739 


NOTES 


ET    OBSERVATIONS    DIVERSES 


SUR   LE    TOME    SECOND. 


Avertissement.  —  Page  h,  ligne  S. 

Ces  deux  écrivains  étoient  l'abbé  Prévost,  alors  retiré  en  Angleterre  après 
avoir  plusieurs  fois  pris  et  quitté  l'habit  monastique,  et  l'abbé  Desfontaines, 
rédacteur  du  Nouvelliste  du  Parnasse.  Le  Pour  et  le  Contre  de  l'abbé  Pré- 
vost parut  de  1733  à  1740  ;  in-12.  La  collection  forme  20  volumes.  (N.  E.) 


II. 

Marcel,  médecin.  —  Pages  49-53. 

Nous  possédons  à  Paris  un  beau  manuscrit  du  livre  de  Marcel,  qui  remonte 
au  ixe  siècle.  C'est  précisément  le  volume  que  Frobcn  mit  entre  les  mains 
de  ses  compositeurs  pour  l'édition  de  1536,  la  seule  qui  semble  être  sortie  de 
ses  presses  et  la  première  que  l'on  ait  publiée.  Cornaro  a  couvert  le  manus- 
crit de  restitutions  et  de  corrections  employées  dans  cette  édition,  de  laquelle 

Aaa  aa 


740  NOTES. 

découle  celle  de  Henry  Estiennc.  Gornaro  nous  semble  l'avoir  dit  clairement  dans 
saprélace  ;  cependant  la  phrase  suivante  a  pu  induire  D.  Rivet  à  supposer  une 
édition  précédente  :  Certe  nihil  in  toto  opère  mutavimus,  nisi  palam  cor- 
ruption, qualia  multa  librarii  et  ignorantia  et  incuria  fuerunt  admissa. 
Mais  ne  faut-il  pas  entendre  ici  par  librarius,  le  scribe,  le  copiste  du  texte 
manuscrit,  et  non  pas  quelque  édition  précédente  ?  Ce  qui  nous  le  fait  sur- 
tout penser,  c'est  le  soin  que  prend  aussitôt  Cornaro  d£  reconnoîlre  l'exacti- 
tude et  la  véritable  érudition  de  Jean  Froben.  Auroit-il  fait  précéder  cet  éloge 
de  la  phrase  qu'on  vient  de  lire  ?  Cela  est  d'autant  moins  probable  que,  dans  la 
même  préface,  Cornaro  déclare  que  Marcel  va  pour  la  première  fois  prendre 
rang  parmi  les  médecins  élevés  à  l'école  des  Grecs.  Notre  manuscrit  té- 
moigne du  soin  que  prit  ce  célèbre  médecin  pour  restituer  les  passages  obscurs 
et  pour  donner  un  sens  plausible  aux  membres  de  phrase  évidemment  cor- 
rompus: Quœdam,  dit-il,  ex  his  grœca  miserrime  mutilata  suo  nitori  resti- 
tuimus,  ut  aliquem  seiumrn  exhibèrent,  quanquam  quœdam  supersint  ejus- 
modi,  ut  dedita  opéra  obscurata  videantur,  ne  videlicet  intelligantur,  atque 
sic  majoris  œstimationis  tint,  et  velutclandestina  aliqua  vi  auxiliarem  opem 
conferentia.  Ce  précieux  manuscrit  provient  du  cabinet  de  M.  de  la  Mare,  et 
portoit  chez  ce  savant  collecteur  le  n°  518  ;  la  Bibliothèque  impériale  vient 
de  changer  son  précédent  n°  4999  en  celui  de  6880,  fonds  latin.  (N.  E.) 


m. 

Rutilius.  —  Page  75. 


Dom  Rivet,  parlant  du  poëme  de  Rutilius,  dit  que  «  l'on  convient  que  ce 
«  poëme  a  toute  l'élégance  et  la  beauté  dont  son  siècle  étoit  capable,  et  qu'il 
«  s'élève  même  au-dessus  de  son  siècle.  On  y  voit  que  le  feu  qui  animoit  les 
«  poètes  du  bon  siècle  n'étoit  pas  encore  éteint,  ou  qu'au  moins  il  restoit  en- 
«  core  quelque  chaleur  sous  les  cendres,  selon  l'avis  de  plusieurs  critiques 
«  de  réputation.  »  Tel  est  le  jugement  que  dom  Rivet  porte  de  Rutilius.  Si 
l'auteur  de  la  Bibliothèque  historique  et  critique  du  Poitou  avoit  lu  avec 
attention  ce  que  nous  venons  de  rapporter,  auroit-il-  dit  que  dom  Rivet  mar- 
que, à  son  gré,  trop  peu  d'estime  pour  le  poëme  de  Rutilius  ?  (DD.  Poncet, 
Colomb,  Clemencet  et  Clément  ;  tome  XI,  1759,  p.  4.) 

—  Il  pouvait  être  utile  de  dire,  puisqu'on  revenait  ici  sur  l'article  de  Ruti- 
lius, par  dom  Rivet,  que  la  prétendue  édition  princeps  qu'il  donne  affirmative- 
ment comme  publiée  à  Naples  par  Sununontius,  en  1520,  n'a  jamais  été  vue 


NOTES.  741 

par  aucun  bibliographe.  C'est  ce  qu'atlestait  encore  en  1825  M.  Boissonade 
(Biographie  univers.,  tome  XX.X.IX,  p.  379).  On  croyait  autrefois  que  cette 
édition  avait  été  faite  d'après  le  manuscrit  trouvé  en  France  par  Sannazar. 
Il  est  du  moins  permis  de  supposer  que  celui  que  possédait  l'abbaye  de  Saint- 
Colomban  de  Bobbio,  sur  la  Trébic,  entre  Gènes  et  Plaisance,  n'était  pas  au 
nombre  des  précieux  manuscrits  de  ce  monastère,  qui  furent  transportés  dans 
le  midi  de  l'Italie  en  1494  par  Georges  Merula,  et  en  1495  par  Thomas  In- 
ghirami  ;  car  les  moines  de  Bobbio,  à  la  (in  du  dernier  siècle,  accusaient  un 
Français,  le  célèbre  comte  de  Bonncval,  de  leur  avoir  pris  leur  Butilius. 
Nous  devons  àM.AmédéePeyron  (M.  Tull.  Cic.()rat.fra(jm.  ineil.,  Stutlgard 
et  Tubingen,  1824,  in~4°,  p.  20)  la  transcription  de  cette  note,  malheureu- 
sement incomplète,  où  Michel-Ange  Carisio,  abbé  de  Bobbio  en  1792,  répé- 
tait une  ancienne  tradition  :  Bonncval,  dinascita  francese,  générale  al  ser- 
vizio  del  principe  F.uijenio,  passô  a  Bobbio,  circa  l'anno...  nel  liberar  che 
fece  Torino,  e  visitato  l'archivio,  si  porta  seco  l'itinerurio  di  Butilio  Nitma- 
tiano  Gallo,  et  parte  di  meta...  che  muncano.  Ce  serait  donc  en  1706  que  le 
comte  de  Bonneval  aurait  emporté  de  Bobbio  Butilius  Numatianus,  en  qualité 
d'auteur  français.  Nous  n'osons  dire  que  l'anecdote  soit  vraie  ;  nous  ne  la  ci- 
tons que  comme  singulière. 

Depuis  l'édition  d'Almclovcen,  Amsterdam,  1687,  petit  in-12,  le  poëme  de 
Butilius  a  été  publié  en  1713,  à  Londres,  in-fol.,  dans  le  recueil  des  poètes 
latins  de  Maittaire,  t.  II,  p.  1410;  en  1721,  à  Luncbourg,  in-8°,  par  Ch.- 
Fred.  Schmid  ;  en  1731,  à  Leyde,  in-4n,  dans  les  Poelœ  latini  minores, 
part.  I,  p.  77,  avec  des  prolégomènes  et  un  commentaire  reproduits  par  Le- 
maire  dans  sa  nouvelle  édition  de  ce  Becueil,  Paris,  1825,  in-8°,  t.  IV,  p.  1- 
205.  Il  y  a  aussi  une  édition  de  Nuremberg,  1804,  petit  in-8",  par  J.-G.  Grul)er. 
Butilius  forme  unvoluincdcla  collection dite.de Deux-Ponts,  Slrasl)ourg,1809, 
in-8°,  avec  les  ouvrages  géographiques  de  Mêla,  Bufus,  Avicenc,  Priscicn  et 
Vibius  Sequcstcr.  Plus  récemment,  M.  Aug.  Wilh.  Zumpl,  qui  avait  fait  pa- 
raître à  Berlin,  en  1836,  des  Observations  en  latin  sur  le  poëme  de  Butilius, 
a  joint  à  une  édition  de  ce  poëme,  Berlin,  1840,  in-8",  une  préface  critique 
où  il  essaye  de  prouver  qu'il  a  eu  raison  d'appeler  l'auteur  Butilius  Numa- 
tianus; des  variantes,  extraites  surtout  d'un  manuscrit  de  la  bibliothèque  de 
Vienne  ;  de  nombreuses  notes,  quelquefois  historiques,  et  une  carte  dressée 
par  H.  Kiepcrt.  M.  Zumpt  ne  croit  pas  non  plus  à  une  édition  de  Naples,  an- 
térieure à  celle  de  Bologne. 

La  traduction  française  de  Butilius  par  Lefranc  de  Pompignan,  insérée 
d'abord  dans  un  des  recueils  de  l'Académie  de  MonUiuban,  fait  partie  des 
Mélanges  qu'il  publia  à  Paris  en  1779,  in-8»  ;  du  Becueil  amusant  de  voyages 
en  vers  et  en  prose,  Paris,  1783-1787,  9  vol.  in-12,  t.  III,  p.  47-90  ;  et  du 


742  NOTES. 

i.  VI  et  dernier  des  œuvres  de  Pompignan,  Paris,  1784,  in-8v  (F.  Leclerc, 
réimpression  du  onzième  volume,  1841,  notes  des  nouveaux  éditeurs,  p.  5.) 


IV. 

S.  Sévère-Sulpice.  —  Pages  95-116. 

En  faisant  l'énumération  des  éditions  particulières  de  la  Vie  de  S.  Martin 

par  S.  Sivère  Sulpice,  à  la  page  104,  nous  avons  omis  de  dire  qu'elle  a  été 

Hisi.  de  tac  Fr.  'traduite  en  notre  langue  par  M.  Du  Rver,  de  l'Académie  françoise,  et  impri- 

ib.  p.  *».  mée  de  la  sorte  à  Paris  en  1  ioO,  in-12.  De  même,  en  parlant  à  la  page  109 

des  diverses  traductions  françoises  de  l'Histoire  sacrée  du  même   auteur, 

nous  avons  oublié  d'avertir  que  M.  Giry  en  avoit  publié  une  de  sa  façon,  en 

p-  *°3-  même  volume,  à  Paris,  l'an  1632.  (Do*  Rivet,  tome  II.  Avertissement, 

page  xx.) 

—  La  traduction  de  l'Histoire  sacrée  de  S.  Sévère-Sulpicc  par  JeanFilleau, 
jurisconsulte  de  Clermont  en  Bauvoisis,  dont  nous  rendons  compte  à  la  page 
109,  a  été  réimprimée  en  même  volume  à  Paris,  chez  Jean  Coquerel,  l'an 
1570.  (Le  même,  t.  III,  1738,'Avertiss.,  p.  xxxvm.) 

—  Page  95.  Aucun  des  écrivains  qui  jusqu'ici  ont  parlé  de  Sévère-Sulpice 
n'a  dit  qu'il  ait  été  moine  de  Marseille.  Cependant  on  conserve  dans  la  biblio- 
thèque du  chapitre  de  Vérone  un  manuscrit  de  la  Vie  de  saint  Martin,  écrite 
par  Sulpice,  où  on  lui  donne  ce  titre  :  Explicit  Dialogus  de  vita  beati  Mar- 
tini episcopi  et  confessorispev  Severum  Sulpicium  monaehum  Massiliensem. 
C'est  une  anecdote  qui  mérite  d'avoir  sa  place  ici.  Nous  la  tirons  du  troisième 
volume  du  nouveau  Traité  de  diplomatique,  dont  les  auteurs  nous  apprennent 
qu'ils  sont  redevables  de  celte  découverte  à  M.  de  la  Curne  de  Sainte-Palaye, 
qui  leur  a  procuré  un  extrait  fjguré  du  manuscrit. 

Aux  éditions  des  ouvrages  de  ce  célèbre  écrivain,  indiquées  à  la  page  116 
du  second  volume  de  l'Histoire  littéraire,  il  faut  en  ajouter  une  publiée  à  Vé« 
rone  en  1755,  in-4°,  sous  ce  titre  :  Sulpitii  Severi  opéra  ad  mss.  codices 
emendala,  notisque  observationibus  et  disserlationibus  illustrata  studio  et 
labore  Hieronymi  da  Prato,  Veronensis,  Congregationis  Oratorii.  Nous  ne 
connoissons  cette  édition  que  par  ce  qu'en  disent  les  auteurs  du  Journal  des 
Sçavans  qui,  en  annonçant  le  second  volume  oh  se  trouve  l'Histoire  sacrée  de 
Sévère-Sulpice,  nous  apprennent  que  l'éditeur  ne  s'est  pas  contenté  de  con- 
sulter les  manuscrits,  mais  qu'il  a  encore  examiné  les  éditions  les  plus  esti- 


NOTES.  743 

naées  de  son  auteur.  (DD.  Poncet,  Colo«b,  CLEMERCEtet  Clément,  tome  XI, 
1759,  Avertiss.,  p.  v.) 

—  Nous  nous  bornerons  à  rendre  un  peu  plus  précises  les  observations  im- 
portantes de  nos  prédécesseurs.  Le  passée  qu'ils  désignent  du  nouveau  Traité 
de  diplomatique  se  trouve  au  tome  III,  p.  208,  où  l'on  voit  en  effet  l'extrait 
figuré  du  manuscrit  de  la  Bibliothèque  capitulaire  de  Vérone.  Ce  manuscrit  au- 
rait une  bien  grande  autorité  s'il  remontait  réellement  à  l'an  517,  à  peine  un 
siècle  après  l'auteur,  comme  l'indique  cette  souscription  :  S.  S.  sub  die  Kal- 
Aug.  Agapito  V.  C.  C.  indict.  decimœ,  per  Ursicinum  lect.  ecclesiœ  Vero- 
nensis. 

C'est  en  partie  d'après  ce  manuscrit  qu'a  été  faite  l'édition  de  Jérôme  da 
Prato,  dont  le  premier  volume  parut  à  Vérone  en  174t,  et  le  second  en  1754, 
in-4",  de  l'imprimerie  du  séminaire.  L'éditeur,  discutant  et  adoptant  cet  ancien 
témoignage,  exprimé  deux  fois  par  le  copiste  (Monachus  Massiliensis),  pense 
que  Sévère,  pour  échapper  à  linvasion  des  Barbares,  vint  à  Marseille,  d'où  le 
tyran  Constantin,  mallre  d'Arles,  réussit  à  les  tenir  éloignés,  et  qu'il  prit  alors 
l'habit  dans  le  monastère  qui,  vers  ce  temps-là,  y  fut  fondé  par  Cassien.  Les 
auteurs  du  nouveau  Traité  de  diplomatique  expriment  à  peu  près  la  même 
opinion.  Ceux  de  l'Histoire  de  Languedoc,  dans  une  longue  note  sur  la  pairie 
de  Sulpice-Sévère,  tome  I,  pages  635-638,  croient  aussi  qu'il  finit  par  em- 
brasser la  profession  monastique,  et  qu'il  bâtit  un  couvent  à  Primuliac,  dans 
le  diocèse  de  Narbonne. 

Le  texte  de  l'édition  de  Jérôme  da  Prato  a  été  reproduit  dans  la  Bibliothè- 
que des  Pères,  par  Gallandi,  Venise,  1772,  in-folio,  tome  VIII,  p.  353-432  ; 
mais  le  nouvel  éditeur  y  a  joint  las  cinq  lettres  publiées  par  d'Achery  et  les 
deux  de  Baluze,  que  l'éditeur  de  Vérone  n'avait  point  données.  Les  réimpres- 
sions plus  modernes  n'ont  aucune  valeur  critique.  (Victor  Le  Clerc,  réim- 
pressions du  tome  XI,  1841  ;  notes  des  nouveaux  éditeurs,  p.  7.) 


Evacre.  —  Pages  119-128. 


Les  trois  manuscrits  cités  page  122,  d'après  lesquels  Luc  d'Achery  a  donné 
VAltercntio  Apollonii  et  Zachaei,  sont  conservés  aujourd'hui  dans  la  Bi- 
bliothèque impériale  sous  les  numéros  2400,  2dfl7»  et  2968» .  (N.  E.) 
5  0 


Sir.  op.  I.   2.  p. 


744  NOTES. 

VI. 

Saint  Amand.  —  Pages  175-179. 

A  l'occasion  d'un  saint  Severin  qui  se  relira  à  Bordeaux  sous  l'épiscopat  de 
saint  Amand,  et  que  quelques-uns  croient  avoir  été  évèque  de  Cologne,  comme 
nous  le  rapportons  aux  pages  177  cl  178,  il  est  bon  d'ajouter  ce  qui  suit  et 
qui  appartient  à  cet  endroit.  '  Le  1».  Sinnond,  en  1619,  publiai)  la  findesPoé- 
910.  oi^  s'es  de  saint  Eugène  de  Tolède  et  de  quelques  autres  opuscules  d'anciens 

écrivains  une  pièce  sous  ce  litre  :  Doctrine  l).  Severi  Episcopi.  Ni  lui 
ni  les  éditeurs  de  ses  œuvres  qui  parurent  en  1690,  ne  disent  poinl  quel 
peut  être  ce  Severin.  Ces  derniers  prétendent  môme  que  personne  ne  l'a 
découvert.  Dans  la  suite,  dom  Bernard  Pez  ayant'  trouvé  le  môme  écrit, 
mais  tronqué,  l'a  fait  réimprimer  en  1723,  au  quatrième  tome  de  ses  Anecdo- 
tes, où  il  conjecture  qu'il  peut  ôtre  de  S.  Severin  de  Cologne,  qui  finit  ses  jours 
à  Bordeaux.  Cela  peut  être  ;  et  l'en  ne  voit  rien  dans  cette  pièce  qui  ne  lui 
puisse  convenir.  Elle  paroit  même  ancienne.  C'est  un  recueil  de  sentences,  la 
plupart  très-courtes  pour  les  paroles,  mais  pleines  d'un  grand  sens.  Elles  rou- 
lent toutes  sur  ces  deux  principes  généraux  de  la  morale  chrétienne  :  éviter 
le  mal  et  faire  le  bien  ;  et  entrent  dans  un  assez  long  détail  des  points  parti- 
culiers qui  se  rapportent  aux  deux  devoirs  généraux  déjà  marqués.  En  voici 
quelques  exemples  pour  en  pouvoir  juger  :  hilùje  Deum,  sapientiam  disce. 
—  Omnia  cum  mensura  âge.  —  Quod  odi$,  et  libi  péri  non  vis,  ulih  non 
fadas.  (Do*  Rivet,  t.  H,  Averliss.,  p.  xx.) 

VII. 

Saint Puun.  -   Pages  179-189. 

Il  est  parlé,  page  188,  de  la  traduction  françoisc  des  lettres  de  S.  Paulin, 
évèque  de  Noie, imprimée  à  Paris  chez  Jj>uis  Guérin,  l'an  1703,  en  i  vol.  in-8*. 
Il  faut  ajouter  que  la  même  iraduclion  a  été  réimprimée  en  1724,in-8°,  chez 
la  veuve  Guérin  et  Hippolytc-touis  Guérin,  son  fils,  à  Paris,  avec  des  remar- 
ques et  des  éclaievisscmcnls  du  traducteur,  telles  qu'elles  se  trouvent  dans 
l'édition  de  1703. 

—  Page  18».  On  a  attribué  à  ce  saint  prélat,  avec  quelque  doute  néanmoins, 


NOTES.  745 

les  actes  de  S.  Genès,  martyr  à  Arles.  Aux  éditions  de  ces  actes  qui  ont  été 
indiquées,  il  faut  en  ajouter  une  nouvelle,  'publiée  par  les  continuateurs  de  Bon.  ad.diemis 
Bollandus  sur  celle  de  D.  Ruinart,  qu'ils  ont  coilatiounée  avec  d'autres  manus-  "■•»  *•  123-,3e- 
crits.  Ils  y  ont  joint  un  commentaire  et  des  notes.  Les  nouveaux  éditeurs,  à 
l'exemple  de  D.  Ruinart,  laissent  indécis  le  procès  qui  est  entre  les  critiques 
touchant  le  véritable  auteur  de  ces  actes,  n'ayant  rien  trouvé  qui  pût  les  dé- 
terminer. C'est  pourquoi  ils  les  ont  donnés  sous  le  nom  de  Paulin,  évoque, 
sans  désigner  quelle  a  été  son  église.  (1)1).  Poncet,  Colomb,  Clemencet  et 
Clément,  t.  X,  1756  ;  addit.  et  correct.,  p.  x.) 

—  Page  199.  Il  faut  joindre  aux  éditions  des  œuvres  de  ce  saint  prélat 
celle  qui  a  été  publiée  à  Vérone  l'an  1736,  en  un  volume  in-folio,  sous  ce  titre  : 
S.  Ponlii  Meropu  Paulini  Senatoris  et  Consulis  Romani,  deinde  Nolani 
episcopi  opéra, ad  mss.  codices  Gallicanos,  Italiens,  Anglicanos,Delgicos  at- 
que  ad  editiones  antiquiores  emendata  et  aucta,  neenon  variorum  notis  ac 
dissertationibus  illustrata  ;  mine  verb  primum  quatuor  integris  Poëmatibus, 
quœ  ex  Ambrosiana  bibliotheca  pridem  eruta,  modo  secutidis  eun's  D.  Ludo- 
vicus-Antonius  Muratorim  recognovit  auctiora  demum  atque  absoluta.  Ve- 
ronœ,  1736.Tj//>w  Dionusii  Ronuuizini. 

Celte  édition  est  adressée,  par  une  lettre  de  l'imprimeur,  à  l'illustrissime 
et  révérendissime  Antoine  Corrario,  qui  avoit  été  tiré  de  l'ordre  des  Capucins 
pour  être  placé  sur  le  siège  patriarcal  de  Venise.  L'épltre  dédicatoire  est 
suivie  d'une  assez  courte  préface,  où  l'on  rend  compte  de  la  nouvelle  édition 
des  œuvres  de  saint  Paulin,  des  raisons  qui  ont  porté  à  l'entreprendre,  et  de 
la  méthode  qu'on  y  a  suivie.  C'est  la  même  méthode  par  rapport  1  la  distri- 
bution des  ouvrages  que  celle  de  l'édition  de  Paris,  publiée  par  M.  Jean  le 
Brun .  L'auteur  de  la  préface  donne  à  M.  le  Brun  la  qualité  de  très-célebre 
Prêtre.  C'est  une  méprise  ;  M.  le  Brun  étoit  seulement  acolythe  ;  la  haute 
idée  qu'il  eut  toujours  de  l'excellence  et  de  la  sainteté  du  sacerdoce  l'empêcha 
de  s'engager  dans  les  ordres  sacrés.  La  nouvelle  édition  dont  nous  parlons 
renferme  en  un  seul  volume,  in-folio  tous  les  ouvrages  du  saint  évêque  de 
Noie,  partagés  en  deux  classes.  Dans  la  première  sont  les  écrits  en  prose; 
dans  la  seconde, les  poésies.  Le  nouvel  éditeur  y  a  ajouté  quatre  poèmes  revus 
par  M.  Muratori,  qui  les  avoit  déjà  publiés  dans  ses  anecdotes,  sçavoir  trois 
sur  saint  Félix  et  un  quatrième  dans  lequel  l'auteur  combat  les  payons. 

Dom  Rivet  regarde  ce  Poème  comme  faussement  attribué  à  saint  Paulin,  et 
ne  balance  pas  à  le  rejeter.  «  On  peut  assurer,  dit-il,  que  ce  poème  ne  (ut 
jamais  de  saint  Paulin.  »  Il  en  donne  |»our  raison  que  t  le  véritable  auteur 
€  de  cette  pièce  est  un  nommé  Antoine,  comme  il  paroit  par  le  premier  vers  : 
Percussi,  fateor,  sectas  Antonius  omnes.  »  Cette  raison  n'est  pas  satisfai- 
sante. En  effet,  ne  peut-on  pas  dire,  et  avec  fondement,  que  le  nom  propre 


746  NOTES. 

Antonivs  est  un  nominatif  pour  un  vocatif,  et  qu'ainsi  il  désigne,  non  le  véri- 
table auteur  du  poëme,  comme  l'a  cru  dom  Rivet,  mais  celui  à  qui  il  est 
adressé.  Vossius  a  fait  voir  dans  sa  grammaire  que  les  anciens  se  sont  servi 
du  nominatif  pour  le  vocatif.  On  sçait  que  parmi  les  Attiques  ces  deux  cas 
étoient  toujours  semblables,  et  que  chez  les  Latins  mêmes,  ils  le  sont  encore 
presque  toujours.  C'est  pourquoi  on  les  joint  souvent  ensemble,  comme  le 
remarque  Scaliger.  Nous  pourrions  en  citer  une  multitude  d'exemples  : 

Nate  mec  vires,  mea  magna  potentia  soins. 

Pline,  parlant  de  Ciceron,  dit  :  Salve,  primvs  omnium  parens  patriœ  ap- 
pellate,primus  in  toga  triumphum  linguœque  lauream  mérite.  Virgile  ne  dit- 
il  pas  :  Bacchus  pour  Bacche  :  cuisis  lœtitiœ  Bacchus  dator  ?  Et  Horace  :  bo- 
nus ,  pour  bone  :  Des  veniam,  bonus,  oro. 

D'ailleurs,  en  supposant  que  Antonius  est  un  nominatif  pour  un  vocatif, 
le  sens  du  vers  est  beaucoup  plus  naturel.  Rien  n'empêche  donc  qu'on  ne 
mette  ce  poëme  au  rang  des  véritables  productions  de  saint  Paulin,  d'autant 
plus  qu'il  se  trouve  dans  le  manuscrit  d'où  l'éditeur  l'a  tiré,  à  la  suite  de  la 
treizième  pièce  sur  saint  Félix  de  Noie,  qui  est  de  lui.  L'éditeur  parolt  per- 
suadé que  saint  Augustin  avoit  en  tue  ce  poëme  de  saint  Paulin,  lorsqu'il  lui 
écrivoit  ainsi:  Adv ersusPaganos te scribere  didici, ex  fratribus,  etc.  Le  même 
éditeur  croit  que  saint  Paulin  composa  cette  pièce  vers  l'an  394,  lorsqu'il  re- 
nonça absolument  au  monde  pour  vivre  dans  la  solitude  à  Noie. 

La  nouvelle  édition  dont  nous  parlons  est  enrichie  de  vingt -deux  disserta- 
tions de  M.  Muratori  sur  les  poésies  de  saint  Paulin,  dont  les  unes  regardent 
les  personnes  à  qui  elles  sont  adressées;  d'autres,  saint  Paulin  lui-même,  ses 
dignités,  ses  actions  ;  quelques-unes,  des  points  d'histoire  et  de  discipline  sur 
la  décoration  des  églises,  l'usage  dos  cierges  pendant  le  jour,  la  sépulture 
dans  les  églises  dès  les  premiers  siècles,  les  vœux,  etc.  (Dl).  Poncet,  Colomb, 
Clément  et  Clemencet,  t.  XI,  1759;  Avertiss.,  p.  v.) 

—  Nos  prédécesseurs  avaient  déjà  donné  une  note  supplémentaire  sur  saint 
Paulin,  t.  X,  p.  x,  où  ils  ne  nomment  point  l'auteur  de  la  traduction  française 
des  Lettres,  publiée  à  Paris,  en  1703  et  1724,  in-8°,  par  les  soins  du  P.  Fras- 
sen,  cordelier,  mais  qui  parolt  être  de  Claude  Santeuil,  frère  du  poëte. 

Les  quatre  poëmes  publiés  sous  le  nom  de  saint  Paulin  par  Muratori,  en 
1697,  à  Milan,  in-4°,  et  en  1736  dans  la  grande  édition  de  Vérone,  ont  été 
soumis  à  un  nouvel  examen  et  augmentés  de  plusieurs  vers  d'après  un  ma- 
nuscrit de  Pologne,  par  J.-L.  Mingarelli,  dans  ses  Anecdotes,  Rome,  1756, 
ih-4°;  et  ses  prolégomènes  et  son  texte  ont  été  reproduits  dans  la  Bibliothè- 
que des  Pères  par  Gallandi,  Venise,  1772,  in-folio,  tom.  VIII,  pag.  xm-xv,  et 
pag.  211-227. 


NOTES.  747 

Depuis,  aucun  travail  de  quelque  prix  n'avait  été  l'ait  sur  saint  Paulin,  lors- 
que M.  Mai  publia,  en  1827,  à  Rome,  d'après  un  manuscrit  du  Vatican,  deux 
nouveaux  poèmes  qu'il  attribue  à  l'évoque  de  Noie,  et  qu'il  a  transportés  en- 
suite dans  sa  Collection  latine,  Rome,  1833,  in-8°,  t.  V,  p.  369-381.  Le 
même  savant  nous  apprend,  ibid.,  p.  xlii,  que  l'on  n'a  encore  inséré  dans 
aucune  édition  des  œuvres  de  Paulin  un  fragment  de  son  traité  de  Pœnitentia, 
publié  autrefois  par  Holstenius  à  la  suite  de  son  Recueil  d'anciennes  règles 
monastiques  (Codex  Reyulorum,  Rome,  16(51,  in-i°;  Paris,  1663,  in-4°; 
Augsbourg,  1739,  in-l'ol.);  et  il  nous  fait  espérer  enfin  deux  sermons  de  saint 
Paulin  de  Quadrages ima,  que  Gennade  parait  avoir  lus  (de  Viris  illustr.,  c.68) 
et  qui  se  trouvent  manuscrits  dans  une  des  bibliothèques  de  Rome. 

D.  Cellier,  auquel  il  suffit  de  renvoyer  une  fois  pour  les  articles  sur  les 
Pères  de  l'Église,  parle  de  saint  Paulin  de  Noie  dans  l'Histoire  générale  des 
auteurs  sacrés  et  ecclésiastiques,  t.  X,  p.  943-631.  Dans  le  long  ouvrage  du 
P.  Jean-Étienne  Remondini,  religieux  somasque,  delta  Nolana  ecclesiastica 
istoria,  Naples,  1747,  1731,  1737,  3  vol.  in-fol.,  se  trouve, au  second  volume, 
outre  une  Vie  de  saint  Paulin,  une  traduction  italienne, en  prose  eten  vers,  de 
ses  œuvres  alors  connues.  (Victor  Le  Clehc,  réimpression  du  tom.  XI,  1841; 
notes  des  nouveaux  éditeurs,  p.  8.) 

—  Les  anciens  textes  manuscrits  des  œuvres  de  S.  Paulin  ne  sont  pas  com- 
muns. Nous  en  avons  remarqué  trois  dans  la  Bibliothèque  impériale  de  Paris 
qui  sont  antérieurs  au  xn°  siècle.  Le  numéro  le  plus  précieux,  qui  semble  re- 
monter à  la  fin  du  ix«  siècle,  provient  de  Cl.  Dupuy,  et  contient  les  pièces  sui- 
vantes : 

i.  Epistolx  tredecim  ad  Severum  Sulpitium.  2.  Quinque  Epistolae  ad  Del- 
phinum.  3.  Sex  epistolae  ad  Amandum  episc.  4.  Duse  epist.  ad  Victricium. 
5.  Très  epistolœ  ad  Aprum  episc;  et  ad  Amandum.  6.  Quatuor  epistolae  ad 
Florentium  episc.  Cadurcensem;  — ad  Aletium  episc  ;  —  ad  Desiderium;  —  ad 
Pammachium.  7.  Epistolae  dux  ad  Severum  de  basilicarum  dispositione. 
8.  Epistola  et  versus  ad  Jovium.  9.  Epistolae  ad  Macharium.  10.  De  Gazo- 
philacio.  11.  Ausonii  versus  ad  Paulinum  et  Paulini  versus  ad  Ausonium. 
12.  Versus  ad  Cythenium.  13.  Versus  de  obitu  Celsi,  pueri.  14.  Versus  de 
reditu  Niceta?.  15.  Versus  de  psalmis  i.  n  et  cxxxm.  (N.  E.) 


vni. 

Jeah  Cassien.  —  Pages  215^230. 

A  la  page  223 ,  où  l'on  parle  de  la  traduction  des  Conférences,  il  faut 
ajouter  ce  qui  suit  :  Plus  de  soixante-dix  ans  avant  M.  de  Saligny,  Jean  de 
50»  Bbbbb 


748  N  0  T  E  S. 

Lavardiu ,  abbé  de  l'Estoile,  de  qui  nous  a\ons  quelques  autres  mauvaises 
Bib.  s.  Mei.  Rod.   traductions,  mit  aussi  on  noire  tangue  les  conférences  <le  Cassien.  \  Sa  tra- 
duction l'ut  d'abord  imprimée,  à  Paris,  clic/  (ïiiillauinc  Chaudière,  l'an  1589, 
...  S.  Ben.  Maci.   in-8°;  '  puis  encore,  à  Paris,  cliez  Robert  Fouet,  l'an  1636,  en  môme  volume. 
Ce  traducteur  n'a  guère  mieux  iviis«i. 

Ce  volume  éloil  déjà  sorti  des  presses,  lorsque  nous  avons  appris  qu'on  a 

renouvelle  l'édition  des  Œuvres  de  Cassien,  publiée  autivlois  par  Dom.Vllart 

Joum.  de  Trév       f>'<*et,  religieux  de  l'abbaïe  de  S.  Vaasl  d'Arras.  '  Celle  édition  dernière  a 

nov.  1734. p.  1957.   paru  à  Leipsick ,   l'an  1733,  en  un  volume  in-folio.  (  D.  Rivet.  Tome  II. 
Paul.cp.lS.n.5.  .  x 

Avertissement,  p.  xxi.) 

—  Outre  les  éditions  des  œuvres  de  Cassien,  dont  on  a  parlé  dans  l'article 
de  cet  auteur,  il  y  en  a  une  de  Home,  in-8",  de  l'imprimerie  de  la  Chambre 
apostolique,  de  l'an  1840.  Celle-ci  est  l'édition  renouvelée  de  Henri  Cuykius, 
dans  laquelle  on  a  joint,  Régula  S.  l'achonii,  S.  Hieronymo  latini  versa,  ré- 
gula et  rollatioSS.abbaluni,  et  liber  S.  Prosperi  contra  collatorem.  (DD.  Po*- 
cet,  Colomb,  Clkmencet  cl  Ci.kme.nt.  loin.  X,  1756,  addil.  et  corr..  p.  x.) 

—  Un  très-grand  nombre  de  manuscrits  des  x'  et  xi'  siècles  nous  conservent 
aujourd'hui  les  ouvrages  de  Cassien.  Le  plus  ancien  (mil nous  ait  été  possible 
de  consulter  paroit  remonter  au  ix'  siècle.  Ite  la  bibliothèque  de  S.  Pierre 
de  Corbie,  il  est  passé  d'abord  dans  celle  de  S.  Cermain  des  Prés,  où  il  portoil 
le  ÎS0  278  ,  et  de  là  dans  la  Bibliothèque  impériale  oii  il  vient  de  recevoir  le 
N°  13384,  au  lieu  de  celui  de  1293  qui  le  dislinguoit  depuis  son  entrée  dans 
celte  grande  collection.  Les  aulres  manuscrits,  d'une  date  un  peu  moins  an- 
cienne, portent  dans  la  Bibliothèque  impériale  les  n°'2125,  2135,  2136,  2137, 
2138,  2157,  2768  anc.  fonds  lalin;  n°  40,  fonds  de  S.  Victor;  n°  870,  fonds 
de  Sorbonne;  et  818   et  852,  fonds  de  S.   Germain.   Le  n°  2138  qui  me 
semble  remonter  au  xe  siècle,  a  de  l'importance  au  moins  sous  le  point 
de  vue  de  l'art.  Les  initiales  présentent  ces  enroulements  de  branches  et  de 
feuillages,  ces  groupes  d'animaux  qui  semblent  animés  de  rage  l'un  contre 
l'autre,  et  que  M.  Viollet  le  Duc,  dans  son  excellent  Dictionnaire  de  l'archi- 
tecture française,  suppose,  à  notre  avis,  assez  gratuitement,  d'origine  anglo- 
saxonne.  Ainsi,  des  anglo-Saxons,  inspirés  par  les  traditions  et  les  souvenirs 
de  leur  origine  mdo -germanique,  aiiroienl  doté  la  France  des  ornements  du 
style  roman.  Ce  système  soulevé  assurément  bien  des  objections.  Pourquoi 
des  fantaisies  de  dessin,  répandues  dès  le  vin"  siècle  dans  les  manuscrits  d'ori- 
gine francoise  aussi  bien  que  dans  les  manuscrits  anglo-saxons,  apparlien- 
droient-elles  aux  Saxons  plutôt  qu'aux  François  ?  Mais  surtout  quel  besoin 
d'aller  rechercher  l'origine  de  ces  dessins  dans  le  fond  de  l'Inde,  quand  il 
suffit  pour  les  expliquer  de  se  reporter  aux  tissus  d'Orient,  aux  tapis  et  pailles 
de  Syrie,  de  Perse,  d'Alexandrie,  de  Constanlinople  etd'Almeric  en  Espagne, 


NOTES.  749 

qui  offroient  tantôt  ces  enroulements,  tantôt  ces  animaux  chimériques  ?  Les 
riches  tissus  d'Orient  ont  eu  plus  d'influence  sur  la  peinture  et  sur  l'orne- 
mentation architecturale  du  moyen  âge  qu'on  ne  l'a  peut-être  accordé  jusqu'à 
présent.  Les  artistes  françois  n'ont  pas  dû  voir,  sans  chercher  à  les  repro- 
duire, ces  vives  couleurs,  ces  ingénieuses  combinaisons  de  lignes  que  l'on 
admiroit  dans  les  pallia  orientaux  ;  et  de  fort  bonne  heure  ils  ont  dû  chercher 
à  les  reproduire  dans  les  miniatures  des  manuscrits,  dans  les  verrières  et 
dans  la  décoration  des  édifices.  (N.  E.) 


IX. 


Victor.  —  Pages  215-248. 

Un  manuscrit  du  x*  siècle  conservé  dans  la  Ril>Iiolhèque  Impériale  sous  le 
n^^iS  et  qui  provient  du  cabinet  de  Col liert  renferme  le  poënfe  «pî'AXr.Oeîav, 
ou,  comme  on  le  trouve  écrit,  Méfias.  Cette  transcription  n'est  pas  exempte 
de  fautes  grossières  et  de  leçons  excellentes  que  les  éditeurs  n'ont  pas  tou- 
jours, les  unes  corrigées,  les  autres  admises.  Le  nom  de  l'auteur  est  constam- 
ment écrit  Claudia*  Jfaritu  Victor,  orator  Massilicnsis.  Ce  dernier  mot  sem- 
ble lever  les  doutes  de  dom  llivel  sur  la  véritable  patrie  de  Marius  Victor. 
(N.  E.) 


Co>se>ce  I.  —Pages  2i!>-2o0. 

'  On  nous  reproche  de  nous  ôlrc  contentés  de  rapporter  ce  que  saint  Sidoine  j0um.  de  Trévnu 
Apollinaire  dit  de  Consence  I,  l'un  de  nos  sçavaus  du  v*  siècle,  sans  y  faire  1736,  p-  215- 
quelques  réflexions  critiques.  Mais  on  n'a  pas  pris  garde  qu'avant  que  d'en- 
trer dans  le  détail  de  son  éloge,  nous  prévenons  nos  lecteurs  parcellerellexion 
générale  qui  dit  beaucoup  :  Si  le  poil  mit,  faisons-nous  observer,  que  nous  en 
a  tracé  S.  Sidoine,  qui  d'ordinuire  n'épargnait  pas  les  louanges  envers  sesamis, 
n'est  pas  /latte,  Consence  était  poète,  orateur,  etc.,  quelles  autres  réflexions 
critiques  pouvions-nous  légitimement  faire  sur  un  savant  dont  il  ne  reste  rien 
pour  en  juger  par  nous-mêmes?  Devions-nous  contredire  S.  Sidoine  sur  cha- 
que point  de  son  éloge,  lui  qui  paroit  avoir  connu  particulièrement  Consence 

et  avoir  lu  ses  ouvrages  en  tout  ou  en  partie?  [.D.IUvet,  t.  IV,  1738.  Avertiss., 
p.  xxxv.) 


750  NOTES. 

XI. 

S.  Germain.  —  Pages  236-26-2. 

Dans  l'histoire  de  S.  Germain  évoque  d'Auxerre,  nous  avons  fait  une  faute 
que  tout  le  monde  ne  peut  regarder  que  comme  fort  pardonnable.  Nous  avons 
cru  devoir  lui  attribuer  un  écrit  qui  ne  lui  appartient  point  ;  quoique  lous  les 
traits  sous  lesquels  le  représentent  les  derniers  éditeurs  de  S.  Ambroise  auto- 
risent notre  conjecture.  Il  est  important  de  voir  les  choses  par  soi-même  : 
faute  de  quoi  l'on  s'expose  à  être  trompe",  et  à  tromper  les  autres  sans  le 
vouloir. 

M.  l'abbé  Le  Beuf,  souchantre  et  chanoine  de  la  cathédrale  d'Auxerre,  déjà 
connu  avantageusement  dans  la  république  des  letres,  et  l'un  de  cessçavants 
qui  désirent  éviter  recueil  dont  on  vient  de  parler,  s'est  donné  beaucoup  de 
mouvements  pour  avoir  l'écrit  en  question,  comme  important  pour  l'histoire 
de  son  église,  à  laquelle  il  consacré  ses  veilles  et  ses  travaux  literaires.  Après 
l'avoir  fait  chercher  inutilement  parmi  les  papiers  de  ceux  qui  nous  en  ont 
donné  la  première  connoissance,  il  a  cru  devoir  remonter  jusqu'à  la  source,  et 
avoir  recours  à  la  bibliothèque  de  la  célèbre  abbaïe  de  S.  Gai,  où  se  conserve 
le  manuscrit.  M.  le  marquis  de  Bonnac,  notre  ambassadeur  chez  les  Suisses, 
a  eu  la  politesse  de  lui  en  avoir  une  copie. 

Il  se  trouve  que  cet  écrit  qui  contient  vingt-quatre  pages  d'écriture  assez 
serrée,  n'est  point  la  production  de  S.  Germain,  mais  de  S.  Victrice  évoque 
de  Bouen,  à  la  fin  du  quatrième  siècle  et  au  commencement  du  ciuquiéme. 
Suivant  l'idée  que  M.  l'abbé  Le  Beuf  a  la  complaisance  de  nous  en  donner,  il 
parolt  que  c'est  un  discours  que  ce  saint  prélat  fit  à  son  peuple,  à  l'occasion 
de  diverses  reliques  qu'il  venoit  de  recevoir  de  la  part  de  S.  Ambroise  de 
Milan  el  de  quelques  autres  évêques  d'Italie.  II  y  en  avoit  de  S.Jean-Baptiste, 
de  S.  Jean  l'évangéliste,  de  S.  André,  de  S.  Thomas,  de  S.  Gervais,  de 
S.  Protais,  et  de  plusieurs  autres  Saints  que  l'auteur  a  soin  de  nommer  dans 
son  discours.  Ce  ne  fut  par  conséquent  qu'après  l'année  386  que  S.  Victrice 
reeut  ces  reliques  ;  puisque  c'est  l'époque  de  la  découverte  des  corps  de 
S.  Gervais  et  de  S.  Protais,  comme  nous  l'avons  dit  dans  l'histoire  de 

S.  Ambroise. 

On  ne  peut  se  tromper  en  attribuant  ce  discours  à  saint  Victrice,  qui  s'y 
nomme  lui-même  et  sa  ville  épiscopalc.  De  sorte  que  c'est  par  un  défaut  d'at- 
lention  que  les  derniers  éditeurs  de  S.  Ambroise,  qui  témoignent  l'avoir  lu.  le 
donnent  à  un  évêque  anonyme.  C'est  ce  qui.  joint  ii  l'antiquité  du  manuscrit, 


NOTES.  751 

et  au  voyage  que  l'auteur  dit  avoir  fait  dans  la  Grande-Bretagne,  pour  prêter 
quelque  secours  aux  évêques  de  cette  île,  comme  le  rapportent  fort  bien  ces 
mêmes  éditeurs,  nous  y  avoit  fait  apercevoir  S.  Germain  d'Auxerre. 

L'écrit  est  fort  honorable  pour  l'Église  de  Rouen,  dont  l'auteur  parle  avec 
éloge.  Il  s'y  étend  particulièrement  sur  l'état  des  vierges  et  des  veuves  :  à  des. 
sein,  ce  semble,  de  marquer  son  unanimité  de  senthnent  envers  les  Églises 
d'Italie  touchant  la.virginité,  qu'elles  venoient  de  défendre  contre  les  erreurs 
de  Jovinien .  Il  y  fait  aussi  une  longue  profession  de  foi  sur  le  mystère  de  la 
Trinité,  s'arrôtanl  en  particulier  à  la  divinité  de  Jésus-Christ,  peut-être  en- 
core en  vue  de  faire  voir  qu'il  pensoit  sur  ces  points  de  foi  comme  ces  mômes 
Églises,  qui,  de  concert  avec  quelques  évoques  gaulois,  avoient  condamné  en 
381  Pallade  et  Secondius,  fameux  ariens,  ainsi  qu'on  l'a  vu  à  l'article  de  saint 
Ambroise. 

A  cela  près,  tout  le  discours,  pour  la  plus  grande  partie,  n'est  qu'un  en- 
chaînement d'apostrophes,  tantôt  aux  saints  dont  il  avoit  reçu  des  reliques, 
tantôt  aux  évêques  de  la  libéralité  desquels  il  les  tenoit,  tantôt  enfin  aux  fidèles 
de  l'Église  de  Rouen,  devant  qui  il  paroit  qu'il  le  prononça  de  vive  voix.  On 
juge  par  la  fin  que  S.  Victmce  et  son  peuple  avoient  déjà  pris  des  mesures 
pour  bâtir  une  église,  et  qu'on  y  travailloit  même  dès  lors,  afin  d'y  déposer 
les  saintes  reliques.  Il  y  a  beaucoup  d'apparence  que  c'est  là  l'origine  de  Saint- 
Gervais,  qui  subsiste  encore  à  Rouen. 

Il  n'y  en  a  pas  moins  à  croire  que  l'auteur,  après  avoir  prononcé  son  dis- 
cours, en  envoïa  une  copie  à  son  bon  ami  saint  Paulin  de  Noie.  La  manière 
dont  s'exprime  celui-ci  dans  une  de  ses  letres  à  S.  Victrice  sur  l'état  de  l'É- 
glise de  Rouen  en  général,  et  en  particulier  sur  le  secours  qu'elle  tiroit  de  la 
présence  des  apôtres,  sur  ses  vierges  et  sur  ses  veuves,  fait  naturellement 
naître  cette  pensée.  Ce  discours,  au  reste,  où  il  se  trouve  quelque  éloquence, 
répand  beaucoup  de  lumière  sur  divers  endroits  de  cette  lettre  de  S.  Paulin, 
qui  est  la  dix-huitiéme  dans  la  nouvelle  édition,  et  dont  on  met  la  date  à  la  fin 
de  399,  ce  qu'on  pourroit  avancer  de  quelques  années.  Il  semble  au  moins 
que  ce  fut  en 390  ou 391  que  S.  Victrice  reçut  les  reliques  dont  il  s'agit  ici; 
et  il  paroit,  par  la  manière  dont  il  parle  de  S.  Ambroise,  que  ce  saint  docteur 
étoit  encore  au  monde  lorsqu'il  prononça  son  discours.  La  pièce  étant  assez 
considérable  pour  mériter  une  place  entre  nos  écrivains,  il  est  de  notre  des- 
sein de  faire  connoltre  sa  personne. 


752  NOTES. 


SAINT    VICTRICE, 

EvÊQiE  de  Rouen. 

Pani.  epist.  i8.        '  Victrice  avoit  pris  naissance ,  comme  il  paroît  par  la 
manière  dont  en  parle  S.  Paulin,  à  une  des.  extrémités  de 

Bon.  7.  «ug.  p.     l'Empire,  de  extimo  o?'bis  :  '  ce  que  l'on  croit  devoir  entendre 

192- n-  *•  du   pais  de  Terouanne  ou  de  Boulogne-sur-Mer.   Peut-être 

aussi  seroit-on  fondé  à  l'interpréter  de  quelqu'une  des  Isles 

Paul.  ib.  n.  7.  s.  Britanniques.  '  Sa  première  profession  fut  celle  des  armes, 
Dieu  voulant  le  préparer  aux  travaux  de  l'épiscopat  par  les 
fatigues  de  l'art  militaire.  Un  principe  de  conscience  lui  aïant 
ensuite  fait  quitter  le  service,  sa  désertion  lui  attira  beaucoup 
de  mauvais  traitements.  On  alla  même  jusqu'à  vouloir  lui 
ôter  la  vie;  et  il  l'auroit  réellement  perdue,  si  Dieu  n'avoit 
fait  plus  d'un  miracle  pour  la  lui  conserver.  Ce  qu'il  eut  à 
souffrir  en  celte  occasion,  lui  mérita  les  titres  de  confesseur 
oii.  ib.  n.  s.  et  de  martyr.  Il  s'agissoit  donc  de  la  cause  de  la  foi.  '  Ainsi 
l'on  est  autorisé  à  croire  que  cela  se  passa  sur  la  tin  du  règne 
de  Julien  l'Apostat.  Victiiici:,  comme  on  le  voit  par  la  fin  de 
son  discours,  conserva  toujours  depuis  le  désir  de  verser  son 
sang  pour  Jesus-Christ. 

De  si  saintes  dispositions  ne  pouvoient  que  contribuer  à  en 
faire  un  saint  évêque.  On  ne  sait  ni  quand  ni  comment 
l'Eglise  de  Rouen  l'élut  pour  la  gouverner  en  cette  qualité. 

Pani.  ib.  n.  9.      Ce  qu'il  y  a  de  certain,  '  c'est  qu'il  étoit  revêtu  de  l'Episcopat 
avant  que  S.  Paulin   renonçât  au  monde,    par  conséquent 

n.  6.  i  ep.37.11.4.  avant  l'année  390.  '  Victiuce  parut  sur  le  chandelier  de  cette 
Eglise  comme   un-  flambeau  resplendissant   qui   répand   sa 

eP.  i8.  n.  5.         lumière  de  toutes  parts.  '  Bientôt  Ri  \  ille  episcopale,  aupara- 
vant presque  sans  nom,  devint  assez  célèbre  pour  mériter 

n  ».  io.  d'aller  de  pair  avec  les  première»  villes  des  Gaules.  '  Ses  ins- 

tructions lumineuses  y  firent  briller  la  piété  chrétienne  non- 
seulement  dans  le  clergé  et  les  troupes  de  vierges  et  de  veu- 
ves, mais  aussi  parmi  les  personnes  engagées  dans  le  mariage, 
dont  plusieurs  embrassèrent  volontairement  la  continence. 

n.  *.  '  L'enceinte  de  la  ville  de  Rouen  etoit  trop  étroite  pour  le 

zélé  de  Victiuce.  Il  alla  encore  annoncer  l'Evangile  dans  les 
pais  des  Morins  et  des  Nerviens,  aujourd'hui  la  Flandre,  le 
Brabant  et  quelques  autres  pais  voisins  :  soit  que  ces  contrée* 


NOTES.  753 

fissent  alors  partie  de  son  diocèse,  dont  les  limites  étoient 
effectivement  plus  étendues  qu'elles  ne  le  sont  à  présent  ; 
soit  que  la  charité  seule  le  portât  à  aller  tirer  ces  peuples  des 
ténèbres  où  ils  étoient.  Ses  travaux  apostoliques  y  eurent  tant 
de  succès,  qu'il  eut  la  consolation  de  voir  les  déserts  changés 
en  églises  et  en  monastères. 

Ce  fut  de  là  apparemment  que  les  évoques  de  la  Grande- 
Bretagne  l'appellerent  à  leur  secours,  pour  les  aider  à  rétablir 
la  paix  dans  celte  isle,  ainsi  qu'il  nous  l'apprend  lui-même 
dans  l'écrit  qui  nous  reste  de  lui.  11  y  lit  quelque  séjour; 
et  il  y  était  encore  lorsque  lui  vinrent  d'Italie  les  reliques 
dont  on  a  parlé.  Ce  présent  qui  lui  fut  envoie  par  un  exprès 
de  la  part  de  S.  Ambroise  et  de  quelques  autres  évoques  ses 
voisins,  suppose  que  Victhice  étoit  particulièrement  connu  et 
estimé  de  ces  grands  prélats. 

Mais  personne  n'eut  pour  lui  plus  d'estime  et  d'attachement 

?[ue  S.  Paulin  de  Noie'  11  ne  l'avoit  cependant  vu  qu'une  seule  n.9. 
bis  à  Vienne,  sur  le  Rhône,  chez  S.  Martin  de  Tours.  Paulin 
l'honora  dès  lors  comme  un  évêque ,  mais  aïant  appris  dans  la 
suite  ce  qu'il  avoit  souffert  pour  la  cause  de  Dieu,  et  tout  le 
bien  qu'il  avoit  fait  dans  sa  ville  épiscopale  et  les  autres  lieux 
où  il  avoit  annoncé  l'Evangile,  il  conçut  pour  lui  un  respect 
et  une  vénération  sans  bornes.  Il  en  a  laissé  des  preuves  non 
équivoques  dans  deux  letres  qu'il  lui  écrivit.  Ce  sont  la  18  et 
la  37  dans  la  nouvelle  édition  de  ses  œuvres,  et  les  deux  monu- 
ments authentiques  qui  nous  apprennent  le  plus  de  faits  pour 
l'histoire  de  nôtre  saint  Prélat. 

On  ne  voit  point  qu'il  en  ait  écrit  à  S.  Paulin  plus  d'une. 
Encore  est-elle  perdue,'  et  n'étoit  point  de  longue  haleine,  ep.  37.  n.  i. 
Mais  quelque  courte  qu'elle  fût,  le  saint  évêque  de  Noie  en 
fait  un  grand  éloge.  Les  paroles  lui  en  étoient  plus  précieuses 
que  l'or  et  l'argent,  et  plus  douces  que  le  miel. 

'  S.  Victrice  écrivit  en  une  autre  occasion  au  Pape  S.  In-  SSfjLp' 5 
nocent,  pour  lui  demander  quelques  éclaircissements  sur  di- 
vers points  de  discipline,  à  dessein  de  se  conformer  à  la  con- 
duite de  l'Eglise  de  Home.  Sa  lettre  est  perdue;  mais- nous 
avons  la  réponse  qu'y  fit  ce  saint  Pape.  Elle  est  fort  honorable 
à  la  mémoire  de  S.  Victrice,  dont  S.  Innocent  loue  l'érudition, 
la  doctrine  et  le  zèle,  et  contient  treize  articles  qui  regardent 
la  discipline,  par  rapport  à  l'ordination  des  clercs  et  à  renga- 
inent des  vierges  consacrées  à  Dieu.  La  date  en  est  assez  incer- 


n.  4.  7. 


754  NOTE  S. 

laine  ;  on  la  croit  cependant  de  l'année  405.  Les  seavaals 
n'osent  pas  décider  si  ce  fut  avant  ou  après  cette  époque, 
Paul.  ib.  n  i.  que  S.  Victrice  fit  un  voïage  à  Rome.  Il  y  a  quelque  appa- 
rence qu'il  l'entreprit  '  à  l'occasion  d'une  calomnie  dont  on  le 
chargea  mais  qui  ne  servit  qu'à  perfectionner  et  à  mieux  faire 
connoitre  sa  vertu. 

L'on  ignore  l'année  de  sa  mort  et  l'espace  du  temps  de 
son  épiscopat.  Il  paroît  cependant  qu'il  vécût  au  moins  jus- 
qu'en 410.  Ce  qui  en  fait  ainsi  juger  est  le  titre  de  la  dernière 
letre  que  S.  Paulin  lui  adresse,  confire  au  titre  de  la  pre- 
mière. Dans  celui-ci,  S.  Paulin,  comme  n'étant  encore  que 
simple  prêtre,  donne  à  S.  Victrice  la  qualité  de  père  :  au  lieu 
que  dans  l'autre  il  le  nomme  son  frère ,  parce  qu'alors  il 
étoit  évêque  comme  notre  Saint,  ce  qui  arriva  à  la  fin  de 
409. 
Bon.  ib.  p.  i92-  '  S.  Victrice  est  honoré  comme  un  saint  confesseur  au 
l97-  7  d'août,  jour  auquel  les  savants  continuateurs  de  Bollandus 

rapportent  ce  qu'on  a  de  plus  certain  sur  son  histoire,  après 
l'avoir  tiré  du  dernier  éditeur  de  S.  Paulin,  et  l'avoir  illustré 
un.  h.  e.  t.  io.  de  nouvelles  observations.  '  M.  de  Tillemont  avoit  déjà  publié 
p.  6«n-674.  en  notre  langue  presque   la  même  chose.  (D.  Rivet,  t.  IV., 

1738.  Avertissement,  p.  xxxviii-xlii.) 

XII. 

S.  Hilaike  d'Arles.  —  Pages  262-27o. 

D.  Rivet  n'a  point  fait  difficulté  d'attribuer  à  saint  Hilaire  d'Arles  l'homélie 
sur  saint  Genès,  imprimée  dans  Surius,  quoique  les  modernes  ne  soient  pas 
d'accord  entre  eux  sur  l'auteur.  Les  continuateurs  de  Bollandus  ont  encore 
inséré  depuis  la  même  homélie  dans  leur  commentaire  sur  les  actes  du  même 
saint;  niais  ils  ne  prennent  point  de  parti,  et  se  contentent  de  rapporter  les 
divers  sentiments  des  savants  touchant  l'auteur  de  cette  homélie. 

Les  mêmes  éditeurs  ont  aussi  donné  au  public,  dans  leur  commentaire 
sur  les  actes  de  S.  Genès,  la  relation  d'un  miracle  arrivé  à  Arles  le  jour  dç, 
la  fête,  et  par  les  mérites  du  saint  martyr,  et  ils  ont  embrassé  le  sentiment  de 
D.  Rivet,  qui  a  cru  saint  Hilaire  auteur  de  cette  relation.  Ils  font  mention  au 
même  endroit  d'une  édition  des  ouvrages  de  saint  Hilaire,  évêque  d'Arles , 
publiée  par  Jean  Salinas,  chanoine  régulier  de  Latran,  qui  a  paru  en  l'an  1731  ■ 
La  relation  dont  nous  venons  de  parler  s'y  trouve  revue  sur  les  manuscrits  e 
les  éditions  précédentes.  Comme  nous  n'avons  pas  cette  édition,  nous  ne  soin, 
mes  point  en  état  d'examiner  si  l'éditeur  a  mis  au  jour  quelques  ouvrages  de 


NOTES.  755 

saint  Hilaire  qui  auroient  échappé  à  D.  Rivet.  (DD.  Poncet,  Colomb,   Clé- 
mencet  et  Clément,  t.  X.1756.  Add.  etcorr.,p.  x.) 

—  Le  manuscrit  du  x*  siècle,  conservé  sous  le  n°  2772,  dans  la  Bibliothè- 
que Impériale,  et  provenant  du  Cabinet  de  Colbert,  est  un  de  ceux  qui  attri- 
buent à  un  saint  Hilaire  le  Carmen  de Machabœorum  martyrio.       (N.  E.) 


XIII. 

S.  Eucher.  —  Pages  273-294. 

Outre  ce  qu'on  a  dit,  page  281 ,  des  différentes  éditions  et  traductions  de 
la  letre  de  S.  Eucher  à  Valerien,  on  ajoutera  ici  'que  Barthelemi  Ancan,  au-  Bib.  Or.  %ia. 
leur  de  quelque  réputation  en  son  temps,  la  traduisit  en  françois,  et  la  publia 
à  Lyon  chez  Macé  Bonhomme  l'an  1532,  en  un  petit  volume  in  4°,  avec  ce  ti- 
tre :  S.  Eucher  à  Valerian,  exhortation  rationale retirant  de  la  mondanité... 
avec  annontiation  de  l'artifice,  rethorie  et  choses  notables  en  icelle.  Elle  est 
en  vers  françois.  Au  bout  de  six  ans,  Léger-Bon  temps,  moine  de  S.  Bénigne, 
à  Dijon,  en  publia  une  autre  en  prose  sous  ce  titre,  qui  se  ressent  du  génie  de 
ce  siecle-là  :  l'Adresse  de  vertu,  en  laquelle  sont  contenus  plusieurs  beaux 
exhortements  à  bien  et  vertueusement  vivre,  et  contemner  les  vanités  du 
monde.  Cette  traduction  fut  imprimée  en  1538, par  Jean  Saugrain. 

Il  faut  encore  ajouter  la  traduction  qu'en  a  faite  Jean  Canaye,  et  qui  a  été 
imprimée  à  Rouen  chez  Laurent  Maurry,  en  1658,  avec  les  letres  de  S.  Cy- 
prien  à  Donat,  de  S.  Jérôme  à  Helliodore  et  Demétrius,  et  de  S.  Augustin  à 
Licence,  le  tout  en  un  volume  in-16.  (D.  Rivet,  tome  II,  1735.  Avertisse- 
ment, p.  xxi  ;  tome  IV,  1738.  Avertiss.,  p.  xliii;  — et  tome  V,  1740.  Aver- 
tiss.,  p.  n.) 

—  Aux  traductions  de  l'ouvrage  de  S.  Eucher  Sur  le  mépris  du  monde,  il 
faut  ajouter  la  suivante,  imprimée  à  Rennes  en  1636,  in-16,  chez  Jean  Du- 
rand, sous  ce  titre  :  Letre  de  saint  Eucher  à  son  cousin  Valerian,  Du  mépris 
du  monde,  tirée  des  traductions  d'un  P.  Jésuite.  (DD.  Poncet,  Colomb,  Clé- 
mencet  et  Clément,  tom.  X,  1756;  addit.  et  corr.,  p.  x.) 

XIV, 

Pallade.  —  Pages  297-301 . 

La  même  année  que  notre  second  volume  sortit  des  presses,  c'est-à-dire  en 
1735,  on  vit  paroitre  à  Leipsick  une  nouvelle  édition  de  ses  livres  sur  l'agri- 

C  c  c  c  c 


1180. 


756  NOTES. 

culture,  avec  ceux  de  Caton,  de  Vairon  el  deCulumelle.  On  en  est  redevable 
à  M.  Jean-Mathiis  Gesner,  professeur  d'éloquence  et  de  puësic  à  Gœttinguc, 
qui  n'a  rien  oublié  pour  donner  une  édition  exacte  et  enrichie  d'observations 
Du  Vent.  Mb.  p.  et  de  notes.  L'ouvrage  est  en.  deux  volumes  in  4°.  '  Dès  1334,  ou  même  1333, 
Jean  d'Arces,  en  latin  Darcius,  aumônier  du  cardinal  de  Tournon,  publia  à 
Paris  chez  Michel  de  Vascosan  une  traduction  de  Pallade.  De  sorte  qu'il  ne 
toucha  point  au  quatorzième  livre,  qui  est  en  vers.  (D.  Rivet,  tome  IV,  1738. 
Avertiss.,  p.  uni.) 

—  Aux  éditions  de  Pallade,  il  faut  joindre  celle  qui  l'ut  laite  en  1406  sous  ce 
titre  :  Opéra  agriculationum  Columcllœ,  Varronis,  Calonisque  necnon  Pal- 
ladii,  cum  annotât.  Mit.  Beroaldi  et  a  lits  commentariis  Reiju  Uertochi, 
in  fol.  in  ligno. 

—  Pallade,  et  les  autres  auteurs  qui  ont  traité  de  l'agriculture,  ont  encore 
été  imprimés  à  Zurich,  en  1338,  in-8",  avec  une  explication  des  mots  anciens, 
par  Georges  Alexandrin.  (Le  méh,  tome  IX,  1730.  Avertiss.,  p.  vi.) 

—  Le  dernier  livre  de  Pallade,  De  insitione,  a  été  reproduit  dans  le  sep- 
tième volume  des  Poetœ  minores  de  la  collection  Lemaire,  pages  03  à  109.  Il 
faut  lire  dans  le  Prœmium  de  „e  volume  les  juges  consacrées  à  notre  Palla- 
dius,  dans  lesquelles  on  essaie  de  recounoitre  quel  est  le  Pasiphilus  auquel 
Pallade  dédia  son  ouvrage.  Les  manuscrits  du  livre  de  Pallade  ne  sont  pas 
rares.  Nous  en  avons  reconnu  dans  la  Bibliothèque  impériale  un  qui  remonte 
au  xi'  siècle,  sous  le  n°  6830* ,  lequel  provient  de  Glaude  Dupuy.  Deux,  qui 
sont  plus  anciens  d'un  siècle,  numéros  6830"  el  6812"  .  Ce  dernier  volume, 
dont  plusieurs  feuillets  sont  gravement  endommagés,  a  cela  de  précieux  qu'il 
contient  le  commencement  des  Commentaires  de  César.  C'est  un  des  plus 
anciens  textes  conservés  de  cet  incomparable  ouvrage.  Il  ne  le  cède,  si  toute- 
fois il  lui  cède,  dans  notre  grande  Bibliothèque,  qu'au  n°  5763,  qui  pourroit 
bien  remonter  au  ix°  siècle.  (N.  E.) 


XV. 

S.  Vincent  de  Lerins.  —  Pages  303-313. 

A  toutes  les  différentes  traductions  françoiscs  de  l'excellent  Mémoire  de 
S.  Vincent  de  Lerins,  dont  nous  avons  parti-  eu  plus  d'un  endroit,  il  faut  en- 
core joindre  celle  in-8"  qu'en  donna  Jean  Baudoin  à  Paris  en  1651,  avec  des 
annotations  tirées  du  commentaire  de  Jean  Filcsac,  docteur  de  Sorbonne. 
(D.  Rivet,  t.  IV,  1738.  Avertiss..  p.  xi.iv.) 

—  Outre  les  différentes  éditions  du  Mémoire  de  S.  Vincent  de  Lerins,  dont 
Dib.exqt.?.?i3i.  nous  avons  fait  le  dénombrement,  '  il  s'en  trouve  encore  une  édition  in-8°, 


NOTE  S.  757 

qui  parut  à  Venise  en  1519,  trois  ans  avant  celle  du  même,  endroit  que  nous 

avons  marquée.  En  parlant  des  diverses  traductions  du  Mémoire  de  Vincent 

de  Lerins,  page  312,  on  a  oublié  d'avertir  '  qu'en  1615  le  sieur  de  la  Brosse  Bib.  s.  Pet.  mon. 

en  publia  une'de  sa  façon,  qui  fut  imprimée  in-12  à  Paris,  chez  Jean  de  Heu- 

queville.  Le  Traducteur  y  a  joint  une  version  de  deux  letres,  l'une  de  S.  Cy- 

prien,  l'autre  de  S.  Jérôme.  (D.  Rivet,  t.  IV,  173;>.  Avertiss.,p.  xxi.) 

—  Dans  rémunération  que  D.  Rivet  a  faite  des  éditions  des  ouvrages  de 
Vincent  de  Lerins,  il  n'a  point  fait  mention  de  la  dernière  qui  a  été  publiée  à 
Rome  en  1731  :  SS.  Vinrcntii  Lirincnm  et  Ililarii  Arelatensis  opéra,  ex 
editioite  Joaviiis  Saliiias.  Borna.  Quempel,  1731,  in  4°.  (1)1).  PONCET,  CO- 
LOMB, Cl.ËMKSCKT  Cl  Cl.KMKNT,  t.  XI,  1711.  \VCI'tisS.,  p.  VII.) 

—  Depuis  l'édition  de  1731,  qui  n'est  qu'une  copie  de  la  seconde  édition  de 
Baluze,  et  qui  fut  publiée,  non  chez  Quempel,  mais  chez  Jean  Zempcl,  le 
Commonitorhim  a  été  réimprimé  en  1771,  à  Venise,  in-fol.,  d'après  la  troi- 
sième édition  de  Baluze  et  avec  ses  notes,  dans  la  collection  des  Pères,  par 
André  Gallandi,  t.  X,  p.  103-121,  et,  de  nos  jours,  dans  d'autres  collections 
moins  estimées.  Il  faut  joindre  aux  éditions  spéciales  celle  de  E.Kliipfel,avcc 
une  introduction  et  des  notes,  Vienne,  180!),  in-8°:  cl  aux  traductions  fran- 
çaises, celle  de  MM.  Grégoire  et  Collomhel,  qui  ont  réuni,  en  latin  et  en 
français,  Vincent  de  Lerins  cl  saint  Eucher,  Lyon,  1831,  in-8",  par  Ninian 
Winzel,  traduction  dédiée  à  Marie,  reine  d'Ecosse;  1611,  Londres,  in-12, 
par  Thom.  Lukc:  lftfO,  Londres,  in-8",  avec  d'autres  traités;  170!)  et  1710, 
Londres,  2  vol.  in-8",  par  William  Reews,  etc.  (Vicron  Leone,  réimpres- 
sion du  tom.  XI,  1811.  Notes  des  nom.  édit.,  p.  8.) 


XV  . 

Porte  imcohm:  ,  que  l'os  a  cosfojidu  avec  Marrode.  — Pages  333-340. 

Dom  Rivet  étoit  lui-même  revenu  sur  le  sentiment  qui  lui  faisoit  retirer  à 
Marl)ode  le  livre  des  Pierres  précieuses.  On  verra  que,  dans  le  septième  vo- 
lume, p.  134,  il  ne  fait  plus  difficulté  de  le  lui  rendre.  Dom  C.lémencet,  dans 
le  Xe  volume,  fait  aussi  pencher  la  tialanec  en  faveur  du  célèbre  evèquc  de 
Rennes.  (N.  E.) 

XVII. 

Paiimi»  le  Penitert.  —  Page  368,  noie. 
La  méprise  des  continuateurs  de  Moreri  n'a  pas  été  corrigée.  Les  auteurs 


758  NOTES. 

de  la  nouvelle  Biographie  universelle  ont  pris  un  parti  plus  simple  :  ils  ont 
omis  dé  parler  de  ce  Paulin  le  Pénitent.  (N.  E.) 


XVIII. 

S.  Prosper.  —  Pages  369-406. 

Page  388.  Dans  le  dénombrement  qu'on  a  donné  des  éditions  particulières 
Bib.  s. Sai.de  Rot.  de  l'écrit  de  S.  Prosper  contre  Cassien,  on  a  omis  d'observer  '  que  Jean 
Bouillon  de  Sens,  curé  de  Janne-les-Brays  sur  Seine,  en  a  traduit  une  partie 
sous  ce  titre  :  «  S.  Prosper  Aquitanique,  evêque  de  Rhege...  du  franc  arbitre 
en  une  Epltre.  »  Bouillon  la  publia  en  1876,  in-8°,  avec  une  traduction  du 
Traité  de  la  vie  contemplative,  dont  nous  parlons  à  l'article  de  Pomere,  mais 
que  ce  Traducteur  donne  à  S.  Prosper,  suivant  l'opinion  de  son  siècle.  (D. 
Rivet,  t.  II,  1735.  Avertiss.,  p.  xxii.) 
—  Lorsqu'aux  pages  383  et  suivantes,  nous  avo»s  rendu  compte  du  recueil 
Du  Verd.  Bibi.  p.  d'épigrammes  de  S.  Prosper,  nous  avons  oublié  de  dire  '  qu'elles  ont  été  re- 
1I80-  duites  en  quatrains  françois  par  Thomas  Jardin,  prêtre  de  Beaujeu,  qui  y  a 

ajouté  quelques  sentences  tirées  de  S.  Irenée  de  Lyon  et  de  Tertullien.  Cette 
traduction  a  été  imprimée  in-8°  à  Lyon,  chez  M.  Rigaud,  en  1584.  (Le  même, 
tom.  IV,  1738.  Avertiss.,  p.  xliv.) 
nib.  Cou.  p.  22.      — '  On  trouve  dans  un  ancien  manuscrit  de  la  Bibliothèque  Cottoniene 
n.  ïh.  8.  .  quelque  partie  des  poésies  de  Prosper  d'Aquitaine,  traduite  en  Anglo-Saxon. 

La  version  est  interlinéaire,  et  peut-être  un  fruit  des  travaux  d'Alfrede,  roi 
d'Angleterre,  qui,  de  concert  avec  les  moines  Grimbald  et  Jean  qu'il  avoit  fait 
.  .  -.     venir  de  France  sur  la  fin  du  ixe  siècle,  prit  soin,  '  comme  on  l'a  dit  en  son 

llist.  lut.  de  la  rr. 

t.  iv.  p.  283.  28*.  ijeu>  de  traduire  en  faveur  delà  religion  et  des  mœurs  de  ses  sujets  plusieurs 
T.  2.  p.  380-385.   bons  livres  de  l'antiquité.  '  Nous  avons  donné  une  notice  assés  détaillée  des 
poésies  de  S.  Prosper;  mais  celui  qui  a  dirigé  la  Bibliothèque  Cottoniene  ne 
nous  fait  point  connoltre  quelle  en  est  la  partie  qui  en  a  été  ainsi  traduite, 
nib.  Reg.  Angi.  p.      Un  autre  manuscrit  de  la  bibliothèque  du  Roi  d'Angleterre,  nous  présente 
78.  n.  v.  îe.         uQ  j,^^  jg  jj  vraje  innocence,  qui  commence  ainsi  :  Innocentia  vera  est, 
qnœ  née,  etc.,  et  qui  porte  pour  litre  :  S".  Augustini,  de  vera  Innocentia  trac» 
tatus.  Mais  quoiqu'il  soit  décoré  du  nom  de  saint  Augustin,  ceux  qui  l'ont 
examiné  de  plus  près  nous  avertissent  qu'il  appartient  à  S.  Prosper.  Il  est  fâ- 
cheux que  le  dernier  éditeur  de  ce  Père  n'en  ait  pas  eu  connoissance.  Il  n'au- 
roit  pas  manqué  sans  doute  de  le  joindre  à  ses  autres  œuvres,  s'il  l'avoit  re- 
connu pour  un  de  ses  véritables  écrits,  ou  de  l'imprimer  dans  l'appendice,  s'il 
ne  l'avoit  pas  jugé  tel.  (Le  même,  tome  VI,  1742.  Avertiss.,  p.  m.) 
—  Page  403.  Dans  l'article  de  S.  Prosper,  D.  Rivet  n'a  pas  fait  mention 


NOTES.  759 

d'une  édition  des  œuvres  de  ce  Père,  publiée  en  Italie  l'an  1731.  Elle  est  ainsi 

annoncée  dans  le  Journal  des  Sçavans  :  '  «  Le  P.  Salinas,  chanoine  régulier  de  Ann.  1733.  p.  m. 

«  la  congrégation  de  Latran,  déjà  connu  par  l'édition  qu'il  a  donnée  in-8°  de 

«  quelques  ouvrages  des  Pères  latins,  a  publié  en  dernier  lieu  ceux  de  saint 

«  Prosper  et  de  saint  Honorât,  sous  ce  titre  :  Sanctorum  Prosperi  aquitani  et 

«  Honorati  massiliensis  opéra,  notis  abservationibusque  illustrata  a  D.  Jo- 

«  hanne  Salinas  Neapolitan.  Can.  R.  lat.  S.  Theol.  lect.  ad  sanctissimum 

t  patrem  Clementem  XII,  pont.  max.  Romœ  1732,  ex  typographia  Antonii 

«  deRubeis,in-S°.»  (DD.  Colomb,  Clément,  Clémencet  et Poucet,  tom.   X, 

1786.  Additions  et  corrections,  p.  xi.) 

—  Page  382.  A  la  suite  des  éditions  et  traductions  de  l'excellent  poème  de 
saint  Prosper,  il  faut  placer  une  traduction  en  vers  italiens,  imprimée  à  Ve- 
nise en  1758,  avec  le  latin  à  côté,  une  épltre  dedicatoire  à  son  excellence  le 
seigneur  dom  Alphonse  Verano  di  CamCrino,  et  une  préface.  Elle  est  ainsi 
intitulée  :  /  mille  versi  latinide  S.Prosperod'Aquitaniacontro  i  serai  pela- 
giani,  tradotti  in  versi  italiani  dal  P.  Carlo  Agostino  Amaldi  Dei  Predica- 
tori  fra  gli  Arcadi  délia  colonia  di  Trebbia  Clomonea.  (Les  mêmes,  tom. 
XI,  1789.  Avertiss.,  p.  vm.) 

— A  l'édition  de  1732,  indiquée  dans  les  additions  et  corrections  du  tome  X, 
et  qui  n'est  point  complète,  nous  ajouterons  les  suivantes:  1788,  Rome,  in-8°, 
par  P.-Fr.  Foggini,  qui  n'y  comprend  que  les  écrits  sur  la  Grâce  et  adopte  le 
texte  de  l'édition  de  Paris,  1711,  par  Le  Brun  des  Marettes  et  Luc-Urbain 
Mangeant,  prêtre  parisien,  mort  en  1727.  C'est  d'après  Foggini  que  l'abbé 
Lequeux  a  publié  à  Paris,  en  1760,  in-12,  S.  Prosperi  de  Gratia  Dei  opéra 
otnnia,  et,  en  1762,  la  traduction  française  in-12  avec  ce  titre  :  OEuvres  de 
Saint  Prosper  sur  la  Grâce  de  Dieu  et  la  prédestination.  Le  poëme  De  Ingratis 
et  les  Epigrammes,  1781,  Venise,  in- 8°,  avec  une  version  italienne  en  octaves, 
par  Giorgetti;  1783  (et  non  1788),  ib.  in-8°,  trad.  en  vers  italiens  par  An- 
saldi  ;  1786,  Brescia,  in-4°,  trad.  en  italien  par  Viatore  da  Coccaglio,  capu- 
cin, 1764.  Vérone,  in-4°.  In  versi sciolti,  par  D.  Fr.  Mar.  Ricci;  les  mômes 
poèmes  dans  la  Collection  des  poètes  latins,  donnée  à  Pesaro  par  Pasquale 
Amati,  en  1766,  in-4°,  tome  V,  pages  363-388;  dans  celle  des  Poetœ  eccle- 
siastici  de  Cambrai,  1826,  in-12,  vol.  de  Seduluset  d'Avitus,  p.  231-309,  et 
dans  d'autres  collections  postérieures. 

Si  le  P.  Mami  s'était  souvenu  de  la  Notice  de  D.  Rivet  sur  saint  Prosper,  il 
n'aurait  point  donné  comme  inédits,  dans  sa  réimpression  de  la  Bibliothèque 
de  Fabricius,  t.  VI,  p.  17,  dix  vers  hexamètres  publiés  déjà  en  1738,  d'après 
Muratori,  dans  le  tome  II,  p.  38 i. 

Il  n'y  a  rien  de  S.  Prosper  dans  la  grande  Bibliothèque  des  Pères  de  l'É- 
glise, par  Gallandi,  Venise,  1768-1781,  14  vol.  in-folio.  (Victor  Le  Clerc, 
réimpress.  du  tom.  XI,  1711  ;  notes  des  nouv.  édit.  p.  8.) 

—  Les  manuscrits  des  œuvres  de  S.  Prosper  sont  communs  dans  toutes 
5  1     - 


760  N  0  T  E  S. 

les  grandes  Bibliothèques.  Voici  la  liste  de  ceux  qui  sont  antérieurs  au 
xii*  siècle  dans  la  Bibliothèque  impériale  de  Paris  : 

Le  livre  de  Vita  contemplativa,  que  nos  Bénédictins  croient  devoir  restituer 
à  Pomere,  se  trouve  dans  le  n°  2050  du  fonds  latin,  qui  provenoit  d'Emeric 
Bigot,  et  qui  remonte  au  x"  siècle.  —  Le  volume  inscrit  sous  le  n°  2451, 
du  xr'  siècle.  —  Le  n°  2770,  provenant  de  S.  Martial  de  Limoges,  du 
x*  siècle.  On  trouve  encore  le  môme  ouvrage  dans  le  fonds  Noire-Dame. 
n°  48  ;  ce  texte  est  du  xn*  siècle,  mais  il  faut  remarquer  qu'il  contient  exclu- 
sivement les  ouvrages  suivans,  reconnus  pour  être  de  S.  Prosper  : 

1°  De  vocatione  gentium.  —  2"  Confessio  Fidei.  —  3"  De  gratia  et  libro 
arbitrio.  —  4°  Besponsiones  contra  capitula  Gallorum.  —  5°  Bcsponsioncs 
ad  excerpta  qu*  de  Genuensi  civitatc  sunt  missa.  —  6"  Epigrammata. 

Le  n°  1682,  de  l'ancien  fonds  Colhcrl,  xc  siècle,  contient  les  Itesponsionex 
ad  excerpta  quœ  de  Genuensi  civitate  sunt  missa;  de  plus  les  textes  uniques 
des  Épitres  de  Constantin,  de  Pelage  II,  des  dix  Evêqucs  à  l'empereur 
Maurice,  etc. 

Le  n"  1771,  qui  semble  remonter'au  vin"  siècle,  contient  VHomelia  de  Na- 
tali  S.  Leonis  papœ. 

Les  Additamenla  ad  chrnnicas  Eusebii  sont  dans  le  msc.  4860,  x*  siècle; 
fonds  Notre-Dame,  n"  94,  xi*  siècle. 

Epigrammata,  numéros  2772,  x'  siècle;  2773,  xi"  siècle;  8094,  même 
siècle,  Notre-Dame;  n"  271,  x'  siècle;  Saint -Germain,  n"  1312,  x"  siècle. — 
Supp.  latin,  n"  165,  ,9,  x*  siècle;  mais  le  lexte  le  pins  précieux  est  celui  du 
Supp.  latin  n"  669,  qui  semble  remonterai!  vr  siècle,  et  qui  est  écrit  en  lettres 
onciales.  Voy.  le  nouveau  Traité  de  dipploniatique,  tome  III,  nages  50  el  159. 
et.  les  savantes  observations  de  M.  de  Wailly,  Pala^ographie,  tome  II,  p.  285. 

Le  Liber  contra  Cassianum ,  est  dans  l'ancien  fonds  de  Saint-Germain, 
sous  le  n"  466  ;  ix*  ou  x'  siècle. 

L'Epistola  ad  S.  Augustinum.  fonds  de  Sorbonnc,  n"  768,  ix*  sièele.  — 
Sup.  latin,  n"556,  ix"  siècle. 

Besponsiones  contra  objecliones  Galnmniantinm  S.  Augnstmum,  fonds  de 
Sorbonne,  n°  1364.  xi'  siècle.  (N.  ¥..) 


XIX. 


Cmou  a  l'occasion  d'un  kvki.hk.  oiumrm:  imk  S.  Manrrt.  —  Page  411. 

S.  Mamert,  l'anlcur  de  la  belle  Procession  des  Rogations,  fut  assurément 
nn  grand  saint,  mais  à  juger  avec  impartialité  de  sa  conduite  dans  l'affaire 
de  Die.  et  de  la  prétention  qn'il  s'arrogeoit  d'en  nommer  l'cvéque,  en  dépil 
des  décrétalcs  de  Zozime,  de  S.  Léon  et  de  S.  Hilaire ,  on  ne  peut  lot 


NOTES.  761 

donner  raison  contre  la  ville,  contre  les  magistrats  de  la  ville,  contre  la  déci- 
sion de  la  cour  Pontificale.  On  voit  ici  la  tendance  regretable  de  nos  sa  vans 
Bénédictins  à  prendre  toujours  parti  contre  les  papes  en  faveur  de  leurs  pieux 
adversaires.  Dom  Rivet  se  règle  ici  sur  Tillemont  dont  il  adoucit  cependant 
beaucoup  les  expressions  dans  le  récit  de  ce  curieux  démêlé.  Remarquons, 
d'ailleurs,  que  l'Eglise  entière  consacroit  aussi  bien  la  sainteté  du  pape 
Hilaire  que  celle  de  l'evêque  Mamert,  bien  que  Tillemont  et  dom  Rivet  affec- 
tent d'accorder  seulement  à  l'evêque  le  bénéfice  de  cette  consécration.  Puis, 
Tillemont  finit  par  celte  phrase  qu'on  trouvera  peut  être  indigne  de  ce  savant 
homme  :  c  Quel  qu'ait  esté  S.  Mamert  dans  l'esprit  d'Hilaire,  YEglise  aura 
«  toujours  plus  de  respect  et  de  vénération  pour  sa  sainteté,  que  pour  celle 
«  de  ce  pape,  quoi  qu'il  ait  pu  mériter  par  d'autres  actions  le  titre  de  Saint 
t  que  sa  qualité  et  les  martyrologes  lui  donnent.  »  L'Eglise!  Qu'est-ce  que 
l'église  en  dehors  des  décisions  pontificales  de  saints  papes,  tels  que  Zozime, 
Léon  et  Hilaire,  sur  une  question  de  limites  diocésaines  ?  Sa  qualité  !  Voltaire 
n'eût  pas  dit  autrement  ;  mais  Tillemont!  (N.  E.)  ' 


XX. 

S.  Loup,  evêque  de  Bayeux.  —  Pages  417-418. 

Dom  Rivet  semble  dire  un  peu  légèrement  que  l'on  croit  que  l'Eglise  de 
Bayeux  commença  à  avoir  des  evêques,  «  avec  toutes  les  autres  églises  de  la 
t  Province,  dès  la  fin  du  îv*  siècle.  »  Il  est  incontestable  que  la  série  de  ces 
evêques  remonte  jusque-là.  Mais  l'opinion  commune,  que  nous  ne  prétendons 
ici  justifier  ni  combattre,  rapportoit  l'arrivée  ou  le  retour  de  S.  Exupere  ou 
Spire  et  son  episcopat  à  la  première  moitié  du  second  siècle.  Les  circons- 
tances fabnleuses  qui  peuvent  se  trouver  dans  les  anciennes  vies  de  S.  Spire 
et  de  S.  Leu  ne  suffisent  pas,  d'ailleurs,  pour  en  contester  l'ancienneté  relative. 

L'année  même  de  la  publication  de  ce  deuxième  volume  de  l'Histoire  litté- 
raire, Jean-François  Beaupied,  prêtre  abbé  de  S.  Spire,  publia  un  opuscule 
parfaitement  dénué  de  critique,  sous  le  titre  d'Abrégé  des  vies  et  miracles 
de  S.  Spire  et  de  S.  Leu,  evesques  de  Bayeux,  avec  l'Histoire  de  la  Transla- 
tion de  leurs  reliques  au  château  de  Palluau  en  Gatinois,  et  de  là  à  l'église 
Royale  et  collégiale  de  Corbeil.  Paris,  And.  Cailieau,  1738,  in  18°.  Cet  abrégé 
jesume  les  anciennes  légendes  des  deux  saints  de  Baveux,  légendes  qui  n'of- 
frent qu'un  rapport  fort  éloigné  avec  l'Histoire  littéraire  de  la  France. 
(N.  E.) 

5  1   * 


762  NOTES. 

XXI. 

Anonyme,  auteur  des  actes  de  S.  Julien,  martyr.  —  Page  420-421. 

Aux  éditions  des  actes  de  ce  saint  martyr,  dont  on  a  rendu  compte,  il  faut 
ajouter  celle  que  les  Bollandistes  en  ont  donnée  dans  leur  grande  collection 
au  6  d'août.  (DD.  Pôncet,  Colomb,  Clemencet  et  Clément,  t.  X.  4756.  Addit. 
et  correct,  page  xn.) 

—  Remarquons  aussi  que  dom  Rivet  ayant  occasion  de  citer  dans  la  notice 
de  Domnice  ou  Domice,  p.  424,  sept  vers  de  Sidoine  Apollinaire  auroit  pu 
prolonger  d'un  vers  cette  citation,  pour  justifier  l'ancienneté  du  culte  rendu  à 
S.  Julien  : 

Hinc  te  suscipiet  benigna  Brivas, 
San  i'li  qua>  fovel  ussa  Juliani. 

(N.  E.) 
XXII. 

S.  Salone.  —  Pages  433-437. 

A  la  page  436,  nous  n'avons  fait  qu'indiquer  simplement  l'édition  particu- 
lière des  dialogues  où  S.  Salone  evêque  de  Genève,  et  S.  Veran  son  frère 
expliquent  les  Paraboles  de  Salomon  et  l'Kcclcsiaste ,  parce  qu'elle  ne  nous 
Bii).  s.  And.  Rot.  étoit  pas  encore  tombée  entre  les  mains.  '  Elle  est  in-4°,  faite  à  Haguenau, 
chez  Jean  Seccrius,  en  1532,  avant  Paquc,  par  les  soins  d'Alexandre  Brassican, 
qui  y  a  joint  la  dissertation  de  Bessarion,  sur  ces  paroles  de  l'Evangile  de 
S.  Jean  :  Sic  eutn  volo  manere.  (D.  Rivet,  t.  V,  1740.  Avertissement,  p.  n.) 

XX11I. 

Mamert  Claumek.  —  Pages  442-453. 

Outre  les  éditions  du  Traité  de  Mamert  Clandien  sur  l'État  de  l'âme,  que 
nous  avons  annoncées ,  il  en  est  une  autre  dont  nous  n'avons  rien  dit  :  elle 
est  de  Paris,  1520,  in-4«.  (I>.  Rivet,  t.  IX.  1750.  Avertis».,  p.  ti.) 
4%0  _  Dom  Rivet,  parlant  des  écrits  de  cet  auteur,  cite  une  édition  de  son 

traité  sur  l'Etat  de  lame, publiée  l'an  1655,  à  Zuickaw.  Voici  le  titre  de  cette 
édition,  tel  que  nous  le  trouvons  dans  le  catalogue  de  la  bibliothèque  de 
T.  i.  p.  37.  Charles  Bulleau,  '  imprimé  à  Paris,  l'an  1711  :  Claudiani  Mamerli  de  $tatu 


NOTES.  763 

anima,  lib.  III ,  Gregorii'  Thaumaturgi  libellas  de  anima,  latine  Cerardo 
Vossio  interprète.  Incerti  philosophi  christiani  célèbres  opiniones  de  anima, 
latine  Joanne  Tarino  interprète;  Herma  S.  Pauli  discipuli  pastor  et 
Paciani  episcopi  Barcinonensis  paraeneticus  animadversionibus  etglossahu, 
necnon  Andréa  Scoti  notis.Cyne,adpanitentiam  cum  Gasparis  Barthœ  ani- 
madversionibus et  glossario,  necnon  Andréa  scoti  notis.  Cynea,  Gopne- 
rus,  1633,  in-8",  2  vol.  Ge  titre  est  différent  de  celui  que  D.  Rivet  a  donné, 
d'après  le  catalogue  de  la  bibliothèque  Angélique,  Ou  d'Ange  Rocca.  (DD. 
Po.ncet-Colomb-Cleme.icet  et  Clémemt.  T.  X,  1736.  Add.  et  Correct.,  p.  ut.) 
—  La  Bibliothèque  impérialc'de  Paris  possède  trois  textes  précieux  du  de 
Statu  anima.  Le  plus  ancien  ,  n°  1368 ,  appartient  au  fonds  de  Sorbonne  ; 
ii°  1368.  Le  n°  2779  de  l'ancien  fonds  de  Colbert  n'est  guères  moins  ancien. 
Us  sont  tous  deux  in-4°,  et  nous  paroissent  remonter  à  l'époque  mérovin- 
gienne. A  la  fin  de  la  table  des  chapitres,  on  lit  dans  ces  deux  manuscrits  : 
Hujus  operis  auctor  igtwratur  quia  tacito  nomine  ista  conscripsit  contra 
qua  Claudianus  très  hos  libros  disseruit.  L'auteur  ignoré  est  celui  qu'on 
rcconnoltici  pour  Fauste  de  Riez.  —  Le  n°  2164,  in-folio,  provenant  de 
Jacq.-Aug.  de  Thou,  ne  paroit  pas  antérieur  au  a*  siècle.  (N.-E.) 


xxm. 

constance.  —  Pages  843-548. 

P.  547.  '  Surius  nous  a  donné  une  vie  de  saint  Juste,  èvêque  de  Lyon,  dont 
M.  de  Tillemont  a  cru  que  le  prêtre  Constance  étoit  auteur.  D.  Rivet  adop- 
tant le  sentiment  de  ce  sçavant  et  judicieux  historien,  prononce  après  lui  que 
le  style  en  est  grave,  saint,  irujestueux,  plein  d'elegance;  en  un  mot  digne 
de  ce  célèbre  prêtre  de  Lyon.  Mais  il  faut  avouer  que  D.  Rivet  n'a  pas  assez 
fait  usage  de  ses  lumières  dans  cette  occision,  et  que  l'autorité  de  M.  de  Til- 
lemont, si  respectable  à  tous  égards,  lui  a  fait  porter  un  jugement  trop  favo- 
rable delà  vie  de  Saint-Just,  publiée  par  Surius.  L'éloge  que  lui  et  M.  de  Til- 
lemont font  de  ces  actes  conviendroit  mieux  à  une  autre  vie  du  même  s  tint 
que  les  Bollandistes  ont  donnée  au  public  dans  leur  grande  collection.  Ils  en 
ont  publié  deux  au  second  jour  du  mois  de  septembre,  dont  il  est  à  propos 
de  parler  ici.  Ces  deux  vies,  écrites  par  deux  anonymes,  n'en  sont  proprement 
qu'une  pour  le  fonds,  et  il  est  visible  que  l'un  des  anonymes  a  copié  l'autre. 
La  première,  tirée  d'un  manuscrit  de  la  reine  de  Suéde  est  plus  courte,  mais 
beaucoup  plus  pure  que  tous  les  autres  actes  de  S.  Just,  tant  imprimés  que 
manuscrits.  Les  faits  y  sont  dégagés  de  toutes  les  digressions  inutiles  qu'on 
trouve  ailleurs.  C'est  de  cette  vie  qu'on  pourroit  dire  avec  quelque  fondement, 
Tome  II.  D  d  d  d  d 


764  NOTES. 

ce  que  M.  de  Tillemont  a  dit  de  celle  de  Surius,  que  le  style  en  est  grave, 
saint,  majestueux,  et  plein  de  d'elegance.  L'auteur  etoit  presque  contemporain 
du  saint  evéque,  puis  qu'il  avoit  appris  d'un  temjpi  qui  avoit  vu  saint  Just 
dans  son  désert,  tout  ce  qu'il  rapporté  de  sa  retrlltè  dans  la  solitude  d'Egypte. 
Ce  témoin  oculaire  étoit  un  saint  prêtre  âgé  de  quatre-vingt-dix  ans,  lorsque 
notre  anonyme  ecrivoit;  par  conséquent,  il  a  du  écrire  dans  le  cinquième  siè- 
cle. En  vain  diroit-on  que  ce  qu'avance  l'anonyme  touchant  la  relation  du  témoin 
oculaire,  de  qui  il  avoit  lui-même  appris  ce  qu'il  écrit,  n'est  que  l'addition 
d'un  imposteur,  qui  a  voulu  par  là  se  donner  du  relief,  et  concilier  une  plus 
grande  autorité  à  son  histoire.  Cette  prétention  serait  démentie  par  le  stile, 
qui  est  ici  le  même  que  dans  tout  le  reste.  Ce  trait  manque  dans  les  actes  de 
Surius,  qui  font  la  seconde  vie  de  saint  Just,  revue  sur  les  manuscrits,  et  pu- 
bliée par  les  continuateurs  de  Bollandus. 

Cette  seconde  vie  est  tirée  de  la  première,  comme  nous  l'avons  déjà  remar- 
qué :  ce  sont  dans  l'une  et  l'autre  les  mêmes  faits,  mais  plus  courts  dans  la 
première  et  plus  diffus  dans  la  seconde,  où  ils  sont  remplis  de  minuties  et  de 
raisonnemens  frivoles.  Tels  sont  ceux  que  fait  l'auteur,  pour  prouver  que 
S.  Just  a  été  un  vrai  martyr;  d'autres  sur  son  nom,  sur  sa  ressemblance  avec 
Elie,  etc.  L'auteur  de  ces  actes  ou  plutôt  le  dcclamateur  qui  n'a  fait  que 
grossir  et  surcharger  la  véritable  vie  de  saint  Just  par  ses  reflexions  et  ses 

Boll.  ad.  S.  sept.  ,       .  •  .  , 

p.  363-376.  raisonnemens,    est  beaucoup  plus  récent  que  le  premier  anonyme.  On  en 

trouve  la  preuve  dans  ce  qu'il  dit  du  prétendu  séjour  que  le  saint  fit  à  Tournon 
(séjour  dont  il  n'est  point  parlé  dans  la  première  vie),  pour  mieux  cacher  le 
dessein  qu'il  avoit  de  se  retirer  et  pouvoir  le  faire  plus  facilement.  Il  y  a  ap- 
parence qu'il  entend  par  là  la  petite  ville  de  Tournon  sur  le  Rhône,  dans  le 
Lyonnois  :  or  nous  apprenons  par  l'histoire  du  Languedoc,  que  les  plus  an- 
ciens monumens  qui  fassent  mention  de  cette  ville,  ne  remontent  pas  au  delà 
du  neuvième  siècle.  De-là,  il  est  naturel  de  conclure,  que  l'auteur  anonyme  de 
la  seconde  vie  de  saint  Just  n'a  écrit  pour  le  plutôt  que  dans  le  neuvième  siècle. 

C'est  là  néanmoins  l'ouvrage  que  D.  Rivet,  après  M.  de  Tillemont,  a  attri- 
bué à  Constance,  prêtre  de  l'église  de  Lyon,  auteur  de  la  vie  de  saint  Germain 
d'Àuxerre.  Les  continuateurs  de  Bollandus  ont  combatu  ce  sentiment  dans 
leur  commentaire  sur  les  deux  vies  de  saint  Just  ;  et  ils  ont  refuté  assez  au 
long  les  raisons  dont  on  l'appuyé.  Ce  n'est  point  assez  dire;  ajoutons  qu'ils 
l'ont  fait  avec  succès,  et  en  même  temps  avec  des  égards  et  une  politesse  qui 
pourraient  servir  de  modèle. 

Ce  qui  a  contribué  à  tromper  1)  Rivet  et  à  lui  faire  regarder  cette  vie  de 
Saint  Just  comme  l'ouvrage  du  prêtre  Constance,  c'est  ce  que  dit  l'anonyme 
des  sollicitations,  (vraies  ou  fausses)  qu'on  lui  a  faites,  pour  l'engager  à  écrire 
la  vie  du  saint  evéque  de  Lyon.  Constance  dit  la  même  chose  dans  la  préface 
sur  la  vie  de  saint  Germain  d'Auxerre,  dont  il  est  certainement  l'auteur.  Mais 


NOTES.  765 

qu'on  compare  les  deux  vies  ensemble,  celle  de  saint  Just  et  celle  de  saint  Ger  - 

main  ;  et  l'on  sera  bientôt  convaincu,  qu'il  n'est  pas  possible  que  deux  écrits 

si  differens  soient  la  production  d'une  même  plume.  La  vie  du  saint  evèque 

d'Auxerre  est  une  histoire  intéressante,  bien  circonstanciée,  dans  laquelle  on 

trouve  grand  nombre  de  faits  depuis  la  naissance  du  saint  prélat  jusqu'à  sa 

mort.  Celle  de  saint  Just  au  contraire  ne  présente  que  des  éloges  vagues  et 

très  peu  de  faits.  L'auteur  n'y  parle  ni  de  sa  naissance,  ni  de  sa  mort,  ni  de 

ses  miracles,  ni  de  son  culte.  On  n'y  voit  aucune  époque  :  le  temps  même  où 

il  a  vécu  n'y  est  point  marqué  !  Constance  auteur  si  savant  et  si  éclairé,  qui 

etoit  membre  de  l'église  de  Lyon,  et  florissoit  moins  d'un  siècle  après  la  mort 

de  saint  Just,  auroit  assurément  trouvé  dans  son  église  des  mémoires  pour 

écrire  une  vie  mieux  circonstanciée,  s'il  l'avoit  entrepris.  Le  succès  qu'il  a  eu 

en  écrivant  celle  de  saint  Germain  suffit  pour  en  convaincre. 

Quoique  la  première  vie  de  S.  Just  soit  préférable  à  la  seconde,  par  les  rai- 
sons que  nous  en  avons  données,  on  y  trouve  cependant  les  mêmes  défauts  que 

dans  la  seconde,  quant  au  détail  des  faits.  L'auteur  semble  n'avoir  eu  d'autre 
but  que  de  faire  l'histoire  de  sa  retraite  et  de  ce  qui  y  donne  occasion.  Il  est 
surprenant  que  l'anonyme,  auteur  de  cette  vie,  qui  écrivoit,  comme  il  parolt, 
dans  le  cinquième  siècle,  c'est  à  dire  dans  un  temps  où  la  mémoire  d'un  saint 
si  célèbre  etoit  encore  toute  fraiche,  se  soit  borné  à  si  peu  de  chose.  Cela 
pourrait  faire  naître  quelques  doutes  sur  le  temps  où  nous  avons  dit  qu'il 
écrivoit.  (DD.PoNCET-CoLOMB-CLEMENCETet  Clément.  TomeX,  4756.  Additions 
et  corrections,  p.  XII.) 

—  Les  raisons  données  contre  l'attribution  de  la  seconde  vie  de  S.  Just  à  Con- 
stance, paroissent  en  effet  décisives,  maison  peut  être  étonné  que  les  continua- 
teurs de  D.  Rivet  ne  se  soient  pas  contentés  de  dire  que  c'était  la  première  des 
deux  vies  de  S.  Just  données  par  les  Bollandistes  qu'il  etoit  permis  d'attribuer 
à  Constance.  D.  Rivet  et  Tillemont  en  auroient  probablement,  ainsi  jugé  s'ils 
avoient  eu  connoissance  de  cette  première  vie,  dont  les  continuateurs  de 
Bolland  dévoient  plus  tard  révéler  la  conservation.  (N.  E.) 


XXIV. 


S.  Sidoine  Apollinaire.  —  Pages  880-573. 

La  vie  et  les  écrits  de  Sidoine  Apollinaire  ont  été  l'objet  d'une  excellente 
étude  de  M.  Germain,  depuis  historien  de  Montpellier.  Ce  fut  la  thèse  pour  le 
doctorat  qu'il  présenta,  en  1840,  à  la  Faculté  des  Lettres  de  Paris.  L'habile 
auteur  a  parfaitement  analysé  les  lettres,  les  poésies  profanes  et  sacrées  de 


766  NOTES. 

l'illustre  évoque  de  Clermont.  Nous  devons  seulement  regretter  qu'après 
avoir  si  bien  rappelé  tout  ce  qu'il  devoit  aux  critiques  et  aux  écrivains  con- 
temporains qui  avoient  mis  en  œuvre  la  précieuse  notice  de  Dom  Rivet, 
M.  Germain  n'ait  pas  Une  fois  parlé  de  celle  source  primitive,  à  laquelle 
M.  Ampère  et  M.  Fauriel  avoient  si  largement  puisé.  M.  Germain  auroit-il 
suivi  fréquemment  pas  à  pas  la  noiiee  de  l'Histoire  littéraire,  pareequ'il 
l'auroit  trouvée  seulement  dans  les  deux  écrivains  que  je  viens  de  citer  ? 
Nous  penchons  à  le  croire. 

Sic  vos  non  vobis  mullifieatts  apes. . . 

Mais  ce  qui  appartient  à  M.  Germain,  c'est  un  coup-d'œil  net  et  parfaitement 
juste  de  l'Etat  des  Gaules,  au  moment  où  les  Gallo-Komains  étoient  aux  prises 
avec  les  Barbares,  Francs,  Burgondes  et  Visigoths  ;  c'est  un  jugement  plus 
severe  que  celui  de  Dom  Rivet,  sur  la  première  partie  d'une  vie  agitée  qui 
devoit  ensuite  mériter  les  gloires  de  la  sanctification.  (N.-E.) 


XXV. 

Faiste  dk  Rits.  —  Pages  585-619. 

L'histoire  que  nous  donnons  de  Fauste  cl  de  ses  écrits  étoit  déjà  sous  la 
presse,  lorsquïst  venu  jusqu'à  nous  le  dernier  volume  de  la  grande  collection 
Mari.  Amp.  Coll.   d'anciens  écrivains,  par  Dom  Martene  '  et  Dom  Durand.  Nou*  y  trouvons  six 
t.  9.  p.  141-lM.     sermons  ou  h0nrijes  fojtes  à  des  moines  sous  le  nom  de  Fauste,  Evoque. 
Mais  de  ces  six  sermons,  il  y  en  a  quitre quiavoienl  été  déjà  imprimés,  quel- 
ques-uns même  plusieurs  lois.  En  effet,  le  premier  qui  commence  par  ces 
Lerin.  t.  t.p.  »!.   mots  :  Ad  locum  hune,  carixsimi,  non  ad  quietem,  '  fait  le  troisième  des dix- 
m'.  p.p.i.  s.  p.  huitiittribuésà  S.  Cesaire,  Evèque  d'Arles;  '  il  estaussi  dans  la  Bibliothèque 
8*7.  848.  dcs  pereS(  entre  lcs  qUarantc-six  homélies  du  même  Prélat,  dont  il  fait  la 

Cod.  rcg.  app.  p.   vingt-huitième.  '  Il  est  encore  imprimé  sous  le  nom  de  Fauste,  Abbé  de  Lc- 
*Ui3'  rins,  dans  l'appendice  du  Code  des  règles  de  S.  Benoit  d'Aniane. 

Le  second  qui  commence  ainsi,  dans  le  recueil  de  Dom  Martene  :  quod 

supplente  et  quodam  modo  cum  caritate  jubente  Deo  ;  ou  suivant  d'autres 

éditions  :  Quod  supplicante  cum  caritate  jubente-  sancto  pâtre  vestro,  se 

Lcrin.  ib.  p.  «3.  trouve  aussi  dans  les  autres  recueils  déjà  nommés.  '  Dans  Barrali,  il  est  le 

T'OmMi    huitième  sermon  de  S.  Cesaire,  et  le  trente-deuxième  dans  la  Bibliothèque 

Cod.  reg.ib.  pas    des  pcreS)  et  le  troisième  de  ceux  qui  portent  le  nom  de  Fauste,  dans  le 

Code  des  Règles. 
Le  troisième  de  la  collection  de  Dom  Martene,  qui  est  moins  une  homélie 


NOTES.  767 

qu'un  fragment  de  réponse  à  une  consultation  sur  la  Pénitence,  'dans  l"ap-  Coi.rog.ib.f  •■ 
pcndice  du  même  Code,  sous  le  nom  d'un  S.  Paulin  aux  Moines,  ce  fragment  8Î- 
y  commence  par  une  interrogation  qui  ne  se  lit  pas  dans  l'édition  de  Dom 
Martenc  :  Inttnoyatio  :  quomodo  debemus  agere  pœnitentiaml  Responsio. 
Detur  utique  pœnitentia,  etc. 

Pour  le  cinquième,  dans  la  collection  de  Dom  Martene,  il  est  sur  Paquc, 
et  commence  par  ces  mots  :  Opportune  et  congrue  sub  die  insigni  solemni- 
tatis  hodiernœ.  '  Il  lait  la  sixième  des  homélies  de  S.  Cesaire  dans  la  Biblio-  Bib.p.p.ib.p.sa*. 
théque  des  Pères.  De  sorte  que  ces  quatre  pièces  ne  méritent  point  la  quali- 
fication d'anecdotes. 

Nous  avons  déjà  parlé  des  deux  premières,  tant  dans  la  discussion  des  écrits 
deFauste,  que  dans  la  critique  de  ceux  de  S.  Césaire,  et  montré  que  l'une  et 
l'autre  appartiennent  à  ce  saint  Prélat.  On  apperçoit  aussi  quelques  traits  de 
son  éloquence  et  de  sa  doctrine  dans  le  cinquième  :  mais  nous  n'o?ons  pas 
assurer  qu'elle  soit  se  lui,  quoiqu'il  y  ait  plus  de  fondement  de  la  lui  donner 
qu'à  Fauste.  A  l'égard  du  fragment  sur  la  pénitence,  qui  fait  le  troisième  ser- 
mon dans  Dom  Martene,  on  n'a  nulle  preuve  suffisante  pour  le  regarder  comme 
l'ouvrage  de  Fauste  ;  car  s'il  porte  son  nom  dans  le  minuscrit  d'où  il  a  été 
tiré  en  dernier  lieu,  il  portoit  celui  de  S.  Paulin  dans  le  ix*  siècle  au  moins. 

Si  des  six  homélies  en  question,  il  y  en  a  quatre  qui  n'appartiennent  point 
à  Fauste,  c'est  un  préjugé  assez  légitime,  ce  semble,  que  les  deux  autres, 
c'est-à-dire  la  quatrième  et  la  sixième  ne  sont  pas  non  plus  de  lui.  Il 
nous  parolt  cependant  qu'on  peut  lui  accorder  la  quatrième,  qui  est  sur 
l'utilité  de  la  pensée  de  la  mort;  pour  éviter  d'offenser  Dieu,  et  la  néces- 
sité d'expier  ses  péchés.  On  y  découvre  effectivement  quelques  traits  du  style 
et  de  la  doctrine  de  cet  Evêque.  Des  raisons  contraires  nous  font  juger  que  la 
sixième  homélie,  qui  est  un  sermon  sur  la  fête  de  S.  Pierre  et  de  S.  Paul, 
n'est  point  sortie  de  la  même  plume.  Il  seroit  difficile,  au  reste,  de  deviner  à 
qui  elle  appartient.  (D.  Rivet.  T.  II.  Avertiss.,  p.  rai.) 


XXVI. 

PojiEitE.  —  Page*  665-6T5. 


A  ce  qu'on  a  dit  à  la  page  673,  des  éditions  particulières  du  traité  de  h  vie 
contemplative,  il  faut  ajouter'  que  Jem  Bouillon  qu'on  vient  de  nommer  à  Mb.  s.  M.  * 
l'article  de  S.  Prosper,  en  fit  une  traduction  en  notre  langue,  qui  fat  imprimée  *"*" 


768  NOTES. 

sous  le  nom  da  même  Père,  avec  mie  partie  de  son  écrit  contre  Cassien,  comme 
on  l'a  déjà  dit.  Ce  traducteur  y  joignit  aussi  une  version  du  traité  de  la  vie 
éternelle,  par  François  Sonnius,  premier  évoque  d'Anvers,  et  d'un  autre  traité 
de  Louis  de  Blois.  Le  tout  fut  imprimé  à  Paris  chez  Sebastien  Nivelle,  l'an 
1576  in  8<0  (D.  Rivet,  tome  II.  Avertfss.  p.  xxiv.) 


FIN  DES  NOTES  DU  TOME  SECOND. 


ERRATUM 


Dans  plusieurs  exemplaires,  les  numéros  de  renvoi  aux  Notes  et  observa- 
tions diverses,  reunies  à  la  fin  du  volume,  ont  été  transposés;  il  faut  les 
rétablir  dans  l'ordre  suivant  : 


I.  Avertissement,  page  2. 

II.  Marcel,  page  53. 

III.  Rutilius.  page  75. 

IV.  S.  Sevcre-Sulpicc.  page  116. 
VI.  S.  Amand.  page  177. 

VIII.  Jean  Cassien.  page  230. 

IX.  Victor,  page  248. 

X.  Consence  I.  page  250. 
VI.  S.  Germain,  page  202. 

XII.  S.  Hilaire  d'Arles,  page  275. 

XIII.  S.  Eucher.  page  294. 

XIV.  Pallade.  page  301. 

XV.  S.  Vincent  de  Lerins.  page  315. 

XVI.  Poêle  inconnu,  confondu  avec  Marbode.  page  340. 

XIX.  Concile  à  l'occasion  d'un  Evêque,  ordonné  par  S.   Mamert. 

page  214. 
XXII.  S.  Salon,  page  437. 
XXUI.  Mamert  Claudien.  page  453. 

XXIV.  Constance,  page  548. 

XXV.  S.  Sidoine,  page  573. 

XXVI.  Fausle  de  Ries,  page  619. 

XXVII.  Pomere.  page  675. 


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